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Qui veut la peau du monde combattant ?
 
Dans la perspective du 11 novembre la presse titre sur la disparition des anciens et sur le fait qu’il y a de moins en moins de monde aux cérémonies… Les élus, qui multiplient paradoxalement les commémorations (1), alors qu’il faudrait les concentrer sur une date emblématique, s’inquiètent de ne plus avoir de porte-drapeaux et cherchent par tous les moyens (2) à les remplacer par les enfants des écoles… De leurs côtés les politiques, pourtant conscients de cette situation, continuent à osciller entre repentance et pacifisme bon teint pour satisfaire les humeurs versatiles de l’opinion… Tout ceci interpelle sur ce qu’est devenu le monde combattant, sur son avenir immédiat, mais aussi sur la responsabilité des armées et de nos institutions quant à cet état des lieux , voire plus inquiétant sur les risques d’instrumentalisation du devoir de mémoire. Au rythme actuel, le risque réel de récupération, voire de disparition du monde combattant devient une préoccupation pour tous ceux qui sont attachés à une certaine idée du patriotisme. 
 
De quoi s’agit-il ? Les jeunes issus des OPEX (3), qui devraient assurer la relève du monde combattant, ne rejoignent pas les associations issues des grandes guerres et conflits du XXème siècle. Ils ne contribuent pas comme nous pourrions l’espérer, et à la hauteur de leurs faits d’armes, au devoir de mémoire. Beaucoup se replient au mieux sur leurs amicales, quand ils ne rejettent pas tout simplement la chose militaire et leur statut d’anciens combattants. Pendant ce temps les anciens, qui n’ont rien anticipé, partent en laissant un vide sidéral que des associations, comme le Souvenir Français qui n’a absolument rien à voir avec le monde combattant, s’empressent de vouloir combler pour répondre aux sollicitations compréhensibles des élus locaux. Tout ceci ne fait que favoriser un risque d’implosion de ce monde combattant qui est désormais confronté à une chute drastique de ses effectifs et à une atomisation de sa représentation sur le terrain avec une myriade d’associations que de grandes fédérations centenaires essayent tant bien que mal de maintenir et de réunir.
La crise est profonde. Elle n’est pas que le résultat de la désaffection de cette 4ème génération au feu (4) pour relever leurs anciens et s’investir dans le devoir de mémoire. La responsabilité est collective et nationale. Il faut bien reconnaître que ceux qui sont actuellement aux commandes n’ont jamais connu la guerre, même pas la guerre froide. Cette génération n’a pas eu à verser le "prix du sang". Elle a été enfantée, voire infantilisée, par la complainte du "plus jamais ça". Elle n’a finalement qu’une vision virtuelle, technologique et financière de l’existence. Elle n’a connu que des "crises de riches", un peu de terrorisme, mais rien de vraiment vital. De plus les conflits que nos soldats ont assumé au cours des six dernières décennies, avec les opérations extérieures, ont fait très peu de morts au regard des pertes massives subies par les trois dernières générations au feu (5). Alors pourquoi se préoccuper de ce monde combattant qui se meurt et ne se renouvelle pas puisque tout se déroule bien à la marge sur le plan sécuritaire (6). Ce bilan positif, qui est en grande partie le résultat du professionnalisme de nos forces armées, notamment des OPEX, assure au politique ce minimum de posture martiale requise pour garantir notre rang en termes de puissance. Raison de plus pour ne pas en faire plus vis-à-vis de ce monde combattant vieillissant qui est souvent perçu comme "ringard" par nos populations, certes de plus en plus incultes sur le plan historique, mais quand même admiratives face aux engagements de nos derniers grands anciens quand elles assistent à un hommage au pied d’un monument…  
D’autre part nos experts, qui n’ont souvent pas connu l’épreuve du feu…, expliquent que nos soldats de la 4ème génération, ceux des "OPEX", n’ont eu à traiter finalement que des conflits dit de "basse intensité" et qu’il ne s’agit pas de "guerre" au sens fondamental du terme. Personne n’explique que ces combattants ont acquis au fil du temps une maitrise de plus en plus élaborée des conflits, souvent des guerres civiles, et qu’ils œuvrent dans des combinaisons civilo-militaires, humanitaires et diplomatiques beaucoup plus complexes et sensibles qu’au siècle dernier. La plupart de ces conflits souvent lointains durent entre 10 et 15 ans avec des niveaux de dégâts collatéraux sur les populations inimaginables pour nos sociétés marquées par 75 ans de paix et de prospérité. Pour autant l’objectif assigné n’est plus de "faire la guerre" au sens napoléonien mais de "faire en sorte qu’elle n’ait pas lieu", ce qui est infiniment plus difficile et valeureux comme exercice. Il est évident que ce type de combattant qui fait de "la réduction de risque" ne rentre plus dans l’inconscient de notre société marqué par les guerres de masse et dans les codex véhiculés par l’institution, notamment par le monde combattant au travers de son vécu et de ses témoignages
 
Ce mode de représentation de l’ancien combattant qui s’est battu sans véritablement se battre, qui n’est plus contraint comme ses anciens mais qui s’engage volontairement, est très confuse et incompréhensible pour une population qui n’est plus aguerrie, qui est devenue plaintive, narcissique et faiblement résiliente. Fort de cette dérive les combattants de la 4ème génération au feu se sont progressivement retrouvés marginalisés. Certes ils ont droit désormais à un monument dans le parc André Citroën, après 15 ans de négociation…, pour honorer leurs frères d’armes : ces 545 morts pour la France en OPEX. Mais il leur a fallu aussi des décennies pour obtenir la fameuse carte du combattant (7) … Il a fallu aussi attendre nos morts en Afghanistan et désormais au Sahel pour se rendre compte et admettre que nos soldats de la 4ème génération au feu "sont bien en guerre" depuis désormais six décennies. Pourtant à Beyrouth et à Sarajevo nos soldats ont payé le prix fort à plusieurs reprises mais le déni de réalité l’a toujours emporté pour masquer le véritable engagement de nos troupes… De fait ils se sentent oubliés par le pays, trop souvent incompris par leurs anciens sous prétexte qu’ils n’ont pas vécu le même niveau d’atrocités ou de brutalités. Ils se sentent surtout ignorés et méprisés par l’institution qui leur refuse la reconnaissance de leur engagement et de leur volontariat pour aller au feu (8).
 
Fort de ces constats, la tentation pour le politique est désormais très forte de réorganiser le dispositif et de "classer" ce dossier, ce qui permettrait aussi de construire à terme un nouveau récit sur ces questions mémorielles. La restitution des vécus de nos combattants deviendrait alors secondaire avec le risque d’être remplacée par une appréciation idéologique des évènements. Le cas du contentieux sur les opérations au Rwanda est une bonne illustration de ce type de dérive ou le combattant devient dossier à charge et où le journaliste et le polémologue deviennent les nouveaux procureurs de l’Histoire… Nous pouvons aussi aller vers des mélanges de genre en fabriquant de la "bouillie mémorielle" et y adjoindre des compositions citoyennes, civiques pour faire croire que le vivre ensemble et la "res-publica" peuvent être illustrés par quelques pages héroïques afin de donner l’impression à tout un chacun d’être finalement un "bon patriote". Fermez le ban !
Dans cette perspective tout est imaginable : les enfants des écoles porteront les drapeaux, ou d’autres figurants, feront de la reconstitution, comme nous le voyons de plus en plus lors des cérémonies locales, se substituant ainsi aux rares anciens combattants qui resteront chez eux.  Nous pouvons imaginer que parmi eux les plus dévouées, et surtout les plus dociles, accepteront de devenir des sortes "d’intermittents du spectacle" avec leurs médailles. Ils deviendront ainsi, le temps d’une mise en scène, la bonne conscience et l’antidote d’une population qui n’a surtout plus envie de se battre pour sa survivance. Ainsi tout le monde pourra se bercer d’illusions et s’enfermer dans une forme de schizophrénie collective. Ce choix s’avérera tragique s’il se confirme car il n’offrira qu’une vision mortifère et virtuelle de l’engagement militaire, alors que nos anciens combattants, au travers de leurs vécus méconnus, incarnent de façon singulière la victoire sur la barbarie et la contribution à la paix. Ils sont, par ailleurs, le meilleur garant du lien armée-nation et ne l’oublions jamais le meilleur recruteur pour nos armées !
 
Il convient de reprendre le dossier au bon niveau et de se ressaisir collectivement en redéfinissant les enjeux et les priorités. La véritable question n’est pas de savoir comment remplacer les porte-drapeaux par des enfants des écoles pour fleurir des tombes… mais comment faire en sorte que la 4ème génération au feu puisse enfin prendre sa place et relever nos anciens en devenant les nouveaux "passeurs de mémoire". Tout le reste n’est qu’agitation bureaucratique, opération superficielle de communication, et ne peut que nourrir les divisions entre organisations, la confusion sur le fait mémoriel et l’implosion d’un dispositif indispensable pour notre conscience collective.
 
