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Berlin ne veut plus obéir à Washington
 
Tout au long de la deuxième moitié du XXe siècle, l’Allemagne occidentale, première puissance industrielle d’Europe, fit le choix stratégique d’obéir à l’Amérique. Elle se réarma dès 1950, quand les États-Unis l’encouragèrent à le faire, dans le cadre de l’Otan. Elle se jeta à corps perdu dans la construction européenne, laquelle avait reçu la bénédiction de Washington.
Par le traité de l’Élysée (janvier 1963), elle établit un partenariat politique avec la France gaullienne, qui avait entrepris de restaurer son indépendance. Mais au moment de la ratification, les parlementaires allemands rajoutèrent un préambule rappelant leur lien privilégié avec l’Amérique, qui avait l’avantage de leur offrir une protection crédible face à la menace soviétique. Quand le général de Gaulle dénonça le "privilège exorbitant du dollar" ou l’aventure militaire américaine au Vietnam, les Allemands ne suivirent pas Paris. Ils n’en pensaient pas moins, mais ils voulurent rester loyaux envers leur grand protecteur.
 
Ce schéma d’une Allemagne qui obéit à l’Amérique n’existe plus. Lors d’une réunion ministérielle de l’Otan, le vendredi 31 mars 2017, le ministre allemand des Affaires étrangères a refusé d’obtempérer à une demande que lui faisait son homologue américain. Rex Tillerson était venu à Bruxelles pour demander à ses alliés européens d’accroître leurs dépenses militaires, afin d’atteindre le ratio de 2 % du PIB, fixé comme un minimum sécuritaire par l’Alliance atlantique. L’Otan se réunira en sommet le 25 mai 2017 et, dans un tweet émis juste après la visite d’Angela Merkel à la Maison-Blanche, le président américain s’était écrié : "L’Allemagne doit beaucoup d’argent à l’Otan et les États-Unis doivent être remboursés pour la protection militaire, efficace, et très chère, qu’ils assurent à l’Allemagne."
Les messages électroniques de Trump manquent parfois d’exactitude juridique : l’Otan n’est pas un club centralisant des dépenses de défense et financé par les cotisations de ses membres ; c’est une organisation faisant travailler ensemble des contingents nationaux, sous intendance nationale, mais sous commandement opérationnel américain. Ce qui est vrai, c’est que l’Allemagne ne dépense pour sa défense que 1,2 % de son PIB, contre 3,7 % pour les États-Unis.
Le ministre allemand a répondu qu’il était irréaliste de penser que l’Allemagne allait du jour au lendemain dépenser 2 % de son PIB pour ses armées. Avec pertinence, et peut-être avec une pointe d’insolence, Sigmar Gabriel a ajouté qu’il n’y "avait pas que les dépenses militaires qui contribuaient à la sécurité du monde, qu’il y avait aussi les dépenses de développement". Dans ce domaine, l’Allemagne, qui y consacre 0,59 % de son PIB, est loin devant l’Amérique (0,17 %).
 
Stratégiquement, c’est au début de ce siècle que l’Allemagne commença à prendre ses distances avec les États-Unis : elle rejeta la doctrine néoconservatrice (qui, par rapport à la paix, privilégie l’exportation de la "démocratie", si besoin par la force) ; elle refusa de participer à l’invasion de l’Irak en 2003 et aux bombardements contre la Libye en 2011.
Économiquement, l’Allemagne déteste le protectionnisme de Donald Trump. Le président américain, qui estime qu’on voit "trop de Mercedes à New York", a signé le 31 mars un Executive Order ordonnant à son Administration une analyse critique de la balance commerciale entre l’Amérique et chacun des pays étrangers commerçant avec elle. L’Allemagne est très largement excédentaire. Mais, farouchement attachée au libre-échangisme, elle n’a aucune intention de changer quoi que ce soit à sa politique exportatrice. Cela énervera-t-il l’exécutif américain ? C’est très possible.
Il s’agit donc désormais pour l’Allemagne d’éviter de devenir la bête noire de M. Trump, surtout au cas où ce dernier parviendrait à faire un deal avec le président chinois.
Jeudi 6 avril, Xi Jinping se rendra en Floride pour s’entretenir avec le président américain. La Chine accuse comme l’Allemagne un fort excédent commercial avec l’Amérique. Mais Pékin peut faire un cadeau stratégique à Washington - la mise au pas de la Corée du Nord ; alors que Berlin n’a rien à offrir. Comme Trump est apparu, depuis le début de son mandat, comme fort avec les faibles et doux avec les forts, il est possible qu’après avoir renié son affection pour Taïwan, il se couche une seconde fois face à Xi et dirige sa hargne vers l’Europe, si faible, si divisée.
C’est là que Berlin a un rôle historique à jouer : faire enfin de l’Union européenne, et surtout de ce qui marche le mieux en son sein - l’eurozone -, un bloc capable de résister à l’hégémonisme financier et judiciaire américain. Mais pour cela encore faudrait-il que les Allemands comprennent qu’aucune zone monétaire ne peut exister durablement sans que les États les plus riches y aident les plus pauvres.
Paru dans Le Figaro, 4 avril 2017
Publié dans De par le monde
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Qu'est-ce qu'un président de la République ?
 
Les éditions Perrin viennent de rééditer en format de poche mon livre sur l'histoire des présidents de la République (2013), actualisé au 31 décembre 2016. C'est l'occasion pour moi de revenir sur la nature de la mission du chef de l'Etat, à travers les âges, et d'essayer d'apporter un éclairage aux électeurs sur les enjeux de fond de l'élection présidentielle d'avril-mai.
 
Le rôle du chef de l'Etat avant 1958 a été beaucoup caricaturé et minimisé. Non, le président français de jadis ne se limitait pas à inaugurer les chrysanthèmes. Le souvenir méprisant qu'on en garde correspond à certaines périodes de crise de la présidence de la République : Grévy, Deschanel, Lebrun lors de la débâcle de 1940.
En réalité, le chef de l'Etat, élu pour sept ans par le Congrès de Versailles, ou les deux chambres réunies, Chambre des Députés sous la IIIe (Assemblée nationale sous la IVe) et Sénat (Conseil de la République sous la IVe), exerçait une fonction essentielle dans le fonctionnement des institutions. Il se tenait au-dessus de la mêlée, ne prenait jamais part aux joutes politiciennes. Mais il exerçait un rôle de sagesse, de souverain impartial, désignait le Premier ministre, présidait le Conseil des ministres. Dans les temps de crise institutionnelle et morale ou internationale, les grands présidents imposaient leur autorité morale comme un repère. Les dirigeants de la classe politique se rendaient à l'Elysée pour l'écouter. Dans les temps de déchirement, son prestige personnel redevenait la référence suprême (Sadi Carnot, Raymond Poincaré dans la Grande Guerre, Alexandre Millerand, Gaston Doumergue, Vincent Auriol, René Coty). Mon livre fourmille d'exemples montrant comment la sagesse présidentielle, au-dessus de la mêlée, a permis de surmonter les déchirements voire de sauvegarder l'unité et l'intégrité de la Nation.
Le chef de l'Etat incarnait ce qui manque à la France aujourd'hui : une vision, une boussole, un repère.
 
En 1958 et 1962, le général de Gaulle a voulu renforcer le rôle du président de la République notamment en prévoyant son élection au suffrage universel. Du fait de son prestige, de son autorité naturelle, de sa légitimité nationale issue de l'appel du 18 juin 1940, le Général pouvait concilier la hauteur de la mission du chef de l'Etat et une présidence active, impliquée dans le gouvernement quotidien de la France. Son implication directe et son rôle dans l'achèvement de la guerre d'Algérie (1958-1962) a forgé une présidence omniprésente.
Mais après son départ en 1969, un bref intermède Pompidou puis VGE, le déclin de l'institution présidentielle n'a cessé de s'amplifier. Les présidents de la République (Mitterrand, Chirac) se sont trouvés écartelés entre leur rôle souverain de représentation de la France à l'international, de sage, garant de l'unité, de la cohésion et de l'avenir à long terme de la Nation, et celui d'élu sur un programme détaillé dont les Français attendent l'accomplissement de promesses.
Le passage du septennat au quinquennat en 2000 a achevé de dénaturer la fonction : élu pour un mandat aligné sur celui de l'Assemblée nationale, le président de la République est devenu de facto un chef de la majorité voire d'un parti politique, se substituant au Premier ministre dans le gouvernement quotidien de la France.
 
Surmédiatisé, devenu l'incarnation à lui tout seul du pouvoir politique, tenu pour responsable de tous les maux de la Nation, emporté et balloté dans la tourmente du quotidien, il en devenait le bouc émissaire naturel et l'otage. La présidence fondée sur le prestige du général de Gaulle tournait ainsi à une présidence infâmante, impuissante, qui n'incarne plus l'avenir de la Nation, mais au contraire ses angoisses, frustrations, déchirements. Son prestige et son autorité, fondements de sa mission, ont laissé la place au mépris populaire. L'élection de 2017 qui s'effondre dans la polémique, le chaos, voire le ridicule, marque l'apothéose de cet anéantissement élyséen.
 
