Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Les leçons à tirer de la tournée de Trump
 
CHRONIQUE - Trois grands principes semblent structurer l'action du président américain: ses actions et ses prises de parole sont continûment encadrées, il ne fait pas de micro-management, et il ajoute une dimension transactionnelle à toutes ses actions diplomatiques.
 
Le 27 mai 2017, à Taormine, Donald Trump achevait sa première grande tournée diplomatique. Quelles leçons tirer de ce voyage de huit jours ayant amené le président des États-Unis au Moyen-Orient puis en Europe ?
Pour tenter de mieux comprendre le fonctionnement de la nouvelle Administration américaine et de mieux discerner les grandes lignes de la politique étrangère de ce président pour le moins atypique, il n'est pas inutile, dans l'analyse, de bien séparer la forme du fond.
 
Sur la forme, trois grands principes semblent désormais structurer l'action de l'exécutif américain.
Premièrement, la personne du président, son action, ses prises de parole, sont continûment encadrées par les "trois adultes". Selon la presse américaine, ce sont les trois personnalités chargées par l'establishment républicain de veiller sur bébé Donald : le secrétaire d'État Tillerson, le secrétaire à la Défense Mattis, le conseiller national pour la sécurité, le général McMaster. Durant le sommet de l'Otan à Bruxelles, Trump a consenti à évoquer la "menace russe". Ce n'est assurément pas ce que lui dictait son instinct, qui ne sent qu'un vrai ennemi pour l'Amérique : l'État islamique. Mais c'est la phrase que voulait de lui l'establishment diplomatico-militaire, afin de rassurer les alliés voisins de la Russie (pays Baltes, Pologne, etc.), et afin de ne pas apparaître comme un féal de Moscou, au moment où les sénateurs démocrates rêvent de le destituer pour ce motif.
 
Deuxième principe, le président ne fait pas de micro-management. Contrairement à son prédécesseur Barack Obama, qui pouvait examiner les plans d'une opération militaire secrète jusqu'à ses moindres détails, Donald Trump délègue très volontiers son pouvoir. Régnant sur le Pentagone, le général Mattis est libre de prendre les initiatives qu'il juge utiles pour la sécurité des États-Unis.
 
Troisième principe, Donald Trump a ajouté une dimension transactionnelle à toutes ses actions diplomatiques : si tu me donnes ceci, je te donnerai cela. Le message du nouveau Jupiter américain a été reçu cinq sur cinq par les alliés européens : rehaussez d'abord vos budgets de défense ; et seulement ensuite je redonnerai vie à l'article 5 de la Charte de l'Otan, qui prévoit assistance militaire immédiate en cas d'agression armée contre l'un de ses membres.
 
Sur le fond, les Américains ont abandonné la doctrine néoconservatrice chère à George W. Bush qui, par rapport à l'impératif de maintien de la paix dans le monde, privilégiait l'exportation de la "démocratie" à l'occidentale, au besoin par la force. À Riyad, Trump a réactivé le pacte de février 1945 entre les États-Unis et l'Arabie saoudite. La dynastie wahhabite n'a pas lésiné pour acheter le renouvellement de sa protection militaire : plus de 300 milliards de dollars de contrats en tous genres. En outre, elle a accepté de créer un centre de lutte contre les mouvements djihadistes et de criminaliser leur financement. Était-il utile que Trump désignât l'Iran chiite comme une des grandes menaces actuelles pour la sécurité de la planète, alors que l'on sait que la totalité des attentats perpétrés au nom de l'islam à travers le vaste monde, le sont aujourd'hui par des sunnites ? En diplomatie, toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire. Mais assener des contre-vérités provoque toujours un dangereux retour de flamme.
 
À Jérusalem, le président américain a rassuré les Israéliens sur la solidité d'une alliance stratégique remontant à Truman. Mais il est allé beaucoup moins loin que lors de sa campagne électorale : pas de transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem - qui aurait posé des problèmes juridiques gigantesques, eu égard aux résolutions de l'ONU votées par les États-Unis. Trump a demandé aux Israéliens de se calmer sur la colonisation en Cisjordanie, parce qu'il conserve le rêve de faire la paix en Palestine sur la base d'une solution à deux États (un juif, un arabe), et qu'il souhaite ménager ses deux autres grands alliés au Moyen-Orient : l'Arabie saoudite et l'Égypte.
 
Lors de la réunion du G7 en Sicile, le président américain a envoyé deux messages à ses partenaires du monde capitaliste libéral. Sur le commerce international, il a renoncé au protectionnisme, préconisant seulement le passage du free trade au fair trade ; il s'est contenté de condamner les "mauvaises pratiques", un euphémisme adressé principalement au dumping chinois. Sur le dossier des migrants, Trump a dit aux Européens : c'est votre problème, réglez-le vous-mêmes, je ne vous aiderai en Libye que pour éliminer l'État islamique.
La France devrait-elle se plaindre du côté un peu brutal de la nouvelle diplomatie américaine ? Non. Il y a là au contraire une brèche dans laquelle la diplomatie française s'engouffre déjà, afin de retrouver son rayonnement d'antan.

Paru dans Le Figaro, 29 mai 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Pas plus de morale mais plus d'utilité
 
Les Français ne réclament pas plus de morale mais plus d'utilité. La soif de moralisation va de pair avec l'appel à la société civile, ou la mort des partis ­politiques et du clivage droite-gauche.
 
