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La CJUE se moque-t-elle du monde ?
 
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) est incorrigible.
Elle avait considéré déjà, par deux arrêts en 2011 et 2012, que le séjour irrégulier d'un étranger n'était plus "un délit". Avec superbe et désinvolture elle avait ainsi mis à bas tout le système français "d'éloignement des étrangers" avant que par une loi du mois de décembre 2012, notre pays autorise "la retenue administrative" d'une durée de seize heures maximum.
Elle a récidivé avec un arrêt du 21 décembre 2016 dont l'objet "était de restreindre les conditions d'accès aux données conservées par les opérateurs de téléphonie ou les fournisseurs d'accès à Internet. Cette limitation du stockage des données personnelles - sauf en cas de menace grave - aura évidemment pour conséquence, de l'avis unanime de la Justice, de la police et du monde du renseignement, non seulement de ruiner une partie des enquêtes mais de rendre le caractère opératoire de celles-ci beaucoup plus malaisé (Le Monde).
 
Comment ne pas questionner la validité d'un tel arbitrage qui, au nom du droit européen, a conduit la CJUE à privilégier, si l'on veut, la pureté des principes et l'abstraction des concepts sans tenir le moindre compte des réalités nationales et des tragédies subies et douloureusement assumées par plusieurs des Etats membres ?
Ce n'est pas la première fois que l'on remarque que cette instance européenne semble vivre aisément les malheurs des nations qui la composent en portant sur elles un regard froid et distancié : celui d'un droit qui ne s'embarrasse d'aucun pragmatisme, même le plus honorable, pour s'installer dans un ciel des idées, dans une rectitude désincarnée. Pour des vivants qui n'auront jamais à mourir, jamais pour des morts dont la mémoire devrait interdire qu'on facilite la tâche des tueurs.
Je ne parviens pas à attacher une valeur supérieure de principe à cette approche qui se flatte, au-dessus des nations, de négliger les intérêts de chacune dans un dépassement d'autant plus commode que tout ce qui est humain lui semble étranger. Pourquoi respecter davantage ce qu'une conception sectaire et dogmatique du droit imposerait plutôt qu'une synthèse en même temps lucide et responsable qui viendrait énoncer les droits prioritaires au regard des dangers gravissimes qui menacent nos pays et les rares nécessaires limites ?
 
J'avoue que désarmer nos démocraties à cause des surprenantes analyses de la CJUE prenant un malin plaisir à entraver, à compliquer des processus jusque-là satisfaisants me semble la pire des mauvaises surprises. Le coup vient de là où au contraire la sauvegarde maximale devrait être prévue et assurée.
On ne peut qu'être lassé par ce détournement européen de débats qui structurent et divisent tous les pays. Liberté ou sécurité ? Ces déviations sont d'autant plus perverses que la CJUE n'a même pas pour ambition de tenir le moins mal possible les deux bouts de la chaîne mais au contraire d'en lâcher totalement un seul.
Cette décision de la CJUE ne va évidemment pas mobiliser la communauté nationale mais elle ne va pas favoriser, de la part de ceux qui s'intéressent à la justice européenne largement entendue, une appétence civique plus vive, plus intense pour l'Europe, ses absurdités, sa bureaucratie. Là où les nations se battent et affrontent, la CJUE, en surplomb, donne des leçons de surcroît hémiplégiques.
La CJUE se moque du monde qui n'est pas le sien, éthéré et tranquille dans la ouate du droit.

Paru sur www.philippebilger.com, 9 juin 2017
Publié dans Avec l'Europe
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L'Occident et la guerre au nom d'Allah
 
Déjà en 1996, Samuel Huntington annonçait le "choc des civilisations", un clash opposant la civilisation arabo-musulmane à la civilisation occidentale
 
Parce que, chez lui, les guerres de religion se sont arrêtées au XVIIe siècle, c'est-à-dire il y a très longtemps, l'Occident éprouve une grande difficulté à les appréhender. Il y a comme un malaise chez les clercs en Occident à voir, à entendre, à conceptualiser - et donc à bien nommer - ce nouvel ennemi qui vient, de l'intérieur, le frapper mortellement, au cœur de ses capitales. Le phénomène est certes très nouveau dans l'histoire de la polémologie. En 1939 en Grande-Bretagne, l'idéologie fasciste avait beau y compter nombre de sympathisants, jamais aucun nazi anglais n'est allé poignarder des compatriotes en face de Westminster…
 
Lorsqu'on lisait sur le site de la BBC, dimanche 4 juin 2017, les multiples articles consacrés par ce média de référence à l'attaque terroriste de la veille au soir sur le pont de Londres (7 morts, 50 blessés), il y avait un mot qui n'était jamais écrit : le mot "islam". Pourtant, les attaquants s'étaient jetés, le couteau à la main, sur leurs victimes en leur hurlant "C'est pour Allah !".
À entendre les discours officiels, un groupe, appelé "les terroristes", ferait la guerre à l'Occident. Mais le terrorisme n'est qu'un moyen d'inspirer la terreur à son ennemi. C'est une arme, comme le Stuka, le napalm, la bombe à fragmentation. Le plus intéressant à analyser dans ces attaques, ce n'est pas leur mode opératoire et les armes utilisées (cutter, voiture-bélier, kalachnikov, pain de plastic, etc.), mais plutôt leurs motivations. Au nom de quoi sont-elles donc commises ? Telle est la grande question à poser.
 
Comme l'avait expliqué Huntington dans un livre prophétique paru en 1996, nous sommes entrés, depuis la fin de la guerre froide et du monde bipolaire, dans une époque de "choc des civilisations". Le professeur à Harvard ne souhaitait bien sûr pas voir ses prophéties se réaliser ; il eut simplement le courage intellectuel de nous avertir, et de subir l'anathème des milieux bien-pensants. Le clash opposant la civilisation arabo-musulmane à la civilisation occidentale est devenu une réalité incontestable. Notre univers mental entretient beaucoup de divergences avec d'autres civilisations (la chinoise, l'hindoue, l'orthodoxe, etc.), mais elles ne suscitent aucun fanatique prêt à venir tuer chez nous au nom de Dieu.
Alors, il est temps de dire les choses telles qu'elles sont.
Y a-t-il un problème avec l'islam ? La réponse est oui. Un immense problème.
Est-ce à dire qu'il faut créer une responsabilité collective pour toutes les personnes de confession musulmane demeurant en Occident ou désirant y voyager ? La réponse est non. La preuve en est donnée par la réaction très professionnelle et mesurée qui fut par exemple celle du maire de Londres, qui est musulman.
 
