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Éditorial : "Les dieux ont soif"
 
Les envoyés du roi de Siam, en 1686, ne furent pas reçus à la cour de Louis XIV avec plus de faste. Suspense savamment entretenu, mise en scène des enjeux, bref, trompettes et tambours, la dramaturgie qui accompagne depuis plusieurs jours l'arrivée à Paris du footballeur Neymar Junior est celle qu'on réserve d'ordinaire à la visite d'un grand chef d'État. Vladimir Poutine a eu droit aux honneurs de Versailles, Donald Trump à un défilé militaire sur les Champs-Élysées. Au nom du sport, de ses pompes et de ses œuvres, le transfuge de Barcelone va être reçu sous les ovations d'un stade en liesse. Notre époque a fait des footballeurs des demi-dieux - instituant un culte en leur honneur et leur réservant les offrandes dues à leur rang.
Bien sûr le jeu à la brésilienne de Neymar, le joga bonito, est pour les amateurs une promesse de plaisir et de bonnes soirées en perspective. Pour les dirigeants du PSG, l'arrivée du prodige constitue un argument pour attirer au stade les passionnés, mais aussi pour vendre leur gamme de produits dérivés. Le petit prince est aussi une marque.
 
Mais les sommes engagées ont quelque chose de macroéconomique. C'est d'ailleurs un pays souverain, le Qatar, qui met la main à la poche pour permettre de contourner les règles en vigueur dans le football européen (au nom du "fair-play", il est interdit à un club de dépenser plus qu'il ne gagne). 222 millions pour s'acquitter de la clause compensatoire, 300 millions d'impôts récoltés par l'État, à l'évocation de ces chiffres autour de Neymar, on croirait entendre un ministre parler réforme économique. 30 millions pour son seul salaire net annuel : la planète foot a quitté l'orbite de la Terre et ses contingences : toute peine mérite rétribution, juste rétribution : ni misérable ni excessive.
 
Les dieux ont soif. Mais à ce point ? La société du spectacle nécessite-t-elle vraiment autant d'argent pour le seul divertissement des hommes ? Notre époque, qui aime à se nourrir de gigantisme, notion qui lui tient lieu de valeur – combien ? -, devrait mieux s'interroger sur le sens profond de cet événement – pourquoi ? et après ? - afin de revenir, si elle le peut encore, à la mesure.

Paru dans Le Figaro, 3 août 2017
Publié dans A tout un chacun
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Les fourberies de "Jupiter"
 
Tout a été dit ou presque, sur ce que les médias appellent l’affaire de Villiers. Si grave soit-elle, ce n’est qu’un épisode du renouveau annoncé qui consiste à détruire méthodiquement tout ce qui marche ou fait de l’ombre à Jupiter qui veut régner à tout prix, y compris sur un champ de ruines intellectuel, moral, identitaire, social, sociétal, ... etc.  ........ Tout a été dit ou presque, puisque la langue de bois permet souvent de rester politiquement correct et même, dit-on - constructif. Les autres sont persona non grata.
 
Les Français ont, parait-il, la mémoire courte et ils ne sont pas les seuls ; à plus forte raison, ils ne peuvent pas se souvenir de ce qui ne leur a pas été enseigné comme, par exemple, toutes les pages d’histoire qui valorisent nos racines et traduisent la grandeur de la France. Par contre, ils conserveront en mémoire ce qui, au-delà des écrits et des paroles a provoqué des blessures dont les cicatrices continueront de témoigner. Au cours du premier acte, des Français de plusieurs générations ont été dénoncés comme "criminels" pour avoir participé à "un crime d’Etat". Outre les vivants, nombreux sont les descendants de ces "criminels" à souffrir de cette blessure.
 
Dans un deuxième temps, au-delà du Général de Villiers Chef d’état-major des armées (CEMA) qui a été humilié et évincé de façon déloyale, c’est toute l’institution militaire, ceux qui la servent ou l’ont servi qui ont été atteints et profondément blessés avec des répercussions sur leur famille et leur entourage. Il parait tout à fait évident que le sort du Général de Villiers était scellé d’avance. Pour que ses qualités humaines et professionnelles, son expérience, sa droiture et son honnêteté intellectuelle ne fassent pas d’ombre à Jupiter, il fallait qu’il soit éliminé. Il est vrai qu’il ne pouvait pas cohabiter avec des personnages en marche, dont la première conviction est l’opportunisme. Il est le premier de la liste, d'autres suivront.
A ce propos, la première mesure à prendre pour "moraliser la politique" serait de démettre de son mandat tout élu qui, en cours de mandat, trahit ses électeurs en changeant d’opinion, de programme, de parti pour l’obliger à solliciter à nouveau leurs suffrages avec ses nouvelles convictions, même éphémères.
 
Pour être "compatible" fallait-il que le CEMA renonce à demander et à justifier les moyens dont nos armées ont si grand besoin ? Fallait-il qu'il mente en exprimant sa satisfaction de ne pas recevoir les crédits militaires promis ? Fallait-il qu'il se comporte comme tous les politiciens qui ont retourné leur veste une fois, deux fois, trois fois...... pour tenter de se faire élire et fait des promesses qu'ils sont sûrs de ne pas pouvoir tenir ?
 
