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Religion et politique à Madagascar

(...) (site endommagé en 2013)
la République de Madagascar, Marc Ravalomanana reçoit aujourd'hui l'investiture. Lorsqu'en décembre 2001, il s'était présenté pour la première fois devant les électeurs contre Didier Ratsiraka, il avait été fortement soutenu par les autorités chrétiennes du pays. Le Conseil des Eglises chrétiennes, où siègent ensemble l'archevêque de Antananarivo et les présidents des Eglises protestantes, réformée, luthérienne et anglicane, n'avaient pas ménagé sa peine pour orchestrer une campagne présidentielle, dans un genre finalement pas très éloigné des pratiques américaines - où il n'est pas rare de commencer une réunion politique par la prière ou l'invocation du nom de Dieu, ni non plus de voir et d'entendre évêques et pasteurs en habits ecclésiastiques exhorter les électeurs de la même façon qu'ils leurs prêchent, dans les églises, les homélies sur l'Evangile.

Chrétiens d'Europe latine, nous sommes souvent étonnés de cette proximité (voire confusion) du religieux et du politique. Alors qu'il est évident et nécessaire que les croyants sont citoyens et les Eglises doivent s'engager dans un rôle de vigilance éthique et sociale, la théologie protestante, (pour se limiter aux Eglises de la Réforme, qu'elles s'inspirent de Luther ou de Calvin), a clairement séparé les deux règnes, chacun, le spirituel et le temporel relevant, mais distinctement, du même règne de Dieu, dont ils sont les expressions à fonctions différentes.
Une distance s'impose aux Eglises si elles veulent rester crédibles quant à leur fonction, précisément, de vigilance spirituelle et morale. Aider au discernement et à la réflexion des fidèles, seuls responsables de leur choix politique, refuser l'intolérance, la tyrannie et les compromissions avec ce qui ne manifesterait pas la dignité de l'homme ou le respect de la création, affirmer la liberté de professer sa religion voire de lui consentir un rôle social, et même d'éducation à la citoyenneté, tout cela est bien du ressort des Eglises. Mais orienter le vote, plus encore soutenir un candidat, nous paraît peu conforme à l'exigence évangélique qui est aussi une liberté de parole pour les Eglises. Envisagerait-on, en France, que le Conseil des Eglises chrétiennes indique lequel des candidats à l'élection présidentielle s'imposerait seul au vote des chrétiens ?

En 2006, Marc Ravalomanana n'était pas fermement soutenu par les communautés religieuses, malgré qu'il soit vice-président de l'Eglise réformée, qu'il ait même participé au culte de la nouvelle secte fondée par Daoud, et qu'il ait réparti les présidences du Sénat et de l'Assemblée nationale et le poste de Premier Ministre avec un subtil dosage confessionnel (le Premier Ministre est catholique, le président du Sénat réformé et le président de l'Assemblée luthérien). Avec l'aide des Eglises, en 2002, le président avait difficilement obtenu 50 % des scrutins et l'élection fut contestée. Aujourd'hui, avec un appui plus discret, moins unanime et même non déclaré, puisque le Conseil des Eglises a rappelé qu'il n'avait "pas de candidat et ne soutenait personne", Ravalomanana a remporté l'élection au premier tour avec 54,8 % des voix.
Ni lui, ni les Eglises, n'ont intérêt à trop de connivences. Un rapport plus sain, plus distant, et, du coup, moins mondain, s'instaurerait donc heureusement à Madagascar. Il est alors temps pour les chrétiens malgaches, plutôt que de faire front commun dans une démarche politique, de travailler à un oecuménisme de terrain, de se rapprocher et de se réconcilier entre eux, pour être premièrement et visiblement une fraternité religieuse dont l'Evangile est la seule règle.

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L'Eglise, pédagogue de la démocratie à Madagascar

(...) (sit endommagé en 2013)
aucune nouvelle aujourd'hui ! La presse internationale, et elle l'était déjà dès le début de la crise en janvier, est à court d'analyse, et commence visiblement à se lasser. S'il est vrai que les derniers évènements ont été mineurs au regard des violences passées (le fait, par exemple, sans conséquence et donc sans intérêt, que des partisans d'Andry Rajoelina aient manifesté, assis et silencieux, devant un ministère, durant 5 heures hier mercredi (19 février), ils sont précisément révélateurs de la grande confusion dans laquelle s'enlise maintenant le pays. Rumeurs et démentis circulent au sein du peuple malgache qui ne comprend pas toujours vers quoi tout cela le mène.
Le Président Marc Ravalomanana et son opposant Andry Rajoelina sont l'un et l'autre fragilisés, non pas tant par les destitutions qu'ils se sont déclarés mutuellement, ni par l'inquiétude perplexe des observateurs internationaux, corps diplomatique, Union africaine, Union européenne..., mais parce que la situation critique dont ils sont l'un et l'autre responsables a mis sur le devant de la scène leur force de caractère et leur détermination, mais aussi les limites des espoirs dont ils se faisaient et se font encore les champions adverses.
Leurs partisans se complaisent dans la dénonciation redondante des origines de leur fortune, des liens de leurs affaires avec celles de l'Etat ou de la Ville, de leurs modes de fonctionnement, et de tout un inventaire de dérives, d'erreurs et d'insultes au peuple malgache.
Répéter ces tares supposées ou réelles ne fait guère avancer les choses ! Le bras de fer est engagé au risque de la guerre civile, parce que chaque clan, sous couvert d'envisager des négociations, se conforte dans l'assurance de son influence et de son droit. Ce duel persistant débouchera sur une impasse de résignation, ou sur la victoire radicale, mais sûrement éphémère, de l'un des deux.

