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Le ralliement des droites, l'idée en marche
 
Alors qu'une vague conservatrice s'abat sur l'Europe, la France navigue à contre-courant. Il serait pourtant temps que tous ceux qui entendent résister à la lente dilution d'une Europe construite sur la diversité, le multiculturalisme et l'accommodement avec l'islam conquérant s'allient.
 
Un pas est franchi : évoquer un rapprochement des droites n'indigne plus les maîtres de ballet. Sur ce sujet comme sur d'autres, se vérifie la remarque de Schopenhauer : "Toute vérité franchit trois étapes : d'abord elle est ridiculisée. Ensuite elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence."
Votre serviteur, qui a enduré la première étape en décrivant la centralité de la crise identitaire, confirme le constat : les infamies se tarissent. Il est devenu banal d'évoquer la submersion migratoire, la perméabilité des frontières, la dangerosité de l'islam politique, le renoncement à protéger la nation. L'idée fixe est une opiniâtreté qui a permis à Ulysse de triompher des tempêtes et des pièges pour rejoindre son Ithaque, comme le rappelle brillamment Sylvain Tesson. Cet entêtement peut aussi devenir une vertu pour ceux qui refusent de se laisser distraire ou décourager. C'est ainsi que les interdits finissent par voler en éclats sous la force du bon sens.
 
Le ralliement des droites, embourbées dans leurs tranchées, fait partie de ces dénouements inévitables. L'Italie, maintenant dirigée par une coalition antisystème en dépit d'une tentative d'obstruction vite dénouée, offre un exemple à suivre de près. Si la défense de l'euro a servi de prétexte au président de la République, Sergio Mattarella, pour tenter de mettre au pas les deux alliés (la Ligue et le M5S), il n'a rien trouvé à redire au projet de Matteo Salvini (la Ligue) d'expulser 500.000 clandestins. "La planque, c'est fini. Les clandestins doivent faire leurs valises et partir dans le calme", a déclaré ce dernier, nommé ministre de l'Intérieur. En Italie comme ailleurs en Europe, le problème migratoire suffit à constituer des rassemblements souverainistes contre la globalisation. Les querelles économiques sur la place du libéralisme passent au second plan dans cette mobilisation pour la reconquête des cultures oubliées.
 
Le choix d'Emmanuel Macron pour le postnationalisme, la souveraineté européenne et l'ouverture à la mondialisation devrait être une raison suffisante pour obliger les droites à passer outre d'archaïques "lignes rouges" : celles-ci interdisent de consolider tout front commun, au bénéfice du pouvoir en place. Le clivage entre gauche et droite ne signifie plus grand-chose quand le débat se structure entre les partisans d'un monde ouvert et indifférencié et ceux d'un retour aux frontières et aux enracinements. Quatre leaders Républicains se sont faits, mardi dans Le Figaro , les avocats d'une Europe fière de ses racines et à l'écoute des peuples: leurs mots étaient ceux que tiennent également Marine Le Pen, Marion Maréchal, Nicolas Dupont-Aignan et tous ceux qui entendent résister à la lente dilution d'une Europe construite sur la diversité, le multiculturalisme et l'accommodement avec l'islam conquérant. Les Républicains, qui veulent faire bande à part, ne peuvent ignorer que l'union fait la force.
Le cordon sanitaire, que suggère encore Laurent Wauquiez (LR) quand il refuse tout contact avec le FN recentré, est à côté de la plaque. Même Marine Le Pen est descendue de son Aventin : elle se dit prête à des alliances, dans une recomposition de la vie politique. Elle vient d'ailleurs de rebaptiser son mouvement Rassemblement national, le week-end dernier. Sa nièce, Marion, jure pour sa part qu'elle ne fait pas "un retour politicien" en ouvrant cette année, à Lyon, un institut de formation politique (l'Issep) s'inscrivant dans le nouveau courant conservateur. Reste que la jeune femme de 28 ans a déjà rejoint le top 10 des politiques. Elle pourrait être bien placée, demain, pour représenter une seule et même droite libérale, conservatrice et sociale, si ses aînés s'entêtent dans les guéguerres du vieux monde. Il ne faut pas non plus exclure, après les Européennes et les municipales, la survenue d'un fédérateur inattendu.
Macron a prouvé qu'un jeune hussard sorti de l'ombre pouvait enlever une élection.
Paru dans Le Figaro, 8 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Etats-Unis : le mythe de l’isolationnisme bienveillant
 
Il existe de nombreux mythes à l’égard des Etats-Unis. Dans la situation actuelle du monde, deux méritent que l’on s’y attarde. Ils seraient isolationnistes et bienveillants. Le premier remonte aux origines de la jeune république et à leur intervention tardive dans la Première Guerre mondial, le second au débarquement de juin 44, aux GIs et au chocolat qu’ils distribuaient aux enfants. C’est la vision qu’en ont les Européens. Les pays d’Amérique du sud qui vivent peu ou prou sous leur joug depuis deux cents ans, en ont une autre. La réalité diffère de cette image d’Épinal. 
 
Dès l’origine, l’élite américaine s’est considérée comme dotée d’une mission envers le monde. Cette vision sous-tend encore aujourd’hui la politique extérieure des États-Unis. Elle est présente dans de nombreux documents dont deux publiés récemment : le National Security Strategy et le National Defense Strategy. L’un et l’autre réitèrent l’ambition hégémonique des États-Unis ce qui, du même coup, place l’Europe sous leur tutelle et rend impossible toute paix négociée avec la Russie et la Chine, perçues comme concurrents. George W. Bush a parfaitement exprimé cette vision manichéenne du monde dans son discours du 21 septembre 2001: "vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous…". Le message est univoque. Cette vision est dangereuse par les décisions qu’elle engendre. En voici les origines et l’évolution au cours du temps. 
 
Les Pères fondateurs
Deux discours sont à l’origine du mythe isolationniste. Dans son discours d’adieu, George Washington a donné ce conseil à ses successeurs : "il est de notre intérêt de ne pas nouer d’alliances permanentes avec quelque région du monde que ce soit". Dans son discours inaugural, Thomas Jefferson déclara : "Paix et commerce, amitié loyale avec toutes les nations ; alliances enchevêtrées avec aucune". En fait, l’un et l’autre exprimaient publiquement une opinion qui avait cours dans la nouvelle république. Ainsi, Alexander Hamilton s’inquiétait-il de la rivalité entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne rivalité qui pourrait, par le jeu des alliances, entraîner les Etats-Unis dans le "pernicieux labyrinthe des guerres européennes". Il convient donc de se garder d’alliances enchevêtrées, et de s’équiper d’une marine puissante pour "être en mesure de dicter les conditions régissantes les relations entre le vieux et le nouveau monde". (1) Il y a dans cette déclaration les prémices d’une vision hégémonique qui se confirme avec la Doctrine de Monroe, la Destinée manifeste et "l’exceptionnalisme américain" auquel Barack Obama se référera dans l’un de ses discours à l’ONU. (2) Au plan stratégique, elle est théorisée par l’amiral Alfred Mahan qui préconise la construction d’une flotte de guerre. Ses sources sont les Pèlerins du Mayflower, partis fonder une nouvelle Jérusalem, et les philosophes du siècle des Lumières. Alliant spiritualité et matérialisme, cette vision est incohérente.
 
Très vite, elle se mue en ambitions territoriales. La guerre de 1812 est une guerre de conquête. A peine remis de la guerre d’Indépendance, alors même que les dettes contractées à cette occasion ne sont pas remboursées, les États-Unis se lancent à la conquête du Canada. Le général Andrew Jackson qui deviendra le septième président, exprime les ambitions de la jeune république lorsqu’il déclare que ses hommes sont animés d’une ambition égale à celle de Rome. Quelques années plus tard, les États-Unis déclarent la guerre au Mexique et s’approprient un tiers de son territoire pour former les états du Texas, de l’Arkansas et le sud de la Californie. En juillet 1853, le commodore Matthew Perry, à la tête d’une flottille de canonnières à vapeur, remit au gouvernement japonais une lettre du président Fillmore exigeant l’ouverture du Japon au commerce américain. N’ayant pas obtenu satisfaction, il revient sept mois plus tard accompagné de bâtiments britanniques, français et russes. Cette fois, le gouvernement japonais se plia aux exigences américaines et signa la convention de Kanagawa. En 1898, les Etats-Unis prennent prétexte d’une explosion à bord de l’USS Maine dans le port de la Havane – explosion qu’ils avaient eux-mêmes provoquée – pour déclarer la guerre à l’Espagne et s’emparer de Cuba et des Philippines. Cette même année, ils annexent la république d’Hawaï, dirigée par Stanford Dole de la Dole Food Company. Les États-Unis sont une puissance coloniale.
 
En cent ans, les Etats-Unis ont multiplié la surface de leur territoire par un facteur de dix et leur population par un facteur de 100. En 1913, ils sont la première puissance économique avec une production d’acier de 31,5 millions tonnes, devant l’Allemagne (19,3 millions) et la Grande-Bretagne (10,4 millions). Leur prétention à l’hégémonie s’exprime dès les premières heures de la République avec le Capitol, siège du Congrès, en référence à la Rome antique, ainsi que la Bibliothèque nationale et ses 162 millions d’ouvrages qui rappelle celle d’Alexandrie.
 
Première et deuxième guerres mondiales
A l’aube de la première guerre mondiale, ils en sont là. Ils sortent de la crise économique de 1907, et ne veulent pas être impliqués dans une guerre européenne. Pour assurer sa réélection, Woodrow Wilson a pris pour slogan "America First " ! Sur les champs de bataille, 1916 est une année meurtrière et indécise. Si les alliés gagnent, les Américains savent que ni la Grande-Bretagne ni la France ne constituent une menace à leurs ambitions dans le Pacifique. En revanche, si le Kaiser l’emporte, ils seront confrontés à une puissance transcontinentale au cœur de l’Europe qui, pour les raisons décrites par le géographe britannique Harold Mackinder, peut faire obstacle à leurs ambitions. Pour les dirigeants américains, conscients d’être à la tête de la première puissance économique et désireux d’en tirer profit, cette éventualité est inacceptable. La révélation, par les services secrets britanniques, du télégramme de Zimmerman, ministre des Affaires étrangères du Kaiser, à son ambassadeur à Mexico, proposant une alliance aux Mexicains pour récupérer les territoires perdus jadis, les convainc d’entrer en guerre.
 
Woodrow Wilson n’obtiendra pas la majorité des deux tiers au sénat pour ratifier le Traité de Versailles. Cet échec qui demeure un sujet de débat aux Etats-Unis, est dû principalement à des questions de politique interne, et non à un isolationnisme indéfini, comme il est souvent dit en Europe. La période de l’Entre-deux guerres se divise en deux phases. Pendant la première, les Etats-Unis sont très actifs sur la scène internationale en utilisant la diplomatie du dollar avec les Plans Dawes (1924) et Young (1929). Leur but est de garantir le repaiement des dettes de guerre de leurs alliés, tout en aidant l’Allemagne à se redresser. Dans la seconde, empêtrés dans une crise économique d’ampleur dont ils ne savent comment s’en sortir, ils adoptent une politique protectionniste avec le Smoot-Hawley Act (1930) qui aggrave les difficultés économiques de l’Europe. Puis, leurs grandes entreprises (General Electric, Standard Oil, Ford, ITT, etc.) facilitent par des accords avec des sociétés allemandes (I.G. Farben, Thyssen, etc.) la mainmise d’Hitler sur l’Allemagne. Le dictateur est alors perçu comme un rempart contre le communisme et l’URSS. Cette coopération ne se comprend que si l’on sait que dans le même temps Wall Street ourdissait un complot pour renverser Franklin Roosevelt, perçu comme un socialiste. Approché pour en prendre la direction, le général Smedley Butler refusa. Il écrira plus tard un pamphlet au titre évocateur : "War is a racket ".
 