Il y a longtemps, François Bayrou avait dit, en refusant le rassemblement de la droite et du centre dans l'UMP : "Quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus rien." François Bayrou devrait se souvenir de cette phrase au moment où, devenu ministre de la Justice, il met au point une loi de moralisation très attendue. Tout le monde est d'accord sur sa nécessité après les ultimes rebondissements de la campagne présidentielle qui ont plombé la candidature de François Fillon. Mais si tout le monde pense la même chose, dirait le François Bayrou d'il y a quinze ans, c'est qu'on ne pense plus rien.
On ne pense plus que cette fameuse moralisation est un puits sans fond, une poire à chagrin, selon l'expression du général de Gaulle, comme le prouvent les récentes affaires Ferrand, et même Sarnez, qui éclaboussent les débuts du quinquennat Macron en dépit d'une justice et de médias soudain bien moins vindicatifs.
On ne pense plus surtout à ce que réclament vraiment les Français. Nous ne sommes pas un peuple de quakers mormons ou de puritains scandinaves. Nous ne faisons pas démissionner un ministre pour l'usage intempestif d'une carte Bleue et nous n'exigeons pas d'un chef de l'Etat qu'il pousse son chariot dans la grande surface du coin.
 
Nous n'avons pas fait la Révolution de 1789 pour l'instauration de la morale, mais pour l'abolition des privilèges. Et lorsque certains se sont mis à parler de vertu, l'ambiance révolutionnaire s'est gâtée. D'ailleurs, on retrouve chez certains journalistes dits d'investigation ou de magistrats purificateurs, les relents mal contenus des anciennes diatribes exterminatrices d'un Marat ou d'un Hébert… On connaît la phrase de Chateaubriand : "L'aristocratie a trois âges successifs : l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités ; sortie du premier, elle dégénère dans le second et s'éteint dans le dernier."
La sentence du vicomte ne vaut pas seulement pour la noblesse à particule. La classe politique est vue comme une aristocratie, tombée depuis belle lurette de l'âge des supériorités pour dégénérer dans l'âge des privilèges, voire celui des pures vanités. Et dans vanité, il y a vain.
 
Les Français ne réclament pas plus de morale mais plus d'utilité. Plus d'efficacité. Ils exigent la suppression des privilèges des politiques car ils estiment que ceux-ci ne les méritent plus au regard de l'état de la France. Ce n'est pas "Tous pourris", mais "Tous je m'enfoutistes" !
La prétendue soif de moralisation va de pair avec l'appel à la société civile, ou la mort des partis politiques et du clivage droite-gauche : l'appel au secours d'un peuple qui se noie et estime que ses élites politiques - et pas seulement elles - ne tentent même pas de le sauver de la noyade. Qu'elles ne s'intéressent plus à lui. Qu'elles se sont débarrassées de lui pour vivre leur vie d'élites désaffiliées et dénationalisées. C'est la fameuse rébellion des élites analysée naguère par l'Américain Christopher Lasch. Un peuple qui décide alors de noyer ses élites rebelles avec lui. Et tant pis si la justice ressemble à de la vengeance. Et la morale à de la vindicte

Paru dans Le Figaro Magazine, 2 juin 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
"Plus on parle de transparence, plus la méfiance s'installe"
 
ENTRETIEN - L'historien*, spécialiste reconnu de Richelieu, explique la conception de la morale publique en vigueur à l'âge classique et s'inquiète de l'engouement actuel pour la transparence.
 
LE FIGARO. - On a le sentiment d'une confusion grandissante entre morale publique et morale privée. Est-ce récent ?
Arnaud TEYSSIER. -
Les Français ont toujours été attentifs ou suspicieux envers l'intégrité des milieux dirigeants, dès lors qu'il y avait présomption de mélange des genres, ou des cassettes. Les mouvements d'opinion ou les manifestations médiatiques d'aujourd'hui sont sans commune mesure avec la virulence des campagnes qui ont marqué, par exemple, les débuts de la IIIe République - du scandale des décorations, monnayées en masse par le gendre du président Grévy, au scandale de Panama et à la dénonciation des "chéquards". En revanche, ce qui paraît peut-être nouveau, c'est la volonté des personnalités publiques d'exposer une partie - choisie - de leur vie privée comme un atout de communication. Du coup, les frontières entre public et privé sont devenues totalement poreuses. C'était ouvrir la boîte de Pandore…
 
Vous avez écrit sur Richelieu, théoricien de la raison d'État, soit la primauté de la politique sur la morale. Les grands hommes politiques doivent-ils être des saints ?
Richelieu n'était pas un saint - même s'il resta toute sa vie un prêtre d'une foi authentique et active -, mais il est mort l'esprit apaisé, certain qu'il "n'avait eu d'autres ennemis que ceux de l'État". Richelieu ne jugeait pas du tout que le prince ou ses ministres dussent s'affranchir de la morale au nom de la politique. Il considérait, au contraire, que ceux qui gouvernent doivent se soumettre à une morale publique qui est bien plus exigeante que la morale privée. "Ceux qui se sauveraient comme personnes privées se damnent parfois comme personnes publiques", écrit-il à Louis XIII. En clair, lorsqu'on gouverne les hommes, on ne saurait se contenter de la simple morale de l'homme privé : s'abstenir de faire du tort à ses voisins, vivre paisiblement en bon chrétien ou bon citoyen, attentiste sinon attentif. Tout cela est bel et bon, mais très inférieur aux devoirs qui incombent aux élites dirigeantes.
Avoir la charge d'une collectivité humaine exige par-dessus tout de protéger ses intérêts en prenant souvent des décisions difficiles. Ainsi, le prince qui redoute de trancher et laisse les intérêts individuels ou ceux des groupes de pression se réguler par le simple jeu des rapports de forces sauverait peut-être son âme s'il était un simple particulier. Mais dès lors que l'intéressé appartient à l'élite dirigeante, il doit être pleinement "dans sa charge", gouverner fermement, sinon il est sûr de se damner.
 
