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Les Khmers verts
 
Depuis un mois et demi la France est mise à feu et à sang par les Gilets Jaunes. Le détonateur de ce mouvement a été la hausse de la taxe carbone s’appliquant aux produits pétroliers, essence, gazole, fuel. Cette taxe dont la hausse est programmée sur de longues années a pour objet de décourager l’usage des voitures où leur remplacement par des voitures électriques, fait partie de la politique de transition énergétique chère aux écolos.
Les Français sont sensibles aux problèmes environnementaux – comment pourraient-ils ne pas l’être avec le battage qu’ils subissent à longueur d’année – mais pas au point de se passer de leur voiture surtout dans les régions rurales. Ils se sont donc révoltés entrainant des troubles qui durent depuis un mois et demi et qui ont fait reculer le gouvernement : exit l’augmentation de la taxe carbone.
 
Maintenant quatre ONG écolos portent plainte contre l’Etat pour inaction climatique et lancent une pétition qui aurait recueilli 1,4 millions de signatures. Souhaitent-elles le rétablissement de la hausse de la taxe carbone ? Peut-être.
Il faut remettre les choses dans le contexte : la France produit 0,9 % des gaz à effet de serre, la Chine 28 %, les Etats Unis 15 % et l’Allemagne 2,1 % soit 2,2 fois plus que la France. La France est donc un pays vertueux grâce à l’énergie nucléaire et tout ce que l’on fera ne dépassera pas l’épaisseur du trait, il est donc urgent de ne rien faire.
 
Les Français viennent de découvrir que les écolos voulaient les faire changer de mode de vie sous la contrainte : normes de en plus sévères sur les voitures, obligation de calfeutrer leur logement, hausse constante des prix des produits pétroliers et de l’électricité, celle-ci devant financer les énergies renouvelables et en particulier des dizaines de milliers d’éoliennes qui défigurent nos paysages.
En fait le lobby écologique déclare que la terre ne peut plus supporter la population mondiale si on ne réduit pas notre consommation, comme si ce qu’on économisera en France sera demain à disposition des subsahariens et autres pays sous-développés.
Le Français devra s’adapter, utiliser les transports en commun, le covoiturage et les vélos, se chauffer au bois, être heureux d’avoir une éolienne de 200 m de haut à 500 m de chez lui, ne plus manger de viande ou très peu, les bovins n’étant pas assez nombreux pour nourrir tous les humains et produisant du méthane par leur flatulence.

Alors que les Français aspirent à la croissance on veut leur imposer la décroissance leur expliquant que ce n’est pas une régression mais un passage à une vie plus frugale, plus saine et respectueuse de la nature.
Il est temps d’expliquer aux Français ce qu’on veut leur imposer et de leur demander leur accord, je ne suis pas sûr que les résultats soient à la hauteur de ceux de la pétition sur la poursuite de l’Etat pour son inaction climatique.
Sortons du dogmatisme et de l’idéologie de nos Khmers verts, adaptons-nous à un rythme tel que ce ne soit pas une contrainte, sinon nous reverrons les Gilets Jaunes.

Envoyé par l'auteur, 27 décembre 2018
Publié dans En France
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Sommes-nous vraiment un pays riche ?
 
En ces temps compliqués où nous ne savons plus trop si l’on fête la naissance du Christ ou de la nouvelle année, si l’on attend tout du lendemain qui chante avec l’innovation ou de la sagesse du passé avec la spiritualité, arrêtons-nous un instant sur notre satisfaction d’être un pays riche. Sur l’ensemble de l’échiquier politique, il y a en effet unanimité pour parler des pays riches dont nous ferions partie.
Ai-je le droit de soutenir contre tous les médias qu’il est stupide ou enfantin de parler de pays riches et de pays pauvres, comme de richesse nationale, son inverse la pauvreté nationale semblant être délaissée par les commentateurs ?
Comme toujours, et le GIEC pour ne prendre que lui nous en donne un exemple concret permanent avec le climat, c’est en quantifiant ce que l’on a du mal à définir, qu’on le rend apparemment concret, palpable et réel. Comme la qualification est un exercice périlleux qui nécessite le doute, la modestie et une capacité d’observation aiguë, il est très tentant de contourner l’obstacle en quantifiant ce que l’on a du mal à définir pour rendre sa réalité incontournable. C’est tellement vrai que tous les totalitarismes quantifient ce qu’ils ont du mal à imposer. Le régime national-socialiste comptait les juifs, les tziganes et les communistes et de même les fausses démocraties interdisent de quantifier les réalités qui les gênent comme les statistiques ethniques.
 
Qualifier la richesse n’est pas simple et les dictionnaires sont incapables de la définir simplement. Elle est en fait une approche à tâtons par un groupe donné du beau et du bien vus par lui, comme la justice est une approche du bien et du vrai, toujours vus par le groupe considéré. Son étymologie, le mot franc riki qui veut dire pouvoir et qui a donné reich en allemand, indique la tendance naturelle de tout groupe à donner le pouvoir à ce qu’il trouve beau, bon et bien.
Comme la richesse est très difficile à définir et que certains viennent même tout compliquer comme cet ancien président du Mali qui disait "Nous sommes riches de la famille", le capitalisme et ses intellectuels ont décidé de la quantifier pour qu’elle soit réelle, non discutable et universelle. Faire croire à l’universalité de la richesse, négation de la réalité, nouveau colonialisme et même nouvel esclavagisme, est la mission que se sont donnés l’ONU et l’OMC en se laissant totalement pervertir.
Et c’est là où le ridicule le dispute à l’absurde. Il a été décidé arbitrairement que les entreprises créaient la richesse et que cette richesse pouvait se chiffrer en monnaie. A commencé alors une longue descente aux enfers où l’intelligence s’est surpassée dans la manipulation du faire croire.
On a commencé par confondre la richesse avec la production pour lui donner une réalité concrète et on a éliminé dans la production, les notions mêmes de déchets et d’encombrants pour que la confusion soit vraiment totale. Il a fallu ensuite nommer cette richesse soi-disant créée par l’entreprise et on lui a donné le nom sympathique et très parlant de valeur ajoutée. On cherchera pourtant vainement un quelconque ajout de valeur puisqu’il ne s’agit que de la dépense des clients diminuée de ce que l’entreprise a préalablement dépensé chez ses fournisseurs. On commence déjà à prendre la dépense pour une valeur, pour une richesse. La valeur ajoutée d’une entreprise n’est pourtant que la partie de l’argent de ses clients qui n’a pas été donnée à ses fournisseurs et qui sera totalement distribuée à ses salariés, à ses actionnaires et à l’État. L’entreprise est essentielle pour faire circuler la monnaie grâce à sa production mais elle ne fait que cela. Si sa production ne trouve pas preneur, l’entreprise meurt et parler production sans parler clients, créer le désir sans savoir comment le satisfaire comme le fait la publicité, est indigne et générateur de malheur. Laissons l’entreprise à sa place : elle permet à la monnaie, en répartissant l’argent de ses clients, de remplir son rôle de titre de créance sur le groupe. Il est manipulateur, en feignant d’ignorer l’argent dépensé par les clients pour fabriquer la valeur ajoutée, de faire croire que l’entreprise crée des richesses.
 
