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La pire violence

On dégoise sur les violences commises samedi 2 décembre à l’Arc de Triomphe. Une Marianne a été endommagée. Monsieur Philippe s’est dit "choqué par la mise en cause de symboles qui sont les symboles de la France".

Symboles ! A-t-il été choqué lorsque son potentiel Président prétendait à Lyon, aux fins de gagner des voix de patriotes pour le moins suspects, qu’ "il n’y a pas de culture française", lorsque son Président effectif déplorait à Alger le crime contre l’humanité commis par la France coloniale ? Ces assertions ont une formidable portée ; elles sont, dans l’ordre symbolique, infiniment plus violentes que la mise à mal d’un monument. Enoncer qu’il n’y a pas de culture française n’était pas seulement un sot mensonge, c’était un crime contre notre civilisation (sans précédent dans les annales de nos cinq républiques) (1). Enoncer que la France a commis en Algérie "un crime contre l’humanité", c’était se mettre lâchement au diapason du Grand Turc nous accusant de "génocide".
 
Il n’y a pas lieu de réfuter de si grossières inepties ; mais il faut souligner qu’elles trahissent un grossier mépris du pays que l’on prétend gouverner. Au sens absolu, elles le trahissent. Les signes de cette trahison sont multiples, ne les énumérons pas. On ne peut être à la fois un freluquet de la Finance à la solde de l’Europe des banquiers, un courtisan du Qatar résigné à l’invasion islamique, et un représentant crédible du peuple français.
Il n’y a pas à se réjouir des dégâts causés par des "casseurs" (2), mais la Grande Casse, c’est notre Gouvernement qui s’y emploie, soumis qu’il est à des puissances étrangères, soigneux qu’il est de souiller notre Mémoire en détruisant peu à peu les trophées de notre Histoire et en nous infectant de culpabilité.

Nos médias sont des chattemites quand ils pleurnichent sur une Marianne ébréchée et se taisent sur la France lentement déshonorée et devenant étrangère à elle-même.
Monsieur Philippe devrait s’interroger sur ce que c’est qu’un Arc de Triomphe dans un pays où la honte nationale du 19 mars 1962 produit une épidémie de toponymes et de commémorations.
Les violences de ce 2 décembre peuvent être interprétées soit comme un Austerlitz de la reprise en main de la France par les Français décidés à virer leurs Marmonts (3) soit comme la confirmation symptomatique et symbolique par des boutefeux de l’enterrement, programmé par nos Marmonts, de feu la France.
 
(1) Mais son prédécesseur en couvrant de son autorité l’imbécile fiction et le concept foireux d’un "mariage pour tous" - insulte au génie de notre langue et à la justice des ajustements humains – avait commis un crime de même acabit.
(2) Un membre des forces de l’ordre témoigne ; les casseurs étaient des gens d’ "extrême gauche", l’"extrême droite" s’agitait mais ne cassait pas.
(3) Le maréchal Marmont a trahi Napoléon en 1814

Envoyé par l'auteur, 4 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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L’impérialisme économique, première cause de la guerre de 1914
 
Ce n’est pas le nationalisme qui fut la cause de la guerre, mais le nationalisme impérialiste, issu des Lumières, aux visées d’abord économiques. Aujourd’hui, la célébration de l’esprit de paix est-elle si éloignée de la logique des intérêts politiciens et idéologiques qui ont fait avorter le projet pacifique de Benoît XV ?
 
"Mon mal vient de plus loin." Pour comprendre à fond la Grande Guerre, il faudrait raconter presque toute l’histoire de l’Europe et sonder les profondeurs de sa culture. De plus, l’Histoire en son tréfonds est un mystère, dont on s’approche moins par l’intelligence politique, ou par l’étude érudite et savante, que par la méditation du symbolisme puissant des visions du prophète Daniel ou de celles de l’Apocalypse de saint Jean.
De passage tout récemment à Saint-Pierre de Rome, je me suis recueilli devant le tombeau de Benoît XV, ce pape qui a essayé en 1916 de mettre fin à la Première Guerre mondiale, dont le déclenchement avait littéralement tué son prédécesseur, saint Pie X. Puissent leurs prières inspirer ces réflexions sur l’Histoire et les véritables causes de la guerre.
Il n’est déjà pas facile de découvrir ce que la raison simplement humaine peut comprendre. Pour l’atteindre, il faut chercher la vérité en la respectant et en la préférant à tout autre intérêt. Or, malheureusement, l’idée que les peuples se feront de l’Histoire est un enjeu de pouvoir entre les partis. Très souvent nous tenons "la vérité captive dans l’injustice". Et si une chose est bien sûre, c’est que la majorité des hommes et femmes de pouvoir se moquent éperdument de la vérité, les idées et les idéaux n’étant pour eux et pour elles que des instruments de pouvoir et des masques de leur volonté de puissance.
 
Roman national ou imposture partisane ?
Pratiquement tout parti ayant accédé au pouvoir offre de l’Histoire un récit simpliste et manichéen, présentant le présent comme l’accomplissement d’une destinée manifeste et la libération par rapport à un passé calamiteux. Les vrais adversaires politiques ou idéologiques sont de sinistres résidus ou d’horribles résurgences des cauchemars du passé. On espère s’assurer la bienveillance et la confiance des peuples en les persuadant de ces inepties. On espère aussi prendre l’ascendant moral sur l’autre, c’est-à-dire le ou les rivaux, identifiés peu ou prou à quelque Mal radical. Il s’agit d’ôter à l’autre l’autorité, voire la parole, en lui injectant de la culpabilisation pour produire en lui de l’inhibition.
Si nous nous comportons ainsi entre concitoyens, à plus forte raison nous comporterons-nous de même entre étrangers. C’est ainsi que la soi-disant réflexion sur les horreurs de la guerre et la célébration de l’esprit de paix peut s’inscrire dans la terrible logique qui, depuis toujours, a produit la guerre.
 
Le roman national est en grande partie une imposture nationale, solidaire des intérêts politiciens et idéologiques des bandits qui ont fait avorter le projet pacifique de Benoît XV. Quel sens y a-t-il à faire rentrer un million d’Alsaciens-Lorrains dans la communauté nationale, en faisant tuer un million et demi de Français et blesser quatre autres millions ?
Benoît XV partait du Père céleste qui regarde tous les peuples comme ses enfants. Aussi importants que soient les désaccords et les conflits d’intérêts, il n’y a pratiquement pas d’enjeu politique pouvant justifier des coûts humains aussi exorbitants que ceux de la Grande Guerre. Cette grande guerre civile européenne était un suicide pour l’Europe dans le monde.
Faut-il pour autant considérer comme des victimes les héros qui combattirent et moururent ? Certainement pas.
Il faut commémorer leur sacrifice et aimer la patrie. Cela n’implique aucun aveuglement. La misère du soldat est de devoir mettre des vertus souvent hors du commun au service de politiques rarement mieux que médiocres. Sa grandeur est de ne pas aimer la guerre et de faire ce qu’il faut dans des situations devenues impossibles.
 
Qui fut à l’origine de cette guerre ?
L’opinion dominante répète que le nationalisme a causé la guerre et que le libéralisme internationaliste est toujours le seul à pouvoir garantir la paix — genre de demi-vérité qui exploite l’Histoire au profit d’intérêts fort peu pacifiques.
Car premièrement, si la cause de la guerre réside dans les nationalismes, ce n’est vrai que si nous précisons bien : nationalismes impériaux. La guerre de 1914 est clairement le choc de tels impérialismes, essentiellement la rivalité de l’empire britannique et de l’empire allemand. 
Deuxièmement, cet impérialisme est complètement issu des Lumières et de leurs idéologies, qui font de chaque État l’incarnation de la Raison. Le libéralisme avant 1914 était inséparable du nationalisme impérial des Britanniques, comme il l’est aujourd’hui de celui des Américains. "
Rule Britania, Britania rules the waves
, etc."
Troisièmement, cet impérialisme n’était pas seulement politique, mais d’abord économique. Je rappelle que l’ouvrage de Lénine, publié avant-guerre, intitulé L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, était basé sur les travaux et le consensus des économistes bourgeois et fut publié librement en Russie avec le visa de la censure tsariste.
 
Et la France là-dedans ?
La France ayant perdu sa chance d’accéder à l’empire à cause des folies de la Révolution et de Napoléon, a dû se positionner entre les deux principales puissances après 1871. Elle avait le choix entre une politique de paix, en se rapprochant de l’Allemagne et en modérant ainsi l’impérialisme britannique, et une politique de guerre, en s’alliant à la Grande Bretagne. La France a d’abord choisi la paix, avec le ministre Gabriel Hanotaux. Au tournant du siècle, la gauche radicale vient au pouvoir. Alignée sur la logique économique anglaise, elle ne peut offrir les réformes sociales qui attendront 1945. Elle a besoin d’ennemis pour faire oublier la lutte des classes ? Le clergé catholique et le Boche feront l’affaire. Donc, avant tout, politique de guerre, par la gauche radicale, jacobine et anticléricale, nationaliste et germanophobe, tel le successeur d’Hanotaux aux Affaires étrangères, Delcassé. L’extrême-droite, par haine de tout ce qui serait raisonnable, vint à la rescousse de la gauche belliciste, cependant que l’Allemagne acculée agit sans finesse et s’abandonna à des instincts brutaux.
Si nous savions lire l’Histoire, nous saurions mieux lire le présent et choisir sagement notre avenir.

