Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Nadine Morano a dit en substance que l'usage du verlan et le port de la casquette à l'envers ne sont pas le meilleur moyen pour un jeune de trouver un job. C'est une évidence. Pourquoi feindre de lui imputer on ne sait quelle arrière-pensée "raciste" ? Pascal Clément a dit en substance que s'il y avait sur notre sol autant de minarets que de clochers, la France ne serait plus la France. C'est une évidence. Pourquoi feindre de lui imputer on ne sait quelle "islamophobie" ? Pourquoi ce besoin névrotique, pour ne pas dire autiste, de nier les réalités ? De quoi a-t-on peur ? Quels fantasmes inavoués rôdent dans le subconscient de ces dignitaires socialistes qui dégainent absurdement Laval ou Déat pour néantiser leurs adversaires ? Et pourquoi la droite n'ose-t-elle pas leur réclamer des comptes ? Folie des uns, lâcheté des autres - et on s'étonne que le Français de base soit déboussolé.
Jusqu'au mois de mars, on va nous tympaniser avec les régionales.
Ces élections, je m'en fiche un peu, elles risquent d'empêcher Sarkozy d'approfondir ou d'assurer un bon suivi des réformes qu'il a initiées. Or on l'a élu pour ça. S'agissant des régions, mon seul souhait serait qu'elles fassent des économies ; j'en ai un peu marre de la pavane de ces modernes "ducs", ils démaillent ce que Louis XI puis Richelieu ont eu tant de mal à tisser. La remarque vaut pour les départements, qui embauchent par clientélisme, et même pour les grandes municipalités. La France n'a plus les moyens de rémunérer la fatuité des potentats locaux. L'État se serre plus ou moins la ceinture, il le fallait sous peine d'impotence. Que les régions l'imitent, le contribuable s'en portera mieux et l'ardoise des générations futures sera moins lourde.
Paru dans Valeurs actuelles, 7 janvier 2010

Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
(...) (site endommagé en 2013)
d
'une tentative d'agression à Saint-Pierre, je relisais plusieurs de ses écrits dont le texte de sa conférence aux Bernardins.
Le Saint-Esprit est censé éclairer les cardinaux réunis en conclave. Il a pour le moins des intermittences dans la longue histoire de la papauté. Mais pour l''élection de Benoît XVI, il n'a pas mégoté sa grâce, c'était le pontife dont l'Église avait besoin. Il inspire la comparaison avec ces érudits des époques mérovingiennes qui, dans les monastères, s'évertuaient à pérenniser la culture tandis qu'alentour sévissait l'anarchie barbare.
Aux moeurs près qui se sont adoucies, nous sommes dans ces temps barbares, il suffit pour s'en convaincre d'allumer la télévision ou de naviguer sur Internet. Le pape en a conscience. Au lieu d'épouser vainement son époque, il poursuit l'exégèse des Écritures et des Pères de l'Église, autant dire les fondamentaux. D'aucuns le trouvent "décalé". Tant mieux, c'est sa mission.
Tout à fait conscient des profondeurs du nihilisme "moderne",
il continue de préconiser les noces de la foi et de la raison, au service d'une liberté visant plus haut que les nombrils de nos ego. Pour l'heure, il donne l'impression de prêcher dans le désert. Mais c'est une impression trompeuse, imputable pour l'essentiel à l'incurie du système médiatique. Les philosophes de la "déconstruction" sont au bout de leur rouleau, les politiques de leur pauvre volontarisme ; il n'y a plus de métaphysique derrière l'idéologie de l'"innovation", plus de morale derrière les incantations aux "valeurs", et on nous bassine avec des histoires de capotes anglaises, de curé qu'on voudrait marier, de femmes qui ont envie de dire la messe. Comme si l'Église (un milliard de fidèles) n'avait pas des soucis plus cruciaux. Comme si la substance de son message devait se dissoudre dans l'air du temps. La déchristianisation en profondeur de l'Occident remonte aux Lumières, voire à Descartes ; on n'y remédiera pas en démagogisant sur la sexualité, hétéro ou homo. Le pape le sait : il a pris la mesure du défi, elle donne le vertige. En même temps le fond du problème commence à s'éclaircir : un monde sans Dieu est à terme invivable. Tout le démontre, y compris les divinités compensatoires d'un polythéisme infantile qu'on nous brade sans relâche pour occulter l'évidence d'un vide nauséeux. Avec cette barbarie, le pape ne veut pas composer, et il a raison. On finira par s'apercevoir que sa voix taille la seule route que l'humanité puisse emprunter sans se perdre. Et que cet octogénaire est en somme le seul philosophe contemporain. Il faudra bien que, tôt ou tard, un gai savoir émerge du brouillard "relativiste", comme dit Benoît XVI, à si juste titre. Mais quand ? Dieu le sait.
Paru dans Valeurs actuelles
Publié dans Au delà
Écrit par
En savoir plus... 0

