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Tempête sous le crâne de Donald Trump
 
Sa décision de sortir de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien a pour Donald Trump une conséquence inattendue : doit-il ou non bombarder l’Iran ? De la Corée à l’Irak en passant par le Vietnam, le Cambodge, la Lybie, le Panama, la Bosnie, le Kosovo, etc., bombarder une nation n’a jamais posé de cas de conscience aux présidents américains. Alors pourquoi hésite-t-il ? Parce ce qu’un conflit ouvert avec l’Iran provoquerait non seulement une crise économique mais éliminerait toute chance d’être réélu.
 
La situation au Moyen Orient prend son origine dans les attaques du 11 septembre. George W. Bush a entamé une guerre contre le terrorisme qui s’est matérialisée par l’invasion de l’Afghanistan et de l’Iraq, la destruction de la Lybie et la guerre en Syrie. Israël qui depuis sa création se sent isolé dans une région entourée d’ennemis, appuie la politique américaine. Mais, comme nous l’apprend la troisième loi d’Isaac Newton, toute action crée une réaction. La Russie et l’Iran ont donc répondu favorablement à la demande d’assistance de Bachar el-Assad dont le pays était au bord de l’effondrement. Grâce à cette aide, le dirigeant syrien a pu récupérer la presque totalité de son territoire.
 
Les choses auraient pu en rester là si l’aviation israélienne se cachant derrière un Il-20 pour bombarder la Syrie n’avait pas provoqué la destruction de cet avion et la mort de quinze membres d’équipage par la défense antiaérienne syrienne. Les Russes ne s’y sont pas trompés et blâmés Israël. Dans un récent
article, Youssef Hindi considère qu’il s’agit là d’une grave erreur des Israéliens. Alors que jusqu’à présent, Vladimir Poutine avait réussi à maintenir l’équilibre entre les factions israélienne et russe à l’intérieur de son gouvernement, l’abattage du Il-20 l’a fait pencher en faveur de la faction russe, soutenue par l’Armée.
 
Il existe un même équilibre instable au sein du gouvernement américain. Les conseillers de Donald Trump se partagent entre partisans des thèses israélienne et nationale.
Henri Kissinger 
a d’ailleurs déclaré : "A la Maison Blanche, c’est la guerre entre juifs et non juifs". Donald Trump est dans le camp des seconds (America First), mais il doit sa victoire en partie aux premiers (Sheldon Adelson et Robert Mercer lui ont apporté un soutien crucial à un moment critique de sa campagne en juin 2016). Pour éviter une guerre qui ruinerait ses chances d’être réélu, il finasse (nouvelles sanctions, négociation sans préconditions, etc.). Sa stratégie de "pression maximale", destinée à faire tomber le régime iranien de l’intérieur, rend bombardements et invasion inutiles. Mais que se passe-t-il si l’effet attendu ne se produit pas ?
 
Le Pentagone pourrait-il, comme en Russie, faire pencher la balance au profit des thèses nationales ? Non seulement les guerres au Moyen Orient ont entaché son image (en particulier à l’étranger) mais, plus grave, elles le privent des ressources nécessaires pour se préparer à un conflit avec la Russie ou la Chine. Or, les généraux américains pensent que c’est là leur premier devoir. Donald Trump prétend d’ailleurs avoir "reconstruit" le Pentagone.
 
Si le Pentagone réussissait à faire pencher la balance de son côté, Israël serait isolé, sans appui à Moscou et à Washington. Dans ces conditions, n’est-il pas l’intérêt de Benjamin Netanyahu de créer les conditions d’un conflit inévitable entre l’Iran et les Etats-Unis ? Cela détruirait l’ennemi qui soutient la Syrie et le Hezbollah, et aurait aussi l’avantage d’assurer sa réélection en octobre prochain. Quant à Donald Trump, il pourrait dire au revoir à la sienne en novembre 2020. La tempête sous son crâne doit lui donner des maux de tête.

Envoyé par l'auteur, 2 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Le remboursement de la PMA, une injustice faite aux malades
 
Jugée inefficace, l’homéopathie pourrait bientôt ne plus être remboursée tandis que la PMA pourrait bientôt le devenir à 100%. Or le financement des nouvelles PMA prévues par le projet de loi bioéthique ne soignent personne et ne pourra se faire qu’au détriment des malades, entraînant le déremboursement d’autres catégories de soins et suscitant de nouvelles inégalités.
 
La commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu vendredi son avis : l’homéopathie ne doit plus être remboursée car son efficacité n’est pas prouvée. Pour autant, le gouvernement persiste à annoncer le remboursement à 100 % de la Procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules, si elle était adoptée à l’occasion de la révision de la loi de bioéthique.
 
Une prise en charge déjà dérogatoire
Déjà, aujourd’hui, le remboursement à 100 % de la PMA, quand bien même elle s’inscrit dans un cadre thérapeutique, est très dérogatoire aux règles habituelles de prise en charge (1). En effet, la participation de l’assuré aux dépenses de santé (sous forme de ticket modérateur) est une constante de notre système de protection sociale. La prise en charge à 100 % revêt un caractère d’exception et concerne principalement les médicaments reconnus irremplaçables et particulièrement coûteux et les affections dites de longue durée.
Sans aucune justification, le code de la santé publique ajoute à la liste des soins pris en charge à 100 % le diagnostic et le traitement de la stérilité (2), ce qui inclut quatre tentatives de FIV ou six inséminations artificielles par projet d’enfant jusqu’au 43e anniversaire de la femme. Or le critère principal de hiérarchisation des besoins de santé, à savoir la gravité de la maladie et de ses conséquences en termes de dégradation de l’état de santé ou d’espérance de vie, est tout simplement mis de côté : l’infertilité est en effet un dysfonctionnement pathologique mais elle n’engage pas l’état de santé ou l’espérance de vie. Le privilège du 100 % prodigué à l’AMP (Assistance médicale à la procréation) est donc problématique en termes d’équité. Quant au critère d’efficience (efficacité), il est lui aussi écarté compte tenu du coût élevé des FIV et de leur faible taux d’efficacité qui varie de 10 à 20 % selon la technique utilisée et le profil de la patiente. Si l’efficacité non prouvée de l’homéopathie justifie son déremboursement intégral, comment expliquer qu’une si faible efficacité de la PMA donne lieu, elle, à une prise en charge à 100 % ?
 
