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Service national inutile ?

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"Service national inutile ?"
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Il ne faut pas se leurrer : le service militaire d'autrefois ne reviendra pas. Mais faut-il s'en plaindre ? Car l'armée ne peut à elle seule corriger les renoncements de l'école.
 
Il y a vingt ans, on était content qu'il s'en aille. Aujourd'hui, on est content qu'il revienne. L
e service militaire suscite décidément des sentiments ambivalents. Lorsque Jacques Chirac le supprima, on voyait surtout ses défauts: inadapté aux nouvelles formes de guerre et d'intervention de l'armée française ; trop cher ; de plus en plus inégalitaire. Si Emmanuel Macron le rétablit, c'est qu'entre-temps on a la nostalgie de ses anciennes vertus : le rapprochement des classes sociales, quelles que soient les origines et les religions ; l'éducation civique et patriotique d'une classe d'âge ; l'apprentissage de l'obéissance, du sacrifice et de l'oubli de soi, contrepoint bienvenu à une société hédoniste qui exalte l'individualisme jusqu'au délire narcissique..
 
Mais il ne faut pas s'emballer. Le nouveau service national est le "Canada Dry" de l'ancien, un succédané factice qui en a le nom, mais pas la réalité. Et pour cause : l'armée sait bien qu'elle n'a pas besoin de cette cohorte de jeunes, inadaptés à la guerre moderne. Le service militaire était l'enfant de la "levée en masse" révolutionnaire ; il servait à rassembler sous les drapeaux toute une classe d'âge pour préparer une guerre de masses face à l'Europe en général, et l'Allemagne en particulier. Il n'est pas question, que l'on sache, de déclarer la guerre à l'Allemagne, même si Angela Merkel rejette les propositions de Macron sur la réforme de l'euro !
 
Par ailleurs, ce n'est pas le service militaire qui a réconcilié les deux France, celle de l'école privée et de l'école publique, celle du roi et celle de la République, celle qui croyait en Dieu et celle qui n'y croyait pas ; mais la guerre. Celle de 1914-1918 avant tout. L'école avait fait l'essentiel du travail, autour d'un patriotisme qui reprenait habilement, sous le pavillon de la République, les héros et les valeurs aristocratiques de l'ancienne monarchie. Lavisse était un bonapartiste rallié au nouveau régime, qui savait ce qu'il faisait…
Tout l'inverse de l'école d'aujourd'hui qui, en dépit de la volonté de Blanquer, n'est toujours pas sortie de son idéologie de la déconstruction et continue, dans les programmes hérités des prédécesseurs de notre ministre, de privilégier l'égalité sur le savoir, et la réconciliation (hypothétique) des mémoires sur l'histoire unificatrice de la patrie.
 
Il ne faut pas se leurrer :
en dépit des annonces fracassantes
, le service militaire ne reviendra pas. Les armées ont tant besoin d'argent pour renouveler armement et équipement qu'elles n'accepteront jamais de dépenser des fortunes pour former des conscrits innombrables, mais pour la plupart inutiles. L'armée ne peut à elle seule corriger les renoncements d'une école qui, elle-même, croule sous les effets d'une invasion migratoire inouïe depuis des décennies. Il n'est pas sûr d'ailleurs que le service militaire à la papa n'aurait pas, s'il avait été maintenu, révélé lui aussi crûment les fractures irrémédiables de la société française. On ne le saura jamais.
Paru dans Le Figaro Magazine, 4 mai 2018
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
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Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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