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Du “dégagisme” dans l’Art dit contemporain
 
Cet automne contestataire ébranle même les gloires de l’AC.
Sa majesté Koons vient d’être détrôné : l’œuvre d’un artiste vivant la plus chère n’est plus son "Balloon Dog" vendu 58,4 millions de dollars en 2013, chez Christie’s à New York mais une toile du peintre britannique David Hockney, "Portrait of an Artist" plus connu comme "Piscine avec deux figures" : dire que les officiels français croient morte la peinture ! Or, si le chien de Jeff a coulé à pic dans cette piscine très pop à 90,3 millions de dollars, pas un sou n’ira au peintre qui n’avait retiré de ce tableau que 20.000 dollars en 1972 : le monde anglo-saxon ne connait guère le droit de suite…
Comme un malheur n’arrive jamais seul, Koons a été condamné le 8 novembre, pour la contrefaçon d’une publicité (pour voir les débuts de l’affaire
cliquez) : l’artiste, sa société, le Centre Pompidou exposant de l’œuvre en 2014, et l’éditeur Flammarion ont été condamnés à verser 148 000 euros au plaignant. Cependant, rien de catastrophique : la justice française n’ordonne pas la confiscation de l’œuvre et inflige une amende dérisoire relativement aux profits faramineux de l’Art financier. Jeff a reçu en outre le renfort du Monde et de Philippe Dagen critiquant cette décision de justice qui s’approcherait dangereusement de la censure et menacerait tous les artistes "appropriationnistes". Or l’appropriation est un des ressorts de la financiarisation du monde. Pour que les grandes multinationales puissent s’approprier les ressources ou le savoir-faire de populations démunies, il est important de légitimer ce "concept" en lui donnant un vernis culturel.
 
Autre grande pointure en difficulté, Jean de Loisy, un de ces hommes orchestres qui sont commissaires d’expo, critiques, directeurs de grandes institutions publiques ou privées, animateur radio etc. Depuis trente-cinq ans la vie culturelle française est dominée par ce carrousel qui prend les mêmes et recommence. Qu’on en juge : Loisy figura à 26 ans, en 1983, dans la promotion Lang, qui, en une journée, créa les responsables des Fracs. Il fut en poste au ministère de la Culture, chargé de la création contemporaine dans les monuments historiques. Puis responsable des expositions au Carré d’Art de Nîmes, conservateur à la fondation Cartier, puis au Centre Pompidou avant d’être président du Palais de Tokyo depuis 2011. Le commissariat de la prochaine Biennale de Lyon lui était promis en 2019 mais voilà qu’il briguerait aussi le poste de directeur de Beaux-arts, puisque Bustamante, empêtré dans des affaires de harcèlements, n’a pas été reconduit. A quand Jean de Loisy à l’Académie, où Othoniel vient d’être élu ?
Certes, il est de tradition qu’un fonctionnaire bouge, change de poste pour éviter la création de baronnies, de collusions qui sclérosent un milieu en vase clos. Hélas, ce principe est contreproductif dans le domaine de l’AC : bouger permet d’élargir son carnet d’adresse et de mailler son réseau plus serré. Mais les temps seraient-ils en train de changer ? Dans une
lettre ouverte
publiée le 8 novembre sur un blog lié à Mediapart, des artistes et personnalités du monde de l’art, parmi lesquels Dominique Gonzalez-Foerster, ou Bruno Serralongue ou encore Françoise Vergès ou Elisabeth Lebovici (longtemps critique d’art et journaliste à Libé) appellent Jean de Loisy à renoncer. Ils ne voient pas en lui "une personnalité représentative (…) de la diversité", porteuse d’un "projet émancipateur". Les signataires s’inquiètent de l’opacité des recrutements dans les institutions artistiques et culturelles publiques, ainsi que de la "concentration des pouvoirs dans les mains des mêmes"...
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 20 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Iran, les mollahs à l'heure des choix
 
CHRONIQUE - Il faut que le régime iranien s'adapte rapidement à ce que réclame sa société civile s'il ne veut pas bientôt connaître le sort de feu le communisme soviétique.
 
La population iranienne n'a pas de chance. Aux élections présidentielles de 2013, puis à celles de 2017, elle s'était prononcée pour l'ouverture du pays. Dans le maigre choix que lui offrait le système théocratique conservateur en place, elle avait choisi le candidat le plus décidé à réintégrer la Perse dans l'arène internationale. Dans son premier mandat, le président Hassan Rohani avait obtenu une levée des sanctions internationales, en échange d'un encadrement étroit de son programme nucléaire par l'AIEA (Agence international pour l'énergie atomique de Vienne) et d'une renonciation à la bombe atomique (que le régime islamique prétend n'avoir jamais voulue). Washington et Téhéran n'avaient pas repris leurs relations diplomatiques (rompues en 1980 pendant la Révolution islamique), mais le secrétaire d'État Kerry et le ministre des Affaires étrangères Zarif avaient établi des liens de grande confiance.
Rohani souhaitait consacrer son second mandat à la désétatisation de l'économie et à la lutte contre la corruption - qui ronge l'élite au pouvoir, à commencer par le corps des pasdarans (gardiens de la révolution), et certaines des grandes fondations religieuses chiites. Mais, patatras, tout ce beau programme s'est effondré après la décision de Trump de se retirer de l'accord nucléaire du 14 juillet 2015 (pourtant sanctuarisé par la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'ONU), de rétablir toutes les sanctions, de menacer de représailles toutes les entreprises qui continueraient à commercer avec l'Iran (hormis les secteurs agroalimentaire et pharmaceutique).
 
Depuis novembre 2018, la République islamique d'Iran vit à nouveau sous un régime de sanctions. Sa monnaie a perdu les deux tiers de sa valeur en un an. Ses exportations de pétrole sont déjà passées de 2,5 millions de barils/jour à moins d'un million et demi. Confrontées aux menaces américaines, les sociétés françaises Total, Peugeot et Renault se sont retirées d'Iran. Les perspectives ne sont pas gaies pour ce pays de 80 millions d'habitants, dont les deux tiers n'étaient pas nés lorsque le shah fut renversé en faveur de l'ayatollah Khomeyni.
Lors de la dernière Assemblée générale de l'ONU, Rohani s'est montré un ardent défenseur du multilatéralisme. Mais le soutien iranien à la légalité internationale arrive trop tard. Téhéran se retrouve face à une Amérique intraitable, inspirée autant par les Saoudiens que par les Israéliens. Pour les Iraniens, il a déjà été très douloureux de renoncer à l'arme nucléaire, que détiennent quatre puissances dans leur voisinage immédiat : Russie, Israël, Pakistan et États-Unis (la Cinquième Flotte est basée à Bahreïn). Mais Trump réclame davantage : il veut que Téhéran renonce à perfectionner ses armes balistiques et à exercer une influence militaire régionale (présence armée en Syrie, fournitures d'armements au Hamas, au Hezbollah libanais et aux houthistes yéménites). L'Amérique se plaint plus discrètement de la présence militaire iranienne en Irak, car Washington et Téhéran y poursuivent un objectif commun : l'élimination de l'État islamique.
 
