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"L'illégitime violence de l'extrême gauche"
 
Les exactions de l'extrême gauche trouvent leur origine dans notre passé. Pourtant, l'Histoire montre que ces saccages finissent toujours par profiter au pouvoir en place.
 
Il y a eu les zadistes. Puis les étudiants de Tolbiac et du Mirail. Enfin les black blocs. À chaque fois, les heurts avec la police sont d'une violence extrême. Violence délibérée, violence recherchée, violence revendiquée. On casse, on brûle, on saccage. Si on pouvait, on tuerait. En face, la réserve des policiers est exemplaire. Les instructions sont formelles. Les pouvoirs publics préfèrent laisser casser plutôt que de risquer de tuer un émeutier. Le temps des "violences policières" est loin. On peut d'ailleurs se demander si cette passivité policière - disons le mot : cette faiblesse complaisante - n'alimente pas la violence émeutière.
La violence politique est une tradition séculaire en France. Sans remonter aux "émotions" de l'Ancien Régime, elle fait partie de la liturgie révolutionnaire depuis la prise de la Bastille en 1789. La littérature a exalté les Gavroches et la gauche a longtemps célébré les communards au mur des Fédérés. En France, une authentique révolte sociale est violente ou n'est pas. Les ouvriers occupent les usines, prennent en otage les patrons, et les paysans détruisent les préfectures. La gauche et surtout l'extrême gauche ont fait de la violence le mètre étalon d'une révolution digne de ce nom. Lors des émeutes de banlieue en 2005, une armada de sociologues et de commentateurs expliquait que cette révolte ne pouvait être que sociale, forcément sociale, puisque tout était saccagé et brûlé…
Le discours politique est adapté à cette tradition nationale. On insulte, on menace, on vocifère. On se plaint aujourd'hui de la dureté des propos de Mélenchon, ou naguère de Jean-Marie Le Pen, mais ce n'est rien à côté des querelles qui agitaient dans les années 1950 les communistes et leurs ennemis, ou dans les années 1930 les républicains et les contempteurs de la "Gueuse". La télévision a plutôt apaisé qu'exacerbé les débats. On ne veut plus passer pour un excité en gros plan.
On ne sait si on doit s'en féliciter. La politique a toujours été un exutoire et fait fonction de catharsis. On s'étripe verbalement pour éviter de s'affronter physiquement. On tue par les mots plutôt que par l'épée. L'ennui, avec l'extrême gauche, c'est qu'on a le verbe et la violence ; non pas le verbe pour précéder et remplacer la violence, mais le verbe pour bénir la violence a posteriori. La violence des mots de Poutou pour encourager celle des blacks blocs et des étudiants
C'est pourquoi, dans l'histoire de France, cette violence révolutionnaire finit toujours par un appel à l'ordre. Ce sont les deux Bonaparte qui concluent les épisodes révolutionnaires de 1789 et 1848 ; c'est la République de Thiers qui s'impose parce qu'elle a osé massacrer les communards. C'est "l'Assemblée introuvable" de juin 1968. Toutes ces violences profitent toujours in fine au pouvoir. La question n'est pas de savoir si elles profiteront à Macron, mais s'il sera assez ferme pour en profiter.

Paru dans Le Figaro Magazine, 11 mai 2018
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France du oui, France du non
 
Maxime Tandonnet observe que le clivage entre les partisans d'Emmanuel Macron et les opposants à sa politique recoupe avec précision la rupture entre le "oui" et le "non" au référendum de 2005. Selon lui, la fracture politique et territoriale se creuse entre ces deux France.
 
La France "d’en haut", la France médiatique, célèbre en ce moment le premier anniversaire de l’élection du plus jeune président de l’histoire, à moins de 40 ans. Il est une autre commémoration, désormais enfouie dans l’oubli de cette même France d’en haut, sa plus grande défaite de l’histoire contemporaine, l’échec du référendum sur la Constitution européenne, le 29 mai 2005. Treize ans déjà, et le séisme de la défaite du oui ou de la victoire du non, paraît totalement oublié, refoulé dans les couches profondes de l’inconscient collectif.
 
Et pourtant… L’anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron a donné lieu à une avalanche de sondages d’opinion. Par le plus étrange des paradoxes, les résultats relatifs à sa cote de confiance coïncident précisément avec ceux du référendum de 2005. Le non l’avait emporté avec 55 % des suffrages. Le dernier sondage IPSOS donne 55 % de mécontents de l’actuel chef de l’Etat. Dans le détail, le niveau de satisfaction, par préférence partisane, correspond à peu près exactement aux résultats du 29 mai 2005. Les centristes, donc LREM, sont contents du bilan d’un an de présidence à 93 %. Les Républicains sont déchirés, comme lors du référendum : 51 % de favorables, 49 % mécontents. Les socialistes sont dans une situation identique à celle de 29 mai 2005 : 41 % de favorables, contre 59 %. Mais surtout, les grands bataillons des anti-Macron se retrouvent dans les secteurs de l’opinion qui votèrent massivement contre la Constitution européenne, pour des raisons différentes : seuls 22 % des électeurs du FN sont satisfaits de bilan de Macron, et 15 % des sympathisants de la France insoumise.
Tout se passe comme si, malgré le déni absolu d’un événement dont plus personne ne parle, la victoire du non au référendum de 2005, celui-ci continuait à définir les lignes de partage de la politique française et à déchirer le pays. Le président Macron est de tous les présidents français, le plus enclin à revendiquer son engagement en faveur du renforcement de l’Union européenne. Il a ainsi plaidé en faveur d’une "souveraineté européenne", synonyme de fédéralisme, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait fait. Les réformes (même d’ambition modeste) qui ont été engagées depuis un an sont clairement présentées comme la conséquence de l’application du droit européen, notamment les évolutions du code du travail et la modification du statut de la SNCF.
 
L’actuel président, à la différence de ses deux prédécesseurs, a choisi d’incarner le oui, ce oui battu en 2005, qui à travers lui, prend aujourd’hui sa revanche. L’histoire semble bégayer : le référendum de 2005 avait donné à lieu à une formidable mobilisation des médias et de la presse libérale en faveur du oui. Le même engouement, enthousiasme et unanimisme des éditorialistes et commentateurs agit, treize ans plus tard, en faveur de l’actuel président.
Nous assistons dès lors, aujourd’hui, à un raidissement du clivage entre la France du oui et la France du non. La première est plutôt urbaine, vivant dans les bons quartiers, formée dans les grandes écoles et les meilleures universités, privilégiée sur le plan économique et social ; la seconde se définit plutôt comme populaire, provinciale ou rurale, banlieusarde, moins ouverte sur l’Europe et sur le monde, connaissant des difficultés pour boucler les fins de mois, confrontée au chômage et parfois à la violence quotidienne. A cet égard, le "nouveau monde", supposé être issu de la victoire de M. Macron en 2017, est strictement identique à "l’ancien monde". Pis : il attise les déchirures du passé.
Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne de 2007, voulait "réconcilier la France du oui et la France du non". Depuis 2005, la classe politique française a largement échoué à réaliser cette réconciliation. Jamais la France du oui et la France du non ne se sont autant opposées qu’aujourd’hui. Le pouvoir actuel donne le sentiment d’avoir pris acte cet échec, et plutôt que de chercher à surmonter le clivage, de jouer sur la victoire du camp du "oui", considéré comme celui du bien, par l’humiliation du "non".
 
Cette stratégie est-elle viable ? De fait, le non est toujours fortement majoritaire dans le pays, mais il est traversé de fractures irréductibles qui rendent impossible toute perspective de sa victoire électorale. C’est d’ailleurs à cela que servent les partis extrémistes, constamment mis en valeur par les médias : diviser pour mieux régner. Dès lors, il faut sans doute se résoudre, pour les années, les décennies à venir, à la domination politique de la France du oui, même ultra-minoritaire. Cette politique de gouvernement minoritaire, sur le long terme, est dramatique car elle sape les fondements de la confiance en la démocratie, aggrave l’abîme entre les élites et le peuple, et ne cesse de déchirer la France, préparant les fractures à venir. La sublimation de l’image présidentielle correspond à un écran de fumée destiné à couvrir cette faille profonde qui déchire la société française.
La seule issue possible serait l’émergence d’une nouvelle équipe politique, déterminée à transcender la déchirure entre la France du oui et la France du non, en réunissant une vaste majorité de Français autour d’un ambitieux projet fondé sur le renouveau de l’école, la lutte contre la violence, la pauvreté et la fragmentation du pays, la réduction des impôts et de la dette publique, le renforcement de l’autorité de l’Etat pour protéger les libertés, la maîtrise de l’immigration, l’aide au développement… Mais nous n’en sommes pas là.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com pour Figarovox, 10 mai 2018
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Affaire Bolloré :  à qui profitent les initiatives du parquet financier ?
 
