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La justice selon Hollande

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La justice internationale selon Hollande
 
Il y a dix jours, quelques images diffusées par une milice de Syrie, étaient reprises par toutes les chaines de télévision et soulevaient une immense émotion médiatique. Elles montraient des civils, et plus particulièrement des enfants, allongés sur le sol et suffoquant. Les commentaires fournis par la milice en question indiquaient qu’ils étaient les victimes d’une attaque au gaz sarin. Aussitôt la presse désigna le coupable : c’était Bachar El Assad.
L’intéressé a rejeté l’accusation qui, à vrai dire, manquait de preuves. Il a demandé une enquête impartiale et dénoncé une falsification de la réalité. En vain. Les dirigeants français l’ont immédiatement condamné, suivis par les Anglais puis les Américains. Emporté par une juste indignation, le Président Trump a décidé de "punir" Bachar en lançant une salve de missiles sur une base de l’armée syrienne. Il a expliqué que l’humanité, horrifiée par le souvenir des hécatombes provoquées par l’utilisation du gaz moutarde pendant la première guerre mondiale, ne pouvait tolérer que, cent ans plus tard, un dictateur aux abois ose rompre le consensus universel qui interdit de telles armes. Il saurait, a-t-il dit, protéger à la fois sa nation et toutes les autres d’un retour à la guerre chimique. Il a été chaudement applaudi par notre Président qui n’a pas hésité à qualifier de "légitimes" les frappes américaines. Peu importe qu’aucune enquête qualifiée n’ait confirmé la responsabilité de Bachar, que Trump se soit attribué sans aucun mandat la mission de justicier international et que l’approbation bruyante de Hollande cache mal le malaise de la majorité des Etats. L’essentiel était de faire savoir au  monde entier que l’emploi  d’armes chimiques où que ce soit et par qui que ce soit se heurterait à des sanctions immédiates.
 
Huit jours ont passé. Voici qu’un général américain haut placé nous annonce avoir anéanti un nid de rebelles afghans affiliés, semble-t-il, à l’Etat islamique. Ils étaient cachés dans des grottes reliées entre elles par un réseau de tunnels. Plutôt que de risquer la vie de ses soldats dans un combat long et difficile, le Pentagone a choisi une méthode rapide et sans perte aucune : il a ordonné de lançer sur les insurgés une bombe –une seule- qui les a anéantis tous et sans délai. "Cette bombe (dite GBU 43) est la solution optimale pour venir à bout de tels obstacles" a déclaré le général avec satisfaction.
 
Je propose à mon lecteur  de nous  pencher quelques instants sur cette arme aussi merveilleuse que mystérieuse.
Sous sa forme actuelle, la GBU 43 est un monstre de 10 tonnes qu’aucun bombardier ne peut contenir.  On l’installe dans un avion de transport géant. Celui-ci la largue à plus de deux mille mêtres au-dessus de sa cible. Elle descend en dansant gaiement jusqu’à une distance au sol calculée à l’avance. Elle disperse alors dans l’air un immense aérosol, mélange de polystyrène, de poudre d’aluminium et de nitrate d’ammonium. Un détonateur y met le feu. L’air, l’eau et la terre, pénétrés de milliers de particules incandescentes, brûlent instantanément dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Rien n’y échappe.
Les effets dévastateurs de la "faucheuse de marguerites" -daisy cutter en américain- ne s’arrêtent pas à cette boule infernale.Son explosion provoque aussi une gigantesque surpression, à laquelle aucun mur, aucune porte blindée ne résistent. Son souffleest aussi puissant que celui  d’une bombe atomique de petit calibre. Même les mines enterrées dans le sol, lui cèdent. Elles sautent toutes en même temps.
Plus spectaculaire encore : pour entretenir sa combustion, Daisy Cutter (appelée aussi la Mère de toutes les bombes) aspire en son centre tout l’oxygène de l’air. Elle n’en laisse aucun résidu aux êtres vivants qui ont la mauvaise fortune d’être pris dans ses tourbillons. Les bunkers, les souterrains même, ne protègent pas contre cet effet-là. Ceux qui se croient à l’abri dans de profonds refuges, sont proprement asphyxiés. Selon les descriptions les plus précises, leurs poumons leur sont arrachés du corps.
              
Pour des généraux soucieux d’efficacité, la faucheuse de marguerites est une arme parfaite quand ils veulent  se débarrasser de rebelles afghans retranchés dans des montagnes difficilement accessibles. Mais, sur le plan de l’éthique, elle pose problème. Elle est, par sa nature même, une arme chimique. Elle est même une arme chimique de destruction massive qui, dans l’horreur, laisse loin derrière elle les bricolages au sarin auxquels se livrent les factions syriennes.
Trump ne semble pas se soucier de la contradiction dans laquelle il enferme la politique de son pays. Mais on sait que le personnage ne brille pas par la cohérence de sa pensée. Et Hollande ? On aurait pu imaginer qu’il s’indigne, condamne ou simplement s’inquiète, émette des réserves. Non. Cette fois, Il ne bouge pas. La France ne présente aucune motion au Conseil de sécurité des Nations-Unies ; notre ministre des affaires étrangères ne s’active pas à faire signer un communiqué commun aux Etats de l’Union européenne ; notre Président ne fait aucune déclaration publique, ne laisse filtrer aucune réprobation.
C’est cela la justice internationale selon François Hollande. Peut-être s’imagine-t-il servir ainsi la cause de l’humanisme et la grandeur de la France.
Michel Pinton, Ancien député au Parlement européen
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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