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Entre la France et l’Allemagne, la parabole du cheval et du jockey
 
C’est l’histoire d’un divorce. Une histoire banale sauf que le couple qui divorce n’a jamais été un couple. C’est l’histoire du couple franco-allemand. Un mythe médiatico-politique dont l’establishment français est friand, qui fait rire à nos dépens dans toute l’Europe, y compris en Allemagne. Un mythe qui, comme tout mythe, repose sur un fond de réalité : la geste réconciliatrice du général de GAULLE invitant le chancelier allemand ADENAUER à La Boisserie, se faisant acclamer par la jeunesse ouest-allemande, et signant avec l’ancien ennemi héréditaire un traité d’amitié en 1963.
 
Mais à l’image sentimentale de couple, le soldat de GAULLE préférait une image équestre plus virile, celle du cheval (l’Allemagne) et du jockey (la France), grâce à laquelle la France, appuyée sur la puissance économique de sa voisine, et sa propre force militaire, pourrait diriger l’Europe et retrouver"son rang qu’elle a perdu à Waterloo". Celui de grande puissance mondiale. Le cheval allemand a loyalement trotté sous la main ferme de POMPIDOU et de GISCARD. La réunification va changer tout cela. Le cheval allemand regimbe ; le jockey français perd son allure martiale. Les réformes SCHRÖDER - une sorte de dévaluation monétaire déguisée - permettent à l’Allemagne de profiter à fond de la zone euro.
 
Avec MERKEL, le cheval est devenu jockey. SARKOZY et HOLLANDE hennissent mais mangent l’avoine qu’elle leur sert. MACRON se rêve en jockey, mais ne s’imagine pas devenir cheval. Quand il est élu, MACRON croit encore qu’il suffira de "germaniser" la France à coups de réformes économiques imitées de SCHRÖDER pour "franciser" l’Europe. Mais à toutes ses propositions de réforme de la zone euro, l’Allemagne dit non. L’Allemagne ne paiera pas pour le reste de l’Europe, même si l’euro lui a permis de liquider ses rivales industrielles françaises et italiennes. L’Allemagne ne financera pas les expéditions militaires françaises qu’elle juge coloniales et rechigne à faire un avion de combat en commun si c’est la France qui dirige. Merci pour les fadas qui croient à l’Europe de la Défense…
 
Alors, le cheval français a pris le mors aux dents et fait tomber son jockey. MACRON a jeté par-dessus bord les contraintes budgétaires héritées du traité de Maastricht et refusé l’entrée de l’Albanie et de la Macédoine dans l’Union. Il a surtout dénoncé la "mort cérébrale de l’Otan". C’est le crime impardonnable. Qui nous ramène à de GAULLE et ADENAUER. En 1963, déjà, les parlementaires allemands avaient voté un préambule au traité franco-allemand pour rappeler la prééminence de l’Otan. Dans les tribunes du Bundestag, on remarquait la présence satisfaite de Jean MONNET qui avait beaucoup œuvré en ce sens. Le père de l’Europe était d’abord le fils de l’Amérique…
Même cause, même effets : MACRON, comme de GAULLE en son temps, se détourne de l’Allemagne et tend la main à la Russie de POUTINE. Cela s’appelle une alliance de revers. Comme après la défaite de 1870 et avant la guerre de 1914. L’Europe, c’est la paix.

Paru dans Le Figaro Magazine, 29 novembre 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Morts pour la France
 
Treize morts. Une nouvelle fois, la France paie d’un lourd tribut son engagement au Sahel. Six officiers, six sous-officiers, un brigadier-chef, les garnisons de Pau, Gap, Varces, Saint-Christol en deuil ; mais, au-delà des unités, c’est le pays entier qui pleure ses enfants.
Dans une actualité bruyante et molle, qui se nourrit parfois de fausses indignations et d’émotions feintes, la mort brutale de ces jeunes gens engagés sur un théâtre d’opérations lointain, au péril de leur vie, a quelque chose de saisissant.
Depuis quelque temps, les experts militaires et les états-majors s’interrogent sur "Barkhane" et sur son devenir : combien de temps la France devra-t-elle rester dans la région ? À quand la montée en puissance des pays africains (le G5 Sahel) censés prendre le relais pour assurer la paix dans la région ? Mais les faits sont là : treize militaires français, pilotes d’hélicoptère ou commandos de montagne, ont été tués dans la collision entre deux appareils engagés dans une mission de combat. Leurs noms viennent allonger la liste de nos soldats tombés au Sahel, 41 à ce jour.
 