Comment sauver la présidence de la République ? En réhabilitant la mission traditionnelle de hauteur, de sagesse, d'impartialité du président de la République en monarque républicain, au-dessus de la mêlée des passions et la folie de l'actualité, autorité garante des grands principes de la France et de son avenir, la politique du quotidien et le gouvernement du pays au jour le jour incombant au Premier ministre et aux ministres responsables devant le chef de l'Etat et le Parlement. Il manque à la France cette hauteur présidentielle d'un homme visionnaire et sage, un homme d'expérience et de vision à long terme, dans une actualité gagnée par la démence et la perte de tous les repères. Le retour au septennat pourrait être un premier pas vers cette redécouverte de la mission du chef de l'Etat, mais il ne suffirait pas. C'est un changement radical des mentalités et de la culture politique qui est nécessaire et ne se conçoit que sur le long terme. Il passe par la connaissance de l'histoire… D'où l'intérêt de cet ouvrage, me semble-t-il !

Paru sur Figarovox, 30 mars 2017
Publié dans A tout un chacun
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L’agonie de l’Europe a commencé
 
Samedi dernier, l’Union européenne a atteint son soixantième anniversaire. Les 27 Chefs des Etats membres, réunis à Rome pour la circonstance, ont proclamé leur volonté de poursuivre et "approfondir" l’œuvre des Pères fondateurs. Mais le cœur n’y était pas. Les participants avaient sous les yeux les nombreuses fissures qui menacent la solidité de l’édifice communautaire. Trois d’entre elles sont particulièrement préoccupantes. Les difficultés financières de la Grèce hypothèquent l’avenir de la zone euro. L’afflux d’immigrés africains met en péril le principe de libre circulation entre Etats. Le Brexit, enfin, fait s’effondrer l’idée d’une union irréversible. Les serments pompeux des Chefs d’Etat n’ont pas réussi à cacher leur désarroi.
              
Les fidèles de la religion européenne ont tenté de voler à leur secours. Selon eux, les problèmes d’aujourd’hui peuvent être facilement résolus. Ils ont présenté, avant le "sommet" de Rome, une profusion de plans qu’à leur avis, il suffirait d’appliquer pour que l’espérance renaisse. Tous reviennent à élargir les pouvoirs des instances communautaires. Les difficultés de la zone euro ? Les techniciens de la Banque centrale font très bien leur travail ; il n’est que de leur accorder une autorité plus grande. L’immigration ? Qu’on laisse la Commission de Bruxelles fixer les contingents d’Africains et d’Afghans que chacun des Etats sera tenu d’accueillir. Le Brexit ? Si le peuple anglais est assez aveugle pour s’engager dans une impasse, que la Commission – encore elle - lui fasse payer un prix qui servira d’exemple. L’Europe redeviendra alors ce qu’elle doit être : une "entreprise extraordinaire" de réconciliation entre ses peuples et de prospérité partagée.
 
L’optimisme de ces fervents de l’Union a du mal à convaincre nos Chefs d’Etat, qui sentent l’insuffisance des mesures qui leur sont proposées. Le problème grec, par exemple, n’est plus dans la nature des prêts accordés au gouvernement d’Athènes. Il s’est déplacé vers l’effrayant coût humain de l’austérité imposée à la population. 4 enfants sur dix vivent maintenant sous le seuil de pauvreté ; plus de la moitié des habitants est sous alimentée ; le quart au moins des adultes est au chômage ; le taux de suicides a augmenté d’un tiers en deux ans ; bien d’autres statistiques témoignent tristement des ravages sociaux que la monnaie unique a provoqués. Il n’y a plus en Europe de prospérité partagée mais un abîme grandissant entre ceux qui profitent de l’euro et ceux qui en souffrent. Modifier quelques procédures de gestion n’y changera rien. Les Chefs d’Etat ne peuvent plus l’ignorer.
                 
Un aspect  plus pernicieux du malaise européen se cache dans ce qu’on appelle pudiquement à Bruxelles, le "déficit démocratique" de l’Union. Nos véritables dirigeants sont les 27 membres de la Commission. Ils n’ont aucune légitimité populaire et ne la recherchent pas. "Nous ne changeons pas de politique en fonction des élection" proclamait un vice-président de leur collège, il y a dix-huit mois. En théorie, leurs décisions sont contrôlées par le Parlement de Strasbourg. Mais ce dernier n’est qu’une pâle copie de pouvoir législatif. Ses élus représentent des courants d’opinion souvent instables, toujours minoritaires et qui n’ont reçu que des mandats populaires ténus et confus. Le Conseil européen, qui rassemble les Chefs des Etats de l’Union a, lui, une légitimité incontestable. Mais il ne se réunit que 4 jours par an et il est trop divisé pour imposer à la Commission quelque volonté que ce soit.
              
Il y a vingt ans, on pensait que ce déficit démocratique serait compensé par les consultations populaires qui étaient organisées chaque fois qu’un nouveau traité "approfondissait" l’Union. Mais les référendums ont vite fait apparaître le contraire de ce qui était espéré. Les Danois, les Irlandais, les Britanniques, les Français, les Néerlandais,  ont voté "non" à l’intégration européenne. Surpris et dépités, les fidèles de l’espérance supranationale en sont arrivés à la conclusion brutalement exprimée par Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Les verdicts populaires ont été corrigés par des référendums de rattrapage, comme en Irlande, ou contournés par d’autres procédures, comme en France. Pour que l’Europe progresse, les instances de l’Union n’ont pas hésité à piétiner les souverainetés nationales et leurs expressions les sacrées : des votes libres.
            
Ces deux exemples montrent que la mal dont souffre l’Europe ne peut trouver son vrai remède dans des recettes aussi simplistes que la création d’un poste de ministre des finances de la zone euro ou un nouveau fonds de garantie commune. Si l’on va au fond du problème, on aboutit à un constat simple : ce qui est en cause, c’est l’idéologie européenne elle-même. Elle a pour principe central la croyance selon laquelle les identités nationales sont devenues des anachronismes et doivent être dépassées. Dépassées par quoi ? Par une organisation post-identitaire qui se substitue peu à peu à nos vieilles nations et qui repose sur quatre piliers. Ce sont les "quatre libertés" que François Hollande vient de proclamer irréversibles et non-négociables : libertés de circulation des biens, des services, des hommes et des capitaux. Les partisans de l’ordre post-identitaire croient tellement que leur idéologie répond à l’appel de l’Histoire qu’ils tiennent pour secondaires, voire négligeables, les volontés nationales. Elles expriment des identités moribondes. Ils attendent avec ferveur la naissance d’un homme nouveau – le citoyen européen - et une communauté politique nouvelle – l’Union européenne.
             
Leur ambition est-elle réaliste ? En pratique, l’intégration menée au nom des quatre libertés a abouti à la formation d’une oligarchie technocratique et financière qui, comme espéré, s’est détachée des anciennes patries. Les peuples, eux, n’ont pas cette chance. Ils sont menacés par des formes nouvelles d’aliénation qui s’appellent précarisation du travail, appauvrissement et exclusion. Les Grecs en éprouvent douloureusement le poids. Mais la plus répandue, la plus redoutable des aliénations provoquées par l’Europe, c’est la privation d’identité nationale. Amputer l’être humain d’une part essentielle de son identité, qui est l’appartenance à une nation, c’est lui faire violence et s’exposer à de virulents chocs en retour. L’accroissement des pouvoirs abandonnés à Bruxelles a eu pour conséquence inévitable l’audience grandissante des partis dits identitaires comme le Front national en France et l’UKIP en Angleterre. Ailleurs les circonstances ont porté les électeurs vers des identités nationales de substitution comme on le voit en Ecosse, en Catalogne, en Lombardie, voire en Corse. Nos gouvernants, qui croient de leur devoir de faire progresser le projet européen, sont désemparés devant ce contrecoup qu’ils n’avaient pas prévu. Ne sachant comment le parer, ils se répandent en vaines incantations.
               
