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Le désir d'ordre comme antidote

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Le désir d'ordre comme antidote au rejet de Macron
 
Un tweet du président de la République dimanche, une loi de programmation annoncée dans la journée de lundi par le ministre de l'Intérieur, une intervention télévisée du premier ministre au "20 heures" de TF1. Après l'indignation, les décisions. L'exécutif est dans son rôle lorsqu'il répond à la violence. Son message est aussi politique alors que la contestation des "gilets jaunes" reste forte et le soutien de l'opinion majoritaire. Jouer la carte de l'ordre, c'est faire le pari qu'une majorité de Français basculera enfin de son côté.
 
Dans cette crise qui dure, il y a un pari symétrique de basculement. Jean-Luc Mélenchon fait celui d'un effondrement du pouvoir et d'un ralliement à une logique insurrectionnelle. Emmanuel Macron et Édouard Philippe pensent à l'inverse que la "majorité silencieuse" sera de plus en plus excédée par l'enchaînement des violences et la gradation des menaces (gendarmes ou policiers provoqués, parlementaires menacés, ministère attaqué). Et que cela provoquera in fine un sursaut.
Ce sursaut, pour l'heure, n'a pas encore eu lieu parce qu'il y avait un continuum dans l'esprit de bien des électeurs entre le rejet d'Emmanuel Macron et le soutien aux "gilets jaunes", ces derniers étant comme l'expression par procuration de tous les ressentiments contre le gouvernement. Si bien que même les excès des manifestants les plus radicaux étaient couverts d'une certaine bienveillance. Mais l'accumulation des violences peut susciter à la fois de la lassitude, de la condamnation et de la peur. Et donc une volonté que soit mis fin à la "chienlit", comme aurait dit le général de Gaulle. Le parallèle est d'ailleurs dans toutes les têtes. Le débordement estudiantin de mai 1968 était également majoritairement applaudi par des Français qui commençaient à être lassés de leur président. Jusqu'au jour où la peur d'un pays bloqué et d'une insurrection généralisée l'emporte et permette à de Gaulle d'opérer le magistral retournement de situation que l'on sait.
 
Une "marche républicaine des libertés" est d'ores et déjà prévue le 27 janvier. Il serait naïf de croire à une réédition de la grande manifestation gaulliste du 30 mai 1968 sur les Champs-Élysées. On en est très loin. Mais en jouant ostensiblement la carte de l'ordre, l'exécutif veut croire à une forme d'électrochoc. Il a pour lui que les valeurs d'ordre et d'autorité sont plébiscitées dans tous les segments de l'électorat. En annonçant dès maintenant des décisions, il peut espérer aussi conjurer le procès en inaction ou en impuissance.
Les mélenchonistes et la gauche vont sans doute hurler à la répression, au retour de la loi anti-casseurs de Raymond Marcellin ou aux obsessions sécuritaires supposées de Nicolas Sarkozy. Mais justement : c'est cet électorat-là qu'Emmanuel Macron doit décrocher en priorité d'un soutien aux "gilets jaunes". Cette population principalement de droite, légitimiste et attachée à l'autorité de l'État. Le défi du président est donc d'obtenir que, pour une majorité de Français, le désir d'ordre l'emporte sur leur antimacronisme.

Paru dans Le Figaro, 8 janvier 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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