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Cincinnatus et les primaires
 
Les Français rêvent d'un Cincinnatus !
D'innovants décideurs de l'instruction publique ont gravement marginalisé Rome, son histoire, ses héros et le latin, donc ce bienfaisant patricien est désormais un quasi  inconnu de la mémoire politique, ce qui est bien dommage.
 
Aux alentours de 455 avant J-C, la jeune République romaine est en grand péril, proie des attaques de la plèbe, d'un populisme revanchard, de la démagogie d'aventuriers tribuns et de factions rivales au sein du patriarcat. Bref, c'est le bazar. Une délégation respectueuse demande à Lucius Cincinnatus Quinctius, patricien et politicien connu, retiré dans ses terres, s'il consent à revenir aux affaires et remettre un peu d'ordre, éventuellement  sauver la République de ses démons.
Drapé dans sa toge immaculée, aussi compétent que probe, Cincinnatus consent : il fait un grand ménage, clarifie les institutions, fait voter des lois justes, remet d'aplomb l'économie mourante, remplit les caisses de l'Etat, punit corrompus et pervertis, renvoie la plèbe au boulot, les militaires dans leurs casernes, sermonne les patriciens, exerçant deux brèves 'dictatures' en 458 et 439. Puis, toujours drapé dans sa toge immaculée, il refuse la fonction suprême, rentre chez lui, dans ses terres, planter vignes et oliviers, et tailler son estragon.
Voilà donc un homme providentiel comme en rêvent toujours les Français, lequel, sans être 'dictateur', restaurerait l'état de droit, préservant autant que possible les libertés, donnerait un peu d'égalité et tendrait une main fraternelle à une population déboussolée. En novembre 2016 la Droite y a cru ; en janvier 2017 la Gauche a tenté d'y croire. Mais patatras ! L'effarante escroquerie des fameuses Primaires a fait s'évanouir le mirage du sauveur national et du mieux-être collectif.
 
Résumons : afin de sortir des galimatias de la trop instable 4ème République, les inventeurs de la Vème instaurent un système d'élections généralisées à 2 tours (unique en son genre), permettant une stabilisation Droite/Gauche des partis comme au Royaume-Uni (conservateurs/travaillistes) ou aux USA (Républicains/Démocrates) ; on peut y agréger quelques tendances plus modestes, qui élargissent l'illusion de la liberté de choix. Dès 1964 ce système s'applique aussi à l'élection du Président au suffrage universel direct. Cela fonctionne de manière satisfaisante pendant environ 25 ans.
Las ! Une idée saugrenue germe au cours les années 80 dans les cerveaux énarquiens, afin d'endiguer un populisme discordant qui pourrait être une troisième tendance, (le FN), pourtant encouragée au départ par la Gauche afin de grignoter l'électorat de la Droite et la mettre en difficulté : créer une Primaire interne au sein des grands partis.
Joli projet, nourri de théories nord-américaines mal digérées.
Pour deux raisons :
            
La Primaire nord-américaine s'inscrit dans un pays de très grandes dimensions, doté d'une population d'une extrême variété, dans lequel circulent des idées de gestion très disparates : le filtre d'une Primaire dans chaque Etat fédéré permet de faire un premier tri et nourrit les équilibres partisans qui se complètent ou s'affrontent à l'échelon supérieur de l'Etat Fédéral : c'est la clef ! Chaque Etat peut particulariser ses tendances, et c'est leur addition qui permet l'émergence des deux finalistes présidentiables. Les chicanes locales et les haines internes aux partis restent ainsi au niveau des Etats, et le choix final échappe par le biais filtrant des élus locaux aux manœuvres politiciennes : l'élu présidentiel se trouve ainsi nimbé d'une sorte d'innocence, d'incontestabilité suprême car il a échappé aux querelles ; il en acquiert un charisme personnel qui ne peut être remis en question. Toutefois cela ne marche pas à tous les coups : on l'a vu avec l'élection de Donald Trump adoubé "par défaut" par le parti républicain qui ne l'a que très tièdement soutenu, tant il était hors des normes classiques, et lui-même considérant son propre parti peu fiable et rétrograde. Mais maintenant qu'il est élu, il n'y a plus – du moins directement – de rejet possible.
La France est très différente, et la Primaire lui est inutile car elle est un Etat unitaire : "un seul Etat, un seul peuple, une seule langue, une seule nation" : tel est le socle français du pouvoir depuis 1792 (quelle qu'en soit la forme) ; les choix se font donc de manière ouverte, l'amalgame social et politique étant sensé être fait. Ni la dimension de la population, ni ses pratiques ne la préparent à ce choix préparatoire. Au sein d'un territoire restreint la République française est "Une et indivisible", et en créant ce maladroit choix primaire, on recrée des divisions partisanes rendant encore plus difficile le trait d'union national sur la personne de l'élu finaliste.
 
