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Négation de la présidence gaullienne

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Négation de la présidence gaullienne
 
Pendant près d'un siècle, les grands républicains de l'histoire de France ont rejeté catégoriquement l'idée de l'élection du chef de l'État au suffrage universel, Jules Ferry, Gambetta, Waldeck, Clemenceau, Poincaré, etc. Ceux qui ont bâti la démocratie française, ses grands principes fondamentaux, les libertés publiques, l'école laïque et obligatoire, l'État de droit, excluaient cette perspective. À l'époque, le chef de l'État était élu par les deux Chambres réunies au Congrès de Versailles. Ils avaient à l'esprit l'élection désastreuse au suffrage universel de Louis-Napoléon Bonaparte, le 10 décembre 1848, ayant conduit au coup d'État du 2 décembre 1851, à la dictature et à l'Empire, la défaite honteuse de septembre 1870 - dont les conséquences ont été apocalyptiques. Le spectacle des présidentielles en cours donne-t-il raison aux grands républicains de l'histoire ?
 
Quand de Gaulle a créé la Ve République pour restaurer l'autorité de l'État et sortir la France de la guerre d'Algérie, il n'avait pas prévu une élection du président de la République au suffrage universel mais sa désignation par un collège de 80 000 grands électeurs, élus locaux, maires et conseillers généraux. À la suite de l'attentat du petit Clamart en 1962, il a voulu l'élection populaire du président de la République pour conforter l'autorité de ses successeurs. Le Général ne pouvait pas à l'époque, avoir la moindre idée de la médiocrité dans laquelle devaient sombrer, 55 ans plus tard, la vie politique française et le niveau de la huitième génération des candidats à sa succession.
Pour le créateur de la Ve République, l'élection du président de la République était l'expression du lien de confiance entre un homme et la France, chef de la Nation, incarnation de son unité, de l'exemplarité, du prestige, tenant son autorité de l'expérience, d'une vision historique, de la sagesse et sa connaissance du pays, de sa culture, de son histoire.
 
Avec le deuxième tour de ces présidentielles, nous sommes dans la négation même de la présidence gaullienne. Les deux candidats ont peu ou pas d'expérience de l'État. Ils se situent dans une logique de table rase sur leur parcours personnel. Leur image n'est pas rassembleuse mais au contraire caractérisée, briseuse, conflictuelle, porteuse de déchirure. L'un est issu de "la droite nationale", un courant situé aux extrêmes de l'histoire politique, l'autre donne l'image de la "France d'en haut", celle des sièges sociaux, du pouvoir médiatique et des cabinets. Ils ont obtenu leur qualification au premier tour avec des scores ultraminoritaires 16 % du corps électoral pour l'un, 18 % pour l'autre. Aucun phénomène d'adhésion massive en leur faveur ne se produit. Selon plusieurs sondages, une immense majorité de Français, 59 %, déplore un second tour opposant des postures caricaturales où elle ne se sent pas représentée et se voit privée de choix démocratique (Elabe-BFMTV).
 
Le processus électoral a été biaisé par des "primaires" contraire à l'esprit des institutions puis sabordé par un scandale. Dans un contexte d'écroulement de la vie politique et d'une vertigineuse crise de confiance, il procède d'une vaste manipulation médiatique ayant conduit, les radios, les télévisions, la presse, au fil des années, à mettre en avant deux candidats, dont l'un, viscéralement rejeté par les deux tiers du pays, sert de tremplin à l'accession de l'autre, le champion de la "France d'en haut", à l'Élysée. Nous assistons au pire des scénarios : démagogie, hystérie, polémiques, agressivité immature, mégalomanie, inculture, néant du discours et de toute vision, un Grand-Guignol déconnecté du monde réel et roulant à l'abîme. La situation est explosive.
 
Que va-t-il en sortir ? Nous vivons sans doute l'ultime étape du processus de décomposition de l'autorité élyséenne, en cours depuis des décennies. Cette évolution risque d'ouvrir la voie vers une désintégration du pouvoir central dans le chaos et la violence. Une issue favorable à la crise actuelle serait le retour à la démocratie, fondée sur un puissant et respecté Premier ministre, issu d'une nouvelle majorité et responsable devant le Parlement. Encore faut-il que les Français aient conscience de la tragédie en cours et y réagissent en donnant à la France une majorité stable, indépendante de la foire médiatique que sont devenues les élections présidentielles. Rien n'est moins assuré... Une certitude : les élections législatives de juin seront une dernière chance de sortir du bourbier.

Paru sur Figarovox, 28 avril 2017
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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