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La dangereuse logique insurrectionnelle de l'Insoumis Mélenchon
 
Drôle de parallèle construit sur une simple homonymie. Et qui permet à Jean-Luc Mélenchon de voir dans le "gilet jaune" Éric Drouet une réincarnation du révolutionnaire Jean-Baptiste Drouet. Évidemment, la comparaison était plus compliquée à établir avec Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, Minou Drouet, l'enfant poète des années cinquante, ou un autre Jean-Baptiste Drouet, premier gouverneur général de l'Algérie sous la Monarchie de Juillet…
 
Bienheureux révolutionnaire qui fournit au leader de La France insoumise l'occasion d'afficher sa "fascination" pour une logique où l'exaltation de la révolution et de l'insurrection l'emporte sur l'acceptation de l'élection. Reconnaissons à Mélenchon le mérite de la cohérence. Admirateur de Robespierre, il a toujours pris la Révolution française "comme un bloc", selon le conseil de Clemenceau, n'établissant pas de distinction de nature entre les essais des Cahiers de doléances et les excès de la Terreur.
 
Dès lors, le rapprochement des deux Drouet est révélateur. Le révolutionnaire est en effet celui qui, reconnaissant Louis XVI, a permis son arrestation à Varennes puis, ultimement, son exécution, tandis que le "gilet jaune" est celui qui invitait à "entrer" à l'Élysée, autrement dit à en déloger l'occupant actuel. Et dans un mouvement au cours duquel des effigies d'Emmanuel Macron furent brûlées ou carrément guillotinées, le parallèle a de quoi faire froid dans le dos.
Car Mélenchon applaudit au geste "citoyen" qui a permis de mettre à bas un "tyran" puisque à ses yeux la défense de la souveraineté populaire passait par la suppression de l'ordre politique en place. Et c'est là que la symétrie mélenchoniste est inquiétante car elle en vient à justifier la mise en cause de la légitimité du pouvoir macronien, fut-il démocratiquement élu, dès lors qu'il serait perçu comme attentatoire à la justice ou au bien du peuple.
N'est-ce pas le propre de la logique révolutionnaire de stipuler que la légalité d'une autorité politique ne suffit pas à garantir sa légitimité ? Et donc n'interdit pas son empêchement par d'autres voies que la voie électorale ? Là encore, il y a une forme de cohérence du leader de La France insoumise entre sa fascination pour le modèle vénézuélien et son exaltation du mouvement des "gilets jaunes", toutes deux fondées sur sa conviction que l'histoire n'a rien de linéaire et qu'elle se construit à coups de bascules brutales, incompréhensibles pour ceux qui croient à la résistance des institutions.
 
Mais dans son dangereux lyrisme révolutionnaire, Jean-Luc Mélenchon joue aussi contre lui-même. Car sa posture lui interdit d'être le fédérateur des gauches, comme en témoigne la réaction de Benoît Hamon. Elle valide l'analyse de ceux qui parient sur une fusion inévitable des extrêmes, dans la foulée du précédent italien. Tout en faisant le jeu de celle qu'il présente pourtant comme sa véritable adversaire, Marine Le Pen. Laquelle donne l'impression de moins chercher ostensiblement à récupérer les "gilets jaunes", tout en respectant la logique des institutions. Laissant ainsi Mélenchon sortir seul du cadre républicain.

Paru dans Le Figaro, 3 janvier 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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