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"Fillon veut continuer la France quand, pour Macron, la culture française n'existe pas"
 
 
FIGAROVOX - Quelles sont les orientations de Macron et Fillon à propos des questions régaliennes et culturelles, en particulier concernant la question de l'intégration ?
Avant l'intégration, il convient d'aborder l'immigration. Fillon veut "réduire l'immigration légale au strict minimum" et que le Parlement adopte chaque année des "quotas limitant le nombre d'étrangers qui pourront être admis en France, en fonction de nos besoins économiques et de nos capacités d'intégration." Macron s'est rendu à Berlin pour y rendre un vibrant hommage à la politique d'accueil d'Angela Merkel. Rappelons que l'Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d'asile sur la seule année de 2015. L'approche de Macron est dangereuse. Concernant les propositions de François Fillon, je ferai observer, au vu de l'expérience qui a été la mienne au sein du Haut Conseil à l'intégration (HCI), que le Parlement n'est pas le mieux placé pour décider des entrées sur notre territoire. Cette décision, en raison même des conséquences sur le présent et l'avenir de la nation, doit relever du domaine réservé du chef de l'Etat.
 
Venons-en à l'intégration. Pour les citoyens, "intégration" signifie "intégration culturelle". C'est le résultat d'un processus qui conduit, lorsqu'il réussit, à l'assimilation. C'est l'appropriation des normes collectives et leur transmission à ses propres descendants. Or, Emmanuel Macron a décrété qu' "il n'y a pas de culture française". L'intégration est son angle mort, ce qui explique son positionnement par rapport à la laïcité. Manuel Valls balayé, plus aucun candidat de gauche ne porte l'exigence, incontournable pour préserver le vivre ensemble, du respect de la laïcité. François Fillon est dans une approche opposée. Référence aux valeurs, donc à l'identité française. Il évoque la nécessité de respecter le Code civil qui "fait mention à plusieurs reprises de l'exigence d'assimilation". Il lui reste à en tirer les conséquences. La démocratie suppose l'existence d'un corps politique. Or, citoyenneté et identité ont été dissociées. Elles doivent de nouveau coïncider. Il est aujourd'hui bien plus aisé d'obtenir la nationalité française qu'un titre de séjour. C'est une hérésie.
 
Le programme de Macron reste flou. A-t-il réellement une ligne définie sur ces questions ?
Son programme n'est ni flou ni inconnu. Il a précisé à plusieurs reprises avec clarté la ligne qui était la sienne : mondialiste et multiculturelle. D'où son positionnement cohérent sur les flux migratoires et la culture française : une France aux portes et fenêtres battantes placée sous le règne de la culture buffet. Chacun dépose ses plats sur la table et n'y puise que ce qui lui sied.
 
Existe-t-il également un vrai clivage en matière d'éducation ?
Ils se rejoignent dans la prise de conscience que la réussite ou l'échec scolaire se jouent très tôt. Mais ni l'un ni l'autre n'identifient les vraies sources de ce drame. Et, en effet, cela se joue dès la maternelle, en grande partie au travers du dictionnaire de mots maîtrisés par le jeune enfant ainsi que par l'attitude des parents vis-à-vis de la culture de l'école. Vont-ils l'accompagner ou, sans le vouloir, entraver les enseignants dans leur mission en raison de l'existence de problèmes de "compatibilité culturelle entre l'école et la maison" (voir le rapport Bentolila de 2007)?
Concernant leurs programmes, je distingue deux volets : la transmission culturelle et la pure gestion.
Dans le premier, il n'y a guère de point commun entre les deux candidats, et pour cause. Pour l'un, la culture française n'existe pas, quand l'autre s'inscrit dans une volonté de continuer la France d'un point de vue culturel. Par contre, tous deux prônent une plus grande autonomie du système éducatif, pensant - à tort - que là réside l'un des principaux remèdes à la régression scolaire. Or les innombrables alertes remontées au HCI ont montré que l'urgence commande, tout au contraire, de tourner le dos à la libéralisation de notre système éducatif. De veiller à l'unicité des programmes et à un contrôle effectif des connaissances à travers tout le territoire. De faire en sorte que le corps enseignant continue de dépendre hiérarchiquement du ministère, et non des chefs d'établissement. Si l'État avait promptement réagi pour soutenir les enseignants à chaque fois que l'un d'eux s'est trouvé confronté à une remise en cause des contenus ou du bien-fondé des principes républicains (laïcité, égalité filles-garçons), nous n'en serions pas là ! Combien d'enseignants, voulant signaler des situations anormales, se sont vu accuser de ne pas savoir "tenir leur classe", de ne pas être suffisamment "accommodants", parfois abandonnés par leurs chefs d'établissement et leurs autorités académiques. Certains ont abdiqué, quand ils ne se sont pas convertis au relativisme culturel pour avoir la paix. Si j'avais été ministre de l'Éducation nationale, j'aurais aussitôt installé une ligne directe entre le cabinet et le corps enseignant afin que chacun puisse obtenir écoute et soutien. L'Éducation est le domaine régalien par excellence.
 
Que vous inspirent les propos de Macron sur la guerre d'Algérie ?
Du sel sur des plaies non cicatrisées. Une accusation qui alimente la bataille des mémoires et la pente victimaire. Une accusation lourde à l'encontre de la France qui se trouve invalidée dès qu'on compare la démographie algérienne entre 1830 et 1962. À l'évidence, l'objectif était de séduire une partie de l'électorat issu des anciennes colonies vibrant encore à l'unisson de la terre de ses ancêtres. Cette accusation susceptible de dresser les uns contre les autres est d'une gravité extrême à l'heure où la France se trouve en guerre, ciblée par des terroristes qui justifient leurs actes par ce qu'elle est et ce qu'elle a été.
 
Macron rejoue-t-il la stratégie Terra Nova de François Hollande ?
Il suffit d'analyser ses propositions et l'électorat qu'il cible pour le comprendre. Macron s'inscrit dans la continuité de cette stratégie qui avait donné lieu à la refondation des politiques d'intégration en 2013 par Jean-Marc Ayrault. Avant d'accoucher de cinq rapports qui nous promettaient, en guise de projet de société, l' "apprentissage d'un savoir-faire avec l'hétérogénéité et dans la conflictualité", cette refondation s'était d'abord appuyée sur le rapport "La grande nation pour une société inclusive" du conseiller d'État Thierry Tuot, qui y moquait l'attachement des Français à leurs grands principes : "Droits et Devoirs ! Citoyenneté ! Histoire ! Œuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! [...] Au XXIe siècle, on ne peut plus parler en ces termes à des générations de migrants [...] on ne peut plus leur tenir un discours qui fait sourire nos compatriotes par son archaïsme et sa boursouflure." Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, c'est au même Thierry Tuot qu'Emmanuel Macron confie une mission de réflexion et de propositions.
 
D'après les sondages, les Français jugent Marine Le Pen plus crédible sur ces questions...
Marine Le Pen a beaucoup fait évoluer son parti sur les points abordés ici depuis l'époque où le député Jean-Marie Le Pen déclarait, à l'Assemblée nationale, le 28 janvier 1958 : "Ce qu'il faut dire aux Algériens, si nous voulons en faire des Français, ce n'est pas qu'ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d'eux." Il y affirmait que "sur l'essentiel, les préceptes de la religion musulmane sont les mêmes que la religion chrétienne" et s'interrogeait : "Qui peut évaluer en milliards de dollars ou de roubles ce que vaut pour une nation le fait d'avoir dix millions de citoyens de plus ?" Aujourd'hui, Marine Le Pen regarde un certain nombre de réalités en face. Mais le "on est chez nous" scandé à tout-va dans ses meetings signale que le logiciel de ses troupes est resté à l'heure du seul droit du sang. Or les véritables artisans de la décomposition française sont les apprentis-sorciers occidentaux (donc "de souche") de la mondialisation, pour qui l'immigration a été une véritable aubaine. Ce sujet ne se réglera pas par un lapidaire "on est chez nous".
 
Le FN est au plus haut. François Hollande a-t-il une responsabilité dans cet état de fait ?
Dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, François Hollande s'interroge : "Comment on peut éviter la partition ? [...] Car c'est quand même ça qui est en train de se produire : la partition." Hollande "pense, depuis le début de l'année 2015, que le thème de l'identité sera au cœur de la prochaine échéance présidentielle." Ma conviction est qu'aujourd'hui un certain nombre d'opérations de diversion sont mises en œuvre pour empêcher que ce thème soit versé au débat. En ce domaine, la gauche est la première responsable de la décomposition française. Or, François Hollande le dit : "Emmanuel Macron, c'est moi !" Si ce thème venait à être versé au débat, Macron en serait comptable.