C’est Hitler qui déclara la guerre aux États-Unis le 11 décembre 1941, et non l’inverse, comme on le croit souvent. Il espérait ainsi inciter les Japonais à déclarer la guerre à l’Union soviétique. Ceux-ci s’en gardèrent bien.
 
L’impérialisme américain
Sortis victorieux de la Seconde Guerre mondiale, grâce en partie aux sacrifices humains de l’armée soviétique, désireux de ne pas répéter les erreurs de l’Entre-Deux guerre, les Etats-Unis renoncent aux réparations de guerre et organisent une réunion à Bretton Woods dans le New Hampshire à l’été 1944 pour jeter les bases de l’architecture économique de l’après-guerre. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une action bénévole mais d’une initiative destinée à contrôler l’Europe et l’Asie du sud-est pour éviter une nouvelle guerre et assurer des débouchés à leur agriculture et à leur industrie, ce que le Plan Marshall fera superbement. Désorganisés, ruinés, conscients de ne pouvoir vivre en paix, les Européens se soumettent d’autant plus volontiers au diktat américain que la menace soviétique planait au-dessus d’eux. Le traité de l’Atlantique nord avec son bras armé l’Otan, signé en 1949, leur accordent la protection américaine qu’ils souhaitent. Les Japonais signent le traité de l’Asie du Sud-Est en 1954. (3)
 
En 1945, les Etats-Unis détiennent 72 % des réserves d’or. Leur économie est florissante et la première au monde (huit fois supérieure à l’économie britannique, la seconde au monde). Avec les accords de Bretton Woods, ils se convertissent au libre-échangisme qui désormais sert leurs intérêts. Traditionnellement, ils sont protectionnistes. (4) Derrière le conflit racial de la guerre de Sécession se cache une lutte de pouvoir entre un Nord industriel, protectionniste en pleine expansion, et un Sud agricole, libre-échangiste et sclérosé. Le Nord l’emportera et l’industrie américaine se développera à l’ombre des subventions et des tarifs douaniers. Les États-Unis suivent en cela l’exemple de la Grande-Bretagne qui devint libre-échangiste quand ses intérêts l’exigèrent, à la suite de la révolution industrielle et de la conquête de l’Inde.
 
Dans les années de l’immédiat après-guerre, la Grande-Bretagne représentait pour les États-Unis, avec la livre sterling et son empire, un concurrent potentiel sérieux qu’il convenait d’éliminer. Les États-Unis qui n’avaient pas demandé de réparations de guerre à l’Allemagne, exigèrent de la Grande-Bretagne qu’elle rembourse ses dettes de guerre en totalité et qu’elle maintienne la livre sterling à sa parité d’avant-guerre – cette surévaluation fit perdre à la livre son auréole vieille de cent cinquante ans et détruisit l’équilibre de la balance commerciale. Cela tua toute velléité impériale que Londres pouvait encore caresser. En 1947, l’Inde – le joyau de la couronne – devenait indépendante. Le démembrement de l’Empire britannique était inscrit en filigrane dans la charte de l’Atlantique d’août 1941. Les Britanniques payèrent au prix fort leur "relation spéciale " avec les États-Unis.
 
La construction européenne qui naît d’un désir de paix des Européens, est encouragée par Washington, voire téléguidée. Les Etats-Unis veillent en effet à leurs intérêts. Le traité de l’Elysée, né de la volonté du général de Gaulle de rapprocher l’Allemagne et la France, est vidé de son contenu par le préambule ajouté à la version allemande.
 
De la Guerre froide à la mondialisation
Deux documents rendent compte de la politique des Etats-Unis pendant la Guerre froide : le Long télégramme de George Kennan de juillet 1947 et le NSC68 d’avril 1950. Le premier préconise de contenir l’Union soviétique qui, profitant de ses gains militaires pendant la Seconde Guerre mondiale, a agrandi sa sphère d’influence jusqu’à Berlin. Dans le second, les Etats-Unis se présentent comme le défendeur du monde libre et des valeurs universelles inscrites dans la charte des Nations unies, et proposent un programme politique, économique et militaire destiné à renforcer la démocratie en Europe, à accroître le bien-être des populations et à prévenir toute agression soviétique à l’ouest. Au plan politique, il se traduit dans les faits par des opérations clandestines d’une brutalité peu commune. La plus connue – Gladio – sera responsable de l’assassinat de l’ancien président du conseil italien Aldo Moro qui avait conclu un "compromis historique" avec le secrétaire du Parti communiste italien, Enrico Berlinguer. (5) Au plan économique, il est à l’origine du "Miracle allemand" et des Trente glorieuses. Au plan militaire, il donne lieu à une course à l’armement qui sera fatale à l’Union soviétique.
 
Trois évènements mettent fin à la guerre froide et ouvrent la voie à une nouvelle ère : la mondialisation. Ce sont la chute du mur de Berlin en novembre 1989, l’effondrement de l’Union soviétique en décembre 1991 et le ralliement de la Chineà l’économie socialiste de marché lors du 14ème congrès du Parti communiste chinois. On assiste alors à un décollage du commerce mondial suivi d’une croissance quasi exponentielle de l’économie chinoise. (6) Le monde se révèle sous un nouveau jour : le rééquilibrage entre l’est et l’ouest. Cette évolution est perçue différemment à Pékin et à Washington. Les Chinois y voient l’avènement d’un monde multipolaire, alors que les américains y voient la confirmation de la supériorité de leur modèle. Deux documents l’attestent : la doctrine de Wolfowitz, du nom du Secrétaire adjoint à la Défense, et le Projet pour un nouveau siècle américain de William Kristol et Robert Kagan. (7) La doctrine est d’une simplicité biblique dans son énoncé : "Notre objectif premier est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs qui pose une menace du même ordre que celle posée par l’Union soviétique". Le Projet pose pour principe que ce qui est bon pour l’Amérique l’est aussi pour le monde. C’est une réaffirmation des "valeurs morales" et de la vision impériale des Etats-Unis. Dans les faits, cette vision se traduit par des guerres à la périphérie de l’empire. (8) Lors d’un discours au Commonwealth Club de Californie le 3 octobre 2007, le général Wesley Clark, ancien commandant en chef de l’Otan, affirme que dix jours après le 11 septembre, le Pentagone a pour objectif de détruire l’Iraq, la Syrie, la Lybie, la Somalie, le Soudan et l’Iran. Notant que ce plan n’a fait l’objet d’aucun débat public, Wesley Clark le qualifie de coup d’état politique. A la suite du 11 septembre, la guerre "contre la terreur" et "l’axe du mal" de George W. Bush fait suite à celle de Ronald Reagan contre "l’Empire du mal", toujours au nom des valeurs américaines.
 
Donald Trump, l’apostat enchaîné
Donald Trump estime l’architecture géopolitique mise en place à la fin de la guerre obsolète, lourde et coûteuse. Il l’assimile aux alliances enchevêtrées de Jefferson et souhaite la remplacer par des traités bilatéraux qui seront nécessairement profitables aux États-Unis en raison de leur puissance politique, économique et militaire. Il se retire donc du Partenariat transpacifique, refuse de réaffirmer l’adhésion des États-Unis à l’article V de l’Otan qui lie les signataires en cas d’agression, se désengage de l’accord de Paris sur le climat et reconnaît Jérusalem comme capital d’Israël. Si l’on exclue cette dernière décision qui s’inscrit dans un cadre particulier, sa politique remet en cause l’architecture de l’après-guerre et ses institutions internationales. En 2016, pendant sa campagne électorale, il dénonce l’invasion de l’Irak et la destruction de la Libye. Sa décision de taxer les importations d’acier et d’aluminium, suivi de celle d’imposer un tarif douanier sur les importations chinoises signale un retour au protectionnisme, potentiellement désastreux pour l’économie mondiale. Pour les néoconservateurs, cette remise en cause est une apostasie (hors sa position sur l’Iran et Jérusalem), apostasie d’autant plus grande qu’elle s’accompagne d’un désir de normaliser les relations avec l’ancien ennemi, la Russie afin de s’opposer à la puissance chinoise. Or, le complexe militaro-industriel a besoin de cet ennemi traditionnel pour justifier les budgets de la défense, d’où la diabolisation constante de Vladimir Poutine.
 
Donald Trump atteindra-t-il ses objectifs ? Il est permis d’en douter. C’est un homme seul, sans organisation politique, ni expérience washingtonienne. Il a été choisi par défaut et non par adhésion. Il doit son succès électoral aux milliardaires Robert Mercer et Sheldon Adelson tout autant qu’aux "petits blancs" du Midwest ou des Appalaches. Il est narcissique, versatile et incohérent. Les leviers de pouvoir sont aux mains des néoconservateurs. La nomination de Mike Pompeo au ministère des affaires étrangères, et celle de John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale le confirment, sans parler de Nikki Haley, ambassadrice aux Nations unies, qui n’hésite pas à s’opposer frontalement à la Maison Blanche, déclarant que "la Russie n’est pas et ne sera pas notre ami".
 
L’Europe se trouve en porte-à-faux face à cette nouvelle orientation que Donald Trump donne à la politique étrangère américaine. C’est le message d’Emmanuel Macron lors de son discours au Congrès. La décision du président américain de sortir de l’accord nucléaire iranien lézarde un peu plus une relation transatlantique fragilisée.
 
Réaffirmation de la stratégie militaire
La publication du National Security Strategy en décembre 2017 et du National Defense Strategy en février 2018 réaffirment la politique traditionnelle du Pentagone. La Russie et la Chine sont des puissances "révisionnistes", accusées de vouloir imposer leur modèle autoritaire au reste du monde. L’Iran et la Corée du Nord sont des états voyous. Les deux documents centrent la stratégie de défense sur les "concurrents" russe et chinois. Le second, rédigé par le Pentagone, admet tacitement que les guerres de ces quinze dernières années au Moyen-Orient n’ont pas donné les résultats attendus ce qui est un euphémisme. En dépit de cet échec, les dirigeants n’hésitent pas à menacer leurs "concurrents". Dans un discours à la Johns Hopkins University, le ministre de la défense, le général James N. Mattis, déclare à leur adresse : "si vous nous défiez, ce sera votre jour le plus long et le plus triste".
 
Dans un troisième document, la Nuclear Posture Review, le Pentagone élargit la définition des "circonstances extrêmes" qui justifient l’utilisation préventive de l’arme nucléaire en réponse à une attaque conventionnelle. Il y inclut les attaques cybernétiques, sans les mentionner nommément. A cette politique inquiétante qui multiplie les raisons de recourir à l’arme nucléaire, s’ajoute leur miniaturisation qui en facilite l’usage, en effaçant la différence de nature qui les sépare des armes conventionnelles. Dans un sophisme propre aux penseurs du Pentagone, le document soutient que loin d’abaisser le seuil d’utilisation de l’arme nucléaire, cette extension de l’utilisation de l’arme nucléaire la relève en dissuadant quiconque d’attaquer les États-Unis avec des armes conventionnelles.
 
