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Les raisons d’un désastre
 
Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, entre le centre gauche et la droite extrême, quel peut être l’espace imparti à la droite ? Selon notre chroniqueur, ce débat remonte à loin. Faute d’avoir été tranché, il met désormais Les Républicains en péril.
 
On ne saura jamais. On ne saura jamais ce qui se serait passé. On ne saura jamais si François Fillon aurait gagné l’élection présidentielle s’il n’avait pas subi cette forme sournoise de putsch médiatico-judiciaire qu’on a appelé le "Penelopegate". On ne saura jamais si "l’élection imperdable" n’était pas en réalité, dès l’origine, une élection ingagnable. On sait seulement que les sondeurs indiquent (et ils ne se sont nullement trompés cette fois-ci !) que sa chute avait commencé avant. Tout de suite après sa victoire triomphale à la primaire du parti Les Républicains. Dès que furent découverts dans son programme (que peu de gens avaient lu) les projets concernant la Sécurité sociale et la montée en puissance des mutuelles privées.
Une chute brutale, irrémédiable, dont il ne s’est jamais remis. Une chute qui révélait la faiblesse intrinsèque de sa candidature : les classes populaires. Des classes populaires qui ne s’étaient pas déplacées pour le scrutin de la primaire. Une absence qui avait éliminé Nicolas Sarkozy, qui avait cru les y attirer avec du "gros rouge qui tache", selon son expression favorite. Une absence qui n’a aucune importance dans une primaire "bourgeoise", même si elle fait ressembler cette compétition aux anciens scrutins censitaires sous Louis-Philippe.
Mais une absence qui rendait le candidat des Républicains inéligible. Une absence mortelle qui renvoyait la droite à son histoire depuis trente ans.
 
Une histoire que François Fillon connaît par cœur. Il était aux premières loges, même si c’était au second rang. Derrière Philippe Séguin, son mentor. Pas loin de Charles Pasqua, leur allié. Nous étions en 1990. Pour la première fois, le RPR organisait des élections internes. On les prétendait "libres" alors qu’elles furent "arrangées" de bout en bout. Mais là n’est pas l’essentiel. Deux lignes s’opposaient. Séguin et Pasqua menaient la charge contre la direction du mouvement. Alain Juppé, Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy étaient dans leur viseur. Le président Jacques Chirac, adoré par les militants, s’engagea aux côtés du "meilleur d’entre nous". Contre Pasqua et Séguin.
Que disaient ces derniers ? Que l’héritier du mouvement gaulliste était en train d’abandonner l’héritage du Général. Qu’il abandonnait la nation et son indépendance au nom de l’Europe ; qu’il abandonnait le social au nom du libéralisme ; qu’il abandonnait la politique industrielle au nom du libre-échange. Que sa ligne et son électorat étaient en train de s’embourgeoiser. Le RPR n’était plus "le métro à 6 heures du soir" glorifié jadis par le ténor du RPF André Malraux. Le RPR était en train de se transformer en une UDF, l’adversaire giscardien longtemps honni. Le glorieux mouvement gaulliste se soumettait idéologiquement à ses vieux ennemis centristes.
 
Deux ans plus tard, le référendum sur Maastricht installa le clivage interne au RPR au cœur de la vie politique nationale. Avec le second tour Macron-Le Pen, ce clivage de Maastricht a vidé de sa substance son vieux rival droite-gauche !
Alors, Pasqua et Séguin (et Fillon) votèrent non ; Juppé, Balladur, Sarkozy, et Chirac (hué par les cadres du mouvement !) votèrent oui et sauvèrent le référendum voulu par le président Mitterrand.
Tout ce qu’avaient prophétisé Séguin et Pasqua se réalisa : "La droite et la gauche devinrent des détaillants qui se fournissaient au même grossiste : l’Europe." Le RPR devint l’UDF, c’est-à-dire un parti européiste et libéral que les classes populaires avaient déserté. Ce nouveau parti s’appela l’UMP à partir de 2002 ; son premier patron fut Alain Juppé.
 
A force de dire des choses horribles, elles étaient arrivées. L’UMP était un parti de notables centristes, soumis au politiquement correct sur tous les sujets. Sur l’économie, il était libéral sans états d’âme ; sur les sujets de société, et sur l’immigration, il se soumettait à la doxa droit-de-l’hommiste imposée par la gauche.
Tout était bien dans le meilleur des mondes tant qu’on restait sur les plateaux de télévision. Seul Nicolas Sarkozy, inspiré par Patrick Buisson et Henri Guaino, pressentit qu’on ne gagnait pas la présidentielle au centre. Au cours de ses deux campagnes de 2007 et de 2012, il épiça son discours libéral et européiste de thèmes identitaires et sécuritaires (le fameux "gros rouge qui tache") et même sociaux (les non moins fameuses "heures supplémentaires") qui lui gagnèrent l’affection d’une partie de l’électorat populaire. Suffisante pour gagner en 2007, et pour ne pas être humilié en 2012. Entre les deux, son quinquennat avait été une cruelle désillusion.
On ne peut pas dire que François Fillon ne vit pas le danger. On ne peut pas dire qu’il ne tenta pas la même opération. Il parla de lutter contre "le totalitarisme islamique". Il se tint fermement contre le terrorisme. Mais, au contraire de Sarkozy, il n’avait ni la tripe ni le talent. Il était trop pusillanime et se contentait de promettre qu’il lutterait "contre l’immigration clandestine". Valls n’aurait pas dit mieux. Il fit la campagne d’un sous-Raymond Barre, solide et rigoureux mais enfermé dans son économisme et son discours libéral de bon gestionnaire.
 
Contrairement à ce que croit la gauche, l’électorat populaire n’est pas forcément adepte de la dépense budgétaire et du laxisme. C’est cet électorat qui est le plus remonté contre "l’assistanat", convaincu à juste titre que cette manne arrose surtout les immigrés et leur progéniture.
Mais l’électorat populaire veut qu’on sorte de l’économisme. Que les politiques fassent de la politique. Qu’on lui parle de la France, "seul bien des pauvres", comme disait Jaurès. Qu’on lui parle de l’identité nationale et de son destin. Qu’on lui parle de ce peuple dans le peuple qui grossit sur notre sol et se rattache à une autre religion, une autre civilisation, une autre loi, d’autres mœurs.
Il faut se souvenir qu’en 1990, le RPR, dirigé par Alain Juppé (!), promettait la suppression du regroupement familial, du droit du sol, l’immigration zéro et affirmait que l’islam était incompatible avec la République. Alors, le RPR de Jacques Chirac, qui refusait de s’allier au FN, avait eu l’intelligence d’adopter son programme. C’était l’un ou l’autre. Mais, avec l’UMP transformée par Juppé, c’est devenu ni l’un ni l’autre.
 
L’échec était au bout de cette folie politique. Quand le Parti communiste était le premier parti de France, François Mitterrand n’avait pas hésité à allier le (petit) Parti socialiste au mastodonte rouge et à "parler" le langage marxiste. Mitterrand s’était ainsi ouvert les portes de l’électorat populaire et de l’Elysée. Aucun hiérarque de la droite n’a eu l’audace d’un Mitterrand. La droite va en mourir. L’électorat populaire, hormis la parenthèse sarkozyste, est parti au Front national qui, avec Marine Le Pen, parle comme le RPR de jadis. Comme disait Danton, "on ne détruit que ce qu’on remplace". Charles Pasqua avait pourtant prévenu Chirac et Juppé : "Prenez garde que le RPR ne devienne pas un jour le harki du FN." Chirac avait éclaté de rire et avait dit, comme d’habitude : "Sacré Charles, toujours aussi drôle."