Quel est donc le gigantesque problème que nous avons avec l'islam ? C'est que sa réforme s'est faite au XXe siècle - et continue de se faire aujourd'hui - sous le mode de la régression, et non du progrès. Elle s'appelle le salafisme. Mot que l'on pourrait traduire par le retour à la religion de nos pieux ancêtres (les Bédouins de la péninsule arabique du VIIe siècle). Un bon musulman aujourd'hui est donc quelqu'un qui considère, comme à Médine il y a treize siècles, que le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme, que la tolérance est inadmissible envers les libres-penseurs, que l'apostasie est un crime.
Le christianisme a connu l'humanisme de la Renaissance italienne, la Réforme dans les pays du Nord, et la Contre-Réforme (qui était un type de Réforme) dans l'univers resté catholique. Ce mouvement a été un progrès, car il lui a fait accepter les avancées de la science. Le culte de la science et de la technique, mélangé aux impératifs de la transformation du monde (la parabole des talents) et de la séparation du politique et du religieux ("Rendez à César ce qui appartient à César…"), a provoqué l'essor exceptionnel de la chrétienté. Face à elle s'est trouvé un islam, d'abord déclinant (depuis l'échec du siège de Vienne en 1688), puis régressif (depuis le rêve "anticolonialiste" des années 1930 d'un retour à l'islam des origines). Quelle frustration !
Au XIXe siècle, il y avait, au Caire ou à Tunis, un islam sunnite éclairé et tolérant. Pourquoi n'est-ce pas lui qui a gagné ? Parce que les dollars du pétrole sont venus enhardir les communautés les plus rétrogrades du monde musulman : les wahhabites du Golfe (qui se rejettent aujourd'hui la responsabilité, comme l'illustre la brouille entre l'Arabie saoudite et le Qatar). Les frustrations politiques, sociales et morales de l'islam contemporain nourrissent le rêve du salafisme, lequel se transforme, de plus en plus souvent, en passages à l'acte violents. Comprenons-le en profondeur, afin de nous en prémunir.

Paru dans Le Figaro, 6 juin 2017
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Non, nous ne sommes pas en 1958, mais en 1830 !
 
La République en marche, composée du ­centre droit et du centre gauche, ressemble au bloc bourgeois mis en place après la révolution de 1830. Louis-Philippe était alors le garant de la soumission française à l'ordre libéral imposé par l'Empire britannique.
Nous sommes en 1958. Comme le général de Gaulle, notre nouveau président a renversé la table. Il "joue au poker pendant que ses adversaires jouent à la belote". Le PS songe à vendre Solferino et Les Républicains ont sonné la retraite. Une nouvelle majorité parlementaire En Marche va émerger comme s'était imposé le bloc gaulliste de l'UNR. Avec des députés débutants, issus de la société civile comme leurs prédécesseurs sortaient de la Résistance. À la tête de l'État, une technocratie modernisatrice engage à marche forcée l'adaptation de l'économie française au monde dans la droite ligne du plan Rueff. Macron, auréolé de son sacre électoral, fait entendre la voix de la France aux grands de ce monde.
Voici la petite musique qu'on entend ici ou là. Petite musique qui n'a pas l'heur de déplaire aux communicants du Président. Petite musique qui a l'art de mettre en sourdine les fausses notes.
 
Si, contre toute attente, de Gaulle était resté dans l'Europe naissante, c'était pour servir "de levier d'Archimède" à la France. Pour lui permettre, adossée à la puissance économique recouvrée de l'Allemagne de l'Ouest (et de l'Italie, qu'on oublie toujours !), de diriger politiquement cet ensemble afin de retrouver son "rang perdu depuis Waterloo" !
Pour de Gaulle, la France était "le jockey et l'Allemagne le cheval". On imagine Macron expliquer cette métaphore équestre à Angela Merkel. Le déséquilibre entre les deux économies est devenu fossé. L'Union européenne est désormais aux mains d'une oligarchie financière et technocratique qui enserre la souveraineté des Etats dans ses rets juridiques. N'oublions pas que de Gaulle a mené la politique de la chaise vide dès qu'on a voulu renoncer au vote à la majorité ! Les soutiens et ministres de Macron sont des fédéralistes convaincus. Ils veulent toujours plus de souveraineté européenne quand de Gaulle voulait le retour de la souveraineté française.
Cette divergence existentielle se reflète dans des bases électorales à l'opposé. Les référendums gaulliens obtenaient près de 80 % des voix ; en 1965, contre Mitterrand, de Gaulle recueillait près de la moitié des suffrages ouvriers. Au contraire, l'électorat de Macron est un bloc bourgeois : conservateurs de droite et bobos de gauche. Les nouveaux députés seront à 90 % issus des fameuses CSP+. La parité hommes-femmes est l'arme secrète qui permet à la classe dominante d'éradiquer la présence populaire parmi la représentation nationale. Dans les cabinets ministériels, on constate la domination des technocrates de droite qui auraient, de toutes les manières, pris la tête de l'État en cas de victoire de Fillon, Juppé ou Sarkozy. C'était leur tour.
 
Ce bloc bourgeois, composé de l'alliance du centre droit et du centre gauche, ressemble bien plus à celui mis en place après la révolution de 1830. Autour de Louis-Philippe, des anciens révolutionnaires modérés comme La Fayette et des libéraux comme Guizot ou le banquier Laffitte rejetaient à la fois l'extrême gauche républicaine et l'extrême droite légitimiste. Louis-Philippe était le candidat des Anglais et le garant de la soumission française à l'ordre libéral mondial imposé par l'hégémonie de l'Empire britannique. Nous ne sommes pas en 1958 mais en 1830.
Paru dans Le Figaro Magazine, 9 juin 2017
Publié dans En France
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Changeons notre politique extérieure
 
Le comportement du Président Trump au dernier G7 puis sa décision de sortir de l’accord de Paris sur le climat, montrent qu’il applique sa doctrine "America first" et qu’il ne faut plus compter sur les Etats Unis aussi bien pour notre défense que pour notre politique économique.
C’est là l’aspect positif de l’affaire : contrainte et forcée, l’Union Européenne et d’abord la France va devoir réorienter sa politique extérieure.
Il est un peu navrant de voir qu’au dernier sommet de Saint-Petersbourg, la France n’était guère représentée que par des pétroliers et que Poutine en a été à faire les yeux doux au président Indien.
L’Europe a fait de même, après la sortie décidée par Donald Trump de l’accord de Paris, c’est avec la Chine qu’elle s’est concertée.
La réception à Versailles de Vladimir Poutine laissait espérer que la France allait enfin mener une politique conforme à ses intérêts et non à des considérations idéologiques, comme ce fut le cas au cours du précédent quinquennat.
 
