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(...) (site endommagé en 2013)
une publicité sous le slogan quasi-théologique : "Tout peut être sauvé". Tant pis pour cette publicité vraiment involontaire, je vous en donne lecture, sans y ajouter un mot : "Time Machine est l'outil de sauvegarde automatique révolutionnaire intégré à Mac OS X. Il conserve une copie à jour de tout ce qui figure sur votre Mac : photos numériques, musiques, films et documents. Du coup, si vous en éprouvez le besoin un jour, vous pouvez facilement remonter le temps pour récupérer n'importe quelles données. Tout peut être sauvé. Time Machine se souvient de la façon dont se présentait votre système un jour donné. Vous pouvez donc revisiter votre Mac tel qu'il apparaissait dans le passé. Vous pouvez ainsi remonter le temps. Entrez dans le navigateur Time Machine à la recherche de vos fichiers perdus depuis longtemps et vous verrez exactement à quoi ressemblait votre ordinateur à une date donnée".
Ce qui me frappe, je l'ai dit, c'est le côté religieux du message véhiculé par cette publicité. On le voit, le salut par la Croix ou par le Messie a désormais de sérieux challengers ! A quoi bon attendre un sauveur quand nous avons désormais des logiciels qui peuvent tout sauver ! Mais il ne faut pas prendre cette question seulement à la rigolade. Le réseau électronique et informatique qui se mondialise est en train de se doter d'une capacité globale de mise en mémoire qu'il faut estimer sans commune mesure, à l'échelle cosmique, avec ce qui a jamais eu lieu. Et l'intelligence inhumaine (je veux dire sans mesure humaine) que ce réseau développe voudrait tout manager. Or il me semble que cette intelligence globale, qui voudrait ne rien laisser perdre et qui se dote peu à peu des moyens de tout sauver, a quelque chose de plus terrifiant que les idoles de jadis. C'est bien sûr que rien n'échappe à son filet, à son pouvoir infini de computation et de vérification.
Mais c'est finalement du sens même du salut qu'il est question. Car si tout peut être sauvé, que devient cela même qui est ainsi sauvé, et qui n'a pas été choisi, puisque tout est sauvé comme dans une poubelle où tout serait conservé pêle-mêle. Est-ce cela le salut ? Est-ce là le Salut universel que nous souhaitions ? Encore une fois, comme des apprentis-sorciers, nous voyons notre voeu, réalisé à la lettre, devenir un sortilège, une malédiction. L'enfer, c'est justement que tout puisse être sauvé, et c'est ce que Nietzsche le premier sans doute avait vu. Pour vivre, il faut au contraire choisir, sélectionner, ne pas se laisser envahir par tout, et surtout par tout ce qui ne voudrait pas être sauvé, ne voudrait pas être conservé ni revenir interminablement. Même la nature ne cesse de gaspiller, de perdre, de prodiguer pour rien.
Certes il ne s'agit pas de faire un éloge inconsidéré de l'élimination. Une société où l'on ne conserverait rien, où l'on jetterait toute chose aussitôt consommée, serait à la fois une société sans mémoire, sans durée, une société futile. Ce serait d'ailleurs une société encerclée par la pollution de ses propres poubelles, comme cette cité décrite dans Les villes invisibles d'Italo Calvino, menacée par l'éboulement de ses propres détritus. Mais nous avons trop longtemps pensé le salut comme un immense grenier, depuis l'histoire de Joseph en Egypte c'est bien l'image que nous en avons. Nous avons pensé le salut comme une mémoire intégrale, une mémoire telle que chaque existence, chaque cheveu même, fasse une différence dans la mémoire de Dieu. Nous avons pensé le salut comme don surabondant, comme plénitude.

Qui veut gagner sa vie la perdra, disait Jésus. Et qui perd sa vie à cause de moi la sauvera, ajoutait-il. Mais celui qui n'accepte la perte que pour sauver et gagner encore davantage au bout du compte, n'est-il pas dans un calcul infernal ? Et si le véritable salut, comme disait Calvin, était l'insouci même du salut ? Et si le Royaume de Dieu était la possibilité de se perdre tranquillement, dans un monde où tout veut sans cesse être sauvé ? Et si le véritable salut était simplement la perte, ou du moins la déperdition ?
Paru dans La Croix , mai 2009

Publié dans Au delà
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Il faut avoir habité une ville, fût-elle de dimension modeste, pour apprécier la douceur de vivre dans un village de la campagne française. Surtout aux approches de l'automne, quand les estivants sont rentrés à l'école. Les grillons chantent encore dans les prés jaunis, le bleu du ciel a des pâleurs d'une suavité inouïe. Les feuilles commencent à tomber, les fougères à roussir, c'est le temps des girolles, des noisettes et des mûres, un temps qui coule avec lenteur autour d'un clocher plusieurs fois centenaire. Ici, le bonheur semble aller de soi. Pas de délinquance, ni de vraie misère ; juste la ritournelle des aubes givrées, des crépuscules langoureux et des nuits étoilées qui semblent des prémices d'éternité.
Du coup, les tracas évoqués dans la presse que j'effeuille sont entachés d'irréalité. Pour un peu, j'oublierais que je vis à l'intérieur d'une parenthèse, dans un sursis de ruralité. La France contemporaine ne ressemble pas à ce village qui somnole sur ses arpents de verdure. Les bonheurs que j'y glane, j'ai un peu le sentiment de les filouter. Car enfin, un ami enseignant dans le '93' me décrit au téléphone une manière d'apocalypse : la France a de gros problèmes avec nos compatriotes de souche non européenne, dans les trop fameuses 'cité'. Un autre ami, haut fonctionnaire spécialisé dans le social, me raconte le calvaire des pensionnaires de certaines maisons de retraite, ainsi que le coût faramineux du vieillissement de notre population : autre problème, au moins aussi crucial que l'écologie. Un troi­sième ami, inspecteur des finances, me démontre, chiffres à l'appui, l'impasse où la France accule notre progéniture, avec la dette publique et les gabegies tous azimuts. À terme, c'est la faillite. Un quatrième, industriel de son état, me confirme, pour sa part, que notre appareil productif perd chaque jour en compétitivité vis-à-vis des pays dits émergents. À terme, c'est la décadence.
Ici, je ne m'aperçois de rien, on vit dans la fiction d'une permanence invincible. Atlan­tide larguée par l'Histoire, mon beau village me dore la pi­lule, mais je sais bien, hélas, que la réalité n'a pas ses dou­ceurs paradisiaques.

