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De Gaulle prend sa revanche

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De Gaulle prend sa revanche
 
Le premier tour de l’élection présidentielle a suscité une telle profusion de commentaires qu’elle semble n’avoir plus rien à nous apprendre. Je n’en suis pas d’accord. Il reste à l’examiner sous un aspect qui, sauf erreur, n’a été évoqué nulle part. Je m’y risque ici en priant le lecteur de me pardonner l‘exposé sommaire d’un sujet difficile.
Chacun a pu entendre, depuis plusieurs mois, une affirmation proférée par plusieurs candidats et reprise avec insistance par des éditorialistes influents. Selon eux, l’actualité a prouvé que nos institutions politiques "sont à bout de souffle" et qu’il est indispensable de les changer. Mélenchon est allé jusqu’à promettre de convoquer, s’il était élu, une assemblée constituante chargée de fonder la VIè République.
En réalité, le premier tour de l’élection présidentielle a démenti l’argumentation des détracteurs de notre constitution. Il a été une revanche éclatante de Charles de Gaulle sur tous ceux qui veulent altérer son œuvre.
Voyons pourquoi.
               
Nos institutions ont été faites dans le but de rendre au peuple français la plénitude de son pouvoir souverain. Il l’exerce ordinairement en élisant lui-même, d’une part le Chef de l’exécutif, d’autre part une assemblée législative. De Gaulle tenait à cette distinction fondamentale parce que la mission du premier n’a rien à voir avec la nature de la seconde. Le Président est en charge du bien commun à la nation et il est le seul à pouvoir l’être. Les députés, regroupés selon leurs préférences partisanes, représentent des intérêts catégoriels.
L’expérience accumulée depuis près de soixante ans montre que les partis ne se résignent pas à demeurer confinés dans le législatif. Ils n’ont cessé, par des manœuvres indirectes mais constantes, de grignoter le domaine propre à l’exécutif. Les nouveautés qu’ils ont apportées par la "cohabitation", la réduction du mandat présidentiel, la concomitance des scrutins présidentiel et législatif, ont toutes eu un objectif caché : resserrer leur emprise sur celui des deux pouvoirs qui ne leur appartenait pas.
Ils ont pensé couronner leurs efforts en contrôlant l’élection du Président. De Gaulle voulait que le Chef de l’Etat fût choisi par le suffrage universel des citoyens à l’exclusion de toute investiture partisane. Son vœu a été contredit pour la première fois par François Mitterrand qui se présenta aux Français non pas comme gardien de l’intérêt général mais en tant que  dirigeant du "peuple de gauche" c’est à dire, plus prosaïquement, mandataire du parti socialiste. Poussant l’audace plus loin, les coalitions de droite et de gauche ont cru habile d’inventer les "primaires" par lesquelles leurs candidats se donnent une apparence de légitimité populaire.
                  
La prise en mains de l’élection présidentielle par les partis a un inconvénient grave. Elle brouille, dilue, escamote les grands enjeux nationaux. Par définition, la droite, la gauche et tout autre regroupement qui cherche à devenir majoritaire est voué à rassembler des intérêts disparates. Pour les retenir, leurs candidats sont obligés d’user d’équivoques, de compromis et de faux-semblants. Ils évitent les visions  tranchées, les choix clairs, les engagements forts qui accompagnent la recherche du bien commun.
La dérive institutionnelle de notre vie politique est la cause fondamentale de nos maux publics. Elle nous a menés à ces décisions sans portée, ces choix démagogiques, ces compromis branlants qui ont été la marque de la dernière décennie. Elle explique la lassitude et l’irritation d’un peuple qui n’a plus confiance dans le processus électoral.
De manière totalement imprévue, du moins pour l’auteur de ces lignes, le scrutin de dimanche dernier a fait sauter les digues dans lesquelles les partis pensaient canaliser la souveraineté populaire. Les électeurs rebelles ont donné leurs préférences à deux candidats qui n’appartiennent à aucune des formations dites de gouvernement, n’ont de comptes à rendre à aucun groupe parlementaire, ne sont passés sous les fourches caudines d’aucune primaire.
              
Le rejet massif des partis a une conséquence très heureuse. Au lieu des choix ambigus et réversibles des précédents scrutins, deux voies bien tracées sont cette fois proposées à nos suffrages. Face au défi primordial de notre époque qui s’appelle la mondialisation, Emmanuel Macron veut nous conduire vers plus de libre échange, plus d’intégration européenne, plus de multiculturalité. Marine Le Pen, à l’opposé, offre une politique de protection de nos frontières, d’affirmation nationale, d’autorité de l’Etat. Le peuple français est enfin face à une alternative claire.
 
Le scrutin de dimanche a une autre conséquence bénéfique. Il a bousculé le système détestable qui faisait du parti vainqueur de l’élection présidentielle le gagnant assuré de l’élection législative qui suivait. La proximité des scrutins avait été imaginée par la droite et la gauche, pour faciliter la confusion des deux pouvoirs à leur profit. Cette astuce qu’ils croyaient fructueuse devient pour eux un piège mortel. Ils en prennent conscience avec stupeur et effroi.
                
En un sens cependant, les Français ont poussé trop loin leur impatience à secouer le joug des partis. De Gaulle pensait que la sélection du Président par le suffrage universel favoriserait des personnalités dont la qualification au poste suprême serait visible aux yeux de tous, soit en raison de l’éclat de leurs services à la nation soit par leur capacité à incarner le bien commun. Il est difficile de croire que les responsabilités fugaces exercées par Macron au ministère de l’économie ou son programme vague et indolore lui donnent une qualification certaine. Quant à Marine Le Pen, elle n’a pas encore convaincu la majorité de nos concitoyens que son projet de rupture peut être exécuté sans secousses graves. Les inconvénients de la révolte des Français contre les partis sont sérieux. Ils font planer de lourdes incertitudes sur notre avenir. Mais toute libération ne comporte-t-elle pas des risques d’excès ?
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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