A l'heure actuelle, l'attentisme de l'Armée est éloquent, même s'il est question d'un groupe de cinq hauts gradés qui auraient la velléité d'arbitrer la crise : ils se font désirer, sans doute...
En porte-à-faux est l'attitude du Conseil des Eglises chrétiennes de Madagascar. On lui attribue une déclaration qui demande le départ du Président. L'Eglise protestante FJKM, dont Ravalomanana est le vice-président, ne veut évidemment pas être solidaire de cette déclaration partisane et décevante. De toutes façons, et quasiment sans surprise, elle a été démentie dès les heures suivantes de la nuit.
Nous avons confiance que, pour sortir de cette confusion et de la tragi-comédie où les acteurs du dénouement sont absents de leurs rôles-titres, le Conseil oecuménique de Madagascar, au vu du crédit qui lui reste encore, doit être le médiateur courageux et immédiat. Les chrétiens ont cette vocation, en contexte malgache, et ce temps favorable, d'être, sans concession, les pédagogues de la démocratie.

Chronique protestante sur Radio Notre-Dame

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L'Eglise, arbitre à Madagascar

(...) (site endommagé en 2013)
depuis le 24 janvier, émaillée d'épisodes tragiques dont le peuple est la première victime, ne se résume pas au conflit qui oppose deux hommes pour le pouvoir.
Marc Ravalomanana, président de la République, élu légitimement quoique avec difficulté, et son adversaire, qui prétend le destituer par la rue, le jeune maire de la capitale Antananarivo, Andry Rajoelina, ont beaucoup en commun. Ils sont l'un et l'autre ambitieux en affaires et en politique, et, jusqu'ici, les unes et l'autre leur ont réussi.
A l'échelle de leur pays, ils sont à la tête de véritables empires industriels et ils assoient leur popularité autant sur leurs actions politiques et sociales dans leurs responsabilités, l'Etat ou la Ville, que sur le rayonnement de leurs affaires, l'agro-alimentaire pour le Président, l'impression numérique et la publicité pour le Maire. Ils ont aussi derrière eux des intérêts à dimension internationale : Marc Ravalomanana trouve ses partenaires économiques aux Etats-Unis ou en Corée, tandis qu'Andry Rajoelina entretient des liens serrés avec la France et, dit-on, avec la famille du président Ratsiraka en exil en France.

Ce que l'ambassadeur des Etats-Unis à Madagascar a publiquement pointé du doigt le 6 février dernier, à savoir qu' "il ne faut pas mélanger affaires privées et affaires d'Etat", s'applique aux deux rivaux, sauf que le phénomène est peut-être plus flagrant en pratique chez le Président lorsque, par exemple, il fait établir une loi pour exonérer certains produits de sa firme Tiko, de TVA et taxes à l'importation.
Le malaise des Malgaches ne dépend pas seulement de ce bras de fer et des évènements  violents et parfois meurtriers de ces derniers jours. La tentative des partisans de Rajoelina d'installer des ministres de transition dans les bâtiments officiels, hier lundi, s'est soldée par des échauffourées dérisoires et pitoyables au regard du drame profond que vit Madagascar.
Les 5 et 6 février, l'Eglise catholique, puis le 11 février, le Conseil des Eglises chrétiennes de Madagascar, sont intervenus en médiateurs pour tenter de réconcilier les deux camps. Dans la grande île, les Eglises ont joué un rôle important et ambigu lors des deux dernières élections présidentielles, la première surtout, celle précisément qui a porté Ravalomanana au pouvoir. Lui-même est vice-président de l'Eglise protestante FJKM et certains postes clefs de l'Etat sont répartis en fonction d'appartenances religieuses.
Le Conseil oecuménique pourra-t-il aider au dialogue, sans devenir un arbitre de plus ? Saura-t-il, comme il semble en avoir la volonté, ne plus être un acteur politicien de la politique ? Sa médiation serait vouée à l'échec si elle se contentait de chercher une trêve ou l'acceptation des concessions. De notre point de vue, la responsabilité du Conseil des Eglises chrétiennes est de parvenir à faire avancer Madagascar en maturité démocratique et laïque, et, pour ses dirigeants, apprendre le renoncement à la gloire personnelle et le service du peuple. Les autorités chrétiennes peuvent contribuer non seulement à la résolution de la crise, mais bien plus encore à l'émergence du bonheur auquel a droit le peuple malgache. C'est ici une responsabilité considérable, nous la croyons fondée sur l'Evangile.
Chronique protestante sur Radio Notre-Dame

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L'annonce a été confirmée : le Pape Benoit XVI se rendra en visite officielle à Jérusalem en mai prochain. Outre les enjeux que revêtirait immanquablement cette visite en toute autre période, le voyage du Pape permettra d'éradiquer le soupçon d'antisémitisme qui s'installait de nouveau avec l'affaire Williamson. Une occasion très forte est ainsi donnée de manifester au monde la définitive et universelle amitié judéo-chrétienne.
Par les temps qui courent, l'Eglise catholique peut s'estimer à bon droit victime de la méfiance et de commentaires désabusés, comme ceux qui ont tôt fait d'amalgamer le discours négationniste du seul Williamson avec la pensée et les actes officiels du Vatican. Il a suffit de la malencontreuse simultanéité d'un acte longuement préparé, la levée d'excommunication des quatre évêques lefebvristes, et la diffusion des déclarations négationnistes de l'un d'entre eux, pour qu'émerge un jugement sans appel à l'encontre du catholicisme : rétrograde, autoritaire, antisémite, etc.
Souvent, en contre-partie, le cumul de reproches bénéficie à la réputation du monde protestant, au demeurant aussi mal connu, peut-être davantage, par ceux qui n'en sont pas, que le monde catholique. Nos contemporains en France ont une perception favorable des Protestants : martyrs des guerres de religion, combattants de la laïcité, protecteurs des Juifs pendant l'Occupation, libres en leur conscience et en leurs gestes, discrets, austères, tolérants, et ainsi de suite... Cette réputation nous va bien et n'est pas sans fondement ! Cependant, malmener le catholicisme nuit à tous les chrétiens.

