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La 18ème session de l'Assemblée parlementaire paritaire Afrique-Caraïbes-Pacifique et Union européenne (ACP-UE) vient de se terminer le 3 décembre à Luanda, capitale de l'Angola. Cette conférence internationale a immanquablement abordé la question de la difficile et lamentable situation de crise à Madagascar.
Dans son discours d'ouverture, Louis Michel, co-président de l'Assemblée parlementaire, après avoir réitéré le souhait de mettre en place une enquête internationale indépendante sur les violations des droits de l'homme dans la Grande Ile, et malgré qu'il ait salué les efforts de médiation de l'Union africaine et de conciliation des quatre mouvances politiques malgaches, il ne pouvait que rester perplexe, comme nous, à la suite des accords récents d'Addis-Abeba.
Pendant qu'à Antananarivo, les actuels ministres de la Transition disent "gérer les affaires courantes", et ne faire que cela, les chefs de file des trois autres mouvances se réunissent vendredi 4 décembre, une nouvelle fois à Maputo, la capitale du Mozambique.
Pour ceux qui auraient du mal à suivre l'interminable feuilleton et le processus compliqué mis en oeuvre pour restaurer une démocratie digne de ce nom à Madagascar, il faut rappeler qu'il y a presque un an déjà qu'Andry Rajoelina s'est emparé du pouvoir, avec un large soutien de l'armée, et que, depuis, le président Marc Ravalomanana, contraint à l'exil, ses partisans et deux autres mouvances conduites par deux anciens présidents de la République, tentent de se partager la direction du pays, en vue d'élections promises pour 2010, élections supposées rétablir une saine vie politique à Madagascar.
L'impression est forte, malheureusement, que les accords entre eux ont été finalement arrachés pour satisfaire les partenaires internationaux, passablement lassés de cet enlisement. Il faut toujours recommencer, et on en est à Maputo III ! En attendant, les aides et subventions nécessaires à l'économie malgache demeurent bloquées, la misère s'accroît, avec les souffrances d'un peuple laissé pour compte.
Nous devons constater et regretter qu'il n'y a guère d'idéologies portées par les mouvances qui se disputent le pouvoir. Aussi pensons-nous utile le rôle des Eglises chrétiennes. A Madagascar, les Eglises ont le devoir d'user de l'influence qui leur était reconnue, il y a peu encore, et à laquelle beaucoup de chrétiens ont renoncé par découragement, afin d'interpeller les politiciens et tous autres responsables de la société quant à l'urgence d'une mise en pratique de la démocratie. Dans ce contexte spécifique à Madagascar (nous ne dirions pas la même chose pour l'Europe), une relation imbriquée Eglises et pouvoir politique, à nouveau en confiance, serait salutaire.
La doctrine sociale de l'Eglise catholique et les valeurs éthiques des protestantismes luthérien et réformé peuvent porter leurs fruits !

Chrétiens malgaches, aidez votre nation à construire son avenir !

Chronique du jour sur la radio Fréquence protestante, vendredi 4 décembre 2009

Publié dans De par le monde
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L'exaspération populaire a remporté une victoire qui fera date contre la pensée bétonnée. À rebours des pronostics et interdits, la décision des Suisses de refuser chez eux (à 57,5%) de futurs minarets a révélé, en réaction, l'ampleur du mépris des élites. Depuis dimanche, médias et politiques se succèdent, dans un touchant entre-soi, pour dénoncer "le vote de la honte" (Libération), "une intolérance" (Bernard Kouchner), "un facteur de populisme" (Hervé Morin), "une tentation fascisante" (Daniel Cohn-Bendit), etc. Ces rejets d'un choix démocratique exemplaire signent l'abus de pouvoir d'une oligarchie spectaculairement minoritaire.
Les opposants à la Constitution européenne avaient déjà essuyé, en France, en 2005, les oukases et les insultes de la caste, avant de l'envoyer paître (à 55%). C'est une même résistance aux arrogances des puissants qui s'est exprimée, au coeur du pays de la tolérance entre communautés culturelles et linguistiques. Observer la pacifique et prudente Suisse braver, outre les sermonneurs du politiquement correct, les intimidations de l'islam politique laisse deviner la colère de ce peuple tranquille. L'opinion européenne n'est sans doute pas loin d'en être solidaire.
Les Suisses ne sont ni racistes, ni islamophobes, ni extrémistes, comme l'assènent ces néolaïcs qui les accusent avec les mêmes mots que Kadhafi et consorts. Le Conseil de l'Europe, indifférent aux persécutions des Chrétiens en terre d'islam, dénonce, tel un converti, "une discrimination envers les musulmans". Les Suisses ne violent pas davantage les droits de l'homme, ni n'entravent la liberté religieuse, comme l'estime un Vatican accommodant. Ils demandent simplement à ceux qui les rejoignent de respecter leur identité. Un drame ?
Le scandale est que ce vote fasse scandale. L'islam n'a pas besoin de signes extérieurs ostensibles pour exister. D'autant qu'un minaret n'est pas une obligation coranique (la mosquée de Jérusalem n'en a pas). En interdire l'édification ne porte donc pas atteinte à l'islam, comme le font croire les radicaux, qui mettent à l'épreuve les capacités de défense des démocraties. L'empressement de dirigeants et de commentateurs à renier un vote démocratique au profit de procès à l'emporte-pièce a donné l'affligeant spectacle de responsables prêts à capituler au nom de l'apaisement. Pour avoir corrigé cette honte, bravo au courage suisse.

