Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Pour en finir avec la loi "baguette magique" : le cas des retraites
 
Le Figaro du 2 septembre publie un article de Libres Echanges, la rubrique de Jean-Pierre Robin, dans lequel il écrit ceci : notre système de retraites est fondamentalement "contributif", et il le restera même si les modalités sont amenées à changer : la pension de chacun, 242,8 milliards d’euros au total en 2016, dépend de ses cotisations. Ce faisant, ce journaliste exprime une opinion extrêmement répandue : ce serait parce que nous cotisons au profit des retraités actuels que nous pouvons compter sur une pension quand nous serons devenus âgés. Or cette idée, pour légalement exacte qu’elle soit, est scientifiquement erronée, tout comme l’était la conviction de nos lointains ancêtres selon laquelle le soleil tournerait autour de la terre.
 
La législation actuelle des retraites est analogue à la représentation de l’univers qui semblait aller de soi avant les travaux de Copernic puis Galilée.
Les astronomes et géographes antérieurs à Copernic et Galilée parvenaient à faire bon nombre de prévisions exactes à l’aide de ce modèle géocentrique erroné. Ils parvenaient par exemple à déterminer par avance la date des éclipses et celle des grandes marées et leur cartographie stellaire permettait aux marins au long cours de se diriger. En revanche, la NASA n’aurait jamais pu faire marcher un homme sur la lune, et les différentes agences spatiales ne réussiraient pas à envoyer des fusées en orbite autour de planètes lointaines, si le modèle galiléen n’avait pas remplacé celui qui plaçait la terre au centre de l’univers. Les réalisations concrètes résultent des avancées de nos connaissances théoriques. La science progresse en bouleversant les modèles, les représentations que nous avons de la façon dont fonctionne ceci ou cela, depuis l’infiniment petit jusqu’à l’infiniment grand.
Les sciences économiques, et plus généralement les sciences humaines, ne dérogent pas à cette règle. Elles construisent des modèles du fonctionnement des sociétés humaines, et notamment de la formation des revenus, qui sont dans un premier temps comme le système géocentrique de Ptolémée au deuxième siècle de notre ère : utiles pour démarrer une aventure cognitive, mais inexactes, induisant des actions inadéquates, elles sont destinées de ce fait à être remplacées un jour par des conceptions rendant mieux compte des réalités.
 
Les coutumes cognitives, et notamment celles que les religions rendaient sacrées, ont souvent freiné le développement des sciences. Le remplacement du géocentrisme par une première théorie de la gravitation universelle a bouleversé la vision du monde utilisée par diverses religions, dont la religion chrétienne. La découverte des micro-organismes par Louis Pasteur, au XIXe siècle, a bouleversé la médecine, la chirurgie … et bien des pratiques : dès que l’on eut compris les principes de la contagion, microbienne puis virale, des principes d’hygiène, puis des médicaments, firent reculer fortement la mortalité. Il ne faut pas croire que notre XXIe siècle n’est pas soumis, comme ceux qui l’ont précédé, à des révisions importantes, et parfois déchirantes, parce qu’elles montrent l’inexactitude de certaines de nos représentations, de nos convictions, et le cas échéant le caractère inadéquat, ou même éminemment stupide et néfaste, de certaines de nos lois.
 
Les retraites par répartition s’appuient sur l’investissement dans le capital humain
Les hommes ont compris, il y a bien des siècles, que pour vivre décemment une fois leurs forces amoindries, compter sur leurs enfants était généralement la moins mauvaise solution. C’est pourquoi beaucoup de religions, et des philosophies très prégnantes, particulièrement le confucianisme, apportèrent leur appui au principe de prise en charge des parents âgés par leurs enfants. Un échange entre membres des générations successives se précisa : le devoir de s’occuper correctement de ses enfants fut rendu plus acceptable par l’instauration d’un devoir réciproque s’imposant aux enfants devenus actifs envers leurs parents devenus âgés. C’était simple et logique : les parents investissent dans leurs enfants puis, âgés, ils vivent des "dividendes" de cet investissement.
Dans les sociétés villageoises, le plus souvent assez stables, ce devoir réciproque, base de l’échange entre générations successives, fonctionna assez bien. La révolution industrielle et l’urbanisation changèrent la donne : les enfants devenus adultes partirent plus fréquemment, attirés par les villes et leurs manufactures. Le système de prise en charge des parents âgés par leurs propres enfants devint moins efficace. Certains hommes politiques comprirent que cela créait une opportunité : faire cotiser les actifs pour, longtemps après, leur verser sous forme de rente viagère de quoi vivre sans travailler. Ou du moins leur en faire la promesse. L’argent récolté devait être investi, de façon que les rentes viagères constituent en quelque sorte les dividendes tirés de cet investissement.
 
Le comportement des hommes politiques a tout gâché
Cette forme de retraite par capitalisation ne tint pas la distance. Il était trop tentant pour les hommes politiques de se servir des cotisations pour des objectifs à plus court terme que la constitution d’un patrimoine capable de produire des revenus substantiels, et cela pendant des décennies. Le passage de la capitalisation à la répartition se fit différemment selon les pays, mais le point d’arrivée fut presque partout le bouleversement de l’utilisation des cotisations : initialement versées, conformément à la loi, pour préparer les futures pensions en investissant, elles cessèrent de servir concrètement à cette préparation, et furent utilisées pour honorer les droits à pension échus.
Cette évolution a provoqué un recul majeur de la rationalité économique. Initialement, les cotisations devaient être utilisées pour investir, et les pensions devaient être payées avec les fruits de ces investissements : c’était parfaitement logique. Désormais, le pay-as-you-go (la répartition) ayant pris force de loi, il restait à préserver les apparences : affirmer, contre toute logique, que si le citoyen X fournissait à l’Etat (ou à un organisme public) des sommes destinées à payer ses engagements envers les retraités, il contribuait ce faisant à la préparation de sa propre retraite. La loi avait fait disparaître d’un coup de vote magique la règle de bon sens selon laquelle préparer l’avenir, c’est investir.
 
Ce recours à la loi baguette magique fut d’autant plus sot que, dans le même temps, les Etats se mirent à investir de manière très conséquente dans le capital humain, particulièrement en prélevant de l’argent pour organiser la formation des enfants et des jeunes. Quelle erreur magistrale fut le recours à l’impôt pour construire des écoles, des lycées, des universités, et salarier des instituteurs, des professeurs, et le personnel non enseignant nécessaire au fonctionnement de ces établissements !  En ayant le bon sens de financer l’enseignement public par des cotisations productrices de droits à pension, le législateur aurait créé un système de retraite rationnel et viable au lieu d’un système de Ponzi.
Bien entendu, ce législateur intelligent aurait aussi attribué des droits à pension future au prorata des contributions apportées à la mise au monde, à l’entretien et à l’éducation familiale des futurs cotisants. Nos lois n’en seraient pas à considérer comme non contributifs les quelques miettes de droits à pension accordées aux pères et mères de famille nombreuse.
La bêtise législative, en matière de retraites, est insondable, parce que nos hommes politiques ont pour la plupart conservé une idée antique, solennelle et fausse du rôle de l’Etat et du fonctionnement de l’économie. Ils ont en tête que l’Etat prélève pour redistribuer, que telle est sa prérogative et sa fonction. Pour une majorité d’entre eux, les retraites consistent à prendre aux actifs pour permettre aux personnes âgées de conserver à peu près le train de vie qu’ils avaient lorsqu’ils travaillaient. La manière de penser "sociale" a étouffé la manière de penser « économique. La redistribution a évincé l’échange.
 
L’occasion fournie par le formidable développement de l’instruction depuis le XIXe siècle a été ignorée par la classe politique, faute de culture économique. La montée en puissance de l’investissement dans le capital humain venait à point nommé pour développer une retraite basée sur l’accumulation de ce capital. Le privé ne pouvait pas intervenir ; seul l’Etat était en position de dire aux actifs : "je vais prélever des cotisations pour financer la formation du capital humain, et en échange vous obtiendrez des droits à pension, puisque je suis en position de rappeler à ceux qui prendront votre relève que, s’ils gagnent correctement leur vie, ils le doivent pour une grande part aux actions et aux dépenses de leurs aînés". L’Etat avait la capacité d’organiser de façon juste et intelligente les échanges entre générations successives, et il ne l’a pas fait. Hommes politiques et hauts fonctionnaires ont multiplié lois et règlements dans une perspective étroitement régalienne : prendre et redistribuer, au lieu d’organiser l’échange qui ne relève pas du secteur privé. Quel gâchis !
L’occasion se présentait, avec un jeune Président, porteur semblait-il d’un projet de réformer bien des choses, et notamment les retraites dites par répartition. La classe politique classique avait été renvoyée à ses foyers, le champ était libre pour faire vraiment du nouveau. Hélas Macron agit comme le dit le vieux dicton : "je vais faire du nouveau … du nouveau qui sera tout-à-fait semblable à l’ancien". Pauvre France !

