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La France socialiste
 
Retraité je vais perdre 1,7 % de pouvoir d’achat. J’accepte, je veux bien participer à l’effort de redressement national. J’accepte à condition que sous couleur de justice sociale et pour satisfaire les idées démagogiques de certains qui veulent "faire payer les riches" on ne s’en prenne pas à des causes nationales vitales comme la politique familiale.
Grâce à une politique familiale intelligente, la France a réussi, contrairement à l’Allemagne, à maintenir un taux de renouvellement des générations presqu’à l’équilibre.
Cette politique comportait des allocations familiales universelles identiques pour tous, un système de quotient familial limitant l’impact des naissances sur le niveau de vie de la famille quels que soient ses revenus.
Cette politique est en voie de démantèlement : Hollande a modulé les allocations familiales en fonction des revenus, divisées par 2 pour les couples gagnant plus de 6 000 euros par mois, par 4 pour ceux gagnant plus de 8 000 euros. On veut maintenant supprimer une ou les deux allocations. S’il est vrai que la perte de 33 € n’est pas sensible à ce niveau de salaire, il s’agit d’une question de principe, on transforme une politique familiale en politique sociale, il parait que cette mesure permettrait de casser l’image d’un président accusé de faire la politique des riches en supprimant l’ISF, impôt imbécile et contre productif.
Cette mesure s’ajouterait au double rabotage du plafond du quotient familial décidé par Hollande qui a touché un demi million de familles. Le système du quotient familial est certainement la mesure intelligente pour encourager les familles à avoir des enfants. On s’en prend ainsi aux classes moyennes, celles qui produisent et qui payent des impôts.
Olivier Véran député rapporteur de la Commission des affaires sociales ne s’en cache d’ailleurs pas : il veut aider les couples à bas revenus et les familles monoparentales, et augmenter la hausse de l’allocation de garde d’enfants "trois millions d’enfants viv(a)nt en dessous du seuil de pauvreté".
Sont également visés : la prestation d’accueil du jeune enfant, les primes de naissance ou d’adoption.
On n’en est plus à encourager les familles à avoir des enfants mais à corriger des supposées injustices sociales. Nous voilà bien loin de la politique nataliste à l’origine du dispositif. Il est vrai que parallèlement on s’en prend au modèle familial traditionnel, inventant le mariage pour tous et le "droit " à l’enfant sans se préoccuper de l’avenir de celui-ci.
 
Mais il est un autre domaine où on ne peut que constater que la France est devenue un état socialiste proche de l’ex Union Soviétique, c’est la politique du logement.
Plus de 6 millions de Français recevraient une aide au logement pour un coût supérieur au budget des armées. Pourquoi subvenir au logement d’une telle foule ? On pourrait aussi l’admettre aux "restos du cœur". Pourquoi les salaires ne permettraient-ils-pas de se loger comme de se nourrir ? Qu’on construise des logements sociaux très bien, mais pourquoi leurs locataires bénéficient-t-ils pour moitié d’une aide au logement ? On évoque souvent le cas des étudiants, il peut être résolu en augmentant les bourses.
La France se comporte comme un pays du tiers monde dont les citoyens ne peuvent subvenir à leurs besoins, ce n’est pas acceptable pour un pays riche, c’est sur la croissance qu’il faut agir pour que la grande majorité puisse se loger, se nourrir, se vêtir sans faire appel à l’aide de l’Etat. La politique familiale doit être une reconnaissance de service rendu par les familles qui ont et élèvent des enfants qui créeront demain la richesse du pays.

Paru sur dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 29 septembre 2017
Publié dans En France
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Quand la tentation indépendantiste se fait plus forte que l'appartenance nationale…
 
Les Catalans comme les Kurdes préparent leur indépendance. Chacun croit son heure arrivée grâce à des boulversements mondiaux ou régionaux.
 
Ils ne se connaissent pas. Ils ne sont pas du même pays ni du même continent ; ne parlent pas la même langue et n'adorent pas le même dieu. Pourtant, ils ont le même rêve : devenir une nation, et ils usent du même mot magique, référendum. Les Catalans comme les Kurdes préparent dans la fièvre leur émancipation nationale, suscitant les mêmes réactions outragées des Etats-nations auxquels ils appartiennent encore. Mais l'Espagne est une démocratie et il est toujours difficile à une démocratie d'interdire un vote. Mais les Kurdes sont éclatés - et parfois opposés - entre ceux qui habitent l'Irak, la Turquie ou l'Iran, la Syrie. Dans les deux cas, les indépendantistes se réfèrent au principe des nationalités, inventé par la Révolution française et reconnu comme principe de base du droit international à la fin de la Première Guerre mondiale.

Les Catalans comme les Kurdes ont une revanche à prendre sur l'Histoire. C'est le petit-fils de Louis XIV qui, monté sur le trône d'Espagne, a fait rentrer par la force des armes les Catalans dans le giron des Espagnes en 1714.
Les Kurdes ont possédé pendant quelques heures un Kurdistan indépendant, en 1920, avant que le chef de la Turquie, Atatürk, ne balaie le traité de Sèvres par une guerre victorieuse. Depuis lors, les Catalans ont rongé leur frein et les Kurdes se sont régulièrement rebellés, se faisant massacrer par les Irakiens ou les Turcs.
Chacun croit son heure arrivée grâce à une intervention extérieure. C'est l'Union européenne qui, en favorisant les autonomies régionales, en donnant aux Régions un accès direct à Bruxelles, et à sa manne de subventions, a enflammé un irrédentisme catalan, mais aussi flamand, écossais voire corse, dont la Commission a un mal fou désormais, en pompier pyromane, à éteindre le feu. Ce sont les deux guerres menées en Irak par Bush père et fils qui ont redonné une chance au mouvement national kurde. Le combat contre Daech a mis à l'honneur les combattants kurdes, qui se révélèrent bien plus aguerris que la pitoyable armée irakienne. Les entreprises catalanes ont le grand marché européen pour exporter et faire vivre leur "pays". Les Kurdes ont du pétrole sous leurs pieds.

Il faut dire que l'Irak n'a jamais été une nation depuis son invention par le colonisateur anglais. L'Irak n'a jamais su être autre chose qu'une réunion d'ethnies tenues d'une main de fer par un tyran. L'instauration de la démocratie par les Américains a fait exploser le pays au bénéfice des diverses "tribus avec un drapeau", selon la forte expression de Samuel Huntington.
Pour l'Espagne, le processus historique est inverse: une nation longue d'une histoire millénaire, mais dont les intellectuels de gauche n'ont cessé de dénoncer le caractère "fasciste", "franquiste". L'école n'enseignait plus les hauts faits d'armes de la nation espagnole. Même la droite n'osait plus se dire "espagnolista". La déconstruction a mené à la destruction.

Les Espagnols ont désappris à être espagnols ; les Catalans ont réappris à être catalans. Quand un sentiment d'appartenance collective se délite, un autre lui succède. Et le progressisme de nos élites de gauche conduit directement à l'archaïsme tribal.

Paru dans Le Figaro Magazine, 29 septembre 2017
Publié dans De par le monde
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"Non, la parabole du bon Samaritain ne s'applique pas aux États !"
 
Réagissant aux propos du Pape sur les migrants, le philosophe revient sur le dilemme des chrétiens face à l'immigration. Ceux-ci sont déchirés entre le devoir de charité universelle et l'attachement à l'État-nation.
 
