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La protection contre l’indélicatesse numérique
 
L’informatique donne la possibilité à des acteurs indélicats d’envoyer des messages indésirables en quantité astronomique à des coûts dérisoires. Pour ceux qui reçoivent ces messages, en revanche, le coût (sous forme de pertes de temps et d’énervement) est considérable.
L’usage indélicat du numérique s’est généralisé dans un monde où la délicatesse est une vertu en déshérence. Il figure parmi les causes les plus importantes de la faiblesse de la progression de la productivité dont les pays développés pâtissent depuis près de deux décennies. L’ordre de grandeur de sa contribution à la modestie de la croissance peut être approché par un calcul extrêmement sommaire, que nous livrons tel quel en attendant que quelqu’un apporte à ce problème un traitement plus élaboré :
- L’indélicatesse numérique sera supposée avoir amputé chaque jour d’une demi-heure, en moyenne, le temps de travail productif, demi-heure consacrée à se débarrasser de courriels, de publicités et d’appels téléphoniques intempestifs. Cette demi-heure représente 6,25 % du temps de travail qui aurait pu être productif. Elle inclue la récupération après dérangement (se replonger dans un travail interrompu, qu’il soit manuel ou intellectuel, exige un peu de temps). Bien entendu, cette évaluation au doigt mouillé est discutable, et nous espérons vivement que des investigations approfondies la remplaceront, mais à défaut utilisons-la.
- Pour un PIB français d’environ 2 200 Md€ en 2016, nous considérons que 700 Md€ viennent du capital et 1 500 Md€ du travail, et nous négligeons l’impact de l’indélicatesse numérique sur la première composante.
- Sous ces hypothèses, en France le manque à produire dû à l’indélicatesse numérique pourrait avoir atteint en 2016 environ 6,25 % de 1 500 Md€, soit 94 Md€.
Cet ordre de grandeur n’est pas négligeable. Concrètement, cela veut dire par exemple que le cœur régalien de l’État (armée, police, tribunaux, système d’incarcération/réhabilitation des délinquants, traitement de l’immigration), qui est en grande difficulté, pourrait être remis à niveau si la ponction sur le travail était réalisée à son profit plutôt qu’à celui des organismes et des personnes qui utilisent l’informatique et la télématique en produisant massivement des pertes de temps (en jargon économique, des externalités négatives) pour les autres utilisateurs.
Comme les actes de délinquance, les indélicatesses numériques détruisent beaucoup plus de valeur pour l’ensemble de la population qu’elles ne procurent de revenus à ceux qui la commettent. Un voleur obtient en moyenne un butin 3 ou 4 fois inférieur aux pertes qu’il inflige à sa victime (ménage ou entreprise). Il en va de même pour un escroc et plus encore pour un vandale : le plaisir que prend celui-ci en mettant le feu à une voiture représente évidemment beaucoup moins que la valeur du véhicule et que les soucis en cascade qui résultent de son acte.
 
Ce constat de simple bon sens, confirmé par des études réalisées à la demande de l’Institut pour la justice, indique qu’il serait probablement très "rentable" d’accentuer la lutte contre la délinquance et la criminalité ; il nous paraît probable qu’un accroissement des efforts de protection contre l’indélicatesse numérique le serait également. En tous cas la question mérite d’être posée.
Dans ce cadre la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a un rôle important à jouer. L’invasion de notre vie par les opérations numériques telles que les appels téléphoniques, les textos (SMS) et courriels indésirables (Spams), ainsi que par la plus grosse partie de la publicité sur internet, constitue une importante nuisance. La création au sein de la DGCCRF, en 2016, de Bloctel, service permettant aux particuliers de s’inscrire sur une liste d’opposition au démarchage téléphonique, est un début.
 
Ce système est encore terriblement bureaucratique – et fort peu numérisé : l’adhérent mécontent est censé connaître (pour le communiquer à Bloctel) le nom de l’entreprise (et même de la personne !) qui lui téléphone. Il faudra évidemment moderniser ce service, notamment en automatisant la détection des auteurs d’appels intempestifs. Seul le bon numérique peut lutter efficacement contre le mauvais numérique. Il faudra aussi aller plus loin, ne pas se limiter aux appels téléphoniques.
L’apprentissage de la politesse numérique ne sera pas plus spontané que ne l’est celui de la politesse classique, responsabilité importante des parents et des enseignants qui est hélas quelque peu laissée à l’abandon. Le travail à réaliser est énorme. Comme le disait à ses enfants le laboureur mis en scène par Jean de La Fontaine : "travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins" !
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Quand un démographe démontre la réalité du "remplacement"
 
Le dernier livre d'Hervé Le Bras est une ode aux migrations qui prouve paradoxalement que "l'invasion" n'est pas un fantasme de peuples apeurés mais une réalité statistique.
 
"Le grand remplacement" n'est ni un fantasme ni un complot ; c'est le secret le mieux gardé de la mondialisation ; son principe, son moteur, son âme. Ce n'est pas Renaud Camus, l'auteur de cette formule aussi brillante que sulfureuse, qui l'affirme ; ni un militant "identitaire", ni même un de ces intellectuels "réactionnaires" voués aux gémonies par la bien-pensance. C'est l'un des plus célèbres démographes français, l'un des piliers des pages idées de la presse de gauche, le compère d'Emmanuel Todd, le contempteur du Front national et des "fantasmes d'invasion" : Hervé Le Bras.
Bien sûr, notre auteur continue de pourfendre cette notion de "grand remplacement", mais le paradoxe est qu'il en démontre l'implacable réalité mieux que quiconque. Il rejette le mot pour mieux en faire accepter la chose. Jamais il n'a été aussi clair, aussi limpide. Comme s'il tombait le masque. Comme s'il pouvait décrire la réalité sans fard car il était trop tard pour l'arrêter.
 
