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Du courage !

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Du courage !
 
L'histoire, qui est toujours tragique, montre que l'effondrement des civilisations n'est pas que l'affaire des politiques, elle est en premier lieu le résultat d’une lâcheté collective qui a permis à des imposteurs de gouverner et à des barbares de ramasser le pouvoir. Est-ce bien cela que nous voulons pour les générations futures ? Pourtant c’est bien cette question qui nous est posée derrière ces attentats qui endeuillent la France ! La situation que nous devons désormais assumer est bien de l’ordre de la responsabilité globale, quels que soient les acteurs au sein de notre société, et pas uniquement de la simple responsabilité des boites à outils sécuritaires, judiciaires et administratives qui sont systématiquement instrumentalisés sur le plan médiatique. Même s’il faut le faire pour rassurer les populations, ne nous trompons pas ni dans le de quoi s’agit-il, ni dans l’identification des enjeux et encore moins dans la perception  des conséquences pour notre pays (1).

Fustiger le sort, sortir des limbes le "fluctuat nec mergitur" comme symbole éphémère de résistance, gémir et n'être que dans la compassion n’est pas suffisant. Instrumentaliser l'état d'urgence et se complaire dans la logorrhée guerrière, ne sont que des intermèdes politiques. Ce sont de belles postures tentantes et faciles, surtout pour des dirigeants qui n'ont jamais connu et fait la guerre... Quant à la saturation médiatique et le voyeurisme véhiculés par les réseaux sociaux ils constituent indéniablement un facteur aggravant qui ancre les populations dans des peurs collectives et des syndromes post-traumatiques inconsidérés. Il faut donc "raison se garder" face à ces folies mortifères, être très ferme et déterminé  tout en restant dans l'état de droit.
 
Dans ce contexte est-il vraiment judicieux de tenter de s'approprier des pouvoirs exceptionnels au niveau de l'exécutif parce qu’une dizaine de kamikazes ont réussi à passer entre les mailles du filet sécuritaire avec le bilan que nous connaissons (et qui aurait pu être beaucoup plus sordide si les cibles programmées du stade de France avaient été atteintes) ? L'état d'urgence qui a été mis en œuvre pour permettre au monde sécuritaire de faire enfin son travail n’a finalement rien d’exceptionnel. C’est une décision qui s’impose d’elle-même pour palier à des années de laxisme et de non décision ! Avec l’adoption des lois sur le terrorisme et sur le renseignement n’avons-nous pas des bases suffisantes pour démanteler, neutraliser et éradiquer ces formes de radicalisme islamique qui instrumentalisent la haine et prônent la destruction de nos référentiels et logiques de vie ? Faut-il vraiment aller plus loin sur la limitation des libertés individuelles ?
 
Faut-il par ailleurs se contenter d’un discours budgétaire pour montrer que nous répondons à une menace globale par l'amélioration de la boite à outil en jouant sur la seule augmentation des capacités. Est-ce que ces décisions "cosmétiques" vont permettre une meilleure efficacité sur le terrain et contribuer réellement à mettre de l’intelligence dans la résolution des problèmes que nous avons à résoudre ? "Le pacte de sécurité contre le pacte de stabilité" est à cet égard un très bel effet de manche politico médiatique... C'est beau mais ce n'est pas la question que nous avons à traiter.
 
Désormais il faut que notre pays non seulement se ressaisisse mais s'organise à tous les niveaux pour faire face. Cela suppose dans un premier temps que le système judiciaire puisse véritablement fonctionner avec la fermeté, l’indépendance et l'autorité attendue dans une démocratie menacée d'intentions apocalyptiques (cf. "Le flot de tempête" annoncée dans la dernière revendication de Daesh). Or, tout le monde s’accorde sur l'échec de la politique judiciaire qui est menée depuis des années laissant à ces réseaux des capacités de gesticulation et de contamination inacceptables et dangereuses. Tant que le système judiciaire ne fonctionnera pas, et quel que soit notre environnement législatif, la lutte anti-terroriste ne pourra pas fonctionner de façon optimale.
 
Dans un second temps, il faut permettre au sécuritaire d'assumer ses missions de prévention, d'intervention voire de neutralisation et si besoin de destruction sans attendre une nouvelle catastrophe collective. Pour cela, il faut juste appliquer la loi, que la loi, rien que la loi mais avec des ordres clairs ! Ce qui ne fut pas le cas ces dernières années ! Nous en avons l'illustration depuis la tragédie de la nuit du 13 novembre, en l'espace de quelques jours ce sont des centaines de filières sensibles qui sont démantelées avec la saisie de stocks d’armes considérables et l’interpellation de djihadistes très dangereux. Pourquoi a-t '-il fallu attendre 130 morts et 350 blessés pour prendre ces décisions de perquisitions et d’anticipation sur des risques identifiés et avérés ? Cela signifie aussi que nous avions des renseignements mais qu’ils ne pouvaient pas être exploités correctement…
 
Par ailleurs il faut monter sans attendre un dispositif complémentaire de sécurité intérieure mobilisable immédiatement dans le continuum de nos opérations extérieures, avec une véritable réserve militaire (2) (garde nationale pour certains) qui soit en mesure de fournir des capacités d’intervention adaptées à ces nouvelles formes de risques terroristes. Seul un dispositif fortement militarisé et semi professionnalisé, de surcroit assis sur du volontariat, permettra de traiter au plus près de la population cette exportation des formes de guerre que nous connaissons en Afghanistan, au Moyen orient ou au Sahel avec les EID, les voitures piégées, les kamikazes etc. Il faut arrêter de penser que ces menaces sont de l’ordre des séries virtuelles type "homeland" où tout se règle en 45 minutes sur un écran plat. Là, la moindre faiblesse se traduit par des vies abimées ou déchiquetées.
 