Est-il inconcevable d'attendre de l'islam qu'il s'adapte à l'identité de ses hôtes européens, aux racines chrétiennes du Vieux Continent, à la laïcité ? Bien des musulmans modérés reconnaissent, à l'instar de l'iman de Bordeaux, Tareq Oubrou, qu'un minaret "n'est absolument pas nécessaire en France ; il est même déplacé". L'intellectuel musulman Abdelwahab Meddeb prône "l'invention" de mosquées européennes à l'image de ce que devrait être un islam vécu dans l'intimité de chacun.. Pourquoi dès lors cet unanimisme pour critiquer, à la suite de Tariq Ramadan et de ses prosélytes, l'interdiction de ces architectures inutiles qui entendent, par leur visibilité recherchée, rappeler la place toujours plus grande que veut prendre l'islam politique. Oui, burqas et minarets peuvent être compris comme les premières affirmations d'une conquête.
Que la dramatisation et la contestation de ce vote soient d'abord venues d'élites occidentales souligne surtout leur état de soumission à l'idéologie coranique pour laquelle ils montrent tant d'égards, sans souci de réciprocité. Cohn-Bendit a été, mercredi, jusqu'à demander que "les plus riches des pays musulmans retirent leur argent des banques suisses". Un argument repris par la Turquie de l'"islamiste modéré" Recep Tayyip Erdogan, qui veut faire entrer son pays dans l'Europe. "Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes", chantait-il naguère. Pour lui, la Suisse est coupable d'islamophobie : "Un crime contre l'humanité", dit-il. Voilà ce que cautionnent nos donneurs de leçons, indifférents de surcroît aux dérives totalitaires de l'islamisme.
Pas de meilleur exemple, en tout cas, que cette votation pour illustrer le débat sur l'identité nationale. Nicolas Sarkozy en a bien résumé l'enjeu, mardi, en décrivant l'issue du référendum comme "l'illustration que les gens, en Suisse comme en France, ne veulent pas que leur pays change, qu'il soit dénaturé. Ils veulent garder leur identité. Les Français ne veulent pas voir des femmes en burqa dans la rue, mais cela ne veut pas dire qu'ils sont hostiles à la pratique de l'islam." Le soutien populaire qui, en France, sur les forums de discussion d'Internet, a répondu au choix des Suisses confirme l'analyse du chef de l'État. En tirera-t-il les conséquences ?

Les gens rejettent le modèle multiculturel qui voudrait que même l'étranger, mot suspect pour les universalistes, soit partout chez lui. Or ce choix de société n'est jamais loin des couronnes élyséennes tressées à la diversité et au métissage des cultures. Ces concepts galvaudés permettent de justifier minarets, burqas, voiles et autres particularismes qui accompagnent depuis trente ans une immigration de peuplement de plus en plus tentée de se comporter dans l'indifférence des règles du pays d'accueil. "Ce vote doit interpeller les musulmans", a admis Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman. Accepteront-ils de corriger, au-delà de nombreuses intégrations réussies, l'image collective qu'ils sont en train de donner d'eux-mêmes
?

Publié dans En France
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Ce n'est pas le vote suisse qui représente un nouveau missile contre la démocratie, mais les réactions au vote suisse. Pourquoi les Suisses se méfient-ils tant des manifestations de la religion musulmane, par ailleurs si peu présente chez eux ? Il faudrait bien les pratiquer pour pouvoir en juger. On connaît nombre de pays, en Europe centrale par exemple, où tous les lieux de culte se mélangent sans que personne n'en fasse une apoplexie. En quoi la présence d'un minaret susciterait-elle l'obligation de voiler mes petites-filles dans dix ans ? Il est possible que ce pays bien continental, enserré dans ses montagnes et se gouvernant par cantons, soit dès lors plus enraciné dans sa propre identité qu'une contrée maritime, gouvernée par des centres aux yeux tournés vers l'extérieur. Mais enfin les Suisses peuvent bien, tout de même, diriger leur propre pays … La question est l'indignation que ce scrutin soulève. On entend partout des injures. Un vote honteux, écrit une certaine presse. Ignominieux, dégradant, scandaleux, répètent les radios. Et pourquoi ? On se croirait dans Lewis Carroll, au procès du pauvre valet de coeur, où la reine s'écrie : "Non, non ! La sentence d'abord, la délibération après !". A croire que les Suisses viennent de commettre un crime collectif, un crime décrété par d'autres. Autrement dit, il y a une voix extérieure et sommitale qui juge ce qu'un peuple décide, et juge cela à une aune … Laquelle d'ailleurs ? L'ivresse démocratique, si visible il y a quelques dizaines d'années, a bien disparu. Le peuple est encore souverain institutionnellement : mais plus vraiment dans les esprits.
Naturellement, la précédente sacralisation de l'opinion populaire avait quelque chose de ridicule et de faux. Qui peut croire comme Rousseau que la volonté du peuple est "toujours droite" ? Les moines d'Occident, qui depuis Saint Benoît élisaient leur supérieur, disaient sur les traces d'Aristote, que le nombre est "présomption" d'opinion droite, et non pas preuve. Longtemps après les Lumières, ce sont les trois plébiscites confirmant Hitler au pouvoir qui ont finalement détaché les Européens de leur folie démocratique. Mais aujourd'hui, on assiste à un processus plus radical : le début d'une mise en cause systématique, ironique et méprisante, de la volonté populaire.
Plusieurs types d'acteurs s'y conjuguent.