L’accident a eu lieu pendant une intervention aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. La présence de la France dans cette région s’explique par ses liens historiques avec ces pays. Elle est surtout justifiée par la situation que connaît le Sahel depuis des années : des groupes djihadistes polymorphes sillonnent la région, attaquent, harcèlent, se fondent dans la population, avec pour objectif d’installer le chaos. C’est pour rétablir la stabilité que la France est engagée depuis 2013. Par ricochet, elle veille à garantir sa propre sécurité intérieure. La paix dans notre pays se prépare aussi au Sahel. L’Adrar des Ifoghas (nord du Mali) est une manière de "ligne bleue des Vosges" qu’aucun stratège ne doit quitter des yeux.
Maintenant, l’heure est à l’émotion et au recueillement national ; et chacun de murmurer en pensant à ces hommes morts pour la France, c’est-à-dire pour nous : "Mère, voici tes fils qui se sont tant battus."

Paru dans Le Figaro, 27 novembre 2019
Publié dans En France
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Le vent de Hongkong restera insulaire
 
Le résultat des élections municipales est un camouflet pour le parti unique chinois, qui croyait que la majorité des Chinois de Hongkong partageaient sa vision.
 
Tenues le dimanche 24 novembre 2019, les élections municipales à Hongkong ont représenté un succès spectaculaire pour les tenants de la démocratie opposés aux partisans de la ligne du Parti communiste chinois. La participation (de quelque trois millions d’électeurs) a été multipliée par deux par rapport au dernier scrutin ; les candidats pro-démocratie ont raflé 390 sièges de conseillers municipaux sur 452.
Pékin a donné son feu vert à la tenue de ce scrutin, espérant que s’y dégagerait en sa faveur quelque majorité silencieuse, ulcérée par les violences ayant accompagné à la marge le vaste mouvement de manifestations pro-démocratie déclenché le 15 mars 2019. Ce pari a échoué au-delà de toutes les prévisions.

Les conseillers municipaux des dix-huit districts de la Région administrative spéciale de Hongkong - répartis entre l’île (acquise par la Couronne britannique à la faveur du traité "inégal" de Nankin de 1842), la péninsule de Kowloon et les Nouveaux territoires (donnés à bail au Royaume-Uni pour 99 ans par la dynastie Qing en 1898) - n’exercent qu’un pouvoir strictement municipal (gestion des lignes de bus, du ramassage des ordures, etc.). Ils n’ont pas le pouvoir de censurer l’exécutif (toujours nommé avec l’approbation de Pékin) de l’ancienne colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997. Mais ce vote demeure un camouflet pour les hiérarques du parti unique chinois, qui croyaient que la majorité des Chinois de Hongkong partageaient leur vision d’un système politique confinant les libertés civiles à celle d’entreprendre.
Dans la déclaration conjointe sino-britannique du 19 décembre 1984, qui est le traité international ayant préparé la rétrocession de Hongkong, les autorités communistes chinoises se sont engagées sur le principe d’"un pays, deux systèmes" ; elles ont promis que la nouvelle Région administrative spéciale (RAS) conserverait son autonomie pour 50 ans à compter de 1997. Il n’y a aucune raison de penser aujourd’hui qu’elles piétineront cette promesse.

Pourquoi les autorités de Chine populaire n’ont-elles pas réprimé le soulèvement démocratique de Hongkong avec la même férocité que pour les Tibétains en 1959, les étudiants de Tiananmen en 1989, ou les Ouïgours actuellement (depuis l’attentat terroriste de la gare de Kunming de mars 2014)? Malgré le développement spectaculaire de Shanghaï, Hongkong demeure le poumon financier de la Chine moderne. C’est une poule aux œufs d’or que le Parti communiste chinois n’aurait aucun intérêt à briser. Beaucoup de princes rouges (héritiers des compagnons de Mao pendant la Longue Marche, qui se sont enrichis après la libéralisation de l’économie commencée dans les années 1980) y ont placé leur argent.
Il y a une sorte d’équilibre de la terreur qui maintient le statut actuel de Hongkong. Ses résidents ont intérêt à ce que leur RAS demeure le grand sas financier et commercial du géant manufacturier chinois. Les communistes du continent ont intérêt à conserver cette exception, aussi utile à l’économie du pays qu’aux bonnes affaires de leurs proches.
En outre, le président chinois Xi Jinping, au pouvoir depuis 2013, a montré qu’il était un stratège. Il sait hiérarchiser ses priorités et livrer ses combats l’un après l’autre. Aujourd’hui sa priorité absolue est d’achever à son avantage la guerre commerciale que lui livre l’Amérique depuis 2018. Il a compris le coût économique et diplomatique faramineux qu’aurait l’envoi de l’Armée populaire de libération contre les manifestants pro-démocratie hongkongais. Contre eux, il a choisi la tactique du pourrissement.

