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Les journaux scolaires sont nombreux en France, ce qui est un signe de vitalité et d'intérêt des élèves non pas seulement pour leurs établissements mais pour les questions politiques, sociales ou culturelles. Le Clemi (Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information) vient d'en publier une revue de presse. Les éducateurs précisent que la diversité des opinions a été respectée. En réalité, tout l'intérêt de cette revue de presse est de nous apprendre que, chez les lycéens, sur chaque sujet, une seule opinion s'impose: la même.
Ils ridiculisent N. Sarkozy, pour deux raisons : parce qu'il veut s'occuper de tout, et parce qu'il étale partout ses affaires privées. Trop médiatisé. Trop people. Et évidemment, trop payé. Ils attendent avec impatience que le PS reprenne du poil de la bête. Mais constatent avec douleur que ce n'est pas pour demain. Ils le fustigent de se laisser aller à des querelles de broutilles, pendant que les Français ont besoin de lui. Ils critiquent son attitude actuelle parce qu'ils le voudraient uni et puissant. Devant la mesure proposée consistant à utiliser le test ADN pour les immigrants, ils crient à l'eugénisme (n'ayons pas peur des mots) ou proposent par provocation qu'on se débarrasse aussi des vieillards et des malades, qui, comme les immigrés, coûtent cher à l'État (n'ayons pas peur des amalgames osés).
Devant la réforme Pecresse, qui permet aux universités d'utiliser du financement privé, ils crient à l'achat par les capitalistes d'universités qui, dès lors, ne pourraient plus travailler que sur les sujets rentables. À propos des "votes" pour les grèves dans les amphis, ils racontent sans vergogne les trucages justifiés par l'intérêt supérieur. Leur idéal est que l'État embauche le plus possible de fonctionnaires, d'enseignants, mais aussi de médecins, d'administratifs, ... etc. Ils critiquent le "travailler plus", arguant que le travail n'est plus la valeur importante, puisque ce qui importe, c'est de vivre mieux … Ils haïssent la compétition sous toutes ses formes, le système des notes lors des examens, l'élitisme qui rend certaines filières meilleures que d'autres … plébiscitant un monde d'égaux où tous seraient les meilleurs, allant jusqu'à traduire l'olympisme en eugénisme (encore lui) et méprisant les héros. Parlant de la sexualité, ils ridiculisent le pape et la religion dans son ensemble et défendent à grands cris l'homosexualité, ricanant sur le fait que la majorité juge "normale" l'hétérosexualité.
Ils soulignent avec indignation les violations des droits de l'homme en Chine et en Russie, jugeant révoltant que l'Occident continue à traiter avec des pays aussi abjects, juste parce que le premier possède des dollars et l'autre du gaz. Naturellement, leur combat préféré est celui de l'environnement, la défense de la Terre, et pour cela le changement de comportement des uns et des autres, dans un souci moral pontifiant et injurieux devant quiconque n'est pas d'accord. (Parfois l'un d'entre eux se demande si, tout de même, les pays pauvres n'auraient pas le droit eux aussi de se développer en polluant, les deux allant ensemble.) Naturellement, ils détestent l'Amérique parce qu'elle est conservatrice, religieuse, puissante et riche. Ces journaux ne concernent que 2008, mais on peut être sûr qu'ils sont tombés, depuis, dans l'obamania et, du coup, admettent que l'Amérique est en guerre contre le terrorisme (ce qui était venant de Bush un fantasme) et jugent ce pays fichtrement sympathique, parce qu'il est dirigé par un président noir.
L'image, on le voit, est extraordinairement fidèle aux opinions affichées dans le monde des adultes. En France, la droite et la gauche sont à peu près aussi représentatives l'une que l'autre. Pourtant, la presse se fait l'écho surtout de la pensée de gauche. Des études ont été réalisées montrant à quel point les journalistes sont peu représentatifs de la population. Les lycéens qui écrivent dans ces feuilles sont à leur image. Comment l'expliquer ? Ces lycéens-là sont-ils seuls à vouloir écrire ? Sont-ils tous dressés par leurs enseignants ?

Je n'ai trouvé dans ce recueil qu'un seul article qui ne soit pas politiquement correct : celui qui défendait l'enseignant placé en garde à vue pour avoir giflé un élève, appelé ici "petit con". Tout le reste: cette marée écoeurante, sans recul ni critique sur soi, qu'on entend partout … Comme chez les adultes, ces lycéens ne "débattent" que pour dire tous la même chose. Ici apparaît, claire comme le jour, la transmission de Panurge. Les jeunes sont fils de leur société autant que de leurs parents. Mais quand la société éduque tout le monde dans le même creuset, ils échappent facilement à la diversité des familles et se formatent sur le même modèle : des enfants zombis.
Paru dans Valeurs actuelles , 12 février 2009

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Que peuvent bien penser les Français des évènements qui se déroulent à Madagascar depuis une quinzaine de jours ? Ce n'est pas Le Monde (10 février 2009, p.7) qui lui permettra de comprendre les dessous de cette affaire. Heureusement, Internet fonctionne encore là-bas et permet d'apprendre quels sont les ressorts de ce drame.
Il y a deux camps, essentiellement à Tananarive (nom traditionnel en France, Antananarivo en malgache) : celui du Président Marc Ravalomanana, élu démocratiquement il y a deux ans, et celui du maire de Tananarive, Andry Rajoelina, qui s'est autoproclamé "président d'une haute autorité de transition" au début de février, et qui a nommé un "Premier ministre", Monja Roindefo. Ce que ne dit pas le quotidien du soir, c'est que Andry Rajoelina est un "sous-marin" de Didier Ratsiraka, l'ancien président malgache, qui espère revenir au pouvoir à l'occasion de ce coup d'état, et qui subventionne largement les opposants à Marc Ravalomanana….

