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Un des paradoxes du gouvernement Sarkozy est qu'en prétendant mépriser ouvertement l'énarchie et la technocratie, il se trouve sans doute, dans sa politique de réforme, plus que tous ses prédécesseurs, tributaire des idées de celles-ci, parfois pour le meilleur, généralement pour le pire. On savait déjà que si les énarques étaient peu nombreux au gouvernement, ils peuplaient plus que jamais les cabinets ministériels. Mais le fond du problème n'est pas là : l'affaiblissement intellectuel de la classe politique la rend désormais incapable de contrôler la qualité des projets issus des services, d'autant qu'au sein de ceux-ci - même à l'Elysée -, on ne trouve plus guère de ces grands serviteurs de l'Etat qu'un bon sens supérieur armait jadis contre les idéologies et les modes.
Quand on demande aux services des ministères un projet de réforme par jour, il faut s'attendre à ce qu'ils sortent des placards tous les rossignols accumulés au cours des années, jugés jusque-là inapplicables ou contre-productifs. C'est cette méthode sans doute qui nous a valu la réforme de la carte judiciaire, le rapprochement police-gendarmerie, la taxe-carbone, le lycée à la carte, la fusion des universités (un des critères du stupide classement de Shanghai étant le nombre d'étudiants !) etc.
Mais rien n'illustre mieux la  technodépendance de l'administration Sarkozy (si on nous pardonne cet américanisme) que la loi de réforme des collectivités territoriales actuellement en discussion au Parlement. Non point tant sur la question région/département qui relève d'une logique politique, voire  politicienne, que sur son autre volet resté jusqu'ici au second plan mais peut-être plus décisif : la réforme communale

Une vieille lubie
Depuis quarante ans, règne dans la haute administration, mais aussi dans une partie des élites parisiennes, celle qui a perdu le contact avec le terrain, l'idée, absurde quant au fond, que nos 36 682 communes seraient un archaïsme insupportable et un handicap au développement de notre pays.
Certaines associations de contribuables, peu au fait des réalités locales, y voyaient même une source de gaspillage, oubliant que sur les 558 000 élus que compte la France, 450 000 sont bénévoles.
En fait, aucun  créateur de richesse quel qu'il soit (chef d'entreprise, agriculteur, artisan) ne s'est  jamais plaint du morcellement communal ; au contraire, il fut longtemps source du principal avantage comparatif, aujourd'hui perdu, du monde rural : un faible taux de taxe professionnelle.
La volonté obstinée de la haute administration de réduire le nombre des communes est, typiquement, la solution à un problème qui ne se posait pas. Les multiples syndicats intercommunaux permettaient à ces communes de coopérer autant qu'elles le voulaient dès lors qu'elles avaient la nécessité de le faire (pour gérer l'eau, l'assainissement, les écoles, l'élimination des déchets, un équipement sportif, voire une zone industrielle). Plus la commune était petite, moins elle coûtait (per capita naturellement) à la nation, du fait de la parcimonie des élus de ces communes mais aussi du dévouement de la plupart des secrétaires de mairie, rarement avares de leur temps et toujours prêts à aider une personne âgée à débrouiller ses problèmes de sécurité sociale, même si cela n'entrait pas dans leurs attributions.
Ces 36 000 petites républiques, héritières d'une longue histoire, furent longtemps une école de démocratie et un exemple d'administration de proximité. Si une partie du monde rural connaissait et connaît encore des problèmes économiques, il est facile de voir que les structures administratives n'y sont pour rien. Et à vrai dire, personne ne demandait rien, sauf une haute technocratie désireuse de mettre la France au carré ou de se rapprocher des autres pays, qui, en raison d'une histoire différente ont, c'est vrai, généralement  moins de communes.
Comme un regroupement brutal (tel que les habitants de certains länder allemands durent le subir) eut été difficilement accepté dans notre pays, on décida de procéder de manière détournée. Depuis dix-huit ans, chacune des lois touchant à l'organisation des collectivités territoriales contient des dispositions tendant  à vider de leur substance les communes, petites et grandes : c'est avec la loi Joxe du 6 février 1992 que la mécanique s'est mise en marche, puis il y eut la loi Pasqua (1995), la loi Chevènement (1999). La seule pause de ce rouleau compresseur impitoyable fut la loi Raffarin de 2005 qui, par exception, ne toucha pas à la commune. Las, avec le projet actuellement en discussion au Parlement, le mouvement a repris sa marche inexorable.
Les communes furent dès 1992 encouragées à s'intégrer dans des "communautés de communes" (ou en zone urbaine, "communautés d'agglomération" : on admirera au passage l'élégance de ces expressions).  Théoriquement libres d'adhérer, les petites communes furent soumises à une forte pression des préfets pour le faire; il fut même établi en 1995 que les dotations de l'Etat seraient proportionnelles au degré d' "intégration financière" des "intercommunalités".
D'un système, annoncé au départ comme une mise en commun de moyens et de projets, on passa ainsi très vite à un mécanisme d'intégration, tenu pour une fin en soi. Non seulement ce dispositif n'entraîna nulle part de vraie réflexion sur l'aménagement du territoire, mais, pire, il fut le départ d'une multiplication de projets dispendieux souvent peu utiles et d'une explosion des dépenses de fonctionnement. Les nouvelles entités furent l'occasion de construire des "hôtels communautaires" (alors même qu'on continuait à rénover les mairies) et de recruter massivement du personnel.

Vers "l'évaporation" des communes ?
La question communale est  le domaine par excellence de l'hypocrisie : sans aller jusqu'à reprendre les propositions de la  commission Balladur qui prévoyait l' "évaporation" des communes dans les institutions intercommunales, le projet de loi  actuel contient toute une série de dispositions qui  tendent sournoisement au même résultat. Elle met en place les armes qui permettront de donner bientôt le coup de grâce à la commune.  Le principal est le principe de l'élection au suffrage direct des délégués communautaires de tout niveau dont on comprend que, combiné avec l'incitation financière à l'intégration déjà à l'oeuvre, il privera rapidement de toute raison d'être maires et conseils municipaux. Mais ce n'est pas tout : le poids des petites communes dans les conseils communautaires doit être diminué, la création de "communes nouvelles" résultant de la fusion de celles qui existent sera facilitée et encouragée, la "rationalisation de l'intercommunalité" ne laisserait subsister, selon certains préfets, que trois ou quatre entités par département ; enfin le pouvoir de police du maire pourra être transféré aux exécutifs intercommunaux.
Comme le dit Jean-Claude Peyronnet,  sénateur socialiste de la Haute-Vienne, élu rural s'il en est, "Il est vrai qu'il n'est nulle part écrit que l'on va supprimer les communes. Au contraire, chacun se pose en défenseur de la proximité et y va de sa louange aux maires et aux conseillers municipaux de notre pays. Pourtant, notre conviction profonde est que cela ne correspond pas à la logique de ce texte. Il en va de même pour les départements : en dépit de l'attachement unanimement proclamé à cet échelon territorial, nous pensons que leur suppression est inscrite en filigrane dans le projet de loi, d'ailleurs inspiré par le rapport Balladur, lequel évoque l' "évaporation" des départements et prône en outre clairement la constitution de "communes nouvelles". Ne subsisteraient alors plus que deux niveaux : l'intercommunalité et les communes nouvelles, d'une part, la région, d'autre part. (…) Il ne sera (certes) pas très facile de créer des communes nouvelles. Cependant, imaginez que l'on mette en place une incitation financière, comme en prévoyait la loi Chevènement (…) et, si elle se conjugue à un étranglement budgétaire des communes, les maires se précipiteront dans une voie qui mènera à la disparition de celles-ci. Telle est, j'en suis convaincu, la logique ultime du présent projet de loi."
Dans les agglomérations, la création des métropoles et pôles métropolitains, suit le même principe de l'éradication des entités historiques que sont les communes au bénéfice d'entités nouvelles, ayant elles, certes, quelque rationalité géographique mais dépourvues d'histoire.

