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Loi anticasseurs : un texte en phase avec l'attente de l'opinion
 
Le gouvernement aurait aimé échapper à l'appellation, mais c'est trop tard. La future loi sur la prévention des violences lors des manifestations est d'ores et déjà présentée comme une nouvelle "loi anticasseurs". Comme une réminiscence de la célèbre loi Marcellin de 1970 qui avait définitivement clos le chapitre de Mai 68 et rappelé le primat de l'ordre.
L'étiquette accolée au texte de Bruno Retailleau repris par Christophe Castaner est donc délibérément faite pour en souligner le caractère répressif, pour ne pas dire "liberticide". Comme si toute expression de l'autorité se faisait forcément au détriment de la liberté. Sous cet enjeu sémantique, le gouvernement livre en fait une double bataille: avec sa majorité d'une part, avec l'opinion de l'autre.
 
Une nouvelle fois, c'est donc sur un texte défendu par la Place Beauvau qu'apparaissent des clivages internes à La République en marche. Ce fut déjà le cas avec le projet de loi asile et immigration de Gérard Collomb, finalement voté sans trop de déperdition grâce à des concessions qui avaient en partie affadi le signal de fermeté de ce texte. Sera-ce encore le cas cette fois-ci ? Sur le périmètre de contrôle, sur la nature des interdictions de manifester, sur la dissimulation du visage, le ministre de l'Intérieur s'apprête à reprendre des amendements d'élus LaREM. Avec l'éternel dilemme : vider le texte de sa substance, ou au moins de sa portée, ou laisser s'organiser une fronde interne à la majorité. Entre la force symbolique d'un texte sécuritaire et la cohésion politique du groupe majoritaire, le point de passage est délicat à trouver pour Christophe Castaner.
Mais cette tension est révélatrice d'un clivage interne que le macronisme n'a pas su résorber, avec une aile gauche qui continue d'opposer sécurité et liberté ou qui n'admet pas que la répression contre les casseurs soit le meilleur gage de protection des manifestants sincères et pacifiques. En fait, depuis le début du quinquennat, une partie des Marcheurs déplorent l'accumulation de signaux trop unilatéralement envoyés à l'électorat de droite par le président de la République.
 
Exigence d'ordre
Certains Marcheurs ayant vécu la période Hollande vont jusqu'à faire le parallèle entre cette loi anticasseurs et la déchéance de nationalité tentée par l'ancien président socialiste. À savoir, dans les deux cas, une proposition réclamée par l'opposition de droite et que l'exécutif reprend à son compte dans l'espoir d'obtenir un consensus politique. À ceci près que Hollande avait échoué et profondément choqué son camp ; alors que Macron, avec la loi anticasseurs, devrait parvenir à faire voter son texte.
L'essentiel pour lui ne se joue cependant pas au Parlement, mais directement devant l'opinion. Car c'est elle que le chef de l'État doit reconquérir pour reconstruire son crédit politique. Or c'est en tenant un discours d'autorité, en défendant le maintien de l'ordre, qu'Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont commencé, même timidement, de remonter dans les sondages. Parce qu'il y a longtemps que sur ces questions, les Français assument cette exigence d'ordre.

Paru dans Le Figaro, 30 janvier 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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