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Hidjab dans le sport : les complices du pire
 
Bonne nouvelle : la résistance face à l’emprise islamiste en France ose enfin se manifester, sans craindre les culpabilisations des faiseurs de morale. La société française Décathlon, qui se vantait mardi matin d’"assumer complètement" la commercialisation prochaine d’un hidjab pour les pratiquantes de course à pied, annonçait mardi soir qu’elle suspendait son initiative, en prétextant "une vague d’insultes et de menaces" sans précédent. En réalité, Décathlon semble surtout avoir pris la mesure des appels au boycott de sa marque. Même Aurore Bergé, porte-parole de LaRem à l’Assemblée nationale, avait estimé dans un tweet : "Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs". Il y a encore peu, la dénonciation de l’islamisme se heurtait aux intimidations de ceux qui feignaient d’y entendre une critique portée aux musulmans en général. Cette attitude est, certes, encore répandue. Mardi soir, lors d’un débat sur
CNews, la députée LaRem Fiona Lazaar m’a reproché de rapprocher hidjab et islamisme, en estimant que ces mots n’avaient "rien à voir" entre eux. Reste que de plus en plus d’esprits lucides reconnaissent dans ce signe distinctif la revendication d’un séparatisme culturel et l’appartenance à une civilisation qui, notamment, considère la femme comme un être inférieur. Ceux qui, comme la ministre de la justice Nicole Belloubet ce mercredi sur BFMTV, dénoncent une "hystérisation" du débat, prennent le risque de se faire les "complices du pire", pour reprendre une expression qu’Emmanuel Macron a réservé hier à ceux qui participent aux manifestations des Gilets jaunes.
Décathlon a le droit de commercialiser ce type de vêtement communautaire. Aucune loi ne l’interdit. Mais l’argument commercial n’est pas suffisant quand, en Iran des femmes défient le régime dictatorial de mollahs en enlevant courageusement leur voile en public. Actuellement, en Algérie, se développe un mouvement similaire. Sous le hastag ""Les prisonnières du voile en Algérie", des musulmanes dénoncent le hidjab qu’elles voient comme un "instrument d’oppression". Elles disent combattre le voile et non l’islam. La place de la France des Lumières et de l’émancipation est d’être auprès de ces musulmanes qui refusent leur infantilisation culturelle et le sexisme de la culture coranique appliquée à la lettre. C’est pourquoi Décathlon, société française, aurait déshonoré la mémoire de la nation en se soumettant aux exigences de visibilité d’une idéologie d’essence totalitaire qui prospère sur les faiblesses des démocraties molles. Les complices du pire sont ceux qui, par souci d’apaisement ou de compréhension, sont prêts à toujours plus d’accommodements avec ceux qui n’entendent pas se plier aux exigences d’intégration de la société française. Faut-il rappeler l’article 21-24 du code civil, qui fait toujours de l’assimilation la condition nécessaire pour obtenir la naturalisation française ? Jusqu’alors, le sport était l’endroit neutre par excellence. La tentative de l’islam radical de le subvertir justifierait, à l’instar de ce qui s’est fait pour protéger l’école de la pression fondamentaliste, une réflexion sur l’interdiction du voile dans cette activité. Qu'en pensez-vous?

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 février 2019
Publié dans En France
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Y a-t-il des guerres justes ? (4)
 
Faut-il se rallier à une position pacifiste ? Que faut-il penser de la notion de guerre juste ? A-t-elle encore une valeur ?  
Suite à l’urbanisation de la planète, les guerres ont tendance à devenir des guerres urbaines. Dans le passé, il y avait plus de militaires tués que de civils. Aujourd’hui c’est l'inverse - dix fois plus.
La combinaison de l’urbanisation, de l’hyper-technologie, de la guerre indirecte et des tactiques terroristes rend particulièrement difficile le jugement moral sur ces sujets.
 
De très nombreux auteurs ont disserté sur la guerre juste : Cicéron, saint Augustin, Vitoria, Suarez, Luther, Érasme (voir par exemple les textes choisis dans Gregory M. Reichberg, Henryk Syse, Endre Begby, The Ethics of War. Classic and Contemporary Reading, Blackwell, 2006). Pratiquement toutes les civilisations en ont parlé (Paul Robinson (éd.), Just war in Comparative Perspective, Ashgate, 2003).
 
Saint Thomas d’Aquin définit la guerre juste dans le traité "De la Charité" de sa Somme théologique.
Selon son enseignement (Somme théologique, IIa-IIae, Question 40), qui résume une doctrine traditionnelle, la guerre est un péché qui s’oppose à la charité, à l’amour du prochain, à l’amour que les groupes humains doivent avoir les uns pour les autres. Néanmoins, il existe aussi un droit et un devoir de se défendre et de défendre le bien commun. Nous savons qu'autrement, le monde serait livré au premier malfaiteur et à la guerre entre malfaiteurs. Mais un recours à la force armée ne peut être juste qu’à trois conditions :  
- 1° qu’il soit décidé par l’autorité légitime (autrement dit : pas de guerre privée).
- 2° qu’il vise à défende une juste cause, c’est-à-dire à corriger un tort très grave, réellement causé au bien commun.
- 3° qu’il soit mené avec une intention droite.
 
