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RIP, Gilets Jaunes et ...

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Referendum d’initiative Populaire (ou RIP), Gilets Jaunes et Système Politique

Il me semble raisonnable de commencer le papier de cette semaine par un rappel de ce qu’est la démocratie représentative qui a vu le jour en Grande-Bretagne, en 1689 à l’occasion de "la Glorieuse Révolution" qui donna au Parlement le droit de contrôler par le vote de l’impôt les dépenses de l’Exécutif (à l’époque le Roi, ou plutôt la Reine).
Comme en 1689, il fallait une semaine pour aller d’Ecosse en Angleterre les élites locales décidèrent d’élire des gens en qui ils avaient confiance pour défendre les intérêts des Gallois, des Irlandais, des Écossais à Londres.
La démocratie représentative était née et ce principe fut rapidement copiée et adaptée d’abord aux USA, puis en France et ensuite un peu partout dans le monde.
Deux difficultés apparurent très rapidement
- La première fut qu’à force d’habiter à Londres, les représentants oublièrent qu’ils étaient Ecossais, Gallois ou Irlandais et devinrent des Londoniens.
- La deuxième fût que le pouvoir central, à Londres, découvrit assez vite qu’il valait mieux envoyer des candidats de Londres directement qui se feraient élire sans difficultés localement, surtout s’ils arrivaient avec un gros chéquier, les chèques étant tirés sur la capitale en utilisant les impôts payés par la province.
La capture par le centre des candidats locaux couplée à la colonisation des candidats locaux par la capitale, tels furent toujours les deux écueils sur lesquels la démocratie représentative se fracassa souvent tout simplement parce que de représentation locale, il n’y en avait plus. Pour traiter le problème, les anglais qui voulaient que le système marche, passèrent donc d’un suffrage censitaire au suffrage universel (en 1928) pour finir par transférer une grande partie des pouvoirs politiques concentrés au centre à des parlements locaux, ce qui répondit au moins à une partie des problèmes.
 
Revenons à la France : le but des élites en France n’a jamais été de faire fonctionner la démocratie du mieux qu’ils le pouvaient mais de se maintenir au pouvoir quoiqu’en pense le Peuple.
Le but fût atteint avec la Constitution Bonapartiste et centralisatrice de la Vème en 1958. En France, depuis cette date, la situation de la représentation provinciale n’a cessé de se dégrader tant cela a été le but unique des classes dirigeantes puisque tout le monde sait qu’il n’y a de gens intelligents et compétents qu’à Paris.
Il me semble donc raisonnable ici de rappeler que notre système politique est passé maître depuis longtemps dans l’utilisation de toutes les astuces qui peuvent être utilisées pour vider la "démocratie représentative" à la fois de toute représentation et de toute démocratie. 
 
Aux deux méthodes anciennes que j’ai mentionnées plus haut et qui ont été utilisées sans discontinuité depuis 1958, la classe dirigeante que j’appellerai "la Classe" a réussi depuis cinquante ans à :
 
1 -  Enlever à la représentation démocratique des provinces - le parlement - tout pouvoir sur quoi que ce soit. C’est ce qu’à fort bien réussi la Constitution Bonapartiste de la Vème République où le parlement de dispose d’aucun pouvoir. FAIT
 
2 -  Remplacer les élus provinciaux par des envoyés de Paris, faute de quoi la commune, le département, la région seront abandonnés à leur triste sort puisque personne ne saura parler à l’exécutif qui contrôle la manne des subventions étatiques. La création de l’ENA a beaucoup aidé à cette mise au rencart des élites locales. FAIT
 
3 -  Bâtir des systèmes électoraux qui permettent de rester au pouvoir même si l’on est largement minoritaire. En Grande-Bretagne, nous avons un système uninominal majoritaire à un tour : celui qui est en tête le jour de l’élection est élu et voilà tout. En France, nous avons un système à deux tours qui permet à toutes les combinaisons d’état-major d’avoir lieu. Imaginons qu’un parti enregistre 40 % des votes et deux autres 30 % chacun. En Grande-Bretagne, le parti a 40% serait largement majoritaire. En France les deux partis à 30 % peuvent s’allier au deuxième tour pour éliminer le parti dominant en portant l’anathème sur le premier qui se retrouvera avec zéro député, ce qui finit par décourager les troupes…FAIT
 
4 -  Demander à des amis fortunés, qui ont fait leur argent grâce au capitalisme de connivence d’acheter toutes les gazettes du pays, toutes les chaines de radio, toutes les télévisions de façon à ce que personne n’entende jamais parler des candidats qui pourraient mettre en cause le monopole des oints du seigneur sur le pouvoir.  FAIT
 
5 - S’assurer de la soumission des tribunaux pour utiliser le pouvoir des juges à bon escient au bon moment (cf. Affaire Fillon par exemple, exemple parfait d’un coup d’état mené avec l’aide des juges). Comme le disait l’un de mes professeurs de Droit à Toulouse il y a bien longtemps, "Il y a la magistrature assise, la magistrature debout, mais la plus utile au pouvoir a toujours été la magistrature couchée", les membres de cette magistrature-là étant les seuls à faire une carrière convenable, comme on le voit tous les jours. FAIT
 
6 - Faire passer des lois scélérates visant à empêcher la liberté d’expression, du type des lois mémorielles et demander à une autre partie de l’appareil judiciaire d’utiliser ces lois pour condamner toute forme de dissension. FAIT
 
7 -  Contrôler l’appareil bancaire et financier pour bloquer toute tentative de révolte : FAIT
 
8 -  Transférer à des copains non élus en dehors du pays des pouvoirs essentiels telles la surveillance des frontières, le droit des gens, la police de la pensée ou que sais-je encore, dans l’espoir que ces transferts feront comprendre aux manants qu’il est vraiment inutile de se rebeller puisque plus personne ne peut rien y changer dans le pays. FAIT
 