Ces trois documents annoncent un retour à la politique d’endiguement de jadis, centrée cette fois sur la Russie et la Chine qui auraient profité de la guerre contre le terrorisme pour avancer leurs pions sur l’échiquier mondial. Ils annoncent également un investissement important dans du matériel militaire lourd (tanks, avions, navires, missiles, etc.). Les déclarations récentes des officiers supérieurs responsables des "Central Commands" d’Europe, d’Asie et du Moyen Orient le confirment. (9)
 
Pour autant, les États-Unis veulent-ils la guerre ? Non, ils souhaitent la soumission et non la destruction de leurs concurrents qui serait aussi sans doute la leur. Pour y parvenir, ils emploient la menace, le bluff et le mensonge. Les propos de James Mattis font allusion à Hiroshima et à Nagasaki, et sont un rappel du traitement infligé à la nation qui osa s’en prendre aux États-Unis. Ronald Reagan fut probablement le seul à croire à la Guerre des étoiles qui n’était qu’un formidable bluff pour entraîner l’Union soviétique dans une course à l’armement, mais elle eut l’effet attendu. Cette course détruisit l’économie soviétique et précipita sa chute. La promesse de James Baker, ministre des affaires étrangères de George Bush père, que l’Otan n’avancerait pas d’un pouce à l’Est après la réunification de l’Allemagne, est un mensonge que Mikaël Gorbatchev eut la faiblesse de croire.
 
Une vision dangereuse du monde
Toutes les nations ont leurs mythes. La France a les siens, la Grande-Bretagne aussi. Les Etats-Unis ont les leurs. L’isolationnisme en est un, la bienveillance en est un autre. Mais, ils ne sont ni isolationnismes, ni bienveillants. Ils sont impérialistes et prédateurs, comme l’autorise leur puissance. Mais, cette puissance ne leur donne pas le droit d’imposer leur vision au reste du monde. Cette vision telle qu’exprimée dans les documents cités ci-dessus, exclue tout compromis et oblige donc l’ennemi ou le concurrent à se soumettre. Elle est hors du temps et des évènements. Elle va à l’encontre des souhaits du peuple américain qui est pacifique et généreux. Elle est dangereuse.
 
Elle ignore la montée en puissance de la Chine, deuxième puissance économique avec des ambitions régionales et mondiales assumées. La nouvelle "route de la soie" que construit Xi Jimping, est la concrétisation des craintes exprimées par Harold Mackinder en 1904. Potentiellement, elle isole les Amériques de l’Eurasie, premier continent par sa superficie, sa population et son économie. La vision américaine ignore aussi les ambitions russes. Le 1er mars, Vladimir Poutine a annoncé la mise au point de nouveaux missiles hypersoniques qui rendent obsolète le système de défense américain. Ils sont la réponse de la Russie à la décision unilatérale de George W. Bush de se retirer du traité anti-missile. Dans son discours, Poutine a pris soin de préciser que les nouveaux missiles n’avaient qu’un rôle défensif et a invité les Occidentaux à négocier un traité de paix. Les Européens se sont tus. Les médias américains ont dénoncé des propos agressifs et mensongers. Mieux informé, le chef du Strategic Air Command, le général John Hyten, a déclaré devant une commission sénatoriale qu’il n’était pas en mesure de répondre à une telle attaque.
 
Cet accroissement de la tension entre les deux premières puissances nucléaires comporte un risque apocalyptique. Dans une atmosphère tendue, les risques qu’une erreur humaine déclenche une guerre nucléaire sont très grands. Dans un rapport d’avril 2014, intitulé "Too close for comfort", Chatham House relève qu’en treize occasions pendant la guerre froide, il s’en est fallu de peu qu’une guerre nucléaire ne soit déclenchée en raison d’une défaillance technique ou d’une erreur humaine. En 2015, William Perry, ancien ministre de la défense des États-Unis, publie un livre intitulé "My journey at the nuclear brink " dans lequel il fait part de ses inquiétudes sur les risques que l’arme nucléaire fait courir à l’humanité. La dangerosité des temps actuels est soulignée par la décision du Science and Security Board of the Bulletin of Atomic Scientists qui compte quinze prix Nobel, de régler l’horloge du jugement dernier, "Doomsday clock", à deux minutes de minuit le 25 janvier de cette année, la rapprochant de trente secondes de l’heure fatidique. Elle n’a jamais été aussi près de minuit sauf en 1953, suite à l’explosion de la première bombe thermonucléaire.
 
Les temps actuels font penser à la crise de Cuba de 1962. Tout au long de sa carrière, John Kennedy fut du côté des faucons. Il rejoint le camp des colombes après avoir mesuré la profondeur de l’abysse nucléaire en compagnie de Nikita Khrouchtchev. Il expliquera la voie qu’il entend suivre à l’avenir dans son discours du 10 juin 1963. Sa mort prématurée ne lui en donna pas l’occasion mais l’avenir lui donna raison. La détente était la seule voie raisonnable. Cela est toujours vrai aujourd’hui. S’il n’existe pas de paix durable en raison de la dynamique des nations et de la nature humaine, les chefs d’Etat et de gouvernement doivent se consacrer sans relâche à son avènement, comme Sisyphe roulant sa pierre.
 
(1) Federalist Paper No. 7 - The Same Subject Continued Concerning Dangers from Dissensions Between the States. For the Independent Journal. Alexandre Hamilton
(2) Ce mythe de l’exceptionnalisme sera renforcé par la vision de Cécile Rhodes qui à la fin du 19ème siècle rêvait d’un monde sous l’égide de l’Empire britannique, de ses lois, de sa culture et de son mode de vie supérieur à tous les autres. Après une mort prématurée, le Milner Group poursuivit son œuvre et créa le Royal Institute of International Affairs, plus connu sous le nom de Chatham House, pour diffuser sa pensée. Le Council of Foreign Relations, voix quasi officielle de la politique étrangère américaine, est une émanation du Royal Institute. Consciente de sa puissance potentielle, l’élite américaine choisira de créer son propre empire.
(3) Le Pacte de Quincy. Le 14 février 1945, de retour de la conférence de Yalta, Franklin Roosevelt conclue un pacte avec Ibn Saoud. Les Etats-Unis accordent leur protection à la monarchie en échange du libre accès au pétrole saoudien. La centralité du Moyen Orient dans la politique étrangère américaine sera réaffirmée par la Doctrine de Carter, énoncée par son conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brezinski, "Notre position est très claire : toute attaque par des forces extérieures pour obtenir le contrôle du Golfe Persique sera tenue pour une attaque contre les intérêts vitaux des Etats-Unis, et sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris militaires".
(4) Alexandre Hamilton se prononce pour la protection des "industries naissantes" dans son "Report on the subject of manufactures", 5 décembre 1791.
(5) Dans l’histoire officielle, Aldo Moro est assassiné par les Brigades rouges.
(6) La Chine adhère à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001.
(7) La nomination de Jeane Kirkpatrick au poste d’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies par Ronald Reagan, annonce un retour à la politique traditionnelle des Etats-Unis après l’intermède de Jimmy Carter. Dans un article intitulé "Dictature et double standard", publié le 1er novembre 1979 dans la revue Commentary, déplorant la chute du Shah et de Somoza, elle se fait l’avocate d’une politique "moralement acceptable" en faveur des dictateurs "modérés" qui soutiennent la politique étrangère américaine, même si occasionnellement ces dictateurs ont recours à la loi martiale, l’emprisonnement et la torture. Cette vision rappelle la réponse de Franklin Roosevelt à son secrétaire d’état, Summer Welles qui lui faisait remarquer que Somoza était un "salaud". Oui, lui répondit le président, mais c’est "notre salaud".
(8) Entre-temps, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski auront réaffirmé par leurs écrits la vocation naturelle des Etats-Unis à diriger le monde.
(9) "Could the Cold War return with a vengeance ?", Michael T. Klare, 3 avril 2018.

Envoyé par l'auteur, 8 juin 2018
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Eurasie                                                          
 
Le bref voyage présidentiel, fin mai, à Saint Pétersbourg, au-delà des différends internationaux sur l'Ukraine, la Syrie et l'Iran, comporte des enjeux infra européens bien plus immédiats.
L'objectif, diffus, peu exprimé mais nécessaire, est de désengager l'Union Européenne, autant que ce sera possible, de l'excessive emprise nord-américaine, et a fortiori de libérer ses axes économiques et stratégiques de surprenantes exigences.
La première rencontre avec Vladimir Poutine à Versailles en 2017, au prétexte d'une exposition historique a été plutôt bien préparée, au tout début de notre nouvelle présidence, sans les salamalecs affichés auprès de la présidence nord-américaine. Relativement positive, elle pouvait présager, sauf accident de parcours, d'une suite favorable. Le chef de l'état russe est un solide briscard de la politique, réservé, imperméable aux pantomimes. Il faut donc en attendre les bons signaux.
 
Côté Russie, après avoir subi un mépris et un ostracisme international très mal vécu, à la suite de la chute et du démantèlement du Bloc soviétique, il s'est avéré fort complexe de reconstruire une dignité indispensable dans les relations planétaires. Cela se fait lentement, d'abord tourné vers l'allié traditionnel, la Chine. L'embarrassant conflit ukrainien continue de bloquer plus ou moins toute initiative heureuse vers les Occidentaux. Depuis un laps de temps désormais suffisant, ce conflit (très embrouillé) est englobé dans une stratégie plus vaste vers les débouchés de Mer Noire, la Turquie d'Erdogan et les actions menées dans le conflit de Syrie. Quant à l'Iran, tous les diplomates bien informés depuis longtemps sur la zone, connaissent l'importante influence russe et la bagarre permanente avec les USA pour garder cet encrage stratégique. Ce ne sont pas les humeurs tempétueuses d'un nouveau président US qui pourront changer des décennies d'influences.
 
Côté Europe, c'est banalité de signaler que l'Union Européenne a du plomb dans l'aile. Devenue monstrueuse machine administrative et financière, elle a perdu son âme, c'est certain. Il n'est plus sûr du tout qu'elle soit encore ressentie comme "bienfaisante" par de nombreux citoyens et gouvernements. Avoir absorbé trop vite et mal des nations incompatibles les unes aux autres, elles-mêmes mal informées des contraintes du contrat. Etre principalement tournée vers un positivisme financier sans contre feux ni barrières sécuritaires, en a fait se détourner bien des esprits. Le désir de s'en échapper existe, jusqu'à sa formulation : le Brexit, le ras le bol de l'austérité imposée en Grèce, crainte en Italie, non appliquée au Portugal, délibérément critiquée en Autriche, partiellement abandonnée en Espagne, le mépris affiché par Bruxelles envers "les Etats du sud", et sa grande réserve envers "les ex-de l'Est", les mini pétaudières des différents Nordiques, ne jouent pas en sa faveur. Mal ressentie aussi, est l'apparente domination allemande avec son inusable chancelière (elle-même vacillante). L'ambiguïté française joue à la fois sur son influence moralisante, sa faiblesse budgétaire et son endettement. L'ensemble est au demeurant miné par la question de l'immigration jetée sur des Etats dispersés sans jamais apporter une stratégie d'ensemble.
 
L'Ouest le vrai, en passe de devenir Western, se tourner vers la Russie, peut ouvrir de nouveaux horizons. La lucarne pratiquée par la présidence française, s'affiche en locomotive d'un nouveau mode d'approche et d'une éventuelle refondation européenne.
En fait, il est urgent de reconstituer ce que les politologues appelaient l'EURASIE, tels Paul Valéry, signalant que "l'Europe n'est qu'une péninsule avancée de l'Asie" : la partie Est (au-delà de l'Oural) de cet immense continent, partiellement exploré, peu et mal exploité,  enclos durant des siècles dans des carcans isolationnistes, utilisé avec parcimonie en raison du manque de moyens et des difficultés d'accès et de survie. Que connaît-on de l'Asie centrale, qu'elle soit russe, chinoise, soviétique ou fraichement indépendante, hors les exploits de Michel Strogoff et les coupoles bleues de Samarkande ?

