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Le mot race disparait de la constitution : un pas de plus vers l’orwellisation de la société
 
Etonnante coïncidence : le jour où était présenté dans la plupart des librairies de France une nouvelle traduction de "1984", le chef d’œuvre de George Orwell, l’Assemblée nationale votait à l’unanimité la révision de l’article 1er de la Constitution :
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion."
Désormais le mot race a été supprimé et le mot sexe a été rajouté.
 
Il y a beaucoup à dire sur cette révision.
D’abord la vulgarité de la démarche. "Il ne faut toucher aux lois que la main tremblante" (Montesquieu) ; c’est particulièrement vrai des lois constitutionnelles. Si chaque président nouvellement élu veut la réviser à sa guise, c’est qu’il n’y a plus de constitution. La constitution n’est plus un texte sacré : elle perd son caractère de loi fondamentale au-dessus des autres lois. Gardien des institutions, le président ne doit y toucher qu’avec crainte et tremblement. 
Chirac a procédé à 14 révisions (De Gaulle 2, Pompidou : 0, Giscard d’Estaing : 2, Mitterrand 3). Sarkozy a, le premier, procédé à une révision de grande ampleur touchant un tiers des articles. Macron s’y met à son tour. Si sa rivale l’avait emporté, nous n’y aurions pas non plus échappé : elle avait, elle aussi, un ample programme de révision constitutionnelle. Ne rien tenir pour sacré, se croire fondé à toucher à tout, c’est cela la vulgarité.
 
On peut également relever que les grandes erreurs législatives, les lois que toute une génération regrette, ont été généralement votées à l’unanimité : la loi Pleven de 1972 contre l’incitation aux discriminations, la loi Giscard de 1973 barrant l’accès de l’Etat aux avances de la Banque de France, la loi Gayssot de 1990, la Loi organique sur les lois des finances, dite Lolf de 2001 qui a largement contribué à désorganiser l’Etat et dont Macron se propose de pousser la logique encore plus loin. Donc méfiance.
 
Surtout, l’idée de supprimer le mot race pour supprimer le racisme, parfaitement absurde, confirme l’orwellisation de la société.
L’idée de réformer le vocabulaire pour réformer la société est typiquement totalitaire. Ne nous y trompons pas en effet : aujourd’hui, c’est la seule constitution qui est visée ; demain employer le mot race sera passible de poursuites.
Et pourtant elles existent, comme aurait dit Galilée. Il se dit à ce sujet n’importe quoi : "il n’y pas de races, il y a une seule espèce humaine". Certes nous ne composons qu’une seule espèce, au sens zoologique du terme, c’est à dire un seul groupe entièrement interfécond. Mais cela ne veut pas dire qu’en dessous de l’espèce, n’existent pas des subdivisons selon la couleur de la peau ou d’autres critères, communément appelées, dans l’espèce humaine comme dans beaucoup d’espèces animales, des races. Certes, il faut en relativiser le contenu : les différentes races étant interfécondes et de ce fait, il y a eu et il y a de nombreux métissages qui font intrinsèquement partie de la réalité humaine. Il se peut même que les différences culturelles soient plus pertinentes que les différences de couleur de peau. N’empêche : les races existent et il est antiscientifique de le nier.
 
Quand on sait combien les fondateurs de la République étaient attachés à la science, cette attitude antiscientifique, qui conduit à nier des réalités objectives, peut être tenue pour une atteinte au principe républicain.
A côté de la science, il y a le droit. La suppression du mot race à l’article 1 signifie-il que les distinctions de race seront désormais autorisées ou alors que leur réglementation ne sera plus du domaine que de la loi ordinaire ? A la lettre, oui. Un adversaire de l’avortement demandait récemment que le mot avortement disparaisse de la législation ; c’est ce qu’on a fait au Canada où désormais, contrairement aux attentes de ce monsieur, l’avortement n’est plus soumis à aucune limite.
Changer les mots pour changer les choses, c’était déjà le principe de la loi Taubira instaurant le "mariage" pour tous, de bout en bout inspirée par la théorie du genre selon laquelle les distinctions de genre ne sont pas pertinentes, le sentiment qu’un individu peut avoir de son "genre" étant entièrement de nature culturelle : mâles et femelles sont fongibles en tout. Comme les idéologues n’en sont pas à une contradiction près, dans la révision de la constitution, le mot sexe a au contraire été rajouté.
On pourrait évoquer bien d’autres faits qui tendent à réduire la langue pour maîtriser les esprits. Ainsi toutes les formes de langues de bois : non voyant pour aveugle, troisième âge pour vieux, "partir" pour mourir, frappes pour bombardements, (comme si les B 52 se contentaient de distribuer des claques !) etc.  En toute choses le virtuel se substitue au réel.
Aujourd’hui, les races n’existent plus, demain sera-ce-le tour de la liberté ? 
Envoyé par l'auteur,28 juillet 2018
Publié dans En France
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Souvenons-nous des admirables batailles de 1918
 
Quels que soient les remous de l’actualité, il est fort regrettable que personne n’ait pensé à célébrer comme il le convenait le centenaire des batailles de l’été 1918 qui virent l’armée française prendre définitivement le dessus sur l’armée allemande en Picardie et en Champagne.
Pendant tout le printemps, le commandant en chef allemand, le général Ludendorff, tente de manière forcenée de percer le front français après avoir reçu le renfort des soldats du front de l’Est libérés par la défection russe (traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918) et avant l’entrée en guerre des Américains, sans y parvenir :  couronnée de succès au début en Picardie (mars), sur l’Aisne (mai) et en Champagne (juillet) l’offensive se heurta à la solidité de l’armée française. Paris vit s’approcher l’ennemi à 70 km et fut sous le feu de la grosse Bertha à partir de du 23 mars.
Devant cette situation critique, Clémenceau promut Foch : "Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là !". Le ministre radical choisissait Foch le catholique contre Pétain le sceptique.
 
Les Allemands laissèrent près de 800 000 hommes dans la bataille.
L’attaque allemande, bloquée, c’est l’armée française qui, à partir de juillet 1918, prit l’offensive au travers des admirables batailles de juillet et août. 200 000 soldats français ont été tués ou blessés du 15 au 30 juillet 1918. Le 28 septembre, Foch déclenchait l’offensive générale.
Des faits d’armes spectaculaires marquent cette contre-offensive, appelée aussi seconde bataille de la Marne. Le 18 juillet, à Villers Cotterêts, le général Mangin, déboula d’une forêt au petit matin sans prévenir avec 320 chars et une nuée d’avions mettant en déroute les armées allemandes qui avaient fait une percée vers Epernay. Qui ne reconnait dans ce scénario ce qui advint dans les Ardennes le 10 mai 1940, mais cette fois ce sont les Allemands qui appliquèrent cette méthode et les Français qui, entretemps l’avaient oubliée ! Officier colonial comme Mangin, le général Gouraud fut également admirable.
 
Contrairement à ce que beaucoup ont appris à l’école, ce n’est pas l’armée américaine qui a gagné la bataille de 1918. Très peu d’éléments eurent le temps de monter au front : malgré des faits d’armes courageux (à Saint-Mihiel par exemple), les troupes américaines, habillées, armées et formées par les Français (comme, rappelons-le, les troupes françaises devaient être équipées par les Américains en 1944) pâtirent de leur inexpérience. Leur principale contribution fut de doper le moral des Français qui savaient qu’ils allaient finir par arriver. Les Anglais étaient, quant à eux, épuisés.
Ce fut donc essentiellement une bataille entre Français et Allemands ; l’armée allemande, n’ayant plus qu’un seul front était la plus puissante que nous ayons eu à affronter. L’armée française de 1918, forte de l’expérience de 4 ans de guerre, équipée de plus de 2 000 chars Renault (pour une cinquantaine chez les Allemands qui ne croyaient pas à cette arme) fut la plus efficace que nous ayons eue depuis 1815.
Une armée galvanisée par Clémenceau, président du conseil depuis le 16 novembre 1916, admirablement commandée par Foch, fait "général en chef des armées alliées en France" le 14 avril et maréchal le 7 août.
 
