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La fiscalité locale moins libérale que jamais
 
TRIBUNE - En matière de fiscalité locale, les projets d'Emmanuel Macron sont à l'opposé des choix qui ont fait le succès de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, analyse l'essayiste *.
 
Le gouvernement promet un "big bang" en matière de fiscalité locale ; les propriétaires ne doivent en attendre rien de bon. Élu sur une image de libéralisme qui a paru confirmée par les ordonnances travail, Emmanuel Macron mérite-t-il cette réputation ? C'est douteux en matière de fiscalité locale. Un sujet loin d'être négligeable puisque les collectivités consomment 11 % du PIB et assument 85 % des investissements civils de l'État (c'est-à-dire à peu près tous les investissements de proximité).
Or le programme du président en matière de fiscalité locale risque de mettre la France - dans ce domaine précis - dans l'état où se trouvait le Royaume-Uni à l'arrivée de Margaret Thatcher en 1979. Rappelons où en étaient à cet égard nos amis britanniques : après vingt années dominées par la gauche, les collectivités locales, en majorité gérées par les travaillistes, étaient devenues très dépensières. Et pour cause : la fiscalité, essentiellement foncière, était concentrée sur 20-30 % de la population, celle qui votait conservateur. La majorité bénéficiait des services locaux et de programmes de solidarité sans y contribuer. Autrement dit, les uns élisaient, les autres payaient.
Le système n'était pas seulement ressenti comme injuste, il constituait une incitation à la dépense publique. Appauvrissant les classes moyennes, notamment dans les grandes villes industrielles du nord de l'Angleterre et de l'Écosse, il avait fait fuir les uns et découragé les autres. Le ressort de l'initiative avait disparu. Qui ne se souvient de l'aspect lugubre qu'avaient les villes britanniques des années 70, y compris Londres ?
Une des réformes capitales de Margaret Thatcher fut celle des finances locales : considérant qu'une collectivité locale était une sorte de club auquel tous les usagers des services publics devaient cotiser, elle introduisit un impôt qui serait payé par tous. La Dame de fer poussa certes le bouchon un peu loin, inventant la "poll tax" (contribution uniforme par tête), rappelant la capitation d'Ancien Régime. Le tollé qui s'ensuivit causa sa perte en 1990. Mais le principe d'un impôt local qui serait payé par tous, avec des modulations, fut maintenu. On sait comment les réformes thatchériennes, celle-là et d'autres, ont revitalisé le Royaume-Uni, en particulier les villes du Pays noir (ancienne région productrice de charbon et d'acier à l'ouest de Birmingham, NDLR).

En France, nous avions depuis toujours un impôt que chacun payait, c'était la taxe d'habitation, héritée de l'impôt sur les portes et fenêtres, une des "quatre vieilles" contributions directes instaurées par la Révolution française en 1791. Elle était proportionnelle à la surface occupée, mais aussi fonction de la pression fiscale de la commune, s'ajoutant, rappelons-le, pour les propriétaires, à la taxe foncière. Certes, les réformes de Lionel Jospin en avaient exonéré les plus modestes, mais elle restait payée par environ 80 % de la population.
Le projet d'Emmanuel Macron est de supprimer la taxe d'habitation en deux ans, ce qui conduira à faire porter l'ensemble du poids de la fiscalité locale sur la taxe foncière. La charge qui va peser sur les propriétaires sera d'autant plus écrasante que les dotations versées par l'État aux collectivités locales vont diminuer, que la taxe professionnelle (devenue CFE) n'est plus modulable et que les collectivités locales sont presque toutes incapables de faire des économies à court terme.
Tous les contribuables qui, déjà, ne sont pas assujettis à l'impôt sur le revenu ne contribueront presque plus aux finances locales demain. Contribueront davantage, au contraire, tous les propriétaires, les classes moyennes au sens large, y compris les petits retraités ayant épargné toute leur vie pour acheter un pavillon et qui, dans certaines communes, n'arrivent plus à payer les taxes. Un traitement particulièrement défavorable sera appliqué aux résidences secondaires. En outre, ceux qui ont un patrimoine foncier important paieront l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) au lieu de l'ISF. Et il est à craindre que l'IFI soit peu à peu alourdi pour compenser l'exonération des valeurs mobilières.
Même causes, mêmes effets : le dévoiement de la démocratie locale qu'avaient connu les villes britanniques avant Thatcher est à attendre de la réforme Macron. Si les contributeurs aux budgets locaux sont désormais une minorité, la porte sera grande ouverte à la démagogie et à la dépense publique, déjà excessive.
 
Il n'y a que de mauvaises raisons à cette réforme irresponsable. La première témoigne de l'emprise inégalée des logiques purement techniques. La taxe d'habitation était la plus lourde à recouvrer pour Bercy : beaucoup de petites cotes, le plus fort taux d'impayés. Le ministère des Finances, qui espère de la réforme en cours des économies de fonctionnement, l'a imposée au détriment de toute considération de citoyenneté et d'équilibre social.
La seconde raison est plus grave : au motif de "dégeler" la fortune française, excessivement portée sur le foncier, dit-on, ce sont les classes moyennes et moyennes supérieures que l'on accepte d'affaiblir un peu plus, au bénéfice d'un côté des contribuables très aisés, désormais libérés de l'ISF (il aurait été préférable de supprimer purement et simplement cet impôt sur le patrimoine), de l'autre des classes populaires bénéficiaires de transferts fiscaux et sociaux.
 
Ceux qui appellent la France à plus de libéralisme - et ils ont raison - ne savent pas qu'il y en a de plusieurs sortes : celui qu'avait incarné Margaret Thatcher était un libéralisme national, soucieux de s'appuyer sur les classes moyennes et moyennes supérieures britanniques et, pour cela, de limiter les dépenses publiques et les transferts fiscaux et sociaux. Celui qu'incarne Emmanuel Macron nous semble différent : soucieux de rendre la France attractive pour les investisseurs étrangers, il promeut des réformes (comme les ordonnances travail) qui les rassurent. En revanche, le président ne craint pas d'accabler les classes moyennes et moyennes supérieures. Celles-ci ont le sentiment qu'il est désormais mal vu de tenir à la propriété foncière. Ce libéralisme-là, en outre, si l'on s'en tient aux faits et non aux intentions affichées, n'a pas encore démontré sa détermination à réduire sérieusement les dépenses publiques et les transferts fiscaux et sociaux.
Il y a libéralisme et libéralisme. Celui que manifeste Emmanuel Macron risque d'exposer les Français à des déceptions.
* Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'École nationale d'administration, Roland Hureaux a été le collaborateur de Philippe Séguin.
Il est notamment l'auteur de "Les Nouveaux Féodaux, l'erreur de la décentralisation (Gallimard, 2004).

Paru dans Le Figaro, 25 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Sept considérations sur les églises d'Europe et les migrations
 
De nombreux Européens sont aujourd’hui exaspérés par les prises de position des autorités religieuses du continent, aussi bien catholiques que protestantes, à tous les niveaux, en faveur d’une large ouverture de l’Europe aux immigrants venus d’Afrique ou d’Asie, réfugiés ou pas.
Or il y a bien des raisons pour justifier cette réaction. Elles se situent à plusieurs niveaux.
 
Il est bien connu que les gens n’aiment pas qu’on leur fasse la morale. L’Eglise catholique a payé assez cher pour le savoir, au point de se trouver presque réduite au silence en matière de morale sexuelle où ses positions de toujours vont à l’encontre du courant dominant de notre époque (comme le culte du Dieu unique allait, dans le peuple juif, à l’encontre du courant dominant du Proche-Orient ancien !). Quel évêque s’aventurerait aujourd’hui à rappeler avec insistance que les conjoints doivent être fidèles, qu’il faut éviter les relations sexuelles hors mariage ou que l’homosexualité est un mal ?
Dès lors qui peut imaginer dans la hiérarchie ecclésiastique que le rappel réitéré du devoir d’accueil des immigrants ne suscite pas une exaspération analogue, tout aussi contre-productive ? Ces rappels sont d’autant plus mal venus qu’ils s’accompagnent de reproches ressentis comme injustes. Est-il judicieux de demander ostensiblement pardon à Dieu pour le manquement supposé des Européens à leur devoir d’accueil ? Y a-t-il sur terre et y eût-t-il jamais dans l’histoire des peuples qui aient été aussi accueillants pour des réfugiés que l’est l’Europe d’aujourd’hui ? Au moins s’agissant d’une arrivée en masse. Il s’agit certes la plupart du temps d’un accueil institutionnel mais n’est-ce pas les Européens qui en ont mis en place la logistique et de nombreux volontaires européens qui la servent ?  
 