La valeur ajoutée n’existe donc que par la dépense des clients. Mais par un tour de passe-passe, l’INSEE vient nous expliquer finement, sans jamais mentir ouvertement mais en faisant tout pour que l’on comprenne de travers, que la somme des valeurs ajoutées est la richesse annuelle produite alors qu’elle n’est que la somme des dépenses qu’elles soient publiques ou privées, intelligentes ou stupides, à consommer tout de suite quand on l’appelle consommation, ou à consommer plus tard quand on l’appelle investissement. Pour bien nous tromper on appellera cette somme de dépenses, Produit National ou Intérieur Brut, PNB ou PIB. Cela permettra à tous les "experts" de présenter le PIB qui n’est qu’une dépense comme une création de richesse.
Faut-il à nouveau rappeler que le PIB mesure dans un espace-temps donné toutes les activités d’achat et de vente ? Il peut donc se calculer de trois façons : par l’argent dépensé, par la valorisation des marchandises vendues et par la somme des transactions. C’est ce que fait l’INSEE dans un langage abscons sur
son site. Un observateur attentif remarquera l’imbécillité de mettre l’import-export dans le calcul de la seconde définition sans le mettre dans la première et dans la troisième, tout en aboutissant prétendument au même résultat. Puisque nous sommes dans l’imbécillité, observons que les fameux critères de Maastricht, pas plus de 3% de déficit budgétaire et pas plus de 60% d’emprunt, sont exprimés en pourcentages du PIB, donc de la somme des dépenses publiques et privées. En clair il est sage d’après l’Union européenne de dépenser jusqu’à 103 % de ce que l’on a déjà dépensé et, plus l’on dépense, plus il est judicieux d’emprunter. Que personne ne s’étonne de la montée de la dette ! Et ayons tous la charité de comprendre pourquoi Juncker se réfugie dans l’alcool.
 
Après avoir bien expliqué en lui donnant un nom que dépenser c’est s’enrichir, arrive alors le dernier maillon du faire-croire, maillon indispensable pour que la dépense soit vraiment considérée comme une création de richesse. Les banques créent la monnaie pour que les clients puissent la dépenser et transformer la production des entreprises en richesses. Dans une économie cohérente c’est l’État qui crée l’argent en reconnaissance de sa dette, en reconnaissance d’une énergie intelligemment et préalablement dépensée pour la collectivité. Dans l’économie capitaliste les banques inversent le temps et créent l’argent en prétendant le récupérer plus tard, ce qui enlève à la monnaie son rôle essentiel de régulation puisque c’est le futur qui équilibrera tout. Le futur a toujours bon dos ! Les banques inondent le marché d’argent en faisant monter la dette pour équilibrer leur fausse générosité exclusivement fondée sur l’intérêt qu’elles en retirent. Et comme la richesse est vue comme une capacité à dépenser, le magma politico-médiatico-publicito-universitaire constate avec une fausse tristesse la montée continue de la dette tout en se félicitant de la baisse de la pauvreté grâce à la croissance qui est la croissance des dépenses mais qu’il présente comme une croissance de la richesse.
 
Mais ce magma vend tellement bien l’illusion de la richesse créée que cela lui revient en
boomerang
 dans la figure par les Gilets jaunes qui ne comprennent évidemment pas pourquoi ils n’auraient pas leur part. "En même temps" on voit une mignonne secrétaire dite d’État, venir pérorer dans les médias pour dire qu’elle a "déclenché des cellules de crise" et qu’elle est "sur le pont" (BFM TV 22 décembre 2018). Rassurons-nous. La Macronie va nous sauver à force d’être "trop intelligente" comme dit l’ineffable Gilles Le Gendre.
Plus sérieusement l’État ne pourrait-il pas enfin rendre utile tous nos concitoyens sans se décharger de ses devoirs sur les entreprises ? Dès qu’on s’est réveillé de la fausse création de richesses par les entreprises, on s’aperçoit avec tristesse que l’État ne fait qu’habiller Paul en déshabillant Pierre, activement et passivement. Activement en tentant d’acheter le peuple avec une apparente générosité et avec un argent qu’il n’a pas et qu’il est obligé d’aller chercher. Passivement en laissant la gestion monétaire aux banques qui ne crée l’argent à dépenser tout de suite qu’avec une créance à récupérer plus tard grâce à une création de richesses qui n’existe pas. Chacun observe la dette monter inexorablement sans s’en laisser déranger.
 
Il est intéressant d’observer comment la seule expérience importante d’État de ces deux derniers siècles a été dévoyée, rabaissée à la charité publique, conspuée et immédiatement interrompue. Il s’agit des ateliers nationaux de la IIe république qui n’ont duré que 4 mois du 27 février au 21 juin 1848. L’État fournissait du travail aux chômeurs, l’organisait et le payait. L’idée extrêmement intéressante s’est instantanément heurtée au fait que l’État connait très mal les vrais besoins du peuple, qu’il a une très faible capacité d’organisation et qu’il n’est pas maître de la monnaie. Le résultat en a été ce que l’État sait admirablement faire aujourd’hui avec le RSA et les subventions : payer les gens à ne rien faire en prenant l’argent chez ceux qui travaillent. Mais à l’époque il y avait encore des députés dignes de ce nom qui, comme Victor Hugo, rejetaient cette facilité. Voilà ce qu’il disait à la Chambre le 20 juin 1848 :
"Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez ôté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. À ceux qui n’avaient connu jusqu’alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue ; vous avez déshabitué les épaules de porter le poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l’aumône. Nous connaissions déjà le désœuvré de l’opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants (…).
Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, en Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Naples ; mais, jamais Paris ne copiera Constantinople".
 
Victor Hugo pourrait nous redire cela aujourd’hui mais cette piste est pourtant la seule à creuser si nous voulons réellement nous convaincre que nous créons de la richesse. Mais la mauvaise expérience des ateliers nationaux nous a appris que le travail utile à effectuer comme son organisation doivent être laissés à l’initiative privée. La force de l’État, s’il reprend enfin son rôle de créer la monnaie, est de gérer cette création en vérifiant que ce qu’il achète avec cette nouvelle monnaie est vraiment considéré comme un enrichissement de la nation. S’il en crée trop, il dévalue la monnaie et appauvrit son peuple. S’il n’en crée pas assez, il se désintéresse de l’énergie de son peuple en faisant perdre à la monnaie son rôle de créance sur la collectivité.
 
Le nœud de notre problème est bien le rapport compliqué entre le travail, la richesse et la monnaie. Ce n’est pas parce que l’État a raté l’expérience des ateliers nationaux et que le capitalisme nous a apporté la cacophonie incompréhensible et prétentieuse des économistes, que nous ne devons pas nous contraindre à inventer une nouvelle harmonie entre le dynamisme de l’initiative privée et la force de la puissance publique.
N’oublions pas notre Constitution qui dit avec grand bon sens : "Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi". Que les fêtes qui ne sont plus la joie partagée après l’effort commun mais qui sont achetées pour faire de la croissance, ne nous le fassent pas oublier trop vite !

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 24 décembre 2018
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Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
 
Il y a un peu plus d’un an, en octobre 2017, j’écrivais Lorsque l’orage menace… qui était introduit par ce chapeau qui annonçait les Gilets jaunes : lorsque l’orage menace, le troupeau se rassemble. Le problème n’est pas alors de savoir quoi faire mais de le faire ensemble, de savoir avec qui le faire, de ne plus être seul à ne pas savoir quoi faire. Partager son angoisse avec ses congénères est l’instinct grégaire habituel des mammifères dont les humains.
 
Aujourd’hui la question se pose de comprendre cette angoisse ou de la laisser ravager les êtres de l’intérieur jusqu’à ce qu’elle nous submerge tous par la guerre dont les protagonistes aléatoires se choisissent au dernier moment sous n’importe quel prétexte tellement ils ont peu d’importance. L’important est de s’entretuer pour trouver un coupable à l’aveuglement collectif. La guerre est abominable pour ceux qui la vivent mais elle a l’immense avantage de remettre à plat tout ce que les dirigeants ont été incapables de faire par refus de regarder la réalité du problème. Elle peut être civile entre citoyens ou militaire entre soldats mais elle fait toujours son travail. Elle seule a généré les républiques depuis que nous avons réduit ce mot à l’une de ses formes en lui retirant son sens simple de "chose publique" admirablement décrit au règne d’Henri III, le dernier des Valois, par Jean Bodin en 1578 dans Les six livres de la république classés en monarchie, aristocratie et démocratie.
La première république française est née de la révolution, la deuxième, des émeutes parisiennes de 1848, la troisième, de la guerre de 70, la quatrième, de la seconde guerre mondiale et la cinquième, de la guerre d’Algérie.
 
