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La fessée
 
Pas de fumée sans feu, pas de fesse sans fessée.
C’est la loi de nature.

Les vertus de la fessée ne sont pas contestables.
Elles ont été démontrées par Rousseau dans ses Confessions ; l’on doit sans aucun doute à mademoiselle Lambercier qui fessa le jeune Jean-Jacques une fois et encore une fois la rédaction postérieure de L’Emile, remarquable traité d’éducation.
Montaigne déjà confesse avoir "à deux coups tâté des verges" : il en résulta l’admirable chapitre des Essais : "De l’affection des pères aux enfants".
Mais c’est Max Ernst, insoupçonnable de profanation, qui en 1926 produit en peinture une apothéose de la fessée puisque c’est la Vierge Marie la meilleure des mères, qui l’administre à l’Enfant Jésus le meilleur des fils, et quand on sait ce qu’il advint de Jésus, comment douter que la fessée ait, comme la fesse, une vertu proéminente ?
Près d’un demi-siècle plus tard j’ai moi-même entendu à Strasbourg Lucien Israël, psychanalyste des plus subtils, rassurer des parents pris de scrupule : "la fessée ? si cela vous fait plaisir !".
Nous avons changé cela. Des Instances dûment qualifiées nous disent aujourd’hui que la fessée, appliquée sur les tendres fesses d’un enfant, perturbe son "équilibre sexo-affectif" (sic). D’où la loi votée ce 2 juillet, interdisant les "violences éducatives ordinaires", donc la fessée.
(Les violences éducatives extraordinaires, elles, ne sont pas interdites, par exemple le viol des tendres âmes par les images porno prodiguées, censurées guère, par les écrans initiatiques). (Mais qu’est-ce qu’une âme au prix d’une fesse ?).
     
Alors, que faire ?
La fessée pas plus que la fesse ne peut être exilée dans le ciel des Idées platoniciennes.
Puisque la fesse existe, la fessée elle aussi, doit exister. A quoi servirait la fesse sans la fessée ?
La solution préconisée par le Club LGBTQ, l’entre-fesses à l’amiable, a contre elle une longue tradition philosophique, ainsi Diogène tançant un jeune gars revenu d’une Gay Pride : "tu as le derrière évasé" - euruprôktos, s’écria-t-il.
Que faire ?
On peut suggérer une inversion de la pratique traditionnelle : autrefois le père ou la mère fessait l’enfant ; désormais c’est l’enfant qui serait instruit à fesser son père ou sa mère dont le cuir fessier n’est plus celui d’un tendron et dont la conscience par ailleurs n’est pas irréprochable.
L’actuelle évolution des mœurs va dans ce sens : la paternité est devenue délictueuse, la maternité, louable jadis au sens marial, est désormais louée au sens commercial.
Mais la meilleure solution, à mon goût, serait celle du plaisir réversible : enfants, parents se fessant selon l’occurrence selon une gracieuse réciprocité, la menue main du môme appliquée double forte sur la fesse du parent 1 ou du parent 2 (naguère "papa" ou "maman"), ceux-ci tapotant les proéminences de leur progéniture pianissimo," bien mollement" (Montaigne).
Montaigne, qui de son temps déjà déplorait la prolifération des lois, s’esclafferait à l’idée qu’on ait eu l’idée d’en concocter une pour ça.
Comme ça (l’idée) vient de Suède pourquoi ne pas instituer un prix Nobel qui honorerait chaque année un virtuose de la fessée artistement exécutée ?
Envoyé par l'auteur, 11 juillet 2019
Publié dans A tout un chacun
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Réguler les Gafa, ou en faire un régulateur ?
 
Coïncidence au Parlement. Alors que le Sénat vote à son tour le projet de loi de Bruno Le Maire taxant les Gafa, l’Assemblée vote la proposition de loi de Laetitia Avia contre la haine en ligne. Les deux sujets sont bien distincts quant à leur contenu : ici, une mesure fiscale, là, la diffusion de contenus. Mais dans les deux cas, les plateformes numériques sont visées ou à tout le moins interpellées par l’autorité politique.
Si on met la taxe Gafa en regard du dispositif sur les "droits voisins" voté, sous l’impulsion de la France, au Parlement européen, l’intention est de réguler les "géants du numérique", comme on les appelle. Avec le dispositif de la proposition de loi Avia, il s’agit au contraire d’en faire des régulateurs de la diffusion de contenus qu’ils reconnaîtraient eux-mêmes comme étant haineux, racistes ou homophobes. Régulés d’un côté, régulateurs de l’autre ; taxés ou contrôlés d’un côté, érigés en "gendarmes" de l’autre : on pourrait croire à deux traitements contradictoires. L’opposition est en fait en trompe-l’œil. Dans les deux cas, les plateformes numériques sont dans le viseur du législateur.
 
Avec la taxe Gafa ou les "droits voisins", un signal leur est envoyé leur rappelant qu’elles ne peuvent pas assécher un marché publicitaire national, en échappant à toute contribution fiscale alors que les entreprises nationales y sont astreintes. Dit autrement, les prévenir qu’elles ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Mais avec la lutte contre les propos haineux, le gouvernement - même si le "vecteur" choisi est une initiative parlementaire, il met en œuvre une volonté d’Emmanuel Macron - place les Gafa devant leurs responsabilités ; ou plus précisément les charge d’une responsabilité dont, c’est le moins qu’on puisse dire, ils n’étaient pas demandeurs. Sommées de retirer dans les vingt-quatre heures des contenus incriminés par la future loi, les plateformes numériques se voient transférer un pouvoir appartenant au juge.
Ce qui pose de graves questions de fond. Mais qui recèle aussi un enjeu symbolique. Emmanuel Macron est en effet souvent dépeint, pour le meilleur ou pour le pire, en président d’une "start-up nation", c’est-à-dire d’un pays tournant son économie vers l’avenir en exaltant l’univers numérique plutôt qu’en s’attachant aux vieilles industries du passé. Or, qui incarne l’envol du numérique mieux que les Gafa ? Lesquels, aux yeux de l’opinion, sont synonymes de dérégulation, de mondialisation sans contrôle, de libéralisme débridé. Dans un pays fragile, comme l’a confirmé la crise des "gilets jaunes", le chef de l’État doit donc se garder de toute assimilation à ces "ogres"-là ; et se poser en défenseur d’un modèle protecteur français. Au risque de devoir se contenter du symbole - la taxe Gafa ne serait efficace qu’à l’échelle européenne ; ou du paradoxe, en chahutant un autre modèle français : la régulation de la liberté d’expression avant tout par la précieuse et irremplaçable loi de 1881.

