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De la retenue, s’il vous plait

Monsieur Wauquiez s’est enhardi à dire, l’autre matin, après le joli coup perpétré par une "chance pour la France" au marché de Noël de Strasbourg : "Combien d’attentats commis par des fichés S devons-nous encore subir avant d’adapter notre droit à la lutte contre le terrorisme ?"
Cette incongruité lui a valu, de la part d’un imbécile dont le Dieu de miséricorde m’a fait la grâce de ne pas retenir le nom, une remarque rogue, rigoureuse, rectrice : monsieur Wauquiez aura manqué de retenue.
Ce mot me semble avoir une infinie portée symbolique. (On aime beaucoup les symboles dans notre France en pâmoison). Souhaiter que soient … mis hors d’état de nuire ? expulsés ? exécutés ? … des individus dont le plus cher désir est d’abattre du français de souche ("sous-chien"), du blanc, du juif, du chrétien ou du musulman non fanatisé, eh bien un tel souhait ne doit pas franchir la barrière de nos dents.

Manque de retenue ! Retenue est ici une litote pour : censure. La vérité, c’est qu’on ne censure pas assez en France. Que Cherif Chekatt ait mis à mal une douzaine de personnes, c’est un fâcheux incident, soit, mais il aurait mieux valu le taire. Au moins n'en pas faire d'histoires ! Voilà la vérité ! On en sait trop, toujours trop, et d’abord pourquoi avoir livré le nom de ce pieux massacreur ?
On me dira qu’il aurait pu, lui, d’abord, se retenir. Ah ! N’en demandez pas trop à un zélote d’Allah !
Manque de retenue : on a eu tort de divulguer les attentats de Toulouse, de Nice, de Paris. Ne serait-ce que pour éviter le risque de stigmatiser l’islam.
La retenue à la source, voilà la solution.

Le vrai problème n’est pas d’empêcher les attentats mais d’empêcher qu’on en parle, pas d’éliminer les "fichés S" mais d’éliminer toute incivilité à leur endroit. Madame Nyssen, dont le passage au ministère de la culture a été trop bref, allait dans ce sens : "changer les mentalités". Oui, c’est dégoûtant cette mentalité française obsessionnelle, ces réactions indignées, ce vœu itératif que le pays soit nettoyé de … Si proscrire absolument l’information est difficile, on devrait au moins la réduire, la replier sur les minima (je cite un grand écrivain).
Et puis (à cet exercice sont rompus nos gouvernants) pleurnicher, trémolos, mélismes compassionnels. Le don des armes, c’est pour les "fichés S" (quel jargon, grands dieux !), pour nous, "soumis", le don des larmes. Celles-ci, ne les retenons pas.

Envoyé par l'auteur, 13 décembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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Macron à la recherche du peuple perdu
 
Emmanuel Macroncomprend-il ce qui lui arrive ? C’est ce lundi soir que le chef de l’Etat sortira de son silence. Son entourage promet un exercice d’humilité. Dès vendredi, devant des maires des Yvelines reçus à l’Elysée, il aurait reconnu quelques "conneries", comme l’application des 80 km/h ou la baisse de 5 euros des APL. Mais il suffit de lire les agacements de beaucoup de macroniens face aux Gilets jaunes, vus comme des sortes de ploucs décérébrés et fascisants, pour mesurer le parcours que Macron doit effectuer s’il veut retrouver ce peuple perdu. Alors que la préférence immigrée est un sujet qui explique en partie la révolte de la France oubliée, Macron a délégué un secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne, pour avaliser ce matin, à Marrakech (Maroc), le "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières". Ce texte, que le gouvernement présente comme non contraignant et préservant la souveraineté, incite à "promouvoir le respect mutuel des cultures, des traditions et des coutumes entre les communautés d’accueil et les migrants". Son plaidoyer pour les droits de l’homme et des "sociétés inclusives" reprend le vocabulaire des propagandistes du multiculturalisme, ce cheval de Troie de l’islam politique. Le pouvoir dénonce des "fake news" et l’ombre de l’extrême droite chez ceux qui mettent en alerte contre cet engagement moral léonin. Ce faisant, la macrocrature aux abois utilise les mêmes injures et intimidations également déversées, en vain, sur les Gilets jaunes. Macron saura-t-il cesser de prendre les Français pour des imbéciles ?
 
Si la République a su montrer sa force, samedi à Paris, en contenant des manifestants (mais pas les casseurs d’extrême gauche, ni les pilleurs des cités), le chef de l’Etat reste fragilisé. La haine qu’il suscite chez les Gilets jaunes, avec l’approbation d’une majorité de sondés, l’oblige à s’interroger sur lui-même. Ses soutiens les plus ardents ne lui rendent d’ailleurs pas service quand ils persistent à caricaturer un mouvement populaire qu’ils ne comprennent pas. Ceux qui assurent ne pas discerner les revendications ni les programmes des révoltés raisonnent selon les normes de leur ancien monde. Les prétendus bouseux bas de front, que moque une ridicule "élite" parisienne, sont en phase avec la révolution numérique et l’ubérisation des comportements politiques. Une intelligence collective foisonne sur les réseaux sociaux, là où s’écrivent les cahiers de doléance. "Le meilleur moyen d’avoir une bonne idée est d’en avoir beaucoup", expliquait Linus Pauling, prix Nobel de chimie. Nulle agence de communication n’a été utile pour choisir l’idée géniale du gilet jaune comme symbole d’une détresse collective et d’une exigence de visibilité. Le recours aux algorithmes peut parfaitement faire ressortir les lignes de force des revendications. Elles ne s’arrêtent pas au pouvoir d’achat que tentera de résoudre ce soir le chef de l’Etat. Elles posent aussi le problème de la protection culturelle des Français de France, et de leur place dans la vie politique. Pour Macron, c’est un changement de cap qui lui est demandé. Au risque de voir les Gilets jaunes, demain, bousculer le gouvernement.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 10 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Quelque chose qui ne marche plus…
 
