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Provocations
 
On se demande ce qui peut bien pousser l’ "Occident", entendez les Etats Unis et l’Union Européenne, à prendre des mesures à l’égard de pays faisant partie de la zone d’influence russe, qui ne peuvent apparaître que comme des provocations et compliquent encore les relations entre les deux blocs.
Le Monténégro, ce minuscule Etat de 660 000 habitants situé en bordure de l’Adriatique va intégrer l’OTAN en tant que 29ème Etat membre de l’alliance. Le sénat américain a en effet donné son feu vert le28 avril.
Le Monténégro, ancienne république de la Yougoslavie, a fait sécession de la Serbie en 2006. Depuis la Russie y exerçait une forte influence économique par ses investissements et comme destination touristique. Puis il s’est rapproché de l’Europe, il a même soutenu les sanctions contre la Russie.
L’ambition du Monténégro est d’intégrer l’Union Européenne, sa monnaie de fait est déjà l’Euro. Il mène le processus d’adhésion à l’Union mais doit encore régler des problèmes liés à la criminalité, à la contrebande, à la corruption et à la liberté de l’information, vaste programme : la Commission Européenne estime que le Monténégro à fait des progrès significatifs, et propose que lui soit accordé le statut de "candidat à l’adhésion"
La Russie est évidemment furieuse et on le comprend, l’admission de l’OTAN de ce micro Etat loin des frontières russes et l’objet d’aucune menace, n’a aucune justification autre que de contrer la Russie et on ne voit pas l’intérêt de l’Union Européenne à s’encombrer encore d’un nouveau membre qui sera suivi ensuite par le Kosovo, la Macédoine…

Mais le Monténégro n’est pas la seule pomme de discorde entretenue par les Etats Unis avec la Russie : dans le texte de son budget mention est faite de  "l'occupation russe des territoires géorgiens d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud ". En conséquence, cette législation interdit le financement de tout programme ou de tout état qui encourage cette "occupation" ou qui "viole la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie".
On se rappellera qu’en août 2008 le président géorgien Mikheil Saakachvili encouragé par les Etats Unis et par Bernard Henri Levy, avait fort imprudemment cherché à reconquérir ses provinces sécessionnistes russophones d’Abkhasie et d’Ossétie du sud, ce qui avait immédiatement déclenché une réaction militaire russe et l’indépendance des deux provinces reconnue seulement par la Russie, le Venezuela et quelques micro-Etats.
Depuis la Géorgie frappe à la porte de l’Europe en signant un accord d’association et en espérant la libéralisation des visas.
 
Justement l’Union Européenne vient d’exempter les Ukrainiens de visa pour entrer dans l’espace Schengen. Ce régime a été adopté le 11 mai par le Conseil de l’Union européenne. Donc à partir de juin, les 45 millions d’Ukrainiens pourront se rendre dans l’espace Schengen sans visa pour un séjour d’une durée de 90 jours.
Dès le mois de décembre 2015, la Commission européenne avait constaté que l’Ukraine remplissait tous les critères requis. Parmi les conditions fixées par Bruxelles, le Parlement ukrainien avait notamment dû adopter une législation "contre les discriminations au travail liées à l’orientation sexuelle". On admirera le prétexte retenu qui montre que l’Europe est plus préoccupée de considérations droitdel’hommesques que d’intérêts économiques ou politiques. Rappelons que ce pays failli, corrompu et en guerre civile avait déjà signé avec l’Europe un traité d’association. Il semble que Paris et Berlin aient particulièrement trainé les pieds, craignant les réactions de leurs opinions publiques, ils auraient mieux fait de mettre leur véto.
 
Voilà trois mesures qui ne peuvent qu’être considérées par la Russie comme des provocations voire des agressions.
Quand comprendra-t-on qu’il n’est absolument pas de l’intérêt de l’Europe, poussée par les Américains, de s’étendre indéfiniment vers l’est dans le but de contester au président Poutine sa zone d’influence et que par contre, tout le monde aurait intérêt à une normalisation des rapports entre l’Europe et la Russie même si cela déplait à Monsieur Trump. Finalement le Président Poutine a plus de légitimité démocratique dans son pays qu’un autre président souhaité par seulement vingt cinq pour-cents des électeurs. De toute façon jamais la Russie ne lâchera la Crimée, il faut tourner la page. Nous n’avons pas à prendre part aux querelles d’Allemands que les Etats-Unis entretiennent, on ne sait pourquoi, avec la Russie.

Paru sur dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 17 mai 2017
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Stratégie chinoise, paralysie européenne
 
A Pékin, les 14 et 15 mai 2017, devant vingt-neuf chefs d’État ou de gouvernement et des délégations venues du monde entier, Xi Jinping a présidé un forum sur le projet stratégique qui lui tient le plus à cœur : les "nouvelles routes de la soie". Annoncé par le président chinois dès 2013 dans un discours tenu au Kazakhstan, ce programme gigantesque d’extension des voies commerciales sur le continent eurasiatique, ce trait d’union maritime et terrestre entre le Pacifique et la Baltique, entre les mers de Chine et la Méditerranée, est communément appelé OBOR (One Belt, One Road), soit une ceinture (terrestre) et une route (maritime). En fait, la vision chinoise est aujourd’hui de deux routes maritimes et trois routes terrestres (certaines incluant l’Inde ou la Russie, d’autres non, etc.). L’idée stratégique de l’ "atelier du monde" est simple : sécuriser son approvisionnement en matières premières ainsi que les voies d’exportation de ses marchandises.
Xi Jinping a promis d’injecter immédiatement 128 milliards de dollars dans le projet. Mais l’objectif à long terme des Chinois est de rassembler 4 000 milliards de dollars pour construire de nouvelles infrastructures - voies ferrées, ponts, routes, tunnels, ports - visant l’acheminement d’un quart du commerce mondial et portant sur un espace où vivent 63 % des habitants de la planète. Les nouvelles infrastructures de la route maritime de la soie, incluent des ports aussi différents que Gwadar (ouest du Pakistan), Colombo, Djibouti ou Le Pirée.
 
Xi Jinping a insisté sur le côté pacifique de l’OBOR. On n’a pas de peine à le croire, tant on sait que les Chinois préfèrent se voir en commerçants qu’en guerriers. Contrairement à l’Amérique et à la Russie, la Chine contemporaine n’a pas de grande victoire militaire à son actif. Elle ne cherche pas à briller par les armes - même si elle sait utiliser l’intimidation militaire dans sa quête du contrôle de la mer de Chine méridionale. Elle veut devenir le suzerain incontesté de toute l’Asie, mais par une stratégie à la Sun Tzu, c’est-à-dire en poussant l’adversaire à renoncer de lui-même à la bataille.
Aux pays que traversent les "nouvelles routes de la soie", les Chinois disent : "Investissons ensemble, pour un profit commun. Mais si vous êtes trop pauvres, ce n’est pas grave, nous sommes prêts à investir tous seuls !" En Europe, c’est un discours qui ne passe pas bien. Certains Européens répondent en souriant : "Vous voulez que nous investissions ensemble dans les infrastructures qui vous permettront de mieux encore nous envahir commercialement ?" Mécontents d’une Chine qui n’est libre-échangiste que quand cela l’avantage, les délégations allemande, française, espagnole, portugaise et grecque ont refusé de signer le communiqué final du forum de Pékin.
 