Cette victoire résulte de la combinaison heureuse d’une défense méthodique organisée par Pétain qui démultiplie en profondeur les lignes de repli et de l’esprit offensif de Foch et de ses hommes , Castelnau, Mangin, Degoutte etc. 
Aussi longtemps que Foch vécut, les deux écoles continuèrent à se compléter au sein des armées.
A partir de sa mort en 1929, Pétain, dernier maréchal encore en vie, devient la seule référence. Prévalut alors l’esprit défensif incarné par la ligne Maginot. Les leçons de 1918 oubliées, les partisans d’offensive (tel le colonel de Gaulle) marginalisés, on sait ce qui advint.
Une célébration de ces événements parmi les plus glorieux de notre histoire, aurait permis de dégonfler, au moins auprès des plus jeunes, certains mythes en rappelant que les Américains ne jouèrent qu’un rôle d’appoint et que les Français l’emportèrent en partie par leur avance mécanique !  
On aurait pu aussi célébrer l’amitié avec l’Italie dont les régiments venus à la rescousse sur la Marne perdirent 4 000 hommes dans la seule journée du 14 juillet 1918.
Que la France de Macron refuse de célébrer de tels événement, qui s’en étonnera ?
On dira qu’il ne faut pas vexer nos amis allemands : mais ce sont eux qui étaient chez nous et non l’inverse ; l’armée française accomplit ces exploits admirables pour défendre son sol et non pour envahir celui des autres. 

Envoyé par l'auteur, 28 juillet 2018
Publié dans Devant l'histoire
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L’affaire Benalla oh la la
 
Faire de l’affaire Benalla une affaire d’Etat me paraît quand même quelque peu excessif. Evidemment Jupiter a eu tord de s’enticher d’un nervi d’origine douteuse qui assurait sa sécurité pendant sa campagne électorale, mais des gars (et des garces) qui bénéficient de prébendes totalement injustifiées, il y en a plein les rues, songeons aux joyeux membres du Conseil Economique, Social et Environnemental, aux anciens présidents, aux fonctionnaires des assemblées, au coiffeur de Hollande et même à l’ambassadrice aux pôles nord et sud, Ségolène Royal.
C’est la curée, alors, que les opposants à Macron cherchent à le déstabiliser cela ne me choque pas beaucoup quoique je ne sois pas sûr que ce soit une bonne idée, mais que l’ensemble de la presse alimente le scandale avec une belle unanimité m’étonne, car les grands médias sont tous aux ordres et représentent des intérêts politiques et économiques.
Qui est derrière tout ce ramdam ? Macron aurait il cessé de plaire et travaille-t-on à son remplacement ? Ce me semble quand même un pari stupide et pour mettre qui à sa place ?
D’autant que les manifestants que Benalla a corrigés ne me paraissent pas blanc-bleu et qu’on mette sur la gueule de fouteurs de merde, me réjouit personnellement.
On ne va pas tarder de dire que c’est la faute à Trump ou à Poutine.

Envoyé par l'auteur, 25 juillet 2018
Publié dans Du côté des élites
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Affaire Benalla : une crise de régime ?
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Pour Maxime Tandonnet, l'affaire Benalla est le symptôme de l'épuisement d'un système entièrement fondé sur la figure du président de la République.

Nous finissons par en avoir l'habitude. En France, un président de la République est élu dans l'euphorie, nouveau sauveur providentiel attitré. Puis, dans la foulée, une assemblée nationale est élue à sa botte, parce que beaucoup de sottises font croire qu'il est essentiel de "donner une majorité au président". Pendant six mois, l'enthousiasme est de règle : Unes dithyrambiques de Paris-Match, reportages qui magnifient le demi-dieu que la France s'est donné etc...
 
Le Président se rend compte bien vite de son côté que la réalité est infiniment plus complexe que le monde virtuel qu'il a conçu pour faire rêver les Français.
Donc, pour s'accrocher à l'image qu'il a inventée de lui-même, il communique, s'agite, gesticule devant les caméras de télévision à tout propos, lance de fausses réformes, les plus tapageuses et les moins utiles que possibles. Les présidents ne sont pas tous les mêmes, et ils le font avec plus ou moins d'habileté.
Mais le syndrome de la déconnexion, du président coupé des Français, s'installe. D'ailleurs, il n'a rien d'illusoire : l'orgueil élyséen, le sentiment d'avoir accompli un prodigieux exploit et d'être devenu le "premier Français" est une sorte d'ivresse qui par définition, coupe du sens des réalités et du ressenti populaire, engendre un dangereux sentiment d'invulnérabilité et de toute-puissance factice : tout est permis, tout est possible ! Or, le peuple n'est pas complètement dupe et les sondages s'effilochent, mois après mois, dès septembre.
La France d'en haut, médiatico-politique, celle qui s'exprime, commence à s'ennuyer. Alors tombe, au bout d'un an environ, l'heure de l'inévitable "scandale d'État". Après Cahuzac et "Léonarda" vient l'affaire Benalla. Nous le savions, nous l'attendions, pas forcément de ce côté-ci mais le scandale dit d'Etat devait venir. Mon but n'est pas de réduire les responsabilités individuelles : dans les choix, dans les comportements, elles sont évidemment réelles. Mais pour autant, la perfection n'existe pas et quels que soient le président et son entourage, dans ce système qui concentre toute l'essence du pouvoir dans une image présidentielle, le scandale d'Etat est inévitable, au bout d'un an, qu'il vienne d'ici ou d'ailleurs. Mélenchon, le Pen, Hamon, ou tout autre, y compris des LR, au bout d'un an, seraient plongés dans un autre scandale d'État. Et alors, un système entièrement fondé sur l'image présidentielle s'effondre : finie la confiance, l'envie, l'enthousiasme.
 
Maintenant, il faut tenir les quatre années qui viennent, malgré le rejet viscéral de la nation, dans la seule espérance d'une réélection, à la faveur du déchirement du corps électoral et du chaos politique. Et c'est ainsi que la France, dans tous les domaines (économie, emploi, social, autorité de l'État, niveau intellectuel), plonge de décennie en décennies. Par où commencer ? Par une prise de conscience de chacun d'entre nous ! Le régime politique français (pas seulement les institutions mais aussi la culture politique) est à bout de souffle et entraîne le pays comme un boulet par le fond.

Paru sur Figarovox, 23 juillet 2018
Publié dans Du côté des élites
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Pourquoi Trump s'en prend-il à l'Iran ?
 
CHRONIQUE - Tout se passe comme si les États-Unis avaient bel et bien renoncé à trouver un arrangement diplomatique avec le régime des mollahs.
 
S'exprimant dimanche 22 juillet 2018 devant un parterre de diplomates iraniens, le président Rohani a tendu une demi-branche d'olivier aux États-Unis. "L'Amérique devrait comprendre que sa paix avec l'Iran serait la mère de toutes les paix mais que lui faire la guerre serait la mère de toutes les guerres !", a dit ce président réformateur, élu en 2013 et réélu en 2017 par la population iranienne, sur un programme d'ouverture à l'Occident. Rejetant cet appel du pied diplomatique de Téhéran, le Président Trump a réagi le 23 juillet par un tweet d'une extrême intransigeance : "Au président Rohani : ne vous avisez plus jamais de proférer des menaces contre les États-Unis ; sauf à vous exposer à des conséquences que très peu de peuples ont subies jusqu'à présent dans l'Histoire !"
Tout se passe comme si les États-Unis avaient bel et bien renoncé à trouver un arrangement diplomatique avec le régime des mollahs, parvenus au pouvoir en 1979 à Téhéran, après avoir renversé un shah qui était jusque-là l'allié le plus fiable de l'Amérique au Moyen-Orient.
 
