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Connaissez-vous Cantus Formus ?
 
Connaissez-vous la musique non officielle, tonale d’aujourd’hui ?
C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’un public qui aime la musique va à des concerts, écoute la radio, You Tube, etc. et ne connaît pas ou écoute le moins possible ses contemporains, qu’ils soient officiels ou dissidents. Les uns parce qu’ils sont inécoutables et peu mémorisables, les autres parce que, bannis de l’histoire officielle, ils n’accèdent pas à la visibilité. En ce qui concerne ces derniers, la plus grande partie du public mélomane ignore leur existence.
C’est une exception française : il est malséant d’être tonal. Depuis l’après-guerre dans les milieux politiques et intellectuels, seule la musique atonale est considérée, comme allant "dans le sens de l’Histoire". Cette situation s’est pétrifiée quand le ministère de la Culture en 1981 s’est transformé en ministère de la Création. Comment ce diktat a-t-il été possible dans un pays qui avait accueilli simultanément tous les courants artistiques, de l’académisme aux avant-gardes très extrêmes ?
 
Cantus Formus
Pour illustrer cette situation il est intéressant d’évoquer une des très rares associations défendant des expressions non officielles de la création musicale : Cantus Formus. Créée en 2003 par un jeune compositeur, Nicolas Bacri, elle rassemble de nombreux interprètes et compositeurs qui ne se satisfont pas des expériences musicales menées par l’avant-garde atonale et sérielle : "l’École de Vienne", devenue institutionnelle. Son but est de présenter au public des œuvres de jeunes compositeurs qui pensent que tous les ressorts de la tonalité n’ont pas été épuisés, des œuvres des XXe et XXIe siècle d’inspiration mélodique au sein d’une conscience organique de la forme. Nicolas Bacri a voulu que ces compositeurs bannis soient joués et qu’ils aient le privilège d’entendre leur propre musique et de la partager avec un public.
Sa légitimité pour entreprendre une telle aventure résidait dans son parcours : brillante carrière, œuvre reconnue à ses débuts en raison de son adhésion à la doxa atonale, puis une évolution vers la tonalité, vécue comme la découverte d’un monde nouveau. Cette "trahison" l’a exclu des faveurs institutionnelles en France mais ne l’a pas empêché de réaliser une œuvre très complète et d’être reconnu au-delà des frontières.  
 
Cantus Formus a trouvé le soutien du Conservatoire CRR de la rue de Madrid qui lui a accordé l’accès à sa salle de concert pour que cette musique soit interprétée et partagée gratuitement. Depuis quinze ans ce rendez-vous pluri-annuel a permis à un public fervent et passionné de découvertes d’accéder à des œuvres jouées souvent pour la première fois. Les médias qui s’adressent au grand public mélomane parisien ne lui en ont jamais dévoilé l’existence.  
Malgré l’absence de moyens financiers, l’aventure résiste au temps et rayonne. La pénurie pécuniaire n’a cependant pas permis l’essentiel travail d’histoire, d’évaluation, de critique, si nécessaire à son épanouissement. Et pas davantage la communication directe avec un large public en attente d’une musique de l’âme et du cœur que permet désormais Internet.

On se trouve dans la situation absurde où grâce à l’argent public des fonctionnaires font vivre une musique officielle inaudible, rejetée par public et interprètes, en excluant comme illégitimes des initiatives telles que Cantus Formus, où un compositeur de renommée connaissant la création de son temps dans son essentielle diversité essaie de permettre au public de l’entendre et d’en juger.
Il paraît plus fécond pour la création que l’expertise de l’art revienne aux artistes eux-mêmes, à condition qu’il y ait concurrence entre divers courants. C’est ce que disait Jules Ferry en annonçant en 1880 aux artistes plasticiens qu’il retirait tous les représentants de l’État des jurys de l’unique Salon. Il a invité ce jour-là les artistes à prendre en main leur destin, les a encouragés à créer d’autres Salons, leur promettant la construction d’un palais somptueux pour les accueillir et faire honneur à tous. Cette formule exemplaire a fait de Paris la capitale des Arts dans le monde pour cent ans. Depuis que
l’État décide ce qui est de l’art ou ne l’est pas, Paris a perdu son statut. Quoi de plus conservateur qu’un système où 200 Inspecteurs de la création supervisent la création pendant leurs 40 ans de carrière ?  Résultat : un unique courant musical, apparu entre les deux guerres du siècle dernier, devenu choix politique et stratégique après 1947 et rendu obligatoire en France en 1981. Ce qu’il est toujours.
Des mécènes privés non conformistes auraient pu créer une concurrence… cela n’a pas eu lieu, mais peut encore se produire.

Envoyé par l'auteur, paru sur Contrepoints, 22 mai 2019
Publié dans A tout un chacun
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Les écologistes, meilleurs ennemis de l’écologie ?
 
Bravo à Yannick Jadot qui fut un très bon candidat, convaincu et plutôt raisonnable dans ses propos. Mais son offre politique - d'écologie de posture - peut-elle être durable ?  
La progression du parti des Verts en Europe est le reflet d'une réalité de ce que chacun d'entre nous ressent. Nous souffrons de voir les océans pollués de sacs plastiques, les rivières devenues des dépotoirs, les poissons en voie de disparation, les animaux sauvages en perdition, les ours polaires esseulés sur un bout de banquise qui fond, les baleines exterminées, les abeilles qui trépassent, les engrais chimiques qui nous empoisonnent à petit feu, l'air pollué qui nous rend asthmatiques etc. N'en jetez plus!
Nous sommes, chacun d'entre nous, responsables de cette planète que nous allons laisser à nos enfants dans un sale état. C'est bien cette idée même que l'on retrouve à l'origine de la notion de "développement durable" (sustainable development) dans le Rapport Bruntland dès 1987.
 