Ne suivons pas les Etats Unis dans leur paranoïa russophobe.
L’intérêt de l’Europe et de la France est de rétablir des rapports normaux avec la Russie, n’en déplaise à la chancelière. Il faut pour cela régler l’affaire de l’Ukraine.
Il est assez étonnant qu’alors que l’Europe inflige des sanctions à la Russie – sanctions dont souffrent d’ailleurs les deux parties – on signe avec l’Ukraine un accord d’association en contournant d’ailleurs le "non" des Pays Bas et on accorde aux Ukrainiens la suppression des visas pour l’accès à l’Europe. L’Ukraine est de plus tenue à bout de bras financièrement par des crédits européens sans lesquels elle serait en faillite.
Si on peut estimer que les accords de Minsk sont une bonne base de départ pour trouver une solution, la situation actuelle fait croire que seule la Russie ne les respecte pas, ce qui est faux.
Rappelons tout d’abord que l’origine du conflit est la révolution plus ou moins suscitée de Maïdan, conduisant à l’éviction du président élu Iakounovitch et son remplacement par le président Porochenko.
Les accords de Minsk prévoyaient que soit accordé un statut spécial aux deux provinces russophones du Donbass. Si cette loi a bien été votée par le parlement ukrainien, elle n’est jamais entrée en vigueur. Par contre l’Ukraine applique un blocus à ses deux provinces, a fermé les voies ferroviaires et ne payent plus ses fonctionnaires, comme si elle considérait qu’elles ne faisaient plus partie de son territoire.
L’Allemagne et la France étant garantes des accords de Minsk se doivent de se montrer impartiales dans leurs rapports avec les deux parties, ce qui n’est absolument pas le cas actuellement.
 
Il faut évidemment disjoindre le problème de la Crimée dont la population s’est déclarée favorable au rattachement à la Russie, de toute façon la Russie ne la rendra jamais. Les sécessions du Kosovo et de Mayotte constituent d’ailleurs des précédents.
A partir du moment où on discute avec la Chine et qu’on commerce avec l’Arabie Saoudite, on ne peut évoquer les droits de l’homme pour justifier notre politique contre la Russie.
Il faudra ensuite chercher avec l’ensemble des parties, une solution politique au conflit syrien. Commençons par ne plus soutenir les mouvements terroristes qui constituent le plus clair de l’opposition à Bachar el Assad et par nous consacrer uniquement à la lutte contre l’Etat Islamique. Réouvrons notre ambassade à Damas qui n’aurait jamais du être fermée : Il faut pouvoir parler à tout le monde.
La détente dans les rapports avec la Russie rencontrera, très certainement, une opposition venant de l’Allemagne et des pays de l’Europe orientale, il revient à la France d’en prendre l’initiative et d’imposer cette évolution qui sera profitable à tous. La Russie fait partie de l’Europe et les menaces qu’on lui impute sont à l’évidence très surestimées, elles disparaitront quand on aura normalisé nos rapports.
Il faudra enfin cesser de suivre les Etats Unis dans leurs querelles sinon nous allons nous retrouver en mer de Chine.
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 9 juin 2017
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L’Empire excède-t-il ses limites ?
 
Donald Trump est un électron libre qui n’a pas sa place à la Maison Blanche. Ceci dit, il est l’élu du peuple américain, comme en a décidé le Collège électoral. Alors, pourquoi cette campagne de dénigrements et d’accusations sans précédent dans l’histoire américaine ? Parce qu’il conteste la politique hégémonique des Etats-Unis. Il considère qu’elle affaiblit le pays plus qu’elle ne le conforte.
L’extension d’un empire ne se justifie que dans la mesure où les profits qu’il en retire excèdent les coûts. Dans le cas des Etats-Unis, bien qu’il soit impossible d’en faire un bilan exact, le résultat ne semble pas conforme à la règle. Les coûts sont supérieurs aux profits, à preuve le déficit budgétaire, le déficit de la balance commerciale, le déficit de la balance des paiements, l’endettement extérieur croissant, etc. qui affaiblissent l’économie américaine.
 
Intéressons-nous au déficit budgétaire. Il est dû au budget hors norme de la défense. Officiellement, il s’élève à 615 milliards de dollars pour l’exercice 2017-18. Officieusement, il excède 1.100 milliards de dollars, si l’on inclue le coût des services secrets et des anciens combattants, soit le quart des dépenses totales. Si l’on s’en tient au chiffre officiel de 615 milliards, il faut additionner les budgets de sept nations pour atteindre un chiffre équivalent (Chine, Russie, Arabie saoudite, France, Grande-Bretagne, Inde et Allemagne).
Le déficit budgétaire, par l’endettement à l’étranger qu’il engendre, menace le dollar. Or celui-ci est l’un des piliers de la puissance américaine. New York est le centre financier mondial depuis 1945. Deux-tiers des réserves mondiales sont libellées en dollars entreposés à la Réserve fédérale. L’essentiel des transactions commerciales se font en dollar et transitent in fine par la Réserve fédérale. Il en va de même des emprunts internationaux. Cela confère un pouvoir considérable aux Etats-Unis. Ainsi, en réponse à la prise d’otages de 1981, le gouvernement américain a-t-il gelé les avoirs financiers iraniens.
 
Ce pouvoir repose sur la confiance que le reste du monde place dans le dollar. Cette confiance est basée sur la gestion de l’économie américaine. Or, cette gestion est menacée par la dette extérieure. Trump veut se désengager d’accords négociés dans le passé qu’il considère coûteux afin de maintenir la confiance dans le dollar. Sa dépréciation brutale sonnerait le glas pour l’Empire.
A noter que dans son évaluation de l’économie américaine, Trump ne tient pas compte de la désastreuse gestion de la crise des subprimes par les présidents Bush et Obama – gestion qui a fortement accru la dette publique. Compte tenu du nombre d’anciens membres de Wall Street dans son cabinet, il est douteux qu’il en fasse état un jour.
 
Quoiqu’il en soit, sa politique s’oppose à celle des néoconservateurs et des néolibéraux qui entendent poursuivre la politique hégémonique, adoptée à la suite de la chute de l’Empire soviétique, convaincus qu’ils sont qu’elle est dans la destinée des Etats-Unis et qu’elle se révèlera payante à terme. Il ne s’agit donc pas de savoir si Jared Kushner, le gendre de Trump, a rencontré un diplomate russe à Moscou ou à Washington mais quelle sera la politique étrangère des Etats-Unis à l’avenir. L’enjeu est considérable. En cas d’impasse le conflit peut déboucher sur une crise constitutionnelle, voire une révolution.

7 juin 2017
Publié dans De par le monde
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J'ai vaincu le monde

L’échec électoral pour une grande partie des Français qui porte au fond de leur cœur l’amour de leur pays est une "épreuve". Sans doute purificatrice. Sans vouloir porter un jugement sur le for interne des candidats, nous avions choisis soit par conviction soit par dépit un moindre mal. Nous avions conscience que les compromissions passées ou présentes de nos champions devaient avoir un terme. Le premier qui se revendiquait catholique avait voté l’an passé le droit fondamental à l’avortement et avait disparu de l’hémicycle lors du vote de la loi liberticide sur le délit d’entrave. L’autre candidate quant à elle avait refusé de soutenir les manifestations considérables de janvier, mars et juin 2013 raison profonde de divergence d’avec sa charismatique nièce. Cette dernière confrontée aux incohérences de la ligne de son parti a fini par abandonner la politique. Elle se refuse de rester la caution civilisationnelle d’un parti réduit aux codes du monde. Elle ménage l’avenir. 
 
