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Emmanuel Macron, plébiscité mais fragile
 
L’élection d’Emmanuel Macron (66,10% des voix) a été saluée, dimanche à 20H, par "une salve d’applaudissements" venant de l’Elysée. La précision a été donnée par France 2, lors de sa soirée électorale. Sur le plateau, Ségolène Royal ouvrait le bal, dans un troublant retour en arrière mettant en scène également François Bayrou et quelques autres acteurs du monde ancien. Deux éditorialistes du Monde et de France Inter avaient été chargés par la chaîne publique de commenter d’emblée l’événement et la plate défaite de Marine Le Pen (33,90 %).
Ce lundi, François Hollande a reconnu ressentir "beaucoup d’émotion" à la perspective de donner "la marche à suivre" à son successeur. Il aurait sans doute aimé dire : son hériter.
Bref, le renouvellement, unanimement salué ce lundi, ressemble fort, dans ses premiers pas en tout cas, à une authentique duperie. Voici en effet le retour flamboyant des figures socialistes, des commentateurs de la victorieuse presse de gauche, des journalistes cireurs de pompes, des hagiographes du "nouveau Bonaparte", des gendarmes de la pensée lisse. Voici le retour en force de la bien-pensance, confortée par les soutiens de Barack Obama (Etats-Unis) et Justin Trudeau (Canada), qui ont porté le conformisme intellectuel à son apex.
 
L’élection de Macron, ce casse du siècle dont il faudra un jour connaître les coulisses, est la victoire du progressisme et de ses leçons de morale. Les médias unanimes auront largement contribué à soutenir ce candidat du Bien, en désignant son adversaire comme le Mal incarné. Si la presse veut être à la hauteur de son rôle de contre-pouvoir, elle va devoir cesser de se pelotonner contre lui.
 
Clint Eastwood avait expliqué son soutien à Donald Trump en pestant contre "une génération de mauviettes". "Tout le monde est fatigué par le politiquement correct. On est en plein dans une génération lèches-cul", s’était agacé l’acteur américain avant la victoire de Trump. Il faut croire qu’une partie des citoyens français ne ressent pas cette exaspération devant l’angélisme et le béni-oui-ouisme que supporte le pays depuis des décennies. Apparemment, cette France-là en redemanderait même. Mais l’écueil pour Macron serait de poursuivre dans ce faux confort qui, au prétexte légitime de "renouer avec l’optimisme", en viendrait à fermer encore plus les œillères sur les réalités en se chatouillant sous les bras.
La France en colère n’est pas prête à chantonner : "Tout va très bien, Madame la marquise … " derrière la macromania qui se profile, avec sa cour, son show-biz, ses flatteurs. Seuls 40% des 20,4 millions d’électeurs de Macron ont voté pour son projet libéral, multiculturel, européen, mondialiste. 60 % ont voté Macron pour faire obstacle à Le Pen, qui a néanmoins encore accru ses soutiens (10,5 millions).
17 millions de Français ont choisi de voter blanc ou nul (4 millions) ou de s’abstenir (13 millions) en dépit des mises en garde des faux résistants à un "fascisme" inexistant. La France en colère pèse plus lourd que le noyau de l’électorat Macron, qui représente en fait un quart des votants. Si Macron se montre incapable d’entendre très vite ces Oubliés, il est à craindre qu’ils ne respectent longtemps ce tour de passe-passe démocratique, qui a fait se réjouir l’Elysée, hier soir à 20h.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 8 mai 2017
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En marche… mais vers quoi ?
 
L’élection d’Emmanuel Macron a l’apparence d’un "miracle républicain". Le système politique français est depuis longtemps accusé de sclérose et d’incapacité à se renouveler. En 2016-2017, l’électorat a donné un fulgurant coup de balai dans la fourmilière et l’homme qui entre à l’Élysée est à 39 ans le plus jeune président de l’histoire. La vie politique française se trouvait empêtrée dans le vieux clivage droite/gauche. Soudain, cet archaïsme semble voler en éclats. Sa victoire ébranle un système de partis discrédité, annonçant peut-être une recomposition du jeu politique. Elle écarte les solutions démagogiques. Son exploit apporte un air de fraîcheur à la vie publique. L’histoire n’offre aucun exemple équivalent de l’ascension fulgurante d’un inconnu qui bouscule les chasses gardées et les rentes de situation, à l’exception de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République le 10 décembre 1848 à 40 ans.
 
Miracle français ou étrange illusion ? Aujourd’hui, les interrogations l’emportent sur les certitudes. Que sait-on de M. Macron ? Sa percée médiatique fut le résultat de déclarations tonitruantes qui rompaient avec les dogmes de son camp (35 heures). Inclassable, il donne des gages à la droite comme à la gauche. Mais comment sortira-t-il du flou sans provoquer de vifs mécontentements ? Adulé des médias, merveilleux communicant, sans aucun doute, mais cette qualité ne préjuge en rien, chez un homme peu expérimenté, de sa capacité à s’élever au rang d’homme d’État, de décideur et de visionnaire. De quel renouveau parle-t-on ? Au-delà du visage neuf qu’il apporte, son accession au pouvoir est-elle réellement synonyme de renouvellement de la classe politique, de son état d’esprit ? Ses soutiens affichés n’incarnent pas un franc rajeunissement… Comment échappera-t-il au soupçon d’un recyclage des notables du parti socialiste ?
 
Macron affiche ses convictions libérales sur le plan économique. Mais en revanche, ses intentions sur les sujets de société qui préoccupent les Français – éducation, sécurité, autorité de l’État, maîtrise des frontières – demeurent mystérieuses. Dans son positionnement atypique, ni droite/ni gauche, quelle est la part de l’authenticité et celle de la posture ? Et que dire de son mouvement, "En marche" cette étrange coalition centrale aux contours et ligne indéfinis qui renvoie au souvenir des Radicaux sous la IIIe République ? "En marche", oui, mais vers quoi ?
L’autre inconnue majeure tient aux sentiments profonds des Français envers leur nouveau président. La jubilation médiatique qui accompagne cette élection est-elle le reflet d’un phénomène d’adhésion dans les profondeurs du pays? Rien de moins sûr. La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du "Fillongate", puis face à un adversaire "repoussoir", dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de "choisir" ? Tandis que la France "d’en haut" célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir ?
 
Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style "jeunesse dorée", son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la "France d’en haut", médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains.
 
Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence ? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec "En marche", une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel « hyperprésident » censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de "l’hyperprésidence" qui mène tout droit au statut de « coupable idéal » des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958.

maximetandonnet.wordpress.com, paru sur Figaro Vox le 7 mai 2017
Publié dans En France
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Aude de Kerros invitée à la Biennale de Venise 2017
 
Depuis 1893, Venise accueille, tous les deux ans, des délégations de tous les Etats du monde qui désirent exposer leurs artistes afin de les faire connaître au-delà de leurs frontières. La Biennale de Venise ouvre ses jardins et palais cette semaine pour la cinquante septième fois.
 
- Question de Jean Claude Santier à Aude de Kerros : Vous avez été invitée, le 10 Mai à 18h, jour de l'inauguration de la 57ème Biennale de Venise, par Chiara Donà dalle Rose, à évoquer vos analyses sur l'Art contemporain et son histoire dans son Palais, siège de sa fondation Bias & Wish. Peut-on exprimer publiquement un point de vue, à la fois cultivé et critique, sur l'Art contemporain à la Biennale de Venise ?
- Réponse d'Aude de Kerros : Cela semble étonnant, mais pas tant que cela... la Biennale de Venise n'est pas une place de marché, ce qui est exceptionnel aujourd'hui. Les enjeux sont très différents. Ce sont Etats et Fondations qui présentent les artistes et non pas les marchands. Il n'est pas nécessaire d'être un artiste "bancable" pour y figurer, c'est un autre choix, un autre point de vue sur l'art d'aujourd'hui. C'est tout l'intérêt. On vient à Venise pour prendre la température artistique du monde, pour avoir aussi une perspective historique.
 
De quoi allez-vous nous parler ?
Je suis invitée à parler de mon livre L'imposture de l'art contemporain - une utopie financière (Editions Eyrolles) dont les médias ont surtout retenu l'analyse du marché et des mécanismes actuels de la formation de la valeur. Les aspects géopolitiques ont été moins relevés, et c'est cela que j'aimerais mettre en valeur dans cette conférence. Ils sont déterminants. Venise est le bon lieu pour ce décryptage. Il peut donner au promeneur un sens à son parcours d'un pavillon à l'autre. Le monde change très vite en ce moment, de multiples événements sont révélateurs d'une grande métamorphose que j'observe avec attention et qui ne semble pas toujours évaluée et comprise.
 
Pourriez-vous nous donner quelques pistes ?
DansL'Art caché et L’imposture de l’Art contemporain je décris l’évolution, de décennie en décennie, de la pratique de "l’Art contemporain", exact inverse de la pratique de "l’Art". C'est grâce au hold-up sémantique pratiqué sur le contenu du mot "Art" que l'Amérique a pu organiser la construction artificielle de la valeur de l'art. En maîtrisant les mécanismes de la consécration par le marché, elle a pu aussi détourner l'aura et le pouvoir symbolique de l'Art.
Des années 60 à la chute de l'empire soviétique, "l'Art contemporain", d'essence strictement conceptuelle, est avant tout une machine de guerre culturelle ayant pour but de délégitimer l'Europe. Elle y réussit dès les années 70, moment où s'organisent les Foires internationales, où "l'Art contemporain conceptuel" est seul sélectionné, sorti de tout contexte territorial, consacré financièrement selon les critères exclusifs de New York. Il devient au cours des années 80 un produit hautement spéculatif. C'est au cours de ces années qu'a lieu une alliance historique entre les puissances d'argent, les intellectuels et les artistes.
Les années 90 ont vu l'effondrement du système soviétique, le premier krach boursier mondial et la fin d'un monde bipolaire, L'Amérique devient hégémonique, "l'Art contemporain" est reprogrammé et devient le support symbolique du multiculturalisme offensif, sous la forme d'un produit financier sécurisé, permettant de créer une plateforme de vie sociale trans frontières.
 
Les années 2000 verront un marché de "l'Art contemporain" réorganisé. Foires et salles des ventes deviennent les plateformes d'une vie sociale réunissant les très grandes fortunes du monde entier, lieux de rencontres et de sociabilité où s'échangent produits financiers et monétaires en cercle fermé, toutes pratiques adaptées à la globalisation sous hégémonie américaine. Cet "Art contemporain" règnera sans contradicteurs jusqu'au seuil des années dix.
 
Qu'en est-il aujourd'hui ?
A la suite du krach financier de 2008, le climat change : révolutions technologiques, tempêtes financières, religieuses et culturelles, évolution géopolitique vers la pluri-polarité rendent moins assurée la domination d’un demi-siècle de cet art officiel planétaire. C'est la fin d'un unique soft power. Un certain nombre d'Etats ont la volonté d'en avoir un, "non aligné", si l'on peut s'exprimer ainsi. L'on assiste a de multiples initiatives qui nous font quitter les rivages de l'art officiel "total-global", ses répétitions obsessionnelles et demi-séculaires. Cette nouvelle donne mérite examen, chaque jour apporte des éléments nouveaux.
La Biennale de Venise est une des scènes où se joue le softpower attaché à l’Art contemporain. On y voit en se promenant les grandes tendances de la géopolitique de l’art… quelques faits, quelques clefs permettent de mieux comprendre.
 