Paru dans Le Figaro Magazine, 28 avril 2017
Publié dans Du côté des élites
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Négation de la présidence gaullienne
 
Pendant près d'un siècle, les grands républicains de l'histoire de France ont rejeté catégoriquement l'idée de l'élection du chef de l'État au suffrage universel, Jules Ferry, Gambetta, Waldeck, Clemenceau, Poincaré, etc. Ceux qui ont bâti la démocratie française, ses grands principes fondamentaux, les libertés publiques, l'école laïque et obligatoire, l'État de droit, excluaient cette perspective. À l'époque, le chef de l'État était élu par les deux Chambres réunies au Congrès de Versailles. Ils avaient à l'esprit l'élection désastreuse au suffrage universel de Louis-Napoléon Bonaparte, le 10 décembre 1848, ayant conduit au coup d'État du 2 décembre 1851, à la dictature et à l'Empire, la défaite honteuse de septembre 1870 - dont les conséquences ont été apocalyptiques. Le spectacle des présidentielles en cours donne-t-il raison aux grands républicains de l'histoire ?
 
Quand de Gaulle a créé la Ve République pour restaurer l'autorité de l'État et sortir la France de la guerre d'Algérie, il n'avait pas prévu une élection du président de la République au suffrage universel mais sa désignation par un collège de 80 000 grands électeurs, élus locaux, maires et conseillers généraux. À la suite de l'attentat du petit Clamart en 1962, il a voulu l'élection populaire du président de la République pour conforter l'autorité de ses successeurs. Le Général ne pouvait pas à l'époque, avoir la moindre idée de la médiocrité dans laquelle devaient sombrer, 55 ans plus tard, la vie politique française et le niveau de la huitième génération des candidats à sa succession.
Pour le créateur de la Ve République, l'élection du président de la République était l'expression du lien de confiance entre un homme et la France, chef de la Nation, incarnation de son unité, de l'exemplarité, du prestige, tenant son autorité de l'expérience, d'une vision historique, de la sagesse et sa connaissance du pays, de sa culture, de son histoire.
 
Avec le deuxième tour de ces présidentielles, nous sommes dans la négation même de la présidence gaullienne. Les deux candidats ont peu ou pas d'expérience de l'État. Ils se situent dans une logique de table rase sur leur parcours personnel. Leur image n'est pas rassembleuse mais au contraire caractérisée, briseuse, conflictuelle, porteuse de déchirure. L'un est issu de "la droite nationale", un courant situé aux extrêmes de l'histoire politique, l'autre donne l'image de la "France d'en haut", celle des sièges sociaux, du pouvoir médiatique et des cabinets. Ils ont obtenu leur qualification au premier tour avec des scores ultraminoritaires 16 % du corps électoral pour l'un, 18 % pour l'autre. Aucun phénomène d'adhésion massive en leur faveur ne se produit. Selon plusieurs sondages, une immense majorité de Français, 59 %, déplore un second tour opposant des postures caricaturales où elle ne se sent pas représentée et se voit privée de choix démocratique (Elabe-BFMTV).
 
Le processus électoral a été biaisé par des "primaires" contraire à l'esprit des institutions puis sabordé par un scandale. Dans un contexte d'écroulement de la vie politique et d'une vertigineuse crise de confiance, il procède d'une vaste manipulation médiatique ayant conduit, les radios, les télévisions, la presse, au fil des années, à mettre en avant deux candidats, dont l'un, viscéralement rejeté par les deux tiers du pays, sert de tremplin à l'accession de l'autre, le champion de la "France d'en haut", à l'Élysée. Nous assistons au pire des scénarios : démagogie, hystérie, polémiques, agressivité immature, mégalomanie, inculture, néant du discours et de toute vision, un Grand-Guignol déconnecté du monde réel et roulant à l'abîme. La situation est explosive.
 
Que va-t-il en sortir ? Nous vivons sans doute l'ultime étape du processus de décomposition de l'autorité élyséenne, en cours depuis des décennies. Cette évolution risque d'ouvrir la voie vers une désintégration du pouvoir central dans le chaos et la violence. Une issue favorable à la crise actuelle serait le retour à la démocratie, fondée sur un puissant et respecté Premier ministre, issu d'une nouvelle majorité et responsable devant le Parlement. Encore faut-il que les Français aient conscience de la tragédie en cours et y réagissent en donnant à la France une majorité stable, indépendante de la foire médiatique que sont devenues les élections présidentielles. Rien n'est moins assuré... Une certitude : les élections législatives de juin seront une dernière chance de sortir du bourbier.

Paru sur Figarovox, 28 avril 2017
Publié dans En France
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La France au tournant
 
La vie politique française est structurée depuis assez longtemps par l’existence d’un bouc émissaire : le Front National (FN). Tout ce qui émane de lui est a priori suspect. Il constitue le baudet sur lequel crier haro est un signe de respectabilité, d’appartenance à la société des bien-pensants. Voter Marine Le Pen est proclamé, par les meneurs ou les suiveurs de ce pogrom électoral et idéologique, comme étant une infamie.
Jean-Marie Le Pen, qui cherchait non pas à gouverner, mais à provoquer, offrait avec plaisir des verges à tous les pères fouettards de la politique – et Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Mais ce jeu sadomasochiste a pris fin avec l’arrivée de sa fille à la présidence du mouvement. Le père était ravi de faire braire les ânes ; la fille veut présider la République Française : c’est une toute autre affaire. Ceux qui continuent à lui administrer des volées de bois vert (de paroles méprisantes) sont en retard d’une génération. Ses orientations – évitons de parler de programmes, comme le font à tort tous les candidats parce que c’est le mot à la mode – visent à conduire son pays sur un chemin très différent de celui qu’il a suivi jusqu’alors.
Ce chemin était-il bon ? Au vu de la situation du pays, tant sur les plan sociétal et international que sur le plan économique, il  est difficile de répondre par l’affirmative. Certes, nous ne supportons pas une chape de plomb, mais l’édredon de plumes sous lequel nous étouffons ne vaut guère mieux. Tout ce qui sort du politiquement correct est poursuivi par la police de la pensée ; les lois et règlements inutiles ou néfastes s’amoncellent, excepté dans les domaines où il faudrait protéger les citoyens contre l’indélicatesse de certains hommes d’affaires qui ne reculent devant rien pour faire du fric aux dépens de la qualité de la vie. L’Union européenne s’est empâtée au point de crouler sous son propre poids en écrasant ses membres. Le crime et la délinquance font l’objet de traitements dramatiquement inefficaces, et l’accueil sélectif des étrangers (il ne saurait s’agir d’accueil inconditionnel, si la France veut rester la France) se caractérise par l’absence d’organisation efficace.
 
Nous pourrions allonger à plaisir la liste de ce qui ne fonctionne pas correctement depuis que notre pays est gouverné par ce qu’Alain Madelin appelait "la Droiche", et que le FN nommait UMPS. Les deux partis de gouvernement se rejoignent largement : incompétence pour ce qui est de légiférer et de gouverner peu et bien ; ouverture à presque tout ce qui peut contribuer à déstructurer les mentalités individuelles et collectives. Quant au FN, il fait des propositions aberrantes, comme la sortie de l’euro et le retour à la retraite à 60 ans. De plus, il semble qu’il reste en son sein quelques personnalités ayant des nostalgies hitlériennes. Au vu d’un tel constat, nous sommes mal partis. Pourtant la "petite fille espérance", comme disait Péguy, n’est jamais bien loin. Comment la faire rentrer dans le jeu ?
 
