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Le Moloch médiatique dévore...

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Le Moloch médiatique dévore ses propres enfants
 
TRIBUNE - Yann Moix, Lilian Thuram et Patrick Bruel : le tribunal médiatique accuse désormais des personnalités qui siégeaient jusqu’alors "du bon côté", analyse l’essayiste et historien.
 
La rentrée politico-médiatique 2019 est dominée par trois polémiques de grande ampleur concernant Yann Moix, Lilian Thuram et Patrick Bruel. Peu importe l’antipathie éventuelle que peut susciter une ou plusieurs de ces personnes. On s’intéresse ici à l’engrenage à l’œuvre.
Les trois controverses n’ont guère de rapport dans leur cause : dessins et écrits de jeunesse antisémites pour l’un, déclaration à connotation racialiste pour l’autre, enfin accusation de gestes sexuels déplacés pour le troisième. Cependant, ces polémiques se rejoignent sur un point : elles frappent des personnalités irréprochables au regard des valeurs idéologiques dominantes dans le star-system : antiracisme affiché, accueil inconditionnel des migrants, ferveur dans l’engagement antipopuliste. Les controverses de la rentrée ne frappent pas des personnalités présumées "réactionnaires", ni des élus, cibles faciles de la vindicte médiatique, mais des people parfaitement bien-pensants, comme si la révolution du politiquement correct se mettait à dévorer ses propres enfants.
 
S’agissant de Yann Moix, l’ampleur, la violence et la durée de son lynchage, ainsi que ses conséquences dévastatrices pour l’intéressé, ont une explication rationnelle. Ce dernier a poussé à son paroxysme l’affirmation de la vertu idéologique, qualifiant de "criminelles" les tentatives de maîtriser l’immigration. À l’issue d’une sordide affaire de règlement de compte familial, ses dessins et écrits antisémites de jeunesse ont été révélés. Éternel décalage entre le discours moralisateur et la réalité d’un parcours. Le vernis de la pensée vertueuse couvrait un obscurantisme d’un autre âge. D’où le tumulte qui s’est ensuivi.
 
Lilian Thuram, lui, fait partie de ces icônes médiatiques issues du show-business ou des terrains de football, érigées désormais en professeurs de vertu à la place des grands intellectuels d’antan. L’intéressé a prononcé une phrase explosive, parlant de "culture blanche" raciste. A-t-il eu conscience de la portée de ses mots ? La machine médiatique s’est aussitôt mise en marche. Et des paroles qui fussent peut-être passées inaperçues chez une personne qui ne prétend pas exercer un magistère moral suscitent cette fois-ci une tempête.
 
Le lynchage de Patrick Bruel est d’un autre ordre. Le chanteur est accusé par une jeune femme d’exhibitionnisme pendant son massage dans un hôtel en Corse. Comme tout justiciable, indépendamment des suites judiciaires possibles, l’intéressé a droit à la présomption d’innocence. Or les médias révèlent sans vergogne cette accusation et la portent au rang d’une affaire d’État. Le plus grand flou entoure pourtant les faits : à ce jour, un signalement à la gendarmerie a été effectué, mais nulle plainte déposée, aucun soupçon de viol ou d’agression physique n’existe, semble-t-il, et l’accusé dément catégoriquement tout comportement blâmable.
Or la mise en cause de Patrick Bruel déclenche un phénomène d’hystérie de la part d’un monde médiatique qui s’est emparé de cet incident avec une jubilation digne de la danse du scalp ou de la chasse aux sorcières. Et voici Bruel, jadis idole de la jeunesse, véritable sex-symbol national autour duquel se déchaînaient des flots de jeunes filles amoureuses, connu en outre, dans le passé, pour son hostilité au Front national, traîné dans la boue, humilié, ridiculisé, sans le moindre commencement d’une preuve et encore moins d’une condamnation.
 
Pourquoi la meute brûle-t-elle sans vergogne et avec autant de jubilation ce qu’elle a si longtemps adoré ? Le lynchage de Patrick Bruel, fondé sur un réflexe délateur, réminiscence de la grande vague de "Balance ton porc", peut heurter. La logique du lynchage médiatique est entrée dans une spirale sans fin. Elle était auparavant fondée sur le seul critère idéologique, celui des médias "progressistes" contribuant au lynchage de personnalités suspectées de déviance idéologique, de sympathie "réactionnaire" (procédé naturellement scandaleux). Mais voilà qu’aujourd’hui le processus de lynchage médiatique a pris une ampleur nouvelle, s’est autonomisé. On ne lynche plus seulement au nom du Bien contre le Mal. Il faut lyncher pour lyncher, sans raison, à l’aveuglette, tout ce qui passe à portée de lynchage, dans une jubilation sadique, absurde, une corrida ludique. Toutes les têtes qui dépassent, sans exception, sont susceptibles de tomber sous le couperet.

Avec l'autorisation de l'auteur - Paru dans Le Figaro, 12 septembre 2019
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.