Paru sur aleteia.org, 12 novembre 2018
Publié dans Devant l'histoire
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La France qui se tire une balle dans le pied
 
À trois semaines d'intervalle, la France a donné au monde deux visions antinomiques de son célèbre Arc de triomphe. Le 11 novembre 2018, devant un parterre de 70 dirigeants étrangers, le président de la République y faisait un bel éloge du multilatéralisme pour régler les problèmes planétaires et les différends entre les nations. Le 1er décembre, ce monument symbolique des gloires et des malheurs de la France réapparut au monde. Il était nimbé de la fumée des lacrymogènes et des incendies ; il résonnait des cris incohérents des "gilets jaunes" et des vandales.
 
Quel gâchis ! Combien de SMS inquiets n'avons-nous pas reçus le week-end dernier depuis l'extérieur, envoyés par des amis étrangers qui aiment encore la France - sa civilisation, sa langue, son histoire - mais qui se désolent de sa constante dégringolade. Notre pays n'a pas son pareil pour se tirer une balle dans le pied. Il ne se signale plus au monde que par les images délétères de ses grèves, de ses attentats, de ses émeutes. Naguère, il brillait encore, par sa culture, mais aussi par ses réussites industrielles, son Concorde, son TGV, son nucléaire.
Il y a trente ans, nous avons renoncé au colbertisme pour adopter le libéralisme anglo-saxon et la financiarisation de notre économie. Malheureusement, les PME de notre tissu industriel et notre population n'y étaient absolument pas préparées. Le plongeon dans l'économie mondialisée de nos forces productives, sans vérification préalable de leur compétitivité, s'est révélé une catastrophe. La désindustrialisation et le chômage de masse ont envahi les petites villes de province. Les "gilets jaunes" en sont les enfants.
 
Le problème de la France - et son désarroi actuel - est qu'elle a emprunté le chemin inverse de ses concurrents. Elle est devenue de plus en plus socialiste, alors que ses partenaires commerciaux l'étaient de moins en moins. Ce n'est pas une position très facile à tenir que d'être pratiquement le dernier pays socialiste de la planète ! Le socialisme à la française est une chose ancienne. Il commence avec Giscard (indemnisation du chômage à 90 %, autorisation préalable de licenciement, APL, etc.), pour s'aggraver ensuite considérablement avec Mitterrand, Jospin et Hollande. Les gouvernements de droite ne sont que des intermèdes où, par peur de la rue, l'on ne touche pas au système, que l'on finance par toujours plus de dette. Macron constate à juste titre que cela ne pourra pas durer éternellement. On le traite aussitôt de méprisant.
 
Le monde étranger reste perplexe face aux contradictions des Français, qui réclament toujours plus de services à leur État-papa, mais qui hurlent dès qu'il s'agit de les financer. En Amérique, en Asie et dans la majorité des autres pays européens, les citoyens ont compris que le pouvoir d'achat n'était pas quelque chose qu'on pouvait augmenter d'un coup de baguette magique et qu'il fallait d'abord produire plus de richesses. C'est un raisonnement de base, qui a l'air d'échapper à nombre de nos compatriotes.
 
Les "gilets jaunes" reprochent à Macron d'avoir supprimé (en partie) l'ISF. Les pays étrangers ont du mal à comprendre, car ils se sont tous débarrassés de cet impôt imbécile, qui fait fuir les investissements productifs. En France, l'ISF pouvait rapporter quelque 7 milliards par an. Mais, en faisant fuir les familles riches, il a engendré un manque à gagner fiscal de plus de 30 milliards (en impôts classiques que ces familles auraient continué à payer en France). Dans les cultures anglo-saxonne et asiatique, l'impôt sert à financer les dépenses de l'État, pas à punir le riche. En France, le riche est l'ennemi. À Paris, on raye les belles voitures, car on est jaloux. À Londres ou à New York, on les admire sans les toucher, car on espère que soi-même ou ses enfants seront un jour capables d'en acheter.
 
La triste réalité est qu'il n'y a plus un seul pays au monde qui admire l'égalitarisme à la française. Car le socialisme hexagonal ne marche même pas bien. Les Français ont les prélèvements obligatoires les plus lourds du monde, mais ils se plaignent constamment de la médiocrité des services qui leur sont rendus en contrepartie. À l'étranger, on ne confond pas le peuple avec la foule, le démos avec l'okhlos. Les "gilets jaunes" veulent s'exprimer ? Qu'ils utilisent les voies de notre démocratie. Qu'ils présentent une liste aux élections européennes : on verra enfin leur programme… et leur score.
Les correspondants étrangers à Paris restent bouche bée face à ces télés et radios françaises d'"information" en continu, qui ont appliqué à Macron leur règle des 3 L (d'abord je lèche, ensuite je lâche, enfin je lynche). Ils estiment à raison que si Macron ne méritait peut-être pas cet excès d'honneur de mai 2017, il ne mérite sûrement pas l'indignité dont on l'accable aujourd'hui.

Paru dans Le Figaro, 4 décembre 2018
Publié dans En France
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Gilets Jaunes : les raisons d’une colère populaire parfaitement logique
 
Je suis toujours complétement abasourdi par l’aveuglement de ceux qui prétendent nous diriger. Il m’arrive de penser que dans le fond, ils n’ont aucune compréhension des notions économiques de base qui devraient guider leurs actions et pour en faire la démonstration, je vais prendre l’exemple de la révolte des gilets jaunes qui semble se propager un peu comme les feux de tourbe autrefois, disparaissant ici pour réapparaitre un peu plus loin et ainsi de suite.
 
Je vais commencer par la notion de valeur qui est centrale à toute compréhension économique.
Je choisis souvent l’exemple de l’aigue-marine que ma mère portait sur sa main gauche. Cette aigue-marine n’avait pas grande valeur "marchande" mais pour moi elle avait une valeur infinie et donc elle n’avait pas de prix. La valeur est ainsi une notion purement subjective.
Ce qui m’amène à ma deuxième notion le passage de la valeur subjective à un prix objectif.
D’ici quelques dizaines d’année plus aucune personne vivante n’aura connu ma mère et cette bague, à la faveur d’un héritage ou d’un partage retrouvera un prix et changera de main, si j’ose dire. Et à cette occasion, prix et valeur seront équivalents pendant un très court instant, avant que de se séparer à nouveau, si cette bague orne une autre main qui sera vénérée par un autre fils.
Mais la chose importante dont il faut se souvenir, c’est qu’il y a des infinités de valeur qui se baladent dans le monde des hommes et qu’un objet ou un service peut changer de main soit par un troc soit par un échange d’argent contre objet et c’est cette deuxième transaction qui détermine le prix. Et, la chose phénoménale, est que de la fixation de ce prix si elle est libre nait une intense satisfaction pour les deux parties. Ce n’est pas la transaction qui crée de la valeur, c’est le fait que les deux parties soient libres. En fait un échange consenti librement entre deux parties accroit le bonheur général.
 
Milton Friedman disait toujours que la seule différence entre l’homme et l’animal était que l’homme était la seule créature à pratiquer l’échange volontaire et que c’était de ces échanges consentis librement que venait la civilisation. J’aimerai rajouter quelque chose à cette brillante idée : la recherche de l’échange gagnant-gagnant semble être une caractéristique plus féminine que masculine.
Laissez quelques petites filles dans une pièce et revenez quelques temps après, elles seront sans doute en train de jouer à la marchande alors que des garçons seront en train de se taper dessus. Il semble bien donc que la prise en compte de "valeurs" précédant la recherche d’un "prix" soit une caractéristique plus féminine que masculine et j’y reviendrai un peu plus bas.
 
Si donc, il est vrai qu’un nombre très important de femmes aient été présentes parmi les gilets jaunes, cela semble indiquer que la politique de monsieur Macron et de son gouvernement heurte beaucoup plus de valeurs "féminines" que la plupart des autres politiques débiles suivies par les gouvernements précédents et qui semblaient laisser les femmes de marbre.
Il va me falloir expliquer cette émergence de la colère féminine, et pour cela je vais en revenir encore une fois à des notions que tout un chacun devrait connaitre mais que nos élites semblent ignorer complétement.
 
Prenons une transaction de base monétaire argent contre service ou argent contre bien, qui permet la détermination d’un prix.
Si je suis celui qui achète, la question devient : comment se procurer l’argent qui va me permettre d’acquérir ce dont j’ai envie ? La réponse pour 95 % des gens au moins est : par mon travail d’aujourd’hui ou par mon travail du passé (mon épargne).  J’exclus le vol à ce point du raisonnement.
Ce qui me permet d’en venir à une seconde notion, celle de revenu qui limite mes dépenses dans le temps. Et tout un chacun sait que, et les revenus du travail et les revenus de l’épargne (taux d’intérêts zéro) ont baissé depuis une quinzaine d’années et que ce fut le résultat d’une politique menée aussi bien par la gauche que par la droite dans les pays du sud pour défendre le saugrenu Euro.
Or tous les économistes savent ou devraient savoir que ce qui compte pour la satisfaction des gens, ce n’est pas leur niveau de revenu relatif ou absolu mais que leur revenu à chacun d’entre eux croisse au travers du temps.
S’il il y a une hausse du revenu tout va bien, stagnation, la grogne s’installe, baisse la fureur gronde.
Depuis des années, le niveau stagnait.
Depuis l’arrivée de monsieur Macron au pouvoir, il baisse puisque toutes les mesures prises par le nouveau Président sont basées sur la conviction qu’il faut que le revenu moyen du français de base, baisse…  Et, c’est ce que le groupe de bobos qui l’entoure appellent "réformer". Réformer serait suivre une politique qui permette au revenu moyen de monter, mais pour cela il faut avoir du courage puisqu’il faut s’opposer aux puissants et non pas taper sur les faibles.
Qui sème le vent récolte la tempête… Même la sagesse populaire connait cette réalité
 