Mais, en Asie, c’est un discours qui fonctionne mieux. En fin stratège, Xi Jinping s’est engouffré dans la brèche très imprudemment créée par Donald Trump à la fin janvier 2017, lorsqu’il abandonna unilatéralement le traité transpacifique TPP. Cet accord de libre-échange commercial, fondé sur des bonnes pratiques environnementales, financières et sociales, réunissait, autour de l’Amérique, des pays à forte croissance potentielle : Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam. Obama l’avait signé, mais le Sénat ne l’avait pas encore ratifié.
L’Inde et le Japon sont les seuls pays asiatiques à avoir boycotté le forum de Pékin. Mais les raisons en sont principalement politiques : Delhi n’apprécie pas que l’une des routes terrestres de la soie passe par le Cachemire pakistanais, territoire disputé depuis 1947. L’alliance stratégique entre le Pakistan et la Chine est ancienne et profonde - les Chinois n’hésitant pas à la comparer à la relation entre Israël et les États-Unis. Les Indiens redoutent aussi l’ascendant que pourraient prendre les Chinois sur l’île de Ceylan. En froid avec Pékin en raison d’une dispute territoriale en mer de Chine orientale, les Japonais voient dans OBOR un instrument de l’hégémonisme politique chinois.
 
Face à cette montée en puissance de la Chine - raisonnée, progressive, souple et sereine -, l’Union européenne brille par son absence de stratégie. En matière commerciale, les États-Unis ont une forme de stratégie : ils sont devenus opportunistes. Libre-échangistes et protectionnistes alternativement, au gré de leurs intérêts immédiats. Le 11 mai 2017, ils ont d’ailleurs passé un mini-accord avec Pékin, notamment dans le domaine agroalimentaire.
En matière commerciale, l’UE a remarquablement réussi sur le plan intérieur (le marché unique). Il lui reste à trouver et à appliquer une vraie stratégie face au monde extérieur.

Paru dans Le Figaro, 16 mai 2017
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Le parrain d’Emmanuel Macron
 
Un consultant du nom d’André Archimbaud a écrit un papier sur l’élection présidentielle intitulé : "France : Soros 66 %, Poutine 34 %". Le papier est mauvais mais le titre est bon. Soros a gagné l’élection présidentielle. Poutine a perdu. Soros est le parrain putatif d’Emmanuel Macron. Les choses sont plus compliquées que la présentation qui en est faite ci-dessous mais le temps est venu de "déconstruire" la déconstruction.
 
George Soros, milliardaire bien connu pour avoir fait chuter la livre sterling en septembre 1992, est un hongrois, naturalisé américain. Il est le fondateur de l’Open Society Institute dont l’objet officiel est la promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Derrière ce vocable innocent se cache une volonté de régir le monde par l’uniformisation de la pensée et des cultures. Voilà pourquoi Emmanuel Macron a déclaré effrontément qu’il n’y a pas de culture française et que la colonisation est un crime contre l’humanité. Il était dans son rôle de "young leaders" (le lecteur intéressé découvrira que Bill Clinton, Barack Obama, Tony Blair, David Cameron et Matteo Renzi furent aussi des "young leaders" en leur temps, tous jeunes, inexpérimentés, et malléables). Il fallait s’y attendre, les remarques du jeune candidat firent des vagues, à tel point qu’il dut rétropédaler pour effacer la gaffe. Mais, le mal était fait et donnait un parfait exemple de déconstruction. Ces thèmes culturels réapparaitront dans le futur avec le même objectif : déconstruire. Déconstruire la culture qui a fait la France (et l’Europe) pour la remplacer par un nihiliste consumériste et hollywoodien… par toutes ces choses merveilleuses qu’une certaine Amérique exporte volontiers… Hébété par ce matraquage médiatique le peuple ne pensera plus par lui-même.
 
Entre-temps, le jeune président entamera des réformes économiques et sociales pour mettre la France à l’heure de la mondialisation ce qui en soit est une bonne chose… le monde évolue et nous devons évoluer avec lui… encore faut-il que cela se fasse dans le respect de nos traditions et coutumes. C’est là que le bât blesse : il n’en est pas question, la France devra les abandonner. Plus d’appellations contrôlées, de camembert, de champagne, de Graves ou de Saint-Emilion. Des marques, uniquement des marques (Coca-Cola, McDonald, Frito-Lay, etc.) C’est l’objet de l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP) que Donald Trump a annulé. Rassurez-vous, il réapparaitra. En fait, il est déjà là avec le Ceta – l’accord commercial que l’Union européenne a signé avec le Canada. C’est le petit frère du TTIP. Il agira sur la culture européenne par le commerce. Un rêve, direz-vous ? Non. John Quincy Adams, sixième président des Etats-Unis, missionna l’ambassadeur américain à Ottawa pour qu’un accord commercial soit conclu avec le Canada. Cela en fit un dominion. Note : les Etats-Unis tentèrent la conquête du Canada par les armes en 1812. Ce fut un échec. Le commerce se révéla plus sûr et moins couteux.
 
Revenons à la France. Pour garantir l’élection de Macron, on fit trébucher Fillon. Battre Le Pen fut un jeu d’enfant. Les Français eurent alors le choix entre la peste et le choléra. Ils optèrent pour la peste. On est tenté de paraphraser Churchill : ils choisirent la peste pour éviter le choléra. Ils auront la peste et le choléra. On pense aussi à Daladier qui, acclamé par les parisiens à son retour de Munich, marmonna : "les cons".
 
Cette volonté de domination de George Soros est partagée par David Rockefeller, le fondateur du Bilderberg groupe et de la Commission trilatérale. Les modalités de leurs projets respectifs divergent mais l’objectif est le même : l’établissement d’un gouvernement mondial au service d’une ploutocratie. Jacques Attali le verrait bien à Jérusalem.
 