Il y a pour le présent deux trains à ne pas manquer, qui dessinent déjà les contours du prochain demi-siècle :
 
1° La Russie est européenne : peut-on oublier le contentement de Pierre le Grand aux eaux thermales de Spa (maintenant belges) ? Le pont Alexandre III ? La fascination qu'exerçait Staline sur Winston Churchill ? Le cousinage du dernier tsar avec la reine Victoria ? La villa d'assignation à résidence de Vladimir Oulianov Lénine à Saint Palais sur mer (en France) ? L'argent du Parti en Suisse ? La quasi-totalité des relations internationales de la Russie tsariste puis de l'Union soviétique obsédées par l'accès à la mer, aux océans libres ? Les deux Guerres mondiales ? L'histoire commune est immense. La Révolution de 1917, indélébile, explique tout le XXème siècle.
Et aussi, la Russie fait partie de la Chrétienté, marque de fabrique ineffaçable de l'Europe, même laïcisée. Le partage Est-Ouest de la Guerre Froide, ce long avatar, crée, avec le temps qui passe, le terreau d'une tragique histoire commune. Certes, les procédés politiques ont été et restent souvent douteux, mais il faut tenter d'adopter un autre angle.
 
2° la Russie est maintenant l'incontournable lien avec la dévorante Chine, le pont terrestre avec le nouvel Empire de Monsieur Xi Jinping : il ne faut  surtout pas manquer d'intégrer, ou du moins participer au projet OBOR  - One Belt One Road – la nouvelle route de la soie – destiné à modifier considérablement les principaux flux du commerce international.
Lancé en 2013 par le fameux discours d'Astana du président Xi, l'imposant programme d'une deux fois deux voies traversant l'Eurasie de part en part, sur la trace des caravanes anciennes a, depuis 15 ans, entrainé le développement exponentiel des deux villes de Langzou et de Wuwei, l'installation de relais énergétiques, de champs d'éoliennes et de panneaux solaires, d'étapes matérialisées. La pharaonique entreprise est maintenant sortie de Chine, traverse Kazakhstan et Ouzbekistan, atteint enfin l'est de la Russie où la route se disjoint en 3 branches : la plus importante, reliant Wuwei à Duisbourg devrait être opérationnelle en 2023. Une seconde branche s'oriente au nord vers la Pologne, Moscou et la Baltique (le tracé est fait) ; la troisième ira jusqu'à Téhéran, desservira aussi les ports de la mer d'Arabie, du golfe d'Oman et du golfe
l'expansion de la province enclavée du Gansu, persique. Le fond de l'entreprise n'est, à la base, ni politique ni agressif et ne prévoit pas d'anéantir le grand commerce maritime, la ceinture d'or actuelle, mais de la doubler de dessertes terrestres permettant d'unifier les relations et le commerce de la totalité du continent eurasien. La noria des camions acheminera par route les marchandises en 11 à 15 jours entre Wuwei et Duisbourg alors qu'il faut 5 à 8 semaines par mer. Des prolongations sont prévues jusqu'à Rotterdam, Le Havre, Brest et même jusqu'en Espagne.
Il s'agit d'appliquer à l'Europe l'empreinte chinoise, de développer les relations transversales de l'Eurasie, et, au passage, de réussir à développer l'intérieur même de la Chine en y stabilisant ses populations. Car le marché intérieur chinois est potentiellement énorme. Entreprise sidérante, où la Russie joue un rôle important, par ses investissements, les relais industriels et de maintenance qu'elle peut offrir et le tremplin qu'elle représente vers l'Europe de l'Ouest. Le lien financier et commercial sera inévitable autant qu'évident.
 
Un premier pas pourra être fait en allégeant (voire supprimant) les absurdes sanctions économiques dont elle fait l'objet (souvent contournées par les marchés parallèles).
Le nouveau gouvernement italien l'a évoqué. En fait, la réalisation de l'OBOR sur son territoire va peut-être permettre à la Russie de se "découvrir elle-même" dans l'économie libérale capitaliste. C'est du moins ce qui est espéré par les observateurs les plus avertis, lesquels tablent aussi sur une minorisation de l'emprise nord-américaine sur les marchés internationaux et les flux financiers. Reste le mystère de l'absolue suprématie du dollar, même si la Chine pèse désormais d'un poids considérable, jusqu'à faire jeu égal dans plusieurs secteurs. Il ne faut pas être naïf ; sans doute toutes sortes d'intérêts souterrains sont-ils liés à cette gigantesque entreprise. Ce peut être aussi un énorme gâchis, comme les humains en ont le talent.
L'astuce des différents calendriers dans des domaines très variés, permet toutes sortes de rencontres, à commencer par la Coupe du Monde de Football, qui, comme les Jeux Olympiques, permet de bavarder de manière informelle à la faveur du ballet des avions, réceptions et agapes diverses.
Une certitude : l'avenir proche est un partenariat dans l'aventure de l'OBOR, avec ses bienfaits ou ses méfaits, dans laquelle la Russie devient incontournable. L'Union Européenne et les Etats qui la composent, doivent sortir des guêpiers de l'isolationnisme batailleur.

Envoyé par l'auteur, 7 juin 2018
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La sécu a fait des économies. Devinez sur qui ?
 
La Commission des comptes de la sécurité sociale valide chaque année deux rapports sur les comptes de la sécu, l’un en juin – qui vient d’être rendu public - et l’autre, plus complet, en septembre. En sus des comptes relatifs aux années antérieures, le rapport fournit des prévisions pour l’année en cours.
 
Quelles informations peut-on tirer de ces comptes ?
Chercher à tirer de ces milliers de chiffres des indications claires sur l’état de nos finances sociales serait courir après une chimère. En effet, premièrement il ne s’agit, en juin, que des comptes du régime général, ce qui ne représente pas la totalité de nos dépenses sociales : si c’est la grosse majorité pour la Santé, les accidents du travail et la famille, c’est moins de la moitié pour la Vieillesse. Et deuxièmement, le système des vases communicants entre les finances de l’Etat et celles de la sécu est tel que le résultat comptable de cette dernière ne reflète nullement, comme ce serait le cas pour une entreprise, la différence entre ses recettes propres et ses dépenses : aux recettes propres s’ajoutent en effet des dotations de l’Etat, qui prennent des formes assez diverses (subventions, affectation totale ou partielle de certaines recettes fiscales), et peuvent changer d’une année sur l’autre pour des raisons politiciennes.
Les cocoricos lancés lorsque le déficit semble diminuer, et les pleurs versés lorsqu’il semble augmenter, saluent donc des améliorations ou des aggravations calculées selon des règles comptables qui ne fournissent pas nécessairement des informations pertinentes, du fait des transferts entre Etat et Sécu qui viennent d’être évoqués. En revanche, le rapport est intéressant par les indications qu’il fournit sur les dépenses et sur certaines recettes.
 
Le sacrifice de la branche famille
Depuis plusieurs décennies, la branche famille est celle à laquelle on rogne régulièrement les ailes, en diminuant les prestations qu’elle verse et ses recettes propres, et en augmentant ses transferts à la branche vieillesse. L’évolution récente poursuit dans ce sens. Selon les termes mêmes du rapport, "pour la troisième année consécutive, les prestations légales ont baissé (- 0,2 %)".
Les dépenses en direction de la petite enfance sont au top de cette diminution. Elles ont beaucoup diminué depuis 2 ans, et vont continuer à baisser, surtout les allocations versées durant le congé parental : celles-ci sont passées de 1 788 M€ en 2015 à 1 232 M€ en 2017 et elles sont prévues à 991 M€ en 2018 (- 19,6 % de l’an dernier à cette année). Le nombre des naissances diminue lui aussi depuis 3 ans, mais fort heureusement pas dans les mêmes proportions. Le sens de la causalité, si causalité il y a, va donc beaucoup plus de la ladrerie croissante de ces prestations destinées à permettre aux jeunes mères de "pouponner" un peu, vers la dénatalité, que dans le sens inverse.
La baisse des prestations légales est en partie compensée par une hausse importante des prestations extralégales, qui devrait atteindre presque 12 % de 2015 à 2018. Si l’on y ajoute diverses prestations sous conditions de ressources, complément familial et allocation de soutien familial principalement, toutes deux en progression d’environ 6 % par an en 2016, 2017 et 2018, et les prestations extra-légales, la CNAF devient de plus en plus un organisme d’assistance aux familles en difficulté, et de moins en moins une institution chargée de répartir entre tous les citoyens les frais de l’indispensable investissement dans la jeunesse.
 
La branche vieillesse : forte progression des dépenses et des recettes
Le rapport annonce un doublement de l’excédent de la CNAV, à 1,8 Md€. Il faut dire que, notamment du fait des augmentations de taux décidées par la loi retraite de Janvier 2014, les rentrées de cotisations ont beaucoup augmenté : de 75 Md€ en 2015 à 85,9 Md€ en 2017 et, l’amélioration de l’emploi aidant, 89 Md€ prévus en 2018. Cela explique que la forte augmentation des prestations (de 110,6 Md€ à 126,2 Md€) ait pu se produire en sortant du léger déficit (300 M€) enregistré en 2015 pour arriver à un excédent non négligeable (1,8 Md€ en 2017 ; 1,3 Md€ prévus en 2018).
Les comptes de la CNAV seraient néanmoins fortement déficitaires sans les dotations provenant du FSV (le Fonds de solidarité vieillesse) et de la branche famille. Comme le FSV donne en partie de l’argent qu’il ne récolte pas, mais qu’il emprunte, il est déficitaire : à hauteur de 2,9 Md€ en 2017, et de 2,8 Md€ dans les prévisions pour 2018. Ce qui veut dire que la branche vieillesse, FSV inclus, est encore déficitaire : il manque 1,1 Md€ pour 2017, et pour 2018 le besoin de financement devrait augmenter légèrement, à 1,4 Md€.
Ce n’est pas tout : la CNAV bénéficie également d’importants transferts en provenance de la CNAF, qui lui verse chaque année un peu plus de 10 Md€, au prétexte que le versement de majorations de pension aux parents de famille nombreuse constituerait une sorte de prestation familiale, et que l’assurance vieillesse des parents au foyer devrait être préparée par des versements de cotisations vieillesse (prises en charge par la CNAF). En réalité, la préparation des retraites futures étant préparée par la mise au monde et l’éducation des enfants, les parents de famille nombreuse cotisent déjà "en nature", mais le mythe selon lequel ce seraient les cotisations vieillesse qui préparent les pensions futures, comme si la retraite par répartition fonctionnait de la même manière que la retraite par capitalisation, rend cette entourloupe "politiquement correcte". Sans cette ponction justifiée par des sophismes ayant force de loi, les comptes de la CNAV seraient fortement déficitaires, et ceux de la CNAF fortement excédentaires.
 