Le 7 février, Rajoelina incita ses partisans à marcher sur le palais présidentiel (Ambohitsorohitra) et à s'y installer : prudemment, Rajoelina et Roindefo restèrent derrière la foule qu'ils envoyèrent au massacre … Dans un pays où il importe de ne pas perdre la face, Marc Ravalomanana ne pouvait laisser envahir son palais, quel qu'en soit le prix.
Ratsiraka est cet officier malgache qui à partir de 1973, se constitua un électorat sur un projet mêlant socialisme et  xénophobie-rejet en particulier des Français, Chinois, Pakistanais qui menaient l'économie de l'île. Après avoir pris le pouvoir en 1976, en deux ans, Ratsiraka transforma un pays en plein développement, exportateur notamment de riz et de viande, en zone où régnait la famine et où une partie de la population citadine se mit à survivre en fouillant les décharges d'immondices. Simultanément, il instaura une dictature dont le peuple malgache ne parvint à se débarrasser qu'en 1993. On se demande ce que les dirigeants français trouvaient ou trouvent encore pour soutenir cet énergumène, qui reprit le pouvoir en 1997, le perdit en 2001 et s'enfuit en France en 2002.

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(...) (site endommagé en 2013)
est affecté à l'état-major de Hitler, en 1943. Scandalisé par les crimes nazis, il rejoint alors la conjuration des officiers décidés à éliminer le Führer. Il s'agit non seulement de commettre un attentat, mais d'organiser un coup d'État qui mettra fin au nazisme. Pour cela, les conjurés ont parasité un plan officiel de mobilisation de l'armée de réserve, prévu par Hitler lui-même en cas de putsch. Nom de l'opération : "Walkyrie". Stauffenberg, malgré ses handicaps physiques (il a perdu un oeil et une main), assure lui-même la mise en place des explosifs, le 20 juillet 1944, à la Tanière du loup, lieu perdu dans la forêt où Hitler tient une réunion d'état-major. L'explosion a bien lieu, mais, au QG berlinois, les officiers tergiversent. Certains veulent attendre la confirmation de la mort de Hitler, d'autres décident de lancer immédiatement l'opération "Walkyrie". Un major se présente pour arrêter Goebbels. Mais Hitler en personne annonce au téléphone qu'il est vivant. Les arrestations des responsables nazis commencées par les conjurés se retournent contre eux. Stauffenberg sera exécuté avec deux cents résistants allemands. 

C'est le conseil de Tom Cruise lui-même : lisez ! "Loin d'être exhaustif, le film invite à compléter son information par la lecture, nous a déclaré la star. Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur Stauffenberg et la résistance allemande".


Autour de Tom Cruise, très convaincant dans son interprétation sobre et vibrante de la haute figure de Stauffenberg, Bryan Singer (The Usual Suspects, X-Men) met en scène un thriller historique, dans la tradition du genre. La facture est classique, le réalisateur n'a pas cherché à faire le malin mais à donner des faits, des hommes, des lieux, l'évocation la plus authentique possible. Un travail de reconstitution remarquable, joint au sens américain du suspense, ici conçu comme un puzzle minutieusement construit en secret, puis violemment détruit.
Mais c'est le sujet qui est passionnant et qui fait la grandeur du film. Si l'attentat manqué est connu, on apprendra beaucoup de choses sur ses suites immédiates à Berlin, le désordre des communications, les erreurs et les ambiguïtés humaines. Le film donne aux événements leur cohérence historique et une dimension existentielle, servie par d'excellents acteurs. Le vrai suspense se joue dans les consciences, dans le risque de la trahison héroïque des officiers, dans leur serment de loyauté. "Walkyrie" est un bel hommage hollywoodien à la résistance allemande.

Walkyrie, un drame historique de Bryan Singer, avec Tom Cruise, Bill Nighy, Terence Stamp, Kenneth Branagh - Durée 1h50
Paru dans le Figaroscope, janvier 2009

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Depuis août 2008, combien de fois m'a-t-on posé cette question ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que la lutte contre le terrorisme en Asie centrale ne fait pas recette chez nous.
Les Britanniques au XIX° siècle, les Russes au XX° se sont cassés les dents en Afghanistan, et, après l'effondrement du régime des talibans en 2001, on ne peut pas dire que l'OTAN ait convaincu les téléspectateurs de la justesse de sa stratégie. Chaque fois qu'un mariage a lieu, avec les tirs traditionnels en l'air, les armées de l'air alliées bombardent la noce et accumulent les morts d'enfants et de femmes. Et voir des patrouilles blindées ou motorisées rechercher les rebelles de jour ne convaincra aucun de nos anciens d'Indochine ou d'Afrique du Nord du sens tactique des patrons de l'OTAN… Comme d'habitude, ces peuples rudes qui constituent l'Afghanistan, incrustés dans leurs montagnes, sachant que le temps travaillent pour eux, mènent une guérilla dure, qui finira par nous lasser. Que peut-on espérer ?
Le terrorisme est un mode d'action, ce n'est pas un ennemi. L'ennemi, ce peut être Al Qaïda ou les talibans. Il vaudrait mieux éviter de considérer les Pachtounes comme nos ennemis. Encore faut-il le dire. Et la Rand Corporation, qui n'est pas un repaire de pacifistes ou d'irresponsables, mais qui travaille au profit de la défense américaine, signale depuis longtemps l'absurdité du terme "guerre au terrorisme" (voir le site www.rand.org/pubs/monographs/MG741-1). Pour lutter contre les groupes qui pratiquent le terrorisme, il faut recourir essentiellement aux forces spéciales et à la police.