Le président, hier soir, à la télévision : une fois de plus, quelque chose ne passait pas, comme inaudible, lointain, inaccessible. La rupture avec la France était comme actée, peut-être irrémédiable.
Mais le malaise est infiniment plus profond qu’un simple rejet de sa personne. Imagine-t-on un instant Mme le Pen ou M. Mélenchon, à sa place, faisant mieux, c’est-à-dire renouant le lien de sympathie et de confiance avec la Nation ? Ou n’importe qui d’autre d’ailleurs ? Inconcevable. C’est l’idée même d’un prince gestionnaire, inamovible et irresponsable, même électif, installé dans les palais de la République et s’adressant au peuple sur le petit écran comme à des sujets qui ne passe plus.
L’idée même d’un bon président de la République, choisi démocratiquement par le peuple, modeste, sans idée de réélection, indifférent à son propre sort et attaché au seul bien du pays et de ses habitants, assez subtil pour prendre du recul et déléguer le pouvoir à un Gouvernement sous le contrôle du Parlement, n’est même plus crédible, ni envisageable. Le régime tel qu’il est aujourd’hui, est par nature tourné sur l’egocentrisme au détriment du bien commun. Un symptôme de cette déchéance : le "je" répétitif, obsessionnel, maladif, absurde, comme un abîme où tout s’engouffre et se noie.

Dans le système tel qu’il est devenu, fondé sur l’exaltation de l’image présidentielle au détriment de toutes les sources d’autorité, seuls des personnages d’un ego démesuré au regard de leurs véritables capacités de caractère ou d’intelligence peuvent être intéressés par la fonction. Leur destin individuel et leur vanité, quels qu’ils soient, l’emporteront par définition sur l’intérêt général du pays.
Ensuite, dans un système privé de vrais partis politiques et annihilant le débat d’idées et de projet collectif, le parcours d’un présidentiable ne peut reposer que sur le cynisme et l’absence de scrupule : se faire coopter, donc agir en lèche-botte, avant de porter le coup fatal à son protecteur. Voilà ce que l’on retrouve un peu partout à la tête de l’Etat : fayotage, cynisme et médiocrité sont les voies royales de l’accession au plus haut niveau. N’importe quel être doué de raison et d’un minimum de dignité ne peut aujourd’hui que fuir un tel bourbier.

Il faut être adoubé par le système médiatique. C’est lui et uniquement lui dans le monde moderne, qui choisit d’exposer telle ou telle personnalité, afin d’en faire une vedette, la populariser et l’ériger en candidat potentiel. La notoriété d’un homme ou d’une femme est exactement proportionnelle à son temps de passage sur les ondes…
Le système médiatique sélectionne donc soit des êtres qui lui ressemblent et partagent son idéologie narcissique et post-nationale, soit des épouvantails qui vont servir de tremplin au premier pour accéder ou conserver à la place dorée dans les palais du pouvoir. Une personnalité représentative de la Nation, simple, honnête, sans esbroufe, avec des idées mais sans idéologie, proche du peuple, et uniquement motivée par l’intérêt du pays n’a aucune chance de percer le barrage médiatique et de se faire connaître. Internet pourrait devenir un canal concurrent à celui des médias officiels mais nous n’en sommes pas encore là.

La France a connu de bons présidents, ou présidents convenables, mais à une autre époque. Il existait alors une vie politique, des débats d’idées, des partis susceptibles de faire émerger en leur sein des hommes ou femmes de qualité. Du néant politique actuel ne peut rien sortir de mieux que le spectacle médiocre auquel nous assistons aujourd’hui. La France a besoin d’une révolution (pacifique), de ses institutions et de sa culture politique.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 11 décembre 2018
Publié dans En France
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La bonne parole de l'ONU sur les migrants
 
Plutôt que de présenter un pacte sur les migrations aux contours critiquables, l'organisation devrait concentrer ses efforts sur les massacres et guerres qui croissent un peu partout en Afrique.
 
Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, était à l'honneur, lundi 10 décembre 2018, sous le soleil de Marrakech. Des délégations étaient venues de plus de 150 pays pour y approuver un texte non contraignant, mais hautement symbolique : le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies.
L'idée est de faire partager un même corpus de principes par les pays de départ des migrants, les pays de transit et les pays de destination. Il reprend des principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Certains objectifs du Pacte emportent avec eux un humanisme de bon aloi. Ainsi l'objectif 17 précise que les États s'engagent "à éliminer toutes les formes de discrimination et à condamner et combattre les expressions, les manifestations et les actes de racisme, de discrimination raciale, de violence et de xénophobie visant tous les migrants". On y trouve aussi une demi-dose de pragmatisme. Ainsi, le pacte appelle à la lutte contre les problèmes structurels qui poussent les migrants au départ, ainsi qu'à la facilitation du retour, de la réadmission et de la réintégration des migrants dans leur pays de départ.
 
L'ONU ne s'est pas trompée en choisissant la ville de Marrakech. La ville regorge d'hôtels confortables, mais, surtout, elle n'est pas très éloignée du Sahara. Or ce désert est redevenu une zone en or pour tous les trafiquants d'êtres humains. Autrefois, le Sahara était un espace de transit pour la traite des esclaves noirs, organisée par les Arabes et acheminée par les Touaregs, les Maures et les Toubous. La colonisation française et ses détachements de méharistes ont mis un terme à ces trafics.
Aujourd'hui, les passeurs sont redevenus les rois du Sahara. Pour les migrants, le prix à payer est élevé (3 000 euros en moyenne) et les risques sont importants : mort par la soif ou par le froid dans le désert, réduction à un esclavage temporaire dans les villes de transit, noyades dans la Méditerranée. En revanche, pour les passeurs, les gains sont élevés et les risques nuls. Car autant on a souvent vu des passeurs tuer leurs passagers clandestins, autant on n'a jamais vu un passeur se faire tuer par la police d'un pays de départ, de transit ou de destination. Les passeurs sont passés maîtres dans l'art de corrompre les autorités locales. Ils sont confiants dans l'avenir de leur business, tant la demande est forte.
 