Logiquement, l'accord nucléaire du 14 juillet 2015 (où l'Iran renonçait à poursuivre son enrichissement d'uranium en échange d'un abandon des sanctions commerciales internationales), signé entre les mollahs et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne, devait conduire à terme à un rétablissement des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran. L'Agence internationale de l'énergie atomique de Vienne avait publié plusieurs rapports soulignant que l'Iran remplissait entièrement ses obligations de dénucléarisation. Mais, en mai 2018, en dépit d'un appel de ses alliés à la tempérance, Donald Trump a dénoncé unilatéralement la signature de l'Amérique, jugeant trop laxiste l'accord qui avait été négocié et signé par John Kerry, le secrétaire d'État du président Obama. Pire, en proférant des menaces de représailles contre toutes les entreprises occidentales qui continueraient à commercer avec l'Iran et à lui acheter son pétrole, le président américain actuel a institué une sorte de blocus de la République islamique.
 
Le 22 juillet, dans un discours adressé à la nombreuse diaspora iranienne installée en Californie, le secrétaire d'État Mike Pompeo a qualifié de "mafia" les autorités au pouvoir en Iran. Il a aussi annoncé la constitution d'un média audiovisuel en persan, financé par le gouvernement américain. Le chef de la diplomatie américaine reprend ainsi des instruments qui avaient cours lors de la guerre froide contre l'URSS, comme Radio Free Europe. Est-ce à dire que les États-Unis ont secrètement décidé d'un "régime change" en Iran, en dépit de proclamations antérieures du président Trump critiquant le droit-de-l'hommisme botté de ses prédécesseurs ? Est-ce plutôt un coup de bluff devant aboutir à une négociation, sur le modèle de sa tumultueuse relation avec la Corée du Nord ?
Comparaison n'est pas raison. Car l'Iran est dans une situation beaucoup plus précaire que celle de la Corée du Nord. Elle a réussi à réactiver son alliance stratégique avec la Chine, envers laquelle les États-Unis ont entamé une guerre commerciale de vaste ampleur. Il est désormais improbable que la Corée du Nord s'engage dans une dénucléarisation sans condition, et fort probable que Pékin et Moscou ne feront plus de zèle dans l'application des sanctions commerciales onusiennes contre Pyongyang.
 
L'Iran se trouve dans un double état de faiblesse, qui n'a pas échappé aux stratèges de l'Administration Trump. Intérieurement, la jeunesse iranienne, fort instruite des mœurs occidentales grâce à Internet, ne supporte plus le carcan de la dictature religieuse. Extérieurement, le régime des mollahs vient d'être lâché par la Russie, au profit d'Israël. Depuis 2012, Moscou et Téhéran ont entretenu une alliance de circonstance pour sauver de la déroute le régime baasiste de Damas, vieil allié de l'un comme de l'autre. Mais, entre la Russie et Israël, il existe une alliance de cœur et de sang. Le 9 mai 2018, assistant au défilé de la victoire sur la place Rouge, Benyamin Nétanyahou arborait un ruban de Saint-Georges au revers de son veston. Ce mardi 24 juillet, le ministre des Affaires étrangères et le chef d'état-major russes sont en visite en Israël, pour discuter du dossier syrien avec leurs homologues juifs.
Au Moyen-Orient, les vues russes et israéliennes convergent. En mai 2018, l'aviation israélienne a détruit de très nombreuses implantations militaires iraniennes en Syrie. Les Russes n'ont pas bronché, ayant auparavant renoncé à livrer à l'Iran les missiles antiaériens S-400 qu'ils leur avaient pourtant promis. Moscou souhaite le rétablissement du statu quo ante en Syrie : un pays qui soit son allié, tout en renonçant à s'en prendre militairement à Israël - politique suivi par Hafez el-Assad dès 1982. La Russie, qui souhaite conserver de bonnes relations avec la communauté sunnite à travers la planète, n'a aucun intérêt aujourd'hui à favoriser la constitution d'un axe chiite allant de Téhéran jusqu'à la Méditerranée. Visant le Hezbollah libanais et les conseillers de la force spéciale iranienne al-Qods, le président Poutine a appelé "toutes les forces étrangères" à quitter le territoire syrien.
 
Le président iranien a menacé de répondre à l'agression commerciale américaine par la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel passent 30 % des exportations mondiales de pétrole. Fermer un détroit international est un acte de guerre tout court. Rohani a commis là une double erreur stratégique : il a affaibli l'autorité de son pays car chacun sait que sa marine n'est pas de taille face à l'US Navy ; il a donné un prétexte en or à Trump pour nourrir son escalade.
Trump ne forge sa politique extérieure qu'en fonction des gains qu'il peut en retirer pour son image intérieure. Il dit ne pas vouloir la guerre avec l'Iran. Mais il sait aussi qu'un petit Trafalgar infligé aux mollahs renforcerait considérablement sa main avant les élections américaines législatives de mi-mandat. Il n'a pas oublié comment l'expédition navale aux Malouines de 1982 contre la dictature argentine avait renforcé, en Grande-Bretagne, l'autorité intérieure de Margaret Thatcher…
Paru dans Le Figaro, 24 juillet 2018
Publié dans De par le monde
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De Bretton Woods à 1929
 
Ceci est la troisième note que j’écris sur les causes du déficit commercial des Etats-Unis – déficit auquel Donald Trump a décidé de s’attaquer. Dans la
première, j’ai expliqué comment les Américains avaient abusé du système qu’ils avaient eux-mêmes créé en 1944. Dans la seconde, j’ai montré que ce déficit tenait essentiellement à la politique économique des Etats-Unis. Dans cette troisième, je note que les règles du système international des échanges ayant été bafoués, une crise économique mondiale est inévitable si Donald Trump met à exécution ses menaces à l’égard de la Chine.  
 
Le 15 juin, Donald Trump a imposé un tarif douanier de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium. Le 10 juillet, il a décidé de soumettre une liste de produits en provenance de Chine à des taxes punitives. La Chine a immédiatement pris des mesures de rétorsion sur les importations américaines de porc et de soja. De son côté, l’Union européenne, soumise au tarif douanier sur l’acier et l’aluminium, a aussi riposté. Pugnace, comme à son habitude, Donald Trump a récemment déclaré qu’il était prêt à soumettre 500 milliards de dollars de produits chinois à de nouveaux tarifs douaniers Cette guerre commerciale qu’il initie est illégale. Tout désaccord doit être soumis à l’Organisation mondiale du commerce. Elle est aussi irréfléchie et dangereuse. Irréfléchie, car elle se retournera pour partie contre les Américains par l’inflation et le chômage qu’elle créera. Dangereuse, car elle contient en germe le risque d’une escalade, comme celle que connut le monde dans les années 1930, à cette différence près que son effet sera plus dévastateur, quasi-apocalyptique, en raison des liens économiques et financiers qui unissent désormais toutes les nations par le biais de la mondialisation et des chaînes de valeur.
 