Le rêve d’une Europe post-identitaire a soulevé les espoirs de la génération devenue adulte en 1968. Il se dissipe à mesure que cette génération quitte la scène et que ses illusions deviennent criantes. Il laisse derrière lui des nœuds de contradictions que la génération montante aura beaucoup de mal à défaire. Les Anglais sont les premiers à s’y essayer, sans doute parce qu’ils sont les plus chatouilleux quant à leur identité et les plus menacés par son déchirement. D’autres peuples suivront. Les Allemands viendront en dernier. L’agonie de l’Europe post-identitaire sera alors terminée.
Publié dans Avec l'Europe
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Des anti-Fillon suicidaires
 
Il est étonnant de voir comment les puissants de ce monde, dotés de moyens supérieurs, d'une stratégie fortement pensée, peuvent s'aveugler sur leurs vrais intérêts.
On se souvient de ce célèbre tableau de Breughel montrant une file d’aveugles marchant ensemble au précipice. C'est ce qu’évoquent les manœuvres par lesquelles l’appareil gouvernemental s’efforce d'assassiner politiquement Fillon, allant jusqu’à une instrumentalisation de la justice sans précédent en période électorale qui nous rapproche des pratiques totalitaires (1). Le but de ces manœuvres est clair : faire élire par tous les moyens Macron à la présidence de la République.
Que les coups soient bien évidemment partis des plus hauts sommets de l’Etat, qui en doute ? On rappelle que les parquets et spécialement le parquet financier créé par Hollande sont aux ordres directs du gouvernement. Et personne n’imagine évidemment que ces manœuvres visant à casser Fillon aient pour but de faire élire Hamon !
Le monde entier suit de près l’élection présidentielle française car son enjeu géopolitique est fondamental : il s'agit de savoir dans quel camp se situera la France le 7 mai prochain. Cela ne signifie pas que les anti-Fillon reçoivent des ordres de l'étranger : la doxa euro atlantiste des élites occidentales est suffisamment homogène pour que ses représentants français, dans les sphères politique ou médiatique, puissent suivre leur ligne propre tout en étant en phase avec celle de leurs mentors internationaux. 
Sachant le désastre du quinquennat Hollande, les caciques de la gauche auraient pu se contenter d'accepter le jeu démocratique normal : le parti au pouvoir ayant échoué, c'est à l'opposition de prendre les rênes. Jusqu'à la prochaine alternance. Fillon ne représente d’ailleurs aucun risque de bouleversement majeur du statu quo : aucune remise en cause du libre-échange, de l’Europe de Bruxelles, ni de l’euro. Son programme de rigueur, si décrié, est au contraire le seul moyen de sauver, à supposer qu'on veuille la sauver, la monnaie unique d’une débâcle générale. Sa prudence sur le plan sociétal ne devrait pas inquiéter.
Mais cela n'a apparemment pas suffi aux tenants de la pensée dominante. Ils veulent désormais un alignement sans réserve. Or Fillon a une faille : il ne considère pas Poutine comme un ennemi. Il n'est nullement question qu'il s'inféode à lui mais le seul fait qu'il ait pris ses distances par rapport à la rage néoconservatrice antirusse suffit à le rendre suspect.
La moralité politique étant en baisse généralisée, les gens de gauche en place n'acceptent pas non plus de perdre leurs places et, avec Fillon, ils seraient obligés de les céder à d'autres. Avec Macron, qui a été pendant tout le quinquennat un des plus proches collaborateurs de Hollande et qui demeure fondamentalement un des leurs, ils les garderaient.
 
Un jeu très risqué
Pourtant ces gens qui veulent tout gagner risquent de tout perdre.
Au début de l’année, personne ne doutait que François Fillon l'emporte largement, il était clair en tous les cas qu'il était le seul à battre facilement Marine Le Pen au second tour. Ceux qui ont voulu le déstabiliser s'imaginent qu'il en irait de même avec Macron, voire Hamon. Quelle grave erreur !
Nous n’hésitons pas à dire qu'en déstabilisant François Fillon, ils ont pris le risque de mettre au second tour un candidat qui peut être battu par Marine Le Pen. Certes les sondages donnent aujourd'hui à Macron une certaine avance sur Fillon au premier tour et une victoire large sur Marine Le Pen au second. Mais s'y fier serait ignorer un certain nombre de données fondamentales qui rendent cette prévision aléatoire.
Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il ne s'agira pas d’un concours de diplômes ou de compétence ni de beauté, pas même de programmes, au sens technique. Ce sera un concours de légitimité et il se jouera dans un face à face qui sera une épreuve de vérité. L'affrontement, qui aurait été amorti avec Fillon, compte tenu de ses positions moyennes, sera d'une violence inouïe.
On ne saurait en effet imaginer deux candidats plus antithétiques :  
Marine Le Pen ne veut plus d'Europe (celle de Bruxelles). Macron veut en rajouter une couche.
Marine Le Pen veut arrêter l'immigration. Macron qui vient de féliciter Merkel sur ce chapitre (ce que n'a jamais fait Hollande), lui ouvre les bras.
Deux sujets existentiels sur lesquels, comme sur d’autres, au moins 60 % des Français sont aujourd’hui du côté de Marine Le Pen.
Comment réussir ce concours de légitimité quand on accuse la France de crime contre l'humanité, qu’on nie l'existence d'une culture française ou qu'on fait un discours en anglais à Berlin ? Comment prétendre être le chef d'un peuple en le mettant en accusation au banc de l'histoire ou en crachant sur ses totems ? Macron qui aime tant l'anglais n'a visiblement pas compris ce que veut dire leadership. Il est vrai qu'on ne l'apprend pas à l'Inspection des finances. Dans ce concours, tout ce que la campagne virevoltante de Macron s’évertue à cacher viendra au jour. Il n'est pas certain qu’il gagne alors la partie.
 
Le sociologue Marc Abélès (2) a mis en relief le concept d’éligibilité. Une donnée complexe de nature anthropologique qui sous-tend la mécanique électorale. Il est douteux qu'avec ses prises de position sur l'histoire et la culture françaises, Macron soit vraiment "éligible". D'autant que les meilleurs experts pensent que la question identitaire sera décisive dans cette élection (3).
A côté de la légitimité, il y a l'arithmétique électorale. Même si la gauche n'aime pas Fillon, personne ne l’y déteste assez pour ne pas voter pour lui au second tour dès lors qu'il s'agira de "faire barrage au Front national" : il n'aurait ainsi pas de mal à faire le plein des voix de Dupont-Aignan à Mélenchon.
Ce n'est pas si certain pour Macron : une partie des Républicains excédés par les coups portés à leur candidat - et qui commencent à comprendre d'où ils viennent -, sanctionnera Macron en votant au second tour pour la candidate du Front national. Quant à la gauche de la gauche, ceux qui auront voté Mélenchon ou Poutou, comment imaginer qu'ils voteront pour un candidat issu de la banque Rothschild, figure accomplie du "social-traître". Au mieux ils s'abstiendront.
Ajoutons qu'après le Brexit et l'élection de Trump, Macron est tout sauf dans le sens d’histoire.
 
Ceux qui ont fait le calcul qu’en déstabilisant Fillon, ils auront Macron apportent la preuve de leur aveuglement sur les véritables dynamiques de l'opinion. Macron reste le candidat des élites mondialisées, "hors sol », vivant dans un cocon qui les rend étrangères à un peuple toujours suspect de "populisme". Leurs erreurs d’appréciation dans les votes anglais et américain déjà signalés, plus celle, en France, du référendum de 2005, ne leur suffisent pas. Au demeurant, quel mépris du peuple d'imaginer que par le matraquage médiatique, beaucoup d'argent, une communication très professionnelle destinée compenser le vide du propos (car jusqu' ici Macron n'ose pas dit ce qu’il est vraiment) et des prestations scéniques de saltimbanque inspiré, on puisse faire avaliser par le peuple français des options qui, jusqu'à la caricature, résument tout ce qu'ils rejettent.
Les réseaux nationaux ou internationaux qui ont voulu déstabiliser Fillon parce qu’ils ne le trouvaient pas assez à leur goût pourraient bien, à ce jeu, avoir Marine le Pen. Ce n'est sûrement pas le résultat qu'ils recherchaient.
 
(1) Rappelons qu'en 1965, le général de Gaulle avait refusé de réactiver la procédure engagée à l'encontre de François Mitterrand qui était toujours en examen pour outrage à magistrat, soupçonné d’avoir organisé un faux attentat contre lui-même. Autre temps, autres mœurs.
(2) Marc Abélès, Jours tranquilles en 89, ethnologie politique d'un département français, Paris, Éditions Odile Jacob, 1988.
(3) Article de Jérôme Sainte-Marie, Le Figaro, 22 février 2017
Publié dans Du côté des élites
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Pourquoi personne n’arrive à contenir la hausse des dépenses publiques
 
Depuis trente ans, inlassablement, les think tanks libéraux qui occupent le devant de la scène française et tentent d’alimenter les programmes des partis plaident pour la baisse des dépenses publiques et ils ont raison :  ce devrait être là une priorité nationale. Ces dépenses publiques sont passées de 38, 5 % du PIB en 1970 à 57,7 % en 2015. Elles continuent à s’élever.
Même si la gauche est plus responsable que la droite à cet égard, celle-ci n'a nullement profité de ses passages au pouvoir pour renverser la tendance, au contraire. Il est même frappant de voir combien les analyses et les propositions des libéraux restent lettre morte. 
On impute cette hausse permanente à différents facteurs : la démagogie, l’incompétence des politiques qui laissent souvent filer les budgets sans y prendre garde ou n'y attachent pas d’importance. Mais beaucoup de nouvelles dépenses sont engagées sans que personne ne les demande !
Même si ces explications ont une part de vérité, les raisons de la hausse des dépenses publiques sont plus profondes.
 
