Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

L’absurdité des raisonnements économiques
 
Les yeux bandés personne ne voit rien et personne ne s’en étonne. En économie personne ne comprend, y compris ceux qui l’enseignent ou qui l’apprennent et tout le monde feint de savoir ou de s’en étonner ou de jouer à la fausse humilité.
La raison en est pourtant très simple : on a changé le sens du PIB, le produit intérieur brut, en laissant croire que c’est encore un produit alors qu’au départ ce n’est qu’un échange dont un des termes est la monnaie. C’est un achat pour l’acheteur, une vente pour le vendeur. L’achat peut être désiré comme c’est habituellement le cas. Il peut aussi être imposé comme l’assurance de sa voiture ou les frais du compte bancaire obligatoire. Il peut enfin être subi comme les soins ou les réparations après un accident. Dans tous les cas il est comptabilisé dans le PIB que l’INSEE calcule de trois façons différentes : la somme de tout l’argent qui a été dépensé, la somme de tous les biens et services qui ont été vendus en les calculant au mieux, et la somme de toutes les transactions, les trois modes de calculs donnant évidemment la même chose si on ne s’est pas trompé.
Cela avait un sens tant que l’argent dépensé était le fruit d’un travail déjà effectué car si le PIB a toujours été la somme de toutes les dépenses publiques et privées, il était aussi au départ, lorsqu’il a été imaginé après la deuxième guerre mondiale, la somme de tout ce qu’un peuple était capable de produire d’intéressant. L’intérêt était prouvé par une dépense d’argent préalablement gagné.
Cela est resté vrai tant que les prêts étaient des prêts sur gage, réservés à ceux qui avaient obtenu préalablement le gage qu’ils apportaient en garantie.
 
Mais tout a explosé quand les banques se sont mises par la double écriture (créance à l’actif identique à la dette au passif) à prêter de l’argent qu’elles n’avaient pas. Ne leur coûtant rien, elles se sont mises à prêter non plus sur gage préexistant mais sur richesse future à créer. La fabrication de fausse monnaie légale était enclenchée et s’est emballée à partir du 15 août 1971, lorsque Nixon a déconnecté le dollar de l’or alors que les accords de Bretton Woods liaient toutes les monnaies au dollar.
On a continué à calculer le PIB de la même manière sans rien différencier et le PIB est bien évidemment resté la somme de toutes les dépenses publiques et privées. Mais il a cessé d’être la somme des productions utiles. Par le biais de l’argent emprunté on a additionné aux productions utiles, les productions futures que l’on a toutes supposées utiles. On a additionné la réalité et l’imaginaire pour en faire une fausse réalité. Ce décrochage de la dépense et de la production utile n’a jamais été pris en compte par l’économie. Si la réalité et le calcul du PIB sont bien restés la somme de toutes les dépenses publiques et privées, financées de plus en plus majoritairement par l’emprunt, le discours économique, politique et médiatique a continué à considérer le PIB comme un produit et comme une création de richesse.
 
Le grand écart entre la réalité du PIB, somme de toutes les dépenses, et son interprétation par les économistes comme une création de richesse a sapé à la base l’Union européenne en 1992 avec le traité de Maastricht qui impose un déficit public inférieur à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 60 % du PIB. Cela avait un sens quand le PIB était une création annuelle de richesse reconnue. Cela n’en a plus aucun depuis que le PIB n’est plus que la somme de toutes nos dépenses. Il suffit de dépenser plus en empruntant pour avoir le droit de dépenser encore plus et d’emprunter encore davantage. Qui osera éclater de rire d’abord et se scandaliser ensuite ?
On a atteint des sommets en appelant croissance économique et carrément croissance tout court, l’augmentation du PIB, c’est à dire l’augmentation des dépenses. Pas un politique ne nous épargne le rabâchage que seule la croissance nous fera sortir du tunnel. Faut-il être énarque pour comprendre que si l’on règle apparemment en effet beaucoup de problèmes en dépensant de l’argent que l’on n’a pas, cela ne fait que reporter les problèmes en les aggravant. Mais si l’on dit que la dépense est création de richesse, tout devient possible, il n’y a qu’à emprunter. C’est ce que nous faisons sur toute la Terre. Les gouvernements par prudence augmentent tout de même tous (sauf le nôtre) leur budget militaire car l’issue est connue de tous même s’il faut endormir les peuples.
A titre d’exemple intéressons-nous à Jean-Claude Trichet pour ne pas avoir à ressusciter ce pauvre Michel Camdessus.
 
Jean-Claude Trichet est sans doute actuellement l’expert des experts. Énarque bien sûr, socialiste à 20 ans comme eux tous, conseiller de Giscard à l’Elysée, directeur de cabinet de Balladur au ministère des Finances, directeur du Trésor, gouverneur de la Banque de France, président de la Banque centrale européenne, il a écrit fin 2018 un article étonnant : 
Un succès historique : l’euro dans lequel il affirme entre autres "La zone euro est un succès en termes de croissance d’ensemble de l’économie réelle, mesurée depuis sa création jusqu’à aujourd’hui". Il y expose son raisonnement :
Pour que la comparaison entre les États-Unis et la zone euro soit aussi sûre que possible, je m’en tiendrai aux chiffres du Fonds monétaire international. Selon le FMI, le produit intérieur brut par tête de la zone euro était, en 1999, de 22 310 dollars comparé à 34 600 dollars aux États-Unis. Selon les prévisions actuelles, les produits intérieurs bruts par tête en 2018 devraient être respectivement de 42 070 dollars et 62 150 dollars. Les dollars sont les dollars courants sur la période. Ces calculs du FMI suggèrent une multiplication du PIB par tête en dollars courants de 1,89 dans la zone euro et de 1,80 aux États-Unis. La différence, à l’avantage de la zone euro, est modeste et ne suggère pas un avantage significatif, mais cette différence ne confirme évidemment pas l’échec économique souvent mis en avant.
 
Comme tous les partisans de l’euro, il parle en dollars mais que quelqu’un de réputé intelligent se réjouisse qu’un Européen augmente plus rapidement ses dépenses qu’un Américain laisse pantois et ne s’explique que par la religion imbécile du PIB qui serait encore création de richesses alors qu’il n’est fabriqué que par la montée des emprunts tant publics que privés. Et en effet les Européens tirent encore plus sur la corde que les Américains. J.C. Trichet a-t-il raison de s’en réjouir ?
 
Il est aussi cocasse d’entendre les économistes libéraux s’offusquer de voir l’État dépenser 47 % de la richesse produite alors qu’il ne fait que dépenser 47 % de la dépense globale, les autres 53 % étant dépensé par le privé, toutes les dépenses étant de plus en plus financées par l’emprunt qui monte, qui monte, qui monte…
Comprendre que le PIB n’est plus un produit en dépit de son nom et que la croissance n’est que l’augmentation des dépenses financée par la dette, devient le premier devoir de ceux qui s’intéressent au sauvetage de notre civilisation car tout le reste en découle.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 12 mai 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
De la chine (5) et l'Europe ?
           
Il est important de respecter les "bonnes manières", peut être quelques-unes des 110 règles édictées par le bon père de la Nation américaine George Washington, "Aller en société avec des ongles et des dents propres, des souliers cirés...être souriant (mais pas trop), digne et modeste"...et surtout (N°110) " Conserver dans la poitrine cette petite étincelle de feu céleste qu'on nomme Conscience".
 