Le Figaro Magazine : Le pape François milite pour un accueil massif de migrants, affirmant qu'il faut "faire passer la sécurité personnelle [des migrants] avant la sécurité nationale", et appelant à un accueil beaucoup plus large des migrants. Que vous inspirent ces propos ?
Rémi BRAGUE : "Accueillir" est un mot bien vague. Il dissimule mille difficultés très concrètes. Sauver des naufragés de la noyade est bien, mais ce n'est qu'un début. Encore faut-il se demander ce qui les a poussés à s'embarquer. Là-dessus, le pape dit beaucoup de choses sensées, par exemple que l'Occident a contribué à déstabiliser le Moyen-Orient. Ou que les migrants voient l'Europe comme un paradis qu'elle n'est pas. Ou que les passeurs qui leur font miroiter l'Eldorado s'enrichissent sur leur dos, etc. Il y a aussi des problèmes très pratiques : les nouveaux venus peuvent-ils être assimilés ? Ou au moins intégrés sans créer des ghettos où ils vivraient selon d'autres lois que celles des pays d'accueil ? Un exemple, qui m'a été donné récemment par une amie allemande qui s'occupe de former les immigrés et de leur trouver du travail : ceux qui ont été scolarisés dans leur pays parlent assez vite nos langues.
Les autres ont du mal à fixer leur attention et ne comprennent pas l'intérêt d'apprendre. Ne seront-ils pas presque forcés de se replier sur leur communauté d'origine ? À l'extrême opposé, s'il s'agit d'importer des personnes qualifiées, médecins, ingénieurs, etc., avons-nous le droit de priver leur pays d'origine de compétences précieuses qui leur permettraient de se développer, ce qui, de plus, diminuerait l'envie d'émigrer ?
La sécurité personnelle prime effectivement toutes les autres considérations. La garantir est le premier devoir de l'État. Mais cette sécurité concerne aussi bien les migrants que les populations déjà là. L'État a le devoir de faire en sorte que le respect soit réciproque. Il doit par exemple empêcher que les migrants se conduisent, comme on dit, "comme en pays conquis", qu'ils importent en Europe les conflits qui les opposaient entre eux. La sécurité nationale et celle des personnes, loin de s'opposer, vont ensemble ; la première est même la condition de la seconde.
 
Est-ce qu'il vous semble que le pape François est en rupture avec ses prédécesseurs, notamment Benoît XVI ?
Du temps de Benoît XVI, le problème ne se posait pas encore avec une telle acuité, et je ne sais pas s'il aurait jugé bon de se prononcer, encore moins ce qu'il aurait dit. D'une manière générale, la différence de formation et de style est suffisamment criante. Ce qu'il en est du fond est une autre histoire.
 
Avez-vous le sentiment que le pape ne comprend pas l'angoisse identitaire des Européens ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il a une sensibilité de Latino-Américain, ce qui ne l'aide guère à comprendre les Européens. Dans son Argentine natale, l'immigration concernait avant tout des Italiens, à la religion identique et à la langue proche de celle des Espagnols qui étaient déjà là. Dans le cas qui nous occupe ici, c'est tout le contraire.
 
Face à l'immigration, les catholiques sont souvent pris dans un dilemme entre l'exigence de charité et l'attachement à l'État-nation. Comment articuler l'universalisme chrétien et l'existence de frontières ? L'État-nation a-t-il une justification théologique ?
Est-il besoin de mobiliser la grosse artillerie théologique pour parler de toutes ces choses ? La philosophie n'y suffit-elle pas ? Ou même le simple bon sens ? L'État-nation est une forme de vie politique parmi d'autres dans l'histoire comme la tribu, la cité ou l'empire. Elle n'a pas les promesses de la vie éternelle, mais elle est la nôtre depuis la fin du Moyen Age, elle a fait ses preuves et je vois mal les autres ressusciter. Les frontières sont une bonne chose. Je ne puis vivre en paix avec mon voisin que si je sais où s'arrête mon jardin et où commence le sien. Cela dit, elles ne séparent que des entités politiques et juridiques. Elles n'arrêtent rien de ce qui relève de l'esprit et qui est "d'un autre ordre": langue, culture, science, religion. L'universalisme, à savoir l'idée que tout homme, en deçà des différences de sexe, de statut social et de religion, est "mon prochain" et possède donc une valeur intrinsèque, est en effet une idée esquissée dans le stoïcisme et épanouie dans le christianisme. Elle ne va nullement de soi. Ainsi, au XIIe siècle, Maïmonide dit encore que porter secours à un païen qui se noie est interdit.
 
Faut-il appliquer ici la parabole du "bon Samaritain" ?
Il ne faut pas lire les paraboles naïvement. Elles ne nous disent pas ce que nous devrions faire, mais ce que Dieu fait pour nous. Dieu y est représenté sous la figure d'un roi, d'un père, d'un propriétaire, etc. Elles s'adressent à chacun de nous, personnellement. La question à poser est : quel personnage me représente, moi ? Quelle est ma place dans cette histoire ? Sans quoi, nous lisons bêtement des textes très subtils, et n'y voyons que du feu. Exemple : celle où le maître de la vigne verse le même salaire à ceux qui ont trimé toute la journée sous le soleil brûlant et aux derniers venus. Si nous regardons cette histoire du dehors, nous allons crier à l'injustice. Sans voir qu'elle est justement faite pour nous choquer et forcer à réfléchir. Et nous faire comprendre que les ouvriers de la onzième heure, mais c'est nous ! Par exemple nous, chrétiens, qui avons bénéficié de la grâce de l'Évangile sans la mériter, alors que le peuple de la Bible a dû subir les Égyptiens, les Amalécites, les Philistins, les Assyriens, etc.
Ceux-ci lui ont infligé des massacres bien réels, alors que ceux qu'Israël aurait perpétrés sur les Cananéens sont de pure imagination. Dans la parabole du bon Samaritain, nous ne sommes pas le Samaritain. Présenter celui-ci comme le héros positif, comme le sauveteur, voire comme le sauveur, c'était une audace fantastique en milieu juif où l'on haïssait les Samaritains comme des impurs. S'imaginer que nous pourrions nous identifier au Samaritain et donc jouer le rôle de Dieu, c'est quand même un peu culotté ! En fait, nous sommes le blessé laissé pour mort. Dieu est descendu nous ramasser alors que nous étions en piteux état.
 
Cette parabole doit-elle s'appliquer aux États ?
Une parabole s'adresse à "moi". Elle m'invite à réfléchir sur ma propre personne singulière, ce qu'elle est, ce qu'elle doit faire. Un État n'est pas une personne. Or, il y a des choses qui ne sont à la portée que des seules personnes. Par exemple, pardonner les offenses. Un État non seulement n'a pas la capacité de le faire, mais il n'en a pas le droit. Il a au contraire le devoir de punir et de ne laisser courir aucun coupable. En l'occurrence, c'est aux personnes, regroupées en associations, de s'occuper des malheureux. L'État doit se borner à donner un cadre juridique qui protège leurs initiatives. Cela peut aller jusqu'à les limiter si une présence trop nombreuse et mal préparée de nouveaux venus met en danger le pays d'accueil.
Paru dans Le Figaro Magazine (Eugénie Bastié), 1er septembre 2017
Publié dans Au delà
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De l’hégémonie de l’Art contemporain à la concurrence
Le doute sur la pérennité de l’Art Contemporain ronge à juste titre les responsables des portefeuilles financiers. C’est dans ce contexte que réapparaît l’objet merveilleux….
 
La disparition de l’objet merveilleux de l’offre et de la visibilité
Les objets merveilleux ont pendant quelques décennies disparu de la visibilité de l’offre artistique. Ils restèrent cachés, rares, réservés à des amateurs discrets, pour leur plaisir. Jugés inégalitaires, trop universels, pas assez global-kitsch, ils furent rejetés par l’intelligentsia et les médias. À l’ère du produit artistique, financier, dérivé, sécurisé, ces objets n’étaient pas sériels, avaient trop de valeur intrinsèque : matériaux nobles, virtuosité, génie, sens.
Un haut lieu de présentation de ces objets merveilleux persista cependant à Paris contre vents et marées entre 1993 et 2011 : le prestigieux centre d’art Mitsukoshi, créé par le mécénat privé japonais, conçu comme un écrin, pour faire connaître en Europe les œuvres des maîtres japonais, considérés comme des "trésors vivants".
Ce lieu d’exception eut le malheur d’apporter la preuve qu’il était possible de créer dans le sillage d’une tradition millénaire. Les Institutions françaises n’ont pas admis cette modernité sans rupture. Ministère de la Culture, des Affaires Étrangères et Ville de Paris, ont ignoré avec ostentation le Centre Mitsukoshi, entraînant après eux les médias.
 
