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Pourquoi Les Républicains ont perdu
 
À quoi ressemble la France ? À un pays durablement fracturé. Les habitants des métropoles mondialisées se désolidarisent des inquiétudes de ceux qui, au cœur des provinces, craignent la dilution de leur mode de vie. La bourgeoisie urbaine a déserté le combat civilisationnel des "réacs" d’en bas. Elle a préféré rejoindre la majorité présidentielle et son parti de l’Ordre, conforté par la mise au pas des "gilets jaunes". La photographie des européennes fait ressortir cette mésentente civile : le Rassemblement national domine les territoires en quête de protections sociales et culturelles ; La République en marche s’impose dans les grandes villes ouvertes et enrichies, ainsi que dans l’Ouest désenclavé et catholique. À Paris, le feutré XVIe arrondissement a préféré voter pour le "progressisme" plutôt que pour le conservatisme de François-Xavier Bellamy (LR). Même à Versailles, l’enfant de la ville et adjoint au maire n’est arrivé que deuxième. Cet abandon de la cause identitaire par la droite élitaire, pressée d’être de son temps, vaut à Bellamy son échec cuisant (8,48 %). Ce séisme annonce un basculement politique.
 
Dès lundi, Geoffroy Didier, ex-bras droit de Bellamy, a reproché au vaincu son "conservatisme sociétal" et son plaidoyer contre l’arrêt des soins de Vincent Lambert. Cette débandade dit la médiocrité de cette droite sans convictions. La trahison est chez elle une seconde nature. La voilà prête à imiter la macronie bêtasse quand celle-ci désignait la tête de liste LR comme un "passéiste", au prétexte que le jeune philosophe évoquait brillamment les racines gréco-latines et judéo-chrétiennes de l’Europe. Rien de durable ne peut être construit avec cette caste sans honneur ni vision. Elle est prête à larguer la nation et le peuple pour ne pas paraître, aux yeux de prétendus modernes, nationaliste ni populiste. Les électeurs soucieux de la préservation de leur pays ne peuvent plus faire confiance à de tels bradeurs. Bellamy n’a pas à s’excuser de sa déroute comme il l’a fait : elle vient des défaillances répétées de son camp mouvant. Les Républicains n’apportent plus rien à la politique, sinon, pour certains, la honte du reniement.
 
La nouvelle révolution, entamée avec le réveil des Oubliés, n’épargnera pas les équilibres politiques. Édouard Philippe a raison quand il dit, au vu des résultats de dimanche : «"es anciens clivages ne sont plus." Le tête-à-tête entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron balaie la vieille opposition droite-gauche, au profit de la confrontation mondialistes- souverainistes, avalisée par le chef de l’État. Toutefois, rien n’est moins évident que sa victoire, présentée comme acquise par le Système en dépit de sa deuxième place. Certes, moins de 1 % des voix sépare LREM (22,41 %) du RN (23,31 %). Mais ce score fait perdre au président son pari de battre Le Pen. RN gagne 600 000 voix par rapport à 2014 et arrive en tête dans 76 départements. Quant à Macron, s’il peut se féliciter d’avoir attiré 27 % des électeurs de François Fillon, il reste confronté à la défiance de 8 Français sur 10. Près de 50 % des inscrits se sont abstenus. Lorsque Loiseau dit de son bilan : "Ce n’est pas une défaite", resurgit l’incendiaire arrogance d’un pouvoir resté fragile.
 
Laurent Wauquiez, président des Républicains, propose des "états généraux" du parti, à la rentrée. Gérard Larcher, président du Sénat (LR), veut pour sa part susciter dès à présent un rassemblement de la droite et du centre, en partant des élus de terrain. Ces gesticulations resteront vaines tant que la droite n’aura pas choisi son camp, entre progressisme et populisme. Macron sera réélu en 2022 s’il se retrouve face à Le Pen, restée isolée politiquement. Or cette issue pourrait être détournée si les souverainistes décidaient enfin de s’allier contre les mondialistes, en passant outre les interdits d’un rapprochement avec le RN recentré. Dès dimanche soir, la gauche en déroute n’avait que le mot "union" à la bouche. Rien ne justifie que ce qui reste de la droite conservatrice, élaguée de ses faux frères, ne puisse tisser de semblables coalitions avec ceux qui lui ressemblent. Sur les questions sociétales, les différences entre LR et RN sont mineures. Les questions économiques et sociales peuvent s’ouvrir à des compromis. Pourquoi tergiverser ?

Paru dans Le Figaro, 1er juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Environnement et immigration, les deux défis de l’UE
 
Abraham Lincoln définissait la démocratie comme "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple". L’Union européenne (UE) regroupant des peuples différents, la démocratie européenne - telle qu’elle a été créée en septembre 1976 par le traité de Bruxelles instituant l’élection du Parlement européen au suffrage universel - devrait logiquement se comprendre comme le gouvernement des peuples, par les peuples, pour les peuples. Comment le Parlement qui vient d’être élu pour cinq ans parviendra-t-il à bien agir, démocratiquement, "pour" des peuples qui sont au nombre de vingt-huit ?
 
Le Parlement européen a plus de pouvoirs qu’on ne le croit. Non seulement il adopte (avec le Conseil représentant les États membres) les règlements (actes législatifs s’appliquant de manière automatique et uniforme dans tous les pays de l’UE) et les directives (textes instaurant une simple obligation de résultat, que les États membres ont deux ans pour transposer dans leur droit national), dont la Commission a le monopole de l’initiative. Mais encore il participe, par son vote de confiance, au choix de chaque nouvelle Commission (désignée par le Conseil). Le Parlement européen n’est plus la chambre d’enregistrement qu’il était à l’époque des attelages Giscard-Schmidt ou Mitterrand-Kohl.
 