Monsieur Xi, pour sa tournée européenne, ajouta à son maintien impeccable, une épouse souriante, une touche de Confucius bienveillant et quelques brins de ce que l'on apprend à l'Ecole du Parti. Surtout, fin Avril, lors du 2éme Forum mondial des Routes de la soie, réuni à Pékin, Il s'est efforcé de persuader les 160 chefs d'état et de gouvernement présents, des bonnes intentions morales et des splendides opportunités économiques que la République Populaire offrait au monde.
Il doit aussi rire sous cape, visitant un sous-continent en pleine confusion - malgré son potentiel économique – dont il a déjà débusqué quelques fleurons et commencé d'annexer plusieurs secteurs. Ce Brexit ahurissant, les gilets et bonnets de toutes les couleurs, les insoumis de l'Ex-Est, les cafouillages, inerties, surdités, l'étrange frénésie électorale... Tout cela laisse pantois, non seulement Monsieur Xi mais la planète tout entière.
 
Il est bien tard... pour l'Europe, de prendre publiquement conscience de l'importance du nouvel Empire du Milieu. Fort heureusement, beaucoup de groupes financiers, bancaires, industriels, ont eux, épluché le dossier en long, large et travers, avec déjà des agendas de travail prêts à accompagner le "nouveau mouvement planétaire". Par ailleurs, l'Union Européenne a, elle aussi, quelques cartouches présentables dans sa besace.
Il est désormais nécessaire que l'Europe se présente comme un "bloc", et non en pièces détachées. C'est ce que souhaite ardemment la Chine, outre les accords bilatéraux qu'elle peut avoir avec différent Etats membres. Ce qu'il faut drastiquement évacuer est cette vénéneuse image de loup garou chinois que des médias assez bornés diffusent dans l'opinion. La République Populaire a autant besoin des Européens que les Européens souhaitent collaborer avec elle.
La sagesse est de regarder la relation par ses "deux côtés" et non de s'enfermer dans une sorte d'européo-mondialisme aussi verbeux qu'irréel. La Chine, assise sur son opulente puissance financière, s'est lancé à "l'assaut du monde", et tente - sur du long terme - de le reconfigurer à son profit. Mais ce n'est pas vraiment nouveau : cela a commencé avec le virage d'ouverture de Deng Xiaoping à partir de 1977. L'Europe, elle, voit s'effilocher implacablement l'univers de sa puissance bâtie depuis... disons... Vasco de Gama, Elisabeth Ière et Richelieu. Sombre drame... et puis cette manie de se détruire les uns les autres, sans arrêt, depuis 2 siècles, au moindre absurde prétexte !
 
Bref, parlons clair : le but de la République chinoise est de modifier les circuits commerciaux mondiaux, de revoir la golden belt maritime, cette fameuse ceinture d'or par Suez et Panama créée par les Européens à la fin du 19ème siècle, tournant sans arrêt autour de la planète. Le second pion est de doubler et épauler cette innovation par un réseau de voies terrestres établies sur l'ensemble du continent sino européen. C'est cela l'astuce : Monsieur XI dit aux Européens "Longs nez bornés, regardez seulement un atlas : vous voyez bien que l'Asie et l'Europe forment un continent unique ! (avec, en plus, des ramifications vers le sous-continent de l'Inde et le Moyen Orient) L'Amérique ne veut plus de nous ! Ni de vous ! Tant mieux ! Laissons-la dans son coin et jouons ensemble à conquérir le progrès".
 
Plusieurs aspects dessinent clairement la stratégie de la République Populaire :
Première préoccupation : construire, solidifier la nouvelle Ceinture d'or maritime, des ports de Chine jusqu'à l'Europe, la Manche et l'Atlantique : il y a déjà beaucoup d'argent dans le port de Singapour ; Colombo est une affaire faite, différents points du Moyen Orient associés (avec en plus les perspectives de reconstructions d'après-guerre et la relation vers l'Iran par voie terrestre). En Méditerranée, Le Pirée est acquis (à un bon prix), plus loin Trieste et Gènes commencent leur cycle chinois. Pourquoi pas Marseille ? Valence est en vue. Gibraltar n'est pas possible car c'est un arsenal, mais en face il y a les côtes du Maghreb, Ceuta ou Oran ? Dans l'Atlantique, Cadix ? Le Portugal ? Et après ?... La technique est connue : l'investissement s'accompagne d'une modernisation permettant une bien meilleure exploitation et la prospérité nouvelle. Le financement en est assuré par des emprunts faits... auprès de Banques chinoises…
 
Second objectif : le bon achèvement de l'OBOR et ses annexes (One Belt One Road) et cette rouée appellation deNouvelle Route de la Soie : le tronçon-maitre aboutira, si tout va bien, en Novembre 2023 à Duisburg, au confluent de la Ruhr et du Rhin en Allemagne fédérale. Autant dire après demain. Et après ? Un rameau est en construction vers Moscou/St Pétersbourg et la Baltique, d'autres vers le Bengladesh, le Pakistan et l'Iran. Le réseau terrestre est aussi ferroviaire, technologique puisqu'il s'environne de nouvelles sources énergétiques (solaire, éoliennes), d'entrepôts robotisés, d'usines relais, faisant lien avec le trajet maritime : le port d'Anvers connaît un nouvel essor, une restructuration innovante spectaculaire depuis que des convois ferroviaires le relient déjà à Beijin plusieurs fois par semaine. Là aussi, la puissance bancaire s'avère évidente.
 
Troisième pion : des "participations-acquisitions" en tous domaines, et de manière ponctuelle ; tout marché de vente ou d'achat est bienvenu s'il s'avère, à terme, rentable : matière première, métaux (comme le cuivre en Serbie, le lithium en Asie centrale), l'exploitation céréalière, viticole, l'élevage, les manufactures textiles, les aéroports, le matériel lourd, des mines, des chaines de distribution, des fabriques de luxe (Baccarat), d'instruments de musique... La France – très important attrait touristique pour les honorables citoyens de classe moyenne – est un objectif d'investissement et de prises de participation dans l'hôtellerie, le commerce de luxe et les organisations touristiques. Le passage de la quasi-totalité des Européens au réseau 5G permet à la Chine d'avancer ses pions dans cette technologie si stratégique car elle en fabrique les indispensables bornes-relais.
Les exemples sont multiples, complexes, permettent de prendre la mesure de cette "invasion venue du Grand Est".
 