Des largesses incompréhensibles
Ces données ne seraient pas trop préoccupantes si les finances de l’assurance-maladie étaient florissantes. Au contraire, ces largesses au profit de l’AMP sont incompréhensibles dans une situation de déficit chronique de l’assurance-maladie, au vu de la baisse continue de la prise en charge et de l’accès aux soins pour de nombreux malades.
Ainsi, des listes entières de médicaments sont retirées de la prise en charge comme, récemment, les médicaments de lutte contre la maladie d’Alzheimer (Arrêté du 31 mai 2018). Par ailleurs, la maîtrise des dépenses de santé conduit à une hausse récurrente du ticket modérateur. La couverture complémentaire ne compense pas cette hausse, surtout pour les lunettes, prothèses auditives ou dentaires qui ont pourtant un impact direct sur la qualité de vie des individus et sur leur participation à la vie sociale et économique. Pourquoi la PMA ne supporte-t-elle aucun ticket modérateur ?
 
Radiation de certaines affections de longue durée
En outre, certaines maladies sont retirées de la liste des ALD (Affections de longue durée) pour mettre fin à leur prise en charge à 100 % alors que la PMA continue d’être prise en charge intégralement. En 2011, les débats relatifs à la loi de financement de la Sécurité sociale ont présenté deux options : introduire le ticket modérateur dans les pratiques d’assistance médicale à la procréation, avec une économie escomptée de 51 millions d’euros, ou bien radier de la liste des affections longue durée l’hypertension artérielle sévère pour une économie estimée à 20 millions. En dépit de l’avis négatif de la HAS et de l’opposition des sociétés savantes de cardiologie et de santé publique, c’est l’hypertension qui a été radiée (3).
Enfin, les prix tirés au plus bas des médicaments remboursés pour faire des économies entraînent le désintérêt des laboratoires et des pénuries chroniques de médicaments : par exemple, les médicaments pour la maladie de Parkinson sont vendus par le fabricant en priorité en Allemagne où les prix sont plus élevés, ce qui entraîne des ruptures en France.
 
Une injustice scandaleuse
Dans ce contexte, la prise en charge à 100 % de la PMA est déjà injuste autant qu’injustifiée. Quant à la prise en charge de la PMA non thérapeutique, elle serait tout simplement scandaleuse, aggravant le déséquilibre existant au détriment des malades alors que les femmes concernées ne souffrent d’aucune maladie.
En plus de déroger à tous les critères habituels d’équité et d’efficience, la prise en charge de la PMA à 100 %, sans ticket modérateur, soutient un marché de la procréation en constante progression. Les industriels et les médecins ont en effet affaire à des patients très demandeurs et prêts à tout supporter pour avoir un enfant, d’autant plus facilement que c’est "gratuit". Il en résulte souvent un sur-recours à la PMA (examens en surnombre, recours précipité à la FIV et même FIV "compassionnelles") qui pose tant la question de la qualité des soins que celle du bon usage des ressources (limitées) de l’assurance maladie.
 
Favoriser le marché de la procréation artificielle
La levée du verrou thérapeutique actuel serait le moyen pour le marché de la procréation de prospérer. Il faut donc bien comprendre que la PMA pour les femmes n’est qu’une étape, un prétexte finalement pour ouvrir la PMA généralisée non seulement à toutes mais à tous : avec l’abandon du critère thérapeutique, la PMA serait en effet accessible non seulement aux femmes célibataires et en couple de femmes mais à tout le monde, y compris le troisième âge et les défunt mais surtout les couples homme/femme fertiles, numériquement les plus nombreux et qui constituent à n’en pas douter la véritable cible de ce marché.
Mais le financement de ces nouvelles PMA, en plus des difficultés qu’elles posent en elles-mêmes et dont l’exposé n’est pas l’objet de cet article, ne pourra se faire qu’au détriment des malades, entraînant le déremboursement d’autres catégories de soins et suscitant de nouvelles inégalités.
(1) Pour un exposé complet de cette question voir l’article suivant : "Médicaments remboursables avec ou sans ticket modérateur : quels fondements ?", de Florence Taboulet, professeur de droit pharmaceutique et économie de la santé, UMR 1027 Inserm, université Toulouse III et Blandine Juillard-Condat, maître de conférences, praticien hospitalier, CHU de Toulouse, UMR 1027 Inserm, université Toulouse III, Panorama de droit pharmaceutique, n° 5, janvier 2018, p. 283-304.
(2) CSS, L.160-14 al. 12.
(3) Décret n° 2011-726 du 24 juin 2011 supprimant l’hypertension artérielle sévère de la liste des affections ouvrant droit à la suppression de la participation de l’assuré mentionnée au 3° de l’article L. 322-3 CSS.

Envoyé par l'auteur, paru sur Aleteia, 28 juin 2019
Publié dans A tout un chacun
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Canicule
 
Il fait chaud, c’est vrai, mais enfin nous sommes en été. Et voilà tous les réchauffistes à monter au créneau pour annoncer la fin du monde, ou au moins la fin du monde que nous connaissons : si on en croit un climatologue cité par Le Monde  "les température pourront atteindre 50°C à la fin du siècle". Si on l’écoute on saura que ces dernières années on estime que les canicules sont au moins quatre, sinon dix fois plus probables, que les canicules centenaires devraient maintenant se reproduire tous les dix ans à cause des activités humaines, que vers la fin du siècle les températures seraient dans le sud de la France comparables à celles que l’on observe en Inde etc…
Tout cela me rappelle le prophète Philippulus de l’Etoile Mystérieuse que connaissent bien tous les tintinophiles : "Je suis Philippulus le prophète et je vous annonce que les jours de terreur vont venir. La fin du monde est proche.Tout le monde va périr et les survivants mourront de faim et de froid et ils auront la peste la rougeole et le choléra".
 
Bien sur cette canicule n’a rien pour m’emballer, mais pour un rationaliste c’est la conséquence d’un gros anticyclone coincé sur l’Europe de l’ouest et qui nous envoie l’air chaud du Sahara, rien de bien mystérieux.
 
Enfin c’est l’occasion pour le gouvernement d’infantiliser les Français : buvez de l’eau, ne buvez pas d’alcool, ne faites pas trop de sport, prenez des nouvelles de vos proches, appelez le 15… Ce qui m’effare le plus c’est qu’alors qu’on nous bassine journellement avec l’isolation de notre domicile, qu’on condamne les passoires thermiques, on s’aperçoive que les écoles ne permettent plus d’accueillir décemment les enfants, qu’il faut les renvoyer chez eux, repousser les examens… La France qui se dit un pays moderne est paralysée quand il y a dix centimètres de neige, quand il fait trop chaud, qu’il y a des orages. La SNCF en est à demander aux "usagers" de repousser leur voyage ne pouvant garantir le fonctionnement des trains. On se demande comment on arrive à vivre au Canada, en Sibérie ou en Arabie.
 
Avant de se préoccuper de la transition énergétique, on ferait mieux de remettre à niveau nos infrastructures, administrations, écoles, ponts, voies ferrées. Evidemment c’est moins motivant que la COP 21 et les accords de Paris que personne ne respecte sauf la France et encore.