En résumé : les choses sont plus compliquées que ne le laisse entendre cette note, mais l’essentiel y est. Nous sommes confrontés à une déconstruction de notre monde. Face aux Soros qui veulent effacer de notre mémoire collective la Renaissance, le Siècle des Lumières et bien d’autres choses encore, Poutine se fait l’avocat de notre passé et de notre culture. Rappelons qu’il est le produit d’un système que se voulait universaliste et déconnecté du monde ancien (c’est entendu : Poutine n’est pas un saint, mais les présidents américains non plus, et les dirigeants européens pas davantage). Cet attachement à la tradition n’interdit pas le changement, mais il exclut toute domination du monde par un petit groupe d’individus quel qu’il soit.
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Technique de gouvernement et gouvernement technique
 
Entre la Droite "la plus bête du monde" et une Gauche sans boussole, une vaste esplanade de possibilités est ouverte à la recomposition du paysage politique français dans ses instances les plus élevées (Assemblées – Exécutif) tout en conservant le solide et puissant socle des représentations territoriales sur lequel s'appuie la réalité du pays. L'astuce est là : on change sans détruire.
Notre Grand Elu nouveau semble avoir – dans son cerveau bien fait et avec son équipe – efficacement assimilé les leçons du passé, la stratégie des verrous et des ouvertures ainsi que l'art de contourner les blocages. Les différentes tentatives de "gouverner au Centre" ont toujours échoué en France, ou du moins, ont été éphémères, dévorées par leurs deux ailes et réduites à l'immobilisme en raison de la fuite des soutiens parlementaires. L'exemple le plus terrible est celui de Raymond Barre lequel, au-delà de sa grande compétence et de ses bonnes intentions, sans parti, sans argent et sans équipe bétonnée, n'a jamais franchi la barre de l'élection présidentielle.
Aujourd'hui, ces leçons ont été assimilées : bien qu'un peu brusque et peut être pas assez "ancré" dans la France profonde, un Mouvement a été mis en place, sitôt transformé en Parti dès l'élection accomplie ; la chasse au personnel fidèle et compétent, engagée depuis des mois ainsi que le financement de l'opération et ses objectifs sont clairement définis.
 
La difficulté réside désormais dans l'appréhension de la nouveauté par les opposants : les rancœurs, les haines farouches, les trahisons, la peur ou la panique d'avoir perdu ou de risquer de perdre un poste, un siège, une sinécure, le scepticisme, l'instinct de destruction (si fort en politique), le goût immodéré de la chicane, la franche détestation de la nouveauté, la crainte de toute réforme même minime, la perte des réalités... tout cela forme un bloc de béton mental qu'il va falloir dynamiter... avec des pétards procéduriers et juridiques dont le maniement relève de la performance permanente. La France aime la castagne politique. Comme l'exprime un grand juriste (Chagnolleau) "La France est le pays de l'Affrontement, alors que l'Allemagne est devenue celui de la Conciliation".
Ce que le jeune Président a peut-être dans la tête, est l'exemple nordique – notamment finlandais – une réussite constante et toujours efficace qui sort régulièrement ces sociétés des impasses ou des gouffres vers lesquelles elles se dirigeaient : la recette est à la fois simple et complexe :
Sous la houlette énergique d'un Président de la République (Finlande) ou d'un Premier Ministre s'appuyant sur la bienveillance du souverain héréditaire (Pays Bas, Norvège, Danemark, Suède), est constitué un Gouvernement d'Union Nationale ou bien un Gouvernement d'Urgence, ou encore un Gouvernement Technique (les 3 appellations sont reçues), ce dernier terme est surtout employé dans l'impossibilité d'obtenir une majorité parlementaire : les différents Partis sont priés de mettre leurs idées vengeresses et leurs opinions opposées au placard, et de gouverner ensemble – au mieux – dans l'intérêt du pays. Le chef d’État ou de gouvernement choisit ce qu'il estime être "les meilleurs dans leur spécialité" dans chaque tendance et les oblige à l'univocalité réformatrice en trouvant et mettant en œuvre les meilleures solutions pour sortir du marasme. Et ça marche !…
 
Il faut, bien sûr, l'assise d'une majorité ou d'une union parlementaire (c'est ce qui est recherché depuis dimanche dernier), permettant de légiférer ou de faire passer des ordonnances et décrets autoritaires pour "aller vite". Dans un délai correct (généralement un an) ces mesures d'urgence sont, soit reconduites soit entérinées par un vote parlementaire qui les transforme en lois normales. C'est par ce moyen que la Finlande, longtemps si fragile, a pu éviter de retomber dans le filet des communistes en les marginalisant progressivement et sans émeutes, évité la faillite à plusieurs reprises ; que les Pays Bas ont tourné le dos à plusieurs crises et à une extrême droite mortifère, que les Suédois et les Norvégiens ont retrouvé une prospérité financière envolée. Winston Churchill a aussi joué cette carte à sa manière. Plusieurs pays dans le monde ont tenté ou pratiquent cette recette avec plus ou moins de succès.
 
Généralement et assez vite, les impétrants s'entendent parce qu'ils ont compris le sens du  pari et sa nécessité, aimant avant tout leur pays. C'est peut-être cela le problème français : nos politiques aiment-ils vraiment la France et non pas plutôt, leur carrière, leurs prébendes et leurs petites chamailleries ? Par ailleurs il ne faut pas se leurrer : ces pays nordiques sont de "petite population" avec un personnel politique assez peu nombreux : tout le monde se connaît et il est difficile de tricher ; ils sont majoritairement protestants, la discipline sociale est grande, les sanctions aux manquements sévères. Nos voyous politiques deviendront-ils des saints par la volonté de ce Président à la posture d'ange rédempteur et à la volonté de fer ? Nos prédicateurs politiques, nos procureurs télévisuels tablent sur l'échec, c'est à en être stupéfait. Bref, comme dit Bernard Blier citant Audiard : "c'est pas gagné, ma Poule" …
La tentative de l'Union large risque d'être constructive car elle offre une autre lecture de la situation française : le bord d'un gouffre à la grecque n'est pas loin. La réaction doit être vive et rapide, c'est ce qui est promis. La lente et implacable désindustrialisation de la France est une catastrophe et ce ne sont pas le tourisme de masse et les services à la personne qui vont à eux seuls, relancer la croissance. L'artisanat français est le plus remarquable de la planète : il est en train de mourir faute de formations et de recrutement. Les agriculteurs et les commerces indépendants sont pathétiques. Le système éducatif et celui de la justice sont en lambeaux, ne parlons pas de "la dette", des impôts et taxes et de tout le reste... Comme il a été dit dès le discours du Louvre "la tâche est immense". Un des baromètres essentiels et de réalité sera la première visite officielle chez Angela Merkel : elle fera peut-être taire les plus acharnés Cassandre.
Autre écueil : les électeurs, entre un élu local non macronisé, mais qu'ils connaissent et les représente assez bien et un candidat inconnu soutenant le Président, hésiteront. Qui choisiront-ils ? Donc jusqu'en Juin, la partie est délicate et rien n'est acquis. Reste l'énigme des Droites : c'est "Que choisir ?" version parlementaire… La patience est une grande vertu, surtout en politique : comme il a été écrit "celui qui gagne n'est pas le meilleur, c'est celui qui sait attendre le plus longtemps". Donc, attendons l'homme qui marche…
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Trois objectifs à proposer à l’Union européenne
 
Le nouveau président de la République s’affirme européen convaincu. Or il y a beaucoup de travail à réaliser pour que la construction européenne réponde aux besoins des populations et des entreprises de notre vieille Europe. Voici déjà trois harmonisations nécessaires, dont l’importance est grande pour l’économie et pour les citoyens.
 
