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Un peu d'histoire, retour à la case départ                                     
 
Excédé autant que terrifié par les colères populaires récurrentes de plus en plus violentes sévissant dans son Royaume, Louis XVI décida en Janvier 1789 – conseillé par un entourage pétrifié – de réunir ses sujets en Etats Généraux, ce qui n'avait pas été fait depuis 1614. Les esprits chagrins peuvent remarquer le total manque d'esprit démocratique dans le gouvernement des Bourbons.
Les royales lettres de convocations, prévoyaient des élections à ces Etats, établissaient le règlement électoral, maintenait la représentation par "ordres" (Noblesse – Clergé – Tiers) mais doublait le nombre des élus du Tiers, "force vive de la Nation".
En effet depuis 1786-87, émeutes, jacqueries, violences, assorties de "cahiers de doléances" ne cessaient d'alarmer le pouvoir central, sans qu'aucune solution  puisse être envisagée : la pauvreté, la désespérance généralisée, l'exaspération fiscale, l'immobilisme économique, entretenaient une révolte sournoise, rampante, omniprésente. Il était temps de réagir.
 
Que réclamaient les Français ? Moins d'impôts et taxes, la réforme des institutions, davantage de justice et de liberté. Le 5 Mai, au terme de 3 mois de préparation, les Etats généraux s'ouvraient à Versailles en présence du Roi. Tardive et courageuse décision.
Il semblerait --230 ans (presque jour pour jour) plus tard – que pas grand-chose n'ait changé. Que réclament les bonnets et gilets rouges et jaunes, les muets et les anonymes, les braillards et les casseurs ? Moins d'impôts et de taxes, une réforme des institutions, plus de justice et de liberté.
Donc, retour à la case départ : toutes nos tergiversations, nos changements de leaders, notre électoralisme effervescent, nos élites incapables, n'ont rien changé à un contexte social et financier constant, encore que plus dense et complexe : le tissu social est toujours le même, avec sa misère et ses insoutenables opulences, quelle que soit la sauce à laquelle on l'accommode.
L'effort royal de 1789 se termina en stériles chamailleries, miné par une révolte grandissante : l'apparent désordre, néanmoins, cachait un gigantesque travail de "refondation", traduit par l'abolition des privilèges et droits féodaux, la constitution du Tiers en Assemblée nationale, la libéralisation progressive du travail, et "l'invention" d'une splendide Déclaration de droits en 17 articles fondateurs, assortie d'une monarchie parlementaire sur le modèle anglo-nordique... Mais tout cela fut englouti 2 ans plus tard par la proclamation d'une République Une et indivisible... On connaît la suite…
 
Aurons-nous, en 2019, un examen minutieux des "cahiers de doléances" établis sur le modèle de 1789, une écoute honnête d'une population déçue, exaspérée, exténuée par la surdité de ses décideurs et un centralisme dévastateur ? Aurons-nous un abbé Siéyès, un Mirabeau, un Condorcet, pour mettre le malheur hors la loi ? Certes, nous avons un mini Danton, (il s'apparente plutôt au Jérémy Mes-nerfs-lâchent de Pierre Dac), quelques Marianne édulcorées, plus du tout de Robespierre… Ce ne sont ni le renvoi d'un président ni la reconfiguration de l'Assemblée nationale qui feront s'évaporer nos maladies. Où allons-nous ?… coincés par un électoralisme hystérique et une Europe mastodonte.
Une ambition démocratique et libérale vieille de 230 années peut avoir du plomb dans l'aile, surtout confrontée aux "nouvelles technologies", aux réseaux sociaux, au spectacle permanent de la violence. Mais les Lumières appartiennent à un autre monde.
 
De fait, si nos décideurs ont un minimum de cervelle, le terme de ce fatras de gesticulations doit reposer sur quelques urgences simples : abandonner le délire fiscal, adopter un modèle stimulant et non punitif. Décentraliser : laisser respirer les initiatives locales est une véritable urgence. Il est également souhaitable d'aborder avec respect et considération les deux extrémités du corps social : les plus jeunes et les plus âgés : ne plus les regarder comme une charge, mais comme un espoir et des alliés.
Pour l'instant, le pouvoir et les citoyens pataugent dans d'insupportables contradictions, le "Tout Etat" n'est plus adapté. Les générations à venir doivent pouvoir dépasser notre accablant enlisement.
Le fameux (fumeux) Grand Débat National doit se terminer au printemps, juste avant les Européennes... Que peut-on en espérer ?     

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019
THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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