Car la situation en Afghanistan n'est pas simple. Rappelons que ce pays a des frontières communes avec la Chine, l'Iran et d'anciens territoires soviétiques : Turkménistan, Ouzbékistan ,Tadjikistan. Chine et Iran jouent des jeux personnels sur place. Le Pakistan et ses forces armées ont toujours considéré l'Afghanistan comme leur arrière-cour. La Chine voit de plus en plus l'Asie centrale comme son glacis.
La population appartient majoritairement à l'ethnie pachtoune, partagée entre le Pakistan et l'Afghanistan. Les méthodes américaines (bombardements de noces et de civils, mesures brutales en vers les femmes, et les habitations) ont révolté les populations locales, et provoqué une authentique résistance pachtoune.

Il convient donc de faire une nette distinction entre les ethnies locales (Tadjiks, Pachtounes, ... etc.) et les groupes, comme Al Qaïda et les talibans, qui pratiquent le terrorisme. Il faut ensuite rendre hermétique la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan. Il faut enfin éradiquer la culture du pavot, qui finance le conflit et qui pourrait justifier notre participation et notre intervention militaire.
Or ces actions multiples : séparer les Pachtounes des groupes islamistes radicaux, sceller la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan, éradiquer la culture du pavot, exigeront du temps, des moyens civils et militaires importants.
On peut douter de la volonté des membres de l'OTAN, dans un contexte de crise financière et économique, d'accroître de façon significative les forces déjà engagées sur ce théâtre : il sera donc impossible de gagner militairement. La France en particulier a des responsabilités en Afrique et ne pourra guère déployer en Asie centrale beaucoup d'autres moyens. L'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) a participé modestement à des projets de reconstruction de l'Afghanistan et de son armée-école d'état-major à Douchanbé. Mais surtout, la Russie dispose encore de réseaux en Afghanistan et elle pourrait, si les dirigeants et les diplomates américains et européens s'en donnaient la peine, participer par ses moyens de renseignement, voire avec une partie de ses forces spéciales, au moins dans la partie nord de l'Afghanistan, à l'éradication de la culture du pavot et de certains groupes pratiquant le terrorisme.

N'ayons pas d'illusions : sans la participation russe, la guerre d'Afghanistan est perdue. Essayons au moins de lutter contre les stupéfiants et de contenir les ambitions des Pachtounes et du Pakistan.
27 janvier 2009

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C'est trop demander à une politique étrangère que de refaire le monde ou de résoudre toutes les crises . Mais on ne lui demande pas assez si on ne lui demande pas de voir et de dire la vérité . Pour voir la vérité il ne faut qu'ouvrir les yeux et pour la dire il ne faut qu'un peu de courage. Rien là qui soit au-dessus des moyens d'un pays comme la France. Des exemples récents montrent pourtant que ç'est apparemment trop cher pour elle.
Georgie
La vérité est peut-être que la Russie a réagi de façon disproportionnée mais elle est sûrement que tout a commencé par une agression georgienne calculée. Ne voir que la première chose, c'est deformer la réalité et c'est encourager l'irresponsabilité d'un apprenti-sorcier sans cervelle et dangereux.
Querelle du gaz
Elle a mis en lumière la dépendance de l'Europe par rapport à la Russie pour son approvisionnement en énergie ; mais ç'est une vérité tronquée si l'on n'ajoute aussitôt que l'Europe dépend encore davantage de l'Ukraine. Comme pays fournisseur, la Russie ne peut priver l'Europe de gaz sans se priver des payements correspondants. Comme pays de transit, l'Ukraine est tentée de se venger sur l'Europe des coupures de gaz que la Russie lui fait subir quand elle ne paye pas. L'Ukraine a un intérêt évident à jouer le jeu de coupures de gaz ; la Russie n'en a aucun. En prenant le parti de l'Ukraine contre la Russie, on offense la vérité, on viole la justice et on dessert ses propres intérêts .
Gaza
Cette bande de territoire est une citadelle assiégée et soumise à un étroit blocus. Les assiégés tentent de desserrer le blocus (tunnels) et de pratiquer des sorties (lancements de roquettes). Israël réplique par un assaut destructeur et meurtrier (1300 morts) .
Dire que ç'est la faute de ceux qui lancent des roquettes et qu'en conséquence il faut non seulement qu'ils arrêtent de lancer des roquettes mais qu'ils soient mis hors d'état de le faire, c'est prendre le parti des assiégeants et refuser aux assiégés leur droit de légitime défense. Ajouter que la France est prête à participer au contôle des tunnels et de côtes, et ne rien demander ni obtenir en contrepartie, c'est contribuer au verrouillage du blocus et quémander le rôle du geolier.
La vérité et la justice commandent que le cessez-le-feu et le contôle des entrées d'armes soient étroitement conditionnées à la levée du siège et du blocus. Tant que Gaza est une cage, on ne peut en tous cas en confier la clé à ceux qui viennent d'en ravager l'intérieur.