À bien observer le résultat des élections européennes de 2019, deux préoccupations populaires émergent clairement : le souci de préserver l’environnement et celui de contrôler les flux migratoires. Les partis verts ont partout progressé en Europe. En Allemagne, Die Grünen sont devenus la deuxième formation politique, devançant largement les sociaux-démocrates du SPD. En Finlande, en Suède, en Lettonie, en Autriche, en République tchèque, en Irlande, au Royaume-Uni, en France et en Espagne, les Verts enregistrent de très fortes progressions. Cette progression est tellement forte qu’on peut dire que la gauche proeuropéenne est aujourd’hui bien plus verte que rose. Toute une partie de l’électorat européen est désormais concerné par les enjeux climatiques. Les jeunes couples qui votent vert refusent de compromettre leur bien-être ou la santé de leurs enfants au nom d’un productivisme industriel qui leur semble d’un autre âge. Bien respirer dans les villes est devenu leur priorité. Ils refusent la croissance pour la croissance et restent sceptiques quant au consumérisme de leurs parents. Emblématiques sont ces Scandinaves qui, pour leurs vacances en Italie ou en Grèce, ne prennent plus l’avion (très polluant) mais le train (moyen de transport le plus écologique).
Mais, pour amener l’UE à adopter une politique énergétique moins polluante, les Verts devront d’abord surmonter un énorme obstacle idéologique. C’est leur aversion irraisonnée pour le nucléaire, qui est l’énergie propre du futur. Pourquoi ne pas faire confiance aux progrès de la science et ne pas croire à la possibilité d’obtenir un jour de l’électricité propre et très bon marché ? La solution des besoins européens en énergie ne réside-t-elle pas dans les procédés de fusion nucléaire, tels qu’on les étudie actuellement au centre Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) de Cadarache (Bouches-du-Rhône) ? Les écologistes s’inquiètent de l’impact des émissions de gaz à effet de serre sur le changement climatique. Mais ils n’arrivent pas à comprendre qu’il n’existe aucune autre énergie non carbonée autre que le nucléaire qui ne soit pas intermittente. Le remplacement en Allemagne du nucléaire par le charbon est une catastrophe, à la fois pour la santé publique et pour l’émission de CO2. Tant qu’ils n’auront pas surmonté cette contradiction, les Verts ne pourront pas inspirer la politique énergétique de l’UE.
 
Les autres vainqueurs du scrutin européen sont les partis s’étant prononcé le plus clairement contre le laxisme migratoire. Très nombreux sont en effet les Européens qui s’estiment en insécurité culturelle face aux flux migratoires provenant des pays musulmans. Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) proclament qu’ils ne veulent accueillir que des chrétiens comme réfugiés. La majorité des Européens sont attachés à leurs frontières. Ils préfèrent une immigration choisie et légale à une immigration illégale nourrie par les réseaux de trafiquants d’êtres humains. Ils ne comprennent pas que l’UE n’ait pas anticipé la crise migratoire de 2015, conséquence directe des "printemps arabes" de 2011. Ils n’admettent pas que les riches pétromonarchies du Golfe aient accueilli si peu de réfugiés syriens. L’UE n’accroîtra sa popularité auprès des nations qui la composent que si elle parvient à mettre en place des politiques énergétiques et migratoires crédibles et efficaces.

Paru dans Le Figaro, 28 mai 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Ce que nous devons à nos aïeux héroïques
 
Ce jeudi 6 juin, à 18 heures, une cérémonie internationale célèbre le 75e anniversaire du débarquement en Normandie, à Courseulles-sur-Mer (Calvados). Le président Macron, certes présent aux célébrations de la veille et du lendemain, ne sera pas à Courseulles-sur-Mer, provoquant des réactions indignées d’anciens soldats et d’élus, comme en novembre dernier à propos du défilé militaire supprimé… Quand, avec le temps qui passe, des événements décisifs s’écartent de plus en plus de notre présent, forcément leur importance décroît face aux préoccupations du jour. Les enfants étudient dans leurs livres d’histoire des événements que leurs parents ou grands-parents ont vécus dans leur chair. L’indifférence s’installe, et souvent l’oubli.
 
L’Occident d’aujourd’hui entretient une relation particulière avec les commémorations de victoires militaires. Il y a, déjà, toutes les victoires militaires qui sont de telles défaites morales qu’on préfère ne plus en parler. Mais, surtout, l’idée même de célébrer un acte de violence peut apparaître en soi comme une inconvenance. Les regards portés sur les tranchées de 14-18 sont d’incompréhension et d’indignation : comment ont-ils pu accepter de perdre tant d’hommes pour gagner quelques arpents d’Allemagne ? Autrement dit, les motivations nous échappent, parce qu’il n’est pas si important pour nous de perdre ou de gagner un territoire - la notion d’identité territoriale paraît superflue, en tout cas à ceux qui n’en ont jamais été privés… Pour les commémorations de la Seconde Guerre mondiale, c’est autre chose : nous savons bien que sans l’intervention américaine nous aurions pu être tout à fait nazifiés, et pour longtemps. Le nazisme étant devenu le seul pôle moral, négatif, dont dépend toute l’éthique contemporaine, le souvenir du débarquement ne peut nous être indifférent.
 
Pourtant il y a un facteur qui rend ces souvenirs comme irréels. Nous vivons depuis ce temps dans un monde sans guerre. Bien sûr, les soldats français se battent et meurent en Afrique. Cependant ce sont des guerres choisies, qui ne se passent jamais sur notre territoire, menées par des armées de métier. La probabilité pour un jeune Français d’être enrôlé dans une guerre est considérée comme nulle. Au fond, tout se passe chez les Européens (et c’est encore plus vrai en Allemagne) comme si la guerre, en tant qu’événement violent et tragique, avait été littéralement rayée des possibilités humaines. Les sociologues du XXe siècle avaient bien souligné l’analogie entre la guerre et la fête - dépenses de moyens inhabituelles, oubli momentané des normes éthiques quotidiennes ; et dans le monde contemporain, seule la fête demeure ce moment d’excès et de gaspillage ; la guerre a été bannie pour l’évidente raison de sa violence et du risque vital. On a parlé imprudemment de la "guerre zéro mort" au moment de la guerre de Bosnie, en oubliant que le "zéro mort" était seulement de notre côté, pendant que les ennemis mourraient parfois en masse. Mais surtout, on ne voit plus très bien pour quelle raison cruciale, pour quelle finalité essentielle un jeune Français irait risquer sa vie. Sûrement pas pour un territoire et probablement pas pour une idée - quelle idée, d’ailleurs ?
 