Poussons plus loin notre analyse du revenu.
Quiconque a des revenus limités sait qu’une grande partie de l’argent qu’il gagne devra être consacré à des tas de choses qui n’amusent personne et surtout pas celui qui paye : citons au hasard loyer, assurance, impôts, dépenses de nourriture, écoles des enfants, remboursement des emprunts…
Tant et si bien que les économistes calculent quelque chose qui s’appelle "revenu après dépenses obligatoires".
Et pour la plupart des gens, c’est l’évolution de ce revenu-là qui compte et pour une raison très simple que j’ai expliquée dans la première partie : c’est de l’échange de ce revenu-là contre des biens et des services acquis auprès de tierces personnes que vont venir les satisfactions.
Et donc, si le revenu général stagne, toute augmentation des dépenses obligatoires (qui ne procurent aucune satisfaction) amènera à une baisse des dépenses amusantes. Si en plus le revenu baisse, se déclenchera une considérable et bien compréhensible fureur de la victime.
Prenons un exemple : un travailleur qui gagnerait 1500 Euros par mois et qui devrait consacrer 80 % de ses dépenses à des achats forcés, dont 10 % pour le chauffage de sa maison et le prix de son carburant pour se rendre à son travail.
Tout compte fait, il lui reste 300 Euros par mois pour faire des dépenses qui l’amusent (aller voir jouer le BO à Aguilera, par exemple), ce qui n’est pas beaucoup surtout si l’on sait qu’il “coute” en fait 3 000 Euros à son employeur en frais réels.
Imaginons qu’un gouvernement de comptables décide de faire monter le prix de l’énergie de 50 % en quelques années pour des raisons de nature magique, comme le fait que la terre serait en train de rentrer dans une ère glaciaire….
A la place d’avoir 300 Euros pour enfin dépenser son argent comme cela lui plait, notre employé n’en a plus que 250 ce qui veut dire un effondrement de 16.66 % de son niveau de satisfaction, ce qui est gigantesque.
 
Et du coup, il passe un gilet jaune et j’en ferai autant et voici pourquoi : autrefois, le serf se définissait comme celui qui n’avait pas le droit de bouger, il était attaché à sa terre. Ne pas pouvoir bouger, c’est donc être un serf.
Augmenter le prix de l’énergie c’est donc ramener au servage des millions de gens (le grand rêve des écolos). Or Jacques Bonhomme n’a pas du tout envie de redevenir serf. Et que fait Jacques Bonhomme quand il n’est pas content ? Une bonne Jacquerie.
En fait, nous sommes donc en train de connaitre la première grande Jacquerie contre la pensée dominante écologique qui comme chacun le voit entrainera inéluctablement la réapparition du servage en France aboli pourtant depuis des siècles.
 
Mais venons en à la présence des femmes dans ce gigantesque happening
Et ici, je vais utiliser la pensée d’un homme prodigieux qui est apparu sur la scène médiatique il y a environ trois ans, un Canadien du nom de Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’Université de Toronto et dont les vidéos sur You Tube ont été vues par des dizaines de millions de personnes.
Pour ceux qui comprennent
l’anglais, précipitez-vous et écoutez, c’est incroyable de qualité.
Que dit-il des différences entre homme et femme ? qu’elles sont réelles et profondes.
A ce sujet, il cite souvent l’exemple de la Suède, le pays qui depuis un siècle a le plus fait pour qu’il n’y ait aucune différence dans l’éducation entre les garçons et les filles, ce qu’il trouve très bien.
Et pourtant c’est le pays ou les choix de profession entre les deux groupes sont les plus fortement différenciés en fonction de deux sexes. Pour faire simple, les filles vont dans l’éducation et la médecine, les garçons dans l’informatique ou deviennent ingénieurs, ce qui est complétement contraire aux attentes des féministes.
Son explication ?
 
Les femmes s’intéressent aux gens, les hommes aux choses, et c’est une réalité qui est visible dans toutes les batteries de tests qui ont été mises au point dans les cinquante dernières années, au point que l’on peut considérer qu’il s’agit-là d’une vérité scientifique. Rendre les femmes plus libres les amène à choisir ce qu’elles préfèrent et encore une fois en tant que libéral, je ne peux qu’approuver des choix faits librement.
Et du coup, les femmes dans la réalité peuplent les associations caritatives et seront volontaires pour s’occuper des crèches, des plus anciens, des handicapés, de faire le catéchisme, d’aider dans les refuges d’animaux etc… et encore une fois cela est démontrable statistiquement par les grands nombres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de femme ingénieur ou programmeur ou d’homme infirmier.
Revenons à mon individu qui gagne 1500 Euros par mois et supposons cette fois ci qu’il s’agisse d’une femme.
Si le prix de l’énergie monte, cela n’aura aucune influence sur la billetterie du BO puisque de toutes façons, elle n’allait pas au match, mais cela l’empêchera d’aller visiter une prison ou de s’occuper d’enfants autistes. Or, c’est de là qu’elle tirait toute sa satisfaction. Elle ne redevient pas serve : elle doit abandonner en fait ce qui donne un sens à sa vie et qui fait que notre société est moins dure pour les plus faibles.
 
Ce dévouement au secteur non marchand d’une part importante de la population est ce qui rend nos sociétés viables. Et ces actions nécessitent que toutes ces personnes de bonnes volontés bougent pour aller à la rencontre de tous ces malheurs individuels.
Augmenter le prix de l’énergie, c’est forcer les femmes à abandonner des gens qui sont déjà complètement seuls.
Peut-on imaginer une pire saloperie de la part des autorités ? Et tout cela parce que ces activités ne sont visibles nulle part dans les calculs du PIB !  Mais on s’en fout du PIB à la fin ! Combien de gens sont morts pour défendre un PIB ? En fait, et comme je l’ai écrit dans le passé en citant Shakespeare "Il y a beaucoup plus de chose dans le monde, mon cher Iago, que ne l’imagine ta philosophie".
 
Nos gouvernements ne connaissent que ce qui peut être mesuré. Nous sommes gouvernés par des gens qui confondent un plan comptable avec la Bible et les 10 commandements avec les Ukases de la Commission de Bruxelles.
Et j’ai envie de citer la phrase de Fouché commentant l’exécution du Duc d’Enghien à propos de l’augmentation du prix de l’énergie "Cela est pire qu’un crime, c’est une faute".

Paru sur institutdeslibertes.org, 25 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Le boomerang
 
Richard Nixon a été obligé de reconnaître en 1971 que les accords de Bretton Woods étaient inapplicables et que les monnaies liées au dollar, lui-même lié à l’or, ne faisaient que faire fondre l’or de Fort Knox en l’absence de source énergétique de la monnaie.
Depuis, sans rien résoudre ni même poser correctement le problème, nous avons inventé une usine à gaz où les banques, centrales et commerciales, ne font que reporter le problème en mettant à disposition de l’argent qu’elles créent et en mettant le même montant en créance à recouvrer sur les bénéficiaires des richesses futures que cet argent "investi" aura prétendument créées. Les banques centrales détiennent des créances sur les peuples dont on ne parle jamais et les banques commerciales sur des entités dénommées qui remboursent quand elles le peuvent.
Pendant que les banques sont au plus mal et attendent l’hallali, les peuples que l’on a formatés pendant un tiers de leur vie dans les écoles et les universités à croire à la réalité des richesses créées, l’ont cru et mettent des gilets jaunes pour dire qu’ils veulent leur part de la richesse créée.
Les cornichons qui ont tellement bien vendu l’idée de création de richesses au point qu’ils y croient eux-mêmes, n’ont fait que réinventer pour la énième fois le boomerang car avec quoi vont-ils partager une richesse qui n’existe pas, qui n’est qu’un regard créé à grand frais par la publicité, ventilé à grand frais sur toute la Terre par les médias et rendu crédible par une toute petite minorité qui se pavane en dépensant publiquement sa fausse monnaie ?
Bon courage !

Envoyé par l'auteur, 5 décembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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La valeur de la vie humaine : progrès ou déclin ?
 
Lorsqu’on s’interroge sur les signes de progrès identifiés aujourd’hui, on ne manque pas de citer immédiatement l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la mortalité infantile. Et, en effet, même si ces deux faits ne sont pas également répartis dans le monde, on ne peut que s’en réjouir. Faut-il pour autant en déduire qu’ils expriment un plus grand respect de la vie de la conception à la mort conformément aux exigences de l’anthropologie chrétienne, alors qu’ils ne traduisent qu’un progrès des techniques médicales ?
Certes non, car, malheureusement, la valeur de la vie humaine, en dehors de l’abolition progressive des lois sur la peine de mort, ne peut en aucun cas être considérée en progrès au regard de l’évolution de ces 50 dernières années. S’il était besoin de quelques rappels, l’exemple français serait dans ce domaine…édifiant !
 