L’angoisse actuelle qui construit si l’on n’y prend garde la prochaine guerre, vient d’une prise de conscience intuitive du peuple que, s’il n’a pas la solution, ses élites autoproclamées ne l’ont pas non plus. La classe qui dirige le pays n’a rigoureusement rien compris à l’économie tout en s’entêtant à se croire seule depuis deux siècles à la comprendre. Ce magma informe et sans cesse en croissance, mélange politico-médiatico-publicito-universitaire de plus en plus coûteux, improductif et citadin, continue à croire et à faire croire que nous créons chaque année des richesses et que la seule question est d’en produire davantage et de mieux les partager. Pour s’occuper et pour ne pas regarder la réalité en face, elle se divise entre ceux qui accusent l’État d’être obèse et ceux qui accusent "les riches" de tout accaparer. Comme évidemment personne n’accapare ce qui n’existe pas, les deux parties se sont artificiellement et mutuellement montés en mayonnaise pour tenter de prouver toutes les deux que l’on a créé beaucoup de richesses, que l’on va en créer encore davantage et que Lavoisier avait tort de dire "Rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme" .
 
L’État avec son administration de plus en plus nombreuse tellement la tâche est ardue, a comme activité quasiment unique de reprendre au peuple les richesses imaginaires qu’il a annoncé lui avoir procurées et que le peuple a cru avoir gagnées. Il le fait par la montée sans fin des normes, des obligations et des interdictions qui rendent tout plus coûteux et par la montée tout aussi illimitée du jeu subtil entre les taxes identiques pour tous et les impôts plus individualisés. Tout naturellement, étant tellement absorbé par cette tâche qui coûte très cher, il ferme les postes, les hôpitaux, les gendarmeries, les commissariats, les tribunaux et les casernes.
De leur côté "les riches" se rachètent mutuellement entre eux à des prix de plus en plus délirants les parts qu’ils détiennent sur ce qu’ils affirment être leur richesse, en actions, en immobilier, en médias et en œuvres d’art. Cela permet de rendre jaloux le bon peuple à qui l’on fait croire que très peu de personnes détiennent la quasi totalité des richesses mondiales mais cela permet surtout à ces riches de dépenser ostensiblement l’argent créé par les banques pour bien prouver qu’ils sont riches.
C’est là où les banques et les universitaires sont mis a contribution. Les banques fabriquent de la monnaie en faisant monter sans fin la dette et les universitaires, suivis par leurs étudiants et par les médias, expliquent sans rire que dépenser c’est s’enrichir. Le PIB, somme annuelle de toutes les dépenses publiques et privées est présenté doctement comme une création annuelle de richesse et sert de référence à une flopée de schémas ineptes qui tournent en boucle. Les imbéciles qui, lorsqu’on leur montre la lune regardent le doigt, répètent que si le PIB n’est pas parfait c’est au moins un indicateur.
 
Regardons de plus près ce fleuron du magma qu’est Emmanuel Macron. Quand, du sommet de son Olympe, il disait à Davos le 24 janvier 2018 "La situation est très claire : il faut rendre la France plus compétitive, plus novatrice pour pouvoir financer justement un système juste", il condensait en une courte phrase toutes ses erreurs d’analyse. Sa seule excuse était d’avoir un but assez sympathique, un système juste qui est un but final louable. Encore eût-il fallu qu’il dise ce qu’est pour lui un système juste et si l’intention est louable, la voie choisie est aussi stupide que les moyens pour y arriver. Il est navrant d’avoir à l’expliquer.
 
D’abord regardons son but, financer. Financer c’est normalement simplement mener à bonne fin. Mener à bonne fin c’est se servir de l’énergie de tous nos compatriotes en les sortant du chômage pour utiliser leurs capacités telles qu’elles sont et nous enrichir de ce qu’ils savent faire, comme le fait n’importe quelle famille. Mais financer est devenu dans la tête et la parole du magma, mener à bonne fin non pas grâce à l’énergie des Français mais uniquement grâce à l’énergie monétaire depuis que cette énergie n’a plus de source. Chacun peut observer que les banques fabriquent de l’argent sans vergogne pour répondre aux demandes de moyens venues de toutes parts et que cette avalanche de monnaie ne fait que faire monter la dette et les prix en dévaluant la monnaie dont l’énergie se disperse. Financer tel que les composants du magma le comprenne c’est appauvrir le peuple et lui vendre en même temps tout plus cher. C’est une double peine.
 
Ensuite regardons ses moyens pour avoir cet argent qui lui est si précieux. Rendre la France... Il ne dit pas "les Français" mais "la France". Comment parler de la France quand on la découpe en macro-régions arbitraires à l’allemande, soumises à la nouvelle Sainte Trinité, Bruxelles Strasbourg Luxembourg, sous l’égide d’un quelconque poivrot de service que de braves âmes sont obligées de soutenir quand il est de sortie ? Sa France à lui est destinée à mourir pour que son rêve s’accomplisse et les Français ne peuvent pas bien le vivre.
 
Continuons. Rendre la France plus compétitive est la première ânerie martelée par le magma qui ne veut pas voir l’incohérence globale de son système et rêve de le financer en faisant payer les autres par une balance commerciale excédentaire non rééquilibrée normalement par un réajustement des monnaies. Son idée est qu’il faut faire mourir les entreprises des autres pays pour que les autres achètent enfin nos produits et finance notre système. Il n’ose pas vraiment le dire comme ça car tous ceux qui se retrouvent à Davos disent la même chose à leurs peuples. Il claironne qu’il faut rendre la France plus compétitive alors qu’il faut d’abord utiliser toutes ses énergies par une collaboration interne intelligente au travers peut-être de sociétés d’économie mixte embauchant tous les sans-emplois de France pour leur faire faire ce qu’ils savent déjà faire. C’est le principe de l’avantage comparatif de Ricardo que le magma impose bêtement à l’extérieur en oubliant aussi bêtement de l’appliquer à l’intérieur. Il faut évidemment abandonner le long formatage à grand frais de notre système éducatif destiné principalement à une utilisation à peu de frais de matériau humain indifférencié par les entreprises. Il faut en revanche reconnaître en espèces sonnantes et trébuchantes l’utilité de tous les Français et c’est le premier rôle d’un gouvernement qui n’y est qu’aidé par les entreprises dont ce n’est pas la vocation première alors que c’est la sienne. La lâcheté du magma à se décharger de l’emploi sur les entreprises en profitant du formatage général à l’aveuglement, est aussi stupéfiante qu’inacceptable.
 
Continuons. Rendre la France plus novatrice est la seconde ânerie qu’utilisent tous les charlatans pour décrire sans risque, et en se faisant payer très cher, des lendemains qui chantent. J’ai un problème ? Demain le résoudra ! Nous avons des chômeurs ? Vous n’imaginez pas les nouveaux emplois que l’innovation va créer ! Vous êtes malade ? Ma potion est miraculeuse !
Henri Queuille qui a été ministre un nombre incalculable de fois et trois fois chef du gouvernement, a prédit Emmanuel Macron et ses prédécesseurs 60 ans à l’avance en expliquant parfaitement la politique du magma qui était pourtant à l’époque encore très minoritaire :
"Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout".
"La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes mais à faire taire ceux qui les posent".
"Toute réforme fiscale consiste à supprimer des impôts sur des choses qui étaient taxées depuis longtemps pour les remplacer par des nouveaux plus lourds, sur des choses qui ne l’étaient pas".
"Quand vous êtes embêtés embrouillez tout".
 