La seule religion qui reste, l’écologie, est pacifiste. Autrement dit, la seule finalité précieuse étant désormais la vie humaine, une guerre quelle qu’elle soit n’aurait pour nous aucun sens.
Et pourtant… seuls des esprits utopiques rêvent d’empêcher désormais toute guerre grâce aux organisations internationales, aux tribunaux internationaux et peut-être au futur gouvernement mondial. La réalité est tout autre : les guerres menacent le monde humain en raison de sa diversité constitutive et de sa propension à la violence. L’espoir des humanistes peut restreindre la violence mais certainement pas l’éradiquer, parce que ce serait effacer la diversité de notre monde. Quant à notre pacifisme, il ne suffit pas, loin de là, à extirper l’ennemi : comme disait Julien Freund, ce n’est pas moi qui décide ou non d’avoir un ennemi, c’est lui, l’ennemi, qui me choisit.
 
D’où la situation singulière dans laquelle se trouve à cet égard un pays comme la France : une population pacifiste, persuadée de son immunité perpétuelle, et peu soucieuse de se battre pour aucune "cause" ("Une cause ! disait un personnage de Simone de Beauvoir. On n’est pas province à ce point !") ; et une armée qui conserve l’ancien esprit de courage et de sacrifice, bien visible dans les conflits d’Afrique. Que de ricanements sur le conservatisme de nos militaires aux cheveux courts, nantis d’épouses vertueuses et courant à la messe plus qu’à leur tour… Ils représentent cependant un îlot de réalisme au milieu d’un peuple illusionné : ils savent l’existence du tragique, et développent les qualités capables d’y répondre, dont le courage n’est pas la moindre. Robert Kagan décrivait (trop sommairement) un face-à-face entre des "kantiens" et des "hobbesiens". Ce sont toujours les seconds qui sauvent les premiers, parce qu’ils connaissent les vrais prix des choses, alors que les premiers se croient dans un monde enchanté. Ainsi le conservatisme de notre armée n’est-il que le signe de son efficacité en tant que telle. Elle peut nous protéger parce qu’elle ne croit pas à toutes ces salades romantiques qui nous font compter sur la paix éternelle. C’est parce que l’armée est si différente du reste de la population française que celle-ci peut se permettre de continuer à déployer son pacifisme confondant.
 
On a dit à juste titre que se souvenir des drames évite de les revivre. Le bonheur sans histoire dans lequel nous vivons est un profond anesthésiant, capable d’effacer la connaissance de ses sources. Au fond, les commémorations ont pour seul but de rappeler que chacune de nos grandeurs, de nos joies et de nos bonnes étoiles a été conquise sur le malheur et sur les tragédies. Que notre liberté a été arrachée aux démons de la servitude, et la paix aux entichés de violence. Que tout cela n’est en rien la faveur gratuite du destin, mais un cadeau offert au prix du sang par des ancêtres altruistes. La mémoire du jour le plus long nous rappelle que l’existence de l’homme est tragique et que tout ce qui est grand, loin d’être acquis pour toujours, doit se mériter constamment.

Paru dans Le Figaro, 6 juin 2019
Publié dans Devant l'histoire
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Le cri d’alarme de Darmanin envers les classes populaires
 
Classes laborieuses, classes dangereuses. Cette thèse sur Paris au XIXe siècle a marqué des générations d’historiens. Aujourd’hui, c’est l’absence des classes laborieuses dans son électorat qui est dangereuse pour Emmanuel Macron. Et c’est un de ses ministres, Gérald Darmanin, qui pousse le cri d’alarme. "Le clivage conservateurs-progressistes ne doit pas se transformer en clivage patriciens-plébéiens, les bourgeois et les élites étant la majorité présidentielle, et le peuple étant le Rassemblement national", prévient le ministre des Comptes publics dans un entretien au Point.
Toutes les analyses des résultats aux européennes ont souligné le glissement politique du macronisme, symbolisé par la percée de la liste Loiseau dans les villes et les secteurs historiquement les plus ancrés à droite. Lui-même issu des Républicains, dont il a été exclu après son entrée au gouvernement, Gérald Darmanin pourrait a priori s’en réjouir. Mais l’élu de Tourcoing s’inquiète plutôt de la signification sociologique de ce glissement.
 
L’opposition entre deux France - celle qui tire profit de la mondialisation et celle qui s’en sent victime, celle des "insiders" et celle des exclus, celle des cœurs de métropole et celle de la périphérie urbaine et de la ruralité - n’est pas nouvelle. Ce fut la France du "oui" et celle du "non" au référendum européen de 2005 puis celle du duel Macron-Le Pen à la présidentielle de 2017. Mais ce clivage s’est creusé à la faveur du scrutin du 26 mai.
Darmanin ne se contente pas du constat. Sa sortie est une mise en garde adressée à son propre parti. Quand il rappelle que "l’usine est aussi importante le coworking", il pointe la caricature que La République en marche donne parfois d’elle-même en se faisant le porte-voix d’une "start-up nation". Quand il met en lumière le danger d’une formation qui se réduirait à "un mouvement de cadres et de chefs d’entreprise", il pointe une dérive possible de LREM, que son renforcement auprès des catégories aisées pourrait accélérer.
 