Pour l'heure, face à cette prégnante présence chinoise dont elle prend conscience avec beaucoup de retard, l'Europe (et les Européens) ont 3 attitudes à avoir :
1* tenir le registre scrupuleux de tous les investissements, accords, prises de participations chinois accomplis depuis…. disons 40 ans... dans les différents états et secteurs européens qu'ils soient privés ou publics. Cela permet de comprendre vers quels secteurs cet "enveloppement" des actifs se situe, et d'appréhender la stratégie globale de la Chine Populaire. Cela existe déjà, mais reste incomplet, les institutions européennes n'ayant pas pris la précaution d'unifier le registre de ses informations.
2* imposer les règles du jeu économique occidental de manière très précise, interdisant ou écartant les "mauvaises manières" traditionnelles aux Chinois ; la corruption, les intimidations, les chantages, l'univocalité des exigences contractuelles. Le rapport économique et financier doit demeurer sain, équilibré. L'Europe doit sortir de la naïveté et de l'indolence, imposer ses propres règles si elle veut tirer quelque avantage de cette relation qui ne doit devenir sous aucun prétexte un rapport de force.
3* enfin, dans cette foulée, l'Union et le Marché européen doivent se présenter comme un bloc : un interlocuteur unique et solide sur ses bases, représentant plus de 550 millions de citoyens, consommateurs ou fournisseurs : premier marché économique mondial face à la deuxième puissance financière et commerciale de la planète.
 
C'est de cette manière que l'Union Européenne peut tirer un remarquable renouveau de cette aventure orientaliste, laquelle est susceptible d'offrir des horizons créatifs, l'occasion d'évoluer positivement, de sortir du marasme dans lequel elle s'est enlisée, faute d'une rigueur suffisante et de perspectives sur le long terme. Faire de la banque c'est bien, mais s'interroger sur l'avenir des enfants du boulanger du coin n'est pas mal non plus.
Plaise au ciel, à Confucius et à tous les Saints du calendrier que cette prise conscience soit salutaire et que l'image du vilain dragon s'efface au profit d'un partenariat équilibré.

Envoyé par l'auteur, 9 mai 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Une loi pour Notre-Dame ? Jusqu’où va la confusion des esprits !
 
Nous savions déjà qu’Emmanuel Macron est, comme une bonne partie des personnes qui réussissent à gagner des élections, un super tchatcheur auquel il ne faut pas demander une réflexion conceptuelle. Il a réponse à tout, sait argumenter pour avoir le dessus dans un débat, possède une grande résistance, une énorme capacité de travail, une importante force de conviction, mais réfléchir en profondeur ne fait pas partie de ses nombreuses qualités. Sa volonté de passer par la loi pour restaurer Notre-Dame est une manifestation parmi d’autres de son incompréhension des rôles respectifs de la loi et du commandement, que Hayek, dans son triptyque Droit, législation et liberté, a si bien exposés et différenciés.

A quoi devraient servir les lois ?
Les lois sont faites pour codifier les règles de juste conduite que les hommes ont reconnues, progressivement, et souvent en tirant les leçons d’expériences désastreuses. Elles doivent permettre à chacun de savoir comment se comporter pour ne pas nuire à autrui : c’est pour cela que "nul n’est censé ignorer la loi". Elles sont là, en appui à la coutume, pour savoir ce que chacun peut en principe attendre d’autrui, et quand il convient qu’un tribunal inflige une punition à ceux qui dérogent gravement à ces manières de faire acceptées par la communauté.
Le site officiel Vie publique consacre trois pages au sujet "Que signifie Nul n’est censé ignorer la loi ?". Bien embarrassé, le malheureux fonctionnaire chargé de leur rédaction explique : "ce célèbre adage ne signifie pas que tout citoyen est censé connaître l’ensemble des textes législatifs et réglementaires (décrets, circulaires …) existant dans l’ordre juridique français. Avec plus de 10 500 lois et 127 000 décrets en vigueur, le plus studieux des juristes ne relèverait pas un tel défi… ". Son constat l’amène à une déclaration qu’il faut lire plusieurs fois avant d’être certain de ne pas avoir la berlue : "Cet adage représente en fait une fiction juridique, c’est-à-dire un principe dont on sait la réalisation impossible, mais qui est nécessaire au fonctionnement de l’ordre juridique". Autant dire que nous habitons le royaume du Père Ubu !
 
Le Père Ubu va-t-il présider à la restauration de Notre-Dame ?
Le royaume d’Ubu se caractérise par la suprématie des commandements sur les règles de juste conduite : dans la pièce d’Alfred Jarry le Père Ubu peut ordonner n’importe quoi, et il ne s’en prive pas. Dans le cas de Notre-Dame, la règle de juste conduite est simple, connue de tous : cette cathédrale doit être, dans toute la mesure du possible, restaurée à l’identique. Expliciter cette règle de juste conduite en faisant voter une loi, comportant cette seule ligne, serait un peu ridicule, mais probablement utile, puisque des personnages en mal de notoriété ne vont pas manquer de militer pour toutes sortes de défigurations de ce chef-d’œuvre au nom de la modernité. Mais tel n’est pas le projet du Chef de l’Etat et du Gouvernement : le projet de loi comporte une série d’articles, y compris un certain article 9 qui donnerait plein pouvoir à l’Exécutif pour faire ce que bon lui semble, en légiférant par ordonnances.   
Le commandement est un moyen d’organiser l’action collective. Le commandement, à la différence d’un "ordre spontané", organise par exemple la succession des tâches et la division du travail sur un chantier en affectant chaque jour à chacun des missions précises, en rapport avec ses compétences.
Le chantier de restauration de Notre-Dame fonctionnera avec une combinaison de commandement et d’ordre spontané, car les ouvriers d’art ont des manières de faire qui constituent une sorte de code (non écrit) de bonne conduite. Une petite partie des ordres viendront du niveau politique et administratif, notamment parce qu’un chantier de cette importance requiert des aménagements temporaires de l’espace public, aménagements qui relèvent de la responsabilité des édiles, mais pour l’essentiel ce seront des professionnels qui les donneront – si tout se passe bien, c’est-à-dire si les pouvoirs publics du niveau le plus élevé réfrènent leur désir de jouer à la mouche du coche.
Si l’actuel projet de loi n’est pas abandonné, si un texte est voté pour permettre à quelques personnages en vue de faire primer leur désir de gloriole et leur mauvais goût sur le respect du patrimoine parisien, français, chrétien et tout simplement humain, il n’y aura plus qu’à constater avec regret qu’Alfred Jarry, en 1896 (date de publication et de première mise en scène de sa célèbre parodie), prophétisait vraiment pour le XXIème siècle.

Envoyé par l'auteur, 11 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La grâce de Notre-Dame
 
Comment aurions-nous pu imaginer que l’embrasement de Notre-Dame de Paris allait susciter une telle émotion, et pas seulement chez les chrétiens, mais chez tous nos compatriotes pour une fois réunis sans fausse note, et aussi à l’étranger ! Face au malheur qui se déroulait devant nous en direct et que nous subissions prostrés dans une totale impuissance – mais que les pompiers ont su limiter – se produisait un "miracle", comme la prise de conscience que quelque chose de plus grand que nos éternelles querelles de Gaulois nous rassemblait tous, quelque chose de plus essentiel que nos disputes politiques, quelque chose de plus haut que nous serions néanmoins bien incapables de nommer.
Le plus remarquable est que ce moment-là, unique, insaisissable, s’est produit devant un monument, certes d’abord symbole de la foi, mais aussi de notre nation et de notre culture, de notre être historique profond, ce qui explique sans doute l’unanimité qui s’est manifestée. Devant ce joyau inestimable que la foi de nos ancêtres a mis des siècles à bâtir à une époque où le temps avait une autre mesure, la foule qui grossissait peu à peu s’est mise à pleurer et, pour beaucoup, à prier. Qu’il était émouvant de voir ce peuple à genoux où figurait une majorité de très jeunes chrétiens implorer Notre Dame en chantant des Ave et des cantiques ! Même les médias, habituellement si caustiques face à de telles attitudes, marquaient le respect.
 