Souvenons-nous d’abord l’accueil réservé à Humanae Vitae y compris au sein de notre épiscopat, alors que, depuis, cette encyclique fait l’objet de toute une relecture l’élevant au rang de texte prophétique, "génialité prophétique" selon le pape François. Lorsque Paul VI y dénonce la mentalité contraceptive, il veut simplement expliquer, dès juillet 1968, quelques mois après la loi Neuwirth, que l’utilisation de produits chimiques dans l’acte sexuel, avec la garantie de résultat qu’elle prétend apporter désormais, ouvre la porte à l’infidélité chronique dans le couple et à la perte du respect de la femme, précédant en quelque sorte les protestations de #Me Too. Et il prend soin de situer son intervention dans le cadre "d’une vision intégrale de l’homme et de sa vocation (…) naturelle et surnaturelle". Evidemment, que n’a-t-on entendu alors sur cette Eglise, ignorante des réalités de son temps, vivant dans la crainte de la sexualité et, surtout, encourageant par son attitude irresponsable le recours à l’avortement. Mieux aurait valu écouter Pierre Simon, grand maître de la Grande loge de France, déclarant quelques années plus tard qu’après avoir gagné "la guerre de la contraception", la "bataille de l ‘avortement"  serait grandement facilitée. Et, de fait, on connait la suite avec la loi de 1975 sur laquelle on me permettra une confidence personnelle, ce dont je ne suis guère coutumier.
Il est, me semble-t-il, assez clair que la vraie transgression de la loi Veil n’est pas la dépénalisation de l’avortement mais ses dérives successives qui, après avoir oublié plusieurs de ses articles qui réduisaient l’avortement à un recours ultime, ont culminé avec la proclamation de ce dernier comme droit fondamental, ce qui pratiquement interdit désormais toute opposition et bannit l’objection de conscience. Et, sans même entrer ici dans la controverse sur la nature juridique du fœtus ou la réalité de l’hylémorphisme dès la conception, n’en ayant ni la compétence scientifique ni les connaissances théologiques, je me réfèrerai simplement à la doctrine aristotélo-thomiste de la puissance et de l’acte pour rappeler que l’être humain est une continuité sacrée. Or, Simone Veil, que je voyais régulièrement lorsque j’étais secrétaire général de la Fondation Claude Pompidou – dont elle était un membre actif du bureau- s’emporta un jour avec véhémence contre ces dérives, notamment contre l’allongement des délais de recours à l’avortement, en venant à regretter amèrement d’en avoir été à l’origine. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je l’avais retrouvée, en compagnie de son mari Antoine, aux premiers rangs de la Manif pour Tous où elle voulait sans doute rappeler les valeurs auxquelles elle était attachée.
 
Justement, le Mariage pour Tous, beaucoup plus que le PACS, fut l’étape d’après. Même tactique que pour le reste : la pilule devait éviter l’avortement, le mariage pour tous excluait la PMA, alors que le Code civil lui-même fait de l’éducation des enfants, avec la fidélité, l’assistance et la contribution réciproques aux charges du ménage, une des quatre finalités du mariage…. Et Macron président, rallié par un nombre conséquent de chrétiens (encore une chance que l’épiscopat ait eu la prudence de ne pas donner de consignes de vote !) s’empresse très logiquement de l’inscrire au calendrier de 2018, puis, face à la mobilisation des opposants, de 2019, après une pseudo consultation orchestrée par un CCNE acquis par avance. Ainsi, l’enfant devient le résultat d’une rencontre de cellules étrangères dans un laboratoire anonyme, au bénéfice des femmes seules ou des couples de femmes revendiquant désormais un nouveau droit à l’enfant sans père.
 
Comment ne pas dès maintenant annoncer la suite ? Les hommes seuls ou mariés entre eux ne pourront accepter longtemps d’être écartés de ce droit à l’enfant et, d’ailleurs, quelles objections pourra-t-on leur présenter, la marchandisation du corps si souvent invoquée à l’encontre de la GPA étant déjà introduite dans plusieurs pays pour la PMA, en raison notamment de la rareté des donneurs et se dévoilant aussi au travers des dons d’organes ? Si l’avortement est maintenant un droit fondamental, l’égalité est en effet, quant à elle, un principe général de notre droit…. après l’enfant sans père, ce sera donc l’enfant sans mère. Et comment ensuite ce principe d’égalité n’entrainera-t-il pas les futurs parents que les progrès de la thérapie génique et prédictive désigneront comme porteurs de gènes du handicap ou de maladies transmissibles à revendiquer et à obtenir à leur tour la PMA ou la GPA au nom d’une "normalité" que, pourtant, jusqu’à ces derniers temps, la pensée dominante jugeait imprégnée de présupposés raciaux ? Et comment encore, l’ensemble des candidats-parents n’exigera-t-il pas bientôt, au nom de cette même normalité de pouvoir bénéficier des mêmes droits que les précédents, c'est-à-dire de choisir les caractéristiques détaillées de leur "projet parental" ? Loin d’être de la société-fiction, cette perspective existe déjà en Europe puisqu’au Danemark une banque de sperme met cette possibilité à la disposition de ce nouveau marché.
 
D’ailleurs, dans cette société en cours de construction, telle que la post-modernité l’inspire, on ne voit pas bien, dès lors que la science le permet, au nom de quel argument, on interdirait aux individus et aux couples de disposer, dans des conditions médicales de qualité, de l’enfant idéal correspondant exactement au désir de chacun, fût-ce le même modèle reproduit à l’infini, le clonage sans risque et sans bavure, un progrès pour le bonheur de tous, le bien-être dans la sécurité ? Etre ou pouvoir comme les autres n’est qu’une nouvelle forme du désir et de la rivalité mimétiques dont René Girard nous a expliqués le cycle de violence qu’ils développaient. Les mauvais esprits rétrogrades, ceux qui pourraient encore penser que la naissance est un don de Dieu dont un homme et une femme sont les co-créateurs, même si l’amour humain est plus fragile qu’une éprouvette, auront beau observer que l’argent deviendra le nouveau critère de discrimination et la paternité rêvée l’apanage des plus riches, cela ne servira à rien. Car la société qui vient, celle du meilleur des mondes, confirmera bien l’avertissement du Christ : "On ne peut servir Dieu et Mammon". Et il n’est pas excessif de penser que c’est peut-être sur l’autel de ce nouveau Maître que se livrera une des grandes luttes de l’Apocalypse où l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal sera définitivement foudroyé.
 
Car il est impossible de réduire cette question de la naissance de la vie à une affaire de lois dites de bio-éthique sans en décrypter la stratégie sous-jacente : à considérer l’évolution de la législation au moins depuis la loi sur la contraception du 19 décembre 1967 et les perspectives que nous venons d’évoquer, de quoi s’agit-il sinon de faire en sorte qu’il y a ait de moins en moins d’enfants dans le cadre du mariage d’un homme et d’une femme, comme la nature le permet, et qu’il y en ait à tout prix dans les couples homosexuels, où la nature s’y oppose. Contraception, avortement, mariage pour tous, PMA, GPA, et, sans doute bientôt dans un domaine voisin euthanasie, ne sont que les volutes successives d’une spirale aboutissant, au prétexte d’une diversité de modèles familiaux, à une révolution s’écartant de plus en plus de l’essence même de la famille. La raison en est simple à comprendre : la famille est le signe privilégié de l’amour humain et de la vie, le lieu de l’intimité, de la proximité et de la transmission par excellence, dans une société où tout conspire à les nier au profit de l’impersonnel, du lointain et du déracinement. Les Etats totalitaires ont cherché pour cela à la déconstruire et c’est elle qui, toujours, leur a le mieux résisté.
Le transhumanisme athée et son homme augmenté, appuyés sur "une science qui peut tout" et un amoralisme de principe, est l’avatar contemporain d’un totalitarisme qui, après ses modalités positivistes (Comte) économiques (Marx), philosophiques (Nietzche et Feuerbach) et culturelles (Mao) cherche désormais à nier la condition humaine elle-même en s’insinuant dans ce que la personne a de plus précieux, au cœur même de son identité d’enfant de Dieu et de la chair de l’homme. La bio-éthique et ses comités de circonstance n’en sont que les alibis procéduraux qui, tous les sept ans, en sapant un peu plus les fondements de la morale naturelle tentent de sonner le glas de la Civilisation de l’Amour.
Alors, "Quand le fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il encore la Foi sur la terre" et nos lampes allumées ? Le Christ lui-même n’a pas craint de poser cette question à chacun de nous et de nous interroger sur notre résistance aux épreuves et notre persévérance quotidienne. La Foi pourra passer, l’Espérance aussi pourra passer mais nous savons avec Saint-Paul que l’Amour, lui, ne passera pas !

Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
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Islam et entreprises
 
Vous êtes le directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent vos activités ?
Depuis 18 ans, le CF2R travaille dans trois directions : sur l’histoire du renseignement, afin de redonner sa juste place à cette activité dans l’Histoire ; il suit de près toutes les évolutions du renseignement contemporain, français et étranger (lois, budgets, réorganisations, recrutements, opérations, contrôle parlementaire, etc.) : enfin, le CF2R se consacre à l’analyse de la sécurité nationale et internationale (subversion, contestation, crises, conflits, criminalités, etc.).
Évidemment, les problématiques de l’islam radical et du terrorisme djihadiste sont au cœur de nos préoccupations et de nos travaux, au même titre que la montée en puissance de l’écoterrorisme ou que les conflits syrien et yéménite.
 
Vous avez été l’auteur, en 2005, d’un rapport, appelé "Rapport Denécé", considéré comme l’équivalent du rapport Obin à l’école, sur le radicalisme musulman dans les entreprises. Pouvez-vous nous rappeler les faits, et l’accueil qu’a eu votre rapport ?
Ce rapport était issu d’une étude menée, à partir de 2003, avec plusieurs entreprises françaises des secteurs de la grande distribution, du transport de pli et du gardiennage, touchés prématurément par le phénomène. Tous les signes avant-coureurs de la situation actuelle y étaient clairement décelables.
Lors de la publication du rapport, j’avais fait une émission dans la matinale d’Europe 1 en compagnie du journaliste Laurent Cabrol. Nous avions fait exploser le standard, tant les appels téléphoniques de femmes et d’hommes d’entreprise étaient nombreux pour confirmer mes propos. Malheureusement, aucun n’a jamais voulu témoigner. Il en a été de même avec le recteur de la mosquée de Paris, M. Dalil Boubakeur, qui m’avait alors appelé pour me dire que ce rapport était pertinent… mais en dessous de la réalité ! Lui non plus n’a jamais voulu tenir de tels propos publiquement, alors qu’il mesure chaque jour la radicalisation d’une partie de la communauté dont il a la charge.
 