La complicité des grands élus
Pourquoi cette question, en fait beaucoup plus importante que celle du département, n'a t-elle guère été médiatisée jusqu'ici ?
La principale raison est qu'elle intéresse moins la "caste des 500", les grands élus, députés, sénateurs, présidents de conseils régionaux et généraux, lesquels ont au contraire trouvé au fil des ans dans l'intercommunalité un moyen de conforter leur emprise "féodale" sur les petits maires, toujours grands électeurs.
Ensuite parce que le mouvement de réduction des communes étant déjà largement entamé, beaucoup de maires s'y sont déjà résignés.
Mais aussi parce que, sous la façade unanimiste de l'Association des maires de France (AMF), les maires sont divisés : les maires des grandes villes, ceux des villes moyennes, des petites villes, les  maires ruraux, les présidents de communautés, qui ont les uns et les autres leur association, n'ont pas les mêmes intérêts et ont du mal à trouver un langage commun. Les plus petits ont été priés de se taire et les structures communautaires ont permis de créer de nombreuses présidences et  vice-présidences lucratives qui ont arrondi les indemnités d'un certain nombre d'entre eux.
Reste que le malaise est grand. Il s'était déjà exprimé au congrès des maires de France début décembre. Pour désamorcer la fronde, un panel d'un demi-millier de maires - où les "forts en gueule" avaient été à dessein inclus - fut reçu à l'Elysée. Avec l'audace qu'on lui connaît, le président annonça que le projet avait pour but de "renforcer la commune" ! Beaucoup, sous les lambris, éblouis par la magie du lieu, semblent l'avoir cru.
Le malaise n'en demeure pas moins. Au moins deux associations ad hoc, dont l'une s'appelle Touche pas à ma commune, plus libres de leur manoeuvre que les "institutionnelles" partie prenantes à l'AMF, se sont constituées pour organiser la résistance des maires qui ne veulent pas attendre passivement leur disparition.

Des partis hésitants
C'est dans ce climat d'ambiguïté qu'a commencé au Sénat une discussion qui promet d'être longue.
Ambiguïté renforcée par le caractère transversal des clivages. Le parti socialiste, notamment Pierre-Yves Collombat, sénateur du Var et président de l'Association des maires ruraux, a, pour contrer le gouvernement, pris la défense de la commune, mais il est gêné aux entournures par le fait que c'est la gauche qui en 1992 avait lancé le mouvement de l'intercommunalité. Michel Charasse, désormais libéré de toute allégeance politique et défenseur particulièrement ardent des petites communes ne manque d'ailleurs pas de le rappeler.
La droite est sans doute aussi attachée à la commune mais l'allégeance au gouvernement, lui-même étant, comme on l'a vu, à la traîne des services du ministère de l'intérieur, l'oblige à défendre un projet de loi sur lequel le chef de l'Etat s'est engagé.
Dans cet embarras le Sénat a tenté d'arrondir les angles, écartant par exemple les incitations financières ou la fusion forcée d'une commune avec d'autres, au risque de faire perdre au projet encore un peu plus de sa cohérence. Mais il a déjà voté le principe décisif de l'élection au suffrage direct des conseils communautaires, à la campagne comme à la ville.

Perte de repères

Dans une société qui perd ses repères, est-il donc si nécessaire de détruire un des plus anciens qui soit, le cadre communal, de transformer des entités historiques dont certaines ont plus de 2000 ans d'âge en lieux-dits, de remplacer, car c'est bien à cela qu'on aboutira, un demi-million de bénévoles par des fonctionnaires ?
Toute la mécanique que nous venons de décrire repose sur l'illusion de la fausse modernité, propre à toutes les bureaucraties. Le temps n'est peut-être pas loin où l'on comprendra enfin que la réduction d'un facteur dix ou d'un facteur cent du nombre des communes  est aussi "moderne" que l'était la construction de cités en béton de Sarcelles dans les années cinquante, ou pour parler encore plus brutalement, relève de la même logique idéologique qui animait Nicolas Ceaucescu quand il ambitionnait raser les villages roumains pour les remplacer par des blocs HLM ? S'il faut à toute force regrouper des communes trop nombreuses, pourquoi, tant qu'à faire, ne pas regrouper aussi les familles ?
Aucun intérêt majeur n'est en jeu. Le facteur décisif de la réforme n'est rien d'autre que l'incapacité de la strate politique de prendre ses distances à l'égard des lubies et de l'esprit de système des services. Or c'est la première fois que, même si elle ne le fait pas frontalement, la politique réformatrice de Sarkozy s'attaque à une institution aussi ancienne et aussi enracinée que l'est la commune. Il n'est pas certain qu'il ait encore gagné la partie.

Paru dans Marianne, 3 février 2010

Publié dans En France
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(...) (site endommagé)
reviennent sur les écrans, après Idi Amin Dada et Hitler ces dernières années. Comment les comédiens se chargent-ils de ces grands monstres de l'histoire ? Comment font-ils abstraction de tout jugement moral ? Les incarner n'est pas anodin, comme s'aventurer au coeur des ténèbres
On n'attendait pas André Dussollier en Staline. Et la première fois qu'on le voit apparaître dans Une exécution ordinaire de Marc Dugain
(sur les écrans mercredi), il faut un peu de temps pour le reconnaître sous la silhouette massive du Petit Père des peuples. L'acteur fin et sensible au profil de Donatello qu'on retrouve jeune dans Extérieur, nuit de Jacques Bral, ressorti cette semaine, a pris suffisamment de bouteille pour se sentir libre aujourd'hui d'étendre et d'étoffer son registre jusqu'à cette composition du tyran soviétique.
Une autre figure d'autocrate russe sanguinaire est également à l'affiche dans Tsar, de Pavel Lounguine : Ivan le Terrible (Piotr Mamonov), que Staline avait pris pour modèle. Interpréter un grand monstre historique est un défi de choix pour un comédien. Forest Whitaker s'est battu pour avoir le rôle d'Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d'Écosse, qui lui a valu l'oscar. Le réalisateur, ­Kevin McDonald, ne croyait pas le doux acteur noir américain capable des explosions de violence du dictateur ougandais.
En revanche, Bruno Ganz a hésité à devenir Hitler 
dans La Chute d'Oliver Hirschbiegel : son fils l'assurait que le rôle allait lui coller à la peau. Et, de fait, les polémiques n'ont pas manqué à la sortie, accusant le film d'"humaniser" Hitler. Mais, a dit Bruno Ganz, "à la fin mon orgueil d'acteur l'a emporté. Je voulais savoir si j'étais capable de rendre plausible et compréhensible ce personnage réputé injouable". En dehors du travail propre à l'acteur, jouer un monstre n'est pas anodin. C'est un peu s'aventurer au coeur des ténèbres.