Que nous dit son dernier opuscule ? Que la mondialisation, d'abord déménagement d'usines dans les pays pauvres, est désormais déménagement d'hommes dans les pays riches. Que ce ne sont pas les plus pauvres qui émigrent, mais les moins pauvres des pays pauvres. Que les stratégies d'aide au développement sont donc un leurre comme les réfugiés climatiques. Que "la croissance de la population française dépend des migrations… Sans l'entrée d'étrangers, le solde migratoire de la France deviendrait négatif et la croissance démographique cesserait rapidement…"
Que les politiques devraient s'intéresser autant à l'immigration qu'à l'émigration. Que "200.000 départs par an représentent presque le quart d'une génération". Que les immigrés d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ceux d'hier, car "les migrations à longue distance qui viennent du monde entier ont remplacé les déplacements de proximité". Ceux-ci rejoignaient une nation, une culture, une histoire à laquelle ils s'assimilaient (ou étaient renvoyés) ; ceux-là rallient une diaspora étrangère et ne cherchent qu'à "valoriser leurs compétences". Et il est indigne de demander à leurs enfants de s'intégrer. S'intégrer à quoi ? À qui ? Pour Le Bras, un Français est celui qui a une carte d'identité française. À Saint-Denis, notre démographe voit 71 % de Français. Ce ne sont pas les mœurs qui font une nation, mais des papiers. Pas l'histoire, mais le droit. L'homme est un Homo migrans. L'homme n'est qu'un petit poisson rouge qui passe d'un aquarium à l'autre, comme sur la couverture de son livre. Un petit poisson rouge indifférencié, qui ressemble à un autre poisson rouge, sans mémoire ni racines.
 
Il n'est pourtant dupe de rien. Le Bras a bien compris que nous étions revenus au plus ancien affrontement de l'humanité, "l'opposition entre ceux qui viennent de loin et ceux qui viennent de près, une opposition qui remonte au début de l'ère néolithique quand l'agriculture et l'élevage se sont répandus sur la Terre". Le millénaire affrontement entre sédentaires et nomades, le combat biblique entre Caïn (l'agriculteur) et Abel (pasteur de petit bétail) ; Caïn tue Abel et fonde la première ville, pour protéger les paysans contre les nomades. Le crime fonde la civilisation. Cette histoire reprend partout sous les yeux dessillés de notre auteur, qui voit avec pertinence les Boko Haram, Daech, etc. comme "des sociétés hiérarchiques issues du nomadisme (opposées) à des sociétés plus démocratiques d'agriculteurs sédentaires". Une opposition qui ne doit pas être réduite aux habituelles distinctions entre sunnites et chiites ou musulmans et chrétiens. Mais une distinction que Le Bras devrait étendre à nos contrées, non seulement pour les attentats revendiqués par Daech mais aussi, et surtout, pour la violence, abusivement qualifiée de délinquance, voire d'incivilités, de nos bandes banlieusardes (pour la plupart dirigées par des caïds sunnites) qui ont mis en coupe réglée d'innombrables quartiers, appelés "zones de non droit" alors qu'elles devraient être qualifiées plus justement, comme les Anglais osent le faire, de "sharia zones".
 
Mais Le Bras a choisi son camp, soutient la revanche historique d'Abel sur Caïn: il est pour les nomades. "Les migrations actuelles ne sont pas le fait de groupes guerriers, mais de civils sans armes ni hiérarchie. Toute comparaison avec les invasions du passé est donc fausse, bien qu'elle soit monnaie courante." Le Bras nous la baille belle : ces groupes de civils sans armes ni hiérarchie sont le comble de la guerre asymétrique, la guerre du faible au fort. Des envahisseurs d'autant plus redoutables que leur force est dans leur faiblesse, dans l'humanisme et la culpabilité des adversaires.
Le Bras accepte le monde tel qu'il est devenu. Cette essence même du conservatisme définit ce qu'on appelle aujourd'hui un progressiste.
Notre monde "extraordinairement polarisé où l'impérialisme colonial a été supplanté par l'impérialisme culturel" détermine les stratégies de chacun : les meilleurs des Français émigrent aux États-Unis, tandis que les meilleurs des Africains émigrent en France. Hervé Le Bras trouve ringards (et racistes) ceux qui s'en offusquent. Il juge surtout ridicules ceux qui veulent arrêter la marche du monde. Vous réclamez du pain, mangez de la brioche ! Vous vous plaignez de l'immigration chez vous, immigrez chez les autres. Entrez dans la ronde plutôt que de tenter vainement de l'interrompre. Ne pensez surtout pas au destin de votre pays, pensez à votre destin individuel. "Il faudra admettre que la France perdra une partie de ses “meilleurs” citoyens qui seront remplacés par une partie des “meilleurs” citoyens de pays situés au-dessous d'elle dans l'ordre mondial."
Les uns remplaceront les autres, mais le grand remplacement n'existe pas. Le Bras est le Pangloss des migrations. Tout est bien dans le meilleur des mondes. Le grand remplacement est un grand déménagement du monde et Hervé Le Bras est son agent immobilier.

Paru sur Figarovox, 12 avril 2017
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Faut-il réduire le nombre des fonctionnaires ?
 
Certains candidats à la présidence de la République mettent l’accent, dans leurs programmes, sur la réduction du nombre des fonctionnaires. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle, car le mot "fonctionnaire" a deux significations distinctes :
- au sens strict, il s’agit d’un agent titularisé, dont la situation n’est pas régie par un contrat de travail et, le cas échéant, une convention collective, mais par la loi et le règlement.
- au sens large, ce mot est employé pour désigner tout agent employé par certaines administrations publiques, principalement l’État, les collectivités territoriales, et les hôpitaux publics, qu’il soit titulaire ou sous contrat. Bien que la sécurité sociale soit une administration publique, ses salariés (tous de droit privé) ne sont pas considérés comme des fonctionnaires au sens large du terme.
 