Le rôle de l'idéologie
Elles tiennent, pensons-nous, à l’investissement des politiques publiques par l'idéologie.
Ce terme d’idéologie a de nombreuses significations. Nous en retiendrons une : des politiques publiques inspirées par des idées simples, généralement fausses parce que trop simples, fondées sur des clichés qui circulent dans les milieux dirigeants (presse comprise) ou ce
’analyser de près certaines réalités de terrainrtaines administrations et non sur une analyse fine des réalités.
Ce refus d avant de décider existe dans tous les pays, mais il est particulièrement répandu en France où la suffisance des décideurs parisiens (et parfois provinciaux) semble les dispenser de s'abaisser à regarder les choses de près ; méprisant les acteurs de terrain, ils les soupçonnent a priori d'être prisonniers de partis pris démagogiques.  A l'origine de ces attitudes se conjuguent curieusement nos deux grands héritages, celui de l’Ancien régime : une société de cour arrogante et de celui de la Révolution française : une propension inégalée à l’abstraction.
 
Il a été admis une fois pour toutes sans examen que 36 000 (1) communes étaient source de gaspillage, alors que c’était exactement le contraire : ces petites communes étaient gérées à l'économie, leur regroupement en ensembles intercommunaux s'est avéré au contraire terriblement dispendieux. Mais les think tanks libéraux continuent de répéter comme des perroquets qu'il faut regrouper les communes, les départements, et le gouvernement vient de procéder, sans nécessité, au regroupement des régions, ce qui entraînera sans nul doute des dépenses publiques supplémentaires. On peut en effet tenir pour une loi économique que plus une entité publique est grosse, plus elle entraîne de frais généraux.
Quand nous parlons d'idéologie, nous ne nous référons pas à un grand système totalitaire tel que celui qui a régné en son temps en Union soviétique (2). Il s'agit d'idéologies sectorielles qui suivent généralement le même modèle simplificateur mais qui ne sont reliées entre elles que de manière lâche. Certaines sont même contradictoires : par exemple, au ministère de la Santé, la tendance est à la fois à fonctionnariser la médecine libérale et à libéraliser le statut des pharmaciens.
 
Des réformes nocives
L'idéologie n'est pas seulement une simplification et donc une falsification du regard porté sur le réel, elle inspire d’innombrables réformes plus nocives les unes que les autres. Pour qui veut comprendre la différence entre une réforme "naturelle" et une réforme idéologique, il suffit d'appliquer la règle suivante : une réforme "naturelle" vise seulement à résoudre les problèmes quand ils se posent, ce qui est déjà assez tant il y en a ; une réforme idéologique vise à résoudre des problèmes qui ne se posent pas, sans résoudre ceux qui se posent vraiment. Simplement, elle veut redresser telle ou telle réalité qui n'entre pas dans les schémas abstraits que les décideurs ont établie en norme. Il en est ainsi de la plupart des normes européennes : ainsi celles qui ont entraîné le sectionnement d’EDF et de la SNCF en plusieurs entités indépendantes sans autre objectif que de se mettre en conformité avec une théorie de la concurrence généralisée à caractère idéologique (au demeurant contestée dans le cas d'espèce par beaucoup d’économistes) et qui a bien plutôt créé les problèmes qu'elle n'en a réglé.
On pourrait ajouter beaucoup d’autres exemples.
En matière de réforme de l'État où sans tenir compte de la spécificité de la sphère publique, on a tenté d'imposer de manière artificielle des méthodes de gestion prétendues issues du privé, l'effet a été de créer du désordre et d’affaiblir la motivation des agents : indicateurs d’efficacité manipulés, primes de résultat arbitraires, gestion des carrières lourde et formaliste, regroupements de services aux cultures éloignées etc. L’éducation nationale, de manière plus ancienne, avait imposé le principe du collège unique : on pensait assurer l'égalité des enfants en imposant le même moule à tous sans tenir compte de leurs aptitudes différenciées, une idée aussi stupide que si on avait dit que pour égaliser une série de nombres, il fallait les multiplier tous par deux ! Souvent, l'idéologie est l’imitation servile de modèles étrangers : ainsi la réforme de la politique agricole commune de 1992, d’inspiration américaine, qui a alourdi le coût des soutiens ou l’imitation du modèle pédagogique allemand (inefficace) par la multiplication d'exercices interdisciplinaires dans l'enseignement secondaire qui brouillent les repères et démoralisent les enseignants.
 
Le bon sens est la chose là moins partagée
Dans cette multiplication de politiques idéologiques, il est rare que les idées de bon sens arrivent à faire leur chemin : on citera la création des Instituts Carnot dans le domaine de la recherche qui ont été instaurés avec succès en 2006, parce que leurs promoteurs avaient pu travailler hors du feu des projecteurs et des stéréotypes du parisianisme. L'extension du domaine de l'idéologie est facilitée par l'obsession de la communication (la com') : des schémas simples sont plus faciles à expliquer aux journalistes ou au grand public ; fusionner tous les services de renseignements civils en un seul semble a priori propre à en améliorer l'efficacité même si le désordre entraîné par cette réforme que rien ne nécessitait (le renseignement intérieur marchait très bien jusque-là), est une des causes de la perte de contact de nos services avec les milieux terroristes à partir de 2010 et, par-là , des attentats de 2015.
 
La dépense publique, variable d'ajustement
Quel rapport entre l'idéologie et la dépense publique ? Il est plus grand que l'on croit. On peut dire que chaque fois qu'une réforme est idéologique et donc mauvaise, la dépense publique constitue la variable d'ajustement.
Cela de différentes manières :
 
- D'abord parce que toutes les réformes créent du stress et entrainent une forte dépense d'énergie, spécialement celles qui touchent à l'administration elle-même : pendant plusieurs années, le service est perturbé, les agents étant mobilisés par le changement interne. Une administration en réforme permanente est une administration qui coûte bien plus cher que celle qui fonctionne normalement sans être chamboulée. D'autant que, généralement imposées de haut, comme c'est l'usage en France -  toujours l'esprit de Cour-, ces réformes sont mal reçues par le personnel qui se démoralise et se démobilise. L'action administrative a besoin de cadres stables ; les déstabiliser en permanence entraîne une perte d'efficacité ; la perte d'efficacité entraîne des besoins de personnel supplémentaires ;  
 
- Ensuite parce que les agents étant naturellement conservateurs (mais qui ne l'est pas ?), les autorités politiques qui souhaitent que la réforme se fasse sans heurts achètent leur consentement par une large distribution de primes ou d'avantages de carrière. Une première tentative de fusionner les services fiscaux et les services du Trésor avait échoué face aux résistances. L'administration ne voulant jamais se déjuger est revenue à la charge quelques années après : une seconde réforme a réussi parce qu'une prime de fusion a été généreusement distribuée à un personnel qui était déjà parmi le mieux payé de la sphère publique. De même, la perspective de fusion (non encore réalisée heureusement) de la police et de la gendarmerie a conduit à aligner les avantages statutaires des uns sur ceux des autres, selon la règle du mieux disant (3). Pour attirer les élus locaux réticents dans les structures intercommunales, la loi Chevènement leur a permis de multiplier les postes de vice-présidents devenus de coûteuses prébendes et d’augmenter les indemnités ;
 
- Enfin la plupart de ces réformes idéologiques étant mal conçues car inadaptées à la réalité concrète, créent des dysfonctionnements divers et généralement coûteux. La mise en place des communautés de communes et d’agglomération a entraîné la création de 200 000 postes de fonctionnaires en plus de ceux qui existaient déjà : sont en cause, outre le principe lui-même de la course à la dimension, les mécanismes financiers du rapprochement intercommunal comme, par exemple, les distributions de dotations incitant à la dépense, ou la complication plus grande des nouvelles procédures. Si l'on n'avait rien réformé du tout - et cette réforme est typiquement idéologique puisque personne ne la demandait et qu'aucun problème grave ne la rendait nécessaire - le coût aurait été encore moindre.
L'instauration des Agences régionales de santé, selon le même principe de "regrouper pour mieux gérer" a entraîné la création d’une couche bureaucratique supplémentaire dans le monde hospitalier ; par ailleurs les chefs de pôles sont venus s’ajouter aux chefs de service. De même l'idée absurde que nos universités étaient trop petites, inspirée par les critères très particuliers du classement de Shanghai, a déterminé la création d'organismes fédérateurs, les PRES, qui ne sont eux aussi qu’une strate supplémentaire ;
 
-  Ajoutons, et c'est le plus grave, que le règne de l’idéologie dans certains secteurs clef de l’appareil d’État français fait tant de dégâts que le seul moyen de les réparer est d'engager de nouvelles dépenses publiques. L'exemple le plus patent est l'éducation nationale qui a vu au cours des quarante dernières années l'application du collège unique, des théories pédagogiques pseudo-scientifiques absurdes, notamment dans l'apprentissage de la lecture, des idées de Bourdieu selon lesquelles, pour rendre l'éducation plus égalitaire, il fallait abaisser les exigences en matière de langue, de tenue, d’obéissance, ce qui a eu pour conséquence un relâchement général de la discipline dans les écoles. Par elles-mêmes ces réformes n'alourdissent pas les coûts mais elles ont pour effet une baisse du niveau que l'on tente de compenser en créant de nouveaux postes pour diminuer sans cesse les effectifs des classes, en instaurant de coûteuses ZEP aux crédits renforcés et en allongeant la scolarité etc. Les libéraux font souvent le procès aux enseignants que leur efficacité est faible, que leurs syndicats "n'en ont jamais assez". Ils proposent un système lui aussi idéologique qui coûtera cher sans résultat : l'évaluation généralisée.

