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L’esclavage, l’Afrique, Colbert

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L’esclavage, l’Afrique, Colbert
 
L’article du Comité Représentatif des Associations Noires (CRAN), publié par le Monde le 18 septembre p. 22, m’a laissé perplexe : il s’agit de débaptiser les lycées et autres lieux portant le nom de Colbert... Combien des signataires de ce texte ont vécu en Afrique, et où ? Combien de signataires de ce papier ont lu sur Wikipédia ou ailleurs les différentes versions du Code noir, conçu d’abord par Colbert, et mis en application d’abord par Louis XIV en mars 1685, puis par Louis XV en mars 1724 ? En quelques mots, ce Code noir considérait l’esclave comme un bien meuble ; le maître avait le droit de l’enchaîner, de le battre de verges, de le mutiler en cas de rébellion ou d’évasion, de le mettre à mort à la troisième récidive. Cela dit le maître devait nourrir et vêtir ses esclaves, les baptiser, les catéchiser, les instruire, leur donner une sépulture. Les enfants bénéficiaient d’une relative protection. Surtout avec nos idées actuelles, c’était atroce. Ayant passé plus de dix ans de ma vie entre la Tunisie, le Congo Brazzaville, le Tchad, sans parler du Moyen-Orient, je voudrais apporter un témoignage.
 
Les historiens sérieux évaluent à quarante millions le nombre d’Africains victimes de l’esclavage entre le VIII° et le XIX° siècle : 17 millions furent "exportés" vers  l’Arabie, le Moyen-Orient et l’Afrique du nord ; 12 millions furent "esclaves de case", autrement dit domestiques forcés, gratuits, à vie, en Afrique ; 11 millions furent envoyés vers l’Amérique et les Caraïbes. Les esclaves chrétiens capturés à l’ouest et au sud de la Méditerranée par les pirates maghrébins ou turcs sont rarement évoqués : la cathédrale de Tunis fut édifiée sur leur cimetière… Cervantès et Saint Vincent de Paul sont les deux plus célèbres.
En Afrique du Nord, au  Moyen-Orient, en Arabie, il n’existe pas de descendants d’esclaves africains. Pour une bonne raison : il n’y avait aucun "Code noir". Les esclaves africains y étaient exploités jusqu’à ce que mort s’en suive, ils ne pouvaient pas fonder une famille et leurs enfants n’étaient pas protégés. Doit-on reprocher au seul Colbert d’avoir imposé des normes à l’esclavage, alors que les Africains participaient à ce honteux trafic ? Doit-on juger ce qui se passait il y a quatre cent ans avec notre sensibilité contemporaine ?
 
Le 2 janvier 1956, ma section a sauvé la vie d’un partisan du député Tchicaya, originaire de Pointe-Noire, alors qu’une foule de Brazzavillois tentaient de le lyncher. J’essayais de comprendre le pourquoi de cette violence. Et le rescapé de me confier : "Je suis de Pointe-Noire, comme Tchicaya, le député, qui est de ma tribu. Eux (les Bacongos de Brazzaville) nous reprochent d’avoir eu des ancêtres transitaires entre les négriers africains et les négriers blancs, et donc d’avoir participé au trafic d’esclaves".
Abéché au Tchad, où je vécus de 1962 à 1965, fut un centre important de "fabrication d’eunuques". La castration  s’effectuait sur de jeunes captifs, non volontaires évidemment, avec un taux de pertes estimé à 60 %, avant que les survivants ne fussent vendus fort cher aux harems d’Arabie, de Turquie et du Proche-Orient. Ce trafic ne fut interrompu que par l’arrivée des troupes françaises à Abéché en 1909.
En septembre 1962, à Brazzaville, lors  d’une conversation avec Monsieur Mabiala, secrétaire général de la défense du Congo-Brazzaville, ce dernier me rappelait que l’esclavage a toujours existé en Afrique avant l’arrivée des Français et des  Britanniques, et que ce sont ces colonisateurs qui ont interdit ce trafic, pas les Africains …
 
Je crois qu’il faut éviter les idées simplistes au sujet de l’esclavage : Européens  et Africains ont participé trop longtemps à cet ignoble trafic. Je ne me souviens pas d’avoir entendu ou lu des protestations du CRAN et des autres signataires de l’article du Monde lorsqu’il fut évident que l’esclavage était toujours pratiqué, aujourd’hui, en Afrique, au Soudan en particulier… Et il faudrait arrêter de laisser croire que seuls les Occidentaux furent responsables de l’esclavage.

Envoyé par l'auteur, 19 septembre 2017
SALVAN   Jean

Né le 3 mars 1932
Marié (1953) – 5 enfants



Officier, général de corps d'armée


Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
Ecole d’Etat-Major 
Ecole supérieure de guerre (ESG)

Commandant la IVème Région militaire
Général de corps d’armée (1988)
Représentant français auprès du Commandement Centre-Europe de l’OTAN (1986-1988) 
Commandant de la 1ère Division blindée (1983-1985)
Commandant du 3ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine
Professeur à l’Ecole supérieure de guerre

Membre correspondant du Muséum d’Histoire Naturelle en 1964
Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées de droit public
Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux (1989-1994) ("Société et Défense") 
Président de l’Union des blessés de la face (les Gueules cassées) (1995-2002)

Ouvrages 
Liban 1978, les Casques bleus de la France (1979) - L’avifaune du Gard et du Vaucluse (1983) -

La paix et la guerre (1992) - Soldat de la guerre, soldat de la paix (2005)

Distinctions
Grand Officier de la Légion d’Honneur
Croix de la Valeur Militaire
Commandeur de l’Ordre du Cèdre du Liban
Croix d’Honneur en or de la Bundeswehr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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