Gérald Darmanin se défend de viser le président de la République qui, selon lui, partage ce constat. Ni Édouard Philippe, même s’il voit le premier ministre davantage capable de conquérir Paris que de reconquérir les catégories populaires. Mais le ministre des Comptes publics veut jouer sa participation. Non pas celle de représentant de l’aile droite du gouvernement, mais de chef de file d’une aile populaire. Car à ses yeux, "on ne peut pas réformer le pays sans l’adhésion des classes populaires ni gagner l’élection présidentielle sans le peuple", comme il le dit encore dans Le Point.
Pour Darmanin, l’acte II du quinquennat doit reposer sur deux jambes: l’écologie et le progressisme sociétal, d’une part - il veut rapidement le vote de la PMA ; le "populaire" d’autre part, c’est-à-dire l’accent sur le fruit du travail, le mérite ou la lutte contre l’islamisme politique. Pour lui, encadrer LREM de deux "flotteurs", droit et gauche, est hors sujet. Son objectif : convaincre un tiers de ces catégories populaires plus séduites aujourd’hui par le Rassemblement national que par la droite et par la gauche. Faute de quoi le macronisme serait en danger de mort.

Paru dans Le Figaro, 6 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Connaissez-vous Cantus Formus ?
 
Connaissez-vous la musique non officielle, tonale d’aujourd’hui ?
C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’un public qui aime la musique va à des concerts, écoute la radio, You Tube, etc. et ne connaît pas ou écoute le moins possible ses contemporains, qu’ils soient officiels ou dissidents. Les uns parce qu’ils sont inécoutables et peu mémorisables, les autres parce que, bannis de l’histoire officielle, ils n’accèdent pas à la visibilité. En ce qui concerne ces derniers, la plus grande partie du public mélomane ignore leur existence.
C’est une exception française : il est malséant d’être tonal. Depuis l’après-guerre dans les milieux politiques et intellectuels, seule la musique atonale est considérée, comme allant "dans le sens de l’Histoire". Cette situation s’est pétrifiée quand le ministère de la Culture en 1981 s’est transformé en ministère de la Création. Comment ce diktat a-t-il été possible dans un pays qui avait accueilli simultanément tous les courants artistiques, de l’académisme aux avant-gardes très extrêmes ?
 
Cantus Formus
Pour illustrer cette situation il est intéressant d’évoquer une des très rares associations défendant des expressions non officielles de la création musicale : Cantus Formus. Créée en 2003 par un jeune compositeur, Nicolas Bacri, elle rassemble de nombreux interprètes et compositeurs qui ne se satisfont pas des expériences musicales menées par l’avant-garde atonale et sérielle : "l’École de Vienne", devenue institutionnelle. Son but est de présenter au public des œuvres de jeunes compositeurs qui pensent que tous les ressorts de la tonalité n’ont pas été épuisés, des œuvres des XXe et XXIe siècle d’inspiration mélodique au sein d’une conscience organique de la forme. Nicolas Bacri a voulu que ces compositeurs bannis soient joués et qu’ils aient le privilège d’entendre leur propre musique et de la partager avec un public.
Sa légitimité pour entreprendre une telle aventure résidait dans son parcours : brillante carrière, œuvre reconnue à ses débuts en raison de son adhésion à la doxa atonale, puis une évolution vers la tonalité, vécue comme la découverte d’un monde nouveau. Cette "trahison" l’a exclu des faveurs institutionnelles en France mais ne l’a pas empêché de réaliser une œuvre très complète et d’être reconnu au-delà des frontières.  
 
Cantus Formus a trouvé le soutien du Conservatoire CRR de la rue de Madrid qui lui a accordé l’accès à sa salle de concert pour que cette musique soit interprétée et partagée gratuitement. Depuis quinze ans ce rendez-vous pluri-annuel a permis à un public fervent et passionné de découvertes d’accéder à des œuvres jouées souvent pour la première fois. Les médias qui s’adressent au grand public mélomane parisien ne lui en ont jamais dévoilé l’existence.  
Malgré l’absence de moyens financiers, l’aventure résiste au temps et rayonne. La pénurie pécuniaire n’a cependant pas permis l’essentiel travail d’histoire, d’évaluation, de critique, si nécessaire à son épanouissement. Et pas davantage la communication directe avec un large public en attente d’une musique de l’âme et du cœur que permet désormais Internet.

On se trouve dans la situation absurde où grâce à l’argent public des fonctionnaires font vivre une musique officielle inaudible, rejetée par public et interprètes, en excluant comme illégitimes des initiatives telles que Cantus Formus, où un compositeur de renommée connaissant la création de son temps dans son essentielle diversité essaie de permettre au public de l’entendre et d’en juger.
Il paraît plus fécond pour la création que l’expertise de l’art revienne aux artistes eux-mêmes, à condition qu’il y ait concurrence entre divers courants. C’est ce que disait Jules Ferry en annonçant en 1880 aux artistes plasticiens qu’il retirait tous les représentants de l’État des jurys de l’unique Salon. Il a invité ce jour-là les artistes à prendre en main leur destin, les a encouragés à créer d’autres Salons, leur promettant la construction d’un palais somptueux pour les accueillir et faire honneur à tous. Cette formule exemplaire a fait de Paris la capitale des Arts dans le monde pour cent ans. Depuis que
l’État décide ce qui est de l’art ou ne l’est pas, Paris a perdu son statut. Quoi de plus conservateur qu’un système où 200 Inspecteurs de la création supervisent la création pendant leurs 40 ans de carrière ?  Résultat : un unique courant musical, apparu entre les deux guerres du siècle dernier, devenu choix politique et stratégique après 1947 et rendu obligatoire en France en 1981. Ce qu’il est toujours.
Des mécènes privés non conformistes auraient pu créer une concurrence… cela n’a pas eu lieu, mais peut encore se produire.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 22 mai 2019
Publié dans A tout un chacun
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Les écologistes, meilleurs ennemis de l’écologie ?
 