De telles subtilités compliquent évidemment la tâche de ceux qui ont à s’exprimer sur la façon de gérer le personnel des administrations publiques. Rien n’est simple, et les chiffres sont ambigus puisque le mot utilisé pour désigner telle ou telle catégorie a souvent plusieurs significations, les unes plus larges, les autres moins.
La titularisation, actée par une autorité ad hoc, crée un ensemble de droits et d’obligations statutaires. En particulier, quand un poste est supprimé, l’administration doit trouver au fonctionnaire titulaire qui l’occupait un emploi correspondant à son grade.
Une forme de réduction du nombre des fonctionnaires (au sens strict) consiste à titulariser une plus faible proportion des agents des administrations. Ce n’est pas la même chose que de recruter au total moins de personnel pour les dites administrations, même si les deux types de réduction peuvent évidemment se combiner. Les candidats font des déclarations à l’emporte-pièce qui ne tiennent pas compte de ces subtilités, mais celui d’entre eux qui s’installera rue du faubourg Saint Honoré devra bien s’en préoccuper.
 
Quels reproches peut-on faire au statut de fonctionnaire titulaire ?
Les textes prévoient toutes sortes de dispositions généreuses, comme une augmentation du traitement à l’ancienneté constituant un minimum en-deçà duquel les services du personnel ne peuvent pas descendre, même si le travail effectué est plutôt médiocre. Mais certaines conventions collectives comportent elles aussi des "gentillesses" quelque peu excessives. Le licenciement pour insuffisance professionnelle est prévu par les textes. La révocation, sanction disciplinaire prise à la suite d’une faute grave, l’est également. Si la loi et le règlement étaient appliqués avec une certaine rigueur, il est probable que les chefs de services, les directeurs, et au sommet de la pyramide les ministres pourraient, presque comme dans le secteur privé, renvoyer une bonne partie des "canards boiteux" dont le travail est quantitativement ou qualitativement très insuffisant.
Le hic est que cela ne se fait pas. La possibilité donnée aux fonctionnaires titulaires de "se la couler douce" est davantage une question de mentalité collective que de dispositions juridiques. Et si l’on compare la façon dont les choses se passent dans les services de l’État, à la SNCF et à la sécurité sociale, on constate que la mentalité collective, confortée par des syndicats puissants, aboutit à des résultats voisins en dépit du fait que, dans les deux derniers cas, il ne s’agit pas de fonctionnaires stricto sensu – ni même lato sensu à la SNCF.
Autrement dit, si le statut de la fonction publique facilite le maintien en poste d’agents qui ne font pas un travail satisfaisant, il ne suffirait pas de le supprimer pour améliorer la qualité des services rendus et la productivité.
Embaucher désormais surtout dans le cadre du droit du travail ordinaire serait certes une bonne chose, mais pour donner à nos administrations un punch suffisant pour faire nettement mieux avec un nombre d’agent inférieur il faudrait en sus, et surtout, que les ministres, les maires, les présidents des conseils départementaux et régionaux, se comportent en chefs d’entreprise, et impulsent le souci de l’efficacité aux cadres qui, sous leur responsabilité, doivent diriger et motiver le personnel.
 
La bureaucratie, mère du gaspillage
La contrainte budgétaire existe déjà dans les services publics, et quasiment tous les chefs de service estiment leurs dotations dramatiquement insuffisantes. Mais ils mesurent cette insuffisance dans un cadre donné, considéré comme inamovible : par exemple, modifier, la loi et le règlement pour simplifier le travail et améliorer son efficacité n’est presque jamais sérieusement envisagé. Les policiers, entre autres, ont beau expliquer qu’en simplifiant les procédures ils pourraient consacrer davantage de temps à courir après criminels et délinquants, la contrainte institutionnelle et bureaucratique est rarement assouplie. Bien entendu, constatant la difficulté qui existe à ce niveau, les fonctionnaires soucieux de la qualité du service public demandent en compensation de desserrer la contrainte budgétaire. C’est comme cela que l’on en arrive à demander trop au contribuable par rapport à ce qui est apporté au citoyen.
Une expérience, menée par Alain Madelin quand il était à Bercy, éclaire ce problème. Le ministre avait remarqué l’agacement de ses chefs de service obligés de passer par des procédures très lourdes pour tout achat de matériel et de fournitures. Il avait mené une petite enquête, sur le thème suivant : "de combien accepteriez-vous que soit réduit ce poste budgétaire si la liberté vous était donnée de commander directement et sans formalité ce dont vous avez besoin ?" Les réponses tournaient autour de 20 %. Autrement dit, si ces hauts fonctionnaires cherchaient à disposer de toujours plus de crédits d’approvisionnement, c’était parce qu’ils étaient prisonniers d’un carcan réglementaire : ils commandaient à l’avance, par le canal des appels d’offre, bien plus de matériel et de fournitures qu’il ne leur en fallait, de façon à éviter de se trouver "coincés" un jour par l’impossibilité réglementaire de remplacer du jour au lendemain la photocopieuse ou l’ordinateur ayant trépassé.
 