Envoyé par l'auteur, 29 juin 2019












Publié dans Du côté des élites
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Taxer les riches, une bonne affaire ?
 
Taxer les riches est-il si rentable ? Pas vraiment lorsqu'on apprend que 48.2% des chefs d’entreprise interrogés ont déjà pensé à quitter la France à cause de l'ISF ou assimilés Ils sont interrogés sur ce sujet brûlant par ETHIC.
 
On ne s'étonnera pas d'un fort unanimisme quant à " l'exaspération fiscale " manifestée. Le mouvement Ethic, que dirige l'auteur de ces lignes, a questionné précisément ceux qui ont été assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) et désormais à l'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI).
 
Il est temps d'arrêter cette folie d'impôts en France " s'indignent les interviewés. Ils rappellent, désolés, navrés, la particularité française historique du pays le plus taxé au monde (source : OCDE). En effet, la récente suppression de l'ISF et l'avènement de l'IFI remettent au goût du jour l'impossible consensus politico-économique sur la taxation des plus riches. Ces questions suscitent de vifs ressentiments chez nos contribuables les plus fortunés, même si on ne les entend jamais… Il était d'autant plus intéressant de les interroger.
Ce n'est pas particulièrement leur cas personnel qui les indigne : ils en appellent surtout à un changement de référentiel, c'est-à-dire à cesser d'utiliser la fiscalité comme méthode de gouvernance. A propos de l'IFI, ils dénoncent une "cosmétique politique", une mesure transitoire pour éviter le coût politique de la suppression totale de l'ISF. Pour eux, l'IFI ne permet pas de créer les conditions d'une stabilité fiscale ni un changement de mentalité.
Plus grave, ils constatent comme l'ont d'ailleurs fait remarquer des grands spécialistes de l'immobilier, que tripatouiller indéfiniment la fiscalité et les lois en la matière contribue à déstabiliser le secteur et à la rareté des logements souhaités, donc au manque de mobilité des salariés français, donc au chômage.
72.5% des dirigeants interrogés dénoncent un système fiscal global qu'il s'agit de repenser en profondeur : passer à une autre fiscalité avec un impôt contributif et non confiscatoire qui permettrait notamment une pleine entrée dans la mondialisation, "il faut viser l'alignement européen", disent-ils.
Ils sont plus des 2/3 à regretter l'absence de vision claire du rôle de la fiscalité, soulignant à cette occasion la liberté du contribuable américain qui verse ses impôts à qui bon lui semble.
 
Manque de considération 
Ajoutons que les contribuables américains sont remerciés (si ! si !) de leur contribution et pour les plus importants d'entre eux, on leur dit ce que leurs impôts ont servi à financer, ainsi on vous écrirait que le montant de vos impôts a servi à payer 2 chambres d'hôpital, un tronçon de route ou encore une salle de classe...
La générosité de nos milliardaires français en faveur de Notre-Dame de Paris pourrait constituer l'exemple d'une autre mentalité consistant à choisir ce qu'ils financent ... au lieu de les insulter au nom de leur fortune. On pourrait les remercier et les encourager à rester et à être généreux envers leur pays - et beaucoup ne demandent que ça ! ... N'oublions pas qu'en annonçant qu'il n'utiliserait pas la défiscalisation de son don, François-Henri Pinault a montré l'exemple, largement suivi ensuite par les grands donateurs. Cela nous rappelle l'importance du consentement à l'impôt qui est la base d'une harmonie républicaine, fondement de la citoyenneté et marqueur de l'appartenance à la société et à une communauté sociale hexagonale.
Dans le sondage ETHIC, les chefs d'entreprise blâment justement ce qui est le résultat d'une idéologie "On demeure dans la logique de taxer les riches alors que cela ne résout pas le problème des pauvres ".
Il est à noter, face à ces propos, le caractère raisonnable des réactions, non dénué d'un certain fatalisme. Le devoir fiscal n'est jamais remis en question par la quasi-totalité des assujettis : l'acceptabilité à l'impôt est forte, voire générale. Toutefois, les interviewés ont le sentiment de n'avoir aucune influence ni aucun droit à la parole. Et c'est ce manque de considération à tous les niveaux qui les pousse à partir, plus encore que le montant de l'impôt lui-même ! "Partir", ce ne fut le cas aujourd'hui "que" pour 3.6 % de notre échantillon, en revanche 48.2 % des chefs d'entreprise interrogés ont déjà pensé à quitter la France à cause des impôts.
 
En France, tout se mélange
Quand cessera donc l'histoire tourmentée de l'impôt sur la fortune en France ? Rappelons d'abord sa création sous François Mitterrand, il fut abrogé par Jacques Chirac puis rétabli par le gouvernement Rocard. Nicolas Sarkozy renforce le bouclier fiscal des victimes de l'ISF jusqu'en 2011… Après, plus de bouclier mais on rehausse un peu le seuil d'entrée au club des riches (1,3 million d'euros). C'est alors que François Hollande entre en jeu… Il n'aime pas les riches et le déclare - on lui doit l'instauration du barème progressif avec un passage de 2 à 5 tranches. Emmanuel Macron, lui, ose ce que personne n'avait osé : supprimer l'ISF, mais il a l'audace prudente car aussitôt l'IFI vient panser inutilement les caisses vides de l'État et les âmes meurtries de ceux qui veulent que les riches le soient beaucoup moins.
En France, tout se mélange : la place de l'État, l'idéologie, les promesses inconsidérées, la lutte des classe, la redistribution avec les allocations en tous genres et les prélèvements...
Le procès Balkany est en cela exemplaire, c'est le procès du riche qui a voulu le rester puisque finalement il ne semble pas s'agir d'argent public, mais bien de fuite devant l'impôt, ce qu'affirme et assume de façon étonnante l'intéressé lors d'une interview sur BFM TV face à Apolline de Malherbe. Un récit qui tient à la fois de Balzac et d'Audiard. Le plus paradoxal dans tout cela est que la révolte fiscale est venue des pauvres, révoltés eux aussi par l'impôt indirect. Finalement, la crise que vit notre pays : gilets jaunes, exilés fiscaux, bagarres idéologiques et haineuses n'est qu'une gigantesque affaire de poisons… fiscaux !
Source : enquête menée par le Mouvement ETHIC auprès de ses chefs d'entreprise et de ceux de Top Management.
Envoyé par l'auteur,
paru dans Challenges, 27 juin 2019
Publié dans En France
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Pourquoi dorment-ils ?
Moins l’État maîtrise les mutations de la société, plus il brasse de l’air face au climat. Il se rassure sur son utilité. Mais la dramatisation de sa communication ne prouve rien de la détermination du gouvernement. Mercredi, à Tokyo, Macron a déclaré que la France fixait "une ligne rouge" sur l’ "ambition climatique". Le président se garde d’un même volontarisme pour fixer de semblables limites à l’immigration de masse qui bouscule l’équilibre de la nation, ou à l’islam radical qui subvertit certains services publics. Mercredi, deux députés (Éric Diard, LR, et Éric Poulliat, LREM) ont rendu publics les résultats de leur mission d’information sur ce dernier thème. Il en ressort que si l’armée et la police savent se prémunir des infiltrations salafistes, il n’en est pas de même chez les surveillants de prison, à la RATP, à la SNCF, dans les polices municipales, les clubs de sports, etc.
Les rapporteurs appellent à "une prise de conscience urgente" des parlementaires. Mais pourquoi dorment-ils depuis si longtemps ?
Ils dorment parce que l’idéologie est un puissant somnifère. Alors que les offensives de l’islam politique s’observent depuis des décennies, une chape de plomb a imposé le silence sur la dangerosité de ce totalitarisme théocratique. Ceux qui, depuis toujours, alertent sur la démission des politiques et des médias ont dû se résoudre à se faire traiter d’islamophobes et de racistes à mesure qu’ils décrivaient ce qu’ils voyaient. Votre serviteur peut en témoigner. C’est cette époque imbécile qui semble prendre fin, à en juger par ce rapport parlementaire qui ose se libérer des censeurs. Reste que l’Occident relativiste et oublieux de ses racines a créé un vide culturel et spirituel dans lequel l’islam conquérant tente de s’installer. Les "élites" ne semblent pas pressées de prendre la mesure de leur mortelle indifférence. C’est aux Français qu’il revient de faire comprendre qu’ils refusent leur effacement programmé par cette substitution en cours…