1° La guerre juste doit être décidée par une "autorité légitime"
Selon le droit international, aujourd’hui (nous parlerons de l'ONU plus longuement dans un autre article), il n’y a qu’une seule autorité légitime en la matière : le Conseil de Sécurité de l’ONU (CS). Toute guerre sans son aval, sauf cas de légitime défense, est une guerre d’agression. Mais cela n’a pas empêché les Américains d’aller en Irak en 2003 sans mandat du CS sous le président Bush II et plusieurs nations de les y accompagner. Le droit international fonctionne davantage comme un idéal international que comme un droit ou une constitution. L’"autorité légitime" légale n’a en fait guère de pouvoir, ni d’autorité.
Quand il y a opposition entre grandes puissances, le conflit porte précisément sur le point de savoir qui est, et où sera, l’autorité légitime effective ; autrement dit, qui détient de fait et détiendra le pouvoir constituant mondial, ou qui peut prétendre le détenir légitimement. Autrement dit, la règle thomiste de l’autorité légitime peut difficilement servir, dans une époque mondialisée, non qu'elle ait perdu sa valeur, mais parce que c’est son interprétation qui constitue précisément l’enjeu du conflit. Le CS n’est plus en fait qu’un utile forum de discussion, non une instance de décision, puisqu’il décide en général de ne prendre aucune résolution, dès que les grandes puissances ne sont pas d’accord. L’"autorité légitime" est de fait l’autorité nationale, si la nation est assez puissante. 
 
2° Intention droite
Ce qui reste très important, et non problématique, dans cette doctrine de guerre juste, c’est qu’il ne doit pas y avoir de guerre privée. C’est ce qui permet de comprendre la règle d’"intention droite", qui est la conséquence de la précédente. 
Dans une époque marquée par l’individualisme et la privatisation, il n’est pas inutile de rappeler cet enseignement : on n’a pas moralement le droit de faire de la guerre sa guerre à soi, ni d’y entrer de sa propre autorité, ni de la mener pour des motifs personnels. Ce qui donc est exigé moralement du soldat, c’est d’exercer son activité dans l’obéissance à l’autorité politique, à sa hiérarchie, et de rester dans le cadre de sa mission. Cette stricte discipline est aussi une condition de l’unité d’action et donc de l’efficacité de la force. S’il agit dans l’obéissance, il est un agent du pouvoir, qui seul a droit de recourir à la force au service du bien commun. S’il sort de l’obéissance, il n’est plus qu’un aventurier et un malfaiteur. 
Bien sûr il y a le cas où le pouvoir perdrait le Nord, et donnerait des ordres aberrants du point de vue moral. En ce cas, il faut obéir à sa conscience, même si cela conduit à désobéir et à se voir sanctionné. Cela fait partie de la grandeur tragique du soldat. Toutefois, une conscience a le devoir de s’éclairer et de ne pas se prendre pour un oracle du bien et du mal. De plus, le citoyen sait que le pouvoir dispose normalement d’une meilleure vue d’ensemble des situations, d’informations plus précises, à jour et plus sûres. Le doute de la conscience sur elle-même est donc souvent raisonnable et ce peut être encore suivre sa conscience que ne pas en suivre le premier mouvement.
 
Il n’est pas anormal qu’un militaire ait des doutes sur la justice de la guerre qu’on lui fait faire, sur la pertinence du jugement et des décisions prises par les plus hautes autorités de son État. Est-ce que cela veut dire qu’il n’obéira pas ? Il ne sait pas avec certitude que son État a tort. Par contre, il sait avec certitude que si la force n’est pas disciplinée, il n’y a plus d’État. C’est pourquoi en général il donnera sa confiance de principe et son obéissance aux hommes au pouvoir, mais non sans avoir réservé sa liberté de jugement. Il regarde dans les yeux les autorités suprêmes, et le politique doit pouvoir soutenir ce regard, celui d’un homme libre et juste. Si le politique sait lire dans un tel regard, il a conscience de porter, lui et lui seul, l’entière responsabilité morale de l’injustice éventuelle de ce recours à la force. Des militaires seront responsables de crimes éventuels commis dans cette guerre, mais le politique sera seul responsable du crime que peut être cette guerre. 

Il est naturel que le soldat soit affectivement attaché, sinon toujours au pouvoir qu’il sert directement, son État, du moins au corps politique dont ce pouvoir est la tête – à son pays, à sa patrie, à sa nation. Mais cela ne doit pas transformer pour lui en guerre privée, en affaire personnelle, un conflit dans lequel il se trouve engagé. Il a le droit de prendre une guerre à cœur, pas de s’y jeter à corps perdu.
Le combattant, surtout l’officier, doit garder une certaine distance, notamment par rapport à la propagande et dans le regard porté sur l’ennemi. "Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes". Même si l’ennemi avait si absolument tort que notre défense fût absolument justifiée, il n’y aurait pas lieu de considérer a priori un combattant d’en face comme un démon. Contrairement à ce qu’on pense intuitivement, ce détachement relatif, cette absence de fanatisme politique, est probablement une condition d’action plus rationnelle et d’efficacité. 
 
3° La guerre juste n’existe que si le bien commun est gravement en cause
Dans une époque de privatisation maximale, il est difficile de comprendre la simple notion du bien commun. Pourtant, c'est par là que la guerre juste s’oppose à la guerre injuste.
Sans excuser ni justifier l’agresseur, il n’est pas toujours facile de dire où est la justice, car il est rare que l’agresseur ne pense pas avoir bonne cause et que les torts ne soient pas plus ou moins partagés. De plus, très souvent, l’agresseur a peur d’être agressé et prend les devants. Était-il fondé à avoir peur ? Relativement à quels intérêts ? Est-il tombé dans le piège d’une provocation ? Et ainsi, qui est réellement l’agresseur ? 
De plus, chaque guerre donne lieu à des plaidoiries politiques. Tout, y compris mettre à feu et à sang une région pour y contrôler des puits de pétrole, peut être rationalisé – la rationalisation est possible pour tout –, mais cela ne signifie pas qu’un juge équitable se satisferait de ces arguments.
Un accord sur ces sujets suppose l’établissement d’un concept commun de justice. Malheureusement, bien que nous ayons tous cette grande idée de justice, ce sont précisément sa définition précise et sa fondation rigoureuse qui sont parfois les enjeux du conflit.
 
