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La question de l'immigration

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Un débat ouvert sur fond de scepticisme de l’opinion  (la question de l'immigration)
 
Voilà ce qui s’appelle faire du "teasing". Au fil des jours, Emmanuel Macron multiplie les prises de parole sur la question de l’immigration, qui fera l’objet d’un débat parlementaire, lundi prochain à l’Assemblée, puis mercredi au Sénat. Quel sera d’ailleurs le statut de ce débat ? Il ne sera ni introductif ni conclusif.
Il ne sera pas introductif car depuis que le chef de l’État a mis le sujet sur la table, les querelles ont déjà largement commencé. Non sans confusion, improvisation ou approximation puisque sur l’aide médicale d’État, par exemple, la polémique a démarré au quart de tour, sur son périmètre et sur son coût, alors que le ministère de la Santé n’a pas même encore reçu le rapport censé en faire l’évaluation. Il ne sera pas conclusif non plus car personne n’imagine que quelques heures dans un hémicycle, ou plutôt une succession de discours de quelques minutes chacun, suffisent à épuiser un débat récurrent et explosif depuis quatre décennies, ni n’aboutissent à des solutions concrètes et efficaces à court terme.
En s’emparant du sujet, Emmanuel Macron a pris, consciemment, un double risque. Celui de troubler une majorité plus à gauche que lui sur cette question et celui de décevoir une opinion plus à droite que lui en la matière. Et l’entreprise est d’autant plus ardue qu’il va à rebours de ce qu’il avait dit lui-même avant d’entrer à l’Élysée. Sur d’autres sujets périlleux, comme la réforme des retraites, il peut braver les résistances en s’appuyant sur ses engagements de campagne. Sur l’immigration, il doit justifier une conversion personnelle.
 
À ce stade, le chef de l’État est donc confronté à trois écueils. Celui de la "scoliose", comme on désigne à Matignon la torsion de la colonne vertébrale du macronisme. Jusqu’où pourra-t-il transgresser des tabous sans provoquer l’explosion de ses troupes et de son parti ? S’il cherche avant tout à rassurer les siens, il sera alors confronté au deuxième écueil : celui de l’écart entre l’ambition affichée - crever l’abcès d’un "mal français" consistant à ne pas "regarder la réalité en face", selon les propres mots du président - et les conclusions du débat. Des grands mots suivis de trop petites décisions exposeraient Emmanuel Macron à l’accusation d’être velléitaire. Comme Nicolas Sarkozy qui avait lancé avec fracas un débat sur "l’identité nationale" qui n’avait débouché sur rien. Ce deuxième écueil serait plus grave que le premier car il accroîtrait le sentiment d’impuissance donné sur la question de l’immigration par tous les gouvernements successifs. Ce risque-là oblige l’exécutif à sortir du débat parlementaire avec des propositions suffisamment fortes et concrètes pour être crédibles.
 
Mais il demeure un troisième écueil : le scepticisme de l’opinion. Le dernier baromètre de la confiance OpinionWay-Cevipof-Le Figaro révélait que 33 % des Français seulement croyaient aux statistiques officielles en matière d’immigration. Flux, coût, asile, reconduites… les chiffres ne compenseront jamais le choc des images et le poids des idées établies. C’est ce scepticisme-là d’abord que Macron devra vaincre. Et un débat au Parlement n’y suffira pas.

Paru dans Le Figaro, 26 septembre 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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