Bravo à Yannick Jadot qui fut un très bon candidat, convaincu et plutôt raisonnable dans ses propos. Mais son offre politique - d'écologie de posture - peut-elle être durable ?  
La progression du parti des Verts en Europe est le reflet d'une réalité de ce que chacun d'entre nous ressent. Nous souffrons de voir les océans pollués de sacs plastiques, les rivières devenues des dépotoirs, les poissons en voie de disparation, les animaux sauvages en perdition, les ours polaires esseulés sur un bout de banquise qui fond, les baleines exterminées, les abeilles qui trépassent, les engrais chimiques qui nous empoisonnent à petit feu, l'air pollué qui nous rend asthmatiques etc. N'en jetez plus!
Nous sommes, chacun d'entre nous, responsables de cette planète que nous allons laisser à nos enfants dans un sale état. C'est bien cette idée même que l'on retrouve à l'origine de la notion de "développement durable" (sustainable development) dans le Rapport Bruntland dès 1987.
 
Epoque hystérique
Pourtant, en dehors des questions existentielles que nous nous posons devant les poubelles de tri (est-ce que je jette l'emballage plastique avec le papier ?), nous sommes très impuissants devant cette catastrophe humanitaire annoncée, même si la France est plutôt en avance dans sa lutte. Nos contradictions sont le reflet d'une époque hystérique sur tous les plans. Ainsi, lorsqu'on diminue la vitesse de 
90 à 80 km à l'heure ce qui, par définition, est bon pour la diminution du CO2, la France s'emballe, écolos confondus, car il faut bien qu'ils roulent, et vite !
Nous voulons "consommer bien" sous tous rapports : des produits de saison, des fruits et des légumes poussés à côté de chez nous, du bon coton bio, des vêtements éthiques (en fait les tee-shirts réclamés par nos ados bien-pensants viennent du bout du monde fabriqués dans des conditions douteuses, quand ce ne sont pas des faux), des produits de beauté sans conservateurs et puis pas de viande bien sûr, c'est mauvais pour tout : les pets des vaches = du CO2, la souffrance animale, le cholestérol... toutefois, il faut soutenir les éleveurs pendant que les vegans attaquent les boucheries.
La liste est infinie, nous sommes culpabilisés par tous et pour tout sur ce que nous consommons, mangeons, disons, faisons, pensons, portons… soyez "bio" sinon point de salut mais rassurez-vous, le marketing a compris et s'occupe des gogos écolos.
 
Une idéologie écologique qui divise
Le fait pour les Verts d'être pour la décroissance (croissance assurée du chômage), contre la mondialisation, contre la production industrielle, contre le profit et les entreprises, etc., est un non-sens. On nous propose une écologie de posture alors qu'il faut une écologie de solutions applicables que seules les entreprises sauront proposer.
Ce désir légitime d'un progrès salutaire dans notre gestion de la planète est devenu une idéologie qui divise et crée des groupes opposés qui s'affrontent pour brandir des opinions politiques jusqu'à braquer des pays comme les Etats-Unis.
Tant qu'on fera de l'écologie une idéologie punitive on n'avancera pas. Les fausses solutions économiques foisonnent en particulier en ce qui concerne les entreprises, la plus récente illustration concerne le marché des droits à polluer autrement dit "marché de permis négociables". On légifère pour limiter l'offre surabondante de quotas d'émissions que les entreprises peuvent acheter à 6 ou 9 euros la tonne de carbone ce qui devient une bonne affaire. Au supermarché du CO2 les Français réclament la tonne à 30 euros. Qui dit mieux ? Sachant que le vrai clivage éternel avec les Verts concerne le nucléaire et que les énergies de substitution posent de vrais problèmes qui n'ont rien à voir avec l'eldorado décrit par les puristes.

En ce qui concerne les résultats des élections européennes, bravo à
Yannick Jadotqui fut un très bon candidat convaincu et plutôt raisonnable dans ses propos avec des chefs d'entreprise sur sa liste... sauf qu'à côté de lui figuraient des repoussoirs telle que Michèle Rivasi
, spécialiste des questions de santé environnementale au Parlement européen et remarquée pour ses prises de position "contre" les ondes électromagnétiques et surtout contre les vaccins alors que des enfants meurent à nouveau de la rougeole partout dans le monde. Voilà qui les rend infréquentables du fait de la présence de gourous et extrémistes agités.
Les écologistes seraient-ils les meilleurs ennemis de l'écologie ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 31 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
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Les détenteurs de la violence légale
 
La définition d’un État est la détention de la violence légale sur une population dans un espace donné. Cette violence peut être physique (armée, police) ou cérébrale (justice, impôts). C’est cette violence qui donne apparemment raison à celui qui a le pouvoir de l’actionner et tout naturellement le fossé se creuse entre le philosophe qui cherche la vérité en doutant par définition, et le politique qui se contente de chercher à détenir la violence légale pour avoir raison en se dispensant de douter.
Ceux qui détiennent actuellement le pouvoir d’actionner cette violence sont de plus en plus régulièrement remplacés vu leur inefficacité sans que l’on s’oriente pour autant vers une réflexion philosophique calme sur les raisons de cette inefficacité. Il est plus reposant de les dénigrer et de tout attendre de ceux qui les remplaceront et qui sont auréolés de toutes les vertus avant d’être affligés de tous les vices.
Ne faut-il pas revenir au vieux principe de juger un arbre à ses fruits et regarder les fruits du siècle que l’on affirme être celui des Lumières ? Il a rompu un équilibre multi-millénaire entre le spirituel et le temporel en généralisant ce que le roi d’Angleterre Henri VIII avait initié et qui est la base de l’organisation mentale actuelle anglo-saxonne, la soumission du spirituel au temporel.
 