Il y a d'abord une approche extérieure, documentaire. Lire beaucoup, étudier les faits et le contexte historique. Bruno Ganz s'est plongé dans les témoignages de première main des proches du Führer, sa secrétaire, l'architecte Albert Speer, et dans les ouvrages de l'historien Joachim Fest, base du scénario de La Chute. Le savoir abstrait se concrétise alors peu à peu. L'acteur explore la personnalité de son modèle en s'appropriant son comportement.
"C'est une forme de "behaviorisme", explique André Dussollier. Le physique commande la psychologie. J'ai commencé par chercher des documents. Il y a assez peu de films d'archives sur ­Staline, mais on m'a donné des discours qui le montrent sur l'estrade, et je me suis appuyé sur ces images. On le voit toujours dans la même position physique, la tête un peu en arrière, l'oeil guettant sa proie. Ses discours sont cinglants, ses gestes brutaux. Il n'y a aucune civilité dans cet homme dur, lourd, violent, terriblement prédateur. J'ai commencé à construire le personnage à partir de cette attitude, de petits détails, avant le texte."
Puis les maquilleurs sont entrés en scène, réalisant de fines prothèses pour le nez, la bouche, la joue, la paupière. À la costumière, Dussollier a demandé de remplir le bas de son pantalon de billes de plomb, pour alourdir son pas. Pour dire le texte, l'acteur a adopté "cette voix monocorde, qui peut demander un morceau de pain ou commander un assassinat sur le même ton", parachevant ainsi la composition d'"un bonhomme pataud et terrifiant".
Forest Whitaker s'est imprégné du documentaire de Barbet Schroeder sur Idi Amin Dada. Il l'a vu et revu pour attraper son modèle en action, "pour faire tout entrer en moi comme des ingrédients qui se mélangent dans un contenant". Bruno Ganz est allé étudier dans un hôpital les tremblements caractéristiques des parkinsoniens ; il a entendu des enregistrements privés de Hitler, où son timbre est beaucoup plus "sympathique" que dans ses discours. D'ailleurs, "ses secrétaires, et elles ne sont pas les seules, décrivent Hitler comme un être timide, aimable, courtois", note-t-il. "'C'est un peu comme un millefeuille, résume Dussollier. On accumule les notations."
Piotr Mamonov, interprète de Tsar, a pour sa part une approche plus intuitive. Musicien et chanteur de rock, il a connu l'alcool et la drogue avant de se convertir. C'est un familier de tous les excès. Sa maigreur extrême, son visage émacié au regard intense sont déjà des paroxysmes. Avant de faire flamboyer la cruauté mystique d'Ivan le ­Terrible, il a joué un moine ascète et thaumaturge dans L'Ile, le précédent film de Pavel Lounguine, avec le même sens de l'absolu, qu'il soit terreur ou bonté. Il mélange directement sa culture historique et son âme russe. Dans le sombre tsar, il voit un enfant malheureux, que le pouvoir a dévoyé.

Dans ce travail de composition, les acteurs insistent sur la nécessité de faire abstraction de tout jugement moral pour entrer dans la complexité et les contradictions de ces chefs déments : "Je voulais faire vivre Amin Dada sans le juger, dit Whitaker. C'était un homme extrêmement intelligent, instruit, polyglotte. Et aussi un joyeux compagnon. Et un monstre sous d'autres aspects."
"J'ai d'abord dû mettre ma propre morale de côté pour comprendre la façon de penser de Hitler, et ses motivations, explique de son côté Bruno Ganz. Ce n'est pas possible d'y arriver en passant par la haine et la froideur." L'acteur considère son modèle comme "un fou sans consistance, étrangement vide. Chez lui cohabitaient le petit criminel minable et des attitudes messianiques".
Mais cet effort de compréhension intime de la personnalité des grands monstres mène les acteurs dans des régions profondément troubles et ténébreuses de l'être. Et ils n'y accèdent pas sans crainte. "J'ai eu peur, mais je me suis laissé aller avec le personnage", dit Forest Whitaker. "J'ai fait appel à tout mon courage pour donner un visage humain à Hitler, dit Bruno Ganz. Tous les tyrans, hélas, ne sont-ils pas aussi des hommes qui caressent leur chien et embrassent leurs femmes ?" Et il a éprouvé le besoin de se protéger, de mettre entre Hitler et lui sa propre identité, et son passeport suisse.

À ce stade, il est certain que les acteurs sont des explorateurs qui se risquent à faire l'expérience de notre complicité avec le mal, avec l'abus de pouvoir et le vertige criminel. Répulsion et fascination mêlées. "C'est terrible à dire, dit André Dussollier, mais cela fait exprimer des choses fascinantes et inquiétantes. Il y a une jouissance de la toute-puissance. Quand on joue, on oublie la réalité. Heureusement, l'acteur a les limites de son métier. C'est un rôle dont il va sortir." Staline, lui, était un comédien qui ne sortait pas de son rôle, et qui a théâtralisé la violence politique et le crime de masse sur la scène du monde.
En frayant avec les grands monstres, les acteurs se retrouvent en quelque sorte aux avant-postes de la violence qui est au fond de l'homme. S'ils peuvent la déceler en eux, c'est qu'elle existe en tous à l'état latent. En ce sens, les comédiens alertent la conscience. Pas plus que les spectateurs, ils ne se confondent avec les criminels exceptionnels qu'ils interprètent. Mais il leur faut trouver en eux les points de contact entre l'humanité ordinaire et ces expressions démentielles du pouvoir. "Il faut aller jusqu'à l'horreur quand on se connaît", disait Bossuet.
Piotr Mamonov, magnifiquement serein, ne s'en étonne pas. Ne s'en inquiète plus. Sur le tournage de Tsar, quand il interrompait les exploits sanguinaires d'Ivan le Terrible pour se retirer dans sa ­loge-caravane, il ne méditait pas sur le mal, mais sur l'amour. Une conversation avec lui ressemble à une homélie sur l'impérieuse nécessité de répandre partout l'amour et la bonté. C'est le meilleur garde-fou.