Tout d'abord les élites universalistes, sûres de leur bon droit dans le chemin de l'émancipation et du "progrès" envisagé d'une manière strictement individualiste et déspiritualisée. Ce phénomène s'aperçoit clairement dans le cadre de l'Europe. Un peuple qui refuse d'avancer dans le sens de la laïcité à la française, dans le sens de la liberté individuelle toute puissante, ne doit pas être écouté, en raison de sa ringardise, de son conservatisme dépassé, de son "repli identitaire" (allumez la radio, vous entendrez immédiatement un journaliste affirmer d'une voix profonde et pompeuse : "il semble bien que les Suisses soient hélas tombés en plein repli identitaire"). Et l'on trouve des truchements incroyables pour détourner la décision populaire. Les Français votent contre la "constitution" de Lisbonne ? On fait passer la décision derrière leur dos en la confiant au Parlement. Les Irlandais en font autant ? On leur impose de revoter jusqu'à ce qu'ils changent d'avis … Manière aussi peu démocratique que possible, et qui augure bien mal de la citoyenneté européenne dont on nous rebat les oreilles. Il n'y a de citoyens que dans une démocratie, sinon il s'agit de sujets, nul besoin de faire un dessin.

Et puis les intellectuels. Ceux qui remettent en cause la démocratie, rien qu'en langue française, forment déjà une pléiade qui mériterait des travaux approfondis. Je ne citerais ici que Rancière, Badiou, Milner. Parfois, il s'agit pour eux de tenter la restauration de l'idéal communiste. Mais plus souvent, de décrire une déception : le peuple, contrairement à ce qu'espéraient les grands esprits férus de modernité, se livre sottement au bon sens du village, au réalisme de mauvais aloi, à l'évidence partagés aussi par les incultes. Il s'intéresse à son pré carré, applique le principe de précaution à l'émancipation morale alors qu'il ne faudrait, selon la vulgate, l'appliquer qu'à l'économi. Bref, il n'a rien compris. D'ailleurs, si on le laissait faire … "le peuple français n'aurait-il pas voté pour conserver la peine de mort, en cas de vote ?", se demande avec justesse un quotidien à propos du vote suisse. C'est bien pourquoi on ne lui a pas demandé son avis. Mais qui nous a nantis d'un peuple pareil, qui ne fait pas ce qu'on lui dit ?

Nous voyons s'avancer tout doucement la justification d'un nouveau régime : une oligarchie.
Elle ne fera pas tomber les démocraties par quelque révolution démodée. Elle agira sournoisement comme elle a déjà commencé à le faire. Elle utilisera d'abord toutes les ressources de son ironie sardonique pour ridiculiser la voix populaire qui se trompe. Puis, constatant l'inutilité de ce moyen par ailleurs assez odieux (les peuples se moquent complètement de l'ironie, qui les conforte plutôt dans leurs opinions), elle ostracisera avec vigueur les délinquants (on parle aujourd'hui de retirer massivement les comptes de Suisse), enfin elle se saisira de tous les instruments institutionnels à sa portée pour casser les décisions populaires, les remettre aux voix, les contredire en coulisse. Finalement, elle règnera sur des peuples qu'on amuse avec les scrutins, mais qui au fond ne décident rien. Les peuples ne seront peut-être pas plus malheureux. Mais enfin ils verront retomber sur eux ce sentiment d'arbitraire et d'injustice des temps anciens.
Les oligarques, par exemple, feront de la pédophilie un horrible crime, sauf si elle est pratiquée par un des leurs ; enfin délivrés des sottises populaires, ils seront la mesure des lois et des décisions, ce qui leur paraîtra naturel, puisqu'ils sont sûrs, depuis le début, d'avoir raison : ils n'avaient pas défendu la démocratie par amour pour la liberté de pensée, mais parce qu'ils croyaient que les peuples allaient leur obéir.