Pour l’éliminer, le pouvoir a eu recours à une vieille technique (vive la modernisation !) utilisée pour se débarrasser habilement d’un indésirable. Elle consiste par un savant dosage d’humiliations et de camouflets à le pousser à bout dans son amour- propre et sa dignité jusqu’à ce qu’il se démette ... et il y a toujours des complices : par exemple pour rendre publics les propos d’un huis clos ! C’est le Général - disent les adeptes de "En marche" qui a trahi la confiance mise en lui par le Président de la République : celui-ci, en effet, venait de prolonger d’un an son mandat. Cette manière de procéder est une fourberie manifeste pour créer vis à vis de l'opinion une ambiance de trahison et accroître la culpabilité imputée au Général. Prolonger son mandat avec l'arrière-pensée de l'éliminer, c’était lui donner le baiser de Judas.
Inutile de repasser le film de ce qui a suivi, en notant toutefois que la démission rapide du Général de Villiers a coupé l’herbe sous les pieds de ceux qui voulaient abuser de la situation pour l’humilier davantage. En prenant l’initiative d’une démission circonstanciée, il privait Jupiter de la jouissance de l’avoir limogé. Et, quand Jupiter se rend sur la base aérienne à Istres pour implorer de façon théâtrale la confiance des armées, il ignore que les soldats sont des hommes et ne sont pas dépourvus d’affectivité, surtout vis à vis d’un CHEF qu’ils ont apprécié. Mais n’est pas chef qui veut ! "La plus grande preuve d'estime, que l'on puisse donner aux gens que l'on a l'honneur de diriger, - écrivait Lyautey - ce n'est pas de les flagorner, mais de leur parler gravement, en leur montrant les choses comme elles sont." Tout le contraire de l’autoritarisme !
Le comble et la palme de la goujaterie revient le lendemain au porte- parole du gouvernement, c’est à dire "La voix de son maître" formaté pour le bluff et l’arrogance. Il twite : "C’est le comportement du général qui a été inacceptable. On n'a jamais vu un CEMA s'exprimer via un blog ou faire du off avec des journalistes ou interpeller les candidats pendant la présidentielle (...). Il s'est comporté en poète revendicatif." et qui renchérit en brocardant la "bronca" de soutien faite au Général par les femmes et les hommes de tous grades servant à Balard, le Pentagone français. Pire, il enfonce le clou dans un article publié le lendemain dans le Figaro.
 
Il aurait été de bon ton, de la part de ceux qui alimentent les médias, qu’ils se soient émus du fait que le Général Pierre de Villiers a été privé - suprême affront - de la prise d’armes traditionnelle en rapport avec son niveau de responsabilités pour marquer son adieu aux armes. Une fois de plus, il n’est pas malséant, bien au contraire, de faire un parallèle avec ce qui a été réservé au Maréchal Lyautey en 1925. 
Lors de la guerre du Rif, le Cartel des Gauches - souhaitant un clash pour justifier l’élimination d'un Lyautey qu'il jugeait non compatible - lui refuse les renforts qu’il demande. Le Maréchal Pétain, après avoir trahi la confiance mis en lui par Lyautey, est désigné pour le dessaisir de ses pouvoirs militaires et arrive avec des renforts plus qu’excédentaires. Pour ne pas perdre la face, Lyautey ne disposant plus que des pouvoirs civils est acculé à la démission.
A son départ, il est accompagné jusqu’au port de Casablanca par une foule immense qui lui manifeste sa reconnaissance et ses regrets de le voir partir. Privé de navire de guerre, il voyage comme un touriste. Au large de Gibraltar, la marine anglaise lui rend les honneurs. A Marseille, seuls des amis l’attendent. Pas d’honneurs militaires dus à son rang. Près d’un siècle plus tard, les pratiques n’ont pas changé, seuls les discours sont plus lénifiants et plus fourbes.
 
Selon la formule traditionnelle prononcée lors de sa prise de commandement, un Chef militaire s’engage à assurer "le succès des armes de la France". Encore faut-il lui en donner les moyens, surtout quand le matériel à bout de souffle met en jeu la vie des soldats. Le politique devrait s’engager à respecter en temps et en heure ses promesses. Par sa démission, le Général d’armée Pierre de Villiers a fait savoir que c’est lui qui a eu la force de caractère de tenir le cap.

Envoyé par l'auteur, le Colonel (er) P. Geoffroy, Président de l’Association Nationale Maréchal Lyauteyn, 4 août 2017
Publié dans Du côté des élites
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Comment réformer la retraite des parlementaires ?
 
Il y a longtemps que les systèmes de retraite des députés, sénateurs et membres du Conseil économique, social et environnemental sont montrés du doigt par divers organismes, en particulier l’association Sauvegarde Retraites. Ces critiques sont, dans leurs grandes lignes, assez fondées : ces trois régimes, qui possèdent des points communs mais aussi des différences, ne donnent pas le bon exemple. Mais comment les réformer ? Deux possibilités existent.
 
La première, semble-t-il soutenue par l’Élysée et par Matignon, consisterait à faire rentrer dans le rang sénateurs, députés et conseillers, en leur appliquant la formule en vigueur pour les salariés du secteur privé. Mais le régime général et les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC sont destinés à être réformés et fusionnés avec trois douzaines d’autres régimes catégoriels, conformément au projet présidentiel, pour former un unique régime par points : leur rattacher parlementaires et conseillers serait manquer une belle occasion de faire expérimenter par ceux qui conseillent et qui légifèrent la nouvelle formule destinée à l’ensemble des citoyens.  
 
C’est vers cette seconde possibilité qu’il faut se tourner. Les représentants des citoyens et de leurs organisations professionnelles ont vocation à prendre la tête du mouvement de réforme. Demandons-leur donc d’étudier (1) et, s’agissant des parlementaires, de voter, la création d’un régime de belle facture, pour eux-mêmes dans un premier temps, mais propre à être ensuite étendu à l’ensemble de la population. Faire absorber par ce nouveau régime, dûment testé par nos représentants, les trois douzaines de régimes par répartition actuels, aurait une toute autre signification que l’application aux dits représentants d’une formule dont chacun sait qu’elle est obsolète.
 
Le poisson pourrit par la tête, dit le proverbe. Eh bien, inversons la formule, lançons une régénération par la tête du système français de retraites par répartition !
Et allons encore un peu plus loin : chacun sait qu’il y a besoin, en sus de la répartition, d’une certaine dose de retraite par capitalisation. Le ou les fonds de pension que créeraient députés, sénateurs et conseillers économiques, adaptés aux spécificités de ces fonctions atypiques, donneraient l’exemple pour que se créent ou se développent des fonds de pension divers et variés, apportant aux Français le "sur mesure" dont chacun a besoin, parce que si tout le monde n’est pas député, tout le monde n’est pas non plus plombier, ou horticulteur, ou policier, ou PDG, ou salarié d’une start-up.
(1) Notre ouvrage La retraite en liberté (Le Cherche-midi, 2017),  qui fournit en 128 pages la substantifique moelle de vingt années de recherches sur la réforme des retraites, donnerait à cette étude une bonne base de départ.