Les Lumières nous ont apporté le fascisme pour ceux qui voulaient être reconnus comme les plus beaux, les plus forts et les plus intelligents ; le fascisme est mort du mépris des autres. Elles nous ont apporté le communisme pour ceux qui rêvaient par la violence à une absence de violence légale; le communisme est mort par effondrement d’une construction incohérente. Les Lumières nous ont apporté le capitalisme pour ceux qui confondaient le contentement et la richesse et qui pensaient s’enrichir sans appauvrir quiconque en étant contents d’un échange ; le capitalisme n’est pas encore mort et c‘est son agonie et les soins palliatifs mis en place par ses défenseurs qui heurtent tant le bon sens populaire.
 
La violence légale s’est aujourd’hui mise exclusivement au service du capitalisme. Côté violence physique, les armées veillent à ce qu’aucune autre forme d’organisation sociale ne naisse nulle part sur la Terre pendant que la police contient les interrogations populaires. Mais c’est du côté de la violence cérébrale que le capitalisme désormais sans concurrence fait très fort.
Par un principe de précaution généralisé, fait d’interdictions et d’obligations, et verrouillé par les lois mémorielles, il instaure une violence légale officiellement protectrice et réellement infantilisante qui permet, dans une fausse démocratie, d’acheter moins cher l’affect d’une population à qui l’on affirme donner tout le pouvoir tout en veillant à ce qu’elle ne puisse être informée totalement. Toujours par l’argent, l’information, de plus en plus sous-traitée à la finance, se réduit à un éclairage ostensible, non pas de l’ensemble de la scène mais exclusivement de ce qui doit marquer les esprits, le tri étant fait en amont par l’Agence France Presse.
Cela fabrique tout naturellement une représentation populaire détentrice de la violence légale mais qui ne ressemble en rien au peuple qu’elle est supposée représenter. Le muselage de l’internet par la violence légale est en cours puisque la dissolution de la goutte d’eau dans l’océan ne semble même plus suffire.

Mais le capitalisme fait encore plus fort pour durer par une prise en ciseau des esprits. D’un côté on formate à grand frais les êtres et de l’autre on crée une division totalement artificielle entre ceux qui résisteraient encore au formatage.
Le formatage se fait pendant de très longues années dans une éducation dite nationale où l’on diffuse que la nation n’existe plus et que la Terre rebaptisée LA planète est le seul espace cohérent d’un capitalisme universel. On fait croire que la dépense, baptisée produit par le PIB, est une création de richesse à se partager et on fabrique de la monnaie pour pouvoir dépenser sans jamais expliquer que la monnaie n’est plus le constat d’une richesse déjà existante mais celui d’un espoir que l’on sait irréalisable mais qu’on implante dans les esprits.
On détourne d’ailleurs l’attention de ce seul problème fondamental en faisant vivre artificiellement les contradictions secondaires. La démocratie dit que la majorité a raison donc on va valoriser toutes les minorités quelles qu’elles soient en les portant toutes au pinacle avec l’aide de la violence légale. On constate une fonte bien réelle des glaciers et on va totalement artificiellement dire que l’homme en est responsable par le CO2. Là, la contradiction est plus subtile car elle est induite sans jamais être formulée. On ne dit jamais que le principal gaz à effet de serre est la vapeur d’eau sous forme de nuages qui garde la nuit la chaleur solaire comme chacun le constate. On ne dit jamais que la Terre a été glaciale et torride bien avant que l’homme n’apparaisse et qu’il est essentiel de comprendre pourquoi avant de chercher ce que l’homme a pu réellement modifier. Il est ridicule de se prendre pour Dieu et vouloir changer le climat quand on n’a encore absolument rien compris au déplacement des anticyclones et que l’on surexploite l’animal, le végétal et le minéral, voire même l’humain que l’on réduit à un consommateur-électeur-spectateur.
 
Mais pour tous ceux qui résisteraient au formatage et dont on martèle le mépris en les appelants extrêmes ou populistes, le capitalisme et sa violence légale ont réussi le tour de force de les diviser en deux pour qu’ils dépensent l’essentiel de leur énergie à se haïr. On a oublié que les trois moteurs de l’homme sont son cerveau avec sa raison, son cœur avec ses sentiments et son ventre avec ses besoins. La seule différence entre la droite et la gauche est que la droite privilégie la raison et donc l’harmonie alors que la gauche privilégie les sentiments et donc le mouvement. Les deux sont pourtant essentiels et la droite comme la gauche ne sont que deux parties de nous-mêmes qui se dissocient en deux simplismes quand nous sommes fatigués. La force du capitalisme et de sa violence légale est de flatter les besoins pour ne pas laisser se marier la raison et les sentiments. Se crée un fossé totalement artificiel entre Michel Onfray et Eric Zemmour qui disent pourtant grosso modo la même chose avec des mots différents.
 
L’avenir est entre les mains de la jeunesse dont la fragilité est peu respectée. Pour qui voudrait constater une facette de cette fragilité je propose de lire l’article de Contrepoints : Éloge de la mondialisation signé par un jeune étudiant très bien formaté

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er juin 2019
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La prison n'est pas la bonne solution pour sanctionner la délinquance en col blanc
 
Il serait juste et salutaire de punir différemment les actes répréhensibles mais inoffensifs en terme de sécurité et les méfaits violents qui constituent une menace potentielle au quotidien.
 