Ce petit exemple est révélateur d’une réalité bien plus générale : il serait possible de réaliser des économies substantielles en offrant aux services plus de liberté grâce à un élagage de la réglementation étouffante à laquelle ils sont soumis. Actuellement, l’argent des contribuables est gaspillé pour compenser la contrainte bureaucratique et la complexité abusive qui pèsent sur les administrations publiques. On peut dépenser moins à condition de ne pas s’encombrer de fatras procéduraux.
Il en va de même pour les embauches : quand le besoin d’une personne supplémentaire se fait sentir, on ignore si c’est pour 2 ans, pour 10 ans, ou indéfiniment. Mais comme le recrutement dans un corps bien déterminé est effectuée pour une période allant jusqu’à la retraite, le risque est grand de se retrouver un jour avec quelqu’un dont l’administration n’a plus l’usage. La reconversion à l’intérieur de la fonction publique n’est pas inexistante, mais elle reste trop rare. La solution actuellement trop souvent utilisée consiste à mettre sur une voie de garage la personne devenue peu utile, et à effectuer un nouveau recrutement. Voilà clairement une mauvaise habitude.
 
Autonomie de gestion et concurrence
La concurrence est un stimulant dont les organisateurs de nos services publics ne se servent pas assez. Au sein de l’Éducation nationale, par exemple, de multiples établissements font sensiblement le même travail, et se trouvent potentiellement en situation de concurrence. Pourquoi ne pas rendre effective cette potentialité ? Le recours au ticket scolaire, dans le cadre d’une plus grande autonomie de gestion, pourrait booster les performances, aboutir à de meilleurs résultats éducatifs. Dès lors que chaque établissement serait maitre de ses recrutements et de ses méthodes pédagogiques, et responsable de son budget (avec le ticket scolaire, attirer peu d’élèves signifie avoir un maigre budget), les mentalités évolueraient rapidement. Il y aurait, à nombre d’élèves donné, moins d’enseignants et de personnel administratif, mais ils seraient plus motivés et plus productifs.
Ce sont des évolutions ou révolutions de ce genre qui peuvent donner à la France une administration plus efficace. Diminuer le nombre des fonctionnaires ne doit pas être un objectif, mais une conséquence du renouveau de nos services publics, dotés d’une meilleure gouvernance.
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Vel’d’hiv’ : où était la "vraie France" ?
 
Je ne suis pas un électeur de Marine Le Pen, tout juste un modeste historien de la France Libre, de l’armée française sous l’Occupation et, plus récemment, de la Collaboration (1) Cette qualité m’incite, d’une part, à juger que la question de la responsabilité de la France dans la grande rafle du Vél’d’Hiv’ n’a rien à faire dans l’actuelle campagne pour l’élection présidentielle, et que, d’autre part, puisqu’elle vient d’être l’objet d’une nouvelle instrumentalisation à des fins politiques, il n’est jamais trop tard pour rappeler aux acteurs et aux commentateurs de la vie politique quelques vérités élémentaires.
 
Je voudrais d’abord renvoyer les uns et les autres au texte de deux plaques mémorielles. La première a été apposée sur le mur du l’immeuble situé au n° 8 du boulevard de Grenelle, à l’angle de la rue Nélaton, à l’emplacement du Vél’d’Hiv’, détruit en 1959.
En voici le texte :
"Les 16 et 17 juillet 1942, 13152 Juifs furent arrêtés dans Paris et sa banlieue, déportés et assassinés à Auschwitz. Dans le Vélodrome d’hiver qui s’élevait ici, 4115 enfants, 2916 femmes, 1129 hommes furent p     arqués dans des conditions inhumaines par la police du gouvernement de Vichy sur ordre des occupants nazis. Que ceux qui ont tenté de leur venir en aide soient remerciés. Passant, souviens-toi !"
 
La seconde plaque a été apposée le 29 mars 2003 sur la façade de toutes les écoles de Paris. En voici le texte :
"A la mémoire des élèves de cette école, déportés de 1942 à 1944, parce qu’ils étaient nés juifs, victimes innocentes de la barbarie nazie, avec la complicité du gouvernement de Vichy. Ils furent exterminés dans les camps de la mort. Ne les oublions jamais."
 
Dans les deux cas, le seul "gouvernement de Vichy", et non "la France", est incriminé.
Et pourtant, dans le discours prononcé à l’emplacement de l’ancien Vél’d’Hiv’, Jacques Chirac, président de la République nouvellement élu – se démarquant du général de Gaulle mais aussi de François Mitterrand, qui, tous deux, estimaient que la seule France légitime était la France Libre – a affirmé la responsabilité de "la France", dans la rafle des Juifs (16 juillet 1995) : "La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux." Dans le même discours, Jacques Chirac reconnaît que "la France droite, généreuse, fidèle à ses traditions", n’était ni à Vichy ni à Paris, mais "dans les sables libyens et partout où se battent les Français libres […], à Londres, incarnée par le général de Gaulle […] présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces ‘’Justes parmi les nations’’ qui […] ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur."
Ces propos recélaient une incontestable contradiction : si la vraie France n’était ni à Vichy ni à Paris, comment lui imputer un crime décidé à Vichy et commis à Paris ? Sur le moment, seule la phrase sur "l’irréparable" est retenue, suscitant de violentes réactions de personnalités gaullistes (Pierre Messmer, Philippe Séguin).
 
Dix-sept ans plus tard, dans la lignée de Jacques Chirac, François Hollande, lui aussi nouvellement élu, est revenu sur ce "crime commis en France par la France", tout en précisant : "La vérité, c’est que la police française, sur la base des listes qu’elle avait elle-même établies, s’est chargée d’arrêter les milliers d’innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C’est que la gendarmerie française les a escortées jusqu’aux camps d’internement.  […] La vérité, c’est aussi que le crime du Vél’d’Hiv’ fut commis contre la France, ses valeurs, ses principes." (22 juillet 2012)
Cette dernière phrase suggère que, s’il a été commis contre la France, le crime ne peut, dans le même temps, avoir été commis par la France. La contradiction est d’autant plus patente que, dans le même discours, François Hollande, lui aussi, rend hommage aux "Justes", qui ont permis aux trois quarts des Juifs de France d’échapper à la déportation ; au général de Gaulle ; à la Résistance ; aux soldats de la France Libre – sans rappeler toutefois, comme le lui a reproché Jean-Pierre Chevènement, que le crime du Vél’d’Hiv’ a été commis "sur l'ordre de l'Etat français de Vichy collaborant avec l'Allemagne nazie".
 