Paru dans Valeurs actuelles, 9 septembre 2009

Publié dans En France
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Monsieur le Premier ministre,
Je me présente, Henri Tisot, comédien et ex-imitateur du général de Gaulle dans la mémoire des Français.
C'est avec une joie non dissimulée que j'ai entendu au cours d'un journal de France-Inter, qu'à la conférence des ambassadeurs du 27 août dernier, vous avez avec courage fait état de la dette qui nous incombe par rapport à l'Union européenne. On nous verse 14 milliards et il nous en coûte 19. Vous seul avez osé le dire ! Lors de mes dîners en ville, je remettrai les Français à leur juste place lorsqu'ils se gobergeront du fait que l'Union européenne est bénéfique à la France.
J'ai pris l'habitude de dire sous forme de boutade que je suis certes entré dans la peau du général de Gaulle, mais lui a fini par avoir la mienne. Du coup, il m'a communiqué son amour invétéré pour notre pays. Lorsque je me réfère à ses déclarations sur l'Europe, je constate que celle que l'on nous impose n'a plus rien à voir avec celle qu'il envisageait : "Si elle n'est pas l'Europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques plus ou moins intégrés, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir qui se dissoudra comme du sucre dans le café. C'est en réalité l'Europe des Américains, l'Europe des multinationales."
Je ne vous l'apprendrais pas, Monsieur le Premier ministre, mais je puis vous assurer que les 60% des Français, dont je suis, et qui se sont abstenus (avec regret et pour la toute première fois pour la plupart) lors des Européennes, ont une - dégoûtation - marquée pour cette Union européenne qui dicte ses ordres à la France. Quel Français nous sortira de ce piège ? C'est impossible dit-on. Me revient en mémoire cette réplique de Winston Churchill à qui on demandait comment avait-il fait pour tenir tête aux nazis durant la guerre: "Nous l'avons fait parce que c'était impossible ! "
Pardon Monsieur le Premier ministre d'avoir pris quelques minutes de votre précieux temps pour me lire, mais je suis heureux de me situer selon mes convictions que je partage avec nombre d'amis. J'ai le fervent espoir qu'un jour viendra où elles ne seront plus utopiques.
Je vous prie de trouver ici l'expression de ma profonde admiration pour votre dure, rude tâche à Matignon et prie pour que le courage continue à vous être octroyé sans restriction.
Votre Henri Tisot.

Publié dans Avec l'Europe
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Un militant congolais fait du battage pour que l'album d'Hergé Tintin au Congo soit mis à l'index. Relayé par certaines associations, il semble avoir obtenu le retrait du titre de quelques bibliothèques, aux États-Unis et en Angleterre. Le motif de cet activisme intempestif, c'est évidemment l'imputation de "racisme". Cet album, paru au début des années trente, peint un Africain d'imagerie, en forçant sur le paternalisme.
Hergé était belge, comme le Congo en ce temps-là ; il n'a pas exalté le colonialisme, ce qui du reste eût été son droit, mais on retrouve évidemment dans les dessins et le scénario les clichés de ce "rire Banania" dénoncé à juste titre par Senghor. À la même époque, Simenon, compatriote d'Hergé, très hostile au colonialisme, n'en silhouetta pas moins dans plusieurs romans un Africain caricatural - en gros, un grand enfant émotif et passif. Doit-on interdire ces romans à la vente ? Dans ce cas, les inquisiteurs devraient inclure dans leur démonologie les romans du même Simenon où les homosexuels n'ont pas le beau rôle, ceux où les personnages juifs ne sont pas particulièrement reluisants, sans oublier ceux où les stéréotypes féminins relèvent d'un machisme assez brut de décoffrage.
Rien de plus absurde, pour aborder une oeuvre, peinte ou écrite, que l'anachronisme moralisant. Si on y traque le "racisme", le "sexisme" ou l'"homophobie", peu d'écrivains ou de théologiens seront épargnés, il va falloir ordonner force autodafés.
De saint Augustin à Chateaubriand en passant par les chansons de geste, Shakespeare, Cervantès et Voltaire, toute la littérature occidentale est politiquement incorrecte. Il faut situer les oeuvres dans leur contexte, n'en diaboliser aucune et se méfier de ce moderne puritanisme qui, sous motif d'expurger le Mal, vise à concasser la mé­moire pour nous servir le brouet insipide et amorphe d'un éternel présent. J'ai lu Tintin au Congo quand j'étais gosse, sans avoir besoin d'un directeur de conscience pour comprendre que le boy de Tintin était un personnage de fantaisie, irréel à l'instar des Incas, Arabes, Hindous, Chinois, Yankees, Japonais ou Latinos présents dans ses autres albums. J'espère que les enfants de 7 à 77 ans continueront de lire et d'aimer Tintin car il y a une morale implicite dans l'oeuvre d'Hergé : la défense chevaleresque des opprimés ­contre toutes les formes de persécutions.

Paru dans Valeurs actuelles, 9 septembre 2009

Publié dans A tout un chacun
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Le numéro de juillet de la revue Esprit est consacré à la figure du pirate. Au-delà de l'analogie des termes, piraterie-piratage, qui laisse voir les hackers comme des pirates contemporains, l'occasion est donnée d'une analyse assez subtile des sociétés dans lesquelles nous vivons: "sociétés liquides", selon Zygmunt Bauman, auteur trop peu connu en France, dont ces articles s'inspirent abondamment.
Hegel avait montré toute la différence symbolique entre les deux mondes de la terre et de la mer, le premier structuré par les frontières, la mémoire et les lois, le second lisse, sans empreintes et hors la loi. C'est dans cet esprit que Carl Schmitt avait plus tard écrit son ouvrage le Nomos de la terre. Le pirate agit sur la mer, que n'habite nul gendarme.
Les sociétés présentes finissent par ressembler davantage à la mer qu'à la terre. L'incapacité des souverainetés étatiques à tout surveiller, la mondialisation qui permet d'échapper à la multiplicité des lois, l'ubiquité des acteurs franchissant les espaces au moins sur la Toile, une série de facteurs concordants nous livrent un monde fluide et opaque, dans lequel tout devient à la fois possible et dangereux. On pense aussitôt au terroriste international, guerrier sans patrie ni État qui frappe par surprise et impunément.
Mais plus important encore, ce monde est celui du pirate, qu'il s'agisse du financier abrité dans son paradis fiscal, ou du hacker volant sans crainte les propriétés intellectuelles. Comme le terroriste, mais version soft, bouffonne et sympathique, le pirate n'a pas d'ennemi propre ni de victime désignée : il menace tout le monde, sans nationalité, comme le terroriste. Ce comportement est en passe de se respectabiliser : il existe un parti pirate qui a porté un député à Strasbourg.
La substitution des réseaux aux corps sociaux engendre des sociétés où règnent le parasite et le pirate, parce que nul n'y est plus enfermé dans des communautés, mais chacun bénéficie à chaque instant du "droit de partir", sans plus devoir honorer des promesses ou des responsabilités qui appartiennent au temps long. Les auteurs montrent tout ce que ces nouvelles libertés doivent au protestantisme et remontent à l'histoire politique (la révolution anglaise) et à l'histoire littéraire (par exemple les oeuvres de Milton ou de Defoe). Une question affleure: quelle éthique pour ce monde sans lois ?
Bien sûr, on peut rappeler, et c'est historiquement exact, que les pirates des siècles précédents réinstauraient des règles au sein de leurs microsociétés, parfois selon un idéal d'égalité et de solidarité qui n'avait plus cours dans les sociétés d'où ils sortaient. Et de même,les pirates d'aujourd'hui (notamment dans le domaine de l'informatique) visent parfois un idéal de solidarité et de justice dont ils estiment que nos sociétés ont perdu le sens. On peut se rappeler ce que répondit un pirate à Alexandre qui venait de le capturer et lui reprochait d'écumer la mer : "Toi, tu écumes bien la terre! et pour cela personne ne te punit… ". Nos pirates arguent de la même façon qu'ils ne volent pas davantage que certains capitalistes ou bandits institutionnels. Ainsi, on peut croire que cette évolution, qui signe un déclin du politique et des souverainetés, marque aussi un refus d'institutions perverties. Faut-il pour autant penser une "éthique de la prise" comme le dit Olivier Abel ? Sans qu'elle devienne cet oxymore que serait une éthique du vol… Faut-il croire,comme Antoine Garapon, qu'à la piraterie mondiale doit répondre la compétence universelle, c'est-à-dire une loi pénale internationalement applicable à tous par n'importe quel État ? Ces questions ont au moins le mérite d'être posées.
Il ne s'agit pas de pleurer le passé des territoires structurés sur lesquels on savait où est le délit et comment attraper le voyou. Mais nous aurons à décrire les inquiétudes qui planent après cet état des lieux. Cet individu désaffilié, sans patrie ni appartenance qu'une morale de justicier sui generis, qui n'obéit à personne mais se glisse dans les interstices des autorités vacantes pour à la fois donner des leçons et accomplir ce travail de prédateur, sommes-nous contraints de le trouver si sympathique ? Délivré de responsabilité concrète parce qu'il surfe sur les réseaux multiples et reste inattrapable, n'est-il pas réduit au stade infantile ? Peut-on être un éternel mutin, ou bien la mutinerie ne s'inscrit-elle pas plutôt dans un processus, souvent naturel, de délivrance de l'autorité, qui laisse augurer de nouvelles responsabilités ? Ce retour à la société de la chasse et de la cueillette n'apparaît-il pas comme une régression ? Quels liens tisseront ces sociétés du butinage, de la prise et de la cachette, où l'honneur consiste à chaparder sans se faire voir, tout en chapitrant le monde entier? En somme, en quoi le pirate fait-il société ?
Paru dans Valeurs actuelles, 3 septembre 2009