La marmite qui reproche au chaudron d’avoir le derrière noir
Nul doute que la politique de la Chine est mercantile. Américains et Européens lui en font grief régulièrement (vol de propriété industrielle, transferts technologiques imposées, barrières non tarifaires, etc.). Inutile d’y revenir. Mais avant de reprocher aux autorités chinoises de dévaluer le yuan ce qui fut vrai un temps mais ne l’est plus aujourd’hui, Donald Trump devrait regarder l’évolution du dollar. Sa valeur effective réelle n’a cessé de se déprécier depuis 1964. Sa remontée récente tient à son statut de valeur de réserve et à la politique de la Réserve fédérale qui relève son taux directeur depuis décembre 2015. Donald Trump ne peut donc reprocher aux Chinois d’abaisser leur propre taux pour affaiblir le yuan et soutenir leur économie. A ce sujet, rappelons que la valeur d’une monnaie est relative puisqu’elle s’exprime en une autre monnaie, en général le dollar, qui elle-même varie en fonction d’un nombre important de facteurs. Il n’y a pas de valeur prédéfinie d’une monnaie. Seul le temps permet de se faire une idée de ce que cette valeur devrait être.
 
Donald Trump oublie également que le déficit commercial américain est d’abord et avant tout dû à la politique économique américaine, comme nous l’avons rappelé
récemment
. Il oublie aussi que les Etats-Unis imposent souvent leurs normes par le biais de leurs grandes entreprises qui disposent d’un quasi-monopole mondial dans certains secteurs, lequel monopole tombe sous le coup du Sherman Act, du Clayton Act ou du Federal Trade Commission Act, si ces lois étaient appliquées. Pour justifier leur inaction, les Américains invoquent une distinction fumeuse entre monopoles verticaux et horizons, fruit du cerveau de Robert H. Bork, professeur de droit à l’université de Yale qui élabora cette théorie en 1978. Sur un autre registre, il semble que le président américain ne soit pas informé du formidable pillage de données techniques et économiques auquel se livrent ses services secrets, directement ou par le biais des géants de la toile. Enfin, les Etats-Unis disposent d’un arsenal juridique impressionnant pour imposer leur volonté aux autres nations. La France en a fait les frais. Rappelons aussi que les sanctions économiques imposées sans l’aval des Nations unies, sont des actes de guerre.
 
Le commerce international obéit à des règles
Le commerce international est source de richesse. La preuve en a été apportée tant en Europe qu’au Japon dans l’après-guerre, ainsi qu’en Asie, et plus particulièrement en Chine, avec l’avènement de la mondialisation. Cependant, pour être viable, c’est-à-dire pour tenir dans le long terme, il doit répondre à certaines règles. En tout premier lieu, il doit être équilibré ce qui signifie que les nations doivent en tenir compte dans la définition de leur politique économique pour éviter des surplus ou des déficits commerciaux permanents. Dans un monde rationnel, une chambre de compensation veillerait à l’équilibre des échanges avec une monnaie de réserve pour absorber les à-coups de la conjoncture. C’est le système que John Maynard Keynes proposa à Bretton Woods à l’été 1944. Il ne fut pas écouté. Harry Dexter White, son homologue américain, imposa au monde une nouvelle version du système britannique où le dollar remplaçait la livre sterling. Un fonds monétaire fut créé avec un double objectif : veiller au respect des règles définies dans ses statuts, et assister les états membres en difficulté par un crédit à long terme assorti de conditions pour revenir à l’équilibre.
 
Ce système fonctionna raisonnablement bien mais il souffrait d’un défaut congénital majeur : l’absence d’une monnaie de réserve international indépendante. Cette absence n’était pas rédhibitoire si les Américains avaient donné priorité au dollar et non à leur économie dans la définition de leur politique, comme les Britanniques le firent au 19ème siècle. Si la livre sterling était menacée, ils devaient choisir la récession, c’est-à-dire le chômage pour préserver sa valeur. Fort heureusement, ils disposaient d’un empire dont ils exploitèrent, voire pillèrent les ressources ce qui leur évita d’avoir à faire ce choix. La situation des Etats-Unis est différente. Le cœur de leur empire est l’Europe et le Japon qu’ils choisirent de relever et non d’exploiter à la fin de la Second Guerre mondiale pour éviter qu’une nouvelle crise économique ne conduise à une guerre dans laquelle ils devraient intervenir. Quand donc le dollar fut attaqué à la fin des années 1960 par l’Allemagne qui vendit ses dollars pour de l’or de Fort Knox, Richard Nixon fut placé devant un choix cornélien : sacrifier le dollar ou l’économie américaine. En août 1971, il choisit de lâcher le dollar ne souhaitant pas risquer une récession qui lui aurait coûté les prochaines élections. A partir du moment où le chef se permet des libertés, les membres de l’équipe ne se sentent plus tenus par les règles.
 
Cette licence que se sont autorisée les Américains, prit la forme d’un déficit commercial croissant pour atteindre des chiffres que personne n’aurait imaginé à l’origine du système, tant en valeur absolue qu’en valeur relative. Au plan comptable, le commerce international est un jeu à somme nulle. S’il y a déficit d’un côté, il y a surplus de l’autre. A la liberté que les Américains se sont accordés en matière de déficit correspond une égale liberté en matière de surplus que se sont octroyés l’Allemagne et la Chine. C’est là qu’intervient un effet pervers du défaut congénital de Bretton Woods. Les surplus des nations excédentaires servent à financer les déficits des Etats-Unis. Il suffit à la Réserve fédérale de créer la quantité de dollars nécessaire pour assurer l’équilibre comptable. La Réserve fédérale est la banque centrale mondiale de fait ce qui, soit dit en passant, invalide la critique de Trump à l’égard de la banque centrale chinoise puisque ses décisions sont en partie dictées par celles de la Réserve fédérale.
 
Le système international ne peut survivre sans règles. Les Etats-Unis ne respectent ni celles qu’ils ont édictées en 1944, ni celles de l’accord international de 1994 à Marrakech qui créa l’Organisation mondiale du commerce. Donald Trump mettra-t-il à exécution sa décision d’imposer de nouveaux tarifs sur 500 milliards de dollars d’importations chinoises ? S’il le fait, la Chine sera obligée de réagir pour maintenir son image et sa crédibilité sur la scène mondiale. Nous assisterons alors à une répétition de l’escalade que le monde a connue dans les années 1930. La guerre commerciale s’intensifiera entraînant l’économie mondiale dans son sillage. Il faut alors s’attendre à une crise de type 1929. Elle crise sera beaucoup plus sévère, non seulement parce que les échanges commerciaux ont pris une place plus importante dans l’économie mondiale mais aussi parce que toutes les nations seront peu ou prou touchées. Si à l’inverse, la raison prévaut et Donald Trump renonce à ses menaces, la crise sera évitée. 

22 juillet 2018, envoyé par l'auteur, 24 juillet 2018
Publié dans De par le monde
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Ce que Benalla nous dit sur Emmanuel Macron !
 
L'affaire Benalla a pris un tour médiatique, politique, parlementaire et judiciaire - enquête, juge d'instruction saisi, mises en examen - qui, chaque jour, prend de l'ampleur, et d'abord à cause des révélations sur les agissements multiples de ce personnage - garde du corps mais bien plus - et en raison des privilèges pour le moins discutables qui lui ont été octroyés.
Un exemple parmi d'autres de cette effervescence qui ne retombe pas. Comme le président de la République se tait à l'exception de ce "la République est inaltérable" qui est suffisamment flou pour n'engager à rien, la commission d'enquête qui a été constituée n'exclut pas d'entendre Brigitte Macron qui a été à plusieurs reprises apparemment accompagnée par Alexandre Benalla.
Un processus est mis en branle et pour ses diverses facettes nous n'avons plus qu'à attendre avec curiosité et inquiétude ses développements. L'opposition se rue dans cette porte enfin ouverte pour prendre le gouvernement - non pas en déroute mais pour une fois dans les cordes - au piège de ses promesses de 2017. Un parfum de séisme aggravé par la suspension de l'examen de la révision constitutionnelle
On ne peut pas se contenter d'accabler Emmanuel Macron et, comme je le lis souvent sur mon blog et sur Twitter, d'en tirer prétexte pour rehausser Nicolas Sarkozy. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de similitudes entre l'état de droit dévasté hier et les étranges libéralités, l'incroyable confiance que Emmanuel Macron a dépensées en faveur de Benalla dont le parcours maintenant est bien connu. Force est de reconnaître que le seul qui ait perçu le sulfureux et le dangereux derrière la compétence professionnelle prête à tout est Arnaud Montebourg qui n'a pas gardé Benalla plus de huit jours auprès de lui.