Tant que le magma continuera à croire et à faire croire que les entreprises créent des richesses parce que les banques fabriquent de la fausse monnaie pour transformer leurs productions en richesses en faisant monter la dette, tant que les gouvernements n’auront pas envie de créer des structures permettant à tous les chômeurs d’enrichir la France par leur savoir-faire, tant que, nous croyant riches, nous alimenterons l’immense armée d’inutiles qui ne vivent que sur le petit nombre qui travaille encore et qui succombe, l’angoisse se diffusera, la violence prospérera et le ridicule se montrera chaque jour davantage.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 20 décembre 2018
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Le Référendum d'initiative citoyenne, ce chiffon rouge pour les élites
 
RIC. C'est le nouveau sigle à la mode. Ce sont les "gilets jaunes" qui l'ont popularisé. Le Référendum d'initiative citoyenne est leur marque de fabrique, leur revendication politique, leur réponse à leur sentiment de dépossession démocratique. Le gouvernement, les parlementaires, les élites médiatiques et administratives font mine d'accueillir favorablement cette idée. Mais c'est pour mieux l'enterrer. Déjà, il y a dix ans, lors de la révision constitutionnelle, Nicolas Sarkozy avait agi de même : avaliser le concept pour mieux le rendre impossible.
 
Pourtant, le référendum est une des grandes innovations de la Ve République. Mais seul le Président avait jusqu'alors le droit de poser la question. Le général de Gaulle avait conçu le référendum comme un moyen de contourner et de vaincre la résistance des élites, qu'elles soient partisanes, parlementaires, économiques ou syndicales. La Ve République était conçue dans son esprit pour établir le contact direct entre le monarque élu et le peuple, par-dessus les "notables et les notoires". Et quand le peuple se détournait du roi, celui-ci s'en allait.
 
Mais depuis lors, l'esprit des institutions a été dévoyé : les présidents n'organisent plus de référendum ; et quand ils le perdent, ils ne partent pas (Chirac) ; et quand le peuple vote non à la Constitution européenne (2005), le pouvoir la lui impose quand même (Sarkozy 2007). Les élites, qu'elles soient administratives, politiques, médiatiques, ont retourné l'efficacité des institutions de la Ve contre le peuple. Avec le scrutin majoritaire, on empêche la représentation des partis d'opposition. Au nom de l'Europe, on a donné à Bruxelles d'innombrables compétences qu'on ne peut plus discuter à Paris. Au nom de l'Etat de droit, on a donné au juge, qu'il soit français ou étranger, le pouvoir d'établir ce qui était conforme ou pas aux grands principes. La démocratie n'est plus le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple, mais le pouvoir des oligarchies par la technostructure pour les minorités et les lobbys.
 
Déjà, on nous explique que le RIC devrait d'abord passer par le filtre du Conseil constitutionnel et du Conseil d'Etat. Une bonne manière de le tuer dans l'œuf. Ensuite, on interdit d'avance des sujets comme l'immigration ou la peine de mort. Ce sont pourtant les sujets qui intéressent le peuple.
Nos élites veulent bien de la démocratie si le peuple ne peut rien dire. Elles appellent démagogie ou populisme ce qui est désaccord idéologique ou philosophique avec leurs conceptions du monde, du pays, de l'Homme. Elles veulent bien reconnaître que le référendum fonctionne en Suisse ou en Californie. Mais pas en France. Elles pensent que les Français sont des imbéciles, des ploucs, des racistes. Elles sont comme les élites bourgeoises sous Louis-Philippe qui s'accrochaient au suffrage censitaire par peur du suffrage universel.
Le RIC serait le seul moyen de rétablir un authentique suffrage universel.

Paru dans Le Figaro Magazine, 21 décembre 2018
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Les élus ont été suspects pendant toute la Révolution française
 
Quand la tension entre représentation nationale et démocratie directe apparaît-elle au cours de la Révolution française ?
La distinction entre mandant et mandataire est dénoncée dès que la représentation nationale est instituée pendant l'été 1789. Alors naît un discours qui dénonce le principe représentatif comme une usurpation et une confiscation de la souveraineté. Cette tension va traverser toute la Révolution. Après le 10 août 1792, au Club des Jacobins, Robespierre réclame la suspension de l'Assemblée législative, accusée d'avoir trahi la volonté populaire. En mai-juin 1793, les sections parisiennes et les canons du commandant de la garde nationale, Hanriot, forcent la Convention à exclure et proscrire les députés Girondins. Les uns sont arrêtés et une partie d'entre eux guillotinés ; les autres s'enfuient et certains réussiront à se cacher jusqu'à la chute de Robespierre en juillet 1794. La délégation de pouvoir a été suspecte pendant toute la Révolution.
 
Tous les Français de 1789 favorables au transfert de la souveraineté du roi à la nation ont-ils applaudi pour autant la suppression des corps intermédiaires ?
Dans une France essentiellement rurale, beaucoup de contemporains ont ressenti les nouvelles institutions et la philosophie politique qui la justifiait comme une dépossession. En effet, à rebours de l'image que nous avons de l'Ancien régime, les Français du XVIIIe siècle participaient souvent à des assemblées délibératives sur leurs affaires communes dans le cadre des paroisses ou des corporations. Ces assemblées prenaient des résolutions, ensuite consignées dans un mandat impératif. Puis elles élisaient un mandataire chargé de faire valoir leurs doléances auprès du représentant du roi. L'élection du mandataire n'était pas le moment le plus important de l'assemblée. Ce qui intéressait surtout les contemporains, c'était la délibération qui précédait, alors même que cette décision dépendait ensuite du bon vouloir des représentants du roi.
Or c'est précisément cette possibilité de délibérer que la Révolution a supprimé, tout en transformant l'élection en désignation de représentants investis de l'exercice entier du pouvoir souverain. Là git une des causes de l'abstention électorale massive sous la Révolution. Les Français étaient mécontents d'avoir perdu leurs formes traditionnelles de participation politique, qui assuraient aux innombrables pouvoirs locaux une certaine influence face aux intendants. Le pouvoir de décision avait été accaparé par la monarchie administrative, mais pas le pouvoir de délibérer. C'était un équilibre subtil. La monarchie était absolue dans son principe, mais pas du tout dans sa façon d'administrer le royaume.
 
La critique virulente de la représentation nationale sous la Révolution a-t-elle d'autres causes ?
Certaines relèvent de l'histoire des idées. L'Antiquité grecque a légué aux hommes du XVIIIe siècle plusieurs convictions. Toute personne appelée à commander doit avoir appris d'abord à obéir. Et les mandats doivent être aussi brefs que possible. Ainsi pourrait être évitée la séparation entre gouvernants et gouvernés, et conjurée la constitution d'une classe politique professionnelle. Ces idées ont influencé la Constitution américaine de 1787. Elles sont largement répandues en France en 1789. Ainsi la Constitution de 1791 prévoit-elle que les députés seront élus pour deux ans.
Par ailleurs, l'influence de Jean-Jacques Rousseau sur les Constituants est notable. Pour l'auteur du Contrat social, la loi s'applique à tous parce qu'elle est votée par tous, de telle sorte que chacun n'obéirait en définitive qu'à lui-même. Dès lors, aucune délégation de pouvoir n'est possible, la démocratie directe est la règle. La France de 1789 n'était ni Athènes ni Sparte, ni même Genève, d'où Rousseau était originaire, mais les Français ont tiré de ces théories que la démocratie directe étant matériellement impossible dans un grand pays, le pouvoir des représentants élus devait être strictement encadré.
 