(...) (site endommagé en 2013)
oui, cela, tout le monde le sait. Mais qu'y a-t-il derrière ? Est-ce, à travers lui, l'Église qui a mauvaise presse ? Ou bien la figure de la papauté comme autorité ? C'est à cette question que tente de répondre l'auteur dans un livre d'entretiens avec l'éditeur Marc Leboucher (1).
Les papes d'aujourd'hui vivent dans le monde des médias. Ils doivent penser à leur image. Jean-Paul II possédait le don de séduire. Ce qui pourtant n'est pas essentiel : la foi passe-t-elle par la séduction ? Non. Même si une forme de charisme peut jouer dans la pastorale, il y faut bien davantage. Cependant, qu'il le veuille ou non, un pape aujourd'hui a en quelque sorte une image à défendre.
Celle du pape Benoît XVI tient à plusieurs faits. Avant d'être pape, Joseph Ratzinger avait été préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière de la Congrégation de l'Inquisition. De quoi faire frémir les journalistes. Ses discours contre le nihilisme et le relativisme confirment cette image : parce qu'il est conservateur, les médias le décrivent tout naturellement comme un intégriste. Lorsqu'il est élu, c'est un écoeurant festival. Ratzinger est allemand et, en tant que tel, il a été enrôlé en 1941, à 14 ans, dans les Jeunesses hitlériennes. La photo passe en boucle, laissant entendre que le Saint-Esprit a élu un pape nazi. La reductio ad hitlerum est l'argument décisif de tant d'imbéciles : les Guignols de l'info l'appellent "Adolf II".

Autrement dit, parce qu'il est conservateur, le pape Benoît XVI devient nazi : une antienne. Et cependant, comme le dit Bernard Lecomte, un pape pourrait-il être autre chose que conservateur ? Certes, au sens où il est le gardien des dogmes, sinon pourquoi l'institution de l'Église ? Mais bien davantage, dirais-je, au sens où l'Église veut défendre contre vents et marées, derrière le Christ, une image de l'homme dont la modernité voudrait se débarrasser en instituant un nouvel homme artificiel, construit par notre volonté prométhéenne et digne, parfois, des caprices monstrueux de Frankenstein.

Le fait est que la vindicte qui s'attache au pape actuel est particulièrement vivace en France, où la culture religieuse est pratiquement descendue sous zéro, et où la culture antireligieuse a acquis de véritables lettres de noblesse. Dès qu'un pape se rend en France, les médias se déchaînent pour reprocher aux autorités le coût du voyage. Il existe dans notre pays, issu de la laïcité militante, un fort antichristianisme, auquel s'expose d'autant plus un pape conservateur.

La société contemporaine, qui n'a plus pour religion que celle des droits de l'homme, entend ceux-ci de façon exclusivement individualiste. Pour elle, respecter les droits, c'est respecter le désir de chaque individu, sans s'occuper de savoir si son désir est aberrant, contre-nature ou même criminel. C'est pourquoi le discours de l'Église sur la morale revient à une gifle, à une provocation majeure. La morale est hétéronome, elle nous impose de l'extérieur des lois que nous n'avons pas construites, et cela répugne à notre toute puissance. Et pourtant, quand le pape, à l'indignation générale, parle du préservatif en Afrique, il est aussitôt confirmé par des gouvernements africains, qui connaissent leur affaire.