Le problème des mollahs est qu'ils ne parviennent pas à choisir entre deux stratégies très différentes : retrouver une position commerciale prééminente au Moyen-Orient et en Asie centrale ou conserver, par la force des armes et des milices, une politique hégémonique sur les territoires qui les séparent de la Méditerranée.
Lassée de l'anémie économique, la jeunesse iranienne a déjà fait son choix. Au début de janvier 2018, dans des manifestations anti-régime qui se sont propagées dans la plupart des villes du pays, elle défilait en hurlant : "Pas Gaza ! Pas la Syrie ! Occupez-vous de l'Iran !" Les étudiants que vous rencontrez dans la rue à Téhéran vous confient tous qu'ils n'ont rien contre Israël et qu'ils ne partagent pas l'obsession antisioniste du régime. Connectés au monde extérieur grâce à Internet, ils adorent la culture occidentale.
Lorsque les manifestants de l'hiver dernier ont commencé à crier dans la rue "Mort au dictateur !", visant l'ayatollah Khamenei, le guide suprême de la révolution (dont le pouvoir est bien supérieur à celui du président), le régime a vraiment pris peur. La répression fut sévère (25 morts), et on ferma le réseau Telegram, utilisé par les manifestants. Depuis, Rohani l'a rouvert, passant outre l'autorité judiciaire, plus conservatrice que lui.
 
Il y a une schizophrénie iranienne : le régime est islamique, sa jeunesse ne l'est plus. Les mosquées sont quasi vides à la grande prière du vendredi. L'Iran est devenu le moins pratiquant des pays musulmans. Plus personne ne croit à la pertinence du principe khomeyniste du Velayat-e faqih (le gouvernement du savant en religion). S'il ne s'adapte pas rapidement à ce que réclame sa société civile, le régime des mollahs risque de connaître bientôt le sort de feu le communisme soviétique.

Paru dans Le Figaro, 20 novembre 2018
Publié dans De par le monde
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Le politiquement correct frappe l’armée : une promotion de Saint-Cyr "débaptisée"
 
La promotion de Saint-Cyr qui quittera la lande bretonne en juillet 2019 va être débaptisée. L’état-major précise "qu’il sera engagé avec les élèves de la promotion concernée “un parcours de mémoire” au terme duquel un nouveau nom de parrain sera choisi". Cette promotion porte le nom du général Loustaunau-Lacau (1894-1955).
C’est une première qu’une promotion de Saint-Cyr soit ainsi "débaptisée" !
Le nom de promotion n’est pas choisi par hasard dans nos écoles d’officiers. Il est le fruit d’un processus long et complexe initié par le choix des élèves-officiers eux-mêmes, validé par les autorités militaires et politiques.
Voir sa promotion "débaptisée", c’est un traumatisme pour les cyrards qui ont choisi leur parrain.
Quant à ce fameux "parcours de mémoire", cela évoque la "rééducation des camps vietminhs", ainsi que me l’écrit un amiral (2S) de mes amis. Il y a donc de quoi être inquiet.
 
Mais qui est Loustaunau-Lacau ?
Saint-cyrien de la promotion de Montmirail (1912 -1914), Georges Loustaunau-Lacau fait la Grande Guerre dans l’infanterie, qu’il terminera comme capitaine, Légion d’honneur et croix de guerre avec trois palmes et une étoile. Entre les deux guerres, campagne du Maroc après l’École de guerre en 1924, dont il sort major. Puis il est chef de corps du 24ème bataillon de chasseurs alpins. Il succède ensuite à Charles de Gaulle comme "plume" du maréchal Pétain. Dès 1936, il fonde les réseaux Corvignolles, qui ont pour objet de démasquer les cellules communistes dans l’armée.
À nouveau la guerre : dans la Résistance dès 1941, il fonde le réseau Alliance. Son activisme anti-allemand le fait emprisonner par Vichy, puis il est livré aux Allemands et déporté à Mauthausen en 1943. Après la guerre, il a néanmoins affaire à la Justice pour ses activités d’avant-guerre, suspecté d’avoir appartenu à la Cagoule.
Blanchi par ses juges, il a été effacé de la mémoire collective des Français par les historiens officiels" selon l’expression du résistant Alain Griotteray.
Nommé général par Vincent Auriol en 1954, il décède alors qu’il est député des Basses-Pyrénées.
 
Que reproche-t-on donc tardivement à Loustaunau-Lacau ?
D’avoir été "antisémite", paraît-il ! Certes, il a pu, comme beaucoup avant-guerre, être critique à l’égard des différents lobbys qu’il considérait avoir joué un rôle néfaste dans le désarmement de la France. Mais en faire un "antisémite", sous-entendu un "nazi" ou un "fasciste", est tout à fait faux et injuste. En réalité, ce qu’on lui reproche aujourd’hui, c’est d’avoir été "un Français rebelle", mais surtout "un supposé cagoulard et un résistant d’extrême droite".
C’est évidemment pour ce motif que, cédant au politiquement correct, les autorités ont aujourd’hui décidé de débaptiser cette promotion !
 
Ces gens-là devraient relire ces mots de Simon Epstein :
"Nombre d’antifascistes de 1936, basculés dans la collaboration dès 1940 mais experts à se faire pardonner en 1944, auront connu une Libération plus paisible que celle qui s’acharnera sur ce résistant de la première heure, rescapé de Mauthausen et des marches de la mort."
Comme l’écrit le colonel Groussard, autre grand résistant, "toute sa vie, Georges Loustaunau-Lacau s’est lancé dans la bataille sans jamais tenir compte des conséquences dramatiques que cela pouvait avoir pour lui". Et pour Alain Griotteray, "Georges Loustaunau-Lacau a sacrifié à ses convictions, au service de la patrie, sa carrière, sa liberté, son honneur et sa réputation".
 
On ne débaptise pas une promotion de Saint-Cyr, une promotion d’officiers, quelle qu’elle soit et quel qu’en soit le motif. Aucun prétexte tardif ne saurait le justifier alors même que l’officier ayant donné son nom à cette promotion a prouvé par ses actes à tout moment la haute conception qu’il se faisait du métier des armes et du patriotisme.
Vive la promotion Général Georges Loustaunau-Lacau !

Envoyé par l'auteur, paru sur Boulevard Voltaire, 19 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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De la chine (2)                                                              
[suite de l'article "De la Chine" (1) publié le 14 août 2018]

Le constant sourire de l'aimable président Xi JinPing pâlit un peu – très peu - en dépit de l'ouverture en grande pompe et trompettes de la gigantesque Foire Internationale de Shanghaï, qui réunit plus de 2 700 entreprises étrangères. La conjoncture planétaire n'est pas très engageante, et les beaux Plans à 50 années, assortis des pharaoniques projets de l'OBOR marquent le pas. Le jeu dévastateur du "je te taxe- tu me taxes- taxons nous tous ensemble" enclenché par la stratégie nord-américaine déstabilise les marchés, exclue nombre de partenaires d'un marché libéralisé, et condamne intervenants directs ou institutionnels à la prudence, cela sans perspective de long terme. Or une économie planétaire globalisée ne peut être solide si elle ne sait pas où elle va et n'a pas de réelle ambition de moyen ou long terme : "L'usine du monde" a donc quelques soucis, même si elle reste largement bénéficiaire.
Par ailleurs, les rouages internes de la République Chinoise, sont en difficulté en raison d'une société laborieuse mieux informée, malgré les censures médiatiques, du décalage croissant entre la nouvelle classe moyenne des grandes villes et la persistante pauvreté des régions agricoles traditionnelles ; enfin, le fossé entre le discours officiel et la réalité vécue reste prégnant : "les beaux discours ne consolent pas le peuple, ils l'abrutissent et le fâchent" (Proud'hon).
 