Envoyé par l'auteur,7 septembre 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Des hommes justes
 
Ivan Jablonka ne souligne pas assez, à mon gré, dans son essai Des Hommes justes, que le surgissement de tels hommes est déjà programmé et produit par les Evangiles : exemplaires, la relation de Jésus avec la femme adultère ou la Samaritaine. Ou par saint Paul dans l’énoncé fondateur de l’Epître aux Galates : "il n’y a plus ni homme ni femme, car tous vous êtes un en Jésus-Christ").
Aussi le Catéchisme de l’Eglise catholique indique-t-il dans les termes les plus clairs que "l’homme et la femme sont créés /…/ dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme ou de femme".
               
Mais le Coran, favorable à la femme (quoi qu’on pense) comme ne l’est nulle autre religion (Muhammad Hamidullah le soulignait dans une forte Préface), est un catéchisme des justes rapports entre les sexes plus satisfaisant que le Catéchisme catholique ou le Nouveau Testament.
Je n’en veux pour preuve que le justement fameux verset 34 de la Sourate IV. Il est sanctifié par le rituel "Allah est Grand", kebir, et même, ajouté-je, akbar, plus grand, comme des attentats répétitifs (bénis soient-ils !) nous l’enseignent.
                
On peut certes ironiser cruellement sur le torticolis mental que s’infligent nombre de commentateurs musulmans actuels pour mettre de l’eau dans le vin d’un verset qui à l’évidence marque l’autorité et la supériorité de l’homme sur la femme et donc l’intérêt de la fesser quand on doute d’elle, c’est-à-dire constamment puisqu’elle est fourbe par essence (sourate XII, verset 28).
Mais il vaut mieux penser que Mahomet, ou plutôt l’Ange Gabriel, c’est-à-dire Allah, mieux renseignés sur la différence des sexes que Jésus, Paul ou les Papes, ont prescrit à l’homme juste (justement parce qu’il est juste) de se comporter envers la femme comme son seigneur et maître. Et je tends à croire qu’en sa miséricordieuse sagesse Allah, sachant l’irrépressible et perdurable besoin mâle de tabasser la femelle, lui en a donné licence quand il le juge bon.
Quand il le juge bon. Tabasser, soit, mais discrètement, délicatement, selon les normes. Quel musulman a jamais commis un féminicide ? La casuistique islamique des horions, du quand, du comment, du combien de fois, est des plus fines.
                   
(Un méchant voisin me susurre que la femme, elle aussi, pourrait avoir envie de battre son mari…. Le salaud ! Je le voue aux sept enfers).
Aussi faut-il se réjouir de l’islamisation de notre pays qui, lorsque le saint Coran y sera substitué à la sacrée Bible, ne connaîtra plus les violences mortifères faites aux femmes. A cette islamisation nos Gouvernants, nos Médias collaborent, sur le mode actif ou passif, n’importe. Les hommes justes, à barbe profuse, bas-ventre glabre, profil salafiste, vont se multipliant. Réjouissons-nous !

Envoyé par l'auteur, 6 septembre 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Cette justice française qui donne le permis de tuer
 
C’est un puzzle. Le puzzle d’une certaine conception de la justice, d’une certaine philosophie de la vie en société.
Un jour, des militants identitaires sont condamnés à six mois de prison pour avoir voulu bloquer (pacifiquement) la frontière entre la France et l’Italie. Quelque temps plus tard, un Afghan tue au couteau dans les rues de Villeurbanne. On apprend alors que ce brave homme avait obtenu le droit d’asile, non parce qu’il était menacé personnellement, mais parce que son pays était en guerre. Il avait été rejeté d’Allemagne, d’Italie et de Norvège. Mais la France doit toujours faire mieux que les autres. La Cour nationale du droit d’asile peut être fière d’elle : il était urgent de protéger cet Afghan du risque d’être tué dans son pays pour lui permettre de tuer dans le nôtre.
Dans l’ancien monde, les jeunes gens qui défendaient leur frontière contre les envahisseurs étaient des héros. Nos monuments aux morts en sont pleins. Aujourd’hui, on les insulte, on les traite de racistes et on les met en prison. Et le Conseil constitutionnel lui-même bénit celui qui ouvre les frontières, le passeur qui transgresse la loi française, met en danger ses compatriotes, au nom du concept fumeux de "fraternité". Dans l’ancien monde, les fous se prenaient pour Napoléon et posaient leur main sur le ventre : dans le nouveau, ils crient "Allah Akbar" et plantent un couteau dans le ventre des passants.
 
Dans l’ancien monde, l’État avait pour mission de protéger les citoyens français à n’importe quel prix. C’était sa légitimité. D’ailleurs, la justice rend ses jugements au nom du peuple français. Aujourd’hui, l’essentiel pour l’État est d’éviter tout "amalgame".
De protéger l’étranger des persécutions imaginaires des Français.
De protéger l’islam de toute "stigmatisation" même si nos compatriotes sont massacrés en son nom.
La justice devrait - ce serait plus clair - rendre désormais ses jugements au nom de l’Humanité. Ou au nom d’Allah ?
Dans le monde ancien, le droit d’asile, c’était Hugo à Guernesey ou Soljenitsyne dans le Vermont. Aujourd’hui, c’est un réservoir inépuisable de combattants d’Allah.
Dans le monde ancien, on renvoyait les délinquants étrangers et les déboutés du droit d’asile dans leur pays. Dans le monde nouveau, on adopte des lois pour éviter à ces pauvres petits les affres de la "double peine".
 
Le renversement de perspective est sidérant. Dans les années 70, les membres du Syndicat de la magistrature distribuaient à la sortie de leur école la fameuse "harangue de Baudot" qui enjoignait de juger avec partialité, de privilégier le pauvre contre le riche, la femme contre l’homme, l’enfant contre le père, l’ouvrier contre le patron, l’immigré contre le Français.
Cinquante ans plus tard, ils peuvent regarder avec une légitime fierté l’œuvre accomplie.

Paru dans Le Figaro Magazine, 6 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Ces violences impunies faites à la France
 
Ainsi va la France maltraitée : ceux qui défendent des frontières sont sanctionnés par la Justice et traînés dans la boue ; ceux qui les violent sont décorés et traités en héros.
Jeudi dernier, le tribunal correctionnel de Gap a condamné à six mois de prison ferme trois responsables du mouvement Génération identitaire. Au printemps 2018, leur organisation avait occupé symboliquement le col de l’Échelle, qui délimite les Alpes italiennes et françaises : un passage utilisé par des clandestins.
Pour sa part, en juillet dernier, la ville de Paris a offert sa médaille Grand Vermeil à Carola Rackete et Pia Klemp (qui l’a refusée), les "capitaines courage" du Sea Watch 3. Leur navire avait forcé les eaux territoriales italiennes pour débarquer des clandestins à Lampedusa.
Génération identitaire avait déjà été condamnée après une occupation momentanée, en 2012, du chantier de la grande mosquée de Poitiers.
En comparaison, les "sans papiers" qui ont, cet été, envahi le mausolée du Panthéon aux cris de "Debout les morts !" en sont ressortis libres et n’ont pas été inquiétés par la justice.
Ainsi va la France déboussolée…
 
Rien n’ébranle les certitudes du petit monde qui a décrété la France "pays ouvert". La générosité de façade des mélangistes suffit à leur donner raison, en dépit des drames humains nés de leur utopie.
L’autre jour, le maire (PCF) d’Avion (Pas-de-Calais) a choisi de reloger ailleurs les 41 locataires d’une tour tombée aux mains des caïds. La débandade est passée quasi inaperçue. Ces abandons sont monnaie courante, tant les territoires perdus s’étendent comme des flaques. La loi des couteaux et des armes à feu s’est banalisée, y compris dans des villes naguère paisibles.
À Villeurbanne, samedi, c’est un jeune Savoyard de 19 ans, Timothy, qui a été égorgé et éventré par un Afghan. Il a expliqué avoir reçu d’Allah l’ordre de tuer. L’assassin bénéficiait d’un droit d’asile en dépit de plusieurs identités usurpées.
Mais si l’État ne surveille plus ses frontières, s’il ne contrôle plus les demandeurs d’asile, s’il recule devant la canaille, à quoi sert-il ? Timothy serait en vie si les "élites" avaient accepté de prendre enfin leur distance avec l’idéologie diversitaire - le diversitisme - qui disloque le pays et l’ouvre à l’islam.
 