L’assurance maladie : un "vrai-faux" retour à l’équilibre
Officiellement, la CNAM, hors accidents du travail et maladies professionnelles, opérerait un très beau redressement : venant de 11,8 Md€ en 2010, son déficit se serait limité à 4,9 Md€ en 2017 et descendrait à 0,5 Md€ en 2018. Néanmoins, comme on peut l’apprendre en lisant le rapport de la Commission des comptes, ces chiffres résultent d’opérations qui n’ont pas grand-chose à voir avec la gestion, bonne ou mauvaise, de la branche maladie. Par exemple, de la TVA est affectée à la sécurité sociale "dans le cadre de la mesure en faveur du pouvoir d’achat des actifs" (en clair, des réductions de cotisations salariales) : bien évidemment, ce détournement de recettes fiscales, s’il évite une augmentation du déficit de la sécu, en crée une équivalente pour le budget de l’Etat. Un exemple parmi d’autres des "vases communicants" dont nous avons signalé l’existence.
Autre exemple, qui lui améliore les comptes de l’Etat au détriment de ceux de l’Assurance maladie, le financement des "établissements et services d’aide par le travail" (ESAT). Jusqu’en 2016 inclusivement, cette dépense d’environ 1,5 Md€ était prise en charge par le budget de l’Etat ; à partir de 2017, elle incombe à la CNAV. Le rapport indique que "ces dépenses transférées ont été intégralement compensées à la sécurité sociale". Fort bien, mais la multiplication des modifications institutionnelle de ce type montre qu’il n’y a pas de distinction claire et rationnelle entre la sécurité sociale et l’Etat.
 
Conclusion : pour une séparation de la Sécu et de l’Etat
La séparation des Eglises et de l’Etat, opérée sur l’impulsion d’Aristide Briand par la loi du 9 décembre 1905, mit fin au Concordat napoléonien, dans le cadre duquel les cultes étaient subventionnés par l’Etat, au prix d’une certaine dépendance. Cette dépendance n’était pas saine, et il en va de même de la dépendance des assurances sociales vis-à-vis des pouvoirs publics français.
L’organisation actuelle favorise le désordre réglementaire et financier déplorable dont fait prendre conscience une lecture attentive des comptes de la sécurité sociale. Un méli-mélo inextricable et mouvant interdit la responsabilisation des gestionnaires, qui deviennent trop souvent de simples exécutants face à des hommes politiques versatiles habitués aux traficotages institutionnels incessants.
La solution passe par une redistribution des rôles : au législateur incombe de définir de manière stable les principes et les grandes lignes de l’organisation ; aux gestionnaires il revient de gérer, avec comme objectif le respect d’un équilibre comptable obtenu sans aucune interférence avec le budget de l’Etat. La responsabilité des personnes placées à des postes de direction ne doit pas être amoindrie par d’incessantes interventions des pouvoirs publics. Pour qu’un mauvais gestionnaire puisse être mis à la porte comme sanction de ses échecs, encore faut-il qu’il ait eu la pleine responsabilité des mesures prises. Que le législateur fasse enfin correctement son travail, et que les gestionnaires aient vraiment les coudées franches dans le cadre d’un dispositif légal intelligent, et tout ira progressivement beaucoup mieux.

Envoyé par l'auteur, 6 juin 2018
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La spiritualité collective
 
La fausse démocratie dans laquelle nous croupissons actuellement et qui semble inattaquable, n’est que le pouvoir de l’argent sur l’affectivité de la foule. Elle est aux mêmes niveaux mental et moral que le pogrom russe ou le lynchage américain, même si les tireurs de ficelle ne sont pas les mêmes. La devise imbécile "un homme, une voix" est l’invention récente de ceux qui savent que n’importe quelle foule se manipule avec de l’argent et qu’une campagne électorale victorieuse est hors de prix. La doxa nous fait d’ailleurs payer à tous, par le remboursement des frais de campagne, le prix de notre propre manipulation. Les tentatives grecques de démocratie limitaient le droit de vote aux producteurs de blé ou d’huile, c’est-à-dire à ceux qui prenaient des risques personnels lorsqu’ils distribuaient le pouvoir. La très belle formule d’Abraham Lincoln "Le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple" cherche toujours comment elle pourrait devenir réalité, et, depuis que toutes les monnaies ont été déconnectées de toute matérialité, la fausse démocratie met partout au pouvoir les plus roublards parmi lesquels il peut y en avoir d’honnêtes, ce qui ne veut pas dire compétents.
 
En attendant l’étude de la viabilité d’une vraie démocratie par les deux seules entrées possibles du permis de voter et du tirage au sort, nous pouvons observer que les règnes animal et végétal ne sont fondés que sur les deux pieds de la survie et de la reproduction. L’homme ne fait que rajouter à ces deux pieds la recherche du sens de cette survie et de cette reproduction. C’est sur cette recherche de sens que la merveilleuse diversité humaine a apporté au cours des millénaires des réponses variées qui étaient toutes des spiritualités collectives qui harmonisaient l’action, la réflexion et la communication. Toutes ces réponses ont constitué les civilisations et, bien évidemment, chacune a défendu l’idée que sa réponse était la bonne. Pendant des siècles des voyageurs individuels sont allés s’enrichir des réponses des autres pendant que des cohortes armées imposaient régulièrement la leur. Dieu, s’il a toujours été dans tous les cœurs qui désirent s’améliorer eux-mêmes, a toujours été aussi le protecteur de toutes les armées qui veulent améliorer les autres. Dans toutes les civilisations, la spiritualité collective a toujours été à la fois empreinte d’hypocrisie et le refuge de toutes les douleurs indicibles.
 
Mais depuis trois siècles, depuis le siècle dit des Lumières, l’Occident a rejeté la spiritualité collective et s’est enfermé dans une nouvelle approche totalement incohérente du sens de la survie et de la reproduction. Comme tout ce qui est incohérent, on ne peut lui donner une apparence de vérité qu’en le déclarant universel et en l’imposant à toute l’humanité avec l’aide de potentats locaux formatés dans les universités occidentales.
Le nouveau sens de la vie est de laisser plus de biens à ses enfants qu’on n’en a reçu de ses parents tout en travaillant le moins possible et en "profitant de la vie". Sans oublier bien sûr d’être généreux pour avoir bonne conscience. Se met donc en place un système totalement impossible et fondamentalement contradictoire ou tout s’inverse pour que ce soit possible et où rien ne s’inverse pour que ce soit crédible.
Ayant inventé des moyens fabuleux de communication, l’Occident a laissé la communication se détacher des réalités de l’action et de la réflexion qui la canalisaient. N’étant plus confrontée à la réalité et se repliant sur elle-même, la communication est devenue délirante pour plaire et mondiale pour ne pas être contredite. Ce délire mondial, orchestré par les médias, n’est plus combattu que par le bon sens populaire dédaigneusement appelé populisme. Les agences de presse, de moins en moins nombreuses, décident de ce qui doit être diffusé en éclairant violemment une partie de la scène publique soigneusement sélectionnée pour ne surtout pas avoir de vue d’ensemble. Les rares journalistes d’investigation, espèce en voie de disparition, sont tellement imprégnés de leur idéologie qu’ils en deviennent borgnes comme à Médiapart. Faut-il rappeler qu’un œil de verre fait croire à la vision globale mais enlève à la vision toute sa profondeur ?
 
La contradiction du système se retrouve évidemment partout.
En économie on attend impatiemment le retour de la croissance dont on cache qu’elle n’est que l’augmentation de nos dépenses. Il faut investir et consommer, donc dépenser, mais l’austérité, indispensable à la bonne gestion, nous oblige en même temps à moins dépenser. On a inventé pour le bon peuple, le mythe de la richesse future que le verbe investir résume dans sa stupidité. Il y est aidé par le revenu universel, par la monnaie hélicoptère et surtout par le scandaleux principe de pérennité dans la comptabilité des entreprises qui interdit aux entreprises de prévoir leur mort en la provisionnant. Cela permet de faire croire dans leurs bilans à des bénéfices que tout le monde se dispute alors qu’elles ne font que des pertes qui n’apparaîtront que lorsqu’elles déposeront le bilan. On croit résoudre le problème en se déchirant entre une droite qui veut dépenser moins pour pouvoir ensuite dépenser plus, et une gauche qui veut dépenser plus pour pouvoir ensuite dépenser moins.
 
En éducation qu’on limite à la communication d’un savoir trié dans les officines ministérielles, on officialise un enseignement théorique souvent faux et toujours ennuyeux, braqué sur un long terme imaginé sans contredit possible. En même temps, la vie scolaire et universitaire, hors école et université, apprend l’immédiateté, la facilité et le plaisir, dans une vie parfaitement conforme au nouveau sens de la vie. Le grand écart entre l’enseignement dispensé et la réalité du quotidien étudiant, génère en même temps un oubli du futur et la justification de cet oubli par la sensiblerie du moment. Oubliée la survie et la reproduction au profit du plaisir du moment. Vive le divorce, la contraception, l’avortement et tant pis si, au nom de la mobilité si nécessaire à nos marionnettistes, tout enracinement doit être détruit ! Nous inventons l’arbre à roulettes en regrettant qu’il ne pousse pas bien. Supprimés les sexes et les races qui ne peuvent même plus être complémentaires puisque si on les différencie c’est qu’on veut les hiérarchiser. On passe d’une multitude de races et de deux sexes à une seule race et à une multitude de sexes. On ne sait même plus si sexisme et racisme sont les constats de différences évidentes ou la honte de se croire meilleur en tout. Vive le matériau humain indifférencié qui devra découvrir par la dureté de son expérience que le nouveau sens de la vie est un cul-de-sac et que travail, famille et patrie ne sont pas des gros mots !
 
Les contradictions du politique sont tellement criantes qu’il est inutile de prendre de la place à s’y appesantir. Que le tout petit nombre qui ne les verraient pas et qui continueraient à en attendre quelque chose en l’état, s’asseyent et ouvrent les yeux.
Ce sont évidemment les conséquences de ce nouveau sens donné à la vie par l’Occident qui sont catastrophiques et qui nous attendent si nous ne réagissons pas. Comme il est strictement impossible de laisser plus à ses enfants que l’on a reçu de ses parents sans que d’autres s’appauvrissent, la réalité c’est que la vie n’a plus de sens si l’on n’est pas un salaud et que, tout naturellement, pendant que le système tente de mettre en place une spiritualité collective aseptisée et inefficace qu’il appelle laïcité, la civilisation arabe marque des points en étant cohérente avec sa spiritualité collective, aussi hypocrite que les autres mais aussi vrai refuge pour les douleurs indicibles.
Toutes les religions sont des spiritualités collectives et elles enseignent toutes l’amour à l’intérieur et la défense vis-à-vis de l’extérieur. Cette défense dans toute l’histoire de l’humanité a été violente préférant donner la mort plutôt qu’accepter une remise en cause du sens de la vie qui est amour à l’intérieur de la civilisation.
La tentative puérile de l’Occident de faire de la laïcité, la nouvelle religion tiède sans épines, génère comme toutes les autres religions vivantes mais avec sa tiédeur, la volonté de tuer tous ceux qui ne veulent pas adhérer. Pour tuer avec tiédeur on va inscrire laïcité dans la constitution. Mais quand on n’est protégé que par une barrière de roseau et que l’on a oublié sa propre spiritualité collective qui a été violente et efficace comme toutes les autres, on laisse la place à ce qui est vivant même si cela ne nous correspond pas du tout.
Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 2 juin 2018
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La fin de la démocratie
 
Churchill déclarait que la démocratie était le pire des régimes à l’exception de tous les autres. Peut-être, mais la démocratie devient une exception et a tendance à disparaître.
Son principal défaut est de favoriser l’intérêt individuel plutôt que l’intérêt général et de conduire à une politique à courte vue à l’échéance des élections ; l’Europe par exemple se suicide en encourageant le travail des femmes plutôt que d’avoir une politique résolument nataliste, rendant indispensable l’appel à l’immigration qui lui fait perdre son âme et disparaître sa civilisation. Paul Valéry déclarait "les civilisations sont mortelles", la civilisation occidentale d’origine gréco-latine et chrétienne est en train de mourir faute de foi en elle.
 