La fiscalité des entreprises
L’Union européenne a vocation à mettre en place et à faire fonctionner un marché commun, à l’intérieur duquel les entreprises des pays membres devraient pouvoir se faire concurrence dans des conditions équitables. Il n’est donc pas admissible que des législations ou réglementations, communautaires ou nationales, avantagent nettement les entreprises de certains pays et désavantagent leurs homologues d’autres pays.
Les règles de l’impôt sur les sociétés sont un exemple important de ce qui dysfonctionne dans la construction européenne. Le taux de l’impôt sur les sociétés varie de 9 % en Hongrie à 34,4 % en France, en passant par 12,5 % pour l’Irlande, 19 % pour la Tchéquie et la Pologne, 25 % pour les Pays-Bas et l’Espagne, 27,8 % pour l’Italie, et 30,2 % pour l’Allemagne. De plus, les règles de calcul du bénéfice imposable diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre. Unifier les règles applicables au calcul de l’impôt sur les bénéfices est un impératif absolu – et un travail sans lequel l’expression "marché commun" s’apparente à la langue de bois.
 
La rémunération du travail
Il ne s’agit pas ici de plaider en faveur de dispositions visant à imposer l’égalité du coût du travail dans les divers pays de l’Union : les salaires reflètent pour une part importante la productivité, si bien que les pays où celle-ci est faible ont inévitablement des niveaux moyens de rémunération inférieurs à ceux où le travail est plus efficace. Mais, dans une Union, il convient que la notion de prix du travail (coût pour l’employeur, rémunération pour le salarié) soit la même dans tous les pays membres. Or nous en sommes loin.
La principale difficulté à surmonter – ce n’est pas la seule, mais nous nous limiterons à celle-là dans ce court article – provient du financement de la sécurité sociale. Celui-ci repose dans des proportions variables selon les pays sur trois prélèvements principaux : cotisations salariales, cotisations patronales, impôts. Un consensus fait porter les comparaisons de rémunération sur le salaire brut, parce que les cotisations patronales sont réputées être supportées par les employeurs, et non par les salariés. Aucun économiste digne de ce nom ne saurait cautionner cette stupidité : en fait, la rémunération du travail est le salaire super-brut, somme du salaire brut et des cotisations dites patronales. Mais la fiction juridique, administrative et journalistique camoufle la réalité économique. L’Union européenne ne peut pas se construire sérieusement sur cette mesure inadéquate de la rémunération du travail.
 
La solution à ce problème comporte plusieurs composantes ; limitons-nous ici à la principale : la suppression des cotisations prétendument patronales, qui devraient être absorbées par les cotisations salariales. Comme nous l’avons maintes fois expliqué, cette réforme peut être réalisée sans modifier ni le coût du travail pour les employeurs, ni le salaire net, ni les ressources des systèmes de sécurité sociale. Elle permettrait enfin d’y voir clair, et de faire des comparaisons significatives entre pays membres de l’Union.
 
Le calcul des droits à pension
La libre circulation des travailleurs dans l’Union européenne est un véritable casse-tête pour ceux qui, après l’avoir pratiquée – ou avant, à titre prévisionnel – veulent faire une estimation de la pension à laquelle ils ont ou auront droit dans les systèmes par répartition. En effet, beaucoup de ces régimes tiennent compte des durées d’assurance, à l’instar des régimes de base français. Il faut dès lors faire des calculs incroyables pour calculer ce à quoi l’assuré social a droit dans chaque pays où il a travaillé. Cette situation est ridicule dans une Union ; comment y remédier ?
 
La solution est simple ; elle s’appelle "additivité". Si, dans chaque régime, les droits acquis sont indépendants de ce qui se passe dans les autres régimes, alors il suffit à Mr X, qui a travaillé dans différents pays, d’additionner les pensions acquises dans chacun d’entre eux. C’est déjà ce qui se passe dans certains cas : si Mr X a par exemple obtenu 30 points dans le Rentenversicherung allemand (où les points sont énormes : un salarié moyen en acquiert environ un par an) et 2 millions de couronnes de compte dans le système suédois (la couronne est une unité minuscule), ce qui lui est dû dans chacun de ces deux pays est calculé de façon indépendante, et tout est simple. Tandis que si Mme Y a travaillé en France et en Allemagne, le calcul de ses droits en France, qui dépendent des durées d’assurance en Allemagne comme en France, est d’une complication déroutante.
 
Concrètement, l’additivité peut s’obtenir en remplaçant tous les régimes par annuités par des régimes en points. C’est ce que le président Macron veut faire en France, en y copiant le modèle suédois. Mieux vaudrait certes miser sur un système du type Arrco, plus familier aux Français, mais le principe d’un passage aux points est excellent. Reste à convaincre nos partenaires européens d’en faire autant : la Commission européenne, qui a nettement appuyé la candidature Macron, devrait être assez réceptive si le nouveau président français lui proposait de lancer un tel projet. 
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Macron, un nouveau Giscard ?
 
Il y a beaucoup de similitude entre Emmanuel Macron et Valery Giscard d’Estaing. L’un et l’autre sont issus de la même école, l’ENA ; l’un et l’autre ont fait l’apprentissage des affaires publiques dans le corps de l’inspection des finances ; l’un et l’autre ont accédé à la magistrature suprême en bousculant les appareils partisans de la droite et de la gauche ; l’un et l’autre ont commencé leur mandat avec l’auréole de la jeunesse et du changement ; l’un et l’autre, enfin, se sont proclamé centristes, libéraux et européens et ont annoncé que leur action obéirait à ces trois principes. Il n’en faut pas plus pour soulever une question simple : Macron est-il voué à échouer comme Giscard ou réussira-t-il  la "révolution" que son prédécesseur n’a pu mener à bien ?
Ayant été mêlé de près aux projets et aux décisions qui ont marqué le septennat giscardien, je crois pouvoir apporter quelques éléments de réponse. Avant de les présenter, il me semble indispensable de faire une réserve importante : il est hasardeux de juger un Chef d’Etat sur ses intentions ; ses actes peuvent s’en écarter. Le programme que, par exemple, Hollande avait présenté aux Français en 2012, a peu de points communs avec les décisions de son quinquennat. Nous ignorons tous, y compris l’intéressé, ce que Macron fera quand il se heurtera aux réalités des années à venir.
Si donc nous nous limitons au projet présenté par notre nouveau Président, nous arrivons à une constatation étonnante : Macron semble n’avoir tiré aucune leçon du destin de son prédécesseur. Rien ne montre qu’il ait réfléchi aux causes de son échec. Pour cette raison, il risque de connaitre un sort comparable. 
Entrons dans une description plus précise.
 