Ne nous trompons pas de guerre ! Comme l’a dit CLEMENCEAU : "la guerre est une affaire trop grave pour la confier à des militaires". Ne serait-ce pas finalement la même chose pour le devoir de mémoire : "qui est bien trop sensible pour le confier à des politiciens".  Ce sujet est éminemment stratégique et doit être traité politiquement au plus haut niveau de l’Etat. Il ne doit pas être "classé" au sens budgétaire et administratif comme certains politiciens ou bureaucrates le souhaiteraient vu la déflation rapide des effectifs du vieux monde combattant. Il ne doit pas non plus être délégué, ou relégué par défaut par nos élus, à une association, fut-elle sympathique, qui s’autoproclame "la plus grande association mémorielle française du XXIème siècle …(9)", pour se complaire uniquement dans une vision funéraire du fait mémoriel. Un ancien combattant est d’abord un soldat vivant qui incarne des valeurs et une force d’âme !
 
Les combattants de la 4ème génération méritent mieux du pays ! Mais ils doivent désormais "défendre leur peau" en termes de reconnaissance politique. Ils ne peuvent plus continuer par leur absence sur les rangs à contribuer à briser cette chaine intergénérationnelle qui fait la force de l’Histoire de notre pays. Il faut qu’ils se mobilisent, qu’ils prennent conscience de leur rôle et de leur devoir au sein de notre société, certes irresponsable sur pleins de points, mais de plus en plus demandeuse sur le fond en termes de référentiel et d’exemplarité.
Pour cela il faut que les anciens les aident à assumer rapidement cette passation intergénérationnelle qui n’a pas vraiment eu lieu, notamment en regroupant les associations afin d’avoir plus de moyens et en réduisant sérieusement le nombre de commémorations afin d’être plus présents et crédibles auprès de la population. Mais il faut surtout que nos politiques fassent vraiment un effort et leur permettent de reprendre le flambeau en reconnaissant leur honneur et leur engagement pour le pays, d’autant que cela ne coute rien au budget de l’Etat… Il s’agit juste d’un acte patriotique de la part de nos décideurs et de nos élus ! Qu’attendent-ils pour le faire ? Une nouvelle "grande guerre" ? Soyons sérieux !
Personne d’autre qu’un combattant qui a été au feu ne peut incarner mieux que lui la mémoire des combats de la France !
 
(1) Outre toutes les cérémonies dites nationales, il faut comptabiliser toutes les cérémonies locales au sein des départements, plus celles des amicales etc… Dans les agendas de certaines associations il y a quasiment une cérémonie par semaine… avec 10 personnes sur les rangs, ce qui devient pathétique et contreproductif…
(2) Notamment avec le soutien du Souvenir français qui est une association privée, n’appartenant pas au monde combattant, crée en 1887, reconnue d’utilité publique en 1906, qui garde le souvenir des soldats morts pour la France par l’entretien de tombes et monuments commémoratifs.
(3) OPEX : acronyme pour évoquer les Opérations Extérieures conduites par la France depuis six décennies.
(4) La première fut celle de la guerre de 1914-1918, la seconde fut celle de 1939-1945 et de la résistance, la troisième fut celle des guerres coloniales Indochine et Afrique du Nord, la quatrième est celle depuis 1963 des Opérations Extérieures
(5) Pour la France la première guerre mondiale a fait 1 700 00 morts civils et militaires et 4 300 000 blessés militaires. La seconde guerre mondiale, qui reste le conflit le plus meurtrier de l’histoire récente avec ses 50 à 70 millions de morts, a fait 600 000 morts civils et militaires et autant de blessés militaires. L’Indochine a fait de l’ordre de 94 000 morts militaires français, légionnaires, africains et indochinois. L’Afrique du nord a fait 27 000 morts civils et militaires et 60 000 blessés. Depuis 1963 les pertes en Opérations extérieures sont de l’ordre de 686 militaires (dont 545 reconnus morts pour la France) soit sur 56 ans une moyenne de 8 morts par an…
(6)
https://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/bilan-de-50-ans-des-opex-de-la-france-quelles-lecons-en-tirer
(7) Actuellement Il y aurait de l’ordre de 175 000 cartes du combattant délivrées pour cette génération. En 2019 22 000 OPEX touchent une retraite du combattant. En 2020 ce chiffre devrait doubler ce qui signifierait qu’un tiers des OPEX titulaires de cette carte auront plus de 65 ans. Actuellement 11 200 ont plus de 75 ans, le reliquat à a entre 65 et 75 ans. Ces chiffres révèlent la faiblesse des effectifs de ce monde combattant issus des OPEX au regard des cartes distribuées pour les autres conflits… La transposition de ces effectifs recensés par le budget au sein des associations est à priori inférieur à 5 %...
(8) cf. les négociations pour l’élargissement de l’attribution de la Croix du Combattant Volontaire – agrafe missions extérieures - pour les engagés volontaires contrats courts qui durent depuis plus de 15 ans et qui n’aboutissent toujours pas sous prétexte que ces engagés volontaires sont désormais des professionnels et qu’ils ont signé un contrat pour exécuter des missions tout temps et tout lieu …et qu’ils ne sont plus de fait des volontaires… alors qu’ils ont signé un volontariat… voire sur les sites du Sénat et de l’Assemblée nationale les réponses faites par l’administration aux requêtes des élus à la demande des grandes associations sur cette question.
(9) cf. la déclaration du CGA Serge BERCELLINI, Président du Souvenir Français, lors de sa prise de fonction. L’association revendique plus de 200 000 membres actifs avec ses 1650 comités locaux et 68 représentants à l’étranger. Les grandes fédérations du monde combattant comme la FNAM (Fédération Nationale André Maginot) regroupent un nombre similaire d’adhérents (240 00 répartis en 253 groupements).  http://le-souvenir-francais.fr/wp-content/uploads/2015/04/article-Barcellini.pdf

Envoyé par l'auteur, 2 novembre 2019
Publié dans Devant l'histoire
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Quand MELENCHON assimile réunification à "annexion"
 
Comme François MAURIAC autrefois, Jean-Luc MELENCHON aimait-il à ce point l’Allemagne qu’il préférait quand il y en avait deux ? Au moment où l’on célèbre le trentième anniversaire de la réunification, le leader de La France insoumise tempête contre "l’annexion" de l’ex-RDA par l’ex-RFA.
 
Le mot n’est pas de lui. C’est le mensuel Le Monde diplomatique qui titre "Allemagne de l’Est, l’histoire d’une annexion" en parlant, à propos de la chute du mur de Berlin, du "symbole équivoque" d’un "mythe fondateur" de l’Union européenne. Jean-Luc MELENCHON a retweeté cette une avec le commentaire suivant : "Enfin le mot juste pour nommer ce qui s’est passé il y a 30 ans. Une violence qui n’en finit plus de se payer."  Le "mot juste", c’est lui qui le dit. Pas d’erreur possible, le député de Marseille ne s’est pas cette fois laissé emporter par son tempérament, il a bien voulu parler d’"annexion" et de "violence" à propos de la réunification allemande.
Si le mot est juste, donc, c’est qu’il n’y avait aucune légitimité à revenir sur la séparation décidée à Yalta - une annexion est toujours une décision unilatérale au détriment d’un plus faible - et que les Allemands de l’Est se sont vu imposer par la force une décision dont ils ne voulaient pas.
 
Dans ses explications, Jean-Luc MELENCHON vise trois domaines : les institutions, la modification du régime de propriété et"la violence sociale inouïe" contre"certains acquis". Que la remise à niveau d’un pays engoncé quatre décennies durant dans une économie administrée ne se soit pas faite sans difficulté est une évidence, comme en témoignent la résurgence du PDS, ex-communiste, et la percée de l’AfD d’extrême droite. Mais il est sidérant que le leader de La France insoumise occulte l’événement proprement dit que fut l’émancipation du joug soviétique.
Faut-il rappeler que le mot "annexion" se dit "anschluss" en allemand ? Les larmes de joie des Allemands de l’Est s’engouffrant dans les toutes premières brèches du Mur ouvert ressemblaient-elles vraiment aux larmes de détresse des Autrichiens en 1938 ? La "violence" subie explique-t-elle que, dès leur premier scrutin libre, les "Ossies" aient plébiscité le parti du chancelier KOHL, leur supposé occupant ?
 
Par le choix de ses mots et par le caractère unilatéralement critique de son réquisitoire sur le bilan de la réunification allemande, Jean-Luc MELENCHON, grand admirateur de la Révolution française, semble passer par pertes et profit le combat pour la liberté et se faire le porte-parole de "radio nostalgie Allemagne de l’Est", selon les mots de Daniel COHN-BENDIT, qui a dénoncé sur France inter la "bêtise incroyable" des mots de Mélenchon. À moins que, selon le patron de LFI, tout ce que fait l’Allemagne soit par principe condamnable. Ne serait-ce pas la définition de la "germanophobie" ?

Paru dans Le Figaro, 5 novembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Des embryons et des hommes
 
Le psaume 8 de la Bible manifeste l’étonnement de la créature face à l’importance qu’elle revêt aux yeux de son créateur. Relisons ses versets 4 et 5 :
"Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts,
La lune et les étoiles que tu as fixées
Qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui,
L’être humain pour que tu t’en soucies ?"
 