Publié dans De par le monde
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"L'amour dans la vérité" : petite phrase qui a l'air de rien et qui, si l'on y réfléchit, résume au plus profond l'encyclique de Benoît XVI qui porte ce beau titre, Caritas in veritate. Car c'est bien d'amour dont notre monde a besoin, mais un amour ancré dans la vérité concrète des choses, contre tous les relativismes actuels une fois de plus épinglés par le pape. Ce texte est fondamentalement un message d'espérance contre toutes les peurs qui nous gouvernent, principalement la peur des hommes et de leur trop grand nombre, la peur de manquer ! Dieu, créateur de la terre, a donné aux hommes la mission et aussi les moyens de maîtriser le monde qui nous a été donné : personne n'est de trop et chacun y a sa place. Il n'y a aucune fatalité ou loi inexorable qui empêcherait de nourrir et faire cohabiter pacifiquement la population du globe ; l'homme, aidé par Dieu, peut transformer ce monde en faisant progresser l'amour et la justice. "Cette espérance, écrit le cardinal André Vingt-Trois, se fonde sur une conviction : dans l'univers, l'être humain a une dimension particulière qui lui permet de n'être pas soumis à la domination mécanique des phénomènes, qu'ils soient naturels ou économiques et sociaux. Il assume cette dimension particulière dans la mesure où il reconnaît qu'il se reçoit dans une relation à un plus grand que lui, un Absolu, plus grand que chacune de nos existences" (1).
On est là au coeur de la dimension théologique de la doctrine sociale de l'Église que beaucoup omettent souvent. En effet, combien de fois n'a-t-on pas entendu demander, d'un air ironique, si cette doctrine sociale était une "troisième voie" entre libéralisme et socialisme ? Bien évidemment, elle ne l'est pas, tout simplement parce qu'elle ne se place pas au même niveau. Socialisme et libéralisme sont des systèmes politiques qui relèvent plus ou moins de l'idéologie en ce sens que l'expérience concrète ne leur sert guère de leçon. La doctrine sociale de l'Église s'appuie sur le réel, elle est donc accessible par n'importe quel non-croyant doué de raison, mais aussi sur la Révélation. Autrement dit, cette doctrine sociale est incompréhensible si on la déconnecte de l'anthropologie chrétienne qui en est la base : l'homme étudié dans son cadre économique et social, n'est pas un individu isolé, c'est un être également spirituel, enraciné dans une culture et une patrie, une personne à la dignité inaliénable car créée à l'image de Dieu.
L'imposture est donc soit de tirer d'un côté la doctrine sociale de l'Église, du côté du libéralisme ou du socialisme selon les uns ou les autres  - ainsi, Paul VI aurait plutôt penché du côté socialiste et Jean-Paul II du côté libéral ! - , soit de faire croire qu'il ne peut exister d'lternative entre le libéralisme et le socialisme, et qu'en conséquence, la doctrine sociale de l'Église, qui rejette en réalité très clairement l'un et l'autre dans leurs acceptions idéologiques, est une utopie qui ne pourra jamais voir le jour.

Cette imposture s'appuie sur une confusion : faire croire que le principe du marché tel que l'admet l'Église, système qui est celui de la liberté d'initiative privée, se confond avec le capitalisme financier tel qu'il s'est développé aujourd'hui. Depuis Rerum novarum (1891) au moins, personne ne peut ignorer que l'Église a toujours condamné le libéralisme idéologique qui idéalise les vertus de la concurrence, affirme que les régulations sur le marché s'opèrent au mieux spontanément sans intervention de l'État, qui justifie le profit comme fin en soi et absolutise la propriété privée. Aujourd'hui, cependant, le système capitaliste a franchi une étape supplémentaire qui est celle de la "financiarisation" de l'économie : très concrètement, le libéralisme ne défend pas la liberté de création de la petite entreprise à taille humaine dont les propriétaires - les "capitalistes" - étaient également les dirigeants (voire bien trop rarement des salariés) ; plus il s'impose à l'échelle planétaire, plus les multinationales se développent et avalent les petites et moyennes entreprises. Ne subsistent peu à peu que de gigantesques multinationales aux activités multiples dont la seule logique est le rendement financier : qu'importent les hommes qui y travaillent, le métier et le savoir-faire d'une fabrique ou le lieu concerné, sans même parler d'un quelconque bien commun national dont elles se moquent éperdument, seul compte le taux de retour sur investissement et la rémunération des actionnaires (2).
Ce libéralisme-là est une plaie dont la crise financière de l'an dernier montre où il peut nous mener si on le laisse continuer selon sa logique propre. Il est une plaie également car il contribue à augmenter l'écart, scandaleux déjà, entre pays riches et pays pauvres, sans même parler des disparités qui augmentent également au sein même de nos nations développées. Dans ce contexte, Benoît XVI nous presse "à adopter de nouveaux styles de vie" (n. 52). Il va plus loin et propose une véritable révolution dans nos mentalités en délaissant "le binôme exclusif marché-Etat" : "Vaincre le sous-développement demande d'agir non seulement en vue de l'amélioration des transactions fondées sur l'échange et des prestations sociales, mais surtout sur l'ouverture progressive, dans un contexte mondial, à des formes d'activité économique caractérisées par une part de gratuité et de communion" (n. 39).