Tous deux se proclament d’abord des libéraux. Qu’entendent-ils par ce terme ? Principalement une politique qui ouvre notre société à la concurrence mondialisée. Elle met sa confiance dans l’énergie et l’imagination de nos chefs d’entreprise. Giscard avait commencé de démanteler l’appareil de contraintes et de procédures qui les plaçait sous la tutelle de l’Etat. Il leur avait rendu la liberté des prix. Il avait mis fin aux autorisations administratives de licenciement. Macron entend aller plus loin. Il a annoncé son intention de "simplifier" le code du travail (entendez : en assouplir les obligations contractuelles) et de diminuer les prélèvements qui pèsent sur les employeurs. Il en attend, comme son prédécesseur, des entreprises plus compétitives, des salariés plus productifs et des embauches plus nombreuses.
Les espoirs de Giscard ont été déçus. Son septennat a été marqué par les débuts du chômage de masse, de la précarité des emplois et de l’exclusion des plus pauvres. Il a bien essayé d’éviter ces trois fléaux en augmentant fortement les indemnités de licenciement, les allocations de chômage et les budgets de formation permanente. Mais sa parade s’est avérée à la fois très coûteuse et peu efficace. Les finances publiques en ont été fortement déséquilibrées sans que le nombre des marginalisés fut réduit. Macron n’a pas imaginé d’autre remède. Il propose de pallier les effets mauvais de la mondialisation en accroissant encore l’assistance à ses victimes : il veut faire de l’assurance-chômage un droit universel, augmenter les indemnités de licenciement et lancer un plan "inédit" de formation et qualification. Il parie qu’en allant plus loin que Giscard sur la même voie, il va déboucher sur une issue.  L’expérience montre qu’il risque fort d’entrainer notre pays dans un système encore plus coûteux sans être plus efficace.
 
Façonné par l’ENA, Giscard était persuadé que l’Etat et lui seul avait la capacité de courir au secours des individus broyés par le marché libre. En plus des prestations versées sous la surveillance vigilante des administrations, il a tout naturellement confié le monopole des offres d’emploi à une agence publique. Macron, qui a reçu la même formation que son prédécesseur, accentue son choix. Il a annoncé son intention de nationaliser les organismes qui gèrent l’assurance–chômage et ceux qui s’occupent de formation professionnelle.  Il n’a tiré aucune leçon de l’expérience des quarante dernières années. Il ne voit pas que la centralisation administrative des affaires sociales déshumanise l’aide aux démunis, accroît démesurément son coût et la rend plus lourde et plus opaque.
 
On sait aujourd’hui que l’adaptation d’une nation au défi de la mondialisation dépend beaucoup plus de l’agilité de ses territoires que des règlements imaginés par ses bureaucraties centrales. Giscard l’ignorait ; il a négligé d’étendre la décentralisation initiée par Charles de Gaulle. Son erreur était celle de sa génération. Mais il est étrange qu’aujourd’hui Macron soit encore plus indifférent à cette grande tâche nationale que son prédécesseur d’il y a un demi-siècle. Son programme n’en dit à peu près rien. Il va même au rebours des nécessités de notre époque : en nationalisant la taxe d’habitation, il réduit la liberté communale au lieu de l’élargir.
 
Libéralisme veut dire aussi, selon nos deux Présidents, extension des droits individuels, notamment sur le plan des mœurs. Giscard a créé le droit à l’avortement. Macron se dit prêt à donner aux couples de lesbiennes le droit à la PMA. Il n’a manifestement pas médité les leçons du passé. Heurter les consciences d’innombrables citoyens pour une cause discutable, c’est prendre la responsabilité de graves divisions dans l’opinion publique et ébranler l’autorité du Chef de l’Etat.
 
Après le libéralisme, l’Europe. Elle est le second pilier de la politique commune à nos deux Présidents. Giscard a fait naître le Parlement européen et préparé la venue de la monnaie unique. Macron ambitionne de créer un Parlement de la zone euro et veut lui donner un budget commun. Ils poursuivent le même but : une "union toujours plus étroite" entre les vingt-sept Etats-membres.
Mais la situation n’est plus la même. En 1974, "l’espérance européenne" semblait avoir l’avenir pour elle. Aujourd’hui elle est chargée de déceptions et de difficultés pratiques. L’euro, notamment, fait peser de lourdes contraintes sur la France. Il freine la compétitivité de nos entreprises. Il ralentit la croissance de notre production. Et, plus que tout, il nous oblige à équilibrer nos comptes publics. Or le déficit de nos recettes par rapport à nos dépenses est, en 2017, à la limite de ce que les autorités de Bruxelles peuvent tolérer, c'est-à-dire 3 % de notre produit national. Comment notre nouveau Président pourra-t-il à la fois être un Européen modèle, qui réduira l’excès des dépenses publiques, et financer ses multiples promesses de largesses nouvelles ? Ne s’est-il pas engagé à supprimer une part importante des cotisations sociales, accorder un droit universel aux allocations-chômage, recruter des dizaines de milliers de policiers et d’enseignants, investir "massivement" dans les hôpitaux, lancer un plan non moins massif de formation continue et d’autres débours encore ? La contradiction de ses intentions est trop flagrante pour ne pas l’obliger à un reniement. Je suis prêt à parier que la pression de Bruxelles sera la plus forte.  Macron lui cèdera. Mais il rendra son ambition européenne encore moins populaire. Il se souviendra peut-être à ce moment que la politique du "franc fort" a jadis mené Giscard à sa perte. Ce sera trop tard.
 
Il reste à examiner le troisième principe qui a guidé les deux hommes : le centrisme. C’est une doctrine qui rejette le "vieux clivage" entre droite et gauche, "système qui a été incapable" affirme Macron, "de répondre aux problèmes de notre pays depuis trente ans". Comme on le voit,  notre nouveau Président exonère Giscard de toute participation au "système".  Il pense, comme son lointain prédécesseur, que l’avenir appartient à des gouvernements capables de réunir les modérés des deux camps autour d’un programme équilibré qui prend à son compte les idées les plus raisonnables de droite et de gauche.    
En pratique, Giscard a gagné l’élection présidentielle en associant la droite modérée aux partis du centre. Il a ensuite essayé d’élargir sa majorité en attirant à lui les modérés de gauche. Aujourd’hui, Macron est arrivé au sommet en formant une alliance entre le centre et la gauche modérée. Il rêve de s’assurer une assise moins étroite en annexant les modérés de droite. Les deux Présidents ont pris des chemins différents mais vers le même but.
"L’ouverture" de Giscard vers le centre-gauche n’a guère eu de succès. Sa "société libérale avancée" est restée penchée sur son côté droit. La gauche a retrouvé sa cohésion et sa pugnacité en quelques mois. La droite, sonnée par sa défaite inattendue, a mis deux ans pour se ressaisir. Ensuite le centre, pris entre deux feux, s’est lentement effrité.
Est-ce le sort qui attend Macron et sa "République en marche" ? Nous le saurons dans peu de mois. Les contradictions dans lesquelles le candidat s’est enfermé, les difficultés qui vont l’assaillir, seront autant d’aubaines pour les familles traditionnelles de la droite et de la gauche. Alors elles reprendront des forces. Ceux qui proclament  l’avènement d’une ère nouvelle, une transformation radicale et définitive de notre paysage politique, s’extasient un peu vite.  

