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L’inaliénabilité (du patrimoine), tabou ou sagesse ?
 
En 20 ans, à peine plus de 2 000 plaintes déposées, or la commission interministérielle en charge du dossier vient de révéler que 57 500 œuvres d’art sont manquantes dans les inventaires de l’Etat (1). Près de 10 % se sont évaporées dans les musées de France, 15 % dans les musées nationaux, 60 % à l’étranger. Si certaines ambassades ont pu pâtir de troubles locaux, que dire de ce millier de disparitions qui a eu lieu à l’Élysée ?
 
Or son actuel locataire vient d’aggraver l’hémorragie en décidant tout seul (sans vote à l’assemblée, ni référendum) de mettre fin à la loi d’inaliénabilité du patrimoine. C’est grâce à cette règle d’or que l’Etat ne se comporte pas comme un collectionneur vénal qui revend selon ses caprices ou les intérêts d’un lobby. C’est à l’inaliénabilité que la France doit la conservation d’une richesse culturelle particulière. Ainsi, un conservateur américain disait à un collègue français : "En Amérique nous avons des chefs-d’œuvre, mais vous, en France, vous avez les chefs-d’œuvre et leur contexte !"
 
A priori, M. Macron serait animé de généreuses intentions : restituer des œuvres africaines pillées du temps des colonies. Ce sujet délicat mériterait d’être approfondi mais quelques réflexions montreront le terrain glissant où notre président nous entraîne. Car "Restitution", ce mot au parfum d’équité, cache de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Par exemple, certaines ethnies ont migré à l’intérieur du continent africain : faut-il restituer à leur pays d’origine ou à leur pays d’arrivée ? D’autres sont établies à cheval sur le Burkina et la Côte d’Ivoire, contenter les uns risquera de mécontenter les autres.  Mieux, comme nombre de musées africains, celui de Dakar possède des objets Bambara du Mali, des pièces de la Guinée, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Benin… dont l’obtention initiale peut être sujette à caution : va-t-il restituer à ses voisins ? De par le monde, chaque pays a été tour à tour, envahisseur puis occupé, pillard puis pillé. Le précédent créé par M. Macron risque d’entraîner une cascade de demandes réveillant rancœurs et antagonismes, tout en flattant le nationalisme le plus étroit ; les objets africains, aux africains ; aux chinois, les objets chinois etc. Voilà qui sonnerait le glas du musée "universel" et obligerait à vider le couteux quai Branly, payé par le contribuable (autre forme de restitution dont on ne parle jamais : les occidentaux ont aimé, protégé, étudié, réparé, exposé aux yeux de tous, ces objets).
 
Monsieur Macron vient d’ouvrir une boite de Pandore car tout objet d’art, aujourd’hui en dehors de son pays d’origine, n’a pas forcément été  pillé  ou volé. Mais comment prouver un don ou un achat loyal, des siècles après ? Les preuves risquent d’avoir disparues. La sagesse voudrait qu’on s’inspire de la législation appliquée aux individus : passé un certain délai, il y a prescription ce qui participe à la paix civile. Il faudrait réfléchir à un délai pendant lequel les contestations seraient recevables (un siècle au moins) parce qu’on pourrait raisonnablement investiguer. Mais cela suppose une réflexion collective mondiale et non de décider sur un coin de bureau jupitérien. Pourquoi une telle précipitation ? Selon Didier Ryckner, de la Tribune de l’art, les 26 restitutions du 23 novembre 2018 masqueraient un vulgaire copinage : "l’une des personnes les plus actives pour demander ces "restitutions" est Marie-Cécile Zinsou, fille de Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin. Or, Lionel Zinsou et Emmanuel Macron se connaissent bien"  pour avoir travaillé ensemble à la banque Rothschild. Mieux, Lionel Zinsou"a été l’un de ses soutiens de M. Macron durant la campagne présidentielle" au point que  La Tribune Afrique le compte comme un des "hommes du Président". Comme Marie-Cécile Zinsou ne fait pas mystère de l’état déplorable des musées béninois, de là à penser que les restitutions macroniennes atterrissent "sans tarder" à la Fondation Zinsou, il n’y a qu’un pas… (2)
 
Rebaptisé "tabou" voir "fétiche" par ses détracteurs, le verrou de l’inaliénabilité a donc sauté. Ce qui ouvre des perspectives aux ambitieux marchands ou amateurs d’art : vendre la Joconde, et plus si affinité, devient possible pour combler, tant soit peu, notre dette vertigineuse. Sothby’s et Christie’s seraient ravies, les grands collectionneurs aux anges. Les tabous et fétiches ont parfois du bon, les Africains ne diraient pas le contraire : ceux de l’inaliénabilité seront-ils restitués au peuple français ?

(1) Toutes époques confondues, soit, sur un total de 467 000 oeuvres, près de 12%.
(2) plus d’infos sur cette affaire et sur la « méthode » utilisée : un rapport demandé à deux universitaires qui ne sont spécialistes ni de l’art africain ni des musées !
https://www.latribunedelart.com/inalienabilite-et-alienabilite
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 12 février 2019
Publié dans Du côté des élites
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Du porno dans les stades

Dans un communiqué du 7 février 2019, l’Union sportive de Carcassonne a annoncé que le site "Jacquie & Michel", site de porno en ligne, serait sponsor de l’USC pour le match du 1er mars prochain où les carcassonnais recevront le Biarritz Olympique.
Si le club annonce une communication "fun et décalée" et un "moyen insolite de faire du buzz", ce "moyen insolite" consiste à inviter le public à se rendre sur ce site pornographique.
 
Cette publicité en faveur d’un site pornographique est irresponsable en direction du jeune public du rugby, alors que les sondages indiquent clairement une augmentation des fréquentations des sites pornographiques par les jeunes (enquête de l'Ifop publiée  20 mars 2017), et que les professionnels de santé ne cessent d’alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de ce phénomène de société
(https://www.francetvinfo.fr/sante/enfant-ado/le-cri-dalarme-de-medecins-contre-l-exposition-precoce-a-la-pornographie_2803479.html). Le gouvernement s’est d’ailleurs emparé du sujet et Marlène Schiappa a récemment annoncé sa volonté très ferme de limiter l’accès aux sites et vidéos pornographiques aux mineurs (https://www.aufeminin.com/news-societe/marlene-schiappa-limite-acces-pornographie-enfants-s2893900.html)
Le club de Carcassonne a précisé dans sa communication que "ce parrainage répond à une charte très cadrée avec le souhait pour le club de préserver ses valeurs" : aucune des valeurs du rugby n’est compatible avec la promotion du porno auprès des jeunes.
 
Nous avons écrit au club pour demander l’abandon de ce sponsor et rappeler l’existence de l’article 227-24 du code pénal aux termes duquel : "Le fait … de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent, … pornographique, … est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur".
Nous souhaitons avant tout contribuer à la fin de ce projet de sponsoring mais Juristes pour l’enfance agira en justice pour la défense des mineurs si la publicité pour ce site devait malheureusement figurer sur les maillots des joueurs lors du match annoncé le 1er mars.
 