P.S. Une version simplifiée de ce texte est parue il y a deux ans sur le site Aleteia . J'ai aussi développé mes vues sur la guerre et la paix dans
La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, Mame, 2018.
Paru sur www.henrihude.fr, janvier 2019


Publié dans A tout un chacun
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Trump a la diplomatie de sa réélection
 
CHRONIQUE - Chine, Corée du Nord, Venezuela... La politique étrangère du président américain ne vise qu'un seul but : obtenir un second mandat en 2020. Rarement dans l'histoire des États-Unis d'Amérique et de la Maison-Blanche une politique étrangère aura été aussi méticuleusement orientée vers un seul but: la réélection du président.
 
Homme pragmatique, Donald Trump ne s'embarrasse pas de grandes idées sur trente-six sujets. Après le résultat mitigé des élections législatives de mi-mandat, le président s'est fixé un objectif prioritaire : il a décidé de ne gaspiller aucune énergie qui ne serve pas la préparation de sa campagne électorale de 2020. Sa stratégie vise à pouvoir remobiliser entièrement sa base électorale de 2016, tout en grappillant quelques voix supplémentaires au centre.
Dans sa tête, son programme électoral est déjà en place. Il repose sur trois concepts simples, qu'il exploitera à l'envi : réélisez-moi car grâce à ma politique intérieure, on n'entre plus sur le territoire américain comme dans un moulin ; grâce à ma politique économique, le taux de chômage n'a jamais été aussi bas ; grâce à ma politique étrangère, le sol américain est sanctuarisé et les intérêts américains sont protégés dans le monde. Sur ces trois sujets, peu importe la vérité des faits : la seule chose qui compte en politique est le ressenti.
Donald Trump tiendra, les 27 et 28 février 2019, un sommet avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Le propos du président américain à son nouvel "ami" est simple : renoncez aux armes nucléaires, les sanctions seront levées et vous réussirez aussi bien que les Vietnamiens (que les Américains ne soumettent à aucun embargo d'aucune sorte et qui sont pourtant restés officiellement communistes). Trump a dit qu'il n'était pas pressé. La seule chose qui compte pour lui est que Pyongyang ne reprenne aucun essai balistique ou atomique. Car le message que veut donner Trump à son électorat tient en une phrase : par mon audacieuse diplomatie, j'ai désamorcé une menace nucléaire qui pesait sur le territoire américain. C'est d'autant plus crédible que le premier ministre japonais, Shinzo Abe, s'est mis en tête de proposer Trump pour le prix Nobel de la paix…

Après avoir soufflé le froid sur les Chinois pendant plus d'un an, Donald Trump a décidé ce lundi 25 février de passer à l'air chaud. Il a repoussé aux calendes grecques l'augmentation punitive des droits de douane imposés aux produits chinois de 10 à 25 %, qui devait se faire le 1er  mars. Il a laissé entendre qu'un accord commercial important pourrait sortir de sa prochaine rencontre en Floride avec Xi Jinping. Les Bourses asiatiques et occidentales sont aussitôt repassées au vert, tant elles sont attentives aux ratés du moteur économique sino-américain. Trump était prêt à se brouiller un long moment avec la Chine, mais pas au prix d'une récession économique aux États-Unis, qu'on lui aurait aussitôt imputée.
Appliquant le vieux principe diplomatique qu'on préfère toujours un diable qu'on connaît à un dieu qu'on ignore, Xi Jinping est prêt à jouer la réélection de Trump. Les Chinois sont parfois désorientés par l'imprévisibilité du président américain, mais ils lui reconnaissent un grand mérite: son insensibilité absolue aux questions des droits de l'homme. Pékin est prêt à s'engager à respecter la propriété intellectuelle américaine, et à importer davantage de produits américains, offrant ainsi à Trump une victoire diplomatique qu'il pourra exploiter dans sa campagne.
Les cyberattaques de l'État chinois contre les firmes européennes ne s'arrêteront probablement pas pour autant ; mais Trump n'en a que faire. Il n'a jamais conçu l'Amérique comme une protectrice bienveillante et gratuite des Européens.
Le soudain intérêt de Trump pour le Venezuela est motivé par son désir de gagner davantage de voix chez les électeurs latinos, qui sont souvent socialement des conservateurs et qui détestent le castrisme. Trump, qui n'aime pas la guerre, n'enverra pas les marines "neutraliser" Maduro. Mais il emploiera tous les autres moyens à sa disposition pour le faire partir.

Étant le contraire d'un néoconservateur, Trump estime que les soldats américains n'ont rien à faire dans les bourbiers syrien et afghan, auxquels l'électeur moyen américain ne comprend rien. Il les retirera dès qu'il pourra le faire sans publicité négative pour lui.
Pour ne pas paraître "vendu aux Russes", Trump a renoncé à améliorer les relations Washington-Moscou d'ici à la fin de son premier mandat. De toute façon, Poutine ne l'aide pas beaucoup, comme le montre l'embastillement de l'investisseur américain Michael Calvey, signalant le renoncement des "siloviki" (les hommes responsables des "ministères de force" russes) à installer un État de droit chez eux.
Tout cela fait-il une grande politique étrangère digne de figurer dans les livres d'histoire ? Sans doute pas. Mais, pour l'heure, Donald Trump n'en a cure…

Paru dans Le Figaro, 26 février 2019
Publié dans De par le monde
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L’introuvable séparation des pouvoirs
 
Le Premier ministre a déclaré que les rédacteurs du rapport sénatorial sur l’affaire Benalla "méconnaissent le principe de séparation des pouvoirs". Il s’agit là d’une de ces déclarations dont on rit, mais qui devrait nous faire pleurer. Car le principe de séparation des pouvoirs, en France comme dans beaucoup de pays, est très mal appliqué. Pourquoi ? Parce que la séparation des pouvoirs requiert non seulement de la bonne volonté, une coopération franche et loyale entre le Législateur et l’Exécutif, mais aussi de la clarté dans les idées. Or, hélas, le monde politique ne cultive guère la clarté conceptuelle, indispensable pour savoir ce qui dépend du pouvoir législatif et ce qui dépend de l’Exécutif.
 