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'Financial Art' : le XXe siècle s'achève avec la Très-Grande-Crise

(...) (site endommagé en 2013)
de la "com" née du concept d' "Art contemporain", ce produit dérivé savamment élaboré en réseau, est en train de connaître le même destin que les autres produits dus à la créativité financière de New York, Shanghai et Londres. La Première Guerre mondiale avait mis fin au XIXe siècle. Le XXe siècle se termine avec la "Très-Grande-Crise", ce krach financier qui affecte toute la planète. Une époque s'achève, y compris dans l'art.

Signes des temps : morbidité et visions sans espoir
En France on a vu la même année, dans les lieux de prestige et de pouvoir, apparaître des icônes funèbres de la grande catastrophe humaine, intellectuelle et artistique : un squelette à Versailles de quinze mètres de long dans la cour d'honneur ; une accumulation de pierre tombales signée Yann Fabre au Louvre ; deux stèles funéraires de Richard Serra au Grand Palais, des ornements en plastique de Jeff Koons dans la Galerie des Glaces à Versailles. Tandis qu'à Londres, la dernière cote astronomique d'avant l'apocalypse financière se faisait sur un veau plongé dans du formol. 
Pour ne pas être en reste, le centre culturel catholique des Bernardins affichait trois visions hantées par la mort : les traces d'une bibliothèque incendiée, un labyrinthe de cristal brisé évoquant la nuit du même nom, et un cimetière de cloches fêlées montrant du doigt les fautes passées de l'Église et sa ruine présente. 
Remarquons au passage l'hypocrisie d'une société qui étale le spectacle d'une violence sans espoir dans les hauts lieux de la culture mais interdit, comme c'est le cas en ce moment à Gaza et ailleurs, aux journalistes d'accéder aux champs de bataille avec leurs caméras et appareils de photo. L'AC (1) ne serait-il pas un une entreprise de camouflage de la violence contemporaine en la réduisant à l'état d'oeuvre "d'art" ou plus exactement de "concept" ?

La cote s'effondre, la critique se libère
Dans ce climat d'apocalypse, vingt ans après la chute du mur de Berlin, survient l'effondrement d'une autre utopie du XXe siècle, celle de Marcel Duchamp : la déclaration verbale crée l'oeuvre et sa valeur tout comme le nominalisme appliqué aux finances crée la monnaie, le regardeur fasciné légitime ces pratiques.
Communication et travail en réseau ont remplacé l'archaïque création de chefs d'oeuvres et le fonctionnement de la planche à billets. Produits dérivés et cotes de l'AC ont été fabriqués avec les mêmes méthodes, les mêmes réseaux et les mêmes protagonistes.
Leur effondrement simultané, libère les regardeurs de leur fascination. Le réel apparaît, la parole se libère. Les doutes refoulés refont surface. La sensibilité, l'esprit critique, le bon sens honni reprend ses droits. C'est ainsi que l'on voit un peu mieux une critique de ce système, occultée jusque là, elle a l'avantage de répondre aux questions que l'on se pose. L'Internet comble le grand vide critique des médias dominants. Les blogs commentent aujourd'hui l'actualité des marchés financiers et de l'AC, chaque article qui paraît dans les grands médias est passé par eux au crible et démystifié : "Débat art contemporain" (debat-art-contemporain.blogspot.com), "Face à l'Art" (face-art-paris.org), "D0010" (d0010.org), "MDA 2008" (mda2008.blogspot.com), "La Peau de l'Ours"  (lapeaudelours.free.fr), "Chroniques Culturelles", "Tribune de l'Art" (latribunedelart.com), "Arts contemporains dissidents" (artsdissidents.org), ... etc. font le travail de décryptage que tout le monde attend. Sous la pression de cette réalité qui apparaît malgré tout, les grands médias sont obligés d'accepter quelques propos non conformistes dans leurs colonnes.


Les théoriciens imperturbables continuent leurs discours
Pourtant, dans les colloques universitaires sur "l'art contemporain" de cet automne à Paris, on a disserté de "l'Art et l'Argent", "Ethique et Esthétique", "Essai d'art", "Art et Mécénat" (2). Les maîtres théoriciens de l'AC ignorants sans doute l'ébranlement de la "Très Grande Crise" nous ont servi la dernière collection de prêt-à-penser comme si rien ne s'était produit. 
On assista au défilé annuel des concepts ultra "créatifs" pour rendre l'AC plus "arty" et plus "glamour". On a vu apparaître un abîme entre auditoire et "créateurs de concepts". Aucun de ces derniers n'avait songé à faire un rapport entre ces sujets vus par eux comme des "concepts" et la réalité. Les questions, le moment du débat venu, pleuvaient. Qu'est-ce qui fait la valeur de l'AC ? Quels sont les critères ? Et vous, théoriciens à quoi jouez vous ? Où est la critique de ce qui se passe ? Qui a prévu ? Qui est responsable de quoi ? N'avaient-ils pas toujours professé que l'AC avait pour fonction de questionner, de déstabiliser, de rompre les stériles certitudes ? 
... Pour la première fois, après chaque question, on entendit un silence de mort : les maîtres étaient sans voix ! Le pouvoir de déclarer la réalité sans contestation possible leur a échappé soudainement. Ils ne savaient pas encore qu'ils appartiennent au siècle passé.

Toujours l'amour est neuf
 
L'art comme produit financier dérivé fut l'art officiel de la fin du siècle dernier. Il connaît aujourd'hui un krach financier. Le chaos et le désordre engendré permet au débat sur l'art, souterrain depuis trois décennies, d'apparaître. La création dans toute sa diversité redeviendra visible tôt ou tard. Comme tous les matins, l'esprit libre, entrons dans l'atelier et mettons nous à l'oeuvre qui attend son accomplissement. Les diverses idéologies totalitaires du siècle passé ont cessé de nous aliéner.
 