Nous saluons la réaction sur son compte twitter de Louis-Vincent Gave, président du club Biarritz Olympique adversaire le 1er mars prochain de l’US Carcassonne : "Donc, en France, on ne peut faire de pub pour le tabac ou l’alcool… mais l’exploitation de la femme, voir même la promotion du porno dans un stade rempli de mineurs, alors là, pas de problèmes ? Triste que le BOPB se retrouve engagé malgré nous dans ce coup de pub sordide". Ces propos sont de nature à redonner au rugby la place qu’il convient dans le cœur des familles !
 
Vous pouvez, si vous le souhaitez, écrire aux dirigeants du club de Carcassonne ainsi qu’à Bernard Laporte, président de la fédération française de rugby, pour demander l’abandon de ce sponsoring afin que le rugby demeure ce qu’il est, une aventure familiale tant les matchs réunissent les familles dans le public ainsi que très souvent des pères et leurs fils sur le terrain.
Le fait qu’aucune image pornographique ne figure sur les maillots eux-mêmes ne préserve en rien les enfants du danger car le but de cet affichage est précisément que le public aille ensuite visiter le site.
 
Soyez assurés, chers amis, de notre dévouement au service de l’enfance
Aude MIRKOVIC, Porte-parole de l'association
Juristes pour l'enfance
 
Écrire ou téléphoner à
madame Christine Menardeau-Planchenault, directrice générale, et à monsieur Frédéric Calamel, président de l’Union sportive Carcassonnaise :

http://www.uscarcassonne.com/contact/
Union sportive carcassonnaise
32 rue Antoine Marty
11 000 Carcassonne
04 68 47 18 52
 
Monsieur Bernard Laporte, président de la Fédération Française de Rugby
Fédération Française de Rugby 3-5 rue Jean de Montaigu 91463 MARCOUSSIS Cedex
01 69 63 65 90

Envoyé par l'auteur, paru sur juristespourlenfance.com, 10 février 2019
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La zone franc, le Franc CFA, forces et faiblesses au-delà des polémiques politiciennes et des postures idéologiques
 
Le Franc CFA et son impact sur les sociétés africaines en particulier sont revenus sous le flash des projecteurs à l'occasion d'une “sortie“ tonitruante et peu diplomatique d'un jeune ministre italien. La présente note a pour objectif de rappeler ce que sont la zone Franc et le Franc CFA, leur évolution, leur utilité ou leur frein au développement économique et à la stabilité monétaire des pays de ladite Zone.
 
Zone Franc et Franc CFA. Un rappel
Mis en place par décret de la République Française le 25 décembre 1945, le Franc CFA allait évoluer notamment avec le processus de décolonisation des années 60, la création de la zone Franc, la dévaluation du Franc CFA en 1994 et la mise en place de l’Euro.
La Zone Franc inclut les anciennes colonies françaises d’Afrique Sub-Saharienne auxquelles il convient d’ajouter le Cameroun et le Togo (anciennement sous mandat) ainsi que la Guinée Equatoriale depuis 1985 et la Guinée Bissau depuis 1997.
C’est une Zone de 19 États ou entités administrées et qui comprend quatre ensembles :
- 8 États de l’Afrique de l’Ouest font partie de l’UMOA (l’Union Monétaire Ouest Africaine) et sa Banque Centrale, la BCEAO.
- 6 États de l’Afrique Centrale appartiennent à la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) avec leur Banque Centrale, la BEAC.
- l’Union des Comores et son Franc Comorien.
- les 3 collectivités françaises du Pacifique (Nouvelle Calédonie, Polynésie Française, Wallis et Futuna) et son Franc Pacifique.
La Zone a connu une non-adhésion de l’une de ses anciennes colonies (la Guinée Conakry qui a un Franc Guinéen mais lié ou garanti par aucune devise ou ensemble monétaire), un départ (Madagascar et son Franc Malgache). Le Mali en est sorti puis il a réintégré la Zone en 1985 et deux arrivées (Guinée Equatoriale, hispanique et Guinée Bissau, lusophone). Djibouti utilise le Franc Djiboutien qui est lié au Dollar US.
 
Le Fonctionnement de la Zone
C’est une Zone qui jouit de système de change commun avec une parité fixe tout d’abord avec le Franc Français puis avec l’Euro depuis le début du 21ème siècle.
La valeur du Franc CFA est garantie par le Trésor Français (inscrit dans le Traité de Maastricht) qui tient un compte d’opération au nom des trois Banques Centrales de la Zone Franc. Ces dernières gèrent leur Zone Monétaire respective et s’adressent au Trésor Français en dernier recours, crédit provisoire qui peut aller jusqu’à 20 % des recettes budgétaires de l’État demandeur.
La convertibilité (partielle) est aussi une garantie importante offerte par la Zone ; en contrepartie, une partie des recettes en devises (50 %) de la Zone est déposée au Trésor Français et correspond à environ 3% de la masse monétaire de l’Euro.
En pratique, les Banques Centrales de la Zone Franc ont des soldes nets assez réduits car elles peuvent jouer sur les demandes de crédit variables selon les mois de l’année (et les besoins variables de crédit qui vont avec, par exemple, le remboursement des crédits accordés aux producteurs de coton après la récolte va servir à financer les demandes de crédit des producteurs d’arachide avant la récolte etc…).
 
Les avantages et les faiblesses de la Zone Franc
Les avantages sont connus :
Un taux de change fixe, la convertibilité, la garantie par le Trésor Français, le lien avec l’Euro, l’existence d’une vaste zone géographique sont autant d’avantages et de facteurs positifs pour des investisseurs. Au cours des années 80, lors des grandes phases d’ajustement économique et social initiées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, les pays de la Zone Franc s’en sont relativement mieux sortis que les autres pays africains et ce, jusqu’en 1987/88.
La Zone a également favorisé une certaine rigueur budgétaire, un contrôle de l’inflation (1); après la dévaluation de 1994 du Franc CFA (justifiée par JC. Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale à l’époque, par la différence trop importante des taux d’intérêt entre la France et la Zone Franc), la Zone a logiquement et mécaniquement glissé du Franc Français à l’Euro, le commerce Europe/Zone Franc ayant supplanté l’ancien monopole commercial France/Zone Franc.
 
Les inconvénients sont divers :
Au plan régional et au sein de la Zone, celle-ci n’a pas été un facteur d’intégration économique même si, répétons-le, elle a été un facteur de rigueur budgétaire appréciable.
Avec les pays africains Hors Zone, le Franc CFA s’est souvent trouvé dans une situation de sur-évaluation (du fait de son rattachement à l’Euro dont il suit l’évolution sur le marché des changes sans pouvoir y jouer un rôle  actif) par rapport à des devises plus faibles (naira Nigerianne, etc..). Cette situation a pu favoriser l’importation de produits de consommation parfois au détriment des producteurs locaux. (Un haut fonctionnaire de la zone CFA achètera une Peugeot montée au Nigéria avec un “gain“ substantiel du fait du taux de change avantageux Franc CFA/Naira)
 
Avec le reste du monde, les situations varient selon les situations : pour les produits dont les pays disposent d’une position forte (cacao pour la Côte d’Ivoire par exemple), la Zone Franc constitue un avantage de stabilité et de facilité (le cacao est coté en Livres Sterling, l’Euro permet aux exportateurs Ivoiriens de se préoccuper uniquement du taux de change Livre sterling /Euro FCFA, idem pour le Gabon avec le pétrole coté en dollars). Du fait de son lien avec la Zone Euro (mise à part la fluctuation du change Euro/autres devises, US etc…), un Franc CFA fort a pu être un handicap pour les producteurs locaux de produits agricoles et d’élevage  par exemple par rapport à d’autres producteurs hors zone (riz asiatique, blé, viande sud-américaine etc..); toutefois  il convient de ne pas négliger d’autres facteurs indépendants du taux de change (réseaux de communications, capacités de stockage à améliorer, petite taille des exploitations agricoles etc…) qui peuvent freiner le développement économique et social de ces pays.  
 