L’effondrement du PS et de LR lui ouvre une petite porte. Certes, Macron est en pole position pour s’y engouffrer et la verrouiller, après quoi lui et son équipe appliqueront la formule que Claudel plaçait sur les lèvres d’un personnage du Soulier de satin : "Du nouveau, encore un coup, qui soit exactement semblable à l’ancien". Il va donc absorber les membres du centre et de la droite classique qui sont à la recherche d’un maroquin ou d’un siège de parlementaire qui leur permette de continuer à pratiquer leur passe-temps favori : "tout changer pour que rien ne change", selon la formule de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Mais il existe une autre possibilité.
 
En effet, il existe des hommes politiques de droite auxquels le vent du large ne fait pas peur. Les uns sont chez LR, les autres sont dans la mouvance de Dupont-Aignan ou de Philippe de Villiers, d’autres encore militent au FN, et quelques-uns sont non-inscrits. Leur union, dans un cadre ad hoc, permettrait d’aborder les élections – le second tour de la présidentielle, puis les législatives – dans des conditions propres à recomposer le paysage politique français. Une véritable droite pourrait enfin proposer des solutions innovantes et notamment houspiller les organes européens jusqu’à obtenir bien des choses, par exemple : l’unification des règles fiscales applicables aux entreprises ; une réduction drastique des règlements dont l’utilité principale est de justifier le maintien en fonction de nombreux bureaucrates ; une politique migratoire raisonnable.
Elle pourrait de même, au niveau français, réaliser l’indispensable réforme systémique de notre protection sociale usée jusqu’à la corde et rafistolée en dépit du bon sens ; libérer les entreprises de divers carcans qui les handicapent et freinent dramatiquement la création d’emplois ; travailler à l’amélioration de l’efficacité des services publics, ce qui permettra de réduire progressivement la dépense publique sans diminuer, bien au contraire, la qualité du service rendu aux citoyens ; remettre debout notre système scolaire en voie de déliquescence ; donner à nos armées les moyens de leurs missions ; faire enfin preuve de sérieux en matière de lutte contre le crime et la délinquance ; etc., etc.. Il existe suffisamment de points d’accord entre les bons éléments du FN – il y a quelques exclusions à prononcer – et ceux de la droite classique pour permettre une gouvernance efficace.
 
LR n’ayant plus de leader, c’est à Marine Le Pen de prendre l’initiative de ce rapprochement. Sa solidité face aux attaques souvent ignobles dont elle a fait l’objet, comme François Fillon, lui donne la possibilité de lancer cette opération de regroupement des patriotes. Son solide leadership donne une bonne garantie qu’elle saura, au sein du mouvement dont elle a transmis provisoirement la présidence, faire le nécessaire pour accueillir des hommes et des femmes de qualité, qui ne pensent pas exactement comme elle, mais qui sont prêts à travailler avec elle pour le redressement de leur patrie. Voudra-t-elle se lancer dans cette aventure ? Si elle ne le fait pas, pauvre France !

28 avril 2017
Publié dans En France
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Les bienfaits de l’Europe
 
La finale de la présidentielle se joue entre une nationaliste eurosceptique demandant le rétablissement des frontières pour contrôler, non seulement la circulation des personnes et l’immigration, mais aussi celle des biens dans l’idée de protéger la production nationale et un libre-échangiste souhaitant la mondialisation tant pour les biens que pour les personnes.
 
Un récent article du Figaro dans la rubrique "opinions" sous la plume de Yves de Kerdrel, défend la mondialisation et en particulier l’Europe. Son premier argument est que la mondialisation a permis "à un milliard d’êtres humains de sortir de la très grande pauvreté. Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle des pays dits émergents."
Voilà qui va intéresser les cinq millions de chômeurs et les neuf millions de pauvres français, à juste titre plus préoccupés de leur sort que de celui des citoyens des pays émergents.
Un dirigeant doit d’abord défendre les intérêts de son pays et de ses ressortissants avant de penser aux progrès de la Chine ou même de la Bulgarie.
L’auteur affirme que "l’Europe est plus prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans" se basant sur la croissance du PIB, après quoi il reconnaît que si le PIB français a bien cru de 10 % de 2008 à 2016, du fait de la démographie "le PIB par habitant n’a cessé de se dégrader au cours des dernières années."
Voilà qui nous change des affirmations constantes des bienfaits de l’Europe et de la mondialisation. Pour une fois il est reconnu que les Français se sont appauvris. Il est de plus évident que les écarts se sont creusés entre ceux qui par leur formation ont trouvé leur intérêt à l’ouverture du monde et ceux qui moins qualifiés sont touchés par le chômage et les bas salaires et les agriculteurs victimes des productions à bas coût de nombre de pays européens.
Cette évolution apparaît dans une France coupée en deux dans les votes à la présidentielle entre le nord, l’est et le midi votant massivement Le Pen et la France de l’ouest, du sud-ouest et des grandes villes soutenant Macron.
Alors que la France figurait  jusqu’en 1990 dans le peloton de tête des autres pays de l’Union, elle est passée sous la moyenne des quinze premiers pays adhérents, à la 11ème place ne précédant que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce
 
L’évolution de l’Europe et en particulier son extension vers l’Est est à l’origine du problème : au départ l’Europe était constituée de six pays comprenant en particulier l’Allemagne rhénane et la Bavière, en grande majorité catholiques et ayant depuis Charlemagne une histoire commune. L’adhésion de l’Espagne et du Portugal ne posera pas de problème s’insérant facilement dans l’ensemble d’origine, mais on a accueilli des pays de culture protestante, Grande Bretagne, Suède, Danemark n’ayant pas la même vision économique. Vint la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne faisant entrer la Prusse dans l’ensemble européen et en changeant l’équilibre conduisant à une domination économique et politique.
Allant de plus en plus vers l’est nous avons accueilli la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie et les pays Baltes dont le niveau de vie était beaucoup plus bas que le nôtre. Si ces pays se sont rapidement développés, par un effet de vase communiquant les salaires ont stagné voire baissé en France pendant que le chômage explosait.
Bien sûr la France n’a pas fait les réformes douloureuses que l’Europe voudrait lui imposer en particulier en durée du travail et âge de la retraite mais la perception qu’ont de l’Europe de nombreux Français est qu’elle est un carcan privant le pays du choix de sa politique sociale et économique.

dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 28 avril 2017
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De Gaulle prend sa revanche
 
Le premier tour de l’élection présidentielle a suscité une telle profusion de commentaires qu’elle semble n’avoir plus rien à nous apprendre. Je n’en suis pas d’accord. Il reste à l’examiner sous un aspect qui, sauf erreur, n’a été évoqué nulle part. Je m’y risque ici en priant le lecteur de me pardonner l‘exposé sommaire d’un sujet difficile.
Chacun a pu entendre, depuis plusieurs mois, une affirmation proférée par plusieurs candidats et reprise avec insistance par des éditorialistes influents. Selon eux, l’actualité a prouvé que nos institutions politiques "sont à bout de souffle" et qu’il est indispensable de les changer. Mélenchon est allé jusqu’à promettre de convoquer, s’il était élu, une assemblée constituante chargée de fonder la VIè République.
En réalité, le premier tour de l’élection présidentielle a démenti l’argumentation des détracteurs de notre constitution. Il a été une revanche éclatante de Charles de Gaulle sur tous ceux qui veulent altérer son œuvre.
Voyons pourquoi.
               