La démocratie en tant que régime est devenue l’exception : il n’y a pas un pays d’Afrique, du nord comme subsaharienne où la démocratie malgré les pressions occidentales, se soit établie d’une façon durable. La décolonisation a conduit au retour des ethnies, des tribus et des clans comme fondement du pouvoir. Prenons l’exemple du Rwanda où la France avait poussé à l’instauration d’un régime démocratique, cela a mené aux massacres interethniques et au retour de la dictature de Kagamé.
Les régimes islamistes aussi bien en Afrique qu’en Asie considèrent que la Charia doit servir de fondement à leur mode de vie et ne souhaitent pas l’instauration de la démocratie quand ils ne la combattent pas par le terrorisme. De plus les seuls régimes laïques, de fait autoritaires, sont systématiquement déstabilisés : Irak. Libye, Syrie.
Font exception quelques rares régimes vivant sous le parapluie américain, comme le Japon, Taiwan et la Corée du sud, mais le reste de l’Asie en particulier les deux pays les plus peuplés du monde, la Chine et l’Inde, ne peuvent être qualifiés de démocratie et il n’y a guère d’espoir qu’ils le deviennent.
Restent d’anciennes colonies comme l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Etats-Unis et le Canada dont on peut admettre qu’elles vivent en démocratie encore que la propension des Etats Unis à se mêler des affaires du monde et à entreprendre interventions militaires et exercer pressions commerciales les discrédite quelque peu.
En Amérique du Sud et centrale il y a à vrai dire et en cherchant bien quelques pays que l’on peut qualifier de démocraties mais ce n’est pas la majorité.
En Russie Poutine a instauré un régime certes autoritaire mais avec un réel soutien populaire, qui est le plus souvent vilipendé, mais est le plus proche de la démocratie. Poutine est un des rares dirigeants à penser au long terme.
 
Reste l’Europe berceau de la démocratie, à la fin de la deuxième guerre mondiale on pouvait espérer l’établissement général de la démocratie, ce n’est pas ce qui est arrivé. L’instauration de l’Europe a créé un monstre technocratique qui décide de tout, aussi bien du mode de vie que de l’organisation politique et économique, bafoue les referendums qui ne lui sont pas favorables, menacent de sanctions les pays comme la Pologne, la Hongrie qui veulent continuer à décider de leur sort, imposent des politiques économiques aux pays dont la situation ne plait pas à Bruxelles comme l’Espagne la Grèce et l’Italie. Un pays qui n’est plus maitre de sa politique extérieure, de sa défense, de ses options morales et de ses choix de société n’est plus une démocratie, c’est le cas, hélas de la France.
La démocratie est en train de disparaître.

Envoyé par l'auteur, 3 juin 2018
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Lettre persane
Réflexions à la suite d'un voyage en Iran
 
Arrivant en Iran le lendemain de la décision du président Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA), signé par Obama le 14 juillet 2015, qui avait levé les sanctions à l’égard de l’Iran en échange du gel de son programme nucléaire militaire, on se serait imaginé trouver un pays en état de guerre, ployant sous le poids des sanctions économiques.
Il n’en est rien. Dans la ville de Machhad, comme dans celle de Yazd où nous sommes allés, l’atmosphère était tout sauf à la guerre.
 
Les Iraniens sont habitués aux sanctions
Les sanctions des Etats-Unis existent depuis bientôt quarante ans. Celles de l’Europe sont plus récentes (2006), mais ni les unes ni les autres n’avaient pas vraiment été levées depuis 2015 en raison de la frilosité des entreprises et des banques. L’économie iranienne s’est réorientée depuis longtemps vers l’Asie : la Chine est le principal client du pétrole iranien et presque tout peut s’y acheter. Cela n’est pas forcément conforme à ce qu’auraient souhaité beaucoup d’Iraniens, très tournés vers l’Occident, mais sur le plan économique, rien ne change pour eux.
Comment pourrait d’ailleurs s’inquiéter pour son avenir un pays qui contrôle les premières réserves de gaz du monde (1) ?
Le risque pour l’Iran serait plutôt, selon nous, de s’habituer à l’économie de rente au point de faire l’impasse sur le développement industriel : cela a été la malédiction de l’Algérie, des pays de la péninsule arabique, ce pourrait, au gré de certains, celle de la Russie (qui, selon John Bolton n’est qu’une "pompe à essence déguisée en Etat"). Ceux qui brident sa production d’hydrocarbures, lui rendent peut-être le meilleur service qui soit à terme.
Au vu des statistiques, la véritable sanction de ces dernières années a été l’effondrement du prix du pétrole – et c’est sans doute pour affaiblir la Russie et l’Iran que les Etats-Unis l’avaient provoqué en accord avec l’Arabie saoudite. Avec son relèvement actuel, la croissance iranienne a repris.
Le pays est vivant, le commerce très actif, des chantiers se dressent un peu partout : dès lors que de l’argent rentre dans un pays, la pompe est amorcée et il peut y circuler de mille manières. C’est ce qui se passe en Iran.
Le PIB est de 20 000 $ / habitant en parité de pouvoir d’achat, à rapporter à 42 000 $ pour la France. Les prix à la consommation sont très bas, la monnaie s’étant beaucoup dévaluée. 
 
Des Européens plus embarrassés qu’eux
La cible de Trump était sans doute autant Obama, dont il veut détruire l’œuvre, que les Iraniens. Trump avait aussi promis ce retrait à Netanyahou et à ses soutiens pro-israéliens durant la campagne électorale. Mais la principale victime de cette décision pourrait être l’Europe.
40 % des voitures d’Iran sont encore des Peugeot, mais pour combien de temps ? Peugeot y avait, après l’accord sur le nucléaire, projeté la construction d’une nouvelle usine ; pourra-t-elle se faire ? Total et Engie (GDF), ne pouvaient se désintéresser d’un pays qui possède d’immenses réserves d’hydrocarbures. Engie a déjà déclaré forfait. Airbus avait signé un marché pour 100 avions : que va-t-il devenir ? L’industrie allemande (Siemens, Daimler, les banques) pourrait aussi être très touchée.
Le plus probable est que, formellement, les pays européens ne vont pas dénoncer l’accord avec l’Iran mais que les entreprises européennes seront paralysées par la crainte des sanctions américaines. Seule solution : imposer des contre-sanctions aux entreprises d’outre-Atlantique, à condition de bien les choisir. Certains parlent des Gafsa, mais ce sont les ennemis de Trump ; il vaudrait mieux cibler son entourage. Qui osera ?
 
"Ils n’oseront pas nous attaquer"
Sur le plan militaire, l’Iran ne parait pas non plus à la veille d’une guerre. Les Iraniens auxquels nous en avons parlé pensent qu’ "ils" n’oseront pas nous attaquer. "De toutes les façons nous les attendons de pied ferme."
Le risque le plus grand semble être aujourd’hui que les Etats-Unis et Israël qui ont en travers de la gorge leur défaite dans la guerre de Syrie où ils n’ont pas réussi à changer le régime, s’en prennent encore à ce malheureux pays et éventuellement au Liban avec de gros moyens, en prétextant une nouvelle attaque chimique de Bachar el Assad : la ficelle serait grosse mais elle peut encore servir compte tenu de l’anesthésie  des opinions occidentales auxquelles on peut désormais faire croire n’importe quoi. Un des buts de cette attaque serait la destruction des forces iraniennes ou pro-iraniennes (le Hezbollah) dans les deux pays. La Russie pourrait-elle ne pas réagir ? Et ensuite ?
 
On peut se demander quelle est l’origine de cette assurance des Iraniens ; il y a bien sûr l’histoire récente : leur succès en Syrie et surtout leur résistance dans la guerre avec l’Irak (1980-1990). Celle-ci est pour eux la "mère de toutes les batailles", comme 14-18 pour nous, et ils ont toujours l’amertume envers la France, plus qu’elle soit intervenue en appui des djihadistes de Syrie, qu’elle ait soutenu Saddam Hussein dans cette guerre. (2)
N’oublions pas que l’Iran est grand comme trois fois le France - et montagneux, ce que n’était pas l’Irak - ni qu’il est peuplé de plus de 80 millions d’habitants. Il s’appuie sur trois millénaires d’histoire. Il est difficile de comprendre la "force tranquille" de ce peuple sans se référer à ces fondamentaux.
Pour cette raison l’Iran se flatte de n’avoir jamais transigé (au moins depuis le renversement du shah) avec Israël, et à la différence de tous les autres pays musulmans, de n’avoir avec cet Etat ni relations d’affaires, ni alliance occulte (comme l’Arabie saoudite). Cette posture fière n’est pas sans relation avec le passé prestigieux de ce peuple, même si les Iraniens, comme les Israéliens, oublient que les Perses et les Juifs étaient les meilleurs amis du monde antique, selon la Bible.
Il reste que si ce pays, où on fait peu de cas des Arabes, invoque souvent le sort des Palestiniens dans sa guerre de propagande, il a d’abord en tête ses propres problèmes.  
 
Que pensent les Français ?
Obsession de tous nos interlocuteurs : que pense-t-on des Iraniens en France ? Il n’était pas difficile de leur dire que nos deux peuples ne se sont jamais fait la guerre et que les Français ont plutôt de la sympathie pour les Iraniens. La colonie iranienne en France est bien intégrée et d’un niveau social élevé, même si le gouvernement iranien nous reproche de soutenir, en son sein, des terroristes.
Et le régime ? La réponse est moins simple : il est difficile de leur dire que le shah était populaire, plus d’ailleurs par sa présence dans la presse "people" que par ses accomplissements politiques ; ni que le régime des ayatollahs, lui, ne l’est pas. J’ai suggéré que la prise en otage des diplomates américains tout au long de l‘année 1980, totalement contraire au droit et aux usages internationaux, n’avait pas été pour peu dans le discrédit du régime issu de la Révolution de 1979, mais la nature de ce régime, si contraire à notre conception de la laïcité n’y est pas étrangère non plus.  
 
Il reste qu’on peut se demander si sans cette étrange dictature à la fois cléricale et policière, aux antipodes de la sensibilité française, sans l’encadrement étroit du pays par des religieux, l’Iran aurait pu soutenir la terrible épreuve d’un bras de fer avec la première puissance du monde.
L’ayatollah Khamenei a, parait-il, écrit récemment une lettre à tous les jeunes du monde ; qui le sait ? Est-ce la meilleure communication ? J’ai suggéré à mes interlocuteurs (3) qu’il y aurait sans doute moyen d’améliorer, sinon l’image du régime, du moins celle du chiisme qui passe, à tort, dans l’Europe chrétienne pour encore plus étrange que l’islam sunnite. La figure d’Ali, emblématique de l’islam chiite est, par son martyre, bien plus proche de celle du Christ que de celle Mahomet qui est, lui, un vainqueur sans états d’âme. Bien plus que le sunnisme, le chiisme intègre le tragique de la condition humaine et a, par là, plus de profondeur. Comme les chrétiens attendent le retour du Christ, les chiites attendent celui du Mahdi. La valorisation de l’esprit de résistance est une autre convergence. Tout cela est peu connu tant par les Européens que par les Iraniens et c’est dommage. Autant qu’à une commune origine indo-européenne, c’est à ces convergences qu’il faut attribuer le sentiment de proximité qu’éprouvent les deux peuples (4).  
 