Il y a dix ans, le regretté Roger Heurtebise vous avait déjà interviewé. Vous évoquiez la présence, de plus en plus nombreuse, de musulmans radicalisés dans les entreprises françaises. Dix ans plus tard, je présume que votre constat doit encore être plus alarmant, non ?
Malheureusement, oui. Il semble cependant qu’il y ait eu une phase de ralentissement entre 2008 et 2013, où le phénomène semble avoir été moins marqué. À moins que nous n’ayons recueilli moins de témoignages… En revanche, il est reparti à la hausse depuis et touche désormais tous les secteurs économiques sans exception, du monde industriel à celui du bâtiment et des travaux publics, de l’enseignement à l’encadrement sportif, et jusqu’aux grands cabinets de conseil en management et aux sociétés de Private Equity. Et ce qui est encore plus préoccupant, c’est que cette radicalisation concerne de plus en plus fréquemment des femmes et des hommes avec un niveau d’études supérieures, et non plus des individus en situation d’échec scolaire et professionnel.
Face à cela, rien de vraiment sérieux n’est fait. Le gouvernement a certes débloqué des budgets pour que des spécialistes aillent parler de fait religieux et de radicalisation dans les entreprises. Mais cela a été globalement un fiasco, car ceux qui ont récupéré ces budgets n’ont, dans la très grande majorité des cas, pas été à la hauteur, soit par incompétence, soit par méconnaissance de la problématique dans les entreprises, soit parce qu’ils sont restés dans le politiquement correct. Comme nous le constatons lors de nos interventions auprès d’acteurs économiques publics et privés, les entreprises considèrent que cela ne les a aidés en rien et que tout reste à faire. Des budgets ont ainsi été dilapidés au profit de quelques acteurs dont l’action a été nulle.
 
Notre amie Ghislaine Dumesnil a raconté, à partir de 2012, la réalité de ce qui se passait à la RATP. Elle a parlé du rôle de la discrimination positive à l’embauche, de la complicité des organisations syndicales, et de l’islamisation progressive de son dépôt. Elle a payé cher son courage, puisqu’elle a fini par quitter l’entreprise. Vous n’avez pas dû être très surpris ?
Le cas de Ghislaine Dumesnil est tout à fait emblématique et je voudrais commencer par saluer son courage. Elle a été la première à témoigner de l’ampleur du problème en interne à la RATP. C’est particulièrement édifiant. Il a été possible de le mesurer lors des attentats de 2015, puisque l’un des terroristes était salarié de l’entreprise publique. Mais la RATP a décidé de mettre le couvercle sur ce phénomène et dissimule effrontément la réalité de la situation. Ses représentants annoncent aujourd’hui urbi et orbi que la situation a changé, que le problème est réglé, que tout va bien. Ce sont là des mensonges honteux, de facto couverts par l’État.
D’ailleurs ce dernier est d’une passivité coupable face à ce phénomène, au risque d’entraîner l’apparition de réactions extrémistes. Force est de constater qu’en réalité les autorités ne savent guère comment gérer ce problème et ne font finalement rien de concret ni d’efficace.
 
Vous évoquiez également, il y a dix ans, le rôle de l’extrême-gauche, violente, dans certaines entreprises. Cela s’est-t-il également confirmé, et accentué ?
En effet, nous observons une retour en force progressif des activistes d’extrême-gauche, anarchiste, anticapitalistes, qui agissent aujourd’hui derrière le paravent de "micro-causes" : la défense de l’environnement, la défense du droit des animaux, la lutte pour le droit à l’immigration, etc. Leur but demeure depuis toujours de "faire exploser" un système qu’ils exècrent. Mais la menace qu’ils représentent n’est pas nouvelle et est bien moindre que celle de l’islamisme radical et terroriste.
Parallèlement, il convient de ne pas négliger la résurgence de groupes d’extrême-droite, dont certes les médias grossissent l’importance à dessein. Ils se sont renforcés ces dernières années face à l’inaction des autorités face à l’islamisme et aux phénomènes migratoires incontrôlés. Mais il serait catastrophique qu’ils passent à l’action car cela ne ferait que déclencher d’épouvantables réactions en chaîne.
 
De nombreux Français se posent des questions sur les nombreux "incidents" qui touchent la SNCF, et sont capables de paralyser des gares plusieurs heures, voire deux jours. Que pensez-vous de ces différentes pannes et incendies mystérieux ?
Je considère qu’à défaut de preuves, il convient toujours de rester prudent.
On peut toujours formuler des hypothèses, mais le risque est de tomber dans le complotisme. Seules des investigations poussées et argumentées permettent de se prononcer sur de tels phénomènes, dont les origines sont souvent multiples (incidents, malveillance voire sabotage).
 
Pensez-vous que les entreprises françaises exposées (transports, nucléaire, raffineries…) sont suffisamment protégées, face au recrutement d’autres Samy Amimour, cet ancien machiniste de la RATP qui s’est fait exploser au Bataclan ?
Craignez-vous un jour une catastrophe dans un avion, un train, un métro ou une centrale nucléaire ?

Nul ne peut écarter une telle perspective, mais je crois qu’il convient de rappeler qu’en dépit de l’horreur des actes qu’il commet, le terrorisme est un épiphénomène. S’il fait régulièrement la Une des médias depuis 2001, son efficacité opérationnelle est minime. Quitte à choquer, il convient de rappeler que moins de 300 de nos compatriotes ont perdu la vie dans des attentats en 17 ans, soit en moyenne moins de 20 par an. C’est insupportable, mais il s’agit là de la plus faible cause de mortalité violente en France, plus faible que les victimes de noyade ou d’avalanche. Nous en avons une vision faussée due à la médiatisation de ces actes inexcusables qui détruisent des vies et des familles.
En revanche, la vraie menace, c’est la tentative de subversion et d’islamisation de la société française par les milieux salafistes, wahhabites et les Frères musulmans. C’est là quelque chose de bien plus dangereux que le terrorisme de Daech ou d’Al-Qaïda, car cela ne déclenche pas un phénomène de rejet similaire.
 
Si un salarié d’une entreprise, comme Ghislaine Dumesnil l’a fait en 2012, veut témoigner sur la réalité de son entreprise, peut-il s’adresser à vous ? Sinon, que lui conseillez-vous ?
Oui, le CF2R recueille de nombreux témoignages en la matière, notamment à l’occasion de nos interventions en entreprise. Mais pour des raisons de confidentialité, nous ne publions rien en la matière. Toutefois, ces témoignages sont indispensables pour que certains de nos contemporains qui pensent qu’il s’agit là de vues de l’esprit, prennent conscience des choses ; c’est également utile afin d’élaborer des réponses à ces situations.
 
Souhaitez-vous ajouter quelque chose, pour conclure cet entretien ?
Oui. Je crois que nous nous trompons dans deux domaines. D’une part nous ne sommes pas assez durs avec ceux qui véhiculent dans notre pays ce fascisme islamique dont le but est, sans ambiguïté, d’islamiser durablement la France. Nous ne faisons rien pour interdire ces idéologies néfastes, fermer mosquées, librairies et chaînes TV, interdire la venue sur notre sol de prédicateurs étrangers, etc. Nous sommes comme tétanisés face à cette subversion. Or, face à cette menace, être politiquement correct, c’est être islamiquement complice.
D’autre part, nous sommes souvent trop durs avec nos compatriotes musulmans "laïques", qui sont pris entre le marteau des islamistes et l’enclume de la suspicion. Certes, ils sont très clairement l’enjeu de tentatives de récupération par les islamistes, mais la grande majorité d’entre eux n’adhère pas à cette vision archaïque, haineuse et obscurantiste de l’islam. Certains leur reprochent leur passivité dans la situation actuelle et il est vrai qu’on ne les voit pas se manifester. C’est à la fois le signe qu’ils ne se pensent pas nécessairement d’abord comme "musulmans" dans la société française ; c’est aussi l’absence de prise de position ferme des autorités face aux extrémistes islamistes qui les amènent à faire profil bas, devant un avenir incertain.

Enfin, un dernier point me semble essentiel. Le cœur du problème se situe au Moyen-Orient, principalement en Arabie saoudite et au Qatar. Nous avons là deux États à l’idéologie malfaisante, qui disposent de moyens financiers considérables. Bien que wahhabites, salafistes et Frères musulmans ne représentent qu’une minorité de l’islam sunnite, ce sont eux qui pourrissent le monde actuel en exportant partout, jusque dans nos banlieues et nos entreprises, leur fascisme islamique et leur volonté de domination. Et ils bénéficient de l’appui total de ces deux États, lesquels ne s’en cachent même pas. Or, la France – comme l’Occident en général – continue d’entretenir des relations diplomatiques et amicales avec ces deux royaumes pervers, dans l’espoir de glaner quelques contrats, alors même qu’ils mènent une véritable politique de subversion de notre société.
Nous sommes là en pleine contradiction. Il est indéniable que les "cadeaux" dont bénéficient nos "élites" politiques de la part de Riyad et de Doha, ne les incitent pas à réagir. Pour paraphraser Lénine, les Saoudiens pensent clairement que "les Occidentaux nous vendront la corde avec laquelle on les pendra !". C’est donc contre eux qu’il faut agir, rapidement et sans faiblesse. Sans cela, le problème perdurera et connaîtra chaque jour plus d’ampleur.