Cela signifie-t-il qu'on peut s'enrichir personnellement tout en servant l'État, comme l'a fait Richelieu ?
Évitons les anachronismes quant à la richesse de Richelieu : due à l'accumulation des revenus attachés aux très lourdes charges publiques qui composaient la substance même de son gouvernement, elle ne devait rien aux malversations, et moins encore à la perspective - irréalisable pour ce bourreau de travail et cet homme de foi - de jouir des richesses accumulées. Il s'en est surtout servi pour le bénéfice de l'État, ou pour de grands travaux d'architecture destinés à la grandeur de Dieu et du royaume. À l'époque, de surcroît, la frontière entre fortune privée et patrimoine public était très poreuse, et pas toujours dans le sens que l'on croit : il est arrivé que le cardinal paie lui-même pour des opérations que le roi n'était ponctuellement pas en état de financer. Dans son Testament politique, Richelieu parle beaucoup de la "probité" de l'homme public, qui, selon lui, doit être une probité "active". Il est réaliste et parle en homme de son temps, mais reste clair : "Elle n'empêche pas, écrit-il, qu'un homme ne puisse faire ses affaires en faisant celles de l'État. Mais elle lui défend seulement d'y penser au préjudice des intérêts publics, qui lui doivent être plus chers que sa propre vie."
 
Un autre Richelieu serait-il possible aujourd'hui ?
C'est la part du rêve. De Gaulle s'inscrivait assurément dans son sillage lorsqu'il a voulu resacraliser la fonction présidentielle par le suffrage universel, et restaurer la puissance de l'État.
 
L'impératif de la "transparence" est-il contraire à la tradition française en matière de morale publique ?
Plus on parle de transparence, plus, légitimement, la méfiance s'installe. Le pouvoir n'a pas à être transparent, et moins encore à se proclamer comme tel. Il doit rendre des comptes dans le cadre des institutions, mais il doit aussi être distant, doit gouverner, donc souvent négocier, et pratiquer, dans des cas limités, un certain "secret des affaires". La morale publique si exigeante définie par Richelieu suppose de privilégier de manière absolue les intérêts publics, surtout en période de crise grave, contre les curiosités privées. Doit-on même parfois mentir au peuple ? Ponctuellement, sans doute, si c'est pour le salut de la société. S'il s'agit, par exemple, d'éviter une panique générale et autodestructrice, c'est une évidence.
 
Il semble que l'opulence des puissants soit insupportable à nos contemporains…
Ce n'est pas nouveau, mais plutôt le symptôme de la crise profonde de confiance dans les institutions que connaît notre pays depuis une vingtaine d'années. Le caractère massif du vote blanc et de l'abstention, les quelque onze millions d'électeurs de Mme Le Pen au second tour de l'élection présidentielle confirment ce que nous voyons s'affirmer depuis de longues années. Et ce ne sont pas de simples arrangements d'appareils qui suffiront à répondre à cette crise, dont l'une des manifestations est en effet une intolérance croissante devant les affaires. Mais on trouve plus profondément, à l'aplomb de ce malaise, le sentiment d'abandon économique, social, territorial, qu'éprouve une partie de la population française et qu'ont si bien décrit, à des titres divers, Marcel Gauchet, Jean-Pierre Le Goff et Christophe Guilluy.
La force des inégalités peut conduire à réprouver une forme d'opulence. Mais le sentiment que le politique est impuissant, indifférent, ou idéologiquement informe, commande tout. "Dans ce monde politique ainsi composé et ainsi conduit, ce qui manquait le plus, surtout vers la fin, c'était la vie politique elle-même", écrivait Tocqueville sur les derniers jours de la monarchie de Juillet - un régime qui avait été pourtant prospère, pacifique et libéral.
 
* Ancien élève de l'École normale supérieure.
Auteur de plusieurs biographies saluées par la critique, Arnaud Teyssier a en particulier publié "Richelieu. L'aigle et la colombe" (Perrin, 2014, 526 p., 24,50 €) et "Charles Péguy. Une humanité française" (Perrin, coll. Tempus, 2014, 384 p., 9,50 €.

Paru dans Le Figaro, 3 juin 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Quand la soif de pureté révèle l’écroulement du politique
 
Les "affaires" et l’exemplarité des hommes politiques tournent à l’obsession et étouffent toutes les autres questions. Dans une sorte de roulement continu, les scandales s’enchaînent les uns aux autres, écrasant la vie publique. Depuis 2011, une tornade sans fin de mises en cause du comportement des dirigeants semble emporter la politique française : DSK, Cahuzac, Thévenoud, "Merci pour ce moment" et ses suites, Bygmalion… Les primaires de droite ont été dominées, fin 2016, par la quête de la vertu : "qui imagine de Gaulle mis en examen ?". Les présidentielles de 2017 ont été broyées par le "Fillongate". Et puis aujourd’hui, à peine un mois après l’élection d’un nouveau président, voici le gouvernement empêtré dans une série de mises en cause personnelles qui de nouveau, embrase la sphère politico-médiatique. Jamais, dans toute l’histoire, l’ébranlement par les affaires d’une nouvelle équipe issue du suffrage universel ne fut aussi soudaine.
 