Dans cinquante ans, moins peut-être, on s'interrogera douloureusement : "Comment se fait-il que notre continent, qui chantait depuis des siècles un hymne majestueux à la démocratie et en avait même fait une obligation de pensée, est devenu le siège d'un régime oligarchique ?" Les chercheurs entreprendront des thèses sur ce mystère. Les réactions au vote suisse sur les minarets représenteront l'un des nombreux signes avant-coureurs où l'on voit qu'un tissu se déchire.
Paru dans Le Figaro, 3 décembre 2009

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Chez les Suisses, comme l'a déclaré Bernard Kouchner ce lundi matin (RTL) en critiquant leur vote contre les minarets (à 57,5%), ou chez le ministre des affaires étrangères, refusant d'accepter la règle démocratique ? Le mépris qui s'exprime contre le résultat du référendum - qualifié de honteux, populiste, raciste, extrémiste, etc - donne une idée du divorce entre les élites politiques et médiatiques et les gens. On pense à Berthold Brecht : le peuple est contre les gouvernements ? Il faut dissoudre le peuple. Invité à débattre ce matin sur Europe 1 (entre 13h10 et 13h20), j'ai pu constater que la station ne pouvait diffuser, faute de contradicteurs, que des commentaires d'auditeurs approuvant le vote. Une semblable consultation, en France, donnerait probablement des résultats similaires tant l'exaspération contre le politiquement correct semble être devenu un dénominateur commun, partout en Europe.
Cette "votation" serait celle de la peur, entend-on parmi les phrases toutes faites. J'y vois plutôt un acte de courage. Ceux qui dénoncent un peuple pusillanime sont ceux qui, depuis ce matin, tremblent comme des feuilles devant les possibles réactions du monde musulman. Les Suisses ont décidé de passer outre les intimidations de l'ombrageux islam politique et ils ont bien fait. Ils estiment que l'islam, dont ils ne contestent pas la présence dans leur pays, n'a pas besoin de signes extérieurs ostensibles pour exister. Personnellement, je leur donne raison. La visibilité recherchée par les minarets est devenue du même ordre que celle voulue par les voiles islamiques ou les burqas. Les citoyens ont refusé l'emprise de l'islamisme. Ils parlent au nom de nombreux européens, et leurs dirigeants paniqués l'ont compris.
Dominique Paillé comme Xavier Bertrand ont déclaré, pour l'UMP, ne pas être sûrs de la nécessité de minarets en France. Cet éveil est un premier pas. Dans ce débat qui s'ouvre, je conseille pour ma part d'écouter l'intellectuel musulman Abdelwahad Meddeb. Dans la revue Le Débat (mai-août 2008) il déclarait, critiquant les minarets "empruntant la forme conquérante d'une érection phallique": "Il nous faut "inventer" des mosquées européennes (...) Concevons une mosquée de l'islam "intérieur" qui doit être celui de l'Europe". Pour lui, c'est à l'islam de "s'adapter" à l'Europe, à sa culture et à son héritage chrétien. Les Suisses ne disent pas autre chose, en demandant à cette religion de respecter, dans ses édifices, l'identité du pays d'accueil. Où est le scandale, sinon chez ceux qui prétendent encore parler au nom du peuple ?

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Le référendum sur les minarets en Suisse

(...) (site endommagé en 2013)
... ont voté pour l'interdiction des minarets. De même que le clocher d'une église ou d'un temple signale, dans nos villes et nos villages, une présence chrétienne, souvent très ancienne, et tout autant religieuse que culturellement admise, de même le minaret est un symbole de l'Islam visible. De même aussi que la construction d'un sanctuaire chrétien ne réclame pas systématiquement l'édification d'un clocher, de même le minaret n'est pas une obligation dans la conception du lieu de culte islamique. D'ailleurs, la plupart des communautés musulmanes en Europe n'en font pas l'objet d'une revendication : il leur suffit de pouvoir se rassembler dans des mosquées ou des salles de prière dignes de leur destination.
Il convient de remarquer que l'usage sonore des minarets, l'appel à la prière par le muezzin, n'est pas en cause dans la problématique helvétique : les quatre tours existant actuellement en Suisse demeurent muettes. Il s'agit donc, clairement, de remettre en cause la visibilité de l'Islam et le symbole apparent d'une force religieuse, politique et sociale. Toute proportion gardée, nul ne propose la destruction des clochers chrétiens, mais la réglementation de la sonnerie des cloches n'a pas toujours eu le louable motif de la tranquillité du voisinage. L'anti-christianisme entre parfois dans le paysage sonore...
Le résultat du référendum ouvre maintenant à la modification de l'article 72 de la Constitution helvétique. L'interdiction de la construction des minarets devrait y être présentée en vue du maintien de la paix entre les diverses communautés religieuses.
Parmi d'autres, nous en relevons quatre enjeux :
De fait, il y a 18 millions de musulmans en Europe. Comment gérer sereinement l'inquiétude qu'ils semblent susciter dans certaines franges de la population ? Comment gérer la peur de l'Islam intégriste et intolérant, assortie de la peur de l'étranger, par ailleurs vieux démon in absentia en Suisse ? (alors que les cantons où il y a le plus de musulmans ont majoritairement refusé la proposition anti-minaret... ).
Une population minoritaire, humiliée et "victimisée" sera toujours plus déstabilisante pour la cohésion d'une nation qu'un Islam respecté et respectable : il appartient aux musulmans authentiques (qui ne sont pas plus "modérés" qu'on le dirait des chrétiens ordinaires) de rassurer le monde occidental dans lequel ils veulent vivre, et de faire quotidiennement la preuve de la compatibilité de l'Islam avec les lois communes de l'Europe.
On atteint présentement les limites de la démocratie et du système du référendum : le plus grand nombre impose sa vision, et c'est l'opinion publique plus ou moins manipulée. En outre, comment en est-on arrivé à l'organisation d'un référendum qui soumette aux citoyens une pareille question sur les minarets ?

