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Le protestantisme, une forme de christianisme mou ?

(...) (site endommagé en 2013)
à l'école du 26 avril dernier est plein d'enseignements et corrobore toute une série d'analyses récentes de sociologie religieuse. En 2009, l'Allemagne réunifiée compte 82 millions d'habitants dont 5 millions de musulmans. Les statistiques religieuses récentes donnent des résultats étonnants. L'Allemagne, en majorité protestante jusque dans les années 1960, est aujourd'hui un pays à majorité catholique : 26 millions de contributeurs au "Kirchensteuer" tandis qu'il y a moins de 25 millions de protestants à le faire. Le peuple catholique, quoi que puissent dire certains, dans sa très grande majorité est resté fidèle à son église, même s'il a perdu 10% de ses effectifs depuis 20 ans. Les protestants, quant à eux, ont quitté leurs Eglises puisqu'un tiers d'entre eux se refusent à payer le "Kirchensteuer". Le déficit est dans une large mesure dû à la vie du protestantisme en RDA.

De 1949 à 1989, le protestantisme est-allemand a joué la carte du pouvoir socialiste ; ce n'est qu'à partir de 1985, avec l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir, de la mise en place de la glasnost et de la perestroïka qu'apparaît réellement chez quelques jeunes protestants l'idée d'une Eglise moins liée à l'Etat : c'est le temps de la Kirche von Unten (Eglise d'en bas). On demande la démocratisation mais non la rupture avec le siocialisme.
Se développe alors une éthique christo-marxiste : cette éthique, proche d'ailleurs de celle que développe le Conseil Oecuménique ("Eglise et société" paraît en 1967), n'est pas éloigné de l'éthique tolérante qui s'étend en Europe occidentale. Dès lors, le fidèle protestant de RDA distingue de moins en moins ce qui sépare l'éthique chrétienne de l'éthique officielle : il quitte l'Eglise d'autant que le gouvernement est-allemand est anti-religieux. Cela ne se produit du côté catholique que de manière très limitée : le catholique est-allemand reste fidèle à son Eglise pendant les 40 ans du régime. Aujourd'hui, il y a autant de catholiques que de protestants dans les cinq länder de l'Est !

Cela pose un problème plus général. Malgré plus de 70 ans en Russie, plus de 40 ans dans les Etats satellites, de laïcisme et d'anticléricalisme, catholicisme et orthodoxie non seulement ont survécu mais se portent bien. Le protestantisme , lui, est en grande perte de vitesse. Il me suffit de penser à ce culte un dimanche d'août en la cathédrale de Tallinn (Estonie). L'évêque et les pasteurs desservant dans cette immense église sept participants, quatre Français (dont trois catholiques que j'avais emmenés) et trois Estoniens : la cathédrale orthodoxe voisine était bondée !

Quelle est la raison de cette triste situation ? Depuis le XIXème siècle, on pratique dans la plupart des églises protestantes (allemande, balte ou scandinave) ce que l'inspecteur ecclésiastique Greiner et Marc Lienhard appellent "un christianisme mou … vécu hors d'une Eglise clairement identifiée par une confession de foi faisant autorité". Ces Eglises ont substitué à la morale chrétienne une éthique laxiste admettant avortement, euthanasie, mariage homosexuel. On reproche à Benoît XVI comme jadis à Jean-Paul II leurs positions en matière de conduite de vie. On oublie totalement que ces positions sont celles de l'Eglise orthodoxe russe, comme le montre l'ouvrage "Les fondements de la doctrine sociale", présentés par l'actuel Patriarche de toutes les Russies.

