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Dans le ciel de la bonne conscience et de la pensée unique européennes, la votation des Suisses tendant interdire les minarets a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Si beaucoup de bonnes âmes, y compris ecclésiastiques, jettent l'anathème sur la nation helvétique suspecte de repli sur elle-même et de xénophobie, personne n'est dupe : un référendum analogue dans la plupart des pays de l'Union européenne aboutirait au même résultat. D'ailleurs personne ne se risquera à l'organiser. Comme dans le cas des votes français et néerlandais sur la constitution européenne, le vote d'un seul pays sert de révélateur de ce que pensent les autres. On est d'ailleurs surpris que les augures politiques, s'appuyant sur des sondages pourtant effectués dans les règles de l'art aient pu imaginer que le résultat du vote serait différent.

Ce vote est un avertissement pour les élites européennes qui pensent que les peuples, éduqués ou rééduqués à grand renfort de discours officiels, de pression médiatique, d'affiches, de programmes scolaires, se sont une fois pour toutes résignés à une Europe multiculturelle, multiethnique et composant avec un islam de plus en plus prégnant. Ceux là ne doivent se faire aucune illusion sur les sentiments réels de la majorité, malgré ou peut-être à cause des leçons qu'on lui assène.
De même devraient perdre leurs illusions les fanatiques qui se figurent que l'ultime assaut de l'islam contre une Europe fatiguée et déchristianisée est pour bientôt. On connaît les paroles du président Boumediene pour qui les musulmans, après avoir été conquis, conquerraient à leur tour l'Europe grâce à la fécondité de leurs femmes. Le premier ministre Erdogan cache mal son sentiment que l'entrée d'une Turquie de 80 millions d'habitants dans l'Union européenne, conjuguée à la montée des populations immigrées dans les pays de l'ouest, devrait permettre aux musulmans d'être un jour majoritaires en Europe. Tarik Ramadan et consorts le pensent aussi. Le vote suisse devrait leur montrer que cette conquête pacifique du continent n'est pas pour demain.

Que va-t- il dès lors se passer ? Il est indubitable que grâce à la poursuite de l'immigration, moins contrôlée que jamais depuis qu'elle n'est plus du ressort national mais communautaire, et au différentiel de fécondité - surtout chez les nouveaux arrivants -, la part des musulmans dans la population, qui se situe autour de 6,5 % en France et en Allemagne, devrait continuer à progresser.
Jusqu'où ? Aucun fait nouveau, comme pourraient l'être, un contrôle de l'immigration beaucoup plus strict, une baisse rapide de la fécondité dans les populations musulmanes de l'Europe ou encore un regain de vitalité des Eglises chrétiennes du vieux continent, ne laisse prévoir à court ou moyen terme un retournement de la tendance.

C'est d'ailleurs la conscience diffuse de cela et l'inquiétude qui l'accompagne qui sous-tendent la réaction des Suisses, une réaction dont aura beau jeu de dire que, fondée sur le seul refus de l'islamisation du paysage urbain, elle est plutôt une manière de se voiler la face que d'aller au fond des choses.
La perspective brossée par Emmanuel Todd ou d'autres, d'une laïcisation progressive, au recul de la foi chrétienne répondant celui de la foi musulmane, quoique plausible, ne doit pas nécessairement nous rassurer. Parce que des différences culturelles fortes subsisteraient, la principale étant le registre des prénoms, et aussi du fait que l'affaiblissement des repères religieux peut aussi bien favoriser le durcissement identitaire, comme le même auteur l'a montré dans le cas de l'Allemagne nazie.

Bien des traits de l'Europe actuelle peuvent s'apparenter à des signes de déclin : la déchristianisation, l'attrition de nations tenues pour un vestige du passé, voire une référence suspecte, fasciste ou nazie, la désindustrialisation, la dénatalité, le chômage endémique, la démilitarisation relative, l'absence de volonté politique propre. L'esprit de tolérance, souvent à sens unique, la culpabilité postcoloniale, le politiquement correct qui prévalent actuellement dans les élites ne favorisent certes pas le ressaisissement. Le christianisme est tenu en suspicion dans ses propres rangs et, critiqué, voire ridiculisé de toutes parts, n'a pas les moyens de faire face à la montée de l'islam. Celle-ci trouve l'appui de tout un arsenal idéologique fondé sur la non-discrimination ou l'antiracisme (comme si la plupart des musulmans n'étaient pas de race blanche !). L'école laïque qui donnait de la viande le vendredi au temps où l'Eglise l'interdisait (1) impose dans certaines villes des menus sans porc même aux élèves non-musulmans, comme si la minorité musulmane avait déjà réussi à imposer la charia. 


Malgré son ambiguïté, la votation suisse nous laisse cependant soupçonner que la population de la vielle Europe, quelle que soit l'attitude de ses élites, ne se laissera pas réduire à la dlimmitude (position du minoritaire en terre d'islam) sans réagir.
Ce serait mal connaître l'histoire de ce continent, qui a joué un rôle si singulier dans l'émergence de la modernité, que d'imaginer qu'il pourrait laisser ses traditions les mieux établies - pas seulement le christianisme -, s'étioler dans la passivité. Chaque fois qu'elle fut confrontée au risque d'être submergée par les populations ou les influences orientales, l'Europe s'est in extremis ressaisie : Marathon, les Thermopyles, Salamine, Platées, Actium, plus tard les Champs catalauniques, Covadonga, Poitiers, Las Navas de Tolosa, Lépante, Vienne : la liste de ces lieux de résistance est longue.
A l'inverse d'ailleurs, l'Orient a fini, lui aussi, par rejeter la romanité puis les croisés, puis Byzance, puis la colonisation. (Quoi que disent certains Arabes, l'épopée d'Israël est trop singulière pour être amalgamée à ces précédents.)

Le retournement, pour le meilleur et pour le pire, s'effectue d'abord dans les têtes. Point de pays plus tolérant à l'islam et au judaïsme que l'Espagne du XIVe siècle, avant qu'une mystérieuse mutation n'induise une réaction violente de rejet des minoritaires. Inutile de chercher à juger ce genre de mutation à partir de la morale d'une époque ; les repères basculent avec elle : ce qui était politiquement correct la veille, la tolérance en l'occurrence, cesse de l'être et inversement. Et si cela nous arrivait, probablement verrions-nous les chiens de garde les plus vigilants dans la première configuration continuer leur office avec la même hargne quand le paradigme a changé, les modérés se trouvant toujours, dans ces cas, débordés.
De même, le christianisme européen, tenu plusieurs fois au cours de son histoire pour moribond a su se ressaisir : après les invasions barbares, puis arabes, au temps des déchirements des XVe et XVIe siècles, après la Révolution française.

Quand s'effectuera ce réveil ? On peut penser que le plus tôt sera le mieux. Pour une raison bien simple : si d'aventure nos pays devaient arriver à un point où musulmans et non-musulmans représenteraient des forces comparables (2), on peut craindre, au vu des précédents de pays comme Chypre, le Liban ou la Bosnie que notre continent n'échapperait pas aux affres d'une guerre civile de grande ampleur.
Les esprits responsables comprendront que personne en Europe n'a intérêt à ce que ce point soit jamais atteint.