Epoque hystérique
Pourtant, en dehors des questions existentielles que nous nous posons devant les poubelles de tri (est-ce que je jette l'emballage plastique avec le papier ?), nous sommes très impuissants devant cette catastrophe humanitaire annoncée, même si la France est plutôt en avance dans sa lutte. Nos contradictions sont le reflet d'une époque hystérique sur tous les plans. Ainsi, lorsqu'on diminue la vitesse de 
90 à 80 km à l'heure ce qui, par définition, est bon pour la diminution du CO2, la France s'emballe, écolos confondus, car il faut bien qu'ils roulent, et vite !
Nous voulons "consommer bien" sous tous rapports : des produits de saison, des fruits et des légumes poussés à côté de chez nous, du bon coton bio, des vêtements éthiques (en fait les tee-shirts réclamés par nos ados bien-pensants viennent du bout du monde fabriqués dans des conditions douteuses, quand ce ne sont pas des faux), des produits de beauté sans conservateurs et puis pas de viande bien sûr, c'est mauvais pour tout : les pets des vaches = du CO2, la souffrance animale, le cholestérol... toutefois, il faut soutenir les éleveurs pendant que les vegans attaquent les boucheries.
La liste est infinie, nous sommes culpabilisés par tous et pour tout sur ce que nous consommons, mangeons, disons, faisons, pensons, portons… soyez "bio" sinon point de salut mais rassurez-vous, le marketing a compris et s'occupe des gogos écolos.
 
Une idéologie écologique qui divise
Le fait pour les Verts d'être pour la décroissance (croissance assurée du chômage), contre la mondialisation, contre la production industrielle, contre le profit et les entreprises, etc., est un non-sens. On nous propose une écologie de posture alors qu'il faut une écologie de solutions applicables que seules les entreprises sauront proposer.
Ce désir légitime d'un progrès salutaire dans notre gestion de la planète est devenu une idéologie qui divise et crée des groupes opposés qui s'affrontent pour brandir des opinions politiques jusqu'à braquer des pays comme les Etats-Unis.
Tant qu'on fera de l'écologie une idéologie punitive on n'avancera pas. Les fausses solutions économiques foisonnent en particulier en ce qui concerne les entreprises, la plus récente illustration concerne le marché des droits à polluer autrement dit "marché de permis négociables". On légifère pour limiter l'offre surabondante de quotas d'émissions que les entreprises peuvent acheter à 6 ou 9 euros la tonne de carbone ce qui devient une bonne affaire. Au supermarché du CO2 les Français réclament la tonne à 30 euros. Qui dit mieux ? Sachant que le vrai clivage éternel avec les Verts concerne le nucléaire et que les énergies de substitution posent de vrais problèmes qui n'ont rien à voir avec l'eldorado décrit par les puristes.

En ce qui concerne les résultats des élections européennes, bravo à
Yannick Jadotqui fut un très bon candidat convaincu et plutôt raisonnable dans ses propos avec des chefs d'entreprise sur sa liste... sauf qu'à côté de lui figuraient des repoussoirs telle que Michèle Rivasi
, spécialiste des questions de santé environnementale au Parlement européen et remarquée pour ses prises de position "contre" les ondes électromagnétiques et surtout contre les vaccins alors que des enfants meurent à nouveau de la rougeole partout dans le monde. Voilà qui les rend infréquentables du fait de la présence de gourous et extrémistes agités.
Les écologistes seraient-ils les meilleurs ennemis de l'écologie ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 31 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
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Les détenteurs de la violence légale
 
La définition d’un État est la détention de la violence légale sur une population dans un espace donné. Cette violence peut être physique (armée, police) ou cérébrale (justice, impôts). C’est cette violence qui donne apparemment raison à celui qui a le pouvoir de l’actionner et tout naturellement le fossé se creuse entre le philosophe qui cherche la vérité en doutant par définition, et le politique qui se contente de chercher à détenir la violence légale pour avoir raison en se dispensant de douter.
Ceux qui détiennent actuellement le pouvoir d’actionner cette violence sont de plus en plus régulièrement remplacés vu leur inefficacité sans que l’on s’oriente pour autant vers une réflexion philosophique calme sur les raisons de cette inefficacité. Il est plus reposant de les dénigrer et de tout attendre de ceux qui les remplaceront et qui sont auréolés de toutes les vertus avant d’être affligés de tous les vices.
Ne faut-il pas revenir au vieux principe de juger un arbre à ses fruits et regarder les fruits du siècle que l’on affirme être celui des Lumières ? Il a rompu un équilibre multi-millénaire entre le spirituel et le temporel en généralisant ce que le roi d’Angleterre Henri VIII avait initié et qui est la base de l’organisation mentale actuelle anglo-saxonne, la soumission du spirituel au temporel.
 