Une enquête Gallup de 2016 a montré que l'Afrique noire était la région du monde où le désir d'immigrer était le plus fort, 42 % des jeunes de 15 à 24 ans affirmant sans ambages qu'ils souhaitaient partir. Parmi les diplômés du supérieur de l'Afrique subsaharienne, 32 % souhaitent aussi quitter la terre de leurs ancêtres, ce qui est dramatique pour les ambitions de développement de ces pays. Ce phénomène touche l'Afrique, qui ne parvient pas à consolider son développement, alors qu'il épargne les pays d'Asie du Sud-Est ayant réussi leur transition industrielle. Le phénomène migratoire africain est bien devenu le principal défi géopolitique de ce siècle.
 
Mais on peut faire trois critiques de fond à ce nouveau pacte onusien. D'abord, il ne distingue pas entre les vrais réfugiés politiques et les migrants économiques, et il n'est pas équilibré. Il insiste beaucoup plus sur la qualité d'accueil requise des pays de destination, que sur les devoirs des pays de départ. Il se permet même de faire la leçon aux médias des pays d'accueil. L'ONU aurait-elle oublié qu'en Occident il y a encore la liberté d'expression ?
Ensuite, ce pacte reconnaît la souveraineté des États mais omet de poser la question fondamentale de la démocratie. Les peuples des pays d'accueil ont-ils ou non le droit de se prononcer librement sur la protection de leurs frontières ? Sont-ils ou non légitimes quand ils demandent que leurs lois soient respectées ? Sont-ils ou non fondés à choisir s'ils veulent rester comme ils sont, ou passer à une société multiculturelle nourrie par l'immigration ?
Enfin, on peut se demander si l'ONU n'avait pas mieux à faire qu'à prêcher la bonne parole aux pays riches qui la financent. Pourquoi ne concentre-t-elle pas ses efforts sur les guerres et les massacres au Sud-Soudan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Mali ? Où en est cet admirable projet agronomique de "Grande muraille verte", censée courir du Sénégal à Djibouti, afin d'arrêter l'avancée du désert du nord vers le sud ? Depuis 1945, l'ONU a beaucoup parlé et peu agi (souvenons-nous de sa catastrophique "mission" au Rwanda en 1994 !). Laisser un temps les grands discours pour des réalisations concrètes ne ferait aucun mal à la politique de M. Guterres envers l'Afrique.

Paru dans Le Figaro, 11 décembre 2018
Publié dans De par le monde
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Macron canard boiteux ? Ou alors quel Acte II ?
 
Qu’est-ce qui va maintenant se passer ? Et surtout : qu’est-ce qui vient après ? 
Désormais tout peut arriver, n'importe quoi devient possible, car il n’y a aucune solution solide et sérieuse pour remplacer le néolibéralisme, et trop de gens n'en veulent plus.
Il faudrait imaginer 1° une économie mondiale d’entreprise, plus solidaire mais non socialiste, 2° une culture mondiale de liberté au-delà de l’idéologie libérale, 3° une politique de paix organisant les nations sans les annuler, et enfin 4° une démocratie nationale plus effective mais qui ne tende pas au socialisme. 
 
Cette réforme est mentalement impossible dans le cadre de la pensée postmoderne. Celle-ci d'abord est trop complice du néolibéralisme par sa critique relativiste et libertaire de la raison, de la morale et de la métaphysique. Ensuite, elle empêche trop toute vision d’ensemble et grand récit. La réforme est impossible sans rationalité et normativité contestant l’arbitraire individuel. Nous avons besoin d’un nouvel humanisme synthétisant toute la tradition humaniste antique, moderne, chrétienne. 
A défaut, nous pouvons décider de simplement cesser d’évoluer et de revenir en arrière, auquel cas nous nous exposerions à un déclassement rapide et à une vrille de type vénézuélien, sauf que nous n’avons pas encore de Chavez. 
 
Où donc tout cela peut-il aller ? L’immense jacquerie actuelle ne mène à rien qu’à un immense gâchis, s’il n’y a pas d’élites pour la conduire, dotées d’une vision claire et fonctionnelle de l’avenir. La justice est une vertu, une valeur, une idée générale, pas un programme ni une méthode, surtout si la "justice" est affirmée sans morale ni raison fortes. Les partis d’opposition, modérés ou populistes, n’ont pas le début d’un projet sérieux de remplacement du néolibéralisme mondial technocratique. Le psychodrame protestataire devient ainsi une fin en soi et se déploie sans idée directrice ni vision. A lui seul, il ne peut que pourrir et retomber dans la morosité de la désespérance. Pourrait-il s’installer dans une sorte de guérilla nihiliste soft ?
Toutefois certains séditieux ne sont pas dépourvus de vision. Ils ne disparaitront pas. Ils pourront profiter du désordre endémique pour tenter de remettre à l’ordre du jour diverses formules totalitaires, néo-communistes, trotskystes ou islamistes. D’autres peuvent estimer que l’avenir consiste dans la démondialisation radicale : la réorganisation de chaque économie sur une base strictement nationale, autarcique ; le renfermement de chaque nation dans sa propre culture et sa propre population. Il est malheureusement très clair que ce choix ne peut à terme conduire qu’à des dictatures néo-fascistes ou néo-communistes, non pas comme dans le passé, mais sur le mode postmoderne. En l’absence de nouvelle vision sérieuse, telle ou telle de ces tentatives pourrait peut-être avoir quelque chance de réussite, si une main de l’étranger pouvait les pousser. Le recours à l’armée serait-il alors nécessaire ? Nous n’en sommes pas là.  
 
Une base politique beaucoup trop étroite
Le président de la République est en grande difficulté, car il aurait besoin des "conservateurs" (pas seulement des gens qui ont peur des casseurs), et il se les est aliénés par son image de progressiste dogmatique. De plus, le péché originel de sa présidence est le "coup d'Etat légal" qui a volé la présidence aux Républicains. Inutile d'y revenir, mais cela explique en partie sa solitude actuelle. Le président ne retrouvera une base politique minimale que s'il renonce définitivement à tout nouveau délire "sociétal" pour la durée de ses mandats et remet à plat sa politique européenne, pour la sauver. Sinon, beaucoup jugeront qu'il ne vaut pas la peine de l'empêcher de couler.
 