A l'origine je considérais qu'on donnait une enflure artificielle à des péripéties qui somme toute ne semblaient pas mériter l'intérêt passionné, voire scandalisé qu'on leur attachait. Au fil des jours j'ai bien été obligé de relever que l'Elysée, Emmanuel Macron et Benalla formaient une configuration qui n'empêchera pas le président d'agir sur le plan politique mais qui pour la première fois mettait gravement en cause sa légitimité de créateur et d'inspirateur d'un univers irréprochable. C'était pourtant l'une de ses forces les plus remarquables que d'avoir su trancher avec le monde d'avant et de s'être efforcé longtemps avec succès de renvoyer aux oubliettes les transgressions des pouvoirs dont il cherchait avec talent et obstinément à être le contre-modèle.
L'embellie démocratique apportée dans les premiers mois à ce lieu de pouvoir qu'est au propre et au figuré l'Elysée a été tout à fait éclatante. Discrétion, réserve, organisation, tenue, exemplarité des comportements, parole rare, cohérence, solidarité - un chef indiscuté entourée par une équipe de haut niveau acharnée à sa tâche et inconditionnelle. Même les adversaires les moins objectifs de la présidence Macron n'avaient pas pu ne pas remarquer le gouffre qui séparait cette maîtrise à tous points de vue du désordre guère créateur d'avant, surtout sous l'ère de François Hollande.

Insensiblement, peut-être, cette excellence, la certitude de cette excellence se sont-elles transformées en un sentiment de supériorité, presque d'arrogance. L'exigence du secret est devenue volonté de dissimulation et l'obsession d'une autarcie protectrice et trop sûre de son fait s'est probablement substituée au souci légitime de sauvegarde d'une indépendance nécessaire au bon fonctionnement de l'Etat. Ce n'était plus : nous voulons devenir les meilleurs mais nous sommes les meilleurs et tant que nous serons entre nous, rien de négatif ne pourra advenir. Une équipe s'est muée en bande avec ses avantages et son intensité mais aussi avec une forme de démesure qui excluait de moins en moins un zeste de mépris pour le profane qui ignorait tout et n'était pas digne d'appréhender même de loin ce qui n'était réservé qu'aux initiés.
Cette évolution a entraîné, de la part d'Emmanuel Macron qui est tout sauf "immature" ou "un gamin", l'envie de pouvoir compter absolument sur quelques-uns, quel que soit leur niveau et leur fonction dans le dispositif présidentiel, parce que leur fidélité lui était acquise à vie et que sans doute la faiblesse de notre président est d'être trop sensible à l'encens que de bonne foi on déverse sur lui parce que profondément il est persuadé qu'il le mérite. L'importance qu'il attache au lien indéfectible entre lui et ceux qui le servent a pour conséquence - et on retrouve peut-être là quelque chose de Nicolas Sarkozy - et pour rançon le fait que, sa confiance octroyée, ses collaborateurs peuvent tout se permettre. Non pas dans le registre technique où sa vigilance est extrême et ne supporterait pas les approximations mais dans les périphéries, dans cette zone qui n'est plus celle du pouvoir pur mais relève plutôt d'agissements et d'efficacité qu'il valide parce que rien de ce qui peut émaner par exemple d'un Benalla ne pouvait être mauvais et qu'à ce titre celui-ci avait droit à des avantages exorbitants comme notamment d'avoir un badge d'accès à l'Assemblée nationale comme collaborateur du président et auxiliaire de son chef de cabinet.

Il a ainsi donné à Benalla cette ivresse de toute-puissance qui conduit à tout se permettre, sans distinguer entre le licite et l'illicite, parce que l'aval du président abolit ces frontières et donne à chaque acte, quel qu'il soit, sa légitimité. Ce qui est accompli par Benalla est forcément irréprochable et comme on a traîné pour admettre le contraire ! Benalla a le droit de tout faire puisque le président lui a fait grâce du label de sa confiance.
On verra la suite des événements. Je continue à dénier que l'affaire Benalla soit une apocalypse, même un champ du cygne. Elle appelle une réaction, une remise en ordre, un peu de modestie. L'Elysée n'est plus un lieu magique mais un royaume comme les autres.
Car Benalla nous dit beaucoup sur Emmanuel Macron et ce n'est pas rien.

Paru sur www.philippebilger.com, 22 juillet 2018
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Comment économiser sur les frais de gestion de la sécurité sociale ?
 
Une organisation de consommateurs, l’UFC-Que Choisir, vient de publier une intéressante étude sur les frais de gestion des complémentaires santé. Selon elle, ces dépenses ont atteint 7,2 Md€ en 2016, dont près de 40 % consacrés aux "frais d’acquisition" engagés pour convaincre les particuliers et les employeurs de s’adresser à l’institution A plutôt qu’à B, C ou D. Ces chiffres sont cohérents avec ceux, relatifs à l’année 2015, fournis par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques des ministères sociaux : la DREES estime à seulement 80 % la proportion des cotisations reversée aux assurés sous forme de prestations. Nous allons nous appuyer sur ces données de la DREES et sur les comptes de la sécurité sociale, dont l’édition 2018 vient de paraître, pour étudier la superposition des organismes complémentaires et de la sécurité sociale, pour évaluer la gabegie qu’elle engendre, et pour proposer des solutions permettant de rendre un meilleur service à un prix plus raisonnable.
 
L’organisation actuelle de la couverture maladie double inutilement les frais de gestion 
Selon le rapport de la Commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS) de juin 2018, en 2015 les prestations maladie et maternité servies par la CNAM se sont élevées à 148 Md€ si l’on se limite aux dépenses relevant de l’ONDAM (Objectif national de dépenses d’assurance maladie), et à 159 Md€ pour l’ensemble des prestations versées par la CNAM. Les cotisations, impôts et taxes ayant abouti dans les caisses de la CNAM se montent à 160,5 Md€. Les charges, quant à elles, ont atteint 5,7 Md€ (et 6,7 Md€ pour l’année 2016, pour laquelle les prestations sont en progression également très importante, suite à un changement de comptabilisation). Elles représentent donc 3,85 % des dépenses au sens le plus restrictif, et 3,55 % des recettes. Face à 20 % de frais de gestion pour les complémentaires santé, la CNAM en est à un peu moins de 4 %.
La CNAM dépense donc un peu moins pour sa gestion que l’ensemble des mutuelles et autres organismes d’assurance santé complémentaire, alors qu'elle sert 4,5 fois plus de prestations. Ce double dispositif, dont l’un rembourse peu mais avec des frais élevés, en raison des faibles prestations qu’il verse, complique la vie des patients et pèse lourdement sur le budget des Français. Nous sommes donc en présence d’un gaspillage considérable, plusieurs milliards d’euros chaque année. Ne pourrait-on pas y remédier ?
 