Michel Pinton, ancien secrétaire général de l’UDF
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La démocratie française immature
 
Pour la philosophe*, la démocratie suppose l’affrontement entre adversaires. Or le FN est considéré comme un ennemi intérieur.
 
Le vrai perdant de cette élection, c’est la démocratie.
Un candidat est élu ici non pas parce que ses convictions et son projet agréent à une majorité de Français, mais parce qu’il faut absolument éviter l’autre courant, considéré comme un grand danger pour le pays. Comme il est normal quand il y a péril, tout le monde se porte sur lui, même sans enthousiasme. Ce n’est pas la première fois. Il y a quinze ans, beaucoup d’électeurs de gauche disaient avoir voté Chirac "en se bouchant le nez".
 
La démocratie est un régime politique qui repose sur le débat/combat à la loyale entre courants de pensée en désaccord sur la question du bien commun.
Ce que nous avons sous les yeux en revanche, c’est une prétendue démocratie qui consiste en la mise à l’écart d’un ennemi intérieur par les armes de la démocratie - autrement dit, par des armes inappropriées.
Que le FN soit considéré comme un ennemi et non comme un adversaire, cela est patent dans les discours des politiques et des médias. Il est décrit comme antirépublicain, antidémocratique et fasciste. Le devoir de se débarrasser de lui est une tâche morale et politique à la fois. On le considère davantage comme un insecte nuisible que comme un concurrent respectable dans un jeu. Et même si la démocratie est un jeu sérieux (puisqu’il s’agit de l’avenir d’une société), elle ne peut fonctionner valablement que si l’on considère les autres partis comme des concurrents aussi respectables que nous, nantis de programme aussi viables que les nôtres, même si nous les combattons.
 
Un certain nombre de faits ont émaillé cette campagne, qui démontrent que la démocratie ne s’est pas comportée comme telle.
Par exemple, plusieurs présidents d’organismes de recherche publics, et l’Académie des sciences en son entier, ont appelé à voter Macron, injuriant ainsi la neutralité de leurs institutions qui seule en garantit la liberté. Des institutionnels responsables de la jeunesse (des présidents d’université) ont rompu leur devoir de réserve en prenant parti et en sommant les jeunes placés sous leur responsabilité à aller dans leur sens. Ce qui constitue un véritable délit en termes de démocratie (on imagine d’ailleurs quel tollé aurait provoqué la même faute en faveur d’un autre parti). C’est que, comme il en a été en 2002 où des enseignants emmenaient leurs élèves défiler contre Le Pen, les Français se considèrent en situation de guerre civile, puisqu’ils luttent contre un ennemi intérieur. L’existence d’une situation exceptionnelle (au sens de Weber et de Carl Schmitt) justifie de briser toutes les convenances.

Mais le score démesuré du vainqueur signe en lui-même une situation anormale, j’entends d’un point de vue démocratique - et c’était encore plus net en 2002, quand Jacques Chirac avait été élu avec 80 % des voix. Il y a dans cette prouesse quelque chose de faux, et la victoire elle-même en retire un goût inquiet et amer. Pendant la campagne, dans les médias bien sûr mais aussi dans les lieux de vie de toutes sortes, jusque dans les familles, tous les moyens de pression ont été utilisés pour que chacun "fasse barrage" à l’ennemi intérieur (allant ainsi à l’encontre de toute la pensée démocratique qui chérit la liberté intime de l’électeur et sanctuarise sa conscience personnelle). Ceux qui dans l’entre-deux-tours refusaient de se prononcer nommément pour Macron, ont été tenus pour des traîtres à la république. Ainsi les traîtres à la république nourrissaient la presse de droite même la plus modérée, se répandaient dans les partis de gauche même les plus extrêmes, envahissaient les bancs de l’université et chantaient dans les chœurs des églises. On les a pourchassés avec un courage de croisés et on en a eu raison encore pour cette fois. On espère que Macron nous débarrassera de l’extrême droite, comme on espère se débarrasser grâce à lui d’une colonie de poux. On peut raisonner ainsi quand on est en guerre, mais ce n’est pas du tout ainsi que fonctionne une démocratie. Et ce que nous avons envie de transmettre aux enfants, ce n’est sûrement pas cette image ahurissante de la démocratie : le devoir ardent et sacré d’anéantir par le vote l’ennemi intérieur.
 
Peut-être est-ce là une image française, au sens où la France, pays d’idéologues et pays violent, n’a jamais vraiment su ce qu’était un débat courtois entre adversaires tout à fait opposés mais respectueux. Peut-être est-ce malheureusement une manière de voir de plus en plus fréquente au moment de l’émergence des populismes. On a pu voir, après la victoire de Trump et après celle du Brexit, des masses d’électeurs battus qui tentaient de contredire par la rue ou par la pétition une élection perdue dans les urnes : manière bien antidémocratique. Où l’on peut croire que l’émergence de ce qu’on appelle le populisme serait en train de mettre à mal les institutions démocratiques, non par ses agissements mais par la détestation qu’il déclenche.
 
La démocratie n’est pourtant pas complètement impuissante devant des groupes qu’elle considère comme des ennemis de l’intérieur. L’Allemagne avait su interdire les partis postnazis après la Seconde Guerre, et les États-Unis avaient pratiquement interdit le développement d’un parti communiste. Une démocratie a le droit de se défendre contre ses ennemis. Mais quand elle fonctionne, elle n’a que des adversaires ou alors elle s’enrhume et se noie. La France aurait bien dû interdire le Parti communiste au moment où celui-ci faisait la promotion des goulags et elle aurait pu interdire le FN pour des raisons proches. Mais voilà : il est tellement plus commode d’instrumentaliser un ennemi de l’intérieur qui permette, en face de lui, des élections de maréchal. Et il est tellement plus facile, plus amusant, d’invectiver que de raisonner.
* Dernier ouvrage paru : Un personnage d’aventure. Petite philosophie de l’enfance, Éditions du Cerf.

Paru dans Le Figaro, 11 mai 2017
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Que faire des traitres ?
 
Dès le début de notre roman national, le traître est présent avec Ganelon dans la Chanson de Roland. Depuis, il figure dans toutes les pages de notre Histoire. Jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie, la trahison menait au poteau d’exécution. Rappelons qu’à partir du 6 juin 1944 et jusqu’à la fin de la guerre, la Gendarmerie estima à 10 000 le nombre des exécutions sommaires. Des tribunaux régulièrement constitués prononcèrent alors plus de 900 condamnations à mort suivies d’exécutions capitales. La 2° Division blindée fusillait sans jugement les Français qui avaient rejoint l’armée allemande. Que faire aujourd’hui des traîtres qui ont rejoint les forces qui nous combattent de la Mauritanie au Moyen-Orient ?
 