Paru dans Le Figaro, 28 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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L’État affaibli promeut son utilité
 
Pas de panique ! L’État est là. Contre la canicule, "tout le gouvernement est mobilisé", a annoncé, lundi, le président de la République. En 2003, tandis que George Bush lançait ses troupes contre l’Irak de Saddam Hussein, Jacques Chirac déclarait la guerre au cancer et aux accidents de la route. C’est cette promotion d’un "soft power" (pouvoir doux) que poursuit Emmanuel Macron, en cherchant à dépolitiser l’interventionnisme d’État. Cependant, la banalité des conseils rabaisse les citoyens. Leur déresponsabilisation devient une méthode quand l’État-mamma se croit tenu de marteler qu’il faut boire de l’eau, ne pas courir et se mettre à l’ombre quand il fait très chaud. Son intrusion est telle que le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, conseille d’enlever sa cravate pour réduire la climatisation. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, invite plus généralement à "adapter nos codes vestimentaires". Les Français doivent-ils aussi ôter leurs chaussettes ? L’avis de la République se fait attendre sur ce point.
Ceci est ridicule. Tout comme est excessive, dans sa dramaturgie, la décision du ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, de reporter au début de la semaine les épreuves du brevet des collèges. Le gouvernement instrumentalise des peurs au prétexte d’une canicule de quelques jours.
 
Or la France a connu de semblables périodes en 2006, 2003, 1983, 1976, etc. L’été 2003 fut meurtrier à cause d’une imprévoyance sanitaire. Le discours officiel lie le phénomène actuel au réchauffement climatique. Ceux qui se risquent à relativiser l’affirmation, en rappelant les précédents historiques, sont traités d’"obscurantistes" par les receleurs de catastrophes. Ces agités du thermomètre prédisent l’apocalypse en 2050, avec des pointes à 50 °C en France, si notre société ne réagit pas dans les 12 prochaines années. L’État avalise ce scénario contesté par des climatologues plus sérieux. Il est vrai que cette perspective lointaine permet, pour un pouvoir affaibli, de faire des phrases en repoussant les résultats.
 
Un État mature s’interdirait de parler ainsi aux gens, vus comme des enfants craintifs et obéissants. Rien n’excuse cet abêtissement. Certes, la judiciarisation des conflits peut inciter le gouvernement à multiplier les précautions pour éviter les risques. Mardi, la justice a d’ailleurs reconnu une "faute" de l’État dans sa politique de lutte contre la pollution de l’air, après la plainte d’une mère et de sa fille atteintes de problème respiratoire. Pour autant, rien n’oblige les pouvoirs publics à réduire la politique à son aspect le plus anodin, sinon le dessein d’évacuer les sujets complexes. La surexposition de l’État-nounou, qui adjure les foules d’obéir à l’infirmière-en-chef, est une régression et un trompe-l’œil. Une régression, parce que ce jacobinisme requinqué asphyxie les aspirations girondines de la France oubliée. Un trompe-l’œil, car le procédé camoufle les incapacités du pouvoir à assurer son rôle de protecteur d’une société fragile. Il est plus simple de lutter contre la canicule que contre la dislocation de la nation.
"Nous devons adapter notre société", répète le premier ministre, Édouard Philippe. Pour lui non plus, il ne fait aucun doute que cette récurrence caniculaire est l’effet d’un changement climatique dû à l’homme et à la modernité. Admettons. Mais alors, qu’elle est la logique gouvernementale qui pousse à fermer des centrales nucléaires alors qu’elles n’émettent aucune pollution dans l’atmosphère ? Grâce à elles, la France participe pour 1 % seulement aux émissions de CO2 dans le monde. La révolte des "gilets jaunes" est partie de cette autre idée saugrenue du gouvernement de faire payer à la classe moyenne française, en taxant l’essence de ses voitures, les inconséquences des Chinois ou des Indiens. S’il est convenu d’accuser l’Occident d’être une des causes du dérèglement climatique, la responsabilité de la surpopulation dans les pays du tiers-monde est rarement évoquée comme facteur de pollution et de raréfaction des espèces. Or si le monde comptait un milliard d’hommes au début du XXe siècle, ils seront près de 10 milliards en 2050. Qu’attendent les politiques pour s’en inquiéter ?

Paru dans Le Figaro, 28 juin 2019
Publié dans En France
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La France et l’OTAN en Syrie
 
Depuis que le peuple syrien a commencé, il y a huit ans, d’être broyé dans l’engrenage d’une guerre implacable, je n’ai cessé d’exposer, dans divers articles, ce que je pensais être la nature réelle du conflit et d’en proposer une issue raisonnable. Je n’ai eu aucun succès. Ma voix a été étouffée par les proclamations bruyantes de nos gouvernants et le tintamarre de nos grands médias. Finalement c’est mon point de vue que les évènements ratifient en silence. Que le lecteur ne voie pas dans cette affirmation, l’expression d’une quelconque vanité. Je n’ai fait que reprendre le témoignage d’amis Syriens qui ont vécu dans leur chair, leur cœur et leur esprit le martyre de leur peuple.
C’est en leur nom encore que j’ai le plaisir de recommander un livre de Roland Hureaux : la France et l’Otan en Syrie. L’auteur y récapitule, dans un style vivant et clair, tout ce qu’il est important de savoir pour comprendre les origines, le déroulement et les conséquences de la tragédie syrienne.
 