Il y a aussi que ce pape est un intellectuel et, à ce titre, il n'a pas de réticence à exprimer le fruit de ses réflexions, en cherchant l'objectivité bien davantage que l'acquiescement consensuel. Et quand il parle de l'islam, il se moque de déplaire pourvu qu'il dise vrai. Oubliant, peut-être, qu'en tant que pape il lui faudrait se méfier des interprétations belliqueuses de son discours.
Bernard Lecomte précise à juste titre que la mauvaise presse du pape provient tout simplement de ce qu'il se tient en général au-dehors de ce qu'il faut dire. Mais il est bien cocasse de voir Marc Leboucher entonner à notes hautes le couplet contre les moutonniers du politiquement correct, lui qui manifeste dans la vie une peur panique de ne pas penser comme tout le monde.


Au temps du communisme, nous avons reçu Jean- Paul II, un soldat, et c'était bien d'un soldat que nous avions besoin. À présent, le défi n'est plus de battre un totalitarisme vénéré même par nos pairs, mais de récuser un nihilisme qui emporte dans ses rets nos propres enfants. Benoît XVI est providentiel pour cette tâche-là. Il sera critiqué sans relâche, et nous avec. Que cette mise en cause permanente développe en nous l'humour plutôt que l'aigreur: c'est tout ce qu'on peut souhaiter.

(1) Pourquoi le pape a mauvaise presse, entretiens de Bernard Lecomte avec Marc Leboucher, Desclée De Brouwer, 204 pages, 16.
Paru dans Valeurs actuelles, 7 janvier 2010

Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Encore une polémique bien française, celle qui s'en prend à Benoît XVI pour sa procédure de canonisation de Pie XII. En dehors de quelques Israéliens et Israélites, il n'y a que des Français pour participer à cette curée.
La première question à poser, c'est : quels résultats obtiennent les "coups de gueule" médiatiques contre les dictatures ? Quels résultats a obtenu Bernard Kouchner pour les Ibos ou pour les Vietnamiens ? Certes, sa carrière politique et médiatique a été lancée : est-ce suffisant ?
Depuis près de soixante ans, le Dalaï Lama ameute les média occidentaux : quels résultats au Tibet ?
L'action de l'Abbé Pierre en France, ou celle de Jean-Paul II face à une URSS en pleine déliquescence morale, s'exerçaient dans des contextes totalement différents.
Mes parents et enseignants m'apprenaient : "Le bruit ne fait pas de bien, le Bien ne fait pas de bruit". Je pense que ce fut la politique de Pie XII, et c'est toujours celle de la Croix Rouge.
Cela dit, ayant passé plusieurs années en Allemagne, j'ai pu constater que les catholiques allemands estiment que Pie XII a fait tout ce qui était possible face au système nazi. Et on ne peut rien comprendre à Benoît XVI si on oublie qu'il est né Allemand, au temps de la dictature nazie.

Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Le gouvernement s'accroche à sa taxe carbone, que le Conseil constitutionnel vient d'annuler en révélant les nombreux secteurs d'activités et catégories professionnelles qui en étaient exemptés. Je n'ai pas souvenir que ces multiples aménagements, dérogatoires au principe de l'égalité devant l'impôt, furent clairement annoncés par le pouvoir et discutés dans les médias. "Moins de la moitié des émissions de gaz à effets de serre aurait été soumis à la contribution carbone", font valoir les Sages. En fait, seul l'usager "normal" était la cible privilégiée de ce dispositif alambiqué, que Nicolas Sarkozy ferait mieux d'abandonner. En tout cas, c'est l'honneur de l'institution présidée par Jean-Louis Debré d'avoir levé ce lièvre des exemptions. Une fois de plus, la rétention d'informations apparaît comme un procédé usuel de gouvernance. Or, cette pratique devient d'autant plus insupportable qu'un besoin de vérité sur l'état exact de la France gagne l'opinion, au grand dam des faussaires et autres spécialistes en enfumages et pipolisation. En 2010, le gouvernement acceptera-t-il de jouer carte sur table ? C'est mon souhait pour cette nouvelle année.