On ne peut prêter ni à Jacques Chirac, ni à François Hollande, l’intention de participer à la réhabilitation de Vichy. Toutefois, leurs déclarations concomitantes entretiennent un certain flou historique, en permettant d’identifier "l’Etat français" et "la France" : "Quand il parle de la responsabilité de l’Etat français, explique Henry Rousso à propos de Jacques Chirac, il évoque l’Etat dans sa continuité, et non pas seulement Vichy. C’est reconnaître que ce régime avait une forme de légalité, voire de légitimité. Et donc que ses crimes doivent être assumés par ses successeurs." En outre, Chirac parlait d’une "faute collective" à propos de la rafle du Vél’d’Hiv’ : "Notion moralement et juridiquement très discutable, que le droit international n’a pas reconnue, rappelle Henry Rousso, pas même en ce qui concerne l’Allemagne de l’après-guerre.. " (Libération, 17 juillet 1995)
 
Cela dit, il est normal que les torts causés par l’Etat français aux Juifs soient réparés par la République française. Ils ont commencé à l’être, dès la Libération, avec la restitution à leurs propriétaires des biens mis sous séquestre pendant l’Occupation. Et ils n’ont, fort heureusement, jamais cessé de l’être. Il s’agit là d’un devoir de justice élémentaire, mais qui ne peut pas interférer avec le débat historique de fond. Affirmer la responsabilité de "la France" dans la persécution des Juifs, c’est affirmer celle de tous les Français, c’est, implicitement, réintégrer Vichy dans la continuité de l’histoire de France. C’est, à terme, prendre le risque d’encourager la réhabilitation d’un régime condamné par la Justice et par l’Histoire.
Ce risque, Serge et Arno Klarsfeld n’ont, semble-t-il, pas hésité à la prendre quand, à propos du discours de Jacques Chirac – qui, rappellent-ils, «"proclame que la culpabilité de Vichy entraîne celle de la France" - ils expliquent qu’ "il y avait d’autres France [que celle de Vichy], celles des résistances intérieure et extérieure, et surtout celle des Justes français" (Le Monde, 24 octobre 2012). Quarante ans auparavant, Robert O. Paxton avait, il est vrai, employé l’expression "la France de Vichy", mais dans une acception tout à fait différente : Paxton étudiait le régime de Vichy dans sa spécificité, sans prétendre démontrer que Vichy avait été "la France". Ecrire qu’il a existé une "France de Vichy" à côté d’autres France, c’est aller contre le principe de la "République une et indivisible", c’est en quelque sorte reconnaître que le régime de Vichy avait une certaine légitimité, ce qui revient – implicitement - à le réhabiliter.

 
(1)  François Broche est l’auteur d’un Dictionnaire de la Collaboration (Belin, 2014), et, en collaboration avec Jean-François Muracciole, d’une Histoire de la Collaboration, 1940-1945 (Tallandier, 2017)
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La Fontaine, toujours
 
On a du mal à comprendre l’intérêt qu’aurait eu Bachar el Assad à gazer ses populations même rebelles alors qu’on est en train de négocier un accord de sortie de crise; enfin admettons. Trump aurait pu attendre les résultats d’une enquête avant de casser la baraque. Il est vrai que sa principale motivation est de politique intérieure.
Il n’en reste pas moins que les puissances qui, contre leurs engagements du TNP, ne cessent de perfectionner leurs armes de dissuasion avec lesquelles elles ont de quoi détruire le monde, semblent mal placées pour donner des leçons sur l’usage des "armes de destruction massives". D’autant que si les Etats Unis et leurs séides dont la France n’avaient eu de cesse de déstabiliser la région du monde allant de la Tunisie à l’Afghanistan, par des interventions en Afghanistan, en Irak et en Libye et des soutiens, voire des incitations aux révolutions dites du "printemps arabes", déstabilisant pour des prétextes discutables tous les pays ayant un régime à peu près laïc, Tunisie, Egypte, Syrie, en ne ménageant que les théocraties les plus arriérées, Arabie Saoudite, Qatar, nous n’en serions pas là. Il est probable que l’Etat Islamique n’aurait jamais émergé et que le terrorisme islamique aurait été contenu.
D’autant qu’il faut savoir ce que l’on veut, venir à bout de l’Etat Islamique ou déboulonner Bachar, on ne court pas deux lièvres à la fois et je suis aussi indigné par la mort de 45 coptes que par celle des syriens.
Dans ces conditions condamner Bachar el Assad fait penser à la fable de La Fontaine, "les animaux malades de la peste" : "… à ces mots on cria haro sur le baudet… ce pelé, ce galeux d’où venait tout leur mal…Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com
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De l’indignité nationale

"Lyautey, Ferry, Lebrun seraient-ils des criminels contre l’humanité ?" C’est en fait la question que Barbara Lefebvre, professeur d’histoire, a posé au cours de l’émission politique de France 2, ce 6 avril 2017, au candidat Macron.
Après l’avoir accusé, exemples à l’appui, d’ "aggraver la fracture identitaire" elle a ajouté : "Est-ce que demain je devrais dire à mes élèves que Hubert Lyautey, Jules Ferry, Albert Lebrun sont des criminels contre l’humanité ?". "Non, a-t-il répondu. Mais, plus de soixante ans après il faut ouvrir les yeux : les mémoires sont profondément traumatisées au sujet de la guerre d’Algérie".