La politique n'est pas un sport ; il ne s'agit pas de marquer des buts et de partir avec une coupe : il s'agit de gérer au mieux une population et ses intérêts.
Déja saturé d'élections constitutionnelles et légales, le peuple français vit des "campagnes" supplémentaires, lesquelles ont pour qualité principale d'immobiliser encore un peu plus et ses choix et son avenir : en effet la Primaire à la française est une sorte de "rapt d'opinion". il y a d'abord le tri interne des impétrants dans le parti selon des règles et des procédures semi secrètes et tarabiscotées, afin d'éliminer ceux dont les caciques ne veulent sous aucun prétexte ; ensuite vient l'exhibition médiatique des promus, sorte de persillage des ténors avec des 2èmes ou 3èmes couteaux, quasi inconnus des électeurs ; selon un processus imposé par les médias, tout le monde est bien docile, sur fond bleu, maquillé, cravaté neutre, derrière son petit réchaud où s'appuyer et cacher ses papiers : tout y est, la partie peut commencer ; on se demande comment les plus palots ont pu arriver sur le plateau, uniquement destinés à assurer les reports de voix pour le second tour. Une seule femme dans la boite : où est la parité ? Et de toute façon, personne ne les écoute. Certains sortent de là écœurés, vaincus, parfois furieux, nourris d'une haine qu'ils n'avaient peut-être pas au départ. Ils disparaissent aussitôt dans le brouillard de l'anonymat. Au passage, un président, deux Premiers ministres (ou ex-P.M) ont perdu leur boulot. L'ANPE les guette. La remontée de la pente sera longue et difficile.
 
Les deux rescapés s'affrontent alors dans un combat des chefs très Goscinny dans lequel ils parlent surtout d'eux-mêmes et de ce qu'ils pensent. Parfois les rancœurs cachées, les vieilles querelles transpirent de propos prudemment neutres.
Au bout du vote "le gagnant est ! » Il existe ! Petite victoire pour de grandes manœuvres pendant quatre mois. Les deux partis qui ont pratiqué l'exercice en sortent démantelés, quasi en miettes, parfois sans chef, bref épuisés.
Par ailleurs, en mettant ces grosses machines en branle, ils n'ont pas assez tenu compte de la configuration de l'électorat français : qui s'est déplacé pour ces Primaires ? A droite, beaucoup de personnes âgées, des bobos qui en ont marre des impôts, des déçus de dix années de brouillard public... A Gauche : de vieux soixante-huitards, des socialistes par conviction, des enseignants, des chômeurs, des déçus (mais pas pour les mêmes raisons) ; Pas énormément de jeunes. Tout cela n'est pas très "représentatif" de la population française, la vraie.
Mais qu'il s'agisse "d'un cassage de baraque"ou d'un "universalisme de papier gauffré", il reste un scepticisme national généralisé, d'autant que de révélations scandaleuses d'un côté et de la crainte de revoir surgir les mêmes ministrables de l'autre, le vote dit "populaire" semble dérisoire et inutile.
 
Quels sont les bénéficiaires de ce double naufrage ?
Les gagnants sont (the winners are...) les non-primaristes : Les trois tribuns qui se sont auto-proclamés "chefs" et dont la fermeté de parole, la clairvoyance critique, les idées nouvelles (quelles qu'elles soient), l'éventuel charisme personnel, séduisent les désespérés de tous bords, font frémir les retraités qui rêvent du bon vieux temps, les étudiants en mal de repères, donnent espoir aux banquiers comme aux chômeurs, rouvrent l'éventail des choix : bref, du nouveau ! Comme l'a écrit Durkheim le peuple français a un grand "désir d'expériences nouvelles", même si c'est un plongeon très aléatoire dans l'inconnu.
 
Les chicanes internes auxquelles se sont livrés les deux grands partis ont déçu et leurs leaders y ont peut-être perdu toute chance de convaincre, leur image de compétence, noyés dans des propos de commande, et leur charisme. Bonne question : quel poids peuvent-ils peser face aux "ogres" US, Chinois , Russe... et même Theresa (qui n'est l'élue de personne)...
Avoir imposé de manière aussi délibérée le fractionnement à des institutions (les Partis) destinées à rassembler, témoigne d'une méconnaissance profonde des mécanises électoraux et de l'absence de sens politique. Les Français n'ont peut-être pas encore intégré la gravité de la situation nouvelle. L'instauration de Primaires en France est une erreur tactique, stratégique et politique.
Pour les partis qui le pratiquent, il est urgent de répudier cet anachronisme suicidaire, lequel met aussi en péril l'ensemble de nos mécanismes politiques, et de se demander où est caché le sage et l'intègre Cincinnatus, l'homme qui détestait les tribuns.
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L’émission de Marine Le Pen sur Fr2 le 9 février 2016
 
Tenir tête durant 2 heures à un déferlement de vindicte et de tentatives de déstabilisation ; parvenir à faire passer un message clair en dépit des interruptions incessantes : la performance fut remarquable, bravo l’artiste !
Notons toutefois un point faible : les réponses à deux femmes sympathiques, l’une (blanche) chef d’entreprise, l’autre (noire) en formation aux métiers de bouche. La première montre une difficulté à justifier concrètement les avantages du passage à un franc susceptible de faiblir vis-à-vis de l’euro ; la seconde une difficulté à traiter un cas d’immigration réussie. Deux sujets, la sortie de l’euro et l’immigration, qui sont au premier plan dans le programme du FN.
La première interlocutrice dirige une entreprise familiale qui fabrique les selles de la plus haute qualité utilisées dans les concours hippiques. Cette PME consacre 60 % de ses recettes aux achats de peaux de bovins qui ne sont pas élevés en France, et de tanins ou autres produits utilisés pour transformer ces peaux en cuir magnifique. Sa dirigeante posait donc une question vitale : que vais-je faire pour rester concurrentielle si la dévalorisation du nouveau Franc augmente de 20 % le prix en francs de ces importations indispensables à mon activité ?
 
Marine Le Pen, bousculée par des journalistes cherchant à la gêner dans ses réponses, s’est réfugiée dans des considérations générales sur les bienfaits du franc faible. C’est d’autant plus dommage que répondre à la question était simple : à l’export, l’entreprise pourra continuer sans problème à vendre en euros au même prix, et sa marge bénéficiaire sera même accrue puisque les salaires, en francs, n’auront pas augmenté, ou moins pas autant que l’euro. Quant au marché intérieur, l’entreprise française devra certes vendre plus cher en francs, mais ses concurrents, aussi bien étrangers que français, sauf à vendre à perte, auront la même obligation.