Paru dans "Décryptage" de Liberté politique

(1) 
AC : Acronyme de Art Contemporain, employé par Christine Sourgins dans Les Mirages de l'art contemporain (La Table ronde), qui permet de ne pas le confondre avec tout l'art d'aujourd'hui et met en relief son idéologie.
(2) "L'art et l'Argent", séminaire organisé à l'IEP par Laurence Bertrand-Dorléac le 9 octobre 2008 -
"Art et Mécénat" à l'Assemblée Nationale le 13 novembre 2008 - "L'Essai sur l'Art" à I'IEHA le 28 et 29 novembre 2008 - "Ethique et
Esthétique" à la TGB et à l'IEHA le 12 et 13 décembre 2008

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Quelques réflexions sur les combats à Gaza

Les combats qui se déroulent à Gaza depuis le 27 décembre 2008 sont un nouvel exemple du gâchis provoqué par des conceptions erronées dans les deux camps qui s'opposent. A l'origine du Hamas, il y a des apprentis sorciers israéliens, dont Sharon, qui voulaient casser le Fatah, mouvement plutôt laïque : beau résultat ! Les tirs de roquettes et d'obus de mortiers se multipliaient depuis la fin de la trêve décidée par le Hamas, qui pensait pouvoir bénéficier de l'impunité en période électorale israélienne et avant la prise de fonction de Barak Obama : le Hamas connaît aussi mal les Israéliens que les Américains, et il a provoqué l'intervention armée israélienne au pire moment, car la population gazaoui est lasse.
Les Israéliens ont refusé de traiter en temps utile, arguant du caractère terroriste du Hamas. Mais les résistants français furent eux aussi qualifiés de terroristes de 1940 à 1944. Et la lourde occupation israélienne, la transformation de Gaza en prison ou camp de concentration, comme on voudra, ne pouvait que favoriser l'émergence d'un mouvement de résistance.

Les combats ont donné lieu au délire médiatique habituel : génocide, crimes de guerre, réaction disproportionnée, … etc.
Or il est clair que les troupes israéliennes ont avancé à pas comptés, avec le souci de ne prendre aucun risque pour les militaires de Tsahal et d'éviter un bain de sang pour les civils vivant dans cette zone densément peuplée. Leur objectif est de détruire les dépôts d'armes et de munitions, les abris de la branche armée du Hamas, et les tunnels par où s'effectuent toutes sortes de trafics. Il leur faut surtout éviter de créer à Gaza une situation de chaos analogue à celle que l'on observe en Somalie.
Rappelons que le bombardement d'Avignon par les Alliés, fit en quelques minutes, le 27 mai 1944 au matin, 450 morts, 1200 blessés, essentiellement des civils, et que 500 maisons furent détruites. La population de la ville ne dépassait pas alors 60 000 habitants. Gaza, une bande de terre d'environ 50 kilomètres sur 10, comporte environ 1 400 000 habitants. En trois semaines de combats, il y a eu approximativement 1 000 morts et 5 000 blessés, avec une majorité de civils, parmi les habitants de Gaza. C'est important, c'est grave, cela ne résoudra aucun problème, mais on est loin des bilans provoqués par les bombardements alliés en 1944…
Il y a d'abord une bataille médiatique : la branche armée du Hamas installe systématiquement ses mortiers, ses lance-roquettes près des écoles, des mosquées, des hôpitaux, des bâtiments de l'ONU, tire quelques coups, se replie, et espère une réplique israélienne avec "dommages collatéraux" qui provoquera le tollé de la presse. Cela dit, Israël a trop souvent pris l'ONU pour cible (depuis les assassinats du comte Bernadotte et du Colonel Sérot, un Français, en 1947) pour que sa bonne foi ne soit pas mise en doute. Car il y a une recherche de boucs émissaires en Israël : lors d'un de mes voyages au Proche-Orient, un Israélien d'origine française me déclara : "Tout cela (l'Intifada) est la faute de l'ONU et de la presse occidentale".


Il est évident que la solution du problème n'est pas simple, tant les haines sont fortes. Israël est rarement parvenu à s'entendre avec ses voisins depuis cinq millénaires. Et le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël ne permet pas de parvenir à une solution raisonnable : le retour d'Israël aux frontières de 1967, avec quelques aménagements à négocier. La fin de la colonisation en Cisjordanie. L'acceptation d'un Etat palestinien, même s'il n'est pas dirigé par des féaux d'Israël… On peut toujours rêver ! 

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Gaza : la trahison des clercs

(...) (site endommagé en 2013)
Bien plus que le spectacle tragique des enfants déchiquetés et des familles décimées, c'est le mutisme, en France, des archanges de la liberté et des droits de l'homme qui est incompréhensible et insupportable. On les a vus se mobiliser pour les Tchétchènes ou pour les Bosniaques - ce qui est bien louable -, mais pourquoi se taisent-ils sur le massacre quotidien de populations civiles palestiniennes ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas, avec la même ardeur humaniste et la même prise de conscience, les actes criminels de l'armée israélienne à Gaza ?
Les centaines morts, pour la plupart des civils, et les milliers de blessés sont-ils des êtres inférieurs ou n'appartiennent-ils pas à cette humanité si chère aux universalistes, pour que la campagne de punition collective dont ils sont victimes aujourd'hui soit traitée avec autant d'indifférence ? Et, plus graves que l'omerta, les propos scandaleux de certains pharisiens qui établissent une responsabilité symétrique des coupables et des victimes, de ceux qui tuent et de ceux qui décèdent par centaines.