Enfin, il faut bien constater la diminution de l'influence des Eglises. Les évêques catholiques et les responsables des Eglises protestantes réformées avaient appelées à voter "non", en stigmatisant "la peur, mauvaise conseillère". Il y a là aussi une réelle inquiétude : convaincus que la parole chrétienne est une nécessité et qu'elle doit avoir sa place dans l'opinion, interrogeons-nous sur sa pertinence, et sur sa réception par le monde. Alors qu'elle semble désirée, comment une parole chrétienne, si elle est juste, peut-elle être entendue efficacement, par les chrétiens, et par le monde ?
Chronique du jour sur la radio Fréquence protestante, lundi 30 novembre 2009

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On n'a pas de gêne à être cocardier quand les Bleus de Dusautoir ratiboisent les Springboks à la régulière. Mais ...quand les Bleus d'Henry filoutent leur qualification grâce à l'incurie de l'arbitrage, il y a quelque indécence à pavoiser. D'autant que l'adversaire, bien meilleur sur les deux matches, portait casaque d'un pays dix fois moins peuplé que la France, et où le football n'est pas le sport le plus couru. Pourtant le public du Stade de France baignait dans le ravissement, les joueurs se congratulaient avec ostentation, Domenech affichait son bonheur, et Sarkozy de même. Certes l'enjeu économique, symbolique et politique était énorme : une coupe du Monde de foot engendre du fric, exorcise des fantasmes et si "ça gagne", procure à l'exécutif des bonus dans les sondages.

On est loin, très loin de l'éthique sportive conçue par la gentry victorienne, relayée par Coubertin. Elle eût suggéré à Henry de signaler sa faute à l'arbitre afin qu'il annule le but. J'avoue mon extrême désuétude : s'il avait eu ce fair-play, qui est l'essence même de la compétition sportive, j'aurais été plus fier d'être français, quitte à renoncer à une qualification que les Bleus ne méritaient pas. Bien évidemment une part de moi-même, la moins honorable, se réjouit malgré tout de leur présence en Afrique du Sud ; ça nous procurera des émotions et peut-être nous vaudra de bonnes surprises tant il semble impossible que ce bleu pâlichon puisse s'affadir davantage.

La télévision a détourné le sport de sa source hellénistique pour l'expatrier dans la Rome impériale des jeux du cirque, avec combats de gladiateurs rémunérés et adulés par les foules. Au terme des carnages, on distribuait du pain, pour conjurer les risques d'émeute. Au "haut niveau", selon l'expression en usage, on en est là ou presque. Les autorités algériennes et égyptiennes n'oseraient pas me démentir, elles ont soufflé sciemment sur les braises de la vindicte, avec la complicité des médias, et il y a eu de la casse au Caire. Le "haut niveau" mondialisé a pris une telle importance dans l'infection des imaginaires qu'à Lyon, Marseille, Grenoble et j'en oublie, un match opposant l'Algérie à l'Égypte à Khartoum a provoqué des bris de bagnoles et des bagarres avec les flics. Aux approches d'un PSG-OM semestriel, il n'est question que de sécurité renforcée (avant) et de comparution devant les tribunaux (après), les giclées de violence des supporters étant tenues pour inéluctables. Ce qui n'empêche pas les médias, chaque fois, de rivaliser de superlatifs, pour bien chauffer à blanc les pulsions belliqueuses. En Afrique, les régimes en mal de légitimité misent leur survie sur les résultats de leur équipe nationale ; ils en escomptent même un surcroît d'identité, également nationale. La Can (coupe d'Afrique des nations) a été inventée pour ça. Certes l'hystérie collective est un exutoire : dans nos contrées où seuls les anciens ont connu la guerre, les fringales d'agressivité, nourries de frustrations en tout genre, se rémunèrent dans les modernes arènes, et autour.