Il n’est jamais bon de prendre les gens pour des imbéciles. Les autorités ecclésiastiques (ou les associations qui en sont proches) dénoncent trop souvent chez les Européens l’égoïsme, la "peur" de l’autre, le "repli sur soi", voire la xénophobie, elles leur demandent de savoir "s’ouvrir" à d’autres cultures. Qui dira combien ces accusations sont elles aussi exaspérantes ? S’ouvrir aux autres cultures ? Il y a quatorze siècles que les Européens sont confrontés à l’islam. Beaucoup de gens du peuple en font l’expérience quotidienne près de chez eux. Quant aux gens plus éduqués, ils connaissent les données démographiques (ou ils les subodorent car elles sont le plus souvent occultées) ; leur réaction n’a rien à voir avec un rejet primaire de l’autre ; en privé beaucoup seront très généreux  mais ils voient avec lucidité, dans un esprit de responsabilité, les risques qu’une politique d’accueil sans frein ferait courir à la communauté nationale et, au-delà , à la survie de la culture européenne  Que leur connaissance soit livresque ou directe, ils ont du mal à admettre que l’islam soit "une religion d’amour et de paix ". Ressasser cette idée, que la plupart des spécialistes récusent, est le meilleur moyen de perdre toute crédibilité.
 
Les peuples d’Europe occidentale ne sont pas seulement préoccupés par la cohésion interne de leur société. Ils veulent, au moins pour une partie d’entre eux, défendre ce qu’il est convenu d’appeler, d’une expression sans doute réductrice, leur identité. Ils ont le souci que la terre qu’ils occupent et qu’ils ont reçue de leurs ancêtres soit aussi celle de leur postérité, pas seulement biologique mais culturelle et spirituelle.
Quoi que prétende la doxa nihiliste, voire certaines gens d’Eglise qui voient là un risque d’ "idolâtrie", défendre son identité comme peuple est une préoccupation légitime. Comme le dit Jean-Paul II, l’amour de la patrie est une manière d’ "honorer son père et sa mère" de qui nous la tenons. Les chrétiens européens en seraient plus conscients si beaucoup n’avaient pas relégué au placard l’Ancien testament qui fait gloire à Abraham d’être "le père d’une multitude de peuples" (1) ou montre la recherche de  la Terre promise comme une aspiration légitime. S’il est vrai que l’Evangile a élargi les préoccupations du peuple juif aux dimensions du monde, des siècles d’histoire occidentale, qu’il serait absurde de disqualifier comme des temps de ténèbres, montrent que le patriotisme ou le souci de l’identité, pour peu qu’ils ne soient pas exclusifs d’autres préoccupations, ont toujours accompagné l’expansion du christianisme.
L’Eglise, reprenant la morale naturelle, fait de l’instinct de conservation, même dans les situations les plus dramatiques, non seulement un droit mais un devoir. C’est pourquoi elle récuse le suicide ou l’euthanasie. Pourquoi ce qui est un devoir pour les individus, persévérer dans son être, ne le serait-il pas pour une famille ou pour un peuple ?
Allons plus loin : il existe un pacte multiséculaire entre le christianisme et l’identité des principaux peuples européens. C’est même dans la stricte mesure où l’Eglise catholique a su épouser ce sentiment qu’elle a prospéré : la Pologne en est un bel exemple. Si le catholicisme polonais n’avait pas été intimement lié à l’identité nationale polonaise, l’Eglise universelle aurait-elle jamais eu un Jean-Paul II ? Au contraire, là où la symbiose s’est mal faite, comme en Europe du Nord, les pays ont versé dans la Réforme, la France se trouvant à mi-chemin (2). L’alliance intime du fait religieux et du fait national a connu son dernier épisode dans la résistance au communisme – y compris en Russie. Qui dira que lutter contre une idéologie totalitaire monstrueuse était de l’idolâtrie ?  
 
Admettons que les considérations purement économiques (et donc égoïstes) soient une raison insuffisante pour refuser l’afflux d’immigrés, d’autant qu’elles ne sont pas toujours convaincantes. Il reste qu’on ne saurait dire que les pays d’accueil doivent aux réfugiés un emploi ou un logement de bon niveau quand une partie de leurs ressortissants en manquent. Ne leur est dû que le strict nécessaire pour survivre, une assistance médicale et le respect de leurs droits fondamentaux : ne pas subir des violences ou des injustices arbitraires, mais non un certain nombre de droits dits réels tels que le travail, un compte en banque, un revenu substantiel et surtout le droit de rester indéfiniment en Europe.  ’est déjà bien plus que ce à quoi ils peuvent s’attendre dans presque tous les autres pays du monde.
Deux confusions ne sauraient être faites : la première entre les devoirs des individus et ceux des responsables publics. Un individu isolé peut et même parfois doit sacrifier son intérêt personnel au  service des autres, selon la logique des conseils évangéliques ; mais tout le monde n’est pas dans la position du Père Kolbe (3) : ceux qui ont la responsabilité d’autrui, du père de famille au chef politique, n’ont nullement mandat pour prendre ce genre de décision à la place de ceux qu’ils doivent d’abord protéger.
La deuxième confusion porte sur l’obligation de charité : il y a toujours eu une hiérarchie dans son exercice : le prochain, ce n’est pas l’humanité abstraite, c’est d’abord (après Dieu) son conjoint et ses enfants, puis ses proches, ses voisins, et en dernier lieu seulement l’humanité en général. On veut bien admette que le migrant se fait proche et donc prochain en venant jusqu’à nous ; mais là aussi, il faut distinguer : si des individus mus par l’esprit évangélique peuvent leur donner la priorité à leur propre dépens, les chefs des peuples ont, eux, le devoir de respecter les préséances naturelles. Une France qui a plusieurs millions de chômeurs ne doit pas un emploi aux réfugiés. Une Italie où les jeunes couples se réfugient dans les parkings pour faire l’amour (pardon Messeigneurs !), faute d’espace intime chez les parents qui les hébergent, ne doit pas réserver les logements sociaux, déjà insuffisants, aux étrangers. Comment s’étonner que, face à des choix qui délaissent les normes multiséculaires du bon sens, beaucoup de ces jeunes Italiens aient eu le sentiment d’être comme "des brebis sans berger" ? Le dernier scrutin de ce pays n’est-il pas une cinglante sanction de ceux qui les ont jusqu’ici dirigés sans se soucier de leur situation réelle ?  
On ne saurait non plus opposer les exigences de l’Evangile à celles d’une morale supposée archaïque et barbare ; si des individus sans responsabilité peuvent prendre la voie du sublime évangélique, les gouvernants et autres responsables civils n’ont pas le droit de présupposer chez leurs protégés les qualités évangéliques les plus élevées, ni la mission de les leur inculquer. Le péché originel interdit d’organiser la cité en misant tout sur la bonté des hommes : on sait ce qu’il est advenu quand d’autres ont voulu par exemple extirper, au nom des mêmes idéaux, l’instinct de propriété : "Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles" (Chesterton). On en connait les suites : "qui veut faire l’ange fait la bête" ; hier le totalitarisme, demain la guerre civile ?   
 