Envoyé par l'auteur, Jacques Bichot, économiste, membre honoraire du CESE
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Lecture d’été : Napoléon, Jean Tulard, Fayard 1977
 
Il paraît que l’on enseigne plus, ou si peu, Napoléon au collège et au lycée. Voici une bonne raison pour se replonger dans ce grand classique des biographies de Napoléon. L’ouvrage est complet et didactique en même temps, trouve un bel équilibre entre l’événementiel et la description de la société française de ce temps. Jean Tulard nous fait partager un agréable moment de littérature historique. Ce livre a un immense avantage : il est non idéologique, non partisan, ne cherche pas à nous imposer un jugement de valeur, un point de vue politicien (ce qui est le sommet de la vulgarité et de la bêtise quand on prétend se mêler d’histoire). Sans revenir à la chronologie, très claire dans cet ouvrage, ni au contenu proprement dit, voici quelques rappels ou considérations éparses que sa lecture m’a inspirés :
 
Aucune conviction ne tient face à l’ambition et à l’orgueil. On l’oublie souvent : Napoléon est une créature de la Terreur. Venu de l’aristocratie corse, il a bâti sa carrière sur un engagement initial en faveur de l’indépendance de la Corse (pascal Paoli). Puis, avant tout ennemi de la monarchie qu’il exècre, il embrasse la cause jacobine, proche de Robespierre "le jeune" (le frère de Maximilien) et alors partisan résolu de la Convention dans ce qu’elle a eu de plus sanglant. Arrêté pour robespierrisme à la suite de Thermidor, c’est par une sorte de paradoxe étonnant qu’il est devenu par la suite l’icône du camp conservateur. Le grand écart entre la vision contemporaine de Robespierre, généralement considéré comme diabolique, et Napoléon, vu comme un héros de l’histoire, a quelque chose de contradictoire quand on sait que tous deux ont été des alliés jusqu’aux pires moments de la Terreur et la carrière de Napoléon issue en partie de cette alliance.
 
La force du charisme : Napoléon est un personnage au départ assez banal. Il est maigre, mal habillé, d’allure complexée, d’une apparence extrêmement simple, voire minable, tel que le décrivent ses contemporains, vêtu d’une gabardine trop grande pour lui, élève et étudiant moyen, même lors de sa scolarité militaire, faible orateur, avec son accent corse. Son "génie politique", n’est pas non plus évident, plus souvent mené par les événements et exploité par d’autres (Barras) que vraiment tacticien et dominateur. Intelligence stratégique sur le champ de bataille ? Sans doute mais il est servi par une génération de grands généraux, le dynamisme et la jeunesse d’un peuple, commet lui-même parfois de lourdes erreurs. Non, sa puissance personnelle tient sans doute à autre chose : un étrange et mystérieux charisme. Il envoûte, magnétise, ensorcelle ce qui l’approchent, en particulier ses généraux et ses soldats : la simplicité, le regard, la voix, un rayonnement mystérieux, indescriptible, qualité indéfinissable, propre aux "grands hommes".
 
Qu’est ce que le culte de la personnalité ?  Il en est de deux sortes : au XXIe siècle, la personnalisation du pouvoir est une construction factice, médiatique, sublimation sans fondement de personnages le plus souvent médiocres. A l’évidence, le culte de la personnalité, sous Napoléon, est tout autre chose : le fruit d’une œuvre gigantesque. Jusqu’à 1804, Napoléon, ou plutôt Bonaparte, est dans une logique d’héroïsme pur. Le personnage est immense. Il entraîne le pays par son fabuleux rayonnement. Les exploits qu’il accomplit sont sans équivalents dans le monde contemporain. Songeons un peu : en cinq ans, il remodèle en profondeur la carte de l’Europe notamment après Marengo (soumission de l’Autriche, domination sur l’Italie, l’Allemagne occidentale, paix d’Amiens avec la Grande Bretagne). Il accomplit la prouesse gigantesque de pacifier la France, en conciliant les acquis de la Révolution (principe d’égalité, code civil, biens nationaux) et l’essentiel de la France traditionnelle à travers le Concordat et la réhabilitation du christianisme. Après la Révolution, Napoléon réconcilie la France avec elle-même et favorise un grand élan de prospérité. Il fallait le faire…
 
L’héroïsme est éphémère. Voici un point de vue personnel que nul n’est obligé de partager. A partir de 1804-1805, il me semble que le héros immense, au sommet de sa gloire, bascule dans la démesure. Ainsi parle-t-il après Austerlitz, et un an après son couronnement : "Soldats, la dynastie de Naples a cessé de régner ! Son existence était incompatible avec le repos de l’Europe et l’honneur de ma couronne. Marchez, précipitez dans les flots, si tant est qu’ils vous attendent, ces débiles bataillons des tyrans des mers. [A Joseph] "Vous lui direz que je le fais roi de Naples, mais que la moindre hésitation, la moindre incertitude le perd entièrement. Je ne reconnais pour parents que ceux qui me servent. Ceux qui ne s’élèveront pas avec moi ne seront plus de ma famille. J’en fais une famille de rois ou plutôt de vice-rois." L’esprit humain, quel qu’il soit, est fragile. Ces paroles ne me paraissent pas être celles d’un homme qui a gardé toute sa lucidité. Elles ne sont pas celles d’un personnage sensé, ayant conservé toute sa raison. Il me semble, à la lecture de ces phrases, que Napoléon, à ce stade, aveuglé par son succès, a perdu pied et que son désastre est déjà en gestation. Je crois qu’il n’est d’héroïsme dans l’histoire que de courte durée, éphémère, le "sauveur" a une mission de quelques mois, quelques années au grand maximum, mais dès qu’il tente d’inscrire son action dans le temps, de s’incruster, de fixer, d’institutionnaliser son héroïsme, il roule à l’abîme entraînant son peuple avec lui.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 1er août 2017
Publié dans Devant l'histoire
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Réponse au général d’armée Faugère
 
La semaine dernière, le général Faugère procédait sur le site MAGISTRO à une analyse très fine de la crise dont le Président de la République et l’ancien CEMA furent les protagonistes. Cette analyse dit bien, me semble-t-il, ce que les militaires de tous grades peuvent ressentir après l'humiliation volontairement infligée par le chef de l’État à l’un des meilleurs CEMA que les armées aient connus.
 