La quête de pureté des dirigeants politiques semble écraser tout débat d’idées, et toute autre préoccupation. La France, en deux ans a été ensanglantée par le terrorisme. Le pays compte toujours 3,5 à 5,5 millions de chômeurs. Il est déchiré par l’exclusion, la crise des cités sensibles et de l’éducation nationale, la violence quotidienne, le danger du communautarisme, la pauvreté. Il est confronté à une situation internationale chaotique, au retour de la guerre froide, au risque d’une déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique par le djihadisme. Cependant, la question de la probité des élites politiciennes l’emporte sur tout le reste, y compris des sujets vitaux pour l’avenir du pays.
 
L’exigence absolue d’honnêteté en politique, par-delà toute autre préoccupation, s’impose comme un phénomène récent. Sous la société traditionnelle les dirigeants avaient peine à distinguer leurs intérêts personnels et ceux de l’Etat. Mazarin, au XVIIe siècle, ne fit-il pas fortune en servant la monarchie française ? Sous la République française, jusqu’à présent, les drames politico-financiers ont été légion, mais ils ne furent pas rédhibitoires pour les carrières. Le scandale de Panama n’a pas empêché Emile Loubet de devenir président de la République ni Georges Clemenceau d’accomplir son destin d’homme d’Etat. L’épouvantable affaire Stavisky en 1934 a eu peu d’incidence sur la carrière de Camille Chautemps porté peu de temps après à la présidence du Conseil. En ne parlons pas de Laval, le "maquignon", mêlant sans vergogne ses fonctions politiques et ses affaires privées dans l’imprimerie et la presse. Plus récemment, en 1990, une loi du gouvernement Rocard décidait l’amnistie générale des infractions liées à la corruption. Qui peut imaginer un tel scénario aujourd’hui ?
L’exigence de pureté absolue qui caractérise la vie politico-médiatique française actuelle pourrait se rattacher à une référence historique : la politique de Robespierre, l’Incorruptible, pourchassant toute trace de corruption dans sa quête de la vertu.
 
Que traduit l’obsession actuelle de la perfection des mœurs politiques, même au-delà de la défense des fonds publics ? Elle est dans la logique d’une évolution souterraine de la vie politique française qui donne le sentiment de s’éloigner chaque jour un peu plus du monde des réalités, de l’action, du gouvernement des choses, pour glisser dans le virtuel. Sous l’effet du spectacle médiatique, elle glisse subrepticement dans le culte de l’image, de la posture, du paraître au détriment du faire. Son objectif essentiel est de vendre du rêve, de l’apparence, de l’illusion. Depuis des décennies, tous les gouvernements sans exception échouent dans la confrontation avec la réalité : chômage, violence, désintégration sociale, déclin international. Dès lors, la politique s’enfuit dans une sphère peuplée d’émotions, de superstitions, de héros et de monstres, une bataille entre le mal et le bien. Elle engendre un univers où se font face des héros providentiels et des parias, victimes du lynchage médiatique, dans un climat d’abêtissement général. A cet égard, la marche dans l’utopie rejoint Robespierre, la guillotine et les fleuves de sang en moins évidemment.
 
La quête de pureté absolue en politique est la conséquence directe de ce fantastique bouleversement. Dès lors que la vie publique devient une affaire de posture et d’image personnelle, au détriment des sujets de fond et de l’intérêt général de la Nation, cette image ne saurait être que parfaite. La politique tend ainsi vers l’obsession de la propreté, de la perfection et de la pureté de l’image personnelle. Or, rien n’est plus fragile que l’image médiatique et le basculement de la sainteté républicaine au bannissement public quasi instantané. En soi, cette évolution peut paraître aller dans le sens du progrès de la démocratie, et l’exigence d’honnêteté chez les dirigeants politiques est parfaitement légitime. Toutefois, par son caractère obsessionnel, cette évolution est préoccupante car elle fait oublier tout le reste, y compris les questions les plus cruciales pour l’avenir du pays.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, publié dans Le Figaro, 2 juin 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Comment reconstruire une vraie droite
 
Qui comprend la droite ? Elle oscille entre collaboration et opposition. Devant cette offre aussi mouvante et imprécise, elle va payer cher, aux législatives, son refus de s’interroger sur elle-même. Dans un sondage Kantar Sofres publié ce mercredi par Le Figaro, La République en marche obtiendrait la majorité absolue avec 320 à 350 députés. En intentions de vote, le mouvement présidentiel récolterait 31% des suffrages, contre 18% pour LR, 17% pour le FN et 12 % pour La France insoumise. Mobilisée naguère par ses attaques contre le hollandisme, la droite n’a pas vu que son propre pacte fondateur, conclu il y a 15 ans, ne reposait que sur du sable et des mensonges de convenance. Je ne compte plus les invitations ici lancées pour aller vers un divorce et une refondation. Divorce : celui entre la droite honteuse, fascinée par un progressisme moralisateur à courte vue, et la droite assumée, soucieuse de lier la modernité à des préservations du passé. Refondation : celle d’un large mouvement libéral, conservateur et social qui puisse aborder les problèmes liés à l’endettement de la France et à la compétitivité des entreprises, les protections dues aux plus faibles, mais aussi les sujets interdits posés par une immigration qui refuse de s’intégrer, un islam politique conquérant, un conformisme consensuel émollient. Faute d’avoir été pensé, ce grand parti conservateur reste à construire, pour équilibrer le parti progressiste qui s’apprête à rafler la mise. Ce parti unique qui s’annonce est une anomalie qui ne peut perdurer.
 