Bien sûr, Xi ne laissera jamais le vent démocratique de Hongkong souffler au-delà de la rivière Shenzhen, qui marque la limite avec la Chine communiste. Le grand repoussoir, pour les communistes chinois, c’est Gorbatchev. Ébahis, ils ont assisté à l’effondrement de la puissance mondiale qu’ils redoutaient le plus, cette URSS avec laquelle ils s’étaient battus sporadiquement en 1969 sur le fleuve frontière Oussouri. Que le secrétaire général du parti communiste soviétique ait pu, de son propre chef en 1986, accorder des libertés politiques à sa population, est quelque chose que les communistes chinois ne sont toujours pas parvenus à comprendre.
Pour eux, la démocratie signifie une lutte continuelle entre factions, aboutissant au mieux à la paralysie, au pire à la guerre civile. Pour eux, le développement d’un grand pays passe par une vision à très long terme, capable d’imposer à sa population des choix stratégiques : en Chine, la mission est remplie par le parti communiste, commandé sans murmure par son chef. Pour eux, la seule raison du retard qu’a pris, dans son développement, l’Inde par rapport à son voisin chinois, est due à la démocratie politique qui y "sévit" depuis son indépendance en 1947…

Paru dans Le Figaro, 26 novembre 2019
Publié dans De par le monde
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Le recours aux fonds de pension pourrait éviter la chienlit qui nous menace
 
Le président de la République a engagé la préparation d’une réforme d’importance capitale, celle des retraites, sans connaître le sujet. Il a d’abord mis les pieds dans le plat concocté par le Commissariat à la réforme des retraites en envisageant de continuer à faire jouer un rôle à la durée de cotisation, qui n’a rien à faire dans un régime par points. Maintenant, il envisage de n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants dans le monde du travail, ce qui remettrait à l’an 2060 environ l’attribution de pensions calculées selon les nouvelles règles. Et malgré cette reculade, sa maladresse va peut-être coûter au pays une grave désorganisation de son système de transports, aussi mauvaise pour l’activité économique qu’excellente pour battre les records d’embouteillages. Pourrait-on éviter cette gabegie ? Probablement, mais il faudrait faire vite et bien.
 
La situation actuelle
Les salariés qui bénéficient de régimes "spéciaux", et une part importante des professionnels libéraux, ont pour différentes raisons des avantages par rapport au commun des mortels, et il se trouve que ces avantages prennent pour une part importante la forme de pensions confortables au regard des cotisations versées. Pour les fonctionnaires ainsi que les agents de la SNCF et de la RATP, cet avantage est financé par les contribuables actuels ou par l’emprunt public (donc par les contribuables futurs). En ce qui concerne certaines professions libérales, par exemple les avocats, le windfall profit provient de la pyramide des âges de la profession : le nombre des avocats augmente, si bien que des cotisations plutôt modestes suffisent pour financer des pensions convenables. Dans un régime universel par points, ces avantages disparaîtront.
 
Les transformations à réaliser
Mais rien n’empêche de les remplacer, ces avantages, par l’acquisition de droits à pension dans des systèmes par capitalisation. Les fonds de pension peuvent faire tout ce que l’on veut, à condition bien entendu que des cotisations leur soient versées. Il serait facile de créer un ou des fonds de pension pour les agents de la RATP et de la SNCF, leur permettant au choix de prendre leur retraite plus tôt ou d’obtenir une pension plus confortable que s’ils avaient uniquement le régime universel par répartition. Quant aux professions libérales, beaucoup d’entre elles ont déjà monté des fonds de pension pour leurs membres.
Naturellement, les cotisations aux fonds de pension réduisent le salaire net, ou le revenu net du travailleur indépendant, mais ceux qui préfèrent le présent à l’avenir sont libres de cotiser peu, voire pas du tout : le régime universel leur procurera toujours la même pension, il leur manquera seulement l’apport de la capitalisation.
En ce qui concerne les fonctionnaires et travailleurs "à statut" comme les cheminots et les agents de la RATP, le choix existera pareillement. Les fourmis épargneront, c’est-à-dire cotiseront à un fonds, renonçant ipso facto à disposer immédiatement de plus de pouvoir d’achat. Les cigales auront moins de provisions pour l’hiver de leur vie, sans pour autant se trouver dépourvues comme dans la fable de Jean de La Fontaine.
Voilà ce qui pourrait être proposé aux travailleurs "à statut" qui songent à se mettre en grève à compter du 5 décembre. Ils seraient bien bêtes de ne pas accepter, le cas échéant au motif que les fonds de pension constituent un dispositif "capitaliste", puisqu’ils n’y perdraient rien, et y gagneraient en liberté de choix.

Envoyé par l'auteur, 25 novembre 2019
Publié dans En France
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Nouvelle cordée : chômage, mode d'emploi
 
Le documentaire de Marie-Monique Robin conte une expérience inédite visant à redonner du travail à des malmenés. Captivant.
 
Jusqu'au 3 janvier 2017, Sébastien, Pierrick, Anne et les autres, tous habitants de Mauléon (Deux-Sèvres), étaient au chômage, et sérieusement malmenés par la vie. Mais ce jour-là, la création de l'Esiam (Entreprise solidaire d'initiatives et d'actions mauléonaise) a tout changé. Ils sont devenus les premiers salariés de cette entreprise à but d'emploi, et les pionniers d'une aventure économique et humaine passionnante. "Un moment de grâce absolument inoubliable", dit Marie-Monique ROBIN, réalisatrice de Nouvelle cordée. Ils sont à la fois les acteurs et les narrateurs de ce documentaire qui vaut beaucoup de "feel good movies", avec son dynamisme et sa générosité communicatifs. Mais en plus, c'est vrai !
 