Comme clé possible de compréhension de ce comportement apparemment inexplicable, l'auteur évoque un possible cynisme de la part du chef de l'Etat mais sans vraiment explorer cette voie.
Pour ma part, je suis convaincu que seul un cynisme absolu éclaire ce triste épisode : les jours du général de Villiers comme CEMA étaient comptés dès avant l'élection d’Emmanuel Macron.
Pour en comprendre les raisons, il faut évoquer en effet la crise qui s'est produite en 2014, lorsque ce dernier était ministre de l'économie et Pierre de Villiers, CEMA depuis quelques mois. Le directeur de cabinet de Bercy de l'époque est devenu depuis le Secrétaire général de l'Elysée !
Comme à l'accoutumée, Bercy avait imaginé d'effectuer une énième ponction sur le budget de la défense pour boucher le tonneau des Danaïdes des finances publiques. Pour manifester leur opposition devant cette pratique insupportable, le général de Villiers et les trois chefs d'état-major d'armée, soutenus en sous-main par J-Y Le Driand, leur ministre de tutelle de l'époque, avaient menacé de démissionner en bloc, menace qui ne s'était jamais vue jusqu’alors.
Devant pareille bronca, le Président Hollande avait alors arbitré en faveur des armées, désavouant ainsi Bercy et son ministre. Cet épisode ne pouvait qu'avoir impressionné très défavorablement quelqu'un qui, visiblement, nourrit une conception très centralisée, pour ne pas dire autocratique de l'exercice du pouvoir.
Comment un simple "technicien" de la défense pouvait-il avoir l'outrecuidance de prétendre s'opposer à une décision d'ordre politique !
Élu président, Emmanuel Macron ne pouvait donc pas garder comme CEMA un officier de la trempe de Pierre de Villiers, dont il savait d'expérience qu'il s'opposerait de toutes ses forces à l'effeuillage continuel du budget des armées.

Il fallait donc s'en débarrasser, mais sans en prendre l'initiative pour ne pas porter la responsabilité de la rupture. En effet, il lui fallait absolument éviter le reproche de "politiser" la relation PR/CEMA, ce que ses prédécesseurs à l’Elysées s'étaient toujours abstenus de faire, les militaires étant ontologiquement neutres à l'égard du pouvoir, quelle qu'en soit la couleur politique.
L’éviction du CEMA allait donc se faire en trois actes, selon un plan parfaitement machiavélique.
Premier acte: La prolongation du CEMA dans ses fonctions était annoncée. Faisant suite aux mises en scène militaro-théâtrales qui s'étaient succédées depuis la prise de fonction du nouveau PR, elle devait témoigner de la confiance supposée de celui-ci à l'égard de la chose militaire. Quand on connait la rigueur morale de Pierre de Villiers, il n'y a aucun doute qu'il n'ait préalablement obtenu du PR les garanties budgétaires nécessaires sans lesquelles il n'aurait jamais accepté cette prolongation.
Deuxième acte : Mettant à profit les fuites (organisées par qui ? Personne ne s’en est soucié !) de l'audition à huis-clos du CEMA devant les députés de la Commission de la Défense, le PR sort du bois le 13 juillet, en humiliant outrageusement le CEMA, selon la manière indigne que l'on sait. La date retenue sciemment permettait de donner un écho maximum à la mise en accusation publique d’un CEMA devenu déloyal. Quand on sait l'intelligence d'EM, on ne peut avoir aucun doute sur le but d'une pareille charge. La violence de l'attaque était parfaitement proportionnée à l'effet recherché, à savoir une démission forcée d’un CEMA que l’on avait fait semblant de vouloir conserver, mais à la seule "initiative" de ce dernier. Et pour le cas où Pierre de Villiers n'aurait pas compris ce que l'on attendait de lui, le Premier ministre en remettait une louche dès le lendemain en précisant que, bien sûr, il "pouvait" rester CEMA, façon à peine déguisée de lui signifier qu'on ne le souhaitait pas. Et EM portait l'estocade dans le Journal du dimanche en agressant à nouveau sa cible avec une violence telle que celui-ci ne pouvait pas ne pas démissionner.
Et qui croira que le porte-parole du gouvernement déversa son flot de propos injurieux sans l'assentiment du PR ?
Troisième acte : Le général de Villiers démissionne en effet, mais en reprenant la main. Sans attendre d'être congédié comme un malpropre lors d'une "entrevue" prévue le vendredi suivant, il prend le PR de cours en annonçant sa démission selon une forme où l'on retrouve son légendaire sens de l'honneur et de la dignité. L’opinion publique est stupéfaite et indignée. Les media, qui ont tant contribué à son élection, sont sidérés.
 
Conclusion : Si la démission espérée a bien été obtenue, c’est au prix d’un désastre de la communication présidentielle. La confiance est durablement rompue entre le chef des armées et celles-ci. Cet épisode a révélé à la fois un cynisme démesuré, un amateurisme confondant, mais par-dessus tout, un mépris de la chose militaire apparu au grand jour.
Il convient de noter que les quatre principales "têtes pensantes" du ministère des armées ont été écartées : l'ancien ministre Le Drian, son ancien directeur de cabinet Levandovski, l'ancien directeur de la DGA et maintenant le CEMA.
La voie est libre désormais pour quoi ? Nul ne le sait.