Quels remèdes pour l’assurance maladie dans son ensemble ?
La première solution qui vient à l’esprit est : rendre inutile les complémentaires santé en augmentant suffisamment la prise en charge des soins par la sécurité sociale. La généralisation des complémentaires qui vient d’être réalisée, au prix d’un gros effort demandé aux entreprises, ayant été une décision très critiquée, et en effet stupide, ce retour en arrière radical, accompagné par une forte augmentation du taux de prise en charge par la sécu, serait concevable. Mais il y a mieux à faire.
En effet, l’assurance maladie n’est pas un modèle absolu d’accueil du public, de bonnes relations avec les établissements de soins et les professionnels de santé libéraux, ni même de gestion au moindre coût. Un peu de concurrence ne lui ferait probablement pas de mal. Ce qui est important pour le patient et ceux qui le soignent ou s’occupent de lui, c’est de ne pas avoir à faire deux fois les démarches pour la même opération ou le même traitement. Non seulement cela coûte cher en frais de gestion, mais cela est en sus désagréable et chronophage pour le patient ou la personne qui veille sur lui. Cherchons donc une organisation telle que le malade n’ait affaire qu’à un seul organisme, qui le couvrirait aussi bien que deux actuellement, et qui pourrait lui rendre aussi d’autres services dans tous les domaines des assurances sociales et de la prévoyance.
Dans une certaine mesure, cette solution existe déjà : quelques complémentaires gèrent les dossiers maladie pour le compte de la sécurité sociale comme pour leur propre compte. Quand un malade consulte, ou est hospitalisé, sa carte vitale sert alors à la fois, en une seule saisie, pour les deux remboursements, par la sécurité sociale et par la mutuelle ou autre complémentaire santé. Si la procédure n’est pas le tiers-payant, il y a un seul virement sur le compte de l’assuré social. Celui-ci peut n’être en rapport qu’avec l’organisme gestionnaire de sa complémentaire santé, ce qui est plus simple.
 
La solution d’organismes sociaux multiservices
Le particulier retire aussi un autre avantage de cette façon de faire : il peut souscrire auprès d’un organisme tel qu’une institution de prévoyance, qui est généralement équipée pour, une formule d’épargne en vue de la retraite, ou une assurance dépendance. Voyons encore plus loin : pourquoi ne pas ouvrir la possibilité de passer par une telle institution pour vendre en viager son domicile ou percevoir des prestations familiales ? Bref, il serait possible de renouer avec l’idée de la caisse unique qui avait été un objectif en 1945, objectif hélas rapidement abandonné en dépit de l’intérêt qu’il présente pour l’assuré social : être client d’un prestataire de services capable de lui offrir toute la gamme des produits de protection sociale, que leur usage soit imposé par la loi ou laissé au libre choix du client.

L’assurance chômage elle-même pourrait être traitée par un tel prestataire, qui connaîtrait bien ses clients et ne les abandonnerait donc pas dans un univers bureaucratique et même parfois kafkaïen. Au moment où les banques délaissent de plus en plus le service personnalisé, au nom d’une conception ridicule du tout-numérique érigé en panacée universelle, ces prestataires, comme les actuelles institutions de prévoyance, pourraient gérer des comptes d’épargne, notamment salariale, et peut-être même pratiquer le micro-crédit pour des entrepreneurs individuels ou le crédit à la consommation.
Pour ne pas voir disparaître leur fonds de commerce, les caisses de sécurité sociale pourraient elles-mêmes se transformer en organismes sociaux multiservices : telle caisse d’assurance maladie, telle caisse d’allocations familiales, diversifierait ses activités en devenant l’interlocuteur privilégié de certains de ses anciens "administrés" devenus clients. Les mentalités et les pratiques évolueraient ; la sécurité sociale nouvelle génération entrerait non pas dans la sphère marchande, qui n’est pas sa vocation, mais dans celle d’un véritable échange non marchand.
 
Et ces évolutions généreraient d’importantes économies dans de nombreux domaines
Non seulement les frais inhérents à la double gestion des dossiers d’assurance maladie s’évanouiraient, dégageant plusieurs milliards d’économies, mais les autres branches des assurances sociales, de l’assurance chômage, de la prévoyance et de la finance personnelle pourraient rendre davantage de services à moindre coût. Pourquoi se tourner vers le département pour obtenir l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) ? Quant au soutien des personnes dépendantes, qui se situe à l’intersection de la maladie, de l’infirmité et de la vieillesse, il serait mieux organisé, au niveau pratique, par un organisme social multiservice, déjà en charge de gérer ou verser des prestations maladie et des pensions de vieillesse ou d’invalidité.

Les prestations familiales, radicalement simplifiées pour en finir avec un coût de gestion supérieur à 6 % des sommes distribuées, entreraient, elles aussi, dans le "portefeuille" de services sociaux composant le "fonds de commerce" des organismes sociaux multiservices. La "production des exclus", pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Hélène Thomas, serait diminuée, et donc aussi les coûts élevés de l’exclusion, par la capacité à orienter plus rapidement les personnes en voie de marginalisation vers des suivis et des aides réellement adaptées à chaque cas. Le RSA subirait probablement des mutations intéressantes dans ce cadre et dans cette optique assez voisine du care, et en tous cas très soucieuse de traitement personnalisé des problèmes rencontrés par chaque assuré social.
La massification bureaucratique mâtinée d’idéologie redistributive coûte cher, non seulement en frais de gestion, mais aussi par son manque d’efficacité. Agir massivement à partir d’une conception primaire de l’économique et du social est inefficace. En agissant localement à partir de concepts soigneusement construits, il sera possible de produire en même temps des économies de gestion et des services sociaux de meilleure qualité.

Envoyé par l'auteur, juillet 2018
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L’islam et l’histoire : un rapport ambigu (1)
 
Fondements scripturaires et caractéristiques diverses
 
Le Coran incréé
"Le Coran, tel qu’il est parvenu au Prophète, par l’intermédiaire de Gabriel, en une révélation éclatante du divin dans le monde sensible, est la copie projetée d’un archétype consigné sur une “table gardée” dans l’empyrée céleste", enseigne Ghaleb Bencheikh, responsable de l’émission "Questions d’islam" sur France-Culture, dans son livre Le Coran (Eyrolles, 2010, p. 34).
-
Il [le Coran]existe auprès de Nous [Allah], sublime et sage, dans la Mère du Livre (43, 4).
- Ceci est un Coran glorieux écrit sur une Table gardée (85, 21-22).
 
Nasr Abou Zeid (1943-2010), universitaire égyptien, en a tiré cette conclusion, sans la partager (cf. article prochain) :
"Puisque l’Essence divine est éternelle, Ses attributs et Ses actes doivent l’être aussi. Etant la Parole de Dieu, le Coran est un attribut divin et, par conséquent, il doit être, comme Dieu, intemporel. Quiconque prétendrait que le Coran est créé, c’est-à-dire qu’il n’a pas existé de toute éternité, qu’il est apparu dans le monde à un certain moment du temps, contredirait le dogme et mériterait d’être traité d’infidèle" (Critique du discours religieux, Sindbad, 1999, p. 36).

Ainsi, le Coran préexiste à l’histoire. "Selon cette logique, il se situerait à l’extérieur du temps. Il n’est donc pas influencé par les variations de celui-ci" (Razika Adnani, Islam : quel problème ? Les défis de la réforme, Upblisher, 2017, p. 36).
De cette doctrine découle la théorie du Coran "incréé", qui s’est imposée comme dogme au IXème siècle (cf. A. Laurent, L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler, Artège, 2017, p. 24-25).
L’islam est donc la religion qui convient à la nature humaine, telle qu’elle a d’ailleurs été acceptée avant la création du monde par les futurs fils d’Adam (7, 172) et par les futurs prophètes (3, 81-82), épisodes certifiant le "pacte primordial" ou "prééternel" (mîthâq). Cette "évidence" justifie "l’incompréhension [que l’islam] ne s’impose pas universellement" (Dominique et Marie-Thérèse Urvoy, Enquête sur le miracle coranique, Cerf, 2018, p. 193).
 