Les critiques existent et sont parfois justifiées
La Zone privilégierait la stabilité monétaire au détriment de la croissance économique (le ratio de crédit à l’économie, le PNB est de 100 % en Europe contre seulement 23 % en Zone Franc) et le Trésor Français jouerait un rôle trop proéminent. Les performances de la Zone sont cependant bonnes dans l’ensemble et la Zone est restée bien stable depuis sa création ce qui tendrait à démontrer l’utilité de la Zone même si elle n’est pas parfaite et si elle devra évoluer ; le fait que  l’Afrique commerce désormais avec tous les continents (y compris avec la Chine) devrait inciter les différents décideurs à faire preuve d’imagination pour que le Franc CFA soit rattaché dans le futur à un panier de devises comprenant l’Euro mais aussi les devises des pays avec lesquels le commerce est florissant. Et là plusieurs scenarios sont possibles y compris un détachement du lien Euro /F CFA mais au risque de faire imploser la zone et de laisser les pays les plus pauvres (Sahel) se retrouver dans une situation financière mais aussi sécuritaire beaucoup plus délicate ce qui ne serait pas sans impact sur l’Europe à terme plus ou moins rapproché (augmentation massive de l’émigration).
 
Au sujet de l’appauvrissement supposé des habitants de la Zone Franc, par exemple émigrations massives, il convient de souligner que les migrations en Afrique sont principalement des migrations intra-africaines et qu’elles s’effectuent autour de "bassins d’emplois réels ou potentiels" régionaux : ainsi l’Afrique du Sud vient en tête, attirant principalement des populations des pays voisins, vient ensuite la Côte d’Ivoire (elle-même un pays phare de la Zone Franc) puis l’Ethiopie et enfin le Kenya. Ce sont les Nigerians et les Erythréens qui constituent les “contingents“ les plus importants de migrants africains vers l’Europe ; or ces deux pays, Nigeria et Erythrée ne font pas partie de la zone Franc.
 
Par conséquent, si certains pays de la Zone Franc sont en difficulté (pays du Sahel), c’est en grande partie dû à des facteurs d’insécurité, de mauvaise gouvernance voire d’une démographie galopante et incontrôlée qu’à l’existence de la Zone Franc ou au "pompage" des ressources de ces pays sachant que, répétons-le, des adaptations sont et seront nécessaires, ceci en dehors de considérations politiques ou polémiques (néocolonialisme ou non, etc…)
 
(1) En mars 1986 j’étais chargé de mener une mission de reconstruction au Tchad ravagé par la guerre civile  avec son secteur cotonnier, l’un des poumons économiques de ce pays exsangue ; les besoins financiers pour replacer la filière cotonnière étaient importants (une dizaine de milliards de FCFA) ; je me suis rendu à Yaoundé (Cameroun) siège de la banque centrale de ces pays de l’Afrique centrale la BCEAC, pour obtenir de cette dernière qu’elle consente une aide exceptionnelle au Tchad ce qui fut obtenu après d’après négociations.

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019
Publié dans En France
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Chrétiens : s’imposer ou se taire ?
 
Qui se souvient de ces célèbres slogans de mai 68 : "Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner" ; "Soyez réalistes, demandez l’impossible" ? Hélas… cinquante ans après, nous ne voyons pas vraiment ce qu’on nous promettait : la plage sous les pavés, son sable fin et son soleil. Notre pays semble toujours plus s’enfoncer dans la grisaille et la sinistrose. Et si les chrétiens, ceux dont les valeurs ont irrigué la culture et l’histoire de ce pays, étaient les véritables porteurs d’espérance ? Les vrais contestataires d’une société qui confond réussir sa vie et réussir dans la vie ? On les accuse d’être du vieux monde ; mais ne sont-ils pas, depuis toujours, d’authentiques révolutionnaires, porteurs d’un idéal qui les dépasse ?
Bien sûr, notre espérance et notre désir d’éclairer ce pays par notre Foi sont mises à rude épreuve. Les chiffres sont même alarmants. En termes d’effectifs, les catholiques pratiquants ne représentent plus grand chose : à peine 5 % de la population. C’est-à-dire si peu que les sondeurs et les analystes peinent à les prendre en compte tellement ils passent sous le balayage radar des statistiques. Pourtant, il y a deux mille ans, douze hommes devaient partager le même constat, en pire. Comment Pierre, Jacques, Jean, André… les douze apôtres, sont-ils parvenus, en à peine deux cents ans (une paille !) à christianiser l’intégralité du monde connu ? Par une simple mais exigeante recette : espérer contre toute espérance, fuir les idoles, être prêts au martyre.
 
Espérer contre toute espérance
Le bateau va probablement couler ? Beaucoup attendent hélas que ce soit vraiment le cas. Après tout, nous ne sommes ni capitaine ni membres d’équipage ! Attendre que tout s’effondre… Cette politique a un nom : la politique du pire. Elle a souvent un scénario terrible : la guerre civile. Et toujours les mêmes victimes : les petits et les faibles. Faite de résignation, elle consiste à être spectateurs du monde, à vivre dans une sorte d’exil qui est une fuite et une désertion. Telle ne fut pas la démarche des douze apôtres. Le monde romain était païen ? Qu’à cela ne tienne : ils ont évangélisé l’empire. L’empire s’effondre ? Leurs disciples ont évangélisé les barbares.
Ce que nous apprend ce bref rappel historique, c’est que l’évangélisation n’est jamais acquise : au fil des siècles, tout est à faire et à refaire, sans se résigner. Comme Abraham jadis, les chrétiens espèrent contre toute espérance. Ils se savent attendus par le Seigneur ici, dans ce monde et dans cette époque. En bref, "ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient".
Parfois, des chrétiens se fourvoient : ils attendent encore le Messie ou croient l’avoir reconnu en (faites votre choix) Nicolas, Marion, Jean-Luc, Emmanuel, Marine, François, Alain, … la liste n’est bien sûr pas exhaustive. Mais certains pensent naïvement que ces hommes ou ces femmes sont les personnalités providentielles dont la France a besoin.
Il faut enfin avertir les adeptes du "rebondissement", ceux qui croient qu’une fois que nous aurons "touché le fond" nous rebondirons. C’est une grosse erreur : car le fond du trou n’existe pas. On peut ne jamais finir de sombrer ou de dégringoler. La déchéance est une notion sans limites
La bonne nouvelle, c’est que l’inverse est vrai : le vrai, le bien, le beau sont infinis. Mais il faut pour cela des hommes et des femmes qui s’insurgent et qui résistent. Des contestataires ou, mieux, des attestataires. Des personnes qui rappellent sereinement, avec intelligence et créativité, par leur témoignage de vie bien plus que par leurs discours, que leur message est d’une éternelle nouveauté et une source incroyable de bonheur parce qu’il répond aux aspirations les plus intimes du coeur de l’homme.
 