 "Scène Géopolitique de l’Art contemporain" par Aude de Kerros, Palazzio Donà dalle Rose, le 10 Mai, 18h 30, Cannaregio 50-38, Venise

Paru sur le Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique, Envoyé par l'auteur, 9 mai 2017
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La punition de la France
 
Macron, instrument de la mise en tutelle de la France
"Il faut ignorer l'Allemagne, pardonner à la Russie et punir la France." La déclaration faite en mars 2003 par Condolezza Rice, la conseillère du président Bush pour la sécurité nationale, est la réaction au refus de notre pays de participer à la deuxième guerre du Golfe.
Thomas L. Friedman, le célèbre éditorialiste du New York Times, allait plus loin : pour lui, la France "n'est pas seulement une alliée irritante ou une rivale jalouse. Elle est devenue l'ennemie des Etats-Unis".
 
Delenda est Gallia
Qu’avait donc fait la France ? Avait-elle envoyé des commandos au secours de Saddam Hussein ? Lui aurait-elle livré des armes ? Avait-elle interdit le survol de son territoire aux avions de l’OTAN ? Pas le moins du monde : elle s’était contentée de ne pas participer à la coalition qui a détruit l’Irak en 2003 dans une guerre qui, selon Donald Trump lui-même, fut une erreur. Une erreur fondée sur l’idée que l’Irak avait un programme d’armes de destruction massive, ce qui s‘est avéré faux. Mais l’Empire à son apogée (ou à son déclin ?) est ombrageux : il veut désormais des alliés inconditionnellement alignés.
Qu’a donc été la punition promise par Madame Rice ?
Nous le savons aujourd’hui : empêcher que la France ait des présidents susceptibles de s’écarter de quelque manière que ce soit de l’hégémonie américaine, et qui donc aient quelque personnalité. Bref, priver la France de chefs susceptibles de s’opposer aux États-Unis ou même de faire le moindre écart par rapport à leurs diktats.
C’est ce qui est arrivé à partir du retrait de Chirac.
Sarkozy avait certes quelque caractère mais il était intellectuellement acquis à l’hégémonie américaine. Il a fait voter le traité de Lisbonne, réintégré la France dans le commandement intégré de l’OTAN, s’est engagé dans la guerre de Libye et a participé au déclenchement de la guerre de Syrie.
Hollande a été un allié encore plus docile, voire servile du grand frère américain et de l’ensemble des forces occidentales qui le soutiennent.
La faiblesse de ces personnalités, leur manque de classe, l’alignement veule de la diplomatie française sur celle de l’OTAN, y compris contre nos intérêts les plus évidents même quand cette diplomatie s’est avérée criminelle (soutien aux terroristes), tout cela a conduit à un mépris universel pour la France. Elle ne compte plus et personne ne s’intéresse à ce que disent ses représentants, spécialement le dernier président.
Le discours de Villepin à l’ONU sous Chirac en 2003, avait été le chant du cygne de la diplomatie française, précisément ce qu’il fallait punir (1).
 
Les mécanismes de l’asservissement
Comment en est-on arrivé à pareil résultat ?
Il fallait en tous les cas contourner l’obstacle de l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel voulue expressément par le général de Gaulle pour s’assurer que le président français aurait du caractère.
Quand quelqu’un comme Condolezza Rice parle comme elle l’a fait, c’est qu’elle avait quelques moyens d’agir sur notre pays, autres que le boycott du roquefort. Loin de nous de voir en tout l’effet d’un complot. Il reste que ces néoconservateurs américains dont elle était le porte-parole savaient ce qu’ils disaient en parlant de "punir la France". Par quelles manipulations comptaient-ils le faire ?  Nous n’en aurons pas de sitôt le dernier mot. Wall Street n’intervient pas forcément de manière directe : il subventionne des fondations qui n’ont rien d’autre à faire qu’à suivre la politique des Etats européens et à veiller à leur alignement.
Ils utilisent pour cela des moyens variés. Les demi-habiles, comme disait Pascal, croient que l’influence passe par des pressions économiques : une bonne politique du personnel, planifiée assez en amont, est bien plus efficace (2). Le recours au chantage n’est pas exclu. A tort ou à raison, certains voient dans la docilité d’Angela Merkel l’effet de telles méthodes. C’est pourquoi les plus vulnérables à ces pressions ont plus de chances qu’on les laisse émerger - comme autrefois les Soviétiques avaient favorisé l’élection au secrétariat général des Nations unies de Kurt Waldheim dont ils étaient les seuls à connaitre le passé nazi. Mais l’élection de candidats médiocres résulte aussi de l’élimination de tous ceux qui le sont moins, qui pourraient avoir l’audace de jouer les fortes têtes dans le concert européen ou atlantique.  Beaucoup ne se doutent même pas qu’ils ont été victimes de cette mécanique. 
Il ne faut pas pour autant imaginer une organisation internationale centralisée. C’est de soft power qu’il s’agit : les adhérents à la doxa internationale dans les pays concernés sont suffisamment nombreux et puissants (spécialement dans les médias et en France), pour agir par eux-mêmes.
 
Le cas Macron
La présente élection présidentielle met au jour de manière particulièrement visible, voire caricaturale, ces mécanismes par lesquels on veut "punir la France".
Nombre de Français se désolent de ne retrouver au second tour que Marine Le Pen installée par l’appareil médiatique dans la position du repoussoir et Emmanuel Macron lequel, comme par hasard, apparait comme la figure achevée du leader dont les réseaux transatlantiques rêvent. Il est peu compétent en politique internationale et donc prêt à s’aligner sur l’Allemagne, Bruxelles et surtout l’État profond américain qui a soutenu Hillary Clinton et qui, malgré Donald Trump, promeut un état de guerre larvée contre la Russie et poursuit politique de déstabilisation de la Syrie en s’appuyant sur les djihadistes. Un Macron partisan non seulement de maintenir mais de renforcer l’Europe et de l’euro, partisan de toutes les évolutions libertaires (mariage homosexuel en tête), du libre-échange et du mondialisme avec sa conséquence, l’écrasement des classes moyennes, partisan de l’immigration et donc de l’arasement des classes populaires et de la balkanisation du pays, du reniement de la France (coupable selon lui de crime contre l’humanité et qui n’a pas de culture !). On pourrait continuer : sur aucun sujet, nous disons bien aucun, Macron ne s’écarte du discours dominant dans les forces qui le soutiennent. Pourquoi le candidat préféré des médias colle-t-il d’aussi près à la doxa ? Adhésion spontanée, personnalité immature et flexible apte à prendre les postures que l’on attend de lui ou bien contrainte implacable de ses mentors ? Rappelons que le premier dîner de levée de fonds de Macron a été organisé à Londres par un cadre de Goldman Sachs, or ces gens ne plaisantent pas : ils exigent un alignement à 100 %.
 