La mère de famille africaine, dont le dialogue avec Marine Le Pen avait été filmé antérieurement dans le centre où elle se formait aux métiers de la restauration, avait trois enfants engagés dans des études supérieures, nés en France et donc français. N’ayant pas elle-même la nationalité française, elle s’inquiétait fort de ne pas répondre aux critères requis par le FN pour avoir droit à un emploi dans notre pays. C’était le cas type d’une personne à laquelle un représentant de la France doit dire : "si tout ce que vous nous indiquez est exact, vous avez largement fait vos preuves, nous serons très heureux de vous accorder la nationalité française". Il est regrettable que la candidate à la Présidence de la République n’ait pas dit quelque chose d’analogue.

Reste que les questions importantes, y compris la sortie de l’euro et la préférence nationale, dont relèvent ces deux cas personnels, n’ont pas été abordés correctement, par la faute des organisateurs de l’émission : leur but n’était pas d’informer les Français sur les solutions que le FN propose pour la France, mais d’humilier leur invitée. Celle-ci, une dure à cuire, ne s’est pas laissé faire, mais il lui a fallu combattre dans un ring au lieu d’exposer son programme. Il aurait pourtant été tellement souhaitable d’aborder les problèmes de fond, par exemple l’impossibilité de mener de front beaucoup de réformes à la fois, et donc la nécessité de choisir (pour un premier quinquennat) entre toutes celles qu’ont laissé de côté les rois fainéants qui président depuis trop longtemps aux destinées de notre malheureux pays. 
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Brexit selon Theresa May
 
Le référendum du 23 juin 2016 sur l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne est une bourde monumentale qui menace l’unité du royaume. Theresa May a prononcé un discours de politique générale le 17 janvier. Les médias ont annoncé un Brexit dur. Cela surprend car la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’imposer ses conditions.
En se prononçant pour une sortie de l’Union, les Britanniques ont pris une mauvaise décision pour de bonnes raisons. Le destin de la Grande-Bretagne est en Europe. Mais la mondialisation qui supprime des emplois et l’immigration qui pèse sur les salaires ont conduit des électeurs à exprimer leur mécontentement. Mal leur en a pris car ils seront les premiers à souffrir du Brexit. Au vu de ce constat, il eut été judicieux de proposer des solutions adéquates. Or, il n’en est rien. Dans son discours, Theresa May annonce que les acquis de l’Union en faveur des salariés seront préservés et que l’immigration sera mieux contrôlée. Cela ne fera pas revenir les emplois dans le Lancashire ou le Yorkshire.
 
Pour ce faire, elle entend négocier un nouvel accord commercial avec l’Union européenne tout en conservant sa liberté d’action. C’est évidemment impossible. Elle n’en menace pas moins Bruxelles de transformer la Grande-Bretagne en paradis fiscal si elle n’obtient pas satisfaction – pas la meilleure façon d’entamer une négociation difficile. Elle veut aussi faire de la Grande-Bretagne "a global trading nation", entendez une nation commercialement ouverte sur le monde. Cela surprend car l’économie britannique est structurellement déficitaire. Il lui faudra donc accroître la productivité par un vaste programme d’investissement en R&D, en matériel et en formation. Mais elle n’en dit rien dans son discours.
 
Theresa May a prononcé un second discours, le 20 janvier à Philadelphie, devant les représentants du parti Républicain. Elle a évoqué les grandes heures de la nation, citant la Grande Chartre, l’Habeas Corpus et la Déclaration des Nations unies pour conclure qu’il était dans la destinée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis de diriger le monde. Il est vrai que la démocratie telle que nous la connaissons est née sur les rives de la Tamise en 1688 et à Philadelphie en 1776. De là à en déduire que ces deux nations doivent conduire le monde il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Au reste, on voit mal comment cela aidera la Grande-Bretagne à s’extirper de la situation dans lequel elle s’est fourvoyée.
Ces deux discours frappent par leur vacuité au regard des problèmes auxquels la Grande-Bretagne est confrontée. A ce jour, la situation économique est contrastée. La bourse se porte bien mais la livre sterling s’est effondrée. A terme, la Grande-Bretagne devra se rapprocher de l’Union européenne qui compte pour cinquante pour cent de son commerce extérieur. L’expression "Brexit dur" est vide de sens.
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L’allégeance en marche dans le déshonneur

Je suis régulièrement destinataire de messages de sources diverses, mais jamais de la gauche. Ses relais d’opinion ont trop à faire pour retenir ceux qui quittent le navire en perdition. N’ayant reçu aucun commentaire depuis trois jours au sujet de la visite d’Emanuel Macron en Algérie, je me demande si tous ceux qui refusent la pratique de la repentance, à commencer par les Pieds-noirs chassés d’Algérie en 1962, ont perçu le sens du message délivré par ce "gourou" qui va en croissant dans le déshonneur.