Fuir les idoles
Paris, 13 septembre 2008, esplanade des Invalides : Benoît XVI s’adresse à la foule, au cours de ce qui est – pour le moment – le dernier voyage d’un pape en France. Le pape allemand commente un appel que saint Paul lance aux Corinthiens : "Fuyez le culte des idoles !" (1 Co 10, 14). Et il ajoute : "Frères et sœurs, cet appel à fuir les idoles reste pertinent aujourd’hui. Le monde contemporain ne s’est-il pas créé ses propres idoles ? N’a-t-il pas imité, peut-être à son insu, les païens de l’Antiquité, en détournant l’homme de sa fin véritable, du bonheur de vivre éternellement avec Dieu ? C’est là une question que tout homme, honnête avec lui-même, ne peut que se poser. Qu’est-ce qui est important dans ma vie ? Qu’est-ce que je mets à la première place ?".
Au cœur du 7ème arrondissement de Paris, celui où le prix du mètre carré est d’en moyenne 11 000 euros, le pape continue : "L’argent, la soif de l’avoir, du pouvoir et même du savoir n’ont-ils pas détourné l’homme de sa fin véritable, de sa propre vérité ? (…) Demandons donc à Dieu de nous aider à nous purifier de toutes nos idoles, pour accéder à la vérité de notre être, pour accéder à la vérité de son être infini !".
A la suite de ces propos, ne devons-nous pas effectuer un examen de conscience : les catholiques de France n’ont-ils pas trop mis leurs espoirs dans ce monde ? Les premiers chrétiens, eux, refusaient de sacrifier aux idoles, et même de faire semblant. La nouvelle évangélisation de ce troisième millénaire ne passe-t-elle pas d’abord par un véritable sursaut culturel, politique et spirituel contre la dictature du relativisme ? Par une appropriation du temps long, par une transmission de nos valeurs, par la contestation de cette triste horizontalité qui ne comble pas : sexe, argent, pouvoir ?
A force de courber la tête, soit à cause des persécutions soit à cause de nos propres péchés, nous sommes peut-être aussi devenus craintifs. Peut-être avons-nous à recevoir du témoignage de certaines paroisses outre-Atlantique qui ont tellement peu de complexes et de réticences. On y paie la dîme sans réserve, se donnant les moyens pour agir. On y assume aussi fièrement son identité chrétienne, en concentrant les efforts et en évitant la dispersion, on y accueille la vie avec générosité par de nombreux enfants et on en accepte les conséquences financières, on crée des écoles libres pour transmettre nos valeurs aux générations suivantes, … Dans ces communautés qui ne sont pas des ghettos, il fait bon s’y retrouver pour repartir ensuite dans le monde, toute initiative et tout charisme ne sont pas vécus comme un problème à gérer mais une grâce à recevoir.
La suite sur : https://www.padreblog.fr

Addendum : quelques lectures pour aller plus loin !
Martin Steffens, Rien que l’amour, repères pour le martyr qui vient, Salvator, 2016
Georges Bernanos, La liberté pour quoi faire ? Folio, 2017
Fabrice Hadjadj, L’aubaine d’être né en ce temps, Emmanuel, 2015
Abbé P-H. Grosjean, Catholiques : engageons-nous ! Artège, 2016
Adrien Candiard, Veilleur, où en est la nuit ? Le Cerf, 2016
Georges Bernanos, La France contre les robots, Le castor Astral, 2017
Charles Péguy, Notre jeunesse, FB éditions, 2015
Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, 2017
Alexandre Soljénitsyne, Le déclin du courage, Les belles lettres, 2014

Paru sur www.padreblog.fr, 26 janvier 2019
Publié dans Au delà
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Un peu de sérieux, Messieurs les Politiques
 
Georges Pompidou avait, à l’époque où il présidait notre République, ressenti l’agacement de ses concitoyens face au prurit législatif et réglementaire de ses ministres. Il leur avait même lancé, parait-il : "Arrêtez d’emmerder les Français !". Près d’un demi-siècle plus tard, au moment où se prépare une législation restrictive pour les médias, il faudrait dire, répéter, seriner cette formule aux hommes politiques et hauts fonctionnaires qui préfèrent ajouter des règlements supplémentaires à la foule de ceux qui existent déjà, plutôt que veiller sérieusement au fonctionnement efficace des services dont ils ont la responsabilité. Il serait également nécessaire de les amener à agir au niveau adéquat, qui est souvent international, au lieu de se comporter comme un mauvais père de famille qui gronde son gamin de 8 ans, qu’il a sous la main, au lieu de punir celui de 15 ans, qui s’est vraiment mal conduit, mais qui court plus vite que lui.
 
Transport et pollution
Pourquoi les gilets jaunes, dont l’action est néfaste pour un grand nombre de particuliers et d’entreprises, ont-ils la cote auprès des Français ? Parce qu’ils fournissent une expression visible au mécontentement qu’éprouvent majoritairement les citoyens. L’Etat entend se mêler de tout, il prétend nous mettre à l’abri des dangers en encadrant notre conduite. En fait, il réglemente ce qu’il est "politiquement correct" d’encadrer ou d’interdire, et ce qui peut facilement être régenté par les hobereaux qui le dirigent, car dans d’autres domaines il fait preuve au profit de certains intérêts, notamment au niveau international, d’un laxisme à peine croyable.
D’où est parti le mouvement des gilets jaunes ? Des problèmes de déplacement : augmentation des taxes sur les carburants et limitations de vitesse. Dans le premier cas, il s’agissait d’une mesure fiscale déguisée en mesure écologique. Que l’on s’efforce de limiter les émissions de gaz carbonique, pourquoi pas ? Mais à quoi sert à notre planète verte qu’ils essayent de dissuader les habitants de la France profonde de faire quelques kilomètres en voiture pour aller fabriquer des produits manufacturés qui, s’ils ne le sont plus en France, viendront d’Extrême-Orient sur tankers géants ? Ceux-ci font une consommation pharamineuse de gas-oil dix fois moins taxé que celui vendu à nos automobilistes. Le bilan carbone de l’opération (que nos petits marquis se gardent bien de faire ou de faire faire) est probablement désastreux. Et en prime nous récoltons le déficit de notre balance des paiements, du budget de l’Etat, la hausse du chômage, la désertification de nos campagnes, et le désespoir d’un bon nombre de citoyens.
Le commerce international est une source de pollution majeure, encouragée par la faiblesse à la fois des taxes sur le carburant utilisé, et par l’usage intensif des pavillons de complaisance. Ce qu’il faut réglementer, c’est le transport maritime, et ce sont particulièrement les paradis fiscaux du transport maritime. Evidemment, faire respecter des normes maritimes de bon sens au Panama (paradis fiscal et réglementaire pour 20 % de la capacité mondiale de transport maritime de marchandises) ou aux îles Marshall (50 000 habitants, immatriculation de 10 % de la dite capacité) est difficile. Plus difficile que de faire payer un ouvrier des Ardennes qui contribue à faire tourner une des dernières usines de son département, ou une infirmière libérale de Saône-et-Loire qui permet aux personnes âgées de vieillir chez elles dans leur village.
 