Le psalmiste n’avait pourtant qu’une faible idée de ce qu’est la création. Aujourd’hui, alors que nous décryptons des ondes qui nous arrivent après avoir cheminé durant une douzaine de milliards d’années à la vitesse de la lumière, alors que nous comptons en milliards le nombre probable de galaxies, et que nous évaluons à 200 milliards le nombre des étoiles dans notre seule Voie Lactée, l’insignifiance de l’espèce humaine peut encore bien davantage sembler relever de l’évidence.
Blaise PASCAL, qui ne disposait pas de nos connaissances astronomiques, a répondu par avance à l’accablement qui peut nous saisir en constatant notre petitesse : "L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. (…) Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien." Mais quand donc commence cette noblesse ? Dès qu’un spermatozoïde a fécondé un ovule pour former un embryon ? Lorsqu’un enfant atteint "l’âge de raison" ? A un moment intermédiaire entre ces deux évènements ?

Les avancées de la biologie, et particulièrement celles de la génétique et de l’embryologie, ouvrent des possibilités nouvelles : les interventions sur les embryons. Quatre motivations peuvent booster de telles pratiques : corriger une "erreur de la nature", c’est-à-dire une caractéristique génétique susceptible de déboucher sur un handicap ou pire encore ; améliorer le potentiel physique, caractériel ou intellectuel du futur enfant ; lui conférer une caractéristique appréciée par ses parents, par exemple avoir des yeux bleus ; ou enfin pratiquer une expérimentation, généralement suivie par la destruction de l’embryon.
Une activité importante commence à se développer dans le domaine des interventions sur l’embryon ; cette activité fait ipso facto son entrée dans le champ de l’analyse économique. La sélection des embryons, après étude de leur génome, et la transformation de ce génome, pour éviter des maladies génétiques ou obtenir des enfants dotés de telle ou telle qualité, sont des "services" coûteux et lucratifs qui pourraient représenter un jour une part significative dans la production, qu’elle soit mesurée par le PIB ou d’une autre manière. Outre la biologie, l’éthique et l’économie sont l’une et l’autre concernées. Economie sans éthique – science sans conscience – ne serait que ruine de l’âme, RABELAIS a raison, mais éthique sans économie ne serait que naïveté. Tentons donc une réflexion à cheval sur ces deux disciplines.
 
Les embryons non désirés font depuis fort longtemps l’objet d’une destruction
 François SCHWERER vient d’indiquer, dans un article, intitulé "Bioéthique et culture de mort", les dangers que pourrait comporter le développement des interventions sur l’embryon. Son inquiétude est compréhensible : la fécondation in vitro, par exemple, a comme sous-produit des embryons dits "surnuméraires" qui peuvent servir de matière première pour la recherche. Cette utilisation est légale en France depuis la loi du 6 août 2004, et l’auteur cité estime que cela réduit juridiquement "l’état d’objet" les embryons qui ne font pas partie d’un "projet parental" (1). Cette opinion paraît logique : il ne s’agit pas d’expérimenter sur un citoyen dûment informé, avec son consentement, mais sur un être vivant qui n’est pas reconnu comme sujet de droit, et sera ensuite éliminé. Une double question se pose : est-il moralement recommandable de reconnaître l’embryon comme sujet de droit dès qu’a eu lieu la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde ? Et cela est-il techniquement possible ?
 
Notons que différentes méthodes contraceptives aboutissent depuis longtemps à l’élimination des embryons qui ne font pas partie d’un projet parental. La pose d’un stérilet, par exemple, n’empêche pas la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde, mais la nidation de l’œuf ainsi constitué. Des contraceptifs chimiques sont semblablement utilisées pour empêcher la nidation, et donc le développement et la vie de l’ovule fécondé : si les œstrogènes agissent surtout en bloquant l’ovulation, les progestatifs rendent l’utérus impropre à la nidation. La "pilule du lendemain" agit également en évitant la nidation. Mais s’il est licite de se "débarrasser" d’un embryon apte à se transformer progressivement en un bébé, pourquoi serait-il illicite de procéder, avant son élimination, à des expériences susceptibles de faire progresser nos connaissances, actifs économiques immatériels de grande valeur ?
Si l’on condamne l’expérimentation sur l’embryon, il faut logiquement condamner de même les méthodes contraceptives qui n’empêchent pas la formation d’embryons, mais leur développement, lequel (dans les conditions naturelles) requiert la nidation. Et condamner aussi, a fortiori, l’avortement provoqué de fœtus âgés de quelques mois, avortement rendu légal par la loi VEIL. Un système législatif qui autorise l’IVG pour simple convenance personnelle ne peut évidemment pas, sauf à devenir totalement incohérent, condamner l’expérimentation sur des embryons dont la vie a commencé seulement quelques heures plus tôt.
 
La nature procède par essais et élimination des "erreurs". La science – qui fait, d’une certaine manière, partie de la nature, et en tous cas de la nature humaine – applique la même méthode : les scientifiques construisent des modèles expérimentaux, en retiennent certains et en abandonnent d’autres. Ces modèles peuvent être immatériels (conceptuels et mathématiques) ; ils peuvent aussi être matériels, tels que des prototypes. Les deux sont complémentaires.
 
A-t-on le droit d’expérimenter sur l’homme ?
L’expérimentation sur l’homme est extrêmement répandue. Certes, celle que pratiquèrent des médecins nazis font heureusement l’objet d’une réprobation unanime, mais notre médecine ne progresserait guère si elle n’obtenait pas de nombreux volontaires l’autorisation de leur appliquer un traitement expérimental. La biologie de l’embryon, très utile pour parvenir un jour à traiter des "malfaçons" dans la procréation, fait partie des disciplines expérimentales. Problème : il est difficile de demander à un embryon l’autorisation de lui appliquer une intervention génétique expérimentale ! Il est seulement possible de s’adresser aux parents. Beaucoup de ceux-ci seront probablement d’accord, puisqu’ils pratiquent couramment, comme mère nature, l’élimination de nombreux embryons, mesure non moins radicale qu’une tentative de modification génétique du dit embryon.

L’espèce humaine, comme les espèces animales, est génétiquement dotée de désirs sexuels et, de plus, ces désirs sont souvent associés au sentiment amoureux. L’amour est une des merveilles de l’existence, peut-être même LA merveille de l’existence, et s’il se manifeste de bien d’autres manières que par le désir de coït, celui-ci n’est pas un facteur négligeable. Problème : pour ne pas mettre au monde une vingtaine d’enfants, comportement dont la généralisation poserait rapidement de sérieux problèmes tant collectifs qu’individuels, un couple amoureux et encore assez jeune doit "tromper la nature".
De nombreuses méthodes le permettent et, comme il a été dit plus haut, leur efficacité n’est pas toujours parfaite. La méthode OGINO, du nom de l’obstétricien japonais qui la mit au point, est souvent considérée comme délicate et peu fiable. Les préservatifs et autres condoms sont en concurrence avec la contraception chimique ; cette dernière présente un bon rapport commodité/efficacité/prix : la "pilule" n’est pas chère, son utilisation par la femme est facile, et comme la génitrice est plus corporellement concernée que l’homme par l’éventualité d’une grossesse, le fait que la prise de la pilule soit un acte féminin est aussi un facteur de fiabilité.
Reste que cette contraception chimique, comme il a été indiqué plus haut, repose pour beaucoup sur l’obstacle mis à la nidation de l’ovule fécondé, et donc sur la mort de l’embryon peu après sa formation. La solution actuellement optimale au niveau économique conduit ainsi par commodité à considérer comme étant moralement sans importance, ou de peu d’importance, la formation d’embryons condamnés par avance. Dès lors, l’utilisation de tels embryons pour faire avancer la science et la thérapie génique se prête mal à une condamnation juridique : notre droit positif ayant entériné la contraception chimique par élimination de l’ovule fécondé, on le voit mal refuser l’utilisation de celui-ci, suivie de son élimination, pour la mise au point de thérapies géniques.
 
Le recours, pour pratiquer des expérimentations, aux "cellules souches embryonnaires" prélevées sur des embryons, ne modifie pas la problématique : comme l’explique fort justement François SCHWERER dans l’article cité, leur obtention entraîne la mort de l’embryon ainsi démembré. La position selon laquelle "on n’a pas le droit de faire d’expérience sur un être vivant, mais on peut le faire sur ses éléments constitutifs après l’avoir, au préalable, tué" est logiquement absurde. Le législateur se ridiculiserait s’il se basait sur de telles fadaises.
 