L'opinion publique majoritaire et instable suit, en réalité, la mise en spectacle du fait religieux. Quand les médias relaient les JMJ à l'époque de Jean-Paul II, et les rassemblements de Taizé, ou lorsque les intellectuels français sont conquis par l'éblouissante prestation de Benoît XVI au Collège des Bernardins, les chrétiens ont bonne presse. Les reportages (trop rares) sur leurs engagements dans le travail social ou diaconal auprès des populations défavorisées, en Inde, en Egypte, à Madagascar, en Palestine... augmentent le capital de sympathie à l'égard des croyants.
Survient l'épisode de la levée d'excommunication, tout cela n'est plus d'actualité, et le catholicisme redevient l'objet de la vindicte générale – ou peu s'en faut ! Pour renchérir, les journalistes insistent alors sur le désarroi des catholiques eux-mêmes.
C'est pourquoi nous attendons les bons fruits qu'apportera la visite pontificale en Terre sainte. Quand Benoît XVI était allé en Turquie et qu'il s'était recueilli dans la Grande Mosquée bleue d'Istanbul, il a contraint le monde – et pas seulement les musulmans – a reconnaître la vérité de ses intentions de dialogue, son immense respect de l'Islam et la position authentique de l'Eglise, alors que son discours à l'Université de Ratisbonne avait été précipitamment interprété et déformé, posé en prétexte à l'ultime charge anticatholique des temps modernes.
L'intermittence médiatique est déplorable, certes. Tantôt un vieux fonds de sympathie et d'égards, voire d'admiration et de fascination envers le christianisme, tantôt le tout aussi archaïque fonds de militance anti-ecclésiale, saisissant toutes les occasions pour dénoncer l'anomalie d'un christianisme persistant dans ses erreurs et ses tromperies. L'alternance nous devient coutumière !
La prochaine fois que la chrétienté fera la Une sera donc un grand moment historique : en mai, à Jérusalem, Benoît XVI, reçu par Shimon Peres, exprimera la dignité de la conscience religieuse. La seule annonce de l'évènement fait reculer les miasmes nauséabonds de l'évêque dénué d'inspiration. Le témoignage des chrétiens n'est pas dans les paroles de Williamson, ni dans l'analyse des médias : en Terre sainte, Benoît XVI sera plus grand qu'eux.

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Benoit XVI, un Pape en vérité

Il y a parfois, dans les Eglises, des personnes qui commentent les décisions du Pape, ses intentions et ses buts inavoués. Dans certains salons parisiens, elles parlent à voix basse et à demi-mots, sur le ton assuré de ceux qui en savent plus que les autres et, pour un peu, nous feraient croire qu'elles étaient là, invisibles mais toutes ouïes, à observer dans l'ombre les conciliabules du Pape avec ses conseillers secrets.
Il se chuchote donc, dans les milieux, comme disait Coluche, "où l'on s'autorise à penser", que Benoit XVI connaissait les déclarations négationnistes de l'évêque Williamson. Il aurait délibérément associé la levée d'excommunication des quatre évêques lefebvristes à l'image particulièrement mauvaise et honteuse que renvoie, de ce fait, le monde intégriste. Et ceci pour compromettre les fruits de la dite levée d'excommunication.
L'interview aux inacceptables propos sur la Shoah date du 1er novembre ; elle a été rendue publique le 19 janvier dans un grand journal allemand, soit deux jours avant l'acte pontifical. Il aurait été trop tard pour revenir en arrière. Mais voici la vraie raison murmurée par les gens bien informés : on a judicieusement fait en sorte que les évènements soient conjoints, décisions romaines et interview de Williamson !
Puisque le Pape n'aurait pas désiré aller au delà de la levée d'excommunication, le négationnisme de l'un des quatre bénéficiaires sert la cause de l'Eglise. Car celle-ci, dans le fond, ne souhaitait pas le retour de ces catholiques marginaux. Le scandale public est une aubaine pour indiquer les limites de l'accueil : Rome a fait un pas charitable et paternel, les intégristes en sont indignes, tenons-nous en là ! On a montré de la bonne volonté, mais, par leur faute, les lefebvristes ne pourront pas obtenir davantage de place dans l'Eglise...
Sur l'air entendu de ceux qui révèlent de tels calculs et l'esprit retors du Vatican, les commentateurs gloussent de satisfaction.
Peut-on croire un seul instant que Benoît XVI et ses collaborateurs aient orchestré pareils confusion et troubles des croyants en vue d'une conclusion aussi subtile ?
S'il est probable que Williamson empêche, de fait, les catholiques dissidents de retrouver la pleine communion avec Rome, ceux-ci auront à discerner dans leurs rangs les responsables de la division, et s'ils veulent être chrétiens avec le Pape, à quelles exigences de vérité ils s'exposent.
Le Pape Benoit XVI est sincère en ne déviant pas de sa volonté de réconcilier tous les chrétiens, à commencer par les catholiques entre eux. La levée d'excommunication était préparée déjà sous le pontificat de Jean-Paul II. Une occasion très forte lui est aussi donnée de montrer au monde entier la désormais définitive et universelle amitié judéo-chrétienne, lorsqu'il se rendra prochainement à Jérusalem.