Retour de quelques "objets merveilleux"
Les expositions prestigieuses ont donc été quasi invisibles durant dix-huit ans…  découragés par ce mur de silence, les mécènes ont fermé les portes de ce lieu, avec le goût amer de l’échec.
Au mois de mai 2017 quelques "objets merveilleux" ont réapparu au Musée des Arts Décoratifs. Gonzague Mézin en est l’auteur. Créateur solitaire, il a eu l’idée de relever en 2015 le nom de la maison Lignereux, crée en 1787 pour disparaître en 1804. Elle a fourni rois et princes en objets de rêve et d’exception.
Les premières œuvres de Gonzague Mézin ont été exposées dans les salles consacrées aux productions de cette célèbre maison. Contrairement aux maîtres dinandiers Goudgi et Hervé Wahlen, autres créateurs actuels d’objets merveilleux (1), qui font de leurs mains toute leur œuvre, ce jeune créateur joue plutôt le rôle de chef d’orchestre en mettant à contribution plusieurs artistes et artisans dans la confection d’un objet.
Ainsi il accorde doreurs et céramistes, pour réaliser un projet longuement mûri : reprendre l’idée traditionnelle chinoise du socle en métal doré portant une céramique accompagnée d’ornements comprenant parfois plusieurs matières précieuses.
Le phénomène n’est pas sans portée et signification… la lassitude est extrême et générale vis-à-vis d’objets sériels, recherchés pour leur vulgarité et vacuité, occupant des hauteurs monétaires dépassant le million de dollars, réescomptés par ministères, institutions et très riches collectionneurs.
Le doute sur la pérennité de l’AC ronge à juste titre les responsables des portefeuilles financiers (2). C’est dans ce contexte que réapparaît l’objet merveilleux….
 
La valeur géopolitique de "l’objet merveilleux"  
La "merveille" de Gonzague Mézin en mai 2017 au Musée des Arts Décoratifs fut suivie d’une autre en juillet 2017 dans ce même lieu. Elle fut apportée par une délégation chinoise et montrée à un public convié à apprécier un aspect méconnu de l’art chinois actuel. Solitaire était la démarche de Gonzague Mézin, officielle et politique fut celle de la mission diplomatique chinoise…
Celle-ci, lors d’une réception, ouvre solennellement un coffre en bois de rose sculpté au fermoir en or.
L’écrin semble alors se déplier comme un éventail et laisse apparaître un paysage chinois sculpté dans le jade. Le public aperçoit un roseau aux feuilles d’or, une montagne, un rocher sur lequel se dresse un coq multicolore aux quatre yeux, serti de diamants, émeraudes rubis et perles.
Deux oisillons au duvet scintillant semblent prendre leur vol. Le coq et ses poussins symbolisent l’aurore, l’origine du monde, la création. C’est le premier signe du grand cycle zodiacal chinois. L’objet merveilleux est un écrin à bijoux destiné à une reine : les oisillons sont des boucles d’oreille, le coq est une broche, un anneau du roseau devient bracelet, une pousse forme le collier.
 
L’art chinois à l’honneur
Ce chef d’œuvre a lui aussi été conçu par un "chef d’orchestre" : Deng Dingsan, grand érudit, expert en objets d’art, artiste lui-même, producteur renommé de documentaires sur l’art chinois. Il a allié le travail virtuose de trois grands maîtres chinois : le sculpteur sur jade, Wang Shuwen, le sertisseur de pierres précieuses Feng Daoming, l’orfèvre Liu Hongbao, virtuose de l’or cloisonné.
On retrouve dans cette "merveille" qui veut "honorer la Chine", noble matière, beau métier, sens fort, désir de beauté et d’enchantement… tout ce qu’interdit la doxa de l’Art contemporain financier.
 
Fin de l’hégémonie ? Le monde serait-il devenu pluri-polaire ?
C’est un fait, le tournant est historique, depuis 2013 la Chine est presque constamment au premier rang du marché de l’Art contemporain. Elle ne se comporte pas cependant en suiveur de New York.
Elle fait certes la promotion d’artistes contemporains conceptuels selon les critères de New York, mais consacre aussi les peintres de la suite de l’Art chinois en les cotant au même niveau que l’AC (3).
Ainsi elle tire parti du système de l’art financier, de ses fonctions de com., de vie relationnelle globale, tout en défendant l’identité de l’art chinois. D’autres pays émergeants, reconnaissant la pertinence de ce libéralisme artistique qui respecte la concurrence, suivent son exemple.
La rivalité entre les deux leaders du marché des arts actuels, Chine et USA, fait de l’Europe un enjeu majeur. Celle-ci pour l’instant est dans un docile suivisme de New York : religion multiculturaliste pour les masses – global kitsch pour les élites financières.
 
Deux conceptions qui s’affrontent
La France est au cœur de la convoitise, jadis en tête du marché de l’art, elle ne représente plus que 4% du marché et ses artistes sont inconnus à l’intérieur et hors de ses frontières. Sa direction bureaucratique, ses inspecteurs de la création (sic), pendant 37 ans, ont apporté leur collaboration militante au système de New York.
Deux conceptions s’affrontent désormais sur la notion de haute valeur artistique. La Chine dans ce nouveau jeu a une grande supériorité sur la France : elle admet l’Art contemporain financier sans renier le grand’art pour autant…
Certains affirment que c’est sans conséquence… que la Chine est un marché fermé sur lui-même qui n’influence pas les goûts du monde… c’est sans compter sur le fait qu’il y a plus d’universalité dans les critères du beau, même emprunts de subjectivité et de préférences culturelles, que dans le sadomasochisme critique et conceptuel de l’AC. Par ailleurs, ce sont aujourd’hui les Chinois qui collectionnent la suite de l’art Occidental. Il y a donc réelle concurrence…
 
Un monde multipolaire
Nous sommes en 2017 dans un monde culturel international tout à fait nouveau. Il est désormais multipolaire et clôt un épisode hégémonique de trois décennies, après un long épisode bipolaire où l’Amérique s’est affrontée dans une guerre froide culturelle au système soviétique.
Plus encore, le président Xi Jinping s’est donné comme mission de réaliser le rêve chinois : être une grande puissance reconnue mais aussi une grande civilisation. C’est le sens de sa détermination à ressusciter la nouvelle route de la soie à la fois commerciale, politique et culturelle.
Il a voulu incarner cette stratégie politique d’influence, en faisant la commande de douze objets merveilleux sortis de mains de maîtres, fabriquées au long de douze années, illustrant le cycle du temps. Elles fondent symboliquement ce nouvel axe d’échanges qui souhaite déplacer le centre géopolitique du monde de New York au cœur du continent Eurasien.
Elles sont destinées à faire le tour du monde avant d’être exposées dans un grand musée chinois. Le monde doit compter avec la Chine, non comme une vulgaire ressource mondiale de travailleurs mal payés, mais en tant que civilisation.
Tel était le sens de la présentation de "l’objet merveilleux" au Musée des Arts décoratifs, en juillet 2017, par la mission diplomatique à laquelle aucun officiel du ministère de la Culture, du ministère des affaires étrangères et de la ville de Paris n’a eu la sagesse d’assister, pas plus que les grands médias.
 