Des élites évanescentes ?
Les nouvelles générations considérées comme "dures" par leurs aînés (Reproche de Marine à Marion) rappellent à ces derniers que leur dureté sanctionne l’héritage -ou pour être plus juste l’absence d’héritage- dramatique avec lequel ils doivent "faire". Les trahisons des anciens traversent tous les partis. La jeunesse éprouve dans ce désert moral un immense désarroi. Avoir abandonné le souci de la transmission disqualifie la totalité de la classe politique de l’extrême droite à l’extrême gauche ; cette désertion culminant avec les partis du consensus, les "partis bourgeois". Dans ceux-là les catholiques y ont une place importante, sinon majeure. Toute la question est de savoir être catholique avant d’être bourgeois ou d’être bourgeois avant d’être catholique. La question est récurrente dans la bouche du Saint Père. Cette question est difficile à résoudre : est ce que l’embourgeoisement a éteint dans le cœur de l’homme tout esprit chevaleresque, d’amour, d’audace, d’héroïsme, de noblesse ? Peut-on vouloir conserver l’esprit de bourgeoisie et sauver son pays qui, aujourd’hui est menacé de mort ?
Peut-on être Charrette, Sophie Schöll, Honoré d’Estienne d’Orves, ou Bernanos quand le primat définit jusqu’au plus intime de notre être la garantie de ses acquits ? Sommes-nous devenus si gras que notre seul destin est l’égorgement auquel nous promettent les mollahs de plus en plus nombreux sur notre sol ?
La tentation des bourgeois catholiques est de faire reposer l’ordre des priorités sur des données économiques et sur la défense des avoirs avant de défendre des biens immatériels et supérieurs qu’ils ne négligent pas mais subordonnent au confort, de préférer une paix sociale illusoire, une réconciliation du monde politique par l’idéologie du néant. Rejet de la confrontation des hommes et des idées par la substitution d’un homme incarnant la consensualité, l’amitié, la richesse au prix de l’évacuation de ce qui fait la grandeur et l’héroïsme de l’Homme. L’argent domine et vae pauperis !
La vérité est morte parce que relativisée à l’extrême et ceux qui prétendent qu’elle existe sont des fanatiques et sont interdis de tout débat. Tout se vaut et ceux qui mettent une hiérarchie sont dangereux. Les historiens qui travaillent scientifiquement sur la réalité de notre histoire, les médecins qui dénoncent les conséquences des désordres moraux, les démographes qui nous alertent sur la substitution de notre peuple par d’autres, les instituteurs qui se désolent des ravages de l’analphabétisme. 
Le monde dénoncé par Chesterton : les idées chrétiennes devenues folles parce que non mises en cohérence, ordonnées. Notre président en est la synthèse.
Combien de personnes étant descendues dans la rue (un million) en 2013 rallie l’équipe certainement la plus éloignée des exigences de l’Eglise et la plus obstinément opposée à l’enseignement  des vertus chrétiennes ? Ces hommes de l’actuel pouvoir sont opposés à celles-ci. M. Delevoye avait refusé l’application du droit lorsqu’il avait été saisi par la manif pour Tous. La nouvelle secrétaire d’Etat à la parité découvre l’implacabilité de son programme anti famille au nom "de la famille plurielle", la ministre de la santé qui prend pour modèle la Belgique en matière d’euthanasie, le président affirmant que l’abattement fiscal sur la base d’un quotient familial ne rentre pas dans ses priorités économiques.

L’émotionnel politique jusque dans la mystique ?
Ces derniers temps des amis ont laissé filtrer que la femme du président aurait confessé à un évêque qu’elle et son mari sollicitaient de nombreuses prières à Dieu car la tâche se révélait rude ! (On l’imagine aisément). Des chrétiens bourgeois ont vu dans cette "confession" une proximité spirituelle et morale. La présidente avait demandé dans les mêmes termes l’assistance du Grand Rabin. En termes de communication cela la protégeait de toutes accusations de réduction ad catholicam !  Peut être y a-t-il une "émotion" spirituelle ? En paraphrasant Mirabeau qui citait lui-même Tacite … les chrétiens s’attrapent comme les lapins, ils se prennent par les oreilles. Il n’y a plus d’analyse raisonnée, d’esprit critique qui construit une pensée.

Un spirituel vrai pose des actes vrais
Nous sommes en face de structures, de sociétés d’influence extraordinairement puissantes, d’agences de communication prodigieusement compétentes.  Niel enrichi par le minitel rose en est un des chefs d’orchestre. Un mot "gentil" de Brigitte à un prélat emballe le cœur des âmes émotives. Des termes "Pavlov" à consonnances positives, réconciliation, unité, consensus, tolérance, n’ont aucune implication concrète si ce n’est de faire croire enfin à la paix et surtout de condamner au silence toute personne qui émet un avis critique, pire encore qui comme Antigone refuse toute abdication de l’esprit.
Si tel était le cas pourquoi le mot Tolérance ne serait pas une réalité pour la clause de conscience des maires qui refuseraient le mariage gay ? pour les infirmières qui refuseraient l’avortement ? pour les parlementaires qui exprimeraient leur opinion sur la morale et la défense d’une civilisation ? pour les édiles qui voudraient mettre une crèche dans leur mairie ? pour les professeurs qui refuseraient l’enseignement du gender ? pour les historiens qui voudraient travailler sur des données scientifiques et aux universitaires qui voudraient enseigner sur ces travaux rigoureux ?  Un professeur d’histoire de Lyon III commençait tous ses enseignements par cette phrase : "La Liberté grand L supprime toutes les libertés petit l ". Il définissait la Loi Le Chapelier (1791) qui supprimait toutes les organisations ouvrières.