Allons-nous vers le "Bruxout" en mai 2019 ? 
Aucun de nos pays européens ne fait le poids dans le monde actuel sans la présence des autres, mais virtuellement la majorité d’entre eux ne veut plus du Bruxelles néolibéral. Alors que faire ? Une mise à plat est la seule façon d’éviter ce qu’il faut appeler le Bruxout : autrement dit, l’Europe votant significativement en mai pour sortir de Bruxelles, ou, ce qui revient au même, pour sortir Bruxelles de l’Europe. Et, à terme, le rejet du libéralisme signifiant peu à peu l’établissement de régimes dictatoriaux (version postmoderne). 
Le président doit bien se rendre compte que l’Allemagne ne sait pas davantage où elle va et n’est plus un partenaire fiable pour longtemps. Il n’a de toute façon plus aucune autorité ou marge de manœuvre désormais, tant qu’il n’a pas rétabli sa situation à la maison. 
Les Italiens ont compris qu’il fallait choisir entre le déficit et la révolution sociale. Dans une telle situation, il faut évidemment opter pour le déficit, mais l’utiliser pour investir massivement dans la création d’emploi, réelle, pas dans les "ateliers nationaux".  
 
Macron canard boiteux ? Ou alors quel Acte II ?
Chacun peut admettre de bonne foi que personne n’aurait fait ou vraiment mieux ou vraiment pire que Macron, en l’absence de pensée directrice suffisante pour l’avenir. La Constitution ne permet pas aujourd’hui le départ du Chef de l’État et son expulsion de fait inconstitutionnelle par la rue détruirait l’état de droit avec des conséquences incalculables. 
 
Mais si Macron ne fait pas ce qu’il faut, il est condamné à se survivre impuissant pendant encore trois ans et la France à ramer dans le marécage. Le rôle principal du président est d’organiser la recherche d’une pensée commune véritablement innovante, pour trouver les solutions et nous sortir tous du trou. 
Le second acte de sa présidence ne peut commencer que par un acte d’humilité. Il doit reconnaître ouvertement qu’il a trop valorisé le néolibéralisme, sous-estimé les difficultés et voulu forcer trop de gens à trop de choses détestées, sans perspective ni contrepartie. 
L’acte d’humilité ne suffira jamais sans un acte de conversion de la technocratie à l’humanité. Même s’il n’y a pas de politique sérieuse sans compétence technique, la technocratie est une idéologie désormais haïe, tant elle exclut la chaleur humaine, l’amitié et l’amour, la solidarité naturelle et cordiale vis-à-vis des gens qui ne s’en sortent plus, des familles qui s’endettent et des personnes âgées dans le besoin. Ce peuple a besoin de dirigeants capables d’être authentiquement chaleureux, sans singeries de "communicants". Qu'ils prennent sincèrement à cœur, comme si c’était les leurs propres, les soucis de pouvoir d’achat et de sécurité pour l’avenir.   
 
Seul un tel acte d’humilité du président et une telle conversion à l'humanité peuvent ouvrir sur un projet de refondation, dont la recherche redonnerait un but commun aux esprits, un sens à sa présidence et qui permettrait d’affronter le problème de fond de notre pays et de l’Europe. Selon certains, on peut redouter que sa présidence soit paralysée, ou même qu'il soit fini à brève échéance. Toutefois, en l’absence de concurrence vraiment crédible, de vision alternative rationnelle et non extrémiste, et surtout à défaut d’un goût soudain des Français pour l’aventure et la violence, ce mouvement risque plutôt de pourrir dans la désespérance. Mais si Emmanuel Macron veut faire plus que survivre en tapant dur, il doit briser son isolement. Il ne semble pas avoir pour cela trente-six solutions.

Paru sur www.henrihude.fr, 8 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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La violence nihiliste
 
Ce quatrième samedi de troubles marque un tournant. Le triste spectacle que donnent les avenues et quartiers prestigieux de la capitale est désormais sans lien avec le mouvement initial des gilets jaunes, comme chacun peut le constater au regard des images. Celui-ci a eu gain de cause au regard de ses demandes initiales à la fois concrètes et emblématiques, parfaitement légitimes et fondées, relatives à la taxation du carburant. Il faut souhaiter qu’il trouve maintenant son expression politique et démocratique, bien loin des partis extrémistes qui ont lamentablement cherché à le récupérer. Ce triste spectacle de ce samedi n’est pas non plus révolutionnaire : les affrontements sont le fait d’une poignée d’individus entraînés à détruire et non d’une dynamique populaire ; ils ne débouchent sur aucun projet, aucune volonté politique. Il est dans une logique nihiliste : il n’a pas d’autre raison d’être que de détruire, blesser, piller, répandre le mal et la violence comme des fins en soi. Les forces de l’ordre ne protègent d’ailleurs pas un parti, une équipe au pouvoir. Elles protègent l’Etat de droit, la liberté, l’intégrité du territoire, la sécurité des Français face à des voyous et des casseurs. Les politiciens qui veulent profiter de ces événements pour rajouter du chaos au chaos et se présenter en recours se révèlent dans toute leur irresponsabilité. Face au triste spectacle de la capitale, en ce samedi 8 décembre, une seule pensée me vient à l’esprit : solidarité avec les forces de l’ordre en lutte contre le chaos avec un dévouement et un professionnalisme qui doivent faire la fierté et l’honneur de la France dont l’image est en ce moment tellement saccagée.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 8 décembre 2018
Publié dans En France
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La sapèque
 