L’État est doublement coupable, quand il renonce à protéger son peuple et laisse punir ceux qui pallient ses insuffisances. Faudrait-il poursuivre les citoyens qui ont tenté d’arrêter l’Afghan au prétexte que ce rôle revenait d’abord à la police ? Absurde. Tous les docteurs Folamour, qui ont rejoint la macronie, devraient répondre de leurs trahisons : ils persistent à abîmer la nation au prétexte qu’elle devrait éviter le "repliement". Ce poncif fait baisser les bras devant les violences impunies faites à la France. Ses règles d’accueil sont si laxistes qu’elle est le pays d’Europe qui accepte le plus de demandeurs d’asile. Les fraudeurs sont quasi assurés d’y trouver les allocations et les hébergements qui leur sont refusés ailleurs, comme en Allemagne. Ils savent que les nombreux déboutés ont peu de chance d’être expulsés. Les clandestins peuvent même espérer décrocher, à terme, la nationalité française et sa carte Vitale…
 
Le plus odieux est d’entendre les gentils fossoyeurs accuser l’"extrême droite" d’instrumentaliser les drames qu’ils produisent. Ils sont imperméables à la critique. Ces gens triturent les faits et la morale jusqu’à l’indécence. Le gratin de Saint-Germain-des-Prés a vite passé l’éponge sur le passé antisémite et négationniste, dévoilé récemment, de l’écrivain Yann Moix. Il est vrai que Moix, converti au parti du Bien, n’en finit plus de se rédimer en louangeant Bernard-Henri Lévy, en dénonçant les "xénophobes", en soutenant les "migrants", en s’enthousiasmant à la perspective d’une France "qui pourra être musulmane". Il a tout bon. A contrario, Renaud Camus reste le pestiféré en dépit du faux procès en antisémitisme qui lui fut fait au début des années 2000. Il faut dire que le talentueux homme de lettres ne fait rien, lui, pour s’amender. Il ne cesse d’alerter sur l’immigration de remplacement et la déculturation…

Paru dans Le Figaro, 6 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Retraites, éducation : pour la rentrée, l'heure est à la concertation !
 
EDITO - Réforme des retraites, réforme de l’enseignement, Grenelle contre les violences faites aux femmes, privatisations… Autant de sujets de concertation pour cette rentrée 2019.
 
Le mot d'ordre de la fameuse "rentrée" c'est "la concertation". Le principe consiste à demander l'avis de tout le monde sur un sujet afin de reporter les décisions avec détermination avant d'autres concertations, tout en maintenant fermement les réformes.
Le leitmotiv de tous ces atermoiements : le "manque de moyens". Ah ! Si on avait plus de moyens tous les problèmes seraient résolus... Et, franchement, si les dépenses de l'Etat étaient une garantie de bon fonctionnement, nous serions un pays d'excellence, voire les premiers du monde ou presque. Bercy cherche donc des rentrées d'argent mais, pour Bercy, c'est tout le temps la rentrée.
La "rentrée politique" est "en ordre dispersé". Les universités d'été des partis fleurissent, les partis aussi, surtout à droite. Mais c'est aussi l'occasion de repartir en vacances, à
La Baule pour LR par exemple. Plus amusant que "Libres" à Brive la Gaillarde. La gauche, elle, a tenté cette année de reprendre du service après avoir séché son université pendant 4 ans : absentéisme prononcé et remarqué des anciens élèves. Les écolos à Toulouse et les Insoumis... nulle part. En cure de repos pour se remettre des défaites. La rentrée de Xavier Bertrand se fera carrément à la TV dans une émission spéciale sur France 2 : il va gagner le prix de l'université à plus forte audience.
 
La rentrée des grèves
Les mêmes politiques ont été nombreux à se rendre à la nouvelle "Rencontre des Entrepreneurs de France" du Medef qui ne voulait plus s'affubler du nom d'université par modestie. Les entrepreneurs sont les seuls à ne pas donner de leçons alors que ce sont eux qui financent la fameuse rentrée et les "moyens" réclamés !
Les syndicats sont en échauffement musculaire, on les plaint sachant que chaque réforme doit avoir sa manif "contre". Le programme est impressionnant et bientôt on s'attend à une manif pour surcharge de manifs. On sent comme une lassitude des opposants. A tout hasard FO a rempli une case de l'emploi du temps manif : le 21 septembre. Les autres comme d'habitude hésitent à rejoindre. Et puis il y a la rentrée des grèves ! Certaines se sont prolongées pendant l'été mais les médias ont un peu fait une grève estivale sur le sujet.
Réforme des retraites : avec le changement de programme, on ne sait plus très bien contre quoi manifester sinon contre le fait de travailler plus, c'est un basique. Sur le sujet, on continue de se concerter d'arrache-pied, d'autant plus que le président de la République a jugé que la dernière concertation de 18 mois n'était pas la concertation qui convenait et que l'ouverture d'une autre concertation était possible. La rentrée du gouvernement commence
par la nomination de la rentrée du commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye comme ministre pour mieux continuer la concertation.
 
Dépassons vite la rentrée
Pour la réforme de l'école qui est presque une révolution, la rentrée s'est étonnement bien passée, le temps de bien comprendre le contenu des programmes repousse d'autant les manifs. Le drapeau français sera dans toutes les classes avec le texte de la Marseillaise. Et, devinez quoi : les écoles se plaignent de ne pas avoir les moyens d'acheter autant de drapeaux ! Rassurons-nous on a mis pour l'instant le drapeau en photo... 
Rentrée de la privatisation, ou non, des Aéroports de Paris : forcément on se concerte.
Rentrée avec un
"Grenelle"
d'une journée contre les violences faites aux femmes. La conclusion : les moyens sont insuffisants ! Faire cesser ces drames et ces meurtres est une nécessité absolue mais on voit mal comment plus de moyens vont vraiment empêcher la violence ? C'est tout un système qu'il convient de renforcer et d'accélérer, de l'accueil au commissariat à la justice en passant par la responsabilité de l'entourage... 1.000 places d'accueil pour les femmes violentées, franchement plus simple de virer le coupable du domicile conjugal non ? Plus le temps de se concerter, il va falloir agir et vite malgré "l'Etat profond" dénoncé par Emmanuel Macron qui désigne implicitement cette fonction publique souterraine qui freine des 4 fers et empêche l'efficacité des lois et des mesures. La vraie, seule réflexion de la rentrée à méditer.
 
Actualité folle
Et puis votre rentrée à vous : le banquier, l'entreprise, les cahiers, les machines à laver qui n'en finissent plus (mesdames), les inscriptions, les bonnes résolutions, la date (vite) des prochaines vacances, votre gestion personnelle de la planète et votre participation au non réchauffement, le budget familial, sans compter cette actualité folle qui nous épuise car les journalistes ont fait leur rentrée et il faut aussi se concerter soi-même pour savoir quoi penser.
La note positive de la rentrée ce fut quand même le G7, ou franchement notre Président nous a fait honneur. Sans compter que nous avons été tous unis derrière Brigitte insultée lamentablement ... avant de s'en sortir triomphalement, il y a décidément de nombreuses sortes de violences faites aux femmes.
Vivement qu'on soit rentré qu'on ne nous parle plus de rentrée...

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 5 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Le "problème à traiter" de Jean-Marc Jancovici
 
Dans sa 
leçon inaugurale à SciencesPo du 29 août 2019, où il reprend son cours au Mines de Paris, Jean-Marc Jancovici souligne remarquablement le "problème à traiter" en partant d’un constat difficilement contestable, à savoir que toute notre vie n’est composée que de ressources transformées, elles-mêmes n’étant toutes, que de l’énergie transformée. Il précise que ce sont les machines qui ont fait de nous des "supermen pour de vrai", en multipliant notre puissance personnelle en moyenne par 200, et en occident dans les villes par mille ou deux mille. Cela s’est fait en deux siècles en passant des énergies renouvelables aux énergies fossiles dont le côté apparemment illimité n’a jamais permis de réflexion sur le coût de leur reconstitution qui devrait en toute logique être pourtant provisionné.
 