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La France dans l'OTAN : le choix de la facilité

Il faut en donner acte aux avocats du retour dans l'OTAN, il est probable qu'on ne s'apercevra pas de grand chose quand il sera effectif le 3 avril. La force de dissuasion n'est pas concernée ; notre droit souverain d'engager ou non nos forces restera intact ; notre participation à des opérations intégrées ne sera pas nouvelle ; l'intégration n'est plus ce qu'elle était au temps où elle imposait d'occuper un créneau dans un dispositif rigide tourné vers l'Est.

Est-ce assez pour affirmer que rien ne change tout en ajoutant dans le même souffle que tout change pour le mieux puisque l'influence française grandira, que notre défense sera mieux adaptée aux menaces du jour, que la voie sera dégagée à la défense européenne ? Est-ce assez, surtout , pour conclure que défaire ce qu'a fait de Gaulle est le bon moyen de lui être fidèle ?
L'affaire mérite mieux que ces propos lénifiants et vaut la peine qu'on tâche de voir un peu plus loin que le bout de son nez.

1) Le retour dans l'OTAN change en profondeur notre rapport à l'Amérique. Nous restons libres d'engager nos forces mais jusqu'ici le non-engagement était la règle, l'engagement l'exception ; désormais, ce sera le contraire : pour rester à l'écart, il faudra déroger à la règle et décevoir l'attente. L'abstention manifestait un désaccord ; le refus exprès de solidarité passera pour une dissidence sinon pour une trahison. Ce qui est aujourd'hui une péripétie ouvrira demain une crise. Dès lors, de deux choses l'une : ou bien on fait le pari d'un avenir sans désaccord aucun avec les Etats-Unis et c'est un pari perdu d'avance ; ou bien, et c'est le plus probable, on a résolu, sans le dire, de toujours se ranger en dernière analyse au point de vue américain.

2) La France ratifie la métamorphose de l'OTAN. L'OTAN est méconnaissable et n'a plus beaucoup de rapport avec son traité fondateur. Elle n'a plus d'ennemis à sa porte ni à sa mesure ; alors elle s'en invente et, pour leur donner la chasse, elle va les chercher à des milliers de kilomètres. Elle est née défensive mais sur le tard elle se fait interventionniste pour ne pas dire agressive. Elle était protectrice, elle est devenue aventureuse et guerrière. Elle a gagné la guerre froide sans tirer un coup de feu mais aujourd'hui, il n'y a que par la force des armes qu'elle veut résoudre les crises .
Cette dérive est ancienne et la France y a souscrit peu à peu, en détail et à regret ; la nouveauté, c'est qu'avec le retour dans l'intégration, elle y adhère d'un coup, en bloc et sans réserve ni retour. Parce qu'elle aura quelques généraux dans les états-majors intégrés, elle se flatte d'infléchir la doctrine et l'action de l'OTAN ; quand on sait ce que représente SHAPE (1) en volume et en moyens, quand on sait, surtout, quel pouvoir de fascination et d'intimidation la machine de l'OTAN exerce sur nos militaires, on est plus enclin à croire à l'otanisation de l'armée française qu'à la francisation ou à l'européanisation de l'OTAN.

3) La France fait son deuil d'une défense européenne autonome. On croit rusé de se convertir à l'atlantisme pour mieux convertir nos partenaires à la défense européenne. Mais qui espère-t-on tromper en avouant nous-mêmes les arrière-pensées dont on nous accuse. Le procès d'intention qui nous est fait est trop commode et trop efficace pour être abandonné. Pourquoi, d'ailleurs, nos partenaires s'écarteraient-ils si peu que ce soit de l'OTAN puisque nous n'avons de cesse d'y rentrer ? Et si l'OTAN est à ce point essentiel, comment ne pas conclure que l'Europe est superflue ?

4) La France, et c'est le plus grave, bascule dans une vision hégémonique du monde. La décision de 1966 visait à desserrer l'étau des blocs pour en extraire la France ; la décision de 2009 fait le choix de bétonner le seul bloc qui existe encore et d'y enfermer la France à double tour. Au temps de la guerre froide, l'OTAN assurait l'équilibre des forces ; aujourd'hui, elle impose sa suprématie absolue. Elle veillait, hier, à l'intégrité de ses frontières ; elle rêve, aujourd'hui, de les repousser toujours plus loin. Elle s'inclinait devant l'autorité de l'ONU ; elle ne songe plus qu'à prendre sa place et à usurper ses prérogatives. Après avoir sauvé la liberté des nations, elle se met au service d'un dessein d'hégémonie mondiale.

La France n'avait pas le courage de quitter une OTAN qui trahissait sa vocation ; elle gardait, cependant, une distance et marquait une différence. Rien ne l'obligeait à sortir de cette réserve, aucune nécessité, aucune urgence, aucune utilité même. Si elle le fait, c'est qu'elle a décidé de franchir le pas. Elle répudie le temps où elle était la championne reconnue d'un monde de souverainetés nationales ; elle préfère devenir la simple comparse d'une entreprise hégémonique et borner son ambition à s'inscrire aux côtes de l'Angleterre et de l'Allemagne dans la course au titre d'allié le plus favorisé de l'Amérique .
Elle a fait le choix de la facilité et aucune poudre aux yeux ne pourra longtemps le dissimuler ; le peuple, déjà, qui a l'instinct plus sûr que ses élites ne s'y trompe pas.