Dans l’immédiat, va pour une majorité macronienne absolue ! De la même manière que Donald Trump, peu aimable sur l’Allemagne et l’Union européenne apathique, peut servir d’aiguillon pour responsabiliser l’Europe, une politique 100% Macron serait l’occasion pour cette droite éparpillée de se rebâtir sur des valeurs 100% opposées. Hormis le libéralisme, qui peut être partagé par le camp d’en face, la vision présidentielle d’une société communautarisée et inclusive, ouverte aux minorités et à leurs discriminations positives, mérite une opposition structurée et argumentée. D’autant que, sur l’islam, l’intérêt du président semble marginal. "Macron a montré au cours de la campagne présidentielle qu’il ne connaissait pas le problème numéro un de la France", écrit l’écrivain Boualem Sansal à ce propos, dans Le Figaro de mardi. Reste à savoir qui saura prendre l’initiative de ce grand rassemblement, qui devrait s’ouvrir à tous ceux qui refusent la disparition de la nation une et indivisible. Vu la guerre de tranchées entre LR et le FN, la solution devra dépasser ces partis obsolètes. En tout cas il est aisé d’imaginer, sur le papier, faire travailler ensemble des Wauquiez, Guaino, Dati, Morano, Dupont-Aignan, mais aussi des Hortefeux, Copé, Bertrand ? Et pourquoi pasMarion Marechal Le Pen ? Quant à Baroin, qui redoute la "droite scrogneugneu", j’ai comme un doute…Et vous, qu’en pensez-vous ?
blog.lefigaro.fr/rioufol, 31 mai 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Pour un renouvellement de l’éthique
 
Vaste programme !
Il n’existe pas de confiance sans éthique et difficilement d’éthique sans confiance.
Pour une fois, l’entreprise pourrait servir d’exemple ! Les gouvernements successifs n’ont jamais fait confiance aux chefs d’entreprise. Et pourtant les règles, codes, contrôles, chartes, audits qui jalonnent la vie quotidienne des entrepreneurs font que jamais la légèreté et les dérives de l’univers politique ne pourraient se produire impunément dans le secteur privé sans être immédiatement sanctionnés. Par ailleurs, lorsqu’il s’agit d’argent public, il conviendrait justement d’être beaucoup plus strict, de même que dans l’univers mutualiste….
Aucun salarié d’une entreprise privée n’envisagerait une note de frais sans justificatif, pourquoi est-ce impensable pour des parlementaires ? ETHIC est parfaitement conscient que les entrepreneurs ne sont ni pires ni meilleurs que les autres, mais leurs pratiques sont claires et contrôlées sur tous les plans, ce qui n’est pas le cas au sein de l’univers syndical et politique. A quand la définition de règles et de contrôles éthiques pour les syndicats (Cf. rapport Perruchot enterré à l’unanimité) ?
Non à la suspicion généralisée. Du passé faisons table rase mais repartons sur des bases simples et de bon sens en prenant exemple sur la bonne conduite des organismes privés. Peu importe les mots : confiance ou moralisation, le problème reste le même. Saluons sans grand enthousiasme ce début de projet de loi de François Bayrou qui mélange la bonne pratique quotidienne aux règles politiques, comme le renouvellement des mandats.
L’exemplarité c’est aujourd’hui !

Communiqué de presse d'ETHIC, 2 juin 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Bains de mer et costumes de bains                     
 
Melbourne-Saint Kilda, une plage : roses et dodues, des femmes de tous âges s'amusent au bord de l'eau aux côtés de jeunes personnes dûment couvertes d'un burkini noir ou bleu : tout le monde rit et s'ébat, bavarde sans penser à autre chose qu'au bonheur du bord de mer.
Sydney-Bondy beach : de belles surfeuses – comme on en voit dans les séries australiennes – déambulent avec leur planche, en combinaison de caoutchouc de la tête aux pieds, y compris une cagoule, avant d'atteindre la mer et ses vagues convoitées. Elles se mêlent à des indiennes en sari pataugeant au bord de l'eau avec leurs enfants, à d'autres jeunes femmes sans planche, elles aussi vêtues de la tête aux pieds, à des femmes en maillots une ou deux pièces, voire en string, à des garçons plus ou moins vêtus.
Ile Hook - Grande barrière de corail, au sud de Townsville : un des plus beaux endroits au monde, haut lieu de tourisme, de surf et de plongée : ici, bien des amateurs, au moment des grandes vagues, sont vêtus de caoutchouc anti méduses et bêtes piqueuses et mordeuses, de la tête aux pieds, avec ou sans planche, parfois juste pour admirer la mer et la fin du jour…
 
Dieu – quel qu'il soit – le sait : les Australiens sont fort puritains, très respectueux des préceptes chrétiens quelle que soit l'obédience, et aussi des croyances et de la liberté d'autrui. A partir du moment où ils ont accueilli d'importants contingents d'Afghans, Iraniens, Irakiens, Syriens, nombre de Pakistanais et de Bengalis, ils ont été soucieux – au nom d'une intégration rapide et la moins tumultueuse possible – de leurs donner toutes facilités pour garder leurs mœurs et les habitudes de leurs religions respectives, sans troubler la paix publique. La mosquée côtoie le temple et la chapelle.
Le burkini (mot ingénieux mêlant burka et bikini) a fait son apparition il y a environ 35 ans en Australie afin que les femmes obéissant à leur code social, mais désireuses de profiter de la plage et de l'eau, puissent le faire "comme les autres", comme leurs amies roses et blondes. Cela sans étiquetage défavorable ni a-priori soupçonneux. Le burkini est autorisé sur les plages publiques, mais pas dans les piscines (sauf si le règlement le prévoit ou s'il s'agit de cercles ou associations musulmanes). De fait, tellement de gens sont vêtus de la tête aux pieds sur toutes les plages d'Australie et de New Zélande qu'on ignore qui est quoi. Les seuls ennemis sont l'extrême froideur de l'eau, les courants, les requins et autres bestioles agressives. 
 