Avec quelques formules-chocs il nous rappelle des vérités oubliées : "L’énergie c’est la capacité à transformer l’environnement", "Dans un seul litre d’essence il y a la même capacité à transformer l’environnement que dans 10 à 100 jours de travail de force d’un être humain", "Dépenser de plus en plus d’énergie c’est utiliser de plus en plus de machines", "Chaque être humain exploite sans s’en rendre compte des milliers de machines". Il constate que nous avons simplement remplacé l’esclavage humain par l’armée d’esclaves que sont les machines, en considérant toujours que la ressource est illimitée donc gratuite, et que l’on ne paye que son ramassage.
 
Le problème est parfaitement posé mais il bute sur les solutions en commençant pourtant par donner une excellente définition de l’économie, "l’économie c’est la compréhension des facteurs limitants dans la production". Mais il ne tire pas les conséquences de sa propre définition car il ne parle que des facteurs limitants que sont pour lui l’émission de CO2 par toutes les machines thermiques et la lente destruction de la Terre par une consommation inconsidérée de ses ressources.
Il ne parle pas du premier facteur limitant, le plus naturel, celui qui devrait nous mettre obligatoirement et naturellement devant notre problème pour utiliser notre intelligence à le résoudre, même si nous ne savons pas aujourd’hui comment. Il élimine au contraire cette limite essentielle en disant : "Du pognon il y en a". Ce facteur limitant normal dont il ne dit pas un mot, c’est la rareté normale de l’énergie monétaire. Le problème de notre civilisation, c’est que nous avons volontairement oublié la source de cette énergie pour ne pas voir son épuisement. Nous avons sombré dans la "
pigilithie
" dont nous devons nous vacciner car elle nous empêche, par la fuite en avant, d’affronter notre problème. La monnaie est une énergie dont nous avons perdu la source. C’est cette énergie sans source qui fabrique les machines qui grignotent la Terre. Jean-Marc Jancovici a parfaitement raison de dire que "PIB ou  CO2, il faut choisir" mais il doit prendre conscience que le PIB n’est que la somme de nos dépenses de consommation ou d’investissement et que ce PIB est fabriqué artificiellement par une énergie monétaire sans source, "apigique".
 
Certains pourront se contenter de la réponse proposée par Contrepoints D’où vient l’argent ? Du chiffre d’affaires des entreprises, point. Personnellement cette réponse me fait simplement me remémorer la réplique culte de Thierry Lhermitte : "Je n’aime pas dire du mal des gens mais effectivement elle est gentille". D’autres pourront, comme Jean-Marc Jancovici, vouloir soigner le malade sans chercher la cause de la maladie, faire des vœux pieux : "Faire des propositions qui n’ont plus besoin de la croissance". Mais c’est en s’intéressant plus sérieusement à la source de l’énergie monétaire que les solutions apparaîtront enfin. C’est en faisant une vraie révolution personnelle par la compréhension que l’énergie monétaire n’est pas plus gratuite que les énergies fossiles que les générations montantes pourront sortir du constat désespéré de Jean-Marc Jancovici et sauver notre, … leur civilisation.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 3 septembre 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Le vrai scandale du G7 de Biarritz est la présence de Paul Kagamé, président du Rwanda
 
Le vrai scandale de sommet du G7 de Biarritz est qu’on y ait invité Paul Kagame, président du Rwanda, le chef d’Etat qui a aujourd’hui sur la planète le plus de sang sur les mains.
Pour parler de la lutte contre les inégalités dans le monde, il fallait quelques Africains : comme ancien président de l’OUA, Kagamé a figuré parmi les élus admis à côtoyer les grands de ce monde. Macron qui n’a jamais caché sa sympathie pour ce personnage, semble avoir été à l’origine de cette invitation mais les six autres chefs d’Etat ont accepté qu’il soit là.
 
Est-il utile de rappeler les faits amplement documentés par de grands journalistes comme Pierre Péan que nous venons de perdre ou la canadienne Judi Rever et ne contestent que quelques naïfs victimes de la propagande de Kagame ? L’ethnie tutsi (8 % de la population au départ), chassée en 1960 du pouvoir qu’elle détenait depuis le Moyen Age par la règle démocratique au bénéfice de la majorité hutu (89 %), tente de le reprendre, sous la conduite de Kagamé à la tête d’une armée d’émigrés qui envahit le pays en 1990. Massacrant à tour de bras le Hutus, elle s’approche de la capitale en 1994 au moment où le président hutu du Rwanda (et celui du Burundi voisin), est victime d’un attentat contre son avion le 6 avril, dont personne de sérieux ne doute aujourd’hui qu’il ait été organisé par Kagamé lui-même. Affolés, les Hutus se mettent à massacrer à tour de bras plusieurs centaines de milliers de Tutsis non émigrés (ce que Kagame avait certainement prévu, ce massacre lui permettant de légitimer sa prise de pouvoir minoritaire aux yeux d’une opinion mondiale qui n’a pas marché, mais couru). Arrivé au pouvoir Kagamé a entrepris en 1997 une chasse aux Hutus réfugiés au Congo voisin qui a fait, elle, plusieurs millions de victimes, hutus ou congolais. Le nouveau Prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege, congolais, qui soignait les femmes victimes de la soldatesque de Kagamé, a rappelé récemment ces faits.
 
Kagame a pourtant réussi à imposer au monde une version tronquée qui ne retient que le massacre des Tutsis et occulte celui des Hutus qui a fait environ dix fois plus de victimes.   
C’est pourquoi on peut dire que Kagamé a tué au total plus de gens que Pol Pot. Inviter Pol Pot à un sommet du G7 en 1977 n’aurait pas été plus scandaleux que d’inviter Kagamé à Biarritz. Que Kagamé soit néanmoins reçu partout comme un homme honorable jette un éclairage singulier sur notre temps, de plus en plus orwellien.
Le plus cocasse est que la philosophie inavouée mais évidente de Kagamé est qu’une ethnie minoritaire, les Tutsis, qui se tient pour une élite plus intelligente que les autres, a le droit de gouverner une majorité jugée plus bornée, les Hutus, quitte à massacrer plusieurs millions d’entre eux et à manipuler l’opinion mondiale pour y parvenir. Aujourd’hui, cette minorité ne se maintient que par la terreur. Est-ce en raison de cet élitisme que le monde anglo-saxon dans son ensemble a soutenu Kagamé alors que la France de Mitterrand, égalitaire, appuyait la majorité hutu - mais pas assez pour arrêter Kagamé ? Il faudrait le demander à Emmanuel Todd.
 
D’un élitisme à l’autre 
La présence de Kagamé à un sommet comme le G7 n’est pourtant pas autant qu’on pourrait le croire une incongruité : elle est cohérente avec le caractère mondialiste du sommet : sauf Trump, les autres participants, Macron en tête, sont partisans de la mondialisation, dont l’aboutissement est à terme, par un effet de vases communicants, d’aligner la richesse des riches de tous les pays sur celle des plus riches du monde et la pauvreté des pauvres de tous les pays, Européens en tête, sur celle des plus pauvres du monde, bref d’accroitre massivement les inégalités : dans univers ouvert aux quatre vents, les forts se débrouilleront toujours mieux que les faibles.
 
Cette conception darwinienne (ou nietzschéenne comme on voudra) est à peine dissimulée dans les sommets des officines qui prétendent régir le nouveau monde : Trilatérale, Bilderberg, dont le président français est le poulain.
Elle  n’est pas dissimulée du tout par un ami de Macron, conférencier à Polytechnique (1), qui affirme tout de go que les Gilets jaunes représentent la classe moyenne inférieure et les gens du peuple en voie de déclassement que l’intelligence artificielle et l’amélioration de l’humanité par le transhumanisme rendront, selon lui, bientôt inutiles. La révolte des Gilets jaunes, présents aux portes de Biarritz, est selon lui la réaction désespérée de gens peu intelligents (on voit que ce monsieur qui croit l’être n’est jamais allé discuter avec eux sur les ronds-points !), aux abois, que la mondialisation va inéluctablement réduire à la misère : "Dans un capitalisme de la connaissance, les gens malins ont plus de pouvoir et de revenu que les gens moins malins".
 