En fait, la raison d’être de ces dysfonctionnements, tient à l’application, et cela dès le niveau le plus élémentaire, des principes faux qu'on a vus. Cette application a été décidée en haut lieu, les enseignants, conscients des inconvénients générés, n'y sont pour rien, sinon qu’ils adhèrent à des syndicats qui ont soutenu ces réformes. On peut dire la même chose de la Justice, autre secteur hautement idéologique : les idées perverses du Syndicat de la magistrature y ont pénétré, répandant à tous les niveaux la culture de l'excuse et se traduisant par une augmentation de la délinquance qui rend nécessaire l'augmentation des effectifs de police et de gendarmerie, la création de nombreux postes d’éducateurs généralement inopérants, sans compter des troubles de l'ordre public coûteux. Parallèlement, les procédures n'ont cessé d'être compliquées au nom d'un droit de l'hommisme échevelé (alors même que les atteintes à la vie privée se multiplient sous l'effet de lois antiterroristes). Si la justice se faisait craindre davantage, il faudrait moins de policiers et de gendarmes !  
On pourrait aussi montrer comment la réforme de la PAC de 1992 a coûté beaucoup plus cher au contribuable tout en démoralisant le monde agricole désormais assimilé à un consommateur de subventions. Cela pour faire droit à la théorie libérale prônée par le GATT qui disqualifiait le soutien des prix.
L'idée que la plupart des augmentations de la dépense publique depuis 1980 sont imputables à des réformes à caractère idéologique, peut être étendue à l’explosion des dépenses d'indemnisation du chômage (y compris toutes les formes d'emploi aidé) qui ne sont pas sans lien avec la préférence bien antérieure à l’euro pour une monnaie forte, qui a, elle aussi, un caractère idéologique et est la cause de l’augmentation du chômage.
 
Le libéralisme érigé en système est aussi une idéologie
Face à ces mécanismes de pensée (ou de non-pensée), qu'on ne voudrait cependant pas généraliser pour ne pas nous exposer nous aussi au soupçon d’idéologie, l’inaptitude des think tanks libéraux àpromouvoir, malgré leur hégémonie intellectuelle, une vraie politique d'économies est frappante. Ils ressassent à chaque échéance électorale des propositions de coupes sombres dans les dépenses sociales dont on ne voit jamais la couleur, des privatisations érigées en système (tantôt opportunes, tantôt pas) alors qu’elles ne concernent que les stocks publics, pas les flux, ou la réforme des statuts des fonctionnaires (qui coûtera très cher elle aussi, n'en doutons pas). Le problème est qu'ils sont eux aussi porteurs d'idéologie, c'est à dire de schémas simplifiés qui semblent les dispenser s'une étude approfondie des réalités. Idéologie nourrie de leur peu d'empathie pour le monde du service public qui n'est pas le meilleur moyen d’en connaître en finesse les mécanismes. Idéologie qui n'est sans doute que le reflet des préjugés sommaires de leurs financeurs (grands groupes) ou de leurs relais (grands médias) qu'ils se doivent de satisfaire en allant dans leur sens. Ils sont à l'origine, directe ou indirecte, de nombreuses réformes qui ont abouti à une augmentation des dépenses publiques : ainsi, l'assimilation abusive du management public au management privé d'où résultent la LOLF de 2001 ou le regroupement des communes, dans laquelle des libéraux peu au fait du fonctionnement réel de l'Etat ont imaginé trouver une source d’économies alors que c’était le contraire. L'évaluation généralisée, presque toujours fallacieuse en dehors du critère du profit, est de la même eau. Le libéralisme transformé en système est lui aussi une idéologie et il n’échappe pas à la loi commune des idéologies qui est d'alourdir la dépense publique.
 
Parmi les raisons qui favorisent l'envahissement de la sphère publique par le mode de pensée idéologique, il y a l'incompétence, les modes internationales, il y a aussi la paresse intellectuelle. Il est plus facile de proposer des réformes qui se traduisent par la déclinaison mécanique de grands principes éloignés du terrain (la loi Macron est, au moins en partie, assez typique à cet égard) que d'analyser en détail comment fonctionnent réellement les services, ou encore de consulter les gens de la base. La paresse va généralement avec l’orgueil, celui de savoir sans s'être informé. Les sept péchés capitaux ne sont certes pas tous impliqués au même degré dans ces dérives, mais il est certain que la France n'est pas près de contenir les dépenses publiques tant que ne sera pas opéré dans le mode de pensée de nos gouvernants ce qu’Ernest Renan appelait une grande réforme intellectuelle et morale.

(1) 36 593 exactement en 2015
(2) Encore que le système communiste ait été fondé, lui aussi, sur quelques idées trop simples : la propriété doit être supprimée, l'Etat doit s'occuper de tout.
(3) De la même veine, est le projet récent de fusionner les écoles de police et de gendarmerie qui témoigne d'une parfaite ignorance des cultures spécifiques de ces institutions et qui, s'il était réalisé, coûterait très cher.
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Emmanuel Macron échappe au dialogue de terrain avec les PME : la déception !
 
Après 5 mois d’attente et de tergiversations, les équipes d’Emmanuel Macron viennent de refuser le débat prévu et promis entre le candidat et les patrons du mouvement ETHIC.
 
Plus de 300 patrons étaient attendus pour cet évènement.
Emmanuel Macron a visiblement souhaité échapper à des questions concrètes, précises, concernant le nouvel environnement économique qu’attendent les entrepreneurs. Tous les candidats à l’élection présidentielle sollicités par ETHIC ont accepté cette rencontre à l’exception de Jean-Luc Mélenchon… et d’Emmanuel Macron.
Les entrepreneurs d’ETHIC (Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance) soupçonnent que le flou des mesures réservées aux entreprises et l’absence de calendrier de leur mise en œuvre soit la cause de ce refus, bien plus que l’emploi du temps évoqué comme prétexte.
Ainsi, la première réforme proposée par Emmanuel Macron en faveur des entreprises serait la réforme du code du travail. "Cette réforme du code du travail tant attendue prendrait au minimum 1 an si l’on est réaliste et aussi optimiste".
Emmanuel Macron en effet, veut, comme pendant le dernier quinquennat renvoyer aux partenaires sociaux la responsabilité de cette réforme ainsi que de nombreuses autres. "Pourquoi donc réussirait-on maintenant avec la même méthode ce qui a échoué pendant 5 ans ? Notre dialogue social en l’état, ne fonctionne pas"
ETHIC se devait de signaler publiquement ce refus en le regrettant. A moins d’un mois du 1er tour de l’élection présidentielle l’indifférence d’Emmanuel Macron prend un sens tout particulier pour les entrepreneurs dont certains sont hésitants sur leur vote.

Communiqué de presse d'ETHIC, 31 mars 2017
 
ETHIC est un Mouvement de réflexion et d’actions patronales regroupant des Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance. Ses missions consistent à promouvoir l’image de l’entreprise tout en prônant les valeurs éthiques, la place centrale de l’homme au cœur du système économique et la liberté d’entreprendre. Dans toutes ses réflexions et à travers ses actions en faveur d’une meilleure pédagogie de l’entreprise, le Mouvement se positionne comme l’instigateur d’une nouvelle éthique du capitalisme, correspondant aux problématiques d’aujourd’hui
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La question de la semaine : Comment et pourquoi faire disparaître deux millions d’euros
 
La maigre "gens" journalistique plutôt de droite s’excite beaucoup parce qu’apparemment environ 2 millions d’euro manqueraient dans la déclaration de patrimoine de monsieur Macron.
De fait, il semble qu’il ait gagné un peu plus de trois millions d’euro lors de son passage chez Rothschild et qu’il ne reste plus trace de cet argent dans ses déclarations de patrimoine les plus récentes que tout un chacun peut trouver sur le net, sauf sur le site officiel dont elle a été retirée tout récemment (sans aucun doute pour d’excellentes raisons).
 