 

Il va falloir notamment se résoudre à admettre que notre système de protection sociale est en faillite et qu'un autre modèle de sécurité sociale, réduisant nécessairement le périmètre des solidarités et faisant appel aux assurances privées, doit être débattu. L'énorme endettement du pays, qui s'accompagne d'une paupérisation d'une partie de la population, devra être également au centre des réformes de l'Etat-providence. Quant à l'utile débat sur l'identité nationale, il ne pourra faire l'économie d'un examen des effets produits par une immigration de peuplement, qui a déjà constitué, ici et là dans des banlieues, des contre-sociétés et des contre-cultures. Un journaliste du Financial Times, Christopher Caldwell, ose cette question dans un livre récent (Reflections on the révolution in Europe): "Can Europe be the same with different people ont it ?" (l'Europe peut-elle rester la même avec en son sein des peuples différents ?). Caldwell, exemples à l'appui, ne croit pas à l'assimilation des nouvelles populations musulmanes. "Un livre qui devrait faire scandale", écrit Alain Besançon dans la dernière revue Commentaire. Mais sera-t-il traduit en français ?
Excellente année à tous !
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

L'identité française : un condensé de l'identité européenne

L'identité française ne se sépare pas de l'identité européenne. Dire cela n'a rien à voir avec une quelconque perspective supranationale, au contraire.
L'Europe est entrée dans l'histoire avec les cités grecques. C'est leur amour passionné de la liberté qui s'est exprimé à Marathon, aux Thermopyles, à Salamine, à Platées, contre ce que les marxistes devaient appeler plus tard le "despotisme oriental".
Même refus d'une monarchie orientale avec la victoire, plus ambiguë, d'Octave à Actium, contre Antoine et Cléopâtre.
Tout en sauvant la façade républicaine, Octave, devenu Auguste, n'en imposa pas moins à Rome un modèle impérial, au mépris de la tradition romaine et de l'esprit de liberté des peuples moins avancés, Celtes, Ibères ou Germains. Mais au bout de quelques siècles, l'Europe, sous le choc des barbares, revint, avec la bénédiction de l'Eglise, à un nouveau type de morcellement. Cette Europe où, depuis l'Edit de Caracalla (312), tous les hommes libres sont citoyens, ne supporte plus les pouvoirs trop lointains. En se partageant l'Empire, Les Francs en Gaule, les Wisigoths en Espagne, les Ostrogoths en Italie, les Angles et les Saxons en Angleterre, les Suèves au Portugal esquissent la carte politique de l'Europe actuelle : des entités politiques de taille moyenne, sous-dimensionnées par rapport aux grands empires byzantin ou arabe mais où le pouvoir semble plus à portée du grand nombre, jusqu'à l'émiettement féodal.
Les tentatives de reconstituer un grand bloc européen de type impérial sur le modèle romain ne manquèrent pas : Charlemagne, le Saint Empire romain germanique, les Habsbourg, jusqu'à Napoléon et Hitler, mais elles firent les unes après les autres long feu. Il est significatif qu'au XXe siècle les totalitarismes s'emparèrent des deux nations qui s'étaient vu un moment héritières de Rome, l'Allemagne des Kaiser, la Russie des Czars (deux déformations de César). Mais ils n'ont eu, eux aussi, qu'un temps.

Cette histoire tourmentée fait-elle, autant qu'on le dit, de l'Europe une terre de brassage ethnique ? Elle le fut sans doute au premier millénaire, par l'esclavage d'abord, par les invasions ensuite. Très peu depuis l'an Mil. Au temps des invasions, les nouveaux venus tentaient de s'imposer par le fer et par le feu. Mais ils ne gagnaient pas vraiment : soit qu'ils fussent défaits sur les champs de bataille (les Huns, les Hongrois, les Turcs), soit qu'ils se soient assimilés à la civilisation des premiers occupants : destin de la plupart des peuples germains du Ier millénaire. Les Arabes, seuls, imposèrent leur civilisation en Espagne, mais ils en furent finalement rejetés, comme les Turcs devaient l'être des Balkans.
Et la France dans cette histoire, dira-t-on ? A un degré suréminent, elle porte cette vocation européenne de liberté, elle en est l'emblème. Emblématique déjà par sa position : le seul qui soit à la fois sur la Mer du Nord, l'Atlantique et la Méditerranée, maritime et continental (au sens de MacKinder), latin et franc, catholique mais teinté de protestantisme, chrétien mais inspirateur des Lumières, notre pays est à lui seul un condensé de l'Europe. Comme jadis les cités grecques, il incarna tout au long de l'histoire - sauf l'exception napoléonienne - la résistance à la tentation impériale paneuropéenne : contre le Saint Empire, contre les Habsbourg, contre le Reich bismarkien. Redécouvrant à la fin du XVIIIe siècle les valeurs de la démocratie grecque, les Français, comme les Grecs jadis, sont bien les Européens par excellence. Ils sont un peu à l'Europe, ce que l'Europe est au monde. Leur identité, c'est d'abord cela.
Tout cela appartient-il au passé ?
Loin de nous l'idée d'oublier ce que la chute du rideau de fer doit à des acteurs non-européens, Américains bien sûr mais aussi Afghans. Reste que cet événement résulta aussi du combat de grands Européens ; Jean Paul II, Walesa et d'autres et doit être considéré comme une grande victoire de la civilisation européenne. En refusant avec plus de détermination que d'autres l'ultime menace soviétique qu'exprimait la prolifération des euromissiles, notre pays réagit alors en conformité avec son sens séculaire de la liberté.

