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Actualité : l'insignifiant chasse l'important
 
Les querelles franco-françaises n’ont pas manqué en cet été 2019, s’enchaînant les unes aux autres à un rythme d’enfer : deux semaines sur l’affaire du "homard", puis la tenue vestimentaire de Mme Ndiaye et le tweet de Mme Morano, les sifflets du 14 juillet et les arrestations de "gilets jaunes", l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, le départ en vacances du président pendant la canicule parisienne, le supposé sexisme de la tradition des hôtesses du tour de France, etc. Ces faits n’ont a priori aucun rapport entre eux. Pourtant, ayant accaparé l’attention des media et de la presse, jusqu’à l’obsession, pendant plus d’un mois, ils ont en commun de ne toucher qu’à la surface des choses, à l’émotion, à la colère et à l’indignation collectives.
 
En revanche, l’information et le débat d’idées sur les sujets de fond relatifs au bien commun ou au destin national, passent désormais au second plan. Les grands dossiers du jour paraissent s’effacer sous l’écume bouillonnante des polémiques quotidiennes : Le risque de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, les troubles en Algérie et en Russie, les enjeux réels de la ratification du CETA (traité de libre-échange), le contenu du projet de réforme des retraites, le trafic des êtres humains et la lutte contre les passeurs esclavagistes en Méditerranée, l’insécurité, la violence et la criminalité qui sévissent dans nos rues, voire l’aggravation de la dette publique ayant atteint les 100% du PIB, la persistance d’un chômage massif, la menace djihadiste, l’impuissance chronique des pouvoirs publics à régler les difficultés dont souffrent les Français…
 
Paradoxalement, la futilité et le caractère éphémère des derniers psychodrames de l’été s’accompagnent d’une intolérance et d’un fanatisme croissant. Les Français ne se déchirent plus sur l’économie, la politique sociale, internationale ou d’immigration, mais sur le menu de dîners à l’hôtel de Lassay ou la garde-robe de la porte-parole du Gouvernement, ou la date de départ en vacances de l’occupant de l’Elysée. Dès lors que l’anecdotique écrase le fond des sujets, signant la mort du débat d’idées ou de projet, l’échange d’arguments n’a plus lieu d’être. L’invective, l’insulte ou le crachat haineux se substituent à la discussion. Il n’est plus question de convaincre – en l’absence de sujet de fond – mais d’abattre le contradicteur. L’indignation, à quoi se réduit de plus en plus la vie politico-médiatique, ne souffre pas la contradiction. Les noms d’oiseau les plus éculés – raciste, fasciste, réactionnaire – prospèrent sur le vide des idées. L’emprise de la polémique sur la vie nationale est sans doute en partie spontanée mais parfois calculée : noyer les échecs, les inquiétudes et les souffrances, dans l’agitation stérile.
 
La démocratie est la grande perdante de cette évolution. Le règne de l’émotion opère par vagues d’indignation qui ne souffrent pas de contestation. Ceux qui refusent de s’y soumettre ne sont pas des opposants politiques avec lesquels il faut discuter, mais des ennemis de l’intérieur à combattre, toujours par l’insulte ou la mise à l’index. L’arme fatale, destinée à faire peur et imposer le silence, est l’humiliation, le lynchage médiatique, la honte. Et twitter est l’outil idéal de cette nouvelle inquisition. Le jeu de la majorité et de la minorité, fondement de la démocratie, n’a plus lieu d’être. Le bien se confond avec l’émotion médiatique dominante et le mal avec tout ce qui donne le sentiment de lui résister. La démocratie (pouvoir du peuple) n’est hélas plus qu’un mot, une fiction sans rapport avec le monde des réalités.
 
D’ailleurs, le glissement de la société politico-médiatique dans le futile recouvre des phénomènes qui se présentent comme les échos lointains, même édulcorés et adoucis, de logiques bien peu démocratiques : césarisme élyséen poussant à l’extrême le présidentialisme des institutions ; anéantissement de l’autorité du Parlement ; mise en cause des libertés publiques (loi Avia réintroduisant une possibilité de censure préalable) ; goût du lynchage médiatique de personnalités ayant dévié du "droit chemin"; discours de la table rase (le "nouveau monde") ; anti-intellectualisme (suppression du concours pour être admis à Sciences po) ; obsession du jeunisme et de la gloriole sportive ; banalisation de la délation à base d’enregistrements ou de photos volés ; effacement de la frontière entre vérité et mensonge (affaire Geneviève Legay) ; psychiatrisation des avis divergents (opposition à la PMA sans père qualifiée "d’hystérie"); vérités scientifiques ne souffrant aucune expression de doute (écologie) ; mépris du peuple (connotation honteuse du terme "populiste") et du suffrage universel.
 
La question centrale n’est pas celle de "l’humilité" des dirigeants du pays, nouvelle variante d’une communication, mais celle de la démocratie, c’est-à-dire de la prise en compte de la volonté de la nation à travers ses représentants ou le referendum, et de l’efficacité de l’Etat au service des Français face aux véritables problèmes de l’heure. Le sujet du mode de gouvernement de la France dans l’intérêt général, enterré à l’issue de la crise des Gilets jaunes et du Grand Débat, conditionne pourtant les autres. L’opposition qui se cherche, aurait tout intérêt à s’en saisir.

Paru dans Le Figaro, 2 août 2019
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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