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François Fillon...

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François Fillon l’homme qu’il nous faut ?
 
Les commentaires qui ont salué la victoire de François Fillon aux "primaires de la droite", reflètent l’espoir qu’une part importante de l’opinion publique met en lui. Sa personnalité attire la sympathie ; son programme suscite l’adhésion. Ceux qui ont voté pour lui le pensent capable de rétablir la situation dégradée de notre pays.
J’aimerais partager l’engouement de tant de mes concitoyens. L’examen des réalités m’oblige à plus de circonspection.
 
Parlons d’abord de la France. Laissons de côté les indicateurs économiques et sociaux. Chacun sait qu’ils ne sont pas bons mais ils ne montrent pas ce qui est le plus inquiétant. Allons droit à notre situation politique. Elle se caractérise par des fractures qui s’agrandissent et des tensions qui s’accroissent entre catégories de citoyens devenus étrangers les uns aux autres. Certaines des cassures sont anciennes : elles trouvent leur origine à l’époque pendant laquelle Giscard était notre Président. C’est le cas, par exemple, de la séparation qui s’est faite entre les cités habitées par les familles d’immigrés maghrébins et africains et les quartiers où vit la population de souche française ; d’autres remontent à Mitterrand : ainsi le gouffre qui s’est creusé entre les gagnants de la mondialisation –les favorisés des grandes métropoles- et les perdants –les classes moyennes des villes de province-. D’autres encore sont apparues plus tard. Le référendum organisé par Chirac, en 2005, a révélé le divorce provoqué par la construction européenne entre la "France d’en haut" et celle "d’en bas". Les lois sociales voulues par la gauche et notamment celle des "35 heures" ont exacerbé l’opposition entre les salariés protégés du secteur public et ceux qui reçoivent de plein fouet les coups de la concurrence universelle.
          
Le malheur de la France tient à ce qu’aucun de ses responsables politiques n’a sérieusement tenté, depuis quarante ans, de réduire les fissures quand elles sont apparues. Elles ont prospéré insidieusement, sont devenues lézardes puis coupures. François Hollande en a hérité. Loin de les réduire, il les a volontairement agrandies et en a même ouvert d’autres. Sa manière de faire, toute en cautèle et équivoque, a dressé les syndicats contre les entreprises, les conservateurs contre les féministes et les catholiques contre les homosexuels. Il va laisser la France plus profondément et plus gravement divisée qu’elle ne l’était quand il a pris le pouvoir. L’une des fractures qu’il a cru habile de cultiver est devenue particulièrement inquiétante : l’immigration désordonnée suscite une violence multiforme devant laquelle les pouvoirs publics sont désemparés.
                
Les candidats au poste suprême doivent être jugés d’abord en fonction de leurs capacités à recoudre les déchirures de notre tissu social. Les quatre millions de citoyens qui ont participé à la primaire de la droite l’ont senti d’instinct. Ils ont écarté Sarkozy et Juppé. Le premier a trop exhibé ce que les journalistes appellent son caractère clivant. Il n’est pas l’homme de la situation. Le second en est resté à des recettes du passé, qu’on sait inopérantes. Le choix des électeurs s’est porté sur Fillon. Il a su donner l’impression d’un homme d’Etat clairvoyant, calme et ferme. Ce sont les qualités dont nous avons besoin aujourd’hui au palais de l’Elysée.
La question est de savoir si Fillon est celui que la campagne a fait paraitre. A lire le détail de son programme, à écouter attentivement ses discours, à fouiller son passé de député et de ministre, la réponse n’est pas claire. On y découvre des ambigüités, des revirements, voire des retournements qui laissent perplexe. Et puis, comme si les redoutables défis qui l’attendent ne suffisaient pas à sa tâche, le candidat de la droite s’en est ajouté d’autres. Il s’est engagé à organiser cinq référendums successifs, dont deux dès septembre prochain. Je n’arrive pas à démêler les raisons de ces étranges consultations populaires : je crains qu’elles soient comprises comme le renfort qu’appellera un Président peu sûr de lui ou bien l’alibi dont il aura besoin pour justifier ses abandons.
                   
Il y a très peu de chances que notre peuple confie son destin, en mai prochain, à un candidat issu de la gauche. Elle a fait beaucoup de mal à la cohésion nationale. Tant qu’elle ne changera pas son projet politique, elle ne retrouvera pas la confiance de la majorité des électeurs ni même celle d’une minorité à ménager à tout prix. Le danger qui menace François Fillon vient de sa droite. Pour s’en préserver, l’ancien premier ministre doit convaincre les Français qu’il est réellement le chef que les circonstances appellent. S’il n’y parvient pas, la victoire ira à Marine Le Pen.
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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