Comment dès lors s'étonner que la France doute de son identité dès lors que de nouvelles menaces semblent, à tort ou à raison, lui rappeler ce que, tout au long de l'histoire, elle a, comme les autres Européens, rejeté ?
Toujours ouverte aux autres cultures, y compris arabe, comment se résignerait-elle à ce que l'Europe appartienne jamais à l'oumma, ainsi que l'envisagent certains islamistes ?
Comment pourrait-elle accepter que certains faucons américains, tel Zbigniew Brzezinski, prônent la mise en tutelle de l'Europe au sein d'un nouvel ordre impérial ? Comment ne serait-elle pas inquiète, elle qui, presque tout au long de son histoire, a combattu les empires, d'entendre Barroso dire : "parfois j'aime comparer l'Union Européenne en tant que création, à l'organisation des empires", même s'il ajoute qu'il s'agira du "premier empire non impérial" (1). De quelque manière que cela soit dit, il n'est en tous les cas pas dans la vocation de la construction européenne de substituer à la variété colorée de ses personnalités nationales, la grisaille d'un soft power bureaucratique.

Loin de se replier sur elle-même, la France, en se souciant de son identité, ne fait que défendre, comme elle l'a toujours fait, l'identité de l'Europe.
(1) Conférence de presse à Strasbourg, 10 juillet 2007

Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

ce que nous sommes, ce que nous voulons faire ensemble. Que retenons nous du passé ? Qu'en racontons-nous, quelles promesses en tirons-nous ? Comment nous appuyons nous sur lui pour ne plus en répéter les erreurs, et pourquoi nous faut-il parfois changer de passé, le rouvrir autrement ? Tous les grands bouleversements historiques ont commencé par changer le "régime" de mémoire.
Or notre époque se caractérise, un peu partout dans le monde, à la fois par un abus de mémoire et un abus d'oubli. D'un côté nous avons la prolifération des commémorations, la manipulation idéologique des identités nationales, la patrimonialisation des lieux de mémoire, sinon le rêve de musées où le passé serait stocké et sauvegardé dans son intégralité. De l'autre nous avons la disparition à un rythme accéléré des mémoires marginales et vaincues, l'amnésie générale apportée par les révolutions qui croient abolir le passé, mais aussi par les exodes massifs et ce bouleversement des modes de vie par lequel nous jetons ce qui nous alourdit, sans plus rien chercher à réparer. Les deux vont sans doute ensemble. Plus on échange, dans une société de vitesse et d'ouverture généralisée, et plus on a besoin d'avoir de l'inéchangeable, des clôtures de mémoires.
Si la politique consiste à instituer les conflits qui traversent la société, de façon à équilibrer les forces, elle passe par une "juste mémoire". Après tout, une communauté n'existe qu'en déterminant ce qu'elle garde en mémoire. Plus encore, lorsqu'une société est traversée par un conflit de mémoires douloureuses, qui ne s'échangent pas aisément, il est bon que l'histoire et les institutions politiques introduisent une sorte de distance, qui les oblige à cohabiter avec d'autres dans un espace de civilité. Mais cette fonction positive des politiques de mémoire ouvre aussi la voie à de dangereuses manipulations de la mémoire et de l'oubli.
D'un côté nous trouvons la démagogie du populisme identitaire, qui joue sur les peurs et les ressentiments, en fabriquant des fausses mémoires qui peuvent enfler jusqu'à éclater, comme des bulles imaginaires et dangereuses. Mais même les politiques plus démocratiques, qui s'abritent sous le désir légitime de transmettre l'important aux jeunes générations, de leur donner un langage commun, courent le risque de n'investir que dans la pédagogie des moyens de communication, en évacuant le débat sur le contenu de ce qui est transmis. Comme si on prenait les gens pour des enfants, et comme s'il fallait surtout écarter les conflits.
Or la mémoire vive se constitue dans le dissensus des mémoires, et sans cela on est dans le "politiquement correct", qui refoule les "mémoires" réelles moins présentables. Les cadres sociaux de la mémoire échappent d'ailleurs au politique, et passent par les familles, les communautés intermédiaires, et toutes les formes de transmission porteuses d'un bout de mémoire collective - toute mémoire est collective, car on ne se souvient jamais absolument seul.
De l'autre côté, nous trouvons la démagogie des politiques de l'amnésie, quand on efface du paysage toutes les traces de l'existence de ce qu'on veut oublier, en nettoyant toutes les couches archéologiques contaminées par ce qui devrait n'avoir jamais existé, et en bétonnant une paysage tout neuf, méconnaissable, d'où le passé réel soit à jamais banni. Nombreuses sont les figures récentes de ces recommencements à zéro, de ces amnisties ou de ces prescriptions, qui furent parfois nécessaires dans un premier temps pour sortir de la guerre civile et refonder la "république", l'espace politique commun.
Mais nul présent vivant n'est possible dans le perpétuel refoulement d'un passé qui ne "passe" pas, et il y a bien un moment où il faut reconnaître ce qui s'est passé, justement pour pouvoir en faire sépulture. Le travail consiste à se déplacer pour aller prendre en charge l'ensemble du passé, et prendre sur soi une responsabilité proprement éthique et politique. Ce travail, loin de nous anesthésier aux malheurs présents ou imminents, nous y rend sensible, justement, parce que l'histoire n'est pas finie.

Le 3 janvier 2010 dans le quotidien costa-ricain La Nacion (en vue des élections dans le pays)

Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0

(...) (site endommagé en 2013)
de nos télévisions, chaque confession se replie sur son coeur de cible, sur ses seules forces, sur son identité.
Et pourtant on aurait bien besoin de cette conversation, de cette fraternelle correction mutuelle sans laquelle nos vertus mêmes deviennent démoniaques. Entre catholiques et protestants, j'ai perçu beaucoup de ces dialectiques vertueuses, par lesquelles nous avons besoin les uns des autres. Ici je voudrais examiner les rapports entre la religion et la foi.
Un des grands combats de la modernité protestante a été celui de la foi contre la religion. La Réforme de Luther et Calvin déjà, pointant la nature idolâtre des hommes qui ne cessent de se tailler des dieux à leur image, tablait sur le dépérissement progressif de la religion. Il fallait d'ailleurs purifier la foi de tous les mélanges avec la politique, la morale, la philosophie, etc et revenir au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Il fallait revenir à la foi comme pure confiance en Dieu, comme pure confiance en sa Parole qui nous traverse. Prise dans le mouvement de la sécularisation et des migrations, la foi n'a cessé ainsi de se détacher de la culture, de se déterritorialiser. Elle est devenue l'objet de décisions individuelles et subjectives qui rompent avec leur tradition, mais qui risquent ainsi peu à peu de se retrouver incultes - incultes de leur propre tradition religieuse, de leur propre épaisseur de langage et d'histoire. On voit bien la vieille religion qui est dans l'oeil de son adversaire, mais sans voir celle qui est dans le nôtre ! D'où l'apparition, dans un monde que je n'hésite pas à qualifier de post-chrétien, d'un fondamentalisme ou d'un "pentecôtisme" sans racine, comme tombé du ciel. D'où cette rhétorique perpétuelle de la décision, de la conversion, de la nouvelle naissance, qui n'est plus au bout du compte qu'un présentisme sans fidélité ni espérance.
De l'autre côté, après des siècles de critiques de la religion, nous avons eu une nouvelle génération de travaux qui en ont fait l'éloge. Depuis les études de René Girard sur La violence et le sacré jusqu'à ceux d'une certaine psychanalyse, nous avons découvert qu'il n'y avait pas de société sans un certain nombre de processus religieux fondateurs. C'est toute une tradition issue de la Restauration qui est ainsi réhabilitée, où il n'est pas question de foi, dans le sens de cette décision individuelle à laquelle nous l'avons réduite, mais d'appartenance à une culture. On peut très bien pratiquer la religion majoritaire d'un pays par culture, sans états de conscience et sans trop y croire : l'important est de transmettre les cadres. C'est ainsi que je rencontre de plus en plus souvent des catholiques qui, à l'instar jadis de Charles Maurras, sont des ultra-catholiques athées, dont le catholicisme est la culture. Je dis ultra-catholiques au sens où dans le contexte post-chrétien qui est le nôtre, la religion devient identitaire et intégriste, réduite à son apparat culturel, ou à des bouts de rituels sécularisés et dépourvus de toute inquiétude théologique. Les français seront alors catholiques, comme d'autres seraient juifs, les turcs sunnites, ou les américains protestants, parce que ce serait le fond inconscient de leur culture, quelque chose comme leur système immunitaire. Le préjugé le plus répandu est alors que chacun pense que sa religion n'est pas vraiment "croyable", mais qu'elle est quand même la moins mauvaise !
On comprend aisément ici où je veux en venir. La foi sans la culture est monstrueuse, et vire au fondamentalisme inculte. Mais la culture sans la foi l'est aussi, et vire à l'intégrisme identitaire. Le plus grave est que nous sommes un peu partout désormais pris en cisaille entre le Charybde d'une foi sans racine et le Scylla d'une religion morte. Un peu comme si l'on croyait à la possibilité d'une parole pure, qui surgirait sans s'appuyer sur aucune langue, ou à la possibilité d'une langue qui pourrait se poursuivre alors que plus personne ne la parle vraiment. Comme si l'une n'avait pas toujours besoin de l'autre.

