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Guerre civile

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Guerre civile
 
Imperceptiblement pour la plupart des Français, dans le silence troublant des grands médias, notre société glisse peu à peu vers la guerre civile. Après ce qui s’est passé en plein centre-ville de Lyon dans la nuit du 14 au 15 septembre 2019, on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas et que l’on n’a rien vu venir.
 
Il est communément admis que dans les banlieues dites "difficiles", les quartiers dits "sensibles" deviennent un peu partout sur le territoire national des zones de non-droit où l’ordre établi n’est plus celui de la République mais celui des voyous, des trafiquants et des extrémistes islamistes. Hors de ces zones, les troubles à l’ordre public se manifestaient jusqu’à présent par des attentats, des vols, des cambriolages, des agressions, des crimes commis par des "déséquilibrés". On parlait surtout d’incivilités pour désigner pudiquement l’agressivité grandissante qui gagnait d’autres quartiers réputés calmes, jusqu’aux centres-villes, mais il régnait encore une apparence d’ordre. Le 15 septembre un nouveau cap a été franchi.
 
Manquant tout à la fois de courage politique et de moyens policiers, les pouvoirs publics de la ville de Lyon ont, depuis plusieurs mois, laissé dégénérer une situation qui aujourd’hui leur échappe totalement. On sait que les zones de non-droit évoquées plus haut vivent sous la menace constante de rodéos automobiles et autres concerts de klaxons à longueur de nuits. On sait moins que ces pratiques barbares, et fort peu "festives" contrairement à ce que certains prétendent, atteignent maintenant le cœur de la presqu’île lyonnaise, le très "convenable" 2ème arrondissement. Tous les vendredi et samedi entre 10h du soir et 5h du matin, des jeunes gens "issus de la diversité", au volant de riches voitures de sport, envahissent un espace compris entre la place Bellecour et la place des Terreaux, avec comme axe principal de leur petit jeu la rue Édouard Herriot. La vie des riverains est devenue un enfer, entre les bruits d’avertisseurs sonores, ceux des "sonos" poussées à plein volume et les hurlements d’individus sous l’emprise de l’alcool (et vraisemblablement de tout ce qui doit exister en matière de stupéfiants). Sans compter les "incivilités" à l’égard des riverains qui essayent de sortir le soir ou de rentrer paisiblement chez eux à leurs risques et périls.
 
Des mesures insignifiantes sont venues répondre à ce fléau, comme un panneau d’interdiction de circuler peu suivi d’effets. Après deux ou trois samedi paisibles, les rodéos ont repris de plus belle dans la plus parfaite impunité. Samedi dernier donc, vers 1h30 du matin, un père de famille, incapable de dormir à cause du bruit, finit par se pencher au balcon pour essayer de comprendre la cause de l’ampleur des nuisances sonores, cette nuit-là encore pires que les autres fins de semaines. A première vue, il semblerait qu’un projectile ait atteint le pare-brise d’un véhicule devant un immeuble voisin, déchaînant l'ire des "jeunes". Quelque riverain exaspéré, sans doute, mais pas l’homme qui regarde seulement ce qui se passe à ce moment précis. Voyant une tête apparaître à un étage, les trublions de la rue perdent tout contrôle. Insultes et menaces de mort se mettent à fuser. Soudain, dans un fracas de bois et de verre brisés, ils défoncent la porte d’entrée et celle du sas de sécurité de l’immeuble. Puis ils s’engouffrent dans l’escalier et gagnent l’étage où ils ont vu apparaître la tête du jeune homme. Celui-ci fait preuve d’un grand sang-froid. Il place femme et enfant dans la pièce la mieux protégée de l’appartement, appelle la police qui répond aussitôt, laisse son téléphone branché sur haut-parleur, puis il attend de pied ferme les barbares, décidé à protéger sa famille et à vendre chèrement sa peau car il n’a guère de doute sur ce qui l’attend si la porte cède. Les agresseurs s’acharnent sur cette porte d’entrée, mais le blindage tient bon. La famille est terrorisée. Ils apprendront plus tard qu’aux autres étages les voisins sont dans le même état, des femmes seules et des enfants terrés au fond de leur appartement, et tous en communication téléphonique directe avec la police. Les coups sur la porte et les menaces de mort redoublent d’intensité. Sans doute alertés par les sirènes de la police qui arrive sur les lieux, les apprentis meurtriers prennent peur et dévalent l’escalier… pour être aussitôt cueillis par les forces de l’ordre. Saluons la rapidité et l’efficacité de ces dernières, tout en déplorant que les agresseurs aient été immédiatement relâchés…
 
L’avenir nous dira si la justice et les autorités en général ont réellement pris la mesure de ce qui s’est passé. Mais les faits sont là : non contents de perturber gravement les nuits du centre-ville, encore une fois en toute impunité depuis des mois, des "jeunes" (comme il faut dire) attaquent maintenant, avec une violence inouïe attestée par de nombreuses destructions matérielles, un immeuble dont les habitants ont été menacés de mort à plusieurs reprises. Une famille paisible n’a dû sa survie qu’à l’arrivée in extremis de la cavalerie. On en est là. C’est le début de la guerre civile dans les centres urbains. Ce n’est pas une manifestation ponctuelle de gilets jaunes ou une réunion de supporters sportifs qui dégénère à cause de black blocks. C’est une prise de possession de territoire par une occupation bien calculée, d’abord d’apparence festive comme après un match de foot, puis qui dégénère en une violence meurtrière clairement revendiquée et réitérée. Allons-nous suivre le destin des chrétiens d’Orient, par une sorte de libanisation inéluctable ? Nous saurons vite si nos gouvernants sont à la hauteur de l’enjeu. La rapidité et la sévérité de la réaction seront décisives. L’inaction des pouvoirs publics conduirait au pire des scénarios, où les particuliers risqueraient de se substituer à l’autorité défaillante. Ce serait alors l’escalade d’une violence incontrôlée qui a commencée par des tapages nocturnes intolérables, est montée d’un cran par le jet irresponsable d’un projectile, avant de franchir le cap de l’attaque en règle d’un immeuble. S’il n’y a pas en France un homme d’État, un vrai chef, capable d’arrêter cet engrenage infernal en prenant le mal à la racine, nous allons à la catastrophe.

Envoyé par l'auteur, 17 septembre 2019
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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