Paru dans Le Figaro, 9 juillet 2019
Publié dans En France
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Il faut une stratégie industrielle française
 
CHRONIQUE - La France n’a eu que de modestes "politiques industrielles", qui n’ont jamais servi qu’à placer des sparadraps dans des secteurs structurellement condamnés, afin d’afficher le sauvetage (toujours provisoire) de quelques emplois.
 
Il y a vingt ans, les Chinois admiraient encore l’industrie française. Ils nous enviaient nos "quatre A" : Alstom, Alcatel, Airbus, Areva. Aujourd’hui, ils ne nous en envient plus qu’un seul A. C’est Airbus, dont ils essaient de soutirer les secrets technologiques par tous les moyens.
Il y a seulement une génération, Alcatel caracolait dans le monde comme la plus brillante entreprise de télécommunications. Elle a fondu, à coups de dépeçages, de plans sociaux, de fusion, d’absorption. Aujourd’hui avalée par Nokia, elle n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Parallèlement, Huawei, qui n’était à l’époque qu’un distributeur provincial chinois, est devenu un géant technologique mondial, en avance sur tous ses concurrents en matière de 5G.
Quelle explication à ce désastre pour l’économie et l’emploi français ? Les Chinois ont une stratégie industrielle, alors que la France n’en a pas. Elle n’a eu que de modestes "politiques industrielles", qui n’ont jamais servi qu’à placer des sparadraps dans des secteurs structurellement condamnés, afin d’afficher le sauvetage (toujours provisoire) de quelques emplois. La France aurait pu faire d’Alcatel (l’ancienne Compagnie générale d’électricité) un champion industriel mondial de la taille de Huawei dans les télécommunications. Par manque de stratégie, par peur d’investir, par naïveté quant à la férocité de la concurrence mondiale, la France a laissé passer sa chance. C’était l’époque où le patron d’Alcatel rêvait d’une "entreprise sans usines" et où, à Matignon, l’on imaginait une économie française reposant sur les services. Longtemps la France officielle fit la politique de l’autruche. Elle refusa de constater, puis d’analyser, son décrochage dramatique par rapport à son voisin allemand, en termes de production industrielle, de comptes publics, de balance commerciale. Elle nia l’évidence : c’est l’innovation et l’industrie qui sont facteurs de croissance ; les services ne font que suivre.
 
Les Chinois ne sont pas les seuls à disposer d’une stratégie industrielle - qui chez eux s’appelle "made in China 2025", et qui vise à moins dépendre de la technologie occidentale. L’Allemagne, également, dispose d’une stratégie industrielle. Elle s’appelle "industrie 4.0" et est mise en œuvre par le ministère fédéral de l’Économie à Berlin. Il s’agit de digitaliser toutes les lignes de production, de créer une communication constante entre la production et les clients, au point de pouvoir fabriquer à la carte, sans augmentation de prix significative par rapport aux productions de masse standardisées. Incitée par le gouvernement fédéral à Berlin, l’industrie allemande investira 40 milliards par an dans la digitalisation des lignes de production, à partir de 2020.
Est-ce à dire que la France devrait élaborer une stratégie industrielle pour elle seule, sans considération pour son appartenance à l’Union européenne ? Bien sûr que non. On ne peut pas affronter les géants américains et chinois sans une taille minimum. Mais faisons confiance aux industriels et ne demandons pas aux fonctionnaires de l’UE ce qu’ils ne peuvent pas faire : concevoir des projets concrets, pour les exécuter ensuite dans les moindres détails. Les structures communautaires ont démontré, à une exception près (le programme de GPS européen Galileo où les Européens devraient au moins égaler les performances du GPS américain), qu’elles sont impropres à susciter de véritables percées technologiques.
Depuis 1958, la Commission européenne a dépensé pour l’innovation bien davantage que l’Arpa américaine (devenue ultérieurement Darpa). Créée par Eisenhower comme une agence d’innovation de rupture - en réaction au choc que fut le succès soviétique du Spoutnik -, la Defense Advanced Research Project Agency du Pentagone a consacré, au cours de son histoire, quelque 58 milliards de dollars actualisés à différents projets. Mais quel succès ! Elle est à l’origine des microprocesseurs, d’Internet - dont le nom initial était Arpanet -, des premiers prototypes d’avions furtifs, de percées majeures dans l’intelligence artificielle. Les clés du succès de la Darpa depuis 61 ans ? Des responsables non fonctionnaires choisis pour leur expertise scientifique ou industrielle, dont les mandats sont limités dans le temps. Un circuit de décision court et la capacité d’arrêter rapidement les programmes voués à l’échec.
Faisons preuve désormais d’imagination et de créativité, en raccourcissant les circuits bureaucratiques. Le nucléaire et l’espace doivent être préservés mais reformatés. Le défi de la 5G doit être relevé. Pas seulement par la protection mais aussi par l’industrie européenne. Seul l’État peut l’initier. Souvenons-nous du projet franco-allemand Airbus, dont le principe a été approuvé par l’un des derniers conseils restreints présidés par le général de Gaulle en 1969…

Paru dans Le Figaro, 9 juillet 2019
Publié dans En France
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La dignité d'un homme
 
C’est fini. Vincent Lambert, cet homme dont l’avenir a tenu en haleine la France entière, est entré dans le grand mystère de la mort. Une certitude : le voici dans la paix.
Sa famille se déchirait à son sujet. Les médecins aussi se divisaient sur l’état d’un malheureux reclus dans une zone obscure de la vie, en état "pauci-relationnel". On allait de procédures en recours, d’appels en cassation.
Qui n’a été étreint par l’émotion devant le sort incertain et cruel qui lui fut réservé durant des années ? Chacun sentait bien que cette affaire ne se limitait pas aux procédures judiciaires, ni aux décisions médicales, mais engageait toute la société et sa conception de la dignité humaine.
Le contexte passionné, le tumulte médiatique qui l’entourait n’ont pas facilité la réflexion. Était-on dans une "obstination déraisonnable" autorisant, selon les termes de la loi, qu’on mette fin aux traitements ? Mais la nutrition et l’hydratation sont-elles vraiment des "traitements" ? Alors, comment qualifier leur interruption ?
C’est fini, mais l’histoire tragique de Vincent Lambert continue de nous hanter : qu’est-ce qu’une vie ? par quoi se définit-elle ? Malgré les avancées pour un meilleur accueil des malades, des personnes handicapées, des personnes âgées, un air du temps pousse à évaluer une vie par son "utilité", sa "productivité". À cette aune, les jours d’un homme dans un état "pauci-relationnel" ne valent guère.
La médecine fait des prouesses et, partant, elle fait bouger les lignes longtemps intangibles de la conception et de la mort. Ses progrès donnent le vertige et font naître des questions qui ne manqueront pas de se poser lors des débats bioéthiques qui s’annoncent - demain sur la PMA et un jour sur l’euthanasie ou la GPA. Quels principes doivent-ils nous guider ? Faut-il faire systématiquement droit au "désir", celui d’enfanter, celui de mourir ? Faut-il se soumettre à la performance médicale ? À la rentabilité économique ? Notre temps enivré de puissance technologique et scientifique doit impérativement retrouver le chemin de la sagesse.