Midi-Magazine sur la radio Fréquence protestante, jeudi 31 décembre 2009

Publié dans Au delà
Écrit par
En savoir plus... 0

Nous sortons d'une année de crise, d'une année de craquements prolongés de l'ensemble de notre système, et que voyons-nous ? Que nous sommes pris dans une profonde crise morale qui traverse non seulement le monde, mais nos sociétés, et qui déchire jusqu'à nos familles et nos âmes. D'une part, ceux qui tiennent le haut du pavé, qui savent se vendre et se faire valoir, et qui n'ont vraiment rien compris ! Ceux-là sont repartis de plus belle dans leurs spéculations financières (normal : on a injecté d'énormes liquidités pour empêcher le système bancaire de s'écrouler), dans leurs appétits de toujours plus, dans leur fuite en avant, dans leur consommation effrénée du monde. Pour eux c'est simple : la vie est une lutte acharnée, qui sépare à chaque coup les gagnants des perdants. Et ceux qui gagnent ne doivent rien à personne, s'ils gagnent c'est qu'ils le méritent. On n'a que ce qu'on mérite. C'est eux, le plus souvent issus de jeunesses gonflées à l'ambition, et auxquelles on a insufflé depuis le biberon qu'ils sont les meilleurs, qui partout mettent la pression sur les autres, pourrissent le monde du travail et en font un monde totalitaire, où il faut se durcir pour continuer - jusqu'à ce qu'on craque et que d'autres plus jeunes et plus voyous vous passent dessus. Ceux-là conduisent le monde entier à la mort.
De l'autre, et de plus en plus nombreux, ceux qui partout se retournent vers les autres, vers le monde. Et qui sont désormais tournés non vers ceux qui courent plus vite qu'eux, mais vers ceux qui courent moins vite. Ils ont compris que la crise, non pas le petit jeu de bascule qui donne un frisson de plaisir au capitalisme, mais cette crise qui jette des populations entières, chaque jour, dans les bras de la mort, n'était rien d'autre que cette course même où personne ne se retourne. Croyez vous que la solidarité soit une utopie moraliste ? Mais aux USA, il y a un an, c'est la déréliction des liens familiaux qui a entraîné la non solvabilité des individus, chacun dans sa bulle, et l'affaissement du système bancaire. Et en Russie comme partout, aujourd'hui, ce que la crise réveille, c'est tout simplement l'importance des solidarités d'abord conjugales, mais aussi familiales, amicales, etc. Nous n'existons que par un prodigieux endettement mutuel et nul ne peut dire qu'il ne doit rien à personne. Oui, le mariage, l'amitié, les fidélités ont de belles années devant elles, au fur et à mesure que l'on découvrira que plus rien ne tient que ces attachements-là.
On dira que mon schéma d'aujourd'hui est un peu manichéen, mais j'ai seulement voulu faire voir ce qui est déjà là. Ceux qui veulent gagner "doivent" leur vie et leur monde à ceux qui entretiennent les fidélités sans lesquelles ils ne seraient rien. En ce sens l'éthique n'est pas la cerise sur le gâteau, mais le noyau profond de nos sociétés. Max Weber avait naguère montré l'importance de l'éthique protestante dans la formation de l'esprit capitaliste. Il serait temps de réveiller d'autres avenirs de notre passé, de prendre appui sur ce que l'éthique des débuts de la modernité comportait aussi de gratitude envers le monde, de sobriété, de responsabilité, de solidarité. Et de réveiller les figures oubliées de tous ces "pères fondateurs" qui, de Saint-François d'Assise à Calvin, et de Montaigne à Rousseau, avaient l'audace de proposer un pacte social assez large pour comprendre tout ce qui dans le monde aujourd'hui est en souffrance.

