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Aide mémoire de politique étrangère

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Le Président Sarkozy va présenter son bilan après un an de pouvoir. Comme il faut s'attendre à ce que sa mémoire ne soit pas moins sélective que son jugement, nous ne croyons pas inutile de prévenir quelques oublis en apportant ici le concours d'un petit aide mémoire, pour ce qui est du moins de la politique étrangère :
1) Le chapitre des succès tient en deux lignes : quand on y a inscrit la libération des infirmières bulgares , il n'y a plus qu'à ajouter le mot "fin"

2) A defaut de succès , il y avait de chaudes espérances : on allait arracher Madame Bétancourt à ses ravisseurs et instruire enfin le procès des meurtriers de Rafik Hariri. La première est toujours dans sa jungle et le second toujours dans les limbes. Pour prix de cet échec, nos rapports ici avec la Colombie et là avec la Syrie se sont détériorés. La crise libanaise que M.Kouchner s'est dépensé sans compter pour dénouer, perdure sans issue prévisible.

3) Mais, dira-t-on, vous oubliez le principal, l'évènement historique qu'a été le traité de Lisbonne ? Hélas, je n'oublie rien : c'est bien le principal et ç'aurait du être un succès mais c'est tout le contraire. M.Sarkozy disposait d'une carte en or : de l'avis général, l'Europe avait besoin d'un grand débat où on aborderait enfin les vrais sujets et la France avait justement les moyens de l'imposer. Cet or, en quelques semaines, en plomb vil et pesant s'est changé. On a tant répété que l'Europe était en panne et par la faute de la France que chacun a compris que la France était prêt à rejouer la scène des bourgeois de Calais venant remettre les clés de leur ville à genoux, en chemise et la corde au cou. Les partenaires de la France n'ont eu ainsi aucun mal à lui faire avaler par la fenêtre d'un vote parlementaire ce qu'elle avait jeté dehors par la porte du suffrage universel. Comme en outre la France s'était aimablement offerte à payer les pots cassés, on ne s'est pas gêné : l'horrible traité de Nice avait rompu la parité franco-allemande au "Parlement" européen ; le traité de Lisbonne qu'on ne saurait assez admirer l'a rompue de surcroît au niveau du Conseil. La France avait deux Commissaires ; désormais, elle n'en a plus qu'un ; encore n'est-il pas exclu qu'à l'avenir, elle n'en ait plus aucun. Un article déchoit expressément la France de sa souveraineté en consacrant la supériorité du droit européen même dérivé sur sa Constitution. Il y a des traités qui ont grandi la France, d'autres qui l'ont rapetissée : celui de Lisbonne se range clairement dans la seconde catégorie. A vrai dire, il gagne tellement à ne pas être lu que ceux qui l'ont voté ou ratifié se sont bien gardés de l'ouvrir. Le mot "EUROPE" en majuscules sur la couverture leur a suffi.

4) Vous pensez sans doute qu'à ce prix qui n'est pas mince la France a eu droit à la bienveillance de l'Europe sinon à sa gratitude. Détrompez-vous ! L'Europe est soi-disant en panne mais la négociatin d'adhésion de la Turquie continue son petit bonhomme de chemin sans que personne semble se souvenir que M.Sarkozy avait promis de l'arrêter. M.Sarkozy avait cru pouvoir donner son avis sur le cours de l'euro et les taux d'intérêt : il outrepassait évidemment ses compétences ; on lui rappela que l'euro a beau être la monnaie de la France, ce n'est plus son affaire. Il l'a d'ailleurs bien compris : lui qui s'essayait à tonitruer quand l'euro flirtait avec les 1,40 $, n'a plus de voix depuis qu'il menace de dépasser les 1,60 $ !

Il y avait un beau projet dont la France se promettait monts et merveilles pour sa présidence de l'Union : c'était l'Union Méditerranéenne. Pour ne pas compromettre précisément cette présidence, il fallu mettre le projet sur le lit de Procuste des Institutions bruxelloises ; il y a perdu bras et jambes et, aux dernières nouvelles, on en est à craindre qu'il ne finisse par être dénaturé au point de n'être plus même présentable.

5) Le "droitdel'hommisme " devait être la marque distinctive et le titre de gloire de la diplomatie Sarkozo-kouchnérienne. On est en peine de nommer ses succès mais pas de compter ses couacs. On a vu à quelle caricature il pouvait conduire avec les aventures rocambolesques de l'Arche de Zoe qui ne sont après tout que du Kouchnérisme sans Kouchner et poussé à l'absurde. Les péripéties de la flamme olympique et les palinodies des dirigeants français ont abouti à ce que nos plus hauts responsables politiques et diplomatiques se bousculent sur la route de Pékin soudain transformée en chemin de Canossa. Au passage, nos modernes apprentis sorciers pétris de bonnes intentions ont réussi cet exploit de ruiner la cause de Tibétains aux yeux des Chinois et de réhabiliter la dictature de Pékin aux yeux du peuple chinois.

L'atlantisme est l'autre mamelle du Sarkozo-kouchnérisme : il nous a valu un regain de discours sur le retour à l'O.T.A.N. On nous a expliqué que ce serait sans grandes conséquences puisqu'il n'y avait plus d'intégration militaire, ce qui n'est pas faux, puisqu'il n'y a plus d'ennemi et plus de front . Mais s'il n'y a plus d'intégration, pourquoi y rentrer ? C'est qu'il existe quelque chose qui s'appelle le Commandant Suprême Allié qui est américain et qui dispose d'un énorme quartier-général (le S.H.A.P.E.) et qu'il s'agit de lui faire officiellement allégeance, ce qui n'est ni indifférent ni sans conséquences. Nous rentrons dans l'O.T.A.N. pour pouvoir faire avancer la cause de la défense européenne : l'ennui est que nos partenaires sont fondés à nous dire : puisque l'O.T.A.N. pourvoit à la défense de l'Europe et que toute l'Europe s'y retrouve y compris la France maintenant, pourquoi s'encombrer d'une défense européenne qui fait double emploi ? Pour que l'Europe existe, répondent nos dirigeants sans paraître s'apercevoir qu'ils sont les seuls à vouloir que l'Europe existe.

6) L'envoi de troupes françaises en Afghanistan est peut-être la faute la plus lourde parce qu'elle est grosse de dangers. C'est un conflit qui ne peut pas être gagné et qui, compte tenu de la localisation de nos troupes, nous expose à nous trouver engagés dans de fâcheux démêlés avec le Pakistan.

7) En moins d'un an, nous avons réussi à nous brouiller ou à compliquer nos relations avec la Colombie, la Syrie, l'Iran, la Chine. Il n'a pas lieu d'y ajouter le Pakistan quand déjà nous y avons ajouté la Serbie en reconnaissant le Kosovo sans l'aval du Conseil de Sécurité et en contravention flagrante avec nos propres engagments, c'est à dire en violation du droit international.

ROBIN  Gabriel

Né le 25 août 1929
Marié – 2 enfants


Ambassadeur de France


Agrégé d’histoire
Ecole Normale Supérieure (Rue d’Ulm)
Ecole nationale d’administration (ENA)
Ambassadeur de France
Représentant permanent de la France au conseil de l’OTAN (1987-1993)

Ouvrages
La crise de Cuba, du mythe à l’histoire (1984) - La diplomatie de Mitterrand ou le triomphe des apparences (1985) - Un monde sans maître (1995) - Entre empire et nations (2004) - Sous Ponce Pilate (2016) -

Distinctions
Commandeur de la Légion d’honneur
Officier de l’Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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