De la politique manipulatrice à l’influence par la séduction 
Au contraire de ce qui est souvent pensé, l’État Chinois conçoit le travail d’influence comme une démarche de séduction, d’échange entre civilisations ayant une portée universelle. il honore ainsi l’autre civilisation à laquelle il s’adresse dans une relation entre égaux.
Il n’agit pas par manipulation secrète comme ce fut le cas des USA lors de guerre froide culturelle, puis de la période hégémonique aujourd’hui révolue, consacrant financièrement des œuvres essentiellement provocatrices, niant, ridiculisant, culpabilisant toute civilisation afin de mieux soumettre ses concurrents.
La Chine agit ici plutôt selon une tradition diplomatique jadis partagée universellement. Il n’y a pas si longtemps le Général de Gaulle utilisait la Joconde comme ambassadrice aux États-Unis.
 
Offrandes diplomatiques comparées – Global Kitsch contre Grand’art
Il n’est plus tout à fait exact en 2017 de parler d’un soft power américain œuvrant à assurer son hégémonie en dévalorisant la culture européenne parce qu’elle fait ombre aux cultures du monde dont elle défend vertueusement la diversité.
Il est plus juste aujourd’hui d’évoquer un travail de propagande plus "supra national", fabriquant les cotesglobal kitsch sur la place financière de New York.
En France la politique culturelle des institutions collabore à la légitimation civilisationnelle des artistes du très haut marché, offrant les hauts lieux, sous le prétexte d’une vertueuse mission : mater l’insupportablefrench arrogance.
Ainsi Jeef Koons met "Versailles en abîme", Anish Kapoor déshonore la reine en exhibant son vagin, Paul Mac Carthy, dresse un plug anal place Vendôme… avec l’argent du contribuable.
 
La catastrophe esthétique Koons
En 2017 également, a eu lieu l’annonce du royal cadeau de Jeef Koons à la municipalité de Paris : le concept de fleurs en plastique aux couleurs criardes, à installer devant le Palais de Tokyo. Le but étant d’opérer "un nécessaire travail de rupture et de déconstruction" de l’harmonie visuelle d’une architecture des années trente et d’un ensemble de statues des plus grands sculpteurs du XXème siècle..
Pétitions, lettres et signatures ont immédiatement circulé pour éviter la catastrophe esthétique de 3 millions d’euros imposée aux contribuables (seul le concept est offert). Quelques mois après le début de la résistance au projet on a pu lire dans Le Monde un article où Robert M. Rubin, ancien Président du Centre Pompidou Fondation, association américaine pourvoyant le Musée en œuvres américaines, contribuant à leur légitimation, dénonce l’inélégance du procédé.
La soumission des institutions françaises au marché financier de l’art apparaît aujourd’hui au grand public non seulement aberrante mais incompatible avec la déontologie du Service Public. Leur unique ligne de défense qui consiste à dénoncer le populisme d’un public non éduqué – ne tient pas. Ce sont les élites qui paraissent barbares.
À l’échelle du monde, au-delà du microcosme français de la rue de Valois, les hommes ont aujourd’hui la possibilité de choisir entre un art global kitsch nomade et totalitaire et le libre échange des arts et des cultures.
 
(1) Goudgi est défendu par la Galerie Claude Bernard. Hervé Wahlen par la Galerie Michel Giraud
(2) Ce marché très "financier" a stagné en 2015-2016, repart en 2017.
(3) AC acronyme de "Art contemporain" qui a l’avantage d’éviter la confusion entre une pratique conceptuelle et financière dominante et tout l’art d’aujourd’hui

Envoyé par l’auteur, paru sur Contrepoints, 22 septembre 2017
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L'Islam, religion de paix ?
 
"Le terme islâm dérive de l’antique racine sémitique slm qui signifiait, tout ensemble, paix et prospérité", explique Slimane Zeghidour. De slm découle notamment shalom, salut de paix en hébreu et araméen. Salâm en est l’équivalent arabe (50 mots d’islam, Desclée de Brouwer, 1990, p. 54). Pour étayer leurs affirmations selon lesquelles l’islam est une "religion de paix", certains musulmans s’appuient sur le fait que les mots "islâm "et "salâm" dérivent de cette même racine (p. ex. Tariq Ramadan, Le génie de l’islam, Archipoche, 2016, p. 80). Pour Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, "les deux ne s’excluent donc pas" (Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016, p. 124).
 
Ces assertions soulèvent deux questions.
1°/ Faut-il en déduire une équivalence entre les deux termes, islâm et salâm ?
2°/ Le mot "paix" revêt-il en islam le même contenu que celui qui est largement admis dans le reste du monde ?
 
ISLÂM ET SALÂM sont-ils équivalents ?
           Etymologie

Islâm. Littéralement, ce mot signifie "soumission". Le verbe correspondant, Aslama, veut dire : se soumettre, s’abandonner, se rendre, sous-entendu à Dieu. C’est pourquoi les fidèles de cette religion se désignent comme des soumis ("mouslimoun" = musulmans ; mouslim au singulier), ce qui ressort du Coran lui-même :
"
Il [Allah] vous a nommés les soumis" (22, 78) ;
"
La religion, aux yeux d’Allah, est vraiment la soumission" (3, 19).
 

Salâm. Littéralement, ce mot signifie "salut. Souvent associé à "paix", il figure dans la salutation que les musulmans s’adressent les uns aux autres : As-salâm ‘alaykoum ("La paix [ou le salut] soit sur toi "), rendue familièrement par "salamalec " As-Salâm (la Paix) est en outre l’un des attributs donnés à Allah par le Coran (59, 23). Comme tel, il est inclus dans la liste des 99 Beaux Noms d’Allah dont la récitation tient une place importante dans la dévotion des musulmans.
Notons cependant que des attributs moins pacifiques se trouvent dans cette liste : Celui qui donne la mort (
Al-Mumît; le Vengeur (Al-Muntaqim) ; le Tout-Dominateur (Al-Qahhâr) ; Celui qui peut nuire (Ad-Dâr).
 
           Aslim, taslam !
Cette formule signifie : "
Soumets-toi [à l’islam] et tu auras la paix ". Elle laisse entrevoir toutes sortes d’avantages ou de bénédictions tels que la santé, la richesse, le pouvoir, la vie sauve, la sécurité, le paradis, etc., en contrepartie de l’adhésion à l’islam.
 

Aslim, taslam ! est employée pour convaincre de professer l’islam quiconque ne l’a pas encore fait ou y a renoncé. Elle a été largement utilisée dans l’histoire islamique, notamment lors des conquêtes politiques et militaires ; les djihadistes de l’Etat islamique (EI, ou Daech), d’El-Qaïda, de Boko Haram et autres l’ont actualisée en s’emparant de territoires en Irak et en Syrie, en Asie et en Afrique, ou lorsqu’ils commettent des attentats partout dans le monde et réduisent des personnes en esclavage.
 
Cette injonction repose sur un ordre d’Allah : "
Combattez-les [les non-musulmans] jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition et que le culte soit rendu à Dieu en sa totalité" (8, 39).
Selon la Sunna (Tradition), Mahomet aurait lui-même confié à ses proches : "
J’ai reçu l’ordre de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils confessent qu’il n’y a de divinité qu’Allah" (d’après Boukhari, cité par Johan Bourlard, Islam-islamisme, éd. Tatamis, 2017, p. 132).
 
La paix ainsi promise est donc conditionnelle. Elle s’apparente à une forme de chantage, au détriment de toute justice et du respect de la liberté de conscience. La dhimmitude (ou dhimma), statut juridique d’infériorité imposé par la charia aux juifs et aux chrétiens ressortissants de pays où l’islam est religion d’Etat, relève du même principe : elle a pour but ultime d’amener les dhimmis à se reconnaître musulmans. Ainsi, seront-ils bénéficiaires des mêmes droits que leurs compatriotes.
 