Les Lumières nous ont apporté le fascisme pour ceux qui voulaient être reconnus comme les plus beaux, les plus forts et les plus intelligents ; le fascisme est mort du mépris des autres. Elles nous ont apporté le communisme pour ceux qui rêvaient par la violence à une absence de violence légale; le communisme est mort par effondrement d’une construction incohérente. Les Lumières nous ont apporté le capitalisme pour ceux qui confondaient le contentement et la richesse et qui pensaient s’enrichir sans appauvrir quiconque en étant contents d’un échange ; le capitalisme n’est pas encore mort et c‘est son agonie et les soins palliatifs mis en place par ses défenseurs qui heurtent tant le bon sens populaire.
 
La violence légale s’est aujourd’hui mise exclusivement au service du capitalisme. Côté violence physique, les armées veillent à ce qu’aucune autre forme d’organisation sociale ne naisse nulle part sur la Terre pendant que la police contient les interrogations populaires. Mais c’est du côté de la violence cérébrale que le capitalisme désormais sans concurrence fait très fort.
Par un principe de précaution généralisé, fait d’interdictions et d’obligations, et verrouillé par les lois mémorielles, il instaure une violence légale officiellement protectrice et réellement infantilisante qui permet, dans une fausse démocratie, d’acheter moins cher l’affect d’une population à qui l’on affirme donner tout le pouvoir tout en veillant à ce qu’elle ne puisse être informée totalement. Toujours par l’argent, l’information, de plus en plus sous-traitée à la finance, se réduit à un éclairage ostensible, non pas de l’ensemble de la scène mais exclusivement de ce qui doit marquer les esprits, le tri étant fait en amont par l’Agence France Presse.
Cela fabrique tout naturellement une représentation populaire détentrice de la violence légale mais qui ne ressemble en rien au peuple qu’elle est supposée représenter. Le muselage de l’internet par la violence légale est en cours puisque la dissolution de la goutte d’eau dans l’océan ne semble même plus suffire.

Mais le capitalisme fait encore plus fort pour durer par une prise en ciseau des esprits. D’un côté on formate à grand frais les êtres et de l’autre on crée une division totalement artificielle entre ceux qui résisteraient encore au formatage.
Le formatage se fait pendant de très longues années dans une éducation dite nationale où l’on diffuse que la nation n’existe plus et que la Terre rebaptisée LA planète est le seul espace cohérent d’un capitalisme universel. On fait croire que la dépense, baptisée produit par le PIB, est une création de richesse à se partager et on fabrique de la monnaie pour pouvoir dépenser sans jamais expliquer que la monnaie n’est plus le constat d’une richesse déjà existante mais celui d’un espoir que l’on sait irréalisable mais qu’on implante dans les esprits.
On détourne d’ailleurs l’attention de ce seul problème fondamental en faisant vivre artificiellement les contradictions secondaires. La démocratie dit que la majorité a raison donc on va valoriser toutes les minorités quelles qu’elles soient en les portant toutes au pinacle avec l’aide de la violence légale. On constate une fonte bien réelle des glaciers et on va totalement artificiellement dire que l’homme en est responsable par le CO2. Là, la contradiction est plus subtile car elle est induite sans jamais être formulée. On ne dit jamais que le principal gaz à effet de serre est la vapeur d’eau sous forme de nuages qui garde la nuit la chaleur solaire comme chacun le constate. On ne dit jamais que la Terre a été glaciale et torride bien avant que l’homme n’apparaisse et qu’il est essentiel de comprendre pourquoi avant de chercher ce que l’homme a pu réellement modifier. Il est ridicule de se prendre pour Dieu et vouloir changer le climat quand on n’a encore absolument rien compris au déplacement des anticyclones et que l’on surexploite l’animal, le végétal et le minéral, voire même l’humain que l’on réduit à un consommateur-électeur-spectateur.
 
Mais pour tous ceux qui résisteraient au formatage et dont on martèle le mépris en les appelants extrêmes ou populistes, le capitalisme et sa violence légale ont réussi le tour de force de les diviser en deux pour qu’ils dépensent l’essentiel de leur énergie à se haïr. On a oublié que les trois moteurs de l’homme sont son cerveau avec sa raison, son cœur avec ses sentiments et son ventre avec ses besoins. La seule différence entre la droite et la gauche est que la droite privilégie la raison et donc l’harmonie alors que la gauche privilégie les sentiments et donc le mouvement. Les deux sont pourtant essentiels et la droite comme la gauche ne sont que deux parties de nous-mêmes qui se dissocient en deux simplismes quand nous sommes fatigués. La force du capitalisme et de sa violence légale est de flatter les besoins pour ne pas laisser se marier la raison et les sentiments. Se crée un fossé totalement artificiel entre Michel Onfray et Eric Zemmour qui disent pourtant grosso modo la même chose avec des mots différents.
 
L’avenir est entre les mains de la jeunesse dont la fragilité est peu respectée. Pour qui voudrait constater une facette de cette fragilité je propose de lire l’article de Contrepoints : Éloge de la mondialisation signé par un jeune étudiant très bien formaté

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er juin 2019
Publié dans A tout un chacun
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La prison n'est pas la bonne solution pour sanctionner la délinquance en col blanc
 
Il serait juste et salutaire de punir différemment les actes répréhensibles mais inoffensifs en terme de sécurité et les méfaits violents qui constituent une menace potentielle au quotidien.
 