Pourriez-vous donner des exemples de cette tension entre démocratie directe et principe représentatif ?
Après le 14 juillet 1789, la municipalité parisienne est renouvelée. Or, d'emblée, le maire, Bailly, voit sa légitimité contestée par les assemblées des 60 discrits de la capitale, certaines liées aux premiers clubs radicaux comme celui des Cordeliers. C'est là que Danton et Camille Desmoulins, qui n'ont pu être élus députés, s'illustrent. Les Cordeliers réclament le mandat impératif et la possibilité de faire comparaître les représentants devant les électeurs. Leur gestion serait soumise au jugement du peuple, qui pourrait leur interdire de se représenter.
Un autre exemple: la Constitution de juin 1793, promulguée puis suspendue "jusqu'à la paix", comprenait la possibilité de soumettre les lois à une sorte de référendum d'initiative populaire abrogatif. La loi approuvée par la Convention devait être envoyée à toutes les communes. Si un dixième des assemblées primaires des cantons d'une majorité de département le réclamait dans un délai de 40 jours, la loi était soumise au vote de tous les citoyens. Ce dispositif, imaginé par Condorcet, n'a jamais été appliqué.
 
La situation de la France à l'heure des "gilets jaunes" vous paraît-elle présenter quelque analogie avec ces traits de la Révolution ?
Les historiens n'aiment pas les comparaisons. Les différences entre les deux époques sont évidentes. On peut néanmoins tirer certains enseignements d'ordre général. La théorie de la souveraineté nationale qui triomphe en 1789 supposait une identité parfaite entre la volonté du peuple et celle de ses représentants. Une conception aussi rigide et absolue a favorisé, tout au long de notre histoire, l'antiparlementarisme. Entre les citoyens et la représentation nationale, il n'y avait plus rien, plus aucun des corps intermédiaires qui, dans l'ancienne France, faisaient écran entre les Français et le roi. Le système notabilitaire du député-maire a longtemps atténué les inconvénients de ce legs historique en garantissant un lien entre les représentants et les administrés.
Or, aujourd'hui, les lois anti-cumul ont coupé les derniers liens qui unissaient encore les citoyens à leurs députés. Le Parlement, déjà très faible depuis 1958, n'a même plus la légitimité que garantissait, pour les parlementaires, le fait de diriger aussi des exécutifs locaux. La diminution du nombre de députés voulue par Emmanuel Macron va encore aggraver le problème. Voilà l'exécutif et la société française face à face pour la première fois de notre histoire. La crise des "gilets jaunes" vient de le montrer. Leur ennemi, c'est le Président, et ils rejettent tout appui venant de la classe politique. Une société morcelée, désunie, un pouvoir contesté, des institutions qui ne produisent plus aucune cohésion, voilà où nous en sommes.
Patrice Gueniffey, Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), a publié de nombreux ouvrages salués par la critique, tel "La politique de la Terreur. Essai sur la violence révolutionnaire" (Gallimard, coll. Tel, 2003).

Propos recueillis par Guillaume Perrault, paru dans Le Figaro, 18 décembre 2018
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L'épopée de "Face à l'Art"
 
2018 se termine sur la nomination de Jean de Loisy à la tête de l’Ecole nationale des Beaux-arts de Paris. Echec, donc, de la  bronca organisée par ceux qui désiraient voir les générations se renouveler… en leur faveur. La place n’est pas de tout repos : l’école est déchirée par des affaires de harcèlements et de racisme qui vont finir au pénal, au point que le précédent directeur fut enfariné par ses étudiants ! Du côté des méga-collectionneurs : perfectionnement des réseaux. Le groupe Les Echos-Le Parisien (qui détient Connaissance des arts), pôle média du géant du luxe LVMH que préside Bernard Arnault, vient de créer sa maison d’édition de livres d’art "In fine"… Les méga-mécènes aiment détenir le plus de maillons possibles dans la chaîne de promotion de leurs poulains artistiques…
 
Mais l’année se termine aussi, hélas, par la disparition du site "
Face à l’Art" né en 2000 ; ce salon virtuel était géré par une association de peintres (1) qui sortaient, grâce à internet, d’un isolement né dans les années 70 après le fameux "retour à l’atelier" : à l’aube des réseaux sociaux, tous les espoirs étaient permis. L’originalité de Face à l’Art fut d’organiser un partenariat critiques/peintres sous forme d’une cooptation croisée et de faire office de lanceur d’alerte, directement ou par l’action personnelle de ses membres, dont certains publièrent des livres sur l’état déplorable de la Peinture en France (2). Non contents de se prendre en main, de s’impliquer dans des expositions, (il appartiendra à une nouvelle génération de suivre cet exemple) ces artistes montèrent des colloques comme celui d’ARTSENAT en 2003 avec exposition à l’Orangerie et dans les jardins du Sénat ; des tables rondes sur l’exclusion des peintres réunirent des personnalités du monde de l’art (3) ce que résume bien la petite vidéo de Claude Yvans (Cliquez ici).
 
A partir de 2006, Face à l’Art animera un blog de discussion, autour de l’interventionnisme étatique dans la création, des soi-disant “retours de la Peinture”, ou du discrédit de celle-ci dans les écoles nationales, ou encore des dérives d’un Art financier chéri par la mondialisation. Un dernier colloque au Sénat, en 2013, porta sur "Trente ans de création dirigée par l’État, constat, conséquences et perspectives, 1982-2013" (4). Mais les politiques ne se saisiront pas du dossier, laissant la bureaucratie continuer son travail de sape.
 
De Face à l’Art, il nous reste toutes les peintures créées envers et contre tout et le projet d’une œuvre collective étonnante, "Collection privée" (2002). Elle consistait à enfermer des toiles peintes, de la Peinture donc, entre deux panneaux de béton pour manifester l’occultation de la Peinture en France. Bizarrement, on se demande bien pourquoi, cette magnifique installation n’a pas séduit les officiels de l’Art français ; il est vrai que cette œuvre conceptuelle était porteuse de sens. En matière d’art conceptuel, les artistes de l’œil et de la main ont souvent des idées épatantes. Le sculpteur René Letourneur suggéra, dès 1958, en réponse à Yves Klein, d’exposer une salle vide avec la signature de l’artiste au sol "à l’endroit où doit se trouver le visiteur après sa chute, un fil de nylon invisible étant tendu au ras du seuil" (5). Une belle idée d’art corporel, une chouette performance que pourraient reprendre certains étudiants des Beaux-Arts… pour accueillir leur nouveau directeur ?
Sur cette pirouette se termineront les Grains de sel… qui reprendront début 2019, après des fêtes qui, j’espère, vous rendront heureux !

 
 (1)  Franck Longelin et Marie Sallantin furent les initiateurs, rejoints par Pierre-Marie Ziegler, Augusto Foldi , Tania Bruzs etc. Face à l’Art se fera aussi l’écho, par de nombreux liens et commentaires, d’analyses ou d’initiatives diverses.
(2)  Sallantin et Ziegler font partie des auteurs de "1983-2013, Années noires de la Peinture : Une mise à mort bureaucratique" édition Pierre-Guillaume de Roux, 2013.
(3) le sénateur Yann Gaillard, le critique du Monde Philippe Dagen, les sociologues Nathalie Heinich et Alain Quemin, l’écrivain Jean-Philippe Domecq ou Patrick Barrer, auteur d’essais polémiques sur l’Art contemporain et créateur d’Europ’art, ainsi que le  peintre  Cremonini etc,
(4)   Intervenants: Noël Coret, Laurent Danchin, Jean Philippe Domecq, Raphaël Jodeau, Aude de Kerros, Pierre Lamattie, Roland Lienhart, Marie Sallantin, Jérôme Serri, Pierre Souchaud, Christine Sourgins, François de Verdière, Ariane Warlin… Plus d’infos
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Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 18 décembre 2018
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Au titre de l'examen sur l'islam proposé à des étudiants de l'Ircom d'Angers, il leur avait été demandé de rédiger une fiche limitée à deux pages, présentant les points-clés de l'islam et la dimension politique de cette religion dans le monde d'aujourd'hui.
Correction faite, ci-dessous un corrige-type qui, sans être parfait, répond à la question posée.

 
L’islam en deux pages !
 
