Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La zone franc, le Franc CFA,...

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
La zone franc, le Franc CFA, forces et faiblesses au-delà des polémiques politiciennes et des postures idéologiques
 
Le Franc CFA et son impact sur les sociétés africaines en particulier sont revenus sous le flash des projecteurs à l'occasion d'une “sortie“ tonitruante et peu diplomatique d'un jeune ministre italien. La présente note a pour objectif de rappeler ce que sont la zone Franc et le Franc CFA, leur évolution, leur utilité ou leur frein au développement économique et à la stabilité monétaire des pays de ladite Zone.
 
Zone Franc et Franc CFA. Un rappel
Mis en place par décret de la République Française le 25 décembre 1945, le Franc CFA allait évoluer notamment avec le processus de décolonisation des années 60, la création de la zone Franc, la dévaluation du Franc CFA en 1994 et la mise en place de l’Euro.
La Zone Franc inclut les anciennes colonies françaises d’Afrique Sub-Saharienne auxquelles il convient d’ajouter le Cameroun et le Togo (anciennement sous mandat) ainsi que la Guinée Equatoriale depuis 1985 et la Guinée Bissau depuis 1997.
C’est une Zone de 19 États ou entités administrées et qui comprend quatre ensembles :
- 8 États de l’Afrique de l’Ouest font partie de l’UMOA (l’Union Monétaire Ouest Africaine) et sa Banque Centrale, la BCEAO.
- 6 États de l’Afrique Centrale appartiennent à la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) avec leur Banque Centrale, la BEAC.
- l’Union des Comores et son Franc Comorien.
- les 3 collectivités françaises du Pacifique (Nouvelle Calédonie, Polynésie Française, Wallis et Futuna) et son Franc Pacifique.
La Zone a connu une non-adhésion de l’une de ses anciennes colonies (la Guinée Conakry qui a un Franc Guinéen mais lié ou garanti par aucune devise ou ensemble monétaire), un départ (Madagascar et son Franc Malgache). Le Mali en est sorti puis il a réintégré la Zone en 1985 et deux arrivées (Guinée Equatoriale, hispanique et Guinée Bissau, lusophone). Djibouti utilise le Franc Djiboutien qui est lié au Dollar US.
 
Le Fonctionnement de la Zone
C’est une Zone qui jouit de système de change commun avec une parité fixe tout d’abord avec le Franc Français puis avec l’Euro depuis le début du 21ème siècle.
La valeur du Franc CFA est garantie par le Trésor Français (inscrit dans le Traité de Maastricht) qui tient un compte d’opération au nom des trois Banques Centrales de la Zone Franc. Ces dernières gèrent leur Zone Monétaire respective et s’adressent au Trésor Français en dernier recours, crédit provisoire qui peut aller jusqu’à 20 % des recettes budgétaires de l’État demandeur.
La convertibilité (partielle) est aussi une garantie importante offerte par la Zone ; en contrepartie, une partie des recettes en devises (50 %) de la Zone est déposée au Trésor Français et correspond à environ 3% de la masse monétaire de l’Euro.
En pratique, les Banques Centrales de la Zone Franc ont des soldes nets assez réduits car elles peuvent jouer sur les demandes de crédit variables selon les mois de l’année (et les besoins variables de crédit qui vont avec, par exemple, le remboursement des crédits accordés aux producteurs de coton après la récolte va servir à financer les demandes de crédit des producteurs d’arachide avant la récolte etc…).
 
Les avantages et les faiblesses de la Zone Franc
Les avantages sont connus :
Un taux de change fixe, la convertibilité, la garantie par le Trésor Français, le lien avec l’Euro, l’existence d’une vaste zone géographique sont autant d’avantages et de facteurs positifs pour des investisseurs. Au cours des années 80, lors des grandes phases d’ajustement économique et social initiées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, les pays de la Zone Franc s’en sont relativement mieux sortis que les autres pays africains et ce, jusqu’en 1987/88.
La Zone a également favorisé une certaine rigueur budgétaire, un contrôle de l’inflation (1); après la dévaluation de 1994 du Franc CFA (justifiée par JC. Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale à l’époque, par la différence trop importante des taux d’intérêt entre la France et la Zone Franc), la Zone a logiquement et mécaniquement glissé du Franc Français à l’Euro, le commerce Europe/Zone Franc ayant supplanté l’ancien monopole commercial France/Zone Franc.
 