Je possède une sapèque (1) d’argent provenant "du palais d’été de l’empereur" autrement dit de ce pillage injustifiable connu sous le nom du "sac du Palais d’Eté". Le 18 octobre 1860 les Français et les Anglais ont pillé et brulé le Palais d’Eté de l’empereur de Chine à Pékin au cours de la Seconde guerre de l’opium destinée à contraindre son pays à s’ouvrir à leurs commerçants.
Je ne sais pas comment cette sapèque m’est parvenue, peut être vient-elle d’un de mes ancêtres ayant participé à cet acte de vandalisme.
Les Chinois s’en souviennent encore et en ont gardé une rancune tenace, mais n’ont jamais demandé la restitution des objets volés dont certains doivent bien se trouver à Paris au Musée Guimet, ils se contentent de les racheter – fort cher – sur le marché de l’art.
On est en train de restituer au Bénin, vingt-six œuvres d’art saisies dans les ruines du palais du roi Béhanzin en novembre 1892, par le colonel Dodds qui en fit don au musée du Trocadéro à Paris.
Le président béninois, Patrice Talon en demande la restitution ce que le président Macron s’empresse de faire. Mais il se heurte au code du patrimoine qui prescrit l’inaliénabilité des collections des musées. Qu’à cela ne tienne on va prévoir une dérogation pour les états africains subsahariens "dont les territoires correspondent à d’anciennes colonies françaises". Bien entendu il y a là un acte de repentance de plus pour les "méfaits" de la colonisation.
 
Pourquoi s’en tenir à l’Afrique ? Les musées français regorgent de butins de guerre y compris provenant des guerres napoléoniennes ? On ne va quand même pas les vider pour complaire à tel ou tel chef d’état.
Je me souviens de l’état dans lequel il y a quelques années on avait trouvé le musée de Dakar, conditions de conservation indignes, disparition de nombreux objets victimes d’un pillage qui n’était pas de notre fait.
Les Chinois viennent de financer à Dakar la construction d’un musée des "civilisations noires", il pourra accueillir 18 000 pièces allant des premiers hominidés aux créations artistiques actuelles. Déjà le Sénégal souhaite la restitution de "toutes" les œuvres d’art, avec le précédent béninois comment refuser ? Au nom de la "repentance coloniale" que le Président ne cesse d’invoquer va-t-on vider nos musées, alors qu’il est bien évident qu’on leur doit la conservation de ce patrimoine étant donné les conditions de conservation et les pillages qui prévalent dans nombre de musées africains. Un rapport d’universitaires Felwinn Sarr et Bénédicte Savoye préconise la restitution sans condition aux états africains de tous les objets pillés ou acquis à vil prix durant la période coloniale, soit quelque 46 000 objets détenus dans les collections publiques. En dehors de toute autre considération, on ne peut que condamner le "fait du prince" auquel se livre le président Macron contre toute réglementation.
Quoiqu’il en soit j’envisage de proposer à monsieur Xi la restitution de ma sapèque.
 
(1) ancienne pièce de monnaie chinoise
Envoyé par l'auteur, 9 décembre 2018
Publié dans Devant l'histoire
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Vous vouliez une "transition", vous avez une "révolution" !
 
La bataille des images fait rage sur les écrans et les réseaux sociaux autour de symboles profanés. Les commentateurs ouvrent allègrement des boites de Pandore en parlant d’insurrection et de guerre civile sans savoir ce que c’est réellement. Pendant ce temps la France glisse dans la confusion, la sidération et l’émotion.
 
Il y a 10 ans, quand j’ai écrit "Quand la France réagira… " (1), j’avais évoqué, comme le ferait un médecin de façon préventive, trois symptômes pour qualifier la gravité de la crise qui caractérise notre pays à savoir :
Le symptôme argentin du fait de la courbe de la dette et de la faillite des politiques publiques qui permettent de masquer le déclassement du pays et de bloquer toute transformation de notre société afin de maintenir l’illusion d’un train de vie.
Le symptôme yougoslave avec l’émergence d’un divorce profond entre la population et les élites qui provoque une implosion de la "Res-Publica" et une fractalisation des cohérences et cohésions territoriales.
Le symptôme libanais avec des centaines de zone de non-droit qui se sont enkystées partout dans les périphéries de nos villes et agglomérations avec des logiques communautaristes et religieuses qui sont devenues les nouvelles références autour de la propagation rampante d’un islam radical qui s’est imposé progressivement en termes de gouvernance.
 
Beaucoup se sont amusés de ce diagnostic. Aujourd’hui les mêmes "rient jaune" avec les évènements de ces dernières semaines qui viennent déstabiliser leurs certitudes intellectuelles et leur confort financier… Entre temps la dette a explosé du fait de la crise de 2008 et surfe sur la crête des 100 % du PIB (selon les critères de Maastricht). Tous les spécialistes tremblent à l’idée d’une hausse des taux et surtout d’une nouvelle crise bancaire qui nous mènerait sur des pentes vertigineuses dans les prochains mois.
Le déficit public est pour sa part devenu insoutenable et le déclassement de la France est tel en termes de compétitivité que les quelques contrats d’armement ou d’avions ne suffisent plus pour cacher la misère de notre comptabilité nationale. Nous pouvons toujours dire que c’est de la faute des autres, des Allemands, de l’Europe, du prix du pétrole … une chose est certaine, notre pays connait des difficultés chroniques pour garder son rang et surtout pour créer de la vraie richesse… A force d’avoir désindustrialisé et délocalisé nos actifs à forte valeur-ajoutée, il faut bien finir par admettre qu’il y a un prix à payer notamment sur le plan social. Certes il est facile, avec de l’argent quasiment gratuit, de développer une économie consumériste avec des retours sur investissements rapides, mais ces choix ne contribuent pas à créer des emplois et n’enrichissent pas un pays (2). Tout a déjà été écrit sur ce sujet et les experts n’ont cessé d’alerter sur ces dérives, mais l’autisme réciproque des français et de leurs dirigeants est catastrophique. Tout le monde a privilégié l’illusion d’un pseudo train de vie à la promotion de l’effort, de l’innovation et de l’excellence. A l’arrivée il n’y a plus assez d’argent dans les caisses et chacun y va de sa rhétorique totalement infantile !
 