Non seulement, les Français ont ouvert les yeux, mais encore plus grandes leurs oreilles pour entendre des excuses attendues de la part de ce candidat qui à l’étranger, ce qui est encore plus grave, s’est permis de dire à propos de la colonisation : "C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes".
Même les "illettrés" qu’il a déjà fustigés connaissent les massacres commis, y compris après le cessez-le-feu" par le FLN, toujours au pouvoir en Algérie, comme ils savent que la Guyane n’est pas une île !

Ces propos impardonnables n’ont pas été condamnés par le Président de la République, pas davantage par le gouvernement auquel il a appartenu. C’est bien la preuve que le candidat Macron se situe dans la continuité de la politique d’échecs menée depuis cinq ans, tout en cultivant à son corps défendant la même idéologie.
Preuve supplémentaire : il emploie les mêmes méthodes, comme : "diviser pour régner", quitte à raviver de vieilles querelles pour que le temps ne les efface pas. La seule nouveauté est l’usage de méthodes de gourou qui font, non pas marcher, mais courir ceux qui, abusés, ignorent que le paradis promis n’est que le cimetière des libertés, à commencer par celle de penser.

Au même niveau d’accusation de "crime contre l’humanité" pour ceux qui ont participé à l’œuvre humaine et généreuse, composante de la grandeur de la France, il y a "l’indignité nationale" pour ceux qui s’attaquent à la grandeur de la France à travers ceux qui en ont été les artisans.
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L’émotion et le cynisme
 
L’attaque suivie d’un épandage de gaz toxique (sarin ? ) le 4 avril dernier  à Khan Cheikhoun (province d’Idlib) a provoqué une émotion dans laquelle l’observatoire syrien des droits de l’homme s’est engouffré : le coupable ne pouvait être que Bachar el Assad et son régime. Je rappelle que cet "Observatoire syrien des droits de l’homme" est une officine islamiste basée à Londres : elle ne signale que les turpitudes de Bachar el Assad et elle occulte celles de ses ennemis. Immédiatement Donald Trump a voulu redorer son image : à la différence de son prédécesseur, il entend prouver qu’il ne recule devant rien, il donne satisfaction à ses alliés sunnites d’Arabie saoudite et du Golfe, il montre qu’il sait tenir compte des émotions des chaumières. Il a donc fait bombarder par des missiles de croisière la base aérienne d’où seraient partis les avions qui ont bombardé Khan Cheikhoun, le 7 avril, avant la moindre enquête sérieuse. Car enfin, tous, l’ONU en tête, s’étaient félicités de la destruction des stocks syrien de gaz de combat : les enquêteurs auraient-ils mal fait leur travail ? Les opposants à Bachar el Assad ont déjà utilisé des gaz toxiques récupérés dans les dépôts de Kadhafi : est-on certain que la thèse russe est fausse,  selon laquelle un bombardement syrien aurait touché un arsenal de Daech contenant des gaz asphyxiants ?
 
Cela dit, le bombardement de la base de Charit (orthographe incertaine) semble avoir eu des effets limités : la piste paraît toujours utilisable. Et les Russes vont vraisemblablement installer un système anti missile en Syrie. Peut-on croire qu’il n’y a pas risque d’escalade ?
La France a perdu toute capacité d’influence en Syrie depuis les fautes commises par Fabius quand il était ministre des affaires étrangères : le départ de Bachar el Assad est un préalable répétait-il. Faut-il en plus se mettre à la remorque des Etats-Unis ?
Mais le cœur du problème est ailleurs. Impose-t-on la démocratie et les droits de l’homme par des bombardements ? Si Bachar el Assad est éliminé, qui lui succèdera ? Quelques Syriens se prétendent démocrates, mais quand on voit leur façon de combattre en multipliant crimes de guerre, on reste sceptique... Les précédentes interventions occidentales n’incitent guère à l’optimisme : un Etat maffieux règne au Kosovo, le chaos est durablement installé en Libye, en Afghanistan et en Irak. Faut-il l’aggraver en Syrie ?
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Pitié ! Pas un autre "Grand débat"
 
Arrêtez les frais ! Un autre "Grand débat" sur la présidentielle n’est pas nécessaire. La resucée prévue le 20 avril (1) n’apportera rien de plus à la longue et fastidieuse soirée d’hier (près de 4 heures !) diffusée parCNews et BFMTV. Elle n’a d’ailleurs recueilli que 6,3 millions de téléspectateurs. Il est vrai qu’il ne fallait rien attendre d’une formule imposant à chacun des onze candidats un temps de parole en pointillé, limité à chaque fois à une minute trente environ. Il est évidemment loisible de saluer l’exercice démocratique, qui a permis à des personnalités méconnues d’exposer leurs idées. Mais ce Café du Commerce ne pouvait être à la hauteur des enjeux de la présidentielle, ni moins encore de l’image qui est attendue de la cinquième puissance mondiale. La lutte des classes, promue par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, a fait rappeler que ce communisme qui se pavane et fait la leçon reste l’héritier de celui qui, au XXe siècle, a causé plus de cinquante millions de morts. La faucille et le marteau, qui se retrouvent aussi parfois sur des drapeaux brandis lors de meetings de Jean-Luc Mélenchon, m’indignent autant que la vision d’une croix gammée. Mais si le régime nazi a connu son procès de Nuremberg, qui a heureusement criminalisé son idéologie et son insigne, le communisme n’a jamais eu à se confronter à ses propres massacres. Il passe à la télé…

