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Menaces sur la liberté d’opinion

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Menaces sur la liberté d’opinion
 
La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen protège la liberté d’expression.
Article 10 : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi".
Article 11 : "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout homme peut donc écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi."
La législation française définit, heureusement, quelques limites précises à cette libre expression dans l’objectif de protéger les personnes et les groupes en sanctionnant la diffamation, l’injure, l’incitation à la haine raciale, l’apologie des crimes de guerre ou de terrorisme, le négationnisme. Cette liberté d’expression est l’un des acquis les plus précieux des Lumières, à l’image de la célèbre maxime de Condorcet : "Le droit qu’a chaque particulier d’examiner toute opinion, quelle qu’elle soit, ne peut être attaquée sans tyrannie ; et c’est l’attaquer que d’empêcher chaque homme de dire ce qu’il pense sur cette opinion".
 
Or, en ce moment, par-delà les cas exceptionnels justement prévus par la loi, une montée générale de l’intolérance aux opinions des autres tend à restreindre le champ de la liberté d’expression. Le champ de ce qu’il est possible d’exprimer sans encourir un passage à tabac en bonne et due forme, ne cesse de se rétrécir. Les propos concernés ne relèvent généralement pas des interdictions légales mais ils heurtent le politiquement correct, l’air du temps, l’idéologie dominante, post-nationale et post-frontière, libérale-libertaire. En dehors de tout cadre légal, le châtiment de cette dissidence prend la forme d’un lynchage sur les médias et sur les réseaux sociaux. La mise au pilori et le déshonneur en sont le prix à payer.
 
François-Xavier Bellamy en déclarant "cette question de l’IVG est une conviction personnelle que j’assume", ces paroles plutôt neutres suffisent à déchaîner un tollé, jusque dans des sphères officielles, et débouchent sur une remise en cause de la légitimité de sa candidature pour la tête de liste LR.
Mme Agnès Thill, députée macroniste hostile à la PMA, est accusée par plusieurs parlementaires de son propre camp de "délire islamophobe, homophobe et paranoïaque", pour avoir affirmé que "l’absence de genre dans le mot parent favorise l’éclosion d’écoles coraniques".
Mme Brigitte Barèges maire de Montauban est huée à Souillac avant d’être lynchée sur Internet, pour avoir oser dire : "J’ai vu dans les cahiers de doléance qu’il faut arrêter l’immigration massive".
Dans un tout autre style, M. Moix, provoque un tonitruant scandale, de plus d’une semaine, pour avoir déclaré qu’à "50 ans, il n’aime pas les femmes de 50 ans" : des propos sans intérêt, relatifs à ses goûts personnels, qui ne méritent d’ailleurs que l’indifférence, se transforment en véritable psychodrame national.
 
Certes, un Grand Débat national a été lancé. Mais quelle est son utilité dans un contexte où toute parole déviante expose son auteur à l’opprobre ? Que peut-on encore dire publiquement sans être moqué, ridiculisé et diabolisé par le tribunal médiatique ? Une sorte de chape de plomb conformiste et de censure morale s’est abattue sur le pays. Tout ce qui s’éloigne des sentiers battus de la parole publique est voué au passage à tabac. L’époque supporte de moins en moins la différence et le pluralisme des idées. La haine, la violence verbale, le lynchage de masse se substituent de plus en plus au débat et à l’échange des opinions. D’ailleurs, le temps des insultes est plus que jamais de retour. Ce qui s’écarte du droit chemin est qualifié, au mieux de populiste et réactionnaire, au pire de fasciste ou de stalinien, et le célèbre point "Godwin" (toute discussion débouche sur l’accusation de nazisme), prolifère sur les réseaux sociaux.
 
La liberté d’expression était au cœur de la mobilisation nationale sur le thème "Je suis Charlie" à la suite des attentats terroristes de janvier 2015. Force est de constater qu’elle continue à se réduire. Parler de "dictature" au sujet de la France actuelle est bien entendu exagéré voire totalement absurde au regard de la réalité des régimes totalitaires du passé. Cependant, certaines tendances de la vie publique française renvoient bel et bien à des souvenirs obscurs : culte de la personnalité obsessionnel, quasi disparition des partis politiques, affaiblissement du Parlement, progrès de l’intolérance à l’expression d’autrui, incapacité à débattre, uniformisation de la pensée et banalisation de l’insulte. Et si le renouveau de la France commençait par un retour de la tolérance ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 22 janvier 2019
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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