Le sens de la paix en islam
Ces définitions montrent qu’en dehors de l’islam, rien ne peut assurer et garantir la paix aux hommes. Islam est bien synonyme de paix mais celle-ci est réservée aux seuls musulmans en leur qualité de "vrais croyants".
Autrement dit, pour bénéficier de la paix, il convient d’être soumis à Allah, comme l’a laissé entendre le roi Mohamed VI dans un discours prononcé à Rabat le 20 août 2016 à l’adresse du peuple marocain : "L’islam est une religion de paix, comme énoncé dans le Saint Coran :“
Ô vous qui croyez, entrez tous dans la paix".
 
           La paix dans l'Oumma
Par ces propos, le souverain chérifien entendait condamner le terrorisme commis au nom de l’islam, mais la citation coranique (2, 208) contenue dans sa phrase suppose une condition pour bénéficier de la paix : appartenir à l’Oumma (la Communauté des croyants). Alors, en tant que frères, les musulmans sont invités par Allah à entretenir des relations pacifiques entre eux.
"
Les croyants sont frères. Établissez donc la paix entre vos frères. Craignez Dieu" (Coran 69, 10).
"
Lorsque ceux qui croient en nos Signes viennent à toi, dis-leur : “Salut sur vous ! (Coran 6, 54).
 
Ainsi, le souhait de paix qui tient lieu de salutation n’est praticable qu’entre des musulmans. Il "n’a pas à être employé avec les infidèles" (Jean-Paul Roux, Les Ordres d’Allah, Desclée de Brouwer, 2006, p. 127).
 
Notons au passage que les peuples musulmans ont le plus grand mal à vivre paisiblement les uns avec les autres. La "grande Discorde" (Fitna), par laquelle les historiens désignent les guerres fratricides qui, juste après la mort de Mahomet (632), n’a en fait pratiquement jamais cessé. Cf. Annie Laurent, L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), éd. Artège, 2017, chap. II.
 
           Conditions pour la paix
Dans le principe donc, la paix n’est concevable que là où règnent l’islam et la charia. D’où la bipartition géopolitique du monde établie par les juristes musulmans : d’un côté le "Domaine de l’islam" (Dar el-Islam), qui est celui de la paix et de la justice, de l’autre le "Domaine de la guerre" (Dar el-Harb), qui est celui de l’injustice et de la mécréance. Là, les musulmans, en tant que membres du "Parti de Dieu" (Hizb Allah), "sont appelés à porter leur message et leur système par les moyens pacifiques et la persuasion ou par la guerre" (Maurice Borrmans, "Le djihad", in A. Laurent, Vivre avec l’islam ?, éd. Saint-Paul, 1996, p. 76).
 
Des dignitaires musulmans refusent l’association entre islam et guerre. Ainsi, pour Cheikh Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de la Grande-Mosquée de Paris, "l’islam n’est pas une religion de guerre, de violence, d’agression ou de désunion génératrice de conflits" (Traité moderne de théologie islamique, Maisonneuve & Larose, 1993, p. 329). Pour sa part, Tareq Oubrou écrit : "La paix est plus que l’absence de guerre et de violence. C’est un état intérieur, un état d’esprit" (op. cit., p. 123).
 
On ne saurait nier que bien des musulmans conçoivent certainement la paix de cette manière, qui rejoint d’ailleurs la conception biblique, rappelée par Benoît XVI :
"Selon les Saintes Écritures [l’Ancien Testament], la paix n’est pas seulement un pacte ou un traité qui favorise une vie tranquille, et sa définition ne peut être réduite à une simple absence de guerre. La paix signifie, selon son étymologie hébraïque : être complet, être intact, achever une chose pour rétablir l’intégrité. Elle est l’état de l’homme qui vit en harmonie avec Dieu, avec lui-même, avec son prochain et avec la nature. Avant d’être extérieure, la paix est intérieure "
(Exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente, n° 9, 12 septembre 2012 ; cf. aussi Vocabulaire de théologie biblique, éd. du Cerf, 2009, p. 879).
 
Dans le Coran, la contrainte morale et la violence physique occupent pourtant une place de choix parmi les moyens autorisés, voire imposés, pour propager l’islam. Les verbes "tuer" et "combattre" y sont employés respectivement soixante-douze et cinquante et une fois, dont dix et douze fois à l’impératif.
 
Il s’agit là d’une exigence stratégique qui pousse Allah à exhorter les musulmans :
"
Ne faiblissez pas ! Ne faites pas appel à la paix quand vous êtes les plus forts. Dieu est avec vous : il ne vous privera pas de la récompense due à vos œuvres" (47, 35).
Mais, "
s’ils [les ennemis]inclinent à la paix, fais de même" (8, 61). Il va de soi que la paix ainsi conçue passe par l’acceptation, consentie ou subie, de l’islamisation.
Et, en définitive, les succès humains prouvent la vérité de l’islam.
"
Lorsque viennent le secours de Dieu et la victoire ; lorsque tu vois les hommes entrer en masse dans la Religion de Dieu ; célèbre les louanges de ton Seigneur" (110, 1-2).
"
C’est Lui [Allah] qui a envoyé Son Prophète [Mahomet] avec la Direction et la Religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion" (48, 28). Cf. aussi 9, 33.
 
Il en résulte qu’ "ici-bas, la guerre pour la victoire de l’islam doit être poursuivie tant que l’islam n’est pas entièrement victorieux" (Jean-Paul Roux, op. cit., p. 124).

Pour conclure
Le vocable "islam" est revêtu d’universalité puisque cette religion est destinée à imposer "sa" paix au monde entier. En ce sens, il est en concurrence avec le christianisme qui a, lui aussi, une vocation universelle. Mais une différence fondamentale oppose les deux religions. Dans une étude approfondie sur "Violence et sacré dans le Coran", Jean-Benjamin Sleiman montre comment la doctrine coranique assume l’héritage d’une culture de la violence et du rapport de forces. "Il est clair que la violence pour Dieu passe avant la vie des autres" (in A. Laurent, Vivre avec l’islam ?, op. cit., p. 35-74).
Quant à la doctrine chrétienne relative à la paix, elle exclut tout projet de domination, ainsi que tout manquement à la justice et à charité. "C’est vers cette paix authentique en Dieu que le Christ nous conduit. Il en est la seule porte (Jn 10, 9). C’est cette porte unique que les chrétiens désirent franchir " (Benoît XVI, op. cit.). L’Evangile apporte une perspective totalement nouvelle et bienfaisante par rapport aux principes de l’Ancien Testament, repris en partie par le Coran.
Comme dans bien d’autres domaines, la similitude de mots dans les cultures islamique et chrétienne n’implique ni la même signification ni les mêmes implications.
Paru sur associationclarifier.fr, La Petite Feuille Verte, 6 septembre 2017
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On ne peut imaginer un Léviathan à une échelle aussi vaste que l'Europe
 