Par sensiblerie, la peine de mort a été supprimée. Les tribunaux militaires, trop légèrement supprimés par les Présidents Mitterrand et Sarkozy, ont été remplacés par des juridictions civiles aux procédures interminables, alors que de jeunes Français se précipitaient en Afghanistan, en Syrie ou au Mali, croyant voler au secours de la victoire des islamistes. Peut-on rêver d’un rétablissement des tribunaux militaires pour les affaires de trahison ?
 
En attendant, il faudrait rétablir et prononcer pour les faits de trahison des peines d’indignité nationale pour ceux qui ont choisi de lutter contre nous. Ceux qui, en prenant les armes contre nos soldats et contre la France, ont trahi la patrie, il faut au moins les priver de droits civiques et sociaux : faut–il conserver les droits aux aides sociales (RMI, RMA, … etc.) à ceux qui ont renié la France ?

10 mai 2017
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Ce que devra dire Macron à Merkel
 
Selon une coutume initiée par Nicolas Sarkozy, la première rencontre internationale du nouveau président de la République française sera pour la chancelière d’Allemagne. Emmanuel Macron trouvera une Angela Merkel de bonne humeur, en raison de la belle victoire, dimanche 7 mai, de la CDU dans l’élection régionale du Land de Schleswig-Holstein, qui augure bien du scrutin national du 24 septembre 2017, propre à donner un quatrième mandat à la chancelière. Suggérons que ce premier sommet franco-allemand du nouveau quinquennat se fasse à Strasbourg, afin de souligner la volonté des deux pays de redonner un second souffle à la construction européenne, après la catastrophe du Brexit.
 
La première tâche d’Emmanuel Macron sera de convaincre l’Allemagne que la France est enfin prête à assumer ses responsabilités. Après tout, c’est Paris qui, à l’époque de la réunification allemande, a tant milité pour la mise en place d’une monnaie commune. Après tout, c’est Paris qui a fixé le critère d’un déficit budgétaire maximum de 3 % du PIB. Les Allemands restaient attachés au principe de l’équilibre budgétaire, mais ils ont accepté, comme une concession, que les pays de l’eurozone puissent financer leurs investissements d’infrastructure par de l’endettement. Les gouvernements des pays latins ont souhaité l’euro en croyant que cela leur donnerait ipso facto la rigueur financière allemande. C’est le contraire qui s’est passé. La possibilité d’emprunter à taux très bas - une première dans l’histoire économique de ces pays - les a amenés à se goinfrer d’endettement.
 
Avec désinvolture, le président Jacques Chirac a foulé aux pieds toutes les promesses françaises, dépassant allègrement ce taux de 3 % imposé par la France à toute l’Europe, et utilisant l’endettement pour financer ses dépenses sociales courantes. Alors que l’Allemagne réformait son marché du travail et son État-providence par l’adoption des lois Hartz (2003-2005), la France refusait de bouger. Le président Macron s’est engagé à réformer le marché du travail français par ordonnances. Il faudra qu’il convainque la chancelière Merkel qu’il aura le courage de faire ces réformes jusqu’au bout, même si Mélenchon et la CGT tentent de l’en empêcher par un "troisième tour" dans la rue.
 
Un président français redevenu crédible, c’est une France capable d’être entendue dans ses propositions de relance de l’Union européenne (UE). Macron devra d’abord rappeler à Merkel que l’euro est un projet politique avant d’être financier, et qu’il n’existe pas de zone monétaire où les riches s’abstiennent d’aider les pauvres. Aux États-Unis, les États pauvres sont aidés par les États riches.
Oublions les politiques de relance par la consommation des ménages : elles ont toutes échoué. Le sursaut économique de l’Europe dépend de la relance des investissements productifs, en priorité dans les pays pauvres et endettés. C’est là que l’Allemagne doit jouer un rôle positif en apportant, d’une manière ou d’une autre, sa garantie aux emprunts devant financer la relance des investissements (dans les infrastructures, la formation professionnelle, la recherche appliquée, l’économie numérique, la défense), et en soutenant l’émergence de champions européens capables de résister à la concurrence des grandes entreprises américaines ou chinoises. La zone euro a besoin non seulement d’un secrétariat, mais aussi d’un budget propre, dévoué à ces investissements d’avenir.
 
En matière commerciale, la rencontre des 6 et 7 avril 2017 en Floride entre Trump et Xi a montré des Américains et des Chinois prêts à s’entendre sur le dos des Européens. Macron doit convaincre Merkel de l’urgence de mettre un terme à l’ouverture quasi absolue - et sans réciprocité ! - des marchés européens aux produits chinois et américains. L’instauration d’une TVA sociale à l’entrée du marché unique et l’adoption par directive d’un Buy European Act (à l’image du Buy American Act) sont des nécessités.
 
En échange, l’Allemagne demandera sans doute à la France de partager davantage son fardeau de l’accueil des réfugiés. C’est donc l’occasion de proposer une politique commune de l’asile et une force européenne de garde-côtes musclée, capable de faire la guerre aux trafiquants d’êtres humains, jusque dans leurs territoires de départ (comme en Libye). Parallèlement doit être montée une politique africaine où les aides européennes soient exclusivement dirigées vers des projets économiques viables, capables de maintenir chez elles les jeunes populations mâles.
 
Dans la nécessaire rénovation du partenariat franco-allemand, c’est la France qui a le plus à faire. Mais elle aura besoin du soutien affiché de l’Allemagne. Car en économie, la psychologie compte : c’est avant tout dans la tête des gens que naissent les décisions d’investissement.
Paru dans Le Figaro, 9 mai 2017
Publié dans Avec l'Europe
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L’essentiel du vivre ensemble
 
Les Français ont choisi le cadre dans lequel il fallait résoudre les problèmes mais n’ont été ni interrogés ni informés sur la complexité des problèmes à résoudre. 41 % des Français majeurs ont choisi le cadre de l’Union Européenne avec Macron, 21 % des Français majeurs ont choisi le cadre de la nation française avec Le Pen, 38 % des Français majeurs n’ont pas souhaité répondre à la question soit en ne s’inscrivant pas (6 %), soit en ne se déplaçant pas (24 %), soit en votant blanc ou nul (8 %).
Mais si le cadre est intéressant puisqu’on ne peut passer à l’action que dans un cadre donné, l’important est d’abord le but que l’on se donne et les moyens mis en place pour y parvenir. Or sur ces points c’est le grand flou partout car dans les trois groupes, il n’y a aucune cohérence sur ce qu’il faut faire et l’on se contente par électoralisme de vouloir réformer le cadre que l’on a soi-même choisi. Macron nous a dit que le salut était en Europe mais qu’il fallait la refonder, Le Pen qu’il était en France mais qu’il fallait la réformer. Le troisième groupe ne choisit pas en reconnaissant qu’il est perdu ou en croyant à l’un des deux cadres mais pas à son candidat.
 