Pas de jour, pas de journal télévisé, pas de "Une" sans le récit du déroulement d'un procès financier ; nous suivons les affres de celui 
Bernard Tapie, nous nous sommes délectés des épisodes à rebondissement de celui de Jérôme Cahuzac, nous avons culminé et ce n'est pas fini, avec François Fillon... Nous commençons la série Balkany saison 1, sans parler du programme annoncé à venir de Nicolas Sarkozy, etc.
Non seulement ces procès à répétition donnent une piètre image de ce que nous sommes mais cela renforce notre détestation post-révolutionnaire de l'argent (celui qui n'est pas le nôtre) qui se transforme en dégoût de l'univers de la finance, des exilés fiscaux et, bien sûr, des hommes politiques. Tout cela serait presque normal si, en France, nous n'avions pas en plus une spécificité navrante, celle du temps de la justice. Nos "affaires" trainent des années au plus grand détriment de la crédibilité, de l'efficacité de ladite justice et des "prévenus" eux-mêmes.
 
Le "feuilletonnage" de ces mises en cause est particulièrement néfaste, générant une vindicte populaire similaire à celle de foules en place de grève attendant la guillotine et accentuant l'importance qu'il conviendrait de donner à ces affaires. Et si ce que l'on reproche aux Balkany était si évident, si connu de tous, pourquoi n'a-t-on pas saisi la justice dès le début ? Notre justice est donc sous influence ? En précisant à chaque fois que "tout le monde savait", on finit par en douter. Comment peut-on laisser des comportements et des abus s'enliser à ce point ? Pourquoi dans certains cas la justice intervient-elle en trois jours (cf. 
PenelopeGate) et pourquoi tout à coup tout s'arrête-t-il pour reprendre des mois ou des années après ?
 
La peine encourue par les coupables en devient d'autant plus lourde du fait de ce qu'ils subissent en tant que personnages publics en attendant leur procès. Interpellations agressives, rejet, douleur de l'entourage sont déjà une peine en soi qu'il faudrait prendre en considération. Ils paient avant même qu'on ne les ait condamnés à payer mais si, par hasard, ils ne sont pas ou peu coupables, le mal est fait et la réhabilitation quasi impossible. Sans oublier que le prévenu peut se retrouver ruiné, saisi ou voir ses biens mis sous séquestre pour récupérer la somme détournée ou frauduleusement acquise. Normal, certes, mais cela fait quand même partie de la sanction. Il n'y aurait pas de "fumée sans feu" et le "mis en examen" est déjà coupable dans l'imaginaire collectif. L'éthique ne consiste pas à vouloir se venger et c'est pourtant le sentiment qu'on a : il faut livrer en pâture les contrevenants, c'est bon pour l'exemple !
 
Laisser les places de prison à ceux qui sont dangereux 
Vient alors le verdict. L'avocat général, toujours sévère, requiert de la prison avec ou sans sursis, et c'est là que tout commence... Il faut savoir que, jusqu'à deux ans de prison requis, on peut éviter la case prison avec par exemple un bracelet électronique (que l'on mettra en place 6 mois après le procès), ce qui prolonge l'angoisse. Au-delà de deux ans, on n'y coupe pas. Et c'est ainsi que nos prisons surpeuplées, honte absolue au pays des droits de l'homme du fait de leurs conditions d'incarcération et de l'insalubrité des lieux, voient arriver des détenus qui jamais, au grand jamais, ne peuvent représenter un danger quelconque pour la société. Le "c'est bien fait pour eux !" a quelque chose d'inquiétant reflétant une jalousie mesquine et haineuse vis-à-vis des élites en général qui devraient payer plus que les autres et pour tout le monde.
 
Pourquoi donc ne pas traiter ces affaires autrement en laissant les places de prison à ceux qui sont dangereux pour la société et qui, bien souvent, n'y font qu'un petit tour et puis s'en vont ? Ne conviendrait-il pas de créer de vraies peines de substitution qui seraient utiles à la société et réservées à ces "délinquants en col blanc" ? Une application de peines concrètes qui en même temps les réhabiliteraient leur faisant prendre conscience de la misère et des difficultés qui existent. Envoyer untel aider les personnes en difficultés à remplir papiers ou déclarations, apprendre aux étrangers et aux jeunes en difficulté à lire dans les banlieues, remplir toutes sortes de tâches d'intérêt général aussi bien matérielles qu'intellectuelles... Pourquoi refuser à Jérôme Cahuzac par exemple, de travailler bénévolement dans un hôpital comme il le proposait alors que les urgences ne font plus face ? Le tout avec le fameux 
bracelet électronique
? Il est par ailleurs curieux que les mêmes qui expliquent toute la journée qu'il faut des prisons ouvertes, soient les premiers à laisser sortir les individus dangereux mais veuillent à tout prix mettre sous les barreaux ceux qui ont truandé le fisc ou sont coupables de malversations.
 
Comme partout au sein de l'Etat, le bon sens manque, la technostructure plombe notre pays, nous ne réfléchissons plus : nous appliquons des directives noyées dans un temps administratif incontrôlable et inexplicable. Distinguer ce qui est incontestablement répréhensible et qu'il faut punir autrement parce qu'inoffensif en terme de sécurité, des auteurs de méfaits violents dont les actes et le passé constituent une menace potentielle au quotidien pour chacun d'entre nous, serait juste et salutaire.