C’est précisément ce qu’ils ne trouvaient pas chez Fillon. Malgré la discrétion du candidat  des Républicains et son adhésion à l’essentiel de la doxa : libre-échange, Europe de Bruxelles, euro, programme économique libéral, non remise en cause des "avancées" libertaires, François Fillon voulait, conformément à la tradition gaulliste, faire évoluer la position française l’égard de la Russie. De même que la France de Chirac avait été tenue pour une ennemie de l’Amérique par sa simple abstention dans la guerre d’Irak, la politique de Fillon était jugée inacceptable car non entièrement alignée.
 
La haute banque, avec tout ce qui tourne autour, ne se contente plus d’un pouvoir d’influence sur des hommes que le peuple élirait librement, elle veut désormais prendre le contrôle direct du pouvoir politique. A l’évidence Macron est l’instrument consentant et passif de cette prise de contrôle.
La victoire de Fillon à la primaire des Républicains, contre un Juppé préprogrammé lui aussi, témoignait d’une perte de contrôle momentanée du système. Eliminer par tous les moyens Fillon que cette victoire plaçait sur orbite pour la présidence, tel était le but de l’opération de déstabilisation fondée sur les salaires (parfaitement légaux) versés à son épouse, exécutée par une justice aux ordres et relayée en grand par une presse désormais monolithique. Que l’opération ait été concoctée par Macron, principal bénéficiaire, et ses proches, Hollande et Jouyet en tête, qui peut en douter ?
Cette opération viole, est-il nécessaire de le rappeler, tous les usages de la République par l’ingérence éhontée de la justice dans un processus électoral, sorte de « coup d’état » sans précédent dans l’histoire électorale de notre pays. 
Elle vise à porter à l’Elysée par tous les moyens Emmanuel Macron, punition suprême du peuple français. Le peuple français se laisser a-t-il encore manipuler ? On aurait tort de sous-estimer sa capacité de réagir. 
 
(1) Cela dit sans préjudice de l’évolution ultérieure de Villepin ;
(2) Le film de Polanski, The ghost writer, illustre à merveille cette planification très en amont du personnel politique européen. Les révélations qu’il contient ne sont évidemment pas étrangères aux problèmes judiciaires rencontrés par le réalisateur, à partir de faits vieux de 40 ans. 

roland.hureaux.over-blog.com, paru dans Liberté politique, 5 mai 2017
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Le débat indigne
 
D’après les comptes rendus et les extraits du débat aperçus ce matin, sa nullité dépassait semble-t-il mes pires attentes exprimées dans mon billet d’hier sur le "faux débat" : le pire débat de l’histoire de la Ve République. Même les éditorialistes le reconnaissent ! Mais cela n’a rien d’un hasard et marque le paroxysme de la désintégration de la politique française. Quand il ne reste plus rien, dans le grand chaos mental, de l’esprit civique, de la culture politique, de l’intelligence, du sens de l’honneur, de la moindre des corrections, nous sombrons dans la bataille de chiffonniers. Le débat indigne ne faisait que refléter la médiocrité intrinsèque des deux protagonistes face à face. Tous deux, noyés dans l’agressivité, la haine, les détails, n’ont strictement rien de la stature présidentielle qui implique de la sagesse, de l’expérience, de la hauteur, une vision de l’histoire et de l’Etat.
 
Cette émission de télé-spectacle était le résultat de longues années de conditionnement médiatique. Il n’est pas question à mes yeux de "complot" ourdi sciemment par les hauts responsables médiatiques qui se réuniraient secrètement pour accomplir un projet. Mais le résultat est le même. Un esprit de conformisme, de mimétisme et d’impératif moral qui souffle sur la France d’en haut et pousse le pays, à travers une propagande insidieuse, une pression subliminale, dans une direction unique. Il consiste à imposer à la France, à travers une surreprésentation médiatique, un parti "maudit" du fait de son histoire, de son identité, de son essence même, qui sert ainsi à diaboliser toute idée, toute position dissidente, sur l’Europe, sur l’autorité, sur l’Etat, sur les frontières en absorbant comme un  trou noir toute esquisse de rébellion pour la noircir en la "lepénisant". Et en parallèle, cette même France d’en haut pousse avec une puissance et une efficacité vertigineuse un candidat sorti de presque rien, inexpérimenté, jamais élu, parfaitement transparent et télégénique, incarnation même de la pensée médiatique dominante dans tous les domaines, économie, Europe, migration, frontières…
 
L’affrontement caricatural d’hier soir n’était rien d’autre que le résultat de ces années, décennies de propagande du parti des médias. Il exprime un infini mépris de la France dite d’en haut envers la France dite d’en bas, et l’effondrement démocratique dès lors que ce scrutin, trafiqué de bout en bout, ne laisse strictement aucun doute quant à son résultat. Il est annonciateur du grand chaos qui approche à grand pas. La résistance à ce processus de nature totalitaire passe en un premier temps par le recul, la réflexion collective, le dialogue entre des Français qui ne s’en laissent pas conter et gardent l’esprit critique. Et ils ne sont hélas pas si nombreux…

maximetandonnet.wordpress.com, 4 mai 2017
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Le Système ébranlé
 