Nos institutions ont été faites dans le but de rendre au peuple français la plénitude de son pouvoir souverain. Il l’exerce ordinairement en élisant lui-même, d’une part le Chef de l’exécutif, d’autre part une assemblée législative. De Gaulle tenait à cette distinction fondamentale parce que la mission du premier n’a rien à voir avec la nature de la seconde. Le Président est en charge du bien commun à la nation et il est le seul à pouvoir l’être. Les députés, regroupés selon leurs préférences partisanes, représentent des intérêts catégoriels.
L’expérience accumulée depuis près de soixante ans montre que les partis ne se résignent pas à demeurer confinés dans le législatif. Ils n’ont cessé, par des manœuvres indirectes mais constantes, de grignoter le domaine propre à l’exécutif. Les nouveautés qu’ils ont apportées par la "cohabitation", la réduction du mandat présidentiel, la concomitance des scrutins présidentiel et législatif, ont toutes eu un objectif caché : resserrer leur emprise sur celui des deux pouvoirs qui ne leur appartenait pas.
Ils ont pensé couronner leurs efforts en contrôlant l’élection du Président. De Gaulle voulait que le Chef de l’Etat fût choisi par le suffrage universel des citoyens à l’exclusion de toute investiture partisane. Son vœu a été contredit pour la première fois par François Mitterrand qui se présenta aux Français non pas comme gardien de l’intérêt général mais en tant que  dirigeant du "peuple de gauche" c’est à dire, plus prosaïquement, mandataire du parti socialiste. Poussant l’audace plus loin, les coalitions de droite et de gauche ont cru habile d’inventer les "primaires" par lesquelles leurs candidats se donnent une apparence de légitimité populaire.
                  
La prise en mains de l’élection présidentielle par les partis a un inconvénient grave. Elle brouille, dilue, escamote les grands enjeux nationaux. Par définition, la droite, la gauche et tout autre regroupement qui cherche à devenir majoritaire est voué à rassembler des intérêts disparates. Pour les retenir, leurs candidats sont obligés d’user d’équivoques, de compromis et de faux-semblants. Ils évitent les visions  tranchées, les choix clairs, les engagements forts qui accompagnent la recherche du bien commun.
La dérive institutionnelle de notre vie politique est la cause fondamentale de nos maux publics. Elle nous a menés à ces décisions sans portée, ces choix démagogiques, ces compromis branlants qui ont été la marque de la dernière décennie. Elle explique la lassitude et l’irritation d’un peuple qui n’a plus confiance dans le processus électoral.
De manière totalement imprévue, du moins pour l’auteur de ces lignes, le scrutin de dimanche dernier a fait sauter les digues dans lesquelles les partis pensaient canaliser la souveraineté populaire. Les électeurs rebelles ont donné leurs préférences à deux candidats qui n’appartiennent à aucune des formations dites de gouvernement, n’ont de comptes à rendre à aucun groupe parlementaire, ne sont passés sous les fourches caudines d’aucune primaire.
              
Le rejet massif des partis a une conséquence très heureuse. Au lieu des choix ambigus et réversibles des précédents scrutins, deux voies bien tracées sont cette fois proposées à nos suffrages. Face au défi primordial de notre époque qui s’appelle la mondialisation, Emmanuel Macron veut nous conduire vers plus de libre échange, plus d’intégration européenne, plus de multiculturalité. Marine Le Pen, à l’opposé, offre une politique de protection de nos frontières, d’affirmation nationale, d’autorité de l’Etat. Le peuple français est enfin face à une alternative claire.
 
Le scrutin de dimanche a une autre conséquence bénéfique. Il a bousculé le système détestable qui faisait du parti vainqueur de l’élection présidentielle le gagnant assuré de l’élection législative qui suivait. La proximité des scrutins avait été imaginée par la droite et la gauche, pour faciliter la confusion des deux pouvoirs à leur profit. Cette astuce qu’ils croyaient fructueuse devient pour eux un piège mortel. Ils en prennent conscience avec stupeur et effroi.
                
En un sens cependant, les Français ont poussé trop loin leur impatience à secouer le joug des partis. De Gaulle pensait que la sélection du Président par le suffrage universel favoriserait des personnalités dont la qualification au poste suprême serait visible aux yeux de tous, soit en raison de l’éclat de leurs services à la nation soit par leur capacité à incarner le bien commun. Il est difficile de croire que les responsabilités fugaces exercées par Macron au ministère de l’économie ou son programme vague et indolore lui donnent une qualification certaine. Quant à Marine Le Pen, elle n’a pas encore convaincu la majorité de nos concitoyens que son projet de rupture peut être exécuté sans secousses graves. Les inconvénients de la révolte des Français contre les partis sont sérieux. Ils font planer de lourdes incertitudes sur notre avenir. Mais toute libération ne comporte-t-elle pas des risques d’excès ?
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Pitoyable débat
 
J’avoue : au bout d’une heure et demie, j’ai arrêté le flot de paroles et de mimiques méprisantes ou agressives que déversait l’ordinateur dont je me suis servi pour suivre le débat de mercredi soir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Que le sort de la France puisse dépendre d’un tel combat de coqs est une réalité consternante. La responsabilité des grands média dans cette médiocre qualité de l’information est lourde, car la démocratie repose pour une part importante sur la possibilité qui est donnée (ou pas) aux citoyens de se faire une idée juste des projets et du caractère de ceux qui se présentent à leurs suffrages.
 
Ma mission était d’analyser la partie de l’émission relative aux retraites. Ce qui m’a le plus frappé, c’est une double absence de la démographie : aucun des deux candidats ne fit référence à la natalité, qui est, à long terme, un facteur décisif en matière de retraites par répartition ; et il ne fut pas davantage question à ce propos des phénomènes migratoires. Pourtant, si les naissances sont insuffisantes, comme par exemple en Allemagne, le recours à des travailleurs étrangers est la seule manière d’éviter ce qui se produit au Japon : travailler massivement jusqu’à plus de 70 ans.
Et le problème n’est pas seulement quantitatif : une formation initiale médiocre, une formation continue insuffisante ou mal orientée, vont dans le même sens qu’une faible fécondité ; que les Français les plus entreprenants, les plus qualifiés et les plus travailleurs aient tendance à aller voir ailleurs si l’herbe n’y serait pas plus verte compromet également l’avenir de nos retraites, surtout si, parmi les étrangers qui viennent s’installer chez nous, il ne s’en trouve pas suffisamment qui possèdent le niveau de nos expatriés.
La question n’a pas davantage été posée de rendre les retraites par répartition compatibles avec la circulation internationale des travailleurs. EM a fait remarquer à juste titre que l’existence de 37 régimes de retraite est une complication qui empêche les Français de s’y repérer. Mais cet internationaliste convaincu n’a pas étendu son constat au niveau, sinon planétaire, du moins européen. Or, tout expatrié fait l’expérience, au moment de liquider ses droits à pension, de l’épouvantable complication de cette opération.
La question de l’âge de la retraite a été soulevée par MLP, qui veut revenir de 62 ans à 60 ans. Mais son adversaire n’a pas évoqué, pour la contredire, le phénomène démographique essentiel qu’est la croissance de l’espérance de vie en bonne santé. On est moins vieux aujourd’hui à 62 ans qu’on ne l’était à 60 ans en 1982, quand fut mise en œuvre l’imprudente promesse faite par l’Union de la gauche.
 