(1) Supreme Headquarters Allied Powers Europe

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Si l'efficacité d'une action politique se mesure au bruit médiatique qu'elle provoque, la levée de l'excommunication du pape Benoît XVI a atteint son objectif.Il faut dire que le diable s'en est mêlé. Ce qui n’aurait dû n'être au départ qu'une affaire de sacristie a pris une toute autre dimension avec les propos absurdes  - et concomitants - de l'un des bénéficiaires de la miséricorde du pape, niant l'extermination des juifs par Hitler. On peut certes se demander ce qu'allait faire à ce moment là (1) sur une télévision suédoise un évêque anglais vivant en Argentine. Mais, manipulation ou pas, des propos scandaleux ont bien été tenus. Le confinement social, politique et intellectuel où vivent depuis de nombreuses années les traditionnalistes de la mouvance de Mgr Lefèvre a laissé prospérer de sombres fantasmes. Nul doute qu'en levant l'excommunication, le pape a voulu remettre dans les courants d'air la vieille tour gothique. Cela ne plait sans doute pas à tous ceux qui l'habitent. Et de la tour ainsi éventée, si l'on nous pardonne cette image à la Walt Disney, ne surgit  pas toujours la Belle au bois dormant : d'étranges chéiroptères peuvent aussi en sortir bruyamment  -  nous parlons des idées, non des hommes, même si ceux-ci sont  blâmables. 
Fallait-il pour autant que le pape s'abstint ? 

S'il ne s'agissait que de réduire le schisme lefévriste (une opération dont l'aboutissement est encore loin !), peut-être. Mais tout laisse à penser que le dessein de Benoît XVI est bien plus vaste. Le grand objectif de son pontificat est le rapprochement avec l'orthodoxie, qu'à l'instar de Jean Paul II, il tient pour le poumon oriental de la chrétienté européenne. Vaste dessein dont l'aboutissement remettrait sans doute en cause un ordre géopolitique dominé depuis longtemps par le "Nord-Ouest" anglo-saxon et protestant (2). Un tel projet rompt notamment avec la géographie d'un Samuel Huntington, plus culturelle que théologique à vrai dire, pour qui dans sa théorie du "choc des civilisations", une césure majeure sépare l'Ouest catholique et réformé de l'Est orthodoxe. On ne comprendrait pas sans une telle perspective la modération de l'attitude du Vatican lors de l'affaire de Géorgie. Pas davantage son obstination à réduire le schisme traditionaliste. Comment en effet vouloir se réconcilier avec ceux qui ont arrêté le temps au XIe siècle, si l'on n'est pas, dans son propre pré carré, capable de le faire avec ceux qui l'ont arrêté au XVIe ?  Peut-être pas dans ces termes, c'est sûrement ce que des orthodoxes ont dit au pape.
En sus de sa portée géopolitique, une telle problématique illustre ce que sont  les nouveaux chemins de l'oecuménisme.  Pour les tenants "progressistes" de ce dernier, l'interlocuteur privilégié était, même si cela n'était pas dit ouvertement, le seul protestantisme libéral. Le programme proposé au catholicisme, dans la suite supposée de Vatican II,  n'était d'ailleurs pour beaucoup que de lui ressembler de plus en plus. Cette voie a-t-elle encore un sens ? On peut se le demander au vu de l'évanescence de l'interlocuteur, de plus en plus sécularisé, largement débordé par une mouvance "évangéliste" bien plus obscurantiste sur les questions de science que Rome ne le fut jamais. L'évolution affligeante d'un Mgr Williamson illustre à sa manière la déliquescence de l'anglicanisme.

Si elle veut encore faire progresser l'unité des Eglises, l'Eglise catholique n'a pas le choix : ce n'est plus à des libéraux qu'elle a à faire désormais. Les uns sont crispés sur telle ou telle forme de rituel, les autres sur une interprétation littérale de la Bible que même saint Augustin, au IVe siècle écartait. Même si les vraies divergences apparaissent comme mineures, le rapprochement n'en est que  plus difficile. Les religions non chrétiennes avec lesquelles le dialogue continue d'être nécessaire sont elles-mêmes le plus souvent  attachées à différentes formes de littéralisme. Littéralisme que le pape a pris à contre-pied dans son discours des Bernardins en rappelant que dans la grande tradition occidentale, pour sacré qu'il fut, tout texte appelait une interprétation. 
En tendant la main aux lefévristes, le pape Benoît XVI a pris un risque considérable. S'il l'a fait, c'est que l'enjeu en était bien davantage qu'une affaire de chapelle.


(1) On ne saurait mettre en doute la bonne foi du pape quand il affirme ne pas avoir été au courant de ces propos avant la signature de la levée d'excommunication. Cela vaut-il cependant pour tous les membres de la Curie ?
(2) Est-ce pourquoi  l'offensive contre le pape est partie du Spiegel, le grand hebdomadaire de Hambourg ?

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Qu’attend-on pour injecter à nos enfants cette nécessaire dose quasi-quotidienne ?
Les modèles scolaires étrangers comme l’Allemagne l’ont compris avant nous : l’absence d’enseignement l’après-midi permettant de favoriser l’épanouissement physique (sport), le développement culturel (lecture, musées, …) et le rattrapage scolaire (études) permettent à l’enfant, tout en en connaissant l’essentiel, de s’accomplir en tant qu’être humain. N’apprenant que les 60% utiles du programme, il libère 40% de sa journée pour les consacrer à son épanouissement personnel. Bien dans sa tête et dans son corps.
Lors d’une longue discussion avec l’un de nos champions olympiques, nous arrivions à la même constatation : le système éducatif français doit être changé au profit d’une recherche d’épanouissement de l’enfant par le sport.