Dans ce contexte un peu gris – mais sans doute passager – il est possible de revoir quelques aspects de la stratégie Xi JinPing à la lueur de la tradition et du nouveau monde en train de s'ouvrir, en dépit de l'apparent chaos :
 
* La politique dispense un bon éclairage : les Chinois ont toujours souri des obsessions démocratiques des Occidentaux, de leurs manies électoralistes et de la constante remise en cause de leurs résultats. La disjonction expliquée dans les Livres Blancs entre un pouvoir fort et continu, lequel se conduit en "père de famille" et l'indispensable ouverture libérale de l'économie est confirmée : l'annonce, le 4 novembre, d'une ouverture plus large de la Chine aux importations de tous pays (hors les USA), et la perspective d'un ré-équilibrage, notamment avec les partenaires européens, serait pour ces derniers un véritable ballon d'oxygène, et pourrait commander un regard plus attentif vers le Grand Est.
Mais ce qui agace les Chinois, et leur souriant président, est la discontinuité des responsables occidentaux, l'obligation de s'adapter en permanence aux nouvelles têtes, à des politiques errantes et parfois contradictoires. Le désordre européen est un obstacle où les répétitifs scrutins envahissent le paysage. Xi JinPing et son puissant Parti aussi monolithique qu'unique, ont résolu, comme leurs prédécesseurs, impériaux ou communistes, la question de la continuité du pouvoir politique, en choisissant pratiquement le contrat à vie : Monsieur Xi durera aussi longtemps que Mao, que la Reine d'Angleterre ou l'Empereur du Japon (encore que ?) puisqu'il est bienfaisant, assurant ainsi la stabilité de la nation, indispensable à tout épanouissement économique.
 
A cet égard, le message des Livres Blancs de 2017-18 est clair, d'une grande lucidité sur la nécessité d'écarter les erreurs de l'instabilité et des "jeux de Cour". Seul un pouvoir central, non oppressif mais constant et ferme dans sa continuité, pourra développer l'économie, assurer à l'immense Chine la certitude du progrès. C'est (comme il a été déjà écrit) la version chinoise du système "control and confort " pratiqué avec succès à Singapour ou en Corée du Sud, dans lequel en exigeant de la population dans son ensemble un comportement raisonnable et "conforme", l'Etat bienveillant et paternel assure le bien-être social et un "vivre ensemble" à peu près satisfaisant. Le côté "Chine éternelle" ressurgit aussi, appuyé sur quelques principes confucéens des plus rassurants. Encore faut-il que le contrat soit rempli par le pouvoir ; or dans un contexte international aussi remuant et incertain, ce n'est pas chose facile.
 
Au surplus, on ne saurait négliger deux écueils incontournables :
D'une part, le plus grand ennemi de l'avenir de la Chine, est sa corruption endémique. Et à tous les niveaux, des plus hautes sphères au village le plus pouilleux du système. Que penser des nombreux potentats régionaux, vivant et prospérant à des milliers de li de Beijing dans la parfaite impunité que confèrent la distance de l'autorité centrale et la "camaraderie" au sein de la cellule locale du Parti ? Certes, il y a bien quelques limogeages emblématiques au plus haut niveau, comme celui de Wu Xiaohui (patron du tentaculaire groupe d'assurances Anbang) ou bien les doutes sur la fortune de Guo Guangchang (patron du groupe Fosun, racheteur en France du Club Med), mais cela reste parcellaire et sans réel effet tant l'argent est dilué dans toutes sortes de combinaisons nationales et internationales. D'ailleurs ces interventions gouvernementales dévoilent le second écueil du système : la manie "d'effacer" brutalement les gêneurs, ou ceux considérés comme "déviants" ; les prétextes sont multiples : dérives financières, mauvaises fréquentations, propos imprudents, risques d'ambitions inacceptables, la liste est longue… C'est ce qui est arrivé à Meng Hongwei, le directeur de l'Interpol (basé à Lyon) carrément "kidnappé" et disparu, au grand étonnement des Occidentaux. Ce n'est pas nouveau : tous les empereurs de toutes les dynasties ont toujours fait disparaître derrière un mur de silence ceux dont ils ne voulaient plus voir la face, et qu'ils considéraient comme dangereux ; les différents chefs révolutionnaires puis communistes ont fait de même. Ce qui conduit au plus grand danger pour un gouvernant : l'isolement, la surdité et le repli du pouvoir dans une spirale soit d'inertie soit de violence... laquelle finit toujours par générer une opposition. Cette violence soudain dévoilée à l'international laisse perplexe sur bien d'inavouables aspects du paradis asiatique.
 
* Le second risque du Contrat à 50 années est la difficulté à créer une cohésion sociale dynamique et durable : l'opposition entre villes et campagnes reste vive, même si d'appréciables progrès ont été accomplis pour certaines régions. Parfois le décalage s'amplifie au gré de grands chantiers innovants dont l'apport aux plus déshérités est fort douteux, détruisant de manière autoritaire l'environnement rural, les habitats, les emplois anciens. La condition des femmes en milieu rural reste très difficile, de même qu'en ville "le peuple des rats", ces ouvriers (et surtout ouvrières) sous-payés, logés en dortoirs ou entassés dans des sous-sols, reste une réalité. (1)
Autre souci, lequel a la particularité de juxtaposer une erreur tenace et une incontournable vérité : le mélange de la stratégie de l'enfant unique, qui fut en son temps une idée (et une contrainte) raisonnable afin de contourner une démographie galopante et le retour des famines, est assortie du vieillissement de la population dû, comme partout, aux progrès des soins médicaux et de l'alimentation ; sous peu, la République Populaire de Chine va se retrouver avec un déficit aggravé d'adultes – notamment de femmes capables à la fois de travailler et de procréer – et un poids considérable de personnes âgées.  Dans les villes, notamment, les jeunes femmes désormais "instruites", veulent "une carrière" et pas d'enfants. Par ailleurs, la stratégie de l'enfant unique est tellement ancrée dans les mœurs que la famille "élargie" tend à disparaître. L'abandon de la vie rurale par les jeunes générations produit également les effets pervers de la dislocation socio-familiale.
 
On ne réforme pas une société en quelques lustres...Surtout dans l 'espace chinois où territoires immenses et populations sont tellement divers. La mosaïque des groupes sociaux est infinie, tant par leurs mœurs que leurs croyances. Ne jamais oublier que certains groupes se détestent les uns les autres, et seraient facilement prêts à en découdre. Les Empires du Nord n'ont jamais oublié leur puissance perdue. L'évolution ne peut être que lente... même si Monsieur Xi aimerait plus de rapidité, mais on ne peut rien contre la mémoire et le temps. D'autant que la Chine est "lente" : son temps de réactivité est long, dû justement à la diversité et à l'immensité ; ce peut être aussi un atout. En Chinela vie est une longue patience. Monsieur Xi en est conscient, obtenant de ses pairs le plus long contrat possible, sa propre vie... afin de contrecarrer l'inexorable succession des Lunes.
Depuis le 11 mars 2018, celui que l'on surnomme désormais l'Empereur rouge a obtenu – à 65 ans et à la quasi-unanimité -  des représentants du peuple (2 contre, 3 abstentions sur 2 960 votes ) de conserver le pouvoir aussi longtemps qu'il lui plaira ; il est aussi Secrétaire général du Parti et chef des armées. Nous sommes donc dans un schéma connu, lequel mène parfois à la paranoïa et au rejet de toute dissidence si ténue soit-elle. Il apparaît en outre vis à vis de l'opinion comme un chevalier blanc exempt de tout soupçon, ne voulant que "le bien du peuple et d'une Chine qui a enfin sa place dans le contexte international". Pour l'instant, tout en inspirant une certaine crainte, le président Xi est fort populaire.
 