La stratégie de la diabolisation, dont abuse l’unanimisme médiatique, est un trompeur confort intellectuel. Il laisse croire que le Système, forcément vertueux, reste exemplaire. En réalité, il est ébranlé par un électorat populaire en rébellion contre les abus élitaires. Beaucoup sont ceux qui ne répondent plus aux sommations moralisatrices. Les militants de La France insoumise, le mouvement de Mélenchon, ont rappelé cette révolte, mardi, en refusant de cautionner les appels paniqués à voter Macron. L’Église aussi a choisi de ne pas prendre parti. Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a dénoncé mercredi un climat "hystérisé". C’est sous de telles menaces qu’il est devenu impossible d’aborder les sujets interdits. Et l’erreur du leader d’En marche ! a été de tomber dans ce piège, qui force à avancer les yeux clos.
C’est ainsi que Macron n’ose dénoncer, dans l’islam colonisateur, le véritable ennemi qui se répand dans les cités. Pressé par Le Pen, il a confirmé son ambiguïté. Laisser croire que l’antisémitisme se serait figé dans les rangs du FN occulte la nouvelle haine antijuive et antifrançaise qui s’étale. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui soutient Macron, avalise cette lecture qui s’appuie pour l’essentiel sur les fantômes de l’histoire. Les Juifs, qui, en France, sont prioritairement pris pour cibles le sont par des islamistes, qui n’ont retenu du Coran que ses impératifs guerriers. Ce sont eux qui tuent aussi les mécréants, y compris des musulmans. Quant aux "antifascistes", issus de l’extrême gauche, ils transforment des policiers en torches vivantes, comme cela s’est produit à Paris le 1er mai, lors d’une manifestation anti-Le Pen. Faudrait-il s’y habituer ?

La société civile en recours
L’insurrection du peuple ne s’éteindra pas dimanche soir. Quel que soit le vainqueur, sa faible assise électorale lui interdira d’en faire à sa guise. Au premier tour, Macron n’a obtenu que 18,9 % des inscrits, et Le Pen moins encore bien sûr. Il est vain de penser présider seul la France en colère. L’alliance des intelligences est plus que jamais nécessaire. C’est pourquoi la société civile doit se tenir prête à pallier les insuffisances d’un monde politique en déclin. Tout reste à inventer.

Paru dans Le Figaro, 5 mai 2017
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Quand Nicolas Dupont-Aignan se fait l’élève de François Mitterrand…
 
Le PS n’est pas le seul mort du premier tour. Les Républicains ne sont pas en meilleur état. Mais cela se voit moins. Le cadavre bouge encore. Il parle, il pérore, même. Il prépare les législatives. Il enjambe la présidentielle. Il revendique une cohabitation. François Baroin se voit déjà Premier ministre. C’était déjà le cas avec Sarkozy, puis Fillon. Mais il n’est pas le seul cette fois-ci. Bruno Le Maire, Xavier Bertrand aussi. Et pourquoi pas Nathalie Kosciusko-Morizet si Macron veut une femme ? Laurence Parisot, l’ancienne patronne du Medef, se pousse bien du col !
Mais tous ceux-là sautent une étape. Celle de la cohabitation et du parti Les Républicains. Leurs ralliements sont individuels. Ils se feraient dans le cadre d’une coalition qui rassemblerait le centre-droit et le centre-gauche. Une sorte d’ouverture à l’envers. Le rêve des élites européistes depuis trente ans !
Et puis, il y a Laurent Wauquiez. Lui ne se voit pas en Premier ministre de Macron mais en chef de parti de l’opposition. Un classique. Comme Chirac avec Mitterrand. Comme Sarkozy avec Hollande. Trop classique. Les partis traditionnels sont morts, car l’immense classe moyenne à laquelle ils s’adressaient (les fameux "deux Français sur trois" de ­Giscard) a disparu. Désintégrés par la mondialisation. Eparpillés façon puzzle.
 
C’est la grande leçon de cette élection que Wauquiez n’a pas voulu tirer. Nicolas Dupont-Aignan l’a fait pour lui. Avant lui. Mieux que lui. En se ralliant à Marine Le Pen, le leader de Debout la France a osé ce qu’aucun leader de droite n’avait osé depuis trente ans. Ni Chirac, ni Séguin, ni Sarkozy. Il a osé ce que Mitterrand avait fait en 1972 en pactisant avec un Parti communiste alors dominant à gauche. L’objectif mitterrandien était double : donner une issue politique à l’électorat populaire enfermé dans le ghetto communiste par l’alliance avec les classes moyennes ; les habituer à voter socialiste pour plumer la volaille communiste. Les deux objectifs ont été remplis et ont permis à Mitterrand d’entrer à l’Elysée en 1981.
En obtenant la mise au frigidaire de la sortie de l’euro, Nicolas Dupont-Aignan a peut-être déclenché la grande transhumance de l’électorat de Fillon vers celui de Marine Le Pen. Le gros des électeurs des Républicains est en effet d’accord avec le Front national sur l’immigration, l’islam et la laïcité. Seules les questions économiques et monétaires le retiennent encore de franchir le Rubicon. Alors, la coupure - lancinante depuis des années - entre une base (de plus en plus) à droite et des chefs (de plus en plus) au centre deviendrait irrémédiable séparation. Et le parti des Républicains serait transformé en groupuscule.
 
Chacun des élus de droite devrait se recaser en fonction de ses convictions et de ses intérêts : les uns rejoignant les socialistes chez Macron ; les autres demandant l’asile politique à Dupont-Aignan. C’est pour cette raison sans doute que les insultes les plus violentes contre ce dernier sont venues de ses anciens amis de droite, les uns le comparant à Laval, les autres à Pétain. Comme s’ils lui en voulaient et s’en voulaient d’avoir fait ce qu’ils n’avaient jamais osé faire.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 mai 2017
Publié dans Du côté des élites
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Tout est à reconstruire. Tout commence
 