Comme toute idéologie est menteuse, le mondialisme inclus, le communiqué emphatique de l’Elysée place cette rencontre sous le signe de l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen "les homme naissent et demeurent libres et égaux en droits", exactement le contraire de ce que pensent les dirigeants réunis à Biarritz et naturellement leur invité vedette Kagamé.
 
(1) https://www.youtube.com/watch?v=kyLysKUMyyU

Envoyé par l'auteur, paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 23 août 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Un réformisme ambigu (Islam)
 
La période charnière entre les XIXème et XXème siècles a mis en évidence la supériorité culturelle, économique et politique de l’Europe sur les sociétés musulmanes frappées par la décadence. Cette situation représentait "un scandale profond pour le monde musulman qui considère que, par vocation divine, il devrait être le plus prospère" (Christian Van Nispen, "Histoire de la théologie islamique : tendances réformistes et modernistes", Se Comprendre, avril 1996, p. 3).
N’est-ce pas l’assurance qu’Allah donne aux musulmans ?

"Vous êtes la meilleure des communautés suscitées parmi les hommes" (Coran, 3, 110).
 
Face à ce contraste, plusieurs courants de pensée ont alors émergé au sein des sociétés islamiques pour rechercher les causes de leur retard – était-il dû à l’Islam comme le prétendaient certains Occidentaux ou bien aux musulmans eux-mêmes ? – et proposer des solutions. Ce moment reste dans l’Histoire comme celui du "réformisme islamique".
 
Les fondateurs 
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le mot "réformisme", ce mouvement, fondé au Caire en 1883, ne s’inspira ni de l’ouverture engagée par Méhémet Ali ni de la Nahda ni des réformes turques, épisodes annonciateurs de modernité. Les options des trois principaux instigateurs du réformisme musulman – le Persan Jamal el-Din dit El Afghani (1839-1897), l’Egyptien Mohamed Abdou (1849-1905) et le Syrien Rachid Ridâ (1865-1935) – variaient en outre selon les circonstances et les idées de chacun.

 
           Jamal el-Dine El Afghani
La pensée de ce grand voyageur connut d’importants revirements qui lui valurent d’être accusé de duplicité. Né chiite en Iran mais se présentant comme Afghan sunnite afin de mieux diffuser ses idées au sein du sunnisme (90 % du monde musulman), évoluant entre le panislamisme et le soutien aux nationalismes, il connut aussi un exil en France (1883-1885) où il adhéra à la franc-maçonnerie. En 1881, il avait publié en Inde un essai intitulé Réfutation des matérialistes dans lequel il soutenait que le matérialisme athée, inspiré par l’Occident, était la cause de l’avilissement de toutes les sociétés. Traduit en arabe par son disciple Mohamed Abdou, ce livre connut un grand succès au Proche-Orient.
Après avoir, à ses débuts, assuré que la religion musulmane avait "étouffé la science et arrêté le progrès", El Afghani "revient à l’islam qu’il présente comme le sommet de l’intelligence" (Dominique Urvoy, Histoire de la pensée arabe et islamique, Seuil, 2006, p. 590-593). En fait, "il fut un agitateur plus qu’un penseur " (Dominique et Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, PUF, 1996, p. 705).

 
           Mohamed Abdou
Ancien étudiant d’El Azhar (Le Caire), journaliste et enseignant, il s’attacha à promouvoir le réveil islamique. Révoqué de l’Université, il rejoignit El Afghani à Paris (1884) avec lequel il édita une revue, Le lien indissoluble, destinée au public oriental, mais dont la durée n’excéda pas quelques mois (13 mars-17 octobre 1884). Les deux hommes se séparèrent.
Autorisé à rentrer en Egypte, où il exerça les fonctions de cadi (juge) puis de mufti (consultant en droit), Abdou y publia son livre fondamental, Traité de l’unicité divine (1897), dans lequel il recommandait le retour aux sources tout en démontrant que l’islam est une religion éminemment raisonnable, traçant ainsi une voie moyenne entre les tendances opposées des conservateurs et des modernistes. Ainsi, ses fatouas (décrets politico-religieux) contiennent des assouplissements juridiques : il se montrait réservé sur la polygamie et admettait le prêt à intérêt.
"Mais Abdou s’inscrit dans une démarche religieuse et non dans une démarche scientifique permettant un réel épanouissement de l’esprit et de son sens critique", note l’universitaire tunisienne Faouzia Charfi (Sacrées questions…, pour un islam d’aujourd’hui, Odile Jacob, 2017, p. 81).

 
           Rachid Ridâ
Cet intellectuel consacra tous ses travaux à raviver l’esprit de l’islam dans une perspective politique plus que religieuse. En 1899, il édita dans ce but au Caire la revue El Manâr ("Le Phare"), à laquelle collabora M. Abdou dont il ne partageait pourtant pas la souplesse en matière juridique. Ridâ était en outre très réservé quant à l’éducation des filles.
En 1909, il créa une Société de propagande et de formation qui accueillait des étudiants de divers pays auxquels était délivré un diplôme leur permettant d’être missionnaires de l’Islam. Ce faisant, il inspira largement le salafisme. Cf. infra. A son programme figurait la restauration du califat (aboli par Atatürk en 1922). L’échec de ce projet ne l’empêcha pas de défendre "la nécessité de cette institution et du lien intrinsèque en Islam entre spirituel et temporel, entre religieux et social et politique" (C. Van Nispen, op. cit., p. 5).
En réalité, Ridâ durcit "le courant réformiste en un sens toujours plus conservateur voire fondamentaliste (considérant qu’avec les “fondements” – Coran et Sunna du Prophète – tout l’essentiel est donné et qu’on n’a qu’à y retourner)". Il eut même "une influence décisive sur la naissance du mouvement des Frères musulmans" fondé en 1928 par un instituteur égyptien, Hassan El-Banna (Ibid.). On comprend alors pourquoi Tariq Ramadan, petit-fils de ce dernier, voit en lui un acteur essentiel du réformisme (Aux sources du renouveau musulman, Bayard, 1998, 479 p.).
Les positions de Ridâ rejoignaient celles d’une majorité des musulmans. La mentalité moderniste qui émergeait alors sous l’influence croissante des universités européennes et des missions chrétiennes au Levant, avec la transformation de la vie sociale et politique qui s’annonçait, était loin de faire l’unanimité au sein de l’Oumma (la communauté des musulmans). "Pareil effort de transformation s’accompagnait d’un malaise et d’une volonté de refus de la part de bien des populations islamiques, choquées dans leurs habitudes et farouchement opposées à toute adaptation qui correspondait pour elles à un abaissement de l’islam" (D. et J. Sourdel, op. cit., p. 705).

 
Pour un retour aux sources 
Le réformisme n’envisageait donc pas une modernisation en profondeur de la pensée islamique mais il prônait une restauration de la religion authentique, purgée de tout ce qui était assimilé à la corruption et aux superstitions, surtout des éléments étrangers qui s’y étaient greffés. Il condamnait les "innovations blâmables" (bidaâ) comme étant la cause de "l’immense retard" que "les sociétés musulmanes avaient pris par rapport à l’Occident, un retard qui les avait rendues vulnérables face au danger de la colonisation" (F. Charfi, op. cit., p. 87).
Le déclin ne pouvait donc pas être imputé à l’islam mais aux musulmans. "Bien loin de réclamer des musulmans qu’ils se mettent à l’école de l’Europe en “recevant” le positivisme rationaliste, il [El Afghani] les somme de revenir à leur islam dont ils se sont détournés " (Hichem Djaït,La crise de la culture islamique, Fayard, 2004, p. 151).
Le réformisme n’envisageait donc pas une modernisation en profondeur de la pensée islamique mais il prônait une restauration de la religion authentique, purgée de tout ce qui était assimilé à la corruption et aux superstitions, surtout des éléments étrangers qui s’y étaient greffés. Il condamnait les "innovations blâmables" (bidaâ) comme étant la cause de "l’immense retard" que "les sociétés musulmanes avaient pris par rapport à l’Occident, un retard qui les avait rendues vulnérables face au danger de la colonisation" (F. Charfi, op. cit., p. 87).
Le déclin ne pouvait donc pas être imputé à l’islam mais aux musulmans. "Bien loin de réclamer des musulmans qu’ils se mettent à l’école de l’Europe en “recevant” le positivisme rationaliste, il [El Afghani] les somme de revenir à leur islam dont ils se sont détournés " (Hichem Djaït,La crise de la culture islamique, Fayard, 2004, p. 151).