De l’effondrement à la résurrection
Ces flammes qui dévoraient la charpente presque millénaire sans qu’on puisse les arrêter malgré toute notre technologie nous rappelaient violemment la fragilité des choses d’ici-bas, le peu que nous sommes face à des éléments déchaînés que nous ne maîtrisons pas. Jadis les incendies étaient fréquents mais n’étaient pas une catastrophe, car on savait reconstruire souvent plus beau encore. Aujourd’hui, en notre époque utilitariste, nous n’avons plus en nous le ressort et l’inspiration pour ériger dans la durée des chefs-d’œuvre comme Notre-Dame !
Comment ne pas voir le parallèle entre cet effondrement, en début de semaine Sainte, et l’abaissement du Christ – la kénose – du vendredi Saint, du Dieu fait homme cloué et mort sur la croix ? Cet effondrement peut aussi symboliser celui de notre Église, qui, en Occident, ne cesse de reculer sous un sécularisme envahissant, alors même que les effroyables affaires d’"abus sexuels" n’en finissent pas de la secouer ; mais il peut aussi être le signe du déclin mortel d’une civilisation du "toujours plus" ayant perdu tout sens des limites et jusqu’aux notions de bien et de mal. Dans l’Évangile, néanmoins, la kénose est suivie de la Résurrection ; aucun effondrement ne peut enlever au chrétien cette espérance de Pâques qui est promesse de vie éternelle. Mais pour notre patrie et l’Europe, pour l’Église même en nos pays jadis terre de chrétienté, la résurrection n’a rien d’assuré.
 
Le besoin d’enracinement
Certes, l’élan spontané de générosité pour reconstruire Notre-Dame, dès le soir même du drame, est incroyable et révèle l’attachement insoupçonné de tous à ce symbole de la foi et de la nation, montrant par là même le besoin d’enracinement et rendant vaines, d’un coup, les objections sur les "racines chrétiennes de la France". Il montre aussi combien était mal posé le récent débat sur la "tentation identitaire" qui toucherait des chrétiens inquiets de voir le monde leur échapper et s’écrouler de toutes parts. Que des chrétiens s’égarent en ne défendant que la dimension "identitaire" du christianisme, annexant ce faisant la religion pour un combat politique partisan, est bien malheureux. En effet, c’est bien évidemment la foi qui fait vivre le christianisme, mais ce dernier n’en a pas moins une dimension sociale et culturelle qui est la seule accessible aux non-chrétiens et qui participe bien à l’identité du pays – et qui sait si cette dimension ne peut mener à un cheminement intérieur de conversion ?
Je ne crois pas que la plupart des badauds qui convergeaient vers l’Île de la Cité étaient portés par une quelconque "tentation identitaire", leur présence et leur émotion étaient cependant la preuve de leur attachement à cette incarnation de l’"identité" française qu’est Notre-Dame de Paris.
Souhaitons que sa restauration, au-delà de celle des pierres, soit le prélude de la renaissance de l’âme de notre patrie et de notre civilisation, laquelle ne pourra se redresser sans se retourner vers Dieu. Quand on a vu à Paris cette foule magnifique de retenue et de recueillement, la réaction et la ferveur de tous ces jeunes en prière, on se dit que quelque chose s’est produit ce soir-là : non, décidément, notre vieux pays de France n’est pas mort et l’espérance chère à Péguy toute prête à renaître…
Paru dans
La Nef, mai 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Immigration : ce que l’Union et les États membres peuvent et doivent faire
 
La question migratoire est, depuis des années, au cœur des préoccupations des Européens : 66 % des Italiens, 53 % des Français et 50 % des Allemands pensent qu’ "il y a trop d’immigrés" dans leur pays ; 63 % des Italiens, 56 % des Belges ou 54 % des Hongrois considèrent que "l’immigration force leur pays à apporter des changements qui lui déplaisent" (sondage Ipsos, juillet 2017). Devant cette préoccupation massive, les dirigeants européens sont obligés de se saisir de la question.
Favorables à une Union européenne intégrée, nombre d’entre eux sont tentés par une "communautarisation" accrue des politiques migratoires. C’est le cas d’Emmanuel Macron qui, dans une tribune du mois de mars dernier, appelle de ses vœux la création d’une "police des frontières commune", d’un "office européen de l’asile" et d’un "Conseil européen de sécurité intérieure".
Il faut prendre le contre-pied exact de cette tentation. La problématique migratoire, en ce qu’elle touche la question identitaire particulièrement sensible en Europe, réclame d’être traitée à l’échelon "politique" par excellence, celui des États nations. L’Union n’est pas un État et il est vain d’espérer qu’elle le devienne. La sensibilité du sujet pour les populations européennes exige que les responsables qui pilotent ces politiques soient facilement identifiables par le citoyen. Et il est permis de s’interroger sur l’efficacité sur le terrain d’une méga-agence comme Frontex, certes refondée en 2016 et dotée de moyens humains et financiers accrus, mais qui est une entité composite (27 nationalités et 24 langues), à la lourdeur logistique et administrative pesante.
Il apparaît donc nécessaire de redéfinir un cadre assurant aux États membres la marge de manœuvre nécessaire à la protection légitime de leurs intérêts nationaux. Cette restitution de souveraineté doit et peut se combiner avec l’action forte d’une Union concentrée sur les enjeux où son poids diplomatique et sa capacité d’entraînement apportent une authentique valeur ajoutée.
 
Trois axes d’action peuvent être envisagés.
D’abord, redonner l’ascendant aux États membres. Face aux carences de l’Union dans la protection des frontières extérieures de l’espace Schengen, ils doivent pouvoir renforcer le contrôle de leurs frontières intérieures, aujourd’hui trop limité et conditionné. Les projets visant à créer de nouveaux contingents de garde-frontières et de garde-côtes ne doivent être encouragés que dans la mesure où il s’agit d’agents nationaux financés par la solidarité européenne. Pour se prémunir d’un échec certain et de dissensions inutiles, il convient de s’opposer à tout règlement visant à instituer un système de répartition obligatoire des réfugiés à l’échelle de l’Union.
L’Union reste toutefois utile dans certains domaines ciblés. La multiplication des déplacements secondaires des migrants en situation illégale et des demandeurs d’asile à l’intérieur de l’Union nécessite une meilleure coordination entre autorités judiciaires et policières nationales. Adopter une liste commune de "pays tiers sûrs" et de "pays d’origine sûrs" constituerait une harmonisation bienvenue. Enfin, l’Union doit tirer profit de sa puissance économique et politique pour conclure davantage d’accords de réadmission avec les pays tiers.
 