L'exposition mêle habilement la présentation des personnages et l'explication du projet. Empathie immédiate. Au début, ils se retournent sur leur passé proche. En 2015, chacun est isolé, prisonnier d'une histoire personnelle douloureuse. Sébastien, ancien agent hospitalier seul en charge des malades la nuit, a contracté une hernie discale paralysante qui a entraîné son licenciement. Anne, secrétaire médicale surchargée, a fait un burn-out. Pierrick, qui a perdu sa femme dans un accident de voiture, a dû abandonner son métier de chauffeur routier pour s'occuper de leurs deux petites filles et n'a pu trouver de travail à temps partiel. On regarde avec émotion ce jeune père de famille accompagner les enfants à l'école avant d'affronter une journée solitaire à la maison. Sylvie, Magali, Claire, Philippe, tous ont été jetés par la vie hors du circuit professionnel. Quand le maire leur parle de faire de Mauléon un "territoire zéro chômeur", certains restent sceptiques, ça paraît un peu utopique, mais c'est quand même un rayon de soleil tombant sur leurs galères.
Ils ont vite fait d'adopter les trois principes de Patrick VALENTIN, d'ATD Quart Monde, à l'origine du projet : 1. Personne n'est inemployable. 2. Il y a du travail. 3. Il y a de l'argent. L'idée est de monter une "entreprise à l'envers" : d'abord on embauche les chômeurs en CDI au smic. Ensuite on invente le travail adapté à leurs compétences, qui ne doit pas concurrencer les entreprises locales. Le financement ? Une redistribution des aides de l'État (chaque chômeur coûte annuellement 18.000 euros à la société). Pour cela, il faut une loi qui sera adoptée en 2016, à force de mobilisation des élus et des chômeurs. Pendant ce temps, à Mauléon, on se prépare, on répertorie les activités possibles. Les idées fusent : de la création de randonnées au tri des déchets d'une usine de confection, avec récupération des chutes de tissu et atelier de couture pour les transformer en sacs.
 
Le scénario est passionnant et construit de main de maître par Marie-Monique ROBIN, qui n'en est pas à son coup d'essai. On doit à cette enquêtrice hors pair des documentaires offensifs qui ont fait date, sur Monsanto aussi bien que sur les escadrons de la mort en Argentine.
Pour conter l'expérience inédite de Mauléon, qu'elle a suivie depuis le début, en évitant tout didactisme, elle adopte une écriture organique, incarnée, qui laisse croître le film naturellement au fil des saisons. Une belle photographie rend éloge aux paysages et aux personnages. Il y a des moments d'action entraînants, des phases de suspens, d'attente. Il y a surtout les liens qui se nouent entre ces isolés, l'ordre fécond et joyeux qui se crée au fur et à mesure que chacun trouve sa place : ensemble, c'est tout. On voit s'éclairer les visages. Nouvelle cordée montre la solidarité en acte, et c'est captivant.

Paru dans Le Figaro, 20 novembre 2019
Publié dans A tout un chacun
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Les forces de la réaction mondialiste défaites en rase campagne, ou l’Austerlitz de Boris Johnson
 
Je dois l’avouer, j’ai un faible pour Boris JOHNSON (BOJO) et pour une raison très simple : il est tout ce que j’aime chez les Anglais. Le personnage est foutraque, désorganisé, extrêmement cultivé, intimement convaincu d’être absolument unique et totalement imprévisible, ce qui fait que tous ceux qui, eux, sont complètement prévisibles le méprise autant que ROMMEL méprisait MONTGOMERY ou NAPOLEON les "boutiquiers Anglais". Et chacun doit se souvenir ici de qui a gagné en fin de parcours…
Car, comme d’habitude, le désorganisé vient d‘infliger aux forces prévisibles de la réaction une défaite en rase campagne, tant celles-ci-ci ne s’attendaient pas à le voir apparaitre là où il est, un peu comme les troupes autrichiennes au matin de la bataille d’Austerlitz quand elles ont vu les troupes de NAPOLEON se pointer là où elles ne les attendaient pas.
Bien sûr, je peux me tromper tant cette histoire est compliquée et après tout je ne suis pas un juriste spécialiste du droit Anglais, et cela ne serait pas la première fois que cela m’arriverait, mais je veux expliquer quand même comment Boris a peut-être roulé dans la farine tous ses opposants, tant je trouverais l’histoire amusante si par hasard j’avais raison.
 