Ile de Penang, Malaisie : un des hôtels les plus chics de Feringghi beach ; nombreux voyages de noces : de très jeunes femmes sont dans la mer avec leurs jeunes époux, toutes couvertes de burkini : il fait 38°C.. Sans cette rituelle précaution, elles resteraient confinées dans leur suite ou dans les halls. De nombreux touristes occidentaux ne les remarquent même pas tant ce spectacle est familier. De toute façon la combinaison est recommandée pour se baigner et faire du ski nautique.
 
Sud de l'Inde – une plage au nord du Kerala : d'honorables dames pataugent au bord de l'eau avec leurs enfants, s'éclaboussent et rient, en saris de toutes les couleurs (certains déteignent un peu dans l'eau salée). Les Indiennes, pour la plupart, ne savent pas nager, et les Indiens, de manière générale, ont peur de l'eau. Mais l'air est surchauffé et se rafraîchir dans l'océan fait du bien. Ces dames regardent avec un amusement légèrement choqué les rares Occidentales abondamment dévêtues.
 
Japon : l'océan est sacré. Les Japonaises ne savent – le plus souvent – pas nager, à l'exception des pêcheuses de perles ou d'oursins, toutes vêtues de caoutchouc (depuis peu) ; elles déambulent ainsi des bateaux à leurs maisons, une fois leur travail terminé.
Conclusion : l'irrépressible désir de se dénuder au bord de la mer et de s'exhiber presque nu sur les plages est une manie strictement occidentale, en particulier européenne. Ce peut être une revanche sur le long enfermement dans des vêtements et des collets montés imposés par la Chrétienté. Les historiens du costume savent cela. Dans la plupart des autres cultures on ne se met à poil que dans les lieux réservés pour cet usage ou chez soi, dans l'intimité. Ne jamais oublier que nos arrières grand' mères se risquaient toutes habillées sur le bord de l'eau. Revoir les photographies de Brighton, Deauville ou Biarritz jusqu'à la Grande Guerre. C'est Gabrielle Chanel qui inventa, dans les années 20, les premiers "maillots" découvrant les genoux. Et cela fit scandale.
 
Le Conseil d’État – dans sa grande sagesse - a  raison : leburkini n'est en rien "un signe ostentatoire ou une provocation" : en France la liberté du vêtement est totale – sous réserve de décence - tout comme celle de circuler. Sa décision du 27 août 2016 a permis une année de paisible réflexion, mais le beau temps revenu avec ses bouffées de chaleur et son désir de plongeons aiguise de nouveau la vindicte des plus acharnés. Les plages publiques sont libres ; pour quelques-unes, selon une raison dûment justifiée, on pourrait admettre une pancarte indiquant que le burkini n'y est pas souhaité. Mais, la décision  rappelle : "l'accès au bord de l'eau doit rester libre". Que dire aussi des plages des hôtels de luxe, notamment à Cannes, Nice et autres, dont la clientèle est largement musulmane : ces dames sont-elles interdites de baignades, confinées auspa en sous-sol ? Comment cela se passe-t-il à l'Eden Roc, le plus bel hôtel du monde ? Certes, l'espace relève du droit privé, mais l'équation reste délicate. A La Ciotat, les plongeuses et surfeuses déambulent sur les quais de plaisance en combinaison de caoutchouc ; sont-elles de dangereuses intégristes ?
 
La connotation terroriste et terrorisante de certaines décisions locales fait de la France toute entière la risée de la planète, et dans sa stupidité semble relever "d'une mentalité archaïque" ("The Australian") sans doute insubmersible relent d'un ostracisme post-colonial. La hargne vient peut-être qu'il s'agit des femmes, constantes victimes de l'absence de liberté, voire de personnalité. En Grande Bretagne, au nord de l'Europe et en Allemagne, où les associations féministes sont très énergiques, de virulentes manifestations de femmes de tous âges et toutes origines ont été organisées pour "défendre le port du burkini ", avec le slogan "My body, my cloth, my choice". Sommes-nous en France tellement empêtrés dans nos relations ratées avec le Maghreb et ses ressortissants ? Pour toutes ces femmes si obéissantes à leurs père, frères (souvent les plus virulents), maris ou fiancés, le burkini représente le premier pas vers une libéralisation de leur vie. Sans doute, une poignée d'idiotes (mal scolarisées) arboreront-elles ce costume comme un étendard de trouble, mais il s'agira d'une infime minorité; il ne faut jamais se laisser gouverner par ce genre de dissonance. C'est ce que rappelle la bienfaisante décision du Conseil d’État.
 