Celui qui pose ces questions n'est pas un prosélyte des causes intégristes, ni un zélote de l'activisme terroriste, ni un ignoble consommateur du poison antisémite.
Contre ces trois nécroses mortelles qui rongent certains de mes coreligionnaires et qui sont si contraires à l'islam, je me suis battu en prenant des risques. Chaque fois que les circonstances l'ont exigé, je n'ai pas hésité à blâmer les miens, au nom de ce que je prenais pour des valeurs universelles, au nom d'une coexistence pacifique entre Israéliens et Palestiniens, au nom d'une fraternisation entre juifs et musulmans.
J'ai dénoncé l'imposture démocratique qui a hissé le Hamas à la tête de Gaza. Je craignais pour le déjà agonisant processus de paix, je redoutais le choc des civilisations, j'appréhendais le totalitarisme théocratique que devaient subir les habitants de Gaza en les isolant du reste du monde.

Le Hamas n'a pas eu le temps de transformer Gaza en enfer. Israël et l'Egypte, avec la complicité active des Etats-Unis, ont précipité ce funeste destin. Durant deux longues années, comme les Irakiens avant la chute de Saddam Hussein, 1,5 million de Palestiniens ont été mis en quarantaine. Gaza est devenue une "prison à ciel ouvert", reconnaissait Stéphane Hessel. 
Aucune chance n'a été donnée aux dirigeants du Hamas de négocier avec l' "ennemi" qui les avait jadis et naguère soutenus contre le Fatah, à l'instar de l'administration américaine dans son appui à Ben Laden contre l'URSS ! A l'époque, les stratèges d'Israël et les "terroristes" du Hamas s'entendaient si bien pour isoler Yasser Arafat, l'humilier et le dépouiller de tous les attributs du pouvoir ! Les attentats-suicides du Hamas avaient payé. Israël a ainsi renforcé la légitimité martyrologique du Hamas en brisant la légitimité historique d'Arafat, double fiasco qui a conduit à l'apothéose électorale de l'organisation islamiste. Et Israël a continué avec l'héritier sans héritage qu'est devenu Mahmoud Abbas.

L'unique compromis qu'Israël, sous l'insistance de l'Egypte, a fini par concéder, c'est la signature d'une trêve de six mois avec le Hamas, en contrepartie d'une levée bien contrôlée du blocus. Même à dose homéopathique, l'étau de ce blocus n'a jamais été desserré. Beaucoup moins pour alléger le calvaire des Gazaouis que pour entretenir leur image de protecteurs de la veuve et de l'orphelin et de résistants inflexibles à "l'entité sioniste", les maximalistes du Hamas ont fini par commettre l'irréparable : la rupture de la trêve le 18 décembre.
Est-ce une raison suffisante pour Israël de se lancer dans cette impitoyable guerre punitive à l'encontre de toute une population prise en otage par ses propres dirigeants ? On sait ce que vaut la vie d'un homme ou d'un enfant dans l'idéologie sacrificielle du Hamas. Mais comment les dirigeants israéliens peuvent-ils considérer la vie de ces enfants avec le même dédain ?


Selon Montesquieu, "le droit des gens est naturellement fondé sur ce principe que les diverses nations doivent se faire, dans la paix, le plus de bien, et, dans la guerre, le moins de mal qu'il est possible". En temps de paix, Israël a imposé à la population de Gaza un blocus cruel et inhumain ; en temps de guerre, la puissante armée de ce pays n'hésite pas à tuer cinquante civils pour atteindre un combattant du Hamas. Autrement dit, éliminer les combattants du Hamas pour ce qu'ils font, et tuer les habitants de Gaza pour ce qu'ils sont. Est-ce cela, l'équité et la moralité ?
N'en déplaise à André Glucksmann, il y a bien eu disproportion entre l'erreur commise et le châtiment infligé. Aligner une armada militaire des plus sophistiquées et massacrer en douze jours plus de sept cents Palestiniens parce que le Hamas a lancé quelques roquettes bricolées qui ont fait quatre blessés et quelques dégâts matériels, cela s'appelle bien disproportion et démesure. L'hybris (démesure) est fille de Némésis (vengeance), et "la démesure, en mûrissant, produit le fruit de l'erreur et la moisson qui en lève n'est faite que de larmes", écrivait Eschyle.
Rien ne peut justifier un tel déchaînement qui ne laisse derrière lui que ruines, désolation, haine et candidats aux suicides. Ni les raisons bassement électoralistes en Israël ni les manoeuvres vaguement tactiques pour tester la discontinuité éventuelle ou la continuité probable de la future administration américaine dans sa gestion du conflit israélo-palestinien. Quant à la légende du petit David contre le méchant Goliath, elle est désuète et anachronique. Car même si plusieurs innocents civils ont été atteints par les abominable attentats-suicides, il y a bien longtemps que la sécurité d'Israël n'est plus menacée. Et pour cause, en termes de puissance militaire et de dissuasion nucléaire, Israël peut rayer de la carte qui il veut et quand il veut.