La maitrise des médias supprime l’expression démocratique
Peut-on imaginer que nous soyons en face d’un extraordinaire enfumage ? L’enfumage est une action militaire qui précède le pilonnage.
Je vais vous confesser mon point de vue personnel. Je me moque des élections. Aujourd’hui, la puissance de contrôle des intelligences est telle qu’il est illusoire de penser que nos contemporains puissent être libres de leur jugement et de faire des choix fondés sur la perspective historique d’une civilisation, sur une vision de l’homme fondée sur une anthropologie construite. Le président est peut être celui d’Elijah ou du maître de la terre. Il en a le charme, la posture, l’intelligence, l’ambigüité, la détermination et -nous verrons peut être- l’implacabilité. Je crois que nous allons vers une dictature qui se réclamera du bien et de la paix. A mon avis elle sera totalitaire au sens où ce mot définit le contrôle intégral des comportements des hommes dans une société. C’est un homme de transgression. Joue-t-il un rôle assigné par les génies de la communication et des puissances occultes à l’échelle mondiale ?  Le spirituel pour ses services chargé de sa propagande peut faire aussi partie de l’étude de marché. Certains patrons de chaînes catholiques ont été pris en otage. Le président peut bien être un personnage de roman d’O’Brien ou de Robert Benson. Est-ce un personnage faustien ou celui décrit dans la légende de Rutebeuf ? "L’Antéchrist" comme l’accusent des députés communistes (?!) de la douma ? Désignation dans lequel le gouvernement Pitt avait enfermé Bonaparte. La réalité apparaitra s’il aggrave les lois "sociétales" et conduit une politique anti familiale et anti Vie comme y prétend Nicole Ameline. L’homme est-il celui qui insulte la mémoire de son propre pays devant l’ennemi qui l’invite à se renier ou est-ce l’homme qui va honorer l’anneau de Jeanne d’Arc en Vendée ? Tout est trouble. Rien n’est apparemment cohérent. Et quand ce n’est pas clair c’est que c’est sombre. Les enfants de Dieu vivent au grand jour.
L’actuel président  a été lancé en quelques semaines par la puissance des médias et son habileté à coller à l’image qu’on lui demandait de refléter. A quel niveau se situe ses dépendances ? A quel échelon mondial est-il situé ? Lié ? Soumis ? Y adhère-t-il ou en joue-t-il comme Bonaparte, homme lige de Barras, de Sieyès, La Révelière une opportunité pour s’affranchir à terme de ses commanditaires ? L’orgueil fait perdre souvent le jugement même de sa propre sécurité. "Je ne l’ai pas trahi il s’est trahi lui-même". Phrase au couperet de M. de Talleyrand commentant la fin de l’empereur.
Tout cela est hors de portée de nos analyses. Mais l’enthousiasme des bourgeois catholiques me semble dépourvu de toute intelligence du mouvement des idées, il y a quelque chose de superficiel. Alors que le monde est terriblement tragique, angoissant et exige des intelligences héroïques et saintes.
Réfléchissons à ce qui a construit fondamentalement les sociétés confrontées au chaos.

Réfléchissons à Solidarnosc
L’histoire ne se construit pas dans le jeu des combines politiques, notre civilisation non plus. Peut importe de la réalité de l’homme Macron, sa durée de vie sera "epsilon" dans la durée d’une nation. Alors orientons nos efforts dans une perspective, une vision.
L’expérience du formidable labeur fait en Pologne dans les années rouges, dans ce qui est fait dans les pays d’Asie qui émergent du communisme sont des voies humbles mais formidablement efficaces ou plutôt fécondes. Un travail de fond a été mené par des élites morales et spirituelles privées de toute capacité de transmettre institutionnellement leur savoir, de toute expression démocratique, de toutes chaires magistrales et bien entendu de médias. La domination du magistère marxiste ayant été aussi puissante que celle qui façonne la pensée apostate de nos contemporains. Une formidable domination médiatique renvoie à la Reichpropagandaleitung dont l’objet était "la mise au pas"  (Gleichschaltung) d’un peuple héritier d’une pensée philosophique et artistique les plus évoluée d’Europe.  La société nazie absolument nouvelle, n’avait aucun précédent, aucune attache intellectuelle avec l’héritage des Allemagnes. Elle a surgi de nulle part si ce n’est de l’humiliation d’un peuple, consécutive au traité de Versailles. Idem pour le marxisme imposé dont la philosophie palatine rationnelle et matérialiste se trouvait aux antipodes de la nature mystique des russes. La révolution française dont la société était ordonnée de façon presque sophistiquée et attachée passionnellement à la personne de son roi s’est effondrée en quelques mois. "Heureux qui comme Dieu en France" avait son corolaire sociale résumée dans cette confession nostalgique du cynique Talleyrand : "Quiconque n’a pas vécu sous l’ancien régime ne sait pas ce qu’est le bonheur de vivre !" Le peuple le plus raffiné du siècle a sombré dans une folie sanglante et furieuse, entrainant les premières guerres génocidaires.
Ces phénomènes surgissent brusquement avec une rare brutalité. Qui, il y a trente ans aurait pu imaginer les Français confrontés à l’extraordinaire pression de l’Islam sur notre sol ? aux meurtres de masse commis par les fous d’Allah dans nos propres maisons ?

Une intelligence à l’agonie
Au deuxième tour des élections, l’état d’hypnose de nos contemporains dont beaucoup avaient combattu les lois mortifères du mariage et de la filiation était caractéristique. Ce devrait être à mon avis l’objet d’une étude scientifique sur la capacité d’embrigadement des intelligences et souvent d’intelligences incontestables. Beaucoup, beaucoup de mes amis ont été l’objet de cette hypnose
A mon avis la population est trop déséquilibrée, trop blessée, trop humiliée, trop déstructurée, vidée de toute référence historique, anthropologique, philosophique et bien sûr spirituelle pour espérer qu’elle puisse se retrouver sur un choix politique cohérent. L’absence de culture générale est massive et un débat sur des visions structurées et construites est devenu impossible quand la syntaxe est remplacée par des mots-slogans dont le seul objet est de faire réagir et non réfléchir. Cet état d’hébétude est presque absolu quant on constate que la capitale et les principales mégapoles ont voté à 90 % pour un homme qui n’avait ni programme, ni pensée développée, consensuel jusqu’à la contradiction permanente avec tous. La "maraboutisation" (heureuse expression d’Elizabeth Lévy)  a été considérable… et a suffi pour assurer une victoire qui, jamais n’a autant reposé sur des phénomènes de propagande. Le débat d’idée étant totalement évacué voire interdit. Du jamais entendu.
Les raisons sont profondes et lointaines. Notre peuple ne sait plus qui il est. "Il a été mis au pas" (Gleischschaltung). Il souffre de maux dont il ne veut pas désigner l’origine. Il ne peut même plus le faire car cela remettrait en cause des questions tellement fondamentales et douloureuses. Privé de la connaissance de la Miséricorde il se découvrirait odieux à lui-même. Je pense évidemment au problème tragique de la vulgarisation de l’avortement où une génération de parents se sent jugée par le regard de leurs enfants rescapés. A la guerre des classes succèdent la guerre des générations. "Nous avons des raisons d’être durs" lance la nièce à sa tante. Pour guérir de toutes ses maladies psychiques, morales et spirituelles il faudrait lui présenter celui qui donne la Vie. Même la plupart des vieux prêtres et des évêques se refusent à le proposer aux jeunes la voie exigeante et radicale de la sainteté, seule voie du bonheur. Ils ont peur d’être des prosélytes. "La trahison des clercs" selon la formule de de Gaulle est liée à cet état de vide qui désespère l’âme française.
La jeune génération des prêtres est elle, exceptionnelle… et ils étaient onze !
Il faut répondre et ne plus se contenter de faire l’état des lieux des conséquences d’une paganisation massive des mœurs, dans la façon de penser ou de ne pas penser, dans le vide de toute volonté de transmettre et d’hériter.