Un enfant ou adolescent en échec scolaire ou familial doit réussir ailleurs pour atteindre cette vitale confiance en soi, le sésame de la vie, l’objectif prioritaire qui lui permettra de lever la tête, de regarder le monde en face, en étant fier d’exister. Le sport le permet. Se sentir fort quelque part est un élément structurant de la vie d’un petit homme. Au temps de la Rome antique, le peuple voulait des jeux. Le peuple d’aujourd’hui n’a pas changé, il ne va plus au stade mais le stade vient à lui par la télévision. Il veut s’enflammer en voyant des combats et en rêvant d’y participer. Le sport est le premier intérêt télévisuel des français après la sacro-sainte Météo ! Exutoire pour les spectateurs, défouloir pour les pratiquants il est également un "ballon" d’espoir pour une jeunesse des "banlieues" souvent désœuvrée et laissée à elle-même, une façon de se défouler en expulsant sa haine sans conséquence négative. Nos politiques cherchent des solutions à cette jeunesse si difficile à canaliser et vivant souvent dans des espaces cloisonnés que mêmes les animaux ne supporteraient pas longtemps. La France manque de stades et de structures. Les jeunes, eux, n’attendent que cela. Dans les cités à tourner en rond jusqu’au cadre stressé, tous en ont besoin. Au lieu d’abîmer vos beaux villages, messieurs les Maires, par ces constructions à n’en plus finir de pavillons sans âme qui dénaturent nos campagnes, construisez des stades ! Et surtout, donnez leur du rêve, le rêve d’exister, de ressembler l’espace de quelques minutes, d’un panier ou d’un but, à leur idole du moment. Mettez le sport au centre de votre action et vous en percevrez le changement.

L
a deuxième carrière d’un sportif de haut niveau n’est cependant pas aisée. Habitué à mériter sa place, justement récompensé par ses nombreux efforts et sacrifices, il se confrontera à des règles subitement opposées. Il devra exceller, non plus dans l’art d’être le meilleur, mais dans celui qui consiste à être à sa place en toute circonstance, ni plus ni moins. Savoir communiquer deviendra l’un de ses devoirs. L’art du bon mot, du mot juste, du politiquement correct supplantera le culte de l’efficacité et du résultat. Les sportifs de haut niveau comme les plus modestes ne sont pas préparés à cet exercice d’équilibrisme. N’ayant pas anticipé la rudesse de cette deuxième vie, la chute et l’échec d’une prise de greffe difficile peuvent n’en être que plus durs.
Pour le téléspectateur assidu de compétition sportive, pour le fan de stade, le sportif est une idole permanente. Loin de nous l’idée de penser qu’un illustre compétiteur, mondialement connu du grand public, ayant porté les couleurs de la France au son de l’hymne national puisse être Rmiste quelques années plus tard. C’est pourtant le cas aujourd’hui. Trop vieux à trente ans, il sera oublié sans aucune gratitude, rayé de la carte.

Je me souviens d’avoir rencontré un candidat, au RMI, ancienne gloire de ma jeunesse. Cherchant à comprendre le pourquoi et le comment d’une telle réussite et d’une telle chute, nous décortiquions, ensemble, les heures durant les éléments structurels qui, superposés les uns aux autres, avaient formé un cocktail gagnant au départ puis perdant par la suite. Lui, l’homme au multiples succès, l’étoile et le phare d’une génération était le perdant d’une société incapable de gérer un profil comme le sien. Broyé aujourd’hui par le système en place, il survivait tel un zombie, après avoir donné tant d’espoirs à des millions de jeunes. Peu de temps après avoir compris, ensemble, les raisons de cet échec et décelé l’attitude à adopter dans ce nouveau monde, il trouva un emploi à sa mesure et récupéra une partie de son image de jadis. Proche du gouffre, ayant appris à accepter la défaite pour mieux gagner, il avait su puiser au fond de lui et se remettre en selle. Ce moral d’acier, travaillé depuis tant d’années, lui avait permis de ne pas sombrer.
Tous n’ont pas la chance de rebondir. Le monde du sport est encore plus dur que celui de l’entreprise car, seuls, les meilleurs subsistent. Les autres n’y ont pas leur place (n’y étant pas préparés), là où les seconds couteaux pullulent dans le monde du travail.
Q
ui n’a pas ressenti l’émotion intense de sa propre victoire ne peut comprendre ses propos. Le sportif de très haut niveau est un semeur de rêve dans un monde austère.

Ces anciens de trente ans, pris en main par leur ligue depuis plus de vingt ans, arrachés à leur famille pour rejoindre les sports-études dès l’âge de douze ans, sont la crème de la crème. Forts d’un moral d’acier, d’envie de conquêtes et de nouvelles victoires, ayant su se sacrifier pour réussir, ils se sentent trahis. Trahis par leurs muscles, par leur souffle, mais surtout trahis et lâchés par leurs fans. Ceux qui les ont encensés, rêvant de les toucher, ne leur tendent même plus la main. Le gladiateur est en vie mais le pouce est en bas, les jeux sont finis, le peuple change de veau d’or à aduler. Fort de cette constatation et lassé de rencontrer certains candidats de faible valeur se prenant pour des stars, je fus frappé de remarquer que la majorité de ces candidats médiocres n’avaient jamais eu à pratiquer un sport en compétition. Certes, il ne faut pas en tirer de constatation trop hâtive mais un salarié d’entreprise de culture sportive, intégrera plus facilement la notion d’objectif fixé par sa direction. Il s’appuiera, pour ce faire, sur ses qualités propres : résistance au stress, rigueur de vie, sens de l’objectif et du résultat, capacité à gérer la déception de l’échec et la griserie de la victoire, courage et sens du combat.