Paru dans
La Nef, n°207, septembre 2009

(1) Présentation de l'encyclique à Paris le 7 juillet 2009.
(2) Benoît XVI pointe du doigt ce problème au n°40 de Caritas in veritate (sur ce thème, cf. l'article de Philippe Conte p. 32-33 de ce numéro).

Publié dans A tout un chacun
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On se souvient du roman de Giono, Le Hussard sur le toit, racontant une épidémie de choléra. Et l'on tente d'imaginer (quelques excellents historiens l'ont fait, tel Jean Delumeau) l'état d'esprit des populations quand elles se trouvaient face à un péril de ce genre. La grande peste qui parcourait l'Europe du XIVe au XVIIIe siècle, par épisodes récurrents, emportait chaque fois dans les villes touchées entre 20 % et 40 % de la population. On peut - ou plutôt on ne peut pas - comprendre dans quel sentiment de précarité vivaient ces gens poursuivis par une peur affreuse et, certainement, contagieuse comme la maladie.
Nous avons le sentiment que la grippe A (H1N1) engendre la même terreur qu'une épidémie de choléra ou de peste en ces âges anciens. Pourtant, il ne s'agit pas du même mal, loin de là. Les spécialistes sont formels : la grippe A ne tue personne, sinon ceux qui, hautement fragilisés par des troubles beaucoup plus graves, seraient emportés facilement par la moindre anicroche. C'est une grippe pénible, s'étalant sur quelques jours, et que des remèdes simples suffisent à combattre et à guérir.

Panique ridicule
On se demande pourquoi un tel sentiment de panique s'est emparé du pays, à tel point qu'on ne nous parle plus que de fermer des écoles (ce qui a déjà commencé), que nos bulletins d'informations sont encombrés de conseils à la fois tatillons et solennels, et que l'on met au point une justice expéditive pour temps d'épidémie, comme si dans les prochains jours la moitié du personnel dans tous les bureaux du pays allait se trouver défaillante, j'allais dire subclaquante. Beaucoup de gens naïfs, qui regardent abondamment la télévision et prennent ces délires à la lettre, renâclent à se serrer la main et concluent avec une résignation de condamnés : "S'il le faut, nous mettrons des masques". Pour une grippe banale ? On croit rêver.
Il n'y a qu'un adjectif pour cela : ridicule. Lequel ne tue pas, comme on sait. Mais enfin il faut aller plus loin que la moquerie, parce que ces larmoiements débilitants signent une mentalité et c'est bien cela qui compte. Quelques-uns pensent que les gouvernants ont intérêt à laisser glisser l'attention des citoyens sur des craintes de ce genre, qui leur font oublier l'ampleur ("envoyez-les dans n'importe quelle guerre, ils oublieront de critiquer votre gouvernement", disait le Florentin), ne peut convaincre à lui seul. Peut-être nos gouvernants se trouvent-ils secrètement satisfaits que cette broutille enflamme des esprits qui sinon se révolteraient contre la taxe carbone. Mais enfin le cynisme a des limites.
On peut penser que les médias amplifient la catastrophe jusqu'à l'absurde par un désir permanent de tout dramatiser, car il n'y a que le drame qu'on ait envie de raconter et qui attire le chaland. À ce point qu'un quotidien de province, tout récemment, a eu la malhonnêteté de titrer "Un mort de la grippe", réservant pour les pages intérieures l'état préalable de la victime, déjà atteinte de graves maladies. On ne fait pas mieux pour alarmer en inventant l'objet de l'alarme, et donc pour appâter des clients.
Mais il faut aussi penser que les médias se trouvent pratiquement privés de ce qui légitime au premier chef leur existence : l'événement. Que trouvons-nous dans les informations quotidiennes ? Un ministre a subi le blâme de telle association parce qu'il avait prononcé un adjectif apparemment simple, mais interprétable comme une injure, à condition de se lever très tôt pour l'analyser. L'inondation d'un affluent a mis à mal trois maisons dont on interviewe jusqu'à plus soif les habitants en train de récurer leur cafetière. S'agit-il d'événements ? Sûrement pas. Bien plutôt d'anecdotes, qui les ont remplacés. Nous vivons sous le règne de l'anecdote. Il faut bien la gonfler, quand on peut, pour en faire quelque chose "qui arrive", avec toute la charge d'inattendu, voire de retournement, que cela implique. La grippe A : enfin un fait nouveau, capable de changer la donne ! Enfin un vrai désastre… à condition de s'exalter un peu. On ne va pas s'en priver.

Des citoyens sans défense
La crainte de la contagion a acquis une teneur hautement symbolique dans des sociétés de masse, où chacun, doutant infiniment de ses propres capacités à répondre à l'adversité et à déployer sa conscience personnelle, craint en permanence de se voir entraîné, tel un fétu de paille, dans le malheur des autres. Le livre Matin Brun terrifiait moins par le contenu de la maladie épidémique (le nazisme) que par le sentiment de la contagion même. La société de masse, livrée à l'opinion et à la promiscuité, laisse sans défense des citoyens dont les caractères proviennent de l'extérieur et sans caractère propre pour résister à n'importe quelle teinture. En même temps, la grande crainte de ces anonymes en foule est de se voir privés de l'atmosphère de la foule d'où ils tirent toute énergie vitale, de se voir marginalisés, d'une manière ou d'une autre. Une victime de la grippe A raconte quelle douleur cela représentait pour elle de devoir mettre un masque afin de ne pas contaminer ses proches, mesure qui la reléguait à l'extrême de l'ostracisme. C'est que dans la société des égaux et des semblables, être différent induit le blâme, exclut de l'humanité même, prive de toute identité.
L'extrême développement de la sensibilité, ou plutôt de la sensiblerie, jette nos contemporains dans des abîmes de détresse dès qu'un cheveu leur tombe. Nous ne supportons plus rien. Le moindre désagrément nous indigne et nous pousse dans des révoltes véhémentes. Dans le film Bienvenue chez les Ch'tis, couronné du succès que l'on sait, le père de famille, contraint de partir travailler dans une province jugée inhospitalière, se voit entouré d'une atmosphère de drame comparable à celle qui devait se tisser autour d'un condamné au départ pour une guerre meurtrière à une époque encore récente.
Éloignés depuis si longtemps des dangers graves de la guerre, de la famine et de la terreur d'État, nos contemporains ne tirent pas de cette sécurité davantage de bonheur : ils rabaissent le niveau du tragique, qui devient un petit tragique mesquin, l'enflure d'un désagrément, un bobo boursouflé. Autrement dit : sans doute faut-il qu'il y ait de la crainte et du malheur, on les trouve là où l'on peut. Nous n'allons tout de même pas souhaiter de vraies guerres pour permettre la restauration de la magnanimité. Pourtant, on ne peut se déprendre d'un étonnement rêveur quand on voit que la disparition des grands malheurs laisse place à des cœurs si pusillanimes.
À la fois récusant toute blessure - par addiction à la sécurité, au confort, au bien-être -, et nostalgiques de dangers qui n'ont plus court, il est bien naturel que pour nous cette épidémie pourtant bénigne devienne le motif d'une grande peur et d'une grande fascination.