Ce n'est pas aimer Israël que de lui "souffleter l'imprudent patriotisme", comme disait Zola. Aimer Israël, c'est, à l'instar d'Hannah Arendt hier, de Tzvetan Todorov, de Gideon Levy et de tant d'intellectuels israéliens aujourd'hui, lui "dire la vérité, même si ça coûte. Surtout si ça coûte", comme disait Hubert Beuve-Méry, fondateur et directeur du Monde.
Aimer cet Etat né après l'innommable Holocauste, c'est le mettre en garde de l'ivresse de la puissance et de l'impunité. "Israël a toujours gagné les guerres et perdu les paix", disait l'illustre Raymond Aron. Il ne s'est pas trompé : avec celui qui lui a assuré tant de guerres, Itzhak Rabin, Israël a failli gagner la paix. On l'a assassiné et avec sa disparition, l'espoir d'une paix durable s'est évaporé. Mais tôt ou tard, lorsque les armes vont se taire et que cessera de couler le sang des Palestiniens, avec ou contre la volonté de Dieu, le destin du peuple hébreu croisera à nouveau la volonté d'un prophète.
Paru dans Le Monde, 13 janvier 2009

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Défendre la loi naturelle
 

 l'Église est plus que jamais le seul point de repère qui reste. "Experte en humanité", ainsi que le disait le pape Paul VI, elle rend un insigne service à l'humanité en proposant aux hommes de bonne volonté, quelles que soient leur culture ou leur religion, une réflexion cohérente sur l'homme, sa place dans la Cité, son lien avec la morale.

Et elle le fait non pas pour brider sa liberté, contrairement à ce que clament les imbéciles, mais pour l'orienter vers le seul vrai bonheur possible ici-bas et lui éviter les cruelles désillusions qu'inévitablement son prométhéisme lui promet.
Ainsi en bioéthique, alors que nous nous orientons toujours plus vers une "chosification" monstrueuse de l'être humain, l'Église nous offre-t-elle une instruction admirable, Dignitas personae, qui, s'appuyant sur la dignité de la personne humaine créée à l'image de Dieu, montre les limites légitimes du pouvoir de l'homme.
Il en est de même pour "combattre la pauvreté" et "construire la paix", thème du message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la paix le 1er janvier 2009. Il s'articule autour du constat préoccupant de l' "accroissement de l'écart entre riches et pauvres". Face à cette situation choquante, le pape appelle à la solidarité et dénonce le mythe de la mondialisation facteur automatique de croissance (mythe qui a l'avantage d'éviter de se poser trop de questions) : "Seule l'inconscience peut conduire à construire une maison dorée avec tout autour le désert et la désolation. La mondialisation, à elle seule, est incapable de construire la paix et, dans bien des cas, au contraire, elle crée des divisions et des conflits". Pour maîtriser la mondialisation et construire la paix, il faut, explique le pape, avoir pour "objectif les intérêts de la grande famille humaine". Pour cela, "un "code éthique commun" est nécessaire dont les normes n'auraient pas seulement un caractère conventionnel mais seraient enracinées dans la loi naturelle inscrite par le Créateur dans la conscience de tout être humain. 

Ce thème de la loi naturelle est cher à Benoît XVI qui y revient souvent. Le concept de loi naturelle - avec la notion de nature humaine qui l'accompagne - est rejeté par les systèmes philosophiques dominants qui sont totalement influencés par le nominalisme ou l'idéalisme. Ce faisant, ce concept n'est pris en compte par aucun système politique actuel et est devenu incompréhensible pour une majorité de nos concitoyens. Au nom de cela, certains, y compris parmi les catholiques, estiment qu'il est illusoire de se battre pour le défendre. Mais une telle capitulation relève ni plus ni moins du relativisme. Le problème n'est pas de savoir si ce concept de loi naturelle est aujourd'hui compris et accepté, mais de savoir s'il est vrai ou s'il est faux ! S'il est juste, il faut le défendre contre vents et marée comme Benoît XVI nous en donne l'exemple, expliquer en quoi il l'est et pourquoi il est même indispensable pour le fonctionnement d'une saine démocratie pluraliste.
Le fait d'abandonner ce concept au prétexte qu'il est devenu inaudible pour l'immense majorité relève d'un raisonnement identique à ceux qui affirment que l'on ne peut rien contre l'avortement parce qu'une majorité y est favorable. Le combat à mener dans nos démocraties n'est-il pas d'abord un combat d'idées et donc aussi un combat de mots ? Ce n'est pas en acceptant la défaite sur les concepts fondamentaux qui sont à la base même d'une saine société que l'on pourra espérer la redresser par des moyens contournés en se réfugiant dans "une maison dorée", pour reprendre l'expression du pape, protégée et qui seule conserverait le vrai savoir - une gnose ? -, laissant le reste du monde se pervertir et décliner toujours plus.
Benoît XVI a tenu le 5 décembre devant la Commission théologique internationale (CTI) - à laquelle il a demandé une étude sur la loi naturelle qui devrait être bientôt publiée - des propos très forts en rappelant "la nécessité et l'urgence, dans le contexte actuel, de créer dans la culture et dans la société civile et politique, les conditions indispensables pour une pleine conscience de la valeur inaliénable de la loi morale naturelle. […] Grâce également à l'étude que vous avez entreprise sur ce sujet fondamental, on comprendra clairement que la loi naturelle constitue la véritable garantie offerte à chacun pour vivre libre et respecté dans sa dignité de personne, et pour vivre à l'abri de toute manipulation idéologique et de tous les abus perpétrés sur la base de la loi du plus fort. […] Dans un monde formé par les sciences naturelles, le concept métaphysique de la loi naturelle est presque absent, incompréhensible. […] Étant donné son importance fondamentale pour nos sociétés, pour la vie humaine, il est d'autant plus nécessaire que ce concept soit de nouveau proposé et rendu compréhensible dans le contexte de notre pensée : c'est-à-dire le fait que l'être lui-même porte en soi un message moral et une indication pour les chemins du droit".