Pas de jour, pas de journal télévisé, pas de "Une" sans le récit du déroulement d'un procès financier ; nous suivons les affres de celui 
Bernard Tapie, nous nous sommes délectés des épisodes à rebondissement de celui de Jérôme Cahuzac, nous avons culminé et ce n'est pas fini, avec François Fillon... Nous commençons la série Balkany saison 1, sans parler du programme annoncé à venir de Nicolas Sarkozy, etc.
Non seulement ces procès à répétition donnent une piètre image de ce que nous sommes mais cela renforce notre détestation post-révolutionnaire de l'argent (celui qui n'est pas le nôtre) qui se transforme en dégoût de l'univers de la finance, des exilés fiscaux et, bien sûr, des hommes politiques. Tout cela serait presque normal si, en France, nous n'avions pas en plus une spécificité navrante, celle du temps de la justice. Nos "affaires" trainent des années au plus grand détriment de la crédibilité, de l'efficacité de ladite justice et des "prévenus" eux-mêmes.
 
Le "feuilletonnage" de ces mises en cause est particulièrement néfaste, générant une vindicte populaire similaire à celle de foules en place de grève attendant la guillotine et accentuant l'importance qu'il conviendrait de donner à ces affaires. Et si ce que l'on reproche aux Balkany était si évident, si connu de tous, pourquoi n'a-t-on pas saisi la justice dès le début ? Notre justice est donc sous influence ? En précisant à chaque fois que "tout le monde savait", on finit par en douter. Comment peut-on laisser des comportements et des abus s'enliser à ce point ? Pourquoi dans certains cas la justice intervient-elle en trois jours (cf. 
PenelopeGate) et pourquoi tout à coup tout s'arrête-t-il pour reprendre des mois ou des années après ?
 
La peine encourue par les coupables en devient d'autant plus lourde du fait de ce qu'ils subissent en tant que personnages publics en attendant leur procès. Interpellations agressives, rejet, douleur de l'entourage sont déjà une peine en soi qu'il faudrait prendre en considération. Ils paient avant même qu'on ne les ait condamnés à payer mais si, par hasard, ils ne sont pas ou peu coupables, le mal est fait et la réhabilitation quasi impossible. Sans oublier que le prévenu peut se retrouver ruiné, saisi ou voir ses biens mis sous séquestre pour récupérer la somme détournée ou frauduleusement acquise. Normal, certes, mais cela fait quand même partie de la sanction. Il n'y aurait pas de "fumée sans feu" et le "mis en examen" est déjà coupable dans l'imaginaire collectif. L'éthique ne consiste pas à vouloir se venger et c'est pourtant le sentiment qu'on a : il faut livrer en pâture les contrevenants, c'est bon pour l'exemple !
 
Laisser les places de prison à ceux qui sont dangereux 
Vient alors le verdict. L'avocat général, toujours sévère, requiert de la prison avec ou sans sursis, et c'est là que tout commence... Il faut savoir que, jusqu'à deux ans de prison requis, on peut éviter la case prison avec par exemple un bracelet électronique (que l'on mettra en place 6 mois après le procès), ce qui prolonge l'angoisse. Au-delà de deux ans, on n'y coupe pas. Et c'est ainsi que nos prisons surpeuplées, honte absolue au pays des droits de l'homme du fait de leurs conditions d'incarcération et de l'insalubrité des lieux, voient arriver des détenus qui jamais, au grand jamais, ne peuvent représenter un danger quelconque pour la société. Le "c'est bien fait pour eux !" a quelque chose d'inquiétant reflétant une jalousie mesquine et haineuse vis-à-vis des élites en général qui devraient payer plus que les autres et pour tout le monde.
 
Pourquoi donc ne pas traiter ces affaires autrement en laissant les places de prison à ceux qui sont dangereux pour la société et qui, bien souvent, n'y font qu'un petit tour et puis s'en vont ? Ne conviendrait-il pas de créer de vraies peines de substitution qui seraient utiles à la société et réservées à ces "délinquants en col blanc" ? Une application de peines concrètes qui en même temps les réhabiliteraient leur faisant prendre conscience de la misère et des difficultés qui existent. Envoyer untel aider les personnes en difficultés à remplir papiers ou déclarations, apprendre aux étrangers et aux jeunes en difficulté à lire dans les banlieues, remplir toutes sortes de tâches d'intérêt général aussi bien matérielles qu'intellectuelles... Pourquoi refuser à Jérôme Cahuzac par exemple, de travailler bénévolement dans un hôpital comme il le proposait alors que les urgences ne font plus face ? Le tout avec le fameux 
bracelet électronique
? Il est par ailleurs curieux que les mêmes qui expliquent toute la journée qu'il faut des prisons ouvertes, soient les premiers à laisser sortir les individus dangereux mais veuillent à tout prix mettre sous les barreaux ceux qui ont truandé le fisc ou sont coupables de malversations.
 
Comme partout au sein de l'Etat, le bon sens manque, la technostructure plombe notre pays, nous ne réfléchissons plus : nous appliquons des directives noyées dans un temps administratif incontrôlable et inexplicable. Distinguer ce qui est incontestablement répréhensible et qu'il faut punir autrement parce qu'inoffensif en terme de sécurité, des auteurs de méfaits violents dont les actes et le passé constituent une menace potentielle au quotidien pour chacun d'entre nous, serait juste et salutaire.

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 23 mai 2019
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Les Verts
 
Les Verts disent vouloir sauver la planète, préserver la nature, en fait s’ils s’affirment de gauche c’est qu’il s’agit d’un mouvement politique et idéologique et l’on ne voit pas pourquoi tous les gouvernements de quelque parti qu’ils soient, se plient à leurs oukases.
Ainsi il est navrant de voir l’actuel gouvernement renoncer à relancer l’énergie nucléaire et vouloir mettre à l’arrêt des centrales qui pourraient encore fournir de l’électricité à bas prix pour promouvoir des énergies dites renouvelables, chères et discontinues. Depuis que l’Allemagne a abandonné le nucléaire sa consommation de charbon croit et les prix de l’électricité monte. Il est aussi incompréhensible que le gouvernement s’interdise toute prospection de pétrole conventionnel ou non dans le territoire national alors que les achats de produits pétroliers constituent les deux tiers du déficit de notre balance commerciale. Ces deux exemples montrent que le pouvoir se plie naïvement aux préceptes soi disant écologiques croyant gagner ainsi des voix alors qu’en dehors du milieu bobo les Français attendent d’autres choix. Il n’est que de voir la réaction qu’a entrainée la hausse de la taxe carbone qui a conduit au mouvement des gilets jaunes encore en cours. Or la taxe carbone est dans l’ADN des écolos qui veulent nous désintoxiquer des produits pétroliers.