 
Le réformisme ne se référait pas au moutazilisme, courant intellectuel qui, au IXème siècle, préconisait l’usage de la raison et du libre-arbitre, refusant de se soumettre au dogme d’un Coran incréé. Ses initiateurs mettaient certes en avant la légitimité du recours à la raison en vue de "retrouver les chemins du progrès social et du savoir" mais "dans les limites imposées par la religion". Car "les réformistes musulmans étaient convaincus que les principes de modernité étaient présents dans l’islam" (F. Charfi, op. cit., p. 87-88).
Ils s’appuyaient pour cela sur le Coran :

- "Venez à ce qu’Allah a fait descendre, venez à l’Envoyé [Mahomet]" (4, 61) ;
- "Ô vous les croyants ! N’anticipez pas sur Allah et sur son Prophète" (49, 1).
- "Ce que vous donne l’Envoyé, prenez-le. Ce qu’il vous interdit, tenez-vous le pour interdit" (59, 7). Ce verset invite à obéir aux préceptes contenus dans la Sunna (la Tradition mahométane), considérée comme un complément du Coran.

Vers l'islamisme
A ces références sacrées, les réformistes ajoutaient, "comme source éclairante et non comme donnée canonique, la tradition des salaf, mot signifiant les Pieux Ancêtres ou les Pieux Prédécesseurs, littéralement “Ceux qui viennent avant”, par opposition aux khalaf, “Ceux qui viennent après”. Ils englobent la société islamique des trois premières générations, réputée parfaite, celle des Compagnons du Prophète, celle des “Suivants” et celle des “Suivants des Suivants” " (F. Charfi, op. cit., p. 81).
La réforme souhaitée est exprimée par le mot islâh ("réparation", "retour à la forme"). "Pour la grande majorité, réformer ne consistait qu’à réparer ce qui a été abîmé en islam pour retrouver la version originale proposée par les premiers musulmans. Il s’agit donc d’une rénovation qui ne crée aucune situation nouvelle, mais qui a l’objectif de retrouver celle qui a existé dans le passé" (Razika Adnani, Islam : quel problème ? Les défis de la réforme, UPblisher, 2017, p. 171).
"L’appel au retour aux sources, constamment affirmé et idéalisant l’islam des salaf, les Pieux Ancêtres, ne pouvait mener à un islam renouvelé. Cet appel a fini “par être repris par les défenseurs mêmes des traditions en matière d’interprétation des sources”, de sorte que le courant réformiste de la fin du XIXème siècle a été rattrapé par l’islamisme" (Abdou Filali-Ansary, Réformer l’islam ? Une introduction aux débats contemporains, La Découverte, 2003, p. 178, cité par F. Charfi, op. cit., p. 88).

 
On comprend alors pourquoi les propositions de certains penseurs de cette époque, favorables à l’adaptation de l’Islam au monde moderne, demeurèrent sans lendemain. Telle fut l’œuvre, entre autres, de deux Egyptiens : Qasim Amin (1863-1908) et Ali Abderraziq (1888-1966). Le premier, diplômé en droit de l’Université de Montpellier, publia au Caire en 1899 La libération de la femme ; le second, docteur d’El Azhar, écrivit L’Islam et les fondements du pouvoir, édité au Caire en 1925 (cf. la traduction française aux éd. La Découverte, 1994). Pourtant militant réformiste et proche de M. Abdou, Abderraziq contestait le caractère religieux, et donc sacré, du califat, qu’il jugeait désormais inadapté aux temps nouveaux, et il préconisait la séparation du temporel et du spirituel. Il fut pour cela exclu de l’Université, décision approuvée par le gouvernement égyptien.
 
Pour conclure
 Le réformisme est en définitive un fondamentalisme qui a ouvert la voie à l’islamisme des Frères musulmans et au salafisme dans ses diverses formes et dénominations. Selon le chercheur tunisien Hamadi Redissi, "réformisme, fondamentalisme et salafisme appartiennent à une même famille sémantique" (revue Oasis, 15 janvier 2017). Ce réformisme salafi n’a en rien contribué à émanciper l’Islam et à l’ouvrir à la créativité.

Envoyé par l'auteur, 4 septembre 2019
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0

Voyage dans l’univers de la PMA


Le récit qui suit est écrit à la manière des contes philosophiques du siècle des Lumières à ce détail près que ses personnages sont réels et vivent aujourd’hui. 

Ma famille est constituée de deux mères (que j’appelle toutes deux "maman" et y ajoutant leurs prénoms respectifs pour les distinguer l’une de l’autre) et d’une sœur de deux ans plus jeune que moi.

L’une de nos mères est universitaire, l’autre avocate. Elles nous ont élevés dans les principes de confiance dans la raison humaine, de tolérance et de croyance au progrès de l’humanité. Elles ne nous ont jamais parlé de spiritualité, sauf pour exprimer leur méfiance à l’égard des croyances irrationnelles dont les fruits inévitables, disaient-elles, sont l’obscurantisme et le fanatisme.

Elles n’ont caché, ni à ma sœur ni à moi, que nous avions été conçus à l’aide de "petites graines" données par un inconnu. Elles nous en parlaient comme d’une anecdote amusante à laquelle elles n’attachaient aucune importance. L’essentiel, disaient-elles, est notre vie de famille, la bonne entente de nos parents, l’affection qui nous lie les uns aux autres.

A partir de l’âge de 13 ans, cependant, j’ai commencé d’être troublé par des questions vagues mais insistantes. Je voyais bien que mes camarades de classe avaient tous un père et une mère. Je me demandais ce que la présence d’un homme apportait aux autres foyers. Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce "donneur" mystérieux à qui je devais en partie d’être ce que je suis (mes deux mères, toujours sensibles aux découvertes de la science, m’avaient expliqué ce qu’est un ADN) mais auquel mes parents refusaient le nom de père. Elles me rappelaient en souriant qu’elles ne l’avaient jamais rencontré, ne lui avaient jamais parlé et ne l’avaient pas associé à leur projet parental. 
 

Mon trouble ne fut pas apaisé par leurs assurances trop rationnelles. Plus elles disaient qu’il fallait chasser de mon imagination des préoccupations sans intérêt, plus des questions sans réponse me harcelaient. Mes deux mères le reconnurent volontiers. Quand j’eus 15 ans, elles décidèrent qu’il était temps d’appliquer à ce sujet le principe de transparence qui leur était cher. Elles me remirent un gros dossier qu’elles avaient remisé depuis longtemps au fond d’une armoire et me dirent qu’il contenait tout ce qui pouvait m’intéresser sur mon origine. Quand je l’aurais lu, je cesserais de me poser des questions superflues. J’ouvris ce dossier poussiéreux et je me mis à feuilleter les pages qu’il contenait. Les premiers documents évoquaient des examens médicaux, des produits à avaler, des seringues à jeter, des tubes à retourner au laboratoire, des rendez-vous avec un spécialiste de la fécondation. Rien qui fût susceptible de retenir mon attention. Puis venaient des courriers, signés de "directeurs", qui décrivaient des "profils de donneurs" identifiés par de simples numéros : chaque fiche garantissait la bonne santé du mâle présenté, précisait sa taille, la couleur de ses yeux et d’autre détails. Certaines fiches allaient jusqu’à indiquer qu’aucun antécédent de maladie héréditaire n’avait été repéré chez ses parents et grands-parents. Une lettre m’amusa : elle vantait le sperme d’un individu, qui avait prouvé sa qualité en fécondant plusieurs femmes qui, toutes, avaient donné naissance à des bébés particulièrement sains et vigoureux. Finalement je tombais sur le dossier de mon géniteur. Son profil ne différait guère des autres, me sembla-t-il, sauf sur un point : son quotient intellectuel était plus le plus élevé de tous, signe auquel je reconnus les penchants de mes deux mères. Je m’apprêtais à refermer le dossier qui, en effet ne contenait rien qui m’intéressât vraiment, lorsque je tombais en arrêt devant le dernier document. C’était un questionnaire que le donneur sélectionné par mes mères, avait dû remplir. Son texte n’avait rien d’original. Il répondait aux thèmes habituels. Il n’était évidemment pas signé pour préserver l’anonymat de l’individu. Mais il avait été en partie écrit à la main. Les cases qui avaient été cochées d’une simple croix à l’encre noire me frappèrent. Comment puis-je expliquer la fascination qu’elles exercèrent sur moi ? Jusque-là mon géniteur avait été pour moi une abstraction, quelque chose de lointain et insaisissable et voici que soudain, dissimulé derrière un fatras de pièces administratives, il apparaissait comme un être vivant, capable de laisser une trace, si ténue qu’elle fût, sur une feuille de papier. Mon existence n’avait donc pas pour fondation un mécanisme médical et bureaucratique mais une libre décision humaine.