La convocation, le placement en garde à vue et la mise en examen le 25 avril dernier de Vincent Bolloré pour des affaires qui se sont passées sur le continent africain montrent comment, hélas, la France, par le moyen de sa justice ou par d’autres, se tire des balles dans les pieds sur ce continent.
Notons d’abord qu’un juge d’instruction ne peut engager ce genre de procédure sans l’accord du procureur et donc sans que la hiérarchie judiciaire jusqu’au plus haut sommet de l’Etat en soit avisée. Hasard ? Les deux juges d’instruction désignés avaient déjà sévi dans l’affaire Fillon, dont personne n’entend plus parler après qu’elle ait permis au président actuel de se faire élire. Ces juges ont-ils au moins quelque connaissance de l’Afrique ? 
L’industriel est soupçonné d’avoir obtenu la concession des ports de Lomé (Togo) et de Conakry (Guinée), il y a déjà huit ans, de présidents qu’il aurait aidé par ailleurs à se faire élire, notamment par des rabais sur les conseils en communication. Les chefs d’inculpation sont
la "corruption d’agents étrangers dépositaires de l’autorité publique", l’ "abus de biens sociaux" et même le "faux et usage de faux".
 
Corruption ? Il s’agirait là d’une affaire bien mineure dans l’océan des turpitudes qui caractérisent depuis longtemps les relations des pays industriels avec beaucoup de pays du tiers monde. Jusqu’où faudrait-il remonter pour investiguer sur les relations des grandes sociétés pétrolières avec les gouvernements des pays producteurs, pas seulement en Afrique ? Le pacte du Quincy passé en 1945 entre le président Roosevelt et le roi d’Arabie, récemment reconduit, ne prévoyait-il pas l’attribution du monopole de l’extraction aux sociétés américaines en échange d’une protection politique ?
Au moins la gestion d’un port sert-elle l’intérêt d’un pays. Il n’en est pas forcément de même des juteux marchés d’armement qui permettent à certains gouvernements "amis" d’approvisionner en armes les djihadistes de Syrie, les mêmes qui commanditent des attentats dans nos villes – ou en tous les cas s’en réjouissent impudemment - ou encore de massacrer les populations civiles au Yémen. Beaucoup de chiffres circulent sur ces marchés et ceux qui, chez nous, en profitent. Loin qu’ils soient le prolongement de la politique de la France au Proche-Orient, il semble que ce soit au contraire cette politique qui est le prolongement de ces marchés.   
Nous encouragerions, dit-on, des chefs d’état corrompus ou non démocratiques. Au moins n’y a-t-il pas mort d’homme. Que dire de tel autre chef d’Etat, en Afrique de l’Est, auquel des rapports officiels du Haut-Commissariat aux réfugiés font porter la responsabilité du massacre de millions de personnes et qui est pourtant tenu à Bruxelles ou à Washington pour un "référent" régional ?  
Trop peu de Français osent encore s’engager sur le continent africain, au moment précis où il semble décoller et où il y a des places à prendre. Bolloré ou un autre : faut-il que notre justice les décourage ?  Une chose est certaine, les concurrents chinois de M. Bolloré, ne risquent pas de rencontrer des problèmes de ce genre.  
Faut-il aussi que ces procédures nous aliènent nos amis africains ? Des questions vitales comme l’immigration ne pourront être maitrisées sans leur collaboration.
 
Aujourd’hui tout le monde se mêle de tout. C’est en 2000 que, à la demande de l’OCDE, a été introduit l’article 435-3 du Code pénal qui permet de poursuivre des faits de corruption commis sur un territoire étranger. Les Etats-Unis ont vite appris à s’en servir, non contre leurs propres ressortissants mais contre des concurrents étrangers qu’ils veulent absorber ou éliminer : voir l’affaire Alstom. Nous nous en servons, nous, pour affaiblir nos positions.
Un autre genre d’action très déplorable, que la justice française ne fait rien pour décourager, est la procédure contre d’autres chefs d’Etat pour "biens mal acquis." En d’autres termes, la France s’arroge le droit de juger des responsables politiques africains pour les gains illégaux qu’ils auraient tirés de l’exercice de leur pouvoir sans que cela concerne d’aucune manière la France. Inutile de dire qu’aucune action de ce genre ne risque d’être engagée contre l’émir du Qatar ! Notre République française, qui se fait inquisitoriale pour les républiques africaines, est pleine de déférence pour les monarchies absolues du Golfe. 
 
Comme par hasard, on trouve dans ce genre d’action les mêmes avocats qui ont porté les plaintes contre Bolloré - et qui par ailleurs défendent les intérêts de Kagame. Rien de ce qui peut nuire à la France ne leur est étranger.
Il serait temps que nos magistrats – ou nos gouvernants, cessent de se considérer comme les juges de la terre entière ou, s’ils veulent le faire, qu’il n’y ait pas deux poids et deux mesures – ou alors qu’ils poussent, comme les Américains, l’hypocrisie jusqu’au bout en ne visant dans ces procédures que l’intérêt national !

Envoyé par l'auteur, paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 9 mai 2018
Publié dans En France
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Iran : les mollahs ne sont pas défendables
 
Toujours se méfier de l’unanimisme médiatique : ses tambours et grosses-caisses empêchent d’entendre d’autres partitions. Contre Donald Trump, qui a confirmé mardi soir sa décision de rompre l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, l’affaire est entendue : voilà le président des Etats-Unis intronisé, ce mercredi, "déstabilisateur de la planète". Sa décision est "un coup grave porté à la sécurité internationale, et même gravissime", a expliqué Laurent Fabius, ce matin sur RTL. C’est lui qui, ministre des Affaires étrangères, avait cosigné le document porté par Barack Obama. Dès la ratification du texte, j’en avais dénoncé les "failles", tandis que la majorité de commentateurs n’y trouvait rien à redire. Aujourd’hui, ceux-là admettent des "lacunes" dans ce traité : de fait, il a permis à l’Iran des mollahs de multiplier les essais balistiques et de déstabiliser encore davantage le Yemen, la Syrie, le Liban. Il est donc loisible de constater, à ce premier stade, la légitimité des mises en garde de ceux qui s’inquiétaient de l’angélisme d’Obama et de la duplicité d’une dictature islamiste revendiquant vouloir la mort des Etats-Unis et d’Israël. Au risque d’aggraver mon cas, je trouve ces jours-ci comme un air de famille entre les munichois des années 30 et ceux qui viennent au secours de cette théocratie totalitaire, corrompue, oppressante. Ces beaux esprits se rassurent en se persuadant de la sottise de Trump. Ils devraient plutôt s’interroger, par exemple, sur l’idéal de liberté qui motive ces admirables iraniennes qui provoquent le pouvoir en ôtant publiquement leur voile. Le peuple vaut bien mieux que ses geôliers.
Il est de bon ton, dans les médias, de persifler sur les forfanteries de Trump, en réduisant son intérêt aux accusations portées par une actrice porno ou aux soupçons d’influences russes sur son élection. Pour ma part, c’est chez Emmanuel Macron que j’observe avec le plus d’évidence les symptômes d’une surpuissance immature et irréfléchie. C’est bien le président français qui, en effet, s’était initialement présenté aux yeux du monde comme celui qui, seul, pourrait influer sur les décisions du président américain, tant à propos de l’accord de Paris sur le climat que sur l’accord avec l’Iran. En réalité, sur ces deux dossiers, l’échec diplomatique de la France est patent. Ceux qui répètent paresseusement que Trump est imprévisible et influençable ne semblent pas vouloir remarquer qu’il tient ses engagements et suit une doctrine construite sur le rapport de force. Cette stratégie lui a réussi avec l’Arabie saoudite, qui l’appuie dans son offensive contre Téhéran. Elle pourrait également porter ses fruits prochainement avec la Corée du Nord, qui s’est ouverte à la négociation sur sa dénucléarisation. Son bras de fer avec l’Iran n’est évidemment pas sans risque. Mais ce régime, régulièrement contesté par la population, reste une construction fragilisée. Quand Trump s’adresse aux Iraniens en leur disant, mardi soir : "Le peuple américain se tient à vos côtés", il sait que le peuple iranien, dans sa majorité, aspire à la liberté et au mode de vie occidental. Trump est sans doute mieux entendu de lui que ceux qui se lamentent de ses mauvaises manières faites aux barbus au pouvoir.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 9 mai 2018
Publié dans De par le monde
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En France, l’État déclare ce qui est de l’art ou ne l’est pas
 
Le peintre Rémy Aron démissionne de la présidence de la Maison des Artistes, pour dénoncer la bureaucratie étatique de l’art en France.
 