(1) L'Eglise catholique interdisait à ses fidèles de manger de la viande le vendredi jusqu'en 1966. Les Espagnols étaient dispensés de cette règle depuis la bataille de Lépante.
(2) Ce qui ne signifie pas nécessairement un poids démographique équivalent : au XVIe, les protestants ne représentaient en France qu'environ 10 % de la population mais 50 % de la noblesse.

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Ce qui s'avoue quand la parole se libère : la cohabitation avec l'islam sera le défi à résoudre pour l'Europe du XXI e  siècle. La religion n'est pas en cause, ni la respectable dévotion musulmane que tout croyant ne peut qu'admirer. C'est, en revanche, la construction politique qui accompagne ce culte, dont les textes de référence ne différencient pas le spirituel du temporel, qui préoccupe les démocraties. Elles voient leurs règles utilisées par des néofondamentalistes pour tenter d'ébranler la laïcité. Pourquoi feindre encore de ne rien remarquer ?
Un même panurgisme, qui assure à Copenhague que l'Occident est seul coupable du réchauffement climatique, refuse d'analyser la tentation totalitaire portée par cette conception d'une société soumise. Au nom de la non-discrimination, ce système est exempté de responsabilité dans la crise existentielle qui traverse l'Europe. Le débat sur l'identité, que le conformisme refuse, serait devenu "un déversoir et un défouloir" selon Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité. Ce risque existe peut-être, tant les peuples perdent patience. Mais ce serait attiser les exaspérations que de refuser de poser des limites à l'islam en France.
La rapide émergence de ce tabou, que le vote suisse contre les minarets a achevé de briser, oblige à dire les choses. Or le déni, qui fut celui de bien des dirigeants face à la montée du communisme puis du nazisme, se retrouve chez ceux qui ne veulent pas voir les avancées de l'islamisme, dont l'idéologie rétrograde s'infiltre dans des cités majoritairement musulmanes, au nom du différentialisme défendu par les belles âmes. Une confuse référence à la suprématie coranique devient déjà, pour certains Français, le prétexte à ne plus obéir aux lois de la République. S'en accommoder, au prétexte de ne "stigmatiser" personne ?

L'apaisement est brandi par le politiquement correct, qui récuse les conflits et sacralise les minorités. Dimanche, Hervé Morin, ministre de la Défense, a justifié cette attitude. Elle vaut à la secrétaire d'État, Nadine Morano, d'être accablée de critiques pour avoir dit attendre "du jeune musulman français qu'il aime son pays, qu'il trouve un travail, qu'il ne parle pas verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers". Les censeurs, qui veulent y entendre des propos "nauséabonds" annonçant, allons-y, un retour de Vichy, se bousculent depuis pour réclamer la suspension du débat national. Vite, remettre les têtes dans le sable...
Nicolas Sarkozy, en recentrant le débat sur l'islam (Le Monde, 9 décembre) a opportunément rappelé "l'humble discrétion" qui oblige le chrétien, le juif ou le musulman "à se garder de toute ostentation et de toute provocation". Le parallèle outrancier que soutient une partie de la gauche entre la situation des musulmans de France et celle des juifs sous l'Occupation illustre sa confusion. Même les religieux ont admis l'enjeu. "Le dernier arrivé doit s'adapter aux règles collectives", reconnaît Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman. "La balle est dans notre camp, c'est à nous musulmans d'expliquer, de combattre l'extrémisme", confirme Fouad Alaoui, président de l'Union des organisations islamiques de France. Les donneurs de leçons entendent-ils ?
La première vertu du débat est d'avoir convaincu, semble-t-il, ces représentants de leur responsabilité. Celle-ci consiste à corriger la caricature que l'intégrisme est en train de donner à leur communauté. À ceux qui, comme Hamid Zanaz (L'Impasse islamique, Les Éditions libertaires), disent ne guère croire en une "révolution mentale" pouvant promouvoir un "islam libéral", il appartient à ces Français issus de l'immigration d'apporter les signes de leur acceptation de la laïcité et de ses règles égalitaires. Le peuple iranien, qui aspire à la démocratie en affrontant la théocratie, ne prend-il pas ce chemin ?

Alors que les députés s'apprêtent à légiférer sur l'interdiction de la burqa dans des lieux publics, il devrait revenir aux musulmans de défendre cette mesure. Il serait utile de les entendre fixer les limites de la pratique religieuse à la seule sphère privée. Face aux incursions du néo-fondamentalisme, qui exige des cantines séparées et des salles de prière dans les entreprises, qui y récuse des femmes et réclame des jours fériés, qui impose sa loi dans des hôpitaux et veut des horaires séparés dans les piscines, l'actuel silence de nos compatriotes est ambigu. Leur demander de se désolidariser d'un intégrisme sclérosé n'est pas leur faire injure. C'est même l'exact contraire.
Au nom de la diversité, concept censé représenter la nouvelle richesse de la France, l'islam politique instrumentalise des exigences religieuses pour asseoir sa visibilité, singulièrement dans les banlieues. Même le Hezbollah islamiste a été autorisé à tenir une conférence, samedi dernier, à la Sorbonne, symbole de l'humanisme français. Continuer à nier ce qui crève les yeux ? Un constat : ceux qui réclament l'arrêt du débat sont les mêmes qui, comme Dominique de Villepin, se sont fait les chantres de "la dimension islamique de l'Europe". C'est leur monde rêvé qui est aujourd'hui jugé par les Français. Il sera difficile de les faire taire. Cette libre parole favorisa-t-elle le FN ? Rien n'est moins sûr. Ce n'est pas l'extrême droite qui s'exprime mais un peuple ouvert, simplement soucieux de préserver ses principes et son mode de vie.

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Comme le temps passe ! Le XXIe siècle finit sa première décennie. Il prépare ces années 2010 dont chacun espère la fin de la crise et la grande mutation du monde vers la paix sur tous ses territoires, une bonne gouvernance et un développement durable (1). Faut-il avoir la nostalgie des années, des mois et des jours qui s'accumulent derrière nous ?
Doit-on penser que cette nostalgie devrait être encore plus intense pour les plus âgés d'entre nous ? Le général de Gaulle n'a-t-il pas effectivement écrit : "La vieillesse est un naufrage" (2) ? Mais il écrivait cette formule à propos du Maréchal Pétain en 1940. Pourtant, depuis cette date, l'espérance de vie à la naissance s'est accrue en France d'un quart de siècle, de 56 ans à plus de 81 ans, une évolution que personne n'avait imaginée. Ainsi se constate un décalage fantastique entre les progrès dans la longévité accrue et les propos apocalyptiques souvent déversés dans les médias. Travaillons à un monde meilleur, mais ne pensons pas que les générations qui nous ont précédés n'ont rien fait en matière d'environnement (3). En effet, les gains d'espérance de vie résultent d'un ensemble de facteurs combinant une alimentation suffisante et plus diversifiée, des découvertes médicales et pharmaceutiques, des progrès techniques limitant la pénibilité du travail et de considérables changements touchant l'hygiène. Ces derniers additionnent les meilleurs équipements des logements en sanitaires et salles d'eau ou des multiples infrastructures urbaines contribuant à combattre morbidité et mortalité : réseaux d'eau potable, assainissement, traitement des eaux usées, stations d'épuration…

