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La face cachée du retour dans l'OTAN
 

M. Sarkozy est avocat ; tout lui est bon pour plaider sa cause ; aussi n'est-il guère difficile sur la qualité des arguments ; arguties et sophismes n'ont en réalité qu'un seul but : occulter la vraie question. M. Sarkozy récuse le procès en trahison du gaullisme qu'on lui fait en arguant que personne ne peut dire ce que de Gaulle ferait aujourd'hui mais en ajoutant aussitôt que 2009 n'est pas 1966, il insinue qu'il se pourrait bien que la meilleure manière d'être gaulliste aujourd'hui soit de faire exactement le contraire de ce qu'a fait de Gaulle .

M. Sarkozy reproche à ses opposants de mentir parce qu'ils devraient savoir que la France a déjà rejoint à 95% les commandements intégrés sous les gouvernements précédents et donc qu'il ne fait qu'achever ce que d'autres ont déjà largement accompli ; mais il avoue en même temps que les gouvernements précédents ont agi sans le dire, en cachette du public ; comment peut-il alors accuser le public d'ignorer ce qu'on a pris grand soin de lui cacher et comment se croit-il en droit de supposer que les électeurs ont approuvé ce dont ils n'ont pas même eu connaissance ?
M.Sarkozy révèle que jusqu'ici la France fournissait des troupes à l'OTAN sans pendre part à l'élaboration des plans selon lesquels ces troupes étaient employées ; sa décision mettra fin à cette absurdité car, désormais, nos officiers siègeront dans les états-majors qui élaborent les plans. Mais l'absurdité qu'il dénonce, si absurdité il y a , est la sienne : il en a été complice comme membre de nombreux gouvernements et il en a été directement coupable depuis qu'il est Président ; quand il a envoyé des troupes en Afghanistan l'ont-elles été selon des plans conçus avec ou sans nous ? Dans le premier cas, le retour dans l'OTAN ne change rien ; dans le second, l'envoi de nos forces s'est effectué dans des conditions absurdes.
M. Sarkozy veut nous rassurer : notre force de dissuasion restera indépendante car elle restera en dehors de l'OTAN ; nos forces classiques resteront aussi indépendantes mais elles entreront dans l'OTAN.
On pourrait ainsi multiplier les arguties et les sophismes ; ils n'ont d'autre but que de dissimuler que la vraie question n'est pas de savoir s'il faut conduire à son terme le rapprochement déjà commencé avec l'OTAN mais de savoir si ce qu'est devenu l'OTAN justifie ce rapprochement ; ni de savoir s'il faut faire le dernier petit bout du chemin mais de savoir si ç'était le bon chemin .
Il ne suffit pas de dire que tout a changé depuis 1966 ; il faut dire dans quel sens.

L'OTAN de la guerre froide combinait deux choses : une alliance diplomatique classique et une organisation militaire qui s'y est surajoutée et qui était caractérisée par l'intégration des forces, la supranationalité des états-majors, et l'américanisation du commandement. La guerre de Corée avait, en effet, convaincu les alliés que l'agression pouvait survenir à tout moment et sans préavis ; il fallait donc être prêt, avoir ses forces sur le pied de guerre dès le temps de paix, les états-majors en place et les divisions en ligne. La menace, en effet, était manifeste, militairement massive, et proche dans l'espace comme dans le temps. De Gaulle ne s'est retiré de cette organisation que lorsqu'il a acquis la conviction que la menace n'était plus ni imminente ni même probable .
La réalité a fait plus que donner raison au Général : il n'y a plus de menace à l'horizon ; si menace il y a, elle n'est plus militaire ou n'est plus justiciable de moyens militaires ; à supposer qu'elle ait un aspect militaire, elle est aussi lointaine dans l'espace que dans le temps. Une organisation militaire intégrée n'a aujourd'hui ni sens ni raison d'être. Il en demeure pourtant quelque chose : des états-majors pléthoriques, de multiples bases, et de nombreux commandements dont les chaînes remontent toutes au seul Président des Etats-Unis  .
La raison en est évidemment que l'OTAN a changé et n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était . Elle était défensive, elle est devenue offensive ; elle était immobile, elle se projette dans toutes les directions ; elle ne tirait pas un coup de feu, elle ne cesse de guerroyer sur tous les continents ; elle était un môle de résistance, elle est en expansion continue et indéfinie ; elle avait pour but de maintenir un équilibre, elle ne songe plus qu'à assurer une suprématie ; elle défendait la liberté des nations, elle veut régenter le monde ; elle opposait une réponse politique à une menace militaire, elle ne sait désormais qu'opposer des réponses militaires à des problèmes politiques ; elle était le rempart des démocraties, elle est le fer de lance d'un empire.
La décision du Président Sarkozy consiste donc à ratifier ce changement radical de l'OTAN ; elle rend manifeste ce qui était jusqu'ici resté subreptice. Les gouvernements précédents jouaient sur les deux tableaux ; d'un côté ils donnaient la main à l'entreprise qu'est devenue l'OTAN ; de l'autre, ils gardaient une distance qui ménageait leur indépendance de jugement . Avec le Président Sarkozy, la distance disparaît mais l'équivoque demeure .
Avant, la France ne participait qu'à moitié parce qu'elle gardait une certaine lucidité ; maintenant, elle adhère entièrement mais c'est qu'elle fait mine de ne pas voir qu'il ne s'agit plus pour elle de défendre sa liberté mais de prendre une place au second rang dans une entreprise d'hégémonie mondiale.

ROBIN  Gabriel

Né le 25 août 1929
Marié – 2 enfants


Ambassadeur de France


Agrégé d’histoire
Ecole Normale Supérieure (Rue d’Ulm)
Ecole nationale d’administration (ENA)
Ambassadeur de France
Représentant permanent de la France au conseil de l’OTAN (1987-1993)

Ouvrages
La crise de Cuba, du mythe à l’histoire (1984) - La diplomatie de Mitterrand ou le triomphe des apparences (1985) - Un monde sans maître (1995) - Entre empire et nations (2004) - Sous Ponce Pilate (2016) -

Distinctions
Commandeur de la Légion d’honneur
Officier de l’Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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