Action !
Avoir cette vision anthropologique qui définit une vraie politique est détenu par un seul parti aujourd’hui, le PCD. Est-il le petit David ?  Il ne s’agit pas de reprocher à d’autres d’avoir essayé d’autres voies. "Heureux ceux qui ont les mains pures encore faut-il qu’ils en aient !" Le discours de JFP est cohérent de bout en bout. Mais l’expression politique partisane n’est qu’un moyen, il ne faut pas l’absolutiser et ne doit pas être un lieu d’invective mais d’écoute constructive avec ceux qui diffèrent.
Même si les germes de résurrection sont incontestables. Des foules de jeunes chrétiens se retrouvent et représentent la seule communauté éducative et cohérente mais la France reste massivement païenne, lourdement matérialiste et en état d’hébétude morale et intellectuelle. Et les nouveaux "Français" sont résolument musulmans avec tout ce qui en découle pour notre art de vivre hérité d’une civilisation millénaire. Il faut relever ce défi.

Comme tous les projets féconds ils sont humbles
Aujourd’hui il faut monter partout en France des universités du soir d’histoire, de philosophie, de culture, d’art. Il faut "rendre la France aux Français" non seulement géographiquement dans la souveraineté de ses territoires mais culturellement. Il faut que cela soit fait dans le moindre village.
J’ai assisté à des conférences exceptionnelles dans des lieux introuvables, après m’être perdu dans des chemins, au milieu des chapelles romanes et des forêts épaisses. Les plus grands noms du barreau de Paris étaient venus faire vibrer une petite assistance de paysans et d’octogénaires sur la geste de Jeanne ! La Russie a été sauvée par les bambouskas. Le travail des veilleurs est à universaliser par des universités du soir, gratuite, libres, mues par le seul désir des conférenciers de transmettre généreusement. Ainsi agissaient les professeurs en Pologne donnant rendez vous à la jeunesse d’un café à l’autre, a cinq, à dix, à vingt étudiants.
Oui !  Il faut encourager la création des écoles hors contrat, en banlieue comme dans les zones rurales. Les écoles libre ont renoncé à leur caractère propre et ne marquent leur différence que par le fait qu’elles soient payantes…  
Il faut encourager les économies de proximité, relancer toute une jeunesse à l’artisanat seul lieu fort d’apprentissage du vrai labeur qui anoblit l’homme, les effectifs fondent dangereusement ; il faut surtout instruire, instruire et encore instruire. Il faut fédérer tous ces mouvements, encourager les jeunes élites à abandonner la City ou Wall street pour mettre leur intelligence et leur volonté à former la jeunesse, à fonder dans les provinces des entreprises pour fixer les populations, à enseigner. Refaire des communautés.
Il faut faire aimer l’histoire de notre patrie dès l’enfance par des contes, l’épopée des grands acteurs de notre nation, redonner la fierté d’être français en raison de l’extraordinaire roman national fondé sur une générosité héroïque et un génie non seulement littéraire, artistique mais scientifique.
Sans réaliser le prodige qu’est le Puy du Fou pour la formation de l’âme de notre peuple, il faut s’en inspirer, décliner à notre humble niveau le spectacle qui restaure la mémoire de ce que nous sommes. A Ars un splendide spectacle a bouleversé l’âme des Dombes qui découvrait le rayonnement inouï de ce si modeste curé.  
Il faut offrir aux jeunes générations ce que leurs anciens leur ont refusé, un amour concret, fondé et argumenté de leur culture. Comme en quelques années l’école publique et obligatoire a arraché avec une violence inouïe les enfants à l’influence de l’Eglise après des siècles  de service des pauvres nous allons offrir avec les moyens de l’Evangile -c’est-à-dire pauvres-  la vie aux enfants sans espoir.
Certains osent penser des hôpitaux de campagne avec des moyens simples sur l’exemple de ce qui se fait dans l’urgence en Asie ou en Afrique. Certains jeunes repeuplent des villages en ressuscitant une organisation sociale fondée à l’abri d’un clocher qui donne le rythme de vie. Etc. etc.
Je suis le chemin la Vérité et la Vie rappelle combien la Vérité et la Vie sont inséparables, raison pour laquelle les forces obscures se sont attaquées à relativiser la première et la sacralité de la seconde.
A Fatima, la Vierge a promis : "Ayez confiance, j’ai vaincu le Monde" (Matthieu 28-20). Je voudrais jusqu’à mon dernier souffle rendre l’Espérance à ce peuple qui souffre.

6 juin 2017
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Les pieds d’argile du colosse
 
Il pourrait être désespérant de constater dans toutes les campagnes électorales combien le seul sujet est de prendre le pouvoir, de vanter les réformes qui changeront tout et qui ne changent rien, de combattre les dérives qui réapparaissent à chaque nouvelle livraison de personnel politique. D’où nous vient donc cette ridiculisation de la politique qui n’est plus qu’un jeu dont il est écrit d’avance que le peuple est perdant et l’oligarchie gagnante ?
Certes le principe imbécile d’ "un homme, une voix" sans aucune vérification de la liberté du votant, ni de sa compréhension de la question posée, ni de l’intérêt qu’il y porte, donne le pouvoir aux médias et aux fabricants d’argent qui se font eux, de ce pouvoir, une vie facile et déconnectée de la vie réelle du peuple.
Certes l’autre principe imbécile de prendre la partie pour le tout et l’instruction pour l’éducation, donne des générations de têtes apparemment bien pleines mais tellement mal faites qu’elles savent seulement se coucher, se révolter ou fuir, en tous cas se réfugier dans la négation du groupe dont elles ont pourtant un besoin vital.
Mais la base de notre désastre intellectuel, et la source qui rend malheureusement actifs ces deux principes destructeurs, est cette nouvelle religion totalement majoritaire qui croit que la richesse est quantifiable et que l’on peut s’enrichir sans appauvrir quelqu’un d’autre. Cela donne un clivage agressif très surprenant entre deux erreurs qui s’accusent mutuellement, l’erreur de trouver normal de s’enrichir et l’erreur de trouver anormal de ne pas en profiter soi-même.
Elle est très commode cette religion. Elle permet de faire croire qu’il est normal en travaillant normalement, en jouissant tout aussi normalement des plaisirs de la vie, de laisser à ses enfants plus que ce que l’on a reçu de ses parents, en étant tous libres, égaux et fraternels. C’est ce qu’on nommera plus tard l’Attaligate dont le chemin est balisé, nous serine ce monsieur avec talent, par la démocratie, les marchés et l’initiative personnelle. Mais comme pour les marchés, l’homme n’est rien alors que pour la démocratie, il est tout, le conseil pontifiant d’Attali se résume en "Débrouille-toi entre moins l’infini et plus l’infini".