Quand le torrent de l’activité économique emporte tout sur son passage
Reste une question essentielle : les manipulations génétiques et embryonnaires peuvent devenir une activité économique de grande dimension, et tout secteur dans lequel il existe une offre et une demande intéressant de nombreuses personnes, surtout si ce sont des hommes et des femmes disposant de budgets importants – budgets qui peuvent aussi bien être publics que privés – se développe aussi naturellement qu’une jeune pousse plantée dans une terre fertile et convenablement irriguée.
Ainsi les activités guerrières prospèrent-elles depuis des millénaires, pas uniquement, mais pour une part importante, parce qu’elles génèrent une activité économique de grande envergure. Il est difficile de voir ce qui pourrait efficacement s’y opposer. Il est de même douteux que des hommes, fussent-ils intelligents, nombreux et décidés, pourront s’opposer au développement de cette activité. "Faites l’amour, pas la guerre" est un slogan qui n’a pas eu des résultats époustouflants ; son équivalent bioéthique aura vraisemblablement aussi peu d’efficacité. Il se passera dans ce domaine autant d’horreurs que dans le secteur militaire et paramilitaire : les armées régulières tuent légalement, les bandes armées tuent illégalement, mais dans tous les cas le résultat est que des êtres humains passent de vie à trépas, ou sont blessés.
 
Nous devons essayer de limiter les guerres, comme nous devons essayer de limiter le trafic de drogue, la prostitution contrainte, le vol, les agressions de toute nature (et notamment sexuelles). Nous devons de même essayer de modérer la tendance naturelle à faire sans discernement tout ce que la technique permet de faire dans le domaine de la reproduction humaine. Mais l’économie nous enseigne que nos efforts n’aboutiront qu’à de modestes succès, parce que le jeu de l’offre et de la demande est largement amoral. Nous pouvons seulement nous inspirer de la devise de Guillaume d’Orange : "Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer."    
 
(1) F. SCHWERER, "Bioéthique et culture de mort", La Nouvelle Revue Universelle, 3ème trimestre 2019, pp.13 à 20.

Envoyé par l'auteur, 5 novembre 2019
Publié dans A tout un chacun
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L’EPR, symbole d’un sabordage français délibéré
 
C’est l’histoire d’un modèle devenu un anti-modèle. Un exemple devenu un contre-exemple. Les déboires répétés d’EDF avec ses centrales nucléaires EPR donnent une image déplorable de la France. De quoi susciter l’ire du ministre de l’Économie, l’inquiétude des populations, la joie mauvaise des écologistes et l’ironie des concurrents. Il est urgent de s’interroger : comment une filière d’excellence mondiale qui faisait la fierté légitime des Français est-elle devenue un motif de honte et de crainte ?
Le nucléaire est une histoire très française, avec d’abord le choix du général de GAULLE au nom de l’indépendance nationale. D’abord militaire, la technologie devient civile, dans un schéma qui ressemble beaucoup aux grands groupes américains, financés par l’armée américaine.
Lors de la crise du pétrole, POMPIDOU décide de jouer à fond la carte du nucléaire. On repère les constantes de cette odyssée : l’État, le militaire, l’indépendance nationale. Sans oublier les technocrates, les ingénieurs et la CGT embarqués dans un même bateau : un monopole adossé à une industrie ultracompétitive et à l’alliance gaullo-communiste des années 1960.
 
À partir des années 1980-1990, tout est détricoté : l’indépendance nationale est remplacée par l’Europe ; le monopole est supplanté par la concurrence. Le nucléaire permettait à EDF de vendre l’électricité la moins chère d’Europe : un avantage comparatif (un des rares) pour notre industrie. L’Europe oblige EDF à baisser le prix de l’électricité sortie de ses centrales qu’elle est obligée de vendre à ses concurrents. Les prix montent !
Les campagnes écologistes anti-nucléaires forcenées finissent par influencer une nouvelle génération de politiques : on annonce la réduction de la part du nucléaire ; on subventionne à tout-va l’éolien qui dénature nos paysages et dont l’énergie ne peut être stockée. Les libéraux font chorus, qui dénoncent les avantages indus des "privilégiés" du comité d’entreprise CGT. En centralisant toute la filière derrière son panache blanc, la patronne d’Areva, Anne LAUVERGEON, mène tout le monde dans le mur en klaxonnant.
 
EDF n’était qu’un assembleur de pièces édifiées ailleurs ; mais il le faisait avec rigueur et professionnalisme. À force de ne plus construire de nouvelles centrales, la transmission du savoir-faire s’évapore. EDF devient moins rigoureux dans le contrôle de ses sous-traitants. Au nom de l’Europe, on a contraint EDF à façonner l’EPR avec des Allemands qui nous ont abandonnés du jour au lendemain, nous laissant sur les bras un design pas maîtrisé et une technologie ultra-sophistiquée. Privés de nucléaire, les Allemands se ruent sur le charbon, énergie la plus polluante du monde, tandis que le nucléaire est la moins carbonée. Mais les écologistes, qui sont pourtant les contempteurs les plus acharnés du CO2, sont aussi les adversaires les plus résolus du nucléaire. Et voilà pourquoi votre fille est muette ! Et EDF, à l’article de la mort.

Paru dans Le Figaro Magazine, 31 octobre 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Assistanat : le prix de la gratuité ne fait que s'accroître
 
Il semble que l'objectif des gouvernements successifs, évidemment appuyés par leurs électeurs, est d'instaurer la gratuité partout où c'est possible, et dans tous les domaines. Ce "droit" à la gratuité est accrédité par les politiques. Au pays du "droit à" qui a un peu oublié le "devoir de", on se donne bonne conscience à peu de frais puisque personne n'a le sentiment de payer... 
Le vrai problème de la France est qu'elle est écartelée entre la révolte devant des 
impôts trop élevés et l'exigence de la gratuité. Certes notre niveau de culture économique est un des plus faibles d'Europe mais le bon sens pourrait combler cette lacune : il y a forcément quelqu'un qui paie ! Et nous souhaitons que ce soit les riches (que nous faisons tout pour rendre moins riches) qui paient : cherchez l’erreur.
 
Cette gratuité rend les bénéficiaires de plus en plus exigeants et leur laisse croire que tout est possible, et surtout que lorsqu'il n'y a plus d’argent, il y en a encore. La dette est là pour être creusée... Pourtant en outre on le sait : “Tout ce qui est gratuit n'a pas de valeur". C’est ainsi que nous assistons à une surconsommation médicale hors normes. Cela ne suffit pas, et tout est fait pour que nous puissions bientôt bénéficier du "tiers payant intégral pour tous", sous la forme d'une plateforme permettant aux patients de ne pas payer la consultation. Dispense de frais générale ! Le corps médical est vent debout, pour de bonnes raisons : nombreux sont les praticiens dans tous les domaines qui ont le sentiment que les patients bénéficiaires de la CMU-C, par exemple, sont ceux qui ne respectent pas le rendez-vous, ne prennent pas la peine d'annuler et oublient le traitement... Tant et si bien que 12 % des gynécos, chirurgiens-dentistes et psychiatres refusent de recevoir ces patients, 
selon un rapport du Défenseur des droits. On trouvera cela inadmissible mais au nom de quoi demande-t-on à un praticien de travailler à perte ? C’est probablement une des définitions de la gratuité à la française.
Pour certains la santé est un objet de consommation comme un autre : on fait ses courses à la pharmacie ! Et les médecins ne sont pas rares qui terminent leur consultation stylo levé en rédigeant l'ordonnance demandant "qu'est-ce que je vous mets", comme chez l'épicier. Rien ne devrait être totalement gratuit, faire payer ne serait-ce qu'un euro redonnerait une prise de conscience salutaire.
 
Assistanat
Notre rapport gratuit à l’Etat nourricier (c'est le cas de le dire) prospère : de plus en plus
de petits-déjeuners gratuits décidés par les collectivités locales dans certaines écoles,certaines cantines gratuites, etc. Qui oserait s'élever contre le fait de nourrir des enfants ? Il semblerait que les parents français en soient incapables ? Si c'est hélas le cas, très rarement, en tout état de cause la solution est ailleurs même et surtout si l'on doit aider à éradiquer l'extrême pauvreté de certains. En cela l'exemple des Restos du Cœur est admirable.
Faut-il persister à vouloir généraliser la gratuité des transports en région parisienne ? Pour l'instant elle concerne les seniors (qui aimeraient mieux qu'on ne diminue pas leur retraite et payer eux-mêmes leur transport !), transports gratuits aussi pour les bénéficiaires du 
RSA, ceux-là mêmes qui, à force de gratuités, n'ont pas intérêt à retrouver du travail car tous ces avantages cesseraient. Alors, pour compenser ces pertes, on a recours à une prime à la reprise de l'emploi, nous marchons sur la tête.
Non pas qu'il ne faille pas aider les plus nécessiteux, mais c'est tout le système qu'il convient de revoir car au nom d'une pseudo générosité de l'Etat puisée dans les ressources des faux "nantis" nous avons versé dans l'assistanat : inefficace, coûteux et de plus dissuasif pour certains et trop attractif pour d'autres. Tous ces étrangers et on les comprend, qui viennent se faire soigner en France, c'est tout à l'honneur de nos médecins de ne jamais refuser de soigner un malade... même si 
l’hôpital, notre fierté est en train de sombrer dans le paupérisme.
 