Cette élection présidentielle laissera à des millions de Français le sentiment amer d’un rendez-vous manqué ; et cet échec est lourd de conséquences. Alors que notre pays, pourtant riche d’un potentiel exceptionnel, traverse une crise qui touche aujourd’hui toutes les dimensions de notre vie collective, il était plus nécessaire que jamais d’aboutir à un choix clair, assumé, et rendu légitime par un vrai débat de fond. C’est ce cap cohérent qui a tant manqué à la France depuis cinq ans. Pouvions-nous nous offrir le luxe d’un nouveau choix grevé d’ambiguïtés ? C’est pourtant ce qui vient d’arriver. Emmanuel Macron va emporter cette élection présidentielle en ayant essayé jusqu’à un mois avant le vote de ne pas présenter de projet, remplaçant l’exigence démocratique de clarté et de transparence par une stratégie marketing qui disait tout et son contraire à toutes les clientèles possibles : la France est coupable de crimes contre l’humanité, mais en même temps ils ont eu des aspects positifs ; M. Saou est un islamiste radical, mais en même temps c’est quelqu’un de très bien ; il faut promouvoir la culture française, mais en même temps elle n’existe pas ; il faut plus de protection sociale, mais en même temps moins de charges… A quelques jours du premier tour, dans une triste comédie, les partisans de M. Macron scandaient ce "en même temps", devenu symbole des séductions contradictoires par lesquelles ils avaient été attirés, et que notre pays va maintenant payer au prix fort par la colère et la frustration qu’elles ne manqueront pas de susciter à l’inévitable épreuve du réel.
 
A rebours de ces calculs, la droite avait vécu une expérience forte de clarification politique, à travers une primaire dont le débat avait suscité une très large participation. Elle était prête à contribuer à cette élection présidentielle en proposant un projet approfondi, explicite, courageux, et légitimé par des millions de Français. On connaît la suite : il est apparu que François Fillon n’avait pas été fidèle à l’idée qui l’avait fait sortir vainqueur de cette primaire, et il s’en est suivi un emballement médiatique qui a dépassé de très loin le devoir d’information. Dans cette affaire, la première victime n’a pas été la droite, mais la France : il aurait fallu parler d’emploi, d’éducation, de famille, de culture, d’innovation, de fiscalité, de sécurité, de défense… et nous avons finalement débattu pendant deux mois de costumes et d’assistants parlementaires. Aujourd’hui, une campagne défectueuse accouche d’un choix par défaut. Un de plus. Un de trop.
 
Maintenant, la responsabilité qui pèse sur la droite est immense : délivrée des affaires qui pesaient sur son candidat, elle doit porter avec force son projet pour les élections législatives, dont l’enjeu sera décisif. Il faut rassembler une majorité de Français autour de ce projet, face à M. Macron, afin d’éviter que se réalisent les dérives graves sur lesquelles nous n’avons cessé, à raison, de lancer l’alerte tout au long de ces derniers mois. Ne pas reprendre le flambeau, ce serait de toute évidence laisser M. Macron installer le scénario dont il rêve, celui d’un duo pour dix ans avec Marine Le Pen dans le rôle de seule opposante. C’est tout le sens du rouleau compresseur moralisant par lequel ses soutiens exigent que tout responsable public fasse séance tenante allégeance à leur candidat, au motif qu’en dépendrait un second tour qu’ils ont pourtant déjà célébré comme un succès gagné d’avance… Cette stratégie d’intimidation est un scénario bien rôdé ; mais elle constitue un grand risque pour l’avenir de notre débat politique, alors que la peur qu’on nous mime ne se fonde sur aucun élément raisonnable.
 
Car cette élection nous livre un dernier enseignement. Mme Le Pen ne gagnera pas ce second tour : jamais, même à l’issue d’un premier tour aux régionales qui lui était bien plus favorable, elle n’a suscité autour d’elle une majorité ; et ce ne sont pas les contradictions tout aussi inquiétantes de ses lieutenants, qui lançaient lundi matin un appel pathétique aux soutiens de Nuit Debout, qui pourront la réunir. Le Front National apparaît donc pour ce qu’il est : une formidable machine à empêcher le renouveau, et à maintenir en fonction les tenants de la déconstruction. Mme Le Pen avait fait élire François Hollande en 2012, et elle s’apprête à rééditer l’exploit : il aura fallu tout son poids pour réussir aujourd’hui cette incroyable prouesse, que le premier président à avoir été assez impopulaire pour ne même pas oser se représenter soit pourtant remplacé par celui qu’il voit comme son "fils", son double et son héritier.
 
La situation est donc claire : au terme d’une campagne qui n’aurait hélas pas pu lui être plus propice, il est désormais certain que le Front National ne sera jamais qu’une impasse pour les électeurs qui se tournent vers lui. Il les condamne ainsi au désespoir politique. Si nous ne voulons pas que demain toutes les colères de la France ne finissent par déborder avec violence la voie de nos institutions, il nous faut reconstruire une proposition qui puisse parler à tous ceux que les transformations du monde laissent aujourd’hui au bord du chemin. Ce n’est pas l’injonction morale qui nous sortira de ce piège, c’est le travail politique, quand il fera l’humble effort de se remettre au service de tous, et notamment des plus fragiles parmi nous. Nous devons porter le projet d’une société qui saura d’autant mieux aborder les opportunités nouvelles qu’elle aura su reconstruire les permanences qui la fondent – la famille, l’école, une culture ancrée dans la fécondité d’un héritage, un modèle politique solide qui garantit nos libertés – toutes ces stabilités que la société liquide du progressisme naïf continuera de fragiliser, au détriment des plus vulnérables.
M. Macron est le candidat de ce qui marche sans savoir où, nous devons défendre ce qui demeure et qui nous relie – parce que cela seul peut donner à la France une raison de s’engager dans l’avenir avec confiance et liberté. Si nous n’y parvenons pas, notre débat politique sera durablement paralysé, incapable d’offrir un vrai choix démocratique, et la défiance qu’il suscite ne cessera de s’aggraver. Le travail qui nous attend est immense. Tout est à reconstruire. Tout commence.

www.fxbellamy.fr/blog, paru dans Le Figaro, 27 avril 2017
Publié dans A tout un chacun
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Les raisons d’un désastre
 
Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, entre le centre gauche et la droite extrême, quel peut être l’espace imparti à la droite ? Selon notre chroniqueur, ce débat remonte à loin. Faute d’avoir été tranché, il met désormais Les Républicains en péril.
 