Quant au lien Etat-Nation, le constat de tous les experts est unanime : il est en implosion totale. Beaucoup dissertent sur l’absence actuellement de relais crédibles et de médiateurs légitimes. Mais tout a été fait pour appauvrir ces relais qui permettent un vivre ensemble intelligent et durable. La baisse du niveau éducatif et culturel à tous les niveaux, la suspension du service militaire obligatoire, le pouvoir des réseaux d’influences, des lobbies, la médiocrité des médias et l’irruption des réseaux sociaux… tout a contribué à tirer vers le bas les relations entre les citoyens et ceux qui les représentent. Cette évolution de fond est très grave. Dans l’Histoire ces processus se terminent toujours mal avec au mieux des formes de résistances civiques au travers de l’émergence de collectifs plus ou moins homogènes, voire des formes d’insurrections révolutionnaires autour des injustices sociales et fiscales, comme nous sommes en train de connaitre, au pire des guerres civiles lorsque le vivre ensemble devient impossible et insoutenable, comme en Ex-Yougoslavie où les populations se sont entretuées pendant dix ans sur des questions identitaires, religieuses, communautaires.
 
La question la plus préoccupante reste celle de la libanisation des marges violentes de nos sociétés où les référentiels ne sont plus ceux de la République et encore moins ceux de la Démocratie. Soyons clair, l’Islam n’est pas soluble dans ces principes politiques et sociétaux que nous avons progressivement mis en place au cours des siècles dans notre pays. Aujourd’hui Il n’y a plus beaucoup de marges de manœuvre pour sauvegarder le vivre ensemble sur ces espace-temps qui se sont affranchi de tout, à commencer par l’autorité de l’Etat et de ses substituts sur le terrain. Cela se traduit d’ores et déjà par des logiques de ghettos que nous connaissons trop bien. Les événements avec les émeutes urbaines de 2005, dont peu de nos dirigeants ont tiré les véritables enseignements, sont ceux d’une volonté de franchise territoriale et d’autonomie politique. D’ores et déjà, dans certains quartiers, nous ne sommes plus sûr des questions de respect de l’état de droit mais sur l’imposition de fait d’une forme d’Etat quasi islamique à la place de l’Etat français avec la charia comme cadre juridique.
 
Depuis 3 semaines, toutes ces réalités ont explosé sur les écrans de télévision avec des manifestation émaillées d’émeutes, puis d’insurrections suffisamment violentes et préoccupantes pour déboucher sur une situation d’urgence pour la sauvegarde de nos institutions. Malheureusement Il n’y a aucune surprise dans le surgissement de cette forme de catharsis sociétale et dans l’expression de ces violences protéiformes et hétérogènes de tous les corps de la société. Nous avions déjà les germes en 2005 avec les banlieues, en 2009 avec "la lutte contre la profitassion" dans les Antilles, les crises récurrentes autour des prix du carburant, les bonnets rouges contre l’écotaxe, la question de la ZAD de Notre Dame des Landes … Tous ces micros évènements ont constitué autant de laboratoires dans lesquels nous retrouvons tous les ingrédients qui se coagulent et démultiplient actuellement.
 
Alors pourquoi en sommes-nous arrivés à un tel niveau de colère, de haine et de dégâts alors que tout a été diagnostiqué depuis longtemps et que tous les symptômes auraient pu être traités très en amont ? La réponse est simple : il n’y a eu aucune anticipation stratégique des vraies questions depuis 30 ans… La responsabilité première incombe aux politiques, comme aux dirigeants du monde économique, qui savaient exactement quels étaient les risques d’un non traitement sur le fond des questions posées depuis les années 1975, dont la fameuse transition écologique pour sortir de l’emprise des énergies fossiles, jusqu’aux migrations de population… Ils savent tous depuis un demi-siècle quels sont les rendez-vous et ce sur quoi il fallait anticiper pour mettre nos pays à l’abri de tragédies collectives.  Rien n’a été fait ! En revanche ils ont tous préféré faire de l’argent en surfant sur les "dividendes de la paix" et faire de la politique politicienne au jour le jour en redistribuant l’argent public à tous les raquetteurs qui avaient parfaitement compris l’usage qu’ils pouvaient en faire.
 
Cette forme d’imposture collective a finalement mis l’Etat en faillite. De fait les corps intermédiaires se retrouvent d’eux-mêmes totalement décrédibilisés, à commencer par les syndicats, mais aussi toutes les organisations représentatives du monde économique et autres agences gouvernementales, qui ont bien vécu sans apporter de véritable valeur ajoutée à notre économie et à notre société. Ils ont tous contribué depuis 30 ans à cet affaissement de notre économie et à l’appauvrissement des relations sociales en se cachant derrière une langue de bois et des pratiques qui valent les meilleures heures du soviet suprême. Mais ne nous leurrons pas, Il y a aussi la population qui s’est satisfait pour une bonne part de cette situation facile où la réversion de la main invisible publique lui assurait une fausse quiétude et prospérité. Malheureusement elle se retrouve aujourd’hui avec des enfants de plus en plus incultes et démunis face aux exigences de la mondialisation et des services régaliens dégradés, il suffit de regarder dans quel état se retrouve nos armées, notre justice etc. A l’arrivée tous les ingrédients de ces symptômes argentins, yougoslaves et libanais finissent par s’agréger pour constituer un mélange explosif.
 
Le déclencheur des insurrections en cours tient en grande partie à cette impasse démocratique qui a permis à une minorité de profiter de la dislocation des blocs politiques, sous prétexte de "dégagisme", pour ramasser le pouvoir. Lors de la dernière élection présidentielle il n’y a eu aucun débat sur le fond. Ce ne fut que des parades séductrices avec des coups de menton. De fait le débat se joue en ce moment dans la rue avec une troisième mi-temps qui ne peut-être que violente. Les populations viennent de découvrir à leurs dépens la face cachée des feuilles de route de l’exécutif en place… qui auraient été aussi celles de leurs concurrents s’ils avaient pu prendre le pouvoir étant donné qu’il n’y a plus rien dans les caisses….  Dès lors 80 % de la population vient enfin de comprendre que l’Etat est en faillite, qu’il n’a plus aucune marge de manœuvre budgétaire et qu’il a besoin de se renflouer d’urgence sur le plan financier en ayant recours à l’arme fiscale dans un pays qui est devenu le champion des pays de l’OCDE en termes de prélèvements obligatoires (3) (46,2 % du PIB) ...
 