Sous prétexte d’être "progressiste ", il se déclare antisystème. Pour cela, il faut tout effacer pour recommencer, soit-disant en "mieux". Avec le silence approbateur et admirateur de ses adeptes sous influence - adeptes élevés en majorité dans la culture de l’anticolonialisme primaire et idéologique - il se devait de faire mieux que de la repentance devenue pratiquement institutionnelle.
De fait, mieux que la repentance, le gourou a affiché son choix : c'est l’allégeance qui procède de la soumission et, à terme, mène à la désintégration. Et pour mieux vendre cette trahison érigée en dogme, le message est habillé de la nostalgie d’un Navarro ni de droite ni de gauche mais tout de même incarné par un homme de gauche ! Pire encore, pour être mieux adulé par ses adeptes, le gourou vient, sur place à l’étranger, en s’attaquant à la colonisation, d’insulter l’Histoire et de condamner ceux qui l’ont écrite.
A la veille du 19 mars, c’est aussi un soutien à ceux qui ont obtenu du pouvoir socialiste d’en faire une date anniversaire célébrant en creux une victoire du FLN sur la France avec un hommage aux porteurs de valises ; et ceci au mépris des nombreuses victimes du FLN après cette date du cessez-le-feu non respecté.

Cette prise de position qui ne va pas manquer, à juste raison, de provoquer des réactions d’indignation s’inscrit aussi dans les pratiques de gouvernement auquel le gourou Macron a participé, à savoir : diviser pour régner.
On est loin de la recherche du "dénominateur commun qui unit les hommes" cher à Lyautey qui, malgré la gauche, reste à la base des relations d’amitié et de respect entre la France et le Maroc qu’il avait initiées.
On est loin de la grandeur de la France, une grandeur dont on ne parlera bientôt plus, si on ne réagit pas, tant les programmes d’Histoire de France ont déjà laminé tout ce qui pouvait en garder la mémoire.
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Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron
 
Monsieur,
 
Vous venez de qualifier la colonisation de "crime contre l’humanité".
À titre personnel, vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Au titre de candidat à la magistrature suprême, vous avez le devoir de mesurer vos interventions avant de condamner aussi lourdement votre propre pays, sur le plan historique comme sur le plan judiciaire. Vous avez failli à ce devoir.
 
L’histoire ne s’écrit pas en noir et blanc, elle s’écrit parfois en lettres de sang, parfois en lettres de noblesse, mais toujours avec un alphabet que, visiblement, vous ne maitrisez pas. D’où l’incongruité de vos propos. Avant de dire n’importe quoi, commencez par vous renseigner sur les différentes colonisations (comptoirs, exploitation, peuplement) qui ont jalonné l’histoire de l’humanité depuis la nuit des temps. Vous découvrirez peut-être la complexité de conquêtes territoriales qui ne peuvent pas se résumer au seul mot de "crime", par exemple les conquêtes coloniales musulmanes sur le Maghreb. Sans vous demander d’aller jusqu’au débat sur les méfaits ou les bienfaits des entreprises coloniales (votre position manichéenne semble déjà tranchée), renseignez-vous au moins sur les faits. À moins qu’en bon disciple de Rousseau vous ayez délibérément choisi de les écarter quand ils contrarient votre idéologie.
 
Ensuite, offrez-vous ou faites-vous offrir un petit ouvrage élémentaire du type "le droit pour les nuls" qui vous permettrait sans doute de découvrir la portée du crime contre l’humanité, crime imprescriptible et rétroactif. En reconnaissant la France coupable de ce crime devant un gouvernement étranger, alors que vous briguez la présidence de la République française, vous vous êtes engagé au nom de notre pays sur la voie de la peine la plus lourde qui soit. À Nuremberg ce fut la peine de mort. Elle n’existe plus chez nous. Alors, c’est à ce qui est le plus proche de la mort, le plus sévère, le plus irrémédiable, que vous condamnez la France et le peuple dont vous sollicitez les suffrages. On ne saurait faire pire.
 
D’une certaine façon, je vous remercie pour cette intervention. Elle a au moins le mérite de clarifier les choses : voter pour vous, c’est voter pour la condamnation de la France à la peine la plus infamante pour la faute la plus irrémissible. Comme ça, on sait où l’on va, ou du moins où l’on risque l’aller si par malheur une majorité de Français venait à vous ouvrir les portes de l’Elysée.
Repentance, auto-flagellation, indemnisations à la clé, silence radio sur les crimes du FLN passés et présents, mépris pour les harkis et les Français d’Algérie, votre chemin hasardeux vers le pouvoir est pavé d’obscénités.
 
A défaut de la considération distinguée dont je n’aurai pas l’hypocrisie de vous donner l’assurance, croyez, Monsieur, à l’expression de ma détermination farouche (vous aimez bien ce mot, moi aussi) à maintenir ma modeste plume au service du combat contre l’idéologie mortifère dont vous êtes porteur.                                                                                                                                                 
 
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Islamophobie, islamo-gauchisme
 