Entre rigorisme religieux et modernité
Il reste qu’en définitive le principal problème de ce pays dans les années à venir pourrait n’être ni géopolitique, ni économique, mais social ou plus précisément sociétal.
L’enseignement supérieur est aujourd’hui très développé et de grande qualité. La majorité des étudiants sont des filles. Nous avons pu voir une jeune iranienne passionnée de Proust. Elles portent le voile noir, ce qui ne les empêche pas de se maquiller et de rivaliser de coquetterie, au-delà même de ce que les usages permettent en France aux jeunes filles "bcbg". Le taux de fécondité des Iraniennes, le plus bas du monde musulman, est même plus bas qu’en France : 1,7 enfant par femme. Si ce chiffre fait craindre de sérieux problèmes dans l‘ avenir, beaucoup y voient, à tort ou à raison, un signe de modernité.
Dans son esprit originel, le voile, symbole de discrétion ou d’humilité, était en cohérence avec une vie domestique semi cloitrée. Il semble contradictoire avec l’omniprésence actuelle des femmes dans la sphère publique comme employées, journalistes, professeurs, voire militantes nationalistes, ou dans la rue. Les étudiantes que nous avons vues doivent être prudentes, mais d’autres nous ont dit combien elles n’aimaient pas le régime. Beaucoup d’Iraniens sont aujourd’hui incroyants. Certains sont tentés par la conversion au christianisme, dans la discrétion car elle est interdite.
La tension entre la modernisation accélérée du pays et un régime religieux rigoriste constitue une contradiction majeure qui finira par éclater. Si très peu d’Iraniens veulent ce qu’ils tiennent, non sans raisons, pour le dévergondage occidental, beaucoup aspirent au changement.
Face de telles tensions, le principal ciment du pays demeure l’antagonisme américain. Chaque fois que Trump hausse le ton, les Iraniens n’ont d’autre choix que de se rassembler derrière le régime. Ceux qui ne le feraient pas passeraient pour des traitres.
Il se peut qu’en définitive Trump soit le meilleur soutien du régime des mollahs.

Envoyé par l'auteur, 2 juin 2018, publié sur roland.hureaux.over-blog.com
(1) Ou les deuxièmes après la Russie, on ne sait.
(2) Au cours d’une émission de radio, après notre retour, un auditeur nous a appris que son entreprise avait vendu des armes à l’Iran en 1987. Inutile de parler aux Iraniens de l’Irangate et de l’aide reçue alors d’Israël : ils ne le croiraient pas.
(3) Notamment dans un séminaire de mollahs.
(4) Faut-il mettre au compte de la proximité du chiisme avec l’esprit européen, les succès mondains et économiques de l’Aga Khan, chef d’une branche du chiisme ?
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Devrons-nous choisir entre la démocratie et notre modèle de liberté ?
 
FIGAROVOX/TRIBUNE - Les Italiens rejoignent désormais Polonais, Hongrois et Tchèques dans leur volonté, non pas de sacrifier les libertés individuelles, mais de prendre aussi en compte leurs mœurs et leurs valeurs nationales, explique la professeur de philosophie politique (1).
 
L'Italie s'ajoute à la Grèce, au Royaume-Uni, à la Pologne, à la Hongrie, à l'Autriche, à la République tchèque et à la Slovaquie, soit à la très longue liste des pays qui ont annoncé démocratiquement ne plus vouloir du modèle européen. Même si nombre d'entre eux ne souhaitent pas, contrairement au Royaume-Uni, sortir de l'Europe, ils expriment pourtant la ferme détermination de la transformer de l'intérieur. C'est dans cet espoir que s'est maintenu le groupe de Visegrad, lequel, encore sous présidence hongroise, a tenu ces derniers jours à Budapest un important colloque sur le thème "L'avenir de l'Europe", avec la participation de nombreux universitaires et politiques de tous les pays d'Europe centrale.
 
L'euroscepticisme, développé à ce point, par tant de pays et tant d'acteurs, traduit pour commencer un échec de l'Europe institutionnelle, sur lequel il faut réfléchir et dont il faudra tenir compte. Au reste, on voit bien que les critiques de l'Europe s'affichent au nom d'une vision plus générale, qu'on pourrait dire illibérale - d'où l'existence d'une internationale dépassant les frontières de l'Europe : l'un des invités du colloque de Budapest était Steve Bannon.
Il apparaît clairement que l'euroscepticisme est une conséquence de l'illibéralisme : l'Europe est fustigée parce que trop libérale. D'où la surprise : les peuples refusent-ils donc d'être libres ? D'où la question angoissée des élites de nos pays : faudra-t-il donc "les forcer à être libres", selon le mot d'ordre de Lénine - effaçant ainsi la démocratie ? Ou bien faudra-t-il, démocratiquement, nous plier à cette volonté populaire et abandonner des pans de liberté ? Allons-nous devoir choisir entre la démocratie et notre modèle de liberté ?
La vieille Europe tremble et se défait devant cette question. La réponse a déjà été amorcée : une partie de nos élites ne croient plus à la démocratie, en raison précisément des préférences à leurs yeux inacceptables des peuples. L'Europe institutionnelle est dominée par une "idéologie des professionnels", pour utiliser l'expression de Thomas Frank (dans son livre Pourquoi les riches votent à gauche), Europe institutionnelle qui défend la liberté postmoderne contre les peuples. Ces derniers arguent de la démocratie (le nombre est de leur côté) pour imposer leurs opinions illibérales.
 
Cette querelle idéologique est à la fois lutte des classes et guerre des dieux, bataille entre deux nouveaux "grands récits", énième combat des antimodernes contre les modernes. Parce qu'elle est lutte des classes, elle porte le ressentiment et le mépris ; parce qu'elle est guerre des dieux, elle porte la colère et la mauvaise foi. Elle brise nos sociétés en clans irréconciliables, ouvrant des brèches profondes au sein même des familles, comme toute brisure nouvelle et, à ce titre, cruelle.
C'est la plus mauvaise passe que nous traversons depuis la chute du communisme. Le rejet de la modernité ou de certains de ses aspects commence au début du XIXe siècle, anime le romantisme allemand, inspire les fascismes et corporatismes d'entre-deux-guerres et voit finalement sa légitimité fracassée par le nazisme, qui, au nom d'une idéologie antimoderne, a fait ce que l'on sait. Le nazisme a profané la contestation antimoderne. Ainsi, la raison moderne devenue entre-temps postmoderne, dès lors privée de contradicteurs (aussitôt assimilés au nazisme, donc jetés à la géhenne), a exalté au-delà de toute limite les libertés diverses, récusant les identités particulières et les définitions, effaçant, comme le disaient Horkheimer et Adorno, "les dieux et les qualités".
 
L'Europe institutionnelle, à cet égard, n'a pas échappé aux excès, en termes de déni de l'identité, par exemple. Mais l'apparition sur la scène des peuples d'Europe centrale, dont l'histoire est assez douloureuse pour leur épargner la crainte de la reductio ad hitlerum, a changé la donne. Aussitôt entrés, ils entament la récusation des modèles libéraux postmodernes - incluant la liberté politique, économique et sociétale - et, au fond, la société de marché, où, par la grâce de la liberté toute-puissante, l'esprit lui-même a valeur marchande. Il s'agit encore d'une résistance au déploiement de la vision moderne, ici postmoderne : mondialisme et cosmopolitisme, émancipation, libéralisme sur tous les plans.
 
Tout courant politique peut s'avérer dangereux en raison des fous furieux qui naviguent sur ses bords. Et les démocraties illibérales, qu'on appelle ainsi parce que ce ne sont pas des dictatures, nous donnent l'impression de se tenir tout près des gouffres. Un gouvernement qui réclame un certain protectionnisme économique n'est pas pour autant une injure à l'État de droit. Remplacer les directeurs des grands médias, redécouper à son avantage les circonscriptions : ce sont des mesures que prennent la plupart de nos gouvernements, quelle que soit leur obédience. Mais mettre en cause les pouvoirs de la Cour constitutionnelle ? Il faut dire qu'en ce qui concerne les gouffres, nous avons tout connu au long du XXe siècle. Il est donc naturel et plutôt sain que nous soyons vigilants. Cependant, nous ne pouvons plus continuer à décrire tous ces acteurs comme des imbéciles et des extrémistes. Car l'affaire est infiniment plus complexe et vaut qu'on s'y attarde. Face aux élites qui ont tendance à vouloir une liberté absolue, c'est-à-dire indépendante des facteurs et des circonstances, les peuples ont tendance à vouloir une liberté située, inscrite dans les réalités.
 
Prenons l'exemple périlleux de l'immigration. Nous avons l'habitude de considérer comme des xénophobes et des racistes, donc à réduire ad hitlerum, tout pays qui refuse des migrants ou érige des murs. Nous considérons la question de l'immigration comme un drame. Un drame est une situation grave dans laquelle on sait où est le Bien, sans savoir si l'on parviendra à le rejoindre, étant donné les difficultés. Le Bien consiste à accueillir chez nous les immigrés demandeurs, mais y parviendrons-nous ? Voilà le drame.
Cependant, pour les démocraties illibérales, la question de l'immigration n'est pas un drame, mais une tragédie. La tragédie est une situation dans laquelle deux valeurs se combattent, l'une et l'autre tout aussi importante et affamée. Ici, le Bien consiste à accueillir les réfugiés errants, et le Bien consiste aussi à préserver notre culture et notre identité. En situation de tragédie, la décision ne consiste pas à courir vers le Bien à toutes jambes en s'oubliant soi-même, mais à mesurer au regard de la situation les deux valeurs qui se contredisent. Il faut ajouter que, dans toute situation de tragédie, qu'elle soit personnelle ou collective, la conscience seule peut décider, tant la chose est complexe.
 
C'est pourquoi les peuples en question jugent assez répugnantes les admonestations morales venues des autres. Les peuples d'Europe centrale, par exemple, ont fait le choix d'assumer l'accueil des réfugiés ukrainiens (sans doute près de 2 millions à ce jour en Pologne) et trouvent assez mal venu qu'on leur reproche de ne pas s'ouvrir aux Syriens ou aux Afghans. De quoi se mêle-t-on ? La situation de tragédie n'a d'instance surplombante que la conscience - j'entends la sienne propre, et non celle des autres !
Vouloir réduire une tragédie à un drame, c'est tronquer la réalité. La situation actuelle est très grave parce qu'elle ne concerne pas seulement un combat idéologique, mais une guerre de classes. Il est peu probable que nous ayons à choisir entre la démocratie et la liberté. Les démocraties illibérales ne réclament pas des dictatures, comme c'était le cas pour plusieurs pays européens dans les années 1930. Elles réclament de replacer la liberté dans la réalité - la liberté de circuler ne saurait être absolue, elle se heurte à la question de l'identité culturelle. Cependant, si les élites s'entêtent à récuser les réalités, elles finiront par rendre les peuples fous, menaçant ainsi les libertés : on finit toujours par perdre ce qu'on a refusé de définir - donc de limiter.
 
(1) Membre de l'Institut, Chantal Delsol dirige, avec Joanna Nowicki,  le Dictionnaire encyclopédique  des auteurs d'Europe centrale et orientale depuis 1945, en préparation, et qui sera publié en 2019 aux Éditions Robert Laffont.

Paru dans Le Figaro, 31 mai 2018
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L'Union fait-elle encore la force ?
 
CHRONIQUE - La grave crise politique ouverte en Italie par le coup de force de son président sonne, pour l'Union européenne, comme un avertissement.
 