9  Eliminer les leaders gênants : si un homme politique, tel Berlusconi, était assez sot pour s’opposer à "la Classe", alors on organisera un coup d’état et il sera remplacé par un Quisling de service de façon à calmer les velléités de retour à la démocratie que certains pourraient envisager. FAIT
 
10 - Ne jamais prendre en compte le vote du Peuple : si par malheur à l’occasion d’un référendum, un vote tournait mal pour la Classe, eh bien on passera en force comme monsieur Sarkozy l’a très bien montré pour la Constitution Européenne. Et bien sûr c’est ce que cette classe est en train d’essayer de faire en Grande-Bretagne aujourd’hui. FAIT
 
L’embêtant pour la Classe est que les citoyens commencent à se rendre compte que dans le fond la démocratie est devenue une espèce de théâtres d’ombres où les gens qui ont le pouvoir font semblant d’organiser des élections, le peuple étant supposé être dupe et croire que les résultats vont changer quelque chose. Hélas pour eux, nous sommes arrivés au moment où cela ne marche plus : Comme l’a dit Lincoln "On peut tromper une personne tout le temps, tout le monde quelque temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps.".
Nous y sommes.
 
Et donc si j’analyse la situation politique purement française, j’arrive à une conclusion toute simple : il y a bien longtemps que les Français ne vivent plus en démocratie tant tous les pouvoirs ont été accaparés par une nomenclature qui a placé ses hommes à tous les points névralgiques et bloque tous les changements.
En conséquence, nous vivons dans une réalité économique et politique qui à peu à voir avec une économie libre ou une démocratie et tout à voir avec le genre de système qui fonctionne à la satisfaction de ceux qui détiennent le pouvoir en Sicile ou en Arabie Saoudite.
 
L’une des caractéristiques de ces systèmes est que la meilleure façon de s’assurer de l’obéissance des sujets (qui ne sont plus des citoyens) est de les maintenir dans la précarité et dans l’angoisse de louper la prochaine subvention que "not ’bon maitre" va nous envoyer de Paris.
Mais là, l’équilibre est très difficile à maintenir car il y a deux écueils à éviter.
- Le premier est que pour des raisons incompréhensibles, une heureuse prospérité se mette à régner, ce qui pourrait donner aux manants l’idée qu’ils n’ont plus besoin de demander des aides à leurs bons maîtres à Paris.
- Le deuxième est que la vis ait été trop serrée et que, crevant de faim et n’ayant plus rien à perdre, les mêmes manants se lancent dans une jacquerie et se mettent à pendre aux lampadaires ceux qui pensaient que les esclaves ne se révoltent jamais.
On le voit, le chemin est étroit et une erreur est vite arrivée…
Et c’est ce qu’est en train de découvrir monsieur Macron, qui a trop serrée la vis et se trouve dans la deuxième situation… ce qui a permis l’émergence d’un mouvement étonnant, venant des profondeurs de l’Histoire de France, le mouvement des Gilets Jaunes.
Car pour moi les gilets jaunes sont les descendants de ceux qui ont accompagné Philippe Auguste à Bouvines, Jeanne d’Arc à Orleans, ou de ceux qui sont montés dans les Taxis de la Marne ou suivis de Gaulle à Londres.
Et sur leurs ronds-points, ils redécouvrent la merveilleuse fraternité de ceux qui se revendiquent Français, tout en faisant griller des merguez, ce qui est rigolo.
 
En fait, je crois fermement, comme le disait Bernanos,”qu’il y a une bourgeoisie de droite, qu’il y a une bourgeoisie de gauche mais qu’il n’y a pas un peuple de droite et un peuple de gauche mais simplement un Peuple de France”.
Les Gilets Jaunes représentent la France de toujours et la preuve en est qu’ils sont insultés sans arrêts par les chiens de garde de la Classe. Les media n’arrêtent pas en effet de nous dire qu’ils n’ont pas fait d’études, sont à la limite de l'imbécillité congénitale, sentent mauvais, sont grossiers et n’ont pas dents…
Je ne crois rien de tout cela car ils ont parfaitement compris que ceux qui leur ont volé leur droit de vote veulent maintenant les dessaisir de leur propre pays, la France. Et la grande nouveauté est que ce Peuple aujourd’hui sait qu’on l’a emmené en bateau et est en train de prendre conscience de sa force. Gulliver se réveille et veut se libérer de tous les liens qui l’enserrent. Et les nains ont peur…
Et je suis très ému de les voir vouloir défendre à la fois leur démocratie et leur pays. C’est ce que j’espérais depuis longtemps.
 
Et si j’avais un conseil et un seul à leur donner ce serait celui -ci : ne vous dispersez dans vos demandes car une seule demande est essentielle : celle du referendum d’initiative populaire.
Par ce biais et par lui seul, vous pourrez reconquérir et vos droits et votre pays.
Ce qui veut dire que vos ennemis, qui sont aussi les miens, et qui sont regroupés dans cette horrible "Classe", vont tout faire pour vous empêcher d’obtenir ce résultat. Voyez ce qui se passe en Grande-Bretagne ou aux USA … Ils vont essayer de vous acheter, de vous diviser, de susciter la peur chez les plus craintifs, de faire monter des faux chefs chez vous qui vous emmèneront au désastre. Surtout, surtout restez Désunis sauf sur une chose : le référendum.
La seule demande que vous devez faire, c’est le Référendum d’Initiative Populaire.
Si vous l’obtenez ils sont perdus.
Si vous ne l’obtenez pas, la France est perdue.

Paru sur institutdeslibertes.org, 21 janvier 2019
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

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