Editorial, paru dans Le Figaro, 12 juillet 2019
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L'Europe fantôme                    
 
Le 23 Avril passé et pour 2 jours s'est tenu à Moscou (1) la 8ème Conférence sur la Sécurité Internationale, rassemblant les délégations de 70 Etats, ainsi que des représentants d'Organisations internationales, ce qui représentait plus de 75 % de la population mondiale. Après le message de bienvenue de Vladimir Poutine en séance inaugurale, organisée en tables rondes, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Choigu en assura la présidence, assisté de son très efficace vice-ministre Alexandre Fomin (2). Le Secrétaire général de l'ONU y était représenté par son adjoint direct E. Ramzy.
 
Cette Conférence est le miroir russe d'une Conférence identique tenue chaque année à Munich par les Etats d'Europe occidentale. Elle permet aux différents chefs d'état-major des armées des Etats représentés de se rencontrer, de manière plus ou moins informelle, de confronter leurs remarques sur l'état du monde et – bien sur – de nouer des relations utiles sur les dossiers du moment. Pour cette session, l'accent était mis sur l'usage et les protections possibles des engins balistiques, le cyberespace et les guerres hybrides, les dérives terroristes immiscées dans la gestion des conflits ("il n'y a pas de bon terrorisme"), l'inquiétante augmentation des conflits locaux (réels ou potentiels).
 
Le plus spectaculaire de cette 8ème session est l'absence totale (et le silence) des Occidentaux, USA et Européens réunis, depuis 2014 en raison du conflit ukrainien, et aussi de la guerre personnelle des Etats Unis envers l'Iran. Cette absence est non seulement celle des Etats et gouvernements (Royaume Uni, France, Allemagne en particulier) mais aussi de l'Union Européenne, de l'OTAN et de l'OSCE. Cela couronnant le boycott et les sanctions économiques infligées à la Russie.
Cette attitude est à la fois affligeante, infantile et redoutable pour les années à venir et envenime une situation internationale confuse, mal orientée vers la violence, dont les objectifs restent obscurs, souvent peu défendables et surtout inutilement dangereux. Le plus étonnant est le silence du Royaume Uni – pourtant principal organisateur, au temps de son Empire, du foutoir actuel - l'effacement à peu près total des efforts français (pas un mot sur 'barcane' en Afrique ), rien de la Belgique, de l'Italie, de l'Allemagne. Autrement dit, l'ex-monde colonial qui pendant 200 ans construisit le monde actuel, dont les ruines sont désormais bien visibles,… est muet.
 
Regardons ce Non-évènement occidental sur son autre face : la Russie en a assez d'être l'éternel parent pauvre ou encore l'inusable méchant ours noir de la politique européenne. Donc, après quelques efforts infructueux, elle fait volte-face, et se tourne vers son immense territoire perdu, vers ces Républiques sorties de l'effondrement de l'URSS, vers le camarade chinois et vers un développement Asie centrale-Pacifique promis à un avenir plus prometteur. Le temps des humiliations et des sanctions devrait être dépassé.
Choisir la Chine comme alliée n'est pas nouveau : l'idéologie communiste est un lien, même si son interprétation est différente. Déjà, fin 1943, c'est la promesse de la Chine de ne pas bouger qui permit à Joukov d'alléger son front de l'Est et de foncer sur Stalingrad et le front Ouest. Puis, l'URSS triomphante se posa en "grande sœur" de l'évolution du système de Mao, ses camarades et ses successeurs.
De nos jours la donne est différente : la Chine de Mr XI anime un partenariat stratégique, économique et commercial, puisque qu'elle représente 24 % des échanges russes, la mise en commun de moyens de développement : Poutine offre son territoire à la One Belt One Road et ses différentes antennes européennes, Monsieur Xi apporte ses technologies innovantes et son inépuisable réserve de cerveaux et de main d'œuvre. Tout le monde sait maintenant aussi que la Chine a un énorme réservoir de brevets et plus de 80 % des "terres rares".
 
Lors des séances plénières ont surtout été évoqués la poudrière réactivée du Moyen Orient, la meilleure façon de faire évoluer la Syrie et l'Irak, l'indispensable nécessité de préserver l'Accord sur le nucléaire iranien. Un rapprochement entre les problèmes en mer de Chine avec le Japon et la Corée-Sud s'est profilé de même qu'une meilleure intégration de l'Inde dans ces pourparlers. La question Nord-Coréenne n'a que peu été évoquée puisque les manœuvres chinoises et sud-coréennes pour une troisième rencontre Kim-Trump étaient déjà entamées, bien que le fond du problème – la dénucléarisation nord-coréenne – ne soit en rien résolu. Le coup de com du 30 Juin est en fait une stratégie destinée à calmer les opinions, et soutenir le début de campagne électorale US.
Selon les analystes américains nous serions dans une nouvelle guerre froide, une sorte d'intimidation cybernétique à coups de drones, de missiles et d'observateurs satellisés (2). Toutefois dans une relation hyper classique les chefs d'états-majors russes, en marge des réunions plénières ont rencontré ceux du Pakistan, des Philippines, de Serbie, du Myanmar, de Corée du Nord, du Kazakhstan, … et ...chose inouie, de l'Inde. De même que des délégations du Vietnam, de Singapour.
Il est clair que la Chine est encore très loin d'avoir le même potentiel militaire que celui des USA et la Russie (qui a moins d'hommes alignables mais une approche matérielle très supérieure) sert d'appui militaire à la République Populaire.
Les pourparlers se sont terminés sans accord, mais de manière constante les menaces propagées par la Maison Blanche ont sous tendu beaucoup de remarques. La multiplication des sources potentielles de conflits encourage le continent asiatique dans son ensemble à s'organiser sur un front commun minimum. Plusieurs interventions ont souligné la différence d'approche culturelle qui nourrit les impasses entre le "confinement" délibéré américain et la lente mais tenace approche chinoise. L'intégration de l'Eurasie avec une dimension militaire est en marche. Le silence de l'Europe, qui subit une forte pression US, montre ses mésententes, donne souvent le spectacle de gamins qui ne savent plus remonter leur mécano. Il faudrait peut-être reprendre la phrase finale d'Anne Cheng lors de sa conférence inaugurale au Collège de France en 2008 : "la Chine évolue très vite et nous en restons très ignorants".
 