Midi-Magazine sur la radio Fréquence protestante, mercredi 30 décembre 2009

Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

La panique qui gagne l'ensemble des gardiens du politiquement correct, qui se rendent compte qu'ils ne maîtrisent plus le discours officiel, produit une enflure médiatique sur l'urgence d'un arrêt du débat sur l'identité nationale. Fort heureusement le gouvernement, qui a beaucoup donné dans le conformisme, semble cette fois y être insensible. En revanche, même ceux qui ne jurent que par la démocratie participative ne veulent surtout pas que le peuple s'exprime davantage sur son propre sort, comme le remarque avec justesse le conseiller du chef de l'Etat, Henri Guaino, ce mercredi dans Le Figaro. Toutes les vieilles ficelles du lynchage médiatique (le ministre Eric Besson en fait injustement les frais) de l'intimidation et de la culpabilisation sont ressorties en catastrophe, chacun y allant de ses dénonciations de propos "nauséabonds" et de ses sous-entendus sur le ventre fécond de la bête immonde. "Tout ce qui peut dresser les communautés les unes contre les autres est détestable", prêche un peu plus posément Alain Juppé, sans se rendre compte, lui non plus, qu'une fracture identitaire fissure la France et met en péril la cohésion nationale. Les vivre-ensemblistes (SOS Racisme en tête, qui lance une pétition pour "arrêter le débat") ont créé une nation fragile et violente qu'ils feraient mieux de venir réparer d'urgence plutôt que de se réfugier dans les leçons de morale, les insultes et le déni des faits.

Jamais débat n'a été plus utile que celui-là, même si l'on peut regretter effectivement son improvisation et ses visées électoralistes. Les quelques maigres dérapages auxquels il a donné lieu, et qui ont été surexploités par les censeurs en passe de perdre leur emploi, ne peuvent masquer ce désir des gens de s'exprimer, très majoritairement sans excès, sur l'avenir de leur pays, de leur culture. Quand ils disent, en somme, ne pas vouloir progressivement disparaître dans l'appauvrissement d'une "diversité" impensée par les élites, faut-il les traiter de demeurés, de racistes, de xénophobes ? C'est pourtant ce qui s'entend chez ceux qui voudraient que l'on parle vite d'autres choses. Après la place de l'islam dans la République, il est d'ailleurs à parier que le prochain chapitre concernera l'utilité de la poursuite d'une immigration de peuplement dans un pays ne pouvant plus offrir ni travail ni logements. Faudra-t-il, là aussi, crier au fascisme avec les belles âmes, indifférentes à l'âme des peuples ? La gauche tente d'attiser le Front national, en espérant pouvoir décrédibiliser à bon compte le débat sur l'identité nationale. Mais le piège est grossier. La majorité, si elle ne recule plus, peut parfaitement fédérer le légitime besoin de protection qui s'exprime chez les Français.

Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version