Le droit d’asile et sa pratique, à l’échelon des États membres comme de l’Union, se révèlent particulièrement sensibles à des considérations humanistes - voire humanitaires. Poursuivant un objectif louable a priori, leur pénétration excessive dans les ordres juridictionnels conduit parfois à dévoyer l’esprit et à tordre la lettre de textes fondateurs (à commencer par la Convention de Genève de 1951), quand ils ne font pas obstacle à l’application de décisions de justice dont la légalité n’est pourtant pas remise en cause. Certains acteurs de l’asile (associations, ONG, cours européennes) instrumentalisent le droit et entravent de fait la lutte contre l’immigration illégale. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) complique les expulsions des déboutés des droits d’asile.
Aussi, il convient d’encourager le retour à un droit d’asile plus proche de son esprit originel, rompant avec une interprétation des critères de définition du réfugié toujours plus extensive sous l’impulsion de la CEDH et de la Cour de justice de l’Union européenne. Les États membres doivent user des leviers juridiques et politiques à leur disposition - ils existent, et David Cameron, en son temps, a envisagé d’y recourir - pour s’affranchir partiellement des garanties issues de la Convention européenne des droits de l’homme et du droit de l’Union lorsqu’elles empêchent de manière déraisonnable l’exécution des décisions d’éloignement. Enfin, il appartient à l’Union de subordonner davantage l’aide au développement octroyée aux pays de départ à la réalisation effective d'effort de gestion des flux migratoires.
 
Le mémorandum signé entre l’Italie et la Libye en février 2017 a fortement entravé les traversées par la route de la Méditerranée centrale. L’accord de mars 2016 entre l’Union et la Turquie a permis une baisse de 97 % des entrées illégales par la route orientale. L’une des priorités de l’UE devrait ainsi demeurer l’amélioration de la mise en œuvre de cet accord, qui reste perfectible, et la conclusion de partenariats analogues avec certains États tiers. Ces exemples montrent, en tout cas, que les États européens et l’Union ne sont nullement condamnés à la passivité et à l’impuissance.

Paru dans Le Figaro, 11 mai 2019
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
L'administration française ou la machine à ne surtout rien faire
 
La France est en panne de réforme. L'administration a jeté un glacis paralysant sur tous les projets. Tous les rouages administratifs de notre pays mettent leur énergie à ce que rien ne bouge. Et Macron comme Edouard Philippe sont bien impuissants.
 
Les moulinets avec les micros, les incantations, les engueulades en conseil des ministres, la véhémence des promesses... tout cela n'y change rien. Les chefs d'entreprises regardent goguenards, les images du séminaire gouvernemental avec 80 intéressés au coude à coude, chacun drapé dans ses propositions, ses contre-propositions et son impuissance.
Pauvre premier ministre, il aimerait bien... pauvre Président de la République face à la machine à broyer qu'il alimente involontairement en créant séminaires, commissions, groupes de travail qui viendront tels de nouveaux grains de sable gripper le cours des choses, chacun voulant témoigner de son importance. Rien ne semble pouvoir entraver l'inéluctable rouleau compresseur du système administratif politico règlementaire et législatif. 
Les "arrêtés" portent bien leurs noms, ils arrêtent ! alors qu'ils devraient permettre. 
 
Tous ceux qui sont au contact des pouvoirs publics le savent et en témoignent. Au-delà de la mise en scène d'un volontarisme en bras de chemise et l'emploi d'un vocabulaire prometteur offensif et guerrier, la machine à ne rien faire a repris ses droits dans l'appareil d'État.
Le début du quinquennat avait marqué les esprits par sa détermination et une certaine avancée sur la capacité à réformer le code du travail. La SNCF attaquée au pas de charge nous a impressionnés, tout était dorénavant possible... Deux ans plus tard, la réalité reprend le dessus, le renoncement à faire baisser les dépenses de l'État donc à réduire les impôts, a déclenché la crise des gilets jaunes. Un point d'étape qui nous confronte à la réalité de la lenteur étatique et à la toute puissance fiscale qui tient lieu de réforme. La lenteur réformatrice et l'état de non avancement du "changement" est le résultat d'une impuissance à dénouer les rouages et les mille feuilles et à reprendre en mains les services de l'Etat (notons au passage le nombre croissant d'inspecteurs du travail). Une procrastination institutionnelle, une véritable méthode administrative pour ne pas faire est érigée en norme, le tout se traduisant par le spectacle d'un échec permanent à avoir prise sur le réel. Plus les actes sont absents, plus les discours sont déterminés, musclés et incantatoires. La méthode du maintien de l'inertie fait ses preuves, nous la vérifions inlassablement.
 
Les forces de l'immobilisme contre-attaquent
Prenons n'importe quelle réforme destinée à simplifier ou changer quelque chose dans la vie des entreprises, elle est nécessaire et décidée, arbitrée par le politique (pour cela il faut en moyenne 2 ans). Les annonces sont faites et il n'y a plus qu'à ... C'est là que commence le vrai parcours d'obstacles. Les administrations semblent avoir pour objectif premier de tenter de ralentir ou bloquer la réforme en question avec une implication qu'il faut saluer ! On lance d'abord "l'instruction de la décision" : un processus calculé, compliqué, juridique et technique. Les intéressés se battent, s'acharnent, négocient (merci aux lobbyistes, sans eux ce serait bien pire). Et puis un beau jour, il apparaît au détour d'un couloir que l'on s'approche de l'épilogue, encore 3 mois et promis on y sera...Voilà, on y est.
Nenni ! Nous sommes trop près du succès et cela génère une mobilisation générale, les forces de l'immobilisme contre-attaquent, quelqu'un de haut placé invoque alors la nécessité de "réunir une dernière commission" pour faire le point. Et c'est reparti : on relance une "mission" et on "re-procède à des consultations" auxquelles on s'arrange pour ne pas convier les acteurs de terrain concernés, trop pertinents et forts de propositions concrètes. Encore quelques mois de gagnés...
 
Quand toutes ces étapes ont été franchies avec rendez-vous manqués, reportés, dossiers renvoyés etc. on soupire de soulagement, cette fois c'est bon ? Non, ce serait sans compter la fertilité créative des administrations paralysantes qui ont plus d'un tour dans leur sac ... " Oh ! Combien de ministres, combien de capitaines qui sont partis joyeux ..." ont-ils vu passer ces fonctionnaires zélés ? Sans que les ministres transitoires des gouvernements ne soient parvenus à imprimer leur marque. Les administratifs eux demeurent en bons professionnels des arcanes de la machine à arrêter le temps.
Lorsque la réforme est sur le point d'aboutir, on découvre qu'en fait on n'a pas consulté tel autre ministère impacté (sic). Sitôt dit sitôt fait, le nouveau ministre consulté saisit alors son administration qui organise des consultations, réunit des commissions, etc. On fait alors remonter des obstacles nouveaux qu'il va falloir ré-instruire. Les acteurs économiques qui attendent la réforme sont éreintés, ils n'y croient plus. L'administration ricane en silence : qui a pu penser qu'elle obtempèrerait devant une réforme qu'elle ne souhaite pas ? On peut toujours dire que c'est la faute de Macron... mais est-il conscient du niveau de "l'empêchement" et de la confiscation du pouvoir par la fonction publique ? On rêve de lui faire vivre ce parcours des condamnés, ces obstructions inutiles, ces allers et retours, la jouissance du pouvoir de dire non des gardiens des prisons économiques ! Pire : y peut-il quelque chose ? Se poser la question donne la dimension du problème.

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 9 mai 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
L’âge d’or de l’islam : mythe ou réalité ?
 