Paru dans Le Figaro, 30 janvier 2010

Publié dans A tout un chacun
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Une nation appauvrie ; un État faible : ce constat ressort, cette semaine, d'une série de faits alimentant le récurrent pessimisme des sondés face à l'avenir. Lundi soir, sur TF1, onze Français, la plupart confrontés aux difficultés des fins de mois, ont pu interpeller le chef de l'État au nom de l'opinion publique. Plus tôt, la République venait d'être mise en échec par 124 clandestins, Kurdes de Syrie, débarqués par des négriers sur une plage corse avant d'être libérés par des juges pour être soignés, nourris, logés aux frais de la collectivité. "Je ne laisserai pas la France désarmée", a promis Nicolas Sarkozy. Désarmé : le mot juste.
Le sentiment d'abandon, souvent rappelé ici à fin de mise en garde, est devenu palpable. La critique présidentielle contre les banquiers, mercredi à Davos, n'éteindra pas si vite les ressentiments. Ils se liront, aux régionales, dans les abstentions et les votes protestataires. Comment croire, en effet, les citoyens rassurés par les déficits de leur système de santé ou d'aide sociale, qui continue d'attirer la misère du monde avec les encouragements des belles âmes ? Comment les imaginer faire soudainement confiance à un monde politique impuissant à résoudre la paupérisation de la classe moyenne et la perte d'autorité des lois ?
Entendre Michel Rocard, lundi, accuser Éric Besson de suivre une politique d'immigration "qui n'est pas à l'honneur de la France" en tressant des lauriers aux magistrats qui relâchent ceux qui ont jeté leurs papiers à la mer donne une idée du persistant angélisme des élites. Alain Juppé est sur le même nuage quand il estime que le débat sur l'identité ne vise qu'à exprimer "l'islamophobie". Ces personnalités sont des aubaines pour les passeurs qui rançonnent ou pour les islamistes qui prônent la burqa. Ceux-là savent utiliser les failles des lois et des droits de l'homme.

C'est à ce coup de main que se sont prêtés des juges des libertés et de la détention. Ils ont libéré les Kurdes, qui ne seraient pas maltraités en Syrie et qui ont pu débourser 10 000 dollars chacun pour leur périple, en arguant qu'ils n'avaient pas été placés d'abord en garde à vue. Mais des magistrats instructeurs relâchent aussi des coupables présumés, pour contester cette même procédure. À quoi rime donc ce jeu sinon à déstabiliser l'État ? C'est la législation qu'il faut adapter. En renonçant, hélas, aux bons sentiments.

La République tenait, avec la burqa, l'occasion de démentir sa faiblesse, en se disant, d'une même voix, opposée à cet étendard obscurantiste qui la nargue. C'est l'effet inverse qui est résulté, mardi, des conclusions cacophoniques de la mission parlementaire sur le sujet. Sous le prétexte de ne pas stigmatiser les musulmans (mais personne ne se préoccupe de la persécution des chrétiens en terres musulmanes), la gauche ne se résout pas à interdire ce signe revendicatif d'une idéologie sexiste et totalitaire. Les "consciences" prétendument voltairiennes capitulent devant les provocations islamistes. Mardi, l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, a été leur cible pour avoir soutenu l'interdiction du voile intégral et être proche de la communauté juive. Or les people préfèrent pétitionner dans Libération pour les sans-papiers, tandis que le comique Jamel Debbouze dénonce le "racisme" des antiburqa.

"Ce qui est gravissime, c'est la complaisance d'une partie de la gauche", estime le président de la mission parlementaire, le communiste André Gerin, lâché par son parti, anticlérical, dans sa description d'une talibanisation de certains quartiers. La capitulation gagne ceux qui, au nom de l'apaisement, refusent de résister à l'islam politique qui en appelle à la tolérance démocratique quand cela l'arrange et la refuse au nom de ses propres règles. Les chrétiens ne se disent pas humiliés par la République quand celle-ci dresse ses listes noires de sectes issues de leur religion ; pourquoi faudrait-il que les musulmans se sentent victimes d'une "haine" quand de semblables dérives, autrement plus dangereuses que la Scientologie, mobilisent le législateur ? C'est pourtant ce que soutiennent les néofondamenlistes et les bons apôtres, leurs idiots utiles. La droite assurera-t-elle le rebond espéré ?

Le PS, par la voix de Jean-Marc Ayrault, a atteint des sommets dans l'hypocrisie et la lâcheté en conditionnant, mardi, son approbation de la résolution contre la burqa à l'abandon préalable du débat sur l'identité nationale. Courage, fuyons les sujets difficiles
! Pour sa part, à peine Martine Aubry avait-elle, sur le dossier des retraites cette fois, donné dimanche le sentiment de s'extraire du dogme du départ à 60 ans pour aller "vers 61 ans ou 62 ans" qu'elle s'empressait de revenir s'incliner devant le vieux totem. À dire vrai, la droite n'est guère plus audacieuse que la gauche en la matière. Alors que le système par répartition est à bout de souffle (en 2050, il ne restera qu'un cotisant pour un retraité) c'est ce mécanisme qu'a défendu le président, lundi. Le jour même, L'Humanité reconnaissait que "la peur d'une défaillance du système des retraites pousse 53% des jeunes de moins de trente ans à s'orienter vers la capitalisation". Mais, même de ce dernier mot, la République a peur...

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(...) (site endommagé en 2013)
à l'issue des négociations manquées de Copenhague, pleurait la disparition annoncée du Lac Tchad.
C'est maintenant un fait acquis irréversible : dans vingt ans cette mer intérieure aussi vaste que la Sicile aura disparu. Et tout continue comme si de rien n'était. Nous courons de plus en plus vite au-devant de pénuries catastrophiques des ressources planétaires (non seulement le pétrole, mais aussi les métaux, les sols, l'eau) avec les guerres qu'elles déterminent déjà. Nous courons aussi au devant de pollutions massives et nocives (s'il n'y avait que le CO2 !), qui détruisent notre habitat terrestre et déterminent déjà des exodes de populations entières. Que dire de tout cela ? Peut-être simplement que nous ne savons pas ce que nous faisons. Nous ne sentons plus ce que nous faisons, nous sommes insensibles, ou impuissants, sans doute irresponsables, incapables de prendre nos responsabilités. Le plus grave est que certains "climato-sceptiques" (ou climato-cyniques ?) s'en réjouissent. Et pourtant, une économie plus "verte" serait l'occasion d'un virage technologique majeur et fécond. Mais comment désormais confier le traitement de ces questions aux automatismes capitalistes du marché, qui ne voient des passions humaines que la cupidité et la paresse, les intérêts immédiats. Et puis l'exigence d'une société plus fraternelle à l'échelle de l'humanité serait l'occasion d'une réinvention de la politique, du concept même de "cité" humaine. Mais comment confier une telle ambition à des hommes politiques qui ne sont souvent plus que des "hommes d'affaires", dont chacun ne sert que les intérêts corporatistes de son peuple, les passions les plus ignobles de nos "après nous le Déluge" !
Bref ! la société civile ne peut plus compter que sur elle-même pour changer de cap. C'est une question de survie, et nous voici au pied du mur. Diviser au moins par quatre notre consommation de viande, c'est possible. Cesser de prendre l'avion pour des vacances outre-mer de rêve, c'est possible. Cesser complètement d'acheter de l'eau dans des bouteilles en plastique, c'est possible. Nous déprendre peu à peu de la dose (toxique) de déplacement dont nous avons besoin pour être heureux, c'est possible. Et bientôt sans doute refuser d'acheter les produits des pays qui ne respectent pas les conventions environnementales, relocaliser l'économie, c'est possible. Il ne s'agit pas seulement de possibilités héroïques, quasi-franciscaines : on verra vite que le nouveau mode de vie sera bien meilleur. Mais dans tout cela c'est encore et seulement le consommateur que j'interpelle.
Or le fond du problème est civique : il nous faut être d'autant plus de bons citoyens du monde qu'il n'y a pas de cité planétaire qui nous impose ses lois. Nous devons nous déplacer pour nous sentir responsables de tout ce qui est vulnérable et fragile au monde, dans les générations et les mondes lointains comme à nos pieds - nous sommes attentifs au lointain mais ne regardons pas assez ce qui est tout proche de nous. Et la question n'est pas seulement économique ni politique, mais c'est une question de foi, de confiance. Confiance dans nos capacités à agir, à sentir. Confiance au monde, qui n'est pas un monde de matière mauvaise, mais une création bonne : "Dieu a tant aimé le monde", dit l'Evangile, que la moindre des choses est bien de l'aimer nous-mêmes, puisqu'il nous a été ainsi confié.