* Le grand absent du paysage idyllique proposé par le président Xi est l'environnement. Que la planète soit en train de mourir sous le poids d'une modernité saccageuse n'est pas son problème. Mais vu la place de la Chine dans le concert des nations polluantes, une réflexion honnête sur le côté dangereux de cette croissance à n'importe quel prix rendrait le message plus pertinent.
Le monde entier connaît la pollution aérienne des mégapoles chinoise, les ravages de l'énergie produite avec le charbon, le détournement des cours d'eau, la construction de barrages géants au détriment des habitants des vallées, des cultures et des forêts…
La liste est longue et s'allonge : on ne peut qu'adhérer au superbe programme OBOR "One Belt One Road " qui va désenclaver l'Asie centrale et contribuer au développement de la Chine et de la Russie intérieures. Mais à quel prix ?... Le premier axe (du nord de Beijing à Duisbourg en RFA) sera opérationnel dans sa totalité en 2023. Il l'est déjà partiellement. L'autoroute deux fois deux voies est accompagnée d'installations photovoltaïques gigantesques, de villes nouvelles préfabriquées, de dépôts de carburants et d'entrepôts de transit. Une voie de chemin de fer parallèle à la route est prévue, ainsi que des terminaux d'aéroports nouveaux. Les bretelles additionnelles vers le Pakistan, l'Inde, l'Iran, Moscou et la Baltique, sont programmées, voire commencées. La nouvelle route de la soie intrigue, inquiète ou enchante, on ne sait… Mais, sur place, ce ruban de béton à travers les vastes plaines centrales, apporte avec ses chantiers destructeurs, son matériel envahissant, sa pollution, bien des craintes. Les habitants locaux n'en profitent pas, au contraire, et sont peu associés. Là aussi la corruption bat son plein. La quasi-totalité de la main d'oeuvre est "importée" et chinoise. Que vont devenir la légendaire steppe de Dersou Ouzala (2) et le mystère du lac Baïkal, si cher à Sylvain Tesson, dont l'eau est encore la plus pure du monde ? Deviendront-ils des lieux de déchèteries industrielles, ravagés de résidus bitumineux ?
 
Que dire aussi, des "villes nouvelles" destinées à enrayer la croissance désordonnée des mégapoles, telle Xiong'an (dite "ville intelligente") au sud de Beijing, ou des zones économiques spéciales des districts de Rongcheng ou de Tianjin ? Cette démarche n'est pas nouvelle : déjà en 1980 Deng Xiaoping a créé la zone spéciale de Shenzhen près de Hong Kong, et en 1992 Jiang Zemin lança la zone nouvelle de Pudong à Shanghaï sur l'autre rive du fleuve, afin de désenclaver la ville asphyxiée. Mais le gigantisme des nouveaux projets effare, d'autant que leur mise en œuvre se fait de manière très autoritaire, avec l'objectif annoncé de "remodeler la vie des gens", et profite surtout aux géants des hautes technologies chinoises tels Alibaba ouTencent et Baidu, en y déployant l'intelligence du futur sensée transformer radicalement le tissu social et la vie urbaine.. Les requins de l'immobilier ne sont pas en reste, qu'il s'agisse du taux des loyers ou des possibilités d'acquisition d'un logement. Toutefois... certains chantiers sont en panne, et certains projets retardés ou simplement abandonnés. Le "peuple" est peut-être moins malléable qu'espéré, d'autant que la perspective de l'arrivée massive de grandes entreprises a fait flamber les prix. Des millions de gens ont été ainsi délocalisés et contraints, faute de moyens, de partir dans des districts voisins.
 
Heureusement, les Chinois ont la bonne habitude de ne vivre que dans le présent. Leur histoire lointaine ou contemporaine le leur a appris. Il y a aussi des bienfaits (peut-être n'en parle-t-on pas assez). La République vient tardivement à la protection de la nature : si le Parc National a été inventé aux Etats Unis en 1872 pour freiner les désastres des déboisements sauvages, les Chinois découvrent leurs propres richesses naturelles et tentent désormais de les protéger des exploitations abusives ou du béton. Ainsi, le premier Parc national de Chine a été ouvert dans la Province nord-ouest du Yunnan en 2006, à l'initiative d'une organisation non gouvernementale et des autorités locales. Mais sa portée est également politique puisque cette belle zone agricole traditionnelle est peuplée en fait d'agriculteurs et d'éleveurs tibétains.
 
L'angoisse alimentaire est omni présente dans la mentalité et le pouvoir de la Chine. Ses peuples ont eu tellement faim... toujours... La perspective de nourrir deux milliards d'individus reste la préoccupation majeure, souvent non exprimée. Elle peut expliquer en partie la main mise sur l'immensité d'Asie centrale dont les possibilités de développement ne sont pas exclusivement industrielles et commerciales, ainsi que l'achat de terres agricoles dans le monde entier, qu'il s'agisse de l'Europe, de l'Amérique latine et surtout de l'Afrique.
Les aventures environnementales de la République chinoise se prolongent en mer, avec ses ambitions de conquêtes des espaces côtiers, ce qui génère de constants conflits avec ses voisins les plus proches (surtout le Japon). L'édification de plateformes et d'iles artificielles le long de ses côtes inquiète, à la fois sur un plan écologique et politique. Son ambitieuse stratégie portuaire essaime tout au long de ses rivages, crée d'implacables zones destructrices des espaces naturels pour laisser place aux silos de carburant et au béton. Attendons la suite….
 
Sur le plan international, par l'ambition de ses projets, l'adoucissement de ses attitudes, l'apparente occidentalisation de ses stratégies et de ses manières diplomatiques, la République Populaire de Chine s'est hissée au tout premier rang des "puissances" de manière visible sous deux angles : d'une part dans le cercle de l'ONU et de la diplomatie multilatérale, elle tend à occuper les terrains récemment abandonnés par les Etats Unis, et se pose - elle aussi – en "arbitre du monde". Son rôle dans l'épineux problème nord-coréen est évident. Au Conseil de sécurité, elle ne pratique plus le veto systématique dans la foulée de la Russie, mais exprime souvent des choix modérés, conciliant ses propres intérêts et ceux de la communauté occidentale. En second lieu, la Chine se dégage progressivement de son étiquette "d'atelier du monde", uniquement manufacturier et marchand, pour accéder à une considération financière et diplomatique généralisée. Désormais au cœur des stratégies financières de rachats de dettes, d'avoirs bancaires et d'orientations de long terme dans les pays dits "émergents", son arbitrage est écouté. Ses alliances avec l'Inde ou le Pakistan étaient inimaginables il y a quelques années, de même que l'extension de ses influences en Afrique ou dans le pourtour de la zone Pacifique.
Aucune idéologie précise n'est imposée, le souci étant l'expression de perspectives d'avenir commun sous son impulsion. Par contre, le désir d'intégrer peu à peu Hong Kong dans le système de Chine continentale, de récupérer Taïwan et - pourquoi pas ? - d'ajouter Singapour à sa panoplie, est clairement exprimé. Si l'expérience réussit, les tentacules de l'OBOR se déploieront dans toutes les directions, aboutissant à tous les rivages océaniques, modifiant considérablement la géographie du commerce international et ses flux financiers. Cela peut se prolonger jusqu'en Méditerranée où la Chine est déjà partenaire du Pirée, de Gênes, de Valence. L'OBOR est prévu jusqu'à Brest et Santander vers 2030/35.
 
Qu'il s'agisse de l’État ou d'initiatives privées, la Chine est désormais sur tous les fronts de la finance, de la culture, du commerce et de l'innovation ; en témoigne la 5ème édition, en Juin 2018, du World Cities Culture Symposium à Chengdu, capitale provinciale du Sechuan, attirant pour la première fois en Chine, les représentants des 38 Cités membres de cette organisation créée en 2012, afin d'élaborer et de promouvoir des politiques culturelles communes dans le monde entier. Ou bien la 4ème Foire Internationale du Tourisme à Lhassa au Tibet qui met somptueusement en scène les atouts de la Région Autonome ; une façon de démontrer aussi que 50 ans de "colonisation" forcée n'ont, au bout du compte, apporté que des bienfaits. Le domaine de la science et de la recherche n'est pas oublié, puisque plus de 800 conventions de tous ordres sont conclues avec les Centres de recherche les plus innovants de la planète. (3) Le TOP 20 des meilleurs Universités mondiales comprend désormais pas moins de cinq Centres chinois, etc...
Le président Xi et ses proches font le pari du temps long, tout en exigeant un rythme accéléré de réformes et d'innovations. Même s'ils savent que les USA "tiennent" le monde par le billet vert et leurs réseaux d'information et de renseignements, ils misent sur l'affaiblissement du règne américain. Pour leur plus grand profit : puisque la stratégie yankee est "un repli sur soi et la haine de l'autre, laissons l'Amérique aux Américains, elle est bien assez vaste (…) la Chine offre l'ouverture au monde, sans imposer sa loi, ni mélanger cette démarche avec sa politique intérieure" (4) ... Sans commentaire.
 