Finalement, la seule idée intéressante qui ait été avancée sur les retraites dans ce débat, c’est le projet d’EM concernant la mise en place d’un régime unique ressemblant comme un frère à celui qui existe en Suède – solution préconisée en 2008 par Thomas Piketty et Antoine Bozio dans un petit opuscule intitulé "pour un nouveau système de retraite ; des comptes individuels de cotisations financés par répartition". MLP riposta en accusant l’idée d’un système unique fonctionnant par points d’être une arme des ultralibéraux pour faire baisser le niveau des pensions. EM aurait pu facilement lui répondre que la Suède n’est pas le prototype des pays ultralibéraux, mais il ne le fit pas. Quant à MLP, elle manqua elle aussi le coche : la grande faiblesse du système suédois, comme de tous les autres systèmes de retraite par répartition à l’heure actuelle, est d’attribuer des droits à pension qui ne correspondent en aucune manière à ce qui prépare les pensions futures, à savoir la mise au monde des enfants et leur éducation.
 
Là encore, c’est au niveau de la démographie que nos deux candidats se sont révélés identiquement mauvais. Ignorer le message de Bodin ("il n’est richesse que d’hommes") et celui de Sauvy ("nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants") est une lacune dramatique pour un futur chef de l’État. Charles de Gaulle, lui, savait que, si elle ne se remettait pas à faire des enfants, la France ne serait plus qu’une grande lumière qui s’éteint.
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Des traces
 
Les Français pataugent dans la frénésie électorale depuis plus de 6 mois, et peut être depuis 5 ans, depuis qu'ils se sont rendu compte que ce chef, choisi par défaut, gardait sa mentalité de secrétaire général, incertain manœuvrier entre copinage et détestation, sans se hisser vraiment au niveau d'un représentant significatif du pouvoir constitutionnel, ni d'une stature internationale véritable. Les éclairs de lucidité ont été rares et souvent tardifs. En fait il lui a fallu "apprendre le métier" auquel il n'était pas du tout préparé, sur le tas et dans un contexte vraiment difficile. Qu'il lui soit beaucoup pardonné même s'il a contribué à enliser un peu plus la Nation dans ses contradictions.
 
Cette édition 2017 de l'élection présidentielle française, caricature d'une démarche vraiment démocratique, présente quelques caractères très particuliers dans le droit fil d'une grande fatigue des institutions, des acteurs politiques et des citoyens.
Certains la disent décevante, d'autres la voient plutôt comme un jeu de rôles, les plus résignés la taxent de "coup pour rien". La seule certitude est qu'elle laissera des traces durables dans la  politique française pour les années à venir.
 
On y voit :
* La manipulation permanente et très profonde des médias de tous ordres, des journalistes politiques (elle est leur gagne-pain) dont certains se posent en procureurs avec une grande auto satisfaction, des chaînes télévisuelles et radiophoniques qui chantent toutes à peu près les mêmes rengaines, des sondeurs et de leurs sondages (vrais ou faux), des écrivaillons, commentateurs de presse écrite (souvent les mêmes que sur les écrans).
* Les méfaits et le trouble de l'information instantanée, des réseaux sociaux et autres sites de "tchach and gossip", souvent assez pervers, troublant de manière continue et incisive le véritable débat de politique, au grand mépris des règles constitutionnelles, légales et des pratiques parlementaires traditionnelles.
 
Tout cela pour dire que les habitudes de vote dit démocratique que nous pratiquons grosso modo depuis 1848 – année de l'introduction du suffrage universel masculin -  ou 1946 - année de l'accès des femmes au suffrage – sont complètement submergées par de nouvelles pratiques instantanées, qui se situent hors les règles du droit électoral ; elles donnent au vote des citoyens – qui est l'objectif final - une toute autre configuration car elles le situent hors la politique plus proche du quotidien vécu, de la pure revendication personnelle ou de groupe social, beaucoup moins "politicienne", échappant aux élus des Assemblées supérieures et à l'élite habituelle des milieux tant gouvernementaux que d'opposition.
 
Aucun des impétrants à la fonction présidentielle n'a abordé cet aspect de la démocratie à la française, laquelle, pourtant devra sérieusement évoluer, si l'on veut éviter soit le chaos, soit la démagogie autoritaire, les 2 avatars les plus courants de l'inadéquation des pratiques politiques aux aspirations du peuple qu'elles doivent gouverner. L'adage est bien connu "Le peuple est ignorant, mais il sait tout". Il sait surtout ce qui pourrait lui convenir, mais dont l'image précise reste dans le flou à travers les moyens à sa disposition : la révolte ou le bulletin de vote.
Les traces imprimées par nos présentes péripéties seront profondes et durables : que représentent ces gens acclamés comme des rock stars dans des rassemblements de plus en plus monstrueux, dont les discours restent fumeux, approximatifs, très éloignés des réalités, de ce qui est faisable et bénéfique, ignorant les véritables mécanismes d'une Europe systématiquement diabolisée et de l'environnement international dans lequel nous sommes ficelés. Sont-ils, en fin de compte, tout simplement compétents ? Car c'est cela dont on a besoin : la compétence... La stupide haine des finances s'y ajoute : pauvre, une Nation n'est plus rien, il suffit de regarder autour de nous pour en avoir la preuve. Ce pari de compétence impose aussi aux candidats une universalité du savoir gouverner que nul ne peut réellement avoir.
 
Les fractures se situent à 2 niveaux : Chez les acteurs politiques, (majoritairement issus de l'ENA) qui se livrent à d'insupportables batailles internes ; les fameuses primaires ont aggravé les détestations, stigmatisé les fractures, les batailles d'ego. Des haines tenaces sont installées. Les 2 "grands partis" primaristes sont en miettes.
Dans la population, ce bain politique permanent, spectacle de tricheries et de discordes, a amplifié les affrontements, l'incompatibilité des désirs, mis en relief le désenchantement, l'ignorance des plus jeunes, l'ultra conservatisme des seniors, lesquels constituent une part importante du potentiel électoral, la lassitude, la révolte ou l'indignation conduisant à l'abstention. Le résultat est un fractionnement des opinions, qui empêchera la cohérence parlementaire.
 
L'inquiétude gagne au regard des programmes :ils ne sont pas présidentiels, ils sont ministériels ; en effet, selon l'article 5, le Président de la République " ...veille au respect de la Constitution, assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l’État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire du respect des traités" (tiens ? Intéressant…).
C'est en vertu des article 20 et 21 de la Constitution que le Premier Ministre, choisi par le Président,dans le sein de la majorité parlementaire fait fonctionner la boutique : "Art. 20 : le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ; Art. 21 : le Premier Ministre dirige l'action du gouvernement, assure l'exécution des lois, est responsable de la Défense nationale... "
Certes le Président-chef de l’État - a quelques pouvoirs personnels, notamment celui de dissoudre l'Assemblée, mais en aucun cas il "n'administre" directement le pays. Il n'est pas fait pour cela. Par ailleurs, et surtout, il est illusoire de croire qu'à peine élu(e), le (ou la) Président(e) mette immédiatement en œuvre ses promesses : il faudra attendre le vote législatif de Juin, afin d'avoir une (éventuelle) majorité et d'en extraire un Premier ministre ; à ce moment seulement la machine pourra fonctionner. Et cette débauche de promesses de référendum ou de radical changement laisse sinon pantois, du moins sceptique.
 