La démission du peintre Rémy Aron de la Présidence de la Maison des Artistes (1) est l’occasion d’évoquer une réalité dont le grand public n’a pas toujours conscience : dans le domaine de la création artistique la France est un pays dirigiste.
Une diversité des courants artistiques ignorée par la doxa artistique de l’État
C’est le motif de cette démission : Rémy Aron a tenté de faire reconnaître par l’État la diversité de la création en France, sans succès. Depuis les années 1980, le ministère de la Culture ne tient compte que du seul courant conceptuel – seul "contemporain" à ses yeux. La bureaucratie culturelle a alors rompu avec ce qui a été le fondement de l’identité artistique parisienne : la présence simultanée de tous les courants artistiques d’Europe et du monde (2), de l’académisme aux avant-gardes les plus diverses, de toutes les singularités. C’est ce qui a attiré à Paris artistes et amateurs du monde entier pendant plus d’un siècle. C’est encore ce qui est attendu de Paris, non pas par New York certes, mais par le reste du monde.
 
En France, l’État déclare ce qui est de l’art ou ne l’est pas
Cette rupture est devenue radicale à partir de 1981. Jack Lang, pourvu d’un important budget, a créé en quelques mois toutes les institutions nécessaires pour encadrer la création : FRAC, DRAC, CNAC, etc., etc., ainsi que les "inspecteurs de la création", corps de fonctionnaires spécialisé pour les diriger. En 1983, en une après-midi, ont été créés 23 FRAC, nommés 23 directeurs, un par Région, disposant des fonds régionaux pour la formation de leurs collections. Ils seront complétés par la création de "Centres d’art contemporain", confiés à des associations subventionnées, aujourd’hui une cinquantaine.
 
Ces initiatives correspondent à une politique dite de "décentralisation" géographique des infrastructures de l’art en France. La stratégie étant d’augmenter le budget affecté au soutien de la création, en impliquant les finances régionales. Tout projet implique la conjugaison financière "État-Région-Département-Municipalité". Cependant, la centralisation extrême demeure puisque la conception revient à l’expertise des inspecteurs et conseillers de la création du ministère, estimés seuls compétents et légitimes. Depuis 1981, les mêmes fonctionnaires décident pendant les quarante ans que dure leur carrière… difficile d’imaginer un système plus conservateur ! Ainsi, militants de l’avant-gardisme conceptuel théorique et pérenne, ils ignorent superbement tout ce qui échappe au dogme. Leur systématisme a été mortifère en provoquant une concurrence déloyale, en rendant peu viable toute initiative non labellisée par l’État. Ainsi, en peu de temps, la diversité de la création a disparu de la visibilité.
 
Le phénomène n’a pas manqué d’être constaté, analysé et dénoncé. Articles et livres ont même parfois réussi à ébranler le mur du silence médiatique. Ainsi ceux de
Marc Fumaroli, Jean Clair, Jean-Philippe Domecq, Marie Sallantin, Christine Sourgins, Nicole Esterolle, Rémy Aron etc. Laurent Danchin a fait une bibliographie impressionnante de la critique cultivée, de la pensée sur la crise de l’art. Si elle fait référence à l’étranger, en France, le débat sur l’Art est exclu des médias et de l’Université, seule "l’autocritique" y est admise. Aucun argument n’est produit contre les critiques argumentées ne venant pas du  système, si non insultes et diabolisations.
 
L’indolore et invisible boucle d’asservissement de l’art à l’État
La secte conceptuelle à la tête des institutions administratives, à la merci d’un changement politique, a perçu sa fragilité et rapidement organisé sa défense en soudant le milieu artistique des subventionnés. En 1992, les directeurs des 23 FRACS, étroitement liés dans l’action grâce à leur association ANDEF, créent l’association D.C.A destinée à coordonner et développer les lieux d’exposition et d’expérimentation, subventionnés, dits "Centres d’Art contemporain". Le but de l’opération est de leur attribuer un statut "professionnel", dénié de ce fait à tous les non-subventionnés, et d’en faire un lobby pour la défense de leurs intérêts. L’ANDEF a aussi créé le CIPAC en 1996. Afin de rassembler un milieu artistique autour du leadership du ministère (3), ce congrès annuel réunit toutes les associations subventionnées faisant la promotion de "
l’Art contemporain".
 
La même centralisation s’opère dans le domaine de l’enseignement grâce à l’association ANDEA qui réunit les directeurs de toutes les écoles d’art et design publiques sous tutelle du ministère, afin de veiller à la stricte observance d’une ligne commune, écartant les apprentissages des "métiers" pour privilégier l’initiation du concept.
L’État fait aussi la cour aux mécènes qui jusque-là agissaient individuellement et directement avec les artistes, faisant confiance à leurs propres intuitions et attirances. Pour les détourner de choix "ni pertinents, ni professionnels", le ministère s’applique à conquérir l’ADMICAL créé en 1979, mais qui deviendra progressivement le portail du mécénat en partenariat avec l’État. Les mêmes approches sont faites en direction de l’association des critiques d’Art AICA qui devient de fait l’association de critiques agrées, invités, décorés et choyés par le ministère, isolant et ostracisant les esprits plus libres.
Vingt musées spécifiquement "d’Art contemporain" sont créés en 30 ans. Par ailleurs, les conservateurs de tous les musées publics en France, sont intimés de régulièrement mêler à leurs collections des expositions d’Art contemporain proposés par les FRAC.

Le ministère donne également des subventions à des galeries de son choix afin qu’elles participent aux grandes foires internationales, à condition de valider chaque tableau choisi par le galeriste et en imposer d’autres.
 
Inspecteurs de la création ou agents du marché ?
Après l’an 2000, à mesure que
l’art contemporain se métamorphose en produit financier dont la valeur est déterminée par les très grands collectionneurs, hyper galeries et maisons de ventes internationales, les inspecteurs de la création sont devenus leurs suiveurs et fidèles serviteurs. Les faveurs que peut leur accorder le ministère sont des instruments incontournables à la fabrication des cotes en légitimant leurs produits. La valeur artistique de l’AC n’étant pas fondée sur une valeur intrinsèque, celle-ci ne peut se passer de la consécration institutionnelle et des lieux d’exposition du prestigieux patrimoine.
Le résultat de cette politique d’État est négatif. Malgré l’importance de son interventionnisme, même les artistes les plus subventionnés ne sont reconnus ni en France ni à l’étranger et ce malgré les innombrables services rendus au grand marché financier des arts.
 
C’est dans ce contexte et en apprenant l’élection de Fabrice Hyber à l’Académie des Beaux-Arts que Rémy Aron a donné sa démission. Cette institution historique, indépendante à la fois de l’argent et de l’État, gouvernée par des artistes, a choisi en l’espace d’un an trois artistes officiels et financiers, laissant présager la disparition de son exceptionnel modèle dont le but est de défendre liberté et autonomie de l’artiste.

Fabrice Hyber, hyper subventionné
, présenté au Pavillon français à la Biennale de Venise, puis financiarisé par François Pinault, est le prototype même de l’artiste d’État. Son œuvre impressionne par sa sidérante vacuité. Citons son célèbre concept de double godemiché, son savon de Marseille de 21 tonnes, etc.
La démission de Rémy Aron et ses motifs – ignorés des grands médias – sont cependant connus des artistes car ils sont aujourd’hui fortement connectés, informés et critiques. Faveurs et subventions ne concernent que peu d’entre eux et leur majorité ne considère pas comme normal qu’un État ne reconnaisse et ne consacre qu’un unique courant, fut-il "conceptuel", comme le fit Staline en 1934 en imposant le "réalisme socialiste".
 
(1) La Maison des Artistes : association de solidarité des artistes plasticiens, agréée par l’État pour gérer leur Sécurité sociale.
(2) En 1880, Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux- Arts, a déclaré que l’État se retirait de tous les jurys, laissant aux artistes la maîtrise de leur destin grâce à la constitution de Salons indépendants que l’État se fera une obligation de soutenir, accueillir dans des lieux honorifiques et honorer sans discrimination
(3) Il fut répondu à Rémy Aron, président de l’association Maison des Artistes qui se plaignait de ne pas être invité au Congrès : "Au Congrès des médecins on ne convie pas les malades".

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 8 mai 2018
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L'Islam comme idéologie - II
 
L’islam est aussi "un système juridique", écrit Rémi Brague (Sur la religion, Flammarion, p. 40), faisant ici allusion à l’importance du rôle de la loi (la charia) puisque celle-ci, sensée émaner directement d’Allah et/ou de Mahomet, englobe tous les aspects de la vie publique et privée, parfois jusque dans les moindres détails (nourriture, habillement, comportement de chacun, etc.). L’auteur rappelle d’ailleurs qu’au Moyen Age, saint Thomas d’Aquin désignait volontiers l’islam comme étant la "loi des Sarrazins".
 
