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La journée des dupes

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La journée des dupes
 
Le 16 novembre 1630, l’opinion publique de notre pays était persuadée que la carrière du premier ministre de l’époque, touchait à son terme. Pris dans le tourbillon d’une campagne d’attaques personnelles, Armand de Richelieu semblait discrédité. On supputait qu’il allait laisser sa place à celui qui avait la faveur des notables : Marcillac. Le souverain, de qui la décision dépendait en dernier ressort, paraissait ébranlé par les assauts portés contre l’homme qu’il avait choisi peu de temps auparavant. Mais, contrairement à toute attente, Louis XIII se ressaisit. Au lieu de la disgrâce prévue, il confirma sa confiance à Richelieu. Les notables, surpris et penauds, durent s’incliner. Cet évènement est resté dans notre histoire sous le nom de journée des dupes.
               
Le dimanche 5 mars a été une nouvelle journée de dupes. Le matin, les dirigeants de la droite avaient presque tous retiré leur soutien à l’homme choisi quatre mois plus tôt par le souverain de notre époque : le vote populaire. Les attaques personnelles semblaient avoir eu raison de Fillon. Le chœur des medias annonçait sa chute imminente et son remplacement par le candidat des grands notables, Alain Juppé. Le dirigeant traqué, à bout de moyens, se résolut à lancer un ultime appel au souverain. Sa tentative parut futile mais, contre toute attente, elle réussit. Le "peuple de droite", bravant les intempéries, le délai très court de sa convocation et l’improvisation du déplacement, est venu massivement confirmer son choix. Il ne restait plus aux notables de la droite, surpris et dépités, qu’à se soumettre au verdict du souverain. Certains l’ont fait de fort mauvaise grâce mais tous ont dû s’incliner.
Lorsque, après avoir gravi la pente de la colline de Chaillot, j’ai découvert l’immense foule qui avait envahi la place du Trocadéro, j’ai aussitôt compris que Fillon avait gagné son pari. La suite aurait été toute différente si, au lieu de rassembler 50 000 participants, il n’en avait réuni que 5 000. Il l’a avoué lui-même. Alain Juppé, l’homme des notables, serait aujourd’hui le champion de la droite et Fillon aurait disparu sous les huées.
                
La décision de Louis XIII n’était pas seulement une appréciation des circonstances. Elle impliquait un choix politique de vastes conséquences. L’histoire de notre pays au XVIIe siècle en a été marquée. J’ose écrire que le 5 mars pourrait aussi mettre son empreinte sur notre destin des décennies à venir.
Notre peuple est aujourd’hui appelé à renouveler ou non sa confiance dans une politique qui a été invariablement menée par notre classe dirigeante depuis quarante ans. Elle se caractérise par quelques traits bien connus : effacement de nos frontières à l’entrée des capitaux, des produits et des hommes venus de l’étranger, recul systématique de l’autorité de l’Etat, intégration européenne, libéralisme des mœurs. Comme le libre échange exhibe de plus en plus ses contradictions, l’Europe sa faiblesse, l’Etat ses carences et le libéralisme ses abus, notre peuple est devenu attentif à ceux qui proposent d’en prendre le contre-pied. L’extrême droite fait de grands progrès. Fillon incarne une sorte de compromis entre ces deux forces politiques rivales. Il envisage de sauver le projet européen en le réformant ; de limiter l’immigration sans y mettre un terme brutal ; de restaurer l’autorité de l’Etat de façon prudente ; d’arrêter le mouvement de libéralisation des mœurs sans le refouler.       
Il nous propose un pari risqué. Trop teinté de "populisme" pour les uns, trop libéral pour les autres, son projet est fragile. S’il est élu, Fillon verra de redoutables obstacles se dresser aussitôt devant lui. Mais, comme je l’ai écrit dans ces colonnes en novembre dernier, nos élites doivent se faire à l’idée qu’il est leur dernier rempart contre Marine Le Pen. Ni Juppé, représentant obstiné d’un centre droit moribond, ni Macron, candidat artificiel d’un centre gauche discrédité, ne sont capables d’attirer le bloc décisif des électeurs de droite. Si ces derniers sont frustrés de leurs attentes, ils feront basculer la Fortune dans le camp de l’extrême droite.
Michel Pinton
ancien secrétaire général de l’UDF
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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