Paru dans Le Figaro, 15 septembre 2009

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Le cinéaste brésilien Walter Salles coproduit avec son compositeur favori, Gustavo Santaolalla, un superbe documentaire sur les vieux maîtres du tango à Buenos Aires. "Le tango est la seule chose que nous ne discutons pas avec l'Eu­rope !" disait Macedonio Fernandez. Depuis qu'il est né dans le monde des immigrants, ses longues vagues de tristesse et de désir, tour à tour caresse et mor­sure, agitent l'Argentine. "On y sent l'exil et la nostalgie, en même temps que la nécessité de se rebaptiser dans une nouvelle géographie", dit Walter Salles. Le cinéaste brésilien a coproduit avec le musicien argentin Gustavo Santa­olalla (compositeur de son film Carnets de voyage) le merveilleux Café de los maestros, réalisé par Miguel Kohan. Un bijou du documentaire musical, dans la ligne du Buena Vista Social Club de Wenders, réunissant les grands interprètes des années 1940 et 1950, âge d'or du tango.

"Santaolalla poursuit sa recherche de sons authentiquement argentins commencée voilà vingt ans avec son disque De Ushuaïa a La Quiaca, explique Walter Salles. Et j'étais intéressé autant par l'amitié pour moi, le cinéma est une affaire de famille que par la curiosité envers cette forme d'expression qu'est le tango. Il y a dans le tango, qui parle de l'ori­gine et du destin d'un pays, une question centrale de mouvement dans l'espace qui est au cœur de mon cinéma".
Lorsque Gustavo Santaolalla a enregistré un album consacré aux anciens maestros du tango, il a envoyé à Walter Salles quelques images prises dans les studios par Miguel Kohan, avec cette question : "Y aurait-il là matière à un film ?".
"J'ai répondu aussitôt oui. J'ai été frappé par la vigueur artistique de ces personnalités, et par leur humour particulier, leur dérision, leur manière de voir et de décoder la société argentine". Pendant un an, la caméra a accompagné les vingt et un musiciens au jour le jour, dans leurs lieux familiers, avant de les rassembler au Teatro Colon pour un concert final éblouissant.
"Ce concert a été un moment d'émotion intense, dit Walter Salles. C'est la première fois que le tango, art éminemment populaire, né dans la rue, répandu dans les bars, entrait au Teatro Colon, temple de la "haute culture". Soudain, une frontière était dépassée, tout le monde le ressentait. Émotion, aussi, de voir renaître un de ces grands orchestres qui ont disparu sous la dictature militaire, parce qu'on croyait, à tort, que le tango était une traduction du péronisme. En fait, c'est un ensemble culturel beaucoup plus ample, qui caractérise toute la région du Rio de la Plata, jusqu'en Uruguay".
Aujourd'hui, les orchestres de tango refleurissent, les écoles de tango se développent, et les documentaires musicaux foisonnent avec succès en Amérique latine. Walter Salles y voit une forme de résistance spontanée à la mondialisation, exprimant "un besoin d'authenticité, de proximité avec la vie, loin des mixtures technolo­giques". Et puis, à la suite de Wenders, "qui a ouvert les portes d'un passé vivant", Walter Salles s'enchante, et nous aussi, de la savoureuse présence de ces octogénaires.
"Dans une société qui vend une culture de la jeunesse à outrance, c'est un éloge de la vivacité qui vient avec l'âge, de l'étonnante fraîcheur de la sagesse. Un regard sur le monde très franc, direct et personnel. Ils n'ont rien à cacher, rien à représenter, pas de prétention. Ils incarnent une mémoire musicale sans être nostalgiques. Ils sont l'authenticité même".

Paru dans Le Figaro, 10 septembre 2009

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Depuis les pirates qui écument les mers de Somalie jusqu'au site de téléchargement libre "Pirate Bay" dont les logiciels permettent aux internautes de contourner les lois de la propriété, la question de la piraterie revient sur le devant de la scène (1). Un député "pirate" a été élu par la Suède au Parlement européen le 7 juin tandis que, dans le même temps, le Conseil constitutionnel censurait en France le projet de création d'une Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur l'internet (Hadopi) en s'inquiétant des risques qu'il représentait pour le droit d'expression individuel et la protection de la vie privée. Allons-nous sombrer dans un monde de pillage et de prédation générale ? N'était-ce pas déjà la crainte du juriste allemand Carl Schmitt dans l'entre-deux-guerres de voir les États terrestres, protecteurs de la sécurité et de la propriété, submergés par les puissances maritimes, libérales et océaniques ? Ne retrouve-t-on pas ainsi, en remontant encore dans le temps, le débat qui opposait Hobbes et Milton ? Et n'y a-t-il pas moyen d'échapper à une opposition aussi fatale, de recomposer autrement les cartes de cette histoire ?

C'est dire qu'il ne faut pas limiter le piratage à ses formes les plus récentes, à un épiphénomène des nouvelles technologies ni au désir universel de consommation et de loisirs. La piraterie appartient à une histoire politique et idéologique de longue durée qui nous ramène à la naissance du protestantisme. Ainsi, la grande épopée de la flibusterie est-elle inséparable d'un mouvement plus large, qui inclut la Réforme. Celle-ci ouvre en effet une période de guerres terrestres et maritimes qui conduit jusqu'à la révolution puritaine anglaise et consacre le déplacement du monde vers l'Atlantique. Calvin notamment a préparé toutes les philosophies du pacte social. Rompant avec la continuité sans hiatus de la fondation romaine, il a fait de Genève un havre pour tous les réfugiés de l'Europe hostile, et retrouvé le geste grec de l'institution comme refondation, qui sera, dans le Nouveau Monde, au coeur du pacte démocratique des colonies puritaines. L'Occident démocratique libéral d'aujourd'hui ne comprend plus ce qu'il doit, dans la jouissance de ses tranquilles libertés, à cette épopée océanique qui l'a détaché de son ancrage dans les vieilles terres d'Europe.
Très vite le vaste empire espagnol et catholique, avec ses conquistadors qui rapportent chaque année de l'or et des biens précieux sur sa flotte, est apparu comme le grand pilleur. Comme aujourd'hui les États-Unis, il doit lutter contre tous pour assurer son hégémonie : pour ses adversaires, il s'agira de prélever un butin sur les richesses arrachées au Nouveau Monde, de piller le pilleur. Mais il y a aussi que ce nouveau monde océanique est en phase avec la nouvelle théologie. Car, sur l'océan, il n'y a plus ni roi ni pape : on a tout quitté, on est seul avec Dieu. Obligé de vivre chaque jour sans être trop assuré du lendemain, on sait vite qu'il est impossible de s'approprier la mer, de la retenir entre ses doigts. Les individus cependant sont ainsi déliés pour contracter des alliances nouvelles, de libres alliances : le droit de partir est la condition du pouvoir de se lier. Et la grande question politique deviendra alors peu à peu "comment rester ensemble" alors qu'on peut toujours partir, se délier.