Peu à peu, le président de la République
trace un programme ambitieux pour l'Europe, qu'il juge "à un niveau approprié pour recouvrer notre pleine souveraineté dans des domaines qui ne relèvent plus du seul champ national". Il le fait en plaçant l'avenir du continent sous le signe de la "protection" sur tous les fronts : dans le domaine des investissements, sur le plan commercial, sur celui de la défense, des frontières, de la capacité budgétaire comme outil contre les chocs économiques et leurs conséquences sociales. Dans Le Point , il a même invoqué le "Léviathan", figure pourtant peu amène, dont "chacun accepte qu'il soit là pour le protéger".
Le chef de l’Etat connaît ses auteurs, en l’espèce Thomas Hobbes qui, au XVIIème siècle, décrivait l’état de nature comme "la guerre de tous contre tous" : chaque individu, pour se protéger et vivre en société, accepte de céder une partie de ses droits et libertés au Léviathan, "dieu mortel" au pouvoir absolu. Toute liberté se décline sous le signe de l’autorité. Mais comment imaginer un Léviathan à une échelle aussi vaste que l’Europe ? Il faut lire, à cet égard, l’excellent livre de David Engels, paru en 2013 : Le Déclin. Ce jeune historien de l’Antiquité fait un parallèle entre le déclin de la République romaine au 1er siècle avant Jésus-Christ et la crise de l’Union européenne, qu’il juge déjà bien engagée : telle que la machine est lancée, il prédit pour le système européen "un revirement autoritaire " ainsi qu’une "inversion du processus d’émancipation de l’individu engagé en Occident depuis des décennies."
L’autorité sans la liberté, en somme. Car jusqu’ici, dans nos démocraties, c’est bien l’Etat-Nation qui a su concilier ces deux exigences contradictoires, à travers un pouvoir identifié, admis et incarné. Pour nous, Français, cette figure philosophique du bon Léviathan renvoie au système gaullien et au libéralisme d’Etat des premières années de la Vème République, mélange subtil d’étatisme centralisateur, de volontarisme économique et de libéralisme politique. Ce modèle énergique, qui n’existe plus guère sous cette forme en France, peut-il renaître pour être transposé à l’Europe ? Cette perspective n’est pas sans séduction, même si elle semble paradoxale… Le modèle gaullien avait été accepté parce qu’il avait permis de conduire la décolonisation et de rebâtir un système de solidarité sociale efficace dans le cadre d’une économie libérale. Pas d’économie libre sans Etat fort. Et la France, sous de Gaulle, n’en était pas moins une vraie démocratie, où le peuple était rigoureusement consulté et n’était plus le souverain "captif" des deux républiques précédentes.

L’Europe peut-elle reproduire ce bel équilibre, qui est la substance même de la souveraineté ? Elle n’en a pas pris jusqu’ici le chemin… C’est pourtant une vieille idée qui, religieuse ou laïque, est passée par tous les stades de l’imagination humaine. La vision de Richelieu était la plus réaliste : soucieux de contrer le projet de monarchie universelle des Habsbourg et d’éviter la constitution, au centre du continent, d’un "Corps germanique " écrasant, le cardinal-ministre était convaincu que l’Europe ne s’épanouirait dans la paix et la concorde religieuse que par une entente, un équilibre surtout, entre des grands ensembles territoriaux où la France aurait une influence à sa mesure. C’est l’idée qui resurgit avec de Gaulle au début des années soixante, avec l’Europe des Etats. Face à des phénomènes qu’il sentait venir, même s’il ne les appelait pas encore "mondialisation", il écrivait dans les Mémoires d’Espoir que les liens entre les pays européens étaient si anciens et si puissants qu’ils devraient aboutir un jour à une confédération, au terme d’une coopération sans cesse élargie autour des grands intérêts communs – mais acceptée par les peuples. Il avait même proposé, dès septembre 1960, un référendum européen solennel "de manière à donner à ce démarrage de l’Europe le caractère d’adhésion populaire qui lui est indispensable". Mais il avait aussi perçu la profonde équivoque de la mécanique déjà engagée et qui, partant d’une vision purement économique, devait conduire, dans certains esprits, à la substitution totale et définitive d’une souveraineté européenne unique, totale, mais sans visage et sans âme, aux diverses souverainetés nationales. Une fuite en avant, un processus de centralisation dévoyée s’inscrivant contre la seule expression irréfragable de la souveraineté – le vote -, comme l’a montré plus tard le destin réservé en France au référendum de 2005 sur le traité de Rome II.

Ce grand débat européen qui n’avait jamais eu lieu, Philippe Séguin l’avait pourtant imposé en 1992 pour la ratification du traité de Maastricht, car il était évident alors qu’un point de non-retour était sur le point d’être franchi. Approuvé du bout des lèvres par les Français, le traité et ceux qui ont suivi n’ont pu aboutir qu’à la situation actuelle : le sentiment, en France et ailleurs, que les gouvernements ont transféré déjà une large part de leur souveraineté pour faire face aux défis du monde, mais qu’aucune souveraineté européenne réelle n’a pris la relève. Le pouvoir n’a pas été transmis, il s’est dilué, dissous, évaporé, tout en produisant une multitude de petites tyrannies sans véritable contrôle. C’est pourquoi l’ambition manifestée par Emmanuel Macron est d’une logique presque napoléonienne : raisonnant "à la française", il propose de donner enfin à cette souveraineté européenne si insaisissable une vraie cohérence, pour rassurer les peuples sur leur avenir face à la mondialisation, au chômage, aux grands mouvements migratoires.
Mais ne nous promet-elle pas un tout autre Léviathan, celui, toujours plus écrasant et désincarné, que propose par exemple M. Juncker pour l’espace Schengen : en restant dans l’éternelle démarche qui consiste à ajouter toujours de nouveaux étages à une construction mal conçue à l’origine et dont les fondations sont chaque jour un peu plus fragiles et un peu plus contestées ?  Il est temps de regarder les choses en face : peut-on espérer fabriquer un vrai pouvoir européen souverain – c’est-à-dire puissant et libre - à partir d’une autre réalité que les Etats-nations, qui restent en nos temps troublés le seul vrai lieu de la démocratie, la seule garantie de l’adhésion des peuples, le seul refuge contre les explosions identitaires, le seul antidote enfin contre la dictature du chiffre, de la norme et de l’abstraction ?
 
De Gaulle, puis Philippe Séguin avaient vu juste. Il est temps de faire le pari lucide, radical, courageux, d’une refondation de l’Europe sur les bases plus saines de l’Etat-Nation – faute d’un Etat-Nation "européen" qui est voué à rester longtemps encore une chimère, et sous peine de tomber dans le piège dont Séguin avait déjà dévoilé les ressorts sous François Mitterrand : "Le président de la République reconnaît les dérives de la construction européenne. Et pour les conjurer, il en accepte de nouvelles, plus graves encore ". Il n’est pas d’autre issue que de revenir à l’idée gaullienne d’une Europe forte et respectée, mais faite de peuples libres. Il ne s’agit pas d’une quelconque nostalgie, mais d’un retour au réel : le "gaullo-mitterrandisme", en fait de nouvel horizon, est le seul vrai mirage. Il faut choisir, tant qu’il est temps encore, le bon Léviathan.

Paru dans Le Figaro,25 septembre 2017
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L’Etat récidive : trop c’est trop !

Rappelons que le mouvement ETHIC (Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance) s’est indigné - jusqu'à saisir la justice - des " insincérités" de l’Etat dénoncées par la Cour des comptes.
Le Procureur général près la Cour de cassation après analyse, a répondu à ETHIC, qu’il considérait qu’aucune plainte ne se justifiait puisque : "L’altération de la vérité n’est punissable que si elle est de nature à causer un préjudice".
La même indulgence vaudra-t-elle pour l’ancienne Ministre de la santé Marisol Touraine, clairement suspectée de transferts "opaques" par la Cour des comptes pour enjoliver son bilan en matière de réduction du déficit de la sécurité sociale ? Estime-t-on toujours que cela ne mérite aucune sanction ?
Les entrepreneurs sont-ils condamnés à être traités avec la plus grande sévérité, alors que les dirigeants politiques au sommet sont exemptés de toute responsabilité ? Le nouveau rapport de la Cour des comptes présenté le Mercredi 20 septembre dernier, établit en effet le constat suivant :
"Comme en 2016, la construction de l’objectif national des dépenses publiques est entachée de nombreux biais qui en affectent la sincérité"
Ainsi, l’économie n’est plus de 3,2 milliards d’euros comme annoncée par la Ministre mais en réalité de 2,4 milliards d’euros. Soit 800 millions d’euros de dépenses maquillées !
"Ces pratiques trompent clairement les parlementaires qui votent le financement de la sécurité sociale" déclare Sophie de Menthon, Présidente d’ETHIC, "jusqu’où et jusqu’à quand ?".
Un encouragement à continuer de falsifier les comptes de la République au nez des contribuables, estime le mouvement ETHIC.