Islam et politique
Contrairement à une idée répandue, selon laquelle l’islam serait indistinctement "religion et régime politique" (dîn wa-dawla), R. Brague montre que cette formule, adoptée par le mouvement islamiste des Frères musulmans, fondé en Egypte en 1928, ne se réfère qu’à une situation éphémère : les dix années (622-632) durant lesquelles une seule et même personnalité, Mahomet, a détenu à la fois les pouvoirs temporel et religieux. Autrement dit, "le principat et le pontificat", selon la formule d’Abdelwahab Meddeb (1946-2014). Même si ce précédent nourrit la nostalgie des djihadistes actuels, ceux-ci nepeuvent se référer à aucun texte sacré de l’islam (Coran, Sunna, Sîra) pour imposer une forme particulière de régime (monarchie, république, dictature, démocratie), le califat lui-même, institué par les successeurs de Mahomet, n’ayant été qu’une sorte de décalque des empires orientaux et européens.
En revanche, l’islam est une religion vouée au service d’un projet politique universel : soumettre le monde entier à Allah et à sa Loi.
- N’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur insouciant envers notre Rappel "de la vraie religion" (Coran 18, 28) ;
- L’islam domine et ne saurait être dominé (sentence de Mahomet, contenue dans la Sunna).
De là résulte la confessionnalité qui caractérise l’organisation de l’Etat, quelle qu’en soit la forme, dans tout pays où les musulmans sont majoritaires, à l’exception du Liban (sur ces sujets, cf. Annie Laurent, L’Islam, éd. Artège, 2017, p. 85-86 ; Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ?, Salvator, 2017, p. 97-110).
 
Quel messianisme ?
L’islam est un messianisme temporel et non pas spirituel. Cette conception résulte de l’absence de salut : le Coran occulte le péché originel et ses conséquences néfastes sur le dessein initial de Dieu, sur toute la création, et donc la nécessité d’une rédemption.

La victoire doit advenir dès ici-bas.
* C’est nous [les musulmans] en vérité, qui hériterons de la terre et de tous ceux qui s’y trouvent (19, 40).

Le triomphe est d’ailleurs garanti par Allah.
* C’est Lui [Allah] qui a envoyé son Prophète avec la Direction et la Religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion, en dépit des polythéistes (9, 33).

L’islam légitime tous les moyens pour atteindre ce but. Et tous ceux qui œuvrent à cette fin, notamment par le djihad, seront gagnants également dans l’Au-delà.
* Il [Allah] ne rendra pas vaines les actions de ceux qui sont tués dans le chemin d’Allah (47, 4).

Foi et liberté
Pour l’Eglise catholique, la foi est inséparable de la liberté de religion et de conscience.
"La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélée" (Dominus Iesus, 2000, n° 7).
 
Quant à l’islam, il enferme l’homme dans une prédestination.
L’islam est la religion naturelle de l’être humain. Rien ne saurait justifier un changement de religion (Déclaration des droits de l’homme dans l’islam, approuvée en 1990 par l’Organisation de la Coopération islamique, art. 10).
 
Symptomatique de cette conception, fin 2017, le Parlement égyptien a annoncé l’examen d’un projet de loi visant à criminaliser l’athéisme (La Croix, 12 janvier 2018).
En fait, la liberté du musulman dépend étroitement de son appartenance à l’Oumma, la communauté des "vrais" croyants, qui prévaut sur lui et le prend en charge (cf. A. Laurent, L’Islam, Artège, p. 97).

Dans un livre engagé, Lydia Guirous, musulmane française d’origine algérienne, proteste contre ce système :
"Je ne reconnais pas l’Oumma, je refuse son aliénation et je rejette la privation de liberté qu’elle sous-tend"
("Ça n’a rien à voir avec l’islam" ?, éd. Plon, 2017, p. 30).
 
La dimension idéologique est donc consubstantielle à l’islam. Elle est inscrite dans ses textes sacrés qui mêlent sans ordre le temporel et le spirituel. D’où les influences réciproques qu’ils peuvent exercer l’un sur l’autre et l’emprise de l’islam sur les consciences. Ce qui, paradoxalement, répond au même principe de fonctionnement que les idéologies athées qui avancent sur les consciences en se présentant comme des messianismes mondains, en une eschatologie immanente, les fameux "lendemains qui chantent". D’où aussi l’ambiguïté qui consiste à séparer islam et islamisme (cf. A. Laurent, L’Islam, op. cit., p. 53).
 
Sortir de l'idéologie
Il arrive pourtant que des intellectuels musulmans, sans renier leurs croyances religieuses et tout en attestant la réalité de ce lien, s’exercent à dégager l’islam de son emprise idéologique.
Voici quelques exemples datant du XXème siècle. Ali Abderraziq (1888-1966), universitaire égyptien, auteur de L’islam et les fondements du pouvoir (Le Caire, 1925 ; traduction française, éd. La Découverte, 1994) ;
Mahmoud Taha (1909-1985), philosophe soudanais, auteur de Le second message de l’islam, dans lequel il préconisait de ne retenir du Coran que les aspects spirituels et moraux (il a été condamné à mort et pendu à Khartoum) ; sa thèse a été reprise par Abdelmajid Charfi, universitaire tunisien, dans L’islam entre le message et l’histoire (Albin Michel, 2004) ;
Nasr Abou Zeid (1943-2010), universitaire égyptien, auteur de Critique du discours religieux (traduction française, Sindbad, 1999), qui entraîna sa condamnation pour apostasie et le contraignit à l’exil.
 
Voici aussi quelques prises de position d’auteurs musulmans contemporains.
 
Boualem Sansal, écrivain algérien.
"L’islamisme est une doctrine totalitaire, il ne vise pas que la prise de pouvoir, il entend transformer le monde et le soumettre définitivement à la charia. Il est d’autant plus dangereux qu’il puise sa raison d’être et ses arguments dans un livre, le Coran, que les musulmans, unanimement, considèrent comme étant la parole de Dieu, indiscutable et éternelle. Comment pourrions-nous donc contrer l’islamisme sans nous voir accusés de porter atteinte au Coran et indigner toute l’Oumma ? C’est en ce sens que le problème est un défi redoutable pour nous. Les islamistes le savent et en font le cœur de leur stratégie de conquête" (La Nef, n° 297, novembre 2017).
Cf. aussi de cet auteur Gouverner au nom d’Allah, Gallimard, 2013.
 
Hamed Abdel-Samad, universitaire égyptien, réfugié en Allemagne, Le fascisme islamique, Grasset, 2014.
"On ne peut pas séparer le phénomène islamiste de l’islam car le virus du djihad puise sa force explosive dans l’enseignement et l’histoire de l’islam. Ce ne sont pas les islamistes modernes qui ont inventé le concept de djihad, c’est le prophète Mahomet" (p. 127).
 
"L’islamisme demeure la proposition la plus forte de l’islam car il renferme la raison d’être de cette religion. Il renferme une promesse sacrée. […] Dès le départ, l’islam a été politique" (p. 229).
 
"Si l’on veut établir une distinction entre islam et islamisme, on doit soit condamner Mahomet, soit au moins concéder qu’un tel homme n’a pas la légitimité de servir de modèle à l’individu moderne. L’intangibilité du Coran et du Prophète constitue le fond du problème de l’islam" (p. 230).
 
"Pourquoi parler d’abus quand on trouve dans le Coran deux cent six passages faisant l’apologie de la violence et de la guerre ?" (p. 231).
 
Lydia Guirous, écrivain franco-algérienne.
"Ne nous leurrons pas, l’islamisme n’est pas une déviance sectaire. Ce n’est malheureusement rien d’autre que l’islam dans sa lecture violente et politique, un islam radicalisé qui prend sa source dans le Coran, et en est une partie intégrante. On ne peut l’isoler de la religion musulmane et faire semblant de croire qu’il concerne seulement des groupuscules fanatisés, des terroristes isolés, une secte en pleine dérive » (p. 11).
 
"La distinction entre islam et islamisme est de plus en plus ténue… et nous le savons… car les textes sacrés contiennent les germes de ce dogme mortifère" (p. 25).
 
Pour cet auteur,
"L’islamisme n’est rien d’autre qu’un projet totalitaire".
 
Elle relève des similitudes entre islamisme et nazisme : le culte de la pureté, la propagande, l’anéantissement de la culture non autorisée, les autodafés, la violence, l’embrigadement de la jeunesse, le projet génocidaire, la liquidation de l’opposition politique.
 