Le "supporter", éventuellement hors sol, a supplanté le citoyen.
Il s'offre une identité de substitution, une religiosité aussi en idolâtrant tel jeune milliardaire qui joue un tout petit peu mieux au ballon que ses coéquipiers. Quitte à le haïr s'il change de club pour quelques millions supplémentaires, comme l'avait prouvé Figo, divinité du Barça devenue pire que le diable quand il avait rejoint le Real. En organisant le négoce de ce paganisme, les marchands du temple jouent peut-être les apprentis sorciers. De même les dirigeants politiques en l'avalisant, non sans cynisme. Jusqu'à quel point de rupture sauront-ils canaliser les remugles qui s'impatientent dans la fièvre des inconscients ? On l'ignore. On se souvient seulement que l'Église, durant l'agonie de l'Empire romain, n'a cessé de dénoncer les jeux du cirque. Puis les tournois au Moyen Âge, parce qu'ils faisaient couler du sang et suinter de la haine. La voici, la haine, à ciel ouvert, et le sang commence à entacher les alentours du stade, et ce n'est sans doute qu'un début. Méfiance donc. J'aime le sport, passionnément, il a compté dans ma vie, sur l'herbe puis dans les travées. Je l'aime encore mais je suis de moins en moins enclin à me laisser piéger par un système qui l'a dénaturé. Je continuerai d'aller au stade, et de regarder les matchs à la télévision, mais plus jamais je ne veux être un supporter. Sauf des Bleus, hélas, car je suis bêtement cocardier. À condition toutefois que leur jeu mérite mon admiration, et qu'ils gagnent sans tricher, comme ceux de Dusautoir.
Paru dans Valeurs actuelles, 26 novembre 2009

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Le moins qu'on puisse dire est que le grand emprunt populaire annoncé annoncé à grand fracas par le chef de l'Etat à Versailles le 22 juin 2009 ne fait pas l'unanimité. Les uns soulignent qu'il vient aggraver un déficit courant de l'Etat déjà abyssal ; les autres que cet argent coûtera plus cher, d'environ 2 %, que celui auquel l'Etat trouve aujourd'hui sur les marchés financiers. Sur le plan de la procédure, le fait que le Parlement soit tenu à l'écart des réflexions sur son utilisation est critiqué, à commencer par les parlementaires eux-mêmes.
Quant au fond, son utilisation est, elle aussi, problématique. Deux ex-premiers ministres, inspecteurs des finances l'un et l'autre, Michel Rocard et Alain Juppé, phosphorent pour faire des propositions à ce sujet. Les nouvelles règles de la concurrence européenne interdisent de l'employer directement à des investissements industriels, comme on le faisait dans les années cinquante et soixante, ce qui aurait sans doute été préférable; or nos équipements publics sont déjà luxueux par rapport à ceux d'autres pays, grâce notamment à des collectivités locales qui ne regardent guère à la dépense. L'investissement immatériel, préférable dans une économie avancée, peut être source de gaspillages. Au demeurant la formation, puisque c'est d'abord de cela qu'il s'agit, ne devrait-elle pas être financée par les recettes ordinaires plutôt que par l'emprunt ?
Est-ce sous le feu de ces critiques que le montant de l'emprunt projeté se dégonfle au fil des jours ? Juppé vient de parler de 20 à 35 milliards d'euros seulement, soit à peine plus que le seul déficit courant de la sécurité sociale.
Il est vrai que si cet emprunt est d'un montant limité et avantageux pour le public, il sera souscrit en très peu de temps, ce qui permettra de le faire apparaître comme un grand succès politique, selon une méthode déjà expérimentée par Balladur premier ministre et Sarkozy ministre du budget à l'automne 1993.
Il se peut donc que la montagne accouche d'une souris.
Il y aurait pourtant bien des choses intéressantes à faire avec un grand emprunt. Nous en mentionnerons deux qui n'ont guère émergé dans le débat public.

La première aurait été, quand la Bourse était au plus bas - ou si elle rechute -, de doter un fonds qui achète massivement des titres pour le compte des caisses de retraite du régime général. Non point que nous pensions que la capitalisation soit la panacée en la matière. Mais un peu de réserves permettraient tout de même d'alléger les charges faramineuses qui pèseront bientôt sur les jeunes générations, en raison de la démographie. Il y a longtemps qu'il aurait fallu faire une opération de ce genre ; il est trop tard pour la faire à grande échelle. Mais un peu vaut mieux que rien et tard mieux que jamais. Puisque la puissance publique a le temps devant elle, autant qu'elle achète des titres quand la Bourse est au plus bas. Ceux qui en ont à vendre ne s'en plaindront pas. Les titres les plus sûrs à racheter seraient ceux des grands services publics privatisés récemment : sociétés d'autoroute ou de télécommunications, aéroports. Par un étonnant paradoxe, c'est aux fonds de pension des Etats-Unis, d'un pays encore plus endetté que le notre, que, pour combler nos déficits, nous les vendons aujourd'hui !
Faut-il préciser que le gouvernement n'a pas du tout pris cette direction ? Un fonds de réserve pour les retraites, doté aujourd'hui de 30 milliards d'euros, avait été créé en 2004 et confié à la Caisse des dépôts. On n'a rien trouvé de mieux que de le mettre à contribution en 2008 pour réduire un peu les déficits courants alors que c'est évidemment le contraire qu'il eut fallu faire.