Pour les Européens "l'éveil" chinois est une opportunité sans doute exceptionnelle, qui consistera à ne pas se laisser dévorer, mais à nouer des liens eurasiens de Brest à Shanghaï et du Cercle Polaire au Sechuan. Les relations sont déjà très avancées, mais se font davantage pays par pays, plutôt qu'avec l'entité Europe. A force de s'enliser dans leurs stériles chamailleries, les Européens - quels qu'ils soient – n'ont toujours pas intégré la formule de Paul Valéry : "l'Europe n'est qu'une péninsule avancée de l'Asie". Le regard rivé sur le turbulent "Ami" atlantique – qui sauve et lamine tout à la fois – ne suffit plus. L'Eurasie est une réalité qui couvre 12 fuseaux horaires et va de l'Arctique au Tropique du Cancer. Le président Xi en a, lui, parfaitement conscience et se donne les cartes pour s'approprier indirectement le plus gros marché économique du monde. Lors de la Réunion Asie-Pacific, de ce Novembre, il ne manque pas de fustiger amplement la politique "de très court terme" de la Maison Blanche et de présenter OBOR et les autres projets "comme une main tendue et non une menace". De ce point de vue l'alliance faite avec la Russie de Vladimir Poutine pour l'OBOR, renverse les perspectives. L'Europe occidentale a toujours considéré la Russie comme "un parent pauvre" : elle risque de se tromper maintenant. Alors qu'elle est alourdie de souvenirs affreux, bloquée dans ses contradictions, empêtrée dans la discorde, elle ferait bien de regarder vers l'Est nouveau qui se profile. Même si tout est loin d'être parfait, cela donnerait quelque espoir à sa jeunesse, comme le proposent les slogans affichés à l'entrée des villes et villages des provinces chinoises : "Notre jeunesse est notre richesse".

(1) Voir "le peuple des rats", Patrick Saint-Paul, Grasset, 2016
(2) Dersou Ouzala, légendaire chasseur de la taïga, aida en 1902 le capitaine Arseniev dans sa découverte de l'Asie centrale. Akira Kurosawa réalisa un film magnifique sur cet épisode, en 1974. 
(3) Soit dit en passant, une plateforme formidable pour les copies, les contrefaçons, etc...
(4) Transcription d'une chronique hong kongaise dans  Courrier International N°1445 juillet 2018

Envoyé par l'auteur, 17 novembre 2018
Publié dans De par le monde
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Pourquoi Macron n’est pas un homme de paix
 
Une mascarade de plus : Emmanuel Macron, grimé en promoteur du camp de la paix. C’est cette image avantageuse que le chef de l’Etat a voulu se donner dimanche, en détournant à son profit les commémorations du centième anniversaire de l’armistice du 11 novembre.
Cependant, le général d’armée Pierre de Villiers relève la contradiction, tout en se gardant de désigner Macron. Dans son livre (1), le militaire, rendu célèbre par sa démission de chef d’état-major des armées en juillet 2017, écrit : "La paix commence par soi-même. Si vous êtes agressif, polémique, si vous confondez le volontarisme du chef avec l’agressivité et la pression, vous n’êtes pas un homme de paix".
Macron, au contraire de ce qu’il veut faire croire, n’est pas un homme de paix. Au contraire. Et la raison en est simple : il ne cesse de désigner des ennemis chez ses propres compatriotes, tout en ménageant la menace islamiste qu’il n’ose nommer. Certes, il a évoqué, hier, "des idéologies nouvelles (qui) manipulent des religions, prônent un obscurantisme contagieux". Mais il aurait été plus clair de parler de l’islam politique et totalitaire. En revanche, le chef de l’Etat n’a eu de cesse de fustiger le "nationalisme", qui serait coupable de "trahison" face au patriotisme. Alors que partout, y compris en France, les peuples se réveillent et se retrouvent dans leur volonté de préserver les nations de la mondialisation, Macron se comporte comme un incendiaire. "En disant : "nos intérêts d’abord et qu’importent les autres !", on gomme ce qu’une nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre : ses valeurs morales", a-t-il déclaré dimanche. Mais ce moralisme culpabilisant, qui rend suspect le désir élémentaire de s’attacher à une nation protectrice, ne peut être compris que comme une agression par ceux qui ne font pas de distinguo entre patriotisme et nationalisme.
Ce que Macron ne comprend pas, c’est que sa haine du nationalisme aboutit à la détestation de la nation. C’est d’ailleurs ce qu’il confirme lorsqu’il défend une "souveraineté européenne" plutôt qu’une souveraineté nationale. Comment prétendre être patriote quand, dans le même temps, la nation est remisée au nom de la lutte contre le "populisme" ? Faudrait-il craindre une Assemblée "nationale" ? Une Education "nationale" ? Ce ne sont pas les nations démocratiques qui sont porteuses de guerre, comme le radotent les perroquets de la Macronie et ses idées toutes faites. Ceux qui dénoncent le retour aux années 30 sont eux-mêmes de possibles dangers, à cause de leur pacifisme qui conduisit à l’époque une partie de la gauche à la Collaboration avec l’Allemagne nazie. Aujourd’hui, les conflits sont dans les plis des sociétés multiculturelles, ouvertes à la mondialisation et à la conquête islamique. Le parti des médias, toujours lourdingue, a désigné Donald Trump comme étant l’intrus des cérémonies d’hier. En réalité, le président américain a raison de vouloir donner la préférence à son pays : c’est ce que demande son peuple. Personne en revanche ne s’est ému de la présence de Recep Erdogan et de son épouse voilée. Or voici un responsable islamiste dont le pays, la Turquie, menace la Grèce, occupe une partie de Chypre, massacre les Kurdes, ne reconnait pas le génocide arménien, soutient la conquête coranique en Europe. Mais pour Macron, rien n’est plus urgent que de chercher noise à ses compatriotes attachés à leur nation. Cette trahison le condamne.
(1) Qu’est-ce qu’un chef ? Fayard

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 12 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Ho Chi Minh
 
Je pense que nous sommes nombreux, anciens combattants d’Indochine, à avoir considéré l’hommage rendu à Ho Chi Minh à Hanoï par le Premier Ministre comme une trahison ou une totale méconnaissance de l’histoire.
Que Edouard Philippe se soit rendu au Viet Nam, très bien, nous avons avec ce pays une histoire commune, nous l’avons développé économiquement, culturellement, nous avons construit des villes superbes que l’on peut encore y admirer.
Qu’il se soit rendu à Dien Bien Phu pour rappeler le sacrifice des milliers de combattants du corps expéditionnaire français et même qu’il se soit incliné devant les morts du Viet Minh, pourquoi pas ?
Qualifier Ho Chi Minh d’"artisan de l’indépendance d’une grande et belle Nation" relève de la désinformation pure et simple, Ho Chi Minh voulait peut être l’indépendance du Viet Nam mais avant tout l’établissement d’un régime communiste pur et dur.
La France était prête dès le début à donner l’indépendance au Viet Nam d’abord dans le cadre de l’Union Française puis totale, le général de Lattre avait créé une armée vietnamienne à laquelle on passait la suite et qui s’est courageusement battue à nos côtés : quand le sort de Dien Bien Phu était désespéré, on a trouvé des unités vietnamiennes pour y être parachutées. Personnellement dans le delta du Mékong j’ai combattu à côté d’unités vietnamiennes qui se battaient sous leurs propres couleurs.
 