Admettons que notre génie ait payé des impôts comme tout un chacun, on peut penser qu’il aurait dû lui en rester environ 1,8 millions sur les plus de 3 millions qu’il avait touché, que j’arrondis allègrement à 2 millions parce que j’aime bien les chiffres ronds.
Logiquement donc le patrimoine de monsieur Macron devrait avoisiner les 2 millions d’euro. Or il était annoncé dans la déclaration qui a disparu beaucoup, beaucoup moins puisque l’on en était à environ 200 000 euros de patrimoine net.
Et tout le monde, sauf bien entendu la presse officielle et le parquet financier, de vociférer qu’il faut diligenter une enquête toutes affaires cessantes pour avoir des explications sur cette disparition.
Voilà qui me semble une bonne idée, et dans le but d’aider dans leurs investigations les nombreux juges qui ne vont pas manquer de s’intéresser à cette affaire, car je continue à faire confiance à la justice de mon pays (c’est une blague…), je vais essayer d’expliquer au lecteur de l’IDL les différentes façons que j’ai croisé dans ma carrière pour faire disparaître de l’argent.
Ayant été dans la finance toute ma vie, j’ai en effet souvent vu des gens qui avaient besoin de faire disparaître de l’argent dont ils auraient eu du mal à expliquer l’origine, mais ce n’est pas le cas sous étude.
Dans ce cas précis, nous avons de l’argent qui a disparu alors qu’en expliquer la provenance était chose très facile. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi monsieur Macron a fait disparaître cet argent et je ne peux pas croire que ce soit pour ne pas payer l’impôt sur la fortune tant cela serait mesquin de la part d’un homme de cette qualité.
Il doit y avoir autre chose.
 
Je me retrouve en fait devant le cas assez inhabituel d’un argent qui avait été gagné tout à fait légitimement et qui a disparu, ce qui pour moi est une nouveauté, mais, comme chacun le sait, les hommes politiques ont des raisons (en général liées à des financements de campagne) que la raison ignore.
Et donc il me faut traiter dans cette petite note du problème de comment faire s’évanouir de l’argent tout simplement, sans me préoccuper au début des raisons pour lesquelles l’heureux possesseur de ces sommes qui l’embarrassent a pour vouloir s’en débarrasser.
 
Première méthode, la plus ancienne : le dépenser.
C’est sans aucun doute la plus fiable. Pour arriver au résultat recherché monsieur Macron aurait dû dépenser à peu près un smic par jour durant la période en question. Voilà qui est faisable, mais qui prend du temps, et comme c’était un homme très occupé, voilà qui me parait peu probable même avec l’aide de sa charmante épouse.
Je l’écarte donc.
 
Deuxième méthode, le donner.
Là, ça devient un peu plus compliqué parce que tous les dons laissent des traces dans notre société parfaitement informatisée. Et cela amène en plus à une autre question : le donner, fort bien, mais à qui ?
Première réponse : à des gens de sa famille ou de son entourage immédiat, ce qui serait bien généreux de la part de cet homme de bien. Mais dans notre société hyper fiscalisée, ce genre de dons, à un frère, une vieille mère voir à son épouse engendre en général des paiements fiscaux dont il ne doit pas être difficile de retrouver la trace. Et comme ces paiements feraient apparaître notre héros sous un jour flatteur, je ne doute pas une seconde que si tel était le cas, nous allons avoir les bordereaux justifiant de tous ces paiements très bientôt.
J’attends donc, mais sans trop d’impatience.
Deuxième réponse possible. Cet argent a été donné à des œuvres de charité organisées pour recevoir ce genre de paiements.
Je songe par exemple à l’Institut Français pour la compensation des victimes de crimes contre l’humanité commis par notre pays au cours des siècles, ou de son pendant, le centre de recherches sur la disparition de la Culture Française. La rumeur court que ces deux célèbres instituts seraient financés par Georges Soros, mais je n’en crois pas un mot.
Hélas, une fois encore, je me retrouve devant le problème de la trace écrite que ces versements laisseraient dans les comptabilités de ces glorieuses institutions, et donc je suis ramené au problème précédent. Nul doute que notre homme ne tire un surplus de gloire si le public apprenait qu’il avait financé de si nobles causes et donc je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas avoir accès à ces informations comme tous les autres citoyens d’ailleurs.
 
Ce qui nous amène à la troisième possibilité pour expliquer la disparition de tout cet argent : l’incompétence crasse de celui qui le détient.
Notre homme aurait fait de très mauvais investissements, ce qui ne serait guère surprenant puisqu’il ne lit certainement pas l’IDL. Mais enfin, faute avouée est à moitié pardonnée et au moins nous aurions une explication logique de l’état désastreux dans lequel se trouve notre économie : notre héros au sourire si doux est tout simplement incompétent dès qu’il s’agit d’investir.
Et là, j’ai un petit problème, car en bourse il y a perte et perte.
Si j’ai acheté de l’Enron en bourse sur les conseils de Goldman-Sachs, si j’ai confié mon épargne à Madoff, j’ai perdu 100 % de mon argent et il n’y a rien à dire.
Mais j’ai aussi vu assez souvent des gens perdre de très grosses sommes à Paris et voir cet argent réapparaître mystérieusement à Singapour ou aux Bahamas. Le coup est simple est tout d’exécution.
Imaginons qu’un escroc apprenne qu’une grande société française (EDF, Areva ?) dans laquelle l’état aurait une participation importante et qui est cotée à la bourse de Paris a fait de très mauvaises affaires et qu’un effondrement de son cours est probable. Malgré ces informations privilégiées désastreuse, il décide d’en acheter massivement. Quand le cours s’écroule, son portefeuille boursier prend une énorme gamelle et notre homme est ruiné - en France. Mais heureusement, notre homme a un ami à Hong-Kong, Singapour ou encore mieux aux USA qui avait pris la décision de vendre à découvert et pour un montant au moins équivalent la même société. Et donc le compte de cet ami monte du montant exact de la perte à Paris… L’argent a disparu en France pour réapparaître, et de façon parfaitement légitime, à l’étranger.
Cette pratique est vieille comme les marchés financiers et les impôts et si par hasard nous venions à découvrir que monsieur Macron a perdu beaucoup d’argent en achetant des sociétés nationalisées et cotées en bourse en France, alors j’aurais comme un doute.
Mais je n’y crois pas trop tant l’homme est habile et tant ce genre d’opérations laisse des traces.
 
Il me reste donc une seule solution pour expliquer la disparition de cet argent. Cet argent est sorti du compte de monsieur Macron non pas pour diminuer ses impôts mais pour financer sa campagne électorale.
Monsieur Macron en fin connaisseur en art qu’il est certainement tant cet homme a toutes les qualités, a acheté à l’un de ses soutiens qui pourrait être par exemple la petite fille d’un très célèbre collectionneur ou un homme d’affaires ayant pris le contrôle d’un grand journal du soir, voir un ancien ministre de la culture ou un patron des media, un tableau pour 1,8 million d’euro.
Cet achat pourrait être assorti d’une clause verbale de rachat à tout moment au prix initial, bien que cela ne soit pas vraiment nécessaire. Et le vendeur se serait bien sûr engagé à utiliser tous ses réseaux pour promouvoir la candidature de notre grand homme.
 
Comme chacun le sait, et grâce à Monsieur Fabius qui voulait protéger son papa, ce qui est parfaitement compréhensible, les œuvres d’art ne sont donc pas soumises à l’impôt sur la fortune ni n’ont à être déclarées dans les situations de patrimoine requises par les autorités fiscales. Il me souvient qu’un ministre de l’intérieur avait utilisé il y a peu une telle technique, non pas pour faire disparaître de l’argent de France, mais pour le faire apparaître. Mais le principe est le même.
Et donc pour moi, les 2 millions d’euro ont dû être transférés au moyen d’une œuvre d’art à une tierce personne qui s’est engagée à financer la campagne de monsieur Macron à due concurrence de cette somme.
J’aimerais donc bien savoir à qui monsieur Macron a acheté un tableau ou une statue.
Cela m’en dirait beaucoup sur qui est vraiment derrière lui.

Paru sur institutdeslibertes.org, 20 mars 2017
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Appel à voter Macron"
 
L'embellie du Trocadéro aura été de courte durée et la mise en examen de FF nous met le moral en berne, il faut bien l'avouer !
Et oui, notre champion n'est peut-être pas le chevalier blanc tant espéré. Comme ses congénères, FF a eu le tort d'user des facilités offertes par un système laxiste. Il n'y a rien à faire, les catholiques n'ont jamais fait bon ménage avec l'argent.
Dont acte.
Mais il ne faut quand même pas oublier la présomption d'innocence !
Certes, il a été bien maladroit avec ses déclarations fracassantes qui visaient NS. Pourtant, celles-ci, rapprochées de sa faible défense depuis le début, tendent à prouver rétrospectivement que FF s'est toujours senti dans son bon droit, d'où le sentiment d'injustice qui l'accable. FF n'est pas foncièrement malhonnête mais plus probablement imprudent.
Et il ne faut quand même pas oublier la présomption d'innocence !
Bien. Mais une fois que l'on a dit cela, que nous reste-t-il comme perspectives politiques, les seules qui comptent pour la France. Le vrai débat, le seul qui compte réellement, c'est de savoir si Emmanuel Macron est le Président qu'il faut à la France ?