La science démographique répond clairement à la question ci-dessus.
D'une part, elle confirme une évidence : vieillir est la meilleure façon de ne pas mourir. Le vieillissement individuel (4) est donc une excellente solution pour continuer à bénéficier de la vie.
D'autre part, non seulement celui qui vieillit ne meurt pas mais, en outre, dans un pays comme la France, il allonge son espérance totale de vie. La connaissance des évolutions démographiques apprend que plus une personne avance en âge, plus elle peut espérer une vie plus longue. Par exemple, en 2006, l'espérance de vie à la naissance en France est de 81 ans en moyenne, davantage pour les femmes et moins pour les hommes. Mais la personne qui a atteint l'âge de 85 ans dispose encore, en moyenne, d'une espérance de vie de 5,96 années pour les hommes et de 7,40 années pour les femmes.

La capacité d'allonger son espérance totale de vie en vieillissant peut être mise en évidence en France en considérant par exemple la génération née en 1920. Les nouveau-nés de cette année-là ont des espoirs limités de vivre. Déjà, passer le cap de la première année sera difficile. 123 sur mille vont mourir avant même d'atteindre l'âge d'un an. L'espérance de vie à la naissance de la génération 1920 est seulement de 55,9 ans pour les femmes et de 52,2 pour les hommes. Mais ceux qui, au fil des années, survivent montrent une meilleure résistance aux causes naturelles de la mortalité et bénéficient des facteurs qui améliorent l'espérance de vie, comme la découverte des antibiotiques. Aussi, ceux arrivant à l'âge de 60 ans en 1980 comptent une espérance de vie restante de 22,4 ans pour les femmes et de 17,3 ans pour les hommes. Leur durée espérée de vie atteint donc respectivement 82,4 ans et 77,3 ans, soit beaucoup plus qu'à leur naissance en 1920.
Quinze ans plus tard, les personnes de cette même génération nées en 1920 qui atteignent 75 ans en 1995 ont, devant elles, une durée espérée de vie encore plus longue : 87,7 ans pour les femmes et 84,8 pour les hommes. Là aussi, ces personnes bénéficient des conséquences des nouveaux progrès réalisés, notamment dans la médecine gérontologue. Considérons désormais les survivants de la génération 1920 arrivés à l'âge de 85 ans en 2005 : leur durée espérée de vie s'élève désormais à 92,1 ans pour les femmes et 90,8 ans pour les hommes.

De tels chiffres illustrent tout l'intérêt de vieillir pour allonger sa durée espérée de vie. Ils permettent aussi de mieux éclairer la réflexion sur les politiques de l'État et des collectivités territoriales.

(1) Concernant les États-Unis, cf. Zaninetti, Jean-Marc, Les États-Unis face au développement durable, Population & Avenir, n° 690, novembre-décembre 2008
(2) Charles de Gaulle, Mémoires de guerre : L'Appel, 1940-1942, Livre de Poche.
(3) Wackermann, Gabriel (Direction), Ville et environnement, Paris, Ellipses, 2005.

(4) Notion à bien distinguer du vieillissement de la population. Cf. Dumont, Gérard-François et alii, Les territoires face au vieillissement en France et en Europe, Paris, Ellipses, 2006.

N° 695 de la revue Population et Avenir

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Le gouvernement a lancé une vaste consultation sur "l'identité nationale" en envoyant aux préfets, chargés d'organiser les débats à l'échelon local, un "guide" qui propose quelque deux cents questions. Pas moins ! Étrange procédure en vérité, qui révèle surtout combien cette identité ne va plus de soi aujourd'hui. Il faut vraiment que la France soit tombée bien bas pour qu'on en arrive à s'interroger sur ce qu'elle est. La réponse, au demeurant, est loin d'être facile et univoque, car la notion même d'identité renvoie, pour une personne comme pour une nation, à son être même. L'identité est une réalité qui se vit - qui change donc aussi forcément -, plus qu'elle ne se définit. L'être d'une personne est indissociable de sa vie, de son passé, mais il ne se limite pas qu'à cet aspect, son être profond s'exprimant surtout par son âme, qui est réfractaire à toute description purement rationnelle. Par analogie, l'identité d'une nation est forgée par son histoire, par le "vivre ensemble" de citoyens engagés dans un destin commun. Et il y a aussi son "âme", difficile à cerner, qui exprime le fondement de l'unité d'un peuple, ce qui le caractérise dans une volonté commune de perdurer en tant que nation.

Ces considérations, dont j'ai conscience qu'elles peuvent paraître bien abstraites, nous conduisent cependant à un constat : "l'identité nationale" intègre toute l'histoire de France, depuis les Gaulois, Clovis, les rois, la Révolution jusqu'à la Ve République. On ne peut faire un tri entre ce qui nous plaît et ce qui nous déplaît, pas plus qu'on ne peut réécrire le passé que nous voudrions changer. La France, c'est à la fois la monarchie et la république, le christianisme et les Lumières, Vichy et la Résistance. Cela ne signifie pas, bien évidemment, que tout soit à mettre sur le même plan. Il est légitime d'insister davantage sur le meilleur, de regretter le pire, mais non de faire qu'il n'ait pas eu lieu. Quand on englobe la totalité de l'histoire de France sans arrière-pensée idéologique, on perçoit mieux certaines grandes lignes : l'imprégnation du christianisme, d'abord, qui forme ses racines les plus profondes - ce n'est pas pour rien que la France a été qualifiée de "fille aînée de l'Église" - et qui a poussé nos élites à être aux avant-postes de la pensée ; la France a été l'un des pays les plus missionnaires au monde, aussi bien pour répandre la foi que des idéologies plus ou moins délétères ; le constant souci d'indépendance de nos rois, ensuite, qui ont cherché inlassablement à former l'unité du "pré carré" sans cette volonté hégémonique propre aux empires : la France a toujours eu de ce fait une vocation à favoriser les équilibres géopolitiques. Tout cela permet de comprendre pourquoi le pape Jean-Paul II avait merveilleusement résumé notre vocation : "France, éducatrice des peuples".