Le pape François disait récemment que les conflits violents dans lesquels l’Occident s’est heurté à l’Orient musulman depuis un tiers de siècle, forment comme différentes batailles d’une guerre unique, une troisième guerre mondiale larvée. Les expéditions d’Afghanistan, d’Irak, de Libye et finalement de Syrie en sont des épisodes successifs. S’y ajoutent les interférences armées de l’Occident dans les disputes arabes, par exemple hier au Liban et aujourd’hui au Yémen. Roland Hureaux approfondit et précise cette thèse et il démontre pourquoi et comment le conflit syrien constitue, jusqu’à nouvel ordre, l’ingérence la plus brutale de l’Ouest dans les affaires du monde islamisé. La longueur des combats, l’étendue des destructions, l’accumulation des morts, l’ampleur des populations chassées de chez elles, témoignent, écrit-il, de l’acharnement des puissances occidentales, principalement des gouvernements de Washington et de Londres, contre l’Etat de Bachar El Assad. Le changement de régime que les dirigeants anglo-saxons ont réussi à Kaboul, à Bagdad et à Tripoli et dont le but a été de substituer des ministres complaisants à des dirigeants hostiles sous le masque d’une démocratisation à marche forcée, a été tenté aussi à Damas. Des moyens considérables ont été consentis. Armes et argent se sont déversés sur les "rebelles". Des "conseillers" militaires ont organisé leur lutte. Une formidable coalition (plus de cent gouvernements) a soutenu l’entreprise. A la surprise de tous les observateurs qualifiés, le projet a échoué. L’armée syrienne a tenu, l’administration a tenu, le gouvernement a tenu. L’aide de la Russie et de l’Iran ont ensuite fait pencher la balance du côté de Bachar El Assad. Roland Hureaux explique cette résistance imprévue en rappelant ses principales étapes.
Il dévoile aussi comment la réalité de cette guerre nous a été dissimulée par une propagande grossière dont nos politiciens et nos grands médias se sont fait les porte-parole. Ils nous ont mensongèrement présenté les affrontements armés sur le sol syrien comme la lutte de démocrates aux mains pures et aux intentions droites contre un dictateur "boucher de son propre peuple", qui n’était soutenu que par un clan de profiteurs et d’assassins. Vue ainsi, la victoire de Bachar El Assad est incompréhensible. C’est pourquoi la propagande s’est tue, mis à part quelques intellectuels obstinés.

L’auteur pense que la guerre de Syrie constitue un tournant majeur dans l’histoire tourmentée des relations entre l’Orient et l’Occident. Elle est pour ce dernier, un échec plus cuisant encore que ses déconvenues en Afghanistan, en Irak et en Libye. Reste à voir si la leçon a été vraiment comprise à Washington. L’épreuve de force entre Américains et Iraniens en fait douter.   
Un chapitre entier examine la position prise par la France dans la tragédie syrienne. Je n’ai pu lire sans un serrement de cœur les pages dans lesquelles Hureaux rappelle les déclarations et les actions de nos trois derniers Présidents. Pour figurer à l’avant garde des croisés de la démocratisation, les duos Sarkozy-Juppé, Hollande-Fabius et Macron-Le Drian ont follement dissipé l’héritage presque millénaire que nos diplomates, nos ordres religieux et nos soldats avaient amassé à grand peine dans le Proche Orient. Les pertes morale, politique et économique que leur légèreté nous cause, sont incalculables.
Tant de souffrance infligée à un peuple qui ne nous menaçait en rien, ne pouvait rester sans rétribution. L’auteur cite la prédiction que l’évêque de Mossoul nous a adressée. Elle reprend ce que m’avait annoncé un de ces grands spirituels que la chrétienté orientale produit souvent : "Notre souffrance ici n’est qu’un prélude à ce que vous devrez souffrir dans un futur proche". Depuis, les Etats de l’Union européenne, ces Etats qui n’ont eu ni le courage ni la clairvoyance de ne pas suivre les Anglo-saxons dans leur aventure, ont subi un contrecoup inattendu : l’afflux des réfugiés syriens sur le sol de l’Union a suscité la montée des "populismes", assuré la victoire du "Brexit" et ébranlé les institutions de Bruxelles. L’islamisme radical en a profité pour infiltrer chez nous ses terroristes. Ils ont fait des centaines de morts et nul ne peut assurer que leurs méfaits sont terminés. Roland Hureaux décrit en détail ce qu’il appelle le "traumatisme européen" et insiste sur son caractère durable.
     
L’ouvrage embrasse tous ces sujets et d’autres encore. Sa force de conviction vient de sa rigueur dans l’analyse et de la richesse de sa documentation. Peut-être les vérités qu’il présente seront-elles enfin reconnues, même s’il est bien tard pour réparer le mal que des chimères ont provoquées.

Envoyé par l'auteur, 27 juin 2019
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Macron et les européennes : une victoire "à la Orwell"
 
Il n’a pas fallu attendre longtemps après la proclamation du résultat des européennes pour que le chœur des médias pro-gouvernementaux (presque tous) présente le résultat comme une victoire du président. Ceux qui ne partagent pas ses orientations, soit une large majorité des Français, ne doivent pas être dupes : ce n’est nullement là une analyse objective de la situation mais l’effet d’une opération de communication de type nouveau, fondée sur l’idée que, quel que soit le résultat effectif de la bataille, il suffit de claironner assez fort que c’est une victoire pour que ce soit une victoire.
La médiatisation du monde, aux deux sens du terme : l’importance des médias, de plus en plus homogènes, et le fait que le contact avec les images remplace le contact direct avec les choses, rend ce genre d’opération possible.
George Orwell a décrit un monde totalitaire où la propagande en arrive à imposer que "la paix, c’est la guerre", "la liberté c’est l’esclavage". Aujourd’hui, "la défaite, c’est la victoire". Qu’en est-il au juste ? Le seul sujet de satisfaction dont peut se targuer le pouvoir est d’avoir limité l’avance du Rassemblement national à 0,9 %, soit moins que le triomphe annoncé. Hors cela, on ne voit pas de quoi pourrait se réjouir Macron : par rapport au premier tour des présidentielles, il a perdu 3,5 millions de voix et encore une partie des voix de Fillon, peut-être 2 millions, se sont-elles entre temps ralliées à lui, ce qui suppose que la désaffection de son électorat d’origine est encore plus étendue.
Le RN a aussi perdu de voix, mais moins : 2,3 millions et il en gagné un demi -million par rapport aux élections européennes précédentes.
 