Une histoire à rebours
Il ressort de la conception islamique que l’histoire ne se déroule pas selon un ordre ou une progression, comme c’est le cas de la Bible, mais selon un mode répétitif. Périodiquement, les hommes se sont détournés du monothéisme initial, associant au Dieu Un des divinités et des idoles.

Ô vous les hommes ! Servez votre Seigneur qui vous a créés, vous et ceux qui ont vécuavant vous. […] N’attribuez pas à Dieu de rivaux, alors que vous savez [cela]

Le Marocain Jean-Mohamed Abdeljalil, ancien musulman converti au christianisme au siècle dernier et devenu prêtre franciscain, explique ce verset dans l’un de ses livres : "Ce texte que le Coran met sur les lèvres du Prophète prêchant aux Arabes, exprime la substance de la prédication de tous les prophètes qui sont venus avant lui. En une série discontinue, Mahomet évoque ces avertisseurs envoyés par Allah aux peuples divers de l’histoire humaine, pour leur rappeler la vérité primordiale du Seigneur Unique […]. Le Coran revient assez souvent sur l’énumération de ces avertisseurs, sur le sort que leurs peuples leur ont réservé et sur le châtiment terrestre que Dieu a infligé aux incrédules, en attendant le jour où tous les hommes seront jugés solennellement" (Aspects intérieurs de l’Islam, éd. du Seuil, 1949, p. 40-41).

Et l’auteur précise en quoi ces reproches visent, entre autres, les juifs et les chrétiens, coupables d’avoir falsifié leurs Ecritures (Torah et Evangile) dont le contenu était l’anticipation du texte coranique (cf. aussi A. Laurent, L’Islam, op. cit., chap. VIII).
Mais ces accusations relèvent de l’arbitraire car elles ne reposent sur aucun indice ou preuve historique. En fait, pour les musulmans, seul le Livre dicté à Mahomet échappe à toute altération, par une disposition "divine" spéciale.

C’est Nous[Allah] qui avons révélé le Rappel [du Pacte primordial, ndlr] et c’est Nous qui en assurons la sauvegarde (15, 9).
 
La Bible islamisée
C’est pourquoi les personnages, y compris ceux qui sont empruntés à la Bible (tous qualifiés de "prophètes"), constituent "des modèles de musulmans" (Claude Gilliot, "À propos du Coran", in A. Laurent, Vivre avec l’islam ?, éd. Saint-Paul, 1996, p. 142). Leurs histoires sont déformées pour s’inscrire dans la perspective islamique. Ces récits sont des "leçons" destinées à édifier les musulmans, ce qui justifie leur aspect fragmentaire et discontinu (sauf pour le Joseph de l’Ancien Testament, cf. sourate 12), même pour des personnages aussi importants qu’Abraham (Ibrahim), Moïse (Moussa) et Jésus (Issa), dont l’histoire est en outre déformée, augmentée de faits inexistants dans la Bible ou amputée d’éléments essentiels.

Par exemple, Abraham a fondé le sanctuaire de la Kaaba à La Mecque avec l’aide de son fils Ismaël (2, 127 ; 5, 97) ; Moïse est la préfiguration de Mahomet en tant que chef religieux et politique (de très nombreux versets, cf. Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, 2007, p. 558-563) ; la Passion, la crucifixion et la résurrection de Jésus sont niées (4, 157), ce dernier annonçant par ailleurs l’envoi d’un prophète après lui, sous le nom d’Ahmed, "le Loué" (61, 6), ce que fit auparavant la Torah, sous le titre de "Prophète des Gentils" (7, 157).

"C’est un fait indéniable qui a d’ailleurs un sens profond pour les musulmans, car ils voient dans le rappel (dhikr) du témoignage des personnages bibliques ainsi présentés des preuves justificatives de leur propre foi" (Roger Arnaldez, "Réflexion sur le Dieu du Coran du point de vue de la logique formelle", in A. Laurent, Vivre avec l’Islam ?, op. cit., p. 133).
 
Il n’est donc pas étonnant que le Coran ne tienne compte ni du temps ni de l’espace, ni même de la généalogie. Ainsi, le récit de l’annonce à Marie qu’elle serait mère en dehors de toute union avec un homme ne mentionne pas Nazareth (3, 45) ; le nom de son époux, Joseph, n’apparaît pas. De même, la naissance de Jésus (Issa) est située sous un palmier (19, 23), la ville de Bethléem n’étant pas signalée, ni le règne d’Hérode. Par ailleurs, Marie est présentée à la fois comme la fille d’Imrân (Amran en hébreu), sœur de Moïse et d’Aaron (3, 35 ; 18, 28), et comme la mère de Jésus (66, 12 ; 19, 28). Il y a donc confusion entre les deux Marie. Or, si l’on admet que la sortie d’Egypte eut lieu environ 1250 ans avant Jésus-Christ, 13 siècles, soit à peu près 40 générations, les séparent.

Des invraisemblances
De cette logique intemporelle relève le classement non chronologique (mais aussi non thématique) des 114 sourates et 6 236 versets qui composent le Coran. Ainsi, le début de la "descente" (tanzîl) est placé presque à la fin du texte.

Récite au nom de ton Seigneur qui a créé ! Il a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis ! Car ton Seigneur est le Très-Généreux qui a instruit l’homme au moyen du calame [roseau des calligraphes, ndlr], et lui a enseigné ce qu’il ignorait (96, 1-5).
En outre, hormis la première sourate (la Fatiha = l’Ouverture, composée de 7 courts versets), les autres suivent un ordre de longueur décroissant.

D’autres étrangetés sont à signaler
1°/ La "descente" du Coran est présentée comme ayant eu lieu dans sa totalité en une seule nuit, pendant le mois de Ramadan, comme "une manifestation claire de la Direction et de la Loi "(2, 185). La tradition indique qu’il s’agit de la 27ème nuit de ce mois, appelée pour cela la "nuit du Destin" (ou du Décret, selon certaines traductions), qui est "meilleure que toute Nuit" car elle est destinée à "régler toute chose"(cf. 97, 1). En même temps, le déploiement de cette "descente" intervient au gré des aléas de la vie de Mahomet : son enfance est présentée de manière allusive en 93, 1-11 et les étapes de sa mission "prophétique" sont éparpillées, sans ordre.
Malgré le caractère anhistorique du Coran, les musulmans admettent donc que la "descente" du Coran s’est produite durant une période déterminée, allant de 610 à 632. La plupart des savants musulmans s’accordent à considérer que, dans le corpus officiel, fixé sous l’autorité du troisième calife, Othman (644-656), 86 sourates, soit 74 % du texte, ont été "dictées" à La Mecque, et 28 sourates, soit 26 %, à Médine (622-632), tout en reconnaissant l’existence d’interpolations de versets entre les deux groupes.
"La plupart des sourates du canon coranique actuels sont formées d’agrégats de révélations qui font d’elles des compositions hétérogènes" (Mondher Sfar, Le Coran est-il authentique ?, Sfar Éditions, 2000, p. 46).

2°/ Dans une étude approfondie des circonstances ayant conduit à l’élaboration de ce corpus, Mohamed Louizi pose de nombreuses questions quant à la fiabilité du contenu du texte définitif. Par exemple, comment un Mahomet, réputé illettré, a-t-il pu vérifier la conformité de ce qu’écrivaient ses scribes avec ce qu’il disait recevoir de la part de l’ange Gabriel, auteur de la dictée "divine" ?

Dis : “Qui est l’ennemi de Gabriel ?”… C’est lui qui a fait descendre sur ton cœur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui était avant lui : Direction et bonne nouvelle pour les croyants (2, 97).
Pour Louizi, il s’agit d’un "douteux bricolage à mettre nécessairement au diapason du contexte politique très agité, très violent, du califat, depuis son instauration, le jour même de la mort du Prophète" (Plaidoyer pour unislam apolitique, Michalon, 2017, p. 113).