Le Père Henri Boulad, jésuite égyptien résidant au Caire, est persuadé que la crispation actuelle du monde musulman sur ses certitudes et son acharnement à vouloir islamiser l’humanité entière, plutôt que d’être les signes d’une vitalité réelle, reflètent en réalité le malaise profond qui atteint ces sociétés face au spectacle de la supériorité écrasante de l’Occident et du décollage foudroyant des nations qui lui ont emboîté le pas, notamment les nouveaux géants de l’Asie.
Il a exprimé cette conviction dans son analyse des révoltes arabes. "Les musulmans les plus lucides semblent vivre aujourd’hui une interrogation en profondeur sur leur religion : d’où vient notre retard à tous les niveaux ? Ne tiendrait-il pas à la nature même de notre religion et à ses textes fondateurs qui bloquent toute évolution, toute critique, toute remise en cause du système ? Ce doute est en train de gagner un nombre de plus en plus grand de musulmans, notamment parmi les plus cultivés, dont beaucoup mettent sérieusement en question cette excellence dont se prévaut l’islam" (La Nef, n° 224, mars 2011).
Les blocages structurels, reposant essentiellement sur le dogme du statut "incréé" du Coran et l’exemplarité de Mahomet, peuvent-ils être surmontés ? (cf. Annie Laurent, L’islam, pour tous ceux qui veulent en parler, Artège, 2017, p. 21-27).
Des personnalités et des épisodes historiques sont fréquemment cités pour attester que l’islam n’est pas irrémédiablement fermé à l’innovation et au progrès. Nous retiendrons ici les deux références à ce passé les plus connues : l’adoption des sciences ; la prise en compte de la raison en matière religieuse.
 
L’apport primordial des chrétiens
Selon une idée répandue, l’islam a connu un "âge d’or", que l’on situe entre le VIIIème siècle et la fin du XIIème siècle. Mais cette affirmation passe sous silence l’identité de ceux qui ont construit la "civilisation arabe". Or, ils n’étaient pas musulmans : pour l’essentiel, il s’agissait de chrétiens de diverses confessions et cultures orientales (nestoriens, jacobites, melkites), dépositaires de l’héritage grec antique. Devenus arabophones par suite de la conquête islamique qui imposa l’arabe comme langue officielle, leurs savants ont fait bénéficier le nouveau pouvoir de leur science, démontrent des spécialistes reconnus, tels que l’Egyptien Abdurrahman Badawi (La transmission de la philosophie grecque au monde arabe, cours donné à la Sorbonne en 1967, Vrin, 1987) ; Dominique Urvoy (Les penseurs libres dans l’Islam classique, Albin Michel, 1996) ; Rémi Brague (Au moyen du Moyen Âge, Ed. de la Transparence, 2006). Il convient donc de ne pas confondre arabe et musulman.
 
           Les innovations linguistiques
"Mais faire passer la pensée de Galien, d’Aristote et d’Euclide d’une langue indo-européenne comme le grec dans une langue sémitique comme l’arabe était une entreprise particulièrement difficile que seuls les chrétiens syriaques, rompus depuis des siècles à la traduction des livres de la Bible et des œuvres des pères, étaient capables de tenter et de réussir. […] Du fait que les systèmes linguistiques du grec et de l’arabe sont profondément différents, les traducteurs ont été amenés à innover dans les trois domaines que l’on distingue dans le fonctionnement de toute langue : le lexique, la morphologie et la syntaxe" (Gérard Troupeau, in Dominique Chevallier et André Miquel, dir., Les Arabes, du message à l’histoire, Fayard, 1995, p. 225).
C’est la méthode que suivit l’un des plus célèbres parmi ces traducteurs, Hunayn ibn Ishâq (808-873). Arabe nestorien né à Hira (nord de la péninsule arabe), auteur prolixe, appelé "Prince des traducteurs", il maîtrisait le grec, le syriaque et l’arabe ; il fonda à Bagdad, avec son fils Ishâq et son neveu Hubaych, une école vouée à ces transmissions ; refusant le mot à mot, il mit au point une terminologie scientifique arabe. Son poste de médecin chef de la cour sous le règne de neuf califes de la dynastie abbasside lui conférait en outre une réelle influence. (Cf. Raymond Le Coz, Les médecins nestoriens au Moyen Âge, L’Harmattan, 2004).
Les ouvrages traduits concernaient quatre disciplines : philosophie, médecine, mathématiques et astronomie. Les médecins chrétiens rédigèrent aussi des ouvrages directement en arabe. D’illustres savants musulmans eurent des maîtres chrétiens : le médecin Ibn Sînâ (Avicenne), chiite persan (980-1037) ; le philosophe arabe Yaqûb El-Kindî (800-870) ; le philosophe Nasr El-Farabi, d’origine turque (872-950).
 
L’apogée des traductions eut lieu sous les Abbassides, qui siégeaient à Bagdad (750-1258). Elle entama son déclin avec celui de la présence chrétienne après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258.
"On peut conclure que les chrétiens du Proche-Orient ont joué un rôle déterminant dans la formation et le développement de la civilisation arabo-musulmane […]. Et force nous est de constater que la décadence de la langue arabe, et, partant, de la civilisation arabo-musulmane, coïncide avec le déclin du christianisme au Proche-Orient à partir du milieu du XIIIème siècle" (G. Troupeau, op. cit, p. 234).
Contrairement à ce qui est souvent affirmé, ce n’est pas l’Islam qui a transmis la philosophie et les sciences profanes à l’Occident, même si des penseurs musulmans européens, comme Averroès (né à Cordoue en 1126, mort à Marrakech en 1198), qui ne connaissait que l’arabe, en ont bénéficié. (Cf. Jacques Heers, L’histoire assassinée, Editions de Paris, 2006 ; Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008).
 
Le Moutazilisme
Les travaux des savants chrétiens de cette époque influencèrent certains intellectuels musulmans dans leur conception du rapport aux textes sacrés. Ainsi naquit le moutazilisme, école de pensée instituée au VIIIème siècle par Wassil ibn Ata (700-749) et Amr ibn Obaïd (mort en 761). Le premier, musulman sunnite natif de Médine puis établi à Bassorah (sud de la Mésopotamie), entendait dégager l’islam de son immobilisme politico-religieux. Bien que marginal, d’où le nom de moutazil ("celui qui s’isole") donné à son fondateur, ce mouvement, qui survenait dans une société dominée par les débats doctrinaux, reçut le soutien du septième calife de la dynastie abbasside, El-Mamoun, qui régna de 818 à 833. Ce dernier, séduit par une pensée novatrice suscitée par les œuvres grecques, encouragea la traduction de ces dernières (cf. supra), fondant dans ce but à Bagdad une académie-bibliothèque, la célèbre "Maison de la Sagesse".
 
          Pour une pensée rationnelle
Pour les moutazilites, le Coran, réalité matérielle composée de mots et de lettres, dont certains passages relatent des situations qui se sont déroulées à un moment donné dans l’Arabie du VIIème siècle, ne pouvait être compris comme faisant partie de l’essence divine (donc "incréé"). Un livre intemporel, écrit dans une langue particulière, ne peut pas être compris par les hommes de tous les lieux et de tous les temps.
 