On ne saura jamais. On ne saura jamais ce qui se serait passé. On ne saura jamais si François Fillon aurait gagné l’élection présidentielle s’il n’avait pas subi cette forme sournoise de putsch médiatico-judiciaire qu’on a appelé le "Penelopegate". On ne saura jamais si "l’élection imperdable" n’était pas en réalité, dès l’origine, une élection ingagnable. On sait seulement que les sondeurs indiquent (et ils ne se sont nullement trompés cette fois-ci !) que sa chute avait commencé avant. Tout de suite après sa victoire triomphale à la primaire du parti Les Républicains. Dès que furent découverts dans son programme (que peu de gens avaient lu) les projets concernant la Sécurité sociale et la montée en puissance des mutuelles privées.
Une chute brutale, irrémédiable, dont il ne s’est jamais remis. Une chute qui révélait la faiblesse intrinsèque de sa candidature : les classes populaires. Des classes populaires qui ne s’étaient pas déplacées pour le scrutin de la primaire. Une absence qui avait éliminé Nicolas Sarkozy, qui avait cru les y attirer avec du "gros rouge qui tache", selon son expression favorite. Une absence qui n’a aucune importance dans une primaire "bourgeoise", même si elle fait ressembler cette compétition aux anciens scrutins censitaires sous Louis-Philippe.
Mais une absence qui rendait le candidat des Républicains inéligible. Une absence mortelle qui renvoyait la droite à son histoire depuis trente ans.
 
Une histoire que François Fillon connaît par cœur. Il était aux premières loges, même si c’était au second rang. Derrière Philippe Séguin, son mentor. Pas loin de Charles Pasqua, leur allié. Nous étions en 1990. Pour la première fois, le RPR organisait des élections internes. On les prétendait "libres" alors qu’elles furent "arrangées" de bout en bout. Mais là n’est pas l’essentiel. Deux lignes s’opposaient. Séguin et Pasqua menaient la charge contre la direction du mouvement. Alain Juppé, Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy étaient dans leur viseur. Le président Jacques Chirac, adoré par les militants, s’engagea aux côtés du "meilleur d’entre nous". Contre Pasqua et Séguin.
Que disaient ces derniers ? Que l’héritier du mouvement gaulliste était en train d’abandonner l’héritage du Général. Qu’il abandonnait la nation et son indépendance au nom de l’Europe ; qu’il abandonnait le social au nom du libéralisme ; qu’il abandonnait la politique industrielle au nom du libre-échange. Que sa ligne et son électorat étaient en train de s’embourgeoiser. Le RPR n’était plus "le métro à 6 heures du soir" glorifié jadis par le ténor du RPF André Malraux. Le RPR était en train de se transformer en une UDF, l’adversaire giscardien longtemps honni. Le glorieux mouvement gaulliste se soumettait idéologiquement à ses vieux ennemis centristes.
 
Deux ans plus tard, le référendum sur Maastricht installa le clivage interne au RPR au cœur de la vie politique nationale. Avec le second tour Macron-Le Pen, ce clivage de Maastricht a vidé de sa substance son vieux rival droite-gauche !
Alors, Pasqua et Séguin (et Fillon) votèrent non ; Juppé, Balladur, Sarkozy, et Chirac (hué par les cadres du mouvement !) votèrent oui et sauvèrent le référendum voulu par le président Mitterrand.
Tout ce qu’avaient prophétisé Séguin et Pasqua se réalisa : "La droite et la gauche devinrent des détaillants qui se fournissaient au même grossiste : l’Europe." Le RPR devint l’UDF, c’est-à-dire un parti européiste et libéral que les classes populaires avaient déserté. Ce nouveau parti s’appela l’UMP à partir de 2002 ; son premier patron fut Alain Juppé.
 
A force de dire des choses horribles, elles étaient arrivées. L’UMP était un parti de notables centristes, soumis au politiquement correct sur tous les sujets. Sur l’économie, il était libéral sans états d’âme ; sur les sujets de société, et sur l’immigration, il se soumettait à la doxa droit-de-l’hommiste imposée par la gauche.
Tout était bien dans le meilleur des mondes tant qu’on restait sur les plateaux de télévision. Seul Nicolas Sarkozy, inspiré par Patrick Buisson et Henri Guaino, pressentit qu’on ne gagnait pas la présidentielle au centre. Au cours de ses deux campagnes de 2007 et de 2012, il épiça son discours libéral et européiste de thèmes identitaires et sécuritaires (le fameux "gros rouge qui tache") et même sociaux (les non moins fameuses "heures supplémentaires") qui lui gagnèrent l’affection d’une partie de l’électorat populaire. Suffisante pour gagner en 2007, et pour ne pas être humilié en 2012. Entre les deux, son quinquennat avait été une cruelle désillusion.
On ne peut pas dire que François Fillon ne vit pas le danger. On ne peut pas dire qu’il ne tenta pas la même opération. Il parla de lutter contre "le totalitarisme islamique". Il se tint fermement contre le terrorisme. Mais, au contraire de Sarkozy, il n’avait ni la tripe ni le talent. Il était trop pusillanime et se contentait de promettre qu’il lutterait "contre l’immigration clandestine". Valls n’aurait pas dit mieux. Il fit la campagne d’un sous-Raymond Barre, solide et rigoureux mais enfermé dans son économisme et son discours libéral de bon gestionnaire.
 
Contrairement à ce que croit la gauche, l’électorat populaire n’est pas forcément adepte de la dépense budgétaire et du laxisme. C’est cet électorat qui est le plus remonté contre "l’assistanat", convaincu à juste titre que cette manne arrose surtout les immigrés et leur progéniture.
Mais l’électorat populaire veut qu’on sorte de l’économisme. Que les politiques fassent de la politique. Qu’on lui parle de la France, "seul bien des pauvres", comme disait Jaurès. Qu’on lui parle de l’identité nationale et de son destin. Qu’on lui parle de ce peuple dans le peuple qui grossit sur notre sol et se rattache à une autre religion, une autre civilisation, une autre loi, d’autres mœurs.
Il faut se souvenir qu’en 1990, le RPR, dirigé par Alain Juppé (!), promettait la suppression du regroupement familial, du droit du sol, l’immigration zéro et affirmait que l’islam était incompatible avec la République. Alors, le RPR de Jacques Chirac, qui refusait de s’allier au FN, avait eu l’intelligence d’adopter son programme. C’était l’un ou l’autre. Mais, avec l’UMP transformée par Juppé, c’est devenu ni l’un ni l’autre.
 