Paru sur Figarovox,  5 mars 2017
Publié dans Du côté des élites
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Donald, T.I.N.A., Theresa et ... Benoît                                        
 
Notre monde très ouvert est en fait très étroit ; la planète a rétréci, nous sommes désormais trop proches, très dépendants les uns des autres : un éternuement, un uppercut, de l'autre côté de l'eau, et cela peut devenir vacarme, agression majeure... C'est l'effet papillon, qui rend le monde anxieux.
 
Le constat le plus remarquable sur l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche est l'irrépressible propension des Nord-Américains à ignorer les règles internationales - qu'ils ont le plus souvent imposé – se libérer des procédures lorsque c'est leur intérêt, et de l'ordre mondial fondé sur les principes de l'ONU. La Charte, les besogneux équilibres de l'OTAN, les différentes alliances commerciales, l'OMC, Donald trouve cela ringard, et devrait – selon lui – être balayé d'un revers de main. Sans oublier le mépris affiché envers les Etats du Moyen Orient et le fameux mur mexicain.
Ce n'est pas nouveau : un des exemples récents date de l'immédiat "après 11 septembre 2011" où il a fallu toute l'énergie du Conseil de Sécurité et le vote unanime de la Résolution 1368 pour éviter que les Etats-Unis ne fassent justice eux-mêmes (Résolution confirmée et encadrée par celle 1373 du 28 septembre). Obtenir face à cette monstrueuse attaque, que les Etats Unis ne balaient les règles de belligérance fut une acrobatie de haut vol. Toutefois cette discipline nécessaire fut remise en cause en Mars 2003 par l'attaque américaine sur l'Irak malgré l'opposition du Conseil de Sécurité, avec pour résultat la catastrophique déstabilisation du Moyen Orient et le surgissement de DAESH.
 
Les excentricités du 45ème Président des Etats Unis, son horreur affichée des procédures, vont sans doute devoir se calmer. Toutefois ce n'est pas sans inquiéter : l'Australian reprend les propos de la presse britannique " ... Vu sa formation et son parcours, Donald Trump ne connait que 2 outils : l'armée et le commerce". Cela semble se confirmer : le grand platiné a déclaré le 23 février qu'il veut "plus d'armée plus forte", avec pour projet la remise en cause des équilibres militaires tant atlantique (le plus important) qu'asiatique. On attend les précisions promises.
Certes, pour ce grand bagarreur beaucoup "d'arrangements" et d'équilibres paraissent timorés ou rattachés au passé, aux Paix de 1944/45. C'est oublier que la planète entière est recouverte d'un dense "filet" d'accords de tous ordres préservant les équilibres les plus essentiels (malgré les manques et les ratées) qui empêchent le convoi mondial de dérailler encore un peu plus.
L'autre aspect est plus financier et mercantile : les vastes projets agressifs vont coûter très cher et doivent obligatoirement être soutenus par une forte relance économique interne, ce qui n'est pas acquis : vouloir replier l'économie nord-américaine sur elle-même, c'est oublier l'importance des asiatiques, le rôle majeur du Mexique. Il faudra sans doute attendre une année accomplie pour voir - au-delà des annonces -  la mise en œuvre du chantier et ses premiers résultats.
Toutefois le discours prononcé le 1er Mars devant le Congrès a rassuré : il est plus modéré, précis, et moins vindicatif : le "style présidentiel" semble être progressivement intégré par l'inclassable personnage. L'administration gouvernementale américaine n'hésite pas à parler de "domestication" . En France, nous dirions qu'il est "recadré".
Par ailleurs le bras de fer que Donald Trump livre avec la presse (dont il s'est énormément servi) est très intéressant ; on va enfin savoir qui gouverne les Etats Unis : la Maison Blanche ou les journalistes et leurs financiers.
 
La stratégie Trump intéresse et intrigue le Royaume Uni ; le vieil Etat dominateur a grand besoin de la fidélité et du soutien de son allié le plus constant et le plus indispensable : Theresa May, toute vêtue de rouge, s'est précipité à Washington où elle semble avoir reçu les assurances les plus fermes. Empêtrée dans un Brexit qu'elle a combattu, elle en dirige néanmoins la mise en œuvre avec honnêteté et courage : c'est la grande différence d'avec Donald. Elle respecte scrupuleusement les procédures : le vote du peuple (même s'il est acquis de justesse), l'aval parlementaire car votée par les Chambres l'entrée dans l'Union Européenne doit être défaite par un vote identique. Produisant un Livre Blanc de 77 Chapitres, Theresa respecte le calendrier imposé, l'article 50 et, avec son équipe, fait les comptes du ruineux divorce : la facture oscille entre 20 (évaluation britannique) et 60 milliards d'euros (évaluation Commission UE) selon ce que l'on entre ou sort des différents bilans. Restent pendants le sort des acteurs britanniques de l'UE, leur reclassement, les secteurs très largement financés par l'UE comme la protection de l'environnement, certains soutiens sociaux qui ne pourront survivre sans l'aide continentale ; inversement la contribution britannique au budget européen est importante. Le partage est laborieux. Theresa espère beaucoup de la re-négociation bilatérale des accords commerciaux : c'est pour cela qu'elle aime bien Donald. Et de son côté l'Union Européenne sera aussi obligée de re-négocier environ 300 accords commerciaux dans le cadre de l'OMC, car la Grande Bretagne emporte avec elle le Commonwealth et ses arrangements douaniers préférentiels. L'UE peut donc avoir un marché plus petit et moins ouvert.
 
Héritière d'un dossier qu'elle n'approuvait pas, Theresa reste sans doute profondément européenne, tout comme l'illustre et très décriée Margareth Thatcher : sa fameuse formule pour sortir son pays de l'ornière "There Is No Alternative" donna naissance à l'acronyme le plus célèbre de Grande Bretagne T.I.N.A.
T.I.N.A. fit la loi dans les années 80 : il n'y avait pas d'autre solution. Il en est de même pour Theresa May: puisque le peuple a choisi, "there is no alternative". Et dans une autre version il en est de même pour Donald Trump "puisque je suis élu, il n'y a pas d'autre alternative que mes choix". Peut-être est-ce une spirale mortifère ; nous n'en savons rien. Le populisme basique pratiqué par Trump – s'adressant à l'Amérique profonde - est en écho avec ceux européens dans ces Etats qui se sentent agressés par une extranéité qui les effraie.
Après l'échange Theresa-Donald, il est fortement question que le platiné Donald accomplisse sa première visite protocolaire à Londres, mais l'opinion britannique et le Foreign Office y sont pour l'instant opposés : "cette visite n'est pas souhaitée car elle serait un embarras pour la Reine".... tel est l'argument. Elisabeth a vu défiler tous les présidents américains depuis Eisenhower... Elle en a apprécié certains, elle a l'expérience de ces nombreux élus. Buckingham, comme d'habitude, ne dit rien.
Attendons la suite. Il faut être patient. Bien qu'il ait tiré à boulets rouges sur l'Europe, Trump sait très bien qu'il devra faire avec, et a besoin d'elle, ne serait-ce que parce que potentiellement elle est le plus gros marché mondial. De toutes façons, il ne se passera rien tant que le "bouquet" des élections européennes successives ne sera pas accompli : Hollande, France, Allemagne et sans doute Italie : quatre des pays fondateurs de la Communauté Européenne. Le pari est suffisamment énorme, et, ajouté au Brexit qui semble, même aménagé, désormais incontournable, il faut s'armer de patience à défaut de clairvoyance, et arrêter les affabulations.
 