Présenter la guerre d’Indochine comme une guerre coloniale est un non-sens, il s’agissait d’arrêter l’expansion du communisme comme ce fut le cas, en même temps en Corée, et c’est la raison pour laquelle les Etats Unis nous ont aidé matériellement et financièrement.
Ho Chi Minh devrait être jugé de nos jours comme criminel de guerre, il n’a obtenu la victoire qu’au mépris de la vie de ses compatriotes, combattants et coolies qu’il considérait comme consommables. Les prisonniers qu’il fit au cours de la guerre et en particulier à Dien Bien Phu furent enfermés dans des camps où leur sort ne cédait en rien à celui des déportés de Hitler, détresse alimentaire et sanitaire, rééducation politique. La mortalité y fut de l’ordre de soixante-dix pour cent et les survivants, à leur libération étaient semblables à ceux d’Auschwitz.
 
Après le partage du Viet Nam, un million de Tonkinois, surtout des catholiques, fuirent le communisme et se réfugièrent au sud, beaucoup devinrent des boat peoples à la fin de la guerre du Viet Nam.
Quand le Viet Minh chassa les Américains du Sud-Viet Nam ce n’était pas une guerre de libération mais une conquête par le Tonkin communiste, encore actuellement  le Viet Nam vit sous un régime communiste.
Rendre hommage à Ho Chi Minh c’est rendre hommage à Mao voire à Pol Pot, Je ne sais pas comment les nombreux Vietnamiens qui se sont installés en France et se sont généralement remarquablement assimilés, auront apprécié cet hommage à Ho Chi Minh que personne ne demandait.
N’oublions pas que le corps expéditionnaire eut au cours de huit ans de guerre, 40 000 morts.

Envoyé par l'auteur, 14 novembre 2018
Publié dans Devant l'histoire
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Le militaire. Héros, puis victime, puis judiciarisé
 
Plus de recul : 
voilà ce dont notre démocratie a besoin. Ce texte sur le soldat dans notre société veut aider à prendre un tel recul. 
Il actualise un article publié dans le numéro 15 de la revue Inflexions, sur la judiciarisation de l'action des forces armées.
 
Après 1918
En France, un nombre considérable de monuments aux Morts de la Guerre de 14 portent l’inscription : "A nos Héros morts pour la France". Elle exprimait le sentiment commun d’alors : patriotisme ardent, sens du devoir et sacrifice. Mais la saignée fut si cruelle que ce fut comme si "le patriotisme avait tué la patrie". Le choc de la Grande Guerre libéra ainsi un mouvement profond vers l’individualisme radical, en partie bloqué jusqu’alors par la solide structure d’un enseignement républicain à base de morale kantienne du devoir.
 
En 1940-1945
Il y eut beaucoup de héros, mais l’ambiance était différente. La guerre était juste, mais le cœur n’y était plus. Toujours exaltés comme des héros dans le discours public, les morts paraissaient plutôt les victimes d’un sort cruel. Ils étaient nés pour le bonheur, ils en avaient été privés. 
 
Lors des guerres de la décolonisation
Les militaires furent souvent dénoncés comme les agents d’une politique coupable, et les soldats (professionnels plus que conscrits) tombaient dans l’indifférence, au loin en Indochine ; quand ils mouraient plus près de nous, en Algérie, ce n’était pas sans indignation dans la métropole. Bien sûr, la bipolarisation idéologique du monde en était en partie la cause, ainsi que la cruauté des moyens employés parfois pour vaincre une guérilla cruelle. Mais pour un regard philosophe, cette troisième situation fait partie d’une troisième étape, assez logique, du même mouvement des esprits. 
 
Sous le quinquennat Hollande, nous étions parvenus, semble-t-il, à peu près au terme du processus. A en croire les médias, le militaire mort au combat était un accidenté du travail. L’État qui met en œuvre la Force armée était un patron négligent traîné pour ce motif devant les tribunaux par les parents de la victime. La Cour de Cassation a ainsi déclaré recevable la plainte de familles des soldats français tués en Afghanistan dans la vallée d'Uzbin en 2008.  
Ceci faisait partie d’une logique non seulement française, mais mondiale, bien qu’une réaction militariste très forte ait eu lieu depuis plusieurs décennies aux États-Unis. Les Forces armées (en Occident, mais surtout en Europe) étaient considérées comme la gendarmerie mobile de la Communauté mondiale. Le grand souci public était de prévenir les abus dans l’emploi de cette force publique, et d’en punir les auteurs, s’il s’en produisait. 
 
Et aux États-Unis ?
Le même processus, avec un décalage de plus d’une génération, est-il en marche aux États-Unis ? Ils n’en sont plus au stade héroïque, bien que soit encore très vif dans 
« l’Amérique en armes », comme la nomme Vincent Desportes, le sentiment "support our troups". Et ils n’ont guère d’états d’âme quand il s’agit de prendre les moyens d’extraire du renseignement. Ceux qui dénoncent l’emploi de la torture sont poursuivis pour espionnage et emprisonnés. Néanmoins, même chez eux, la déploration des deuils et des souffrances paraît l’emporter sur la célébration de l’héroïsme. Peut-être que seul le niveau modéré des pertes en hommes empêche un basculement des esprits, comparable à celui qui s’est produit chez nous. Déjà, pendant la guerre du Vietnam, les figures montrées en exemple furent surtout des prisonniers de guerre, détenus dans des conditions que les Français ont souffertes. Parce qu’il y fit face admirablement, le Vice-amiral James Bond Stockdale (sic) a donné son nom au centre d’éthique de l’US Navy, à Annapolis.  
 
Serions-nous sortis de cette logique ?
Tenons donc pour un fait que le militaire soit passé en Occident de l'état de héros à celui de victime puis à celui de judiciarisé. A l’historien et au sociologue de nuancer la pertinence de ce schéma selon les pays occidentaux. Ce fait est très préoccupant. Car si la célébration du héros, souvent, devient dangereusement belliciste, une démocratie n’est pas viable sans défenseurs, et une personne décente refuse de mourir pour une société qui ne verrait que du non-sens, ou de l’utilitarisme, dans la mort de ses défenseurs.  
 
Serions-nous sortis de cette logique ? Nous sommes sortis en tout cas de la grande époque de la mondialisation libérale pilotée sans conteste par les USA. Et l’individualisme radical paraît désormais limité par la renaissance des sentiments nationaux, communautaires et identitaires.
Mais peut-être ces sentiments incorporent-ils paradoxalement la même logique d’individualisme postmoderne, réorientée par d’autres passions, mais tout autant irrationnelle ? Par exemple, l’individu catholique qui se veut "conservateur" et "incorrect" se croit souvent plus catholique que le pape… Et, sans en avoir conscience, il pense, à mon avis, beaucoup plus en lecteur de Libération que de l’Osservatore romano
à suivre…

Paru sur henrihude.over-blog.com, 15 novembre 2018
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La France doit-elle acheter de la dette publique américaine ?

La France augmente ses achats d’obligations du Trésor américain. Son stock qui était de 3,8 milliards de dollars en février 2008, s’élève désormais à 118,4 milliards.(1) Compte tenu du
risque de récession annoncé pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, ces achats se justifient-ils ?
 
Le rendement financier
Au plan du rendement financier, la réponse est oui. Suite à la décision de la Réserve fédérale de relever son taux directeur en décembre 2015, le rendement des obligations américaines à 10 ans n’a cessé d’augmenter passant de 1,50 % en juillet 2016 à 3,25 % aujourd’hui. Dans le même temps, les taux allemands ont été négatifs (-0,09 % en juillet 2016) avant de remonter à 0,44 % aujourd’hui. Non seulement les taux des obligations du Trésor sont plus élevés mais le marché obligataire américain est aussi plus liquide que le marché européen. La décision française se justifie donc.
 