Commençons par un rappel.
En trois mois, BoJo (Boris JOHNSON) a obtenu plus de résultats que Madame MAY en trois ans.
D’abord, il a obtenu la réouverture de vraies négociations. Jusqu’à son arrivée, la thèse de JUNCKER et autres BARNIER était simple : les accords signés par Madame MAY étaient les meilleurs possibles et rien ne devait changer. En un rien de temps, il a fait sauter ce verrou.
Ensuite, il a fait disparaitre le cadre des négociations acceptée par Mrs. MAY, le fameux back stop. Grosso modo, la Grande-Bretagne avait accepté de rester dans l’union douanière, de continuer à payer sa quote-part au budget européen tout en n’ayant plus aucune participation à la prise de décisions par les autorités de Bruxelles et en restant sous le joug des cours européennes de justice. Il s’agissait d’une capitulation en bonne et due forme et en aucun cas d’un Brexit. Tout cela a été abandonné.
Dans le nouvel accord accepté par les Européens, l’île comprenant l’Angleterre, le pays de Galles et l’Ecosse sort définitivement de l’Union Européenne et retrouve sa totale souveraineté juridique, ce qui est essentiel. En plus de retrouver sa souveraineté juridique, la Grande-Bretagne sort complètement aussi de la zone douanière européenne et retrouve sa liberté de signer des accords commerciaux avec qui elle veut et quand elle veut. Nous avons donc affaire à un vrai  Brexit.
Pour L’Irlande du Nord, elle doit se conformer aux accords du vendredi Saint ayant mis fin à la guerre civile en Ulster or cet accord prévoit qu’il ne peut pas y avoir de contrôle des marchandises ou des personnes entre les deux Irlande… Une solution compliquée a été trouvée qui sauvegarde les intérêts de l’Ulster puisque le Parlement de l’Ireland du Nord pourra remettre en cause ces accords une fois tous les quatre ans si ce Parlement le souhaite.
En contrepartie, la Grande-Bretagne s’engage à payer les 39 milliards de sterling réclamés (sans aucune justification) par les européens, à ne pas se livrer à un dumping social, monétaire, écologique ou fiscal contre les autres pays européens et à organiser la sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe au travers d‘un processus un peu plus lent que ce qui était prévu au départ.
- La conclusion est simple : l’accord de madame MAY n’avait rien à voir avec un Brexit.
- L’accord négocié par BOJO et accepté par les Européens est un Brexit en bonne et due forme et n’a strictement rien à voir avec ce qui avait été signé auparavant.
Reste à le faire passer devant le Parlement Britannique, où 75 % des parlementaires avaient voté contre le Brexit, ce qui n’est pas une mince affaire.
Et c’est là où cela devient amusant.
 
Les "remainers", c’est-à-dire ceux qui étaient contre le Brexit, pour empêcher BOJO de "jouer la montre" avait fait passer une loi qui précisait que si le Parlement refusait de voter en faveur du projet de BOJO, alors le premier ministre en place devait demander une prolongation d’au moins trois mois pour que les négociations puissent continuer et pour se faire devait envoyer une lettre à la Commission demandant une prolongation jusqu’au 31 Janvier 2020.
L’idée des partisans du maintien en Europe étant bien sûr que, de refus en refus, les électeurs se lasseraient peut-être et que le Brexit finirait par ne pas avoir lieu.
Le parlement ayant collé un amendement qui valait refus au projet de Brexit qui vient d’être présenté aux députés à Londres, BOJO a donc rédigé la lettre comme il s’y était engagé, mais a refusé de la signer et y a joint une autre lettre, signée celle-ci, demandant à ses partenaires du continent d’expliquer aux parlementaires britanniques qu’il n’y a plus rien à négocier et que c’était à prendre ou à laisser.
- Ce qui met les européens dans une situation difficile puisque dans la déclaration européenne des Droits de l’Homme, dont la Grande-Bretagne est signataire, il y a un article qui prévoit que si un chef de gouvernement est forcé de signer contre ses convictions un traité, alors ce traité est nul et non avenu. Ce qui est exactement le cas de la loi forçant BOJO à écrire sa lettre.
- Et ce qui met surtout les "remainers" dans une situation impossible. En effet, le seul choix qui leur reste est soit de voter pour le plan de BOJO, soit de refuser de voter pour ce plan et dans ce cas de figure, comme il est déjà trop tard pour changer de Premier Ministre ou pour dissoudre le Parlement, nous aurions une sortie de la Grande-Bretagne sans aucun accord  le 31 Octobre au soir.
Et donc le choix est simple : ou tous les traitres à la nation qui s’opposaient à la volonté populaire en utilisant artifice de procédure après artifice de procédure votent pour le Brexit de BOJO, ou bien alors, la Grande-Bretagne sort sans aucun accord.
Pour être clair, BOJO leur dit : "La maison est en feu, vous préférez sauter du dixième ou du vingtième étage ?"  En connaissant un certain nombre, je n’ai aucun mal à imaginer leur rage à l’idée de s’être fait piéger comme des rats par quelqu’un qu’ils méprisent, car ces gens-là méprisent tous ceux qui aiment leur pays qui par définition, ne peuvent être “que des imbéciles faciles à tromper”.
Tout cela est tellement bien ficelé que j’en suis à me demander si BOJO dont la majorité ne tenait que grâce aux dix députés "DUP" de l’Irlande du Nord n’aurait pas demandé par hasard à ces braves gens de voter contre son gouvernement lors du dernier vote pour que les termes du choix soient aussi clairs que possibles : ou mon accord, ou pas d’accord du tout, ce qui serait encore préférable. Car après tout, je suis bien persuadé que BOJO en son for intérieur ne verrait aucun mal à une sortie sans accord qui lui permettrait d’économiser 39 milliards de sterling, ce qui n’est pas rien. Et si une sortie brutale devait se produire, ce ne serait pas, hélas, de son fait mais bien à cause des "remainers" qui ont amené à la catastrophe d’une sortie sans accord en tombant dans les pièges qu’ils avaient creusé pour ce pauvre Boris…