"L’islamisme substitue à la “pureté de la race” “la pureté de la religion”. Si sa quête n’est pas celle d’une ethnie “aryenne”, elle vise à créer et façonner un musulman fidèle à l’islam “des compagnons du Prophète”, un “musulman pur” " (p. 42-45).

Mohamed Louizi, ingénieur français. Déjà auteur de Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans (Michalon, 2016), il vient de publier Plaidoyer pour un islam apolitique (Michalon, 2017). Il y préconise "un droit d’inventaire, sans concessions" des textes sacrés dont il revisite la genèse en recourant à la critique scientifique, remettant même en cause la tradition selon laquelle Mahomet aurait été illettré, croyance destinée à prouver qu’Allah est le seul auteur du Coran.

L’islam, une idéologie religieuse ou une religion idéologique ? Quelle que soit la formule retenue, il semble évident que l’on est en présence d’un système totalisant apte à devenir totalitaire.

 
Pour conclure
 Les actes djihadistes commis au nom de l’islam sont généralement compris comme l’expression d’une radicalisation de la religion.
Patrice Guillamaud s’élève contre cette définition.
"La radicalisation n’est pas dans la violence en tant que telle mais dans la religiosité elle-même. La violence n’est ainsi rien d’autre que la forme exacerbée, hypertrophiée ou pervertie de cette radicalité essentielle ou de cette aspiration essentielle à la radicalité. Ce n’est donc nullement en condamnant la radicalité que l’on peut combattre la violence puisque la radicalité est le moteur dynamique, elle-même constitutive d’un aspect essentiel de l’humanité" (op. cit., p. 26-27).
 
Faut-il, dès lors, suivre le vœu récemment émis par la chroniqueuse Natacha Polony ?
"Il appartient aux sociétés européennes d’enfin comprendre l’enjeu et de réaffirmer leur modèle de civilisation, fait de sécularisation de la société et de valeurs d’émancipation. Mais il appartient à l’islam d’opérer une réforme de l’ampleur de celle de Vatican II, pour enfin nettoyer le Coran de tous les éléments qui peuvent permettre aux intégristes de se présenter comme les seuls véritables musulmans" (Le Figaro 24-25 mars 2018).

L’auteur de ces phrases ignore sans doute que l’islam méprise la sécularisation et l’émancipation car elles lui semblent contraires à la religion et à l’ordonnancement des rapports humains voulu par Allah. Elle ignore aussi que le concile Vatican II n’avait pas pour objectif de "nettoyer" l’Evangile et les textes du Magistère antérieur de quoi que ce soit, mais qu’il voulait actualiser la manière de vivre la foi, ce qui n’implique aucune réforme comme celle qu’elle espère des musulmans.
Envoyé par l'auteur- Paru sur Clarifier, La Petite Feuille verte, 5 mai 2018
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"Service national inutile ?"
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Il ne faut pas se leurrer : le service militaire d'autrefois ne reviendra pas. Mais faut-il s'en plaindre ? Car l'armée ne peut à elle seule corriger les renoncements de l'école.
 
Il y a vingt ans, on était content qu'il s'en aille. Aujourd'hui, on est content qu'il revienne. L
e service militaire suscite décidément des sentiments ambivalents. Lorsque Jacques Chirac le supprima, on voyait surtout ses défauts: inadapté aux nouvelles formes de guerre et d'intervention de l'armée française ; trop cher ; de plus en plus inégalitaire. Si Emmanuel Macron le rétablit, c'est qu'entre-temps on a la nostalgie de ses anciennes vertus : le rapprochement des classes sociales, quelles que soient les origines et les religions ; l'éducation civique et patriotique d'une classe d'âge ; l'apprentissage de l'obéissance, du sacrifice et de l'oubli de soi, contrepoint bienvenu à une société hédoniste qui exalte l'individualisme jusqu'au délire narcissique..
 
Mais il ne faut pas s'emballer. Le nouveau service national est le "Canada Dry" de l'ancien, un succédané factice qui en a le nom, mais pas la réalité. Et pour cause : l'armée sait bien qu'elle n'a pas besoin de cette cohorte de jeunes, inadaptés à la guerre moderne. Le service militaire était l'enfant de la "levée en masse" révolutionnaire ; il servait à rassembler sous les drapeaux toute une classe d'âge pour préparer une guerre de masses face à l'Europe en général, et l'Allemagne en particulier. Il n'est pas question, que l'on sache, de déclarer la guerre à l'Allemagne, même si Angela Merkel rejette les propositions de Macron sur la réforme de l'euro !
 
Par ailleurs, ce n'est pas le service militaire qui a réconcilié les deux France, celle de l'école privée et de l'école publique, celle du roi et celle de la République, celle qui croyait en Dieu et celle qui n'y croyait pas ; mais la guerre. Celle de 1914-1918 avant tout. L'école avait fait l'essentiel du travail, autour d'un patriotisme qui reprenait habilement, sous le pavillon de la République, les héros et les valeurs aristocratiques de l'ancienne monarchie. Lavisse était un bonapartiste rallié au nouveau régime, qui savait ce qu'il faisait…
Tout l'inverse de l'école d'aujourd'hui qui, en dépit de la volonté de Blanquer, n'est toujours pas sortie de son idéologie de la déconstruction et continue, dans les programmes hérités des prédécesseurs de notre ministre, de privilégier l'égalité sur le savoir, et la réconciliation (hypothétique) des mémoires sur l'histoire unificatrice de la patrie.
 
Il ne faut pas se leurrer :
en dépit des annonces fracassantes
, le service militaire ne reviendra pas. Les armées ont tant besoin d'argent pour renouveler armement et équipement qu'elles n'accepteront jamais de dépenser des fortunes pour former des conscrits innombrables, mais pour la plupart inutiles. L'armée ne peut à elle seule corriger les renoncements d'une école qui, elle-même, croule sous les effets d'une invasion migratoire inouïe depuis des décennies. Il n'est pas sûr d'ailleurs que le service militaire à la papa n'aurait pas, s'il avait été maintenu, révélé lui aussi crûment les fractures irrémédiables de la société française. On ne le saura jamais.
Paru dans Le Figaro Magazine, 4 mai 2018
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Vers un conflit généralisé au Moyen-Orient ?
 
Ceux d’entre vous qui lisent les éditoriaux de Paul Craig Roberts, ancien secrétaire d’Etat au Trésor de Ronald Reagan et ancien éditeur du Wall Street Journal, pensent sans doute qu’il se répète. Je le pense aussi parfois. Il faut reconnaître cependant qu’il n’a pas tort car le danger demeure. A preuve, les frappes israéliennes sur la Syrie du 30 avril.
 
Dans un récent commentaire, Paul Craig Roberts voit dans ces frappes une escalade du conflit syrien – un conflit qui semblait s’être conclue par une victoire d’Assad grâce à l’aide de ses alliés. Il n’en est rien. La guerre entre dans une nouvelle phase, plus dangereuse que la précédente. Stephen Lendman rejoint les conclusions de Paul Craig Roberts. Tous deux considèrent que la décision de Vladimir Poutine de se retirer partiellement de la Syrie en 2016, loin de mettre fin au conflit comme espéré, a permis aux Etats-Unis et à ses alliés de se ressaisir. Le Colonel Lawrence Wilkerson, ancien chef d’état-major de Colin Powell, pensent que les frappes israéliennes sont "plutôt alarmantes". En février, Newsweek annonçait déjà qu’Israël se préparait à attaquer les positions iraniennes en Syrie. Le 18 avril, le New York Times confirme cette information en évoquant la possibilité d’une guerre israélo-iranienne. Sommes-nous à l’aube d’un embrasement du conflit syrien ?
 
L’intense activité diplomatique de ces derniers jours le laisse penser. Le 23 avril, Emmanuel Macron entame sa visite d’état à Washington. Le 24, le général Joseph Votel, chef des forces américaines au Moyen Orient, est en Israël. Le 25, Avigdor Lieberman, ministre israélien de la défense, est à Washington. Le 27, Angela Merkel rend visite au président américain. Le 29, Mike Pompeo, nouveau ministre des affaires étrangères, est en Israël. Pourquoi toutes ces visites dans un laps de temps aussi court ? Sont-elles liées à la date du 12 mai – jour où Donald Trump doit faire connaître sa décision concernant l’accord nucléaire iranien ?
 
