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... le souvenir de 1848 ?

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Derrière les "gilets jaunes", le souvenir de la révolution de 1848 ?
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Face à l'impasse politique du bloc bourgeois des métropoles, les "gilets jaunes" ont répondu par une logique de "lutte des classes".
 
Là où les "gilets jaunes" passent, les catégories politiques trépassent. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Où vont-ils ? La sociologie de petite classe moyenne, salariés du privé ou indépendants, les rend étrangers aux syndicats traditionnels qui ne parviennent pas à les récupérer. Leur origine géographique, cette fameuse France périphérique, les a fait échapper aux radars de la gauche bien-pensante, des mouvements antiracistes ou féministes, qui ne vivent que dans et par les métropoles mondialisées. Ils sont les Petits Blancs, comme diraient les Américains ; les "déplorables", aurait dit Hillary Clinton ; la France de Johnny. Comme lors des obsèques du chanteur, la "diversité" banlieusarde est largement absente de ses défilés. Jamais on n'a vu une manifestation de protestation avec autant de drapeaux tricolores déployés et de Marseillaise entonnées. Les "gilets jaunes" ont commencé par réclamer une baisse d'impôt, ce qui a ravi la droite libérale ; mais ils ont continué par critiquer la suppression partielle de l'ISF, ce qui a réjoui la gauche. Ils ont livré des migrants clandestins aux gendarmes, ce qui a désolé les bien-pensants ; mais ils ont accumulé les revendications matérielles, ce qui a fait plaisir à la vieille garde sociale-démocrate, qui y a vu le retour éternel de la "sociale" ! Les habiles manœuvriers de la gauche, qu'ils viennent de la France insoumise ou de l'extrême gauche, sont à la manœuvre : le noyautage, c'est leur truc. Un mouvement de "beaufs" peut très bien tourner avec eux à une grande révolte du peuple de gauche !
 
Quand les casseurs se sont agrégés à eux, comme dans toute manifestation parisienne depuis des années, les ministres ont dénoncé la "peste brune" alors que les images et les témoignages montrent avant tout des "blacks blocs" d'extrême gauche (qui cassent banques et commerces de luxe mais sans piller) et la racaille de banlieue qui pille et vole, en se moquant bien de ces "Gaulois" qui manifestent. Tous ces gens-là se côtoient sans s'aimer ni se parler, seulement unis pour l'instant par une détestation commune d'Emmanuel Macron et de sa caste au pouvoir. René Girard dirait que le Président est "le bouc émissaire" qui permet d'apaiser les tensions mimétiques.
Emmanuel Macron avait subverti les vieilles catégories de droite et de gauche en rassemblant derrière lui la bourgeoisie de droite et celle de gauche, reprenant ainsi la stratégie qui a permis à Louis-Philippe d'accéder au trône en 1830, en se débarrassant "en même temps" de la droite réactionnaire légitimiste et de la gauche républicaine, à l'instar de ses oppositions vaines, Rassemblement national et France insoumise.
Tout se passe comme si, face à cette impasse politique de l'hégémonie du bloc bourgeois résidant dans les métropoles, les "gilets jaunes" avaient répondu par une logique de "lutte des classes", qui mêle révolte sociale et sentiment patriotique, revendications économiques et conservatisme culturel. 1830 avait provoqué 1848.

Paru dans Le Figaro Magazine, 7 décembre 2018
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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