Ces valeurs sont-elles dépassées ? Doit-on encore rechercher la pureté, l’efficacité et le respect d’autrui dans l’entreprise ? Sans idées reçues ni a priori, nous pouvons changer le cours, soi-disant inéluctable, des choses. Il suffit d’y croire pour ouvrir la première porte du changement. Le sport fait une sélection, dès le plus jeune âge, par la compétence. Seuls les meilleurs resteront ou les plus tenaces, ceux qui le veulent vraiment. Exigence développée à son paroxysme le tamisage de la réussite sera sans concession ni favoritisme. La RTT (rigueur, travail, talent) des sportifs crée de la réussite, là où la RTT de l’entreprise la tue. Comment permettre à l’entreprise de retrouver, tout en améliorant sa compétitivité, l’âme de la pythie ? Essayons de montrer à nos futurs champions qu’ils peuvent s’investir aujourd’hui à faire briller la France et ses entreprises représentantes de façon différente. Les sociétés françaises leur tendront les bras dans quelques années, bien que ne sachant comment les intégrer aujourd’hui. Tout comme les universités américaines font la place belle à de jeunes gens peu doués scolairement mais brillants en sport, les entreprises ouvriront leur portes à des sportifs peut-être peu diplômés mais moteurs et entraînant pour leurs collègues.
A chacun sa route.

 

 

 

 

 

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Avec Rome, la fin d'une dissidence ?


Magnifique symbole, la nouvelle est tombée en pleine semaine de prière pour l'unité des chrétiens : par un décret daté du 21 janvier 2009, la Congrégation pour les Évêques, sur ordre du pape, a levé les censures d'excommunication qui touchaient les quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X. La réaction spontanée à cette nouvelle est tout à la fois la joie et la surprise - voire pour certains de l'incompréhension.
De la joie d'abord, car on ne peut que se réjouir de la levée d'une peine qui permet de favoriser le retour de catholiques dissidents à la pleine communion. Surprise, aussi, car aucun élément nouveau du côté des supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X ne laissait présager un tel geste unilatéral du pape, ce qui explique l'incompréhension de certains qui jugent Benoît XVI trop généreux avec ces rebelles qui n’ont pas exprimé publiquement le moindre regret.

Le souci du Saint-Père est néanmoins légitime qui consiste à trouver un accord d’abord avec nos frères les plus proches, garantissant ainsi la crédibilité de la démarche œcuménique à l’égard des non-catholiques. La levée des excommunications – avec la liberté de célébrer la forme extraordinaire du rite romain – était une condition préalable posée par Mgr Fellay pour aboutir à des négociations en vue d’un accord avec Rome. Comme le pape le souhaitait, Mgr Fellay lui a écrit le 15 décembre pour le lui demander ; dans sa lettre, il écrit : "nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican II au sujet duquel nous émettons des réserves". La réponse généreuse du pape ne change cependant rien à l’absence de situation canonique de la Fraternité Saint-Pie X : elle ne signifie pas encore le retour à la pleine communion de ses membres. Pour sa portée symbolique, on peut comparer cet acte avec la levée des excommunications réciproques entre catholiques et orthodoxes réalisée par le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras Ier en 1965 – ce qui n’a pas résolu d’un coup les divergences entre catholiques et orthodoxes.

La levée des excommunications est donc une étape symboliquement importante dont la fin immédiate est de permettre maintenant une discussion en vue d’un accord : discussion sur les divergences doctrinales et sur la place possible de la Fraternité dans l’Église (administration apostolique ou prélature personnelle ?). Après avoir demandé ce geste au pape, Mgr Fellay semble cette fois-ci déterminé à poursuivre le processus jusqu’à son terme. En cette circonstance, on peut penser que Rome appliquera le critère du dialogue œcuménique, à savoir de n’exiger que ce qui relève de la foi et, pour le reste, établir un groupe de travail qui examine les points litigieux – ce qui suppose l’arrêt des polémiques et une attitude de critiques positives du Concile et du Magistère. Hélas ! il y a eu tant de laxisme à l’égard de courants "avancés" qui ont contesté des points importants de l’enseignement de l’Église (en matière de mœurs particulièrement) que l’on comprendrait mal une rigueur soudainement extrême à l’égard d’un courant opposé !

Cet accord avec la Fraternité Saint-Pie X, nous le souhaitons depuis longtemps et nous ne pouvons pas ne pas penser à la parabole du fils prodigue, riche d’enseignement en cette affaire. D’abord, il y a l’immense joie du retour à la pleine communion qui devrait toucher tous les catholiques soucieux d’unité comme le Christ nous y exhorte. Mais ce retour ne signifie en aucune façon une "réhabilitation" de l’attitude passée des membres de la Fraternité Saint-Pie X, ni une légitimation a posteriori de leur grave désobéissance qui a conduit Mgr Lefebvre en 1988 à poser, selon Jean-Paul II, "un acte schismatique" (Ecclesia Dei, n. 3). Certes, alors que s’esquisse enfin un accord, ce n’est pas le moment d’y insister, mais il ne faut pas l’oublier, notamment en ce qu’il suppose de la part de Mgr Fellay et des siens un minimum d’humilité dans leur volonté de réintégration. Mais la parabole nous met aussi en garde contre la mauvaise humeur du fils aîné, jaloux de la générosité de son père à l’égard du cadet….