Mais aujourd'hui, pourra-t-on rétorquer, la déchristianisation est très avancée et l'immigration - en grande partie musulmane - change la physionomie du pays. On se souvient que l'historien Jean de Viguerie avait diagnostiqué la mort de la France (1) et Jean Raspail lui avait emboîté le pas dans un retentissant article du Figaro (2). Si elle était soumise demain à la loi musulmane, serait-elle encore la France ? Certes, les civilisations sont mortelles, l'histoire l'a montré avant Paul Valéry, et rien ne nous assure infailliblement de la pérennité de nos vieilles nations européennes, mais devait-on diagnostiquer la mort de la France en 1941, à un moment où bien peu croyaient encore en son destin, ou en 1420 après le funeste traité de Troyes qui livrait le royaume à l'occupant anglais ? La différence, jadis, est que le danger venait principalement de l'Europe, donc d'une même civilisation chrétienne que la nôtre. Cela était vrai pour la France, mais n'oublions pas qu'une partie non négligeable de l'Europe a longtemps vécu sous la menace musulmane et que l'Espagne et les Balkans ont dû batailler des siècles pour s'en défaire.

Quoi qu'il arrive, une chose est certaine : la France de demain sera à l'évidence bien différente de celle d'hier, ce qui ne signifie pas qu'elle aura disparu. Il est ainsi des moments de l'histoire où les ruptures sont particulièrement brutales : songeons au changement de monde qu'a représenté la Révolution pour les contemporains ! Aujourd'hui, la technique et les communications donnent l'impression d'une "accélération" de l'histoire et donc aussi des changements : cela est fort déstabilisant, mais cela ne doit-il pas nous inciter à nous recentrer sur l'essentiel ?
En commençant par voir nos vrais problèmes en face : nous ne savons pas qui nous sommes - nous avons même oublié que l'on devient Français d'abord par filiation, que nous sommes les héritiers d'un trésor immérité -, nous ne croyons plus en nous-mêmes ; il serait temps de retrouver la légitime fierté d'être Français, de comprendre que la première richesse d'une nation, ce sont ses hommes et que son avenir dépend de ses enfants, d'où l'absolue nécessité d'une démographie dynamique, ce qui suppose de remettre à l'honneur le seul moyen connu pour cela : honorer et favoriser la famille stable. Sans ce préalable, il est vain de prétendre faire reculer l'immigration ou assimiler des étrangers. Et ce d'autant plus que la société d'accueil est décadente, ravagée par le matérialisme consumériste : quel immigré peut avoir envie de s'intégrer dans un tel pays si peu convaincu lui-même de ses propres mérites ?
La France a la particularité d'avoir une grande vocation qui ne nécessite pas d'être une "super-puissance" : cette vocation, elle pourrait l'assumer encore aujourd'hui, rien ne s'y oppose et surtout pas sa "petite taille", il ne suffirait que d'y croire et travailler sans relâche au bien commun, national et international.

(1) Les deux patries, DMM, 1998.
(2) La patrie trahie par la République, Le Figaro du 17 juin 2004.

La Nef, décembre 2009

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Allez, un blasphème : ce sommet de Copenhague manque de crédibilité.
Bien sûr, il est important que les pays se parlent et s'acheminent vers une autolimitation afin de préserver la planète. Mais ces grands prêtres, ces dévots et ces prosélytes, mais ces credo, ces excommunications et ces bûchers montrent surtout ce qu'est devenu l'écologisme : un culte sectaire, despotique, intransigeant. À écouter les sermons, la modernité industrielle, forcément coupable, doit se soumettre au dogme de la décroissance sous peine de punition divine. Désolé, mais le ridicule entache cette hypermesse ouverte cette semaine.
Une pensée unique chasse l'autre, dans un mimétisme planétaire. Après l'unanime sacralisation de Barack H. Obama, messie à l'indécision problématique, voici les matraquages sur l'implication de l'homme dans le réchauffement du climat. Sur cette question controversée, "le débat est clos", ont décrété les convertis, dont Nicolas Sarkozy. Cette semaine, cinquante-six journaux ont publié le même éditorial : "La question n'est plus de savoir si c'est l'activité humaine qui est responsable, mais de calculer le peu de temps qu'il nous reste pour limiter les dégâts." Où est le pluralisme des analyses ?
Seule une religion peut oser se réclamer ainsi d'une vérité universelle, assénée par ses prophètes. Le paradoxe est de voir tant de laïcs s'engouffrer dans cette bigoterie pour qui le diable est la société libérale et le capitalisme. L'hérétique Claude Allègre n'est pas le seul à avoir été qualifié de "négationniste" par l'Inquisition qui ne supporte pas de voir mise en doute la faute originelle de la société de consommation. De nombreux autres scientifiques récalcitrants ont aussi été bannis. L'État se devrait de respecter, dans ce domaine aussi, une séparation avec ce nouveau clergé.
Que cela plaise ou non à l'animateur Nicolas Hulot, dont le film Le Syndrome du "Titanic"  révèle son choix tiers-mondiste et altermondialiste, des doutes subsistent sur le réchauffement (certains assurent que les températures baissent depuis 1998) et sur le rôle unique de l'homme dans ce phénomène (qui pourrait être dû aussi aux cycles du soleil). D'autant que les révélations du Wall Street Journal, apportant des preuves de bidouillages de données climatiques (le "Climategate") au sein de l'Université d'East Anglia (Grande-Bretagne) afin de soutenir la thèse officielle, accréditent le soupçon d'une manoeuvre idéologique. Or ce sont des interdits et des impôts déguisés qui sortiront de Copenhague. Non, vraiment, la parole de ce sommet n'est pas d'évangile.

Donnée oubliée
Les Verts, qui annoncent l'apocalypse, espèrent faire de Copenhague leur propre sacre. Mais le gouvernement n'a rien à gagner à devenir l'apôtre d'une cause qui utilise la propagande et l'intimidation intellectuelle pour convaincre. Avoir rejoint l'écologiquement correct lui a déjà valu de perdre de sa popularité en instaurant une inutile taxe carbone en pleine crise du pouvoir d'achat. D'ailleurs, l'opinion américaine se détache de ce culte aux procédés opaques. Certes, l'Arabie saoudite a eu tout intérêt à dénoncer, dès lundi, "le niveau de confiance" en la science, ébranlé par le "Climategate": les producteurs de pétrole veulent poursuivre leur fructueux commerce. Cependant il n'est pas besoin de sommets tapageurs pour que les gens se persuadent des vertus de la voiture électrique ou de l'intérêt d'une indépendance vis-à-vis des pays de l'or noir.
D'autant qu'une autre donnée, passée plus inaperçue, pourrait aussi expliquer partiellement les changements climatiques : la surpopulation mondiale, qui pourrait approcher les 9 milliards en 2050. Cette hypothèse est évoquée dans le dernier rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), qui estime : "Le ralentissement de la croissance démographique (...) pourrait faciliter la tâche d'équilibrer les émissions mondiales de gaz à effet de serre sur le long terme et de rendre possible une adaptation plus immédiate aux changements climatiques déjà en cours." Selon cet organisme, l'augmentation démographique serait à l'origine de 40 à 60 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1820.
Une réflexion collective sur cette question taboue de la limitation des naissances, notamment dans les pays en voie de développement, serait sans doute aussi légitime que ce sommet de Copenhague qui joue à faire peur avec des données incomplètes. Plutôt que de taxer encore dans l'espoir vain de faire la pluie et le beau temps, pourquoi les États n'aideraient-ils pas les pays en voie de développement à l'éducation des femmes ? Ils pourraient aussi, dans la foulée, s'inquiéter de la malnutrition : lors du dernier sommet mondial de l'alimentation, aucun des chefs d'État des pays riches n'était présent...