Alors, si vous pensez que le futur président doit être quelqu'un qui a "oublié" de faire sa déclaration d'ISF pour plusieurs millions d'euros, mais qui jouit d'une impunité médiatique et juridique grâce à la protection de son proche ami M. Drahi, propriétaire des principaux journaux et chaines de TV qui accablent FF depuis le début,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez qu'en application de projets tout à fait officiels, européens et onusiens, de remplacement de la population européenne, il faut accroître encore l’immigration non européenne pour pallier les déficits démographiques,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez que l'ouverture incontrôlée de nos frontières à une immigration de masse essentiellement musulmane ne pose à court terme aucun problème à la cohésion nationale, sauf pour des petits Français que l'on ose plus appeler de souche, au front bas et obstiné, rétrogrades et bêtement attachés à leurs traditions pluriséculaires que d'autres haïssent au plus haut point,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous considérez que l'on peut cracher impunément sur l'honneur de la France, son histoire, ses œuvres, son armée, tous ceux qui se sont dévoués dans nos anciennes colonies, son peuple en quelque sorte, en se livrant à de pitoyables repentances éhontées dans le seul but de draguer un électorat musulman,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez que, vraiment, il n'y a pas de culture française, et que donc la France n'a jamais rayonné sur le monde au point d'être reconnue comme le pays phare, aimé, admiré, envié, célébré, copié, adulé, visité ... de l'art, de la littérature, de la peinture, de l'architecture, de la sculpture, de la gastronomie, que sais-je encore,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si vous pensez qu'il est bon pour l'économie française que de grands groupes financiers internationaux et autres fonds de pension anglo-saxons viennent essorer nos entreprises déjà exsangues avant de les jeter comme de vulgaires citrons pressés, laissant cyniquement derrière eux des millions de chômeurs,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

Si cela ne vous fait vraiment rien de soutenir un candidat rallié, poussé, vanté, payé, adulé, monté en épingle, mis sur orbite, manipulé par Robert Hue, Pierre Bergé, Bernard Kouchner, Alain Minc, Jacques Attali, Gérard Collomb, Daniel Cohn Bendit, François de Rugy, Bertrand Delanoé, sans compter avec le mentor en chef François Hollande, etc., etc. (voir Le Monde du 28 février), tous socialistes ou Vert,
alors, vous avez raison, votez Emmanuel Macron !

En fait, si vous pensez que la France n'existe pas, qu'elle n'a pas d'âme, qu'elle n'en a jamais eue et qu'elle n'en aura jamais plus et qu'elle ne se résume qu'à quelques arpents d'une terre autrefois bénie seulement vouée désormais à une mondialisation anonyme qui écrase l'Homme dans sa dignité profonde, au seul profit de l'enrichissement de ses mentors,
alors, vous avez vraiment raison, votez Emmanuel Macron !

Mais si vous n'êtes pas d'accord, alors réagissez à cette fantastique entreprise d'enfumage ! Ressaisissez-vous ! Réagissez et refusez de vous laisser intoxiquer toujours plus !
Votez François Fillon parce qu'il est le seul à avoir préparé, pensé et annoncé un programme, sans doute incomplet à certains égards, mais néanmoins le seul à vouloir remettre la France sur pied dans (presque) toutes ses dimensions, politiques, diplomatiques, économiques et culturelles.
Tant pis si l'enthousiasme doit céder le pas à la raison et au bon sens! Ce qu'il faut à notre pays, c'est un chef, capable d'affronter les combats de titans qui se préparent. D'une certaine manière, l'épreuve vécue par FF l'y aura d'une certaine manière préparé !
Courage, une bataille a peut-être été perdue, mais on n'a pas encore perdu la guerre !
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L’écosse sonne le réveil des anciennes nations
 
Les référendums s’empilent les uns dans les autres comme des poupées russes. Le Brexit britannique a exaspéré les Ecossais qui ont voté majoritairement contre. Ce désaccord majeur a réveillé les velléités indépendantistes des Ecossais qui organisent un nouveau référendum à ce sujet. Ce ne sera pas le premier. Mais cela pourrait être le dernier si les Ecossais décident cette fois d’abandonner les Anglais. De fermer une parenthèse vieille de trois siècles, puisque l’acte de naissance du Royaume-Uni date de 1707. Les partisans de l’Europe rient sous cape. La victoire du Brexit affaiblit l’Europe, mais elle risque de désintégrer la Grande-Bretagne. Comme une punition céleste !
La vindicte est mauvaise conseillère. Le Brexit est un prétexte. Mais ce mouvement vient de loin. Il n’est pas limité à la Grande-Bretagne. Et l’Europe n’est pas du tout innocente.
C’est l’Europe qui, depuis des décennies, encourage les Régions à affirmer leur personnalité et leur autonomie. C’est l’Europe qui les arrose de subventions. C’est l’Europe qui a encouragé les Etats-nations, même les plus unitaires comme la France, à créer des institutions régionales, quitte à complexifier à l’excès son système de collectivités territoriales. C’est l’Europe qui leur a donné une représentation à Bruxelles et une dignité quasi étatique. C’est l’Europe, enfin et surtout, qui donne un gigantesque marché économique à des entre­prises locales qui autrefois avaient besoin pour vivre du marché national. Partout, en Europe, les anciennes nations se sont ­réveillées : l’Ecosse, mais aussi la Catalogne, la Flandre, l’Italie du Nord, ou même la Corse ou la Bretagne.
Toutes les antiques nations vaincues par l’édification des Etats-nations à l’ère moderne ont relevé la tête, assurées d’avoir un toit européen.
La Catalogne prépare son référendum d’indépendance ; la Flandre s’est peu à peu détachée de la Wallonie ; l’Italie du Nord n’a pas renoncé ; les indépendantistes corses, enfin, ont pris le pouvoir à la Région. Et le font savoir.
On peut même constater que ce mouvement ne s’arrête pas à l’Europe : le Yémen s’est divisé en deux ; la Yougoslavie a été découpée en morceaux ; l’Irak et la Syrie, et la Libye ne sont plus en réalité des Etats unitaires. Même aux Etats-Unis, l’élection de Trump pousse certains en Californie à réclamer que leur Etat si riche, et si dépendant de son immigration massive venue du Mexique, fasse sécession.
En 1945, il y avait 50 Etats à la naissance de l’ONU. Il y en a aujourd’hui plus de 150. Les indépendances coloniales sont passées par là. Mais on est désormais au-delà. On a détruit le monde de 1945 avec la chute du mur de Berlin. Le monde de 1919 a suivi avec la fin de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Restent les plus vieux Etats-nations édifiés au cours des siècles qui tremblent sur leurs bases. Comme si la conjonction de la technologie (internet), de la mondialisation (grand marché sans frontières) donnait l’élan décisif à un fractionnement sans fin. Un retour à la féodalité à l’échelle de la planète.
Paru dans Le Figaro Magazine, 31 mars 2017
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Brexit, Alea jacta est...                                                               
 
Le sort en est jeté : le Brexit existera. Theresa May a tenu son calendrier, même si beaucoup de travail comptable et juridique reste à faire. Le handicap principal étant que les Britanniques – membres de l'Union – ont supprimé à Londres presque tous les "conseillers" juristes et financiers, délégant l'essentiel au personnel de l'Union basé à Bruxelles ou auprès de Parlement et des Cours. Il a fallu, dans l'urgence, reconstituer un tissu d'analystes compétents ; exercice scabreux et coûteux. Rien n'avait été prévu en ce sens, tellement le résultat du référendum paraissait être de rester européen.
David Cameron restera dans la mémoire britannique et dans l'histoire de l'Angleterre comme celui qui a jeté son pays dans un maelstrom aussi violent qu'inattendu. Un exercice aussi difficile que la fin de l'Empire, laquelle s'était cependant opérée beaucoup plus lentement. La Reine, riche de ses 91 années et de ses 64 ans de règne aura vécu, à la fois en tant que souveraine et citoyenne britannique, l'évolution la plus extraordinaire de son pays, à la fois régressive dans la puissance, mais maintenue par la langue, la finance, et la banque.
 
Fin mars 2017, le fameux article 50 sera donc déclenché, ouvrant officiellement les négociations de sortie - le leave  - déjà entreprises officieusement, dans un climat d'ailleurs assez houleux. Chacun devra alors revenir à la raison et aborder ce gigantesque dossier avec patience et résignation. Le Livre Blanc en 77 chapitres sera entièrement examiné, ainsi que bien d'autres points, qui surgiront sans doute au fur et à mesure de la négociation. Le Brexit déclenche, certes, des effets visibles et immédiats, mais aussi des conséquences collatérales innombrables dans de nombreux domaines et cela à l'échelle de la planète entière, ce qui dépasse largement les intérêts strictement européens. Ces ricochets risquent de se maintenir pendant des décennies.
Trois aspects sont à retenir : le Royaume Uni, l'Union, le monde.
 