Midi-Magazine sur la radio Fréquence protestante, lundi 28 décembre 2009

Publié dans De par le monde
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(...) (site endommagé en 2013)
auteur jusqu'à présent d'un ouvrage sur la société de consommation, fera parler de lui. Ici, il s'attache à démanteler un préjugé. S'agit-il de prétendre que la violence religieuse n'a pas existé ? Non, bien entendu. Il s'agit de contredire avec force arguments un mythe tenace, c'est-à-dire un récit indéfiniment répété et plein de sens mais servant ici une idéologie et méprisant les faits : l'affirmation selon laquelle l'époque des "guerres de religion" a été bienheureusement close par l'ascension de l'État moderne, capable d'éteindre ces guerres, de diffuser l'esprit de tolérance et de clore un âge sombre de notre histoire.
L'ouvrage est passionnant. Il tient à la fois de l'analyse historique, sociologique et politique.
L'auteur décrit minutieusement un certain nombre de thèses qui établissent le mythe et l'installent dans la continuité, à ce point qu'il devient une certitude culturelle indubitable. Puis il s'attache à montrer combien religion et société étaient liées jusqu'à la modernité, au point que parler de "guerres religieuses" est pratiquement un anachronisme, puisque, à cette époque, le concept même de "religion" n'existait pas. Il décompose les divers éléments du discours sur les "guerres de religion" des XVIe et XVIIe siècles et montre par de multiples exemples historiques qu'il est excessif de prétendre que le motif de ces guerres était religieux. Il compare les arguments des historiens de toutes opinions sur le sujet.
Enfin, il propose une explication de la vitalité paradoxale de ce mythe falsificateur : il fonctionne comme "mythe du salut", racontant indéfiniment l'histoire de notre sortie d'un religieux considéré comme barbare ; de ce fait, il permet de légitimer toutes les violences "séculières" puisqu'elles luttent contre les violences religieuses ; il justifie le portrait de l'ennemi de l'Occident, le musulman fondamentaliste, celui qui n'est pas sorti du fanatisme heureusement éradiqué chez nous et qui mérite par conséquent d'être littéralement retranché de la terre. C'est donc que le refus de la violence n'est pas le vrai motif, puisqu'une certaine violence est justifiée sans équivoque: le vrai motif est la haine de la religion.
Il est intéressant de voir resurgir la mémoire de ces "guerres de religion", où partout en Europe les fidèles d'une même confession s'entre-tuent, où les adeptes de deux croyances différentes s'allient contre le tenant de l'une d'entre elles ! Comme le dit William Cavanaugh, si, entendant parler de la guerre de 1914-1918 comme d'une guerre nationale, je m'apercevais que nombre de régions anglaises se sont alliées avec nombre de provinces allemandes, et que partout les combats furent aussi infranationaux, je chercherais un autre qualificatif que celui de "guerre nationale" et je m'efforcerais de découvrir des motifs plus réels à ces luttes interminables
La certitude finale de l'auteur est celle-ci : les "guerres religieuses", sur lesquelles s'instaure l'histoire de notre "salut", n'ont pas été réellement le fait des religions luttant entre elles, mais ont marqué plutôt le moment de l'établissement de l'État moderne, qui, pour acquérir sa puissance, a dû batailler partout en utilisant toutes les croyances et tous les intérêts mêlés. L'État libéral moderne n'a pas été, comme on croit, celui qui vient mettre un terme aux violences religieuses ; il a, au contraire, pour se construire, utilisé les passions religieuses comme il a utilisé les passions sociales, économiques et autres. Il a avivé ces passions et, loin de les éteindre, il les a subrepticement déplacées. Tout aussitôt, le sacré est passé dans la sphère séculière et le fanatisme s'est relevé plus tard au nom de la nation, puis au nom des idéologies.

L'auteur n'en tire aucunement une défense du fanatisme religieux ni une justification des guerres religieuses quelles qu'elles soient. Bien au contraire. Il est persuadé que, si les esprits religieux ne quêtent pas la paix, alors qui le fera ? Il réclame seulement que nous ayons l'honnêteté de regarder notre histoire les yeux ouverts, et que nous cessions de vivre sur des mythes satisfaisants et faux. Non pas seulement pour rendre justice au passé. Mais pour nous donner les moyens de nommer à l'avenir les véritables dangers - à commencer par nous-mêmes, hantés par nos fables dangereuses.
Le Mythe de la violence religieuse, de William Cavanaugh, Éditions de l'homme nouveau, 384 pages, 29.
Paru dans Valeurs actuelles, 28 janvier 2010

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Le producteur et réalisateur d'Océans est le plus inspiré et le plus inspirant des créateurs. Un bâtisseur d'empires poétiques, généreux de ses passions et de ses enthousiasmes.

La mer ? "Elle m'a d'abord été racontée par les hommes", dit Jacques Perrin. Par les récits des navigateurs solitaires, par les grands romanciers comme Conrad, qui emportent l'imagination et "font penser que les belles histoires commencent derrière l'horizon". Jacques Perrin a connu des marins et des pêcheurs, gens du large ou de la côte, tous habités de songe, entretenant avec la mer une relation fascinée. "Solitude poignante de l'homme au milieu de l'océan, formidable théâtre de l'univers, la mer est un grand miroir de notre âme. Ce qui nous constitue, c'est la perception poétique, même si on n'est pas poète."

Son sourire aussi clair que ses yeux parle d'enfance et de grand large, ouvre l'espace, fend l'air et les flots. Il n'y a rien de blasé en lui. Rien d'étroit. Rien de petit. Il a le talent de l'émerveillement, et l'art de le propager comme une houle.