L’exemple des lois de finance
Le méli-mélo conceptuel qui préside à la préparation et au vote des lois de finances annuelles, ce "budget" de l’année N+1 soumis au vote des parlementaires durant les dernières semaines de l’année N, est extraordinaire. Ces textes n’ont en effet pas grand-chose à voir avec la notion de loi, texte qui présente des règles devant être respectées de manière pérenne par chaque citoyen et chaque organisation. Or une "loi de finances" formule un ensemble de commandements valables, dans une forte proportion des cas, uniquement pour l’année N+1. C’est en particulier le cas pour les enveloppes budgétaires attribuées aux ministères ou aux actions spécifiques : l’année suivante les montants attribués ne seront, sauf exception, pas les mêmes.
 
Hayek, dans Droit, législation et liberté, explique clairement la différence entre les "lois de juste conduite", qui précisent les principes que doivent respecter à la fois les citoyens, les administrations, les entreprises et les autres sortes d’agents, et les "commandements", par lesquels l’exécutif ordonne de faire ceci ou cela. Dans un pays respectant le principe de séparation des pouvoirs, il reviendrait au Législateur d’écrire et promulguer les lois de juste conduite, et au Gouvernement d’agir dans l’intérêt de la Nation en prenant les décisions concrètes, dans le respect des lois.
Un pays où l’on appelle "loi" des textes contenant des ribambelles de dispositions destinées à la marche des affaires tant privées que publiques, comme le taux de tel impôt ou le budget de telle administration, souffre de confusion des pouvoirs.
 
En France, la Constitution prend acte de cette confusion et donne à l’Exécutif le moyen de faire son travail en décidant chaque année quel sera le budget de l’année suivante : c’est l’article 49-3, qui autorise le Premier ministre à "engager la responsabilité du Gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale." Le texte est alors "considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les 24 heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent." Sans cet article qui redonne de façon compliquée le pouvoir budgétaire à l’Exécutif, le pays serait ingouvernable.
 
Le contrôle a posteriori de l’action gouvernementale
Ce qui précède ne signifie nullement que l’Exécutif doive être mis à l’abri de tout contrôle. Et il ne serait pas absurde de confier ce contrôle à deux institutions complémentaires, une Cour des comptes aux compétences élargies pour en faire une institution de contrôle technique de l’action gouvernementale, et un organe émanant du Législateur. La Cour analyserait l’action gouvernementale et, en s’appuyant sur ces analyses, le Législateur donnerait quitus de sa gestion au Gouvernement, ou lui ferait des remontrances dûment circonstanciées. En cas d’infractions sérieuses aux règles de juste conduite, ou d’incompétence, le Législateur renverrait à leur foyer certains membres, ou tous les membres, du Gouvernement, et le président de la République ferait le nécessaire pour mettre en place un nouveau Gouvernement.
Une telle organisation permettrait une réelle séparation des pouvoirs. Le Gouvernement ne perdrait plus son temps à faire des lois qui sont en réalité des ensembles de décrets et d’arrêtés revêtus du sceau parlementaire : il pourrait travailler de manière plus sereine, n’ayant pas à batailler avec le Parlement pour chaque action, comme c’est le cas actuellement. En revanche, sa responsabilité globale et celle de chacun de ses membres à titre personnel serait clairement engagée. Le Gouvernement aurait beaucoup plus de liberté d’action, il n’y aurait plus de contrôle a priori par le Parlement, mais un contrôle a posteriori effectué par une instance parlementaire placée dans de bonnes conditions pour juger sur pièces.
Aujourd’hui le Parlement valide a priori l’action gouvernementale : comment taperait-il ensuite sur les doigts des ministres ayant agi de travers ? Pour qu’il existe un vrai contrôle "sur pièces" de cette action par les représentants du peuple, il est nécessaire que ceux-ci n’aient pas antérieurement approuvé les plans d’action gouvernementaux au terme d’un marchandage : le gouvernement pris globalement, et chaque ministre en ce qui concerne son domaine de compétence, doivent faire ce qu’ils estiment être le meilleur pour le pays, dans le respect de "lois de juste conduite" brèves, claires et nettes, en en prenant l’entière responsabilité. Si notre pays évolue dans cette direction, qui est celle d’une véritable séparation des pouvoirs législatif et exécutif, il s’en portera beaucoup mieux.

Envoyé par l'auteur, 23 février 2019
Publié dans En France
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Il faut une prestation d’accueil du jeune enfant… pour les entreprises
 
Les difficultés de la conciliation entre vie familiale et travail professionnel féminin sont particulièrement fortes lors de la grossesse et des premières années de la vie de l’enfant. Pour l’entreprise, le congé de maternité est un vrai problème, et ce n’est pas en obligeant les pères à prendre eux-mêmes un congé de paternité qu’on le résoudra.
Pour faciliter les choses coté famille, il existe des prestations. Certes, elles ont rétréci comme peau de chagrin, mais enfin elles existent, et si nos gouvernants avaient un souci intelligent de l’avenir du pays, les réformes que nous avons proposées dans un récent article de Futuribles (numéro de novembre-décembre 2018) pourraient donner une nouvelle vitalité à la politique familiale. En revanche, les entreprises sont laissées quasiment seules face au problème de la grossesse, du congé de maternité, et du retour au travail des jeunes mères. Ce n’est pas normal.
Pour une entreprise ou une administration, l’arrivée d’un bébé est difficile à gérer. Il faut assurer le remplacement temporaire de la jeune maman, aménager ses horaires, faire preuve de souplesse : tout cela entraîne des soucis, des problèmes d’organisation, et des frais. En étant ouvert à la maternité, en faisant tout son possible pour que tout se passe bien, pour que les futures mamans et les mamans ne soient pas stressées par les difficultés que créent leur état et leurs responsabilités, un employeur rend un service d’intérêt national. Il n’est pas normal que la collectivité nationale, par l’intermédiaire de la branche famille de la sécurité sociale, ne prenne pas en charge le coût de ce service.