Les inconvénients sont divers :
Au plan régional et au sein de la Zone, celle-ci n’a pas été un facteur d’intégration économique même si, répétons-le, elle a été un facteur de rigueur budgétaire appréciable.
Avec les pays africains Hors Zone, le Franc CFA s’est souvent trouvé dans une situation de sur-évaluation (du fait de son rattachement à l’Euro dont il suit l’évolution sur le marché des changes sans pouvoir y jouer un rôle  actif) par rapport à des devises plus faibles (naira Nigerianne, etc..). Cette situation a pu favoriser l’importation de produits de consommation parfois au détriment des producteurs locaux. (Un haut fonctionnaire de la zone CFA achètera une Peugeot montée au Nigéria avec un “gain“ substantiel du fait du taux de change avantageux Franc CFA/Naira)
 
Avec le reste du monde, les situations varient selon les situations : pour les produits dont les pays disposent d’une position forte (cacao pour la Côte d’Ivoire par exemple), la Zone Franc constitue un avantage de stabilité et de facilité (le cacao est coté en Livres Sterling, l’Euro permet aux exportateurs Ivoiriens de se préoccuper uniquement du taux de change Livre sterling /Euro FCFA, idem pour le Gabon avec le pétrole coté en dollars). Du fait de son lien avec la Zone Euro (mise à part la fluctuation du change Euro/autres devises, US etc…), un Franc CFA fort a pu être un handicap pour les producteurs locaux de produits agricoles et d’élevage  par exemple par rapport à d’autres producteurs hors zone (riz asiatique, blé, viande sud-américaine etc..); toutefois  il convient de ne pas négliger d’autres facteurs indépendants du taux de change (réseaux de communications, capacités de stockage à améliorer, petite taille des exploitations agricoles etc…) qui peuvent freiner le développement économique et social de ces pays.  
 
Les critiques existent et sont parfois justifiées
La Zone privilégierait la stabilité monétaire au détriment de la croissance économique (le ratio de crédit à l’économie, le PNB est de 100 % en Europe contre seulement 23 % en Zone Franc) et le Trésor Français jouerait un rôle trop proéminent. Les performances de la Zone sont cependant bonnes dans l’ensemble et la Zone est restée bien stable depuis sa création ce qui tendrait à démontrer l’utilité de la Zone même si elle n’est pas parfaite et si elle devra évoluer ; le fait que  l’Afrique commerce désormais avec tous les continents (y compris avec la Chine) devrait inciter les différents décideurs à faire preuve d’imagination pour que le Franc CFA soit rattaché dans le futur à un panier de devises comprenant l’Euro mais aussi les devises des pays avec lesquels le commerce est florissant. Et là plusieurs scenarios sont possibles y compris un détachement du lien Euro /F CFA mais au risque de faire imploser la zone et de laisser les pays les plus pauvres (Sahel) se retrouver dans une situation financière mais aussi sécuritaire beaucoup plus délicate ce qui ne serait pas sans impact sur l’Europe à terme plus ou moins rapproché (augmentation massive de l’émigration).
 
Au sujet de l’appauvrissement supposé des habitants de la Zone Franc, par exemple émigrations massives, il convient de souligner que les migrations en Afrique sont principalement des migrations intra-africaines et qu’elles s’effectuent autour de "bassins d’emplois réels ou potentiels" régionaux : ainsi l’Afrique du Sud vient en tête, attirant principalement des populations des pays voisins, vient ensuite la Côte d’Ivoire (elle-même un pays phare de la Zone Franc) puis l’Ethiopie et enfin le Kenya. Ce sont les Nigerians et les Erythréens qui constituent les “contingents“ les plus importants de migrants africains vers l’Europe ; or ces deux pays, Nigeria et Erythrée ne font pas partie de la zone Franc.
 