Libération de la parole
Cette sévère rechute dans la pensée unique, qui occulte les sujets n'entrant pas dans ses certitudes, est d'autant plus anachronique que les Français font l'expérience d'une libération de la parole sur leur propre identité, grâce au débat lancé par Éric Besson, ministre de l'Immigration. Après des décennies de récitations sur "l'immigration, chance pour la France" et "l'islam, religion de paix et de tolérance", il est enfin permis d'aborder les faits dans leurs complexités. Sarkozy a même été jusqu'à critiquer, mercredi dans Le Monde, le "mépris du peuple" de ceux qui avaient qualifié le vote suisse contre les minarets de "populiste". Dès lors, pourquoi se remettre des chaînes et des oeillères ?
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Liberté religieuse et culte public

(...) (site endommagé en 2013)
a suscité un tel émoi que beaucoup en ont oublié de réfléchir au cadre théorique dans lequel il s'inscrit : la problématique de la liberté religieuse en Occident. Il faut le rappeler : ce sont les minarets qui ont été interdits par le peuple suisse, pas les mosquées. Si les mosquées avaient été interdites, on aurait pu considérer à bon droit qu'il s'agissait d'une atteinte inacceptable à la liberté religieuse. L'interdiction des minarets touche en fait une autre question : celle de la visibilité publique du culte. La disposition d'un lieu de culte est affaire de droit fondamental, sa visibilité une question d'ordre public et donc d'opportunité, variable selon les lieux et les temps.
Cette distinction n'est pas nouvelle en Europe : comme l'a montré Bruno Dumézil (1), on la trouve dès les origines de la chrétienté instituée. L'Eglise a ainsi presque toujours admis le droit des juifs à disposer de synagogues dans un Etat chrétien. Comment d'ailleurs un chrétien pourrait-il, sans se renier, empêcher d'autres croyants d'adorer Dieu ? La même Eglise a en revanche rarement accepté que d'autres cultes aient un caractère public, ou en tous les cas officiel (2).
Curieusement, le Syllabus et Dignitatis humanae ne diffèrent pas autant qu'on croit sur ce sujet.
Parmi les erreurs condamnées par le premier figure qu'il faille "louer que certains pays, catholiques de nom, aient décidé par leurs lois que les étrangers qui viennent s'y établir puissent jouir de l'exercice public de leurs cultes particuliers" (§78).
Dignitatis humane  dit de son côté que "Dès lors que les justes exigences de l'ordre public ne sont pas violées, ces groupes sont en droit de jouir de cette immunité (de toute contrainte en matière religieuse) afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes et honorer d'un culte public la divinité suprême (…) (§ 4.2)".

Certes, entre ces deux textes, le ton est très différent : autant Pie IX est restrictif pour les cultes non catholiques, autant Paul VI l'est au contraire pour toute entrave à la liberté de quelque culte que ce soit. On peut même s'inquiéter qu'en exigeant que les groupes religieux obtiennent l'immunité "pour se régir selon leurs propres normes", le texte de 1965 puisse fonder l'application de la charia en Europe. En fait il n'en était pas question à cette date. Le texte visait d'abord le droit des églises chrétiennes d'organiser comme elles l'entendent la vie ecclésiastique et non celui d'un groupe religieux d'avoir son propre droit civil ou pénal, cette idée étant étrangère à la tradition chrétienne laquelle, pour ce qui n'est pas d'ordre religieux, n'a jamais revendiqué que l'application du droit "naturel".
Si Dignitatis humanae insiste sur le droit des croyants, quels qu'ils soient, à pratiquer leur culte, le Syllabus ne traite que du culte public, ce qui veut dire, dans un texte limé au millimètre, que le droit des étrangers (ou d'autres) à pratiquer un culte privé, droit conforme à la tradition de l'Eglise (sinon à la pratique de tous les princes chrétiens), n'est pas en cause. Le statut que, entre les lignes, le Syllabus ouvre aux cultes non catholiques est-il d'ailleurs différent de celui qu'un certain laïcisme voudrait imposer à tous les cultes ?
Mais la déclaration Dignitatis  humanae, soumet la liberté de culte (y compris publique pour le coup) qu'elle promeut à la restriction importante des "justes exigences l'ordre public". Ordre public, peut-on supposer, au sens large : non seulement le souci de préserver la paix civile mais encore celui de la circulation routière ou d'un urbanisme ordonné. La question des minarets n'est plus un problème de liberté de conscience mais peut être tenue comme l'a suggéré François Fillon pour un problème d'urbanisme, voire de gestion d'un patrimoine historique (3).
Curieusement, une telle convergence n'existe pas seulement entre deux textes réputés antinomiques de l'Eglise catholique mais encore entre ceux-ci et la pratique la République française laïque. La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat du 9 novembre 1905 (article 4) confie l'organisation du culte aux  seules associations qui se conforment "aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice", c'est-à-dire, s'agissant de l'Eglise catholique, qui se conforment au droit canon.
Quant à l'exercice public du culte, le fameux arrêt abbé Olivier du Conseil d'Etat (19 février 1909) affirme que l'autorité publique (un maire en l'occurrence) ne peut apporter de restrictions à la liberté de culte - y compris  à une procession - qu' "en cas de menace précise et sérieuse pour l'ordre public".
En notre temps où les intégrismes de tout poil prospèrent sur fond d'ignorance, ces distinctions, pourtant classiques, sont fâcheusement remises en cause. La Charte des droits fondamentaux  annexée au traité de Lisbonne reconnaît "la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites" (article 10) sans aucune restriction liée aux exigences de l'ordre public, ouvrant la porte à de graves risques. A l'inverse, un laïcisme exacerbé, voudrait bannir tout symbole religieux de l'espace public sans autre motif que de principe.

La Rapporteur spécial de l'ONU pour la liberté de religion, Mme Asma Jahangir, s'est montrée "profondément inquiète" quant aux "conséquences négatives du résultat de cette votation sur la liberté de religion ou de conviction des membres de la communauté musulmane en Suisse." On aimerait savoir si l'intéressée, originaire du Pakistan, s'est autant émue du cas de nombreux pays musulmans qui aujourd'hui multiplient les entraves, non seulement à l'exercice public du culte chrétien - ou juif - mais à son exercice tout court, de manière officielle, comme en Arabie saoudite d'où sont bannis non seulement les clochers mais les églises, ou de manière sournoise presque partout ailleurs.
On aurait aimé aussi plus de retenue de la part de M. Erdogan premier ministre d'un pays, la Turquie,  qui non seulement a commis au début du XXe siècle un génocide massif des chrétiens, pas seulement  arméniens (4), mais où encore aujourd'hui des prêtres ou des militants chrétiens sont assassinés et où la construction de nouveaux lieux de culte non musulmans est pratiquement impossible.