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 23 mai 2019
Publié dans En France
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Les Verts
 
Les Verts disent vouloir sauver la planète, préserver la nature, en fait s’ils s’affirment de gauche c’est qu’il s’agit d’un mouvement politique et idéologique et l’on ne voit pas pourquoi tous les gouvernements de quelque parti qu’ils soient, se plient à leurs oukases.
Ainsi il est navrant de voir l’actuel gouvernement renoncer à relancer l’énergie nucléaire et vouloir mettre à l’arrêt des centrales qui pourraient encore fournir de l’électricité à bas prix pour promouvoir des énergies dites renouvelables, chères et discontinues. Depuis que l’Allemagne a abandonné le nucléaire sa consommation de charbon croit et les prix de l’électricité monte. Il est aussi incompréhensible que le gouvernement s’interdise toute prospection de pétrole conventionnel ou non dans le territoire national alors que les achats de produits pétroliers constituent les deux tiers du déficit de notre balance commerciale. Ces deux exemples montrent que le pouvoir se plie naïvement aux préceptes soi disant écologiques croyant gagner ainsi des voix alors qu’en dehors du milieu bobo les Français attendent d’autres choix. Il n’est que de voir la réaction qu’a entrainée la hausse de la taxe carbone qui a conduit au mouvement des gilets jaunes encore en cours. Or la taxe carbone est dans l’ADN des écolos qui veulent nous désintoxiquer des produits pétroliers.

Comme tout mouvement totalitaire, les Verts mobilisent la jeunesse, plus d’un million de gamins ont défilé pour mettre les gouvernements en demeure de "sauver la planète". Il faudrait quand même qu’ils expliquent quel modèle de société ils veulent mettre en place : abandon des produits pétroliers et pour cela augmentation continue de la taxe carbone, efficacité énergétique et appel uniquement aux énergies renouvelables, sortie du nucléaire. Ils prêchent aussi à l’abandon de l’agriculture productiviste et au retour à une agriculture raisonnée sans pesticides ni engrais chimiques, quelque chose comme les "labourage et pastourage" de ce bon Sully sans toutefois la poule au pot dominicale qui a bien le droit de vivre. Le bon exemple est fourni par le glyphosate dont personne n’a prouvé la nocivité, au moins pour les consommateurs, mais qui est fabriqué par Monsanto bête noire des écologistes et qu’il faut en conséquence abandonner d’urgence.
Il faudrait demander à cette belle jeunesse si elle veut renoncer à la voiture, aux avions, ne circuler qu’à bicyclette, en transport en commun ou en trottinette. Il faudrait leur demander si elle souhaite renoncer à la viande pour des lentilles et des pois chiches et même pour de la viande de culture. Il faudrait leur demander si elle veut payer hors de prix, essence et électricité et se chauffer aux granulés de bois. Faut il cesser de rechercher la croissance économique et le progrès pour un retour à la nature et à une vie agreste où "tout le monde il sera bon, tout le monde il sera gentil" laissant les Américains et les Chinois faire le choix inverse et nous coloniser ?
Déjà des bobos suédois n’osent plus prendre l’avion pour leurs vacances et certains préfèrent trois jours de train à quelques heures d’avion pour se rendre en Croatie. L’écologie est un mouvement totalitaire qui comme les maoïstes et les khmers rouges rêve d’un homme nouveau. Très peu pour moi.
Envoyé par l'auteur, 29 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
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L'alternance passe par l'union des droites
 
l y avait de la dérouillée dans l’air. Mais, contre toute attente, elle s’est abattue dimanche soir sur Les Républicains, bien davantage que sur La République en Marche. Certes, Emmanuel Macron perd son pari face à Marine Le Pen : son mouvement (LREM) ne récolte que 22,41% des voix aux Européennes, contre 23,31% au RN. L’échec était prévisible. Reste que l’écart des voix (moins de 1%) limite la déroute envisagée. "Ce n’est pas une défaite", a même cru pourvoir assurer, ce matin sur Europe 1, Nathalie Loiseau, la tête de liste LREM. Il est vrai que la macronie peut se réjouir d’avoir poursuivi avec succès le dynamitage des vieux partis. Le parti socialiste, associé à Place Publique, ne récolte que 6,3% des suffrages. Quant à la liste PR, conduite par le prometteur François-Xavier Bellamy, elle s’effondre à 8,44%. Là est le séisme. J’avoue ne l’avoir pas envisagé. Les sondeurs non plus n’ont rien vu venir. La Bérézina oblige la droite de Laurent Wauquiez à admettre qu’elle n’est plus crédible aux yeux des Français, même si près de 50% des électeurs n’ont pas participé au scrutin. Le bureau politique des LR doit se réunir ce lundi soir. Il n’est pas sûr que les caciques du parti soient disposés à entendre ce que suggèrent les électeurs en invitant la vieille droite à choisir son nouveau camp, bien dessiné par Macron : soit celui des "progressistes", dominés par LREM, soit celui des souverainistes, dominés par le RN. Le spectre de "l’extrême droite" est devenu un cliché qui ne rend plus compte de la diversité du vote civilisationnel.

