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Technique de gouvernement et gouvernement technique
 
Entre la Droite "la plus bête du monde" et une Gauche sans boussole, une vaste esplanade de possibilités est ouverte à la recomposition du paysage politique français dans ses instances les plus élevées (Assemblées – Exécutif) tout en conservant le solide et puissant socle des représentations territoriales sur lequel s'appuie la réalité du pays. L'astuce est là : on change sans détruire.
Notre Grand Elu nouveau semble avoir – dans son cerveau bien fait et avec son équipe – efficacement assimilé les leçons du passé, la stratégie des verrous et des ouvertures ainsi que l'art de contourner les blocages. Les différentes tentatives de "gouverner au Centre" ont toujours échoué en France, ou du moins, ont été éphémères, dévorées par leurs deux ailes et réduites à l'immobilisme en raison de la fuite des soutiens parlementaires. L'exemple le plus terrible est celui de Raymond Barre lequel, au-delà de sa grande compétence et de ses bonnes intentions, sans parti, sans argent et sans équipe bétonnée, n'a jamais franchi la barre de l'élection présidentielle.
Aujourd'hui, ces leçons ont été assimilées : bien qu'un peu brusque et peut être pas assez "ancré" dans la France profonde, un Mouvement a été mis en place, sitôt transformé en Parti dès l'élection accomplie ; la chasse au personnel fidèle et compétent, engagée depuis des mois ainsi que le financement de l'opération et ses objectifs sont clairement définis.
 
La difficulté réside désormais dans l'appréhension de la nouveauté par les opposants : les rancœurs, les haines farouches, les trahisons, la peur ou la panique d'avoir perdu ou de risquer de perdre un poste, un siège, une sinécure, le scepticisme, l'instinct de destruction (si fort en politique), le goût immodéré de la chicane, la franche détestation de la nouveauté, la crainte de toute réforme même minime, la perte des réalités... tout cela forme un bloc de béton mental qu'il va falloir dynamiter... avec des pétards procéduriers et juridiques dont le maniement relève de la performance permanente. La France aime la castagne politique. Comme l'exprime un grand juriste (Chagnolleau) "La France est le pays de l'Affrontement, alors que l'Allemagne est devenue celui de la Conciliation".
Ce que le jeune Président a peut-être dans la tête, est l'exemple nordique – notamment finlandais – une réussite constante et toujours efficace qui sort régulièrement ces sociétés des impasses ou des gouffres vers lesquelles elles se dirigeaient : la recette est à la fois simple et complexe :
Sous la houlette énergique d'un Président de la République (Finlande) ou d'un Premier Ministre s'appuyant sur la bienveillance du souverain héréditaire (Pays Bas, Norvège, Danemark, Suède), est constitué un Gouvernement d'Union Nationale ou bien un Gouvernement d'Urgence, ou encore un Gouvernement Technique (les 3 appellations sont reçues), ce dernier terme est surtout employé dans l'impossibilité d'obtenir une majorité parlementaire : les différents Partis sont priés de mettre leurs idées vengeresses et leurs opinions opposées au placard, et de gouverner ensemble – au mieux – dans l'intérêt du pays. Le chef d’État ou de gouvernement choisit ce qu'il estime être "les meilleurs dans leur spécialité" dans chaque tendance et les oblige à l'univocalité réformatrice en trouvant et mettant en œuvre les meilleures solutions pour sortir du marasme. Et ça marche !…
 
Il faut, bien sûr, l'assise d'une majorité ou d'une union parlementaire (c'est ce qui est recherché depuis dimanche dernier), permettant de légiférer ou de faire passer des ordonnances et décrets autoritaires pour "aller vite". Dans un délai correct (généralement un an) ces mesures d'urgence sont, soit reconduites soit entérinées par un vote parlementaire qui les transforme en lois normales. C'est par ce moyen que la Finlande, longtemps si fragile, a pu éviter de retomber dans le filet des communistes en les marginalisant progressivement et sans émeutes, évité la faillite à plusieurs reprises ; que les Pays Bas ont tourné le dos à plusieurs crises et à une extrême droite mortifère, que les Suédois et les Norvégiens ont retrouvé une prospérité financière envolée. Winston Churchill a aussi joué cette carte à sa manière. Plusieurs pays dans le monde ont tenté ou pratiquent cette recette avec plus ou moins de succès.
 
Généralement et assez vite, les impétrants s'entendent parce qu'ils ont compris le sens du  pari et sa nécessité, aimant avant tout leur pays. C'est peut-être cela le problème français : nos politiques aiment-ils vraiment la France et non pas plutôt, leur carrière, leurs prébendes et leurs petites chamailleries ? Par ailleurs il ne faut pas se leurrer : ces pays nordiques sont de "petite population" avec un personnel politique assez peu nombreux : tout le monde se connaît et il est difficile de tricher ; ils sont majoritairement protestants, la discipline sociale est grande, les sanctions aux manquements sévères. Nos voyous politiques deviendront-ils des saints par la volonté de ce Président à la posture d'ange rédempteur et à la volonté de fer ? Nos prédicateurs politiques, nos procureurs télévisuels tablent sur l'échec, c'est à en être stupéfait. Bref, comme dit Bernard Blier citant Audiard : "c'est pas gagné, ma Poule" …
La tentative de l'Union large risque d'être constructive car elle offre une autre lecture de la situation française : le bord d'un gouffre à la grecque n'est pas loin. La réaction doit être vive et rapide, c'est ce qui est promis. La lente et implacable désindustrialisation de la France est une catastrophe et ce ne sont pas le tourisme de masse et les services à la personne qui vont à eux seuls, relancer la croissance. L'artisanat français est le plus remarquable de la planète : il est en train de mourir faute de formations et de recrutement. Les agriculteurs et les commerces indépendants sont pathétiques. Le système éducatif et celui de la justice sont en lambeaux, ne parlons pas de "la dette", des impôts et taxes et de tout le reste... Comme il a été dit dès le discours du Louvre "la tâche est immense". Un des baromètres essentiels et de réalité sera la première visite officielle chez Angela Merkel : elle fera peut-être taire les plus acharnés Cassandre.
Autre écueil : les électeurs, entre un élu local non macronisé, mais qu'ils connaissent et les représente assez bien et un candidat inconnu soutenant le Président, hésiteront. Qui choisiront-ils ? Donc jusqu'en Juin, la partie est délicate et rien n'est acquis. Reste l'énigme des Droites : c'est "Que choisir ?" version parlementaire… La patience est une grande vertu, surtout en politique : comme il a été écrit "celui qui gagne n'est pas le meilleur, c'est celui qui sait attendre le plus longtemps". Donc, attendons l'homme qui marche…
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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