(1) Ces 2 journées diplomatiques se sont tenues à l'Hotel Radison de Moscou, gigantesque batiment stalinien, totalement rénové par la chaine hotelière américaine Radison, revendu en 2018 à un goupe touristique chinois.
(2) "l'homme qui monte"… ?
(3) En particulier selon Phil Stevens au Financial Times

Envoyé par l'auteur, 9 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Réforme de l’islam : les occasions manquées
 
"Il me semble que l’abandon de la dynamique de l’interprétation (l’ijtihad) et celui de la philosophie par l’islam sunnite à partir du XIIIème siècle ont eu des conséquences terrifiantes que nous continuons de payer. L’islam sunnite s’est installé depuis dans une sorte de répétition permanente, dans un juridisme paralysant pour les sociétés et les individus, et dans un refus de la réflexion sur soi-même" (Rachid Benzine, L’Islam en débat, éd. Courrier international, 2017, p. 150).
L’auteur de ce constat, Français musulman connu pour son livre Les nouveaux penseurs de l’islam (Albin Michel, 2004), se réfère à la stagnation intellectuelle produite par la fixation officielle du dogme du Coran comme livre " incréé"», suivie de la "fermeture de la porte de l’ijtihad ("effort de réflexion"), décisions prises par les califes El Moutawakkil et El Qader entre le IXème et le XIème siècles
.
Pourtant, au XIXème siècle et au début du XXème, l’influence de l’Europe au Proche-Orient et le déclin de l’Empire ottoman ont ouvert la voie à diverses initiatives réformatrices.
Les bouleversements géopolitiques survenus au Proche-Orient à partir du début du XIXème siècle ont suscité une ouverture des élites arabophones à la modernité européenne.
 
L’expédition de Bonaparte en Égypte
Le séjour de l’armée française au pays du Nil, accompagnée de savants (1798-1801), a déposé en Egypte "les germes de la civilisation et encouragé les Arabes à les faire fructifie"» (Anne-Laure Dupont, Le Monde diplomatique, août-septembre 2009).
Cette expérience inspira la politique de modernisation de Méhémet-Ali (1769-1849), sujet ottoman natif de la Macédoine (alors province de l’Empire turc), nommé vice-roi d’Egypte en 1805.

En 1809, rappelle Karim Ifrak, chercheur au CNRS, il "ouvrit le bal en dépêchant le tout premier étudiant égyptien vers le pays des arts : l’Italie. En 1818, le nombre d’étudiants envoyés à l’étranger atteignit vingt-huit personnes. En 1826, quarante-quatre jeunes étudiants, emboîtant le pas à leurs aînés, furent dirigés vers les universités françaises. Le nom de Rifaat El Tahtawi (m. 1878) résonna des générations durant, marquant le début d’une ère et la fin d’une autre, mais non sans avoir payé le prix fort. A la faveur de ses écrits et à la force de son enseignement, il devint une figure clé du mouvement idéologique du XIXème siècle qui prôna l’effondrement des barrières intellectuelles avec la vieille Europe" (La réforme en islam, éd. Albouraq, 2018, p. 75-76).
 
Cette initiative fut effectivement marquante. A son retour de France, où il avait séjourné de 1826 à 1831 pour accompagner comme imam un groupe de boursiers, Rifaat El Tahtawi publia L’Or de Paris (trad. A. Louca, Paris, 1988), ouvrage diffusé officiellement en arabe et en turc sur l’ordre de Méhémet-Ali. Dans ce récit, El Tahtawi "insiste dès la première page sur la perfection atteinte en Europe dans le domaine des arts et des techniques et sur la souffrance que lui a causée l’infériorité des pays musulmans en la matière". Par ailleurs, "Tahtawi découvre les idéaux de liberté, d’égalité, de justice et de dévouement à la patrie". Enfin, "son entreprise est couronnée par deux ouvrages d’orientation pédagogique et culturelle destinés à harmoniser l’enseignement traditionnel et les apports occidentaux" (Dominique Urvoy, Histoire de la pensée arabe et islamique, Seuil, 2006, p. 585-587).
 
La Nahda ("Renaissance", en arabe)
Méhémet-Ali favorisa en outre l’installation au Caire de lettrés chrétiens venus du Liban et de Syrie, parmi lesquels les frères Sélim et Béchara Takla (melkites), fondateurs du quotidien El Ahram ("Les Pyramides"), qui continue de paraître, et le maronite Farès Chidiac (1805-1887), l’un des initiateurs de la Nahda (Renaissance).
Ce mouvement de renouveau littéraire et culturel, auquel contribuèrent deux autres Libanais chrétiens, Nassif Yazigi (melkite, 1800-1871) et Boutros Boustani (maronite devenu protestant, 1819-1883), entendait susciter chez les Arabes une prise de conscience des retards accumulés pendant des siècles d’inertie. Dès 1869, Boustani publiait à Beyrouth un Discours sur la société et comparaison entre les coutumes des Arabes et des Occidentaux. Quant à Yazigi, il écrivit dans l’un de ses poèmes : "Réveillez-vous, ô Arabes, la boue a recouvert jusqu’à vos genoux".
 
Au-delà de la rénovation de la langue arabe, marginalisée et appauvrie depuis le XIVème siècle sous l’Empire ottoman qui avait instauré le turc comme langue officielle, la Nahda avait pour objectif de promouvoir l’accueil des sciences et des arts ainsi que les principes de la philosophie des Lumières, notamment à travers le système scolaire et les traductions d’auteurs européens.
La Nahda inspira aussi le concept de nationalisme arabe, censé transcender les appartenances confessionnelles. "La religion est à Dieu, la patrie à tous" : tel était le slogan inscrit en tête du Nafîr Suriyya (Le clairon de Syrie), journal fondé au Liban par Boustani.
"A Beyrouth, elle [la Nahda] mobilisa des lettrés de toutes les communautés, chrétiennes comme musulmanes". Parmi ces derniers, on compte l’émir druze Mohamed Arslan et un juriste sunnite, Youssef El Assir, lequel "s’était signalé par sa révision de la traduction arabe de la Bible protestante". Pour le journaliste libanais Samir Kassir, cette "contribution à une œuvre religieuse est peut-être le plus éclatant témoignage de l’humanisme de la Nahda" (Histoire de Beyrouth, Fayard, 2003, chap. III).
 
L’universitaire tunisien, professeur de droit, Ali Mezghani, en tire cette conclusion : "Un siècle après l’expédition de Bonaparte, la philosophie est réintroduite dans les pays arabes. La formation des Etats modernes conduit à l’usage de nouveaux concepts : Constitution, démocratie, souveraineté populaire, citoyenneté, nation, égalité, etc. A la fin du XIXème siècle et au début du XXème, le théâtre fait son apparition, transgressant la norme ancestrale de l’iconoclastie, de même que la peinture" (L’Etat inachevé, Gallimard, 2011, p. 141).
 