Générosité sans frontières
C'est ainsi que nous allons d'allocations en aides diverses et variées : génial, c’est gratuit ! En fait rien n'est gratuit et on reprend d'une main ce qu'on donne de l'autre le plus souvent aux mêmes, cela coûte très cher à chacun d'entre nous et plus encore à ceux qui paient des impôts.
L'école est gratuite, parfait, mais on s'inquiète des résultats : pourquoi cela a-t-il eu comme résultat de pousser les parents à inscrire de plus en plus leurs enfants dans le privé ? Signalons
 l'allocation de rentrée scolaire
 dont on doute qu'elle serve à son objectif. Gratuité des facultés ? On se souvient de la révolte de généreux étudiants français parce qu’on voulait augmenter un peu le prix y compris pour les étudiants étrangers, générosité sans frontières c'est notre spécialité ! Une générosité dont nous n'avons pas les moyens et qui coûte en qualité des études ; tout cela sans réciprocité car beaucoup de jeunes français ne peuvent aller à l'étranger tant le coût des études y est élevé.  
La gratuité partielle des musées fait que la foule qui s'y presse met les collections en danger...  Oui, la culture devrait être gratuite, qui peut être contre ? Une exception toutefois : l’Opéra de Paris dont le prix des places demeure inaccessible sauf pour les 10 premiers rangs auxquels se pressent les hauts fonctionnaires des ministères (voilà une gratuité à supprimer tout de suite !). La gratuité est un mirage tout comme celui de Google qui gratuitement compte quand même 850 milliards de capitalisation boursière !
On nous ment sur le prix de la gratuité qui ne fait que s'accroître, une exception française qui abaisse le niveau de notre pays et encourage peu à l'effort et à la responsabilité individuelle.

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, le 31 octobre 2019
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La gauche française, ferment du sectarisme
 
La nouvelle Terreur française a trouvé ses petits bras. Ils ont la violence, la haine, le sectarisme de leurs vieux ancêtres. Certes, ces héritiers ne coupent pas de têtes. Mais ils déshonorent à leur tour l’esprit français et son goût du débat. La journaliste Zineb El RHAZOUI, qui combat l’obscurantisme comme une lionne, est constamment menacée de mort par les fanatiques de l’islam, protégés par les "antiracistes". Jeudi dernier, la philosophe Sylviane AGACINSKI n’a pu tenir sa conférence à l’université Montaigne de Bordeaux : des minorités LGBT entendaient perturber la prestation d’une "homophobe notoire". Dans le même temps, la Sorbonne suspendait un cycle de formation continue de l’essayiste Mohamed SIFAOUI, sous la pression de mouvements islamistes. Sifaoui dénonce avec raison la censure dont il est victime. Mais il la justifie à son tour en se joignant au boycott de la chaîne CNews qui accueille, avec un succès d’audience, Éric ZEMMOUR, indésirable aux yeux des épurateurs éthiques. Voltaire, reviens !
 
Le politiquement correct se déchaîne contre les sonneurs de tocsin, laissant en paix les incendiaires. Mardi, Marlène SCHIAPPA a élégamment dit son soutien au conseiller régional d’Occitanie Yoann GILLET, du RN, victime d’un tabassage à Nîmes par des "antifas" (antifascistes). "Si l’on commence à excuser les violences contre les élus sous prétexte qu’ils sont RN, demain tous les autres motifs de violence seront légitimes", a expliqué la secrétaire d’État. Pour autant, le silence a accueilli le saccage, le 4 octobre dans le Quartier latin à Paris, de La Nouvelle Librairie, dans laquelle Jean-Marie LE PEN a maintenu la signature de son livre. Les menaces verbales contre Renaud CAMUS puis Gabriel MATZNEFF, peu après dans le même Saint-Germain-des-Prés littéraire, ont laissé de marbre les grandes consciences. "La bêtise au front de taureau évoquée par Baudelaire n’a jamais été aussi bruyante, gesticulante, vociférante", commente MATZNEFF. Lui a choisi de rejoindre la plus libre Italie.
 
Hormis une poignée de nazillons, cette intolérance est majoritairement celle de la gauche, de l’extrême gauche et des militants de l’islam : ils sont les inquisiteurs, les nouveaux staliniens. Les "antifas", black blocs et autres gauchistes ont recours aux agressions contre ceux qu’ils jugent d’"extrême droite" quand ils ne pensent pas comme eux. Les minorités sexuelles organisées développent une dialectique victimaire qui aboutit à les rendre hostiles à la confrontation intellectuelle. Les islamistes adoptent la même rhétorique totalitaire et menaçante qui exonère l’islam de la critique. À ce marigot puant s’ajoutent ceux qui, se réclamant de la République et de la diversité, décrètent qui sont les journalistes fréquentables. Ainsi s’insurgent-ils que le chef de l’État ait donné cette semaine un entretien au magazine conservateur Valeurs actuelles. Ne voient-ils pas dans quel camp repoussant ils tombent ?
 
La France ne peut se reconnaître dans les flics de la pensée, ni dans les nervis de l’anticapitalisme et de l’islam politique qui pactisent entre eux. Leur sort est de dégager. Pour l’instant, ils prospèrent sur le terreau fertile de la macronie manichéenne. C’est le chef de l’État qui a accéléré la décrépitude de la démocratie en se présentant comme l’incarnation de la perfection. Son combat sans nuance contre le "populisme" l’a poussé à marginaliser les Français en insécurité culturelle. Aujourd’hui, 61 % des sondés (Ifop, JDD) jugent l’islam"incompatible avec les valeurs de la société française". Faut-il les traiter d’extrémistes, de racistes, d’islamophobes, leur intimer de se taire ? Quand Bernard-Henri LEVY déclare le 25 mars 2019 (L’Écho), à propos du peuple protestataire : "Quand cette population-là vote pour le pire, le racisme, l’antisémitisme, la haine, qu’ils sont encore minoritaires, je pense qu’il faut leur dire : on ne tiendra pas compte de ce que vous dites", l’ami de Macron autorise le coup de force contre des dissidents. Les antifascistes d’aujourd’hui parlent comme les fascistes d’hier.

Paru dans Le Figaro, 1er novembre 2019
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C'est confirmé...

C’est confirmé : Christo va bien emballer l’Arc de triomphe entre le 6 et le 19 avril 2020 avec 25 000 mètres carrés de tissu recyclable en propylène bleu argenté et 7 000 mètres de corde rouge (on aimerait quand même connaître l’empreinte carbone totale). En 2018 des manifestations avaient saccagé ce symbole de la Nation, notre élite culturelle va donc l’occulter comme si les bâches couvrant Notre-Dame, autre lieu emblématique de la Capitale, ne suffisaient pas.
 
C’est confirmé, l’auto-découpage d’une œuvre du street-artiste Banksy en pleine vente chez Sotheby’s en 2018 a bien été, non pas une contestation de l’hégémonie de l’argent dans l’Art mais un coup de maître de l’Art Financier préparant des cotes vertigineuses. Seuls les naïfs crûrent à une rébellion contre les ventes aux enchères. Son tableau représentant le parlement britannique peuplé de singes, estimé entre 1,68 et 2,24 millions d’euros s’est envolé en 13 minutes à 11,13 millions, toujours chez Sotheby’s et toujours à Londres : cqfd ! Officiellement (sans rire) c’est la faute au Brexit !
 
C’est confirmé, le vent tourne dans le discours des grandes institutions culturelles qui prennent leurs distances, au moins en paroles, avec la mondialisation. Serge LAVIGNES président du Centre Pompidou a rappelé : "la nécessité de l’ancrage", "le besoin de se retrouver face à un territoire, un terroir" (1). Alors que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, lui, vient de réorganiser la présentation de ses salles, Fabrice HERGOTT, qui le préside, veut mettre en valeur le rôle de Paris dans l’histoire récente des arts : "une collection très majoritairement française, au sens de "fait en France" et non évidemment de par la nationalité de naissance des artistes" (2). Au point que l’identité visuelle du musée est maintenant fondée sur la Tour Eiffel peinte par Robert DELAUNAY. Comme son jumeau le Palais de Tokyo géré par l’Etat, ce musée de la Ville de Paris est né en 1937 du constat de l’absence d’un musée d’art contemporain. D’où venait ce retard par rapport à New-York ? Pour Le Monde (et Philippe DAGEN) l’explication officielle et la faute, impardonnable, vient de "l’ignorance en matière d’avant-garde et (du) nationalisme traditionaliste de la plupart des conservateurs français depuis la fin du XIXème siècle". C’est un peu court. Car New-York, pour ravir la première place à Paris dans les arts, a eu besoin moins d’une politique culturelle brillante que d’une judicieuse politique fiscale (3). Or les fonctionnaires français n’étaient pas tous de vieilles ganaches, certains étaient mus par un idéal républicain (le "traditionalisme" du Monde) où l’Etat ne se mêle pas de création, reste impartial, refuse de favoriser par ses achats ou expositions tel artiste plutôt que tel autre : on laissait la spéculation à la porte du musée. Un des premiers à avoir flairé le problème est Emile ZOLA. Il est sollicité le 22 juillet 1889 par MONET qui organise une souscription pour faire entrer la célèbre Olympia de MANET (mort en 1883) au musée du Luxembourg (le musée "contemporain" de l’époque, antichambre du Louvre). Dès le 23, ZOLA, qui a tant écrit sur le rôle de l’argent dans la société, refuse violemment : "cette forme détournée de cadeau sentira la coterie et la réclame". En dépit de tout l’intérêt esthétique qu’il a pu porter à MANET, la manœuvre de la donation ne lui a pas échappé : une générosité (5) rentable puisque c’est un "placement de produit", le prestige d’appartenance à une collection nationale rejaillissant sur toutes les autres œuvres détenues par les collectionneurs privés. Aujourd’hui, "réseaux" ou "lobby" ont remplacé "coterie" et la "réclame" s’est transformée en Art financier. On rêve au "J’accuse !" qu’aurait écrit ZOLA suite à la donation d’un certain bouquet de tulipes …
 
C’est confirmé, les grands médias français sont toujours empêtrés dans le politiquement correct !

