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Nos petits-enfants sauveront...

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Nos petits-enfants sauveront l’honneur des Poilus
 
Le spectacle médiatique qui est imposé actuellement à l’opinion publique avec ces joutes verbales qui mélangent de façon confuse jour après jour Pétain et la transition écologique est absolument consternant… Pourtant, loin de ces convulsions politiciennes, de belles initiatives ouvrent localement de nouveaux champs d’espérance pour notre pays.
Ce fut le cas le 9 novembre à Fouesnant, petite ville de 10 000 habitants située face à l’archipel des Glénan. 450 collégiens et lycéens ont travaillé depuis des mois avec leurs professeurs afin d’accompagner un projet pédagogique autour du Centenaire, porté et mis en œuvre par le trinôme académique, en collaboration étroite avec l’ONACVG (2), le monde combattant, les élus, les correspondants Défense et les chefs d’établissement du Finistère.  Ces jeunes viennent de faire avec leurs professeurs une démonstration exceptionnelle, certes de patriotisme au travers leur mobilisation, mais surtout d’ouverture du questionnement sur les questions de défense qui doivent nous interpeller. Ce signal faible n’a fait qu’un quart de page dans un quotidien local (3) alors que nous avons là, comme dans d’autres endroits de France, des pépites en émergence. Ce sera de nouveau le cas le 16 novembre à Quimper avec 1 500 élèves de toutes les écoles, lycées et collèges de la ville qui seront mobilisés sur le thème de l’engagement.
 
De quoi s’agit-il ? Ces collégiens et lycéens n’ont pas d’à priori, ni de préjugés bellicistes ou pacifistes, ils ne connaissent rien à nos théories de la dissuasion ; en revanche ils ont des attentes très fortes auxquelles ils demandent désormais des réponses. Quelles sont leurs questions ? Est-ce que finalement nous risquons de connaître de nouveau sur nos frontières des conflits de haute intensité telle "la Grande Guerre" ? Certains de nos experts en sont convaincus et militent pour remonter les budgets de nos armées et les postures sécuritaires au niveau européen… Est-ce qu’il n’y aura plus de guerres du fait de l’urbanisation croissante de nos sociétés, des niveaux d’interconnexion des systèmes d’information et d’interdépendance de l’économie mondiale ? D’autres experts pensent en effet que nous sommes entrés dans un temps complexe de crises permanentes nécessitant une nouvelle culture dite de "réduction de risques". Ces explications de sachants souvent septuagénaires, la plupart du temps très bien argumentées, ne parlent pas à nos jeunes.
 
Ceux qui ont vécu les Opérations Extérieures connaissent bien cet entre-deux, "entre chien et loup", où la guerre proprement militaire a muté en crises civilo-militaires insoutenables et durables, sans adversaires identifiés. Ces laboratoires, où il n’y a plus véritablement de lignes de front, où il faut maintenir la paix en neutralisant d’un côté les psychopathes (souvent qualifiés de criminels de guerre ou de terroristes selon les théâtres d’opération) tout en essayant de rétablir simultanément les conditions de vie normale pour les populations, sont devenus depuis un demi-siècle notre quotidien en termes d’expression des nouveaux rapports de force sur notre planète. Hormis la région du Proche et Moyen-Orient, qui constitue une configuration stratégique spécifique du fait des enjeux énergétiques, le reste du monde est entré progressivement dans cette complexité des formes hybrides de conflictualité où il devient difficile de construire des postures de sécurité partagées. Répondre clairement à ces questions, c’est bien ce que nous demandent désormais ces jeunes générations.
 
En revanche, soyons lucides, ce ne sont pas les préoccupations d’une grande partie des "quadras" qui sont actuellement aux commandes de notre pays. Nous avons en effet enfanté une "génération perdue" qui est indifférente à ce type de réflexion. Elle n’est motivée que par les gains rapides et le maintien de son bien-être. Les questions de sécurité et de défense, de souveraineté et d’identité ne sont absolument pas dans leurs priorités. De fait, pour la plupart d’entre eux, ces problématiques doivent être sanctuarisées avec des professionnels appointés pour cela, "des civils que l’on arme… ". Ils sont devenus autistes, arrogants et nous impuissants, inaudibles ! D’où l’urgence et la nécessité d’inventer une autre pédagogie des débats sur les questions de défense et de sécurité pour sortir de cette impasse qui pourrait s’avérer catastrophique si l’histoire glissait de nouveau dans le tragique.
 
