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La passion de la division

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La passion de la division
 
C’est un lieu commun de dire que les Gaulois témoignaient d’une véritable passion pour la division. Elle aurait été l’une des causes principales de leur défaite face à Rome. Et cela se perpétue à travers les siècles : les descendants des Gaulois ont gardé la même passion, au point que celle-ci ruine aujourd’hui les familles politiques de l’intérieur, rendant superflue toute attaque de l’extérieur. Avec des amis aussi sûrs que ceux qu’il m’a été donné de voir récemment, les Républicains n’ont pas besoin d’adversaires.
 
Dans une petite ville (ou gros village) de la France rurale se tenait récemment une réunion publique autour de la députée LR de la circonscription. Pour la soutenir étaient présents d’autres députés du même parti, et non des moindres puisque le président du groupe à l’Assemble avait fait le déplacement, accompagné d’autres élus de diverses régions.
Précisons que l’auteur de ces lignes n’est pas adhérent de ce mouvement, mais qu’il estimait courtois d’aller écouter une députée qui semble bien travailler pour sa circonscription et de rendre leur politesse aux personnages importants qui se déplaçaient à cette l’occasion.
 
L’assistance n’était pas aussi nombreuse que l’on aurait pu l’attendre, mais la petite salle municipale était tout de même remplie aux deux tiers, ce qui est estimable. Le début de la réunion, pour être sympathique, demeurait très conceptuel avec l’évocation de grandes idées mais de peu de propositions concrètes. Comme souvent, les "questions" du public étaient plutôt des affirmations relatives aux convictions du "questionneur" et n’appelaient donc guère de réponses.
L’atmosphère commença à changer (en bien) avec l’intervention d’un truculent député alsacien qui, fort opportunément ramena le débat au domaine du réel, pour ne pas dire du terre à terre. Il fut suivi par le président du groupe parlementaire qui, enfin, parla de propositions concrètes comme l’harmonisation du temps de travail et de l’âge du départ à la retraite par rapport à nos partenaires européens. C’était très intéressant et très convaincant. Une autre proposition a particulièrement retenu l’attention. Dans le maquis des règlementations écologiques qui paralysent et tuent l’agriculture française face à ses concurrents européens, il a été proposé d’établir une règle toute simple qui tiendrait en un seul article : "aucune norme française ne doit être plus contraignante que la norme européenne". On éviterait ainsi, par exemple, l’asphyxie des producteurs français de fruits rouges. L’interdiction (uniquement française) d’utiliser certains insecticides ruine la production, sans empêcher pour autant l’empoisonnement présumé des consommateurs français puisque ces derniers peuvent acheter autant qu’ils veulent de fruits rouges d’Espagne ou de Hollande. Situation ubuesque où tout le monde, chez nous, est perdant.
 
La fin de cette intervention remarquable fut plus politique, avec une attaque en règle du président de la République, sur les bases d’un argumentaire implacable. Est-il déraisonnable de déplorer le manque de dignité d’Emmanuel Macron quand il transforme le palais de l’Élysée en boite de nuit LGBT, ou quand il adopte une pose câline sur la poitrine nue d’un repris de justice qui fait un doigt d’honneur ? Eh bien, il faut croire que certains notables du lieu sont devenus borgnes, car ils refusent de voir cela et admirent sans réserve les résultats de Macron face à la CGT dans la réforme de la SNCF.
L’allure de gendre idéal du président "bien convenable", et son bilan d’adversaire d’une CGT déjà moribonde avant son accession au pouvoir le mettraient donc à l’abri des critiques des bien-pensants. Le discours du président de groupe fut ainsi mal accueilli par certains "notables" qui ne se privaient pas de clamer leur indignation haut et fort à l’issue de la réunion. Non, décidément, avec des adhérents comme ça, LR n’a pas besoin d’adversaires. Ce n’est pas avec une petite morale étriquée du genre "on ne critique pas le président de la République, c’est le président de tous les Français, etc." que l’on vaincra des politiciens qui sont des tueurs (politiques) sans aucun scrupule. Le bon bourgeois rural, admirateur de Macron, qui m’apostrophait à la sortie sera leur première victime, mais ça il ne le sait pas encore, et surtout, ce qui est plus grave, il ne veut pas le savoir. À faire constamment le grand écart entre le respect de l’ordre établi et une forme d’admiration pour celui (Macron) qui, en réalité, sape les fondements moraux de cet ordre, on restera sur le cul sans grand espoir de se relever.

Envoyé par l'auteur, 3 février 2019
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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