(1) "Pompidou doit affirmer son originalité", Le Monde, 1er octobre 2019, p.26.
(2) Cahier Le Monde, 11 octobre 2019, p.2.
(3) Voir la démonstration : Aude de Kerros, “Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain”, Eyrolles, 2019, p. 171
(5) Les partisans de la souscription répandirent le bruit que l’achat du tableau à la veuve de l’artiste permettrait d’aider discrètement celle-ci. Le procédé déplut à Suzanne Manet qui fit officiellement savoir qu’elle n’avait nul besoin d’aide… via le Figaro.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 29 octobre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Retraites : l’échec des incompétents
 
Il y a deux semaines, j’écrivais "Retraite : la réforme en péril". Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un simple péril : l’échec est avéré, s’il est vrai que, comme l’annonce Le Figaro, "l’exécutif semble réfléchir à la piste d’un étalement de la réforme, dont l’effet ne concernerait plus que les futurs entrants sur le marché du travail." Les Echos, eux, présentent cette déroute comme un repli astucieux sur des positions inexpugnables préservant l’essentiel : "les régimes spéciaux eux-mêmes vont bel et bien disparaître pour les nouveaux entrants". Mais ce média annonce des "transitions longues" pour quantité de métiers : électriciens-gaziers, SNCF, RATP, gendarmes, policiers, fonctionnaires hospitaliers. En clair, au lieu de percer l’abcès, nos dirigeants actuels se proposent de le recouvrir d’un emplâtre et de laisser à leurs successeurs le soin de se débrouiller avec ce qu’il adviendra. Qui voudrait empoisonner le climat social en France durant les 3 ou 4 prochaines décennies pourrait difficilement trouver mieux.
 
Le recours à la capitalisation permettrait de résoudre les problèmes
Dans un ouvrage publié en 2017, parrainé par l’association Sauvegarde retraites, et dans un bon nombre d’articles publiés dans des revues telles que Futuribles ou la RDSS (Revue de droit sanitaire et social), j’ai exposé une méthode qui permettrait de procéder très rapidement à une réforme systémique conservant pour certaines professions des avantages particuliers, tout en unifiant le système de retraites par répartition. Il s’agit tout simplement de compléter la retraite de base, dite par répartition, par des fonds de pension propres à chaque profession désireuse de conserver ou d’obtenir pour ses membres (ou certains d’entre eux) des conditions plus avantageuses, en raison par exemple de sujétions professionnelles spécifiques (travail pénible, dangereux, exigeant une limitation du droit de grève, etc.).
Prenons le cas des cheminots et des agents de la RATP, prompts à perturber les transports publics pour obtenir satisfaction. S’ils veulent absolument pouvoir prendre leur pension à un âge précoce, qu’est-ce qui empêche de le leur permettre en les rémunérant pour partie sous forme d’une cotisation à un fonds ? L’agent désireux de cesser son activité à 55 ans, par exemple, pourrait obtenir de ses placements une rente à durée déterminée, durée librement choisie, disons par exemple dix ans, de façon à ne liquider ses points du régime par répartition qu’à un âge, 65 ans dans cet exemple, où la valeur de service du point serait bien plus forte qu’à 55 ans.
Les fonds de pension peuvent procurer sous une forme très souple, totalement individualisable, tous les avantages qui sont accordés aujourd’hui sous une forme rigide, uniforme et bureaucratique. Le cheminot désireux de travailler jusqu’à 70 ans pour faire ensuite quelques voyages extraordinaires et coûteux en aurait la possibilité, d’autant plus qu’un fonds de pension n’est pas assujetti au versement d’une rente mensuelle quasiment constante : dans le cas de nos grands amateurs de voyages, le fonds pourrait parfaitement leur donner à 70 ans une forte somme, suffisante pour réaliser leur projet, en contrepartie d’une diminution (calculée par les actuaires) de la rente mensuelle ultérieure.
 
La capitalisation est nécessaire pour respecter le principe constitutionnel de sincérité des comptes publics
L’article 47-2 de la Constitution dispose : "Les comptes des administrations publiques sont réguliers et sincères. Ils donnent une image fidèle du résultat de leur gestion, de leur patrimoine et de leur situation financière". Cet article est sans cesse violé, et la gravité de ces infractions est particulièrement élevée dans le cas des retraites. Les avantages spécifiques accordés en raison de la pénibilité du travail, de sa dangerosité, ou du pouvoir de nuisance de certaines corporations, sont la cause d’une catégorie particulièrement importante d’infractions à l’article 47-2.
 
En effet, la retraite par répartition est, en réalité, une forme de capitalisation : elle est basée sur l’accumulation de "capital humain", c’est-à-dire sur la mise au monde, l’entretien et la formation des nouvelles générations. Il n’existe aucune raison, si ce n’est l’incompréhension par le législateur du fonctionnement réel des retraites par répartition, pour attribuer dans un tel système des rémunérations différées sous forme de départs précoces à la retraite. Le travail nocturne, ou dangereux, ou présentant des inconvénients sanitaires, et ainsi de suite, fait actuellement l’objet d’une rémunération différée, sous forme de pensions versées avant l’âge "normal". Or la régularité et la sincérité des comptes implique de provisionner ces versements, de façon que la dette contractée envers, par exemple, les cheminots ou le personnel hospitalier, soit dûment enregistrée dans les comptes de l’année où elle a pris naissance.
Concrètement, la solution consiste à majorer le salaire ou traitement des travailleurs concernés, et à opérer sur cette rémunération une ponction destinée à alimenter un fonds de pensions. Nous vivons actuellement, et ce depuis des décennies, dans un mensonge comptable de grande envergure, constituant une infraction répétée aux dispositions de l’article 47-2 de la Constitution. La mise en place de fonds de pension est la solution qui s’impose pour sortir de cette situation délictueuse dans laquelle sont empêtrés les membres de nos Assemblées et de nos Gouvernements.
 
Ce délit fait porter par notre jeunesse un fardeau inique à seule fin de camoufler le prix réel de certaines activités professionnelles. Il se trouve fort heureusement qu’en faisant le nécessaire pour respecter en matière de retraites précoces le principe constitutionnel de régularité des comptes publics, les autorités françaises s’engageraient dans une démarche qui les conduirait à enfin comprendre le théorème de Sauvy, base de l’économie des retraites dites par répartition.
Ce théorème, aussi simple qu’irréfutable, tient en une courte phrase : "en répartition, nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants". L’attribution des droits à pension, qu’ils soient calculés en points ou par des méthodes plus archaïques, s’effectue en raison et en fonction des cotisations versées au profit des retraités : cela constitue la violation la plus massive de l’article 47-2. Une énorme dette publique, composée des droits à pension, est ignorée par les pouvoirs publics. L’incompétence d’une bonne partie des éminences qui nous gouvernent est probablement la cause principale de cette violation : tout simplement, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Envoyé par l'auteur, 29 octobre 2019
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Les conséquences prévisibles du déshonneur
 
En septembre 1938, au Lendemain des accords de Munich, par lesquels la Grande-Bretagne et la France abandonnèrent la Tchécoslovaquie à la botte hitlérienne, Winston Churchill – alors chef de l’Opposition – prononça à l’adresse du Premier ministre Neville Chamberlain une phrase restée célèbre : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre." Les faits donnèrent raison à l’homme qui, ensuite, eut à mener le combat dans des conditions encore plus difficiles.
 
Ce qui vient de se passer à propos de la zone nord de la Syrie tenue en grande partie grâce aux Kurdes fait songer à ce douloureux épisode de notre histoire. Depuis des années, les Occidentaux comptent sur la Turquie pour retenir sur son territoire quelque 3 millions de réfugiés, principalement syriens et irakiens, qui se dirigeraient volontiers vers l’Europe pour y trouver des conditions de vie moins précaires. Une petite partie de nos impôts sert à rémunérer la Turquie pour ce service, mais à tout moment Erdogan peut ouvrir le robinet et laisser les Européens gérer le problème – un véritable casse-tête.