L’échec était au bout de cette folie politique. Quand le Parti communiste était le premier parti de France, François Mitterrand n’avait pas hésité à allier le (petit) Parti socialiste au mastodonte rouge et à "parler" le langage marxiste. Mitterrand s’était ainsi ouvert les portes de l’électorat populaire et de l’Elysée. Aucun hiérarque de la droite n’a eu l’audace d’un Mitterrand. La droite va en mourir. L’électorat populaire, hormis la parenthèse sarkozyste, est parti au Front national qui, avec Marine Le Pen, parle comme le RPR de jadis. Comme disait Danton, "on ne détruit que ce qu’on remplace". Charles Pasqua avait pourtant prévenu Chirac et Juppé : "Prenez garde que le RPR ne devienne pas un jour le harki du FN." Chirac avait éclaté de rire et avait dit, comme d’habitude : "Sacré Charles, toujours aussi drôle."

Paru dans Le Figaro Magazine, 28 avril 2017
Publié dans Du côté des élites
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Négation de la présidence gaullienne
 
Pendant près d'un siècle, les grands républicains de l'histoire de France ont rejeté catégoriquement l'idée de l'élection du chef de l'État au suffrage universel, Jules Ferry, Gambetta, Waldeck, Clemenceau, Poincaré, etc. Ceux qui ont bâti la démocratie française, ses grands principes fondamentaux, les libertés publiques, l'école laïque et obligatoire, l'État de droit, excluaient cette perspective. À l'époque, le chef de l'État était élu par les deux Chambres réunies au Congrès de Versailles. Ils avaient à l'esprit l'élection désastreuse au suffrage universel de Louis-Napoléon Bonaparte, le 10 décembre 1848, ayant conduit au coup d'État du 2 décembre 1851, à la dictature et à l'Empire, la défaite honteuse de septembre 1870 - dont les conséquences ont été apocalyptiques. Le spectacle des présidentielles en cours donne-t-il raison aux grands républicains de l'histoire ?
 
Quand de Gaulle a créé la Ve République pour restaurer l'autorité de l'État et sortir la France de la guerre d'Algérie, il n'avait pas prévu une élection du président de la République au suffrage universel mais sa désignation par un collège de 80 000 grands électeurs, élus locaux, maires et conseillers généraux. À la suite de l'attentat du petit Clamart en 1962, il a voulu l'élection populaire du président de la République pour conforter l'autorité de ses successeurs. Le Général ne pouvait pas à l'époque, avoir la moindre idée de la médiocrité dans laquelle devaient sombrer, 55 ans plus tard, la vie politique française et le niveau de la huitième génération des candidats à sa succession.
Pour le créateur de la Ve République, l'élection du président de la République était l'expression du lien de confiance entre un homme et la France, chef de la Nation, incarnation de son unité, de l'exemplarité, du prestige, tenant son autorité de l'expérience, d'une vision historique, de la sagesse et sa connaissance du pays, de sa culture, de son histoire.
 
Avec le deuxième tour de ces présidentielles, nous sommes dans la négation même de la présidence gaullienne. Les deux candidats ont peu ou pas d'expérience de l'État. Ils se situent dans une logique de table rase sur leur parcours personnel. Leur image n'est pas rassembleuse mais au contraire caractérisée, briseuse, conflictuelle, porteuse de déchirure. L'un est issu de "la droite nationale", un courant situé aux extrêmes de l'histoire politique, l'autre donne l'image de la "France d'en haut", celle des sièges sociaux, du pouvoir médiatique et des cabinets. Ils ont obtenu leur qualification au premier tour avec des scores ultraminoritaires 16 % du corps électoral pour l'un, 18 % pour l'autre. Aucun phénomène d'adhésion massive en leur faveur ne se produit. Selon plusieurs sondages, une immense majorité de Français, 59 %, déplore un second tour opposant des postures caricaturales où elle ne se sent pas représentée et se voit privée de choix démocratique (Elabe-BFMTV).
 
Le processus électoral a été biaisé par des "primaires" contraire à l'esprit des institutions puis sabordé par un scandale. Dans un contexte d'écroulement de la vie politique et d'une vertigineuse crise de confiance, il procède d'une vaste manipulation médiatique ayant conduit, les radios, les télévisions, la presse, au fil des années, à mettre en avant deux candidats, dont l'un, viscéralement rejeté par les deux tiers du pays, sert de tremplin à l'accession de l'autre, le champion de la "France d'en haut", à l'Élysée. Nous assistons au pire des scénarios : démagogie, hystérie, polémiques, agressivité immature, mégalomanie, inculture, néant du discours et de toute vision, un Grand-Guignol déconnecté du monde réel et roulant à l'abîme. La situation est explosive.
 
Que va-t-il en sortir ? Nous vivons sans doute l'ultime étape du processus de décomposition de l'autorité élyséenne, en cours depuis des décennies. Cette évolution risque d'ouvrir la voie vers une désintégration du pouvoir central dans le chaos et la violence. Une issue favorable à la crise actuelle serait le retour à la démocratie, fondée sur un puissant et respecté Premier ministre, issu d'une nouvelle majorité et responsable devant le Parlement. Encore faut-il que les Français aient conscience de la tragédie en cours et y réagissent en donnant à la France une majorité stable, indépendante de la foire médiatique que sont devenues les élections présidentielles. Rien n'est moins assuré... Une certitude : les élections législatives de juin seront une dernière chance de sortir du bourbier.

Paru sur Figarovox, 28 avril 2017
Publié dans En France
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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