Ce qui m’amène à mon souci principal souci habituel : Comment gagner de l’argent sans travailler ?
La réponse est simple.
Le temps est venu de surreprésenter la Grande-Bretagne dans les portefeuilles en vendant par exemple l’Allemagne, quoique je doute que beaucoup de lecteurs de l’IDL aient la moindre action allemande…Pour être bref, cela fait deux ans que la bourse dit de vendre l’Allemagne et d’acheter la Grande-Bretagne, le plus bas relatif ayant été atteint en Novembre 2017, mais il n’est pas trop tard puisque nous sommes encore à plus d’un écart type de la moyenne historique de la relation, la bourse britannique étant de 20 % sous-évaluée par rapport à la bourse allemande…
Et ce qui est vrai de l’Allemagne est vrai des autres pays de la zone Euro. Ayez votre cash en sterling et vos actions en sociétés domestiques Anglaises, mais continuez a éviter les banques et si vous le pouvez, le moment est venu d’acheter de l’immobilier à Londres.

Paru sur institutdeslibertes.org, 21 octobre 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Idéologie et énergie
 
Avant il y avait un ministère de l’Energie, maintenant il y a un ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, on est passé de la gestion rationnelle à l’idéologie.
Le nucléaire produisait dans d’excellentes conditions de l’électricité bon marché et abondante mais les écolos n’en veulent pas et sont bien décidés à en avoir la peau.
La loi no 2015-992 du 17 août 2015 "relative à la transition énergétique pour la croissance verte", son intitulé suffit à en comprendre l’esprit, prévoit de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50% sans aucune justification d’autant que l’énergie nucléaire ne produit pas de CO2. Cela entraine l’arrêt de réacteurs pouvant encore produire de nombreuses années et le retard de nouvelles constructions.
On s’en prend à deux symboles : la centrale de Fessenheim et le réacteur de Flamanville.
La centrale de Fessenheim a le seul tort d’être la plus ancienne des centrales en service et d’être dans le collimateur des Allemands et des Suisses, elle peut encore fonctionner de nombreuses années moyennement refonte.
Le réacteur en construction à Flamanville est un EPR dit de 3ème génération dont la construction se heurte à des surcoûts, d’importants retards et des malfaçons. Des EPR ont été construits en Chine et sont maintenant en exploitation, leur principe n’est donc pas en cause. Les problèmes viennent d’un arrêt de construction de réacteurs depuis plus de 15 ans, entrainant une perte de savoir-faire, du renforcement des normes de sécurité à la suite des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima et d’un chantier mal conduit. Pour les écolos c’est le cheval de Troie de la lutte contre le nucléaire : il ne faut pas construire de nouveaux réacteurs avant la mise en service de Flamanville. Cela se comprendrait si l’énergie nucléaire n’avait pas fait ses preuves, mais des centaines de réacteurs de la même filière sont en service ou en construction à travers le monde dont 58 en France. Flamanville est un problème ponctuel non significatif, ne remettant pas en cause la production d’électricité nucléaire. Néanmoins deux décisions sont prises à la grande satisfaction des écolos : on ferme Fessenheim sans attendre et on attend la mise en service de Flamanville pour décider de la construction de nouveaux réacteurs. Les écolos pensent avoir gagné et voir à terme l’abandon du nucléaire et son remplacement pas de myriades d’éoliennes qui ne produisent que quand elles veulent et défigurent les paysages. Ajoutons que le plus gros des éoliennes est importé. A ce sujet on peut remarquer que Flamanville ne met nullement en cause la production d’énergie nucléaire, et que si on ne sait plus construire des réacteurs on peut en acheter aux Russes voire aux Chinois, ils se feront un plaisir de nous en vendre. Ce sera un abandon industriel de plus dans un domaine où la France était un leader.
Et puis soudain EDF annonce que le gouvernement lui a demandé d’étudier la construction de six nouveaux EPR sur une durée de 20 ans. Fureur des écolos entrainant le rétropédalage du gouvernement, la ministre déclare que ce n’est pas EDF ni son PDG qui fixe la politique énergétique du Pays. Voilà comment on est gouverné dans le flou et l’indécision, pourtant une énergie fiable et économique est la clé de la relance industrielle. Il n’est que temps de remettre sur pied l’énergie nucléaire.