Cette religion remplace progressivement dans tout l’Occident le christianisme qui se réduit dramatiquement lui-même à une volonté de partage équitable des richesses produites et qui se meurt de son abandon de la gestion de la difficulté humaine primordiale : donner un sens à une vie où normalement l’on travaille et où l’on ne s’enrichit pas.
Nous en arrivons à choisir comme président un homme qui s’est enrichi à millions dans une banque internationale sans même nous demander qui a été appauvri d’autant et où se situe l’honnêteté de l’échange. Le mythe de la création de richesse est tellement inséré dans nos esprits que nous sommes convaincus qu’il a simplement pris une grosse part de la richesse créée. Il serait même dans nos têtes tellement dans le vrai, le bien et le beau, que nous allons lui donner une majorité à l’Assemblée Nationale pour qu’il puisse nous montrer comment faire avant que nous lui montrions nous-mêmes que la roche tarpéienne est proche du Capitole.
Comme toutes les religions, elle a son clergé qui se donne l’impression d’exister en inventant depuis deux siècles tout un salmigondis autour de la monnaie. Ce clergé méprise l’évidence que la monnaie n’est qu’un véhicule pratique de l’énergie humaine pour en faire un générateur divin de richesses avec des formules pseudo mathématiques d’idées qui s’additionneraient à d’autres pour en égaler encore d’autres que personne ne comprend sans oser le dire. Ce clergé de plus en plus nombreux, aussi inutile que coûteux, nous refait le coup du conte d’Andersen Les habits neufs de l’empereur où il a fallu qu’un enfant dise que le roi était nu puisque tout le monde faisait semblant d’admirer son costume que parait-il seuls les imbéciles ne pouvaient pas voir. Je suis l’imbécile qui ne voit pas la création de richesse.
Tant que les intellectuels d’Occident continueront à croire que l’on peut créer de la richesse, ils continueront à chercher des solutions miracles dans la manipulation des monnaies avec des techniques dignes des médecins de Molière, dans la manipulation du peuple en le laissant croire à l’eldorado et en l’endormant par médias interposés et dans la manipulation de la jeunesse qui cherche désespérément son avenir avec une énergie qu’elle dépense à attendre. Le mondialisme, la dette et l’immigration continueront à nous dissimuler notre triste réalité et la violence continuera à monter aussi régulièrement que le nombre de commentateurs qui n’auront toujours pas grand-chose à dire mais qui pourront disserter sur l’effondrement du colosse.

Paru sur www.surlasociete.com, 2 juin 2017
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Les Occidentaux, les Sunnites et les Chiites
 
Depuis 1980 et le devoir d’ingérence cher à Bernard Kouchner, les interventions occidentales ont surtout eu des résultats catastrophiques, en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie,… etc. Est-ce une raison pour conforter des monarchies héréditaires comme celles qui régissent la péninsule arabique et s’y comportent comme des dictatures ?
Le 21 mai 2007, le président Trump a cru bon d’assurer une nouvelle fois les monarques du Golfe et les Saoudiens du soutien indéfectible des Etats-Unis, tout en qualifiant l’Iran et les Chiites de suppôts de terrorisme, inclus dans un nouvel axe du Mal. Depuis 1945, les Etats-Unis ont accordé leur protection aux Saoud, la famille régnante d’Arabie, sous réserve d’être des clients prioritaires pour leur pétrole. Cet accord fut-il judicieux ? L’Arabie saoudite a financé et finance la propagation de la version la plus rétrograde de l’Islam, matrice de Daech et du terrorisme islamique. Même Daech utilise les manuels scolaires saoudiens dans ses écoles ! D’une façon générale, les responsables religieux saoudiens ont donné une légitimité musulmane à des coutumes et traditions locales, dont le patriarcat. Pour les responsables religieux saoudiens, la terre est plate, et c’est le soleil qui tourne autour d’elle… Rappelons que quinze sur dix-neuf des terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2011 étaient des Saoudiens…
 
Les Chiites et l’Iran méritent–ils les condamnations de Trump ? Je constate d’abord que les Chiites admettent une évolution des pratiques religieuses : l’interprétation du Coran incombe aux descendants du Prophète. Les Chiites sont souvent ostracisés et victimes d’attentats montés par des Sunnites, en Irak mais également en Syrie, sans parler de la péninsule arabe. J’observe que l’Iran est une république : il n’y a pas de dirigeant héréditaire et les élections semblent se dérouler régulièrement ; il y eut une exception avec Ahmadinejab. C’est rare dans le monde musulman. On peut regretter que le grand Moyen-Orient démocratique souhaité par le président Bush ait eu si peu de succès parmi les Sunnites et que les successeurs du président Bush aient préféré se fixer d’autres objectifs.… L’Iran a signé un traité sur les recherches nucléaires et il le respecte. Si lors de certains conflits, l’Iran a recouru au terrorisme, il était toujours ciblé, et il n’y a jamais eu de massacre de civils sur un marché. La situation de la femme s’est considérablement améliorée et la majorité des étudiants en Iran sont des étudiantes : elles semblent avoir accès à la quasi totalité des professions.
 
Il faut souhaiter que nos démocraties occidentales ne remettent pas en question les choix stratégiques et politiques tous les quatre ou cinq ans, au gré des élections. Sur notre planète, il faut admettre que les choix géostratégiques et économiques sont limités. Mais les Musulmans ont très mal admis la volonté du président Trump de leur interdire systématiquement l’accès au territoire américain.
Il faudrait une vision politique pour calmer les tensions et les esprits au Proche et au Moyen-Orient. Il faudrait répondre à quelques questions. Quel avenir pour les minorités au Proche et Moyen-Orient, pour les Palestiniens, pour les Kurdes, pour les sunnites irakiens, pour les chiites d’Arabie, pour les Alaouites ? Car rappelons que depuis le XIV° siècle de notre ère, une fatwa (décision religieuse) d’Ibn Taymiyya refuse même le statut de dhimmi aux Alaouites, les considérant comme des apostats,  et les condamne à mort : elle n’a jamais été révoquée.
3 juin 2017
Publié dans De par le monde
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Les leçons à tirer de la tournée de Trump
 
CHRONIQUE - Trois grands principes semblent structurer l'action du président américain: ses actions et ses prises de parole sont continûment encadrées, il ne fait pas de micro-management, et il ajoute une dimension transactionnelle à toutes ses actions diplomatiques.
 
Le 27 mai 2017, à Taormine, Donald Trump achevait sa première grande tournée diplomatique. Quelles leçons tirer de ce voyage de huit jours ayant amené le président des États-Unis au Moyen-Orient puis en Europe ?
Pour tenter de mieux comprendre le fonctionnement de la nouvelle Administration américaine et de mieux discerner les grandes lignes de la politique étrangère de ce président pour le moins atypique, il n'est pas inutile, dans l'analyse, de bien séparer la forme du fond.
 
Sur la forme, trois grands principes semblent désormais structurer l'action de l'exécutif américain.
Premièrement, la personne du président, son action, ses prises de parole, sont continûment encadrées par les "trois adultes". Selon la presse américaine, ce sont les trois personnalités chargées par l'establishment républicain de veiller sur bébé Donald : le secrétaire d'État Tillerson, le secrétaire à la Défense Mattis, le conseiller national pour la sécurité, le général McMaster. Durant le sommet de l'Otan à Bruxelles, Trump a consenti à évoquer la "menace russe". Ce n'est assurément pas ce que lui dictait son instinct, qui ne sent qu'un vrai ennemi pour l'Amérique : l'État islamique. Mais c'est la phrase que voulait de lui l'establishment diplomatico-militaire, afin de rassurer les alliés voisins de la Russie (pays Baltes, Pologne, etc.), et afin de ne pas apparaître comme un féal de Moscou, au moment où les sénateurs démocrates rêvent de le destituer pour ce motif.
 