Le premier devoir vis-à-vis des réfugiés (les vrais naturellement) est de faire qu’ils n’aient plus besoin de l’être et qu’ils puissent donc rentrer chez eux. Cela signifie de tout faire pour ramener la paix dans les pays d’où ils viennent. Cela signifie encore plus clairement de ne pas y mettre la guerre
Or si on considère la situation des différents pays d’où ont afflué les réfugiés : Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, ce sont les puissances occidentales qui sont directement responsables du fait qu’ils sont en guerre, France comprise. Il arrive que les responsabilités dans le déclenchement d’une guerre soient partagées, mais là, elles ne le sont pas. Les gouvernements de l’Europe occidentale membres de l’OTAN, ont tous collaboré à apporter une aide militaire aux mouvements réputés démocratiques, qui étaient en réalité djihadistes, dont le but était de renverser le gouvernement légitime de la Syrie, plongeant le pays dans une guerre civile épouvantable. Si l’espoir de paix revient aujourd’hui, ce n’est pas à ces gouvernements là qu’on le doit mais à la Russie de Poutine et, dans une moindre mesure, à Trump. Face à ces agissements criminels, que les chrétiens d’Orient connaissent bien pour en être les premières victimes, on cherche en vain une autorité religieuse occidentale (4) qui ait élevé la voix pour mettre en cause les  gouvernements des pays chrétiens (ou ex-chrétiens) qui se sont acharnés  à plonger le Proche-Orient dans la guerre, ni pour dire clairement qui était responsable de ces guerres. La postérité jugera peut-être un jour plus sévèrement ce silence que celui que l’on a imputé au pape Pie XII durant  la seconde guerre mondiale (5).
Allons plus loin : ces expéditions qui ont plongé pas moins de sept pays dans le chaos se sont faites au nom des droits de l’homme et de la nécessité d’ "ouvrir" au monde des pays fermés (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie). Des idéaux souvent applaudis par les gens d’Eglise qui ne semblent pas avoir conscience de leur aboutissement criminel. A l’inverse, un Trump qui s’efforce d’y ramener la paix, sera suspect parce qu’il construit un mur à la frontière du Mexique. Ceux qui ont élevé des enfants savent pourtant que pour éviter les disputes entre eux, la sagesse commande parfois de les séparer…
Curieusement les plus ardents partisans de l’accueil sans frein des réfugiés : Union européenne, Foundation for an Open society de George Soros, une grande partie des médias, ONG de tout poil, toutes forces dites progressistes, sont généralement les mêmes qui ont applaudi des deux mains aux entreprises de déstabilisation de pays du Proche et Moyen Orient. Sachant que la plupart de ces forces sont par ailleurs ouvertement antichrétiennes, beaucoup de fidèles sont surpris de voir les chefs des Eglises faire cause commune avec elles.   
 
Il serait possible à l’Europe occidentale d’accueillir beaucoup d’immigrants mais à condition qu’ils se convertissent en masse à la religion historique du continent qui est le christianisme. Une telle conversion est sans doute le seul espoir qui reste, compte tenu des évolutions démographiques, d’y maintenir la paix civile. Moins que l’immigration en tant que telle, c’est le différentiel de fécondité qui conduit à terme l’islam en Europe occidentale à une position de force, pas nécessairement majoritaire, face au bloc des héritiers naturels de la civilisation européenne, qu’il s’agisse des Eglises ou des héritiers des Lumières. Or il n’y a pas d’exemple qu’une telle situation, celle d’un pays pluriconfessionnel ou multiculturel, n’ait pas conduit à la guerre civile : le Liban, la Bosnie, le Sri-Lanka sont là pour nous le rappeler. Au mieux le multiculturalisme conduit à la dictature, comme le montre l’exemple de la Syrie et comme on en voit déjà les prémisses en Europe, par le développement de la police de la pensée ou des lois d’exception. La vertu de prudence commande d’être conscient de ces risques.
Or il est très peu question aujourd’hui de conversion dans les sphères officielles du catholicisme – et du protestantisme en dehors des évangéliques. Tout se passe comme si le même monde ecclésiastique qui veut que les Etats ouvrent leurs portes aux migrants, s’attachait à fermer celles de ses églises aux candidats au baptême ; à tout le moins beaucoup sont-ils très réticents pour les accueillir : les convertis de l’islam qui ont déjà pris beaucoup de risques dans leur démarche se plaignent en majorité de ce manque de soutien. La priorité affichée est au respect des "diversités culturelles" (6) de ces nouveaux venus qui incluent, même si cela n’est pas dit franchement, le maintien dans la religion musulmane. Une religion qui est aussi une civilisation très différente de la nôtre et qui comporte des aspects singulièrement aliénants, en particulier pour les femmes. Le prosélytisme, fait sans précédent dans l’Eglise, est découragé, voire blâmé. On n‘a pas assez dit combien une telle attitude qui tend, de manière subliminale à réserver le message du Christ aux Européens de souche contient de racisme inavoué. Et il faut répéter quels risques mortels elle fait courir à terme à la paix civile.
 
Les chrétiens d’Orient, de manière unanime, déconseillent aux Européens d’accueillir en masse des réfugiés musulmans, or personne ne les écoute. Ils ont pourtant la double légitimité de l’ancienneté dans le monde chrétien et du martyre. Ils ont payé cher, bien plus cher que nous, aux cours de l’histoire, y compris la plus récente, pour savoir ce qu’implique la coexistence avec l’islam. Ce n’est pas à eux qu’on racontera qu’il est "une religion d’amour et de paix". Les évêques d’Afrique noire n’ont pas une position différente. Quand ils prophétisent que ce qui leur est arrivé hier nous arrivera demain, les chrétiens d’Orient expriment, outre l'amour de notre culture, leur crainte de perdre cette base arrière qu’a longtemps constitué pour eux l’Europe. Comme dans la réticence à la conversion des musulmans, ne peut-on voir dans ce mépris de l’opinion des premiers concernés une forme de racisme ?  Les chrétiens d’Orient sont bons pour alimenter les intentions de prière mais sur le plan géopolitique, leur opinion semble ne pas compter.
Il va de soi que s’il n’y avait pas déjà une minorité musulmane significative en Europe occidentale, s’il n’était question que d’accueillir des individus ou des familles isolés ou encore d’authentiques opposants aux régimes en place, on comprendrait que le refus de l’accueil par des chrétiens soit blâmable. Mais la situation de l’Europe est telle que l’accueil des migrants n’est plus un problème individuel, une question de pure charité : il a un impact sociologique et historique considérable ; il est devenu une question clef pour l’avenir de notre continent, celle de la concorde qui règne entre ses habitants, et celle de son caractère de pays d’héritage chrétien. Si les autorités religieuses européennes de toutes dénominations, ne prennent pas très vite conscience de la manière réelle dont se pose le problème, elles s’exposent à un grave discrédit qui risque d’aggraver encore la désaffection des peuples vis-à-vis des Eglises. "Le bon pasteur connait ses brebis". En l’espèce, ça reste à démontrer.
 
Non seulement les autorités politiques d’Europe occidentale ont le droit de s’opposer à de nouvelles vagues migratoires et les populations de les soutenir dans cette attitude, mais elles en ont le devoir dès lors que c’est elles qui ont la responsabilité, avant toute autre considération, de préserver la paix civile. La rupture de la paix civile est le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple, non seulement quant à son bien-être, mais quant à la moralité, la guerre ouvrant toujours la porte à la haine exacerbée et aux pires atrocités. Pour qui est en charge de gouverner un peuple, préserver les conditions de la paix civile est le premier devoir de la charité.
 
(1) Gn 15,5
(2) Le patriotisme français a sa dimension catholique : "Catholiques et Français toujours !" mais elle n’est pas exclusive : il a aussi sa dimension gallicane puis républicaine.
(3) Le père Maximilien Kolbe donna sa vie en échange de celle d’un père de famille à Auschwitz-Birkenau  (1941).
(4) Nous en exceptons le pape Jean Paul II lors des guerres, d’Irak et de Yougoslavie et plus récemment une incise discrète du cardinal Sarah dans  Dieu ou rien, Fayard 2015.
(5) A tort selon nous.
(6) Cf. Amoris Laetitia, § 46

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 21 juin 2018
Publié dans Avec l'Europe
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L'Europe des nations entame sa reconquête
 
CHRONIQUE - L'échec des euro
péistes, ces peuplophobes, est programmé. À moins que Macron et Merkel reconnaissent avoir fait fausse route, l'issue de la crise migratoire ne fera pas l'économie de leur mise en cause.
 