Autrement dit, la France, où la natalité est en train de s’effondrer (de 802 000 naissances en 2010 à 720 000 en 2018, pour la France métropolitaine), aurait tout intérêt à instaurer une sorte de prime à la naissance … pour l’entreprise ou l’administration où sa maman travaille.
Entendons-nous bien : il ne s’agirait en aucun cas d’une subvention, mais bien de la rémunération d’un service rendu. Une entreprise employant des femmes en âge d’avoir des bébés n’est pas seulement productrice des biens ou services qu’elle vend à ses clients, elle est aussi co-productrice de ce qu’il y a de plus précieux au monde : les enfants. Employons l’affreux langage des économistes : l’entreprise est coproductrice de capital humain. Elle n’investit pas seulement dans ce qui va servir à produire ce qu’elle vend ; elle investit aussi dans le patrimoine le plus précieux du pays, sa population. Et comme cet investissement dans les bébés est bon pour toute la communauté nationale, il serait normal que celle-ci prenne son coût en charge.

Elargissons notre vision étriquée de l’entreprise et de l’administration. Les établissements d’enseignement ne sont pas les seuls à contribuer à la formation du capital humain, les employeurs ont en la matière un rôle irremplaçable. Ils assument – parfois bien, parfois mal, voire très mal – un rôle dans le renouvellement des générations. Il est injuste et contreproductif qu’ils n’obtiennent pour cela aucune rétribution. Les enseignants sont rémunérés pour apprendre aux enfants et aux jeunes à lire, écrire, compter, etc. : pourquoi les employeurs de futures mamans et de mères de jeunes enfants ne le seraient-ils pas en raison de ce qu’ils font pour leur rendre possible la conciliation aussi peu stressante que possible entre leurs deux grandes responsabilités, celle de leur(s) enfant(s) et celle de leur travail professionnel ?

Envoyé par l'auteur, 23 février 2019
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Du "grand débat national"
 
Face à la contestation des Gilets jaunes, le président Macron ouvre un "grand débat national" qui se déroulera jusqu’au 15 mars. Ce procédé, légitime en soi, est cependant révélateur de la déliquescence du politique et donc du fonctionnement même de la démocratie.
 
D’abord ce débat est censé aborder des thèmes tellement nombreux et disparates que cela en devient un véritable "fourre-tout", il est ainsi difficile d’établir une hiérarchie des priorités. Une telle initiative donne surtout l’impression d’avoir comme objectif de désarmer la contestation en détournant l’attention – et pendant ce temps, M. Macron signe à Aix-la-Chapelle, dans la plus grande discrétion et sans l’ombre d’un débat, un important traité avec l’Allemagne.
Ensuite ce "grand débat" n’a aucun statut contraignant, si bien que le gouvernement en fera ce que bon lui semblera. On a bien vu lors des états généraux de la bioéthique combien il faisait peu de cas d’une consultation de la base lorsque celle-ci ne va pas dans son sens (une large majorité des personnes s’était prononcée contre la PMA, ce qui n’a strictement rien changé).
Enfin les lieux de débats existent en démocratie – médias, élections, partis, référendums, Parlement… – sans avoir à en créer de nouveaux, artificiels et phagocytés par le pouvoir. Le recours à ce subterfuge montre, s’il en était besoin, combien les instances régulatrices du débat démocratique ne fonctionnent plus : une majorité de nos concitoyens se sent exclue et non représentée.
 
Un problème de représentation
Prenons le cas des médias. Même s’il faut reconnaître que sur la "mondialisation heureuse" de M. Macron des voix discordantes s’expriment de plus en plus, conscientes de ses conséquences dévastatrices (règne de l’argent-roi, extension de la pauvreté, délitement du lien social…), il n’en demeure pas moins que les médias les plus influents – la télévision notamment – partagent tous la même idéologie. Ils sont les gardiens vigilants du politiquement correct, ignorant le besoin d’enracinement des peuples et donc les problèmes soulevés par l’immigration massive et l’islam. Surtout, ils militent unanimement pour la "culture de mort", pour la déconstruction anthropologique en cours et pour toutes les transgressions morales. Le simple fait qu’un François-Xavier Bellamy ait évoqué, "à titre personnel", son opposition à l’avortement a déclenché un tsunami médiatique – le cas d’Agnès Thill est également éloquent. C’est très clair : il y a des opinions interdites et leur périmètre ne cesse de s’élargir, les Gilets jaunes l’ont bien compris !
 
Le référendum ? Alors que son principe était dans l’esprit de la Ve République, les présidents ont très peu utilisé ce moyen de consultation simple et direct. Et une des rares fois où un référendum a été mis en œuvre sur un sujet central, l’Europe en 2005, nos dirigeants n’en ont tenu aucun compte en imposant sous une autre forme ce que les Français avaient massivement rejeté !
Quant au Parlement, il connaît un grave problème de représentation qui tient aussi bien au discrédit des partis politiques qu’au décalage entre les idées majoritaires parmi le peuple et celles des députés censés les incarner. Et la droite bourgeoise n’essaie même pas de s’émanciper du magistère moral de la gauche boboïsée déconfite – tutelle aussi ridicule que paralysante –, qui désigne encore qui est fréquentable et qui ne l’est pas.
 