Communiqué de presse de ETHIC, 20 septembre 2017
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Bientôt la PMA pour toutes ?
 
Le 15 juin dernier, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) a donné un "avis " qui a fait beaucoup de bruit : il a recommandé aux pouvoirs publics d’octroyer aux femmes, un droit inconditionnel à la procréation médicale assistée (PMA).
Jusqu’à présent, la PMA est réservée à celles qui vivent en couple stable avec un homme et sont affligées d’une infécondité dûment constatée par un médecin. Le CCNE suggère d’étendre la sollicitude de la loi aux célibataires et à celles qui partagent leurs existences avec une autre femme, même si elles sont fécondes par nature.
En lui-même, l’avis du CCNE n’a aucune importance. Il ne représente qu’une somme d’opinions individuelles, qui ne sont pas toutes qualifiées sur le plan moral. Si les médias lui ont accordé tant d’attention, c’est parce qu’Emmanuel Macron avait promis, pendant sa campagne présidentielle, d’appliquer ce que le comité recommanderait. Voici l’avis rendu. La défausse que le candidat pensait habile est devenue une obligation délicate pour le Président.
A première vue, en effet, l’élargissement proposé paraît d’importance secondaire. Il intéresse des catégories très minoritaires, lesbiennes ou femmes seules désirant avoir un enfant. Mais il soulève de graves questions que les "sages" du comité contournent prudemment. Macron serait avisé de les peser avec soin. Examinons-les.
               
Le CCNE explique son avis favorable par un seul argument : il est vrai, écrit-il, que les femmes appartenant aux deux groupes visés ne sont a priori victimes d’aucune infirmité physique qui justifierait une intervention médicale. Mais elles sont atteintes "d’infécondité de choix ". Leur orientation sexuelle dans un cas, leur volonté d’autonomie individuelle dans l’autre, les privent de leur "droit à l’enfant ". Le gouvernement est invité à "pallier à leur souffrance" en leur donnant accès à un moyen artificiel de devenir enceintes.
Voici donc le pouvoir politique appelé à montrer sa compassion pour des frustrations qui ont un caractère purement subjectif. C’est une mission inhabituelle pour lui. Il a toujours mis son honneur à ne pas sortir du rationnel et de l’objectif. Je ne connais que deux exceptions. Les "souffrances" qui sont invoquées aujourd’hui prennent la suite des "extrêmes détresses" qui avaient ouvert le droit à l’avortement et des "humiliations insupportables" éprouvées par les homosexuels dont les unions ne pouvaient devenir des mariages. Une fois de plus, l’autorité politique est sommée, non pas de servir l’intérêt général et ses nécessités objectives, mais de contenter des désirs particuliers qui se sentent contrariés. L’expérience montre que donner satisfaction à des exigences de cette nature entraîne le législateur, à ses risques et périls, vers des terrains mouvants et obscurs.    
                 
Ne nous arrêtons pas aux élans sentimentaux dans lesquels le CCNE veut nous enfermer. Examinons "la PMA pour toutes" à la lumière du bien commun. Elle pose trois problèmes principaux.
                 
Le premier est de caractère pratique. La PMA n’est pas une opération simple. Elle coûte cher. Qui va la payer ? La secrétaire d’Etat aux droits des femmes a fait savoir qu’elle proposerait une prise en charge générale par des fonds publics, au nom de l’égalité des patientes. Il n’est pas évident, du point de vue de l’intérêt général, que le budget de l’assurance maladie ou celui de l’Etat, aujourd’hui déficitaires, n’aient pas d’obligations plus pressantes que de satisfaire des "désirs d’enfant" artificiels. Et puis, les statistiques montrent que les donneurs de sperme ne seront pas assez nombreux pour répondre à l’accroissement prévisible de la demande. Certains groupes de pression ont une solution toute simple : que l’Etat (encore lui) prenne à sa charge des campagnes publicitaires d’incitation au don de sperme, comme il le fait pour le sang. Cette mesure ayant peu de chances de convaincre un nombre suffisant d’hommes, l’Etat (toujours lui) est invité à étudier un système de rétribution anonyme. Le CCNE, si bienveillant qu’il soit à la cause des lesbiennes, se sent obligé de mettre le gouvernement en garde contre le risque de "marchandisation des produits du corps humain".  Comme on le voit, les dépenses publiques qu’entraînerait "le droit à la PMA pour toutes" sont susceptibles d’un emballement difficilement maîtrisable et feraient surgir, en prime, de délicats problèmes d’éthique. L’Etat serait pris dans un engrenage dont on ne voit pas l’aboutissement.
                 
Le second problème concerne la relation entre le savoir et la morale. Depuis la plus haute antiquité jusqu’à aujourd’hui, la médecine a eu pour but exclusif de restaurer autant que possible l’intégrité du corps humain, en prévenant, en guérissant ou en soulageant  les maladies et infirmités qui l’amoindrissent. Le praticien est tenu de suivre une règle morale stricte : il s’interdit de mettre ses connaissances au service d’une autre cause que celle-là. Notre époque a apporté une exception à sa mission. Depuis 1974, le code de la santé publique admet que le médecin se fasse l’exécuteur d’avortements voulus par des femmes enceintes sans autre justification que leur désir d’interrompre leur grossesse. Dans ce cas, le praticien renonce à se laisser guider par l’impératif moral de sa profession ; il applique passivement la volonté de sa cliente. "La PMA pour toutes" ouvrirait une autre brèche dans l’éthique médicale. Aider une lesbienne à avoir artificiellement un enfant, ce n’est pas soigner une maladie, mais contenter un désir. Le professionnel de la santé qui s’y prêterait, descendrait pour la seconde fois du rang de libre serviteur d’une morale universelle à celui d’esclave d’exigences individuelles. Le CCNE le pressent quand il s’inquiète timidement d’une dérive qui pousserait les praticiens à "répondre à une demande sociétale" au lieu de soigner des malades. L’accroissement des capacités techniques de la médecine s’accompagnerait de l’irresponsabilité morale du médecin. Une distorsion aussi flagrante menace notre société de débordements terrifiants.
                   
Le troisième problème touche l’enfant qui serait né d’une "PMA pour toutes". Le CCNE a l’honnêteté de reconnaître que "l’absence de partenaire masculin " n’est pas sans conséquences. Elle prive l’enfant d’un père non seulement dans sa vie, mais encore dans la connaissance de ses origines. Elle heurte un droit humain élémentaire. Certains idéologues croient pouvoir nous rassurer, exemples à l’appui : pour ce qui est des lesbiennes, la présence d’une seconde femme compense, disent-ils, l’inexistence d’homme ; les enfants élevés par ce genre de "couples" ne se distinguent pas des autres. Ne nous laissons pas égarer par leurs démonstrations intéressées. Elles n’ont aucune valeur probante. Le CCNE lui-même avoue qu’en ce domaine, il y a "absence de recherche fiable ". Les rares études menées avec une véritable rigueur scientifique rejoignent ce que le bon sens fait pressentir : les adolescents sans père, sont plus exposés que les autres aux troubles de la personnalité, à la drogue, à l’échec scolaire, au suicide. La présence d’une seconde mère, loin de les protéger, les perturbe davantage. En attendant d’y voir définitivement clair, il serait sage que notre classe politique applique le "principe de précaution", inscrit dans notre Constitution depuis quinze ans. Il n’a été invoqué que pour protéger les produits de l’agriculture. Nos enfants valent au moins autant que les plantes.
                    
Au total, "la PMA pour toutes" n’apporte rien de substantiel au bien commun des Français. Elle le met au contraire en danger sur le triple plan politique, moral et social. Quel homme d’Etat digne de ce nom pourrait dès lors prendre la responsabilité d’en faire une loi ?             

