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La droite est née dimanche dernier
 
Par la voix de Fillon, la droite affirme enfin ses valeurs au lieu de quêter l’approbation craintive de la gauche
 
L'élection sans appel de François Fillon comme candidat de la droite et du centre est inattendue et pleine de sens. Il s’agit bien d’un "événement" au sens de ce qui, arrivant sans crier gare, dévoile un arrière-fond de réalité qu’on n’avait auparavant pas pu ou, en l’occurrence, pas voulu voir.
Certains évoquent une "révolution conservatrice". L’expression est allemande, et décrit d’abord ce courant multiforme qui au début du XXe siècle récusait la modernité en mettant en cause la démocratie et le libéralisme. Mais on a ensuite parlé d’une "révolution conservatrice" dans les années 1980 à propos de Thatcher et de Reagan. On peut se demander pourquoi utiliser la même expression pour des courants si divers, car ces deux personnalités n’ont aucunement récusé la démocratie ni le libéralisme, au contraire… Mais il est vrai que ces courants réclament de revenir sur des soi-disant progrès qui, selon eux, n’en sont pas. Et quand on parle de "révolution conservatrice", il s’agit moins du contenu à conserver, ou à retrouver, que de la démarche elle-même.
 
Ainsi le libéralisme est-il un retour, dans une France assistée par l’État-providence depuis si longtemps, où la responsabilité individuelle se voit constamment découragée. Se dire libéral aujourd’hui signifie considérer l’assistance étatique comme une tutelle qui infantilise, et vouloir en limiter l’emprise pour rendre aux citoyens la liberté qu’ils n’ont plus. La conjonction du libéralisme économique et du conservatisme n’est pas neuve, et n’a rien de contradictoire. Conservateur est celui qui nous voit enracinés : dans l’histoire, dans les groupes d’appartenance comme la famille, dans le temps long de l’avenir. Un conservateur va répugner à aller emprunter de l’argent chaque matin pour acheter du pain, laissant la facture de sa consommation courante à ses petits-enfants, comme le fait l’État français depuis des lustres. Il sait que pour faire cesser cela il faudra annoncer des mesures non démagogiques.
 
C’est la première fois que nous nous trouvons devant un candidat qui ne promet pas d’augmenter les droits de toutes sortes, d’augmenter les allocations et les salaires, d’abaisser encore l’âge de la retraite. Au contraire, il promet par exemple d’augmenter le temps de travail et l’âge de la retraite. Ce candidat est un objet non identifié, et les journalistes ne savent pas très bien comment le prendre, parce qu’il a été élu en réclamant une forme d’austérité. Tout porte à croire que la démagogie ne fait plus recette. On pensait que l’électeur était toujours un individu qui réclamait plus-plus-plus, insoucieux du tonneau des Danaïdes dans lequel on va puiser ce plus. Mais les électeurs ont du bon sens, ce sens commun dont parlait Orwell, ils savent que rien ne s’obtient sans effort, et que les cadeaux déversés par un État qui s’endette sont des déjeuners de soleil.
Ce processus appelé dans l’histoire "révolution conservatrice" monte dans une société qui se rebelle contre ce qu’elle considère comme un débordement et une sorte de dévergondage politique et social, auquel il faudrait mettre fin, faute de casser la confiance et l’avenir tout court. Aujourd’hui il s’agit d’une débauche de l’État-providence, qui va jusqu’à déprécier la responsabilité individuelle pour protéger tous azimuts des citoyens qu’elle infantilise et que finalement elle appauvrit encore ; d’une démagogie hystérique, institutionnalisant les 35 heures ou la retraite à 60 ans, au prix de la désorganisation et de l’appauvrissement des services qu’elle prétendait relever ; d’une "bagatellisation" de tout, qui ridiculise l’autorité, dégrade le sacré, caricature les fondements, les principes, l’histoire, l’identité, autrement dit tout ce qui n’est pas le pur reflet du désir de l’instant. C’est une mise en cause de politiques par lesquelles l’égalitarisme produit des inégalités criantes : un fonctionnariat jouant un rôle de caste dans une situation de chômage extrême, une école publique produisant l’ignorance au point que depuis longtemps nos gouvernants de gauche comme de droite n’y mettent plus leurs propres enfants.
 