 

Il m’est impossible de décrire à quel point je fus bouleversé. Je pris le questionnaire, le rangeai dans mon portefeuille et, pendant des mois, le consultai jour après jour. Je crus que je mettrais un terme à l’agitation qui m’envahissait à chaque fois en demandant à l’administration qui se cachait sous le numéro indiqué. Une réponse brève et impersonnelle rejeta ma requête : étant mineur, je n’avais pas le droit de connaître le donneur en question. Je restais seul avec mon incompréhensible émotion. Je me demandais parfois si l’inconnu dont je portais les gènes dans mon corps n’était pas un des passants que je croisais dans la rue. Ma scolarité en fut perturbée. Impossible d’en parler avec l’une ou l’autre de mes mères. Celle qui ne m’avait pas engendré, ne prenait pas mes questions au sérieux. L’autre, celle dont j’étais le fils biologique, m’écoutait puis essayait de m’apaiser en me chantant la berceuse habituelle : je ne devais pas laisser mon imagination vagabonder n’importe où, je s’accrochais à des détails dépassés, j’avais vécu dans une famille unie et c’était l’essentiel, et ainsi de suite. Personne ne semblait comprendre mon douloureux malaise d’identité. J’avais le sentiment qu’une part de moi-même m’échappait. Elle se manifestait en me torturant.

 

Vers mes seize ans, une autre interrogation envahit brusquement mon esprit. Comme je l’ai dit, un document indiquait que le sperme d’un donneur avait été utilisé pour féconder plusieurs femmes. Je n’y avais pas prêté attention. Mais, ce jour-là, pensant à mon géniteur, je me dis que sa semence avait peut-être été recueillie par d’autres familles semblables à la mienne. Ce qui signifiait que j’avais des demi-frères et des demi-sœurs. Mais où ? et combien ? Il n’était pas impossible qu’ils se comptassent en dizaines voire en centaines d’individus. La presse en citait des exemples. Mes mères fréquentaient d’autres couples de femmes, rencontrées notamment au sein d’une association de défense des droits des LGBT. Je me trouvais donc, depuis mon enfance, en contact avec des jeunes nés, comme moi, d’une PMA. Nous avions eu jusque-là des relations simples, comme tous les enfants de familles amies. Du jour au lendemain, un étrange malaise me saisit. Je me demandais si ces garçons avec lesquels je m’amusais n’étaient pas mes frères et, plus pesant encore, si ces filles avec lesquelles je flirtais, n’étaient pas mes sœurs. Impossible d’avoir une certitude de quelque source que ce fût. Les pouvoirs publics, qui savaient la vérité, étaient fermés à toutes requêtes de mineurs. Mes deux mères, à qui je confiais mes interrogations, semblèrent tomber des nues. Elles n’y avaient jamais pensé. Elles tentèrent mollement de me rassurer en parlant de probabilités très faibles. Mais je sentis qu’elles cherchaient surtout à masquer leur embarras.

 

Alors commença pour moi une période déchirante. J’enviais furieusement la gaieté et l’insouciance de ceux de mes amis qui savaient de façon sûre qui étaient leur père, leurs frères et leurs sœurs et qui ne l’était pas. Tant de confiance en soi m’était interdit. Je fus pris de brusques bouffées de haine contre la société, qui était si étrangère à ma souffrance, contre mon géniteur, qui m’avait placé dans une situation insupportable, contre les pouvoirs publics, qui, au lieu de protéger la victime que j’étais, lui opposaient une muraille d’indifférence, et même contre mes mères, dont l’amour affiché me semblait par éclairs couvrir un égoïsme monstrueux. Je devais me raidir pour ne pas fuir à jamais cet univers qui m’écrasait. La tentation du suicide m’atteignit plusieurs fois.

Enfin, j’eus 18 ans.

Le cœur battant, j’écrivis à nouveau à l’agence publique qui archivait les noms des donneurs de sperme. L’administration prit son temps. Il me fallut dominer mon impatience pendant trois interminables mois avant de recevoir une réponse. Elle m’indiquait que le donneur dont j’avais précisé le numéro, avait autorisé que son identité fût révélée. Elle m’était donc transmise. Suivaient un nom, un prénom et une adresse. Signé : le directeur des relations extérieures. Bien entendu, l’adresse, vieille d’une vingtaine d’années, était périmée. Il me fallut déployer de nouveaux efforts pour suivre la trace de mon géniteur. Enfin, je parvins à le localiser. Je lui écrivis une lettre que je recommençais quatorze fois pour lui indiquer mon existence et mon désir de le connaître. A nouveau, trois mois d’attente. Je reçus enfin une réponse brève et sans chaleur, qui me présentait des vœux de belle et bonne vie mais ne reprenait pas mon offre. Je compris que mon interlocuteur, surpris que son don de jadis ait une conséquence à laquelle il n’avait jamais pensé, souhaitait ne pas être importuné. Je lui ai écrit à nouveau à chaque début d’année, sous prétexte de lui présenter mes vœux. J’ai reçu chaque fois la même réponse courtoise et froide.

 

Poussé par un besoin instinctif que je ne cherchais pas à refouler, j’eus alors une autre idée. J’avais adhéré à une association d’enfants nés de la PMA. Elle avait créé un site internet sur lequel les échanges étaient nombreux. Je lançais un jour un appel à tous ceux qui étaient nés du donneur dont j’indiquais le numéro d’identification et le nom. Trois correspondants, un homme et deux femmes, répondirent. Je venais de me trouver un demi-frère et deux demi-sœurs. Je leur proposais de les rencontrer. Tous acceptèrent. Très vite, je compris que nos conversations n’avaient qu’un but pour moi comme pour eux : retrouver des traces du grand absent dont nous partagions le patrimoine génétique. Je tâchais de discerner ce que nous avions en commun dans les traits du visage, la démarche, les goûts, les tics d’expression. J’ai même pris des séries de photos et il m’arrive de les examiner pour m’assurer que je n’ai négligé aucune de nos similarités.

 

Contrairement à mon espoir, la découverte de ces trois demi-frère et sœurs n’a pas apaisé mes angoisses. Rien ne prouve, en effet, que n’existent pas, cachés dans l’anonymat des foules, des dizaines d’autres individus issus du même donneur. Seule la banque de sperme le sait mais elle enfouit ses dossiers dans un silence impénétrable. La première question qui me vient spontanément à l’esprit quand je pose mon regard sur un inconnu, est toujours : ne serait-il pas aussi un demi-frère ou une demi-sœur ? Je relève toutes les similarités qui me semblent confirmer cette hypothèse. Je crains d’en être devenu obsédé. Il n’y a pas longtemps, une jeune femme est venue s’asseoir face à moi dans le métro. Perdu dans mes pensées, je commençai par lui jeter un coup d’œil indifférent. Soudain, il me sembla reconnaître un geste qui m’appartenait. Je l’examinais plus attentivement en essayant de ne pas faire remarquer mon trouble. Le pli de la bouche, la forme du front et des yeux, la finesse des mains, la façon de fixer le regard droit devant soi, étaient ceux que je partageais avec mes correspondants du site internet. Avant que j’eusse cédé à mon envie irrésistible de lui demander qui était son père, elle descendit de la voiture, me laissant seul avec mon agitation intérieure.

Je viens d’entrer dans ma vingt-unième année.

Le temps n’a apporté aucun apaisement à mes poussées d’angoisses mais j’ai appris, sinon à les refouler, du moins à les maîtriser tant bien que mal. Je visite régulièrement un psychiatre qui m’aide à cette fin. Je ne vis plus au foyer familial. Mes relations avec mes deux mères se sont beaucoup distendues. Elles me manifestent toujours la même affection mais je suis incapable d’y répondre comme par le passé. Je sens un invincible malaise m’envahir chaque fois que je les vois.