Les corsaires protestants ont donc été lancés à l'assaut de l'empire catholique espagnol, qui s'était arrogé la plus grosse part du Nouveau Monde et, pendant un siècle, tous les pirates, français, anglais ou hollandais, seront pêle-mêle désignés comme des luteranos, des "luthériens", par les Espagnols. Gaspard de Coligny, amiral de France à partir de 1552, et devenu chef du parti protestant, est l'un des premiers à comprendre la nouvelle situation géopolitique, à donner des lettres de course à tous les marins français, et à tenter de prendre pied à Rio de Janeiro ou en Floride - le danger qu'il représente est un des motifs de son assassinat qui prélude au massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Le premier synode réformé, en 1559, se pose sérieusement la question de savoir si l'on peut ou non accepter un pirate à la Cène. À partir de 1562, et jusqu'à sa chute devant Richelieu en 1628, La Rochelle deviendra la véritable capitale du parti huguenot. Elle est considérée dans de nombreux pamphlets catholiques comme une hydre commerçante, arrogante et corrompue qui, comme Carthage, "doit être détruite" : en 1628, le siège de La Rochelle met un terme à l'aventure maritime des protestants français. La suite de l'histoire se déroule aux Pays-Bas, où "les gueux de la mer" chassent le duc d'Albe envoyé en 1566 par Philippe II - le mot flibuste vient du hollandais Vryjbuiter "libre butiner". Enfin, dès son accès au trône en 1558, Elisabeth Ire d'Angleterre protège les forbans et les contrebandiers anglais, et arme elle-même de grands corsaires qui seront bientôt appelés les "chiens de la mer" : Raleigh, Drake et les autres.

Mais la véritable apothéose de la flibuste protestante accompagne la montée et l'échec de la révolution anglaise de Cromwell, avec la dispersion de tous ces puritains radicaux que sont les levellers, diggers, ranters et autres quakers que Christophe Tournu nous raconte ici. C'est ce lien que l'historien britannique Christopher Hill a montré (2). Après l'exécution du roi, en 1649, l'échec des levellers (les niveleurs, qui veulent refonder la société sur une base d'égalité sociale), John Lilburne leur chef, propose de mener ses adhérents aux Indes occidentales, à condition que le gouvernement finance le voyage. Écoutons-les :
"[C'est] contre nature, irrationnel, péché, pervers, injuste, diabolique et tyrannique, qu'un homme, quel qu'il soit, s'arroge un pouvoir, une autorité ou une juridiction sur tout autre homme, sans son libre consentement."
Nous avons ensuite les diggers. Voilà ce qu'écrivait Winstanley en 1652 :
"Au commencement des temps, le grand créateur, la Raison, fit de la terre un trésor commun afin de subvenir au besoin des bêtes sauvages, des oiseaux, des poissons et de l'homme. Au commencement, il n'était soufflé mot de la domination d'une espèce humaine sur les autres. Mais, dans leur égoïsme, certains imaginèrent d'instituer qu'un homme enseigne et commande à un autre. Et il advint que la terre se hérissa de haies et de clôtures du fait de ceux qui enseignent et gouvernent ; des autres, on fit des esclaves. Et cette terre où la création avait entreposé des richesses communes à tous, la voici achetée et vendue."

Ces dissidents forment dans les années 1650-1680, surtout après la chute du Commonwealth de Cromwell en 1659, une utopie en archipel. Aux Bahamas, on a dès 1647 l'île d'Eleuthéria, avec la naissance de la Company of Eleutherian Adventurers (constitution républicaine et liberté de culte), où toutes sortes d'indésirables, esclaves fugitifs ou révoltés, se retrouvent, et bientôt l'île de New Providence. Joseph Salmon le leader des ranters se trouve à la Barbade, ainsi que des quakers hérétiques comme John Perrot ou Robert Rich, plusieurs centaines de quakers et plusieurs synagogues juives. On y trouve encore des instituteurs anabaptistes, et des quakers lancent un mouvement de conversion et de libération des esclaves, vite réprimé. On peut encore évoquer la "plantation" par Roger Williams de la colonie de Providence dans Rhode Island, dans les années 1630, où il accueille les quakers pourchassés. Dans les années 1630, la Providence Island Company (dont le trésorier John Pym, puritain fervent, est l'âme de l'opposition à Charles Ier) s'empare d'une île des Caraïbes pour en faire une terre d'asile pour les dissidents religieux. Puis, en 1655, l'amiral William Penn (le père du quaker fondateur de la Pennsylvanie) sur ordre de Cromwell, s'empare de la Jamaïque, qui devient le grand centre de la flibuste.
Le temps des flibustiers est ouvert, et particulièrement dans les Caraïbes il fleurit entre 1630 et 1670. C'est une société de rescapés, de proscrits et de dissidents. Ils ont appris des Indiens à boucaner, sécher la viande et tanner le cuir, ainsi que l'usage des plantes médicinales ou du tabac ! C'est que dans les nouveaux mondes, tout est offert à profusion par la divine Providence. Ne retrouvent-ils pas certaines formes archaïques des sociétés de cueillette et de chasse, où le monde n'est pas un espace enclos ? Tout se passe comme si cette crise historique dégageait une strate anthropologique plus ancienne, une culture de la prise qui nous serait bien utile aujourd'hui dans nos sociétés qui subissent de toutes parts les logiques de la prédation. La figure biblique de l'alliance permet d'ailleurs de repenser le rapport aux autres, au monde et à Dieu comme série de pactes. Surtout, on n'est plus dans une économie du "don", mais de la "prise", que l'on retrouve jusque dans le titre d'un livre du philosophe hollandais Grotius : le Droit de prise. La tempête de l'histoire a brisé tous les liens, et le bateau pirate c'est l'utopie multireligieuse et multiraciale d'une libre adhésion, après la tempête, même si l'on s'y donne des règles plus dures, comme dans une anti-réalité. Mais la règle des règles reste le droit de partir : après la bataille, un pirate peut toujours quitter librement son équipage en demandant sa part du butin.

Nous avons là un moment de liberté religieuse aussi symbolique pour notre imaginaire que l'Andalousie, plus radical peut-être, avec un rêve effondré de commonwealth, où les barrières et les hiérarchies entre les orthodoxes et les hérétiques, les hommes et les femmes, les maîtres et les esclaves, les Blancs et les Indiens ou les Noirs, seraient abolies. C'est encore cette promesse non tenue, oubliée et mythique, que Daniel Defoe, pasteur non conformiste et lui-même inquiété pour ses idées radicales, mettra en scène dans son histoire de la flibuste recueillie auprès des derniers témoins. Né en 1660, mort en 1731, ce n'est pas un pirate, mais un dissenter, qui a pris part à la rébellion de Monmouth en 1685, a fait deux ans de prison avec le capitaine Kidd, et a passé beaucoup de temps à ramasser les témoignages de pirates. Robinson Crusoé, publié en 1719, propose une vie recommencée, comme une page blanche après une rupture avec la famille et la patrie, comme une nouvelle naissance après une tempête qui laisse le héros dans un isolement quasi volontaire. C'est l'émancipation de l'enfant, mais aussi de la bourgeoisie puritaine et du colon entreprenant, indépendant, qui se sauve par son seul travail. Ce nouvel Adam évoque les valeurs libérales et de légitime appropriation défendues à la même époque par le philosophe anglais John Locke. Alors Defoe proposerait-il le type idéal de l'individualisme protestant capitaliste (3) ? Ce n'est pas si simple, et les multiples réécritures du roman ne font sans doute qu'en dévoiler la trame. D'abord l'histoire elle-même expose le dilemme du puritain à la fois vertueux et prospère, avec ce paradoxe qui sera développé un peu plus tard par Wesley, le fondateur de l'église méthodiste :
Nécessairement la religion doit produire l'industrie et la frugalité, et celles-ci à leur tour, engendrent la richesse. Mais lorsque la richesse s'accroît, s'accroissent de même orgueil, emportement et amour du monde sous toutes ses formes.