L'Espagne est gagnée par le syndrome de la Castafiore. La cantatrice de Tintin vocalise sur Gounod : "Ah! Je ris de me voir si belle en ce miroir !" S'enivrent ainsi d'eux-mêmes ceux qui, depuis dimanche, se mirent dans leur grande bonté en s'ouvrant aux 629 "réfugiés" de l'Aquarius, navire indésirable en Italie, à Malte, en France. "Bienvenue chez vous", est-il écrit à l'entrée du port de Valence. Sur la mairie, une banderole : "Nous voulons accueillir." En dessous : "Le passé est en noir et blanc. Le futur multicolore." Le nouveau gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a offert à chaque clandestin une carte de séjour de 45 jours, ainsi qu'une carte sanitaire gratuite. Il a fait enlever les lames tranchantes posées sur les hauts barbelés (6 mètres) qui séparent du Maroc les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sur respectivement 8 km et 12 km. La moitié des clandestins de l'Aquarius, dont les 11 Marocains et les 43 Algériens, veulent venir en France…
Les socialistes espagnols auraient dû lire saint Vincent de Paul : "Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit." L'exhibition de leur générosité sonne faux. Ce narcissisme a pour résultat paradoxal d'amener à un oubli de soi. C'est ainsi que l'Union européenne, tombée en dévotion pour l'Autre, s'est mise à mépriser les peuples et les nations qui la constituent. Ce ne sont pas les malheureux Africains débarqués à Valence, accueillis par 2 300 personnes, qui déstabiliseront l'Europe. Cependant, il y a une irresponsabilité de la part de la gauche espagnole, soutenue par le pape François, à ne pas s'estimer solidaire d'une inquiétude collective qui ébranle la construction européenne. "L'Europe est dans un processus de décomposition", a admis, mardi, le ministre Bruno Le Maire, avant une rencontre entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. Mais ces deux-là aussi ont été étourdis par l' "Air des bijoux" : "Ah, je ris…!" chantent-ils ensemble.
C'est la folle décision de la chancelière d'accueillir, en 2015, un million de réfugiés musulmans, sous les applaudissements des européistes exaltés, qui est à l'origine de la prévisible rébellion des peuples, furieux de n'avoir jamais eu leur mot à dire. "Mère Angela" (ainsi nommée par les médias dévots, en comparaison de Mère Teresa) avait été unanimement louangée par ceux, dont était Macron, qui estimaient indiscutable l'ouverture de l'Europe, au nom de ses valeurs humanistes et de son "hiver démographique". La suite est connue : les agressions sexuelles à Cologne et les premiers attentats, la montée de l'antisémitisme islamique, l'échec de l'intégration d'un peuple nouveau, etc. Une fois encore, les Cassandre ont eu raison. Mais les bons apôtres, bénis par le Vatican, ne feront pas leur mea culpa. Les intégristes des droits de l'homme restent insensibles au droit à préserver sa propre patrie. Ils persistent à penser, comme le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, mardi, que les migrations sont "inévitables" et "nécessaires".
Attendre de Macron et Merkel qu'ils agissent pour résoudre la question migratoire revient à demander à deux pyromanes de gérer les incendies qu'ils ont allumés. Mardi, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a appelé à "la solidarité européenne contre les populismes", faisant comprendre que la menace est, pour l'État, dans le réveil des nations et non dans l'immigration de peuplement et l'islam totalitaire. Ces aveuglements sont des complicités. La chancelière, pressée de se ressaisir par son ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU), est affaiblie. Le président français, qui prétendait relancer l'Europe souveraine en se moquant du "repli national", n'est compris que des hypocrites: ils se gardent d'offrir chez eux l'hospitalité qu'ils défendent. Mardi, Macron et Merkel ont demandé "une réponse européenne" à la crise migratoire. Mais c'est l'Allemagne qui, il y a trois ans, a choisi unilatéralement d'ouvrir ses frontières. Cette Europe-là, coupée des gens d'en bas, n'a pas de leçons de solidarité à donner.

Paru dansLe Figaro, 22 juin 2018
Publié dans Avec l'Europe
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Le grand retour du peuple et de la nation souveraine
 
Revenons en arrière.
Le mur de Berlin vient de tomber et deux thèses s’affrontent assez rapidement.
Celle de la "fin de l’Histoire", portée par Francis Fukuyama et celle du "choc des civilisations", soutenue par Samuel Huttington.
Le premier avançait que le futur appartenait à la démocratie occidentale et au système de marché libre et que l’Histoire au sens Hégélien du terme était finie. Cette idée fut reprise par tous les Trissotins français du type de notre trio infernal, Minc, Attali et BHL, qui d’ailleurs la soutiennent toujours contre vents et marée.
Le deuxième, Huttington montrait que l’opposition entre l’Union Soviétique et les USA s’était produite à l’intérieur de la même civilisation - la nôtre - et que les conflits du futur allaient opposer non pas des pays ou des systèmes à l’intérieur de la même civilisation mais des civilisations entre elles, et en particulier que nous allions tout droit vers un conflit entre la civilisation musulmane et les autres civilisations-dont la nôtre.
Dans un autre livre, publié peu avant sa mort, "Qui sommes-nous ?", il analysait notre civilisation et précisait que nos sociétés étaient en train de se scinder entre ceux qui étaient bien partout (ceux que j’ai appelé les hommes des bateaux) et ceux qui étaient bien chez eux (les hommes des arbres), et que ce conflit portait en germe de graves dislocations. Et donc notre civilisation, alors même qu’elle était agressée par une autre civilisation était elle-même profondément divisée entre un peuple - toujours local - et des élites-internationalistes ou globalistes, que le sort des peuples laissaient totalement indifférents.
Inutile de préciser que bien entendu c’était Huttington qui avait raison et que Fukuyama avait tort, ce que ce dernier a d’ailleurs reconnu, à la différence de nos Trissotin.
 
Il n’en reste pas moins que ceux qui ont été au pouvoir depuis 1990 jusqu’au Brexit ont été dans la quasi-totalité de nos démocraties les partisans de la première thèse et qu’ils ont emmené à marche forcée nos systèmes politiques nationaux vers des systèmes de moins en moins favorables aux locaux et de plus en plus aux internationaux.
Et ce mouvement impliquait bien sûr d’empêcher le peuple de se défendre et donc de remettre en cause un concept essentiel à chaque pays, celui de la Souveraineté Nationale.
Or ce mouvement de détricotage des nations est en train d’échouer partout, comme il avait échoué en URSS, et pour les mêmes raisons.
Pour comprendre les raisons de cet échec, il nous va falloir rappeler à nouveau ce qu’est une nation et ensuite ce qu’est la souveraineté.
 
La nation, dans sa définition française et comme le disait Renan, est avant tout "une volonté de vivre ensemble et de partager une légende historique commune. Est Français, celui qui veut l’être…  ‘’ Je n’ai pas une goutte de sang français, disait Romain Garry, mais la France coule dans mon sang".
La Souveraineté (dérivée de "souverain", du latin médiéval superus, de super, "dessus", fin XII e siècle) désigne la supériorité du pouvoir sur une zone géographique ou sur un groupe de peuples vivant en communauté. Dans une démocratie, elle est détenue par le peuple, qui de ce fait est le Souverain (comme le disent les Suisses). Mais bien sûr, par pour les gens de Bruxelles.
 
Et donc une nation souveraine est constituée d’un peuple voulant vivre ensemble et exerçant son pouvoir sur une zone géographique (ou un groupe de peuples) par l’intermédiaire d’une élite élue pour le représenter, au mieux des intérêts du peuple et non pas au mieux des intérêts des élites.
Hélas, la réalité depuis 1990 a été que cette élite a accepté sur le territoire national des millions de gens qui n’ont pas du tout envie d’être français, tout en abandonnant toute prétention à exercer le pouvoir souverain qui leur avait été confié sur le territoire national puisqu’ils ont abandonné d’abord la monnaie, puis le contrôle des lois avant que de supprimer les frontières, ces cicatrices de l’histoire, perdus qu’ils étaient dans leur rêve internationaliste.
Et cela ne s’est pas passé qu’en France mais dans presque toutes les démocraties, à l’exception de la Suisse et de la Norvège peut-être.
Et du coup, nos internationalistes sont en train d’assister à la révolte des peuples qui entendent bien récupérer leur souveraineté, en virant les élites. C’est ce que ces élites appellent le "populisme" alors que ce n’est que l’exercice de son pouvoir par le Souverain.
Et il s’agit là d’un mouvement très puissant et qui ne fait que commencer.
Ce tsunami, car il s’agit d’un tsunami, ne fait que commencer et va avoir des conséquences économiques et financières extraordinairement importantes dont il me faut parler maintenant.
 