Le risque financier
Au plan du risque financier, la réponse est plus nuancée. La raison tient à la dette publique américaine qui est non seulement élevé, mais croit exponentiellement. Le volume de la dette a quasiment quadruplé depuis 2000, passant de 5.674 milliards de dollars en septembre 2000 à 21.516 milliards en septembre 2018. Il représente désormais 108 % du produit intérieur brut. Il se rapproche de son niveau le plus élevé dans l’histoire américaine : 118 % en 1946. S’il y avait alors des raisons qui justifiaient ce niveau, ce n’est plus le cas aujourd’hui – d’où l’inquiétude de certains économistes et
institutions internationales
(2) L’inquiétude est d’autant plus grande que la loi Tax Cuts and Jobs, votée par le Congrès en novembre 2017, augmentera le déficit budgétaire, donc la dette américaine, de plus de mille milliards de dollars d’ici 2020.
Cette évolution alarmante a pris naissance à la suite de la crise des subprimes de 2008. En août 2011, S&P, une des trois grandes agences américaines de notation a abaissé sa note de la dette américaine de AAA à AA+. Les deux autres (Moody’s et Fitch) ont maintenu la leur au niveau le plus élevé (AAA) ce qui surprend au regard de la nouvelle loi. Pour sa part, DAGONG, l’agence chinoise, a abaissé la sienne à son niveau le plus bas (BBB+). Il est permis de penser que ces agences font preuve d’une objectivité toute relative. Il n’en reste pas moins qu’au plan du risque, la décision française est contestable.
 
Attitude des principaux investisseurs
Premier banquier du gouvernement américain, la Chine a quelque peu réduit son portefeuille d’obligations américaines de 1.246 milliards de dollars en 2015 à 1.165 milliards en août 2018 (3) – une faible réduction (-6.5 %), compte tenu de l’opinion de DAGONG. En revanche, le Japon, second banquier des Etats-Unis, a fortement diminué le sien qui est tombé de 1.231 milliards en 2014 à 1.030 milliards en août dernier. Cependant, plus qu’une inquiétude à l’égard du risque américain, il faut y voir une nécessité due à un accroissement constant de la dette nationale entièrement financée par l’épargne japonaise. Pour sa part, la Russie qui détenait 150 milliards d’obligations en 2010, n’apparaît plus dans les statistiques du Trésor américain en 2018. Au rebours de cette tendance, la Grande-Bretagne a accru son portefeuille qui s’élève désormais à 273 milliards contre 55 milliards en juin 2008. En dépit de cette remontée qui se distingue par sa singularité, la part des investisseurs étrangers a baissé quelque peu ces dernières années en valeur relative. Le risque américain ne fait plus l’unanimité d’autant que l’augmentation des taux d’intérêt accroît la charge de la dette, accentuant un peu plus le déficit budgétaire américain.
 
Conclusion
Au plan financier, l’investissement français se justifie s’il s’inscrit dans le court terme. Une récession aux Etats-Unis est une quasi-certitude. Mais, à l’inverse de la précédente (2008), les autorités américaines seront démunies pour lutter contre celle-ci. Compte tenu de la part de l’économie américaine dans l’économie mondiale, de l’interconnexion des économies nationales et de l’endettement élevé de nombreux pays, il est à craindre qu’elle soit profonde et étendue. Peut-être est-il temps pour la France de songer à vendre ses obligations américaines ?
Mais pourquoi la Chine ne vend-elle pas les siennes ? La réponse a été donnée par John D. Rockefeller, il y a bien longtemps. On lui attribue le commentaire suivant : "si je dois dix mille dollars à ma banque, j’ai un problème. Si je lui dois un million, c’est elle qui a un problème". C’est la situation dans laquelle se trouve la Chine à l’égard des Etats-Unis. Liquider ses actifs financiers américains conduirait à un effondrement du marché obligataire et du dollar, et donc à une récession, peut-être même une dépression. Elle ne peut défaire sa position que dans le temps : cinq à dix ans, voire d’avantage.
 
(1) Soit 4,2% du produit intérieur brut prévisionnel 2018 de la France.
(2) Voir aussi l’interview de Christine Lagarde (Les Echos, 9 novembre 2018).
(3) Soit 8,5% du produit intérieur brut prévisionnel 2018 de la Chine.

Envoyé par l'auteur, 13 novembre 2018, paru sur www.lesechos.fr
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Les échanges
 
Le 11 novembre 1918 n’a pas marqué que la fin de la guerre. C’est le groupe qui a gagné et pas les individus. La victoire sacralise à la fois le groupe et la réaction au libéralisme individualiste effréné du XIXe siècle. L’Europe va rentrer dans un siècle de socialisme collectif effréné sous toutes ses formes. Lénine, Hitler, Mussolini, Atatürk ont tous été marqués dans leur jeunesse au XIXe siècle par les excès du libéralisme et ont tous été socialistes.
N’est-il pas temps, au bout d’un siècle de regarder calmement comment, de tous ces excès, nous pouvons construire une harmonie ? Il y a un siècle nous arrêtions d’échanger des obus, des gaz et des balles. Pour nous mettre à échanger quoi ? La vie c’est le mouvement et le mouvement n’est qu’une suite de changements et d’échanges. Or il y a deux types d’échange qui n’ont rien à voir.
 
Un premier type d’échange est celui qui se fait à l’intérieur d’un espace cohérent que nous appellerons un oïkos, une maisonnée, ce mot grec qui a donné son préfixe à l’économie, à l’écologie, à l’écosophie et à l’œcuménisme. Dans un oïkos où règne la confiance, l’échange se fait par le donner-recevoir-rendre comme l’appelait l’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss et qu’il résumait par le don et le contredon. Pour lui, le donner-recevoir-rendre est non seulement au service du lien social en le nourrissant mais il est ce qu’il a appelé un "fait social total" à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. C’est encore ce qui se passe heureusement dans la plupart des familles et dans certaines associations dont le but soude suffisamment les membres. Ce type d’échange promeut l’égalité dans l’interdépendance en opposition à la similitude et institue la coopération qui n’a rien à voir avec la compétition.
 
L’autre type d’échange complètement différent est celui qui se pratique à l’extérieur de l’oïkos, à l’extérieur de l’espace cohérent. L’échange s’y fait sans confiance et par le troc. Le troc est l’échange simultané de deux ensembles de biens et de services entre des gens qui ne se connaissent pas et qui considèrent de part et d’autre avec leurs propres critères qu’ils sortent gagnants de l’échange, ce que certains appellent un double enrichissement ou gagnant-gagnant. C’est ce qui s’est passé lorsque les premiers Européens ont abordé le Nouveau Monde et rencontré ceux qu’ils croyaient être des habitants des Indes. Ce type d’échange promeut la liberté et la concurrence.
 
La différence fondamentale entre les deux échanges, c’est l’harmonie entre l’individuel et le collectif. A l’intérieur de l’oïkos cette harmonie est essentielle, elle y est culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique ; économique et juridique par la recherche permanente de sa souveraineté alimentaire et énergétique ; culturelle par la définition de sa taille et par son fonctionnement ; religieuse et symbolique par sa monnaie. Le collectif y est donc partie prenante dans les échanges entre les individus. A l’inverse, à l’extérieur de l’oïkos, cette harmonie entre l’individuel et le collectif n’est pas recherchée, ni même digne d’intérêt. L’échange y est totalement égocentrique, soit pratique, concret et matériel par le troc qui n’existe que si les deux parties se sentent gagnantes, soit simplement enrichissant pour l’esprit par la curiosité du voyageur.
 