Les moutazilites préconisaient une approche "rationalisante" de la religion, ce qui impliquait le libre-arbitre et la responsabilité de l’homme capable de saisir la sagesse de Dieu et de déterminer la valeur des actes humains plutôt que la soumission passive à l’arbitraire divin. C’est pourquoi ils refusaient la prédestination qui figure pourtant dans le Coran (96, 37 ; 54, 7). Pour eux, il n’était pas concevable d’attribuer à Dieu l’origine du mal et de Le considérer comme le seul Législateur.
"La pensée doit être, selon eux, à la fois rationnelle, afin qu’elle distingue le juste du faux dans le processus de la réflexion, créatrice et constamment en mouvement ; elle doit concevoir continuellement de nouvelles lois pour s’adapter à l’évolution des sociétés. Les deux points majeurs du moutazilisme sont raison et effort intellectuel" (Razika Adnani, Islam : quel problème ? Les défis de la réforme, UPblisher, 2017, p. 52).
En 817, El-Mamoun imposa cependant le dogme du Coran "créé" – œuvre en partie humaine – comme croyance officielle, recourant à la contrainte pour la faire observer, et ceci au moyen d’une inquisition, la Mihna ("Epreuve").
 
           L’échec
Dès 846, cette révision doctrinale, d’une extrême importance, suscita de vives protestations. Les écrits des moutazilites furent détruits "au point qu’il fallait deviner leurs idées à travers les ouvrages rédigés par leurs adversaires pour les critiquer", écrit le chercheur tunisien Mohamed Charfi (Islam et liberté. Le malentendu historique, Albin Michel, 1998, p. 134).
Pour les adversaires du moutazilisme, il s’agissait d’une doctrine blasphématoire. A leurs yeux, la raison ne peut s’appliquer à la religion, mais seulement à la philosophie puisque celle-ci est étrangère à l’islam. "Le terme moutazilite est alors devenu synonyme d’apostat" (R. Adnani, op. cit., p. 63). M. Charfi voit dans ce rejet "un signe de décadence" (op. cit., p. 134).
S’inclinant devant la résistance des courants littéralistes et traditionalistes (les écoles hanbalites et acharites) soutenus par la majorité du peuple, le calife El-Moutawakkil, qui régna de 848 à 861, rétablit en 850 l’orthodoxie doctrinale, fondée sur le pilier du Coran "incréé"

 
Cette décision fut complétée par une mesure du calife El-Qader (il régna de 992 à 1031), retenue par l’Histoire comme la fermeture de la "porte de l’ijtihâd ", au motif qu’étaient désormais résolus les principaux problèmes qui se posaient jusque-là. "Raisonnement indépendant" ou "effort de réflexion", l’ijtihâd s’oppose au taqlîd, "imitation" ou "acceptation de doctrines établies". Cette "fermeture" bloqua toute possibilité de recours à des méthodes scientifiques et historico-critiques sur les textes sacrés de l’islam. Aucune autorité reconnue de l’Islam n’a, à ce jour, pris l’initiative de rouvrir ladite "porte".
A la fin du XIIème siècle, le courant rationaliste et la philosophie disparurent complètement du champ de la pensée musulmane. Et c’est ainsi que, depuis lors, la pensée islamique est verrouillée.
 
Pour conclure
Abdelwahab Meddeb (1946-2014), Tunisien de nationalité française, intellectuel de grande érudition, voit dans la réanimation des thèses du moutazilisme le moyen apte à libérer la pensée en Islam. "Ce qui emprisonne le Coran dans sa particularité négative, ce n’est pas son sens, mais bien le statut qui le sanctifie en associant sa lettre à l’incarnation du verbe, en identifiant ses mots à la parole même de Dieu, incréée et éternelle. C’est ce tabou qu’il faut briser comme préalable à un libre examen, mobilisant aussi bien l’art de l’interprétation que l’investigation historique sur la constitution du texte" (Sortir de la malédiction. L’islam entre civilisation et barbarie, Seuil, 2008, p. 17).
 
Dans la prochaine Petite Feuille verte (n° 64), nous présenterons une autre étape historique, le réformisme, qui, au tournant des XIXème-XXème siècles, laissa entrevoir une réouverture de la "porte de l’ijtihâd ". Cette tentative n’aboutit pas, mais elle resurgit dans le débat actuel. Il nous restera à répondre à cette question : l’islam peut-il se renouveler et, dans l’affirmative, à quelles conditions ?
Envoyé par l'auteur, paru sur associationclarifier.fr, La Petite Feuille verte, 8 mai 2019
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Quand Lourdes fait foi
 
Lourdes, tout simplement. Ce titre sans fioritures indique l’esprit dans lequel
Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont tourné leur documentaire sur les pèlerins de la cité mariale : la simplicité, la justesse. Ils en ont fait une œuvre d’une audacieuse beauté qui s’immerge, au sens littéral, dans le mystère humain de souffrance et de consolation déployé aux pieds de la Vierge, à la saison des pèlerinages. Des préparatifs du départ aux au revoir de la fin, les réalisateurs entretissent le cours de quelques vies singulières, de malades et d’hospitaliers, prises dans le grand flux vivant des processions, des offices, des brancardages vers les piscines, des soirées en ville, des campements de Gitans.
Et la mise en scène, parfois large et tonique, se fait douce comme une caresse pour approcher un corps douloureux, recueillir le murmure d’une prière. On revient de Lourdes les yeux et le cœur lavés. S’il n’y a pas de miracle, il y a la grâce, que les cinéastes ont su rendre sensible. Ni l’un ni l’autre ne sont croyants, pourtant. Alban Teurlay vient d’un milieu athée, "ce qui m’a donné une certaine fraîcheur: j’ignorais tout du cérémonial" ; Thierry Demaizière, élevé chez les jésuites, se dit agnostique : "Je crois à la force de l’esprit. Certains ont apprécié qu’on ne soit pas croyants, pour se libérer des discours que les cathos ont entre eux. Nous voulions des histoires assez universelles qui relèvent plus de l’anthropologie que de la foi. Nos copains athées nous ont dit : “C’est un film sur la condition humaine et sur les invisibles.”
 
"Aller au plus juste"
Dans leur tandem, Thierry Demaizière, journaliste, se qualifie comme «l’oreille» et Alban Teurlai, qui vient du montage, comme «l’œil». Depuis une quinzaine d’années qu’ils travaillent ensemble,
ils ont signé de nombreux portraits, de Karl Lagerfeld, Fabrice Luchini ou Vincent Lindon à Rocco Siffredi, la star du porno. Quel genre de portraitistes sont-ils? «Nous cherchons à aller au plus juste, au plus près, dit Thierry Demaizière. Et s’il y a une chose qu’on aime bien, c’est prendre des sujets sur lesquels il y a beaucoup d’a priori et d’idées toutes faites, pour changer le regard.» À cet égard, Lourdes était un excellent sujet.
"Lourdes est souvent traité à la télévision par le côté commercial, dans des reportages pas toujours soignés, observe Alban Teurlai. Il y a une sorte de condescendance : Lourdes, c’est la foi du charbonnier. Nous voulions apporter un souffle de cinéma, et aller au cœur. Comme on s’approchait de gens abîmés, il fallait mettre de la beauté. Il y a de la beauté par exemple dans ces multiples mains, vieilles ou jeunes, qui touchent la roche. Elles expriment à la fois un rapport au sacré et quelque chose de sensuel."