C’est septembre. Je déjeune au bord du lac d’Annecy avec une amie intelligente, de "gauche". Sa presque première question : "que pensez-vous de l’islamophobie ?" Elle attend que je peste contre, comme elle (car je suis intelligent, moi aussi).
Je lui réponds que je ne suis pas islamophobe (ce n’est en effet qu’une phobie) mais que j’ai peur de l’islam (1), oui, j’en ai peur parce que je suis intelligent, que je connais le Coran et l’usage qu’on en peut faire, qu’on en fait en France aujourd’hui un peu partout ; parce que je ne suis pas psychotique, c’est-à-dire victime d’ "une perturbation primaire de la relation libidinale à la réalité" (Vocabulaire de la psychanalyse) ; j’ai peur de l’islam parce que j’ai le courage de la lucidité ; n’en avoir pas peur me paraîtrait même un indice de lâchage, de lâcheté.
Le concept d’islamo-gauchisme serait dû à un trotskiste anglais, Chris Harman. Il est bon de se rappeler ce que Trotski pensait de l’islam : "L’Orient est encore dominé par l’islam, par les anciens préjugés, croyances et coutumes /…/ Tout comme une pièce de tissu putrescent". "Les anciennes croyances ont moisi". Et dans la tradition de la pensée des Lumières il plaint "la femme d’Orient, la plus bridée dans sa vie, dans ses habitudes et dans sa créativité, esclave d’esclaves" ; "ayant retiré son voile", espère-t-il, elle sera "la femme travailleuse émancipée".
L’islamo-gauchisme est le tissu putrescent d’un trotskisme dégénéré. Mais cette putrescence n’est-elle pas celle d’à peu près toute la "gauche" dont Camus peu avant sa mort disait faire encore partie "malgré moi et malgré elle", dont il voyait (déjà !) "la déchéance" ?
Putrescence de l’intelligentsia française : monstrueux hybrides (islamogauchisme) (il y eut naguère des "nietzschéens de gauche"), termes impropres ("phobie" au lieu de peur) ("mariage" gay). Ineptes substitutions lexicales : ce matin 13 février un affidé du candide Emmanuel Macron m’apprend que droite/gauche pour son candidat, ça n’a plus cours ; désormais c’est conservatisme ou progressisme. Mais que gagne-t-on à substituer le scybale à la merde, le bren à l’excrément (2) ? Le prochain président de la République en notre âge de "muflisme" (3) intégral sera-t-il monsieur Homais ?
 
(1) De l’islam, non des musulmans. Les médias, dont le quotient intellectuel, chez la plupart de ses agents, est faible, ne font pas l’amalgame quand il est requis de le faire (islam et islamisme) et le font quand discriminer serait le b, a, ba  de la conscience intellectuelle.
(2) Allusion aux dernières lignes du chapitre ultime du Quart Livre de Pantagruel.  J’ajoute – n’importe quel être en bonne santé physique ou mentale le sait bien – qu’on ne progresse qu’en conservant.
(3) Pour Flaubert, trois âges successifs : paganisme, christianisme, muflisme. Je tendrais à dire aujourd’hui : paganisme, christianisme, crétinisme.  
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L’islam éclaté
 
La Nef - L’islamisme avec son insupportable violence est-il propre à certaines branches de l’islam ou est-il consubstantiel à l’islam lui-même ?
Quelles que soient ses branches et leurs ramifications, l’islam est la religion du Coran unique et identique pour toutes. Or, le Coran  contient des versets d’une rare violence envers les non-musulmans. Pour n’en citer qu’un, le verset 47,4 prescrit "Si vous rencontrez au combat ceux qui n’ont pas cru, la première chose à faire est de trancher les cous, jusqu’à ce que vous les ayez massacrés". La violence est donc consubstantielle à l’islam, même si d’autres versets coraniques préconisent les bonnes actions. Cette religion est marquée à ses débuts par les assassinats des 2e et 3e califes Omar et Uthman et des trois 1ers imams chiites Ali, Hassan et Hussein. Par la suite, huit des neuf imams historiques suivants sont empoisonnés. L’islam se développe ainsi sous le signe de la violence. Imagine-t-on saint Paul assassinant saint Pierre pour prendre sa place comme évêque de Rome ?
Ceci ne signifie en rien que le musulman est violent par nature ou, du moins, qu’il l’est plus qu’un chrétien ou qu’un animiste. La violence est malheureusement dans la nature de l’homme : dès le début de l’histoire Caïn tue Abel. La moitié de l’humanité tue l’autre ! Mais en pratiquant la violence, le musulman agit selon les préceptes de sa religion. Certes, dans l’histoire et aujourd’hui encore, des chrétiens ont agi avec violence mais c’est toujours en contradiction avec les enseignements de l’Evangile.
 
Le monde musulman est lui-même politiquement divisé, les pays de l’Oumma n’hésitant pas à se faire la guerre : quelles en sont les principales causes ?
Ces divisions sont anciennes. Les deux principales branches de l’islam, sunnisme et chiisme, s’opposent dès le départ sur la question de la légitimité de la succession de Mahomet et donc du pouvoir politique à la tête de l’Oumma, opposition sur laquelle se sont greffées des divergences religieuses. Leur rivalité, qui n’a jamais cessé, atteint aujourd’hui un paroxysme, même si ce clivage sert souvent à masquer des conflits d’intérêts politiques et économiques. La raison de cette grande discorde n’est donc pas d’abord d’ordre doctrinal.
Cette hostilité oppose actuellement les puissances qui incarnent l’une et l’autre ces deux branches, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Cette sorte de nouvelle fitna (discorde) se manifeste via des partis séides armés, tels que le Hezbollah chiite et le Front Al-Nosra sunnite.
Oui, le monde musulman est profondément divisé et les antagonismes internes ne sont pas près de s’estomper. On est face à une lutte ancestrale dont les développements en cours expliquent en grande partie le chaos actuel du Proche-Orient.
S’ajoute une fitna supplémentaire au sein du seul sunnisme Elle oppose les tenants d’une lecture "modérée" du Coran aux fondamentalistes qui veulent imposer un retour à l’islam des origines, et bannissent la tradition élaborée au cours des siècles qui a, selon eux, dégradé l’islam. On assiste là à une lutte sans merci pour la définition et la représentation de l’orthodoxie sunnite. Et au sein même du fondamentalisme islamique existent de fortes divisions. Ainsi, Al-Qaïda et l’État islamique sont devenus ennemis irréconciliables à cause de divergences stratégiques sur la manière de répandre l’islam dans le monde.
 