Voilà toute l'ambiguïté de cette Constitution : ce jeu à 2 têtes, qui fut fort utile dès 1958 à mais qui, au fil des changements sociaux, économiques et politiques, s'avère plutôt encombrante, notamment après les années de la désastreuse cohabitation, où chacune des 2 campait sur ses convictions. Ne rappelons pas trop les heurts entre hommes du même bord (Giscard/Chirac. Mitterrand/Rocard, Sarko/Villepin). Le pays est resté immobile. Une grande partie de nos malheurs actuels réside là.
Donc, en fait – la partie la plus importante est loin d'être jouée : elle s'accomplira non le 7 Mai, mais seulement en Juin avec les Législatives. De toute façon, quel que soit le beau parleur choisi, ce sera le fatras, car l'élection présidentielle se jouera sur une courte tête et la moitié frustrée ira protester dans la rue. Si, en plus, aucune majorité parlementaire ne sort des urnes, ce sera l'instabilité assurée, le retour à une sorte de IVème déguisée... Mais on peut toujours être optimiste... Les autruches ont la réputation de l'être. Le score de ce premier tour présidentiel est faible : moins du quart des opinions exprimées : sans compter le quart abstentionniste ; on ne gouverne pas avec plus de la moitié de la Nation contre soi, ou alors, très brièvement.
 
Par ailleurs, ce qui fascine dans toutes ces gesticulations, est l'absence à peu près totale d'ouverture à la situation internationale et les changements profonds qui sont en train de s'y propager. Londres va procéder à des législatives le 8 Juin pour solidifier les conservateurs face au Brexit, l'Italie et peut être l'Espagne vont bouger, l'Allemagne votera en octobre, et surtout l'Union Européenne va sortir ses griffes face aux critiques et aux demandes de révision. L'Amérique du Nord change l'échiquier, le FMI et la Banque Mondiale s'interrogent, l'Asie change de cap, l'Afrique est à l'agonie, le Moyen Orient vacille. Quelle sera la place de la France dans ce monde en mutation ? Nul ne le sait. Nous voilà partis – les yeux rivés sur nos minuscules discordes - pour du sport et des dettes amplifiées... mais ce n'est pas grave... il y a le foot, le tennis, le rugby, le Tour de France, Le Mans, Cannes, et ... les vacances... pour continuer à s'amuser sur le volcan.
 
Il faudrait revenir à Pierre Bourdieu et son "Dire, c'est faire " (1) : la lutte politique est une joute verbale : on dit, on promet, on annonce, on entraine autrui dans un rêve de réussite et de monde meilleur... et en le disant on s'imagine qu'on le fait, que c'est déjà acquis, que c'est fait ou sera fait... En même temps on entame l'adversaire par des mots. Le verbe politique est illusion et promesse, tour de piste et corrida. La mise à mort, c'est le bulletin dans l'urne.
La majorité des propositions sont à courte vue, des arguments électoraux qui seront vite perdus dans le magma des urgences et des obligations. Les banquiers, les syndicats, les opposants plieront-ils ou suivront-ils ? La situation internationale permettra-t-elle le redressement ? La compétence surmontera-t-elle la médiocrité, l'énergie l'immobilité ? Il y a très longtemps, Jean Rostand (le savant aux grenouilles) avait déclaré "Nous sommes gouvernés par des médiocres supérieurs". Peut-être pas si démodé.
(1) Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, l'économie des échanges linguistiques, Fayard éd.
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Réflexions sur le résultat du premier tour des présidentielles
 
Au-delà des sujets d'insatisfaction, de bonnes raisons d’espérer
Nous allons probablement vers des jours sombres, mais "en même temps" nous avons de plus en plus le droit d’espérer. C’est un paradoxe. Voici les raisons d’espérer.
Je parle ainsi, car je crois dans l’avenir de la France. Ce n’est pas simple sentiment profond, c’est aussi raison. Cette élection, paradoxalement, nous fournit un argument pour y croire.   
Car si nous l’observons bien, nous voyons que cette France d’après-demain, celle qui connaîtra (par hypothèse) une véritable Renaissance, est déjà là, bien que seulement en pièces détachées : c’est triste qu’elle ne soit là qu’en pièces détachées, donc en pièces tout court, mais ce qui est heureux, c’est qu’on puisse exposer toutes ces "pièces détachées". Il suffit pour cela de dire un mot sur les quatre candidats, pris un par un. Et aussi de noter avant cela que les quatre représentants les plus évidents de la France morte (Hollande, Sarkozy, Juppé, Valls) ont été impitoyablement "dégagés" avant la compétition. Parlons des candidats.
 
Mélenchon d’abord
Seul de tous les candidats, Mélenchon a une forte culture, un langage classique et une élévation philosophique. En ces temps postmodernes, il a fait revivre – sous une forme malheureusement idéologique - la tradition oubliée de l’humanisme. Pas l’humanisme postmoderne sans foi ni loi, mais le grand humanisme moderne ("Patrie bien-aimée", "l’heure des caractères et de la conscience", etc.). C’est la référence à cette tradition qui lui donne son souffle et son autorité. Ainsi groupe-t-il derrière lui un cinquième et virtuellement un quart des Français. Il y a chez lui
une magnifique liberté dans sa façon de reprendre l’ascendant sur de certains roquets qui se croient tout-permis. Bien sûr, il lui manque la rationalité économique. Bien sûr, dans son attachement "aux acquis sociaux les plus élémentaires du pays", il ne fait pas montre d’un sens du progrès, qui lui ferait imaginer une solidarité sociale nouvelle plus en cohérence avec le monde tel qu’il est avec ses enjeux immenses et souvent magnifiques. Dans son rapport au vieux fond catholique de la France, il est partagé entre une certaine sympathie pour le pape prophète et une nette aversion pour les catholiques français, qu’il juge en majorité bourgeois et embourgeoisés, réactionnaires ou banalement "conservateurs libéraux".
 
Fillon ensuite
La France renaissante aura, comme Fillon en est un premier signe, une vision économique et une base catholique. Pas l’un sans l’autre, ni inversement – et pas que cela ! Néanmoins, Juppé a été écarté aux primaires, et ne pouvait pas revenir, car, comme François Hollande, il n’avait ni l’un, ni l’autre. Fillon a été détruit par les "affaires", justement parce que le fond catholique faisait essentiellement partie de son image. Mais son caractère eût-il été plus noble et désintéressé, il lui eût encore manqué quelque chose de "franciscain" – sa rationalité économique n’était pas portée par un véritable souffle humaniste, et sa catholicité était trop peu prophétique.  
 
Et Macron ?
La France renaissante aura comme Macron l’idée d’une sorte de centre, de recentrage, de réconciliation au-delà de divisions artificielles, ou d’un renouveau. Chez Macron, nous trouvons ces idées à l’état postiche : au mieux des bonnes intentions, au pire du marketing. Pourtant, il y a réellement là un élément de la renaissance. 
 
Et Marine Le Pen ?
La France renaissante sera, comme le disent et elle et Mélenchon, une nation libre, qui participera à l’édification d’un monde multipolaire, et d’une Europe indépendante, au-delà de l’impérialisme libéral. Ces thèmes leur sont communs, mais Le Pen représente surtout les prolétaires ; Mélenchon représente surtout ceux qui sont en passe de le devenir. Ces thèmes ont leur légitimité, si on sait les combiner avec les réformes fondamentales du pays et une vision humaniste des progrès du monde, si on sait les faire valoir en tenant compte des rapports de forces existants, et si on prend aussi en compte, au-delà de chaque intérêt national, le bien commun du genre humain.
 
