Logo
Imprimer cette page

Attachés aux humanités,

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
En restant attachés aux humanités, les Français expriment leur besoin d’enracinement
 
FIGAROVOX/TRIBUNE - Le directeur général de l’Ircom, Pierre Collignon, souligne l’importance fondamentale de l’enseignement des humanités, y compris à l’heure du numérique.
 
"J’insiste sur l’importance des humanités, qui, seules, pourront fournir du sens à la jeunesse qui en réclame". Ces mots éloquents de l’immortel Marc Fumaroli résonnent particulièrement à nos oreilles. À l’heure de l’explosion des réseaux sociaux, des notifications et de la multiplication des cours de codage, plébisciter l’enseignement des humanités devant la connaissance du numérique ou des sciences semble particulièrement surprenant. Les Français sont pourtant une écrasante majorité à formuler cette aspiration, selon un récent sondage réalisé par l’IFOP.
Le système scolaire actuel ne répond donc pas complètement aux besoins ni aux souhaits des Français et de nos jeunes. Inciter un élève à ne s’exprimer qu’à travers son socle de savoirs sans lui enseigner l’exigence de notre langue et la richesse de son vocabulaire, c’est le pousser à ne voir le monde qu’à travers le petit bout de sa lorgnette. Refuser l’enseignement d’une culture générale solide, c’est priver les milieux les moins favorisés de prendre part à un système qui ne fait que reproduire les inégalités. Et priver quelqu’un de la connaissance de ses racines, c’est précisément lui ôter la possibilité d’appréhender le réel, sa richesse et ses infinies nuances.
Pourtant plus des trois quarts des Français souhaitent renforcer la transmission du latin, des lettres classiques, de l’histoire, de la philosophie et des langues étrangères dans l’enseignement supérieur ! Ces chiffres sont particulièrement éloquents et reflètent une vraie aspiration des Français et des jeunes à retrouver leurs racines.
Le savoir et l’exigence seuls permettent de rattraper les inégalités sociales. Inciter à l’excellence, c’est pousser chacun à donner le meilleur de soi-même : formidable horizon pour un jeune d’où qu’il vienne et où qu’il aille. Les jeunes Français expriment avec force l’importance d’acquérir une culture générale qui élargit leur regard sur le monde qui les entoure pour mieux trouver leur place. Une large majorité estime ainsi qu’un bagage en humanités est un avantage dans la vie personnelle (80 %) et dans la vie professionnelle (75 %).
 
Élargir le regard qu’un étudiant porte sur le monde et lui permettre de connaître ce qui l’a précédé c’est lui offrir la plus grande des libertés qui soit : celle d’exprimer sa singularité en confrontant son "moi" à celui du monde qui l’entoure.
Comment ne pas s’offusquer de la nécessité pour des établissements supérieurs et des entreprises de donner des cours d’orthographes à leurs étudiants ou salariés ? Celle dont Odette et Édouard Bled disaient qu’elle était une "préparation à bien penser" a vu la qualité de son enseignement réduite à peau de chagrin. Diminuer le nombre d’heures de cours et refuser le par cœur n’est pas la bonne réponse à la crise traversée par l’univers scolaire depuis plusieurs décennies ! Placé au 26e rang mondial et régressant chaque année, notre système semble incapable de relever le défi de la baisse de résultats de nos enfants. Le constat est alarmant mais pas désespéré !
Frein pour la recherche d’emploi, la maîtrise de la langue française est un véritable obstacle pour qui souhaite s’insérer dans le marché du travail. Ils sont devenus rarissimes les messages électroniques ne comportant pas de fautes de syntaxes ! Pourtant, 83 % des chefs d’entreprise sont favorables au renforcement de l’apprentissage des humanités dans l’enseignement supérieur, ce qui révèle une vraie aspiration des employeurs à recruter des candidats dotés d’une solide culture générale, quel que soit leur secteur de prédilection. Loin de l’opinion partagée selon laquelle les humanités seraient "non professionnalisantes" ; ces matières donnent au contraire à ceux qui les étudient des qualités essentielles pour un recruteur: créativité, maîtrise de la langue, sens de la synthèse, finesse et justesse dans le discours, hauteur de vue, esprit critique. N’oublions pas que nos étudiants seront les chefs d’entreprise, employeurs, cadres, salariés de demain et qu’une tête bien faite vaut mieux que 1000 diplômes. Se savoir héritier contribue à trouver sa juste place dans la société.
Une difficulté demeure en France : le culte du diplôme qui complexifie encore trop souvent les réorientations. Pourtant une majorité écrasante et homogène des Français (90 %) estime nécessaire de multiplier les passerelles pour les étudiants en humanités vers des formations plus orientées entreprenariat et "business": écoles de commerce, écoles d’ingénieur, formations managériales, troisième cycle universitaire, etc.
 
Les jeunes Français ont soif de trouver la boussole qui donnera du sens à leur vie personnelle et professionnelle. C’est pourquoi il est un devoir de leur transmettre une solide formation intellectuelle et humaine leur permettant de s’amarrer à la culture classique, sans pour autant les enfermer dans un passéisme hors-sol. Il faut tout simplement leur permettre de savoir d’où ils viennent pour savoir où aller.

Envoyé par l'auteur, 1er juillet 2019 - paru sur Figarovox, 14 juin 2019
COLLIGNON Pierre

Né le 7 avril 1961
Marié – 6 enfants
 


Directeur général de l’Ircom

Licence de Droit
Institut d’études politiques Paris (AP)
ICG
 
Expériences
Journaliste pigiste
Responsable de la communication de la Ville de Saumur
Rédacteur en chef du Magazine « Vivre à Nantes »
Directeur des études de l’Ircom
 
Secrétaire général de l’Association internationale pour l’enseignement social chrétien (AIESC)

Dernier de COLLIGNON Pierre

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.