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L’appartenance nationale ?

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L’appartenance nationale mise en question

Les drapeaux algériens brandis dans les rues à la suite de la qualification des Fennecs, dimanche, interrogent sur la nature du sentiment d’appartenance nationale.
 
C’est un match qui avait marqué les esprits. Et avivé les tensions politiques à l’aube d’une campagne présidentielle dont on a surtout retenu la présence de Jean-Marie Le Pen. Le 6 octobre 2001, les équipes de football de la France et de l’Algérie s’étaient opposées au Stade de France. Le score a été oublié, mais pas les sifflets qui recouvraient La Marseillaise et accompagnaient chaque action d’un joueur français. Les jeunes supporters de l’équipe algérienne présents au Stade de France avaient pourtant la nationalité française pour l’immense majorité d’entre eux. Le débat avait alors été nourri sur les ratés de l’intégration.
Près de vingt ans plus tard, la question se pose toujours. La compétition, cette fois, ne concerne pas la France, mais le seul continent africain. Mais à chaque fois que l’Algérie dispute un match important, les espoirs et les craintes, les explosions de joie ou les déceptions s’expriment de ce côté-ci de la Méditerranée. Deux questions distinctes d’ailleurs posent autour des débordements qui ont accompagné la qualification des Fennecs, en demi-finale la semaine dernière, en finale ce dimanche. Il y a bien entendu celle des violences qui ont conduit à 282  interpellations et à 249 gardes à vue ; à des forces de l’ordre caillassées à Marseille et des véhicules incendiés à Lyon. Mais ces attitudes sont loin d’être l’apanage de ces supporters-là.

L’autre question est celle de ces drapeaux algériens brandis dans les rues et qui interrogent sur la nature du sentiment d’appartenance nationale. Pour ces jeunes, pour la plupart de la troisième génération, donc nés en France de parents souvent eux-mêmes français, s’envelopper de ce drapeau n’est en rien comparable à des supporters de Rennes arborant le drapeau breton. Il ne s’agit pas de fierté régionale mais d’une sorte de carte d’identité, désignant le pays auquel ils se sont attachés en priorité.
Des études ont montré que loin de s’atténuer au fil des générations - les plus récentes n’ayant jamais vécu ailleurs qu’en France -, ce sentiment s’affirmait plus fortement encore chez les plus jeunes. Comme en témoigne la forte progression de prénoms "arabo-musulmans" donnés à la naissance, selon les calculs du politologue Jérôme Fourquet.

Phénomène marginal ? Minoritaire ? Impossible à quantifier en tout cas. Mais il y a bien un conflit d’appartenance qui constitue un défi pour la cohésion nationale. La communauté algérienne en France est évaluée à quelque 500.000 ressortissants. Mais le consulat recense 815.000 électeurs, en raison du nombre des binationaux. Enfin, l’universitaire Michèle Tribalat estime à 2,5 millions la population française "d’origine algérienne", c’est-à-dire englobant trois générations successives. C’est auprès de l’ensemble de cette communauté que la question est posée de la capacité de la France - de son histoire, de ses traditions, de son modèle de société - à être le creuset commun d’une société plurielle dans ses origines. Et à faire du 14 Juillet la véritable fête nationale de tous ceux qui habitent sur son sol.

Paru dans Le Figaro,16 juillet 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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