Le score de Macron en pourcentage, 22,4 %, soit 11, 2 % des inscrits est très faible pour un pouvoir en place. Il signifie que près de 9 Français sur 10 n’ont pas voulu donner un satisfecit au président. Cela correspond à peu près aux 80 % d’automobilistes qui donnaient au début du mouvement des signes d’approbation aux Gilets jaunes. Il n’y a pas là de quoi chanter victoire. D’autant que ce résultat comprend une grande partie de votes légitimistes, celui de gens qui votent presque systématiquement pour le pouvoir, en particulier dans l’électorat âgé ou très âgé. Compte tenu du comportement de ces électeurs, 20 % est le plancher quasi-incompressible en-deçà duquel peut difficilement descendre un président en exercice. A comparer aux 60-70 % d’opinions favorables des nationaux : Poutine, Orban, Salvini .
Néanmoins Macron pense avoir une base suffisante pour "continuer les réformes". Et une partie du public, notamment les électeurs passés des Républicains à En marche réclament "des réformes, des réformes" sans se demander si celles que projette Macron sont bonnes ou pas. 
Gageons que même si Macron avait essuyé une défaite retentissante, il aurait quand même dit "Je continue". Il dit ça depuis six mois que la crise de Gilets jaunes a commencé. C’est le propre des idéologues : rien ne les arrête, rien n’est susceptible de remettre en cause leur certitude que leurs idées sont bonnes et surtout pas un mouvement populaire ou un désaveu électoral. Lénine avait même théorisé que les résistances permettaient d’accélérer le mouvement.

Mais si le peuple n’a exprimé rien de précis dans cette élection sinon un bien faible enthousiasme pour le pouvoir en place, il serait illusoire de croire qu’il va laisser passivement un pouvoir à la légitimité si faible, continuer comme si de rien n’était. Gageons que ceux qui se rallient à lui aujourd’hui, notamment parmi les Républicains, n’en seront pas très fiers aux échéances du printemps prochain.

Envoyé par l'auteur, 23 juin 2019, paru sur Liberté politique, 18 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Etat du monde (2)

Dangers mondialisés - peurs localisées

 
          Un monde "village" où tous les "people" ne sont pas bienvenus
Si le monde est devenu un "village " avec ses attraits, ses opportunités nouvelles en tout genre générées par la mondialisation et la globalisation, ces opportunités cependant n'ont pas profité à tous et elles ont aussi vé­hiculé des peurs, des angoisses parfois irra­tionnelles. Il est indiscutable que certains risques planétaires (les engins nucléaires, mais de plus en plus les cyberattaques) font peser des risques réels à notre planète ou au moins en partie. Si la sensibilisation du ci­toyen "monde" a été inégale dans le temps et selon les continents, les effets du change­ment climatique sont plus perceptibles par le même citoyen "monde", soit qu'il en pâtisse directement (montée des eaux, ouragans...), soit qu'il en prenne conscience par médias interposés.

Il en est de même en ce qui concerne les vagues migratoires récentes, non seulement humaines mais aussi végétales, animales (le frelon asiatique), virales, en oubliant que les migrations ont existé de tous temps (1)1. L'homme d'aujourd'hui mettra rapidement sur le dos de la mondialisation l'arrivée de virus souvent mortels (grippe aviaire, Ebola, Sida, Chinkungunya, etc.) de contrées loin­taines dans sa région ou son pays, ou celle d’un fléau que l'on pensait n'être qu'un sou­venir lointain (la peste noire et, plus près de nous, la grippe espagnole).
En ce qui concerne les migrations humaines, certaines projections font état d’une migra­tion de 200 millions d'Africains provenant d'Afrique sub-saharienne d'ici 2050 avec des conséquences non négligeables sur l'Europe compte tenu de sa culture, de ses pratiques religieuses.
Un tel phénomène génère divorce entre poli­tiques et administrés car ces éléments pêle-mêle donnent de plus en plus l'impression à certains qu' ils ont été floués par leurs diri­geants, qu' il est urgent de rétablir des fron­tières nationales (lors de l'incident nucléaire de Tchernobyl, certains hommes politiques et journalistes ont pu faire croire un temps que le nuage radioactif provenant de la centrale endommagée éviterait la France !), voire re­venir à des entité régionales plus petites en­core (Catalogne, Corse, Wallonie, Flandre) en espérant qu'ainsi il sera possible de mieux maîtriser son destin , le destin de ceux et celles qui partagent la même identité. Mais de quelle identité s’agit-il ?
- ethnique (berbère ou arabe, tutsi ou hutu, wallon ou flamand...) ?
- religieuse (grec catholique ou melkite, jacobite ou syriaque, chiite ou sunnite...) ?
- culturelle ? selon l'historien Marc Bloch, le monde européen est une création du Moyen Âge qui presque du même coup rompit l'unité relative de la civilisation méditerra­néenne et jeta dans le creuset les peuples jadis romanisés avec ceux que Rome n'avait jamais conquis. Alors est née l'Europe au sens humain du mot et ce monde européen n'a de­puis jamais cessé d'être parcouru par des courants communs.
 
Peut-on en déduire que l'identité, les identités seraient fixes, immuables ? Non, selon Stuart Hall (2) "l'identité est la somme des positions offertes par un discours social dans le­quel quelqu'un veut s'investir à un moment donné s'inspirant ainsi du modèle derridien de la diffé­rence."Cette identité réinventée, évolutive, somme d'identités acquises au cours de la vie, des vies, s'oppose ainsi à celle de l'iden­tité de repli, du rejet de l'autre en jouant sur les peurs de l'autre, du système.
 
          L'Europe bouc émissaire
L'Europe et son "soft power"n'arrête pas d'en faire les frais : lors du référendum sur le projet de constitution européenne, la peur du "plombier polonais", accusé avant l'heure de prendre le travail aux Français suite à l'entrée des pays d'Europe centrale dans l'UE, avait fait mouche auprès d'un certain nombre d'électeurs. La peur des migrants, venant d'Afrique et du Moyen-Orient en particulier, est utilisée à nouveau par certains courants xénophobes, identitaires et nationalistes. Ces réveils nationalistes sont perceptibles, no­tamment en Europe mais pas exclusivement, mélange de la méfiance de populations vis-à-vis de dirigeants d'organisations politiques (l'UE) qui sont suspectées de laxisme, d'au­tisme par rapport aux problèmes de la vie quotidienne, et de l'opportunisme de certains politiques qui font d'un retour à la nation, à la région, la condition sine qua nond'un retour à un mieux vivre et à un destin contrôlé par les citoyens, en oubliant au passage les ten­dances lourdes de l'Histoire, en entretenant par exemple l'illusion que les vagues migra­toires pourront être stoppées, que le bien- être économique des citoyens s'améliorera en s'affranchissant de l'Euro par exemple.
 
