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Vers une crise de régime ?

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2017 comme 1958, vers une crise de régime ?
 
L'histoire ne se répète jamais sous des formes identiques, dans un monde en bouleversement permanent. Pourtant la nature humaine, elle, ne change pas et des événements de la même nature ne cessent de se reproduire dans la logique d'un éternel recommencement. La période actuelle renvoie aux heures sombres de 1958, cette année charnière qui marque l'agonie et la mort de la de la IVe République à l'occasion de l'une des pires crises politiques du XXe siècle.
La société française traversait alors une ère de transformations vertigineuses : ouverture de l'économie française à la modernisation, à la compétitivité et au marché européen provoquant une mutation de l'agriculture, du commerce et de l'artisanat. La même angoisse frappe aujourd'hui le pays avec la révolution numérique, Internet, la robotisation et la peur de la disparition du travail.


En 1958 comme en 2016, une violente crise identitaire secoue le pays. Beaucoup de Français, à l'époque, en pleine décolonisation, ne peuvent pas imaginer le pays sans son empire d'outre-mer et ses départements du sud de la Méditerranée. Aujourd'hui, la présence des populations originaires de l'immigration sud-nord et de l'islam comme seconde religion en France, suscite le désarroi d'une partie de l'opinion.

La crise actuelle de l'Etat ressemble à s'y méprendre à celle qui rongeait le pays cinquante-neuf ans auparavant. La France des années 1956-1958 était celles de l'impuissance publique. Tous les gouvernements se fracassaient les uns après les autres sur la guerre d'Algérie, oscillant entre la répression et la négociation. Le pouvoir politique n'était plus ni respecté, ni obéi. L'armée menaçait de sédition. Les policiers manifestaient devant le Parlement. L'administration coloniale n'en faisait qu'à sa tête. Ce phénomène d'incapacité du politique à régler les problèmes, à apporter des réponses aux drames français se retrouve aujourd'hui sur tous les graves sujets du moment : chômage, croissance, maîtrise de la frontière, violence, crise des banlieues.

La situation politique actuelle ressemble aussi à s'y méprendre à celle de 1956-1958. Les partis dits "anti-système" effectuaient une percée. Les poujadistes - anti européens - entraient massivement à l'Assemblée nationale avec 52 députés (dont M. le Pen). Le parti communiste gagnait 47 sièges. Les partis de centre droit et de centre gauche, majoritaires, se fractionnaient en une multitude de groupuscules, empêchant la constitution d'une majorité durable.

La France connaît, en 2017 comme en 1958, une crise du régime politique qui ébranle la Nation dans ses fondements. 1958 marque l'apogée de la crise du parlementarisme. Rongé par l'instabilité gouvernementale en l'absence de majorité stable et par la faiblesse de l'exécutif, le pays n'était plus gouverné. Nous vivons une crise de régime différente, mais aussi profonde et dévastatrice. Le présidentialisme à outrance de 2017, issu du quinquennat, aboutit au même fiasco que le chaos du "régime des partis" en 1958. L'illusion de la toute puissance présidentielle, autour d'un chef de l'Etat sur-médiatisé, qui incarne à lui seul le pouvoir politique mais ne disposant d'aucune baguette magique pour résoudre les maux du pays, est une source essentielle d'un grand malaise collectif : culte de la personnalité ; impopularité ; obsession élyséenne neutralisant le débat d'idées et de projet ; poussée des extrémismes, idolâtrie prétentieuse, narcissisme politicien au détriment de l'intérêt général ; fuite dans la communication, les scandales et les postures, au préjudice de la politique des réalités. Et comme en 1958, les partis politiques se désintègrent.

La Ve bis, issue du quinquennat et de la dérive narcissique de la vie politique française, est à l'agonie, tout autant que la IVe République soixante ans auparavant. Aujourd'hui, la France a une République à refonder : missions du chef de l'Etat, du Premier ministre et de son gouvernement (septennat non renouvelable ?), autorité de la loi votée par le Parlement, nature du contrôle de constitutionalité, place de l'autorité judiciaire, impartialité du service public, égale expression des opinions, rapports entre l'Union européenne et la Nation.
Cependant, la situation d'aujourd'hui est pire peut-être que celle de 1958. En effet, il manque à la France un Général de Gaulle prêt à revenir au pouvoir, avec sa légitimité issue de l'Appel du 18 juin, son expérience de l'Etat, son autorité naturelle, son sens de l'unité nationale, son exemplarité, sa dimension internationale, sa prodigieuse vision de l'histoire. Aujourd'hui, en plein chaos préélectoral, dans une France déboussolée, nul ne peut prédire d'issue à la crise de régime en cours.

Paru sur Figarovox, 14 février 2017
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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