Plus vaste et significatif, dès le 28 Aout 2016, le Haut Comité des Droits de l'Homme de l'O.N.U. a demandé au gouvernement français d'annuler les arrêtés "anti-burkini ". Ce qui a été exécuté ; toutefois, la Préfecture des Alpes maritimes a, cette année 2017, étendu à la totalité du littoral cannois l'interdiction du port du burkini pendant le Festival du Film, sans doute par crainte de trouble à l'ordre public. On peut donc prétendre que "l'affaire du burkini est un véritable laboratoire de la modernité", même si cette approche reste réductrice des complexes réalités qui l'entourent.
Au reste, quel est le plus décent ? Le monokini, le bikini, le string, le deux-pièces, le une-pièce, ou le burkini ?
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Soros et consorts
 
Ce qui est le plus insupportable venant des instances européennes, ce sont leurs ingérences dans les choix politiques des pays membres, même quand ceux ci ont reçu l’onction démocratique d’un vote.
Elles s’en prennent en particulier aux gouvernements qu’elles qualifient de "populistes"estimant désormais que leurs attaques répétées à l'égard des valeurs de l'Union ont fait du mal à l'image de l'UE. A vrai dire on ne voit pas que les décisions prises par la Hongrie et la Pologne enfreignent l’ "Etat de droit" dont il conviendrait d’ailleurs de définir les contours.
Le premier reproche que l’on fait aux deux pays : ils refusent la prise en charge de "réfugiés" arrivés en Grèce et en Italie, de fait ils n’ont pas accepté la moindre "relocalisation" de migrants. On se souvient du hourvari qu’avait suscité la construction d’un barrage le long de la frontière sud de la Hongrie dans le but de barrer la route des Balkans par laquelle passaient des hordes incontrôlables. Ce barrage existe toujours et personne n’en parle plus. La Hongrie place même en centre fermé les demandeurs d’asile. La Pologne et la Hongrie ont ainsi évité l’invasion qu’ont subie les pays qui ne contrôlaient pas leurs frontières. Depuis, la France, l’Allemagne et la Suède les ont fermées sans que la Commission Européenne y trouve à redire. Remarquons de plus que ni la Pologne ni la Hongrie n’ont été l’objet d’attaques terroristes.
 
L’autre reproche que l’on fait à la Hongrie est de vouloir contrôler les ONG internationales. Il ne semble pas scandaleux qu’un pays contrôle l’activité d’organismes privés pour connaître leur action et leur financement. On ne peut que regretter que l’Italie ne contrôle pas les ONG qui vont recueillir de faux naufragés au large de la Libye et qui, complices objectifs des passeurs, assurent leur transport vers la Sicile et Lampedusa.
Quant à la Pologne on reproche au gouvernement eurosceptique de Beata Szydlo des mesures prises conduisant au blocage du tribunal constitutionnel, la plus haute instance juridique du pays.
Mais le pire reproche que l’on fait à Victor Orban c’est de s’opposer au milliardaire d’origine Hongroise Georges Soros. Curieusement si la presse qui ne l’aimait pas, a toujours qualifié Trump de "milliardaire " ou de "magnat de l’immobilier" elle qualifie Georges Soros de "philanthrope".
 
Il convient de s’arrêter sur l’origine de la fortune de Georges Soros : son père était espérantophone ce qui n’est pas fréquent et montre que le jeune Georges a reçu une éducation internationaliste. Il est en Hongrie pendant l’occupation allemande pendant laquelle il échappe à la déportation. En 1946 il fuit la Hongrie sous occupation soviétique. Il émigre en Angleterre où il fait des études d’économie et travaille quelque temps dans une maison de courtage de la City. En 1956 il émigre aux Etats Unis. Il est analyste  dans plusieurs sociétés financières puis crée son propre fonds offshore basé à Curaçao, un paradis fiscal. Le fond spécule sur le marché des actions immobilières puis des devises. En 1992 il spécule sur la livre sterling, vendant à découvert 10 milliards de livres. Par la pression qu’il provoque il oblige l’Angleterre à sortir sa devise du Système Monétaire Européen, et en tire une plus-value estimée à 1,1 milliard de dollars. Beau remerciement au pays qui l’avait accueilli quand il avait fui la Hongrie. Il continue à spéculer sur les monnaies et accumule une fortune estimée à 20 milliards de dollars.
Depuis il consacre une partie de sa fortune à des activités philanthropiques orientées, généralement au profit de pays en voie de développement dans le but de promouvoir "des sociétés démocratiques et ouvertes". Parmi ses actions on remarque une étude sur le contrôle au faciès en France, une autre sur des discriminations dont seraient victimes les musulmans de Marseille, il fait un don au "Collectif contre l’islamophobie en France", donne un million de dollars pour obtenir la légalisation de marijuana en Californie et finance l’ "Human Rights Watch". On constatera l’origine douteuse de sa fortune surtout fondée sur la spéculation contre les monnaies et la curieuse orientation des œuvres qu’il soutient.
Il s’ingère activement dans la politique étrangère, ayant pris par exemple, à ses dires, une part importante dans la révolution de Maïdan en Ukraine.
 