3°/ Une multitude d’auteurs
Dans une thèse de doctorat en islamologie soutenue à l’Institut catholique de Toulouse, le chercheur Jean-Jacques Walter montre "que le Coran assemble les textes de plus de 30 auteurs et certainement moins de 100, le nombre le plus probable étant auxalentours de 50". Il précise : "Leurs contributions ont été découpées en fragments, et ceux-ci délibérément mélangés. Le désordre du Coran a frappé tous ceux qui l’ont lu. De nombreuses conjectures ont tenté d’en rendre compte. L’analyse qui s’achève ici l’explique de façon simple et évidente : le désordre, délibérément choisi, masque la composition par un nombre élevé de contributeurs indépendants, au fil d’un temps long", probablement deux siècles (Le Coran révélé par la théorie des Codes, éd. de Paris, 2014, p. 221).

4°/ L’abrogation prévue par Allah

Dès que Nous abrogeons un verset ou dès que nous le faisons oublier, nous le remplaçons par un autre, meilleur ou semblable (2, 106).
"La mission de Mahomet ayant duré un quart de siècle, on constata des modifications dans certaines des stipulations contenues dans le Coran. Cela pouvait paraître difficilement compatible avec la transcendance divine non soumise au changement, mais le devenait dès lors que l’on considère qu’est bon ce que Dieu ordonne et mauvais ce qu’il interdit, sans que l’on puisse lui “demander des comptes”. La règle, dirions-nous, est “arbitraire”, dépendant de la seule volonté divine. Certains, de tendance plus rationaliste, se sont opposés, mais en vain, à cette théorie de l’abrogation qui s’est imposée finalement" (Claude Gilliot, "À propos du Coran", in Vivre avec l’islam ?,op. cit., p. 147).

5°/ L’arabe, langue "divine"
Comment un Livre intemporel, réputé "consubstantiel" à Allah et destiné à tous les hommes, peut-il avoir été composé et dicté dans une langue spécifique, alors parlée et comprise par un peuple particulier ?
-
Alif. Lam. Ra. Voici les versets du Livre clair : Nous les avons fait descendre sur toi en un Coran arabe (12, 1-2).
- Dis : “Ô vous, les hommes ! Je suis, en vérité, envoyé vers vous tous comme le Prophète de celui à qui appartient la royauté des cieux et de la terre” (7, 158).
Cela entraîne la vénération de la langue arabe, y compris par les musulmans non-arabophones et, corrélativement, la minorisation de toute autre langue ainsi que l’impossibilité de traduire littéralement le Coran "inimitable" (17, 88), sous peine de le travestir. Sur ce sujet et ses implications, cf. Dominique et Marie-Thérèse Urvoy, Enquête sur le miracle coranique, op. cit., p. 126 à 132.

La plupart des musulmans refusent de s’interroger sur ces invraisemblances qu’il leur faut recevoir telles quelles, puisque cela provient d’un Dieu souverainement libre. En fait, pour eux, le Coran est en lui-même un miracle. Cette certitude jouit encore d’une grande ferveur, notent D. et M.-Th. Urvoy, qui ont recensé pour la période 1980-2012 l’édition de 117 ouvrages ou études portant la mention "Le miracle du Coran" (op. cit., Enquête…, p. 112).

                                                                                         ***
 
Il résulte de tout ceci que, malgré la croyance à son anhistoricité et à son éternité, le Coran est inscrit concrètement dans l’histoire des hommes. Ce que contestent pourtant des intellectuels classés parmi les "réformistes", tel l’Égyptien Mohamed Abou (1849-1905), auteur d’un célèbre commentaire du Coran, le Tafsîr el-Mânar. "Les histoires rapportées dans le Coran visent des objectifs éthiques, spirituels et religieux et ne prétendent pas apporter une connaissance historique, même quand elles s’appuient sur des événements réels de l’histoire. Lorsqu’il s’agit de l’histoire de tel ou tel prophète, ou encore d’un adversaire [de Moïse, ndlr] comme Pharaon, beaucoup de détails sont négligés car l’important est l’enseignement que l’on veut tirer de ces histoires" (Rachid Benzine, Les nouveaux penseurs de l’islam, Albin Michel, 2004, p. 154).

Commentaire du Père Abdeljalil : "Le Coran offre ainsi un abrégé d’histoire où les mêmes événements se répètent pour des peuples différents, avec une même idée centrale, celle de la reconnaissance de l’unicité divine […]. Ainsi donc, l’Islam se croit l’héritier des desseins de Dieu sur l’humanité. Après Mahomet, il n’y a plus de prophète […]. Désormais, les musulmans sont chargés de manifester le gouvernement divin des hommes […]. Il en résulte que l’homme, en définitive, n’a pas à chercher le sens de l’histoire" (Aspects intérieurs…, op. cit., p. 41-50).

C’est pourquoi "l’islam se veut la restauration de la “religion immuable”, par opposition à toutes les déviations – y compris dans la connaissance de l’histoire" (op. cit., D. et M.-Th. Urvoy, Enquête…, p.170). Ainsi, la période antéislamique est qualifiée d’ignorance (Jahiliya). Les croyances qui subsistent doivent être combattues et anéanties, ce qui explique l’acharnement des djihadistes à détruire les statues des divinités païennes (p. ex. en Afghanistan et au Mali), ainsi que les églises (p. ex. en Irak, au Nigéria et ailleurs). Ce qui explique aussi qu’en certains pays les manuels enseignés dans les écoles publiques font démarrer l’histoire avec l’apparition de l’islam, effaçant tout ce qui l’a précédé, y compris le christianisme. Tel est notamment le cas en Jordanie, malgré la bienveillance de la monarchie envers les chrétiens de ce Royaume.

Paru sur Clarifier, La Petite Feuille Verte, juillet 2018
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L’affaire Benalla
 
L’affaire Benalla qui ébranle le cœur même du pouvoir n’a rien d’une surprise. Elle est naturelle, presque évidente. Elle se situe dans la continuité des affaires DSK, Cahuzac, des "sans dents" et autres scandales de l’ère Hollande. Elle fait suite au premier tour de l’élection présidentielle truqué de 2017. Après le grandiose spectacle des récupérations politiciennes de la coupe du monde, une nouvelle faille fait vaciller le régime. Il fallait s’y attendre. Nous vivons dans un système hors sol, qui repose entièrement sur la sublimation d’une image individuelle, déconnecté de toute réalité économique, sociale, politique, engagé dans une logique de fuite du monde réel. Ce mode de fonctionnement n’existe que par la communication, la polémique, l’adoration imbécile et son autre facette, le lynchage inévitable. La chute dans l’impopularité est vertigineuse. Elle fait partie d’un système et mène à l’abîme. Sur ce site, nous ne cessons de le répéter depuis 14 mois. Le rêve n’est que l’autre versant du cauchemar et le mouvement s’accélère le plus normalement du monde. Il faut refonder la politique française de A à Z en mettant fin à l’extrême personnalisation du pouvoir qui est la pire forme de la crétinerie en politique, l’aboutissement ultime de la chute dans la bêtise. Il est urgent de recentrer la politique sur le réel et uniquement le réel : la lutte contre le chômage et la pauvreté, l’ordre républicain, le respect des frontières, la sécurité, le renouveau de l’école et de l’intelligence collective, etc.  La question centrale n’est pas de remplacer un acteur élyséen par un autre. Elle est de restaurer la politique, la démocratie française, en la tirant du rêve pour la remplacer dans le réel.  Grande question : à force de scandales et d’échecs, la prise de conscience finira-t-elle par s’imposer ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 20 juillet 2018
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