Une autre utilisation possible d'un grand emprunt national serait de consolider une partie de la dette de l'Etat de telle manière que le jour où l'euro se disloquera et où la nouvelle monnaie nationale se dévaluera de 20 ou 30 %, la charge d'emprunt pesant sur le budget n'en soit pas aggravée d'autant. Tous les économistes sérieux en conviennent : la rupture de l'euro est inévitable compte tenu du déficit croissant de la balance des paiements de la France et de la plupart des autres pays de la zone, en dehors de l'Allemagne. En régime classique, un tel déséquilibre se termine par une dévaluation. L'euro nous donne un large sursis, mais, faute d'un improbable redressement, nous ne faisons que reculer pour mieux sauter : un jour ou l'autre l'ajustement se fera. La Grèce est déjà au bord de la rupture. Veiller à ce que d'une manière ou d'une autre les titres de l'Etat français soient entre les mains de nationaux serait en l'état actuel de choses une sage précaution. Cela impliquerait naturellement un emprunt d'un montant plus significatif que celui dont il est question aujourd'hui.

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Quand le président Obama, futur prix Nobel de la paix, a proposé, d'abord à Prague le 6 avril, puis à New York le 23 septembre 2009, que le monde s'oriente vers un désarmement nucléaire général, il a pris la précaution de rappeler qu'il était favorable à ce que le Etats-Unis ratifient le traité d'interdiction totale des essais nucléaires, ce que la France et la plupart des autres pays ont déjà fait mais pas eux.  Il serait sans doute de mauvais goût de rappeler que sa position ne préjuge pas de celle du Congrès. Il est vrai que les Etats-Unis, disposant de très loin de la première armée classique du monde, ont un intérêt évident à ce qu'aucun autre pays ne dispose de l'arme de dissuasion.
Quand plusieurs personnalités allemandes lancent un appel analogue, cela non plus n'a rien d'étonnant venant d'une puissance non nucléaire. L'Allemagne verrait abolir, par une telle décision, la  grande discrimination qui résulte de sa défaite de 1945.
On est en revanche plus étonné que deux ex-premiers ministres français proposent  la même chose dans un appel récent publié par un grand quotidien du soir (1). Tous deux y expriment "le voeu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités... ". Ses amis socialistes savent Rocard prêt à se précipiter sur toutes les lubies. Mais on pensait Juppé plus prudent. A supposer qu'un tel processus aboutisse un jour (mais qui peut croire que la Russie, la Chine ou l'Inde y souscrivent jamais ?), un pays comme la France subirait une diminutio capitis  plus importante que d'autres, plus que tous ses partenaires européens en particulier. Elle bénéficie aujourd'hui, face aux Etats-Unis et à la Russie du "pouvoir égalisateur de l'atome", alors qu'elle est, parmi les grands pays nucléaires, celui dont l'armée classique est la plus réduite. Tel ne serait plus le cas dans un monde dénucléarisé.
A supposer, ce qui est évidemment le plus probable, que le processus n'aboutisse pas, le risque est cependant, qu'à force de déclarations de ce genre, l'opinion française s'habitue à l'idée de renoncer à notre arsenal nucléaire et que, par quelque mouvement d'idéalisme inconsidéré, comme on en trouve tant dans notre histoire, un gouvernement décide un jour que la France doit montrer l'exemple du désarmement même sans être sûre qu'on la suivra. Les Etats-Unis auront ainsi joué le rôle de ces spéculateurs à la baisse (bears) qui créent un mouvement de fuite de telle ou telle valeur mais la rachètent à temps pour laisser les petits porteurs - la France en l'occurrence - seuls déplumés.
Il ne faut pas seulement considérer les intérêts de la France mais aussi ceux de l'ensemble de la planète. Une des raisons pour lesquelles l'idée d'une renonciation générale à l'arme atomique est lancée est la crainte d'une prolifération générale.

Une prolifération limitée
Même si l'évolution récente d'un conflit comme celui de l'Inde et du Pakistan semble l'étayer, nul n'est tenu d'adhérer à la thèse chère au général Gallois, du pouvoir non seulement égalisateur mais aussi pacificateur de l'atome, ce qui veut dire que la dissuasion aidant, les pays qui se dotent de l'arme nucléaire sont contraints de devenir raisonnables à partir du moment où leurs ennemis en disposent également. On peut considérer en effet que cette idée ne vaut que pour les grands pays, pas pour quelque petit Etat tyrannique (mais aurons nous jamais pire que la Corée du Nord qui vient de se doter de la bombe ?) ou pour des groupes terroristes qui auraient réussi à mettre la main sur une arme nucléaire.
Reste ce fait pas assez souligné que la diffusion de l'arme atomique n'a pas le caractère galopant qu'on lui prête généralement. De grands pays ayant disposé de cette arme l'ont abandonnée : l'Afrique du Sud, l'Ukraine, le Kazakhstan. Les pays d'Amérique latine y ont renoncé collectivement : si on met cette région du monde en parallèle avec l'Asie du Sud, on a là la preuve que c'est le conflit qui est premier et non la course aux armements : pas de conflit, pas de prolifération. Or en dehors de l'Iran, qui cherche aujourd'hui sérieusement à se doter de l'arme nucléaire ? Le monde arabe verrait certes d'un mauvais oeil d'être privé d'une arme dont deux pays musulmans non arabes seraient dotés, mais lequel d'entre eux se trouve aujourd'hui de près ou de loin à même d'accéder au savoir faire atomique ? Ne parlons pas de l'Afrique noire. L'Indonésie et le Vietnam ne semblent pas y aspirer. Restent le Japon, la Turquie et les grands pays non nucléaires d'Europe occidentale : même si on peut penser qu'il ne durera pas éternellement, aucun changement du statu quo n'est en ce qui les concerne à l'ordre du jour. Entre les pays qui pourraient se doter de l'arme nucléaire mais y ont renoncé et ceux qui voudraient s'en doter mais ne le peuvent pas, les risques de prolifération paraissent  aujourd'hui limités.