Moralité : S’il faut des années pour construire la confiance, une seconde suffit pour la ruiner durablement.

Envoyé par l'auteur, 2 août 2017
Publié dans Du côté des élites
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Démographie au second trimestre 2017 : la baisse continue
 
L’INSEE vient de fournir le chiffre des naissances en France métropolitaine pour le mois de juin ; nous disposons donc des résultats pour le second semestre 2017. Le premier trimestre 2017 avait été marqué par une diminution assez sensible : 15 400, soit 8,1 %, par rapport au premier trimestre 2012 ; et 4 100, soit 2,3 %, par rapport au premier trimestre 2016 (1). La natalité poursuit sa baisse au second trimestre : 14 250 naissances "perdues" par rapport à 2012, soit 7,4 % ; et 3 300 de moins qu’en 2016, soit 1,8 %.
Il faut hélas ajouter à cela deux lacunes très inquiétantes relatives au "capital humain" : d’une part le traitement inadéquat de l’immigration, qui débouche trop sur l’assistance et la délinquance, et pas assez sur l’intégration, l’augmentation de la force de travail et de la capacité de production ; d’autre part la dégradation du niveau de la formation scolaire, universitaire et professionnelle, difficile à quantifier, mais relevée par de nombreux observateurs compétents.

Le quinquennat "normal" a été donc été marqué par une diminution de l’investissement le plus important pour l’avenir : l’investissement dans l’homme, tant qualitatif que quantitatif. Sachant que les infrastructures, les entreprises, l’équipement de nos armées, de nos administrations, et l’organisation de notre fonction publique, ont également souffert d’une insuffisance d’investissement, la France issue du quinquennat Hollande aborde le quinquennat Macron dans de bien mauvaises conditions.
(1) Données corrigées pour tenir compte du phénomène "années bissextiles"

Envoyé par l'auteur, 31 juillet 2017
Publié dans En France
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Nuages noirs sur le Pacifique
 
CHRONIQUE - Provoqués par la Corée du Nord qui vient de réussir le tir d'un missile intercontinental, les États-Unis accusent la Chine d'inaction. Les relations diplomatiques s'enveniment.
 
Sans chercher à être inutilement alarmiste, a-t-on le droit d'esquisser une comparaison entre la zone du Pacifique nord au soir du vendredi 28 juillet 2017 (jour de l'essai nord-coréen réussi d'un missile intercontinental capable de frapper atomiquement les grandes villes de la côte ouest des États-Unis) et l'Europe au soir du dimanche 28 juin 1914 (jour de l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc héritier d'Autriche) ? Dans les deux cas, avons-nous affaire à un problème politique local qui va fonctionner comme un catalyseur, où les séquences actions-réactions s'accélèrent tellement que les puissances ne parviennent plus à en contrôler le cours ?
Comparaison n'est pas raison, d'autant plus qu'en un siècle les moyens physiques de la diplomatie ont fait des pas de géant : les photos satellite évitent de fantasmer sur des préparations militaires qui ne seraient pas réelles ; les ministres des Affaires étrangères de puissances rivales se parlent volontiers sur leurs téléphones portables, plusieurs fois par jour si nécessaire ; les chaînes de télévision d'information en continu alertent les opinions publiques et les parlementaires en temps réel dès que surgit un sujet de tension dans les relations internationales. Mais force est de reconnaître que le problème de la Corée du Nord est à la fois sérieux et persistant et qu'il n'a pas cessé d'empirer au cours des deux dernières décennies.
 
La course à l'arme nucléaire du gouvernement de Pyongyang, qui est un des piliers idéologiques de ce régime stalinien, ne laisse pas d'inquiéter les deux grands alliés régionaux de l'Amérique que sont la Corée du Sud et le Japon. Les Japonais, seul peuple à avoir subi le feu nucléaire dans l'Histoire des hommes, se disent qu'ils n'ont décidément pas de chance avec les bombes atomiques. Lorsqu'ils étaient bellicistes, ils en reçurent deux sur leur archipel. Maintenant qu'ils ont une Constitution pacifiste leur interdisant de détenir des armes offensives, ils voient monter le risque d'être à nouveau frappés. Le fait que ce ne soit pas par l'Amérique, mais par son ennemi numéro un, ne change rien au désagrément.
 
Le président Trump a réitéré son entier soutien envers ses alliés asiatiques face à la Corée du Nord, soulignant que les États-Unis étaient prêts à utiliser l'éventail complet de ses armes pour ce faire - expression qui inclut l'usage de l'arme nucléaire. Pour résoudre la crise, les États-Unis estiment que l'ONU ne serait d'aucune utilité et que les "pourparlers ne servent plus à rien sur ce dossier", comme l'a dit Nikki Haley, leur chef de mission permanente au Conseil de sécurité.
Les Occidentaux ont longtemps considéré qu'ils pouvaient compter sur la Chine pour résoudre ce cas de prolifération nucléaire à sa frontière. Après avoir reçu le président chinois dans sa résidence de Floride les 6 et 7 avril 2017, le président américain a cru avoir réussi à passer un deal avec son homologue : la Chine réglerait une fois pour toutes la menace nucléaire nord-coréenne, en échange de quoi l'Amérique renoncerait à adopter contre elle des mesures protectionnistes.
Il y eut, visiblement, malentendu. Le 30 juillet 2017, à 1 h 30 du matin, le président Trump exprima sa déception, par un tweet : "Je suis très déçu par la Chine. Nos dirigeants dans le passé ont commis la folie de lui faire gagner des centaines de milliards par an en commerce, et malgré cela… les Chinois ne font RIEN pour nous sur le dossier coréen, à part parler. Nous n'allons pas permettre que tout cela se poursuive. La Chine pourrait facilement régler ce problème !"
À Pékin, le ministère des Affaires étrangères a réagi en rejetant la faute sur Washington et en s'indignant que les Américains puissent lier des "problèmes qui n'ont rien à voir entre eux". Pékin accepte de considérer la menace pour la paix internationale que constituent les programmes militaires balistique et nucléaire nord-coréens. La Chine applique toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur la question. Pékin accepte aussi de discuter avec Washington des moyens de ramener à l'équilibre les flux commerciaux entre les deux pays. Mais les Chinois refusent absolument de relier dans leur diplomatie "deux domaines aussi différents".
Il faut reconnaître que les diplomates chinois répètent à l'envi aux Occidentaux depuis plus de dix ans qu'ils n'ont aucune influence sur la Corée du Nord ; que Pyongyang n'a jamais considéré Pékin comme un grand frère ; que les Nord-Coréens exigent de parler d'égal à égal avec les Américains, sinon rien…
 