Dès hier soir, la gauche en déroute n’avait que le mot "union" à la bouche. Mais ce que s’autorisent les socialistes depuis 1971 et le congrès d’Epinay, qui allait sceller l’alliance avec le très stalinien PCF, est refusé à la droite par les faiseurs de morale. Cet interdit unilatéral a été tellement intégré par la droite de gouvernement qu’elle est la première désormais a rejeter l’hypothèse d’un rapprochement avec le RN, alors que celui-ci n’a plus rien de commun avec l’infréquentable FN de Jean-Marie Le Pen.
Dès hier soir, les barons de LR semblaient être d’accord pour relancer, sans autre imagination, l’union avec le Centre, en passant par le silencieux Xavier Bertrand. "Tout est à reconstruire du sol au plafond", a expliqué Valérie Pécresse, ce matin sur RTL. Reste que la fin de l’histoire est déjà écrite, si Les Républicains persistent à regarder de haut un RN qui capte le vote souverainiste : lors de la prochaine présidentielle, en cas de probable nouveau duel Macron-Le Pen, cette dernière aura de grande chance d’être à nouveau battue, à cause de son isolement. C’est cette absurdité qui est à résoudre, alors que partout en Europe les populistes se consolident sur des alliances et des personnalités compétentes. Sur les questions sociétales, les différences entre François-Xavier Bellamy et Jordan Bardella étaient mineures. Des électeurs LR ont d’ailleurs apporté des voix à la liste RN, dans la recherche d’un vote utile. Macron, comme la gauche, redoute une union des droites. Or son opposition aux souverainistes est l’occasion de consolider cette force politique, seule capable d’assurer l’alternance.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 mai 2019
Publié dans En France
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Le paradoxe d’une campagne européenne transformée par Macron en test national
 
L’implication présidentielle a fait passer le débat de fond, sur les projets européens, au second plan.
 
À regarder les têtes de liste débattre jeudi soir sur BFMTV de traités commerciaux, de règles et d’éthique migratoires, de travail détaché… on se réjouissait que la campagne commence enfin. En fait, elle s’achevait. C’est l’une de ses particularités : jamais campagne européenne ne fut aussi brève depuis le premier scrutin, en 1979. La cause en est connue, la longue séquence "gilets jaunes" - grand débat, expression d’un malaise franco-français auquel l’exécutif a apporté des réponses elles aussi nationales. Séquence suivie de la tragédie Notre-Dame, qui a renvoyé la France à son histoire, à son identité et à ses querelles. Il n’est resté qu’un mois pour s’intéresser à l’Europe. D’où un débat croupion et souvent convenu.

La seconde particularité de cette campagne fut un débat croupion. Ce n’est pas inédit: tous les présidents ont plus ou moins soutenu la liste de leur parti ; Nicolas Sarkozy avait même tenu meeting pour l’UMP en 2009. Mais Emmanuel Macron a battu tous les records, multipliant les modalités d’expression jusqu’à l’entretien de ce vendredi sur YouTube qui lui permet de contourner les délais imposés aux médias audiovisuels "classiques". Jusque dans les affiches, ce fut une campagne Macron. Le risque politique pris par le chef de l’État a été déjà abondamment commenté : cette montée en première ligne fait des européennes un référendum sur sa personne. Mais, au-delà de la tactique, cette implication a conduit à un triple dévoiement du débat européen. Peut-être involontaire mais bien réel.

Elle a d’abord transformé une confrontation idéologique en compétition arithmétique. Le président de la République a voulu initialement montrer le choc de deux visions, l’une "progressiste", l’autre "populiste". En désignant explicitement "l’ennemi", la liste du Rassemblement national, il a fait lui-même de la première place au soir du 26 mai la question essentielle, pour ne pas dire unique, de la campagne. C’est un piège que déplorent nombre de figures de son gouvernement et de sa majorité. C’est un comble : il sera ainsi préférable pour Macron que la liste Loiseau fasse moins d’élus qu’espéré mais soit un dixième de point devant la liste Bardella plutôt qu’obtenir plus d’élus - donc plus de poids dans le futur Parlement - en étant un dixième de point derrière elle.

Corollaire de la sacralisation de cet enjeu : le débat de fond, sur les projets européens, est passé au second plan, au profit d’un énième avatar d’une campagne politique nationale. Encore un comble pour le chef de l’État : il voulait mettre l’Europe au centre du débat français, c’est sa personne qui se retrouve au centre du débat européen.

Enfin cette focalisation sur le duel LREM-RN conduit à un décalage entre l’affiche française et le paysage européen. Dans le futur Parlement de Strasbourg, ces deux forces compteront, mais aucune ne sera en mesure de gouverner ou d’imposer seule le futur équilibre politique au sein de l’Union. C’est le troisième comble pour Macron : il n’a eu de cesse de promouvoir un élargissement du jeu partisan à l’échelle de l’Union, jusqu’à défendre l’idée de listes transnationales ; il a fini par valoriser un match qui ne domine l’échiquier qu’à l’échelle de la France. Il a fait ce qu’il reprochait aux autres de faire avant lui.

Paru dans Le Figaro, 25 mai 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Ce monde futile, ou comment s’en défaire
 
Stop ! La France ne peut se ridiculiser davantage.
À Grenoble, vendredi dernier, des militantes islamistes ont occupé la piscine municipale en burkini, pour imposer leur loi.
Dimanche, 300 clandestins ont investi le terminal 2 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle pour dénoncer, à l’appel des "gilets noirs", les expulsions dont ils seraient la cible.
Dans le même temps, un clip du rappeur Nick Conrad a été diffusé sur les réseaux sociaux : l’"artiste" se flatte, entre autres saloperies, d’avoir "baisé la France jusqu’à l’agonie". Dans la scène finale, il étrangle une Blanche.
Bref, une même provocation fait parader des femmes voilées qui violent une interdiction, des immigrés en situation illégale, un exalté de la cause noire déjà condamné pour avoir chanté "Pendez les Blancs !". Dans le premier cas, le maire de Grenoble, Éric Piolle (EELV), a laissé faire. Les "sans-papiers", quant à eux, n’ont pas été interpellés. Et la plupart des mouvements antiracistes et féministes n’ont pas bronché contre le suprémaciste verbeux. Le ministre de l’Intérieur a toutefois saisi la justice. Tant de pleutreries rabaissent la France.
 