La désagrégation du lien social
Comme au XIXe siècle où la bourgeoisie avait peur du peuple et imposait un suffrage censitaire pour le tenir à distance, aujourd’hui la "France d’en haut" cultive la même peur du peuple, un même mépris pour cette "France périphérique" qui lui est devenue totalement étrangère et qui ne dispose d’aucun moyen d’expression.
Une différence toutefois : aujourd’hui, l’individualisme exacerbé, l’éclatement de la famille, l’effacement des corps intermédiaires, la primauté de l’argent, la prédominance du virtuel… tout cela a entraîné une désagrégation sans précédent du lien social. Or si les Gilets jaunes sont une réaction aux points soulevés plus haut, ils ont surtout trouvé dans les rassemblements autour des ronds-points un lieu de fraternité et de solidarité qui n’existe plus ailleurs : cela ne devrait-il pas nous interpeller, surtout nous chrétiens ?
Ces Gilets jaunes sont un révélateur supplémentaire du dysfonctionnement de notre démocratie. Fondamentalement, l’enjeu est de redonner toute sa place au politique, car la démocratie n’a de sens que moyennant la primauté du politique sur toutes les autres instances qui, aujourd’hui, ont pris le dessus : l’économique, le financier, l’Union européenne… Le politique a été remplacé par le concept de "gouvernance", laquelle est largement aux mains d’ "experts" qui agissent dans l’ombre sans aucune légitimité démocratique. Et l’on s’étonne de la crise actuelle !

Paru dans LA NEF  n°311, février 2019
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L'entreprise, dernier rempart dans la crise sociétale
 
Bonne nouvelle : en France, l'entreprise s'en sort et devient le socle de stabilité de la République. Mais pour que cela perdure, il faut redonner l'initiative aux salariés et à ceux qui les dirigent. Redonner au secteur privé les missions que l’Etat assure mal.
La France en ce moment ressemble à la dernière image du banquet de la célèbre BD d'Astérix au cours de laquelle tous se battent entre eux, sans savoir exactement pourquoi mais sur tous les sujets. Extraordinaire capharnaüm : rien ne résiste à l'esprit révolutionnaire ambiant. Tout y passe, les partenaires sociaux ne s'entendent pas - d'ailleurs ils n'ont jamais été d'accord -, les politiques se surpassent dans la division et saisissent n'importe quel prétexte pour discréditer l'adversaire, l'église et le clergé vivent l'enfer, la justice n'arrive plus à être juste, les racistes reprennent du poil de la bête immonde, les impôts se portent bien et servent de sparadrap pour faire croire qu'on agit, l'Etat est plus dispendieux que jamais sans satisfaire personne, les élections européennes laissent présager le pire, seuls les rats apprécient la capitale qui n'est qu'un immense embouteillage de travaux et de manifs, les carrefours français sont devenus des zones de blocage aux activités multiples, les samedis s'enchaînent en happenings...
Mais il y a une vraie bonne nouvelle, c'est que seule l'entreprise s'en sort, elle résiste à toutes les échauffourées et devient le socle de stabilité de la République. C'est en cette "institution" que les Français ont confiance et en elle seule. Ils la placent loin devant en termes de confiance et de réconfort, juste après leurs familles. On remarquera qu'elle sort indemne des centaines de récriminations qui nous minent confirmant que  "L'entreprise est une communauté et, à côté de la famille, une des cellules de base de notre société, un de ses indispensables corps intermédiaires. Comme telle, elle est un espace de liberté, de créativité, d'accomplissement de soi, de fraternité. " Ph.Le Tourneau.
Cette même entreprise qui fut l'objet en France de tous les courroux, n'est aujourd'hui plus attaquée dans ses fondamentaux, les Gilets jaunes ont même plutôt les petits patrons à la bonne ! Ils sont conscients que si leur pouvoir d'achat est insuffisant c'est le fait d'une administration fiscale insatiable et d'une gestion politique navrante depuis des décennies ; c'est un progrès considérable. Certes, il y a toujours les grands patrons qui sont des riches haïssables par nature et les dividendes maudits par inculture économique, de ce point de vue rien de nouveau. (72 % font confiance aux 
PME, 8 % aux partis politiques – IFOP).
 
Inverser les notions de confiance
Les entrepreneurs ont d’ailleurs réagi positivement dès le début de la révolte contre le pouvoir d'achat, en demandant, et en se battant pour que Bercy autorise une prime exceptionnelle défiscalisée et sans charges, le gouvernement a cédé non sans que Bercy ait d'abord refusé. C'est un succès, les patrons ont donné cette prime et c'est aussi un succès pédagogique : oui, ils souhaitent mieux payer leurs salariés, encore faut-il qu'ils le puissent, dont acte.  
Intéressante illustration à cette occasion d'un corps politique qui s'accroche à tout ce qui peut le réhabiliter, la PRIME PATRON (proposée et défendue par le mouvement ETHIC) est devenue immédiatement la PRIME MACRON, "Feignons d'en être l'organisateur." Non content de s'en attribuer l'initiative le pouvoir est allé jusqu'à encourager les patrons à donner ce qu'ils avaient eux-même proposé !
Que faudra-t-il pour que les politiques comprennent que le pouvoir tel qu’il est exercé nécessite de se remettre en question ? Qu’ils doivent pour le bien du pays reconnaître les limites de leurs compétences. Hors les missions régaliennes de l’Etat, c'est à l'esprit d'entreprise et à la société civile qu'il faut aujourd’hui confier les rênes du changement.
La vraie révolution est là, nous ne sortirons de ce chaos que par l'appel à la responsabilité individuelle et ce, dans tous les domaines. Les premiers sages renoncements de l'Etat devraient être de cesser de légiférer, cesser de vouloir gérer nos entreprises, cesser de créer des niches fiscales par clientélisme, cesser de faire semblant d'être le recours à tout et n'importe quoi sous peine que le dangereux affaiblissement de l'Etat ne s'accroît.
Il ne s'agit plus de rétablir la confiance, il faut rétablir l'ordre. Puis inverser la notion de confiance : que le pouvoir fasse confiance à ceux qui sont les piliers du pays au lieu de la réclamer sans succès pour lui-même. Les entreprises sont les seules garantes du "vivre ensemble", les seuls lieux d'enrichissement possible, l'emploi. Il faut redonner l'initiative aux salariés et à ceux qui les dirigent avec des règles simples, stables et non spoliatrices dans une saine nécessaire concurrence. Redonner au secteur privé les missions que l’Etat assure mal. Il faut un Etat garant, pas un Etat gérant.
Attention ! Car le fameux "grand débat" peut par des demandes multiples et contradictoires nous faire économiquement rebrousser chemin. Si c’est le cas, notre dernier garde-fou : l’entreprise, s’effondrera à son tour.