Quand, sur le dossier nord-coréen, les Chinois rejettent la faute sur l'Amérique et ses alliés, ils ont en tête ses politiques néoconservatrices passées de changements de régime par la force. Pour Pékin, le renversement de Kadhafi - qui avait pourtant renoncé à son programme nucléaire et dénoncé aux services secrets anglo-saxons les trafiquants pakistanais d'équipements proliférant - a renforcé le dictateur Kim Jong-un dans sa conviction qu'on ne pouvait pas faire confiance aux Occidentaux et qu'il fallait toujours leur opposer un rapport de force.
Les Américains ne peuvent envisager désormais de frappe préventive contre la Corée du Nord, sauf à mettre en péril la vie de centaines de milliers de civils en Corée du Sud et au Japon. Diplomatiquement, ils ne peuvent rien espérer de la Russie, à laquelle ils appliquent des sanctions sur un autre sujet. Ils ne peuvent plus rien imposer politiquement à la Chine, qui leur grignote tous les jours leur ancienne hégémonie navale sur le Pacifique. Chez lui, le président Xi Jinping est présenté comme le grand bâtisseur d'une "Muraille de Chine maritime" - dont les fortins sont ces récifs de la mer de Chine méridionale que Pékin a militarisés en violation du droit international.
Une superpuissance qui décline, une autre qui émerge, un potentat local qui dérape : voilà quand même un dangereux cocktail géopolitique qui nous rappelle quelque chose…

Paru dans Le Figaro, 1er août 2017
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Janet Yellen face au boomerang de Ben Bernanke - Crise des subprimes… suite
 
On a beaucoup écrit sur l’assouplissement quantitatif initié par la Réserve fédérale en réponse à la crise des subprimes. Ce n’est rien d’autre qu’une politique monétaire laxiste poussée à son paroxysme. L’heure du bilan a sonné. Il est mitigé, si l’on s’en tient aux résultats obtenus à ce jour, mais inquiétant si on ausculte le futur. En déclenchant cette politique en novembre 2008, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Réserve fédérale, a lancé un boomerang qui revient à la face de son successeur.
 
L’assouplissement quantitatif n’a pas donné les résultats espérés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Dans les trois mois qui suivent l’éclatement de la crise des subprimes, la Réserve fédérale abaisse son taux directeur de 2 % à 0,125%. Le Congrès approuve une série de déficits budgétaires élevés. Mais, l’économie américaine ne réagit pas comme prévu. La croissance moyenne annuelle s’élève 1,3 % contre 3,1 % pour les deux cycles précédents de croissance. Il faut sept ans au chômage pour retrouver son taux d’avant la crise contre quatre ans pour le cycle précédent et deux ans et demi pour celui d’avant. Même constat pour l’inflation. Elle était de 3,8 % en 2008 et tombe en dessous de zéro en 2009. Elle remonte à 1,3 % en 2016 et atteint 1,6 % en juin 2017, toujours inférieur à l’objectif de 2 % que s’est fixée la Réserve fédérale.
 
Pourquoi l’assouplissement quantitatif n’a-t-il pas donné les résultats attendus ? Parce qu’il repose sur un postulat, parce que son objectif premier était de secourir les banques, parce que les banques n’ont pas joué le jeu et enfin parce que le consommateur a choisi de se désendetter.
 
En 2002, dans un discours devenu célèbre, le futur gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, affirme qu’une augmentation hors norme de la masse monétaire viendrait à bout de toute déflation. Il se réfère à une allégorie de Milton Friedman qui suggérait qu’un gouvernement confronté à une récession insurmontable distribue des coupures de 1.000 dollars du haut d’un hélicoptère pour relancer l’économie. C’est d’une certaine manière ce que fit Bernanke au lendemain de la faillite de Lehman Bros., point de départ de la crise des subprimes. Craignant une crise d’ampleur, il acheta pour 1.400 milliards de dollars d’actifs bancaires du 17 septembre au 17 décembre 2008, triplant le total du bilan de la banque centrale en trois mois – du jamais vu dans les annales de la finance ! Cette manne qui consolida les banques mises à mal par la crise, était aussi un encouragement à relancer la consommation par le crédit. Les banques préférèrent déposer les sommes reçues en échange de leurs actifs sur leur compte à la Réserve fédérale, "stérilisant" la politique de Ben Bernanke. Quant au consommateur qui avait cru les balivernes des banquiers sur les prix de l’immobilier qui monteraient au ciel, il choisit de se désendetter. L’assouplissement quantitatif a échoué parce qu’il s’attaquait aux symptômes et non à la racine du mal.
 