(1) Bruno Dumézil, Les racines chrétiennes de l'Europe, contrainte et liberté religieuse dans les royaumes barbares,  V-VIIIe siècle, Fayard, 1905
(2) Ce que signifie exactement culte public n'est pas précisé dans les textes cités et peut-être est-ce mieux, car ainsi est  laissée une marge d'interprétation.
(3) On admet cependant que le référendum suisse a une portée plus large, touchant à l'identité nationale.
(4) A l'exception des catholiques et des protestants, peu nombreux et protégés par la crainte de la France et de l'Angleterre

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(...) (site endommagé en 2013)
et la notion de guerre "juste" inaugurée par Magistro, lisez le tout récent, et remarquable, discours de Barak Obama, heureux récipiendaire du prix Nobel de la Paix à Oslo. Tout y est. Il en ressort que les guerres justes ne sont pas forcément nécessaires ; que les guerres nécessaires ne sont pas forcément justes.
Ceci étant, rappelons, en guise d'exorde, une constatation d'une affligeante banalité, à savoir que la notion de ce qui est juste ou non varie du tout au tout selon les époques et les sociétés humaines. Ce qui était justifié hier ne l'est plus aujourd'hui et le sera moins encore demain. Dont acte.
Par ailleurs, les guerres d'aujourd'hui ne sont pas celles d'hier, ni celles de demain. Comment va t-on réagir demain dans l'hypothèse d'une guerre nucléaire ? Allons plus loin. Une guerre nucléaire peut-elle être juste ?
En fait, aucune guerre n'est jamais juste dans la mesure où elle provoque forcément la mort de civils d'innocents, surtout pour ce qui concerne les guerres contemporaines.
Certes, c'était déjà largement le cas dans le passé. Songeons aux bombardements dévastateurs de Coventry, d'Hambourg, d'Hiroshima et de Nagasaki.
Mais c'est encore plus vrai depuis la dernière guerre mondiale. Les conflits "modernes", dans leur majorité (sauf la guerre de Corée et celle du golfe) ne mettent plus aux prises des armées régulières agissant en corps constitués. Ce sont des guerres de type post colonial, entendons par là le fait qu'elles mettent en présence des forces régulières qui affrontent le plus souvent des guérillas noyées dans la masse de la population civile (guerre d'Israël au Liban et dans la bande Gaza, guerre d'Algérie, guerre d'Indochine, puis du Vietnam, guerre d'Irak après la chute de Saddam Hussein, innombrables guerres civiles africaines, terrorisme au Liban, en Somalie, en Afghanistan, que sais-je encore ?).
Ces guerres comportent forcément des "bavures" ou des "dégâts collatéraux" largement imprévisibles, pour ne pas dire inévitables, qu'elles que soient les bonnes intentions des acteurs.
Notons au passage que ce sont des guerres pratiquement "ingagnables" (no-win wars comme le disent nos amis américains). Car les forces régulières ne sont pas armées sur le plan moral pour les affronter sans dommages moraux ou psychologiques démesurés, et souvent irréversibles, ni équipées sur le plan opérationnel pour l'emporter définitivement sur le terrain. Comment, en effet, se faire aimer des populations locales tout en les bombardant régulièrement de jour comme de nuit (c'est le cas en Afghanistan) ? Personne n'a encore trouvé la recette.
C'est donc la raison pour laquelle l'Occident - qui ne comprend jamais les leçons de son propre passé -est condamné à perdre régulièrement ce genre de guerre. C'est bien ce qui risque fort de se passer tôt ou tard en Afghanistan (les récits publiés dans la presse par d'anciens soldats américains revenus de ce pays sont éloquents à ce sujet).

En fait, le soldat, ou l'homme politique du temps de guerre, sont confrontés à des choix quasi insolubles : fallait-il renoncer au bombardement nucléaire d'Hiroshima au risque de condamner à mort un million supplémentaire de soldats américains ? Fallait-il renoncer à faire pleuvoir sur Hambourg d'innombrables bombes incendiaires et retarder d'autant la délivrance des déportés agonisant dans les camps de concentration nazis ? Faut-il renoncer à extirper d'un prisonnier suspecté de terrorisme, par des moyens "que la morale réprouve", les renseignements qui permettront  de sauver les enfants de l'école voisine ? (rappelons  à ce sujet le beau film L'honneur d'un capitaine de Pierre Schoendoerffer). Combien de  morts, combien de souffrances peuvent-elles justifier d'autres morts, d'autres souffrances plus nombreuses ou plus terribles encore ?
En réalité, les choix de ce genre sont largement dictés par de considérations d'opportunité qui s'imposent dans l'instant et sur le terrain. Et cela quelles que soient les savantes exégèses des textes des Pères de l'Eglise, lesquelles ne peuvent guère éclairer le soldat dans l'action du  combat.
Ce n'est que dans le calme de leur bureau, et rétroactivement, que censeurs, moralistes et justiciers peuvent tranquillement se prononcer (dans les colonnes du Monde de préférence) selon les principes de leur conscience et s'ériger en juges d'un passé qu'ils n'ont pas vécu.
Au final, toutes les guerres, notamment celles de notre temps, comportent nécessairement une fraction d'injustice plus ou moins étendue. C'est la malédiction de la condition humaine, hier comme aujourd'hui. Le Droit et la morale sont là pour limiter et réduire au minimum, la plupart du temps a posteriori, cette part d'injustice inhérente à la guerre.

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En inventant l'efficace slogan "Travailler plus pour gagner plus", Nicolas Sarkozy avait su rallier à lui une catégorie de Français dont on peut se demander si elle ne sera pas en définitive sa principale victime. Quelle catégorie ? Pas ceux qui ne travaillent pas, assistés de différents régimes (chômage, RMI, allocations d'adulte handicapé, etc.), ni ceux qui n'ont pas besoin de gagner plus. La cible de ce slogan n'était pas non plus d'abord les "cadres supérieurs et professions libérales" qui n'ont pas attendu le sarkozisme pour savoir qu'on pouvait gagner plus en ayant plus de clients, de patients, en consultant davantage ; tout au plus pouvaient - ils espérer que l'impôt sur le revenu écrêterait moins leurs gains : comme le bouclier fiscal ne leur profite que peu, il sont déchantés.

La cible principale, c'était l'armée des travailleurs moyens ou pauvres, ceux qu'on appelait autrefois la classe ouvrière, mais qui comprend aussi beaucoup d'employés, la plupart des agriculteurs et des artisans. Tous ceux - là sont les premiers touchés par l'érosion progressive du pouvoir d'achat au cours des dernières années et par les conséquences de la crise : fermetures d'usines, crise agricole, etc.
Ils sont doublement frustrés : de ne pas arriver à joindre les deux bouts, de voir que le niveau de vie de beaucoup d'assistés qui, eux, ne travaillent pas, les rattrape ou même les dépasse.