Y a-t-il un moyen d’éradiquer la violence que l’on observe dans l’islam ? Une réforme conduisant à une évolution substantielle de l’islam vous semble-t-elle possible ?
Au IXe siècle, une partie de l’islam s’engage dans l’approche rationnelle du mutazilisme qui considère le Coran comme une œuvre humaine, et donc écarte le dogme du Coran incréé. Les versets n’étant plus estimés d’origine divine peuvent être modifiés, voire abrogés. Cette démarche fut déclarée hors-la-loi et l’est encore. Pourtant, le retour au mutazilisme est la seule solution pour une réelle évolution de l’islam. Celle-ci suppose l’abrogation officielle des passages prônant la violence et la condamnation de leurs émules.
Tant que les versets inacceptables du Coran seront considérés comme intangibles, la violence restera un élément constitutif de l’islam.
Evidemment, cette révolution ne peut être envisagée que sur le long terme. Elle n’est pas utopique car de plus en plus de musulmans courageux la préconisent. Ils doivent être très fermement encouragés et leurs écrits et paroles amplifiés et largement diffusés.

Envoyé par l'auteur, 12 février 2017, paru dans La Nef, février 2017
Publié dans A tout un chacun
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Macron ou la passion de la "post-vérité"
 
Nos démocraties occidentales traversent une crise profonde, qui est d’abord une crise de confiance dans ce qui constitue leur outil essentiel, le langage. Le relativisme omniprésent nous ayant conduit à l’ère de la "post-vérité", la parole publique ne semble plus renvoyer à rien, et dénuée de toute consistance elle perd sa signification. Et dans la campagne que nous vivons pour l’élection présidentielle, Emmanuel Macron semble assumer et incarner cette inconsistance du langage.
 
Il y a quelques jours en Algérie, il déclarait que la colonisation avait été un "crime contre l’humanité". Soit un plan concerté pour exterminer par tous les moyens les populations vivant sur les territoires colonisés… Cela n’a aucun sens. Que l’histoire de la colonisation ait été marquée par des crimes, nul ne peut en douter. Mais qu’il faille mettre le projet colonisateur sur le même plan que la Shoah, qu’on puisse assimiler Jules Ferry à Hitler ou Lyautey à Eichmann, voilà qui constitue une double et inacceptable insulte. Insulte à tous ceux qui - Juifs d’Europe, Arméniens d’Anatolie, chrétiens en URSS, Tutsis au Rwanda… - sont morts broyés par une folie destructrice qui ne poursuivait aucun autre but que leur extermination : comment mépriser ce que leur souffrance eut d’unique, au point que pour la décrire le droit a formé cette expression de crime contre l’humanité, qu’on ne devrait employer qu’avec soin quand il nous faut dire le passé ?
 
Comment mépriser en même temps, dans la facilité du regard rétrospectif, les générations de Français qui, dans la confusion des intérêts nationaux et des illusions historiques, ont pour beaucoup cru aux bienfaits de la colonisation ? Bien sûr, nous savons aujourd’hui toutes les erreurs commises, toutes les blessures causées, et la violence coupable à laquelle une telle entreprise ne pouvait manquer de conduire. Mais nous pouvons reconnaître les égarements de ceux qui nous ont précédés sans pour autant les insulter. La colonisation n’était pas un projet de destruction - en fait, le grand paradoxe, c’est qu’elle constitue plutôt l’une de ces tragédies auxquelles a conduit cette foi aveugle dans le progrès dont le même Emmanuel Macron se revendique aujourd’hui… La gauche progressiste avait largement épousé l’idéologie coloniale. Nous pouvons aujourd’hui dire les conséquences tragiques de cette erreur historique, sans insulter ceux qui y crurent. Ceux qui ont laissé leurs noms sur nos monuments aux morts n’ont pas donné leur vie dans un crime contre l’humanité, et il est révoltant de voir aujourd’hui un candidat venir cracher sur leurs tombes par opportunisme électoral.
 
Car c’est bien là le fond du problème. Lorsque la parole ne renvoie plus au réel, lorsqu’on dit tout et son contraire, quand la vérité ne compte plus, c’est que seule importe l’efficacité - en termes de calcul politique, de voix rapportées, de cibles touchées. La démocratie se dissout dans le marketing, et ainsi on détruit un peuple aussi sûrement que par la censure. C’est là la faute grave dont Emmanuel Macron est en train de se rendre coupable. Car qui ne voit la ficelle grossière dans cette surenchère mémorielle délirante ? La cible, en l’occurrence, ce sont des millions de binationaux, héritiers de cette histoire douloureuse. Mais si la cible est touchée, la victime sera la France.
Connaissant certains quartiers qui s’embrasent aujourd’hui, je mesure l’ampleur de la tragédie que la parole d’Emmanuel Macron contribue à entretenir. Des générations de jeunes Français, nés en France et qui vont y construire leur vie, sont entretenues par nos dirigeants dans la haine de leur propre pays… Qui ne voit combien sont graves ces mots absurdes, irresponsables ? "Crime contre l’humanité" : l’erreur historique est aussi une faute morale, car ces mots deviennent le ferment de la violence, de la vengeance et de la division.
 