Envoyé par l'auteur, 12 septembre 2017
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L’esclavage, l’Afrique, Colbert
 
L’article du Comité Représentatif des Associations Noires (CRAN), publié par le Monde le 18 septembre p. 22, m’a laissé perplexe : il s’agit de débaptiser les lycées et autres lieux portant le nom de Colbert... Combien des signataires de ce texte ont vécu en Afrique, et où ? Combien de signataires de ce papier ont lu sur Wikipédia ou ailleurs les différentes versions du Code noir, conçu d’abord par Colbert, et mis en application d’abord par Louis XIV en mars 1685, puis par Louis XV en mars 1724 ? En quelques mots, ce Code noir considérait l’esclave comme un bien meuble ; le maître avait le droit de l’enchaîner, de le battre de verges, de le mutiler en cas de rébellion ou d’évasion, de le mettre à mort à la troisième récidive. Cela dit le maître devait nourrir et vêtir ses esclaves, les baptiser, les catéchiser, les instruire, leur donner une sépulture. Les enfants bénéficiaient d’une relative protection. Surtout avec nos idées actuelles, c’était atroce. Ayant passé plus de dix ans de ma vie entre la Tunisie, le Congo Brazzaville, le Tchad, sans parler du Moyen-Orient, je voudrais apporter un témoignage.
 
Les historiens sérieux évaluent à quarante millions le nombre d’Africains victimes de l’esclavage entre le VIII° et le XIX° siècle : 17 millions furent "exportés" vers  l’Arabie, le Moyen-Orient et l’Afrique du nord ; 12 millions furent "esclaves de case", autrement dit domestiques forcés, gratuits, à vie, en Afrique ; 11 millions furent envoyés vers l’Amérique et les Caraïbes. Les esclaves chrétiens capturés à l’ouest et au sud de la Méditerranée par les pirates maghrébins ou turcs sont rarement évoqués : la cathédrale de Tunis fut édifiée sur leur cimetière… Cervantès et Saint Vincent de Paul sont les deux plus célèbres.
En Afrique du Nord, au  Moyen-Orient, en Arabie, il n’existe pas de descendants d’esclaves africains. Pour une bonne raison : il n’y avait aucun "Code noir". Les esclaves africains y étaient exploités jusqu’à ce que mort s’en suive, ils ne pouvaient pas fonder une famille et leurs enfants n’étaient pas protégés. Doit-on reprocher au seul Colbert d’avoir imposé des normes à l’esclavage, alors que les Africains participaient à ce honteux trafic ? Doit-on juger ce qui se passait il y a quatre cent ans avec notre sensibilité contemporaine ?
 
Le 2 janvier 1956, ma section a sauvé la vie d’un partisan du député Tchicaya, originaire de Pointe-Noire, alors qu’une foule de Brazzavillois tentaient de le lyncher. J’essayais de comprendre le pourquoi de cette violence. Et le rescapé de me confier : "Je suis de Pointe-Noire, comme Tchicaya, le député, qui est de ma tribu. Eux (les Bacongos de Brazzaville) nous reprochent d’avoir eu des ancêtres transitaires entre les négriers africains et les négriers blancs, et donc d’avoir participé au trafic d’esclaves".
Abéché au Tchad, où je vécus de 1962 à 1965, fut un centre important de "fabrication d’eunuques". La castration  s’effectuait sur de jeunes captifs, non volontaires évidemment, avec un taux de pertes estimé à 60 %, avant que les survivants ne fussent vendus fort cher aux harems d’Arabie, de Turquie et du Proche-Orient. Ce trafic ne fut interrompu que par l’arrivée des troupes françaises à Abéché en 1909.
En septembre 1962, à Brazzaville, lors  d’une conversation avec Monsieur Mabiala, secrétaire général de la défense du Congo-Brazzaville, ce dernier me rappelait que l’esclavage a toujours existé en Afrique avant l’arrivée des Français et des  Britanniques, et que ce sont ces colonisateurs qui ont interdit ce trafic, pas les Africains …
 
Je crois qu’il faut éviter les idées simplistes au sujet de l’esclavage : Européens  et Africains ont participé trop longtemps à cet ignoble trafic. Je ne me souviens pas d’avoir entendu ou lu des protestations du CRAN et des autres signataires de l’article du Monde lorsqu’il fut évident que l’esclavage était toujours pratiqué, aujourd’hui, en Afrique, au Soudan en particulier… Et il faudrait arrêter de laisser croire que seuls les Occidentaux furent responsables de l’esclavage.

Envoyé par l'auteur, 19 septembre 2017
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Macron et la Pologne
 
Quand en 2006 les frères jumeaux Kascinsky se retrouvèrent au pouvoir en Pologne, Lech comme Président, Jaroslav comme président du conseil, la presse bien-pensante et en particulier Le Monde se déchaina comme au temps du général Pinochet : nationalistes, populistes, catholiques, tout fut bon pour les accabler.
Lech est mort à Smolensk dans un accident d’avion, Jaroslav n’a plus de fonction officielle mais à la tête du parti "droit et justice" au pouvoir, apparaît comme l’homme fort de la Pologne.
Le gouvernement est dirigé depuis 2015 par Beata Szydlo qui apparaît aussi inflexible que les jumeaux Kascinsky. La Pologne est avec la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, membre du Groupe de Visegrad, dans le collimateur de la commission européenne, qui l’accuse de ne pas être fidèle aux "valeurs" de l’Europe.
A l’instar de la Pologne, la Hongrie de Viktor Orban qui mit fin à l’invasion de "migrants" venus de Grèce en bloquant la route des Balkans, s’oppose à la création de quotas impératifs de réfugiés, Orban a aggravé son cas en fermant l’université du milliardaire mondialiste Soros à Budapest.
En fait les membres du groupe Visegrad refusent l‘admission de tout migrant, faisant valoir qu’ils ne sont pas, eux, victimes d’attentats islamistes.
L’exécutif européen a entamé une procédure d’infraction contre Varsovie mais aussi Prague et Budapest, la cour de Luxembourg ayant validé les quotas européens de réfugiés. Mais c’est surtout la Pologne - et les 38 millions de Polonais - qui est visée. On lui reproche, en plus du refus d’admission de tout réfugié, la mise au pas des juges et des journalistes.
Il est vrai que Beata Szydlo a fait de la lutte contre l’avortement, la fécondation in vitro et la corruption des médias ses chevaux de bataille, ce qui bien évidemment est contraire aux "valeurs de l’Europe".
C’est dans ce contexte que le président Macron cherche à réformer la directive sur les travailleurs détachés dont bénéficie surtout la Pologne. Que cette directive soit un scandale, imposant aux travailleurs français une concurrence déloyale insupportable, c’est bien évident, mais cette directive n’est pas née de rien et a dû être ratifiée à un moment ou à un autre par la France ou ses représentants.
Quoiqu’il en soit au cours de sa tournée en Europe orientale, au cours de laquelle il a soigneusement évité Varsovie  et Budapest, il s’en est pris à Sofia, à la politique globale du gouvernement polonais, qui porterait atteinte à l’Etat de droit et mettrait la Pologne à la marge de l’Union européenne.
Beata Szydlo n’a pas apprécié, et on la comprend, et a déclaré : "Peut-être ces déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d'expérience et de pratique politique, ce que j'observe avec compréhension, mais j'attends qu'il rattrape rapidement ces lacunes et qu'il soit à l'avenir plus réservé". Pas aimable mais pas faux, si Macron voulait tellement réformer la directive "travailleurs détachés", il serait préférable qu’il s’y prenne autrement et assure par exemple qu’en échange de concessions sur la directive, la France s’opposerait désormais à l’ingérence de Bruxelles dans les affaires intérieures polonaises. Cela ne couterait rien, les sanctions pour atteinte à l’Etat de droit devant être votées à l’unanimité. Plusieurs pays s’y opposent.

Envoyé par l'auteur, dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 11 septembre 2017
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