Il y aurait donc deux visages de Daniel Defoe, celui de l'antinomiste dissident, prônant l'abandon à la Providence et l'abolition de la propriété et du travail. Et celui du puritain qui se reprend contre lui-même et se remet au travail pour multiplier les signes de sa gratitude d'être rescapé.
Il y a surtout, comme le montre ici Sophie Jorrand, un autre très grand livre de Defoe, publié en 1724, l'Histoire générale des plus fameux pirates, par un capitaine Johnson dont on a découvert récemment qu'il n'était autre encore que Defoe. Ces récits, le plus souvent "véridiques", mettent en scène des équipages qui pratiquent l'élection de leurs chefs, le partage égal du butin, et le droit de partir sans qu'on vous tire dans le dos. Mais nous trouvons aussi, glissée au milieu de ces récits véridiques, une fiction radicale qui rouvre une promesse non encore tenue. Comme si le dissident, fuyant l'histoire ou refoulé par elle, en montrait le coeur battant et agissant... L'histoire raconte la fondation à Madagascar, en un lieu nommé "Ranter bay", d'une colonie pirate, appelée Libertalia, où l'esclavage et la peine de mort sont abolis. Libertalia propose l'invention d'un pacte politique fondé sur l'élection (sinon le tirage au sort) du capitaine, le choix commun des grandes orientations qui vont leur permettre de partager leur bonheur, et un droit de partir qui vient directement de l'idée du covenant.

Toutes ces idées proviennent du grand poète de la révolution puritaine, Milton, l'auteur du Paradis perdu, mais aussi l'inventeur du divorce par simple consentement, et celui qui a justifié le régicide pour rupture du pacte politique. C'est l'inventeur du droit de rompre. Parce que sur l'océan tout se délie, que tout est sans cesse délié, il faut repenser les amarres, les attaches, les cordes, les noeuds, et les pactes. Milton, c'est la pensée de cette nouvelle société en archipel, incapable de s'installer, toujours prête à recommencer ailleurs, par opposition à l'État-nation, terrestre et centralisé, dont le philosophe Hobbes, partisan de la monarchie, fait alors l'éloge face au désordre des mers. Milton brise les chaînes hiérarchiques pour établir des libres alliances entre des égaux. Tout est pacte, alliances brisées et "nouvelles alliances". Milton, c'est aussi cette tradition américaine de dissidence, Emerson, Thoreau et sa cabane au bord de la forêt, dont Sandra Laugier a parlé par ailleurs comme le coeur d'une démocratie encore inapprochable (4), d'un droit perpétuel de partir. Et Dominique Weber nous montre ici comment Carl Schmitt avait repris cette opposition hobbesienne entre les États terrestres clos dans leurs institutions autarciques, et les puissances maritimes insatiables et sans limites. Tout notre imaginaire géopolitique est obsédé par ce schème. En le retournant, on obtient les sociétés ouvertes, libérales, et l'Empire des circulations marchandes contre les États fortifiés et retranchés dans leurs systèmes totalitaires. Et aujourd'hui encore, c'est dans les marges du système qu'en toute impunité une nouvelle piraterie se déploie : qu'ils soient pilotés par un capitalisme prédateur ou par des mouvements de type intégriste, de plus en plus de réseaux armés aujourd'hui échappent aux États, et pillent leurs proies, sur les bordures marines ou désertiques des territoires "sécurisés", mais aussi dans les banlieues des mégapoles incontrôlables.


Il y a cependant une suite ultra-contemporaine à cette épopée : c'est ce qu'on a appelé le mouvement des logiciels libres, à l'origine de l'internet comme utopie "politique", qui a enthousiasmé une génération entière de pionniers, avant la guerre que livrent les grands monopoles informatiques aux hackers. Nicolas Auray se penche en sociologue sur ce "nouveau monde" d'explorations libres et tâtonnantes. Cette utopie bifurque au moment où les grandes firmes brevètent des inventions anonymes, car les uns veulent faire valoir leur travail et leurs droits d'auteur, quitte à entrer dans la logique capitaliste, et les autres refusent cette appropriation privée, mais se retrouvent dans l'insécurité. Ces débats sont passionnants en termes d'invention politique : c'est comme si le capitalisme devait bifurquer entre une logique de travail mais aussi de propriété cumulative (les grandes industries culturelles qui protègent les droits d'auteur), et une logique de prédation marginale mais aussi d'appropriation forcée (les fournisseurs d'accès à tous les réseaux).
Et c'est aussi toute la question juridique et politique, posée par Antoine Garapon, de l'évolution actuelle des États face à la mondialisation qui liquide les vieilles frontières mais engendre de nouveaux murs plus terribles, plus exclusifs. Les ouvrages du sociologue Zygmunt Bauman soulignent à quel point la mondialisation est portée par un imaginaire océanique de flux, de fluidité générale, de liquidation des vieilles frontières, où plus rien n'est solide, et où les pirates rôdent au ban de nos sociétés, renforçant en face le désir de sécurité à tout prix et mettant fin au paradigme libéral. Il n'y a plus de surfaces, plus de cartes possibles d'un monde aussi troué de connexions virtuelles. Passant en revue les divers registres de piratages et de parasitages contemporains qui s'abritent dans les afranctuosités du droit international, à distance des institutions territorialisées, Antoine Garapon montre ce qu'il appelle l'encastellement par de nouveaux contrôles qui s'élèvent à la hauteur des nouveaux possibles. Le nouveau contrôle mondial des flux financiers (un soupçon suffit pour établir la traçabilité) qui tente de se mettre en place, un peu comme l'Alien tort statute édicté par les jeunes États-Unis d'Amérique en 1789 contre les actes de piraterie, cherche moins à éliminer les "pirates" qu'à les lister, à les pointer du doigt de façon à ce qu'ils soient déconnectés et condamnés à se réfugier dans un coin.