Envoyé par l'auteur, 2 décembre 2018
Propos recueillis par Pierre Cassen dans le cadre d'une interview donnée à Riposte laïque, 1er décembre 2018
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Pour un alter-mondialisme chrétien
 
Le thème de la mondialisation ne peut qu’interpeller les chrétiens. Certains peuvent y discerner un "signe des temps" qui ouvrirait les peuples à une forme de citoyenneté universelle. D’autres y décèlent les prémisses d’une rencontre heureuse de cultures diverses confirmant la vision mac-luhanienne du "village planétaire". Beaucoup se réjouissent qu’elle permette d’envisager désormais un recul de la pauvreté dans le monde. Ainsi, la mondialisation deviendrait l’ultime chapitre de Populorum Progressio et prendrait la suite du développement comme "nouveau nom de la paix", faisant converger l’humanité avec le plan divin.
Mais qu’en est-il de cette féérie enchantée par rapport aux réalités économiques, sociales et culturelles d’aujourd’hui ?
 
Au seul plan économique, la mondialisation est l’aboutissement accéléré de siècles de libre-échange qui, malgré de nombreux épisodes protectionnistes, constitue sans doute une tendance irréversible de l’histoire économique mondiale. Le commerce a connu, dès l’Antiquité et avant même "la route de la soie", un élargissement croissant de ses marchés dans la logique du capitalisme, seul système économique qui ait jamais fonctionné durablement et efficacement, sous ses formes successives, marchande, industrielle et financière. C’est pour cela que, si ce phénomène, qui est devenu la doctrine de l’OMC, génère bien les avantages comparatifs analysés par Ricardo, il est aussi à l’origine de tous les inconvénients de cette théorie. En effet, l’idée selon laquelle l’ouverture la plus grande au commerce international est toujours avantageuse pour tous, indépendamment de la compétitivité nationale, est fausse.
 
Elle heurte de ce fait l’anthropologie chrétienne qui repose sur la nécessité du développement pour tout homme. Pourquoi ? D’excellents spécialistes, bien plus compétents que moi, de droite comme de gauche, l’ont largement démontré. Je me bornerai donc à trois éléments bien connus :
 
Le premier, c’est que contrairement au modèle walrasien, la concurrence n’est jamais pure et parfaite en interne comme à l’international. Elle est en général oligopolistique voire monopolistique, ce qu’illustre la puissance des entreprises multi ou trans nationales qui se caractérisent par un ensemble intégré d’unités de production contrôlées en divers territoires par un centre de décision unique". Une cinquantaine d’entre elles, les plus importantes, figurent parmi les 100 premières puissances économiques mondiales, Etats inclus… qui, par la manipulation des coûts et des prix que leur force et leur diversification autorisent, faussent l’allocation juste des facteurs de production et imposent leur loi au marché mondial. Du coup, le déséquilibre des termes de l’échange entre riches et pauvres –rapport entre le cours fluctuant des matières premières et le prix des produits manufacturés- invoqué par la CNUCED, dans le cadre de l’ONU, dès 1964, non seulement demeure mais s’amplifie à l’échelle de la croissance du commerce mondial dont l’essentiel est d’ailleurs pratiqué par les grandes Puissances. En outre, les sociétés multinationales, dont les actionnaires sont mal identifiés par les peuples, et le chiffre d’affaire souvent supérieur à celui des petits Etats ou des Etats pauvres, n’hésitent pas à intervenir dans la vie politique de ces derniers en utilisant éventuellement la corruption de dirigeants indignes pour mieux asseoir leur rente de situation. Leur action n’est pas non plus étrangère au transfert vers les pays détenteurs de métaux rares d’une pollution dont ils dénoncent hypocritement les méfaits dans les pays utilisateurs au nom d’un discours écologiste de façade, ainsi que l’illustre par exemple le circuit de fabrication des batteries électriques équipant les véhicules "propres".
 
Le second réside dans le risque de sacrifier dans un pays, grâce à la libération de tous les freins aux échanges et à la mobilité encouragée des facteurs de production, des fabrications qui seraient plus rentables ailleurs. C’est une des raisons du chômage persistant dans beaucoup de nations, sans que pour autant cette politique bénéficie aux pays pauvres qui ne restent "profitables" qu’au prix d’un niveau de salaires et de prestations sociales maintenu à l’étiage le plus bas. Une des modalités bien connues en est le développement des délocalisations dont le "retour sur investissement" n’est jamais à la hauteur du déficit social qu’elles créent et qui, si elles augmentent les profits et les revenus des actionnaires, n’ont pas pour autant comme objectif de recréer les emplois détruits ou d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés modestes.
 
Le troisième est bien évidemment la constitution de marchés financiers travaillant 24h sur 24 à l’échelle planétaire qui, combinée à l’utilisation fréquente d’outils très complexes et à des titrisations aussi contestables pour ne pas dire toxiques que les subprimes de 2007, créent un risque permanent de propagation mondiale de crises spéculatives. Cette menace pèse toujours sur nos économies totalement imbriquées dans la mondialisation et entièrement dépendantes les unes des autres, ce qui montre bien qu’un monde de plus en plus solidaire peut aussi se pervertir en une tribalisation déchaînée du mal… On pourrait ajouter que, face à la complexité de ce nouveau capitalisme boursier, seuls les experts en manipulations peuvent tirer leur épingle du jeu et qu’on est donc aux antipodes de ce que pourrait être un authentique capitalisme populaire répandu sur toute la planète pour le bénéfice du plus grand nombre !
 
Mais si la mondialisation ne peut sans légèreté être analysée comme profitant à tout homme, elle ne peut davantage l’être –et c’est sa seconde contradiction avec l’anthropologie chrétienne- comme profitant à tout l’homme, ce qui conduit à évoquer rapidement une autre problématique.
Economique et sociale, la mondialisation a aussi un contenu culturel, au moins sous trois aspects.
 
Le premier est que, parmi les acteurs les plus puissants de la mondialisation, figurent les fameuses GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les NATU (Netflix, Air BNB, Telsa, Uber) ou, encore, versus chinois, les BATX (Baidu, Alibabab, Tencent, Xiaomi) et, en Russie, Yandex et VKontakte. On se contente souvent de dénoncer leur influence en raison de leurs abus de position dominante, de fraude fiscale ou de lobbying. Mais il est encore plus inquiétant de constater le volume de données numériques qu’elles recueillent et qui mettent en péril le respect de notre vie privée ou leur stratégie visant à rendre leurs produits addictifs voire à en programmer l’obsolescence. On est aux antipodes d’une mondialisation technologique dont la diffusion planétaire permettrait d’abolir les fractures numériques et apporterait les bienfaits d’une civilisation émancipatrice. C’est au contraire une nouvelle et implacable aliénation qui vient contester notre liberté, notre dignité et notre intimité en réalisant exactement ce que craignait Orwell avec son Big Brother.
 
Le second provient de la nature des produits diffusés. La plupart des sociétés multinationales agissant sur le marché mondial ne sont pas des sociétés internationales mais ont un capital majoritairement détenu par des Américains, des Chinois ou des Russes avec leurs intérêts propres. Que ce soit dans les comportements alimentaires (Coca Cola), dans la production ou la diffusion de films et de séries (Netflix), dans les contenus véhiculés par l’internet (Google) et dans les entreprises de désinformation déstabilisante qui semble devenues des spécialités russe et chinoise, ce sont les comportements culturels de la planète qui peuvent s’en trouver unifiés au détriment de l’objectivité mais aussi de la diversité de chaque culture nationale ou régionale. Sans céder aux caricatures de la "culture Mac World" (Mac Do+Coca et autre Mickey), il est manifeste que la propagation de l’obésité à travers le monde est par exemple le résultat d’habitudes alimentaires exportées des Etats-Unis. D’un point de vue chrétien, il faudrait "tordre le cou" à cette idée reçue d’une culture mondiale bienfaisante et pacificatrice, dont l’UNESCO serait le régulateur. C’est bien contre cette erreur que mettait en garde Saint Jean Paul II dans son grand discours, à l’UNESCO justement, le 2 juin 1980, allant jusqu’à définir, à partir de l’exemple de la Pologne étendu à toute l’Europe, une souveraineté culturelle de chaque nation et alertant sur une domination totalitaire des moyens de communication de masse qui l’abolirait au nom de l’indifférenciation insidieuse d’un métissage culturel. Dans son allocution, il demandait expressément à l’UNESCO de prendre en considération le primat du spirituel seul capable de construire l’homme intégral et l’apport du christianisme à cet humanisme salvateur des identités nationales. Nul n’est besoin ici d’expliciter la différence radicale entre cette vision personnaliste et une fusion mondiale des cultures, telle que la mondialisation la façonne aujourd’hui et contre laquelle, déjà, s’élevait Levi-Strauss, peu suspect de "populisme" en insistant sur la nécessité de préserver, grâce à la diversité des cultures, la richesse du monde.
 
Enfin, comment ne pas évoquer ici le développement d’une immigration planétaire des pays du sud vers ceux du nord et des immenses drames humains qu’elle crée, entre organisation maffieuse des passeurs, incapacité des pays d’accueil à mettre en place des politiques d’intégration satisfaisantes et perte de potentiel de développement pour les pays pauvres que fuient souvent leurs habitants les plus doués et les meilleurs, comme l’a fort bien expliqué Michel Camdessus ("Vers le monde de 2050", fayard, 2017, résumé par Jean-Paul Lannegrace dans le bulletin 87 du 3ème trimestre 2017 de l’OCHRES). Face à cette situation inacceptable, que  certains, par inconscience, en viennent même à juger inéluctable voire souhaitable ( !) dans une vision fataliste du monde (l’ "à-quoi-bonisme" vitupéré par Bernanos), les chrétiens doivent se mobiliser pour proclamer un droit, celui pour tout homme de pouvoir vivre dans son propre pays et d’y contribuer à son développement, et, afin que cette proclamation ne relève pas d’une bonne conscience hypocrite, pour faire d’un plan Marshall en direction des pays d’émigration la priorité des futurs G20 et de la Banque mondiale. Ce serait non seulement notre honneur, mais au-delà de l’exigence morale, une urgence politique, afin que cette dérive migratoire ne provoque pas les conflits et les affrontements dont elle est malheureusement porteuse.
 