Avec eux, le folklore est tout de suite dépassé. Ils sont allés chercher des gens "qui étaient là pour de bonnes raisons". Et très vite la question du miracle a été oubliée. Très peu pensent qu’ils vont "repartir en courant". Seuls les Gitans sont des familiers du miracle, avec leur foi au goût de merveilleux. "Ils formulent quelque chose de particulier, dit Alban Teurlai. À Lourdes, ils retrouvent les bras maternels. “Je suis pris d’une envie de dormir, comme un enfant bercé dans les bras de sa mère”, dit l’un d’eux. La Vierge est vraiment pour eux la mère universelle, accessible même à ceux que le Christ intimide."
 
"S’attarder sur un détail"

Tous les pèlerins trouvent ici non la guérison, mais le réconfort et l’apaisement
. "Ils viennent pour être chéris, dorlotés, choyés, explique Thierry Demaizière. C’est comme une semaine de vacances où ils peuvent oublier leurs épreuves. Même la maladresse des soignants leur est douce, elle crée un dialogue, une complicité. Et tous ces hospitaliers venus pour laver, habiller, soigner, c’est scotchant dans un monde individualiste."
Et c’est très incarné. Filmer les corps disgraciés avec tant de respect et de naturel, peu de cinéastes sauraient. "La pudeur est affaire de regard, dit Alban Teurlai. Et de distance. Au lieu de nous éloigner, nous nous rapprochons jusqu’au très gros plan. S’attarder sur un détail permet de rester concret, charnel, et d’éviter l’indiscrétion. Une partie du corps représente le tout, par métonymie."
Durant les huit mois de tournage - et il fallait avoir le regard vif, le geste prompt, car une seule prise était possible -, les cinéastes ont gardé un axe : "L’idée centrale nous est venue d’une parole de Bernadette, raconte Thierry Demaizière. Quand elle a raconté sa vision de la Vierge, elle a dit : “Elle m’a regardée comme une personne.” " Ce principe cinématographique très sûr a guidé les réalisateurs dans leurs rencontres. Ils n’ont ajouté aucun commentaire "off". Les scènes parlent d’elles-mêmes. Comme Jean-Louis, avec son charme ironique, incapable de parler. On lui demande au début ce que Lourdes lui apporte. Réponse écrite : "Pas grand-chose." Si la foi rend sa vie plus facile : "Non." Mais quand on le retrouve à la fin, il prononce pour ceux qui l’ont entouré : "Je vous aime beaucoup !" C’est ce sourire lumineux, cette légèreté retrouvée que transmet le film. "On n’approche pas la foi mais la plénitude", confient ses réalisateurs.

Paru dans Le Figaro, 8 mai 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Vis, meurs et deviens

Dans une société qui fait tout pour esquiver et flouter la mort, Jean-Luc Jeener la réhabilite. "La mort est faite pour tous. Elle est utile et même essentielle à tous", écrit-il dans un bref essai percutant et salutaire Pour en finir avec la mort. Il la pose devant nous comme, dans la tradition picturale des vanités, ces crânes offerts à la méditation. Est-ce là le dernier mot de notre destinée, la dernière image de notre humanité ?
Comme il est homme de théâtre, donc d'action et d'incarnation, il ne reste pas immobile devant cette sombre figure. Il l'aborde librement, dialogue avec elle, entre dans ses raisons, la provoque parfois, bref l'envisage et la dévisage sous ses plus diverses facettes : le suicide, l'euthanasie, la peine capitale, les grandes croyances, le transhumanisme, l'eschatologie... Il creuse ce paradoxe : d'un côté on passe son temps à fuir toute rencontre avec la mort. Rituels funéraires furtifs, hypertrophie des lois sécuritaires... De l'autre on la propage, on la publie, on revendique le droit de supprimer la vie. "Entre la mort considérée comme inacceptable et abominable, et la mort totalement banalisée, il y a à retrouver du sens et de l'intelligence. Remettre la mort à sa juste place." Comme "une chose grave et belle", qui accompagne la vie de sa basse continue, dans une harmonie mystérieuse.

Une plume flexible et sensible
"Pour que la mort soit source de vie, il faut qu'elle soit acceptée comme une évidence. Vivre chacun de ses jours comme s'il devait être le dernier devrait être une règle." Étonnamment peut-être, Jean-Luc Jeener donne en effet envie d'apprivoiser la mort, de s'en faire une amie. Il aime la liberté, la lucidité, la responsabilité. C'est ce qui rend sa plume si tonique, si flexible aussi, sensible à toutes les nuances de la crainte, de l'affliction, de l'espoir.
Commençons par bannir la peur, cette mauvaise comparse "plus destructrice que la mort" parce qu'elle fige les oppositions. La mort serait le contraire de la vie, point. Alors qu'elles ont partie liée tout au long de l'existence. On traverse des épreuves et des pertes qui sont des morts intimes, capables de rejaillir en vie. Mais, à l'inverse, on peut aussi, pour se préserver de la mort extérieure, se condamner à une mort intérieure, une vie sans souffle, sans risque, sans élan périlleux vers l'inconnu.
Qu'est-ce que ce fantasme d'immortalité qui hante la psyché contemporaine, cette prolongation indéfinie de la durée ? Est-ce vraiment ce que nous désirons ? Chrétien ardent, Jean-Luc Jeener montre un autre paysage, radicalement nouveau, la vie éternelle ancrée dans la vie terrestre. Comme celui qui s'est aventuré dans les taillis obscurs et a découvert une clairière éblouissante, il indique le passage aux amis.
Pour en finir avec la mort, de Jean-Luc Jeener, Éditions Atlande, 153 p., 15 eur.

Paru dans Le Figaro,7 mai 2019
Publié dans Au delà
Écrit par
En savoir plus... 0
Les Entreprises n’ont pas le choix : La carotte ou le bâton !
 
Le Mouvement ETHIC (Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance) regrette l’entrée en application du décret concernant le principe du bonus/malus pour les entreprises recrutant en CDD. D’après le décret, le malus concernerait les entreprises qualifiées de "non vertueuses."
"En quoi avoir recours à un CDD serait-il non-éthique ? Pourquoi ériger un jugement moral sur un contrat légal qui répond à une situation factuelle ?
Quand cessera-t-on de se servir de l’impôt en punition ? Ce n’est pas une incitation aux contrats longs, c’est une pénalité sur les contrats courts."
 
Des questions qui en appellent d’autres pour les chefs d’entreprise d’ETHIC, au sujet de la prime de mobilité :
"Quand va-t-on arrêter de jouer avec la fiscalité qu’elle soit positive ou négative ? La prime de mobilité : pourquoi pas, mais la rendre obligatoire ? Quelle nouvelle contrainte va-t-on inventer pour l’imposer aux entreprises ? Et quelle nouvelle taxe pour la financer ?".
 
Complexification et effets de seuil à tous les étages ! Nos gouvernants doivent accepter que la règlementation s’adapte aux nouvelles manières de travailler et non l’inverse.

Envoyé par l'auteur, Communiqué de presse, 7 mai 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version