La France réelle ne peut se résumer à cette grande majorité de candidats hostiles au libéralisme et à l’Europe, hormis François Fillon et Emmanuel Macron. Les réponses à la crise de l’endettement et à celle de l’identité nationale n’ont de ce fait été qu’esquissées. Ce mercredi, de nombreux médias promeuvent Poutou en vainqueur du show, pour avoir notamment accusé Fillon de corruption, dans un numéro de démagogie attendue. C’est dire à quel point les débats volent bas. Pour ma part, j’ai trouvé Fillon sobre et efficace, comme à son habitude. Je le vois comme le gagnant de cette épreuve. Macron ressemble de plus en plus à un personnage théâtral, désincarné et insincère ; à minuit, son carrosse s’est transformé en citrouille. Marine Le Pen a souvent fait figure de modérée devant les "révoltes" de Jacques Cheminade ou les violents assauts contre l’Union européenne de François Asselineau. Si Benoît Hamon n’imprime toujours pas face à un Mélenchon de plus en plus hugolien, Nicolas Dupont-Aignan a fait valoir son envergure politique et s’en est bien sorti. Je retiens aussi cette constatation du déroutant Jean Lassalle, faite après avoir arpenté les banlieues : "Il y a des enfants de France qui veulent mettre un terme à notre civilisation". Mais comme il avait dépassé son temps imparti, les journalistes lui ont demandé d’abréger.
(1) Dans la soirée de mercredi, France 2 a annoncé qu'elle renonçait à organiser ce débat

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 5 avril 2017
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Et la Corée du Nord ?
 
Un proverbe congolais dit "Quand des éléphants se battent, il vaut mieux se mettre à l’abri". Constatons que les candidats à la présidence de la république française ne semblent guère se préoccuper de la Corée du Nord et de son programme atomique, si loin de nos réels soucis : emplois fictifs, sondages, népotisme, … etc. La Corée du Nord vient de lancer un missile à longue portée, ce qui laisse nos candidats indifférents.
Pourtant s’il existe un risque de déflagration nucléaire, c’est bien en Extrême-Orient qu’il existe, comme le rappelle l’hebdomadaire "Time" du 3 avril. Résumons en quelques mots une équation à plusieurs inconnues. 
 
Kim Jong Un est l’avatar contemporain du Prince de Machiavel : après avoir fait fusiller son oncle, il vient de faire assassiner son demi-frère. Il ne veut pas être éliminé comme Kadhafi l’a été. Il entend donc disposer d’armes nucléaires capables de frapper les Etats-Unis, de façon à être invulnérable et imposer ses choix pour une réunification de la péninsule coréenne.
La Chine ne veut pas d’une réunification des deux Corée, qui mettrait un allié des Etats-Unis à sa frontière. Même si la politique nucléaire de la Corée du Nord ne l’enchante pas, elle maintient avec le régime de Pyongyang des relations  économiques qui annulent l’effet des sanctions imposées par les Etats-Unis et ses alliés.
Les Etats-Unis sont depuis longtemps inquiets du potentiel nucléaire de la Corée du Nord. Le Président Clinton avait entamé des négociations pour arrêter le programme atomique coréen : les résultats ne furent pas évidents. Le Président Obama eut d’autres priorités, mais il avertit son successeur du défi que la Corée du Nord serait durant sa présidence.
 
Car il n’y a pas d’options satisfaisantes.
Ne rien faire ? Après tout, Israël, l’Inde, le Pakistan se sont dotés d’un arsenal nucléaire, au mépris de tous les traités visant à réserver l’arme atomique aux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. Le monde n’est pas devenu plus dangereux pour autant. Toutefois, la tentation de la Corée du Sud et du Japon de se munir d’un arsenal nucléaire ne peut être sous-estimée, surtout si les Etats-Unis semblent s’accommoder de la situation actuelle.
 
Une frappe préemptive serait-elle possible ? Plusieurs présidents américains y auraient pensé selon  Gregory F. Treverton, ancien président du conseil américain pour le renseignement national. Mais il n’est pas sûr qu’une frappe pourrait éliminer la totalité de l’appareil nucléaire nord-coréen. Beaucoup d’installations sont cachées, secrètes, et les missiles sont mobiles. Une frappe devrait conjuguer des bombardements aériens, des "cyber-attaques", des raids de commandos.
Il faut rappeler que la capitale de la Corée du Sud est à portée de l’artillerie nord-coréenne. Toute action contre les installations atomiques de la Corée du Nord devrait être accompagnée d’une neutralisation d’une partie des moyens classiques. Une riposte "classique" du régime de Pyongyang serait probable, donc une seconde "guerre de Corée".
 
Eliminer Kim Jong Un serait-il plus sûr ? L’élimination de Kadhafi a amené le chaos en  Libye : peut-on être certain des réactions de la famille du dictateur, de son armée, de la population ? Comment assurer ensuite la maîtrise de l’arsenal nucléaire ? Kim Jong Un passe pour boire outre mesure et conduire dangereusement ses voitures. Peut-on espérer qu’un accident nous débarrasse de lui ?
L’équipe qui entoure le Président Trump souhaiterait que la Chine fasse pression sur la Corée du Nord, pour la contraindre à abandonner son programme nucléaire. Compte tenu des relations économiques entre la Chine et les Etats-Unis, c’est un rêve pieux : il n’y a guère de moyens de pression sur la Chine.
Nous sommes en présence de problèmes sans bonne solution. Espérons que nul ne perdra ses nerfs ou la maîtrise de cette crise… 
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Macron ou la France qu’on oublie
 
L’éloge exalté du multiculturalisme par Emmanuel Macron et la caution apportée par François Bayrou à ses déclarations sur la culture sont très préoccupants, explique le professeur de philosophie*.
 