Tout cela nous amène, avec Olivier Mongin, à ne plus confondre la piraterie de jadis, qui avait quelque chose de révolté sinon de révolutionnaire, et le piratage d'aujourd'hui, disjonction et détournement momentané qui joue des interstices du réseau. Ni capitaliste ni utopiste, et plutôt mafieux, le pirate contemporain s'abrite derrière la multiplication des règles et des connexions mondiales. Mais le triomphe de la liquidité, de l'accélération et de l'échauffement général rencontre les limites de la planète, la profusion se retourne en rareté, et cela devient trop dangereux, d'où la tentative actuelle de reterritorialiser ce monde en archipel. Olivier Mongin emprunte à Deleuze la métaphore érosive, à la fois maritime et désertique, du lisse et du strié, et montre comment nous n'allons ni vers un monde lisse et illimité où tout glisse sans plus rien accrocher, ni vers un monde définitivement strié et quadrillé. Il s'agit de strier ce qui est trop lisse et de lisser ce qui est trop strié (5).
Mais les rescapés d'aujourd'hui, qui ont tout perdu et n'ont plus que Dieu dans l'océan mondial, que vont-ils devenir ? C'est justement que la planète est limitée, qu'il n'y a plus de Nouveau Monde où l'on puisse s'échapper et partir à zéro, et que la transgression des bornes ne peut plus se faire que dans les marges inemployables des sociétés existantes. C'est aussi qu'il n'y a plus d'alliance nouvelle qui puisse faire table rase des précédentes. Toute nouvelle alliance devra se réinventer en faisant place aux autres. Il faudra bien recommencer autrement.

Paru dans la Revue Esprit, juillet 2009
* Ce texte est l'abrégé d'un récit documentaire préparé avec le réalisateur Claude Vajda pour France 2 Présence protestante, "Pirates et protestants", émission diffusée en décembre 2006 (on peut se la procurer auprès de Meromédia, 1, rue Denis Poisson 75017 Paris), et publié in extenso dans la revue Foi & Vie, no 3, 2009. C'était le résultat d'un colloque organisé en 2005 à la Faculté protestante, et dont la plupart des textes ici réunis sont issus


(1) Voir le dossier de la revue Critique, "Pirates !", no 733-734, 2008
(2) Voir Marcus Rediker et Peter Linebaugh, l'Hydre aux mille visages. L'histoire cachée de l'Atlantique révolutionnaire, Paris, éd. Amsterdam, 2008
(3) C'est la lecture sévère mais remarquable que propose François Ost, "Robinson ou l'appropriation du monde", Raconter la loi, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 213-270
(4) Voir, entre autres, Sandra Laugier, Une autre pensée politique américaine. La démocratie radicale d'Emerson à Stanley Cavell, Paris, Michel Houdiard, 2004.
(5) On croit encore relire le magnifique mythe du Politique de Platon

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Selon une formule courante, "L'Europe est le plus mal délimité des continents". Il en résulte que sa population et son poids démographique relatif dans le monde s'avèrent variables selon les périmètres géographiques retenus. Sept d'entre eux peuvent être distingués.
Le périmètre géographique conventionnel le plus fréquent de l'Europe, utilisé dans les bases de données statistiques internationales, consiste à retenir, depuis l'implosion de l'Union soviétique (1), une Europe géographique conventionnelle. Cette dernière s'étend du détroit de Gibraltar, tout en prenant en compte les périphéries maritimes de l'Espagne (les Canaries) et du Portugal (les Açores et Madère), et de l'Islande jusqu'à la Russie, en étant bornée par le Caucase et la frontière turque près du Bosphore. Elle compte 736 millions d'habitants (2), soit 11 % de la population dans le monde.
Mais, compte tenu de la dimension considérable du plus vaste pays de l'ensemble, la Russie, soit
17 098 km2, l'Europe géographique conventionnelle est souvent considérée à l'exclusion de la Russie. Dans ce cas, elle compte 594 millions d'habitants, soit 8,9 % de la population dans le monde.
Une troisième approche consiste à appliquer, au sein du cadre géographique précédent, une limitation politique. Dans ce cas, on s'intéresse à l'ensemble des territoires conventionnellement européens de l'Europe institutionnelle, donc de l'Union européenne. Cet ensemble compte, avec 26 pays membres en 2009, 496,6 millions d'habitants, soit 7,4 % de la population mondiale.
Mais ces derniers chiffres excluent des territoires qui font partie institutionnellement de l'Union européenne (3) sans toutefois être inclus dans le périmètre géographique conventionnel de l'Europe. Une autre Europe recouvre donc l'Europe institutionnelle incluant ses périphéries situées hors de l'Europe géographique conventionnelle, périphéries conventionnellement classées dans d'autres régions du monde, comme Chypre (1,1 million d'habitants (4) en Asie occidentale, et les quatre départements français d'outre-mer, la Martinique (0,4 million d'habitants) et la Guadeloupe (0,4 million d'habitants) dans les Caraïbes, la Guyane (0,2 million d'habitants) en Amérique du Sud et La Réunion (0,8 million d'habitants) en Afrique orientale. L'Union européenne incluant tous les territoires y appartenant au plan institutionnel forme alors un ensemble de 499,4 millions d'habitants, soit également 7,4 % de la population mondiale.
En combinant au critère politico-géographique précédant un critère économique, une cinquième Europe unit dans un Espace économique européen les 27 membres de l'Union européenne et trois autres pays : l'Islande (0,3 million d'habitants), le Liechtenstein (0,04 million d'habitants) et la Norvège (4,8 millions d'habitants). La population de cet espace compte alors 504,5 millions d'habitants, soit 7,5 % de la population dans le monde.
Selon une sixième approche, la statistique européenne recouvre à la fois les 27 pays membres de l'Union européenne et les pays ayant le statut de pays candidats qui bénéficient de financements spécifiques et participent à de nombreuses instances en vertu de leur statut de candidats, soit la Croatie, la Macédoine et la Turquie. La population de cet ensemble est de 585,7 millions d'habitants, soit 8,7 % de la population mondiale.
Enfin, la définition la plus extensive consiste à cumuler la population des 47 États membres, en 2009, des pays du Conseil de l'Europe, organisation dont le premier objet est de défendre les droits de l'homme, la démocratie pluraliste et la prééminence du droit. Il s'agit d'une Europe géographique conventionnelle élargie. En effet, s'y rajoutent l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, quatre pays classés conventionnellement dans l'Asie occidentale, mais n'y figurent ni la Biélorussie, en Europe orientale, ni le Kosovo, indépendant depuis le 17 février 2008, en Europe méridionale. Cette "septième" Europe compte 752,7 millions d'habitants, soit 11,1 % de la population mondiale.

En conséquence, le poids du peuplement de l'Europe peut varier, selon l'échelle géographique retenue, entre moins de 500 millions et près de 750 millions d'habitants. Quant à sa part dans la population mondiale, elle peut aller de moins de 7,5 % à plus de 11 %. Parler de l'Europe, c'est donc d'abord préciser l'ensemble géographique que l'on souhaite examiner.
Paru dans
Population et Avenir n° 694, septembre-octobre 2009

(1) En effet, auparavant, l'URSS était traitée dans les statistiques de l'ONU comme un "continent" à part.
Cf. Dumont, Gérard-François, Verluise, Pierre, Géopolitique de l'Europe, Paris, Sedes, 2009

(2) Selon les chiffres publiés dans Population & Avenir, n° 690, novembre-décembre 2008
(3) Cf. Le dossier paru dans Population & Avenir, n° 693, mai-juin 2009

(4) Mais Chypre ne compte que 0,8 million d'habitants sur la partie contrôlée par le gouvernement, le Nord de l'île étant occupé par l'armée turque.

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