Cette catégorie sociale, occultée dans les préoccupations des élites politico-médiatiques par celle des "exclus" proprement dits : chômeurs de longue durée, SDF, sans-papiers, etc., aucun parti politique ne s'y était vraiment intéressé. Les sociologues ne l'ont découverte que récemment. Les familiers des campagnes électorales savent pourtant combien ses doléances occupent la première place dans les réunions de quartier.
En réhabilitant la valeur travail, Nicolas Sarkozy fut le premier à prendre en compte cette sensibilité. Il en fut récompensé en 2007, arrachant une partie de cette clientèle à la gauche ou au Front national. Que les intéressés n'aient pas obtenu grand-chose et soient même durement frappés par la crise, quoi d'étonnant ? On sait quel est le lot des promesses de campagne : se souvient-on encore de celle de "réduire la fracture sociale" ? Favoriser l'ouverture des magasins le dimanche ne leur apportait rien. La défiscalisation des heures supplémentaires pouvait être à la rigueur une solution pour les petits salariés en situation de surchauffe ; elle ne l'est naturellement pas en temps de récession.

Victimes de la taxe carbone et de la suppression de la taxe professionnelle
Mais ce que les intéressés n'attendaient sans doute pas, c'est d'être la principale victime de deux mesures phares de la rentrée : la taxe carbone et la suppression de la taxe professionnelle.
La taxe carbone ne touchera pas trop ceux qui ne sortent pas de chez eux, hormis les personnes âgées qui n'ont pas les moyens ou l'ardeur de rénover leur installation de chauffage, pas davantage les traders de l'Ouest parisien qui se rendent au bureau en vélib' ! Qui touchera-t-elle d'abord ? Les agriculteurs et la plupart des artisans (on leur promet des détaxations, à voir...), les salariés contraints d'habiter loin de leur lieu de travail soit parce qu'ils n'ont pu acheter leur logement que loin des villes centre, soit parce que, en situation de précarité ou d'intérim, ils ont du accepter un emploi éloigné de leur domicile. Les vrais pauvres, comme l'a montré une étude récente, ne sont plus dans la couronne parisienne, ils sont dans les villages de la périphérie de l'Ile-de France, quelquefois dans l'Oise, le Loiret, l'Eure-et-Loir, etc. et aussi dans les départements ruraux particulièrement touchés par les délocalisations.

La suppression de la taxe professionnelle ne devrait pas avoir d'effets sur les particuliers avant 2012 puisque jusque là l'Etat promet de compenser le manque à gagner des collectivités locales. Mais au-delà ? Les dépenses des dites collectivités, qui ont beaucoup embauché et titularisé du personnel - et emprunté - au cours des dernières années sont très peu élastiques à la baisse : le prélèvement dont seront allégées les entreprises sera transféré vers les ménages redevables de la taxe foncière et de la taxe d'habitation. Alors que la moitié des foyers français est exonérée de l'impôt sur le revenu, presque tous payent la taxe d'habitation et tous les propriétaires, grands et petits, soit 70 % des ménages, payent l'impôt foncier. Parmi ces derniers beaucoup de petits revenus : salariés ayant acheté leur maison à crédit, retraités à qui leur maigre retraite ne permet plus de payer les charges d'une maison pour l'acquisition de laquelle ils se sont privés toute leur vie.
L'alourdissement extravagant de ces impôts dans une partie des communes - des départements et des régions - au cours des dernières années (résultat d'une décentralisation débridée) fait que beaucoup de propriétaires payent l'équivalent d'un loyer en taxes et que certains, essoufflés, déménagent dans un logement plus petit ou une commune moins imposée. Il est notoire que c'est dans cette catégorie d'impôts que les difficultés de recouvrement sont les plus grandes.
Comme l'impôt sur les portes et fenêtres - ancêtre de la taxe d'habitation - instauré par l'Assemblée constituante en 1790 avait eu au XIXe siècle l'effet désastreux de pousser les Français à construire avec des ouvertures les plus petites possible, le poids des impôts locaux pousse aujourd'hui les Français à habiter de plus en plus petit.
Témoins amers des effets bénéfiques du bouclier fiscal pour les uns, du RSA (qu'il est question d'étendre aux moins de 25 ans) pour les autres, les petits salariés se diront sans doute que malgré les belles envolées tendant à réhabiliter le travail, ils continueront d'être les oubliés d'une République ploutocratique et compassionnelle mais de plus en plus dure à ceux qui triment.

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Qui se souvient de cette série de dessins de Jacques Faizant en 1975 ? Huit personnages identiques, affublés de leurs vêtements nationaux, levaient fièrement le poing en criant : "Vive le Vietnam !", "Vive le Portugal !", "Vive Cuba !", "Vive l'URSS !", "Vive la Chine !", "Vive la RDA !", "Vive la Palestine !" et "Vive l'Albanie !". La légende de chaque illustration sonnait comme un leitmotiv : "Valeureux patriote !". Une dernière case montrait un Français moustachu levant son béret, et disant avec un sourire, "Vive la France !". La légende sonnait cette fois comme un glas : "Vieux con cocardier, chauvin, xénophobe et présumé facho ! "

Trente-quatre ans plus tard, rien n'a changé : le glas de l'identité sonne toujours pour nous seuls. Aux yeux du politiquement correct, il est interdit de réfléchir sur l'"identité nationale" comme si l'alliance de ces mots était blessante pour les autres peuples. On sait depuis longtemps, certes, que la notion d'identité est délicate à appliquer aux sociétés. Dans l'ordre anthropologique, comme le disait Lévi-Strauss dans un cours du Collège de France, l'utilisation de l'identité commence par "une critique de cette notion", car la question "qui suis-je ?" est aussi indécise que la question "que sais-je ?". Il reste pourtant que Lévi-Strauss reconnaissait que l'identité est "une sorte de foyer virtuel auquel il nous est indispensable de nous référer". Ce foyer ne se referme pas sur une identité crispée, il s'ouvre sur une identité sereine lorsque la distinction de notre identité avec celle des autres assure leur reconnaissance mutuelle.
En d'autres termes, c'étaient déjà ceux de Montesquieu, à la question "comment peut-on être français ?", la réponse en miroir est nécessairement "comment peut-on être persan ?". La mosaïque française s'est formée de diverses formes et de diverses couleurs dont chacune assure l'unité d'un dessin identique. Ce qu'ignorent les contempteurs de l'identité française, c'est que toute société est contrainte d'affirmer son être par opposition à celui d'autrui. C'est moins un processus d'exclusion de l'autre qu'un processus d'inclusion de soi, lequel a besoin de l'altérité de l'autre pour assumer son identité.