... Et Benoit ?... Qu'est-ce qu'il en dit de tout ce grand bazar international ?
Le monde s'interroge : on ne le connait pas (ou peu). Est-il compétent ? Parle-t-il anglais ? De Séoul à Melbourne, de Vancouver à Singapour, la presse et l'opinion ne connaissent que deux candidats à la Présidence française : Macron, parce qu'il est nouveau et  banquier, et Madame Le Pen parce que son parcours est pittoresque et populiste. Fillon est connu, estimé pour sa compétence, mais l'on s'interroge...
En 1968, une chanson de Françoise Hardy amusa beaucoup, eut un réel succès : Patrick Modiano en avait écrit l'insolent petit poème ; il y était question de l'ennui d'une jeune fille demandant à un soupirant timide dont elle se moque, de la distraire : "étonnez-moi benoit" ; L'injonction du premier couplet est violente : "Marchez sur les mains, avalez des pommes de pin, des abricots et des poires, et des lames de rasoir... Étonnez-moi, Benoit". Ensuite le programme se précise : "faites la grand'roue, le grand méchant loup, faites le grand fou, faites les yeux doux... "  Elle lui conseille aussi de "se couper les oreilles, de jouer du pipeau, de s'accrocher aux rideaux, de jouer au rodéo"... 49 années ont passé mais ce programme moqueur, fort moderne, est d'une brulante actualité. Bien sûr, il s'agit d'une métaphore, que l'on peut trouver parfaitement idiote, et chacun l'accommodera à sa façon.
L'album 33 Tours de 1968 contenant ce diabolique "Etonnez moi Benoit" s'intitulait "Comment te dire adieu"...
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Quel Etat stable, cohérent, paisible et viable peut s’établir de la Méditerranée au Jourdain ?
 
Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.

L’état d’Israël : un état de fait
Nul n’est besoin d’être grand exégète du général de Gaulle pour savoir qu’il considérait comme une erreur la création en 1948 de l’état d’Israël, décidée à New-York après bien des difficultés et des hésitations par les grandes puissantes gagnantes de la guerre mondiale toute récente, fin 1947, création résultant des abominables persécutions que la barbarie nazie avait déployée contre les Juifs - et d’autres minorités considérées elles aussi comme inférieures et nuisibles. Mais cet état de fait regrettable à ses yeux devait être respecté puisque résultant d’une décision de l’ONU, seule instance internationale justifiée, même s’il l’appelait "le machin".
"On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles."
Lors de cette conférence de presse à l’Elysée du 27 novembre 1967, il dira plus loin qu’il avait dit aux amis arabes de la France qu’ils ne devaient pas remettre en question cet état de fait en attaquant les premiers Israël. Il l’avait dit également aux dirigeants israéliens. "La France considèrerait comme agresseur celui qui tirerait le premier."
Et la guerre est venue par l’attaque israélienne de juin 1967 ; le Général a alors des mots implacables pour dénoncer Israël :
"Israël ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme."
 
Rappelons que la résolution 181 de l’ONU décidant la création de l’état d’Israël n’a été acceptée que le 29 novembre 1947 après plusieurs tentatives infructueuses dont la première datait de septembre 1947, les votes favorables des Etats étant insuffisants. Sous les pressions des Etats-Unis, huit Etats, dont la France, ont changé leur vote en quatre jours du 25 au 29 novembre.
 
Une imposante conférence qui fera date
Les 21 et 22 février 2017, 700 responsables politiques et spécialistes de 80 pays d’Amérique du Sud, d’Europe, d’Afrique, d’Inde, de Chine, de Russie, parmi lesquels 22 présidents de parlements ont débattu dans l’immense Centre de conférences internationales de Téhéran du présent et de l’avenir de la lutte pour les droits des Palestiniens à avoir un état sur la terre de leurs ancêtres.
De façon lancinante me revenait la confidence que m’avait faite le général Pierre-Marie Gallois, un des plus grands stratèges d’après-guerre, dans les années 90. Me prenant à part lors d’une réunion sur la question yougoslave, sachant que je revenais d’un voyage au Moyen-Orient, il me dit en substance : "Il n’y a pas de solution durable à deux Etats au conflit israélo-arabe, car ils seraient en permanence en belligérance, larvée ou pas ; et pour des raisons démographiques, historiques, géographiques, politiques, cet Etat ne peut être que l’Etat palestinien, avec des garanties de sécurité pour les populations juives historiques."
Introduits par un discours magistral du Guide Suprême de la Révolution Islamique, Ali Khamenei, dirigés par le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, conclus par le Président Rouhani accompagné de plusieurs ministres dont le Ministre des AE, M. Zarif, les débats ont été intenses et riches.
 
Unifier la Résistance et refuser la compromission
Si les différents orateurs ont apporté chacun leur sensibilité sur le sujet, et des propositions pour l’avenir, le sentiment général qui émane des interventions est la nécessité impérieuse d’unifier la Résistance en oubliant les rivalités internes pour s’entendre sur l’essentiel de la stratégie de lutte contre l’ennemi, excluant tout essai d’entente avec l’occupant. L’essai de négociation avec la puissance occupante a montré son inanité depuis les accords d’Oslo qui n’ont fait que faciliter la négation des droits les plus élémentaires des Palestiniens et l’annexion renforcée de terres.
Le discours introductif du Guide a fait ressortir avec une logique implacable les fondements du sujet et comment "la question de Palestine peut et doit être le pivot de l’unité de tous les pays islamiques." Il a affirmé que la troisième intifada était fortement réprimée mais remportait des succès en laissant augurer la victoire finale, car l’ennemi devait affronter la réprobation de pays de plus en plus nombreux. Il a stigmatisé la politique de compromis avec l’occupant qui a eu des effets destructeurs sur la Résistance en la divisant. Seule l’intifada est légitime face à l’injustice car le compromis tend à justifier la présence de l’occupant. La Résistance, depuis le début a remporté des victoires grâce à ses alliés comme le Hezbollah libanais, l’Iran et tous les groupes impliqués comme le Jihad Islamique, le Hamas, le Fatah ou le FPLP. La Résistance doit dépasser les divergences entre pays arabes et islamiques, ou les divergences nationales, ethniques ou confessionnelles qui existent dans certains pays. "Notre position sur la Résistance", a-t-il dit, "est une position doctrinale qui n’a rien à voir avec un groupe particulier."
Il indiquait par-là que les divisions instillées par l’ennemi entre chiisme et sunnisme, ou entre tendances religieuses ou culturelles devaient s’effacer devant le but ultime de libération de la Palestine. L’Unité nationale sur la base d’un plan djihadiste est une nécessité nationale pour la Palestine a-t-il martelé.
"Cette conférence peut-être un modèle pour tous les musulmans et toutes les nations de la région et les aider à contrôler leurs divergences en s’appuyant sur leurs points communs."
 
Il serait trop long de rapporter les nombreuses interventions pourtant souvent très enrichissantes car apportant une sensibilité différente venue d’Asie, d’Afrique, des Amériques ou d’Europe, le sentiment général étant pour dénoncer le refus d’Israël de respecter les résolutions internationales et les droits des Palestiniens et d’appeler à l’unité de la Résistance en oubliant les divergences culturelles ou confessionnelles.
Aucun parlementaire français n’avait fait le déplacement.

Le Président du Parlement libanais, Nabih Berri a eu un franc succès du fait de son habituelle aisance oratoire pour convaincre son auditoire, énonçant des propositions concrètes pour donner une suite à ces deux jours de rencontres :
1 - Si les Etats-Unis mettent à exécution leur intention de transférer à Jérusalem leur capitale, que tous les pays qui soutiennent la Résistance ferment leur ambassade à Washington.
2 - Insistant, lui aussi, sur l’impérieuse nécessité de l’unité du front de résistance, il suggère que cette conférence assure le suivi de cette résolution.

Le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, le remerciera pour ces suggestions et lui demandera de bien vouloir assurer ce suivi : un centre de coordination pourrait s’installer à Damas ou Beyrouth.
Le président du Parlement irakien, Salim Al Jabouri, insistera sur les crimes commis par Israël contre les Palestiniens et sur le fait que la résistance en Palestine est une cause commune.
Un représentant du Front Démocratique de Libération de la Palestine FDLP insiste à son tour sur la nécessité de l’unité des différents mouvements de résistance et propose d’établir un comité de suivi logistique des prises de décisions de la conférence, dont le secrétariat pourrait être à Téhéran.
Abou Ahmad Fouad, Directeur Général du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), dénoncera particulièrement les accords d’Oslo qui reconnaissaient le gouvernement sioniste.
Ahmed Jibril, du FPLP (CG), Front Populaire de Libération de la Palestine, Commandement Général, remarque qu’un nouveau Front de Résistance réclamé par certains est inutile puisqu’il existe depuis 30 ans, constitué par le Hezbollah et l’Iran et que ceci indique qu’il y a union de destins entre chiites et sunnites. Il propose la création d’un fonds islamique pour empêcher l’achat des terres palestiniennes.
L’Ayatollah Amoli Larijani (frère du Président Ali Larijani), président du pouvoir judiciaire iranien, insiste aussi sur l’universalité de la cause palestinienne, qui concerne en tout cas tout l’islam, et sur l’arrogance de l’Occident qui met partout en avant les droits de l’homme mais soutient Israël qui y contrevient journellement. La Palestine est une cause qui comporte une surface – les territoires occupés- et une profondeur - la confrontation des idéologies, sionisme contre l’islam monothéiste - s’appuyant sur la force des Etats-Unis ; il cite Fukuyama et sa théorie de la fin de l’Histoire avec la fin de l’URSS, qui fait adopter à l’Occident les thèses sionistes contre l’islam. L’Islam appelle à la paix mais en restant vigilant face aux menaces. La République Islamique d’Iran est un exemple de fermeté face à l’outrecuidance de l’Occident qui l’accuse de vouloir fabriquer des armes atomiques alors qu’il soutient les exactions d’Israël qui a l’arme atomique.
Deux rabbins antisionistes étaient parmi les délégués et ont participé aux travaux des commissions de cette conférence.
En conclusion de ces deux jours, Ali Larijani dénoncera les crimes contre l’humanité commis par Israël et affirmera que les débats ont montré que la Palestine est une cause commune à tous les pays musulmans et au-delà, à tous les hommes épris de justice et de liberté.
 