Au terme de cette analyse, on voit bien qu’il serait tout autant vain de se poser en adversaire de la mondialisation qu’impossible de l’accepter sans un droit d’inventaire sérieux au nom de l’anthropologie chrétienne. Autrement dit, ne nous égarons pas dans l’anti-mondialisme mais soyons résolument alter-mondialistes et alter-mondialistes chrétiens ! Si la tentation du repli protectionniste a souvent coïncidé avec des périodes d’affrontements, les risques n’en sont pas moindres avec une mondialisation sans limites et une concurrence effrénée lourde d’antagonismes comme l’histoire de ces 150 dernières années l’a montré ou comme l’illustre aujourd’hui la guerre commerciale et monétaire sino-américaine.
Nul n’oserait écrire comme le libéral radical Richard Cobden en pleine révolution industrielle au XIXème siècle :
"Je vois dans les principes du libre-échange une force qui agira dans le monde à l’image de la gravitation dans l’univers physique. Elle rapprochera les hommes, abattra les antagonismes de race, de croyance, de langue. Elle nous unira par les liens de la paix universelle".
 
Non, l’économie-monde n’est pas l’ange Gabriel de la Parousie. En revanche, comment ne pas être attentifs aux avertissements lancés dès 1991 par l’universitaire démocrate Robert Reich, secrétaire au travail sous la présidence Clinton, dans son ouvrage "The work of nations : preparing ourselves for 21st century capitalism", traduit chez Dunod en 1993 ? la rupture sociale entre "perdants", salariés non-qualifiés devant accepter une compression de leurs rémunérations pour s’adapter aux impératifs de la mondialisation et "gagnants", détenteurs de hautes qualifications et propriétaires de capitaux, peut générer une nouvelle lutte des classes. A ceux qui aiment manipuler les symboles, je proposerai celui des "gilets jaunes" : dans un avion, là où le contexte de la mondialisation des transports interdit de taxer le kérosène malgré son bilan carbone désastreux, ils sont un signe de protection lorsque l’hôtesse décline les consignes de sécurité à des voyageurs souvent privilégiés. Mais, à nos carrefours et nos péages routiers, ils expriment la sourde colère des nouveaux "pauvres sédentarisés", subissant les taxes sur l’essence et le diesel et accusés par la bourgeoisie aisée de créer par la pollution de leurs vieux véhicules des milliers de morts innocents. Pauvres mais aussi assassins… voilà l’image d’eux-mêmes que reçoivent aujourd’hui les nouveaux héritiers des "classes dangereuses" dénoncées par les milieux dirigeants du XIXème siècle et que seuls alors les milieux sociaux-chrétiens défendaient.
 
Et, justement, l’Union européenne, si elle acceptait de prendre ses distances avec l’OMC et de renouer avec des sources chrétiennes toujours répudiées, pourrait prendre la tête d’une véritable alternative à une mondialisation purement libérale qui reposerait sur quelques principes simples :
L’acceptation de droits de douanes limités et ciblés dans le cadre de tarifs extérieurs communs justifiés par la disparité des coûts sociaux et salariaux et le dumping qui en résulte (l’Europe qui protège)
L’encouragement systématique à des modes de vie plus modestes par des incitations fiscales et un nouveau type d’allocations familiales (l’Europe des "limites")
Une forte volonté exprimée au sein du G20 afin de définir une éthique des firmes transnationales assortie, le cas échéant, de sanctions mais aussi définissant un plan Marshall pour les pays pauvres en contrepartie d’un contrôle des flux migratoires (l’Europe de la justice)
Une présence plus affirmée à l’UNESCO afin d’y promouvoir les droits de chaque culture nationale à son maintien et à sa promotion.
 
Ces pistes naturellement ne sont pas exhaustives mais, au moment où l’Europe doute d’elle-même, elles pourraient lui redonner un nouveau souffle, nourrir un projet ambitieux et la faire renouer avec sa vocation authentique, celle de parler au monde au nom d’une liberté maîtrisée et d’une vision équilibrée de la personne humaine.

Envoyé par l'auteur, paru sur le bulletin de l'OCHRES (Observatoire chrétien de l'entreprise et de la société), 30 novembre 2018
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Les Gaulois et le ciel
 
Il paraît que la seule chose que craignaient les Gaulois était que le ciel leur tombe sur la tête, cela ne les a pas empêché d’être battus par César. Il en est de même de Macron et du gouvernement, la seule menace qu’ils veulent traiter est le réchauffement climatique, ils ne se préoccupent pas des deux vraies menaces auxquelles nous sommes exposés : une immigration invasive incontrôlée, liée à un risque terroriste permanent et une situation sociale dégradée.
 
Il y a en France plus de 3,5 millions de chômeurs, 6 millions de Français reçoivent une aide pour se loger, 1 million sont contraints de s’adresser aux Restos du Cœur pour survivre, sans parler de ceux qui font appel à la CMU pour pouvoir se soigner, les prélèvements obligatoires représentent 48,4% du PIB – nous sommes les champions d’Europe - la part des particuliers ne cessant de croître. La société où nous vivons peut maintenant se comparer au régime soviétique, les Français dépendant de plus en plus d’aides sociales pour vivre et voyant leur niveau de vie baisser inexorablement.
Dans ces conditions les préoccupations écologiques sont loin d’être leur préoccupation première d’autant qu’on veut faire changer leur mode de vie sous la contrainte : ils se rebellent. Ce qu’ils demandent est pourtant simple : vivre honnêtement du fruit de leur travail.
Ce qu’on leur promet est une poursuite d'une politique qualifiée de "transition énergétique" pour "sauver la planète" et qui ne fera qu’aggraver les choses.
Grace à des gouvernants visionnaires il y a cinquante ans, la France est un des pays les moins pollueurs de la planète, 75 % de l’électricité étant d’origine nucléaire. Pour des raisons purement idéologiques on s’oblige à ramener la part du nucléaire à 50 % ce qui oblige à la fermeture prématurée de centrales amorties produisant une électricité constante et peu couteuse, et de développer des énergies intermittentes notamment éolienne et solaire.
 
Pour le Français, la transition énergétique consiste à leur imposer une taxe carbone sur les produits pétroliers et une taxe sur l’électricité représentant actuellement 16 % de leur facture, ces taxes étant programmées pour croître inexorablement et destinées à soutenir le construction d’éoliennes allemandes et de panneaux solaires chinois. Il voit que l’on veut l’obliger à remplacer sa voiture alors qu’il n’en a pas les moyens même avec les aides prévues, à remplacer sa chaudière et à calfeutrer sa maison. Comment voulez-vous qu’il ne se révolte pas, d’autant qu’il voit bien que l’on ne demande rien aux transports aériens, maritimes et routiers qui peuvent continuer à émettre du CO2 sans contrainte.
 
La France produit 0,9 % du CO2 mondial, tout ce que l'on entreprendra ne servira à rien. Elle pollue deux fois moins que l’Allemagne qui brule de la tourbe dans ses centrales, quatre fois moins que le Japon, dix-sept fois moins que les Etats Unis, et trente et un fois moins que la Chine.
Dans ces conditions la politique énergétique doit être définie de façon à produire l’énergie la moins couteuse possible sans se préoccuper d’autres considérations qui sont, dans l’état actuel, secondaires.
D’autant que les verts qui il y a peu se préoccupaient des espaces humides, de la survie des crapauds et des paysages, veulent maintenant des milliers d’éoliennes, Macron veut les multiplier par cinq, des fermes solaires gigantesques – il en est prévue une de 2000 ha dans les Landes, désertifiant 1300 ha de terres agricoles et 700 de forêt - pour produire autant qu’un seul réacteur nucléaire. L’aide actuelle aux énergies renouvelables actuellement de 5 milliards d’euros par an sera portée à 7 ou 8 milliards par an.
 
Imaginons ce que sera la France couverte de milliers d’éoliennes hautes comme les deux tiers de la tour Eiffel, ce que deviendront nos paysages d’autant qu‘il faut savoir qu’au pied de chaque mât il y a un bloc de béton de 1500 tonnes qui y restera pour l’éternité.
Quant aux éoliennes en mer imaginons ce qu’elles subiront au cours d’une tempête dans le golfe de Gascogne pour prendre conscience du coût de leur entretien.
Remarquons qu’il faut distinguer la pollution à basse altitude et la production de "gaz à effet de serre" dans la haute atmosphère.
 
La pollution notamment urbaine est une réalité contre laquelle il faut lutter mais il faut régler la question à l’échelon local en fonction du contexte. Chaque agglomération devrait imposer les contraintes nécessaires, fluidification du trafic, interdiction d’activités et de véhicules polluants, développement des transports en commun. A ce sujet la création du "Grand Paris" qui aspire une grande part de l’activité économique et industrielle de la France est un non-sens. Il faudrait reprendre une politique volontariste d’aménagement du territoire répartissant au mieux dans tout le pays les services publics, les transports et les activités.
 