Sans commentaire.
Edito de La Nef n°200 de janvier 2009 - www.lanef.net

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Le massacre de Bombay

(...) (site endommagé en 2013)
à la suite des attentats islamistes de Bombay et le monde entier s'enflamme.
Mais le massacre de plusieurs milliers de chrétiens dans l'Inde du Nord-Ouest n'a guère ému les médias. Pourtant les uns comme les autres sont victimes de l'intolérance qui est aussi grande chez certains Hindous que chez les islamistes. Dans un cas comme dans l'autre, les mêmes causes - la misère, le sous-développement des masses paysannes en Inde - entraînent les mêmes effets. Sous l'influence de Gandhi, et du musulman Ali Jinnah, l'Empire britannique des Indes fut partagé le 15 août 1947 et de nouveaux États furent créés : la Birmanie, Ceylan et le Pakistan, ce dernier rassemblant les régions où les musulmans étaient majoritaires. Le partage ne se fit pas sans difficultés, entraînant échanges de populations, conflits et massacres. Dès lors apparaissent des conflits interreligieux provoquant d'autres massacres. Les musulmans et les chrétiens en sont régulièrement victimes.
Longtemps les uns et les autres subissent en silence ces avanies souvent dramatiques, mais, depuis 2001, les musulmans se rebiffent et reçoivent le soutien des milieux islamistes du Pakistan.  À la suite des massacres perpétrés contre les musulmans, est née une organisation secrète, les Moudjahidin indiens (MI) qui ont à leur actif bon nombre d'attentats. L'opération de Bombay a été trop bien montée pour que l'on puisse en accuser le MI. Les terroristes venaient du Pakistan : étaient-ce des éléments des services spéciaux pakistanais, que l'on sait plus ou moins infiltrés par Al Qaïda, un groupe proche de ce mouvement ou un groupe autonome hostile au rapprochement en cours entre l'Inde et le Pakistan ?
Pour nombre d'observateurs, l'opération aurait été organisée par un mouvement pakistanais wahabiste lié à Oussama ben Laden, le groupe djihadiste Lashkar e Taïba. Il s'agit de gêner la politique américaine dans la région, qui vise à réconcilier les deux grands États de l'Asie du Sud-Est. Or la tâche est rude. Les populations sont dans leur grande majorité hostiles à l'intégrisme musulman, mais elles le subissent en le soutenant intérieurement car le djihadisme rend sa dignité au peuple musulman humilié depuis plus de soixante-dix ans par les Occidentaux et les Indiens. Elles sont unanimes dans leur hostilité à la politique américaine qui interdit, pour le moment, le contrôle de l'Afghanistan. Les Pakistanais souhaitent empêcher l'arrivée au pouvoir des Talibans, dont les bases se situent au moins autant dans les provinces tribales quasi indépendantes du Pakistan qu'en Afghanistan.
En 2004, ces mouvements ont été interdits et obligé d'arrêter leurs actions par les services spéciaux du Pakistan. Certains d'entre eux se sont regroupés dans le Sud-Est du Pakistan, voulant amener l'armée pakistanaise à se retirer de la frontière afghane où elle lutte - au moins en apparence - contre les Talibans, pour se porter sur la frontière indienne.

Ces mouvements pakistanais proches des Talibans contribuent aussi à la politique de la terreur que subissent les populations urbaines. Si l'on en croit le journaliste Ahmed Rashid, spécialiste des Talibans, s'exprimant dans Le Nouvel Observateur, on peut s'attendre "dans les mois à venir… à un bain de sang, une attaque massive d'Al Qaïda en Afghanistan et au Pakistan", afin de démoraliser les forces de l'OTAN prêtes à envoyer des renforts. Ils "sont prêts à tout pour conserver les provinces tribales et le sud de l'Afghanistan", quitte à ouvrir de nouveaux fronts pour "distraire l'ennemi". Bombay ne serait que la première manche de cette stratégie de diversion.
Al Qaïda n'aura guère de difficultés à recruter des volontaires pour lutter contre les Hindouistes et l'Inde. Le Pakistan est jaloux de l'Inde qui a réussi son décollage économique. Il ne faut pas négliger non plus l'impérialisme pakistanais : la sécession du Bangladesh a été un coup dur pour l'orgueil national ; et il y a un territoire qui fait envie au Pakistan, c'est l'Afghanistan : ici le Pakistan se considère comme l'héritier direct de l'Empire britannique des Indes.
Or l'intérêt pakistanais pour l'Afghanistan ne laisse pas Pékin indifférent. Ces dernières années, Chine et Pakistan ont décidé de construire un port moderne à Gwadar, au Balouchistan occidental, à proximité de la frontière iranienne. Ce port sera en fait une base chinoise, à la porte du Golfe persique et l'on a envisagé de construire un oléoduc qui éviterait l'utilisation du détroit de Malacca entre Indonésie et Malaisie. Sur cette route du pétrole, la base chinoise est un élément essentiel pour faire face aux forces navales américaines disposées dans la région. Mais cela suppose un retour à la stabilité dans la région, ce qui paraît bien aléatoire pour le moment. Or la Chine, qui s'est rapprochée de l'Inde, ne semble pas vouloir intervenir actuellement, même si elle se méfie elle aussi de l'islamisme.

On le voit, l'affaire de Bombay nous amène à réfléchir sur la stratégie d'Al Qaïda qui semble s'étendre à des zones qui paraissaient à peu près tranquilles.
Paru dans La Nef  n°200 de janvier 2009 - www.lanef.net 

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