Conséquences financières.
Commençons par l’Europe puisque c’est là que l’effort de destruction de la nation a été le plus ancien et le plus constant.  On doit la construction européenne d’aujourd’hui à Jean Monnet qui haïssait à la fois la nation (cause de toutes les guerres) et la démocratie (source de faiblesse politique), ce qui en soi était à la fois idiot et faux historiquement puisqu’après tout, il n’y a jamais eu de guerre entre deux démocraties.
Et donc les disciples de Jean Monnet, tous hauts fonctionnaires, tous non élus (Belges,Hollandais Allemands mais surtout Français,) ont créé au travers du temps deux étages d’abandons de souveraineté.
Dans un premier temps, chacun des pays de la communauté a abandonné des pans entiers de sa souveraineté à des institutions européennes non démocratiques, banque centrale, cour de justice, commission, cour des droits de l’homme et que sais-je encore.
Et puis, une fois ces pouvoirs arrachés à chaque nation, on les transféra encore plus haut à des organisations "mondiales" du style ONU.,WTO, OMS ou vers des traités visant à "sauver la planète" (accords de Paris) qui empêchent les entreprises européennes ou américaines de faire concurrence à leurs consœurs Indiennes ou Chinoises autorisées à polluer autant qu’elles le désirent.
Premières et seules victimes, les peuples, les locaux.
Seuls gagnants, les hommes de Davos et le capitalisme de connivence.
La révolution des peuples en Europe va donc devoir détruire non pas un niveau mais deux d’organisations internationales superfétatoires.
Pour faire bref, pour sauver les peuples européens de la misère et de l’esclavage auxquels ils sont promis, il faut sortir Bruxelles de l’Europe (appelons cela le Bruxit), c’est-à-dire détruire l’appareil politique supra national érigé à Bruxelles depuis 1990 et qui n’a aucune légitimité démocratique, faire disparaitre le monstre financier qu’est l’Euro et renvoyer à leurs chères études les Barnier de ce monde.
L’ayant détruit, il faudra sortir ensuite des organisations mondiales, ce qui n’ira pas sans mal…
"Vaste programme, monsieur, vaste programme" comme l’avait dit le Général à un homme qui lui avait dit "Mort aux cons, mon général"
Si nous n’y arrivons pas, il est tout à fait certain que dans la guerre des civilisations si bien entrevue par Huttington, nous allons être les perdants tant il est vrai que si peu de gens sont prêts aujourd’hui à mourir pour la France, personne et je dis bien personne n’est prêt à mourir pour l’Europe de Juncker.
Il ne faut pas que le lecteur se désespère, les peuples se réveillent : déjà nous avons eu le Brexit, suivi de la renaissance de l’empire Austro-Hongrois, les élections italiennes, avec l’Italie qui apparait à la veille de basculer en dehors de l’Euro, retrouvant de ce fait sa liberté et sa prospérité en récupérant sa souveraineté monétaire.
Rien n’est perdu, mais rien n’est gagné non plus.
Pour les placements, il ne faut encore une fois rien avoir qui dépende des états européens (obligations, banques compagnies d’assurance etc…) et n’avoir des actions que dans le secteur capitaliste du style Air Liquide ou l’Oréal.
 
Venons-en aux USA
Monsieur Trump a décidé très clairement d’être le Président des Américains et non pas des hommes de Davos (ils lui en veulent d’ailleurs beaucoup, ce qui semble le laisser totalement indiffèrent) et nous venons de le voir une fois encore lors de la réunion du G7 où il a envoyé paître notre cher Président ainsi que la chancelière allemande. Un G7 sans les Américains comme le voudrait monsieur a un nom et c’est la Commission Européenne à laquelle j’aimerais rappeler la phrase de Bismarck : "La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments".
Il faudrait que quelqu’un rappelle à monsieur Lemaire et à madame Merkel que la défense militaire de l’Europe est assurée par les USA et par eux seuls. Notons au passage que le Président US a demandé la réintégration de la Russie dans le G7, ce qui semble indiquer que le procureur Muller n’a pas grand-chose dans son dossier d’accusation contre le Président Trump et que les élections à venir en Novembre 2018 vont être bien difficiles pour les démocrates.
Acheter des obligations Russes, si vous le pouvez et aussi vite que vous le pouvez.
Conservez vos dollars et vos positions aux USA.
Achetez une résidence secondaire à Miami ou à Sébastopol.
 
Reste l’Asie
Les pays en Asie sont en train d’acquérir leur souveraineté financière, après cinquante ans de servage sous le joug du dollar (voir mes articles précédents sur le sujet), ce qui veut dire que leur croissance va rester très forte mais surtout que cette croissance ne sera pas interrompue par des crises financières chaque fois que le dollar monte.
On le voit très bien en ce moment où la Turquie, l’Argentine, le Brésil, l’Afrique du Sud etc… sont en train de se casser la figure alors que les pays d’Asie restent peu ou prou impavides.
Bourrez-vous d’Asie, obligations et actions tant il est vrai que ce qui baisse le moins dans une crise est ce qui montera le plus dans la reprise.
Et je n’ai aucune inquiétude à recommander l’Asie vis-à-vis de l’Europe.
Depuis le début de l’Euro, les bourses asiatiques ex Japon ont progressé dividendes et taux de changes pris en compte de 433 % alors que l’Europe est montée de 188 %
La vitesse de croisière de l’Asie est donc d’environ 7 % par an en performance annuelle moyenne, soit un doublement de votre capital tous les 10 ans.
La vitesse de l’Europe est un très poussif doublement tous les vingt ans soit 3,5 % par an.
Il faut être un peu demeuré pour préférer 3,5 % à 7 %, alors même que le risque géopolitique en Europe est immense et très faible en Asie.
Pourquoi cette différence de performance ?
C’est tout simple : nos gouvernements ne cessent de limiter non seulement nos seulement la vitesse sur les routes mais aussi nos capacités d’actions dans tous les domaines. Et donc la rentabilité du capital investi est beaucoup plus faible dans la zone Euro que partout ailleurs.
Et certains des lecteurs trouvent peut-être tout cela très bien.
Pas moi, quand il s’agit de gérer mon épargne.
Paru sur institutdeslibertes.org, 11 juin 2018
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Immigration : arrêtons l'appel d'air européen !
 
CHRONIQUE - Les passeurs sont passés maîtres dans l'art d'exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale.
 
Le 17 juin 2018, l'Aquarius, un navire européen affrété par les organisations non gouvernementales (ONG) SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, a débarqué dans le port espagnol de Valence 630 immigrants clandestins venus d'Afrique, repêchés une semaine auparavant au large des côtes de Libye. Deux navires appartenant à l'État italien (l'un de la marine de guerre, l'autre du corps des gardes-côtes) y ont le même jour débarqué un nombre moins important de clandestins.
Auparavant, ces migrants, pour la plupart originaires de pays lointains d'Afrique noire, comme le Nigeria, la Côte d'Ivoire ou la Guinée, avaient chacun payé un minimum de 3000 euros par personne à des réseaux de passeurs, lesquels sont structurés comme des mafias, avec des ramifications dans tous les pays parcourus par les routes menant vers le prétendu eldorado européen. Ce sont les mêmes réseaux mafieux qui procèdent indifféremment au trafic d'armes (destinées aux djihadistes), à l'acheminement de la drogue vers l'Europe, au trafic des êtres humains.

Les passeurs ont une méthode éprouvée. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu'aux eaux internationales à 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils émettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu'un naufrage est imminent ; puis ils s'en retournent dans leurs repaires, abandonnant à leur sort les malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne coûte plus rien aux passeurs, puisqu'il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG européennes. Pourquoi ces derniers ne ramènent pas simplement les naufragés vers les ports les plus proches du littoral libyen ? Parce qu'ils considèrent qu'il s'agirait d'un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont passés maîtres dans l'art d'exploiter le vieux sentiment de charité chrétienne de cette Europe si riche, si bien organisée, si sociale.

Sans le vouloir, les ONG participent, de manière gratuite, à un immense trafic, qui a dépassé depuis longtemps en chiffre d'affaires le trafic de stupéfiants. Évoquant les naufragés, une représentante de SOS Méditerranée a affirmé à Valence que l'Europe avait "quatorze mille morts sur la conscience". Quelle incroyable calomnie, visant à réveiller la vieille culpabilité de l'homme blanc ! Car en quoi les Européens sont-ils responsables que de jeunes hommes africains se jettent dans de dangereuses expéditions pour fuir leurs pays ? Cela fait soixante ans, soit deux générations, que les puissances européennes n'administrent plus l'Afrique, qu'elles en sont parties, dans la liesse des élites et des foules africaines mues par l'idéal de leur indépendance, et avec l'approbation des bonnes consciences de gauche de l'époque. Sont-ce les Européens ou les nouveaux Barbaresques qui ont créé ce trafic honteux ?

Ce trafic est profondément délétère à la fois pour les États africains et pour les États européens. Il prive l'Afrique d'une jeunesse intelligente, entreprenante et débrouillarde. Car 3 000 euros y représentent une somme considérable à rassembler. Dans les pays du continent noir, c'est un beau capital de départ pour créer une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovoltaïque. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes pressés de faire fortune, les éloignant de l'élevage, de l'agriculture, de l'artisanat. Il n'est pas sain que les villages africains vivent dans l'attente des mandats qu'envoient ou qu'enverront les migrants une fois arrivés en Europe, plutôt que de chercher à se développer par eux-mêmes. La haute représentante de l'Union européenne, qui recevait le 18 juin à Bruxelles les ministres du G5 Sahel, l'avait bien compris, en plein accord avec le Nigérien présidant la jeune organisation : il est vital que les aides européennes aillent dans des actions qui combattent l'économie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou énergétiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales.