Le 30 avril, Benjamin Netanyahu annonçait qu’il est en possession de documents secrets démontrant que les Iraniens construisent une force de frappe nucléaire. S’il n’a pas impressionné la communauté internationale, il a convaincu Donald Trump qui a exprimé à plusieurs reprises son intention de se retirer de l’accord nucléaire iranien de 2015. Le même jour, le Knesset accordait à Benjamin Netanyahu le droit de déclarer la guerre dans des "situations extrêmes" à la seule condition d’avoir l’accord du ministre de la défense. Cette loi s’apparente au projet de loi Corker-Kaine aux Etats-Unis qui, sous prétexte de limiter le pouvoir du président, lui accorde en fait le droit de déclarer la guerre dans le secret le plus absolu. Deux instances démocratiques, le Knesset et le Congrès, renoncent à leur droit le plus sacré : celui de déclarer la guerre. La démocratie mourra-t-elle sous les bombes, comme l’avait pressenti James Madison ? 
 
Les frappes des 13 et 30 avril sont-elles l’annonce d’un conflit généralisé au Moyen-Orient – conflit qui porte en germe un autre conflit beaucoup plus grave, celui des deux premières puissances nucléaires. Le proverbial grain de sable arrêtera-t-il cet enchaînement ? Sauvera-t-il les hommes de leur folie ?

Envoyé par l'auteur, 4 mai 2018
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Tout s’inverse
 
C’est très naturellement le 1er mai, fête du travail, seule fête dont on exclut curieusement celui que l’on fête, que nous sommes portés à réfléchir au pourquoi tout s’inverse depuis un demi-siècle. Deux chocs apparemment distincts, quasi simultanés et malheureusement complémentaires, tous deux conséquences lentement mûries du conflit mondial, font vaciller notre civilisation : le choc sociétal de mai 1968, héritier du chewing-gum, du jazz et de la Libération, et le choc économique d’août 1971 décidé par Nixon devant le fiasco des accords de Bretton Woods de 1944.
Dans son livre The case against education (Procès de l’éducation) l’économiste américain Bryan Caplan, professeur à la GMU, l’université de Virginie "où l’innovation est une tradition", souligne que la réussite, tant scolaire qu’universitaire et professionnelle, ne dépend que du cumul de trois qualités : être intelligent, consciencieux et conformiste (intelligence, work ethic et conformity).
Cette formulation particulièrement intéressante souligne la nécessité d’être à l’aise dans un groupe pour y réussir. Caplan remarque qu’être intelligent et travailleur ne suffit pas et qu’il faut aussi être conforme à ce que le groupe attend de chacun. Mais depuis la deuxième guerre mondiale et ses bouleversements idéologiques, la société occidentale ne renonce-t-elle pas à confronter son intelligence et sa conscience à la réalité ? Ne cherche-t-elle pas à transformer la réalité pour qu’elle soit conforme à ce que la théorie du moment voudrait qu’elle soit. Pour être conforme à ce que la société attend de nous, ne devrions-nous pas renoncer à comprendre et nous contenter comme tout le monde de commenter en étant perplexe ?
L’expérience peut bien montrer toute l’inanité des théories à la mode, la classe politico-médiatique va monter au créneau pour expliquer consciencieusement, et avec une vraie habileté des mots, qu’il faut garder la même ligne, y rester non seulement conforme mais s’en rapprocher toujours davantage.
 
La difficulté est que l’intelligence s’oppose bien vite au conformisme. Y être consciencieux devient un écartèlement permanent qui engendre le burn-out quand on ne s’évade pas façon Michel Onfray qui a décidé que notre civilisation était foutue "Le bateau coule, mourez debout !" ou quand on ne fait pas de la fuite en avant façon Jacques Attali.
Le cas Attali est intéressant car il est impossible de l’éviter quel que soit le média. Impossible de ne pas entendre sa sempiternelle analyse fondée sur les trois pieds présentés comme solides de la démocratie, du marché et de l’initiative personnelle. Sauf que… la démocratie nous dit que l’homme est tout et que rien n’est plus important que de l’écouter individuellement par le vote. Le marché en revanche nous dit que l’homme indifférencié n’est rien, qu’il est passé en deux siècles de 1 à 6 milliards, et que seule la rareté fait la valeur. En y rajoutant l’initiative personnelle nous obtenons la profondeur de la pensée de Jacques Attali "Débrouille-toi entre moins l’infini et plus l’infini". Voilà le plus bel exemple du penseur actuel intelligent, consciencieux et conformiste, produit réussi et reconnu de notre système éducatif dévoyé, bâton de vieillesse de tous nos dirigeants, y compris des plus jeunes, et rideau de fumée fortuné masquant la réalité.
 
Dans toutes les civilisations, être intelligent, consciencieux et conformiste forment un tout que l’on peut aussi exprimer par la réussite combinée de la réflexion, de l’action et de l’échange. Le formuler permet de prendre conscience de la cohérence indispensable entre les trois. Être intelligent c’est comprendre, comprendre c’est étymologiquement prendre ensemble et c’est donc à la fois réfléchir et agir en cohérence tant avec soi-même qu’avec le groupe. Mais quand cette harmonie n’est plus que dogmatique et se heurte à la réalité, quand, au lieu de se remettre en question, on remet en question la réalité, c’est l’harmonie qui part en morceaux. Le bien ne se différencie plus du mal, pas plus le beau du laid que le vrai du faux. En revanche, comme il faut bien paraître et faire impression, les dogmes fleurissent de toutes parts et la société de l’apparence se farde de mensonges déguisés en vérités, de laideurs présentés comme des beautés, et de vices qui deviennent des vertus, tout cela sous forme de directives, de lois et de références médiatiques.
 
 
Tout s’inverse dans la société de l’apparence et résister à l’inversion devient délictueux. La liberté d’expression n’y est plus qu’un mythe vénéré, un mensonge vertueux.
L’intelligence, la conscience et le conformisme n’étant plus liés, des groupes disparates se forment suivant ce qui est abandonné en premier, sachant que chaque groupe se subdivise ensuite suivant ce qui est largué en second. Comme tout s’inverse, c’est ce que chaque groupe abandonne en premier qui lui sert curieusement d’étendard dans lequel il se drape.
Honneur à nos dirigeants (tout est inversé !) qui ont abandonné la conscience pour nous faire des cours de morale. La classe politico-économico-médiatique est intelligente, elle est conformiste en n’accueillant que ceux qui sont conformes à sa doxa, mais elle se moque éperdument des peuples en ne s’intéressant vraiment qu’à elle-même. Etant parfaitement consciente que tout empire chaque jour, elle se sépare entre ceux qui abandonnent le vivre ensemble et ne pensent qu’à partir n’importe où, mais ailleurs (très à la mode chez les étudiants formatés et chez les politiques qui achètent à l’étranger), et ceux qui abandonnent l’intelligence pour se réfugier dans des formes communes irréalistes comme l’Union européenne ou le mondialisme de "la" planète.
Il y a ensuite les peuples qui ne cherchent pas à comprendre tout en croyant tout comprendre dans ce qu’il est convenu d’appeler les discussions du café du commerce. Ils se réfugient dans leurs communautés quotidiennes, sont consciencieux dans leur activité et sentent bien qu’il faudra un jour affronter les problèmes. Ils se séparent entre ceux qui restent consciencieux par principe et vont voter en sachant que cela ne sert à rien et que l’on traite de populistes, et ceux qui s’abstiennent de voter par réalisme et se réfugient dans les communautarismes.
Il y a enfin un certain nombre de personnes qui essaient de comprendre en conscience ce qui se passe et qui rêvent d’un espace cohérent qui marierait intelligence, conscience et vivre ensemble. Ce troisième groupe qui est perpétuellement tenté d’abandonner l’action que sa conscience lui impose ou d’abandonner la réflexion qui ne semble pas faire bouger grand-chose, ne fait rien pour se regrouper et ronge son frein.
Pendant que ces trois groupes s’agitent ou s’endorment dans une inefficacité qui nous rassemble tous, tout s’inverse en tous domaines avec une classe dirigeante très bien rémunérée qui nous explique et nous impose, que le laid est beau, que le faux est vrai et que le vice est vertu, bref que notre civilisation est morte. Le système remplace dorénavant la civilisation. Comme tout s’inverse nous l’imposons bien sûr, et pour son bien, à toute l’humanité sur "la" planète puisqu’il n’y en a évidemment qu’une dans tout l’univers. La Terre était pourtant un très joli nom avant qu’il ne soit confisqué par des gens qui veulent tout planifier en absence de vision.
 