Autrement dit, nos gouvernants s’acharnent sur nous, corvéables et 'réglementables' à merci, parce qu’ils n’ont pas assez d’entregent, de savoir-faire et de courage pour s’attaquer aux vrais problèmes, qui sont souvent à l’échelle planétaire. Bien des Gilets jaunes ont intuitivement compris cette tendance de nos gouvernants à s’ériger en tyrans domestiques du fait qu’ils manquent d’envergure pour agir efficacement au niveau international.
 
Transport et sécurité 
L’argument de la sécurité est fallacieux en ce qui concerne la limitation de vitesse à 80 Km/h sur des dizaines de milliers de kilomètres. En Allemagne, les routes de même catégorie sont limitées à 100 km/h, et il n’y a pas de limitation sur les autoroutes ; pourtant la mortalité routière pour 100 000 habitants y est sensiblement inférieure à ce qu’elle est en France : 4,34 au lieu de 5,18 (en 2015, année la plus récente pour laquelle j’ai trouvé des chiffres officiels). Au Royaume-Uni, où la limitation sur route est 60 miles par heure (96,6 km/h), le taux est encore beaucoup plus bas : 2,8.
Certes, la Suède fait un petit peu mieux encore, avec 2,7, et une limitation à 70 ou 80 Km/h selon les routes ; mais de ces données hétéroclites on ne peut raisonnablement pas conclure à l’existence d’une relation simple de cause à effet entre la limitation de vitesse et le faible nombre des accidents mortels. Bien entendu, il faudrait aussi prendre en considération d’autres facteurs, comme le kilométrage annuel moyen. Des analyses beaucoup plus fines seraient nécessaires ; ont-elles été faites avant qu’une décision soit prise ? Si tel avait été le cas, nos gouvernants l’auraient probablement dit. Il est beaucoup plus probable qu’ils ont réagi de la manière simpliste qui est souvent la leur : face à un problème, choisir la première solution qui leur vient à l’esprit, c’est-à-dire réglementer.
 
On notera aussi la façon dont est interprétée une petite variation du nombre des accidents mortels durant un mois. Fort heureusement, il n’y a pas suffisamment d’accidents mortels chaque mois (en moyenne, un peu moins de 300) pour que la loi des grands nombres s’applique : les variations aléatoires peuvent être importantes d’un mois sur l’autre sans que cela ait une signification claire. Les hommes politiques résistent difficilement, lorsque cela les arrange, à donner une signification précise à une petite variation dont les diverses causes sont extrêmement difficiles à pondérer.
Quand le Premier ministre français déclare sérieusement que le passage à 80 Km/h sur 400 000 km de routes "a permis de sauver 116 vies lors du deuxième semestre 2018" (Le Figaro du 29 janvier), ou bien il a besoin d’un sérieux recyclage en matière d’interprétation des statistiques, ou bien il utilise sciemment pour impressionner l’opinion publique en sa faveur une donnée dont il sait qu’il est scientifiquement impossible de tirer des indications fiables. Rappelons que 116 sur un peu plus de 1500, cela fait moins de 8 %, et que les variations d’un mois sur l’autre sont souvent supérieures, en l’absence de tout changement de réglementation : par exemple + 8,8 % en septembre 2018 et – 13,8 % en octobre. Le jour où les hommes politiques utiliseront les statistiques avec toutes les précautions requises pour en tirer des enseignements robustes, plutôt que comme des arguments de prétoire destinés à clouer le bec à leurs adversaires grâce à la magie des chiffres, la gouvernance nationale et mondiale aura fait un grand pas en avant.
S’appuyer sur des données chiffrées pour soi-disant démontrer ce que l’on dit, alors que le but est simplement de faire croire que l’on est sérieux au moment même où l’on commet des erreurs méthodologiques qui déforment la réalité, est hélas une pratique courante dans la classe politique. Et, revenons à notre point de départ, cette façon de faire est l’une des plus utilisées pour "faire passer" les mesures à la fois compliquées, inadéquates et "emmerdantes" au sens du Président Pompidou, dont raffolent certains hommes politiques, ceux dont l’intelligence et le bon sens ne sont pas suffisants pour doter le pays d’institutions efficaces, équitables, et aussi respectueuses que possible des libertés individuelles.

Envoyé par l'auteur, 11 janvier 2019
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Un peu d'histoire, retour à la case départ                                     
 
Excédé autant que terrifié par les colères populaires récurrentes de plus en plus violentes sévissant dans son Royaume, Louis XVI décida en Janvier 1789 – conseillé par un entourage pétrifié – de réunir ses sujets en Etats Généraux, ce qui n'avait pas été fait depuis 1614. Les esprits chagrins peuvent remarquer le total manque d'esprit démocratique dans le gouvernement des Bourbons.
Les royales lettres de convocations, prévoyaient des élections à ces Etats, établissaient le règlement électoral, maintenait la représentation par "ordres" (Noblesse – Clergé – Tiers) mais doublait le nombre des élus du Tiers, "force vive de la Nation".
En effet depuis 1786-87, émeutes, jacqueries, violences, assorties de "cahiers de doléances" ne cessaient d'alarmer le pouvoir central, sans qu'aucune solution  puisse être envisagée : la pauvreté, la désespérance généralisée, l'exaspération fiscale, l'immobilisme économique, entretenaient une révolte sournoise, rampante, omniprésente. Il était temps de réagir.
 
Que réclamaient les Français ? Moins d'impôts et taxes, la réforme des institutions, davantage de justice et de liberté. Le 5 Mai, au terme de 3 mois de préparation, les Etats généraux s'ouvraient à Versailles en présence du Roi. Tardive et courageuse décision.
Il semblerait --230 ans (presque jour pour jour) plus tard – que pas grand-chose n'ait changé. Que réclament les bonnets et gilets rouges et jaunes, les muets et les anonymes, les braillards et les casseurs ? Moins d'impôts et de taxes, une réforme des institutions, plus de justice et de liberté.
Donc, retour à la case départ : toutes nos tergiversations, nos changements de leaders, notre électoralisme effervescent, nos élites incapables, n'ont rien changé à un contexte social et financier constant, encore que plus dense et complexe : le tissu social est toujours le même, avec sa misère et ses insoutenables opulences, quelle que soit la sauce à laquelle on l'accommode.
L'effort royal de 1789 se termina en stériles chamailleries, miné par une révolte grandissante : l'apparent désordre, néanmoins, cachait un gigantesque travail de "refondation", traduit par l'abolition des privilèges et droits féodaux, la constitution du Tiers en Assemblée nationale, la libéralisation progressive du travail, et "l'invention" d'une splendide Déclaration de droits en 17 articles fondateurs, assortie d'une monarchie parlementaire sur le modèle anglo-nordique... Mais tout cela fut englouti 2 ans plus tard par la proclamation d'une République Une et indivisible... On connaît la suite…
 
Aurons-nous, en 2019, un examen minutieux des "cahiers de doléances" établis sur le modèle de 1789, une écoute honnête d'une population déçue, exaspérée, exténuée par la surdité de ses décideurs et un centralisme dévastateur ? Aurons-nous un abbé Siéyès, un Mirabeau, un Condorcet, pour mettre le malheur hors la loi ? Certes, nous avons un mini Danton, (il s'apparente plutôt au Jérémy Mes-nerfs-lâchent de Pierre Dac), quelques Marianne édulcorées, plus du tout de Robespierre… Ce ne sont ni le renvoi d'un président ni la reconfiguration de l'Assemblée nationale qui feront s'évaporer nos maladies. Où allons-nous ?… coincés par un électoralisme hystérique et une Europe mastodonte.
Une ambition démocratique et libérale vieille de 230 années peut avoir du plomb dans l'aile, surtout confrontée aux "nouvelles technologies", aux réseaux sociaux, au spectacle permanent de la violence. Mais les Lumières appartiennent à un autre monde.
 