Les monnaies servent aujourd’hui d’intermédiaires aux deux échanges.
A l’intérieur de l’oïkos la monnaie a remplacé le donner-recevoir-rendre et est donc à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduite à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Elle est une créance sur le groupe qui utilise cette monnaie, et cette créance doit être causée lors de sa création. La cause de cette créance ne se posait pas lorsque la monnaie était en elle-même une richesse comme la monnaie métallique or ou argent, la seule existence du louis d’or montrait sa valeur. En revanche depuis que la monnaie est "fiduciaire" c’est-à-dire uniquement fondée sur la foi comme son nom l’indique, les aspects religieux et symbolique deviennent primordiaux pour comprendre pourquoi ce bout de papier est une créance.
 
A l’extérieur au contraire, la monnaie se compare aux monnaies des autres oïkos avec lesquels elle fait du troc. Cette comparaison intéresse peu les membres de chaque oïkos car normalement cela ne change guère leurs vies s’ils ont conservé leur souveraineté mais elle permet aux observateurs de fixer le taux de change entre les monnaies. Chacun ne connaissant bien que la monnaie de son propre oïkos, les deux parties chiffrent avec leur propre monnaie les deux tas dont elles font le troc et qu’elles considèrent toutes deux de même valeur. Elles rapprochent leurs résultats et les deux chiffrages étant réputés égaux, donnent le taux de change entre les deux monnaies. A titre d’exemple nous ne connaissons rien à la valeur du riyal saoudien mais nous faisons un troc entre du pétrole saoudien et un lot français de poulets, d’avions et de bombes. Chaque partie chiffre ce qu’elle livre avec sa propre monnaie et, puisque chacun est content du troc, le chiffrage en est fait en euro en France et en riyal saoudien en Arabie. Cette égalité donne le vrai taux de change entre le riyal saoudien et l’euro.
 
A l’extérieur la monnaie ne sert normalement qu’à un regard intellectuel sur les autres oïkos et sur la valeur qu’ont leurs monnaies chez eux. Elle n’est a priori ni culturelle ni religieuse ni symbolique, elle n’est que le support commode de la connaissance économique et juridique des autres qui permet de faire du troc avec eux. Elle est aussi un regard sur soi-même car si le troc se fait difficilement, il faut en analyser les causes chez soi car on ne peut pas changer les autres.
Dans notre exemple, si nous voulons le même pétrole et que nous n’avons plus que des poulets à proposer en échange, de trois choses l’une pour que les deux parties soient d’accord sur ce troc : soit nous augmentons en poulets ou en n’importe quoi ce qui part en Arabie Saoudite, soit l’Arabie nous livre moins de pétrole, soit elle accepte ce nouveau troc désavantageux pour elle et le riyal saoudien est dévalué par rapport à l’euro puisque le même chiffrage du pétrole en riyals devient égal à un chiffrage moins important en euro ne chiffrant plus que les poulets. En revanche s’il faut toujours plus de fabrications françaises pour le même pétrole, c’est l’euro qui se dévalue mais ça donne de l’emploi en France.
Le fait que les mêmes monnaies concrétisent deux types d’échanges qui sont fondamentalement différents a entrainé une terrible confusion. Nous avons allègrement confondu dans une boulangerie de village, le Parisien qui y fait du troc, avec le cafetier ou le paysan qui avec le même billet et le même achat conforte le lien social dans son village.
 
Par facilité nous avons lentement tout inversé et glissé vers des monnaies qui ne font presque plus que du troc à l’intérieur et qui voudraient faire du lien social à l’extérieur en réduisant la richesse à la capacité à dépenser et la pauvreté à son incapacité à le faire. Et la facilité se heurte comme toujours à la réalité des faits.
En ce centenaire du basculement de l’excès du libéralisme du XIXe siècle à l’excès de socialisme du XXe siècle, ne serait-il pas temps de chercher enfin pour nous une harmonie en cessant de vouloir imposer une harmonie imaginaire à toute la Terre ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 11 novembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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Comment Macron excite le ressentiment des Français vis-à-vis des Allemands
 
Macron voudrait raviver le ressentiment des Français vis à vis des Allemands qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
Au centième anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, frustrer les Français du souvenir de ce qui fut une de leurs plus grandes victoires, cela, dit-on, pour ne pas vexer Angela Merkel, ne peut que susciter une vive déception, spécialement dans les armées écartées de manière vexatoire de la célébration. C’est en même temps une injure fait à nos ancêtres qui se sont si bien battus dans les tranchées.
Rappelons que l’année 1918 fut celle d’une authentique victoire française. Contrairement à ce que l’on nous dit trop souvent, l’apport américain, important pour le moral, vint trop tard pour influencer militairement l’issue des combats. Les Anglais qui avaient fait d’immenses sacrifices dans les années antérieures étaient épuisés. Il y avait d’un côté toute l’armée française et de l’autre toute l’armée allemande, les divisions du front russe ayant été rapatriées sur le front ouest. Rien d’autre ou presque. Une épreuve historique unique, comme dans un champ clos. Et nous avons gagné. Grâce aux chars, grâce au courage de nos soldats, grâce à l’admirable coordination de nos grands chefs : Foch, Pétain, Mangin, Fayolle, Castelnau et tant d’autres.
   
Ce rappel était d’autant plus nécessaire que jamais comme aujourd’hui, les Français n’ont eu autant de complexes vis-à-vis des Allemands. Le souvenir de la défaite de 1940 est dans cesse ressassé alors que celui de la victoire de juillet 1918 (le mois décisif) est occulté.
Ces complexes sont entretenus par une oligarchie qui cultive plus que jamais le mépris de son peuple, lui trouvant un alibi dans la supposée bonne gouvernance des Allemands - surestimée généralement.  
Ils trouvent une de ses causes dans l’euro, lui-même produit de ce complexe, lequel, tel qu’il a été géré par les uns et par les autres, pèse comme un lourd handicap sur notre économie, nous empêchant de faire jeu égal avec notre voisin.
 
La paix, c’est l’équilibre
Nous sommes là très loin de l’amitié franco-allemande telle qu’elle avait été instaurée par le général de Gaulle et Adenauer et qui ne pouvait se concevoir que sur une base égalitaire. Le suivisme et l’assujettissement de la France que pratique Macron est aux antipodes. Rien ne sert de dénoncer Pétain, au point de refuser d’évoquer son rôle dans la première guerre mondiale, si c’est pour se mettre à la remorque de Berlin avec une servilité comparable à celle du régime de Vichy. Au moins nul ne doute que le vieux maréchal, dont beaucoup pensent qu’il s’égara sur une voie sans issue, aimait la France. On en est moins certain avec l’actuel chef de l’Etat.  
En tout temps et en tous lieux, la paix c’est l’équilibre. Il ne saurait y avoir de vrai partenariat franco-allemand sur une autre base. Notre supériorité miliaire a longtemps équilibré la supériorité économique allemande. Cet équilibre est depuis longtemps rompu. Macron avait, en ce 11 novembre 1918, l’occasion, au moins de manière symbolique, de le rétablir. Le rappel de ce qui s’est vraiment passé en 1918 aurait pu contribuer à exorciser nos complexes. Le président n’a trouvé au contraire là qu’une nouvelle occasion de les humilier.  
Quoique les Allemands n’y soient probablement pour rien, c’est à eux que les Français en voudront. Le projet caressé à l’Elysée de partager avec l’Allemagne la force de dissuasion française, laquelle, bien plus que le traité de Rome est le vrai garant de la paix en Europe, ne peut que les exaspérer un peu plus. Loin de rapprocher Français  et Allemands, le président n’aura fait qu’aigrir leurs rapports !

Envoyé par l'auteur, 11 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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