Conclusion
Les arguties diplomatiques concernant la solution du conflit israélo-palestinien sur un ou deux états me paraissent depuis longtemps hors de propos ; cette conférence internationale m’a convaincu qu’un front puissant se constitue pour orienter les diplomates raisonnables vers la seule création d’un état palestinien sur l’ensemble des territoires concernés qui assurerait des garanties aux populations juives ayant des droits justifiés pour vivre dans cet état.
Il est clair, comme me le disait le général Gallois que la coexistence pacifique de deux Etats est devenue impossible après 70 ans d’accumulations de haines qui alimentent d’ailleurs l’antisémitisme dans le monde, au grand dam de nombreux de mes amis juifs. Il semble que les extrémistes qui sont au pouvoir à Tel Aviv se permettent depuis l’origine toutes les atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens parce qu’ils ont eu jusqu’ici le soutien de la plus grande puissance du monde, où l’influence de leur diaspora est déterminante.

Mais le monde a changé, les Etats-Unis sont affaiblis pour diverses raisons et de nouvelles puissances mondiales rivalisent avec eux. Ils doivent s’adapter à ce nouveau monde et, bien que le nouveau Président américain reste parfois énigmatique dans ses projets, il a clairement l’idée de sortir du système figé qui dirige les EUA, comme il l’a annoncé dans sa campagne, ce qui l’a fait élire, et veut adapter son pays aux nouvelles donnes internationales. Car c’est un entrepreneur qui n’est pas prisonnier des idéologies mais raisonne sur les réalités : les liens avec Israël que nous lui connaissons, liés à son pragmatisme, peuvent l’aider à prendre des décisions radicalement différentes de ses prédécesseurs, ne serait-ce que pour mettre un terme à l’hostilité récurrente de nombreuses populations du monde qui reprochent aux Etats-Unis de soutenir des tyrans ou des injustices. Les liens de ses services avec DAESH sont désormais de notoriété publique et il arrivera à comprendre que l’Iran qu’il invective n’est pas à confondre avec les terroristes islamistes mais qu’il est au contraire un pays essentiel et au premier rang dans la lutte contre cette plaie mondiale.
Il est possible enfin que de nombreux juifs américains qui ne partagent pas les vues de l’influent AIPAC (American Israëli Public Affairs Committee), qui sont très nombreux et lassés de soutenir une cause qui dessert autant Israël que les Etats-Unis, amènent le Président Trump à comprendre que les intérêts des Etats-Unis ne se confondent pas avec ceux d’un Israël "sûr le lui-même et dominateur" qui développe l’exécration contre eux.
 
(1) On peut accéder au texte intégral de la conférence de presse du 27 novembre 1967 à l’Elysée du général de Gaulle sur le site de la Fondation Charles de Gaulle : www.charles-de-gaulle.org/
(2) On pourra lire sur Google une analyse de la vision du général de Gaulle sur le sujet telle qu’elle apparaît dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, que j’ai écrite en 2006 :
 

De Gaulle et sa vision du Proche-Orient - Impérialisme, Terrorisme, Islamisme - Analyse par Alain Corvez
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L’effacement démographique européen
 
L’INSEE vient de publier le nombre de naissances en France métropolitaine au mois de janvier : 60 400, contre 62 600 en janvier 2016, la baisse s’établit à 3,5 %. L’année 2016 était en diminution de 2 % par rapport à 2015, elle-même en baisse de 2,7 % par rapport à 2014 ; le mouvement s’est accentué en décembre 2016 : 3,8 % de naissances en moins qu’en décembre 2015. Il semblerait donc que la chute de la natalité amorcée en 2015 soit partie pour continuer en 2017 : la France métropolitaine pourrait tomber cette année en dessous de 730 000 naissances.
Pour l’Union européenne, nous ne disposons pas de chiffres pour 2016, mais ceux de l’année 2015 sont alarmants : 5,09 millions de naissances pour 5,2 millions de décès. Le déficit de naissances culmine en Bulgarie (70 000 bébés face à 110 000 cercueils), mais il est fort dans plusieurs pays : l’Allemagne, où il manque près de 200 000 naissances pour équilibrer les décès ; l’Italie, en déficit de 160 000 ; la Grèce, la Roumanie, le Portugal, la Hongrie, la Croatie, sont largement "dans le rouge". Un déficit plus grave que celui des budgets publics, et qui se combine avec lui : car imagine-t-on l’Italie, par exemple, ramenée dans quelques décennies à 55 millions d’habitants dont beaucoup de vieillards, rembourser une dette accumulée par 60 millions d’habitants comportant une bien plus forte proportion d’adultes en âge de travailler ?
 
La raréfaction des bébés européens peut-elle être compensée par l’immigration ? Sur le plan purement économique oui, dans une certaine mesure, si les arrivants ont la volonté de travailler et si la formation de ceux qui arrivent sans compétences professionnelles réellement utiles est bien organisée. Sur le plan culturel, c’est une autre paire de manches : les colons européens ont beaucoup influencé les modes de vie des pays dans lesquels ils se sont installés ; les colons asiatiques, africains et sud-américains qui s’installeront en Europe feront de même. De grands changements sont à prévoir.
 
À long terme, la démographie est un facteur d’une extrême importance. Certes, "à long terme nous serons tous morts", comme disait Keynes. Mais beaucoup d’entre nous s’intéressent à ce qui arrivera à leurs enfants et petits-enfants. Si la peur de ce qui pourrait bien être leur sort – vivre dans un cadre qui ne sera plus occidental – nous dissuade de procréer, un processus auto-réalisateur de nos craintes se mettra en marche : le "grand remplacement", pour reprendre l’expression popularisée par l’ouvrage de Renaud Camus, surviendra d’autant plus sûrement que nous éviterons d’avoir des enfants pour leur éviter de vivre cette épreuve.
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D'une crise à l'autre

Si vous voulez comprendre les crises passées (1929, 2008) et celles qui sont peut-être à venir, ainsi que bien d’autres choses au sujet de la mondialisation, du libre-échange ou encore de l’euro.
Si vous voulez comprendre l'économie contemporaine, au moyen d’explications claires formulées dans la langue de tous


Roland HUREAUX vous propose son dernier ouvrage
Il est difficile de comprendre le monde actuel sans connaître l'économie. C'est dire que cette science, la plus assurée des sciences humaines, ce qui ne veut pas dire qu'elle le soit entièrement, ni près, fait partie aujourd'hui du bagage indispensable à l'honnête homme, surtout s'il est engagé dans la chose publique. Honnête n'a pas seulement le sens qu'on lui donnait au XVIIème siècle, celui d'homme cultivé et de bonne compagnie, il signifie aujourd'hui probe, en particulier sur le plan intellectuel. Car il y a une vérité en économie, comme il y en a en médecine ou en physique des particules. Même si cette vérité est souvent mêlée d'obscurité, on ne saurait se laisser aller au relativisme, au principe que toutes les idées, en la matière, se vaudraient.
Roland HUREAUX est ancien élève de l'Ecole normale supérieure et de l'ENA, agrégé d'histoire, ancien haut-fonctionnaire et élu.


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Quel frein au délire ?
 