L'arrivée incontrôlée et en masse de migrants peu au fait de la culture européenne déstabilise profondément les États de l'Union, comme on l'a vu avec le vote référendaire britannique et le vote législatif italien. Dans les années 1950 et 1960, les peuples européens se sont exprimés par les urnes pour accepter les indépendances des ex-colonies. En revanche, on ne les a jamais consultés démocratiquement sur l'immigration, qui est le phénomène social le plus important qu'ils aient connu depuis la Seconde Guerre mondiale.
Il faut d'urgence arrêter cet appel d'air délétère, sauf à vouloir appauvrir humainement l'Afrique et détruire cette Europe libérale patiemment construite depuis les années 1950.

Paru dans Le Figaro, 19 juin 2018
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Immigration : le regard d’un élu de terrain
 
Colombes : commune pauvre dans un département riche –les Hauts-de-Seine-,  86000 habitants, 33% de logements sociaux, mais aussi plus grande zone pavillonnaire d’Ile-de- France avec 10 000 maisons individuelles, forte population immigrée, essentiellement africaine et maghrébine, concentrée principalement dans les quartiers nord, municipalité allant de la droite au Modem depuis 2014 après 36 ans de communisme et 6 de socialisme, tradition catholique issue de la Mission de France, présence importante des associations de solidarité et d’entraide.
 
Le but de cet article n’est sûrement pas d’entrer dans le débat sémantique sur les différentes définitions de l’immigration, qui n’ont d’ailleurs que peu d’intérêt face aux problèmes posés, ni de rappeler les évidentes exigences chrétiennes d’accueil de l’étranger, qui ne constituent pas pour autant les éléments d’une politique de l’immigration dans le contexte actuel.
Il s’agit simplement ici de décrire un paysage pour mieux comprendre, au-delà des exercices théoriques, la nature de quelques questions rencontrées au jour le jour, au risque assumé de privilégier la sécheresse du "Vrai" à la conscience du "Bien".
 
Le décrochage scolaire : nous réunissons une fois par trimestre un Conseil des droits et devoirs de la famille (CDDF) qui reçoit, avec leurs parents, les enfants qui sont en cours de déscolarisation, afin d’éviter leur basculement dans la délinquance. Ce dispositif préventif concerne à 50% des familles immigrées dont les enfants sont souvent tentés par le trafic de drogue. Rappelons qu’un adolescent qui fait le "chouf" (alerte les dealers sur l’arrivée de la police) peut gagner jusqu’à 100 euros par jour. La raison ordinaire ne tient pas aux causes économiques (chômage des parents) ou sociales (grande pauvreté) ni même à l’absence de structures de loisirs (médiathèques, MJC, clubs sportifs sont nombreux) mais au laxisme dans l’éducation, les enfants étant trop souvent livrés à la rue et aux mauvaises fréquentations. La supervision parentale reste l’élément déterminant en matière de prévention.
 
La délinquance : les fiches de sécurité établies chaque semaine décrivent les atteintes à la sécurité des biens et des personnes, les agressions physiques, les violences conjugales et l’ensemble des crimes et délits, allant de la simple rixe de rue à l’usage d’armes à feu. 90 % de ces actes sont imputables à des personnes immigrées. Pour le trafic de stupéfiants, ce chiffre atteint les 100 %, avec une composante exclusivement africaine et maghrébine. Le plan Borloo, qui ne propose aucun remède en la matière, serait, s’il était appliqué, un nouvel échec, avec à la clé un nouveau gaspillage des deniers publics.
 
Les immigrés en situation irrégulière : j’ai été désigné, au nom de l’association départementale des maires, pour présider la commission départementale des titres de séjour (CDTS). Celle-ci donne un avis au préfet sur les demandes de régularisation des personnes en situation irrégulière (présentes en France depuis au moins 10 ans). Depuis trois ans, la CDTS, qui reçoit individuellement chaque demandeur, a dû rejeter environ 75 % de ces demandes pour insuffisance d’intégration, notamment pour incapacité à s’exprimer en français. Le préfet a d’ailleurs, jusqu’à présent, toujours suivi les avis de la commission.
 
Les nouveaux naturalisés : périodiquement, sont conviés à la mairie pour une réception, précédée d’un discours d’accueil, les nouveaux naturalisés, c’est-à-dire d’une part les adultes qui ont sollicité la nationalité française, d’autre part les jeunes majeurs qui l’obtiennent automatiquement par droit du sol. Les premiers y viennent avec assiduité et un visible plaisir, les seconds, pourtant invités avec leurs parents, en sont très largement absents. Là encore, le plan Borloo fait silence
 
Il serait certes facile de multiplier les exemples convergents, mais, naturellement et fort heureusement, ces comportements sont souvent le fait d’une minorité et ne doivent surtout pas conduire à stigmatiser l’ensemble des immigrés. Ils démontrent néanmoins, parce qu’ils nuisent fortement à l’image des personnes immigrées, et sauf à vouloir ignorer la réalité du terrain, l’échec de nos politiques d’intégration, en particulier dans le domaine familial, éducatif et culturel, parent pauvre des diverses "politiques de la Ville" qui se sont succédées et dont la Cour des comptes a, entre autres, dénoncé l’absence d’efficacité malgré les moyens importants mis en œuvre.
 
La première leçon à en tirer est que les politiques d’intégration doivent s’appuyer sur une volonté politique de l’Etat et ne pas s’en remettre aux seules associations qui excellent dans l’accompagnement des personnes mais ne sentent pas toujours légitimes dans les actions plus directives. A cet égard, il faut évacuer le débat très intellectuel entre le modèle multiculturel d’une société dite inclusive –préconisé par le très controversé rapport Tuot de 2013- et le schéma jacobin de la culture dite "gauloise" pour, simplement, éveiller à l’amour de notre culture dans toute sa richesse, sans oublier que, sous ce rapport, la population d’origine est souvent aussi dépourvue que la population immigrée ! Sans une éducation à l’amour de la France, de sa langue, de son histoire, de sa culture, rien ne sera possible, comme l’a très bien expliqué Jean-François Chemain.
 
La seconde leçon, sans doute moins consensuelle, est pourtant tout aussi incontournable : tant que l’intégration ne parviendra pas à des résultats probants, il faut limiter l’immigration extra-européenne à des cas très limités et clairement définis (experts, étudiants de haut niveau, métiers notoirement insuffisants en France) dans l’intérêt même des candidats à l’immigration. Un argument de bon sens le justifie : dans quels territoires accueillir aujourd’hui de nouveaux migrants ? dans les zones denses, où leur nombre excessif génère déjà des ghettos sans aucune mixité, même si la présence de leurs compatriotes les y attirent inévitablement, ou dans des contrées rurales éloignées des grands centres où difficultés économiques et vide culturel inspirent pour les Français eux-mêmes un sentiment d’abandon.
 
Tel est en tout cas ce que dicte leur expérience à la plupart des élus de terrain lorsqu’ils ne sont pas sous la pression des médias ou prisonniers de stratégies électorales. Si on persiste à ne pas les écouter, ils se contenteront de "boucher les trous" les plus urgents sans que la perspective d’une "libanisation" du pays puisse être écartée d’un simple revers de la main.