Introduction :
Depuis le seconde Guerre mondiale et la fin de la colonisation, l’islam fait un retour en force sur la scène internationale, dans le cadre soit de crises internes aux pays musulmans, soit d’un terrorisme international en expansion.
Pour comprendre les enjeux en cours dans une première approche simplifiée à l’extrême, nous évoquerons d’abord le cadre spatio-temporel dans lequel l’islam a pris naissance. Puis, nous en détaillerons les points les plus fondamentaux, spirituels et juridiques, avant de se pencher sur les difficultés rencontrées par cette religion dans le monde d’aujourd’hui.
 
I. Le cadre spatio-temporel 
L’islam est né à la fin du VIème siècle ap. JC, à La Mecque, dans la Péninsule arabique, région marquée par le désert, le silence, le nomadisme et le croisement de multiples cultures et religions (polythéisme, animisme, judaïsme et christianisme), toutes dimensions qui imprègnent profondément cette nouvelle religion.
Selon la tradition, ou doxa musulmane, la Révélation divine serait "descendue" sur Mahomet, considéré par les musulmans comme le dernier, le "Sceau" des prophètes envoyés aux hommes par dieu-Allah, avec pour mission impérieuse de la leur transmettre.
De 620, date de la première révélation, à 632, date de sa mort, Mahomet va consacrer sa vie à répandre cette nouvelle religion, d’abord à La Mecque qui va le rejeter, puis à Médine à partir de laquelle il va fonder le premier Etat musulman que ses successeurs accroitront de façon fulgurante, pour l’étendre de l’Espagne aux confins de la Chine en moins de cent ans.
 
A sa mort, la violente querelle de succession qui opposera les tenants d’un successeur choisi parmi les compagnons de Mahomet et Ali, le gendre de Mahomet, partisan d’une succession héréditaire, donnera naissance au schisme majeur entre sunnisme (90 % du monde musulman) et chiisme (10 %). Par la suite, ce schisme successoral revêtira aussi une dimension sociologique puis spirituelle. Cette fracture majeure marque profondément l’islam encore aujourd’hui.
Par la suite, des dynasties héréditaires puissantes vont se succéder, qui développeront l’empire musulman au maximum de sa puissance politique et militaire dans le cadre d’une rivalité pluriséculaire avec le monde chrétien.
 
II. Les points fondamentaux de l’islam
L’islam est à la fois religion et droit, liant indissolublement spirituel et temporel. Le cœur de la révélation musulmane réside dans la notion d’un dieu-Allah Un, Unique, absolument transcendant.
Le coran et la sunna constituent les deux textes sacrés de l’islam, indissociables l’un de l’autre. Après une phase de transmission orale, le coran a recueilli les "révélations" reçues par Mahomet, regroupées en 114 chapitres ou "sourates", classés par ordre de longueur décroissante, eux-mêmes composés de plus de six mille versets. C’est un texte difficile d’accès qui donna naissance à de multiples écoles d’exégèse opposées. Ces querelles d’écoles se ramènent essentiellement à la question fondamentale de savoir si le coran est "incréé", donc intouchable, ou "créé", donc modifiable. A cette question fondamentale est lié l’usage de la raison humaine pour comprendre la volonté d’Allah, certains y étant favorables, mais la majorité des docteurs de la loi y étant opposés.
La sunna, ou tradition prophétique, est composée de plus d’un million de hadith, textes brefs rapportant les faits et gestes de Mahomet, destinés à expliciter les injonctions coraniques.
 
La notion de communauté, Oumma, prime sur l’individu, tenu de respecter les préceptes coraniques et dépourvu de toute liberté religieuse. L’islam est la religion naturelle de tout homme, quitte à devoir recourir à la violence pour la défendre et la répandre. Parmi les non-musulmans, juifs et chrétiens bénéficient cependant du statut de dhimmmi, qui les autorise à pratiquer leur foi tout en limitant leurs droits et en leur imposant un impôt spécifique.
 
Au plan de la foi, tout bon musulman est tenu de respecter les cinq obligations individuelles (la profession de foi - Il n’y a de dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète-, les cinq prières quotidiennes, l’aumône, ou zakat, le jeûne du ramadan et, une fois dans sa vie, le pèlerinage à la Mecque. S’y ajoute le devoir collectif du djihad, ou guerre sainte, désignant aussi bien le combat sur soi-même, que la défense de l’islam et son expansion.
 
Au plan de la loi, Allah est le législateur suprême. C’est pourquoi le droit divin informe toutes les dimensions de la vie du musulman. Il existe quatre écoles juridiques différentes, parfois opposées, qui fixent le droit pour l’ensemble de la communauté. Ce corpus juridique constitue le Fiqh, ou droit, à distinguer de la chari’a, qui désigne "la voie droite" à suivre pour trouver la paix de l’islam. Dans le monde sunnite, ce droit est figé depuis le Xème siècle, rendant la société musulmane juridiquement inadaptée au monde contemporain.
 
III. La dimension politique de l’islam aujourd’hui
On distinguera trois dimensions qui traduisent le mal-être de l’islam dans le monde d’aujourd’hui, en particulier au Moyen-Orient.
 
Premièrement, les Etats musulmans ont majoritairement récusé la Déclaration des droits de l’homme de 1948, accusée d’être à la fois trop occidentale et trop chrétienne. Ils lui ont substitué trois textes de portée inégale, mais qui font tous de la charia la pierre d’achoppement des droits de l’homme dans l’islam, refusant en particulier la notion de liberté religieuse.
 
Deuxièmement, trois mouvances islamistes, qui visent à ré-islamiser une société musulmane jugée corrompue, s’opposent sur les voies pour y parvenir. Tout d’abord, le salafisme, avec sa version wahhabite saoudienne, cherche à agir par "le bas", via les services sociaux. La conquête du pouvoir ne l’intéresse pas. Cette mouvance veut restaurer un âge d’or mythique d’un islam rêvé des "premiers temps". Ensuite, la confrérie des Frères musulmans, née en Egypte en 1929, privilégie au contraire la conquête du pouvoir par les moyens légaux, pour ré-islamiser la société "par le haut", selon un modèle islamique plus flou. C’est le cas de la Turquie du Président Erdogan. Enfin, les djihadistes, déçus des deux premières mouvances en rupture de ban, font une lecture littéraliste du coran pour légitimer l’usage de la violence. Al Quaïda et l’Etat islamique s’inscrivent dans cette vision.
 
Troisièmement, on soulignera enfin la manipulation du fait religieux, en l’occurrence la scission entre sunnisme et chiisme, à des fins strictement politiques et/ou économiques, par l’Arabie saoudite et la Turquie sunnites et par l’Iran chiite. Ces trois pays concurrents pour assumer le leadership régional au Moyen-Orient, s’appuient sur des gouvernements de la même obédience religieuse pour créer un "arc sunnite" versus un "arc chiite". Ils s’accusent mutuellement de raviver une querelle religieuse millénaire, mais ils le font à des fins beaucoup plus prosaïques.
 
En conclusion, de ce trop rapide survol des fondamentaux de l’islam, il convient de retenir l’extrême complexité d’une religion qui peine à trouver sa place dans le monde sans se renier pour autant. Le défi des musulmans aujourd’hui est bien de moderniser l’islam tout en islamisant la modernité.

Envoyé par l'auteur, 19 décembre 2018
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Plus que jamais, le couple franco-allemand !