Ceux qui ont pris le pouvoir sont incontestablement les plus intelligents et brillants de la classe. Mais leurs préoccupations et orientations politiques sont devenues totalement inaudibles pour les opinions. Leurs décisions se comprennent sur un temps long qui aurait dû être celui de leurs prédécesseurs au cours de ces 50 dernières années en termes d’anticipation stratégique. Mais la population ne voit que la courbe immédiate de la pression de la fiscalité directe, et surtout indirecte, qui monte sans cesse au point de poser désormais un problème budgétaire vital à des pans entiers de la société. Du fait de l’appauvrissement et du déclassement du pays beaucoup ont en effet glissé dans la précarité. Plus grave, ce qui contribue à alimenter la colère sourde et la violence irrationnelle du mouvement des gilets jaunes, beaucoup ont désormais peur de se retrouver aussi dans les prochains mois ou années dans cette situation.
 
Certes il est louable et souhaitable de sauver l’Etat. Nous savons ce que donne un pays livré au chaos total faute d’une colonne vertébrale. Mais l‘Etat ne doit pas tuer la France et spolier les français. Dans le contexte actuel qui peut déboucher sur une révolution convulsive et mortifère, les Français ne sachant pas gérer leur contrat social, la seule chose à faire est de remettre à plat le cadre fiscal et de retrouver équilibre et justice. C’est vital. Des petits moratoires fiscaux ne servent à rien sinon à entretenir et nourrir les prochaines révoltes sociales. Mais la transformation du pays ne peut s’envisager qu’avec du temps, ce qui est incompatible avec les urgences sociales et l’impression d’injustice sociétale qui s’expriment depuis 20 jours. La véritable question qui se pose désormais est celle de l’autorité politique pour arbitrer ce moment crucial où les urgences et les priorités sont confondues dans un maelstrom de revendications, de haines et de peurs.
 
Quelles que soient les astuces pour calmer les exigences des gilets jaunes ou l’expression de la fermeté utilisée par l’exécutif pour endiguer la volonté de destruction de nos institutions ou la tentation de pillage de nos centres-villes, il faudra bien expliquer à un moment donné aux français que la "fête est finie" et que nous allons entrer dans une autre temporalité où tout le monde devra faire preuve de bon sens, d’intelligence et de frugalité pour remettre les comptes en ordre et le pays en état de marche. Cela va supposer de prendre des mesures drastiques, courageuses et douloureuses, comme l’ont fait les Canadiens en leur temps, et d’arrêter cet effet de ciseau pervers, et désormais catastrophique pour le pays, qui est celui de l’emballement de la dette et de l’addiction au déficit public. Tous les autres discours sur la transition sont cosmétiques et idéologiques. La véritable révolution ne consiste pas à destituer violemment à la Ceausescu notre monarque républicain, à rêver de 1791, à piller les magasins et à discourir sur les plateaux de télévision sur une VIème République. La véritable révolution, puisqu’il faudra bien la faire, nous n’avons plus le choix face à la pression des évènements, devra être celle d’un nouveau pacte fiscal et d’un véritable contrat social. Pour cela il faut retrouver à tous les niveaux le langage du bon sens et de la responsabilité afin de ne pas tomber dans l’insoutenable et le drame avec des insurrections qui déboucheraient sur une guerre civile… Ceux qui ont vécu Beyrouth et Sarajevo savent ce que cela signifie. Nous ne sommes plus comme en 68 : le monde de cette époque révolue revendiquait le partage de la cagnotte et ne risquait rien. Aujourd’hui il n’y a plus de cagnotte et nous risquons tout !
 
(1) Xavier Guilhou – "Quand la France réagira…"  Eyrolles – 2007
(2) Voir à ce sujet les excellentes analyses de l‘économiste Claude Sicard, dont son dernier article du 5 décembre : "La France en révolte : faut-il compatir à la jacquerie des gilets jaunes ?"
https://entrepreneurs-pour-la-france.org/Les-impasses/La-fuite-sociale/article/La-France-en-revolte-faut-il-compatir-a-la-jacquerie-des-gilets-jaunes
(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/05/pression-fiscale-la-france-en-tete-du-classement-de-l-ocde_5393237_3234.html
 Envoyé par l'auteur, 7 décembre 2018
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Derrière les "gilets jaunes", le souvenir de la révolution de 1848 ?
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Face à l'impasse politique du bloc bourgeois des métropoles, les "gilets jaunes" ont répondu par une logique de "lutte des classes".
 
Là où les "gilets jaunes" passent, les catégories politiques trépassent. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Où vont-ils ? La sociologie de petite classe moyenne, salariés du privé ou indépendants, les rend étrangers aux syndicats traditionnels qui ne parviennent pas à les récupérer. Leur origine géographique, cette fameuse France périphérique, les a fait échapper aux radars de la gauche bien-pensante, des mouvements antiracistes ou féministes, qui ne vivent que dans et par les métropoles mondialisées. Ils sont les Petits Blancs, comme diraient les Américains ; les "déplorables", aurait dit Hillary Clinton ; la France de Johnny. Comme lors des obsèques du chanteur, la "diversité" banlieusarde est largement absente de ses défilés. Jamais on n'a vu une manifestation de protestation avec autant de drapeaux tricolores déployés et de Marseillaise entonnées. Les "gilets jaunes" ont commencé par réclamer une baisse d'impôt, ce qui a ravi la droite libérale ; mais ils ont continué par critiquer la suppression partielle de l'ISF, ce qui a réjoui la gauche. Ils ont livré des migrants clandestins aux gendarmes, ce qui a désolé les bien-pensants ; mais ils ont accumulé les revendications matérielles, ce qui a fait plaisir à la vieille garde sociale-démocrate, qui y a vu le retour éternel de la "sociale" ! Les habiles manœuvriers de la gauche, qu'ils viennent de la France insoumise ou de l'extrême gauche, sont à la manœuvre : le noyautage, c'est leur truc. Un mouvement de "beaufs" peut très bien tourner avec eux à une grande révolte du peuple de gauche !
 