Comme ces boxeurs vieillissants qui ne se rendent pas compte qu'ils n'ont plus les moyens de combattre comme avant, l'Europe s'est peut-être engagée avec l'Italie dans le combat de trop. Ce n'est pas la première fois que les institutions bruxelloises montrent leur mépris du suffrage universel des peuples qui composent l'Union. Le principe a été émis par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens."
Avec l'Italie, c'est toujours la même histoire, mais en plus gros. L'Italie n'est pas la Grèce : son économie est la troisième de l'Union. L'Italie n'a pas dit non à un référendum, mais a choisi ses députés et son gouvernement dans le cadre traditionnel d'une démocratie parlementaire, dont l'Europe se targue d'être un parangon universel. Mais quand le président de la République italienne, Sergio Mattarella, met son veto au choix d'un ministre des Finances, parce qu'il est hostile à l'euro, pour nommer un président du Conseil, ancien du FMI, conforme aux desiderata européens, il se met en travers du fonctionnement régulier de la démocratie. Il commet une forme de putsch, de coup d'Etat contre le peuple, même si la Constitution lui donne le droit de récuser un gouvernement. Cela évoque pour les Français la crise du 16 mai 1877, lorsque le président Mac-Mahon avait refusé de nommer un gouvernement correspondant au choix des électeurs. Dans la campagne électorale qui avait suivi, le républicain Gambetta avait eu cette fameuse phrase : "Quand le peuple aura tranché, le Président devra se soumettre ou se démettre."
Quand le peuple italien aura tranché, en septembre prochain, le leader de la Ligue, Salvini, pourrait alors reprendre au mot près la phrase de Gambetta. Mais qui sera Mac-Mahon ? Le président italien, Mattarella ? Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker ? L'euro, qui ne supporterait pas une défection italienne ? L'Union tout entière, qui s'est longtemps forgée sans les peuples mais qui, depuis plusieurs années, se fait contre les peuples ?
Le mot "démocratie" n'a plus le même sens pour tous. La vieille définition ("gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple") n'a plus la faveur des élites européennes. Elles lui préfèrent les analyses de Jürgen Habermas, qui établit la démocratie non plus comme le pouvoir de la majorité, mais comme la protection des minorités par un subtil agencement de contre-pouvoirs judiciaires, technocratiques ou financiers. Cette oligarchie a la réalité du pouvoir qu'elle impose aux peuples au nom de l'Etat de droit.
C'est cette conception de la démocratie - antidémocratique - qui est en jeu dans ce bras de fer italien après les critiques acerbes contre la "démocratie illibérale" en Hongrie et les sanctions annoncées contre la Pologne. C'est toujours la même bataille entre démocratie et oligarchie, entre peuples et élites, entre de vieilles nations et une fédération européenne sans fédérateur ni cohérence. Le combat de trop ?

Paru dans Le Figaro Magazine, 1er juin 2018
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Démocratie                                            
 
Notre Démocratie contemporaine émerge des philosophies de la fin du 18ème et début du 19ème siècle chez les Européens, notamment ceux émigrés en Amérique du Nord, lesquels ont profité de leur vide juridique pour édifier une nouvelle conception de la vie en société. Alexis de Tocqueville en reste un des meilleurs louangeurs. En France – championne tous azimuts de la démocratie – on y amalgame volontiers la tumultueuse République, pensée comme le seul cadre possible à l'épanouissement démocratique.
Qu'en est-il ?
L'idée démocratique repose sur l'acquisition de la Liberté (individuelle), laquelle permet de participer au pouvoir, soit directement, soit par l'expression de sa volonté par le biais du vote. C'est Rousseau. Le suffrage universel (masculin).
Mais très vite se greffe le principe selon lequel cette liberté ne peut s'acquérir que par le travail et la propriété économique : irruption du principe économique dans la philosophie libératrice. C'est le vote censitaire, basé sur l'impôt de chacun : seuls les gains obtenus par le travail ou la possession de biens, permettent l'accès à la citoyenneté ; le droit de vote est la contrepartie du rôle d'imposition ; le pouvoir, investi par la volonté du peuple, redistribue dans l'harmonie ce pactole destiné à la collectivité.
Voilà la base. Très vite, par la pénétration de l'argent, les hommes étant ce qu'ils sont, s'épanouit une déviation capitaliste qui selon le peuple frustré "ne donne le pouvoir qu'aux riches".
Donc des décennies de révoltes sociales ravageuses aboutissent à la théorisation des bienfaits de la mise en commun intégrale du travail et de ses outils d'enrichissement : cette dictature du prolétariat – quelle qu'en soit la forme – n'est pas vraiment une réussite, que ce soit sous l'angle des libertés ou de l'économie.
Un peu plus tard, les peuples colonisés s'estiment eux aussi floués : ils réclament l'indépendance, croyant ainsi saisir ainsi la liberté et accéder à la richesse qui leur a été confisquée. Mais conquis, le mirage de la démocratie est vite dévoyé et l'accaparement économique n'est pas du côté des pseudo libérateurs.
 
La démocratie est un système de pouvoir, lequel, là où nous en sommes, offre trois modèles : le système libéral-capitaliste où le fameux "laisser faire" devait être un régulateur naturel du bien-être ; toutefois cette vue a été complètement altérée par l'économie de marché, y compris la fameuse conquête du pouvoir. La véritable évolution a transformé les citoyens en contribuables (impôts directs) et en consommateurs (impôts indirects).
Le système collectivisé dont le but est de sortir de l'asservissement du marché, non par le biais de la liberté individuelle mais par l'égalité de tous, s'est révélé franchement catastrophique et mensonger. Cette tentative de réforme sociale a, dans toutes ses configurations abouti à l'aliénation de la liberté.
Le modèle le plus récent, celui des états dits émergents, reste dramatiquement flottant, car il tente toutes les variantes d'accommodation des deux précédents : la recherche de l'argent et l'illusion démocratique. Cela dans un désordre et des violences inouïs. Quant aux peuples les plus pauvres, ils ne peuvent compter ni sur le marché ni sur un pouvoir institué, et on feint de les ignorer.
 
C'est donc l'impasse. La planète entière et tous les peuples qui l'occupent sont désormais obsédés par l'argent, irréductiblement greffé sur le mythe démocratique. Les différentes expériences de deux siècles ont abouti à la quasi-certitude qu'on ne peut se passer de l'économie de marché, qui seule peut assurer la survie des populations. Et toute tentative de réforme sociale tendant à améliorer l'égalité (en dépit du marché) a immanquablement abouti à la dictature. Les pays non capitalistes à la recherche du progrès connaissent une grande perte de liberté, et souvent la pauvreté de la majorité asservie par une égalité rétrograde.
           
Le capitalisme a continué sa progression, et semble avoir même vaincu la version soviétique ou collectiviste inspirée du communisme intégral. Le niveau d'attente des pays non développés ou en début de développement est très élevé, assorti d'un énorme sentiment d'injustice lié à l'inégale distribution des richesses. Cette injustice pèse aussi sur la conscience de l'Ouest capitaliste, mais ce dernier continue son obsédante trajectoire d'enrichissement et de croissance à n'importe quel prix, même si cette dernière est illusoire. Tout cela dans un contexte de rivalité permanente l'amenant souvent aux tricheries, au repli sur soi, à l'intransigeance.
On peut ajouter à ce contexte l'invasion de l'information par tous moyens, signalant tous les incidents relationnels, ce qui rend très fragile toute tentative de pouvoir démocratique cohérent sur le long terme ; d'où les multiples et récentes tentations de pouvoir autoritaire déguisé sousle voile du progrès technologique. Le second élément instaure le mythe de l'économie globale qui semble ne favoriser que les plus riches et les plus "déjà globalisés" par l'investissement, sans considérer vraiment les possibilités de la redistribution.
Au passage, piégés dans la logique des marchés économiquement rentables, les deux piliers de la vraie démocratie – l'instruction et la justice – (relire Tocqueville) - sont passés à la trappe : exercer ses droits de citoyens suppose que l'on soit, a minima, instruit : or l'instruction "coûte cher et ne rapporte rien dans l''immédiat" à des pouvoirs brièvement en place (d'où les jongleries sur les ré-élections). Le savoir suppose qu'il soit financé et rentable, donc il est de plus en plus réservé à ceux qui peuvent payer ; l'éducation populaire étant de moins en moins considérée, voire carrément absente, la planète se couvre peu à peu d'analphabètes cramponnés à leur téléphone portable (quand ils en ont les moyens). Quant à la justice, elle s'avère de moins en moins égalitaire : l'adage "la même justice pour tous" a fondu au fil de la réintroduction de systèmes financiers dans son usage, et dans tous les cas de figures, ce pseudo Troisième Pouvoir (selon John Locke ou Montesquieu), est à la portion congrue des budgets publics et toujours très encadré par de soupçonneux pouvoirs politiques (ou à leur service, dans les pires des cas).
 
L'actuelle situation est celle de l'effritement progressif – mais tout de même rapide – de la version du pouvoir sur laquelle la planète s'est développée depuis 2 siècles. L'Ouest nanti se sent assiégé, tant en son sein européen que dans son illusoire empire américano isolationniste. Les Européens seraient plutôt portés à envisager le partage, mais dans des règles non encore esquissées. Et la fameuse idée de la "croissance illimitée et permanente" est sérieusement attaquée.
Au reste, on peut se demander à quoi sert cette obsession de l'enrichissement illimité. Déjà, dans un Essai intitulé "Economic possibilities for our grand'children", publié à Londres en 1932, John K.Galbraith s'interrogeait sur les effets ravageurs de cet impératif d'enrichissement et ce désir d'acquisition sans fin inspiré par ce qu'il appelle "scarcity" ("le manque"). Il prédisait, dans une prévision à 100 ans, que ce mécanisme s'arrêterait aux environs de 2030. (1)
Peut-être, une nouvelle vision de l'organisation du pouvoir, en fonction du nombre  croissant de gens à maitriser dans leur diversité, et de la complexité des tâches, est à prendre au sérieux : due à deux organisations sociales aux antipodes l'une de l'autre, elle repose sur des analyses de réalité, et tente de revenir aux sources virginales de la démocratie ; il s'agit du système "confort et contrôle" pratiqué avec succès depuis plus de 60 ans par la ville état de Singapour : le pouvoir en place, très ramassé et assez dominateur, mais sans violence systémisée, demande à ses citoyens d'avoir un "comportement conforme" et d'éviter les "incivilités", en échange de quoi, l'aisance, le bien être, les loisirs et la protection sociale sont assurés, grâce à une économie de marché performante, et qui doit absolument le rester.
C'est ce que le président Xi Jinping insuffle actuellement en Chine continentale, notamment à travers ses discours et ses "petits livres blancs" sur la Gouvernance de la Chine : le pouvoir politique est solidement sanglé dans un Parti unique, peu tolérant des divagations, mais en échange, ce même pouvoir promet d'assurer bientôt, si la pratique de l'économie de marché continue sa trajectoire positive, croissance, bien-être et meilleure vie à l'ensemble des populations, même les plus pauvres.
Autrement dit, on peut accepter l'autorité du pouvoir si, en échange, "le manque" s'éloigne et n'est plus qu'un mauvais souvenir. Cela suppose la prospérité continue, la conquête de tous les espaces de croissance possible. Et... la réussite continue… quitte à dévorer tout ce qui la contrarie.
 
On peut être perplexe. Ce "contrôle et confort" est applicable à 5 ou 6 millions de citoyens, (par des biais différents, on l'a dans le Nord de l'Europe) mais à plus d'1,6  milliard d'individus, au surplus très différents, cela semble utopique. On peut être inquiet, car le système entraine facilement vers des versions autoritaires de pouvoir, parées d'angélisme mais qui virent rapidement à l'intimidation et la répression (voir Hong Kong).
 
Quel avenir – en effet -  attend nos petits enfants ? Star War sans Han Solo, L'Archipel du goulag, ou bien le Pays des Merveilles ?

Envoyé par l'auteur, 31 mai 2018
(1) In Essays in persuasion : Economic possibilities for our grand'children, page 369 et s. London 1932
Publié dans A tout un chacun
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