Par conséquent, si certains pays de la Zone Franc sont en difficulté (pays du Sahel), c’est en grande partie dû à des facteurs d’insécurité, de mauvaise gouvernance voire d’une démographie galopante et incontrôlée qu’à l’existence de la Zone Franc ou au "pompage" des ressources de ces pays sachant que, répétons-le, des adaptations sont et seront nécessaires, ceci en dehors de considérations politiques ou polémiques (néocolonialisme ou non, etc…)
 
(1) En mars 1986 j’étais chargé de mener une mission de reconstruction au Tchad ravagé par la guerre civile  avec son secteur cotonnier, l’un des poumons économiques de ce pays exsangue ; les besoins financiers pour replacer la filière cotonnière étaient importants (une dizaine de milliards de FCFA) ; je me suis rendu à Yaoundé (Cameroun) siège de la banque centrale de ces pays de l’Afrique centrale la BCEAC, pour obtenir de cette dernière qu’elle consente une aide exceptionnelle au Tchad ce qui fut obtenu après d’après négociations.

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019
GAZZO Yves

Né le 17 décembre 1946
Marié – 5 enfants





Ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte auprès de l'Union européenne
Avocat inscrit au barreau de Paris


Docteur d’État es sciences économiques, Montpellier
Docteur d'État ès Sciences économiques de Paris, Sorbonne I
Diplômé de lInstitut d’études politiques (IEP) de Paris.
Ancien élève "l'Institut national des Langues et Civilisations orientales" (Arabe littéraire)
Chargé de cours à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1985 et 1994
     (3ème cycle sur le monde arabe)

à la Commission européenne 
Ambassadeur de l’Union européenne près le Saint-Siège, l’Ordre de Malte et les organismes des Nations Unies basés à Rome (depuis 2009)
Directeur de la représentation en France (depuis 2003)
Ambassadeur, chef de la délégation
     en Éthiopie et accrédité à Djibouti (2001-2002)
     aux Philippines (1999-2001)
     en Jordanie et accrédité au Yémen (1994-1998)
Chef adjoint à l’unité ajustement structurel à la Direction générale à Bruxelles (1990-1994)
Conseiller économique à la délégation au Mali (1988-1990).

Conseiller en relations internationales au bureau européen de la banque mondiale
     à Paris (1985-1988),
Economiste à la Banque mondiale à Washington (États-Unis) entre 1980 et 1984
Conseiller économique au centre d’investissement
     de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
     à Rome (Italie) (1975 – 1979)
Conseiller économique au ministère du Plan du Niger (1973-1974)
Auditeur chez Arthur Andersen (1971-1972)

Membre titulaire de l'Académie des Sciences d'Outre-mer (Élu en 2006)
Membre du comité scientifique
     du Centre de développement des études juridiques (Cedej) au Caire depuis 2000
Membre du jury du Prix méditerranéen du livre

Ouvrages
L'Afrique du Nord d'hier à demain (1979) - Pétrole et développement, le cas libyen (1980) - La politique agricole des Etats-Unis (1984) - L'Endettement dans le monde Préface de Raymond Barre (1989) - Les Cicatrices du vent Préface de Michel Crozier (2008) - Sourire d'Harrar (2012) - Les chrétiens d orient en danger de mort (2014)

Nombreux articles et rapports, conférences et interviews (radios et télévisions françaises et étrangères)

Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur
Grand-Croix de l'Indépendance (Jordanie)
Grand-Croix de l’Ordre Chevaleresque Pie IX ( Saint-Siège)

Grand-Croix de l’Ordre pro Merito Melitensi de l’Ordre de Malte
Commandeur de l’Ordre de Sika Tuna Rang Lakan (Philippines)
Officier de l’Ordre National du 27 juin 1977 (République de Djibouti)
Chevalier de l'Ordre du Mérite (République de Pologne)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version