          Le nationalisme n'est pas nouveau
Le concept nationaliste serait apparu à Rome après la prise de la ville par les Celtes (3). La dif­férence entre les nationalismes émergents et ceux d'aujourd'hui, au moins en Europe, tient au fait que ceux qui émergent visent à se rat­tacher, voire à agrandir ou conquérir un terri­toire. L'Europe, qui a longtemps été un terreau pour les nationalismes avec les dérives que l'on connaît et après avoir essayé de les dépasser par la mise en place d'une struc­ture sui generis l'UE, assiste aujourd'hui au re­tour à un nationalisme, non plus offensif mais défensif, de repli. Quelles seront les réponses des dirigeants politiques européens face à ce détricotage de l'Europe, à ce retour à un na­tionalisme, qui s'opposera de plus en plus à d'autres sources d'organisation de la société, y compris celles souhaitées par certains mouvements religieux (califat).
 
 
Le rôle central des responsables politiques pour le monde de demain :
plus d'anticipa­tion et d'action réfléchie ; moins de "sui­visme" et "d'émotionnel"

 
          Ruptures en tout genre : le sauvetage par l'éducation, la formation ?
Depuis quelques années plusieurs ruptures, plusieurs déséquilibres durables, ont été constatés un peu partout dans le monde : écologiques, culturels, sociaux, démogra­phiques, entre riches et pauvres... Dans les pays occidentaux principalement, les poli­tiques ont souvent pris une position de "sui­visme" de l'opinion publique, elle-même de plus en plus sous l'emprise de l'option "créa­teur d'émotion" ( le choc des images) au dé­triment du rôle utile qu' ils pourraient jouer plus encore comme éveilleurs de conscience, le tout sur un fond de rejet par une partie des opinions publiques du système politico-so­cial dans lequel ils évoluent (défiance par rap­port aux hommes politiques, aux institutions voire par rapport à la laïcité). Des segments de population de plus en plus importants ne disposant pas, faute d'un bagage de forma­tion ad minimum qu'ils auraient dû acquérir au sein du système scolaire, ou ne souhaitant pas - ne pouvant pas - exercer leur sens cri­tique, se retrouvent de plus en plus margina­lisés et tentés par certains mentors d'emprunter d'autres voies y compris crimi­nelles, afin d'être "reconnus".
 
Tout ceci dans un contexte, répétons-le, de mondialisation dans lequel les valeurs occi­dentales (droits de l'homme, démocratie, État de droit) sont contestées de plus en plus, soit parce que, à l'expérience, les pays occiden­taux appliquent ces valeurs de façon très subjective et en fonction de leurs intérêts du moment (problème kurde, conflit israélo-pa­lestinien, etc.) et que par conséquent ils sont "démonétisés", soit parce que des systèmes autres de valeurs font surface et viennent les concurrencer (les valeurs asiatiques au nom­bre de 5 énumérées à l'époque par le prési­dent malaisien Mahathir (4)4), soit parce que d'autres s'orientent vers une identité de subs­titution, religieuse par exemple, en renonçant à leur identité d’aspiration (" je souhaite de­venir Français à part entière"); c'est le cas de personnes d'origine étrangère qui vont trouver une identité religieuse (l'islam par exemple) qui les satisfera plus que l'identité française pour différentes raisons (5)
 
          La réflexion doit reprendre à l’émotion sa place parmi les décideurs politiques
Cette primauté donnée à l'émotion (crise des migrants actuelle) tend à réduire l'espace qui devrait être dédié à la réflexion politique, et c'est bien là la tâche des hommes politiques à savoir diriger un pays dans ses limites géo­graphiques ; cette émotion, érigée en baro­mètre du sentiment humanitaire que la société est censée partager, se mélange alors avec un sentiment de pitié, de compassion (mais aussi parfois et de plus en plus de crainte et de rejet de l'autre) qu' il ne faut pas confondre avec le sentiment de justice. Cette mise à l'écart de la raison par rapport à l'émo­tion risque d'être le coup fatal porté à l'UE et aux valeurs qu'elle porte, de plus en plus de ses États membres ne lui reconnaissant plus sa légitimité d'action (pays d'Europe centrale, dit groupe de Visegrad, mais aussi l'Autriche, l'Italie). L’avenir nous le dira
À l'opposé on constate la montée en puis­sance de pays qui privilégient un pouvoir fort (Russie, Chine, Turquie, mais aussi d'une cer­taine façon l'Amérique de Trump) et qui ont tendance à s'éloigner du multilatéralisme (un axe fort de la politique de l'UE) en privilégiant les accords bilatéraux de circonstance (Rus­sie et Turquie sur la Syrie, États-Unis et Chine avec la Corée).
 
          Le retour de la religion pour gouverner la cité ?
"Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr... mais pas assez pour nous aimer les uns les autres" (Jonathan Swift, 1647/1745). D'aucuns souhaitent s'appuyer sur le côté fé­dérateur de la religion pour asseoir leur pou­voir (le président Poutine avec l'église orthodoxe, le président Erdogan avec l'islam) à l’instar des monarchies musulmanes éta­blies (le roi de Jordanie descendant du chérif hachémite de la Mecque chassé par les wahhabites au pouvoir depuis un siècle sur le royaume d'Arabie Saoudite ; le souverain ma­rocain commandeur des croyants) ou pour en installer un nouveau (califat par exemple), Comme le souligne José Ortega y Gasset : "Ce sont des chefs religieux ou des capitaines aventureux qui jettent les fondements d'une communauté", là où certains comme Abdel­hamid Brahimi estiment que "l’islam et l'ara­bisme sont deux éléments intégrateurs du monde arabe" (6) ou encore Hélie Denoix de Saint Marc, qui lui fait écho, "on ne fédère pas les âmes".
 
"Ce qui semble se dessiner pour le futur semble être une Europe affaiblie "
Ce qui semble se dessiner pour le futur sem­ble être une Europe affaiblie qui pourrait re­venir à ses vieux démons nationalistes et qui devra faire cohabiter harmonieusement dif­férentes communautés religieuses et dont le dialogue avec des pouvoirs autoritaires s'ap­puyant sur un monothéisme (l'église ortho­doxe, l'islam sunnite en Turquie, l'islam chiite en Iran) sera de plus en plus compliqué. Les re­ligions "dons de l'Histoire" ou au contraire comme le souligne Castoriadis sont-elles "des obstacles au développement fournis gratuite­ment par l'histoire" (7)?
 