Contre toute attente une grande partie de la génération qui évolue actuellement entre le collège et la faculté, celle de nos petits-enfants, les arrière-arrière-petits-enfants de nos poilus, voit les choses autrement. Entre la tuerie du Bataclan qui les a transformés en cibles et la brutalité des images qui circulent en continu sur les réseaux sociaux, cette génération a compris que la guerre est redevenue possible partout, y compris à l’intérieur de nos territoires, et que l’idée d’une paix vertueuse avec des approches uniquement humanitaires et économistes est devenue irréaliste. Il y a dans ces nouvelles formes de maturité et de lucidité, portées aussi par une partie de plus en plus importante de la population, des pistes à travailler pour sortir de la confusion et de l’agitation actuelle. Il faut faire bouger les lignes sans attendre !
En effet, dans 5 ans les associations qui fédèrent les anciens combattants auront quasiment perdu la moitié de ses effectifs. Dans 10 ans les deux tiers des effectifs auront disparu et nous assisterons à une désertification massive du champ mémoriel. Nous savons tous pertinemment que la quatrième génération du feu, celle justement des OPEX (4), n’a pas la même appétence pour tenir cette mission sur le terrain comme le firent les trois générations précédentes. Cette population hétérogène de combattants n’a pas d’ennemi commun, pas de menace globale comme le furent les grands totalitarismes, pas de véritable reconnaissance par l’Etat qui les considère uniquement comme des professionnels, ni par la nation qui les assimile de plus en plus à des soldats de l’ONU, de l’OTAN, demain peut-être de l’Europe … La plupart de nos jeunes vétérans se réfugient dès lors dans leurs amicales et ne transmettent plus comme leurs anciens. Leur engagement est trop marginalisé. Ceux qui vont répondre à cette question de la continuité du devoir mémoriel et de sa traduction en nouvelles postures de défense et de sécurité dans la prochaine décennie seront nos petits-enfants.
 
Leurs questions sont intéressantes et légitimes. Ne nous trompons plus de bataille, la victoire n’est jamais là où on l’attend. C’est le message qu’ils nous transmettent avec leurs professeurs au travers des mobilisations époustouflantes et inattendues de ces petits villages bretons nourris d’exemples de résistance. Plutôt que de dépenser du temps contre une génération "d’enfants gâtés" qui casse tout, mobilisons désormais notre intelligence et notre énergie pour ces jeunes qui restaureront finalement l’honneur de nos poilus en inventant les protocoles de défense et de sécurité de demain.
(1) Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, Capitaine de vaisseau (h) Président de la Section du Finistère et Administrateur national de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires (FNCV), Chef d’entreprise.
(2) ONACVG : Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre
(3)
https://www.letelegramme.fr/finistere/fouesnant/centenaire-de-l-armistice-450-enfants-ont-chante-la-marseillaise-09-11-2018-12128863.php
(4) OPEX : acronyme des Opérations Extérieures
Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2018
GUILHOU Xavier

Né en 1954


 

 

Directeur du Cabinet XAG Conseil
Spécialisé dans la prévention des risques
, le pilotage des crises et l'intelligence stratégique ainsi que les questions de diplomatie humanitaire et d’assistance stratégique aux Etats.

Docteur es Lettres et Sciences humaines
DESS de l’IEP de Paris

Expérience triple :
* Sur le terrain des crises internationales ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié.
(Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 90)
* Dans le monde de l’entreprise pour avoir exercé des  fonctions exécutives et opérationnelles
(Directeur général de filiale au sein du Groupe Hachette, directeur du marketing de Spie-Batignolles, directeur de la sécurité corporate de Schneider Electric, directeur du think-tank d’EuroGroup.
* Au sein du monde universitaire et des grandes écoles
 
Capitaine de vaisseau de réserve
Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN).

Ouvrages
Ruptures créatrices avec Patrick Lagadec -éditions d'organisation 2000
Un monde à repenser  (avec Eric de la maisonneuve - éditions économica 2001
La fin du risque zéro  (avec Patrick Lagadec) (2002)
Voyage au coeur d'une implosion, ce que l'Argentine nous apprend (avec Patrick Lagadec et Laura Bertone) (2003)
Quand ONG et PDG osent (avec Jean Marie Aoust, Gilbert Canameras et Claude Revel) (2004)
Quand la France réagira.... (2007)
 
Nombreux articles
Interventions régulières sur les chaines de radio pour décrypter l’actualité internationale
Site
http://www.xavierguilhou.com
 
Distinctions
Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur
Officie de l'Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire avec citation
Croix du Combattant Volontaire
Commandeur du Mérite de l'Ordre Souverain de Malte

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