La culture des candidats
On nous a dit qu’il y avait dans cette élection deux candidats classiques et deux candidats populistes. Ce qui me frappe davantage, c'est plutôt qu'il y a eu deux candidats à culture postmoderne, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, et deux candidats à culture assez différente, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon, représentant l’humanisme du passé ou le vieux fond catholique. Malgré leurs entourages respectifs saturés de postmodernes, et malgré certaines incohérences, eux-mêmes faisaient appel à deux traditions, encore vivantes, opprimées par le prêt-à-penser postmoderne.
Bien sûr, il y a dans l’entourage et l’électorat de Marine Le Pen une certaine proportion de réactionnaires et de traditionalistes, et même des catholiques tout court. Mais elle a, en fait, beaucoup plus en commun, spirituellement, avec Macron qu’avec Mélenchon ou Fillon, même si les intérêts et passions des deux finalistes divergent énormément. Pour Macron, "il n’y a pas de culture française". Ignorance crasse ou expression malheureuse. Pour Marine Le Pen, il y a au contraire des "valeurs et traditions de la civilisation française". Mais si on regarde comment elle les comprend, la différence avec Macron n’est pas si grande qu’il semble. Car pour Marine Le Pen, l’adoption de ces valeurs et traditions relève d’abord du patriotisme et de l’esprit de corps, fort peu d’une adhésion au vrai et au bien donnée par l’esprit avec sa raison et sa foi, avec liberté personnelle. Elle réduit la culture française à une "identité nationale", c’est-à-dire à un particularisme, qu’on oppose à un particularisme islamiste et à l’universalisme abstrait du monde mercantile - alors que la culture française, "éclairée" ou catholique, est aussi universelle que substantielle. Ce serait donc une étrange erreur que de voir en elle une défense et illustration de la culture catholique et de la pensée françaises.
C’est vrai que la France possède un style inimitable dans sa façon de s’approprier l’universel, et ce que ce style a de plus particulier, c’est peut-être de se répandre avec tant de facilité, comme notre langue précise, claire et ordonnée, ou comme ce style "gothique", dont le nom a si longtemps été celui de "style français". En un mot, Mélenchon et Fillon, chacun à leur façon, expriment assez bien la civilisation française. Marine Le Pen et Emmanuel Macron ressemblent davantage à des déracinés.
 
Cela dit, au-delà des mauvais côtés des candidats, au-delà des mauvaises raisons que des Français peuvent avoir eu de voter pour eux, il y avait objectivement de solides raisons de voter pour tel ou tel, car chacun d’eux donne une idée partielle (et parfois caricaturée) d’une possible renaissance nationale.
 
La France et l’humanisme
La France est un pays fondamentalement humaniste. La langue latine est l’incarnation de l’humanisme antique. La langue française surgit comme littérature au cours de la Renaissance, âge humaniste s’il en est. Cette langue se fixe au XVIIème siècle avec Descartes comme une expression idéale d’une nouvelle raison classique, en laquelle se renouvelle l’humanisme antique. Le catholicisme est depuis toujours la religion humaniste, puisque Dieu divinise l’Homme. La trace culturelle est si profonde et ineffaçable, qu’aucune rationalité économique ne peut jamais en France précéder le consensus autour d’une vision universaliste de la justice politique. Aucune rationalité économique, aucun gouvernement technique ne peut s’abstraire de ce trait fondamental de la culture nationale.
 
En faisant le portrait de ces quatre candidats, nous avons recensé les principaux éléments de la France de l’avenir. Comme on peut regretter que cette campagne ait été faussée et que les candidats n’aient pas pu débattre de la France ! Souhaitons, prions pour qu’ils s’améliorent et ne se renferment pas chacun sur sa part de vérité. Car ce qui manque encore à la France, hélas ! c’est l’esprit qui permettrait d’unir ces membres disjoints en un seul corps vivant et cohérent. C’est pourquoi, aussi longtemps que nous feront défaut ces créations culturelles, cette nouvelle synthèse humaniste, les vérités disjointes s’opposeront entre elles comme des extrémismes rivaux, et nous aurons à redouter d’aller vers des jours sombres. Mais les éléments sont là. Et à force de s’opposer, une synthèse finira par en sortir.
Le côté sombre du tableau, pas besoin de s’y attarder ce soir, car nous le connaissons tous.

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Une odeur fétide
 
L’odeur de pourriture qui a imprégné toute cette campagne est loin de se dissiper à l’issue du premier tour. On dirait même qu’elle s’amplifie.
 
  1. Les Républicains se défoulent maintenant sur Fillon en l’accusant d’être le seul responsable du désastre. Facile et attendu: il fallait bien un "pelé, un galeux". Et les pires lyncheurs sont ceux-là mêmes qui l’avaient rallié en grande pompe à l’issue des primaires et fanfaronnaient sur la scène de son grand meeting, oh, comme je m’en souviens ! devant les caméras pour préparer leur maroquin ministériel. Elle est belle, hein ? la politicaille !
 
  Le Pen se met en congé du FN, son nom "le Pen" n’apparaissant plus nulle part comme effacé par magie et fait en sorte que l’idolâtrie se concentre désormais sur le seul prénom. Il faut tout oublier, faire la table rase du passé. Rien n’a jamais existé, rien ne s’est jamais passé, on n’a rien vu, rien entendu, sur la création de ce parti, son histoire, son identité profonde, ses positions, ses provocations. Non, non, l’héroïne n’a pas hérité de son père, elle est venue des nuées ! Vous ne le saviez pas ? Tout est effacé braves gens, tout oublié, votez les yeux fermés pour votre idole.
 
  Macron, idem, en sauveur miraculeux de la France lui aussi comme tombé du ciel. A-t-il jamais été conseiller de M. Hollande pendant deux ans, puis son ministre de l’Economie pendant deux ans ? Quel mérite ? Quelle réussite ? Quel service à l’Etat et à la France ? Quelle vision de la France, de son histoire et de son avenir ? Quels soutiens ? Et la raison dans tout cela ? Et l’intelligence, l’esprit critique des Français ? Oublié ! Silence ! Omerta ! Silence, on vote ! Comme pour le Pen, on ne regarde pas dans le rétroviseur. Taisez-vous !  Mesdames et Messieurs, braves gens, le passé ne compte pas. Ni le monde des réalités. Tout cela ne vous regarde pas. On ne pense pas, on vote !
 
  Le "front républicain" a bon dos et si le Pen n’existait pas, il faudrait l’inventer : toute la classe politique droite et gauche confondues, revit enfin comme un petit troupeau docile dans sa mobilisation contre le "danger fasciste" le chiffon rouge dont elle se gave depuis 40 ans, qui la dispense une fois encore de parler des 5,5 millions de chômeurs, des massacres terroristes qui ont ensanglanté la France, de la ruine de l’Education nationale, le désastre des "banlieues", de l’effondrement du prestige de la France à l’international et en Europe. Et de ses responsabilités dans la débâcle…
 
  Macron célèbre son triomphe du premier tour à la "Rotonde", avec des people comme si l’élection était pliée. Ah, nous serions nous trompés ? Aurait-il atteint 50 % +1 voix au premier tour ? Non, même pas : la moitié. Enfin, la moitié de la moitié, un peu moins même : 23%. Mais c’est comme si c’était fait et le vote du 7 mai, une broutille, une formalité : le peuple est en marche et il va marcher droit jusqu’au bout. Avec Sarko, la même scène donnait un scandale hystérique de trois mois, mais là, tout le monde s’en fout. Chouette, la France d’en haut fait la fête !
 