Le lointain Crabe-Tambour de Schoendoerffer, le navigateur des 40e Rugissants, le producteur de Tabarly lance, mercredi sur les écrans, Océans, le film qu'il a coréalisé avec Jacques Cluzaud : ce fabuleux opéra sur le peuple de la mer l'a mobilisé pendant sept ans. Rien ne prédestinait particulièrement à l'amour de la nature ce petit Parisien né en 1941 au coeur du monde du spectacle de la capitale. Son père est régisseur à la Comédie-Française, sa mère comédienne. Le jeune citadin découvre la mer à 13 ans, à Granville.
"Le fracas des vagues m'a paru insupportable ! se souvient-il. Un vrai choc. Cette agression sonore me faisait mal aux oreilles. Mon premier contact avec la mer, c'est le son. Pour Océans, c'était un élément symphonique essentiel. Bruno Coulais a pris les sons captés avec des hydrophones, et glissé sa musique dans les bruits naturels." Après ce séjour à Granville, Jacques Perrin pensait "en avoir fini avec la mer". Le Conservatoire l'attendait, et "ce bonheur de voyager par les textes. Être acteur, c'est avoir sur soi les clefs de l'évasion". De ses années de formation, Jacques Perrin garde une estime pleine de tendresse pour la belle figure de maître de Fernand Ledoux, qui sera son père dans Peau d'âne, de Jacques Demy. "Il était on ne peut plus simple, gentil, attentif, formidablement attaché à comprendre l'être humain, à l'expliquer. Ces solitudes que sont les coeurs humains, comme dit Musset. Avec lui, il s'agissait de faire attention aux autres, de les observer. Que l'autre devienne une part de nous-même. Comme lorsqu'on parle d'un ami : on a spontanément tendance à adopter ses gestes, son ton. Ensuite, Ledoux nous conseillait de lire beaucoup, des philosophes notamment, pour découvrir des dimensions de l'homme qu'on ignorait."

Plus tard, quand il commencera à se passionner pour le grand spectacle de la nature en produisant Le Peuple singe, de Gérard Vienne (1989). Ce sera comme une extension de son métier d'acteur. Une approche du mystère vivant du monde. On a si souvent des regards habitués. On se contente d'une perception hâtive, bornée. "Connaître, c'est souvent méconnaître", dit-il. L'acteur, en étudiant un personnage, en voyageant vers l'autre, découvre en lui-même des terres ignorées, "des îles lointaines, d'autres rivages". L'observateur épris de la nature rencontre mille merveilles à portée de regard. Sait-on qu'autour de Notre-Dame de Paris volent des rapaces ? Jacques Perrin ne veut pas seulement la connaissance. Il veut la compréhension intime, fraternelle, poétique. Une osmose des perceptions. C'est ce qu'il entend lorsqu'il dit qu'avec Océans, il propose aux spectateurs "d'être poisson parmi les poissons". Regarder. Écouter. S'apercevoir qu'on n'avait encore ni regardé ni écouté. Et prendre le temps de le faire.
Comment cet étonnant rêveur peut-il être aussi un producteur avisé, capable de rallier les financiers à des projets fous comme Le Peuple migrateur et Océans ? "Quand je parle à des banquiers, je ne leur dis pas "on va gagner un argent fou", mais "on va bâtir le rêve". C'est une autre arme que la comptabilité." Et le charme opère. Les services comptables aussi. Jacques Perrin n'a rien d'un doux utopiste, il a l'âme d'un chef qui sait mobiliser les compétences et entraîner les énergies. Personne n'est plus responsable que ce bâtisseur d'empires poétiques.

Retour en arrière, vers les années 1960. Elles sont fastes pour le jeune acteur de 20 ans. Clouzot l'engage dans La Vérité ; l'Italie le découvre dans La Fille à la valise et Journal intime, de Valerio Zurlini, qu'il retrouvera pour Le Désert des Tartares. En 1965, Pierre Schoendoerffer l'entraîne au coeur de la guerre d'Indochine avec Bruno Cremer dans La 317e Section. La même année sort le film de Costa-Gavras Compartiment tueurs. En 1968, Jacques Perrin fait, tout seul, une petite révolution : il devient producteur, simplement parce que Costa-Gavras ne trouve pas de financement pour Z. "Quels sont les gens irresponsables qui refusent un tel film ?", se dit-il alors. Partout, on dénonce le système. Lui, il estime que "e premier des systèmes, c'est soi-même". Pour ne pas avoir à se dénoncer, il prend le film en charge. "En fait, je ne suis pas devenu producteur, dit-il, mais chargé de mission. Par moi-même."
Il y a du libertaire chez ce meneur d'hommes qui prétend assumer tout ce qui est en son pouvoir et que lui dictent son désir et sa conscience. Mais en respectant l'autonomie des autres. À la tête d'équipes incroyablement nombreuses, diverses et complexes, pour Océans, allant du chercheur scientifique à l'ingénieur, au cameraman, au plongeur, à l'équipage des bateaux, il garde son aisance et sa souplesse, attendant de chacun "qu'il apporte une strophe au poème collectif". C'est pour lui, n'en doutons pas, que Baudelaire aurait pu écrire : "Homme libre, toujours tu chériras la mer"