          "No future"ou le sauvetage par le déve­loppement ?
C'est par le développement économique et social, compris de la façon la plus large, c'est- à-dire en s'appuyant sur l'éducation des indi­vidus, qu'il devrait être possible de redonner un sens à la raison, à des solutions raisonnées et raisonnables aux grandes interrogations concernant l'avenir de notre planète. François Perroux définit le processus de développe­ment "comme la combinaison des change­ments mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global".Les projections de toutes sortes, démographique, climatique, politique, ont de quoi inquiéter, mais comme nous le rappelle Bertrand de Jouvenel "si le présent est cartographiable, le futur ne l'est pas" et, au cours des années à venir, de nombreuses inflexions aux projec­tions actuelles pourraient modifier le cours de l'Histoire dans un sens positif. C’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux.
 
(1)  Y. Gazzo, Migrations : l'impératif du développement; Magistro, 1er mai 2018.
(2)  Quel est ce noir ?dans Culture populaire noire,éd. Amsterdam, Paris 2007.
(3)  Les nationalismes émergents,Académie des sciences d’Outre-mer, DACRES éd„ 2016
(4)  La nation prime sur la communauté, la société sur l'individu, la recherche du consensus sur la querelle éventuelle, la recherche de l'harmonie raciale et reli­gieuse, et le soutien que doit apporter la commu­nauté à l'individu (source Y Gazzo, UASEAN, Asiatype, Manille, 2000).
(5)  Y. Gazzo : Les cicatrices du vent, itinérances d'une identité,Le Fantascope, 2008.
(6)  Y. Gazzo, L'Afrique du Nord d'hier à demain, éd. Economica, 1979.
(7)  Le mythe du développement

Envoyé par l'auteur, 22 juin 2019
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Iran-USA : Macron et Abe doivent agir, vite !
 
Par une ruse positive de l’Histoire, le 26 juin 2019, se retrouveront, en tête-à-tête à Tokyo, les deux leaders les plus à même de bâtir une médiation entre Américains et Iraniens, pour mettre fin à leur dangereuse escalade actuelle, qui risque d’embraser le Moyen-Orient.
Emmanuel Macron, en visite officielle au Japon, aura tout le temps pour travailler sérieusement, avec le premier ministre Shinzo Abe, sur la crise du Golfe persique. Ce n’est en effet que le 28 juin que commence le sommet du G 20 d’Osaka, auquel participera Donald Trump.
Après que, le jeudi 20 juin, les Iraniens eurent abattu un drone de surveillance de l’US Navy (survolant les eaux iraniennes selon Téhéran, les eaux internationales selon le Pentagone), la planète frôla de près le déclenchement d’une quatrième guerre du Golfe, en l’espace de quarante ans. Ce n’est qu’à la dernière minute que Trump annula un raid de l’US Air Force contre les batteries de défense anti-aériennes de l’Iran. S’étant enquis du nombre de morts qu’un tel raid pouvait provoquer, il se vit répondre "autour de 150". Avec une certaine dose de bon sens, le président américain jugea disproportionnée une telle réaction létale, face à la destruction d’un avion sans pilote.

Trump ne veut sincèrement pas la guerre. Mais ses deux plus proches collaborateurs, le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton et le secrétaire d’État Mike Pompeo, sont des bellicistes. Leur rêve inavoué est de provoquer par la force un changement de régime à Téhéran.
Les généraux américains, à commencer par Joseph Dunford, le chef d’état-major des armées des États-Unis, sont plus prudents que les géopoliticiens en chambre. Ils savent ce que c’est qu’une guerre ; ils ont expérimenté les souffrances qu’elle implique, les conséquences imprévisibles qu’elle provoque, les difficultés qu’elle crée pour se retirer quand on le souhaite, comme on le souhaite.
Issu du corps des marines, le général Dunford a compris que les Américains ne parviendront jamais à contrôler l’escalade de leur conflit avec les mollahs iraniens. Comme le Congrès ne permettra jamais une invasion militaire de l’Iran (comme il avait autorisé une invasion de l’Irak en 2003), le général a saisi que les gardiens de la révolution iraniens garderont leur liberté d’initiative dans toute la région du Moyen-Orient. Ils soumettront les forces américaines stationnées en Orient à une guerre asymétrique très difficile à maîtriser.
Malgré les immenses moyens, militaires et civils, qu’ils ont déployés en Afghanistan à partir de 2001, les Américains ne sont jamais parvenus à chasser les talibans des campagnes, où ils font la loi dès le coucher du soleil. Plus les GI’s et les marines multiplièrent les patrouilles, plus ils s’aliénèrent le soutien des populations.

Le président Trump, ainsi que de nombreux parlementaires américains, démocrates comme républicains, semblent avoir compris qu’une guerre contre l’Iran avait peu de chances de servir les intérêts à long terme des États-Unis. Son bilan coûts-avantages force à réfléchir : face à l’avantage improbable de l’arrivée de gentils démocrates proaméricains au pouvoir à Téhéran, on trouve les risques relativement certains d’une attaque indirecte contre tous les intérêts américains en Irak, d’une insurrection des populations chiites de l’est de l’Arabie saoudite et de Bahreïn, d’un blocage complet du détroit d’Ormuz.
Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Telle est la question que se pose Donald Trump. En son for intérieur, il souhaiterait parvenir à faire un deal avec les Iraniens, où ces derniers abandonneraient pour toujours leur capacité d’enrichissement d’uranium à usage militaire (et non pour une durée déterminée, comme le prévoit l’accord nucléaire du 14 juillet 2015, signé par l’Administration Obama, mais ensuite dénoncé par lui).
Le problème est que le président américain n’a aucun moyen aujourd’hui de dialoguer directement avec le guide suprême iranien Khamenei. Le Conseil national de sécurité, le Département d’État et la CIA ne lui sont, sur ce point, d’aucune utilité. La guerre risque donc de se déclencher par accident. Bolton et Pompeo pousseront les Iraniens à la faute. La surenchère nationaliste entre les différents clans qui gravitent autour du guide à Téhéran étant ce qu’elle est, on peut imaginer que des Pasdarans tomberont dans le piège.
Pour faire sortir l’humanité de cette géopolitique de somnambules, Macron et Abe doivent agir vite. La France et le Japon doivent faire la navette entre Téhéran et Washington, jusqu’à ce que les Américains et les Iraniens acceptent de se mettre sérieusement autour d’une table. C’est alors qu’ils trouveront un deal. Car les uns, comme les autres, y ont, à long terme, profondément intérêt.

Paru dans Le Figaro, 25 juin 2019
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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