Ce calcul est d’autant plus médiocre et dangereux que, hélas, il dure depuis trop longtemps déjà… Comme beaucoup de Français, j’avais regardé avec intérêt le renouvellement qu’Emmanuel Macron semblait apporter à notre classe politique. Quelle désillusion aujourd’hui ! Cette stratégie électorale recycle la schizophrénie des élites qui depuis quarante ans tentent de sauver leur lien avec les jeunes issus de l’immigration, à coup d’histoire biaisée et de tribunes dans Libé, en leur expliquant qu’ils sont les victimes de leur propre pays - leur interdisant ainsi de s’y reconnaître et de s’y intégrer... Ce petit calcul irresponsable est précisément ce qui nous bouche le chemin d’un avenir commun, et ce qui provoque aujourd’hui la poussée de violence qui traverse nos banlieues, dans la coupable complaisance de dirigeants installés dans l’échec du mensonge victimaire. Quand il affirme qu’il n’y a pas de culture française, quand il insulte à l’étranger le pays qu’il prétend diriger, Emmanuel Macron montre qu’il n’est que la nouvelle voix de la vieille haine de soi qui a conduit la France au bord d’une division irréversible. Mais nous refuserons de le suivre en marche forcée vers le vide.
 
Le véritable renouveau consiste à reconquérir les mots, et à leur redonner leur sens. Si Emmanuel Macron a travaillé avec Paul Ricœur pour son dernier grand ouvrage, La mémoire, l’histoire, l’oubli, il devrait se souvenir de l’avertissement qu’il y lançait : "l’histoire manipulée" est toujours dangereuse pour l’avenir, car "la projection du futur est solidaire du regard sur les temps passés." Il n’y a pas de progrès sans passion de la vérité.

Paru dans Le Figaro, 17 février 2017
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Pourquoi une telle défiance entre les citoyens et leurs médias
 
Les récentes enquêtes sur la défiance des Français face à leurs médias font état d’une dégradation dont une démocratie ne peut tirer bénéfice. Les Français soupçonnent les journalistes, autant que les politiques, d’être captifs du pouvoir ou de l’argent ; ils les jugent partiaux, peu attachés à la vérité.
Il y a déjà dix ans de cela, les deux économistes Yann Algan et Pierre Cahuc avaient publié un petit livre édifiant sur La Société de défiance, où un grand nombre d’enquêtes chiffrées montraient à quel point les Français, davantage que les autres sociétés occidentales, se défient des politiques, des syndicats, des entreprises et des autres en général. Les enquêtes et autres baromètres nous montrent que les choses à cet égard stagnent ou empirent.
La confiance est comme l’autorité : elle ne se donne pas avec un statut, un grade, une fonction ; elle se mérite au jour le jour par des actes et des comportements, on dit à juste titre qu’elle se "gagne" comme un trophée. Comment se gagne notre confiance vis-à-vis des médias ? Par la vérité de leurs dires, par l’objectivité de leurs propos, par l’équité dans les sujets traités.
 
Il est préférable, pour commencer, que les médias d’un pays soient à peu près représentatifs de l’ensemble des citoyens. Faute de quoi ceux-ci ont le sentiment que leur réalité nationale est racontée uniquement par des gens qui ne leur ressemblent pas et ne comprennent pas ce qu’ils sont.
En France, à cet égard, la distorsion est énorme : toutes les enquêtes montrent que les journalistes sont très largement de gauche, et ne représentent en rien l’électorat. La situation est proche dans l’ensemble des pays occidentaux. Et pose rapidement un problème qui a trait à la confiance : en France, la moitié de l’électorat est littéralement détestée par la grande majorité des médias, qui haïssent la droite chrétienne, l’extrême droite et ses héritiers "populistes".
Aux États-Unis, on a estimé que plus de 95 % des médias vomissaient Donald Trump, le traitant généralement à coups d’invectives. Les sondages étaient à l’avenant et prédisaient sans cesse la victoire de Hillary Clinton. On a vu clairement l’éloignement délétère et le contraste entre les médias et la réalité, à l’occasion de la victoire de Donald Trump et de celle du Brexit. On ne peut pas prétendre que les médias bricolent des statistiques ou mentent sciemment. Mais ils ne parviennent pas à imaginer que Donald Trump ou le Brexit puissent gagner des élections : c’est impensable, c’est impossible, c’est trop loin de leurs propres convictions. Ils écartent donc tout ce qui va dans ce sens. La conséquence immédiate est le fossé de défiance qui se creuse encore entre les citoyens et leurs médias. Une enquête Gallup de septembre 2016 montre qu’aux États-Unis pendant cette période l’indice de confiance des électeurs républicains est passé de 32 % à 14 %… C’est ensuite sur ce genre de déni que se greffe, à l’extrême, le complotisme.
 
Finalement, les citoyens ont le sentiment que les médias, ceux qui précisément sont en charge de décrire la réalité, vivent dans une bulle sur quelque chose comme la planète Mars, pendant qu’eux, les citoyens, endurent la réalité dont on ne veut pas tenir compte.
Finalement, les sociologues et observateurs divers font remarquer qu’on peut reconnaître le populisme à son attitude défiante, agressive, envers les médias. Ce qui est un fait. Donald Trump n’est pas capable d’être aimable avec des journalistes dont la presque totalité a fait campagne contre lui avec une hargne inlassable. Il faudrait pour cela une très grande maîtrise de soi, difficile à acquérir. Jean-Luc Mélenchon se moque des journalistes avec tant d’intelligence qu’il les déstabilise. Les médias ont décidé de lyncher moralement François Fillon, ce à quoi ils s’emploient à chaque minute disponible, et celui-ci peine à conserver envers eux son amabilité. On va alors lui reprocher sa méchante humeur. Celui qui porte le micro a toujours raison, même comme prédicateur.
 
