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M. Laurent Fabius, ne soyez pas à la Syrie ce que Colin Powell fut pour l’Irak
 
A la veille de son départ pour Tunis après le triomphe de la "révolution" bouazizienne, votre prédécesseur, Alain Juppé, avait déclaré à l’Institut du Monde Arabe qu’il s’y rendait pour "discuter avec les islamistes modérés". Nonobstant les apparences du soulèvement d’une jeunesse globalisée, les initiés savaient déjà que le fameux "printemps arabe" était intrinsèquement islamo-atlantiste et qu’il consacrait le projet de Grand-Moyen-Orient (GMO) cher aux néoconservateurs américains. Mais le ministre de Nicolas Sarkozy, gladiateur de l’éphémère projet d’Union pour la Méditerranée (UPM), n’avait pas besoin de faire cet appel du pied aux islamistes d’autant plus qu’il en fut, dans une vie antérieure, un pourfendeur résolu lorsque les Américains en étaient les zélotes absolus.
 
En 1994, au cours de sa visite aux Etats-Unis, Alain Juppé disait avoir mis en garde son homologue Warren Christopher : "On peut se résigner à une prise du pouvoir inéluctable FIS à Alger. Moi, je ne m’y résigne pas… Dans son essence même, le FIS est un mouvement extrémiste, fondamentaliste, anti-européen et anti-occidental. S’il parvient au pouvoir, les conséquences seront inéluctables dans tout le pourtour de la Méditerranée" (1). Et dans une interview à un magazine tunisien, Alain Juppé déclarait que "Si l’Algérie voyait l’arrivée des islamistes au pouvoir, personne ne serait à l’abri d’une telle catastrophe. Il faut tout faire pour éviter ce risque. La France ne ménagera naturellement pas son aide pour préserver la sécurité et la stabilité de ces pays. Nous serons à leurs côtés" (2).
Tout cela pour vous dire, Monsieur Laurent Fabius, que même si vous êtes comptable au regard de l’histoire de vos faits et gestes particulièrement agressifs et bellicistes à l’encontre de la Syrie, vous n’êtes pas l’inaugurateur de cette politique suicidaire et autiste de la France au pays de Bachar Al-Assad. Celle-ci avait pris un tournant décisif avec la destruction de la Libye sous le prétexte fallacieux d’éviter un "bain de sang à Benghazi". 
 
En mai 2014, sur une chaîne de télévision britannique, Mustapha Abdeljelil, l’éphémère président du Conseil national de transition (CNT), a fini par reconnaître que Kadhafi n’avait pas l’intention de bombarder Benghazi, où les "révolutionnaires", aéroportés par l’aviation qatarie, n’étaient que quelques dizaines de djihadistes islamistes appartenant à la ramification libyenne d’Al-Qaïda et aux criminels d’Ansars al-charia.
C’est à partir de cet instant "gaulliste" que l’alliance objective entre l’Occident civilisé et l’islamisme barbare a été scellée. A nous le pétrole, à vous la charia, chacun sa religion ! Ainsi pouvait se justifier cette nouvelle alliance islamo-atlantiste dont la première pierre fondatrice a été sans doute le traité de Quincy, qui a été signé entre Ibn Séoud et Franklin Roosevelt au lendemain de la conférence de Yalta, en février 1945.
Si ce traité entre la capitale du wahhabisme et le centre du capitalisme avait un sens économique et géopolitique parfaitement concevable et intelligible, peut-on en dire autant, Monsieur Fabius, de votre pacte implicite avec les "islamo-fascistes", comme dirait Manuel Valls, ceux qui égorgent les innocents, éradiquent les chrétiens, pillent les villes et les villages, et détruisent des sites classés par l’UNESCO monuments historiques ? Quelle est donc la finalité politique, économique et géopolitique de cette bien troublante alliance entre les Lumières et l’obscurantisme, entre votre gouvernement et Al-Qaïda, comme l’a récemment affirmé sur LCP Claude Goasguen, oubliant au passage que son président Sarkozy en était le précurseur en Libye ?
 
L’Hymne à la liberté et à la démocratie, la symphonie des droits de l’homme, associée aux Allah Akbar de vos alliés en Djihad afflués des quatre coins du monde, devient un requiem, pas seulement pour les milliers de morts Syriens mais aussi pour vos propres valeurs universelles auxquelles nous avons cru, nous autres Arabes.
Pas plus que les droits de l’homme, la raison d’Etat ou les intérêts économiques ne peuvent-être invoqués car, de la destruction et de la partition de la Syrie en émirats confessionnels, la France n’en récoltera manifestement rien, si ce n’est les menées subversives et terroristes des islamistes sur son propre territoire. La France n’en tirera aucun bénéfice économique ou énergétique, à l’instar de l’Irak hier et de la Libye aujourd’hui, deux ex-Etats où le chaos régnant n’empêche pas les bonnes affaires avec les entreprises et compagnies pétrolières américaines et britanniques !
Pourquoi donc cette impétuosité à vouloir détruire une civilisation, et ce bellicisme frénétique contre un pays qu’une longue histoire autant que des intérêts stratégiques lient à la France ?
 
La chute de Damas, n’entrainera-t-elle pas ipso facto l’implosion du Liban, qui est si cher à la France, et la déstabilisation de la Jordanie, qui est si précieuse pour la sécurité d’Israël ? Un tel objectif de guerre lâche et par islamo-terroristes interposés, n’accélèrera-t-il pas la métastase du cancer daechien dans toute la région et par-delà même l’Orient compliqué ? Ici même en France, où l’ennemi intérieur n’attend que le signe d’Allah pour étendre le califat de Daech aux territoires des "mécréants" ?
Rien ne peut justifier un tel aveuglement.
Ni l’idéal démocratique auquel aspire effectivement le peuple syrien.
Ni la question des droits de l’homme que le monde libre a certainement le devoir moral de défendre partout où ses droits sont malmenés, y compris dans le cas des Palestiniens.
Ni le contrat à durée indéterminée entre l’émirat du Qatar et la République française. Ni même les supposées attaques chimiques syriennes, qui sont à la diplomatie française ce que les armes de destruction massive furent à la propagande anglo-américaine, une désinformation que l’honnête Colin Powell a profondément regretté dans ses Mémoires.
Monsieur Fabius, ne soyez donc pas à la Syrie ce que Colin Powell fut pour l’Irak.

Paru sur Le Huffington Post, 6 juillet 2015
Mezri HADDAD, philosophe et ancien Ambassadeur de Tunisie auprès de l’UNESCO       
 
(1) "Les Etats-Unis ménagent le FIS", Le Figaro du 2 août 1994.
(2) Réalités No 455, du 1er juillet 1994.
  
HADDAD  Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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