Paru dans Le Figaro, 27 janvier 2010

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l'éthique de la responsabilité et l'éthique de la conviction. L'homme de conviction est  soucieux de témoigner de ce qu'il croit juste, même si cela le prive de moyens d'action, voire a des effets pratiques négatifs. L'homme de responsabilité s'efforce de calculer dans chaque circonstance les effets positifs et négatifs de ce qu'il dit et fait et mesure ses propos en fonction de cela.
Devant  ce dilemme, il est évident que, depuis toujours, les chefs de l'Eglise catholique se situent du côté de l'éthique de la responsabilité. Parce que, contrairement à ce que pourraient laisser penser certains, les bons chrétiens ne sont pas des adolescents attardés, et parce que l'Eglise catholique a des responsabilités effectives : entre 1939 et 1945, celle de millions de catholiques mais aussi de centaines de milliers de juifs réfugiés dans les institutions ! (1)
Il y a une immaturité inouïe à imaginer que le pape aurait pu prendre la parole à tort et à travers sans se préoccuper d'abord de cette responsabilité. C'est toute la différence avec un Bernard-Henri Levy ou d'autres intellectuels médiatiques qui peuvent, à Sarajevo ou à Tbilissi, faire des proclamations destinées à passer dans l'histoire (y passeront-elles ? c'est une autre affaire) sans se préoccuper de leurs effets.
C'est aussi plus largement la différence entre la morale classique, issue d'Aristote et des stoïciens, fondée sur l'objectivité et une morale existentialiste fondée sur la subjectivité, où le bien consiste à rechercher en chaque circonstance la posture "moralement correcte", à sculpter, de pose en pose, la statue sublime de quelqu'un qui aura toujours été du bon côté.
Il est vrai que la tradition de l'Eglise assigne aussi aux papes et aux évêques une fonction "prophétique".  Mais les prophètes de la Bible se situaient en dehors des institutions et n'avaient aucune responsabilité; ils pouvaient de ce fait, sans autre risque que pour eux-mêmes, invectiver les pouvoirs en place. Il est évident que ce n'est pas la  position d'un pape ou d'un évêque qui est d'abord un "pasteur", c'est-à-dire,  selon la même Bible, l'homme qui garde le troupeau contre les loups.
Ces évidences posées, il est clair que ce qu'il convient de faire dans le cadre de l'éthique de la responsabilité est affaire de circonstances. Rien ne permet de dire que, par rapport à telle situation, le pape aurait pu, en étant moins "prudent", améliorer la balance bien/mal. Il faut une présomption singulière à ceux qui n'ont pas vécu les mêmes événements, ni jamais exercé des responsabilités analogues, pour porter des jugements péremptoires à ce sujet.
Dans cette logique, il est aussi choquant d'entendre certains catholiques dire que le procès en béatification est une question interne à l'Eglise, une affaire de sacristie en quelque sorte, qui ne concernerait que les vertus privées du pape, sans considération de son rôle historique. Nul doute que si l'"avocat du diable" (une fonction officielle dans la procédure en cours !) arrive à prouver que dans telle ou telle circonstance le comportement du pape a eu des effets négatifs sur les juifs ou sur d'autres, il ne saurait être canonisé.
Comme le dit Serge Klarsfeld (2), une prise de parole solennelle lors de la rafle des juifs de Rome aurait "sûrement amélioré la propre réputation de Pie XII aujourd'hui." Mais quel criminel aurait-il été s'il avait, pour forger son image devant l'histoire ou même préserver l'honneur de l'institution, sacrifié la vie ne serait-ce que d'un des milliers d'enfants juifs réfugiés dans les jardins de Castel Gondolfo et de multiples couvents !
Il faut une singulière méconnaissance de ce qu'avait été le régime nazi pour imaginer que ce genre de proclamations aurait pu l'émouvoir. L'exemple souvent cité de la protestation forte des évêques hollandais face la déportation des juifs qui a attiré des représailles non seulement sur les catholiques mais surtout sur les juifs qu'ils protégeaient, est éloquent par lui-même.
On dit qu'une parole plus nette du pape aurait au moins pu faire entrer les catholiques dans la résistance. Tiens donc ! Les officiers catholiques allemands auraient compris que leur devoir était d'assassiner Hitler. Pie XII n'ayant rien dit, ils n'y ont pas pensé !
Comment peut-on dire aussi que le pape n'a rien dit contre le nazisme alors qu'il avait été le sherpa qui rédigea de bout en bout l'encyclique Mit brennender sorge (1937).
Il fut, dit-on, obsédé par l'anticommunisme. Parole légère s'il en est ! Oublie-t-on qu'entre août 1939 et juin 1941, Hitler et Staline sont alliés, un plan d'extermination des prêtres et des élites polonaises est à l'oeuvre et des centaines de milliers de catholiques polonais assassinés. Pas de protestation mémorable non plus. Pourquoi ? Je ne sais.  
On reproche assez à l'Eglise ses interdits, ses censures, ses condamnations souvent bruyantes et si impopulaires mais elles ne visent généralement que les siens avec le but et donc l'espoir de les réformer.
Rien de tel en la circonstance ; comme tous les papes, Pie XII croyait au diable et, de propos privés qu'il a tenus, il semble qu'il ait considéré Hitler comme un possédé. Nonce en Allemagne sous la République de Weimar (3), il ne se faisait en tous cas aucune illusion sur le personnage et savait mieux que quiconque l'abîme du mal auquel l'Europe était alors confrontée. Il savait que, face à la "Bête immonde", rien ne sert de chercher à l'attendrir, il faut en priorité limiter les dégâts en n’attisant pas sa fureur.

Rien à voir dans cette attitude avec le pétainisme un peu ballot des évêques français. Le célèbre regard immobile de Pie XII derrière ses lunettes rondes n'est pas celui d'un couard paralysé par la trouille, mais celui d'un homme totalement lucide sur l'ampleur de la catastrophe et pénétré de son immense responsabilité.
De fait, le vrai mystère de Pie XII n'est pas tant son comportement pendant la guerre que la lecture qui en est faite soixante ans après. Comment ce pape qui fit de son vivant l'objet d'éloges unanimes du monde juif (Ben Gourion, Golda Meir, Albert Einstein, Léo Kubowitski, secrétaire du Congrès juif mondial, le grand rabbin de Rome, etc.) et non juif, peut être aujourd'hui ainsi vilipendé ?
Le basculement s'est fait avec la pièce "Le Vicaire" (1963), oeuvre littéraire et non historique due à un personnage douteux, proche des milieux négationnistes. Il coïncide surtout avec l'émergence de la génération d'après-guerre dont l'irresponsabilité en tant de domaines avait besoin d'un paravent idéologique : identifier, dans la ligne de l'Ecole de Francfort et au rebours du vécu des contemporains, nazisme et tradition en fut une des clefs de voûte.
Mais quelque archéologie qu'on en fasse (au sens de Michel Foucault), la lecture rétrospective  du comportement de Pie XII n'en demeure pas moins un  mystère. "Bienheureux êtes vous si l'on vous insulte, si l'on vous calomnie de toutes manières à cause de moi". (Mt 5, 11). Ceux qui font de Pie XII un "bienheureux" ne sont peut-être pas ceux que l'on croit. 


1) Est-il nécessaire de dire que ces centaines de milliers de Juifs cachés dans les institutions catholiques ne l'étaient pas à l'insu du pape ou malgré lui ?  
2) Le Point, 24 décembre 2009

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Barack H. Obama ? Trop indécis, trop prudent, trop distant. Au premier anniversaire de son mandat, cette semaine, l'homme providentiel déçoit jusque dans son camp. Est-ce pour corriger ces défauts qu'il a pleinement engagé son pays au secours d'Haïti ? Le président des États-Unis y fait preuve d'une détermination inédite et d'autant plus remarquable que demeure le souvenir de George W. Bush, inopérant en Louisiane, frappée en 2005 par l'ouragan Katrina. Mais ce spectaculaire et opportun déploiement de générosité ne peut cacher l'effondrement d'un mythe.
Le cauchemar vécu par les Haïtiens, qui ont vu leur propre État anéanti par le séisme, obligeait-il les Américains à se préoccuper si peu de la France dans sa volonté de soutenir ce pays francophone ? Samedi, Alain Joyandet, secrétaire d'État à la coopération, a dû protester auprès des États-Unis afin d'obtenir l'autorisation d'atterrir pour un avion. "Il s'agit d'aider Haïti, il ne s'agit pas d'occuper Haïti", a-t-il déclaré, avant que l'Élysée ne se félicite de la coopération entre les deux pays. Difficile pourtant de ne pas noter l'unilatéralisme d'Obama.
Ses thuriféraires retrouveront là, malgré tout, leur idole telle qu'ils l'ont construite, en exact contraire de Bush. "Quand nous ne montrons pas seulement notre puissance mais aussi notre compassion, le monde nous considère avec un mélange de respect et d'admiration. Cela renforce notre leadership", reconnaît d'ailleurs Obama. Politiquement, Haïti sera son épreuve de rattrapage. Mais sa première année vient de s'achever par une déroute, avec l'élection sénatoriale, mercredi, d'un obscur républicain, Scott Brown, dans la citadelle démocrate du Massachusetts.
 La mise en scène du sauvetage d'Haïti par le leader métis, qui prend le risque de reproduire à terme un paternalisme occidental sur la première république noire, ne mégotera pas sur les moyens censés illustrer ici le slogan creux du "Yes we can !". Pour autant, alors que le panurgisme médiatique attribuait tous les talents à l'habile démocrate, douze mois auront largement suffi pour percer la bulle - une de plus - de l'obamania, ce condensé très "gauche française" de bons sentiments et d'autocontentement. Obama est condamné à changer.