Envoyé par l'auteur, paru Challenges, 21 février 2019
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La peste verte, vrai visage de l'antisémitisme
 
"Elle est à nous la France !", a crié l’homme à la barbe teinte au henné, un keffieh palestinien autour du cou. La scène s’est déroulée samedi à Paris, lors d’une prise à partie d’Alain Finkielkraut. Rejoignant son domicile à pied, le philosophe s’était retrouvé par hasard sur le parcours de Gilets jaunes qui manifestaient. Le barbu, filmé à ses dépens, a été des plus injurieux, au milieu d’une poignée d’autres enragés. Parmi les propos entendus : "Barre-toi, sioniste de merde !", "Palestine libre !", "grosse merde sioniste !", "à Tel Aviv !", "nous sommes le peuple, Dieu va te punir !", "tu es un haineux et tu vas mourir en enfer !", etc. Et ce fameux : "Elle est à nous la France !", fleurant bon l’extrême droite. Du nanan pour tous ceux qui, Bernard-Henri Lévy en tête, dénoncent depuis trois mois l’antisémitisme fondamental des Gilets jaunes et, partant, l’illégitimité de leur révolte. C’est également cette accusation infâmante qu’avait suggérée le ministre Gérald Darmanin, en parlant de "peste brune" à propos des manifestations du 25 novembre 2018 sur les Champs-Elysées. Précédemment, en juin, le chef de l’Etat lui-même avait évoqué "la lèpre qui monte", partout en Europe avec la montée du populisme. Depuis le 17 novembre, date de la première mobilisation des Français oubliés, une propagande venue des amis d'Emmanuel Macron consiste à laisser croire que les Gilets jaunes doivent être tenus pour collectivement responsables des outrances commises par des groupuscules. Le déchaînement antisémite de samedi aurait dû être là pour leur donner raison. Mais les faits sont têtus : l’homme qui hurle : "Elle est à nous la France!" a été identifié comme un islamiste ayant évolué dans la mouvance radicale en 2014, selon Le Parisien de ce lundi.
Les macroniens demandent aux Gilets jaunes, avec raison, de se désolidariser de ces intrus. Toutefois, les donneurs de leçons ne font rien, eux-mêmes, pour désigner les vrais antisémites. Ils se contentent de pointer paresseusement un "fascisme" et un "néo-nazisme" devenus marginaux, s’ils existent encore. Ces fakes news sont cautionnées par le pouvoir et le discours dominant, qui disent pourtant lutter contre les mensonges. Les désinformations ont pour conséquence de fermer les yeux sur les nouveaux antisémites, ceux qui ont agressé Finkielkraut au nom d’un antiracisme dévoyé. Ces judéophobes grenouillent majoritairement à gauche, à l’extrême gauche, chez les islamistes et leurs alliés soraliens (Alain Soral et Dieudonné). Les coucous étaient dans la manifestation parisienne de samedi. Ils sont les "vrais fauteurs de haine" comme l’a bien dit Finkielkraut dimanche. La peste n’est pas brune mais verte et rouge. La lèpre qui monte n’est pas chez le peuple français qui veut renaître, mais chez ceux qui veulent s’accaparer la France ("Elle est à nous !", dit le salafiste) au nom d’un grand remplacement qui reste l’objectif d’une idéologie totalitaire et conquérante. Les Tartuffe sont légion chez les arbitres des élégances qui, à l’instar du PS, appellent mardi à manifester contre l’antisémitisme sans inviter le Rassemblement national, au prétexte que ce parti n’aurait pas rompu avec "la fachosphère" (Olivier Faure, PS, sur RTL ce matin). Pour ma part, en dépit de ma totale et ancienne solidarité avec les Français juifs et leurs alertes répétées, je ne m’associerai pas à cette démonstration insincère. Je ne veux pas y côtoyer, en effet, les faux culs et les lâches qui n’osent nommer la source de l’antisémitisme contemporain qu’ils prétendent combattre en l’épargnant.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 18 février 2019
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Cette gauche frappée de daltonisme politique
 
Ils ont dit stop ! Ils ont dit non à l'antisémitisme ! Non au retour des années 30 ! Ils ont piétiné sur la place de la République qui leur rappelle tant de bons souvenirs. Les socialistes et toutes les associations antiracistes ont battu le pavé comme à leurs plus belles heures. Ils ont évoqué leurs souvenirs en commun. Ils ont frotté leurs belles âmes les unes contre les autres. L'antisémitisme, c'est leur truc ! Comme l'antiracisme. Comme toutes les causes humanistes qu'ils manient avec l'expérience des vieux loups de mer. Ils ne se rendent même pas compte que leur indignation est devenue un sujet de détestation, voire de franche rigolade. Nietzsche disait jadis : "Il n'y a pas plus menteur qu'un homme indigné." Et beaucoup de Français l'ont désormais compris. La gauche antiraciste continue de chercher les chemises brunes et ne voit pas les foulards verts. Ce daltonisme politique serait risible s'il n'était tragique. Les antisémites d'aujourd'hui ne trouvent pas leur inspiration dans Maurras mais dans le Coran. Ceux qui, depuis des années, ont tué des Juifs dans les rues de Paris ou de Toulouse n'ont pas crié "Heil Hitler !", mais "Allah Akbar !".
 