Nous avons devant les yeux davantage qu’un épisode de l’alternance droite-gauche. Plutôt l’apparition de la droite, jusqu’à présent tenue de se cacher sous les vêtements de la gauche si elle voulait seulement exister, ou bien qui pouvait se traduire dans ses extrêmes, façonnant ainsi un ennemi commode pour servir de pâture à la vindicte. Interdits d’existence parce que constamment assimilés au fascisme, les gouvernants de droite n’osaient jamais défendre leurs propres convictions, et leurs électeurs, moins craintifs, votaient pour les extrêmes. Lesquels prospéraient, pour la plus grande joie de la gauche. Et il est fort probable que l’extrême droite perdra ses atouts et sa force dans une société où s’exprimera ouvertement une véritable droite, dont elle n’était là que pour suppléer l’absence dans le désarroi et l’excès. On s’interroge depuis des années pour savoir comment faire chuter le Front national, et c’est même presque l’unique question posée par les commentateurs. Seule une droite affirmée et paisible fera chuter le Front national, non parce que ce sera sa seule préoccupation, mais parce qu’elle apportera un projet attendu à des millions d’électeurs conservateurs qui ont choisi les extrêmes par dégoût pour la pusillanimité de ses représentants.
Paru dans Le Figaro, 1er décembre 2016
DELSOL  Chantal

Née le 16 Avril 1947
Mariée - 6 enfants.


Membre de l'Institut
Professeur des universités


Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)
Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)
Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)
Création et direction du Centre d'Etudes Européennes : 
     enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République
     Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.
Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 
Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 
Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca
Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 
     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,
Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 
     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 
     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)
Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique
Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde
Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires
Romancière

 

Ouvrages 
Le pouvoir occidental (1985) - La politique dénaturée (1986) - Les idées politiques au XX° siècle  traduit en espagnol, tchèque, arabe, russe, macédonien, roumain, albanais - L'Etat subsidiaire  Prix de l'Académie des Sciences Morales et politiques  (1992) traduit en italien, roumain - Le principe de subsidiarité(1992) traduit en polonais - L'Irrévérence essai sur l'esprit européen (1993) - L'enfant nocturne (roman) (1993) - Le souci contemporain
(1993) - traduit en anglais (USA) - Prix Mousquetaire - L’autorité (1994) - traduit en coréen - Démocraties: l'identité incertaine (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - La grande Europe ? (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - traduit en espagnol - Histoire des idées politiques de l'Europe centrale (1998) - Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques - Quatre (roman) (1998) - traduit en allemand, en polonais - Eloge de la singularité, Essai sur la modernité tardive (2000) - traduit en anglais (USA) Prix de l’Académie Française Mythes et symboles politiques en Europe Centrale (collectif) (2002) - traduit en roumain - La République, une question française (2003) - traduit en hongrois -  La Grande Méprise, essai sur la justice internationale  (2004) - traduit en anglais (USA) - Matin Rouge (2004) -  Dissidences  (2005) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Michel Maslowski et Joanna Nowicki) -  Les deux Europes  (2007) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Mate Botos (Université Pazmany Peter, Budapest) - Michel Villey, Le justepartage (2007) avec Stéphane Bauzon (Université Tor Vergata, Rome) - L'Etat subsidiaire (2010) - La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (2011) - Les Pierres d'angle  (2014) - Populisme, Les demeurés de l'Histoire (2015) - Le Nouvel âge des pères (2015) - La Haine du monde, totalitarismes et postmodernité (2016) -

Articles et collaborations
édités dans diverses publications françaises et étrangères 
 
Conférences
Nombreuses communications dans des colloques nationaux et internationaux, en France et à l’étranger (Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Bulgarie, Canada, Colombie, Etats-Unis, Grande Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Moldavie, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Suisse, Ukraine, Venezuela)

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