Le 26 février, François Bayrou déclarait au cours d’une émission : "Il y a une culture française, et j’en suis le défenseur." Le 2 avril, devant les caméras, volte-face : "La culture française n’existe pas." Il aura suffi d’un mois, et d’un ralliement, pour ce nouveau reniement : avec de tels "défenseurs", la France a de quoi s’inquiéter… Sur le fond, un tel déni de réalité laisse incrédule. Comment M. Bayrou, agrégé de lettres, peut-il choisir d’ignorer à ce point ce qui fait la France ? Un tel propos peut bien se donner une façade savante, il est pourtant démenti par les faits, et par tous ceux qui hors de France ne peuvent même pas comprendre un tel débat. Car le monde entier sait qu’il y a une culture française ; il n’y a que nous pour le nier !
Notre pays est toujours la première destination touristique au monde, et ce n’est pas grâce à Orly et au RER B. Si 83 millions de visiteurs étrangers sont venus l’an passé en France, en dépit de nos infrastructures vieillissantes, de l’insécurité et de la menace terroriste, c’est parce que la France est pour eux d’abord un patrimoine, une architecture, des œuvres d’art, un art de vivre - bref, une culture, qui vaut qu’on traverse la planète pour venir s’émerveiller. Il n’y a que M. Macron pour dire sans plaisanter : "L’art français, je ne l’ai jamais vu." Ingratitude des héritiers qui refusent leur propre héritage…
 
Ce cas d’aveuglement volontaire ne doit pas prêter à sourire : il est le symptôme d’un déni très profond, dont les conséquences sont graves, qui se font sentir depuis plusieurs décennies déjà. Rien de nouveau en effet dans cette dépression française ; et M. Macron ne fait que rajeunir la voix qui porte le même discours démoralisant, un discours tellement vieux au fond qu’il ne voit plus d’avenir pour la France que dans son euthanasie. N’être plus qu’un hub où l’on entre et sort de façon indifférente, jusqu’à ce multiculturalisme dont le discours de Marseille a constitué une sorte d’éloge halluciné, en ne définissant plus les Français que comme une juxtaposition de communautés définies par leurs origines extérieures.
C’est au nom de ce projet que M. Macron devait dire et répéter qu’il n’y a pas de culture française. Non pas parce que c’est vrai, mais parce qu’il le faut, au nom de l’accueil de l’autre, de la diversité sans différences, de la mondialisation heureuse - bref, au nom du progrès. Rien de nouveau finalement dans cet espoir apolitique d’une disparition des nations : En marche ! est l’aboutissement de la fascination postmoderne pour l’universelle mobilité d’un monde sans frontières, et c’est tout logiquement que M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu’il n’existe pas.
 
Mais ce déni de soi, pavé de bonnes intentions, est fondé sur un contresens tragique. Pour s’ouvrir vers l’extérieur encore faut-il avoir une intériorité ; pour accueillir encore faut-il demeurer et pour partager avec l’autre avoir quelque chose à offrir. On ne peut que mettre en danger l’unité d’une société quand on en retire ce qui peut fonder le commun. Or la culture est le seul bien qui puisse être infiniment partagé sans que personne n’en soit lésé : et c’est cet héritage commun qu’une parole politique irresponsable condamne depuis trop longtemps.
Le déni dont M. Macron se fait aujourd’hui l’avocat est déjà responsable de la crise éducative profonde que nous traversons : des millions de jeunes grandissent dans notre pays, auxquels nous n’avons pas transmis la maîtrise d’une langue, d’une histoire, d’une pensée - d’une culture par laquelle leur vie pouvait s’enraciner, devenir féconde et s’élargir aux dimensions de la cité. Comment s’intégrer à un pays dont on dit qu’il n’a pas de culture et pas d’identité ? Comment se reconnaître dans une histoire dont on affirme qu’elle n’a rien produit, sinon des crimes contre l’humanité ?
 
La culture ne peut pas diviser, au contraire : ce n’est qu’en elle que nous pourrons puiser des raisons d’aimer la France, sans chauvinisme sectaire, mais pour partager largement son aventure singulière. Pourquoi sinon être français, et pourquoi le devenir, si la France n’existe pas ? Car la France est une culture. L’un des plus grands écrivains à l’avoir épousée, Milan Kundera, l’expliquait ainsi : "L’ambiance spirituelle de toute ma jeunesse tchèque fut marquée par une francophilie passionnée." Et si cette passion résiste encore, dans le monde entier, même aux erreurs et aux fautes de notre pays dans l’histoire, c’est parce que "l’amour de la France ne résidait jamais dans une admiration des hommes d’État français, jamais dans une identification à la politique française ; il résidait exclusivement dans la passion pour la culture de la France : pour sa pensée, sa littérature et son art". Kundera avertissait déjà : une mondialisation qui nie les cultures ne pourra qu’aboutir à l’effacement de la France, "et l’indifférence à la France deviendra francophobie".
Il est malheureux que des responsables politiques français n’entendent pas aujourd’hui cet avertissement. Pour l’avenir de notre pays, et du monde auquel notre héritage peut encore apporter des sources singulières de vie et d’inventivité, la culture française n’a pas droit au suicide. Voilà éclairé, par la tentation du déni, l’enjeu de cette élection. Toute culture est fragile, nous le savons, et celle que nous avons reçue l’est plus que jamais aujourd’hui - comme l’écrivait Kundera : "Une raison de plus d’aimer la France ; sans euphorie ; d’un amour angoissé, têtu, nostalgique."
 
* Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie et auteur de "Les Déshérités ou l’urgence de transmettre" (Plon, 2014).

Paru dans Le Figaro, 4 avril 2017
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