Le pouvoir des médias, immense, se heurte cependant à la démocratie : les citoyens dans l’urne n’obéissent qu’à eux-mêmes. Et les médias sont de plus en plus affolés de voir sortir des urnes des résultats dont ils avaient prédit, à longueur de campagnes électorales, les dangers. La défiance et le divorce entre les citoyens et leurs médias s’entretiennent réciproquement. On n’écoute plus celui dont on se défie. Chacun va son chemin. Comment expliquer le traitement invraisemblable d’Emmanuel Macron par les médias français ? C’est qu’il est le candidat de ce milieu précisément, bobo et de gauche branchée. Qu’il soit ainsi porté aux nues est un autre signe de la partialité intrinsèque de nos journalistes. Cependant, depuis des décennies, aucun candidat des médias n’a jamais gagné une élection. C’est que justement les médias sont trop souvent brouillés avec le peuple, depuis que celui-ci n’est plus de gauche.
La démocratie tient, entre autres, sur une information qui ne soit pas séparée du corps électoral qu’elle est censée décrire. Les pays où l’ "information" détaille un pays qui n’existe pas sont les autocraties. Des médias insoucieux de la réalité du pays, même difficile à admettre, ne peuvent que mettre à mal la démocratie qu’ils prétendent servir.
Paru dans Le Figaro du 16 février 2017
Publié dans Du côté des élites
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La colonisation, "crime contre l'humanité" : l'histoire prise en otage
 
La mémoire collective, avec ses hontes et ses fiertés, devrait constituer, en principe, un ciment de l'unité d'une nation. Pourtant, un demi-siècle après la décolonisation, les élites politiques, de l'extrême gauche à l'extrême droite, ne parviennent pas à éviter la tentation de la récupération polémique de ces événements et de la provocation.
Quand les hommes ou femmes de pouvoir échouent à présenter des propositions crédibles pour gouverner - lutter contre le chômage et la violence par exemple - ils préfèrent agiter les passions et attiser les rancœurs ou les haines. Une loi du 23 février 2005 et son article 4, soulignait "le rôle positif de la colonisation".
En quoi est-ce le rôle du législateur - le pouvoir normatif - de porter des jugements sur un épisode de l'histoire ?
Aujourd'hui, M. Macron prend le contre-pied en déclarant, en Algérie, que "la colonisation fut un crime contre l'humanité". Mais dans un sens comme dans l'autre, le politique prend l'histoire en otage. La connaissance du passé est ravalée au rang de l'idéologie. Ce type de propos de campagne électorale semble avant tout lié à la quête d'une posture : flatter une partie de l'opinion à des fins politiciennes.
 
Nous touchons à un paradoxe de notre époque. Ces dernières décennies, l'enseignement de l'histoire a été affaibli par les politiques de droite comme de gauche. La connaissance des dates, des grands événements et des personnages qui ont façonné le monde contemporain, a été mise à mal. Un gouvernement a même été jusqu'à supprimer totalement cet apprentissage en terminale scientifique... Les programmes ont fortement réduit la place des grands hommes, de Clovis à Napoléon, et de la chronologie. Mais alors que les jeunes Français connaissent de moins en moins l'histoire événementielle, celle-ci fait l'objet d'innombrables récupérations politiciennes. Faut-il y voir une stratégie consciente ou inconsciente de la classe dirigeante : affaiblir la connaissance, les outils de l'esprit critique, pour mieux manipuler les esprits ?
 
Ces propos du candidat à l'élection présidentielle sont ceux d'un homme qui lui-même semble peu familier de l'histoire. Parler de la colonisation comme un "crime contre l'humanité" revient à accuser de crime contre l'humanité toute une tradition de la gauche républicaine française à laquelle il s'identifie pourtant.
Le crime contre l'humanité est défini précisément par l'article 212-1 du code pénal. Il s'applique à des faits "d'atteinte volontaire à la vie, d'extermination, de réduction en esclavage, de déportation, transfert forcé de population, torture, viol". Certes, les guerres coloniales ont donné lieu à des massacres et des atrocités. Pour autant, réduire la colonisation au seul crime contre l'humanité est un contre-sens historique aussi absurde que de ne voir en elle qu'un "rôle positif".
 
En effet, la colonisation fut longtemps au centre de l'idéal républicain, dit de gauche - au même titre que la laïcité et la conquête des libertés - portée par des grandes figures du Panthéon de la gauche française, Léon Gambetta ou Jules Ferry qui déclarait à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885 : "Je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de leur devoir supérieur de civilisation !" Cette approche avait alors un caractère quasi officiel, "politiquement correct" dirions nous aujourd'hui. Les républicains dits de gauche à l'époque, dans la tradition de l'universalisme révolutionnaire, affirmaient, à travers la colonisation, exporter les Lumières, les droits de l'homme, de la liberté et de l'égalité.
Les opposants à la conquête coloniale de la IIIe République, minoritaires, étaient l'extrême gauche nationaliste, incarnée alors par Georges Clemenceau qui voulait concentrer les énergies contre l'Allemagne et la droite conservatrice, qualifiée de "réactionnaire", à l'image d'Albert de Broglie dénonçant dans la politique coloniale : "Une charge qui grève la nation, qu'elle ne peut porter longtemps, et qui, avant de lui échapper, peut avoir amené la ruine à la fois de la colonie et de la métropole" (Sénat 11 décembre 1884).
 
Plutôt que de manipuler l'histoire à des fins politiciennes, de l'extrême gauche à l'extrême droite, mieux vaudrait recommencer à l'apprendre et à l'aimer, en transmettre la passion aux jeunes générations. Le renouveau de l'enseignement de l'histoire devrait être au cœur des projets électoraux dans la campagne présidentielle : enseigner le passé pour comprendre le présent et préparer l'avenir. Mais qui parle encore des sujets de fond ?

Paru sur Figarovox, 16 février 2017
Publié dans Devant l'histoire
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