Deuxième principe, le président ne fait pas de micro-management. Contrairement à son prédécesseur Barack Obama, qui pouvait examiner les plans d'une opération militaire secrète jusqu'à ses moindres détails, Donald Trump délègue très volontiers son pouvoir. Régnant sur le Pentagone, le général Mattis est libre de prendre les initiatives qu'il juge utiles pour la sécurité des États-Unis.
 
Troisième principe, Donald Trump a ajouté une dimension transactionnelle à toutes ses actions diplomatiques : si tu me donnes ceci, je te donnerai cela. Le message du nouveau Jupiter américain a été reçu cinq sur cinq par les alliés européens : rehaussez d'abord vos budgets de défense ; et seulement ensuite je redonnerai vie à l'article 5 de la Charte de l'Otan, qui prévoit assistance militaire immédiate en cas d'agression armée contre l'un de ses membres.
 
Sur le fond, les Américains ont abandonné la doctrine néoconservatrice chère à George W. Bush qui, par rapport à l'impératif de maintien de la paix dans le monde, privilégiait l'exportation de la "démocratie" à l'occidentale, au besoin par la force. À Riyad, Trump a réactivé le pacte de février 1945 entre les États-Unis et l'Arabie saoudite. La dynastie wahhabite n'a pas lésiné pour acheter le renouvellement de sa protection militaire : plus de 300 milliards de dollars de contrats en tous genres. En outre, elle a accepté de créer un centre de lutte contre les mouvements djihadistes et de criminaliser leur financement. Était-il utile que Trump désignât l'Iran chiite comme une des grandes menaces actuelles pour la sécurité de la planète, alors que l'on sait que la totalité des attentats perpétrés au nom de l'islam à travers le vaste monde, le sont aujourd'hui par des sunnites ? En diplomatie, toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire. Mais assener des contre-vérités provoque toujours un dangereux retour de flamme.
 
À Jérusalem, le président américain a rassuré les Israéliens sur la solidité d'une alliance stratégique remontant à Truman. Mais il est allé beaucoup moins loin que lors de sa campagne électorale : pas de transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem - qui aurait posé des problèmes juridiques gigantesques, eu égard aux résolutions de l'ONU votées par les États-Unis. Trump a demandé aux Israéliens de se calmer sur la colonisation en Cisjordanie, parce qu'il conserve le rêve de faire la paix en Palestine sur la base d'une solution à deux États (un juif, un arabe), et qu'il souhaite ménager ses deux autres grands alliés au Moyen-Orient : l'Arabie saoudite et l'Égypte.
 
Lors de la réunion du G7 en Sicile, le président américain a envoyé deux messages à ses partenaires du monde capitaliste libéral. Sur le commerce international, il a renoncé au protectionnisme, préconisant seulement le passage du free trade au fair trade ; il s'est contenté de condamner les "mauvaises pratiques", un euphémisme adressé principalement au dumping chinois. Sur le dossier des migrants, Trump a dit aux Européens : c'est votre problème, réglez-le vous-mêmes, je ne vous aiderai en Libye que pour éliminer l'État islamique.
La France devrait-elle se plaindre du côté un peu brutal de la nouvelle diplomatie américaine ? Non. Il y a là au contraire une brèche dans laquelle la diplomatie française s'engouffre déjà, afin de retrouver son rayonnement d'antan.

Paru dans Le Figaro, 29 mai 2017
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Pas plus de morale mais plus d'utilité
 
Les Français ne réclament pas plus de morale mais plus d'utilité. La soif de moralisation va de pair avec l'appel à la société civile, ou la mort des partis ­politiques et du clivage droite-gauche.
 
Il y a longtemps, François Bayrou avait dit, en refusant le rassemblement de la droite et du centre dans l'UMP : "Quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus rien." François Bayrou devrait se souvenir de cette phrase au moment où, devenu ministre de la Justice, il met au point une loi de moralisation très attendue. Tout le monde est d'accord sur sa nécessité après les ultimes rebondissements de la campagne présidentielle qui ont plombé la candidature de François Fillon. Mais si tout le monde pense la même chose, dirait le François Bayrou d'il y a quinze ans, c'est qu'on ne pense plus rien.
On ne pense plus que cette fameuse moralisation est un puits sans fond, une poire à chagrin, selon l'expression du général de Gaulle, comme le prouvent les récentes affaires Ferrand, et même Sarnez, qui éclaboussent les débuts du quinquennat Macron en dépit d'une justice et de médias soudain bien moins vindicatifs.
On ne pense plus surtout à ce que réclament vraiment les Français. Nous ne sommes pas un peuple de quakers mormons ou de puritains scandinaves. Nous ne faisons pas démissionner un ministre pour l'usage intempestif d'une carte Bleue et nous n'exigeons pas d'un chef de l'Etat qu'il pousse son chariot dans la grande surface du coin.
 
Nous n'avons pas fait la Révolution de 1789 pour l'instauration de la morale, mais pour l'abolition des privilèges. Et lorsque certains se sont mis à parler de vertu, l'ambiance révolutionnaire s'est gâtée. D'ailleurs, on retrouve chez certains journalistes dits d'investigation ou de magistrats purificateurs, les relents mal contenus des anciennes diatribes exterminatrices d'un Marat ou d'un Hébert… On connaît la phrase de Chateaubriand : "L'aristocratie a trois âges successifs : l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités ; sortie du premier, elle dégénère dans le second et s'éteint dans le dernier."
La sentence du vicomte ne vaut pas seulement pour la noblesse à particule. La classe politique est vue comme une aristocratie, tombée depuis belle lurette de l'âge des supériorités pour dégénérer dans l'âge des privilèges, voire celui des pures vanités. Et dans vanité, il y a vain.
 
Les Français ne réclament pas plus de morale mais plus d'utilité. Plus d'efficacité. Ils exigent la suppression des privilèges des politiques car ils estiment que ceux-ci ne les méritent plus au regard de l'état de la France. Ce n'est pas "Tous pourris", mais "Tous je m'enfoutistes" !
La prétendue soif de moralisation va de pair avec l'appel à la société civile, ou la mort des partis politiques et du clivage droite-gauche : l'appel au secours d'un peuple qui se noie et estime que ses élites politiques - et pas seulement elles - ne tentent même pas de le sauver de la noyade. Qu'elles ne s'intéressent plus à lui. Qu'elles se sont débarrassées de lui pour vivre leur vie d'élites désaffiliées et dénationalisées. C'est la fameuse rébellion des élites analysée naguère par l'Américain Christopher Lasch. Un peuple qui décide alors de noyer ses élites rebelles avec lui. Et tant pis si la justice ressemble à de la vengeance. Et la morale à de la vindicte

Paru dans Le Figaro Magazine, 2 juin 2017
Publié dans Du côté des élites
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