Envoyé par l'auteur, 22 novembre 2019
Publié dans En France
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Effondrements en série
L’effondrement de la France est partout palpable : effondrement de l’autorité publique, de l’école publique, de l’hôpital public, de la gestion publique. Même les ponts ne sont plus convenablement entretenus ! Lundi, celui qui enjambait le Tarn à Mirepoix-sur-Tarn s’est écroulé sous le poids excessif d’un chargement routier (deux morts). On a appris que les autorités ignoraient le nombre exact de ponts (entre 200.000 et 250.000). Leur maintenance, naguère sous l’ingénierie des Ponts et Chaussées, s’est diluée depuis que le ministère de l’Équipement a laissé place en 2007 à celui de la Transition écologique et à ses dérivés. Un récent rapport du Sénat sur les ponts français a fait ressortir que 25.000 d’entre eux, confiés à des gestions décentralisées, étaient en mauvais état. Mais il n’y a pas de budget disponible pour remettre tous ces ouvrages potentiellement dangereux à leur niveau de sécurité. Pendant ce temps, le gouvernement réfléchit à l’idée d’imposer un taux d’alcool zéro pour le conducteur…
Le nouveau projet pour la France est à penser dans toutes ses dimensions, civilisationnelles, sociales, économiques. L’observateur voit aisément les défauts d’une technocratie jacobine qui ne produit que des normes sans rapport, le plus souvent, avec les réalités humaines. Qui se met à l’écoute de la société civile, adepte du système D, comprend vite l’incongruité de maintenir un pouvoir vertical et hautain coupé de la vie des gens. Le général d’armée Pierre de VILLIERS porte un bon diagnostic quand il remarque, dans la postface de son dernier livre (2) : "L’individu se sent ignoré, laissé-pour-compte, sans pour autant savoir qui décide vraiment de son sort." Son éloge des chefs et de l’autorité est une critique indirecte du chef de l’État dont il fut un collaborateur démissionnaire. Reste à donner du contenu à ce nouveau monde. Pour l’instant, il ne suscite guère de réflexions poussées chez les intellectuels en pantoufles.

Paru dans Le Figaro, 22 novembre 2019
Publié dans En France
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L’urgence est de réparer la France abîmée
 
Il ne s’agit pas de "transformer" la France, comme l’a répété dimanche le premier ministre, en écho à Emmanuel MACRON. Cette ambition est du registre de la prestidigitation. En revanche, oui, il faut réparer la France. Cela fait trente ans et plus que la nation est maltraitée par ses dirigeants, de droite comme de gauche. Tous se sont convertis, pour faire modernes, à la nouvelle religion des droits de l’homme. Au nom de la non-discrimination et de l’amour de l’Autre, le dogme invite les Occidentaux à s’effacer au profit de remplaçants n’ayant pas l’intention d’imiter des hôtes si benêts. Comme le remarque le professeur Jean-Louis HAROUEL, qui alerte depuis longtemps sur cette nouvelle idéologie humanitariste (1) : "La très vertueuse religion séculière des droits de l’homme trace aux Européens le devoir de disparaître en souriant pour faire place à d’autres peuples et d’autres civilisations". C’est à ce suicide collectif que les dirigeants doivent renoncer. C’est ce qu’exigent ces Français qui n’entendent plus se taire.
Des esprits paresseux ont réduit à une pittoresque jacquerie fiscale la révolte des "gilets jaunes". De fait, le mouvement est parti d’une augmentation des taxes sur les carburants. Ces analystes s’estiment confortés par l’essoufflement des révoltés : l’anniversaire de samedi a attiré dix fois moins de monde (24.000 personnes, dont 4700 à Paris). Pourtant, l’erreur est de croire la parenthèse refermée. C’est ce que laisse comprendre Édouard PHILIPPE, quand il assure que la "volonté de transformer la France est intacte". L’apparente démobilisation vient de l’incapacité des protestataires à formuler une doctrine. Leur recul signe aussi un refus de cautionner l’emprise finale de l’extrême gauche et de ses casseurs. La lutte des classes, que refourguent les orphelins du communisme, n’est pas ce qui structure les Oubliés. À l’origine, les petits patrons, entrepreneurs et employés du privé constituaient le gros des troupes. Ils ont fait comprendre que le désespoir était aussi identitaire.
 