Comme tout mouvement totalitaire, les Verts mobilisent la jeunesse, plus d’un million de gamins ont défilé pour mettre les gouvernements en demeure de "sauver la planète". Il faudrait quand même qu’ils expliquent quel modèle de société ils veulent mettre en place : abandon des produits pétroliers et pour cela augmentation continue de la taxe carbone, efficacité énergétique et appel uniquement aux énergies renouvelables, sortie du nucléaire. Ils prêchent aussi à l’abandon de l’agriculture productiviste et au retour à une agriculture raisonnée sans pesticides ni engrais chimiques, quelque chose comme les "labourage et pastourage" de ce bon Sully sans toutefois la poule au pot dominicale qui a bien le droit de vivre. Le bon exemple est fourni par le glyphosate dont personne n’a prouvé la nocivité, au moins pour les consommateurs, mais qui est fabriqué par Monsanto bête noire des écologistes et qu’il faut en conséquence abandonner d’urgence.
Il faudrait demander à cette belle jeunesse si elle veut renoncer à la voiture, aux avions, ne circuler qu’à bicyclette, en transport en commun ou en trottinette. Il faudrait leur demander si elle souhaite renoncer à la viande pour des lentilles et des pois chiches et même pour de la viande de culture. Il faudrait leur demander si elle veut payer hors de prix, essence et électricité et se chauffer aux granulés de bois. Faut il cesser de rechercher la croissance économique et le progrès pour un retour à la nature et à une vie agreste où "tout le monde il sera bon, tout le monde il sera gentil" laissant les Américains et les Chinois faire le choix inverse et nous coloniser ?
Déjà des bobos suédois n’osent plus prendre l’avion pour leurs vacances et certains préfèrent trois jours de train à quelques heures d’avion pour se rendre en Croatie. L’écologie est un mouvement totalitaire qui comme les maoïstes et les khmers rouges rêve d’un homme nouveau. Très peu pour moi.
Envoyé par l'auteur, 29 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
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L'alternance passe par l'union des droites
 
l y avait de la dérouillée dans l’air. Mais, contre toute attente, elle s’est abattue dimanche soir sur Les Républicains, bien davantage que sur La République en Marche. Certes, Emmanuel Macron perd son pari face à Marine Le Pen : son mouvement (LREM) ne récolte que 22,41% des voix aux Européennes, contre 23,31% au RN. L’échec était prévisible. Reste que l’écart des voix (moins de 1%) limite la déroute envisagée. "Ce n’est pas une défaite", a même cru pourvoir assurer, ce matin sur Europe 1, Nathalie Loiseau, la tête de liste LREM. Il est vrai que la macronie peut se réjouir d’avoir poursuivi avec succès le dynamitage des vieux partis. Le parti socialiste, associé à Place Publique, ne récolte que 6,3% des suffrages. Quant à la liste PR, conduite par le prometteur François-Xavier Bellamy, elle s’effondre à 8,44%. Là est le séisme. J’avoue ne l’avoir pas envisagé. Les sondeurs non plus n’ont rien vu venir. La Bérézina oblige la droite de Laurent Wauquiez à admettre qu’elle n’est plus crédible aux yeux des Français, même si près de 50% des électeurs n’ont pas participé au scrutin. Le bureau politique des LR doit se réunir ce lundi soir. Il n’est pas sûr que les caciques du parti soient disposés à entendre ce que suggèrent les électeurs en invitant la vieille droite à choisir son nouveau camp, bien dessiné par Macron : soit celui des "progressistes", dominés par LREM, soit celui des souverainistes, dominés par le RN. Le spectre de "l’extrême droite" est devenu un cliché qui ne rend plus compte de la diversité du vote civilisationnel.

Dès hier soir, la gauche en déroute n’avait que le mot "union" à la bouche. Mais ce que s’autorisent les socialistes depuis 1971 et le congrès d’Epinay, qui allait sceller l’alliance avec le très stalinien PCF, est refusé à la droite par les faiseurs de morale. Cet interdit unilatéral a été tellement intégré par la droite de gouvernement qu’elle est la première désormais a rejeter l’hypothèse d’un rapprochement avec le RN, alors que celui-ci n’a plus rien de commun avec l’infréquentable FN de Jean-Marie Le Pen.
Dès hier soir, les barons de LR semblaient être d’accord pour relancer, sans autre imagination, l’union avec le Centre, en passant par le silencieux Xavier Bertrand. "Tout est à reconstruire du sol au plafond", a expliqué Valérie Pécresse, ce matin sur RTL. Reste que la fin de l’histoire est déjà écrite, si Les Républicains persistent à regarder de haut un RN qui capte le vote souverainiste : lors de la prochaine présidentielle, en cas de probable nouveau duel Macron-Le Pen, cette dernière aura de grande chance d’être à nouveau battue, à cause de son isolement. C’est cette absurdité qui est à résoudre, alors que partout en Europe les populistes se consolident sur des alliances et des personnalités compétentes. Sur les questions sociétales, les différences entre François-Xavier Bellamy et Jordan Bardella étaient mineures. Des électeurs LR ont d’ailleurs apporté des voix à la liste RN, dans la recherche d’un vote utile. Macron, comme la gauche, redoute une union des droites. Or son opposition aux souverainistes est l’occasion de consolider cette force politique, seule capable d’assurer l’alternance.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 mai 2019
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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