De fait, si nos décideurs ont un minimum de cervelle, le terme de ce fatras de gesticulations doit reposer sur quelques urgences simples : abandonner le délire fiscal, adopter un modèle stimulant et non punitif. Décentraliser : laisser respirer les initiatives locales est une véritable urgence. Il est également souhaitable d'aborder avec respect et considération les deux extrémités du corps social : les plus jeunes et les plus âgés : ne plus les regarder comme une charge, mais comme un espoir et des alliés.
Pour l'instant, le pouvoir et les citoyens pataugent dans d'insupportables contradictions, le "Tout Etat" n'est plus adapté. Les générations à venir doivent pouvoir dépasser notre accablant enlisement.
Le fameux (fumeux) Grand Débat National doit se terminer au printemps, juste avant les Européennes... Que peut-on en espérer ?     

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019
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Y a-t-il des guerres justes ? (2)

En théorie, la guerre naît de l’affrontement de deux volontés politiques en désaccord, pour des intérêts culturels, économiques ou politiques jugés vitaux, mais dans la pratique bien souvent pour d’autres raisons moins rationnelles.
 
La guerre naît de l’affrontement de deux volontés en contradiction
La guerre est un affrontement entre volontés politiques, chacune cherchant une solution de force, c’est-à-dire employant la force armée pour contraindre l’autre à décider comme nous voulons et non comme il veut. 
Face à un désaccord, la guerre survient si le désaccord doit absolument être résolu, et ne peut l’être par la discussion et la négociation. Parfois le désaccord vient d’une situation tragique, à laquelle on ne voit pas d’issue raisonnable, et parfois de l’injustice et mauvaise volonté des parties. Elle touche toujours une question de principe, d’honneur, d’intérêt, tenue pour si importante que "c’est non !". Il y a alors trois solutions : soit la séparation, chacun de son côté (ce qui, parfois, est possible, comme dans la partition pacifique de la Tchécoslovaquie en 1993) ; soit on laisse vieillir le problème, sans solution (mais alors, en général, il empire) ; soit on estime qu’il faut le résoudre, en sortir, et puisqu’il n’y a pas de solution de raison, on va rechercher une solution de force.
 
Dans la guerre, l’un impose sa volonté à l’autre par une force armée qui détruit des biens et tue des personnes
La guerre est une sorte de mise aux enchères sanglante : "Si tu ne te soumets pas, tu vas payer cher." Et l’autre répond : "Fais ce que tu veux, tu souffriras plus que moi". Dans ces enchères négatives, à un moment donné, il y en a un qui renonce à surenchérir, qui craque.
Si on est obstiné jusqu’à la folie, on ne craque pas avant d’être enseveli sous les ruines de sa capitale. Mais si on est plus raisonnable, on arrête les frais et on négocie, chacun dans son rôle : vainqueur ou vaincu. Celui que l’épreuve de force a désigné comme le vaincu doit prendre sa perte, et la vie reprend, ordinaire. 
 
En théorie, les hommes ne se battent que pour des intérêts culturels, économiques ou politiques
On liste les intérêts culturels qui relèvent de l’idéologie, de la religion, parfois des deux, les intérêts économiques (matières premières, énergie, débouchés, voies de communication, etc.) et enfin les intérêts politico-stratégiques, qui concernent l’indépendance, la liberté, la domination, la sécurité, le rang, l’hégémonie, etc. Souvent les buts des guerres associent les trois, mais pas toujours. La guerre des Malouines était toute politique. Ce qui se passe en Syrie combine les trois types d’enjeux.
Mais, si les hommes ne se battaient que pour ces trois raisons, nous pourrions toujours trouver des solutions, car le prix des guerres est tel que souvent cela n’a pas de sens. En 1918, 1,5 million de Lorrains et Alsaciens sont redevenus français, mais au prix de 1,5 million de Français tués. On pouvait évidemment trouver une formule politique plus rationnelle que la Grande Guerre. Mais le calcul rationnel n’est pas seul ici. 
 
L’homme se bat aussi parce qu’il en a envie
On dit que les guerres sont imposées aux peuples par des marchands de canons, des hommes d’affaires sans scrupules et des politiciens à leur solde. De grands chefs politiques l’ont eux-mêmes déclaré sans ambages ("Farewell Address" du Président (et général) Dwight Eisenhower, 17 janvier 1961.) Mais une telle situation ne se rencontre pas toujours et partout, et peut n’être que partiellement vraie. L’expérience montre aussi des peuples entrant en guerre dans l’enthousiasme unanime. La Monarchie de Juillet s’est détruite (entre 1830 et 1848) en faisant une politique de paix, contre la volonté de l’aile marchante de la nation.
La triste vérité, c’est que l’homme fait souvent la guerre pour faire guerre, comme il fait l’amour pour faire l’amour : comme si c’était une fin en soi. Certain n’ont pas hésité à parler de plaisir, de sport. Les Grecs pensaient que la chasse, d’ailleurs fortement associée par l’iconographie à l’érotique homosexuelle, était une école de la guerre (Xénophon, L’Art de la chasse.) Ils disaient que la guerre était la forme de chasse la plus intéressante, car l’homme est le gibier le plus intelligent.
De manière plus profonde, on a pu noter que la guerre permet aussi à l’homme un dépassement de soi. Hegel a dit qu’elle "préserve la santé morale des peuples" (Principes de la philosophie du droit, § 324). Son idée semble être celle-ci : l’homme sent qu’il est fait pour plus que les intérêts empiriques. Le gain, la santé, la jouissance, la vie privée dans la société civile ne comblent pas l’âme humaine. À un certain moment, elle s’en dégoûte. L’homme alors trouve dans la guerre le moyen de reconquérir une dignité morale et une existence publique dans l’Histoire. Il se dépasse, et en risquant sa vie, qui est l’intérêt empirique premier, il redécouvre sa transcendance. Il cherche dans la guerre une grandeur perdue, un sentiment d’exaltation, une impression de purification. Le philosophe Ludwig Wittgenstein écrit (Carnets. 1914-16, 15 septembre et 9 mai 1916) : "Maintenant, la possibilité me serait donnée d’être un homme décent, car je suis face à face avec la mort" ; "seule la mort donne à la vie sa signification".
 