Soros a fondé à Budapest une université anglophone, l’Université de d’Europe centrale qui accueille 1 500 étudiants. Son action est à l’évidence opposée au nationalisme avoué de Viktor Orban qui a qualifié Soros de "spéculateur financier" devant le Parlement de Strasbourg, propos jugé clairement antisémite (?). On reproche également à Viktor Orban une loi sur l’enseignement supérieur dont le seul but semble être la fermeture de l'Université d'Europe centrale de Georges Soros, ce qui n’est pas forcément faux.
Du coup les eurodéputés ont voté à une courte majorité une résolution recommandant l'activation, à l'égard de la Hongrie, de l'article 7 du traité de l'Union européenne. Si cette procédure va à son terme elle revient à priver un Etat de ses droits de vote au sein de l'Union.
Maintenant, le Parlement roumain vient de rejeter à une majorité écrasante le mariage homosexuel rejoignant la Pologne et la Hongrie. Voilà qui n’est pas conforme à la religion européiste et mondialiste des droits de l’homme chère à l’Union Européenne. On commence déjà à parler de priver les pays récalcitrants des fonds structurels dont ils sont de gros bénéficiaires.
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 26 mai 2017
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Transformons l’essai des modérés iraniens
 
La brillante victoire obtenue par Hassan Rohani au scrutin présidentiel iranien du vendredi 19 mai est la meilleure nouvelle en provenance du Moyen-Orient de cette première moitié d’année 2017. Il n’était pas évident que soit réélu dès le premier tour ce président qui avait mis tout son poids dans la balance pour obtenir un accord nucléaire sanctionné par l’ONU - où l’Iran renonçait à poursuivre l’enrichissement de son uranium en échange d’une suspension des sanctions commerciales internationales. Dans sa campagne électorale, Donald Trump avait fustigé cet accord signé le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (rejoints par l’Allemagne). Mais, heureusement, juste avant de s’envoler pour le royaume d’Arabie saoudite, l’ennemi juré de l’Iran, le président américain a reconduit la suspension des sanctions contre Téhéran, appliquant ainsi à la lettre l’accord du 14 juillet.
 
Lorsqu’il se fit élire président pour la première fois en 2013, Hassan Rohani avait fait campagne en faveur de la modération, de la prudence et de l’ouverture au monde. Ce clerc prenait ainsi le contre-pied du président populiste Mahmoud Ahmadinejad, qui avait alarmé le monde entier en relançant le programme nucléaire militaire iranien, en soutenant le pire révisionnisme historique (minimisant par exemple l’ampleur de la Shoah), en déclarant qu’Israël méritait d’être "rayé de la carte". En arrivant aux affaires, Rohani réussit à obtenir du guide de la révolution (l’ayatollah Khamenei, le numéro un du pouvoir iranien, qui détient constitutionnellement le dernier mot sur les sujets stratégiques) qu’on confie à son ministre des Affaires étrangères la gestion du dossier nucléaire. Javad Zarif, excellent anglophone, réussit rapidement à nouer un dialogue confiant avec son homologue américain John Kerry, ce qui facilita l’accord sur le nucléaire.
Dans sa campagne électorale de 2017, opposé au conservateur religieux Ibrahim Raïssi, le président Rohani a eu le courage de s’en prendre au pouvoir judiciaire, lui reprochant de maintenir une chape de plomb sur la société iranienne. Cette posture a marché bien au-delà des classes éduquées surfant sur les sites en anglais de l’Internet mondialisé, car il a obtenu 57 % des voix dès le premier tour, contre 38 % à son rival.
 
La République islamique d’Iran vit sous un curieux régime. Son principe est le "Velayat-e faqih", c’est-à-dire le principe d’une tutelle des théologiens sur le système politique. Les clercs sont bien sûr ceux du chiisme duodécimain, qui vénère ses douze imams, à commencer par Ali, le gendre du prophète. C’est la dynastie safavide qui a converti le pays au chiisme au XVIe siècle, afin de sceller son indépendance par rapport à l’Empire ottoman sunnite.
La théocratie iranienne a la particularité d’être irriguée par le suffrage universel. Il désigne non seulement le président tous les quatre ans, mais aussi, tous les huit ans, les 86 religieux de l’Assemblée des experts. C’est cette dernière qui élit à vie le guide suprême, gardant théoriquement le droit de le destituer. Si Rohani ou un autre modéré remplace Khamenei à sa mort, l’Iran rétablira définitivement ses relations séculaires avec l’Occident.
 
Lors de sa visite à Riyad le 21 mai 2017, le président américain, qui venait de signer pour 100 milliards de dollars de contrats militaires, a fustigé le "terrorisme" caractérisant à ses yeux le régime iranien. Donald Trump a-t-il oublié qu’il n’y avait pas un seul Iranien, pas un seul chiite, au sein du groupe des dix-neuf jeunes hommes qui perpétra les attentats du 11 septembre 2001 ? Le président américain ignore-t-il que c’est le wahhabisme saoudien qui fonde l’idéologie de Daech, État islamique qu’il a pourtant désigné comme son ennemi principal ? N’a-t-il pas compris que la société saoudienne est bloquée par les oulémas gardiens du wahhabisme dans sa progression vers davantage de tolérance ?
Renonçant à la diplomatie équilibrée dans le Golfe qu’initia Obama, Trump revient à la classique et juteuse alliance stratégique américano-saoudienne nouée par Roosevelt et Ben Saoud en février 1945. C’est l’occasion pour la France de se démarquer de son allié américain et de devenir leader en Occident du rétablissement des ponts culturels, politiques et économiques entre l’Europe et la Perse.
 
Transformons l’essai courageux des modérés iraniens !
Deux raisons plaident pour cette nouvelle diplomatie. Premièrement, l’Iran, la Turquie et l’Égypte sont les trois seules vraies nations du Moyen-Orient. Deuxièmement, la population iranienne, vaccinée contre l’islamisme au pouvoir, est très favorable aux valeurs occidentales. Laissons à l’Amérique son protectorat wahhabite et renouons avec cette immense civilisation orientale !
Paru dans Le Figaro, 23 mai 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version