Enfin il n'est pas dans les habitudes de notre vieille humanité de se dessaisir volontairement d'une technique qu'elle maîtrise, même létale. Cela n'aurait en tous les cas aucun précédent. Le faut-il d'ailleurs ? L'hypothèse qu'une météorite se dirigeant vers la terre, du genre de celle qui fut, dit-on, fatale aux dinosaures, ne puisse être déviée que par la coalition, dûment ciblée, des puissances nucléaires n'est après tout pas à exclure !
(1) Le Monde, 15 octobre 2009

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L'égalité des conditions est une belle chose : que le système éducatif permette à chacun de s'élever selon ses mérites, même s'il vit dans un environnement familial et social décourageant. On en a tiré la conclusion (pensée linéaire) que tous doivent recevoir en fin de compte les mêmes diplômes : pas de classes de niveaux, le bac pour 80% des élèves, l'entrée à l'université pour tous. Et dès qu'on parle de sélection, les banderoles se préparent déjà : le ministre, fusible du chaos, peut faire ses bagages.

Dès lors une masse d'élèves parviennent au bac confondant le nom et l'adjectif, et prenant le Pirée pour un homme. Une masse d'étudiants terminent leurs études supérieures sans avoir lu sérieusement un seul livre classique. Au bout du compte, au moment d'entrer dans le monde professionnel, c'est la vie qui sélectionne, et violemment, laissant des victimes ahuries et frustrées. Quant au 20% qui ont raté le bac, ils se considèrent (à tort) comme des crétins définitifs : une livraison d'enfants pour le malheur.
Mais la réalité est encore plus tordue que cela. Car la sélection existe bien dans les grandes écoles. Et là, personne ne la fustige. C'est que nos idéologues ne veulent pas subir eux-mêmes les aberrations de leur système. L'égalitarisme est fait pour les enfants des autres, qui servent de chair à canon à la bien-pensance. Les classes de niveaux sont instaurées en catimini, et sous des appellations hermétiques, pour les fils de l'élite sermonneuse. Quelques lycées de haut vol instruisent les esprits de la nomenklatura, avec discrétion, et mépris de la carte scolaire que par ailleurs les mêmes louent avec emphase. Ainsi, on prône l'égalitarisme, parce qu'on ne peut pas se dédire. Mais enfin, il faut bien que nos enfants appartiennent à l'élite vraie, celle qui passe par une sélection.
Quand l'idéologie régnante cessera t-elle de détruire les jeunes coeurs pour se donner le sentiment d'avoir encore raison ? La majorité des enfants de France sont les otages malchanceux d'une poignée d'idéologues attardés, qui, autrefois stupides, aujourd'hui sont devenus cyniques.

Paru dans Le Figaro Magazine, 21 novembre 2009

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Les parents d'un soldat français mort au combat en Afghanistan portent plainte contre l'armée. Ils estiment que leur fils a été abusivement exposé par sa hiérarchie et exigent réparation. On comprend leur douleur, on peut comprendre leur colère. Il est fort possible que leur fils ait été victime de l'incurie d'un gradé : il y a des précédents, hélas, en nombre presque illimité. C'est le principe même de la plainte qui paraît contestable et à terme dangereux. Un soldat professionnel accepte par définition de risquer sa vie et d'obéir à ses chefs, quelque jugement qu'il puisse porter en son for sur leurs ordres.
L'air du temps incite à la judiciarisation tous azimuts, elle harcèle les médecins ; les sportifs et les enseignants sont dans sa ligne de mire. En avalisant cette démarche, la justice créerait un précédent fâcheux pour nos forces armées. Elles sont engagées en Afghanistan, auprès de nos alliés, dans une aventure difficile. On peut contester l'opportunité de leur présence et militer pour leur retrait. Mais le "risque zéro" n'existe que dans la sphère des abstractions idéales : toutes les guerres font couler le sang, et toute initiative sur un champ de bataille est hasardeuse. Avec le recul, certaines nous paraissent inconséquentes, d'autres complètement absurdes. À la guerre, on meurt toujours bêtement. C'est l'honneur de nos démocraties d'exposer les vies de leurs soldats aussi parcimonieusement que possible. Les talibans n'ont pas ces scrupules. En revanche, ils manipulent volontiers les nôtres, sachant combien les opinions publiques occidentales sont faciles à ébranler. À cet égard, la recevabilité de la plainte en question serait pour eux une aubaine.

Paru dans Valeurs actuelles, 19 novembre 2009

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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