Cependant, avertit son compatriote, l’historien Hichem Djaït, "il faut absolument distinguer le mouvement ample et souterrain de la Nahda du mouvement réformiste islamique" (La crise de la culture islamique, Fayard, 2004, p. 143).
 
Les Tanzimat ("Mesures d’organisation", en turc)
Ces évolutions se produisaient alors que l’Empire ottoman, qui dominait une grande partie du monde arabe depuis quatre cents ans, était entré dans une phase déclinante. La victoire de la triple alliance franco-anglo-russe sur la flotte turque à Navarin (20 octobre 1827), qui ouvrit la voie à la reconnaissance internationale de la Grèce (1830), territoire jusque-là sous tutelle ottomane, avait entamé le démantèlement de l’Empire. Celui-ci sera scellé par les Alliés après la Première Guerre mondiale (traité de Sèvres, 10 août 1920).
Dès lors, "l’homme malade de l’Europe" (formule inventée par un diplomate russe, Alexandre Gorchakov, après la guerre de Crimée, 1854-55) dut se résoudre à des réformes institutionnelles imposées par les Puissances européennes. D’où la série de Tanzimat édictées par les sultans à partir de 1839 jusqu’en 1876. L’une des réformes des plus novatrices fut celle de 1856, promulguée par Abdulmejid 1er qui posait le principe de l’égalité de tous ses sujets, quelle que fût leur religion. "Désormais, les juifs et les chrétiens pouvaient donc jouir, en principe, de l’égalité devant l’impôt et la justice et accéder à tous les emplois publics". Cependant, ces mesures restèrent largement théoriques (Annie Laurent, L’Europe malade de la Turquie, éd. F.-X. de Guibert, 2005, p. 58-59). L’égalité ainsi proclamée, si contraire au statut traditionnel de la dhimmitude (protection-assujettissement), n’est peut-être pas étrangère au génocide contre les chrétiens (Arméniens, assyro-chaldéens et maronites) qui se déroula par épisodes de 1895 à 1915.
En 1924, l’abolition du califat par Atatürk (1881-1938), fondateur de la république turque, s’accompagna d’un nouveau système législatif qui empruntait largement au droit européen, y compris en matière matrimoniale (abolition de la permission polygamique).
 
Le particularisme chiite
Dès le XIIIème siècle, donc bien avant le sunnisme, l’islam chiite, en particulier celui de Perse, a connu "une effervescence intellectuelle", note Dominique Urvoy. La philosophie, les recherches métaphysiques, l’éthique, les sciences et le soufisme intéressaient les élites chiites. Cet intérêt s’est maintenu avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie safavide qui adopta le chiisme comme religion officielle au XVIème siècle (op. cit., p. 558-571)     
 
L’ensemble des événements et des mesures présentées ci-dessus, auxquelles il faut ajouter l’impact de la période coloniale au Levant et au Maghreb, pouvaient influencer le reste du monde sunnite, notamment dans sa partie arabe qui représente le cœur historique et religieux de l’islam.
De fait, un mouvement réformiste est apparu durant la période charnière des XIXème et XXème siècles. Nous en rappellerons les circonstances, les objectifs, les limites et les résultats dans la prochaine Petite Feuille verte 
Envoyé par l'auteur,
3 juillet 2019, paru sur  associationclarifier.fr
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L’écologie et le libre-échange, ces nouvelles religions, ne font pas bon ménage
 
Cela aurait dû être le sujet central des élections européennes. La synthèse des questions que pose la "construction" européenne. Mais les négociateurs de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) ont eu besoin de quelques jours de plus pour le conclure. Un hasard, bien sûr. Mais peu importe. Les scrutins passent, les questions restent. Cet accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud vient après celui conclu avec l’Amérique du Nord. Et celui avec le Japon. Cette série est le produit d’une idéologie libérale, qui considère le libre-échange comme la panacée, une quasi-religion qui fera le bonheur des peuples, même si ceux-ci, comme bien des ouailles récalcitrantes, ne comprennent pas que leur salut est en jeu.
 
Cette religion mondialiste a ses grands prêtres, qui communient à la Commission de Bruxelles. Une Commission à qui les Etats européens ont confié leur sort commercial au nom d’un des dix commandements tombés du mont Sinaï : "A plusieurs, on est plus fort." Cette religion du libre-échange rappelle les rites des Mayas qui sacrifiaient des enfants pour apaiser les dieux. Nos enfants se sont appelés le textile, la sidérurgie, et tant d’autres industries qu’on avait fait grandir à la sueur de nos fronts. Nos paysans, autrefois nos enfants les plus vigoureux, se suicident tous les jours. Mais les dieux ont toujours soif, l’automobile allemande et la finance française valent tous les sacrifices.
Comme dans les récits homériques, seuls les dieux peuvent combattre des dieux, seule une nouvelle religion peut supplanter une ancienne. C’est le cas avec la nouvelle religion du climat. Peu importe la réalité scientifique du fameux "réchauffement climatique", l’important en politique est la perception qu’on en a. Or, cet accord de libre-échange va provoquer encore plus d’échanges commerciaux, et de containers qui se baladent sur les mers ; les immenses latifundia brésiliennes ou argentines, qui ne lésinent pas sur les produits chimiques pour faire grossir leurs poulets, vont inonder l’Europe, ruinant la santé des consommateurs européens et les finances de nos derniers paysans, déjà acculés par leurs concurrents allemands et hollandais, qui ont transformé depuis belle lurette leurs anciennes fermes en usines agricoles.
 
Au milieu de cette guerre de religions, notre président qui se prenait pour Jupiter se révèle un pauvre mortel. Emmanuel Macron était un adepte de la religion libre-échangiste, un grand prêtre de l’ouverture, qui n’hésitait jamais à promettre les flammes de l’enfer aux partisans du "repli". Or, la religion climatique, qu’il a aussi embrassée avec son enthousiasme juvénile, exige ce repli tant honni. Un repli qui favorise les "circuits courts", les "productions locales" et "la montée en gamme", comme disent les grands prêtres écologistes dans leur jargon sacerdotal. En un mot, mais un mot affreux : le protectionnisme. Le repli, l’odieux repli, qui pourrait même, qui devrait même en toute logique - horresco referens - aller, au-delà des marchandises, jusqu’aux hommes. Salvini et Orbán seraient donc, à leur manière, des écologistes ! Honni soit qui mal y pense.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 juillet 2019
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Les fondamentaux interdits
 
Nous vivons en France en 2019 une époque extraordinaire où l’élite autoproclamée, socialiste ou libérale, s’effondre après avoir mené de concert le pays au désastre. Elle réagit pour survivre en générant de nouvelles religions émergeant toutes par leur pire côté dogmatique obligatoire.
 