La crise des "gilets jaunes" n'a pas seulement provoqué de gros manques à gagner pour le commerce hexagonal. Elle a aussi considérablement détérioré l'image internationale de la France, en raison de l'effet loupe des images télévisées. Les chaînes américaines ont couvert et diffusé principalement les scènes les plus sensationnelles. L'Arc de triomphe est un monument connu universellement : les images de son saccage ont fait le tour du monde. Aux téléspectateurs d'Europe et des autres continents qui ne connaissent pas bien notre pays, elles ont donné le sentiment que les Français étaient un peuple indiscipliné, irresponsable, ingouvernable, gâté par son État-papa. Elles n'ont pas donné envie de revenir aux investisseurs français que la surtaxation socialiste du capital avait chassés de leur pays natal ; elles ont douché les candidats étrangers, au départ attirés par le discours pro-business d'Emmanuel Macron.
La priorité aujourd'hui pour le gouvernement est sa politique intérieure, avec la nécessaire reconstruction d'un modèle socio-économique qui soit à la fois efficace et compris par les gens, et d'un État qui dépense moins, tout en protégeant les plus vulnérables. Mais la politique étrangère ne doit pas pour autant être délaissée, même si la France doit urgemment mettre fin à sa manie de donner des leçons de démocratie aux autres pays.

Vers où notre Marianne à la robe un peu déchirée doit-elle tourner la tête en priorité ?
Vers les États-Unis ? Quand Nixon vint à Paris en février 1969, il écouta avec respect les conseils que lui prodigua de Gaulle (dont celui de reconnaître la République populaire de Chine). Mais le temps n'est plus où l'Amérique est prête à écouter la France. Trump a écrit des tweets quasi insultants contre son jeune président. Quant au Congrès, il estime que la vassalité de la France aux Américains va de soi et qu'elle doit donc, chez elle, appliquer intégralement leurs lois.
Vers la Chine ? Le président Xi Jinping n'a d'yeux que pour l'Amérique. Il porte un regard condescendant sur la France, qu'il voit comme un vaste musée pour touristes, parfois un peu agité. Un pays impuissant face à un Japon qui lui reprend Nissan.
Vers la Russie ? Moscou respecte la France au-delà de la puissance réelle qu'elle représente. Les Russes sont sentimentaux ; ils adorent Alexandre Dumas. Mais Vladimir Poutine est trop déçu par Emmanuel Macron, dont il attendait une politique moins alignée sur les États-Unis en matière de sanctions.
Vers le Royaume-Uni ? C'est de loin notre meilleur partenaire sur la défense. Mais le cadre existe déjà, depuis les accords Sarkozy-Cameron de Lancaster House du 2 novembre 2010, que personne ne songe à modifier. Dans les autres secteurs, le gouvernement de Sa Majesté reste paralysé par un débat qui n'en finit pas sur sa sortie de l'Union européenne.

Il reste donc l'Allemagne. C'est avec elle que nous avons eu la coopération industrielle la plus fructueuse, que nous avons construit Airbus, le seul groupe aéronautique mondial qui soit à la hauteur de Boeing. C'est avec elle que nous partageons notre monnaie, qui rivalise désormais avec le dollar dans les paiements internationaux et les réserves des banques centrales. C'est avec elle que nous pourrons résister à l'hégémonisme commercial chinois, protéger nos brevets et refuser l'extraterritorialité du droit américain.
Relancer l'axe franco-allemand se heurtera certes à des obstacles. Les Allemands ont de plus en plus de mal à nous considérer comme des gens
sérieux. Car nous avons inventé les critères de Maastricht, que nous n'arrivons pas à respecter. Notre déficit public dépassera en 2019 les 3,4 % de notre PIB (le maximum autorisé étant 3 %) et notre dette publique les 100 % (au lieu de 60 %). La pagaille règne dans nos comptes publics.
Mais l'Allemagne peut nous comprendre, qui a parfois soumis sa stratégie à des considérations politiques de court terme. Par peur de ses "gilets verts", elle a pris l'absurde décision d'abandonner le nucléaire. Ses centrales à charbon tournent à fond, nous inondant de particules fines et lâchant actuellement dans l'atmosphère six fois plus de CO2 que nous.
À une époque où l'incertitude mondiale favorise les régimes autoritaires, il est essentiel que l'Allemagne et la France serrent les coudes. Davantage de coopérations sur la recherche scientifique et technique, sur la politique énergétique, sur la cyberdéfense doivent être envisagées.

Paru dans Le Figaro, 18 décembre 2018

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France : de la fureur à la jaunisse
 
On dirait que les médias ne peuvent traiter qu'un seul sujet à la fois. Dès qu'on commence à y voir plus clair sur un mono-sujet, aussitôt on n'en parle plus. Un clou chasse l'autre... 
Et pourtant, la démocratie durable exige de penser dans la durée. Pas dans l'instant. 
Je me pose donc les questions de fond que tout le monde se pose, même si depuis deux jours on parle d'autre chose. Il s'agit de la France, qui n'est plus en fureur, mais qui a toujours la jaunisse.
1. Comment en sommes-nous arrivés là ?
2. Où donc tout cela peut-il aller ?
3. Où donc certains voudraient-ils aller ?
4. Où donc Macron peut-il aller ? 
 
1. Comment en sommes-nous arrivés là ?  
Une fois entendu le discours du chef de l'Etat (10 décembre 2018, 20h), rien n’est réglé : le problème de fond demeure. Il dépasse largement la seule France. Il n’y a encore aucune solution solide et sérieuse 1° pour recentrer le néolibéralisme mondialisé, dont trop de gens ne veulent plus ; 2° pour remplacer le compromis social-démocrate mis à mal par la mondialisation et la révolution industrielle numérique. 
Le président a-t-il ouvert une véritable perspective susceptible de pointer dans ces directions ? Il ouvre à demi le portefeuille et annonce une grande concertation. Celle-ci pourrait mener à quelque chose si le problème de fond était posé. Le sera-t-il ? Il faudrait une hypothèse de travail commune et déjà des concepts, à affuter.  
C’est muni de ces instruments, déjà traduits en pré-projets de lois, et déjà testés auprès de divers auditoires, qu’il eût fallu arriver au pouvoir. Et c’est sous couvert d’une telle perspective d’avenir, que le président Macron eût pu faire accepter des sacrifices raisonnés au peuple français, tout en bénéficiant de la confiance et de l’autorité européenne et internationale absolument nécessaire à un projet ambitieux, qui ne peut pas réussir dans un seul pays à la fois. Le président paye donc son impréparation. Pas d'équipe suffisante, pas de projet mûri, de grandes intuitions certes et de l'enthousiasme, une culture générale, mais il manque une pensée plus forte et une imagination plus audacieuse. Il est le dos au mur. Il voulait présenter une vision d’avenir. Il en est réduit à sauver les meubles. Ses chances de succès ne sont pas nulles mais elles sont minces.

2. Où donc tout cela va-t-il aller ?
A mon avis, il aurait fallu que, cyniquement, il accorde deux à trois fois plus de concessions matérielles, ou qu’il renonce à son programme de candidat pour une vision puissante ouvrant sur l'espérance. L’immense jacquerie actuelle ne va probablement pas cesser, même si elle peut se détendre pour un moment.  
Elle ne mènera à rien d’autre qu’à un immense gâchis s’il n’y a pas d’élites pour la conduire, dotées d’une vision claire de l’avenir. Les partis d’opposition, modérés ou populistes, n’ont pas le début d’un projet sérieux de remplacement du néolibéralisme mondial technocratique qui sévit.
Le psychodrame protestataire auquel nous assistons, et qui s’est assuré désormais un relais chez les lycéens, risque ainsi de devenir une fin en soi. Les petites décisions prises dans urgence ne feront guère que traiter les symptômes tout en aggravant la maladie.
Par exemple, la simple augmentation du SMIC de 10% aura inévitablement pour conséquence de faire augmenter le chômage. Les classes moyennes, sur lesquelles repose la démocratie durable, sont les grandes absentes de son discours. Ce sont pourtant elles qui vont payer la note alors que ce sont elles qui sont sans cesse mises à contribution, bien qu’elles souffrent moins que les classes populaires qui manifestent.
Donc, la tension va se reconstituer, à supposer qu'elle s'apaise, et nous devons prévoir : hystérie populaire, faux semblants du pouvoir impuissants et surtout morosité de la désespérance. Qui nous en fera sortir pour de bon ? Va-t-on aller jusqu'à la révolution et la crise de régime ? 