Enfin il faut permettre à notre société d’être plus lucide à tous les niveaux et arrêter de se complaire dans une fausse neutralité multiculturelle. Ces réseaux, qui ne représentent rien en valeur absolue, mais qui sont absolument déterminés pour nous détruire par tous les moyens, ne nous respectent pas. Ils nous méprisent et nous haïssent. Il n’y a rien à négocier avec eux. Est-ce que nous avons bien compris que ces réseaux vont tout utiliser pour nous égarer (cf. la Taqiya) et nous diviser (cf. la Fitna) ?
Il faut en être conscients et être plus robustes au sein de nos organisations et plus résilients tant au niveau individuel que collectif (3). Ce n’est pas une question de guerre, juste une absolue nécessité de survie. Pour cela il faut admettre notre mortalité, la fragilité de notre humanité et les limites de notre universalité. Il faudra aller bien au-delà puisqu’ils nous interpellent sur nos convictions et nos valeurs profondes. Certes, chanter timidement la Marseillaise et allumer des cierges nous rassure, mais qu’elles sont nos véritables antidotes pour éradiquer ces formes de  barbarie dans une société déchristianisée et matérialiste qui ne croit plus en rien ? Avons-nous envie de nous soumettre à ces forces ténébreuses et apocalyptiques ?
Notre pays est blessé profondément dans sa chair. Pour certains il y a une effroyable souffrance, pour d’autres il y a la tentation du renoncement, pour beaucoup il y a de la colère (pas forcément de la haine) mais cette fois-ci, à la différence du mois de janvier, les Français exigent une réponse claire et nette de la part des responsables du pays. La France a besoin de se redresser, elle veut résister, elle souhaite vivre ! Qu’attendons-nous pour réagir (4) ? D’avoir notre jeunesse engagée malgré elle dans une guerre que Daesh veut nous imposer alors que nous avons encore les moyens et les capacités d’enrayer ce processus. La guerre est la marque impitoyable d’un échec stratégique, elle signifie que nous n’avons pas su mettre de l’intelligence et de la fermeté quand et là où il le fallait. Mais pour cela il faut un certain courage historique. Voilà ce que les Français réclament désormais en mémoire de leurs enfants tombés innocemment en ce funeste vendredi 13 novembre : du courage !
                                                                                                                   
(1) Cf. qualification des attentats du 13 novembre.
https://www.apm.fr/rencontres/actualite/2633/afficher.htm
(2) Cf. "Surtout ne supprimez pas la réserve" Xavier Guilhou - Revue Défense Nationale n 340 mars 2013
http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/005546776102f9f0c1256d09002800c8/ff9cf89c59f84c0dc125718000319cfe/$FILE/Surtout,%20ne%20supprimez%20pas%20la%20R%C3%A9serve.pdf

(3) cf. "Admettre, résister et revivre" tribune du 20 novembre de Xavier Guilhou sur Jobsferic
(4) cf. "Quand la France réagira… " Xavier Guilhou -  Eyrolles 2007

Envoyé par l'auteur et paru sur www.xavierguilhou.com
GUILHOU Xavier

Né en 1954


 

 

Directeur du Cabinet XAG Conseil
Spécialisé dans la prévention des risques
, le pilotage des crises et l'intelligence stratégique ainsi que les questions de diplomatie humanitaire et d’assistance stratégique aux Etats.

Docteur es Lettres et Sciences humaines
DESS de l’IEP de Paris

Expérience triple :
* Sur le terrain des crises internationales ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié.
(Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 90)
* Dans le monde de l’entreprise pour avoir exercé des  fonctions exécutives et opérationnelles
(Directeur général de filiale au sein du Groupe Hachette, directeur du marketing de Spie-Batignolles, directeur de la sécurité corporate de Schneider Electric, directeur du think-tank d’EuroGroup.
* Au sein du monde universitaire et des grandes écoles
 
Capitaine de vaisseau de réserve
Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN).

Ouvrages
Ruptures créatrices avec Patrick Lagadec -éditions d'organisation 2000
Un monde à repenser  (avec Eric de la maisonneuve - éditions économica 2001
La fin du risque zéro  (avec Patrick Lagadec) (2002)
Voyage au coeur d'une implosion, ce que l'Argentine nous apprend (avec Patrick Lagadec et Laura Bertone) (2003)
Quand ONG et PDG osent (avec Jean Marie Aoust, Gilbert Canameras et Claude Revel) (2004)
Quand la France réagira.... (2007)
 
Nombreux articles
Interventions régulières sur les chaines de radio pour décrypter l’actualité internationale
Site
http://www.xavierguilhou.com
 
Distinctions
Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur
Officie de l'Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire avec citation
Croix du Combattant Volontaire
Commandeur du Mérite de l'Ordre Souverain de Malte

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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