L'antisémitisme français traditionnel peut encore survivre à l'état individuel ; il n'est plus un phénomène politique depuis 1945. C'est la Seine-Saint-Denis islamisée que les Juifs quittent en masse, pas le XVIe arrondissement de Paris. L'antijudaïsme catholique a été démantelé par Vatican II. En revanche, des dizaines d'églises sont, depuis des mois, profanées, saccagées, voire brûlées. On aimerait que la police découvre les coupables…

Il y a aujourd'hui une alliance politique entre l'extrême gauche, qui cherche dans les banlieues des troupes pour lutter contre l'Etat et le capitalisme, et les Frères musulmans, qui cherchent une alliance avec des Français pour islamiser la France. Dans leur stratégie, les Juifs sont des ennemis parce qu'ils sont capitalistes et sionistes ; et les catholiques aussi, parce que ce sont des conservateurs et des croisés.
La gauche, à part quelques individualités iconoclastes, n'ose pas regarder cette réalité en face. Elle forme depuis des années le camp du déni, continue de prétendre que l'immigration est "une chance pour la France", que l'islam est "une religion de paix et d'amour" sans vouloir comprendre que le terreau de l'antisémitisme se trouve là. Et la droite s'est depuis longtemps soumise idéologiquement à la gauche.
Quant aux "gilets jaunes", ils ont payé très cher leur désorganisation. Ils ont été noyautés, puis submergés par des forces militantes mieux organisées et plus déterminées. Le gouvernement est trop content de leur mettre sur le dos les violences des black block et, désormais, l'antisémitisme vociférant des salafistes et des islamo-gauchistes. De son côté, la France insoumise tangue, à l'instar de son chef Jean-Luc Mélenchon, entre vieux réflexes de patriotisme républicain et nouvelles tentations islamo-gauchistes. Le paysage politique est complètement nouveau et terrifiant : c'est pour cette raison que la gauche préfère évoquer entre soi le bon vieux temps.

Paru dans Le Figaro Magazine, 22 février 2019
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Schiappa, attaque idéologique, erreur tactique
 
Voilà ce qui s'appelle rater sa cible. Une interview de Marlène Schiappa dans Valeurs actuelles, voilà qui était osé. Pour les deux parties, tant l'hebdomadaire d'une droite assumée et la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes semblent aux antipodes l'un de l'autre. Pour Valeurs actuelles, une preuve d'ouverture. Pour Schiappa, l'occasion de démontrer que son féminisme ne l'empêche pas de dialoguer avec ceux qui ne pensent pas comme elle. Et plus encore, de convaincre qu'elle a des positions plus équilibrées que ses adversaires le prétendent.
Et de fait, dans cet entretien, elle réaffirme son opposition à la GPA, s'indigne du déni sur les agressions sexuelles commises par des migrants, dénonce – enfin ! - la chronique salace et sexiste de Daniel Morin sur France Inter humiliant la journaliste Charlotte d'Ornellas, pourfend l'écriture inclusive et fustige ces débats féministes dont les hommes sont exclus. Bref, l'intention initiale n'était pas de "choquer le conservateur", mais plutôt de le toucher.
 
Pourquoi alors ce postulat aussi aberrant qu'insultant d'une "convergence idéologique" entre la Manif pour tous et "les terroristes islamistes" ? Pourquoi prétendre qu' "il y a des slogans de la Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues" ? Des survivants du Bataclan se souviendraient-ils donc d'avoir entendu leurs agresseurs chanter - dans une tonalité grégorienne, on imagine – "un père, une mère, c'est élémentaire", avant de sortir leurs kalachnikovs ?
Au moment où la quasi-totalité des dirigeants de droite se reprochent aujourd'hui d'avoir combattu dans la rue la loi Taubira, on ne demande pas à une ministre sincèrement "progressiste" de ne pas critiquer les opposants au mariage et à l'adoption pour tous. Mais si le choc des arguments peut être vif, l'outrance ne grandit jamais celui ou celle qui en fait preuve. Et il est toujours paradoxal de vouloir dénoncer le sectarisme de ses adversaires idéologiques en versant soi-même dans la caricature, voire la diffamation en qualifiant d' "homophobie" toute opinion non conforme à un discours officiel et en amalgamant un conservatisme sociétal qui s'assume sans pour autant l'imposer à un islamisme de nature totalitaire.
 
Mais, au-delà du débat de fond, Marlène Schiappa commet trois erreurs tactiques.
La première la concerne, elle : renouer avec une image d'amateurisme ou de celle par qui la polémique arrive, qu'elle s'efforçait de corriger avec opiniâtreté.
La deuxième concerne son gouvernement et sa majorité : avec une telle sortie, difficile pour Emmanuel Macron de convaincre de sa volonté d' "apaiser" la société, de rechercher le "consensus" sur les questions sociétales les plus délicates, de tirer les leçons d'une méthode qui avait "humilié" les opposants au mariage pour tous. Après Agnès Buzyn estimant qu'en choisissant François-Xavier Bellamy LR n'aura plus de "républicain que le nom", le mistigri de l'intolérance revient dans le jeu des Marcheurs.
La troisième erreur concerne la droite : alors que Macron mise sur un divorce à droite sur les questions sociétales, Marlène Schiappa a réussi à réconcilier la droite Wauquiez et la droite Pécresse dans une même condamnation de ses attaques contre la Manif pour tous.

Paru dans Le Figaro, 22 février 2019
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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