Pour ce qui est de la production de gaz à effet de serre, la France peut se permettre de ne rien faire : utiliser les centrales nucléaires le plus longtemps possible, et entreprendre leur remplacement par des réacteurs développés en fonction de leur rentabilité sans toutefois transiger sur la sécurité. Ne pas soutenir l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires importés.
La France a été pionnière dans le domaine de l’énergie nucléaire, maitrisant seule toute la chaine de la fabrication du combustible au traitement des déchets, il faut reprendre notre place ce qui nécessite constance et volonté. La France a été à l’origine de projets innovants : Airbus, Ariane, les TGV, en quoi sommes-nous innovants actuellement, à la remorque des Américains et bientôt des Chinois ?
 
L’autre domaine pour lequel il faut abandonner la politique restrictive imposée par le lobby écologiste, c’est le pétrole : Mr Hulot a obtenu l’interdiction de toute recherche pétrolière en France et dans nos zones économiques. Actuellement les deux tiers de notre déficit commercial proviennent de l’achat de produits pétroliers – quarante milliards d’euros - ce n’est pas à la production pétrolière qu’il faut se prendre mais à la consommation. La Guyane et le Canal du Mozambique ont des sites prometteurs, pourquoi se priver de les exploiter ? Et pourquoi s’interdire toute recherche sur le pétrole et le gaz de schiste ?
Il faut faire taire le lobby écologiste qui mène la France à des dépenses inutiles qu’il faut financer par des taxes toujours croissantes. C’est la seule façon de relancer l’économie et d’élever le niveau de vie des Français, et de calmer leur révolte, c’est plus urgent que d’attendre que le ciel nous tombe sur la terre.

Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
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Remous écologiques

Le réchauffement climatique a accaparé l’actualité de ces dernières semaines. Démission brutale de Nicolas Hulot, rapport alarmiste du GIEC, agitation des "gilets jaunes", déclaration solennelle d’Emmanuel Macron, nouveau plan national de "transition énergétique" … ces évènements ont été à la fois précipités et confus. Je propose ici de clarifier leur enchainement et d’éclairer leur signification.
 
Le réchauffement de notre planète est une réalité prouvée scientifiquement. Aucune autorité qualifiée ne la nie. Perplexes, les experts ont voulu savoir sa cause. La majorité d’entre eux croient la trouver dans l’activité humaine sous deux de ses aspects : l’utilisation intensive des combustibles fossiles –charbon, pétrole et, dans une moindre mesure le gaz- d’une part ; la déforestation d’autre part, notamment celle des deux "poumons verts" de la planète, l’Amazonie et le bassin du Congo. La première libère une quantité énorme de gaz à effet de serre (dioxide de carbone et méthane principalement). Les plantes sont d’autant moins capables de l’absorber que la seconde réduit le nombre d’arbres. Les gaz à effet de serre restent dans l’atmosphère et y retiennent la chaleur des rayons du soleil.
Tel est le diagnostic généralement accepté par les spécialistes. Il faut bien voir qu’il ne se fonde sur aucune certitude. Comme dans une investigation policière, les enquêteurs ont réuni un important faisceau de présomptions sur l’identité du coupable, mais aucune preuve irréfutable. C’est pourquoi certains scientifiques, qu’on appelle climato sceptiques, rejettent l’accusation portée contre l’activité humaine. Ils affirment qu’elle n’est pas la cause principale du réchauffement.
 
En l’état actuel des choses, l’élévation globale de la température est un peu supérieure à 1°C par rapport à ce qu’elle était avant l’ère industrielle, c'est-à-dire avant que le charbon puis le pétrole soient utilisés massivement. Que se passerait-il si cette hausse se poursuivait dans les décennies à venir ? Pour y voir plus clair, la communauté des Etats a demandé à un groupe international d’experts, le GIEC, quelles conséquences auraient pour la planète en général et pour l’humanité en particulier une augmentation de 1,5°C au-delà de ce qu’elle était au début de l’ère industrielle, et une autre, pire, allant jusqu’à 2°C.
Le GIEC a rendu son rapport en octobre. L’exercice auquel il s’est livré est très risqué. J’en parle en connaissance de cause. Ayant été prévisionniste moi aussi, je sais les démentis cinglants que les évènements s’amusent à opposer aux spéculations de l’esprit. Faire des prévisions à échéance de dix ou trente ans est une gageure surtout quand le champ à examiner inclut des domaines aussi divers que les phénomènes météorologiques –sécheresses, inondations, fonte des glaces-, la biodiversité, la qualité de vie, les migrations et même les risques de guerres. Dans un souci de prudence scientifique, le GIEC s’est entouré de conditionnels. Il n’attache aucune certitude à aucune de ses prévisions. Il se contente de leur attribuer trois niveaux de probabilités : faible, moyen et fort.
 
En définitive, ce qui est dit de notre avenir dans la prochaine décennie et les suivantes, n’est rien d’autre qu’un édifice de probabilités hissées les unes sur les autres. Elles sont scientifiquement fragiles. Elles sont d’autant moins fiables sur un plan pratique qu’elles concernent la Terre entière et non pas un pays donné. Les variations seront grandes d’une zone géographique à une autre.
Le rapport du GIEC est difficilement compréhensible par les non-spécialistes. Son entrelacement d’hypothèses croisées et de déductions aléatoires déconcerte une opinion publique qui s’inquiète du réchauffement climatique et qui a besoin de causes certaines et de décisions claires. Elle se tourne vers ceux qu’elle croit être des intermédiaires qualifiés : les porte-paroles de l’écologie politique. Chez nous, le plus écouté d’entre eux s’appelle Nicolas Hulot. Quelle leçon pratique tire-t-il du rapport ? Il l’a expliqué dans une émission télévisée de presque deux heures, il y a quinze jours. Selon lui, il faut en conclure que les énergies fossiles "sont les pires ennemies de l’humanité". "Le temps est court" affirme-t-il, avant que vienne "l’irréparable". Il annonce même un point de non-retour "dans deux ans et demi". Si nous ne réagissons pas, "la fin du monde" ou, tout au moins "la fin de l’humanité" sont inéluctables. Elles seront précédées par "la fin de la démocratie", des "migrations gigantesques" et des "guerres sanglantes". Hulot n’a aucune culture scientifique sérieuse. Cela ne l’empêche pas de transformer les prudentes estimations des experts en certitudes apocalyptiques. C’est ce que devient la science quand elle est récupérée par l’idéologie.
 
Emmanuel Macron avait cru habile de nommer ce prophète de la fin du monde au ministère de la "transition écologique". Le visionnaire de l’écologie salvatrice s’est brusquement trouvé au contact des réalités de notre société. Le choc a été rude.  Surpris et déçu par les résistances qu’il a rencontrées, Hulot a interprété ses échecs selon sa manière de considérer notre époque. "Les lobbys", proclame-t-il, lui ont barré la voie ; "l’urgence écologique" exigeait une "union sacrée" mais le gouvernement n’a pas osé la révolution qui s’imposait ; il a choisi une méthode stérile de "petits pas". Constatant qu’il dirigeait un "ministère de l’impossible", Hulot a démissionné avec fracas. Le gouvernement des hommes s’accommode mal des illuminations du prophète. 
 
Nos dirigeants politiques se sont retrouvés obligés de fixer un cap sans pouvoir se réclamer d’une nécessité prouvée par la science ni se cacher derrière le voile d’une idéologie. Ils ont dû se résigner à faire tout simplement leur métier : gérer les réalités. Le Président de la République en personne s’y est essayé mardi dernier.
Vue sans passion, sa tâche était assez facile. La France participe, selon certains calculs, pour moins de 1% à la production mondiale de gaz à effet de serre. Elle est loin derrière les grands pollueurs que sont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Elle est loin aussi derrière l’Allemagne. Notre politique de production d’électricité par l’énergie nucléaire –par définition indemne de toute émission de dioxyde de carbone- est citée avec éloge par le GIEC. Et puis la forêt, loin de reculer sur notre territoire, ne cesse de progresser. Nous n’avons pas à nous précipiter vers des décisions urgentes, ni en matière d’énergie éolienne, ni en ce qui concerne la voiture électrique ni en aucune matière délicate. Les nouveaux modes de "dé carbonisation" de l’air sont loin d’être au point techniquement et financièrement. Ils nécessitent encore de grands efforts de recherche. L’Etat doit encourager ces efforts mais n’a pas besoin de brusquer leur aboutissement.
 
Ce n’est pas cette voie de sagesse et de prudence que vient de prendre Emmanuel Macron. Tiraillé entre les sollicitations contradictoires des écologistes, des industriels, de la Commission européenne et d’autres encore, il a été incapable de se hisser jusqu’à l’essentiel et fixer une ligne claire et cohérente.  Nous sommes, plus qu’avant, encombrés de programmes inutiles, irréalistes, contradictoires et, au total, excessivement coûteux. Je ne les détaillerai pas ici. Mais, comme chacun le sait, ils ont conduit le gouvernement à nous imposer une "taxe carbone" fort peu nécessaire. La révolte des "gilets jaunes" en est sortie. Par un retournement inattendu mais compréhensible, la "transition écologique" par laquelle nos dirigeants pensaient se rendre populaires, est devenue synonyme de contraintes insupportables et de taxes injustes.
Le réchauffement climatique pose un curieux problème à notre bien commun. La science refuse de nous fournir une vérité solide qui servirait de base à un projet national. Les guides auxquels l’opinion est prête à faire confiance, se révèlent n’être que des songe-creux. Nos responsables politiques s’agitent entre dépenses incohérentes et impôts aveugles. Il est triste d’observer la dilapidation de nos forces.  Mais peut-il en aller autrement quand les élites flottent dans l’incertitude de la pensée et de l’action ?
Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
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