Sa victoire avait été présentée unanimement comme un coup d'arrêt aux néoconservateurs, que l'un d'eux, Irving Kristol, définissait comme "des hommes de gauche agressés par la réalité". Or ces derniers sortent déjà de leur purgatoire, portés par une politique internationale se rapprochant, par nécessité, de leurs analyses contestées. C'est bien le successeur de Bush qui n'a toujours pas fermé Guantanamo en dépit de ses promesses et qui est convenu récemment que les États-Unis étaient "en guerre", ce mot jusqu'alors proscrit par la novlangue démocrate. C'est bien lui qui a décidé de renforcer considérablement son armée en Afghanistan et a dit vouloir "anéantir" le terrorisme au Yémen, tout en respectant en Irak le calendrier de retrait fixé précédemment. Obama dans les pas de Bush ? L'image tient du blasphème pour ceux qui n'ont eu de cesse de dénoncer le bellicisme borné du républicain. Cependant, c'est bien ce chemin qu'il commence à suivre, après avoir cru benoîtement que la main tendue allait adoucir la Corée du Nord, l'Iran et même la Russie. En réalité, c'est une faiblesse que laisse voir désormais la première puissance militaire mondiale. Sa timidité face à l'aspiration à la liberté du peuple iranien est une déception pour ceux qui croient, à l'instar des néoconservateurs honnis, à la possible démocratisation du monde musulman. Il est trop tôt pour prédire un rapide retour des républicains. Mais le monde réel reste leur meilleur allié.

La chute brutale des illusionnistes ébranlera-t-elle la stupéfiante obamania française, cette caricature du politiquement correct qui a envahi le discours unique ? Celui-ci a réussi à persuader, jusqu'au sommet de l'État, de l'urgence d'une "République métissée" dont l'histoire serait désormais à écrire, au nom de la diversité et de la non-discrimination, par les populations issues de l'immigration récente. Faut-il le rappeler, à propos des défaillances d'Obama ? La couleur de la peau ne fait pas le talent. Or, nombreux sont encore les ambigus engouements de l'officielle pensée "antiraciste" pour l'homme noir ou métis. La France se prête à cet éloge en dépit de sa Constitution interdisant ces différences. Se réveillera-t-on enfin
?

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Il l'a expliqué vendredi : "Tout jeune Français, au moment où il bascule dans sa majorité à 18 ans et va recevoir sa carte d'électeur, pourrait se voir proposer de signer un serment, une charte, quelque chose qui l'attache à la République". Cette charte contiendrait "les principes à la fois moraux et politiques qui constitueraient un ensemble de règles et de droits". Il aurait été intéressant que ce sujet soit discuté entre lui et ses contradicteurs, la veille sur France 2. Mais son débat avec Marine Le Pen s'est mué en pugilat sans intérêt, dans lequel la responsable du FN n'a pas donné le sentiment de maîtriser son sujet. Quand à la ruse de Vincent Peillon, qui s'est décommandé in extremis dans le but de "faire un coup" se prévalant d'une prétendue éthique, elle a surtout révélé l'imposture des donneurs de leçons, incapables de respecter leur parole et d'avancer des idées nouvelles sur des sujets délicats. L'eurodéputé socialiste ne fera pas oublier si facilement sa douteuse méthode. Passons...
La suggestion de Besson de rédiger un document solennel rappelant les droits et les devoirs est une solution que j'avance dans La fracture identitaire (Fayard, 2007, page 181 et suivantes). En revanche, je ne vois pas l'intérêt de la proposer au bon vouloir de chaque jeune Français. Il me semblerait plus efficace d'en faire un code commun qui devrait être soumis à l'adhésion obligatoire des seuls nouveaux arrivants désireux d'entrer dans la communauté nationale. Voilà ce que j'écris: "Parler français, connaître l'histoire du pays et s'engager solennellement à en respecter les lois, les mœurs, le mode vie, la liberté de pensée et de critiquer - des règles qui refusent notamment la soumission, l'asservissement de la femme, les discriminations religieuses  et tout ce qu'autorise généralement la charia - devraient être les conditions minimales de cette sorte de charte universaliste (...) Ce document devrait inclure un engagement sur l'honneur à ne pas porter le voile islamique dans les lieux publics et dans la rue". La violation du serment vaudrait parjure, voire déchéance de la nationalité acquise.
Ces solutions sont symboliques, j'en ai bien conscience. Mais n'est-il pas temps pour tous les démocrates de se réveiller et de commencer par un bout ?
18 janvier 2010

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J'y ai certaines attaches familiales. C'est un pays dont le peuple recèle des trésors de créativité. Le moindre autobus bariolé à la diable avec la foi du charbonnier est un objet d'art. Naïf en l'occurrence, à l'instar du grand peintre Brasil qui donne l'impression de pressentir charnellement les joies paradisiaques. Pourtant Haïti est la proie d'une interminable malédiction. Depuis l'indépendance, dont les Haïtiens sont si fiers, le pays s'automartyrise cruellement sous les diktats incohérents d'un roi Christophe ou d'un Duvalier quelconque. Ou d'un Aristide, ce prêtre dévoyé qui trompa l'espérance des pauvres. Ou encore des ONG, dont les 4x4 éclaboussent les bidonvilles non sans arro­gance. Rien n'a changé depuis l'époque où Graham Greene écrivait les Comédiens, chacun a toujours peur de son ombre. On risque le racket ou le kidnapping à chaque carrefour et les misé-rables survivent au jour le jour, dans un dénuement effroyable, en déforestant le moindre arpent boisé. L'État n'a aucune consistance, la matière grise s'est exilée depuis belle lurette et la "communauté internationale" s'agite vai­nement. Les "projets" qu'elle lance s'enlisent à mesure, on ne voit pas la fin du chaos.
Voilà qu'à nouveau une calamité, naturelle celle-là, en­deuille cette moitié d'île francophone qui, vue de la mer, a des ressemblances avec l'Éden. L'autre moitié - la République dominicaine - se porte nettement moins mal. Tôt ou tard il faudra bien se demander pourquoi, et en tirer les conséquences. La solution ne saurait être que politique, inscrite dans le long terme, avec l'aval conjoint et armé des Nations unies, des États-Unis et de la France. Quitte à mettre provisoirement en berne cette indépendance dont les élites ont si mal usé. Et à admettre que la démocratie n'a aucun sens chez un peuple famélique. Il ne se reconstruira pas à coup de scrutins, de "conseillers" bidons et d'aides qui s'évaporent au soleil. Mais pour l'heure, la France ne doit pas mégoter : il faut secourir les Haïtiens. Ils ont encore de l'amour pour notre pays qui jadis se comporta fort mal avec Toussaint-Louverture ; nous serions impardonnables de les laisser tomber. C'est dans notre langue qu'a fleuri le beau lyrisme du poète René Depestre. Il vit à Lézignan-Corbières, il doit être accablé, je pense à lui avec émotion en écrivant ces lignes.
Paru dans Valeurs actuelles, 21 janvier 2010
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