La guerre naît aussi de la rivalité entre les hommes et de leur volonté de domination et de liberté
Il y a un désir d’être reconnu par l’autre comme égal, puis comme supérieur et dominant ; un désir de ne pas être identifié comme inégal et dominé. Ce désir est un ressort très puissant, qui touche à la définition de la liberté et qui pollue la définition de la dignité. Les guerres sont d’autant plus totales que le concept de liberté est touché, car c’est alors "la liberté ou la mort". Les guerres deviennent totales et destructrices dans la période moderne, quand la subjectivité s’affirme comme liberté collective. Également, la guerre se démocratise : ce sont les levées en masse ; tout le monde est mobilisé. En même temps, l’objectivation scientifique permet un terrible perfectionnement des armes.
 
Citation du Président Eisenhower mettant en garde le peuple américain contre le lobby militaro-industriel,
disponible sur Youtube : "Now this conjunction of an immense military establishment and a large arms industry is new in the American experience. The total influence – economic, political, even spiritual – is felt in every city, every Statehouse, every office of the Federal government. We recognize the imperative need for this development. Yet, we must not fail to comprehend its grave implications. […] In the councils of government, we must guard against the acquisition of unwarranted influence, whether sought or unsought, by the military-industrial complex. The potential for the disastrous rise of misplaced power exists and will persist. We must never let the weight of this combination endanger our liberties or democratic processes. We should take nothing for granted."  
Paru sur www.henrihude.fr, 20 janvier 2019
Publié dans A tout un chacun
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Arrêtez de parler normalement !
 
"Caissière", "chômeur", "race"… Certains mots choquent en public et sont remplacés par un charabia positif qui nous embobine et nous fait voir la vie en rose. 
Le "normal" est scandaleux, car par définition il sous-entend qu’il y a des choses ou des comportements anormaux, donc c’est de la discrimination. Tout de nos jours est potentiellement blessant, en particulier dans les mots et il convient de faire stopper cette maltraitance sémantique.
 
Ils nous disent des mots d’amour…
Pour l’instant, nous tentons de gommer nos maux par des mots, et par des expressions qui éloignent le danger. Ainsi, notre vie devient un chemin de roses. Nous ne vieillissons plus : nous avançons en âge, les crèmes antirides s’acheminent vers des crèmes anti avancement en âge ; d’autant qu’il n’y a plus de vieux, au mieux des seniors qui font la "silver économie" (rapport aux temps argentés !), comme pour les bouillies on a le premier âge… puis le troisième âge, le quatrième âge, et on attend le cinquième. De toute façon, on ne meurt plus, on décède (plus cool) et nos chers disparus ne sont pas morts, ils nous ont juste quittés… Des suites d’une longue maladie et certainement pas d’un cancer.
Socialement, de quoi se plaint-on ? Les postes ont remarquablement bien évolué et les caissières sont devenues des hôtesses de caisse, c’est quand même autre chose ! L’instituteur est le professeur des écoles (c’est beau), il faut dire que le programme suit. Ainsi, vous connaissiez les rédactions, les dissertations, les explications de texte… mais certainement pas "l’écriture d’invention" ? Dont la dénomination est un barbarisme en soi ! L’Education nationale est une source d’inspiration inépuisable pour réinventer les précieuses ridicules en "live", pardon : les "précieux ridicules" (pas de sexisme) souvenez-vous aussi du référentiel bondissant (un ballon) et allez vite dire à votre fils de faire sa "lecture cursive" ?
 
Salauds de "démunis" !
Les pauvres ne le sont plus vraiment dans les mots, ils sont défavorisés, ou encore "à faible revenu", voire "parmi les plus démunis", RMIstes… De toute façon, ils ne sont plus chômeurs car ils sont demandeurs d’emplois… sauf quand ils ne demandent rien. Et c’est de notre faute parce que c’est trop compliqué pour qu’ils sachent quoi demander (pas faux). Christophe Castaner a franchi une nouvelle étape dans le positif. Selon lui, ils sont "en situation de non emploi" ; d’ailleurs côté patron on ne licencie plus, on réduit les effectifs. Nos paysans devenus agriculteurs sont maintenant des "exploitants agricoles" bien qu’il ne faille pas bon exploiter quoique ce soit, ni la terre ni les hommes… pour un peu qu’ils exploitent un ouvrier agricole ça risque de mal tourner ; on pourrait les appeler par exemple "entrepreneurs cultivateurs terriens" ?
Le "migrant" définit par un terme générique tous ceux qui transitent de quelque façon que ce soit, droit ou pas droit, papiers ou pas, réfugiés politique ou suspects, le tout étant de ne surtout pas faire de différence et, horreur parmi les horreurs, de les "stigmatiser". On ne les expulse certainement pas, au mieux "on les éloigne" (Gérard Colomb).
 
Bruno Le Maire supprime les "impôts"
Il faut avoir de l’imagination et de l’esprit de répartie pour innover comme Cédric Villani. Quand on lui demande pourquoi son rapport est en retard de deux mois, la réponse vient du tac au tac : "Pas du tout : il s’inscrit dans un nouveau calendrier " !
Fini les voyous des films de Belmondo, restent des jeunes défavorisés qui se livrent à des incivilités, pas des délinquants, non ! De la même façon, les gens du voyage sont en principe plus sympathiques que des gitans, en plus la Gitane peut évoquer une cigarette et cela pourrait être pris pour de la publicité subliminale pour le tabac…
Le camping lui-même a disparu : le campeur fréquente maintenant "l’hôtellerie de plein air" avec ses étoiles, c’est du haut de gamme.
Plus d’impôts : selon les ministres (Bruno Le Maire ou Elizabeth Borne) ce sont des "prélèvements" ou encore, voilà qui nous réjouit l’âme : "De nouvelles ressources". Est-ce que cela calmera les contribuables ?
 
Fini les "fautes" d’orthographe !
Plus question de culpabiliser qui que ce soit, sauf les riches (à volonté). Ainsi, une linguiste professeur de sociologie s’indignait-elle récemment que l’on parle de "fautes d’orthographe". Non pas que l’on en fasse, mais qu’on les baptise ainsi, car l’aspect moral de la faute serait insupportable pour le contrevenant, il convient donc, selon cette dernière, de parler "d’erreur d’orthographe", vos enfants vont adorer les dictées sans fautes.
La bienveillance est partout : plongez-vous dans les récits de conte de fées des magazines féminins sur les "familles recomposées" avec des descriptions idylliques qui vont vous remonter le moral si vous vous sentez une âme de marâtre. Il faut "faire famille" dans le sens où il faut faire groupe, bienvenue aux ex.
 
La météo des bons sentiments
Et puis il y a les vrais interdits, les mots définitivement bannis comme "race" (je n’ose même plus l’écrire, même pour mon beagle). La météo s’y met, il ne pleut plus : on a une dépression sur nos têtes et ça personne ne le conteste ! C’est probablement pour cela que nous sommes les premiers consommateurs d’antidépresseurs. Il ne fait d’ailleurs plus jamais beau et lorsque c’est le cas, c’est seulement l’anticyclone des Açores qui est bloqué au-dessus de l’Hexagone.