Le Royaume Unide Grande Bretagne est une structure fédérative complexe que le Brexit risque de faire exploser. Le Royaume Uni émane de la réunion en 1707 de deux Royaumes distincts : celui d'Angleterre et celui d'Ecosse. L'Ecosse est une vraie nation, avec sa langue, sa religion, ses coutumes et un système légal particularisé.
Quant à la Grande Bretagne, elle amalgame au Royaume le Pays de Galles, selon un système légal imposé par Henry VIII ; les Gallois n'ont plus que leur langue pour se distinguer des autres populations. Quant à l'Irlande du Nord, malgré de lourdes querelles internes, essentiellement basées sur les différences religieuses, les Unionistes l'ont emporté et ont obtenu de rester dans l'Union britannique.
Tout cela ne s'est pas fait dans la dentelle : de farouches luttes quasi permanentes, d'invraisemblables cruautés et aliénations ont émaillé cette histoire tragique, largement basée sur l'intérêt économique. Au 20ème siècle, les deux guerres mondiales, les progrès éducatifs et économiques ont permis un apaisement, mais qui reste émaillé de violences, notamment en Irlande. Soyons lucides : Irlandais, Gallois, Ecossais ont, en secret, l'âme révoltée.
 
Or le Brexit met en péril ce laborieux montage : les 3 acolytes annexés – car il s'agit  bien d'annexions – ont tous trois largement voté pour rester dans l'Union Européenne, et dans les 3 cas, à plus de 60 % des votes exprimés. Autrement dit les deux tiers de ces trois peuples – Ecossais, Gallois et Irlandais du Nord – contredisent fortement les Anglais brexiteurs  et si on ajoute à cela les plus de 45 % d'Anglais partisans du stay , cela fait beaucoup d'opposants au leave  en marche.
Sous la houlette de leur virulente Prime Minister Nicola Sturgeon, les Ecossais n'en démordent pas. Cette dernière a réclamé début mars un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, assorti d'un stay in UE pour le début de l'année 2018. De plus les Ecossais sont furieux que les projets du gouvernement britannique soient surtout votés par Westminster et que l'assemblée écossaise ne soit pas davantage consultée. Ils considèrent cela comme un "comportement vexatoire". Les deux autres sont plus discrets mais non moins engagés dans une reconsidération de leur statut : les Gallois en ont marre de n'être que des joueurs de rugby, et si l'héritier du royaume est prince de Galles, cela ne les impressionne plus guère. En Irlande du Nord le Brexit a en quelque sorte réanimé les querelles religieuses : Catholiques et Protestants s'opposent une fois de plus ; mais beaucoup voudraient bien profiter de la situation afin de rejoindre la florissante République d'Irlande arrachée au Royaume Uni en 1922. Il est historiquement stupéfiant de voir, entre autres, le SNP et le Sinn Fein ambitionner de quitter le Royaume Uni et de rester dans l'Union Européenne !
 
Voilà l'imbroglio. Il est de taille et sous silence pour l'instant, mais il est embarrassant. A cela s'ajoute en Angleterre une situation sociale catastrophique, avec un nombre croissant de "pauvres et très pauvres", des comtés devenus des déserts sociaux, la perte de vitesse de la santé et de l'éducation. C'est, traitreusement, ce que narre avec beaucoup d'exactitude, le film de Ken Loach, I, Daniel Blake, couronné dans le monde entier. Comme le dit en souriant le réalisateur "L'art peut parfois servir de détonateur".
Pour l'instant, le seul effet de la perspective du Brexit est une notable augmentation du coût de la vie (une grande part de l'alimentation des iles britanniques est importée ainsi que les vêtements, les chaussures et les objets les plus usuels), une baisse de la Livre (encore relative) et la crainte de voir partir les acteurs de la vie financière. Le rôle de Londres, capitale de la finance européenne risque peut être de "fondre" au fur et à mesure de l'avancée effective du leave. Ce vote a été obtenu sur la la question du contrôle de l'immigration : même si c'était une vue justifiée, elle était parcellaire, ne tenant pas compte du véritable malaise social britannique.
 
L'Union Européenne
Le Livre Blanc définit les principaux chapitres du divorce. La négociation avec la Commission chargée de réaliser la rupture, pourra commencer en avril et prévue au maximum pour deux années. Elle s'avère délicate, et du côté européen le leader désigné – le Français Michel Barnier – n'est pas spécialement amène vis à vis de ses interlocuteurs. Néanmoins il faudra arrondir les angles si l'on veut aboutir à un schéma vivable des deux côtés de la Manche.
Le principal reproche britannique, au-delà de la question migratoire, est la concentration de tous les pouvoirs d’État à Bruxelles et d'avoir "réduit les Etats Européens au statut de provinces soumises aux directives". La Grande Bretagne ne supporte plus d'être ficelée dans des règles contraignantes aux antipodes de ses propres intérêts, des interdits jugés absurdes, des obligations harassantes et une paperasserie lunatique. Par ailleurs, même hors Euro, le Royaume Uni est très imbriqué dans le système européen, (contrairement à ce que l'on croit) : un des plus importants contributeurs, il influence activement les choix stratégiques économiques et financiers, de même que le droit européen. Les Cours européennes, même si l'influence juridique est très marquée par le droit continental (français et allemand), utilisent aussi, largement, le savoir procédurier britannique. Bref, plus on pénètre à l'intérieur du dossier de divorce, plus on se rend compte de l'enchevêtrement des données. Il ne s'agit pas de savoir "qui gardera le chien" mais "comment le découper ?". Un élément reste crucial : les 4 protagonistes insulaires veulent retrouver leur "identité" pleine et entière, ne plus appartenir à une entité administrative abstraite, autoritaire et globalisante. En fait tout cela est un vaste refus de la globalisation, de cette "mondialisation" négatrice de l'âme des peuples.
 
Le vote anglais exprime le fort désir de redevenir ou de rester indépendant, au-delà des intérêts économiques. Toutefois, il faut aussi avouer que les budgets européens contribuent énormément à cette identité nationale par le biais de financements et d'incitations, par exemple dans le sauvetage des patrimoines naturels et artistiques, dans l'éducation et l'aide sociale, dans l'organisation de nombreuses manifestations nationales. Les anti européens prêchent l'aspect "complètement artificiel" de la construction européenne, alors que eux, dans leur île, sont un vrai peuple et une vraie nation. La question migratoire, sous cet angle, a été très mal vécue, et le refus d'absorber des populations non désirées est catégorique. Le Royaume Uni a été depuis des décennies l'ultime employeur d'une Europe en perte d'emplois, et il est devenu hors de propos de continuer de la même manière, jugée pénalisante pour les citoyens britanniques.
Comme on le voit, tout cela est très contradictoire. De son côté l'Union Européenne, pressent le désordre que va générer la perte de ce partenaire important, l'amputation financière des budgets et la perte d'influence au niveau mondial, par le biais, notamment du Commonwealth, lequel partira avec son maître britannique. Au stade où nous en sommes, même si les pré-études sont très avancées, de nombreux aspects n'ont pas du tout été abordés, et l'on découvre à chaque pas de nouveaux corridors de perplexités.
 
Au niveau mondial, Theresa May a délibérément affiché son entente fondamentale et ses connivences avec les Etats Unis d'Amérique. La langue commune, l'histoire commune, le mode de vie de la Côte Est, les origines sociales, tout contribue à cette entente. Les Britanniques comptent beaucoup sur la vision bilatéraliste de Donald Trump dans les relations économiques et commerciales. L'autre point fort est le Commonwealth, structure informelle des 52 Etats ex-membres de l'Empire, restés dans le giron britannique par un solide tissu financier, bancaire et commercial et près de 2 milliards d'individus. Une part énorme de l'alimentation anglaise provient des pays du Commonwealth ; la bourse mondiale du thé (maintenant informatisée) est à Edimbourg, et celles de nombreux produits tropicaux en Angleterre. La culture de ces Etats devenus indépendants reste profondément marquée par le mode de vie anglo-saxon. Les prochains Jeux du Commonwealth (qui alternent tous les deux ans entre les Jeux Olympiques), avec leurs sports typiquement insulaires (cricket, polo, badminton, squash, lawn bowls, etc...) se dérouleront au Canada en 2018 et à Durban en Afrique du Sud en 2022. Le phénomène d'appartenance est très visible dans la presse people  : tous les membres de la Famille Royale se baladent sans arrêt dans ces pays ex-impériaux rappelant sans cesse cette appartenance plus que bicentenaire.
L'Europe va perdre gros avec l'éloignement de ces accords commerciaux infra Commonwealth : plus de 300 conventions d'échanges préférentiels vont devoir être renégociées. Lourd et long travail et fort handicap car les droits de douanes vont changer d'allure. Reste également en suspens l'installation des entreprises privées au Royaume Uni : resteront ? resteront pas ? Theresa a annoncé en novembre dernier qu'elle comptait faire de Londres le "Singapour de l'Europe" avec des droits d'installation et d'imposition très préférentiels. Mais cela est-il possible ?
 
Sans jouer aux devins, on peut conjecturer – si on est mentalement positif – que le Brexit sera "adouci" à la sortie des négociations : l'intérêt commun est de ne pas tout casser ; il est probable que certains chapitres feront l'objet d'accords particuliers, voire préférentiels, permettant la continuation de relations indispensables, et que d'autres marqueront une vraie rupture. C'est sans doute cela que réclament les Brexiteurs, comme toujours : garder les avantages et abandonner les inconvénients.
 
Bref, le Brexit, c'est la Suite de Fibonacci : on ne sait pas vraiment où l'on va !
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