En revanche, il a produit son plein effet sur les marchés financiers. Le S&P qui s’élevait à 1.192 le 15 septembre 2008 – jour de la faillite de Lehman Bros. – perdit près de la moitié de sa valeur en six mois, atteignant son point le plus bas le 9 mars 2009 (672). La première tranche d’assouplissement quantitatif le ramena à son niveau de septembre 2008 en avril 2010 (1.186). Les deux tranches suivantes le firent monter régulièrement. Il atteint 2.440 en juillet 2017, soit deux fois son niveau d’avant la crise. Cette performance a de quoi inquiéter. Le potentiel de l’économie américaine ne la justifie en aucune manière. Son taux de croissance devrait tomber de 2,1 % en 2018 à 1,9 % en 2019 et 1,8 % en 2020, selon les prévisions du Fonds monétaire international. Prudente, cette prévision n’en est pas moins optimiste. La reprise est dans sa septième année – durée moyenne des reprises américaines. Les marchés financiers seraient-ils sujets à une "exubérance irrationnelle" ? Selon les calculs de Robert Shiller, prix Nobel d’économie et père de cette expression, le ratio du résultat net par action ramené au prix de l’action (price earning ratio ou P/E), lissé sur dix ans, a retrouvé son niveau de 1929. Le risque d’une nouvelle crise financière ne peut donc être écarté.
 
Ce présage n’a pas échappé à la Réserve fédérale. Il a conduit Janet Yellen qui a remplacé Ben Bernanke en février 2014, a relevé le taux directeur par touches successives pour l’amener dans une fourchette de 1 % à 1,25 % le 15 juin 2017. Cette politique prudente s’explique par la vulnérabilité de l’économie américaine. Mais ce ne sont pas les taux à court terme qui importent, ce sont les taux à long terme que Janet Yellen ne contrôle pas. Le financement de l’économie américaine a connu une période exceptionnelle de 1980 à 2016, contredisant la loi fondamentale de l’offre et de la demande. Les taux d’intérêt à long terme des bons du Trésor ont régulièrement baissé alors que l’endettement public augmentait. Cette conjonction inédite tenait à l’apport des capitaux étrangers. Depuis 2015, cet apport s’est réduit à la marge, laissant aux investisseurs américains le soin de combler le vide. Les taux d’intérêt à long terme remontent, redonnant à la loi fondamentale toute sa légitimité. Cette hausse va se poursuivre puisqu’il est prévu que la dette fédérale augmente. Cette augmentation va entraîner l’économie américaine dans un cercle vicieux de décroissance.
 
Ainsi, l’assouplissement quantitatif présenté comme la solution miracle aux problèmes de l’économie américaine se révèle-t-il être un leurre. Il a pris la forme d’un boomerang qui s’apprête à frapper Janet Yellen en retour. Faut-il s’étonner alors qu’elle n’ait pas répondu à la question du sénateur John Kennedy* qui, lors de l’audition du 13 juillet, lui demanda si elle accepterait un second mandat en février 2018.  
 
*Aucun lien de famille avec le président John Kennedy

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017
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Chef des Armées
 
Pendant la crise consécutive à l’intervention du général de Villiers devant la commission de la Défense Nationale, le président de la République a déclaré devant un aréopage de militaires "Je suis votre chef " signifiant par là que les militaires n’avaient qu’à obéir sans discuter.
"Votre chef ", voire : il est de fait que l’article 15 de la Constitution est rédigé ainsi : "Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale". Encore faut il savoir ce que signifie "chef des armées". Si on se réfère au code de la Défense qui regroupe tous les textes législatifs et réglementaires concernant la Défense, on trouve à l’article L1121-1 traitant des attributions du "président de la République, chef des Armées" : "Le conseil de défense et de sécurité nationale, de même que ses formations restreintes ou spécialisées, notamment le Conseil national du renseignement, sont présidés par le Président de la République, qui peut se faire suppléer par le Premier ministre.". Rien d’autre, aucune référence à un quelconque droit d’engager les armées ou d’en prendre le commandement. Il est vrai que le code de la Défense regroupe surtout des textes anciens voire périmés, notamment l’ordonnance sur la Défense de 1959 rédigée avant l’existence de la dissuasion et des opérations extérieures ; depuis rien n’a été rédigé et la Défense vit de nos jours dans un total vide législatif alors que la Constitution en son article 34 précise : "La loi détermine les principes fondamentaux de l’organisation générale de la défense nationale"
 
Pour connaître l’origine et la signification du titre de "chef des armées", il faut se référer aux 13 Constitutions qui ont défini en France la répartition des pouvoirs depuis la Révolution. Dans la Constitution de 1791 on peut lire : "Le roi est le chef suprême de l’armée de terre et de l’armée navale...", or le roi n’a aucun pouvoir, c’est l’assemblée nationale législative qui décide de la guerre. On retrouve une appellation équivalente dans la Constitution de 1946 de la IV° République : "Titre V. Du président de la République
 - Article 33 : Le président de la République préside, avec les mêmes attributions, le conseil supérieur et le comité de la défense nationale et prend le titre de chef des armées."
Les présidents Vincent Auriol et René Coty qui ne détenaient aucun pouvoir exécutif dans ce régime parlementaire recevaient donc le "titre" de "Chef des Armées"
C’est ce qui a été repris dans la constitution de 1958 qui est toujours en vigueur : Article 15 : Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale.
"Chef des Armées" il s’agit d’un titre qui signifie que le président de la République est au sommet de la hiérarchie militaire sans qu’il ait pour autant le droit d’engager les armées.
Remarquons que la reine d’Angleterre est "chef des armées" de la plupart des états du Commonwealth mais que ce n’est pas elle qui a décidé de l’expédition des Malouines.
 
A l’évidence ce n’est pas l’interprétation qui en est faite actuellement. Depuis des décennies les Présidents de la République s’arrogent le droit d’intervenir n’importe où sans en référer au Parlement. Cela nous a valu les interventions au Rwanda, en Afghanistan, en Serbie, en Libye, en Syrie pour des raisons souvent humanitaires ou de promotion de la démocratie sans que les intérêts de la France ne soient menacés.
Il faut rapprocher cette situation de celle du second empire, la Constitution de 1852 reprise par Napoléon III, précisant : "Titre III  Du président de la République - Article 6 : Le président de la République est le Chef de l’État ; il commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre... " Cela nous a valu la guerre de Crimée, l’expédition du Mexique, le sac du Palais d’été à Pékin pour finir à Sedan.
Cette affaire montre également le mépris dans lequel le Président tient le Parlement auquel il conteste le droit d’être correctement informé et les militaires qui doivent se taire et obéir.