L’inversion générale se fait par le cumul d’une absence de but, d’un moteur qui tourne à l’envers et d’un laisser-aller généralisé qui a les réponses à tout et n’attend que les "moyens".
Complètement perdus, nous ne savons qu’hésiter et nous entre-déchirer entre réformes, révoltes et révolutions pour surtout ne rien faire et rester dans l’apparence.
Pour le système il n’est plus nécessaire de donner un sens à sa vie, il suffit de profiter de la vie, ce qui fait vivre dans l’immédiateté et n’envisager le futur que sous l’angle de la jouissance des biens matériels, c’est-à-dire de la peur du lendemain. Cette jouissance ne vise que le plaisir, rend le bonheur chimérique et nourrit l’angoisse tout en tentant de l’anesthésier. La spiritualité collective se ringardise ou s’impose dans le cas de l’islam, ce qui le rend sécurisant pour beaucoup.
Côté moteur toutes les civilisations savent que c’est la coopération, le travailler ensemble, qui fait vivre les peuples et qui est une culture de vie. Nous l’avons oublié en prônant la compétition, culture de mort dont le seul but est de faire mourir les autres avant soi. Bien savoir faire mourir les autres avant soi, c’est être reconnu et admiré comme compétitif. Mais un peuple qui n’utilise pas l’énergie de ses membres et qui invente la notion de chômage pour masquer son incapacité et ne pas s’en sentir responsable, est d’une rare inconscience. S’il refuse d’en prendre conscience c’est qu’il ne se sent plus du tout un peuple. Si Poutine et Orban sont les seuls dirigeants européens à améliorer leur score électoral et à ne pas alimenter le dégagisme, c’est qu’ils ont compris que leurs peuples voulaient être des peuples sans être traité dédaigneusement de populistes par tous les incompétents. Nous ne sommes pas encore sortis des remous de la deuxième guerre mondiale et collaboration n’a pas encore repris son vrai sens de travailler ensemble, comme les trois beaux mots de travail, de famille et de patrie continuent, dès qu’on les rassemble, à être honnis au lieu d’être vénérés comme essentiels.
Mais l’incohérence d’une vie dont le seul but est d’être compétitif pour le plaisir des puissants, ne serait pas possible sans l’invention diaboliquement géniale de la création permanente de richesses qui permet tous les laxismes.
 
Le système est incroyablement simple. On fabrique de la monnaie à flot continu et on explique en inversant les facteurs que dépenser permet de créer de la richesse. Le XXe siècle a donné pour cela un nouveau sens au verbe "investir" qui veut renvoyer Aristote à ses études puisqu’il avait "vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs". Le système veut nous faire croire qu’il a trouvé comment se faire reproduire la monnaie alors que nous la fabriquons tout simplement.
Pour la fabrication tout le monde s’y met, des banques centrales aux particuliers. Les banques centrales rachètent des créances mais comme on est dans l’inversion on dit qu’elles rachètent des dettes (le fameux quantitative easing), les états et les collectivités ont des budgets déficitaires (Maastricht l’officialise avec la limite imbécile et non respectée à 3 % du PIB, serinée par les médias comme 3 % tout court, alors qu’il ne s’agit que de limiter l’augmentation de nos dépenses à 3 % par an sans se soucier de savoir comment payer). Les entreprises accordent des délais de paiement, les particuliers utilisent leurs cartes de crédit pour jouir tout de suite et payer plus tard. Et surtout les banques créent des torrents d’argent par la double écriture (mise à disposition au passif et récupération éventuelle à l’actif, récupération rachetable par la banque centrale). Prêter contre rémunération de l’argent que l’on crée soi-même permet aux banques de se croire très à l’aise. Comme on peut le lire dans Les Echos "BNP Paribas, Société Générale et Natixis comptent une centaine de banquiers s’étant vu attribuer une rémunération supérieure à un million d’euros au titre de 2017 en France".
Cette folie généralisée, cette création de monnaie qui s’appelait encore inflation il y a 50 ans à la mort du chanoine Kir, député-maire de Dijon, n’a plus de nom aujourd’hui pour ne pas être remarquée. On a inversé le sens du mot inflation pour faire disparaître son vrai sens. Alors qu’il était l’inflation de l’argent, de la monnaie qui enflait, il est devenu aujourd’hui la hausse des prix qui n’est pourtant que la conséquence naturelle de la véritable inflation, celle de la monnaie. Pour faire oublier la cause, on ne montre que la conséquence. Il ne faut plus dire "J’ai mal à la tête", il faut dire "J’ai de l’aspirine". C’est plus discret et moins dérangeant.
 
Pour faire croire que cette folie était intelligente dans ce monde où tout s’inverse, on a réussi à mettre dans les esprits que créer sans limite de la monnaie est une création de richesses puisque l’on mesure maintenant la richesse par notre capacité à dépenser. L’INSEE nous apprend même que le PIB, somme de toutes nos dépenses, publiques et privées, intelligentes ou stupides, est notre Produit Intérieur Brut, une prétendue ressource dont nous pourrions grignoter des pourcentages pour tout résoudre. Les médias en font la mesure d’une création annuelle de richesses et on en fait même une référence. C’est l’ordonnée que personne ne regarde, des courbes qui sont censées nous convaincre. L’Union européenne, dans son immense intelligence coutumière, nous rappelle même que les dépenses criminelles comme la prostitution ou l’achat de stupéfiants doivent être comptabilisées dans le PIB créateur de richesses. Quand le PIB ralentit de 0,3 % au 1er trimestre 2018, Les Echos explique que cette "perte de dynamisme tient à la vigueur moindre des investissements". On ne dépense pas assez.
De bons esprits viennent expliquer que si quelqu’un dépense, quelqu’un d’autre encaisse, et que les entreprises fabriquent de la valeur ajoutée, cette richesse que nous nous partageons. Quelle erreur ! Si les entreprises encaissent en effet plus qu’elles ne payent, elles ne font que répartir l’argent de leurs clients plus ou moins arbitrairement entre leurs fournisseurs, leurs salariés, leurs actionnaires et la collectivité sous forme de charges, de taxes et d’impôts. Il suffit donc de distribuer de l’argent aux clients pour faire croire que les productions des entreprises sont des richesses. On y vient avec les augmentations de salaires, les emprunts et demain, le revenu universel et la monnaie hélicoptère que Mario Draghi, patron de la Banque Centrale Européenne, trouve "intéressante". Cela s’appelle la société de consommation qui n’est qu’une société de l’apparence.
 
La réalité est que la monnaie n’est comme l’électricité qu’un véhicule d’énergie et qu’à force de se croire intelligents nous avons oublié que la source de la monnaie est l’énergie humaine. Nous avons déconnecté notre énergie de la monnaie, transformant nos monnaies en fausses monnaies.
D’un côté notre énergie, peu utilisée pour l’effort, s’évacue maintenant par le sport qui a oublié son étymologie de desport ou déport, simple amusement en français du siècle des Lumières. Et de l’autre nous utilisons de la fausse monnaie pour acheter ce que nous ne fabriquons plus. Nous achetons même avec de la fausse monnaie notre dépense personnelle d’énergie au travers des sports d’hiver et des salles de sport quand nous ne la sous-traitons pas par le sponsoring. La dette s’accumule car il faudra bien qu’une véritable énergie vienne prendre la place de cette fausse énergie.
Pour qu’acheter soit possible, pour que le privé augmente les salaires et que le public subventionne, embauche et dépense, tout le monde emprunte. On a inventé la monnaie-dette en ne cherchant surtout pas à savoir à qui on devrait rembourser puisque la monnaie est créée à partir d’une simple volonté politique. Il suffit de se dire que nous allons créer des richesses pour rembourser, et donc dépenser encore davantage en créant toujours plus de monnaie-dette. Fin 2017 la dette mondiale était de 237 000 milliards de dollars (192 000 milliards d’euros, 32 000 € par habitant de la Terre, du bébé au vieillard grabataire). Rien que la dette publique française augmente de 100 000 € toutes les 43 secondes et les dettes privées sont beaucoup plus importantes que les dettes publiques.
 
L’addition du dogme du PIB "dépenser pour se croire riche" et de la facilité du "dépenser puisqu’on est riche" fait que tout est centré sur la recherche d’argent. Le désir d’argent avec un minimum d’effort devient le premier moteur totalement malsain de la vie qui fonctionne à plein pour les puissants. Il ne faut parait-il que des "moyens" et nous les avons. Le peuple lui, doit restreindre chaque année davantage son niveau de vie avec la douce musique sédative qu’on va le lui augmenter.
Se passe alors ce que nous constatons tous les jours, une fracture entre le peuple qui n’a pas accès à l’emprunt et la classe dirigeante qui y a accès. L’inconscient collectif sait que le système financier va exploser et que la monnaie ne vaut objectivement rien. Il sait que le jour de l’explosion, ceux qui auront de l’argent ou une rente perdront tout, les retraités pour survivre, devront vendre leurs biens dans un marché qui s’effondrera par manque d’acheteurs. En même temps ceux qui posséderont les biens en s’étant endettés, ne perdront que leurs dettes.
Cette fracture est tellement traumatisante que nous avons du mal à l’analyser calmement. Soit nous la nions façon "cela a toujours été comme ça", soit nous en profitons en nous endettant au maximum sans savoir si nous pourrons comme les puissants nous ré-endetter pour rembourser, soit nous vivons au jour le jour dans un déni de société, en attente des événements.
 