La religion de l’Europe, antichambre du mondialisme, qui doit être puissante face à tous les autres continents. Cette religion ne se fonde que sur l’instinct grégaire qui pousse à se sentir fort quand on se voit entouré de gens qui ont aussi peur que soi.

La religion climatique qui, n’arrivant pas à faire le moindre lien entre l’activité humaine et les causes des déplacements des anticyclones, seuls responsables intermédiaires de l’évolution du climat, se réduit à agonir d’injures ceux qui tentent de réfléchir et qui deviennent coupables de négationnisme, mot magique qui exclut de la liberté d’expression tant vantée, toute interrogation sur un dogme prédéfini quel qu’en soit le domaine.

La religion transhumaine qui, avec l’intelligence artificielle, va tout résoudre sans s’interroger sur l’origine de l’argent qui lui est indispensable tellement elle en consomme.

La religion des ondes mortelles que de méchants pervers utiliseraient pour dépeupler la Terre et qui pousse à se méfier de tout, même de son ombre, de son téléphone et de son micro-ondes.

La religion du savoir qui prétend que connaissance entraîne reconnaissance, ce qui est rarement vrai car la reconnaissance est liée à une utilité reconnue que le savoir apporte de moins en moins, n’étant plus qu’un hobby chronophage.

La religion de la monnaie qui transforme tout en richesse et que l’on fabrique à la pelle pour se croire riche.

La religion de l’accueil de toute la misère du monde fondée à la fois sur une définition bien commode de la misère comme une incapacité à dépenser et sur une réduction dogmatique du rôle de la femme à aller chercher des enfants sur mer ou outremer plutôt que de les concevoir.

Toutes ces nouvelles religions ne résolvent évidemment rien, pas plus que celles que les médias vont nous inventer, mais elles permettent de rendre coupables du désastre de plus en plus visible, tous ceux qui n’adhèrent pas à leurs dogmes. Elles sont génératrices de haine et ne prospèrent que dans le but unique de tenter de détourner l’attention du peuple de quelques évidences qui n’ont plus le droit de cité car elles expliquent les raisons du dévoiement des élites autoproclamées politiques, médiatiques, cabotines, intellectuelles … et très coûteuses pour un rendement dérisoire.
 
Quelles sont ces évidences refusées, ces fondamentaux interdits, ces vérités simples que la doxa ne veut pas entendre ?
 Ce qui s’appelait encore il y a moins d’un siècle le devoir d’état, le premier devoir de son état d’homme ou de femme qui se range mal dans le simplisme religieux actuel qui sert de boussole aux médias, du bien caricaturé par les droits de l’homme et du mal caricaturé par le Troisième Reich.
L’homme et la femme ne sont égaux que dans leur complémentarité et les vouloir identiques amène au désir stupide de la parité partout y compris dans les maternités, ce dont notre ministre de l’égalité homme-femme ne parle évidemment jamais. Le devoir d’état d’une femme est de renouveler la population quand celui d’un homme est de mettre pour cela son énergie à son service. C’est leurs premiers devoirs. Chacun a évidemment droit à harmoniser sa vie et à compléter son devoir d’état par ses droits au bonheur et à la plénitude de sa vie. Mais cette harmonie ne se fait ni de la même façon, ni au même endroit, ni en même temps. Hors la maison, la femme y vit son harmonisation alors que l’homme y vit son devoir d’état. Il est triste de devoir rappeler cette évidence qui est dogmatiquement refusée en ne voulant pas voir plus loin que le bout de son nez.
 
L’identité homme-femme a pu remplacer l’égalité homme-femme parce que le capitalisme a dévalorisé aussi bien la procréation que le travail. Le mondialisme en limitant l’humanité à des consommateurs de produits que les machines produisent, est obligé de réinventer l’esclavage pour ne pas voir que tout ne tourne que grâce à une énergie monétaire totalement factice car sans origine fiable. Il réinvente l’esclavage dans l’espace avec la mondialisation et la confusion des civilisations. Il invente l’esclavage dans le temps avec la dette qui monte inexorablement vers des sommets apocalyptiques. Il réinvente l’esclavage ici et maintenant avec l’immigration. Ces esclavages sont hypocritement rendus honorables par la réduction scandaleuse de l’esclavage à la traite des gentils noirs par les méchants blancs, il y a bien longtemps, et par sa condamnation sans appel rendant invisibles les esclavages contemporains. Pour ce faire les médias utilisent leur système habituel de sur-éclairer par projecteurs un point précis de la scène pour que personne ne regarde l’ensemble de la scène qui ne doit pas être vu.
L’ensemble de la scène est que les hommes ne sont pas assez payés quand ils travaillent pour permettre à toute une pseudo élite inutile et artificiellement fabriquée de très bien vivre sur leur dos. L’ensemble de la scène est que le système est tellement pervers et sans espoir que, pour tenir, les femmes sont obligées d’aller chercher l’argent que les hommes ne savent plus rapporter et en oublient leur devoir d’état. Comme elles sont plus méticuleuses que les hommes elles occupent des secteurs entiers protecteurs comme les soins et la justice. Mais plus personne ne s’harmonise car l’essentiel pour notre élite est que les productions des machines soient reconnues comme des richesses, les humains devant être rassasiés et non heureux.
 
L’autre vérité, refusée par le système qui est incapable de s’en expliquer, c’est que le seul échange honnête possible entre des groupes qui se connaissent peu ou mal, est le troc, c’est-à-dire une balance commerciale équilibrée. C’est d’ailleurs ce qu’avait unanimement décidé l’ONU en mars 1948, au moment où le bon sens suit pendant peu de temps les guerres, quand a été signé la charte de La Havane qui créait l’OIC, l’Office international du commerce que le capitalisme a enterré pour le remplacer par l’OMC qui en est l’exact contraire. C’est par le troc d’une balance commerciale équilibrée que les monnaies s’évaluent normalement quand on ne les manipule pas. Chaque groupe évalue avec sa propre monnaie le tas de biens et de services qu’il donne et qu’il juge équivalent au tas de biens et de services qu’il reçoit. Ce double regard semblable de deux groupes qui se connaissent mal sur deux tas de biens et de services que chacun a chiffré avec sa propre monnaie, donne le vrai taux de change entre deux monnaies. Actuellement en appliquant cette notion de bon sens, l’euro allemand doit monter pour dévaloriser leurs exportations et ne plus nous considérer comme les esclaves du 4e Reich, et les euros italiens, espagnols, français et portugais doivent baisser pour ne plus être dans le mensonge. Mais le traité de Maastricht a dogmatiquement décidé que les euros auraient tous la même valeur, ce qui oblige l’euro à monter et à descendre à la fois, ce que personne n’a jamais su faire. Aujourd’hui par Target 2 les banques allemandes prêtent aux banques d’Europe du sud de quoi acheter la surproduction allemande et tout le monde sait qu’elles sauteront lorsqu'elles seront remboursées en lires, pesetas, escudos où francs, une fois que ces monnaies auront été dévaluées à leur vraies valeurs. Le système ne tient que parce qu’il est intenable et que personne n’ose le dire et y toucher. Ce qui est fait sur les taux d’intérêts pour retarder l’explosion ne fait que chercher quel sera le détonateur. Si les taux montent les entreprises sauteront les premières. S’ils ne montent pas, ce sont les banques et les assurances qui cesseront leurs paiements les premiers.
 