Envoyé par l'auteur, 30 juillet 2017
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La vraie libération fiscale
 
C’est une institution estivale : chaque été, divers instituts (Contribuables associés, IFRAP, Institut économique Molinari) sonnent le tocsin de la "libération fiscale". Cette année, "La libération fiscale approche pour les Français" titre Le Figaro du 27 juillet, qui consacre presque deux pages à rendre compte des calculs de l’Institut Molinari.  Il est précisé "à partir du 29 juillet, chacun travaillera pour soi mais plus pour financer, via ses impôts et cotisations, l’État et la sécurité sociale". Hélas ces arithméticiens amalgament les différents prélèvements obligatoires sans se soucier ni de ce à quoi ils servent, ni des différences qui existent entre eux.
Cette présentation est nocive. Elle résulte de la colonisation intellectuelle de think tanks prétendument de droite par des conceptions socialisantes. Elle repose en effet sur deux idées de base du socialisme : selon la première, la sécurité sociale est assimilable à l’État, comme l’indique la formule "État providence" ; et selon la seconde, l’État (et donc aussi la sécurité sociale) est un agent économique totalement extérieur à la sphère de l’échange.
 
Une telle dogmatique est d’autant plus prégnante qu’elle constitue une pétition de principe, un postulat ; elle conduit à réclamer moins d’État et non pas un État qualitativement différent – "mieux d’État", comme on dit parfois. Toute perspective de réforme du secteur public dans un sens libéral est exclue d’office ; la seule politique acceptable consisterait à confier au secteur privé la plus grande partie possible des fonctions actuellement remplies par l’État et la sécurité sociale.
Curieusement, les partisans de cette politique ont oublié la maxime stalinienne "ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable". Tant que l’État lui-même ne sera pas converti, tant que les libéraux se résigneront à ce qu’il soit conçu et organisé de manière communiste, ils auront affaire à un organe formaté pour appliquer la formule de Staline. Même si les rênes de l’État sont théoriquement tenues par des hommes politiques de droite, ceux-ci feront une politique de gauche, comme leurs prédécesseurs soi-disant de droite l’ont fait pendant des décennies, et la croissance des services publics s’effectuera selon un modèle excluant la notion d’échange.
Réclamer une libération fiscale consistant à réduire la sphère étatique au profit du secteur privé n’a jamais débouché sur un changement conséquent ; au mieux, le rythme d’expansion de cette sphère est un peu ralenti, mais elle reste qualitativement inchangée. Ce projet mollasson, qui n’ose pas prôner la révolution conceptuelle dont pourrait découler un véritable changement organisationnel, est vain, nous le constatons décennie après décennie. Le seul projet réaliste est le plus ambitieux, celui qui vise à convertir l’État (au sens large, y compris l’actuel État providence) à l’économie d’échange.
Il ne faut pas se livrer à de laborieuses manœuvres destinées à faire légèrement reculer les lignes ennemies, par exemple en confiant au secteur privé telle ou telle fonction jusqu’alors remplie par une administration ; il convient de changer complètement de paradigme, en affirmant que l’État fait partie intégrante de l’économie d’échange – qui ne se limite pas au marché – et de réorganiser chaque service à partir de ce nouveau paradigme.
 
Le nœud gordien conceptuel qu’il faut trancher pour évoluer dans cette direction est la réduction de l’échange au marché. En 1988, Bertrand Lemmenicier fit paraître aux PUF Le marché du mariage et de la famille, livre qui contient de nombreux raisonnements économiques intéressants sur le fonctionnement de ces deux institutions. Je me suis demandé pourquoi ce collègue avait choisi le mot "marché". J’ai d’abord pensé qu’il voulait indiquer de façon percutante le fait qu’il allait aborder les phénomènes matrimoniaux et familiaux avec les outils du raisonnement économique. Ce n’était pas faux, mais il y avait aussi autre chose : les économistes libéraux commençaient à ne plus concevoir les échanges autrement que par référence au marché.
 
Comme la famille, l’État et la sécurité sociale sont des institutions destinées à organiser certains échanges – des échanges qui ne sont pas "marchands", qui ne peuvent pas être analysés avec exactement les mêmes outils intellectuels que la bourse ou le marché des changes, mais qui n’en sont pas moins des échanges. Malheureusement, depuis les recherches de Lemmenicier et celles, dans le même domaine, de Gary Becker (prix Nobel 1992), une tendance s’est développée au point de devenir un dogme politiquement correct : il n’y aurait d’échange que marchand. C’est ce dogme dont nous devons aujourd’hui nous débarrasser si nous voulons comprendre quelque chose au fonctionnement du monde dans lequel nous vivons. C’est ce dogme qui est sous-jacent au mythe de la "libération fiscale". C’est ce dogme qui nous empêche de réformer l’État et la sécurité sociale dans le sens d’une véritable logique d’échange.
 
La sécurité sociale et l’État produisent des services et les font payer ; ce ne sont pas des paiements de marché, indépendants de la personne qui ouvre son porte-monnaie, mais ce sont des paiements. L’analyse économique inclut d’ailleurs une branche, la théorie des prix discriminés, qui analyse les phénomènes de ce type. Le manque de jugeote des hommes politiques dits de droite – qui se sont alignés sur leurs homologues de gauche – a conduit à laisser assimiler les cotisations sociales et les taxes à des prélèvements obligatoires sans contreparties : c’est cette erreur qu’il faut corriger pour élaborer une conception libérale de la sécurité sociale et de l’État. La vraie libération fiscale ne consiste pas à ne plus payer de contributions à ces deux organismes, mais à les réformer de telle manière qu’il devienne clair que nous leur achetons des services – des services très utiles, dont les hommes politiques ont pour mission, notamment, d’améliorer le rapport qualité/prix.

Envoyé par l'auteur, 28 juillet 2017
Publié dans Du côté des élites
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