Quand les casseurs se sont agrégés à eux, comme dans toute manifestation parisienne depuis des années, les ministres ont dénoncé la "peste brune" alors que les images et les témoignages montrent avant tout des "blacks blocs" d'extrême gauche (qui cassent banques et commerces de luxe mais sans piller) et la racaille de banlieue qui pille et vole, en se moquant bien de ces "Gaulois" qui manifestent. Tous ces gens-là se côtoient sans s'aimer ni se parler, seulement unis pour l'instant par une détestation commune d'Emmanuel Macron et de sa caste au pouvoir. René Girard dirait que le Président est "le bouc émissaire" qui permet d'apaiser les tensions mimétiques.
Emmanuel Macron avait subverti les vieilles catégories de droite et de gauche en rassemblant derrière lui la bourgeoisie de droite et celle de gauche, reprenant ainsi la stratégie qui a permis à Louis-Philippe d'accéder au trône en 1830, en se débarrassant "en même temps" de la droite réactionnaire légitimiste et de la gauche républicaine, à l'instar de ses oppositions vaines, Rassemblement national et France insoumise.
Tout se passe comme si, face à cette impasse politique de l'hégémonie du bloc bourgeois résidant dans les métropoles, les "gilets jaunes" avaient répondu par une logique de "lutte des classes", qui mêle révolte sociale et sentiment patriotique, revendications économiques et conservatisme culturel. 1830 avait provoqué 1848.

Paru dans Le Figaro Magazine, 7 décembre 2018
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Les “gilets jaunes” ébranlent l'État faible
 
CHRONIQUE - Seul et en dépit de sa désorganisation, ce mouvement né du peuple a réussi à faire paniquer l'État, la classe politique, les syndicats, les médias, et révéler la grande mascarade du pouvoir.
 
Emmanuel Macron a assuré, l'autre jour, qu'il représentait "les vrais populistes […] Nous sommes avec le peuple". À dire vrai, sa proximité avec la France profonde ne saute pas aux yeux. Le président a réussi à rendre fous de rage les "gilets jaunes" issus des provinces oubliées. Il aura fallu des scènes d'insurrection, samedi dernier à Paris, pour qu'il annule enfin, mercredi soir, les taxes de 2019 sur le carburant. Mais le peuple reste invisible à ses yeux. Dimanche, sur C8, le député LaREM, Aurélien Taché, demandait : "C'est qui le peuple français ?", en se faisant l'avocat de la souveraineté européenne voulue par Macron.
Ce dernier est attendu lundi à Marrakech (Maroc) pour y signer le "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières". Le texte a été refusé par les États-Unis, Israël et de nombreux pays européens. Il assimile l'immigration à un droit de l'homme et à une richesse. Même le Parlement ne sera pas sollicité pour avaliser cet engagement à dissoudre le vieux peuple français dans un multiculturalisme sacralisé.
 
La conversion populiste de Macron tient du cynisme d'un salonard. Le progressisme, dont se réclame "en même temps" le chef de l'État, n'est guère plus ouvert aux révoltés de la France d'en bas. N'est-ce pas la gauche internationaliste qui a délaissé les "petits Blancs" trop franchouillards, au profit des minorités déracinées ? Ces jours-ci, les âmes généreuses redécouvrent leur fibre sociale pour s'approprier un mouvement qu'elles ont beaucoup insulté. La gauche fantomatique aimerait tant réduire les "gilets jaunes" à une lutte des classes ressuscitée ! Ceux qui dénigraient des "poujadistes" recasent leur "convergence des luttes". Les anticapitalistes imposent des revendications sur l'abolition des privilèges, la haine du riche, le rétablissement de l'ISF, etc. Des collectifs "antiracistes" (Comité Adama, Comité Rosa-Parks) ont infiltré, samedi à Paris, la cause des cités dans celle des ruraux. Des lycéens cornaqués par le savoir-faire trotskiste entrent dans la danse, Jean-Luc Mélenchon jubile. François Hollande encourage…
 
Reste que la "révolution Facebook" a réussi, seule et en dépit de sa désorganisation, à ébranler l'État, la classe politique, les syndicats, les médias. Les "gilets jaunes", ces beaufs racistes dépeints par la propagande, ont mis deux semaines pour dévoiler la grande mascarade du pouvoir, censé être l'émanation de la société civile. Les éléments d'une révolution se dessinent. Il ne s'agit pas seulement de répondre à un mouvement social, même si des injustices sont à réparer.
L'enjeu est de donner au peuple abandonné sa vraie place au cœur d'une démocratie protectrice. Ce n'est pas L'Internationale qui est entonnée dans les rues ni sur les ronds-points ; c'est La Marseillaise. Le drapeau tricolore est partout brandi, à côté d'étendards régionaux. 
Dans Travelingue, Marcel Aymé met en scène un coiffeur de la rue des Recollets, à Paris : dans sa cuisine, il reçoit chaque soir des membres du gouvernement. Ils écoutent le bon sens de Félicien Moulot. Il leur dit : "La première chose, pour bien gouverner, c'est de connaître les Français". Moulot aurait sans doute un gilet jaune.
 
La parole libérée des citoyens en colère, amplifiée par l'Internet et les chaînes d'infos, a suffi pour consommer la rupture entre leur monde réel et celui de la technocratie macronienne. Il est tentant de moquer l'impréparation des "gilets jaunes" et leur désordre. Pour autant, leurs demandes de protection sociale et culturelle forment déjà un programme. Un tsunami de mots a englouti Jupiter et ses discours fleuves. Macron en est devenu muet. C'est Édouard Philippe qui est poussé au front. Toutefois, pour s'être contenté d'annoncer mardi une suspension pour six mois de la taxe sur les carburants, le premier ministre s'est fait contredire le lendemain par l'Élysée, avec l'annonce d'une annulation pure et simple. Ce nouveau recul montre la panique qui a gagné le pouvoir. Le geste suffira-t-il à calmer les "gilets jaunes" ? La raison commanderait qu'ils suspendent la manifestation de Paris, qui risque d'être détournée par les extrêmes. L'État blessé excite les fauves.

Paru dans Le Figaro, 7 décembre 2018
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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