Avis aux bonnes volontés : le nouveau monde est à construire autour de ce qu’il reste de la France abîmée par le progressisme. Constater l’immobilisme qui gagne le gouvernement suffit à se convaincre de l’urgence à changer de système. Le préalable est de protéger le peuple français d’autres blessures. Il a déjà été meurtri par une mondialisation brutale et une idéologie démente qui l’incite à s’auto-détester. La mobilisation du 10 novembre, qui a rassemblé gauchistes et islamistes dans la même haine de la France "raciste" et "islamophobe", a eu le mérite de faire voir les dangers du communautarisme. Il est le cheval de Troie de l’islam guerrier. Or, face à lui, tout espoir de réveil est loin d’être perdu. Même le PS sort de son somnambulisme. Sa rupture avec la stratégie Terra Nova amorce une révolution idéologique. Depuis 2012, le parti suivait les recommandations de ce laboratoire d’idées de la gauche, en flattant l’électorat des cités au détriment de la défense de la laïcité.
Olivier FAURE, le patron du PS, osera-t-il aller au bout de son engagement à défendre "la République laïque" ? Ses prises de position concrètes le diront. Reste que la France a un rôle historique à reprendre, au nom de la liberté, dans la résistance au totalitarisme islamique importé. La soumission de la gauche radicale à des maîtres qui hurlent "Allah Akbar !" est l’aboutissement de décennies de compromissions françaises, justifiées par la dévotion aux droits de l’homme et au politiquement correct. Ce désastre intellectuel et moral, dans lequel Jean-Luc MELENCHON s’est laissé aller, déshonore la nation. Se ranger derrière la lutte contre "l’islamophobie" revient à combattre la laïcité et à justifier le délit de blasphème. Or l’opinion est plus lucide. 71 % des Français pensent que "la religion musulmane cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres" (Le Figaro, 13 novembre). C’est le peuple qui doit choisir le modèle de société pour la France, assimilateur ou multiculturel. Pourquoi pas un référendum ?

Paru dans Le Figaro, 22 novembre 2019
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La France, plus que jamais déchirée dans son identité et sa géographie
 
L’anniversaire fut malheureusement à la hauteur de ce qu’on craignait. Destructions, saccages, affrontements avec la police. Un an après, le mouvement des "gilets jaunes", même ramené à de modestes effectifs, ne parvient plus à s’arracher à la gangue de violence qui l’entoure depuis le début. Il n’empêche. Ce mouvement a coupé le mandat de MACRON en deux, ainsi que ses ambitions réformatrices ; il a révélé la fureur d’une France périphérique, jusque-là laissée à l’écart des grands circuits de richesse, et méprisée par le monde médiatique et intellectuel du pays. Dans la lignée des travaux du géographe Christophe GUILLUY, le sondeur Jérôme SAINTE-MARIE analyse ce retour de la lutte des classes qu’on voulait croire disparue. Il décrit la coagulation des petits indépendants et des salariés, qui étaient jadis séparés par le marxisme, et se retrouvent ensemble dans le même camp des vaincus de la mondialisation ; et de l’autre côté, des cadres, des habitants de métropoles, des retraités, même de condition modeste, ayant vu dans la violence des "gilets jaunes" le retour d’une terreur révolutionnaire qui les a jetés dans les bras d’un parti de l’ordre incarné par MACRON. SAINTE-MARIE se projette avec raison en 1848 lorsque les troupes de la République tirèrent sur les ouvriers révoltés. Il pense que ces deux camps sociologiques s’incarneront politiquement dans les candidatures d’Emmanuel MACRON et de Marine LE PEN.
 
Avec cette analyse, il répond aussi à celle de son collègue, Jérôme FOURQUET qui, quelques mois plus tôt, avait développé ces thèmes autour de "l’archipel français". Aux forces centrifuges de SAINTE-MARIE, FOURQUET préfère les forces centripètes, celles d’un éclatement français vidé de sa matrice catholique unitaire, et qui s’éparpille au gré des volontés, des individus, et surtout des communautés. L’identité est le fil conducteur du travail de FOURQUET ; le social, celui de SAINTE-MARIE. FOURQUET montre l’importance de ces enclaves banlieusardes en voie de réislamisation massive ; SAINTE-MARIE ne le nie pas, mais rappelle que ces Français de fraîche date votent peu. Ce qui est vrai pour les élections intermédiaires, mais faux pour la présidentielle.
 
En fait, au-delà des nécessités dialectiques entre nos deux brillants sondeurs, leurs analyses sont complémentaires. La France n’est pas coupée en deux, mais en trois. Un bloc des métropoles, scindé entre une mondialisation par le haut, des centres-villes, et une mondialisation par le bas, des banlieues. En dépit des efforts de l’extrême gauche et des comités Adama et autres, et de la discrétion, voire la pusillanimité, des "gilets jaunes" sur l’immigration et l’islam, il n’y a pas eu de jonction avec les "jeunes" des banlieues. Ceux-ci ne voteront pas pour Marine LE PEN en dépit de son discours social ; et les électeurs de MELENCHON, en dépit des prédictions de SAINTE-MARIE, n’ont quasiment pas voté au second tour de 2017 pour une candidate qu’on leur a présentée comme fasciste depuis des décennies. "L’archipel" cher à FOURQUET continuera à disloquer "le cher et vieux pays" et l’électorat des métropoles reconstituera son unité lors des seconds tours de la présidentielle.
La guerre des deux Jérôme n’aura pas lieu.

Paru dans Le Figaro Magazine, 22 novembre 2019
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