La campagne présidentielle nous entraîne dans des assauts délirants de démagogie et de télé-évangélisme. Certains pour ne pas ouvrir les yeux diront que cela a toujours été le cas. Ce n’est pas exact car il y a toujours eu des freins au délire.
Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel grâce à la gravitation qui les en empêche et qui par ailleurs permet aussi à la pluie de retourner à la mer après avoir abreuvé les plantes, les animaux et les hommes. L’homme a tenté d’apprivoiser la gravitation et y a souvent réussi par ses barrages ou son aviation. Mais il a aussi souvent abandonné au sacré la gravitation qu’il n’arrivait pas à maîtriser comme les avalanches, les éboulements, les météorites ou les inondations.
Chez l’homme c’est la combinaison de l’expérience et de la connaissance, du cycle de l’entraîneur et de celui du professeur qui a toujours été le frein à son propre délire.
Le professeur explique comment la connaissance va générer la décision et comment l’action va créer le besoin de recherche de nouvelles connaissances et donc une écoute tolérante. Il fait la part belle à la connaissance. Ce cycle se constate à l’université ou dans les séminaires d’entreprise.
L’entraîneur cherche l’efficacité et c’est en exprimant l’expérience qu’il augmente l’efficacité. Il fait la part belle à l’expérience. Ce cycle se constate aujourd’hui dans le sport, le coaching, le service national ou l’effectuation pour faire très neuf avec un très vieux mot.
Nous avons méprisé le cycle de l’entraîneur au profit de celui du professeur en allant jusqu’à les opposer et considérer que le cycle de l’entraîneur n’était utile qu’à la marge. Or cette opposition n’est qu’apparente car les deux cycles se complètent et surtout se tempèrent. Ils sont tous les deux le contrepouvoir de l’autre.
 
La difficulté actuelle est que nous avons perdu les contrepouvoirs intellectuels. Chacun s’envole dans ses rêves sans automaticité de réveil.
En éducation nous mettons les deux contrepouvoirs dans la même Education Nationale, ce qui est impossible. Le primaire devient petit à petit dominé par le cycle de l’entraîneur pour apprendre aux enfants à vivre en société mais abandonne donc le cycle du professeur. Il donne des adolescents très branchés copains mais très faibles en calcul, en lecture et en écriture pour ne pas parler de l’orthographe. Le secondaire et le supérieur reprennent le cycle du professeur mais comme les bases existent mal, les étages se montent mal et l’on baisse sans arrêt le niveau de la prétendue réussite qui ne débouche plus sur une reconnaissance sociale. En même temps le contrepouvoir du cycle de l’entraîneur a disparu et l’expérience n’est bien souvent plus un filtre des connaissances du professeur.
Le summum du ridicule est atteint en économie ou chaque professeur diffuse une logorrhée que les étudiants sont priés de répéter pour se croire savants. La rareté de la monnaie était le frein des envolées lyriques des professeurs d’université. Mais depuis que l’on fait semblant de croire que la monnaie a remplacé le troc et que l’échange est création objective de richesses, tous les fantasmes sont autorisés et les médias diffusent à l’envi les idées les plus farfelues, toutes "nobélisées".
Nous avons oublié, même si Daesh nous le rappelle avec violence, qu’un groupe n’existe que par une approche commune du beau, du bien et du vrai avec une volonté chez certains d’imposer leur vision à l’ensemble de l’humanité en la voulant universelle. Les religions et les philosophies sont objectives et servent de références à l’intérieur de leur groupe, mais ont souvent du mal à reconnaître qu’elles sont objectivement subjectives et que d’autres civilisations peuvent avoir d’autres approches sans avoir tort pour autant.

L’idée du voyage était depuis des siècles d’aller découvrir d’autres harmonies sur d’autres notions du beau, du bien et du vrai. Le capitalisme et le mondialisme du XXsiècle en ont fait le plaisir de retrouver au loin le même chez soi sans les voisins ou, comme nouveaux voisins, tous ceux qui ne supportent pas les leurs. Il est temps de retrouver Montaigne dans le chapitre II, XII de ses Essais :
"Les lois de notre pays, cette mer flottante des opinions d’un peuple », ( ) « Quelle bonté est-ce, que je voyais hier en crédit, et demain ne l’être plus : et que le trajet d’une rivière fait crime ? », ( ) « Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà ? », ( ) « Les mariages entre les proches sont capitalement défendus entre nous, ils sont ailleurs en honneur », « ( ) Le meurtre des enfants, meurtre des pères, communication de femmes, trafic de voleries, licence à toutes sortes de voluptés : il n’est rien en somme si extrême, qui ne se trouve reçu par l’usage de quelque nation". 
Montaigne souligne la précarité du beau, du bien et du vrai. Il voit déjà dans la loi l’expression flottante du juste, symbiose du bien et du vrai comme le pur est la symbiose du vrai et du beau, et le riche celle du beau et du bien. Au féminin cela donne la justice, la pureté et la richesse, trois entités morales essentielles à tout peuple qui cherche à les constater chez lui. Malheureusement la justice, la richesse et la pureté se travaillent mais ne se créent pas et elles se chiffrent évidemment encore moins.
La monnaie est aujourd’hui totalement incomprise. Elle est vécue comme un stock alors qu’elle n’est qu’un flux qui devrait limiter par sa rareté son utilisation à la quantité d’énergie humaine dépensée pour la créer. Elle devrait être, ce qu’elle a toujours été, le frein de la construction permanente de la tour de Babel, symbole de la folie humaine.
Elle ne l’est provisoirement plus car nous avons décidé que la richesse se chiffrait, qu’elle se chiffrait par la dépense, le fameux PIB, et qu’il suffisait de dépenser davantage (la croissance) pour s’enrichir, ce qui pose quelques problèmes concrets que nous appelons la crise.
La monnaie n’étant plus un frein, les délires s’emballent, du transhumanisme au revenu universel, du faux gratuit à la fuite en avant dans l’innovation permanente.
Mais la nature ayant horreur du vide deux freins pointent leurs nez pour contrecarrer la folie actuelle, la guerre et le populisme. La guerre est admirablement fardée, le populisme ne sait pas très bien où il habite. C’est pour moi l’enjeu en France de la campagne présidentielle actuelle.

Paru sur www.surlasociete.com
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Guerre et paix en zone Asie et Pacifique                          
 
Les 14/16 Février, les Singapouriens ont commémoré avec beaucoup de recueillement le 75ème anniversaire de la Chute de Singapour en 1942 face aux troupes japonaises.
Selon Winston Churchill le jour le plus sombre de l'Empire britannique.
Cet Eden colonial, ce grand port stratégique subit alors 44 mois d'une occupation d'une horreur absolue dans sa cruauté et sa violence.
Les Américains se chargèrent (pas tout à fait tout seuls) d'anéantir les ambitions japonaises et de reconquérir le Pacifique, les deux bombes finales marquant à la fois la fin des hostilités et le début de la Guerre Froide.
Après la reddition du Japon début août 1945, les Britanniques se précipitèrent à Singapour : il ne fallait surtout pas que les Américains y prennent pied ! Mais le redémarrage fut long et difficile, assorti de troubles sociaux et politiques. L'urgence était de remettre le port – source de toutes les fortunes – en marche. L'indépendance fut finalement accordée, d'abord sous forme fédérale avec la Malaisie, puis l'Ile devint Etat indépendant en août 1965. Suivirent 40 années d'une ascension économique et sociale fulgurante sous la houlette d'un ministre-mentor Lee Kuan Yew, et de son entourage. Le Système Lee de Singapour "travail et confort"  fut certainement le modèle et une des origines de la croissance économique de tout le Sud Est Asiatique.
 