Envoyé par l'auteur, 16 juin 2018
Article paru dans le numéro 88 du bulletin de l’Observatoire chrétien de l’entreprise et de la société
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Aquarius le retour
 
Il est quand même courageux, notre président quand il condamne "la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien", car il fallait bien qu’un jour quelqu’un mette les pieds dans le plat. D’autant que nous avons fermé - ce que je ne reproche pas – notre frontière avec l’Italie et lui renvoyons tous les clandestins qui arrivent à la franchir.
Il est assez remarquable que partis de Libye en tant que naufragés, ils deviennent migrants à bord de l’Aquarius et réfugiés une fois débarqués en Europe.
Ce qu’il faut voir c’est que la question ne peut être réglée avec de grands sentiments mais qu’il s’agit d’une invasion de peuples en quête d’un "espace vital" comme le revendiquait Hitler quand il a mis l’Europe à feu et à sang : le Lebensraum.
L’Europe est confrontée à une menace mortelle : la croissance démographique en Afrique est supérieure à la croissance économique ce qui fait que finalement les africains sont de plus en plus pauvres. Selon les pays de l’Afrique subsaharienne les femmes ont de quatre à six enfants chacune, il faudrait développer l’Afrique ce qui depuis les 70 ans des indépendances n’a jamais été réussi tant l’Afrique noire sombre dans le tribalisme et la corruption. Les Chinois montrent leur nez mais rien n’est plus loin de la mentalité chinoise que la mentalité africaine et ils n’aboutiront à rien ; quant aux pays occidentaux ils s’intéressent plus aux matières premières qu’à la création d’entreprises.
De toute façon le développement économique comme la conversion démographique sont des processus à long terme et le désastre africain ne peut être corrigé qu’après des décennies. En attendant le déferlement ne peut que se poursuivre et l’affaire de l’Aquarius n’est qu’un épiphénomène. La France est le pays le plus menacé, les pays d’émigration étant en majorité francophones.
Mayotte est une bonne maquette de ce qui va se produire, on en expulse pourtant 20 000 clandestins par an sans aucune forme de procès, il y a maintenant plus d’étrangers que de Mahorais et la densité est de 1 000 habitants au km2.
Si l’Europe ne veut pas éclater il faut gérer l’affaire sur le long terme : d’abord ne pas encourager la migration en aidant les pseudos naufragés au départ de Libye et de Tunisie, ce sont les migrants qui mettent leur vie en danger volontairement. Au cas où ils seraient recueillis en mer il faut les ramener au port le plus proche éventuellement en Afrique : pourquoi personne n’a envisagé un débarquement en Tunisie ou en Algérie ? Ceux qui parviennent en Europe doivent être regroupés dans des camps fermés comme autrefois le fit le gouvernement socialiste avec les réfugiés républicains à la fin de la guerre d’Espagne. Dans ces camps on fait le tri entre ceux qui relèvent du droit d’asile et les migrants économiques qui doivent être expulsés vers leur pays d’origine.
L’heure n’est plus aux sentiments. C’est ce que commencent à penser nombre de pays de l’Union Européenne notamment en Europe de l’est et centrale et maintenant l’Italie. Il n’est que temps.

Envoyé par l'auteur, 16 juin 2018
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L'Aquarius, Macron et l'Italie, un cas exemplaire de moralisme frénétique
 
CHRONIQUE - L'affaire de l'Aquarius révèle la confusion extrême qui entoure les notions de morale et de politique aujourd'hui, explique Chantal Delsol.
 
L'affaire de l'Aquarius est l'un de ces événements révélateurs de malaises et de contradictions subtilement cachés, soudain sortis au grand jour et mettant l'esprit en déroute. Le président Macron a joué le rôle qu'il estime être le sien dans un pays occidental d'aujourd'hui : catéchiser et admonester - tancer moralement. Il l'a fait de façon violente, à vrai dire tel un prédicateur, doublé par le prédicateur en second qui est son porte-parole.
Le gouvernement italien n'est pas sur la même longueur d'onde : il se voit sur la scène politique et non au confessionnal. La scène s'envenime. Finalement l'Espagne ouvre ses portes. L'épisode sera oublié demain. Il dévoile un monde d'incohérences, et la frénésie moralisatrice qui affecte nos médias et nos politiques comme une épidémie de peste ("Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés").
Tout est vicié dans cette affaire : une morale viciée, parce qu'elle croit que le discours remplace l'acte. Et une politique viciée, parce qu'elle se prend pour une morale. Si notre président voulait véritablement obéir à la morale qu'il brandit, il aurait accueilli ce bateau à Marseille ou à Nice sans faire la leçon aux autres. C'eût été là un acte moral, alors que celui qui consiste à chapitrer les Italiens en les injuriant de surcroît, n'est qu'une frénésie de moralisme idéologique.
Curieuse manière de voir la vie morale qui nous vient probablement de Rousseau : être moral consisterait à faire la morale aux autres, à leur infliger des remontrances sur ce qu'ils devraient faire. Tout au contraire, la morale consiste uniquement à faire le bien soi-même. Si je vois devant moi un homme se noyer, j'agis de façon morale en me jetant à l'eau pour lui, et non en prodiguant un discours sermonneur à mon voisin, tout en l'injuriant parce qu'il hésite… On peut même dire que celui qui sermonne sans faire est carrément immoral : car il espère profiter de l'auréole factice du discours pour se laisser croire qu'il fait le bien, ce qui n'est pas le cas. La morale consiste à faire le bien, non à dire le bien - elle est "pratique", c'est-à-dire en acte. On ne donne donc des leçons qu'à soi-même, et tout au plus va-t-on admonester ses propres enfants - dont on a en charge la vie morale. Encore est-il meilleur, pour les y exhorter, de faire plutôt que de dire. Il y a encore, aux marges, ce qu'on appelle dans nos cultures l'admonestation fraternelle, qui consiste à se permettre de chapitrer un ami proche quand on considère qu'il fait vraiment fausse route et quand on ne veut que son bien.

Comment faut-il comprendre cette habitude largement répandue chez nos meneurs d'opinion, et c'est le cas du président à cette heure, de croire qu'il suffit de dire la morale aux autres, et d'exiger la conduite morale des autres, pour être soi-même moral ? Les producteurs de sermons moralisateurs ne sont pas spécialement moraux, mais ils ont fait de la morale une idéologie. Et c'est pourquoi ils ne cessent de dire le bien. La moralisation de tout est devenu le nouveau "grand récit" servi par les meneurs d'opinion, et imposé aux populations. Nos sociétés ont une grande expérience des phénomènes idéologiques, qui sévissent chez nous depuis plusieurs siècles. Et nous savons ceci : toujours une idéologie, comme utopie irréalisable et donc inhumaine, est imposée à une population par une élite qui, elle, s'en exempte. C'est ainsi que la nomenklatura communiste imposait à sa population une rareté économique qu'elle ne supportait pas. L'idéologie moralisatrice est de la même eau : elle est servie par des meneurs qui prétendent imposer aux autres, quitte à les injurier, l'attitude morale qu'ils ne s'imposent pas à eux-mêmes.
La véritable morale ne fait qu'agir, dans la discrétion et la modestie.
Les propriétaires de chalets du col de l'Échelle ont recueilli l'hiver dernier des Africains épuisés qui passaient en baskets dans la neige : oui mais ils ne s'en vantent pas. Ils ne sermonnent personne ! Tandis que dans cette affaire de l'Aquarius, c'est le contraire, dans la droite ligne de Rousseau, le premier bobo de notre histoire, qui écrivait un traité sur l'éducation tout en abandonnant ses propres enfants à l'assistance publique.
Cette idéologie de la moralisation, comme chaque idéologie qui se respecte, a tout noyé autour d'elle, sacrifie tout à sa cause, et ne regarde le monde qu'à son propre prisme. Ainsi la politique devrait-elle devenir une morale, faute d'être considérée comme criminelle.
La question de l'immigration dévoile l'incapacité des Européens à comprendre ce qu'est véritablement la politique. Laquelle a vocation à protéger la société laissée à ses soins, et à garantir son passage dans le temps long de l'histoire. La vocation de la politique n'est sûrement pas d'établir un ordre moral et de le défendre par les sarcasmes, faute de disposer encore des geôles de l'Inquisition. La politique n'est pas la morale. Ce qui ne veut pas dire qu'elle peut tout se permettre, en l'occurrence de ne pas secourir des demandeurs d'asile en détresse. La morale inspire ou doit inspirer toute action, y compris politique. Cependant la première finalité de nos politiques doit être… politique : faire en sorte que dans un siècle nos arrière-arrière-petites-filles puissent encore fréquenter les bars et les universités, se marier à l'âge qu'elles choisiront avec l'homme qu'elles choisiront, ou des choses du même genre. Ce qui dans l'état actuel, n'est pas du tout certain.