  Et d’ailleurs, et d’ailleurs : la bourse a pris 4,5 % en un jour, un record depuis 9 ans ! La fête continue, la fête de la France d’en haut !
 
  Le discours politique, à droite comme à gauche, a totalement oublié la France profonde, malheureuse, humiliée, des "sans dents", la France rurale et des banlieues, les exclus, la France périphérique, oubliée, celle qui a voté Mélenchon, Poutou, Dupont-Aignan, en partie Fillon, une France probablement majoritaire, et qui se voit aujourd’hui désespérée par la tournure d’un scrutin sans espoir pour elle, entre une caricature et une provocation où elle ne se reconnaîtra jamais. Cette France-là ne fait pas la fête !
Et cette vague de ralliements de gauche et de droite qui s’enchaîne dans un fantastique mouvement mimétique. La "morale du troupeau " comme dirait Nietzsche. Si tu ne rallies pas Macron, tu es un salaud, un pétainiste, une ordure, un traitre (lu sur Facebook). Quoi tu "n’es pas Macron" ? Pourtant, dans le phénomène Macron, cette merveilleuse mécanique du conformisme, il y a bien, au-delà du rideau de fumée, quelque chose d’un peu malsain, un peu sombre et sinistre, moutonnier, d’une autre époque que l’on croyait à jamais révolue, dans le genre "sauveur providentiel", ou "envoyé miraculeux".
 
  Et puis je l’ai déjà dit, cette élection présidentielle biaisée depuis janvier par les scandales, ce choix binaire, idéologique, crétin, entre "mondialisation heureuse" et "nationalisme xénophobe" m’indispose profondément. Moi, j’ai horreur d’être pris pour un con. D’ailleurs, je suis prêt à prendre le pari : le prochain président finira soit à l’asile de fous, soit en prison, soit au cimetière. Je ne souhaiterais pas sa place à mon pire ennemi.
 
  J’attends les législatives, dans le vague espoir d’un nouveau séisme au bout du séisme, que quelque chose se passe, une révolution politique, que s’y exprime la voix soudain du peuple, une voix de ténor, qui manque si fort à la France, et dans mes rêves qu’en émerge un homme d’Etat, un grand Premier ministre, un homme d’Etat du genre Waldeck, Clemenceau, Poincaré, de Gaulle (1943-1946 et 1958), Mendès, Pompidou, ce qui s’appelle un homme d’Etat, pourvu d’une vision de la France, ayant fait ses preuves dans la tourmente de l’histoire, par sa capacité à décider et gouverner, un homme d’Etat et non un comédien habile, une créature médiatique ou un héritier, un homme d’Etat qui enfermera le futur grand parasite élyséen dans son Palais maudit de l’Elysée, lui rabattra son caquet prétentieux et prendra en main les destinées de la France avec un gouvernement de combat, sous le contrôle de la Nation à travers son Parlement, comme dans n’importe quelle démocratie qui se respecte. Dans mes rêves, je disais… Mais on a le droit de rêver, c’est le dernier qu’il nous reste et c’est celui que rien ni personne ne pourra nous confisquer !

maximetandonnet.wordpress.com, 25 avril 2017
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Le deuxième tour de la présidentielle reste très ouvert
 
Tout le monde semble dire que le second tour de l’élection présidentielle est déjà plié : Macron a suffisamment d’avance pour faire une élection de maréchal.
Il a même fait la fête comme s’il y voyait déjà. Au Front national, certains ressortent la vieille rengaine que l’échéance décisive sera 2022, oubliant qu’en politique les trains passent rarement deux fois. Les médias, tout au long de la fastidieuse soirée du 23, nous ont ressassé qu’il n’y avait qu’un seul vote possible et que c ‘était Macron, qu’il fallait impérativement "faire barrage au Front national".
Les derniers mois nous ont pourtant rappelé que ceux qui pensaient gagner dans un fauteuil, comme Fillon en janvier, s’exposent à bien des déconvenues. La présente campagne, plus que d’autres, nous a habitués à d’étonnants rebondissements.
 
Les sondages sont à 60/40 en sa faveur. Mais ils étaient aussi à ce niveau en faveur de Clinton contre Trump à deux semaines de l’élection et c’est Trump qui a gagné. En 2012, Sarkozy devait être battu avec le même écart : il n’a perdu que par 52/48.
Contrairement à ce qu’assènent les médias, le scrutin est encore très ouvert.
Marine le Pen n’est certes pas arrivée en tête. 22, 3 % (soit 1,2 % au-dessous de Macron), c’est moins que les 27 % annoncés pendant longtemps. La différence c’est tout simplement Dupont-Aignan à 5%. Plus Lassalle, Asselineau, Cheminade qui pêchaient dans les mêmes eaux.
Les reports de voix sont encore très incertains : les électeurs de Hamon iront pour la plupart à Macron, c’est sûr. Ceux de Mélenchon n’iront pas à Le Pen mais quelle proportion s’abstiendra ? Les gens de l’extrême-gauche ne sont pas tous complètement idiots et ils voient bien, pour la plupart, que Macron, candidat de la haute finance, est aux antipodes ce qu’ils sont. Les Républicains sont coupés en deux mais pas au niveau des dirigeants qui, presque tous, ont déjà appelé à voter Macron, y compris Fillon. Leurs électeurs en revanche sont loin d’être sur la même ligne. Il n’est pas sûr que, surtout en province, ils suivent ces consignes. Déjà 40 % ont l’intention de voter pour Marine Le Pen. Que feront les autres ?  
 
Au total, les deux camps sont plus équilibrés qu’il ne parait.
D’autant que l’électorat de Marine Le Pen est stabilisé : ceux qui ont voté pour elle au premier tour, comme la grande majorité de Français, savent qui elle est. Très peu de Français, par contre, savent qui est vraiment Emmanuel Macron. Nous pensons bien sûr aux 2 millions d’euros gagnés chez Rothschild et qu’il aurait dépensés à raison d’1 smic par jour sans rien mettre de côté : étrange personnalité pour lui confier la France ! Certains de ceux qui ont assisté à ses réunions ont eu le même sentiment de quelqu’un de bizarre, voire malade. Les 58 % de Français propriétaires savent-ils qu’il se propose de doubler l’impôt foncier ? Qui sait que Macron est le principal auteur du plafonnement des allocations familiales de décembre 2014 et que la politique familiale ne figure même pas au programme de ce candidat notoirement "gay-friendly" ? Qu’il veut ouvrir encore plus grand les portes de l’immigration ? Qui sait qu’il envisage, libéralisme oblige, de généraliser le travail du dimanche ? C’est tout cela et bien d’autres choses que ne savent ni ses électeurs du 1er tour, ni ceux qui comptent se reporter sur lui au second tour. Or ils ont le droit de le savoir. On ne confie pas la maison France à n’importe qui. Sa rivale a deux semaines pour faire la lumière sur lui. Toute la lumière. Il faut espérer qu’elle le fera mieux que Fillon à qui cette tâche revenait au premier chef et qu’il a si mal faite.  
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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