Tant que l’oncle Sam faisait la police, avec un gros bâton, aux confins de la Turquie, de l’Irak et de la Syrie, le président turc attendait son heure. La foucade de Trump, décidant brusquement de rappeler les "boys" et leurs joujoux sophistiqués, a totalement changé la donne. Les troupes spéciales européennes, et notamment françaises, ont beaucoup contribué à empêcher les extrémistes musulmans de créer une sorte d’émirat, mais elles ne sont pas en mesure de résister à une offensive massive menée par une armée nombreuse et bien équipée, qui opère relativement près de ses bases. Sans parler du fait que se taper dessus entre "alliés" membres de l’OTAN obligerait à reconnaître ce qui est : que la Turquie d’Erdogan n’a pas vraiment le profil OTAN.
Nous laissons donc Erdogan faire ce qu’il veut : installer les réfugiés qui l’embarrassent sur une enclave comprenant notamment les zones kurdes. Peu lui importe qu’à cette occasion de nombreux terroristes détenus par les Kurdes retrouvent leur liberté, et que certains, venus d’Europe, y reviennent – probablement pas pour y mener une vie parfaitement paisible.
Le problème est que le Président américain ayant, dans cette malheureuse histoire, joué le rôle de Chamberlain, malgré sa capacité à être tout et son contraire il ne se transformera probablement pas en un Churchill Yankee ! Et il est peu probable que son remplaçant démocrate, au cas où il ne serait pas réélu, mobilise l’US Army pour venir protéger ceux qui, dans cette affaire affreuse et compliquée, ont joué, mutatis mutandis, le rôle tenu jadis par les Harkis, si nombreux à avoir été lâchement abandonnés par la France lorsqu’elle se retira de l’Algérie.
 
Quant aux Syriens et Irakiens qui avaient fui les massacres de Daech et les bombardements des armées syrienne et irakienne, puis des Russes et des occidentaux, ils ont très bien compris par eux-mêmes ce qu’un article spécialisé indiquait récemment : dans une telle guerre, les morts de civils représentent environ dix fois celles de militaires. Donc, leur propension à regagner leurs villes ou villages dévastés, même si la paix semble revenir, ne sera pas très grande. La tentation d’émigrer vers l’Ouest sera très forte.
La pusillanimité occidentale, la faiblesse du sens de l’honneur, vont donc probablement, une fois de plus, se payer très cher. Pour les populations du Moyen Orient, si durement éprouvées depuis si longtemps, et pour les populations européennes, qui vont recevoir des millions d’immigrés dont l’intégration ne se réalisera globalement pas mieux, sauf miracle, que celle de ceux qui nous sont arrivés, plus ou moins au compte-goutte, depuis une dizaine d’années.

Envoyé par l'auteur, 29 octobre 2019
Publié dans De par le monde
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La Syrie

Les contours de la Syrie et de la région confrontées à un réaménagement brutal par les puissances actives alors que certaines quittent la zone, d’autres observent avec intérêt ou inquiétude et enfin l’Europe qui fait montre d’une impuissance coupable et dangereuse sur le moyen terme
 
L’intervention récente, "source de paix", de la Turquie d’Erdogan dans le nord de la Syrie fait suite aux interventions militaires précédentes du 24 Août 2016 et du 20 janvier 2017. La plus récente s’inscrit cependant dans un contexte différent des précédentes car si les américains ont commis une erreur stratégique discutable en se retirant de la "partie" (et ce nonobstant le beau baroud d'honneur des forces spéciales US qui ont éliminé el baghdadi avec l'appui précieux de ceux qu'ils ont trahi, les Kurdes), le régime du président syrien Bachar al Assad a saisi l’occasion pour monter vers le nord avec le soutien des forces russes, coinçant un peu plus les kurdes syriens du YPG qui ont préféré s’allier pour la circonstance avec Damas pour résister à l’OPA de M. Erdogan sur cette zone d’environ 40 km sur 400. Les autres forces régionales : l’Iran au premier plan, les pays du Golfe, Israël et dans une moindre mesure  l’Egypte suivent attentivement les déroulements de la situation en espérant que celui qui (Erdogan) va devenir le "Sultan des temps modernes" des musulmans Sunnites (les Sunnites représentent entre 85 et 90 % des musulmans dans le monde, les Chiites environ 10 % et les Kharidjites moins de 5 %). Les ex-puissances coloniales, la France et Grande Bretagne sont présentes sur le terrain pour combattre l’Etat islamique mais sans la capacité de s’opposer réellement à l’aventure turque en terre syrienne et l’Union Européenne reste désespérément impotente. Quels sont les acteurs qui comptent aujourd’hui ? Quelles conséquences pour l’Europe, quelle est la position de la France et n’est-il pas venu le temps d’agir en changeant de méthode, d’alliances au coup par coup.
 
Un bref rappel de la Syrie contemporaine
Depuis l’Antiquité, la Syrie a pesé sur le cours de l'histoire quelle que soit la période, grecque, romaine ou islamique avec les Omeyyades. Certes, la Syrie n'a a pas toujours défendu avec succès son territoire comme l'ont fait les perses. La Syrie subira par exemple la domination ottomane pendant de longues décennie, domination à laquelle succédera le mandat français (1920-1946). La France effectuera quelques ajustements de territoire et de populations (en 1939 la ville d’Alexandrette est laissée aux turcs). Lors du "dépeçage" de l'Empire ottoman, la France avait en effet privilégié, dans ses négociations, le "Croissant fertile", le Liban, la Palestine et la Syrie tandis que les britanniques avaient jeté leur dévolu sur les pays du Golfe, prometteurs en ressources pétrolières et moins difficiles à administrer, tout en essayant de grappiller des territoires  et installer le pays crée de toutes pièces en 1920, la Jordanie pour y accommoder la dynastie Hachémite (anciens shérifs de la Mecque et délogée par les Wahabites) ce qui contraignit la France à céder non seulement la Palestine aux anglais mais aussi la ville de Mossoul en pays Kurde pour agrandir le royaume d'Irak. Dans cette Syrie sous mandat français les quatre minis Etats distincts, l'un à Damas, un autre à Alep, un autre à Lattaquié en zone Alaouite et le dernier en zone Druze furent unifiés en un seul Etat en 1930 dans cet "Orient compliqué" et où prédomine "une majorité de minorités".
C’est d'ailleurs sur la minorité Alaouite (10 % environ de la population) que la France cherchera à s’appuyer pour diriger le pays, une minorité qui est toujours au pouvoir aujourd’hui et dont la main mise sur le pays a été en partie des émeutes commencées il y a 7 ans et qui ont débouché sur la sanglante guerre civile qui s’en est suivi. Avec le temps le régime de Damas s’est trouvé renforcé et soutenu par l'Iran (pays à très forte majorité Chiite) et a essayé d’étendre son influence au Liban, caressant le rêve d’une "grande Syrie", un rêve longtemps contrarié par la France, défendant les Chrétiens au pays du Cèdre. Cependant, les jeux d'alliance traditionnels ont changé depuis que le ministre de la Défense américain de la défense, Donald Rumsfeld avait annoncé en décembre 2001 (interview chez Larry King) : "il n’y a pas une coalition, il y a différentes coalitions ... c’est la Mission qui doit déterminer la coalition". C’est ce quoi on assiste depuis quelque temps.
 
Les nouvelles alliances variables en fonction de la Mission
Si l'administration de Donald Trump a mis en pratique, à sa façon (qui n’est pas la meilleure, loin de là mais qui correspond au souhait de Donald Trump de sortir des guerres inutiles) la nouvelle approche des relations internationales de Donald Rumsfeld c'est surtout la Russie , l'Iran et la Turquie qui par le processus dit d'Astana, concurrence celui de Genève ; malgré le manque de sympathie évident existant entre les trois protagonistes principaux, ces derniers ont réussi à travers plusieurs rencontres multilatérales ou bilatérales à encadrer à leur manière le conflit syrien. La rencontre récente à Sochi entre Vladimir Poutine et T. Erdogan en est l'illustration : en effet cet accord a permis de concilier deux approches a priori peu compatibles : les turcs souhaitent s'implanter d'une façon ou d'une autre dans le nord de la Syrie en mettant dans le même panier "terroriste", le PKK des kurdes de Turquie et ceux du YPG de Syrie tandis que la Russie a non seulement accepté une représentation du YPG (via sa filiale du parti de l'Union Démocratique) mais a pour objectif d'aider le régime de Damas à reconquérir l'ensemble de son territoire y compris la zone à majorité Kurde. A l’opposé, l'OTAN et l'UE sont quasi inexistants dans les recompositions et repositionnements en cours. La Turquie, pourtant membre de l'OTAN, agit comme si, de facto, ce pays ne faisait plus partie du traité de l'Atlantique Nord, une Organisation dans laquelle la force d’entraînement des Etats-Unis semble émoussée tandis que l’UE reste focalisée sur la gestion des flux migratoires et dans la crainte que la Turquie ouvre ses vannes aux 3.5 millions de réfugiés vivant sur son sol malgré les 3 milliards d'euros consentis initialement à la Turquie afin que cette dernière contienne ces réfugiés. L'UE en particulier est restée appuyée d'un coté sur le concept du multilatéralisme tandis que plusieurs grands pays, (Etats-Unis, Russie, Turquie) délaissaient celui d'Astana et ont pris le relais. Et c’est parmi les pays qui ont choisi cette dernière option que l'on trouve ceux qui sont le plus "offensifs" dans le conflit syrien et son règlement au détriment de groupes ou de communautés dont l'engagement a été précieux à l'Occident, à l'UE et à la France pour combattre l'Etat Islamique.
 