Les "Gilets jaunes" pressentent tout cela mais l’opinion publique tout en les approuvant, espère toujours l’arrivée d’un messie qui aura des solutions miraculeuses. C’est cette opinion publique qu’il faut réveiller et pour cela chacun peut être utile en travaillant, en priant ou en combattant. Notre pseudo élite ne fait rien de cela alors que c’est le devoir de tous ceux qui s’intéressent encore à notre civilisation.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er juillet 2019
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Le législateur a une conception très subjective de la haine sur Internet
 
TRIBUNE - La philosophe s’inquiète de la proposition de loi portée par la députée LREM Laetitia Avia, visant à lutter contre la haine sur Internet. Si le motif est louable, la définition des contenus haineux reflète selon elle la bien-pensance du courant idéologique dominant.

 
Une proposition de loi, présentée par la députée LREM Laetitia Avia, vise à lutter contre la propagation des discours de haine sur Internet. Il s’agira de débusquer et de punir les contrevenants. Nul d’entre nous n’a envie de défendre les discours de haine. Toute la question est de les définir, de les caractériser, de les trier. Or l’exposé des motifs est par sa formulation même un festival de bien-pensance : "Le rejet, puis l’attaque d’autrui pour ce qu’il est, en raison de ses origines, de sa religion, de son sexe ou de son orientation sexuelle, connaît des relents rappelant les heures les plus sombres de notre histoire."
 
Le problème que pose cette proposition de loi est double. D’abord, la haine ne signifie plus grand-chose tant on l’emploie pour tout et n’importe quoi. Ensuite, sa définition par le législateur ne vise pas, et n’atteint pas, l’objectivité. Le mot "haine" a acquis des significations dérivées et son emploi s’est amplifié au-delà de toute mesure. Le terme, pris au sens propre, est très fort et traduit une détestation, un rejet capable d’aller jusqu’au meurtre. Les sociétés post-modernes sont soucieuses d’imposer par tous les moyens leur relativisme moral et une forme d’indifférenciation : tous les comportements sont légitimes, toutes les cultures se valent.
Ne sont pas légitimes ceux qui ne pensent pas que tout se vaut : c’est le célèbre "pas de liberté pour les ennemis de la liberté". Elles ont donc institué une liste interminable des "phobies", désignant ainsi les mauvais sujets qui n’admettent pas le relativisme ambiant. Celui qui ose seulement évoquer l’intolérance de certains musulmans se voit traité d’islamophobe, celui qui ose seulement énoncer l’impossibilité pour deux homosexuels de procréer se voit écarté comme homophobe.
Autrement dit, toute énonciation d’une différence réelle est aussitôt incriminée comme "phobie". Un mot mal connu d’ailleurs par tous les médias qui s’en emparent : on parle de "phobie" comme synonyme de "haine", signifie "peur", ce qui est très différent. Oui, mais dans la société de l’indifférenciation, avoir peur c’est déjà avoir la haine. La peur est un crime : elle traduit la fermeture, le "repli", dans un monde obligatoirement ouvert, sans porte ni fenêtre. Sauf pour l’écologie : ici la peur est non seulement acceptable, mais même admirable. Notre droit à la peur est bien organisé, et j’allais dire militarisé, par le courant dominant.
 
La proposition de loi dont nous parlons s’inscrit tout droit dans cette filiation. Signifie-t-elle, comme elle le dit, que la détestation n’a pas droit de cité et qu’elle est dès lors juridiquement punissable ? Non pas. Si c’était le cas, il n’y aurait pas d’opinion ou de comportement "nauséabond". Que fait Emmanuel Macron ? Parler de "lèpre populiste", n’est-ce pas dénigrer et détester lourdement certains partis, courants de pensée, personnes ?
Ceux qui ont été ostracisés et harcelés, accusés d’être d’extrême droite, savent parfaitement à quel point, face à eux, tout est permis, depuis les mensonges les plus éhontés jusqu’aux expressions de la haine pure, sans que personne ne s’en offusque. Haïr les conservateurs, se moquer d’eux et les détester en public en les traitant de lèpre, ce n’est sûrement pas punissable puisque le président lui-même s’y autorise. Dans la proposition de loi, l’idéologie haineuse est bien délimitée : "u’elle soit raciste, antisémite, antimusulmans, homophobe ou sexiste".
Ainsi, que penser des propos qu’avait tenus un jour le chef de l’État lui-même : "Montrez-moi une mère de famille nombreuse qui soit éduquée" ? Que fait-il ici, sinon désigner à la vindicte un comportement et un mode de vie qu’il méprise en raison de son conservatisme ? Les mères de famille nombreuse pourraient inventer une nouvelle "phobie" pour décrire la détestation à leur endroit, au point que le président lui-même les taxe toutes, ouvertement, d’incultes. Si ce n’est pas de la haine, on ne voit pas bien en quoi énoncer l’intolérance de l’islam serait de la haine.
Certains, ceux qui représentent la "régression" (les familles nombreuses, les populistes, les catholiques), ne sont pas programmés pour être protégés par la loi. On peut bien les injurier : la preuve, c’est que le président lui-même le fait en public. Les parlementaires d’En marche ! ont bien le souci de n’offenser personne et d’aimer tout le monde : enfin, sauf les groupes ou courants qui ne vont pas dans leur sens.
Tout porte à croire que la proposition de loi portée par Laetitia Avia accouchera d’une loi faite pour solidifier et légaliser les préférences idéologiques du courant dominant.

Paru dans Le Figaro, 4 juillet 2019
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Le "parcours" plutôt que le concours, un bond en arrière pour la méritocratie
 
TRIBUNE - L’historien Arnaud Teyssier voit dans la fin du concours d’entrée à la Rue Saint-Guillaume une étape de plus dans la liquidation de l’héritage du Conseil national de la Résistance.
 