Rousseau n'hésitait pas à donner ce conseil aux lecteurs d'Émile : "Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins." La fausse reconnaissance de l'autre entraîne en effet cette mauvaise haine de soi en laquelle Castoriadis voyait "la forme la plus obscure, la plus sombre et la plus refoulée de la haine". Elle n'exalte l'identité d'autrui que pour mieux nier la sienne au détriment de leur reconnaissance réciproque.
La polémique à propos de l'entrée d'Albert Camus au Panthéon est un nouvel avatar de ce déni d'identité. On brandit aussitôt l'épouvantail d'une récupération. Mais par qui ? Le rédacteur en chef de Combat partageait-il les thèses du Front national ? L'homme de gauche serait-il devenu, parce qu'il préférait la vie de sa mère à la justice du terrorisme, un homme de droite ? D'où viendrait la récupération ? Des Européens d'Algérie qu'il n'a pas reniés quand ils l'ont exclu de leurs rangs ? Ce serait alors exclure, en même temps que Camus, une catégorie de Français dont on ne reconnaîtrait pas l'identité.
Le débat sur l'entrée du philosophe dans un temple consacré à tous les dieux, en termes modernes, à l'universel, est révélateur de la méfiance à l'égard de notre identité. Né d'un père d'origine bordelaise et d'une mère d'ascendance espagnole, Camus incarnait, par la générosité de son engagement comme par la fidélité de son enracinement, l'universalité de la culture française. Ce serait une amère ironie de l'histoire que l'auteur de L'Étranger, qui vivait de toutes ses fibres l'étrangeté de l'existence humaine, ne puisse incarner, en reposant au Panthéon, l'identité de la France qui est celle de ses oeuvres.
Concluons. Deux amis du journal Pilote ont imaginé le personnage d'Astérix, l'une des figures les plus reconnues de l'identité française si l'on en juge par le nombre de lecteurs qui se sont identifiés à elle. Le dessinateur, Alberto Aleandro Uderzo, est le fils d'une famille d'immigrés italiens, et le scénariste, René Goscinny, le fils d'une famille de Juifs polonais émigrés en Argentine, aux États-Unis puis en France. Dira-t-on que la culture française ne produit pas d'identité à travers les oeuvres que des étrangers ont conçues dans son foyer en assumant son passé gaulois ?

Comment peut-on être français, vous demandez-vous ? En évitant d'être le seul peuple qui, pour exalter l'identité des autres, croit nécessaire de répudier la sienne.
Jean-François Mattéi, Auteur de Albert Camus et la pensée de Midi (Éd. Ovadia) et de L'Identité de l'Europe, avec Chantal Delsol (PUF, à paraître en 2010)

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Les outrances de Martine Aubry laissent à penser que la gauche française souffre d'amnésie dans son approche de notre identité nationale. Pas toute la gauche, mais beaucoup de gens à gauche, et singulièrement dans la gent intello. C'est inquiétant. L'identité de la France, titre d'un beau livre de Braudel, on la connaît : quinze siècles d'histoire-géo sur des sols déterminés, le double giron de l'hellénisme et du christianisme, avec un apport substantiel de la romanité et un long magistère spirituel, moral et esthétique du catholicisme.

Quarante rois, cinq républiques, deux empires et pas mal d'intermèdes embrouillent notre identité politique, mais les fondamentaux sont acquis, et admis : une démocratie laïque dotée d'un État censé réguler une économie de marché. La pente universaliste de notre héritage culturel récuse l'ethnicité : tout un chacun peut devenir français, comme le prouvent plus de cent mille naturalisations annuelles. Pour autant, la France se doit de choisir et de doser ses flux migratoires, sous peine de diluer son fond de sauce culturel dans un méli-mélo de communautés qui ne sont pas forcément aptes à l'endosser et ne le désirent pas toujours. De Gaulle en avait tout à fait conscience ; c'est pourquoi il a mis fin à l'ère coloniale et aux faux angélismes qu'elle entretenait.

L'actuel débat est biaisé par mille sous-entendus politiciens, mais puisque Sarkozy a cru devoir le lancer, ne l'escamotons pas. La hantise d'une menace islamique me paraît fallacieuse. Elle procède d'un contraste entre la religiosité bien ancrée d'un certain nombre de nos compatriotes musulmans et la déchristianisation ambiante. Sans s'en apercevoir clairement, les Français dits de souche ont peur d'un vide : nos églises sont désertes, et nos esprits gagnés par un scepticisme débilitant. On constate souvent chez les Français issus de l'espace islamique un sens de la famille, un souci de la décence et un attachement à la tradition dont nous aurions lieu de nous inspirer. La question religieuse est hors sujet, ainsi que les litanies sur une "laïcité" contestée seulement par d'infimes minorités. Certes, tels imams prêchent en eaux banlieusardes troubles la haine de l'Occident. Il incombe aux autorités de les expulser sans pinailler. Qu'elles s'y emploient, ça soulagera l'immense majorité des Français de confession ou de sensibilité musulmane, qui paient cash les atermoiements de nos dirigeants. Le vrai problème, c'est celui du nombre. Il y a beaucoup d'étrangers en France, beaucoup de Français de fraîche date, et nous sommes en situation de crise économique : ça fait peur à la majorité silencieuse, que l'on aurait tort de dédaigner. Or cette peur génère des fantasmes, incite au repli, prédispose aux réflexes d'autodéfense. Ou pire. Il faut la prendre en compte, en acceptant la notion de seuils de tolérance. Seuils éventuellement symboliques, variables selon l'état moral ambiant, celui du marché de l'emploi, celui aussi des comptes publics.

Depuis vingt ans, il est évident que nous frôlons un seuil au-delà duquel les Français ne reconnaîtront plus la France. Déjà ils ont du mal. Ayons le courage de l'admettre, sauf à avaliser avec fatalisme la perspective de violences endémiques, fruits d'acculturations sans issue. Si l'immigration zéro semble un objectif illusoire, les Français ont le droit de savoir combien d'étrangers nos autorités publiques envisagent d'agréger à la communauté nationale, d'où ils viennent, et en vertu de quelles prospectives ils ont des chances de s'intégrer à terme. Ainsi les impétrants sauraient de quoi ils héritent en accédant à la nationalité française.

J'assistais l'autre jour, à Limoges, à un colloque de la fondation RTE qui oeuvre pour enrayer le déclin de notre antique ruralité. J'y ai constaté un désir presque amoureux, et unanime, de ne pas laisser le vent de l'oubli effacer ce qui s'est tramé au fil des âges sur cette belle damassure de terroirs semés de clochers et de labours. Sans le savoir, les intervenants définissaient tous une part non négligeable de notre identité. Il ne faut pas la réduire aux acquêts d'une nostalgie : l'Angélus de Millet semble loin de la France contemporaine. Toutefois sa résonance dans nos sensibilités témoigne d'un besoin de sortir des brumes de l'éphémère. La longue mémoire de la France ne doit pas être bradée dans les brocantes pour bobos ou limitée à l'abstraction d'une "citoyenneté". Plus sera forte et explicite la conscience de notre héritage, plus s'éclaircira la question cruciale de l'immigration. Et mieux se porteront les Français en panne d'éclairage sur l'inconscient national, quelles que soient la couleur de leur peau, la texture de leur foi, la juste fierté de leur origine.
Paru dans Valeurs actuelles, 3 décembre 2009

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