Dans tous les cas le mal-être s’installe car le système veut nous faire croire qu’il n’y a qu’une civilisation, la sienne, et qu’il faut être individuellement responsable des problèmes planétaires. Même le pape s’y soumet. Il a fait publier le 21 août 2017 un texte sur les migrants précisant que leur "sécurité personnelle" passe "avant la sécurité nationale". "Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus-Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté…. Notre réponse commune pourrait s’articuler autour de quatre verbes fondés sur les principes de la doctrine de l’Église : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer".
Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer sont, comme rejeter, des verbes actifs qui présupposent l’existence d’un sujet qui les anime. En ne privilégiant pas la sécurité nationale, le pape François choisit comme sujet de ces verbes l’individu ou la globalité de la catholicité (universalité en grec). Il se range délibérément ou inconsciemment dans le camp des puissants qui ne pensent qu’initiative personnelle et mondialisme. Il dédaigne les nations intermédiaires, sans renoncer pour autant à ses propres intermédiaires, les diocèses, même si les paroisses se regroupent par manque de prêtres. Il se range dans une sous-catégorie particulière qui vit à la fois dans le rêve de l’universalité tout en étant dans un ailleurs mental impossible où cette universalité se ferait naturellement et en douceur. L’islam ne fait pas cette erreur.
 
Nous verrons dans un prochain billet comment l’oubli de l’origine humaine de la monnaie détruit les perspectives, tente de réduire le travail à une fête dont nous l’excluons, et rend l’effort quotidien sans attrait et déconnecté de la vie. Nous ferons le lien avec notre enfermement dans l’immédiateté, dans la facilité du moment et dans l’inversion des valeurs. Nous verrons comment la machine la plus extraordinairement performante et la moins coûteuse, en fabrication comme en entretien et en remise en état, la machine fabuleuse qu’est l’être humain, s’est laissée banaliser et indifférencier par des idéologies décadentes. Nous verrons comment l’incompréhension de la monnaie et la peur de la mort nous en a fait préférer la longévité très coûteuse au renouvellement bon marché et nous a fait croire, en inversant tout, aux vertus magiques et très provisoires du "gratuit", de la recherche médicale, de l’innovation et de l’intelligence artificielle. La classe politico-médiatique se nourrit de ces chimères qui n’existent pourtant que par la fausse monnaie.
Mais puisque nous somme le 1er mai, gloire au travail ! Notre civilisation n’est pas du tout morte, elle est simplement malade de nos peurs.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er mai 2018
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Le premier test démographique du Président Macron
 
La réussite (ou l’échec) d’un président de la République est souvent mesurée à l’aulne de l’évolution d’indicateurs économiques : PIB, chômage, emploi, niveau de vie, investissements réalisés par les entreprises, finances publiques, etc. Des indicateurs plus "sociaux" sont également utilisés : taux de criminalité et de délinquance, taux de pauvreté, indices d’inégalité de revenus, classements internationaux en matière de performances scolaires, et ainsi de suite. Et, bien entendu, des enquêtes d’opinion sont menées en grand nombre sur l’action et la personne du Président. En revanche, il n’entre absolument pas dans les habitudes de recourir à un indicateur démographique. Ceci est regrettable pour au moins deux raisons.
 
Pourquoi la natalité est un indicateur important pour apprécier l’action de nos dirigeants
La première est l’importance de la démographie, et particulièrement des naissances : c’est d’elles que dépend au premier chef l’avenir à long terme de notre pays. A la Libération, le général de Gaulle a très justement lancé un avertissement : s’il devait s’avérer, malgré la victoire, que la natalité restait faible, insuffisante pour assurer le renouvellement des générations (1), "la France ne serait plus qu’une grande lumière qui s’éteint". Et, de fait, si la France a retrouvé une place honorable dans le concert des nations, c’est bien, dans une large mesure, parce que les "trente glorieuses" ont été pour notre pays une période de forte natalité.
La seconde raison qui pousse à recourir aux données démographiques, comme aux données économiques et sociales, pour évaluer la performance d’une équipe dirigeante, c’est que la "mise en route" des futurs citoyens est un indicateur important de confiance dans l’avenir, et donc dans les personnes qui gouvernent le pays. Une vision optimiste du gouvernement de la France incite à mettre des enfants au monde car nous avons envie que nos enfants soient heureux, et donc qu’ils grandissent dans un pays ayant des dirigeants qui s’occupent efficacement du bien commun. La relation entre l’opinion que nous avons de nos gouvernants et la natalité est certes complexe, mais il n’est pas absurde de considérer que, dans un pays développé, une bonne natalité signifie plutôt une bonne opinion – et une faible natalité, une opinion médiocre.
D’un point de vue objectif, si la vitalité démographique n’est pas retenue comme l’un des critères de réussite de nos gouvernants, alors il n’y a pas davantage de raison de prendre comme critère la production ou l’investissement : non seulement l’homme est plus important que les biens et services, mais il est vrai aussi que, pour ce qui est du futur à long terme de la production, l’investissement dans la jeunesse est le plus décisif de tous les investissements.
 
Les naissances de mars 2018 fournissent un tout premier test démographique de la présidence Macron  
La naissance d’un enfant survient en moyenne 9 mois après sa conception. Emmanuel Macron ayant été élu le 7 mai 2017 et étant entré en fonction une semaine plus tard, le nombre des naissances du mois de mars 2018, qui correspondent aux conceptions réalisées en juin 2017, constitue la première information disponible pour apprécier, sinon l’action de nos dirigeants, du moins l’impact que leur accession aux postes de commande a eu sur le moral des couples en âge de procréer.
L’INSEE fournissant généralement le nombre des naissances du mois N à la fin du mois N+1, du moins pour la France métropolitaine (les chiffres France entière ne sont disponibles que nettement plus tard), le chiffre du mois de mars vient d’être publié : 56 300 naissances vivantes.
 
Ce test est négatif : l’élection d’Emmanuel Macron n’a provoqué aucun sursaut démographique
En effet, l’orientation baissière perdure et s’accentue. Dans un précédent article, nous avions indiqué que cette baisse a débuté en 2010, et s’est accélérée en 2015. Depuis quelques mois, une nouvelle accélération est en cours, qui est particulièrement visible lorsqu’on indique pour chaque mois le nombre moyen de naissances par jour, ce que fait le tableau suivant :
 

Mois Naissances du mois Nombre de jours Naissances par jour Variation
Octobre 2017 63 900 31 2 061  
Novembre 2017 60 800 30 2 026 1,7 %
Décembre 2017 60 900 31 1 964 3,1 %
Janvier 2018 59 800 31 1 929 1,8 %
Février 2018 52 700 28 1 882 2,4 %
Mars 2018 56 300 31 1 816 3,5 %
 
Durant les 6 derniers mois, la chute du nombre journalier des naissances est effrayante : en cinq mois (puisqu’octobre 2017 est le mois de référence), ce nombre diminue de 11,9 % ! Mais tout aussi inquiétante est l’accélération de la chute en mars 2018 : 3,5 % en moins, d’un mois sur l’autre, est un pourcentage tellement élevé qu’on pourrait se demander si le chiffre indiqué (à titre provisoire) par l’INSEE n’est pas légèrement entaché d’erreur. En tous cas, dans l’état actuel des statistiques de naissances, on ne saurait dire que les jeunes ménages français ont été rendus plus optimistes par l’élection d’Emmanuel Macron : la désespérance observée à travers la lunette démographique pour les trois dernières années de la Présidence Hollande, et tout particulièrement pour ses quatre derniers mois, chargés en inquiétudes électorales, ne semble nullement avoir été enrayée par l’élection de notre jeune Président.
 
(1) Ce renouvellement requiert, abstraction faite des mouvements migratoires, un indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) au moins égal à 2,07 enfant par femme. Jusqu’en 1974, y compris cette année-là pour laquelle l’ICF fut égal à 2,14, cette condition fut remplie. Depuis-lors, l’ICF français n’a plus jamais atteint 2,07. En 2017, pour la France métropolitaine (la valeur France entière est connue plus tardivement), il a valu 1,85. La croissance de la population est due à deux autres phénomènes : l’allongement de la durée de vie moyenne, et une immigration supérieure à l’émigration. Hélas, la croissance de la longévité n’a pas été gérée intelligemment (l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans en 1982 a privé la France des bénéfices qu’elle aurait pu en tirer), et la qualification des immigrés n’est pas en moyenne suffisante pour compenser la déperdition de compétences due à l’émigration.

Envoyé par l'auteur, 3 mai 2018
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