Ma sœur s’est heurté aux mêmes interrogations que moi dès ses onze ans. Nos mères y ont répondu de façon analogue. Nous savions depuis longtemps qu’elle était née de la conjointe de ma mère biologique. Le dossier concernant sa PMA, quand il lui a été remis, nous a appris que son donneur était identifié par un numéro différent du mien. Par précaution, nous avons fait comparer nos ADN. Ils n’ont rien de commun. Nous sommes dans une situation étrange : nous sommes frère et sœur en ce sens que nous avons grandi dans le même foyer mais nous n’avons aucune parenté génétique. Avec l’adolescence, nos relations ont pris un tour ambigu dont nous ne savons pas comment nous débarrasser.

 

Quand elle a eu dix-huit ans, ma sœur a fait la même requête que moi un peu plus tôt, afin de connaître le nom de son géniteur. La réponse a été différente : le donneur ayant exprimé la volonté de rester anonyme, l’administration ne pouvait révéler son identité. Signé : le directeur des relations extérieures. Pas un mot de regret ni d’excuses. Ma sœur en a été bouleversée. Une question la hante : l’hérédité qu’elle a reçue du côté masculin, est-elle bonne ? Les formulaires de la banque de sperme sont muets sur ce point. Mes mères, dans leur hâte d’avoir un deuxième enfant, ont à l’époque négligé de pousser leur information jusqu’à une enquête sérieuse. Ma sœur laisse galoper son imagination vers des pensées sinistres. Un jour, elle se croit menacée d’un cancer précoce dont son donneur serait déjà mort à la suite de son père. Un autre, elle est terrifiée à l’idée d’avoir des enfants, auxquels elle transmettrait sans le savoir, une tare héréditaire cachée dans ses gènes.

Ma sœur est une personne intransigeante. Elle a fui le foyer familial peu après que l’administration eut envoyé la lettre de refus dont j’ai parlé. Du jour au lendemain, elle a cessé toute relation, orale et écrite, avec nos deux mères. Je suis allé la visiter dans la mansarde qu’elle habite. J’ai essayé de la convaincre, sinon de revenir, du moins d’accepter l’aide financière que nos mères, peinées et inquiètes, lui offraient. Elle m’a immédiatement interrompu. Le visage décomposé par la colère, elle s’est lancée dans une diatribe violente : "Je ne veux plus entendre parler de ces deux gouines ! De quel droit m’ont-elles privée de père ? Rien que penser à elles me donne envie de vomir." Je n’ai pas insisté. La rupture me paraît avoir des causes trop profondes pour être remédiable.

 

J’ajoute à mon récit une remarque que je crois nécessaire. A mesure que les enfants nés d’une PMA grandissent et deviennent des adultes, ils semblent de plus en plus sombres et préoccupés. En regardant les photos de mes demi frère et sœurs, je suis frappé de constater qu’aucun ne sourit devant l’objectif. On dirait que nous portons tous un invisible fardeau qui nous accable. Selon moi, ce poids, c’est la main d’un spectre sur nos épaules : le père qui nous a été refusé.

Envoyé par l'auteur, 4 septembre 2019

Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Entre la Chine et l’Europe, la Russie doit choisir !
 
CHRONIQUE - Vladimir Poutine veut-il évoluer vers le modèle totalitaire chinois ou construire un État de droit ?
 

En recevant à Brégançon en tête à tête Vladimir Poutine le 19 août 2019, en réhabilitant le réalisme diplomatique lors de son discours à la Conférence des ambassadeurs du 27 août, en relançant les négociations au sommet sur l’Ukraine, Emmanuel Macron a clairement imprimé un nouveau tournant à la politique russe de la France.
Contrairement à ce que pensent les membres de la petite "Secte" néoconservatrice, peu nombreuse mais très influente au Quai d’Orsay, le président de la République française estime qu’il est plus important de dialoguer avec la Russie que de tenter de l’isoler. Donald Trump pense la même chose, mais il est freiné dans ses efforts par le Congrès et par certains grands médias américains, qui l’accusent, depuis son élection à la Maison-Blanche, d’être une sorte d’agent qu’aurait jadis recruté le Kremlin. Les présidents français et américain souhaiteraient que le G7 puisse à nouveau accueillir la Russie et que soient allégées, sinon supprimées, les sanctions commerciales prises contre elle en 2014 par l’Union européenne (UE) et les États-Unis. Les deux leaders ont compris qu’ils commettraient une erreur stratégique grave à jeter les Russes dans les bras de la Chine.
Mais le Kremlin est-il prêt à saisir la main que lui a tendue Emmanuel Macron ? Le lundi 9 septembre aura lieu à Moscou le premier sommet 2-2 (ministres des Affaires étrangères et de la Défense) entre la France et la Russie depuis la crise ukrainienne de 2014. Marquera-t-il une inflexion russe, davantage proeuropéenne ? Poutine confirmera-t-il, à cette occasion, sa réponse positive à Macron, qui souhaite réunir à Paris, d’ici à la fin du mois, un sommet en format "Normandie" (réunissant, depuis qu’il fut inventé par François Hollande le 6 juin 2014, les leaders de la Russie, de l’Ukraine, de l’Allemagne et de la France)? Le maître du Kremlin s’y présentera-t-il prêt à faire des concessions ?
 
Ne nous faisons aucune illusion. La Russie ne rendra jamais la Crimée, péninsule annexée en mars 2014 après référendum populaire (mais sans accord de l’Ukraine), sans que le sang ait été versé. Dans leur grande majorité, les habitants de Crimée se sentaient plus russes qu’ukrainiens. Quant à la population de la Russie, elle a toujours considéré que Sébastopol était un port russe ; en mars 2014, elle a soutenu le refus de Poutine de prendre le risque de voir le port attribué aux marines de guerre de l’Otan par le nouveau régime ukrainien issu de la révolution de Maïdan. La Russie a construit un immense pont enjambant le détroit de Kertch à l’extrémité est de la péninsule, afin de créer une continuité territoriale avec la Crimée.
Mais l’élection de Volodymyr Zelensky à la présidence de l’Ukraine et la majorité absolue qu’il vient de gagner à la Rada (le Parlement monocaméral de Kiev) créent une fenêtre d’opportunité pour régler le conflit du Donbass (plus de 10.000 morts entre frères slaves russes et ukrainiens depuis l’été 2014, selon l’ONU). Ayant placé la paix avec la Russie en tête de son agenda politique, Zelensky dispose d’une autorité suffisante pour faire des concessions.
Pour ses protégés du Donbass (rebelles russophones hostiles au nouveau pouvoir ukrainien), qu’il a sauvés militairement à deux reprises (été 2014, janvier 2015), Poutine devra au minimum obtenir de Kiev une loi d’amnistie et une loi garantissant l’autonomie culturelle de la région (qui souhaite que le russe reste sa langue officielle). Mais saura-t-il renoncer à l’autonomie politique que Zelensky ne pourra raisonnablement jamais accorder au Donbass ? Fera-t-il un geste pour autoriser les navires ukrainiens à traverser librement le détroit de Kertch, afin d’alimenter leur port de Marioupol ?
 
Ce sont des concessions qui ne lui coûteraient pas très cher et qui pourraient améliorer très sensiblement ses relations avec l’UE. Poutine sait que les Chinois sont très durs en affaire, qu’ils lui enlèvent son pétrole avec un rabais de 20 %, sous prétexte de leur 'amitié'. Il sent qu’ils ont un appétit secret pour la Sibérie. La Russie ne sera jamais à l’aise avec la Chine, alors qu’elle peut parfaitement s’intégrer à l’Europe. Les jeunes élites de Moscou ne rêvent que de cela. Elles y sont prêtes culturellement.
Au moment où la jeunesse russe se réveille, où elle manifeste son désir de participer à la décision politique, où elle rejette le gouvernement arbitraire des siloviki (les fonctionnaires des ministères de force), Poutine doit faire un choix.
En politique intérieure, veut-il évoluer vers le modèle totalitaire chinois ou, au contraire, construire chez lui un État de droit ? Ses références et ses amis, veut-il les chercher à Pékin, ou à Paris et à Berlin ? Gouverner, c’est choisir. Le moment est venu pour Poutine de choisir !

Paru dans Le Figaro, 3 septembre 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version