Dans cette affaire, la tâche de Benoît XVI n’est pas aisée et il est bien seul dans l’Église à maintenir cette volonté d’un accord avec Écône. Chacun sent que jamais le moment n’a été aussi propice et qu’il serait absurde de rater le coche. C’est pourquoi les propos de Mgr Williamson (l’un des quatre évêques de la Fraternité) le 20 janvier à la télévision suédoise niant l’existence des chambres à gaz sont particulièrement mal venus. Les médias se sont à juste titre polarisés contre cette provocation scandaleuse, volontaire ou non, dont on peut se demander si elle est le fruit du hasard. Mgr Fellay a pris ses distances avec les propos de cet évêque imprévisible dont l’opposition aux réformes post-conciliaires a toujours été d’une rare virulence. S’il y a accord, il faudra bien préalablement une rétractation de ces paroles aussi imbéciles que choquantes : ce serait en effet un objet de scandale que d’avoir dans le corps épiscopal un évêque "négationniste".

On ne peut qu’admirer et remercier Benoît XVI pour son courage et sa persévérance, et le soutenir dans cette démarche au service de l’unité. Nous y reviendrons.

Editorial La Nef  n°201 de février 2009

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Les journaux scolaires sont nombreux en France, ce qui est un signe de vitalité et d'intérêt des élèves non pas seulement pour leurs établissements mais pour les questions politiques, sociales ou culturelles. Le Clemi (Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information) vient d'en publier une revue de presse. Les éducateurs précisent que la diversité des opinions a été respectée. En réalité, tout l'intérêt de cette revue de presse est de nous apprendre que, chez les lycéens, sur chaque sujet, une seule opinion s'impose: la même.
Ils ridiculisent N. Sarkozy, pour deux raisons : parce qu'il veut s'occuper de tout, et parce qu'il étale partout ses affaires privées. Trop médiatisé. Trop people. Et évidemment, trop payé. Ils attendent avec impatience que le PS reprenne du poil de la bête. Mais constatent avec douleur que ce n'est pas pour demain. Ils le fustigent de se laisser aller à des querelles de broutilles, pendant que les Français ont besoin de lui. Ils critiquent son attitude actuelle parce qu'ils le voudraient uni et puissant. Devant la mesure proposée consistant à utiliser le test ADN pour les immigrants, ils crient à l'eugénisme (n'ayons pas peur des mots) ou proposent par provocation qu'on se débarrasse aussi des vieillards et des malades, qui, comme les immigrés, coûtent cher à l'État (n'ayons pas peur des amalgames osés).
Devant la réforme Pecresse, qui permet aux universités d'utiliser du financement privé, ils crient à l'achat par les capitalistes d'universités qui, dès lors, ne pourraient plus travailler que sur les sujets rentables. À propos des "votes" pour les grèves dans les amphis, ils racontent sans vergogne les trucages justifiés par l'intérêt supérieur. Leur idéal est que l'État embauche le plus possible de fonctionnaires, d'enseignants, mais aussi de médecins, d'administratifs, ... etc. Ils critiquent le "travailler plus", arguant que le travail n'est plus la valeur importante, puisque ce qui importe, c'est de vivre mieux … Ils haïssent la compétition sous toutes ses formes, le système des notes lors des examens, l'élitisme qui rend certaines filières meilleures que d'autres … plébiscitant un monde d'égaux où tous seraient les meilleurs, allant jusqu'à traduire l'olympisme en eugénisme (encore lui) et méprisant les héros. Parlant de la sexualité, ils ridiculisent le pape et la religion dans son ensemble et défendent à grands cris l'homosexualité, ricanant sur le fait que la majorité juge "normale" l'hétérosexualité.
Ils soulignent avec indignation les violations des droits de l'homme en Chine et en Russie, jugeant révoltant que l'Occident continue à traiter avec des pays aussi abjects, juste parce que le premier possède des dollars et l'autre du gaz. Naturellement, leur combat préféré est celui de l'environnement, la défense de la Terre, et pour cela le changement de comportement des uns et des autres, dans un souci moral pontifiant et injurieux devant quiconque n'est pas d'accord. (Parfois l'un d'entre eux se demande si, tout de même, les pays pauvres n'auraient pas le droit eux aussi de se développer en polluant, les deux allant ensemble.) Naturellement, ils détestent l'Amérique parce qu'elle est conservatrice, religieuse, puissante et riche. Ces journaux ne concernent que 2008, mais on peut être sûr qu'ils sont tombés, depuis, dans l'obamania et, du coup, admettent que l'Amérique est en guerre contre le terrorisme (ce qui était venant de Bush un fantasme) et jugent ce pays fichtrement sympathique, parce qu'il est dirigé par un président noir.
L'image, on le voit, est extraordinairement fidèle aux opinions affichées dans le monde des adultes. En France, la droite et la gauche sont à peu près aussi représentatives l'une que l'autre. Pourtant, la presse se fait l'écho surtout de la pensée de gauche. Des études ont été réalisées montrant à quel point les journalistes sont peu représentatifs de la population. Les lycéens qui écrivent dans ces feuilles sont à leur image. Comment l'expliquer ? Ces lycéens-là sont-ils seuls à vouloir écrire ? Sont-ils tous dressés par leurs enseignants ?

Je n'ai trouvé dans ce recueil qu'un seul article qui ne soit pas politiquement correct : celui qui défendait l'enseignant placé en garde à vue pour avoir giflé un élève, appelé ici "petit con". Tout le reste: cette marée écoeurante, sans recul ni critique sur soi, qu'on entend partout … Comme chez les adultes, ces lycéens ne "débattent" que pour dire tous la même chose. Ici apparaît, claire comme le jour, la transmission de Panurge. Les jeunes sont fils de leur société autant que de leurs parents. Mais quand la société éduque tout le monde dans le même creuset, ils échappent facilement à la diversité des familles et se formatent sur le même modèle : des enfants zombis.
Paru dans Valeurs actuelles , 12 février 2009

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