3. Où donc certains voudraient-ils aller ?
Certains séditieux ne sont pas dépourvus de vision. Ils ne disparaitront pas. Ils pourront profiter du désordre endémique pour tenter de remettre à l’ordre du jour diverses formules totalitaires, néo-communistes, trotskystes ou islamistes. D’autres peuvent estimer que l’avenir consiste dans la démondialisation radicale : la réorganisation de chaque économie sur une base strictement nationale, autarcique ; le renfermement de chaque nation dans sa propre culture et sa propre population. 
Il est malheureusement très clair que ces choix ne peuvent à terme conduire qu’à des dictatures néo-fascistes ou néo-communistes, non pas comme dans le passé, mais sur le mode postmoderne. En l’absence de nouvelle vision sérieuse, telle ou telle de ces tentatives pourrait peut-être avoir quelque chance de réussite, si une main de l’étranger pouvait les pousser. Le recours à l’armée serait-il alors nécessaire ? Nous n’en sommes pas là. 
   
4. Où donc Macron peut-il aller ?  
Le président de la République reste en grande difficulté, car il est isolé. 
Par son image de progressiste dogmatique, il s’est aliéné les conservateurs. Ce terme mérite une explication. Par "conservateurs", je n’entends pas ici les gens qui ont peur des casseurs, ni la Manif pour tous, mais d’abord (car c’est ce qui est pertinent sur le sujet de Gilets jaunes) tous ceux qui souhaitent conserver en l’état les institutions, droits et privilèges reçus des générations précédentes. 
La solitude d’Emmanuel Macron démontre qu’il y a, dans notre pays, une majorité de "conservateurs", qui va bien au-delà des gilets jaunes. Elle démontre aussi qu’à part lui, il n’y a pas grand monde, dans la classe politique, à essayer de formaliser une vision d’avenir pour le pays. Mais sa vision n’est pas populaire en l’état, sans doute parce qu’elle n’est pas assez centriste, au meilleur sens du mot, pour les raisons que nous avons essayé de dire plus haut.   
De plus, le péché originel de sa présidence est le "coup d'Etat légal" qui a volé la présidence aux Républicains. Inutile d'y revenir, mais cela explique en partie sa solitude actuelle. 
De plus, il n’a pas de parti, il s'est isolé de toutes les organisations et il a vexé une infinité de gens... A défaut de vision, le président isolé ne retrouvera une base politique minimale que s'il arrive à construire une transition acceptable entre les traditions nationales démocratiques et sa vision de l’Europe, entre les droits sociaux et la France entrepreneuriale qu’il imagine. Sinon les oppositions furieuses convergeront. La tentation, l'espoir – et peut-être les chances – de le mettre à bas seront alors forts.

Chacun peut admettre de bonne foi que personne n’aurait fait ou vraiment mieux ou vraiment pire que le président Macron, en l’absence de pensée directrice suffisante pour l’avenir. Le peuple français n’est pas composé de veaux. "Le plus têtu de tous les peuples", comme l’écrit The Economist, refuse tout simplement de réformer sans perspective crédible et équitable. La Constitution ne permet pas aujourd’hui le départ du Chef de l’État et son expulsion par la rue est inacceptable. Son départ à cause de pressions et de manœuvres serait un second coup d'Etat semi légal détruisant l’Etat de droit. 
Pour autant, si le président ne trouve pas de meilleure vision, il est condamné à se survivre impuissant pendant encore trois ans et la France à ramer dans le marécage. Le rôle principal du président est de prendre acte du problème de fond et de favoriser la recherche d’une pensée commune véritablement innovante, pour trouver les solutions qui nous sortent tous du trou. 

Le second acte de sa présidence ne peut commencer que par un acte d’humilité. Le plus gros à cet égard reste à faire. Pas seulement humilité de caractère mais de pensée. Pas de pensée de détail, mais dans les principes. Emmanuel Macron doit reconnaître ouvertement que le néolibéralisme a fait long feu, que lui-même a sous-estimé les difficultés et voulu forcer trop de gens à faire trop de choses qu’ils détestent, sans leur offrir ni perspective ni contreparties suffisantes. Ce qu'il doit dire aux Français, c'est qu'ils peuvent s’en prendre à lui s'ils en ont envie, mais qu'ils ne gagneront rien à le crucifier, parce que le problème dépasse infiniment sa personne et sa geste technocratique. 
On peut redouter que sa présidence soit durablement paralysée, ou même qu'à plus ou moins longue échéance elle finisse mal. Toutefois, en l’absence de concurrents vraiment crédibles, de vision alternative rationnelle et non extrémiste, et surtout à défaut d’un goût soudain des Français pour l’aventure et la violence, ce mouvement risque plutôt de pourrir dans la désespérance. 
Mais si Emmanuel Macron veut faire plus que survivre en tapant dur et en faisant semblant d'exister, il doit déjà briser son isolement et se souvenir que le pouvoir est impuissant sans l'autorité qui vient d’une vision de l’avenir et du fond vivant de la culture substantielle. Car il y a une culture française et une culture européenne. 

Paru sur www.henrihude.fr, 13 décembre 2018
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Les Gilets jaunes ne se laisseront pas berner
 
Le débat sur l’immigration ? Disparu. L’augmentation du smic de 100 euros par mois pour tous ? Disparue. Le mea-culpa macronien ? Disparu. Le changement de cap ? Disparu. Une semaine après la réponse du chef de l’Etat aux Gilets jaunes, il ne reste déjà plus grand chose des promesses émises. "Je veux que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, et que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter", avait déclaré Emmanuel Macron lundi dernier. Mercredi, le sujet n’était déjà plus à l’ordre du jour. "Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 (…)", avait-il également annoncé. En réalité, seule la moitié des smicards bénéficieront de la mesure, le salaire du conjoint étant pris en considération pour écarter les couples les plus "aisés". Ce lundi, c’est Gilles Le Gendre, chef de file des députés La République en marche, qui a déclaré en guise de contrition que l’exécutif et la majorité avaient "probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniciens dans les mesures de pouvoir d’achat". Quant au premier ministre, Edouard Philippe, il assure dans Les Echos de ce lundi n’avoir pas l’intention de changer de politique mais au contraire de l’accélérer. Il y a une semaine, le président avait pourtant précisé : "Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies (…) sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé". Les Bernés apprécieront.
 
La mascarade et la suffisance sont des caractéristiques dont la macronie a visiblement du mal à se défaire. Or ces défauts alimentent l’exaspération populaire. Les gens sont en quête de transparence, d’honnêteté intellectuelle, de parler vrai. Comment rétablir la confiance rompue entre la France d’en haut et celle d’en bas si le chef de l’Etat n’est pas même capable de tenir à la lettre des promesses solennelles faites une semaine plus tôt ? Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, évoque désormais l’envoi de "CRS ou de gendarmes" pour faire dégager les ronds-points occupés, après l’échec de la mobilisation des Gilets jaunes, samedi. L’Etat cherche à reprendre la main sur une contestation spontanée qui a fait trembler le pouvoir. Ce serait néanmoins une erreur de la part du gouvernement de croire la révolte apaisée, au prétexte d’un essoufflement des manifestants. Le "grand débat" annoncé risque d’être perçu comme une stratégie dilatoire destinée à étouffer la colère. Or ce jeu est dangereux : les Gilets jaunes ne sont évidemment pas prêts à rentrer dans le rang. D’ailleurs, leur exigence d’un référendum d’initiative citoyenne montre que la crise n’est pas seulement fiscale, ni même sociale. Elle est, plus profondément, démocratique et identitaire. Macron est à la merci d’un retour explosif des Gilets jaunes, si ceux-ci venaient à s’estimer trompés par lui. Pour l’instant, ils ont quelques premières raisons de se sentir floués.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 17 décembre 2018
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