Lorsque l'on voit le Président Donald Trump presser sur son cœur le très réservé Shinzo Abe, on se dit que beaucoup de temps est vraiment passé : après les excuses d'Obama et son étonnante visite à Hiroshima, nous voilà avec "une alliance O.K. à cent pour cent"  déclare le grand platiné, confirmant ainsi, dans son langage particulier, qu'après avoir reconquis le Pacifique, les Etats Unis en sont les principaux décideurs.
Le 27 janvier, comme il l'avait annoncé, Donald Trump a rayé d'un trait de plume télévisé la participation des Etats Unis au Trans Pacific Partnership (TPP) si longuement négocié et conclu entre 12 pays riverains du Pacifique, lequel concrétisait une volonté commune de libre échange, représentant 40% du commerce mondial.
Les USA en étaient leaders, et un des buts avoués était d'écarter la Chine du Pacifique et d'en endiguer les ambitions.
Donald Trump ne répudie pas complètement le TPP ; il le trouve "mal ficelé" et veut le renégocier en y intégrant sans doute la Chine, ce qui est un total renversement de tendance. De toutes manières, Trump ne croit ni au libéralisme planétaire, ni à la globalisation : son truc ce sont les accords bilatéraux négociés ou renégociés un à un, se juxtaposant les uns aux autres. Pour résumer, la politique commerciale des Etats Unis sera gérée comme celle d'un grand magasin : rayon par rayon, stock par stock. C'est ce que l'Australie – très mécontente et inquiète - constate avec quelque amertume. Par ailleurs, il ne cesse de le répéter : la presse il s'en fout, tout comme du renseignement, qui selon lui "ne sert à rien, puisque tout le monde espionne tout le monde"
 
En un mois, depuis son entrée en fonction, le nouveau Président a rencontré Theresa May, Premier Ministre du partenaire historique, Shinzo Abé représentant le premier partenaire du Pacifique, dont dépend une grande partie de l'économie US, le canadien Trudeau voisin indispensable ; il est fâché avec le Mexique, le Venezuela ; tous les Latinos retiennent leur souffle, à commencer par le Chili, dont le ministre du commerce – Mr Ciobo – a tiré la sonnette d'alarme. Du côté australien, le P.M. Malcom Turnbull (qui a, de plus des problèmes internes) a pris langue avec Shinzo Abe, entrainant dans son sillage la Nouvelle Zélande, "ferme" du Pacifique, et le Vietnam qui par le biais du TPP espérait solidifier son essor économique, certes foudroyant mais fragile.
 
La brutalité de la méthode Trump choque et inquiète tous les pays Pacifique. S'ajoute à cela un climat général de déstabilisation politique, qui fait planer une pénible ambiance d'incertitude. Les relations internationales essaient toujours de pérenniser la stabilité, surtout dans un monde aussi complexe que le nôtre. Le chaos délibérément pratiqué est peut-être une tactique. Tactique destinée à "faire le ménage" afin d'instaurer ultérieurement de nouveaux repères.
Mais ce peut être aussi le signe de la méconnaissance (volontaire ou non ?) des règles de droit, des procédures internationales, ainsi que des usages diplomatiques. S'il y a volonté de choquer, et provoquer un séisme général, la communauté politique nord-américaine ne l'acceptera pas. Le Congrès (même républicain) a le pouvoir de tout bloquer. Et la communauté internationale – tout en étant un monde d'hypocrisie – refusera de plier.
En fait, en zone Pacifique, le paradoxe est flagrant : d'un côté, il faut être unis et cohérents dans la paix économique, commerciale et financière ; mais de l'autre, les ambitions politiques, les tricheries de tous ordres et la violence laissent en permanence craindre le pire.
En apparence, les craintes principales émanent de la Corée du Nord - une fois de plus – notamment avec le lancement du missile à 500 kilomètres de portée, début février : la Corée du Sud et le Japon tremblent de peur. A cela s'ajoute l'assassinat en Malaisie du demi-frère du président Kim Jong perpétré par un groupe aux nationalités obscures, mais que la Corée du nord accuse d'être au service de la Corée du Sud. Le clan Kim est régulièrement la cible de tueurs. La Corée du Sud est en ce moment empêtrée dans de graves affaires de corruption impliquant la Présidente et surtout le patron du gigantesque groupe Samsung dont les activités représentent près de 20% de l’économie sud-coréenne ; cela aura certainement un fort impact sur l'économie générale du pays, d'autant que d'autres têtes risquent de tomber.
 
L'affaire Kim Jong Nam prend un tour politique : limogé par son demi-frère, Kim Jong Nam résidait à Macao avec sa famille, donc la Chine revendique d'avoir un œil sur l'épineux dossier et la Malaisie refuse de se dessaisir de l'enquête et du mort, réclamé par la Corée du Nord. Le ton monte. Le Japon craint des retombées vengeresses, mais se réjouit en douce des ennuis de son concurrent maritime et commercial. Singapour compte les points et a commencé à déplacer ses équipements portuaires vers le nord (donc plus près de la Malaisie) pour mieux les sécuriser. Pékin ne dit trop rien et garde ses ambitions sur les iles de la mer de Chine du sud. Poutine, là-haut tout au nord de l'océan, se tait et attend.
De son côté, aux Philippines, le bouillant Président Rodrigo Duterte – qui déteste les Américains et les taxe de tous les malheurs de son pays depuis 70 ans – s'est tourné vers la Chine, a été reçu avec faste par le Président Xi en octobre dernier, accompagné de 200 leaders économiques et chefs d'entreprise. Il envisage également une alliance avec la Russie, afin de sortir son pays, véritable catastrophe sociale et humanitaire d'un marasme récurent. Quelle sera la réaction de la Maison Blanche, face à cette tentative, car Manille assure d'importantes positions stratégiques et militaires américaines dans le Pacifique nord.
L'Indonésie, dont la progression économique est intéressante, est aux prises en permanence avec la corruption électorale, comme l'atteste l'élection du gouverneur de Jakarta et celle prochaine, du président. Il en est à peu près de même en Inde, en Thaïlande (avec ce nouveau monarque très mal évalué), au Laos, au Cambodge, au Myanmar où la Présidente, pourtant Nobelisée, est accusée, elle aussi d'importants détournements.
Par ailleurs l'ensemble de ces pays est assailli de nouvelles violences, d'origines très variées, souvent mafieuses, pas toujours terroristes, où se mêlent appartenances religieuses et intérêts financiers. Rien n'est simple en Asie, et surtout pas la détention du pouvoir. Cela dure depuis des millénaires ; les Occidentaux et les Onusiens avec leurs jolies idées de paix publique et d'honnêteté absolue sont dépassés et semble bien naïfs.
 
Une partie de l'Avenir de l'Europe se joue dans cette zone devenue la proie de toutes les turbulences, car il ne faut jamais oublier l'imbrication mondiale des intérêts financiers, l'importance des flux commerciaux, le rachat des fonds de pensions européens par les USA, lesquels sont à leur tour cautionnés par la Chine. Lors d'une conférence à Paris en avril dernier, Pascal Lamy, ex directeur de l'OMC a rappelé "qu'en économie, on n'a pas d'amis, on a que des partenaires, et la communauté internationale n'existe pas. Il s'agit plutôt d'équilibrer les intérêts et pour cela l'arbitrage est essentiel dans ce travail".
Donc, vouloir tout casser dans la brutalité est, sur les court et long termes, contre-productif. La leçon de tout cela est étonnante : en fait on se retrouve une fois de plus avec les trois mêmes poids lourds de la politique mondiale : la Chine, la Russie, toujours secrets et silencieux, et les Etats Unis. Tout, une fois de plus, dépend d'eux, de leurs relations, des équilibres possibles ou inimaginables... Rien de changé. Que fera le grand platiné ?...
Le Premier ministre Lee Hsien lors de son discours commémoratif du 14 février à Singapour a terminé ainsi : "...Nous ne devons jamais oublier ces jours sombres. Nous sommes heureux et avons une bonne Défense. Mais Singapour sera toujours petite et vulnérable. Personne ne doit nous ôter notre souveraineté ni notre sécurité. Ces vérités ne doivent pas non plus être oubliées".
 
La France aussi, est devenue en quelques décennies "plus petite et plus vulnérable". Il faut être réaliste et arrêter les fables. Ceux qui prétendent y assumer quelque pouvoir devraient s'en souvenir.
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Brève note sur les élections présidentielles et législatives : un point de vue chrétien
 
Comme à chaque élection, les chrétiens, spécialement les catholiques, s’interrogent sur leur vote et le sens qu’ils doivent lui donner. C’est un signe de bonne santé démocratique et, bien qu’il ne soit pas nécessaire de le rappeler, la preuve de la parfaite intégration des chrétiens à nos institutions politiques. Ce seul constat rend d’ailleurs rhétorique la différence classique  entre "Chrétiens français" et "Français chrétiens" (cf. le livre du même titre de Natacha Polony, Fabrice Hadjadj et Dom Paul Préaux, éditions Salvator, 2017) qui n’est qu’une autre façon de dire la distinction entre le témoignage et l’engagement, dont chacun est finalement libre du choix.
Dans le même sens, la brève note qui suit n’a pour ambition que de donner un éclairage permettant  à cette liberté de s’exercer le mieux possible.
Un rappel initial élémentaire : ni l’Evangile ni le Compendium ne constituent un programme politique, n’en déplaise aux récupérateurs de tous bords. A s’en tenir au Compendium, il énonce un certain nombre de principes généraux dont l’avantage est toutefois de couvrir un champ assez large du politique. Principes suffisamment connus pour que cette note ne s’y attarde pas. Plus intéressant en revanche est de rechercher, à partir de ces principes, si des applications concrètes, forcément différentes selon les pays et selon les époques, pourraient être proposées, comme le pape François –et ses prédécesseurs aussi- nous y ont invités plusieurs fois.
Pour cela, nous disposons certes d’outils de réflexion complémentaires du Compendium comme, par exemple, les deux contributions des évêques français de 2016 : "2017, année électorale. Quelques éléments de réflexion" et "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique". Dans ce cas non plus, je ne m’y attarderai pas, à la fois pour le même motif que le Compendium, mais aussi dans la mesure où ces textes, toujours intelligents, profonds et nuancés, restent encore à un niveau de généralités trop grand pour éclairer suffisamment leurs lecteurs dans leurs choix concrets.
 