Faire de la politique qui soit vraiment de la politique et non de l'ordre moral, consisterait aujourd'hui d'abord à maîtriser l'immigration autant que faire se peut, ensuite à assimiler les populations accueillies afin de garantir l'avenir de l'humanisme qui est le nôtre - très différent de celui de l'islam. Secourir et accueillir ceux qui se noient sous nos yeux n'empêche pas de leur imposer nos lois : ce n'est pas parce qu'ils sont des victimes que, une fois sauvés, ils peuvent tout se permettre. Les secourir dans l'urgence n'empêcherait pas non plus de tenter de maîtriser l'immigration à la source, afin que ce genre de circonstances ne se reproduise pas constamment.
À force de dérouler sur l'air des lampions le discours selon lequel l'immigration est une chance, on a laissé les vannes grandes ouvertes, transformant de fait l'Italie en un vaste Calais. Pourtant l'aide aux demandeurs d'asile n'est pas une chance : c'est pour nous un devoir, d'abord un simple devoir humain, et puis une responsabilité - nous avons choisi d'assumer les dégâts des fanfaronnades colonisatrices de nos ancêtres. Nous n'avons pas l'intention d'échapper à ce devoir. Faut-il encore qu'on ne le transforme pas en suicide culturel, par haine de soi, par amalgame insensé de la morale et de la politique et moralisation frénétique de tout. Il est impossible de faire véritablement de la politique quand les politiques deviennent des censeurs, les intellectuels des clercs, les journalistes des confesseurs qui donnent ou ne donnent pas l'absolution. Il vaudrait mieux ne pas nous laisser abuser et regarder les choses en face : sous des dehors bigots, le moralisme est une volonté de puissance.

Paru dans Le Figaro, 15 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Donald Trump sonne la fin de l'angélisme
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Trump est davantage soutenu par l'opinion américaine que Macron par l'opinion française. Il serait temps d'écouter le prétendu clown, en passant outre sa vulgarité et sa mégalomanie.
 
Donald Trump est un cauchemar pour ses angéliques adversaires. Ils voudraient voir en lui un plouc en sursis. Mais les faits leur donnent tort. Certes, l'acteur Robert De Niro a reçu, dimanche, les vivats du public new-yorkais pour avoir crié sur scène, les poings levés : Fuck Trump ! ("J'emmerde Trump !"). Après la décision du président américain de suspendre un temps, le 24 mai, les discussions avec la Corée du Nord, Le Monde avait titré, avec d'autres : "La méthode Trump en échec". Or l'Histoire se montre aimable avec le proscrit du show-biz, des médias et autres enfants de chœur. L'accord conclu, mardi à Singapour, entre Trump et Kim Jong-un est un coup de maître. Il se mesure à l'aigreur des dépités. Alors que les "experts" prédisaient le clash et la duperie, tous deux ont signé un document dans lequel le Coréen réaffirme "son engagement ferme et inébranlable en faveur d'une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne". Les pinailleurs pinaillent.
 
Le jeune tyran n'est pas devenu pour autant fréquentable, après s'être ainsi habilement hissé au niveau de la première démocratie du monde. Sa dictature communiste demeure encore ce qui se fait de pire. Toutefois, ce qui restait d'anachronique dans ce reliquat de guerre froide prend théoriquement fin. Il est à espérer que Trump et les dirigeants de la Corée du Sud sauront inciter le despote à ouvrir rapidement son pays-prison au monde qu'il a choisi d'approcher et de visiter. La poignée de main de mardi est déjà de celles qui resteront dans les livres. À ce rituel, le Coréen n'a pas eu à malaxer les doigts de l'Américain, à la manière d'Emmanuel Macron, pour mimer sa domination. Vendredi, des médias ont désigné le président français vainqueur de Trump, au G7 (Québec), au prétexte qu'il avait laissé la trace "féroce" de son pouce sur la peau de son rival. "Ma poignée de main, ce n'est pas innocent", avait théorisé le chef de l'État il y a un an. En dépit de ses pénibles défauts, Trump se grandit de l'infantilisme de ses adversaires.
 
Ceux qui reprochent au milliardaire hâbleur ses foucades et son narcissisme se comportent en prêcheurs apeurés et plaintifs, dépassés par les événements. Ces toutous d'un manège enchanté ne conçoivent pas se tromper. "C'est un événement significatif", a lâché du bout des lèvres le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, pour évoquer l'accord de dénucléarisation. Macron, qui assurait de son emprise sur Trump, essuie déconvenues sur déconvenues, sur le climat ou l'Iran. Trump est davantage soutenu par l'opinion américaine que Macron par l'opinion française. Une partie de l'Europe, dont l'Italie dernièrement, se réclame de sa vision protectionniste et de ses alertes face à la dilution des nations. Le coup de gueule de Trump contre le premier ministre canadien, Justin Trudeau, au prétexte que ce dernier l'avait critiqué après son départ du G7, a été aussi une colère bienvenue contre son conformisme doucereux.
 
Il serait temps d'écouter le prétendu clown, en passant outre sa vulgarité et sa mégalomanie. Il y a peu, Trump a suscité la polémique en France en utilisant les attentats du 13 novembre 2015 (130 morts, 413 blessés) pour faire la promotion des armes à feu. À entendre les indignés, riposter contre les djihadistes aurait été trop brutal. Cependant, vendredi dernier, des familles de victimes du Bataclan (90 morts) ont déposé plainte contre X pour "non-assistance à personne en péril". Elles rappellent que huit soldats de l'opération "Sentinelle", armés de fusils d'assaut Famas, se tenaient près de la salle de spectacle, prise sous les rafales de kalachnikov des trois tueurs. Ces soldats n'étaient pas intervenus, au prétexte que la préfecture n'avait pas voulu voir une "zone de guerre" dans ce périmètre. Le général Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, avait confirmé qu'il aurait refusé l'ordre de riposter "faute de plan d'action prédéfini". Ce désarmement volontaire est indéfendable.

Paru dans Le Figaro, 15 juin 2018
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La grande transgression de Trump
 
CHRONIQUE - Au fond, ce que les élites européennes reprochent au Président américain, c'est de croire encore à la souveraineté des nations et à la diplomatie bilatérale.
 
On s'est trompé sur cette photo. On a voulu y voir un Trump esseulé, isolé, mauvais élève de la classe occidentale, tancé par ses pairs, avec Angela Merkel en figure de proue, au nom de la doxa libre-échangiste. On a voulu se tromper. Cela arrangeait beaucoup de monde, des dirigeants européens et des grands médias occidentaux qui, à la suite de leurs collègues américains, ont fait de l'hostilité au Président américain un principe. Car la photo dit aussi un Trump seul contre tous, dans la grande tradition américaine du cow-boy solitaire qui triomphe à la fin des méchants. Un Trump qui défend les intérêts américains, en tout cas d'une certaine Amérique, celle des vieilles industries et de leurs ouvriers, et pas des patrons de l'industrie automobile allemande, qui, eux, n'ont pas voté pour lui. Elle dit enfin, cette fameuse photo, un Trump assis, comme le roi sur son trône, et des féaux debout. Un roi qui protège militairement ses féaux, et qui est donc leur seigneur dans une tradition féodale revisitée ; et qui n'entend plus être "volé par eux".
 
Cette tradition féodale revisitée s'est étalée sur tous les écrans du monde, quelques jours après le sommet du G7 au Canada, dans la poignée de mains entre le même Trump et le Président de la Corée du Nord, Kim Jong-un. En se rendant à ce sommet, Trump prend un énorme risque : légitimer le dictateur communiste qu'il qualifiait il y a quelques semaines encore de "Rocket Man". Mais il n'avait pas le choix s'il voulait tenter de régler cette question qui avait pourri les mandats de ses prédécesseurs. C'est la conséquence logique de "ce pouvoir égalisateur de l'atome" qu'avaient théorisé les experts français dans les années 1960. A partir du moment où la Corée du Nord a la "bombe", ce petit pays se hisse au niveau des plus grands. Mais c'est aussi, et surtout, la conséquence de l'inclination de Trump pour la diplomatie bilatérale, le contact en tête à tête, au détriment de la diplomatie multilatérale. C'est en cela qu'il choque le plus nos bien-pensants occidentaux et leurs relais médiatiques.
 
Les élites européennes ne croient plus en la force des nations, à leur souveraineté, au poids de leurs armées et de leurs dirigeants. Elles veulent croire que le monde de demain sera régi par le droit et le marché, à la manière de l'Union européenne.
Or cette conception multilatérale qui privilégie le droit et les organisations internationaux, est remise en cause par un nombre croissant de pays : la Chine, la Russie, la Turquie, mais aussi la Hongrie ou la Pologne. Ceux-là tiennent à la traditionnelle realpolitik du XIXe siècle. Longtemps, les Américains ont fait semblant de défendre le droit international et la conception multilatérale pour mieux assurer leurs intérêts nationaux. Trump déchire ce voile d'hypocrisie car il estime que cela s'est désormais retourné contre les intérêts des Etats-Unis. C'est la grande transgression de Trump. Celle que ne lui pardonnent pas en Europe, mais aussi en Amérique, les élites occidentales.

Paru dans Le Figaro Magazine, 15 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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