"Dans la société, c’est la raison qui plie la première." Il faudrait un La Bruyère pour décrire les mœurs de ce siècle. Sciences Po, l’un de nos grands établissements publics d’enseignement sous tutelle de l’État, vient de jeter aux orties l’une des rares garanties, si imparfaite soit-elle, qu’offrait le système du concours face aux risques croissants de reproduction sociale. Le "parcours" plutôt que le concours. Pourtant… "tout droit reconnu au mérite est une chance retirée à la faveur", pouvait écrire un grand quotidien en 1848, au moment où s’engageait le long combat pour la promotion du concours dans une France qui avait reçu en héritage de la Révolution l’"égalité d’espérance" (Sieyès).
Ce combat devait durer cent ans. Il fut - du moins le croyait-on - pleinement gagné en 1945, sous l’impulsion du Conseil national de la Résistance (CNR) et par l’action personnelle de Charles de Gaulle et Michel Debré - qui ne passaient pas ainsi, contrairement à une légende tenace, un compromis avec le Parti communiste, mais entendaient plutôt refonder la démocratie sur des bases solides et apporter au recrutement des élites publiques la réforme intellectuelle et morale dont la guerre avait montré une fois de plus la nécessité.
 
L’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – "tous les citoyens sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents" - allait enfin entrer dans les faits. Car ne nous y trompons pas. Même si, depuis un certain nombre d’années, la Rue Saint-Guillaume se réclame ouvertement du "modèle anglo-saxon", ce sont bien les grandes écoles publiques qui, à travers elle, sont désormais dans la ligne de mire.
L’ENA est première visée, car Sciences Po, même si sa prépa ne fournit plus, chaque année, qu’un quart de ses élèves, reste son antichambre symbolique. Mais toutes sont menacées par cette réforme prétendument "disruptive", censée défier les conservatismes les plus obtus. En fait de modernité et de diversité, l’école créée en 1872 par Émile Boutmy vient de faire un formidable bond en arrière. Et il paraîtrait que les IEP de province, Bordeaux en tête, vont lui emboîter le pas…
 
Car que dirait Georges Pompidou, dont on parle tant ces jours-ci ? Ce grand homme d’État, illustration de la méritocratie républicaine, vaut infiniment mieux que les recherches en paternité politique dont il semble subitement devenu l’objet. Lorsque, en décembre 1972, il vint prononcer un important discours rue Saint-Guillaume pour le centenaire de "Sciences Po", il rappela qu’il y était arrivé, jeune étudiant des années 1930, pétri de tous les préjugés d’un normalien. "Nous estimions, rue d’Ulm, être dans le sanctuaire du travail, de la vraie culture et des fils du peuple. Nous considérions la Rue Saint-Guillaume comme celui de la bourgeoisie, de la superficialité et du farniente." Il découvrit, une fois élève, que cette réalité était quelque peu exagérée.
Quand il y revint comme enseignant après la guerre, l’École libre des sciences politiques était devenue l’Institut d’études politiques de Paris et - avec les autres instituts de même nature créés en province - l’un des fers de lance du grand mouvement de rénovation administrative porté par le gouvernement de la Libération. Même si Sciences Po devait garder par la suite une réputation assez "bourgeoise" et parisienne - bien qu’elle drainât en réalité vers elle beaucoup de jeunes provinciaux -, elle fortifia vite sa réputation nouvelle par l’excellence de son recrutement, garantie par un concours d’entrée, et par la qualité de ses enseignements qui faisaient une large place à l’histoire, à la culture générale et aux grandes matières du service public (droit, économie, finances publiques). Comme le dira encore Georges Pompidou, on y était porté par la passion de la politique - mais la "politique au sens le plus élevé et le plus large du terme, qui englobe l’étude des sociétés, des économies, des institutions, des rapports internationaux, mais aussi de l’homme".
 
Il faut dire qu’au cours des quinze dernières années, Sciences Po a pris une voie quelque peu divergente : l’interaction entre le service public et le monde de l’entreprise en a toujours été la marque, mais un certain équilibre était respecté. Le côté "business school" a pris une ampleur croissante, les filières d’accès se sont multipliées, et le concours d’entrée en première année, particulièrement exigeant, a été rogné, modifié par touches successives pour faire de plus en plus de place au "dossier" et au "parcours". Mais subsistait tout de même, au moins pour une partie des impétrants, l’écrit, avec cette vertu irremplaçable : l’anonymat.
 
Comme le rappelait récemment dans Le Monde le sociologue Pierre Merle, "à l’oral, où le jury évalue un candidat qui se met en scène physiquement, des critères implicites influencent grandement le jugement des évaluateurs". Ils tiennent à la posture corporelle, à la façon de s’exprimer, au style vestimentaire, le tout favorisant "des pratiques et des codes socialement plus présents dans les catégories les plus aisées". D’ailleurs, dans les grands concours de recrutement public, dont l’ENA est le prototype, l’oral n’a cessé de prendre de l’importance au fil des ans, et le fameux "parcours" avec lui : on soupèse le nombre et l’intérêt des stages accomplis, on essaie de jauger, à partir de mises en situation ou de méthodes inspirées des écoles de commerce, la capacité "managériale" de très jeunes gens, et même leur "team spirit". C’est un exercice périlleux pour l’égalité des chances, mais il peut se justifier parce qu’il vient après des écrits particulièrement difficiles et parce que l’on recrute des hauts fonctionnaires - et que l’on peut donc vouloir cibler des personnalités, des profils, pour le plus grand intérêt du service public…
Mais pour l’entrée à Sciences Po ? C’est imposer bien en amont le "parcours", cet atout maître des "héritiers", contre l’académisme honni, cet académisme si résiduel qui, avec l’histoire et la culture générale, est le dernier rempart des candidats socialement les plus modestes - ceux qui utilisent les seules armes qu’on leur a laissées pour exprimer en toute équité leur "potentiel": le travail, l’étude, l’effort, la réflexion personnelle… Bien sûr, on fera un peu de discrimination positive - on sait pourtant à quels abus et à quels détournements le système de la filière ZEP (les conventions d’éducation prioritaire) de Sciences Po a déjà conduit, de l’aveu même de l’école. Mais ce ne sera, comme toujours, qu’un alibi voué à soulager les consciences de tous ceux qui voient et qui se taisent.
 
Il n’est pas sûr que les grandes institutions étrangères, élitistes en diable, soient dupes de cette mystification - elles craindront peut-être, qui sait, le retour "de la superficialité et du farniente"… Mais qu’importe : nous assistons à une stratégie – instinctive ? délibérée ? - d’une partie de nos élites pour finalement mieux contrôler leur reproduction sociale et lever les derniers obstacles que l’"ancien monde" leur opposait. Denis Kessler, l’une des figures alors les plus en vue du Medef, ne l’annonçait-il pas il y a une douzaine années avec une honnêteté exemplaire : "Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance" ?
Mission accomplie.

Paru dans Le Figaro, 2 juillet 2019
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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