Ce ne sont là que des petits faits. Mais leur somme dit l’état lamentable dans lequel se retrouve le pays, abîmé par plus de 40 ans de gestionnaires incompétents et d’intellectuels et consorts en rupture avec le bon sens. En 2000, votre serviteur avait tenté de décrire, en dénonçant La Tyrannie de l’impudeur (Anne Carrière), cette nouvelle société individualiste construite sur la jactance, la suffisance, l’amour de soi, le besoin de s’exhiber. 20 ans plus tard, ces phénomènes se sont partout aggravés. Ils ont même atteint le chef de l’État. Jamais un président ne s’est autant mis en scène qu’Emmanuel Macron, dans un tourbillon de mots annonçant le déluge s’il perd, dimanche, les européennes.
Dans un autre registre, les médias ont unanimement promu le chanteur androgyne Bilal Hassani, choisi pour représenter la France à l’Eurovision, le week-end dernier à Tel-Aviv. Ce produit marketing, qui a fini 16e, se répand lui aussi pour dire combien il s’adore, exalté par son nombril. Il revendique d’être lui-même, dans ses différences et ses particularismes. Il est forcément "gé-nial".
 
Ces symptômes épars sont ceux d’une décadence. Elle fait regretter un passé ancré sur le réel, la raison, la réserve. Rien n’est plus urgent que de se défaire d’un système qui produit tant de confusions et de fausses idoles. "Les valeurs, en politique, ont fourni un cache-misère à l’abandon de l’art de gouverner", note Pierre Mari dans un livre de colère et de chagrin sur l’état du pays (En pays défait, de Pierre-Guillaume de Roux). De fait, même les principes les plus élevés, qui protégeaient la vie et les vulnérables, sont devenus des obstacles pour ceux qui ont perdu de vue l’homme fragile, au profit d’une quincaillerie humanitariste portée en sautoir. Lundi matin, Vincent Lambert, 42 ans, était condamné à mort par la justice et des experts, avant que la cour d’appel de Paris n’impose dans un sursaut, dans la soirée, la reprise de l’alimentation du tétraplégique en état de conscience minimal. Vincent serait "en fin de vie", assurent ceux qui voudraient lui appliquer un arrêt des soins. En réalité, cet accidenté de la route est un handicapé lourdement atteint. Ils sont 1700 dans cet état pauci-relationnel. Mériteraient-ils de dégager, comme autant de corps inutiles ?
 
Les motifs de révolte contre ce monde futile ne manquent pas, même si ces griefs ont été évacués de la campagne électorale, envahie par la platitude. Une société se juge à la manière dont elle traite ses vieux, ses grabataires, ses accidentés. Elle se juge aussi à l’attention qu’elle porte aux oubliés de la mondialisation. Dans les deux cas, Emmanuel Macron ne s’est pas montré à la hauteur des enjeux civilisationnels. Invité lundi par François-Xavier Bellamy (LR) à s’exprimer sur le cas de Vincent Lambert, le chef de l’État a préféré le rôle de Ponce Pilate, avant que la cour d’appel ne souligne le non-respect par l’État du "droit à la vie". Quant aux Français de la France périphérique, ils ne cessent de hurler au président qu’ils veulent prendre leur place dans une démocratie réformée. Comme le rappelle le géographe Christophe Guilluy, observateur acéré des mouvements populistes qui s’éveillent un peu partout : "La classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir. En cela, le mouvement des “gilets jaunes” est un mouvement existentiel." La futilité en politique touche à sa fin.

Paru dans Le Figaro, 24 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
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L’Europe, ce grand marché commercial où règne un patriotisme de papier
 
CHRONIQUE - L’Europe seule a la taille de parler aux géants américain et chinois. À plusieurs, on est plus forts si ces "plusieurs" sont d’accord entre eux. Or, ils le sont même de moins en moins car les divergences économiques se sont accrues au sein de la zone euro.
 

La guerre commerciale menée par Donald Trump n’a pas bonne presse en Europe. On lui reproche de réveiller les monstres enfouis du nationalisme, du protectionnisme, de menacer le commerce mondial et la prospérité de tous. Pourtant, au-delà des déclarations officielles et convenues, on s’aperçoit que les dirigeants européens sont d’accord avec le président américain au sujet de la Chine - et même les Allemands. En fait, Trump fait avec les Chinois ce que ses homologues européens aimeraient faire mais n’osent et ne peuvent pas faire.
 
C’est toute la différence entre une nation et un conglomérat de pays. C’est bien pour cette raison, nous disent les européistes, qu’il faut accélérer la "construction de l’Europe". L’argument paraît imparable. À plusieurs, on est plus forts ; l’Europe seule a la taille de parler aux géants américain et chinois. On connaît l’antienne. À plusieurs, on est plus forts si ces "plusieurs" sont d’accord entre eux. Or, ils ne le sont pas. Ils le sont même de moins en moins car les divergences économiques se sont accrues au sein de la zone euro.
Les Allemands sont prêts à accepter toutes les avanies des Chinois et des Américains pourvu que leurs exportations de voitures soient préservées. Ce n’est pas le marché européen qui compte pour Berlin, mais le marché mondial. C’est tout le contraire pour la France.
Et on ne parle pas des Polonais qui ne jurent que par le protecteur américain, des Belges qui achètent du matériel militaire américain, ou des Grecs et des Italiens qui se laissent séduire par les mirages de la route de la soie chinoise. D’ailleurs, il faut remarquer que les négociations commerciales sont depuis plus de vingt ans centralisées dans la main unique de la Commission.