Les pays actifs dans le conflit syrien
Si l’Iran reste incontestablement un acteur incontournable de par son influence dans la région grâce en partie à l'axe religieux (en dehors de la minorité Alaouite au pouvoir en Syrie) il y a l'Irak à majorité Chiite ainsi que l'île de Bahrein aussi à forte majorité Chiite mais gouvernée par des Sunnites et puis évidement, le puissant Hezbollah au Liban, sorte de gouvernement parallèle et aiguillon que l'Iran peut utiliser à tout moment pour des actions en Israël, sans compter la minorité Chiite installée dans l'est du Royaume saoudien ou encore la tragique situation Yéménite, le Yémen un pays de confrontation entre l'Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe en particulier et l'Iran qui utilise les rebelles Houti, des Chiites Zaydites, ce pays est malgré tout obligé d'observer une certaine retenue tant il est observé, scruté par les américains et les israéliens, ces derniers n'attendant qu'un prétexte pour fondre sur ce pays avec des alliés de circonstance comme l'Arabie Saoudite ! Par contre la Russie et la Turquie se sont "affirmées" de plus en plus dans la région mettant à profit le retrait américain.

La Russie cherche depuis quelque temps déjà à ne pas perdre sa présence en Méditerranée, au contraire, comptant une présence navale établie depuis assez longtemps à Lattaquié. Vladimir Poutine a essayé, avec des succès partiels, de saisir l'occasion des crises financières de Chypre (et de ses ressources pétrolières et gazières importantes "offshore") et ensuite de la Grèce pour replacer la Russie comme partenaire clé dans cette région compliquée. A partir de la Syrie et du soutien sans faille qu'il a apporté au régime de Damas, il a permis à ce dernier de résister et d'éviter que la majorité Sunnite n’y prenne le pouvoir, voire les Islamistes. A présent, forts du retrait américain, les russes peuvent envisager de se redéployer progressivement dans toute la Syrie y compris dans la zone nord, riche en pétrole et ainsi soutenir un "arc Chiite" comprenant l'Iran, la Syrie, l'Irak, une partie du Liban jusqu'en Azerbaïdjan pays d’obédience Chiite et riche également en pétrole.

En ce qui concerne la Turquie, les gains à court terme semblent plus notoires mais ils restent fragiles d'autant plus que le président Erdogan semble ne pas être bien sûr de la marche qu’il veut suivre : détruire les YPG kurdes ? établir sous contrôle turc, une zone tampon en Syrie (les Forces démocratiques syriennes, les FDS soutenues par Ankara occupent une partie du nord de la Syrie depuis 2017) ? installer les 3,5 millions de réfugiés actuellement en Turquie ou simplement renforcer sa popularité dans son pays. Si le dernier objectif est atteint pour le moment, les autres sont loin de l'être et il est probable que si d'aventure les forces turques venaient à s'installer dans le nord de la Syrie ce ne serait sûrement pas acceptable par Damas et son allié russe sans compter le risque d'enlisement des forces turques d'un côté et une augmentation d'actions terroristes qui seraient menées par le YPG ou le PKK, y compris sur le sol turc. De surcroît, cet enlisement éventuel ne serait pas pour déplaire aux voisins du pays de la "grande porte ".
 
Pays voisins attentifs et l’UE absente
Les pays voisins guettent un faux pas de la Turquie pour des raisons qui leur sont propres : Israël parce que la Turquie aide, y compris financièrement le Hamas dans la bande de Gaza, l'Egypte parce que Ankara n'a cessé d'essayer de déstabiliser le régime en place ; avec l' Arabie Saoudite les relations ne sont pas au beau fixe (affaire de l'assassinat en Turquie du journaliste saoudien Kashogi et tentative qui s'en suivit de détruire la légitimité du prince héritier Ben Salman ; alliance avec l'Emirat du Qatar "ennemi, concurrent de l’Arabie Saoudite etc…) et évidemment conflit presqu'ouvert avec la Syrie de Bachar al Assad, une Syrie qui pourrait face à un corridor que l'Iran cherche à établir pourrait se trouver encore plus affaiblie face à la trop ambitieuse mais aussi fragile, Turquie. Il est certain que si la Turquie devait se trouver enlisée dans le nord de la Syrie, les pays de la région n'y verraient rien à dire au contraire. Certes, la Turquie peut se prévaloir du retrait militaire américain de la zone, de la coupable indifférence de l'administration Trump, du silence des Nations Unies, de l'OTAN (à laquelle la Turquie appartient sans en respecter les règles, ou bien un minimum de retenue : achat de missiles russes) ou de l'UE (à laquelle elle n'a plus ou presque, de chance d'appartenir un jour sauf à revoir la structure de l'UE et qu'elle ne cherche d'ailleurs pas, tout en opérant un chantage à la vague migratoire ou utilisant des propos discourtois à l'égard de plusieurs dirigeants européens. L'Europe continue à appeler à la retenue, suspend ses livraisons d'armes etc … mais "cela fait rire le crocodile", expression africaine, car les dirigeants turcs peuvent se procurer des armes en Russie ou en Chine, ils utilisent et utiliseront les réfugies sur leur sol comme moyen de chantage, sans parler des militants de l'Etat Islamique que la Turquie n'a jamais vraiment combattu, au contraire et de ceux qui libérés des prisons kurdes suite à l'intervention turque en Syrie constitueront autant de menaces potentielles pour les pays occidentaux.
 
Dommages collatéraux ; la France a-t-elle ou peut- elle jouer un rôle dans le conflit en cours et dans son dénouement éventuel ?
Les Kurdes semblent voués encore une fois à faire les frais des arrangements en cours : après un Etat qui leur fut promis en 1920 (traité de Sèvres) un espoir annihilé en 1923 (traité de Lausanne) sous la pression des turcs, souvent en rébellion active ou pas contre leur pays de tutelle (Iran, Irak, Syrie et surtout en Turquie) leurs milices ont été d'un soutien fort apprécié pour réduire et neutraliser les combattants de l'Etat Islamique, or, la combinaison du retrait américain, de la percée turque dans le nord de la Syrie et de la montée des troupes de Bachar al Assad soutenues par les russes va réduire le rêve d’autonomie des kurdes de Syrie.
La France peut- elle faire quelque chose dans ce contexte ? On rappellera ici que depuis 1974, la France a privilégié les rapports bilatéraux à l'approche globale qu'elle avait adoptée avec le monde arabe jusque-là. Elle s’est coupée du monde Chiite après la révolution islamique de 1979 en Iran et s'est engagée dans une coopération très forte avec l'Irak de Saddam Hussein (à l'époque la minorité Sunnite était au pouvoir) et avec les pays du Golfe (Sunnites) et ennemis de l'Iran. Les dirigeants français, ministres des Affaires Etrangères en tête (Laurent Fabius) n'ont eu de cesse de façon peu diplomatique d'exprimer publiquement que le Président Assad devait être chassé du pouvoir. Cette prise de position n'a pu qu'augmenter le capital de défiance de Damas vis à vis de Paris ; déjà au cours du mandat français, la ville d’Alexandrette, cédée en son temps aux turcs puis les plans contrariés de grande Syrie incluant le Liban, le soutien de la France à l'Irak, les mesures de rétorsion de la Syrie qui font sauter, avec l'accord de Téhéran, l'oléoduc irakien passant sur son territoire et ce faisant, privant l'Irak de ressources financières nécessaires pour rembourser sa dette envers la France, les attentats contre les forces françaises au Liban en 1983 etc … tout cela a constitué et constitue un lourd contentieux ! Dans ces conditions, une participation constructive de la France au dénouement de la crise, du drame syrien ne pourrait se concevoir qu’en appliquant la théorie de Donald Rumsfeld et comme l'écrit Fidor Loukianov "la Russie est mieux préparée que les puissances occidentales à évoluer dans un monde où la notion d'allié est devenue toute relative" dans Le Courrier International 8 au 14 novembre 2018. Forte de cette remarque, l'idéal serait que l'UE opère ce type d'aggiornamento dans sa politique extérieure ; à défaut serait-il envisageable que la France le fasse seule (à l’instar de ce que fait la Turquie au sein de l’OTAN) ? Sachant que les menaces, liées au non-contrôle de ce qui se passe au moyen Orient aura tôt ou tard, peu ou prou, un impact sur notre société. C’est ce que l'on est en droit d’attendre des politiques, puisque gouverner c'est prévoir.

Envoyé par l'auteur, 28 octobre 2019
Publié dans De par le monde
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