Finalement, donc, outre la méditation nécessaire et utile des sources précédentes, est-on renvoyé à l’exercice de notre liberté de conscience, sans doute bordée par des références à la dignité de chaque homme, à l’option pour les plus pauvres, à la destination universelle des biens, à la solidarité, à la subsidiarité, au respect de l’environnement, etc… mais d’autant plus "autonome" que lesdites références peuvent être interprétées dans bien des sens, sauf à vouloir les instrumentaliser selon ses préférences partisanes.
Pour exercer le mieux possible cette liberté de conscience, et afin qu’elle ne devienne pas le paravent un peu facile d’un contournement social, d’un évitement politique, voire d’un déguisement idéologique, comment ne pas invoquer la notion de Bien commun, en essayant de lui donner un contenu assez précis dans la France de 2017 ?
En effet, la première utilité concrète du Bien commun est de ne pas s’empêtrer dans la confusion de la morale privée et de la morale publique. Si la première a pour finalité, d’un point de vue chrétien, la participation de chaque fidèle au salut, c’est précisément le Bien commun qui constitue la finalité de la seconde. Qu’on ne s’y trompe pas : les vertus privées des responsables politiques sont plus que souhaitables mais, dans un pays laïc, elles  peuvent d’autant moins dicter le choix des électeurs que leur connaissance par les citoyens dépend de plus en plus d’un "bon" vouloir médiatique ou de la capacité des "réseaux sociaux" français ou étrangers à diffuser les rumeurs qui arrangent. A ce titre d’ailleurs, les qualités d’hommes d’Etat de Mazarin, Bonaparte ou Clémenceau ne pèseraient guère ! Reste donc, comme valeur sûre, l’apport attendu de chaque candidat au Bien commun, entendu comme "la dimension sociale et communautaire du bien moral" (Compendium §164).
Ainsi, la seconde utilité de ce dernier est qu’il n’est assimilable ni à l’intérêt général –car il prend en compte l’épanouissement de tous les biens personnels -, ni au bien public – car il respecte le principe de subsidiarité plus que les définitions étatiques du bien - ni, encore moins, à l’utilité publique – qui est de l’ordre du positivisme juridique -. Avant d’être commun, il est d’abord un Bien, englobant pour le chrétien "toutes les conditions sociales nécessaires à la perfection des groupes et de leurs membres" (Gaudium et Spes §26), qu’il s’agisse des biens matériels nécessaires à une existence digne ou des biens spirituels contribuant à la poursuite des fins dernières de la personne (Compendium §170).
 
On voit donc que le Bien commun, qui est la raison d’être de l’autorité politique (Compendium §168), dessine assez bien les contours de ce qu’on pourrait appeler l’identité chrétienne face aux choix politiques contingents. Car c’est bien cette identité (à ne confondre ni avec les identités nationales, "heureuses" ou "malheureuses", chères aux partisans du monoculturalisme, ni avec "l’inclusion des identités plurielles" chère aux partisans du pluriculturalisme) qui peut orienter les chrétiens dans leurs choix. Identité particulière, discrètement mais réellement présente, qui ne va pas chercher à s’imposer aux réalités mais à les relever, comme le sel de la terre et la lumière du monde, avec des intensités plus ou moins fortes selon les circonstances (cf. le livre de Saint Jean Paul II : "Mémoire et identité").
Si l’on se range à une telle perspective, force est de constater que cette identité chrétienne ne s’exercera pas d’abord dans les domaines les plus couverts par les programmes politiques, et cela pour deux raisons : d’une part, les programmes des candidats préconisent des réformes en matière d’institutions , d’économie, de politiques sociales, de politique étrangère, etc… qui, dans un pays comme la France d’aujourd’hui, avec le niveau d’organisation et de complexité qu’elle a atteint, sont souvent, pour le chrétien, autant d’options libres qui, à vrai dire, engagent des préférences personnelles plus que de grands principes. On pourrait en multiplier les exemples. Je n’en prendrai qu’un : le modèle social français repose certes sur des valeurs de solidarité auxquelles nous tenons. Mais d’autres modèles peuvent aussi être de bonnes références, qu’ils soient rhénans ou scandinaves ou qu’ils conjuguent autrement solidarité et flexibilité. D’autre part, pour les sujets plus clivants, on se trouve vite face à un dilemme qui explique en partie la prudence des déclarations épiscopales : pour  prendre là aussi un exemple, si l’accueil des étrangers, des réfugiés en particulier, peut constituer un des éléments d’appréciation favorables à tel camp, d’autres politiques, non moins significatives, comme la politique familiale, conduiront à un choix diamétralement opposé. Et ne parlons pas de l’Europe où les orientations les plus diverses peuvent être légitimes ! Et de proche en proche, on en arrivera à une forme de jeu à somme nulle nous renvoyant à notre perplexité initiale.
 
En revanche, l’identité chrétienne peut radicalement éclairer nos votes si nous nous plaçons, non plus au niveau des programmes, mais à celui de la méta - politique, en nous aidant à distinguer, parmi les candidats présents, celui dont la vision anthropologique, le discours sur l’homme, le plus souvent implicite dans ses discours, mais toujours sous-jacent à ses propositions, notamment dans ce révélateur qu’est le langage employé, se rapproche le plus de la vision chrétienne du monde. Car, comme le souligne la C.E.F., "il n’y a plus, ou de moins en moins, de vision anthropologique commune dans notre société" (§8) et, sans cette vision, nulle proclamation, fût-t-elle celle de la dignité inaliénable de la personne humaine, ne peut prendre véritablement sens.
La référence à cette anthropologie va alors nous conduire à prendre en compte et à comparer les positions des uns et des autres sur un certain nombre de points finalement très concrets, mettant en cause la nature de l’homme mais que très peu, en dehors des chrétiens, osent aborder :
- la conception des rapports entre le spirituel et le temporel qui respecte ces deux dimensions : ce qui invite à se reporter aux positions des différents candidats sur la laïcité, selon qu’elle se résume à une injonction faite au religieux de se cantonner au seul domaine privé ou qu’elle s’ouvre au respect de l’héritage historique et des racines culturelles de la France.
- le respect de la vie dans toutes ses dimensions : ce qui invite à réfléchir à l’intérêt porté par chacun à l’accueil de la vie, à l’accompagnement des mourants et des malades, aux handicapés mais aussi à la bio-éthique et aux enjeux de la recherche scientifique.
- la complémentarité de l’homme et de la femme – homme et femme il les créa (Gen. 1, 27) - à partir de laquelle la famille, avec les valeurs de fidélité, de respect, d’assistance et de secours mutuels qu’elle exprime, peut redevenir la cellule de base d’une société fondée sur l’amour et non pas l’exacerbation des hédonismes individuels.
- la fraternité universelle entre les personnes – à l’opposé de toute idéologie d’exclusion de race ou de classe - afin que les communautés de simple ressemblance soient transcendées par des communautés de destin, au plan de la nation mais aussi dans les relations internationales, au service de la paix et de la stabilité des peuples, avec une politique de co-développement qui reste à construire.
- des rapports équilibrés et harmonieux entre l’homme et la nature – ce que l’Eglise appelle une authentique écologie humaine -, qui certes allie les contraintes économiques, sociales et environnementales mais qui n’érige pas pour autant le développement durable en un néo-malthusianisme anti-humaniste.
 