Envoyé par l'auteur, paru dans Causeur, 7 février 2019
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Pourquoi la démocratie française s'abîme
 
Quel est ce pays où la justice décide de perquisitionner un journal et où la liberté d'expression est mise sous la surveillance d'une loi anti- "fake news" ? Quel est ce pays dont les parlementaires veulent réduire le droit de manifester tandis que des protestataires se font éborgner ou arracher des mains par des
armes dangereuses utilisées par les forces de l'ordre ? Quel est ce pays dont le président s'invite régulièrement sur des télévisions durant d'interminables heures, tout en dénonçant l'influence d'un pays étranger sur le peuple révolté ? Bref, quel est ce pays où le pouvoir peut recourir à l'intrusion, à la suspicion, à la répression, au complotisme, à la propagande pour tenter de se protéger de citoyens excédés ? Cette régression démocratique ne s'observe ni dans la Hongrie d'Orban, ni dans l'Italie de Salvini, ni dans aucune des nations "populistes" dénoncées par Emmanuel Macron. En revanche, oui, la France donneuse de leçons a pris ce visage abîmé, dans l'indifférence des faux gentils : ceux-ci ne voient de menaces que chez les "gilets jaunes".

Le chef d'État raille ceux qui veulent se "claquemurer". "Je ne crois pas à ceux qui font des murs, ça ne marche pas", a-t-il répété lundi devant des élus de Seine-Saint-Denis. Pour ce cinquième débat, Macron a réitéré sa performance en restant plus de six heures en scène, dans une prestation retransmise par toutes les chaînes d'info en continu. Mais c'est lui-même qui s'enferme dans sa Cité interdite. En effet, son obsession à vouloir maîtriser l'information trahit sa crainte des réalités "monstrées". Selon Le Point, son goût pour les faits aseptisés l'a même conduit à proposer que l'État subventionne des journalistes "garants", comme aux belles heures des censeurs des régimes totalitaires. Non content d'avoir fait voter une loi contre les fausses nouvelles, qui laissera au juge le soin de dire le vrai, le président entend renforcer les pouvoirs de contrôle du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Il envisage aussi une "instance de déontologie" pour la presse, qui ne demande rien. Or les "fake news" sont aussi dans les désinformations officielles sur les "gilets jaunes" et l'état du pays.
 
Le diagnostic présidentiel d'une France "empêchée" serait convaincant s'il ne s'accompagnait d'une politique tendant à verrouiller des paroles dérangeantes et à étouffer des contestations. La perquisition ordonnée par le parquet de Paris dans les locaux de Mediapart, lundi, est un acte dangereux : il vient contredire la liberté de la presse et le secret des sources des journalistes. D'autant que cette célérité, à laquelle le site d'information a pu s'opposer, s'inscrit dans le feuilleton sulfureux de l'affaire Benalla, du nom de cet ancien "Tonton Macroute" de la présidence. La "tempête dans un verre d'eau" dénoncée initialement par Macron cacherait-elle des pratiques justifiant cet affolement du parquet, hiérarchiquement lié à l'exécutif ? Le prétexte de l'"atteinte à l'intimité de la vie privée", constituée par la divulgation d'une conversation compromettante entre Alexandre Benalla et son collègue Vincent Crase, n'autorise pas la fouille d'un média, aussi peu regardant soit-il dans ses méthodes.
En fait, l'immaturité gagne le pouvoir quand il alimente le complotisme qu'il dénonce chez les esprits faibles. L'autre jeudi, le chef de l'État a laissé comprendre qu'il voyait, derrière les plus radicaux des révoltés, une manipulation de la Russie et de ses chaînes diffusant en France. Il y a un mois, Marlène Schiappa s'était interrogée sur le financement des casseurs, en désignant de possibles "puissances étrangères". "La question n'est pas incongrue, eu égard aux positions de responsables italiens", avait argumenté la secrétaire d'État en désignant implicitement Matteo Salvini. Ces procédés puérils se rajoutent à la vieille technique stalinienne de la diabolisation, déployée pour avilir le peuple réfractaire. Le 31 décembre, Macron avait dénoncé "une foule haineuse", accusée de s'en prendre notamment "aux Juifs, aux étrangers, aux homosexuels". Après avoir épluché le réseau Facebook des "gilets jaunes", Le Monde de mercredi a pu constater l'absence de pensée raciste, antisémite ou xénophobe. Oui, l'Élysée aussi colporte des mensonges grossiers.

Paru dans Le Figaro, 8 février 2019
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Les Urgences débordées : le déni de l'immigration
 
Dans le grand débat national, l’immigration est un sujet enfoui. Alors que ce problème revient régulièrement dans les sondages, il affleure à peine dans les prises de paroles organisées par le gouvernement. Et cette même réticence à aborder une question centrale se retrouve ce mercredi dans le rapport de la Cour des comptes. Abordant la situation d’asphyxie des urgences hospitalières, la Cour jette un voile pudique sur l’usage souvent abusif qui en est fait par des immigrés. Certes, elle constate que le problème de saturation ne cesse de s’amplifier : elle a comptabilisé 21,2 millions de passages aux Urgences en 2016, contre 18,4 millions en 2012, soit une augmentation de près de 15 % en 4 ans (Le Figaro de ce mercredi). En région Ile-de-France, le temps de passage médian est de 2h40. Il est entre 4 h et 8 h pour 25 % des patients. Il est de plus de 8 h pour 10 % d’entre eux. Pour remédier à cet état dramatique, la Cour fait une série de propositions. Toutefois, elle s’épargne de s’interroger sur cette constatation que chacun peut faire quand il se rend aux Urgences : celle de découvrir un monde en voie de tiers-mondisation, laissé en libre accès gratuit pour tous. Cette générosité honore évidemment la médecine française. Cependant, il ne me semble pas obscène de se demander s’il revient à la collectivité, déjà suffisamment essorée par les impôts et les taxes, de prendre en charge toute la misère du monde. La Cour des comptes, prudemment, se garde de poser le problème en ces termes. Elle risque donc, accablée, de faire régulièrement le même rapport.
 
Il se trouve que j’ai reçu très récemment le témoignage d’un professeur de médecine, qui a le mérite de parler clair. Il m’a donné son nom et ses coordonnées, mais m’a demandé de préserver son anonymat. Il écrit notamment : "A travers ma petite lorgnette, je constate que le CHU, l’Université et la région dépensent de façon excessive. Il y a beaucoup trop de personnel non médical dans les CHU, d’administratifs (…). Le personnel médical est souvent insuffisant et épuisé par la surcharge administrative qui lui est imposée (…) Chez nous, tous les soins et la chirurgie sont remboursés à 100%. L’AME, l’aide médicale d’Etat, fait que nos hôpitaux sont littéralement envahis par des étrangers. (…) Les Français de souche ont fui nos services car c’est intenable. Ils ne veulent plus être confrontés à ces étrangers, très arrogants pour certains, qui considèrent que la santé est un dû. La tension sociale y est très forte (…) Le personnel hospitalo-universitaire est vraiment très lassé (…) à tel point que notre recrutement s’en ressent. J’ai actuellement beaucoup de mal à trouver un professeur d’université-praticien hospitalier qui me succède (…) J’ai assisté depuis 30 ans à une dégradation totale de nos services publics car les choix faits par nos hommes politiques ont été catastrophiques". La Cour des comptes est-elle prête à entendre ce genre de témoignages ?

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, le 6 février 2019
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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