On n’a pas constaté que cela nous ait rendus plus forts face aux Américains ou aux Chinois. C’est qu’il ne suffit pas d’avoir les moyens de la puissance, encore faut-il en avoir la philosophie. Or, l’Europe s’est bâtie après-guerre sur le complexe de Hitler : la puissance est considérée comme un mal en soi ; l’Europe est fondée sur le droit et le commerce, dans une idéologie postmoderne de "fin de l’histoire". Mais le retour de l’Histoire, des vieilles nations et des vieux empires, des menaces d’invasion migratoire, ont balayé cette construction à la Habermas d’un patriotisme de papier. Les fédéralistes européens ont cru pouvoir édifier une nation européenne à la manière de la nation française en transformant Allemands et Italiens en Auvergnats et Bretons, selon le rêve de Victor Hugo.
 
D’autres avaient pris exemple sur l’unité allemande du
XIXe  siècle qui avait commencé par une union
commerciale, le fameux Zollverein. Mais ils ont oublié qu’une barrière douanière imposante protégeait et unifiait ce grand marché allemand. Les dignitaires européens ont fait l’inverse, supprimant toutes les barrières douanières et plongeant le continent européen dans le grand bain de la mondialisation. L’Europe est devenue le monde en petit, et les citoyens européens des citoyens du monde. Quand les autres, de plus en plus nombreux, s’accrochaient à la seule identité tangible qui leur semblait sûre : l’identité nationale des chers et vieux pays.
Paru dans Le Figaro Magazine, 24 mai 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Le PCF a t-il collaboré en 1940 ?
 
Une récente altercation a opposé un éditorialiste de RMC nommé Daniel Riolo à la tête de liste du parti communiste aux élections européennes, Ian Brossat. Il était question du rôle du PCF entre 1940 et 1945. Face à l’accusation de collaboration formulée par le journaliste, l’argumentaire du candidat marxiste-léniniste s’est avéré aussi hallucinant que le traitement médiatique qui a suivi la querelle.
En un mot, Daniel Riolo a affirmé que le PCF avait collaboré avec l’occupant en 1940. Ian Brossat, indigné, a repris alors la rengaine d’une propagande éculée qui faisait du PCF le parangon des vertus résistancialistes au nom de ses soi-disant 75 000 fusillés. Les recherches les plus abouties chiffrent aujourd’hui entre 20 000 et 30 000 le nombre total des Français fusillés pendant la guerre, et tous ces fusillés n’étaient pas communistes, loin de là... mais peu importe le réel, il faut encore et toujours propager le mythe. Et quiconque le conteste n’est qu’un négationniste.
 
Au-delà de l’inculture abyssale du militant marxiste-léniniste relooké bobo, on reste aussi pantois devant l’argumentaire de l’excuse développé par les historiens bienpensants interrogés par Libération, France-Info ou le Huffington Post à la suite de l’altercation. Selon eux le PCF, à son corps défendant, s’est trouvé pris au piège du pacte germano-soviétique. Donc, on ne peut pas l’accuser d’avoir collaboré, tout juste s’est-il malencontreusement pris les pieds dans le tapis...
C’est sans doute pour sortir de ce piège que le secrétaire général du parti, Maurice Thorez, a déserté pour passer à l’ennemi en gagnant Moscou où il coulera des jours paisibles jusqu’à ce que d’autres libèrent la France ? C’est peut-être toujours pour échapper au même piège que Jacques Duclos a quitté son exil bruxellois pour rentrer à Paris dans les fourgons de l’armée allemande et qu’il s’est empressé de solliciter la reparution de l’Humanité ? Est-ce toujours dans le même but salvateur que le PCF a organisé, entre autres actions subversives, des sabotages dans nos usines d’armement ? Est-ce encore à cause de la même contrainte que les documents saisis sur des militants communistes en juin 1940 employaient le même langage abject que la propagande nazie en faisant état, par exemple, du "juif Mandel" ?
 
Comme l’a dit Albert Sarraut, ministre de l’intérieur, devant le Sénat le 19 mars 1940 : "Il n’y a pas deux propagandes séparées, la propagande communiste et l’hitlérienne. Elles ne font qu’une : la propagande ennemie." Finalement, Ian Brossat et les historiens complaisants n’ont peut-être pas complètement tort. Non, le PCF n’a pas réellement collaboré jusqu’au 22 juin 1941. Il a été, nonobstant la dissidence courageuse de certains de ses membres, l’allié objectif du régime nazi. C’est bien pire qu’une collaboration, c’est une fraternelle des totalitarismes qui s’est mise en place dans la France en guerre puis dans la France occupée. Le sacrifice de milliers de communistes après juin 1941, après un retournement à 180° toujours ordonné par Moscou, ne peut pas, ne doit pas, faire oublier près de deux années de trahisons.

Envoyé par l'auteur, 23 mai 2019
Publié dans Devant l'histoire
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