Dans la campagne des législatives qui s’annonce il sera intéressant d’observer si les candidats vont aborder les vrais problèmes et leurs façons de les résoudre autrement que par l’arrivée de la manne divine qu’ils appellent tous croissance et qui, d’après eux, est la seule à pouvoir ramener l’emploi.  Il sera intéressant de voir ceux qui se contenteront d’éluder les problèmes en sous-traitant leurs solutions au retour de la croissance et à l’investissement.
Listons une douzaine de ces problèmes dont la solution est fondamentale à la réussite du vivre ensemble :
 
En économie
1 – Toute l’économie est fondée sur le fait enseigné dans toutes les universités qu’au début était le troc et qu’un jour c’est devenu trop compliqué et qu’on a inventé la monnaie. Comment faire passer l’évidence que toutes les familles et toutes les associations connaissent bien, à savoir qu’au début n’est pas du tout l’échange des avoirs mais l’échange des êtres à l’intérieur d’un but commun, d’une loi sociale qui les réunit ?
2 – Le PIB étant la somme de toutes les dépenses et la croissance la simple augmentation de ces dépenses, qu’elles soient intelligentes ou stupides, financées ou non, comment faire passer l’évidence, rejetée par tous les candidats, que le PIB n’est en aucun cas une création annuelle de richesse et qu’il est malhonnête ou électoral de laisser les citoyens en attendre leur part ? Quel candidat arrêtera de dire "Sans croissance nous ne pouvons rien faire" tout en essaimant partout des pourcentages de PIB ?
3 – Les entreprises distribuant l’argent de leurs clients à leurs salariés, à leurs fournisseurs, à la collectivité et à leurs actionnaires, comment peut-on formater les gens à croire que les entreprises créent de la richesse ? Elles ne font qu’appauvrir intelligemment leurs clients pour le bien de tous les autres. Les Allemands l’ayant parfaitement compris et appauvrissant tous les autres peuples par leur balance commerciale excédentaire, comment construire une Europe avec des intérêts aussi contradictoires ? L’esprit de compétitivité de l’OMC n’est-il pas incompatible avec l’ouverture nécessaire à la construction européenne et ne faut-il pas d’abord retrouver l’esprit de coopération de l’OIC et avoir donc travailler sa propre harmonie pour pouvoir vraiment coopérer ?
 
En éducation
4 – N’y a-t-il pas une véritable escroquerie à faire croire à la jeunesse que l’accumulation de ses connaissances la rendra utile à la société ? Ne fabrique-t-on pas ainsi, soit des révoltés, soit de simples agents économiques performants, nouveaux esclaves de nouveaux maîtres plus ou moins discrets ?
5 – Ne faudrait-il pas introduire l’expérience dans l’éducation comme l’ont toujours fait toutes les civilisations et demander à la Défense Nationale qui a des bâtiments, des espaces et du personnel aussi importants que l’Education Nationale, de prendre en charge l’éducation par l’expérience pendant que l’Education Nationale continuerait bien sûr à l’assumer par le savoir ? Des passerelles entre les deux modes éducatifs ne seraient-elles pas les bienvenues pour que le désir d’apprendre  et celui  d’agir restent les deux premiers moteurs éducatifs ?
6 – Ne faut-il pas enfin sortir du faux choix entre homosexualité et hétérosexualité pour reconnaître que l’homosexualité est un passage habituel adolescent entre l’auto-sexualité et l’hétérosexualité et que quand un passage se fait mal ou se bloque, ce n’est en aucun cas un choix mais un malheur qui ne mérite ni excès d’honneur ni indignité ?
7 – Si dans toute société le premier rôle d’une femme est de renouveler la population en faisant en moyenne 2,11 enfants et le premier rôle d’un homme, de lui en faciliter la tâche, la parité n’est-elle pas l’encouragement discret d’un nouvel esclavage sous-traitant le renouvellement de la population à une immigration de mères porteuses ?
 
En politique
8 – L’avis majoritaire de la foule a toujours fabriqué les lynchages et les pogroms de sinistre mémoire. Pourquoi appelle-t-on cela aujourd’hui sans rire "la démocratie" en faisant croire que cela définit le bien alors que le seul avis intéressant est l’avis majoritaire, très difficile à déceler, des gens libres, compétents et engagés sur un sujet donné ?
9 –  Ce que les Politiques appellent la démocratie n’est-ce pas simplement leur achat de l’affect du peuple avec de l’argent qui n’est pas le leur ?
10 – Jean Bodin écrivait au XVIe siècle "Les six livres de la République" dans lesquels il décrivait les différentes formes de républiques, de gestions de la chose publique, dont la monarchie, la démocratie et l’aristocratie. Qui a décidé que le mot république avait changé de sens et qui définit aujourd’hui ce mot ? Comment peut-on parler sans rire des valeurs de la République alors que liberté, égalité et fraternité ont tant de sens différents allant de l’effort sur soi à l’effort des autres ?

En spiritualité
11 – S’il est bien normal que les Catholiques irakiens ou syriens prient Allah dans toutes leurs messes puisqu’ils sont Arabes et que Dieu en arabe se dit Allah, ne devrait-on pas conseiller aux Français musulmans d’utiliser le français pour invoquer Dieu ? La langue vernaculaire de la France est le français. Parler d’Allah en France n’est-ce pas tenter d’insérer l’arabe comme langue vernaculaire française ?
12 – Pendant que certains voudraient rajouter par facilité, la laïcité à la devise de la France, ne faut-il pas aller lire le chapitre "La Stratégie de l’Action islamique culturelle à l’extérieur du Monde  islamique" adoptée par "le neuvième Sommet islamique tenu à Doha en 2000″ sur le site de l’ISESCO, basé au Maroc, et pendant islamique de l’UNESCO, regroupant officiellement tous les états islamiques sunnites et chiites. N’est-il pas écrit entre autres page 28 "Contribuer à garantir aux enfants des musulmans vivant en dehors du Monde islamique, une éducation équilibrée à la fois spirituelle et cognitive afin de les protéger de l’invasion culturelle et de l’aliénation intellectuelle exercée par l’hégémonie de certains systèmes éducatifs" ? Cette perte en Occident d’une éducation équilibrée à la fois spirituelle et cognitive, n’est-elle pas la raison première de notre effondrement que nous ne voulons pas reconnaître mais qui est la source de multiples conversions de jeunes à l’islam ?
La campagne législative a-t-elle une chance d’aborder ces sujets ou devons-nous nous attendre à une nouvelle campagne anesthésiante pour que nous restions insensibles à la dégradation générale ?

Paru sur www.surlasociete.com, le 9 mai 2017
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