Certes, il est à parier que les quelques critères de discernement suggérés ici ne permettront pas de trouver un candidat qui les respecte tous intégralement. Mais ils me semblent toutefois présenter un avantage : le premier est de choisir, selon sa conscience, celui qui, globalement, s’en éloigne le moins et de permettre sur cette base un compromis qui ne soit pas une compromission. Le second est de nous mettre face à nos responsabilités et de nous encourager, par un vrai dialogue, à solliciter le candidat que nous aurons choisi à promouvoir une vision anthropologique encore plus conforme à la nature de l’homme, telle que la raison et la foi peuvent ensemble la définir. Ce qui suppose aussi que notre choix ne se porte pas sur celui qui en serait a priori le plus éloigné !
Que les élections qui viennent nous aiguillonnent donc pour que nous n’en restions pas à un statut de consommateur de la politique mais d’acteur conscient de la noblesse de celle-ci lorsqu’elle est au service, non pas seulement d’un programme convenu, mais de l’homme intégral.
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Et maintenant nous pourrons à nouveau aimer l'Amérique !
 
Beaucoup sont depuis vingt-cinq ans très critiques de la politique étrangère des Etats-Unis menée sous l'égide de la pensée néoconservatrice. Ils se font en conséquence taxer régulièrement d'antiaméricanisme de manière aussi mécanique que les critiques du communisme se faisaient autrefois taxer d'antisoviétisme par Georges Marchais.  
La doctrine néoconservatrice a inspiré aussi bien des démocrates comme Clinton, mari et femme, voire Obama, que des républicains comme Bush Jr. Nous n'incluons pas son père dans cette  série dans la mesure où la première guerre du Golfe (1990), à la différence de la seconde (2003) répondait à une agression réelle et, quoique déjà discutable, était conforme à la Charte des Nations-Unies. Les principes de cette doctrine : l'Amérique a un modèle de civilisation supérieur et la mission de l'imposer au reste du monde au besoin en changeant les régimes par la force. Par un étonnant paradoxe, sa mise en œuvre s'est traduite dans le Proche-Orient arabe par une alliance avec l'islamisme radical. Le bilan de cette politique : au moins sept guerres, des millions de morts (en incluant les effets de l'embargo imposé à l'Irak de 1991 à 2003).  
Rien à voir avec la période de la guerre froide où les Etats-Unis avaient généralement réagi à une agression du bloc communiste (Corée, Vietnam, Afghanistan), ni avec les rodomontades de Reagan qui a réussi à "gagner le guerre froide", sans jamais  attaquer personne, en tous les cas de manière ouverte (sauf la minuscule Grenade).     
 
Le paramètre idéologique
On ne peut manquer d'établir un parallèle entre ce qui s'est passé aux Etats-Unis depuis 1990 et ce qu'il était advenu de la Russie au temps du communisme.
Nous ne reviendrons pas sur les méfaits de ce régime, d'abord pour les Russes, puis  pour les peuples allogènes de l'URSS, ensuite pour ceux qui tombèrent sous le joug du communisme après 1945, notamment les pays d'Europe de l'Est. Que la Chine, devenue elle aussi communiste en 1949, ait ensuite pris ses distances avec l'Union soviétique n'empêche pas que l'idéologie marxiste y ait été au moins aussi dévastatrice.
 
Toutefois l'horreur que pouvait inspirer le communisme ne pouvait empêcher que beaucoup d'entre nous aient aimé la civilisation russe : ses icônes, ses églises à  bulbes, ses grands romanciers, ses grands musiciens, les films d'Eisenstein, etc. C'est pourquoi la chute du communisme permet de révérer à nouveau cette civilisation ; le nouveau régime, à la tête de qui se trouve Poutine, a certes des défauts mais il met en avant la religion orthodoxe et la patrie russe, deux valeurs que la Russie actuelle ne cherche pas imposer au reste du monde. Selon le mot du général de Gaulle, un pays bien gouverné doit être en paix à l'intérieur, respecté à l'extérieur (les deux  étant liés). C'est le programme qui semble être celui de la Russie actuelle, ce que ne veulent pas comprendre les néoconservateurs qui, avec un rare aveuglement, voient toujours  le soviétisme derrière la Russie de Poutine.
La même chose peut être dite des Etats-Unis. On peut aimer l'héritage américain   bien qu'il soit moins riche que le russe, aimer l'épopée du Far West, le roman américain, le jazz, la qualité du cinéma de Hollywood, les grandes universités aimer l'enthousiasme avec lequel  les Américains ont combattu à nos côtés au cours de la Première puis de la Seconde guerre mondiale, ainsi que leur résistance au communisme. On peut en même temps trouver détestables les effets de l'idéologie néoconservatrice dans le monde : une idéologie moins dévastatrice à l'intérieur que ne l'était le communisme en Russie, mais bien plus à l'extérieur, si on additionne les dégâts des guerres engagées en son nom au cours des dernières années, y compris par Obama, Prix Nobel de la Paix. 
Trump, malgré son style grossier a nettement pris ses distances avec cette idéologie : il récuse le regime change, il accepte l'idée que d'autres parties du monde ne soient pas adaptées aux valeurs américaines, il refuse toute complaisance avec l'islamisme et se propose d'établir un partenariat pacifique avec la Russie. Il se déclare mu par la défense des intérêts des Etats-Unis et non par la volonté de répandre une idéologie. Comme la chute du rideau de fer en 1990 à l'Est, son élection annonce à l'Ouest un  retour à la politique classique hors de toute idéologie.
 
L'idéologie est une véritable pathologie de la raison politique : comme la Russie s'en est débarrassée en 1990, les Etats-Unis viennent de s'en débarrasser en 2016.
Que nous trouvions Donald Trump aimable ou pas n'est pas la question. De même que la chute du communisme avait permis aux Russes et à ceux qui aiment la Russie de retrouver le goût de ce pays, la fin du néo-conservatisme - dont on mesurera bientôt toute la folie qu'il a représenté -  nous permet de redevenir les amis de Etats-Unis.
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Trump : un contre tous, tous contre un !
 
Le "système" existe, Donald Trump l’a rencontré ! Ce fameux "système" n’était pas seulement une élucubration paranoïaque et "complotiste" de populiste en manque d’ennemi. Les premiers pas chaotiques du Président américain révèlent des forces de résistance multiples et puissantes qui font bien "système" pour résister à tout changement voulu par l’élu du peuple. Les mêmes qui nous serinaient depuis des années la nécessité impérieuse de "réforme" sont soudain passés dans le camp du statu quo. Les mêmes qui, en France, n’ont pas de mots assez durs pour tancer le "conservatisme" indécrottable des Français louent et admirent ceux qui, en Amérique, "conservent" tout ce qu’ils peuvent.
 
La bataille américaine est édifiante et révélatrice. Face à Trump se sont levés successivement les médias, les juges, les défenseurs des minorités ethniques et sexuelles. Les politiciens démocrates mais aussi républicains. Au sein de l’Administration elle-même, des hauts fonctionnaires n’hésitent pas à saboter les ordres reçus en les faisant "fuiter" dans la presse. On retrouve les pratiques du temps de Nixon, qui fut le dernier Président à oser affronter l’idéologie des campus des années 60 au nom de "la majorité silencieuse". Il est amusant de lire sous la plume de journalistes de gauche que la CIA tant honnie lorsqu’elle renversait Allende et les gouvernements progressistes d’Amérique latine est devenue désormais la noble "communauté du renseignement". La CIA et l’establishment de Washington refusent en effet la réconciliation avec la Russie de Poutine, comme ils protègent une OTAN qui pourtant n’a plus lieu d’être depuis la disparition de l’Union soviétique.
 
L’autre pôle de résistance est constitué par les multinationales qui se sont enrichies comme jamais avec la mondialisation. Toute remise en cause du libre-échange déstabiliserait leurs chaînes de production et réduirait leurs profits colossaux. Ils ont reçu dans la bataille le soutien de la Chine, dont la classe moyenne est sortie de la misère grâce aux délocalisations des grands groupes occidentaux. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman, homme de gauche, avait défini la mondialisation comme l’alliance des dirigeants du Parti communiste chinois et des actionnaires de Walmart (Carrefour puissance cent !). Le pacte fonctionne toujours.
 
L’immigration est l’autre versant du système. En Californie, cette immigration massive (37 % de la population de l’Etat !) a permis à la fois de drainer les cerveaux du monde entier, de la France aux pays d’Asie, et de disposer d’une vaste domesticité corvéable à merci. Les seigneurs de notre époque, les fameux Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), ne sont pas prêts à renoncer à leur statut. Ils se battent eux aussi pour défendre leurs privilèges. Comme les médias, comme les juges, comme la haute administration, comme les sénateurs corrompus de Washington, ils le font au nom de l’Etat de droit, des droits de l’homme, de la prospérité.
Depuis le mot de Madame Roland montant à l’échafaud, sous la Terreur, on connaît la chanson : "Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom !"

Paru dans Le Figaro Magazine, 24 février 2017
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