Il est incontestable qu'en Pologne, Slovaquie, Lituanie, Slovénie, Croatie, malgré l'oppression totalitaire communiste, le catholicisme se porte bien, de même qu'en Bulgarie, Roumanie, les Eglises orthodoxes sont assez florissantes. Au reste, en République tchèque, si le catholicisme demeure très vivant, ce n'est pas le cas des communautés protestantes. Tout cela devrait faire réfléchir les responsables d'Eglise d'Europe occidentale : on y préfère aujourd'hui une éthique molle "complaisante" (comme le disait en 1972 le pasteur Dean McKelley) pour les idéaux modernes de la solidarité et de l'émancipation individuelle. Aux Etats-Unis, cela a favorisé l'essor des communautés fondamentalistes. Cela explique en France la montée des évangéliques.
Paru dans Réforme, 19 juin 2009

Publié dans Au delà
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Faut-il proscrire la burqa dans l'espace public ? Des parlementaires relancent un débat que nous avons connu avec la commission Stasi et l'interdiction du port de signes religieux à l'école. Comme le précédent, il sera biaisé par les intégristes de la laïcité. À l'époque,je ne trouvais pas opportun de pénaliser un usage vestimentaire certes connoté religieusement, mais relevant aussi d'une antique tradition méditerranéenne. J'aurais préféré que nos gouvernants osent proclamer dans les textes institutionnels européens nos racines chrétiennes, plutôt que de se dédouaner en humiliant des gamines, au risque de susciter un ressentiment chez nos compatriotes musulmans. Mais la loi ayant été votée, il faut qu'elle soit appliquée.
Elle l'est et ça ne change rien aux problèmes de fond liés à l'acculturation de nos "minorités", comme on dit pudiquement. Ni au marasme dans nos écoles publiques. La burqa, c'est différent. Elle escamote une identité et à ce titre on doit en interdire le port face à tout représentant d'une autorité ou institution publiques : un policier en fonction, un agent de l'État à son guichet ou dans son bureau, le membre d'une instance médicale. Bien entendu, la même interdiction est exigible par tout recruteur pour un emploi, public ou privé. Si la définition de l'espace public s'étend à la rue, tout se complique. L'adepte le plus intransigeant de la laïcité ne peut tout de même pas récuser en bloc toute forme d'ostentation religieuse, sauf à exiger que l'on rase Notre-Dame de Paris, quelques milliers d'églises trônant au centre de nos bourgades et que l'on en débaptise un bon tiers. Donc, a priori, on doit pouvoir se balader en ville dans la tenue de son choix, sous la seule réserve de ne pas porter atteinte à l'ordre public. Tel est le cas si on déambule à poil (offense à la pudeur) ou sous un uniforme de SS (idéologie nazie nommément prohibée). La burqa n'enflamme pas nos libidos, c'est le moins que l'on puisse en dire, et la confession musulmane qu'elle avère n'est pas interdite par la loi. Pourtant, dans des pays européens plus démocratiques que le nôtre, la loi la tient pour illicite dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ça se défend : ce visage que l'on cache, il est peut-être fiché.
Les termes du débat sont sous-tendus par la conviction - occidentale - que la femme voilée est captive. D'un père, d'un frère, d'une idéologie. En tout cas d'une culture très éloignée de la nôtre. Ces fantômes noirs qui semblent surgir d'une nuit de l'esprit et du désir, ça nous offusque. Moi comme les autres. L'éternel féminin que je convoite depuis mes tendres années avec des fortunes diverses n'a ni ce profil lugubre ni cette couleur de deuil. Mais il ne ressemble pas non plus à l'étalage de basse pornographie qui chez nous s'affiche sur tous les kiosques. Donc, dans l'espace public, et je ne sache pas que nos féministes, promptes à dénoncer l'"aliénation" des femmes voilées, protestent vigoureusement contre l' "image" avilissante de la femme propagée sans vergogne et sans relâche sur les couvertures des magazines, les panneaux publicitaires et le petit écran. Dieu sait que je ne suis pas puritain : rien ne me désarme aussi aisément qu'une minette court-vêtue. Mais en confondant à tous escients érotisme et obscénité, on offre des arguments imparables aux contempteurs de l'Occident "décadent".
Bref, le débat qui s'annonce m'inspire un certain malaise. D'autant qu'il va procurer aux anticléricaux l'aubaine de diatribes contre l'obscurantisme dont l'alibi sera la burqa, mais la cible l'Église. On s'est aperçu récemment, à l'occasion de quelques bévues vaticanesques, que dans tels cercles intellectuels et politiques, la haine de la calotte n'a pas désarmé depuis l'époque du petit père Combes. En conséquence, les cathos attachés à leur culture seraient bien inspirés de ne pas trop aboyer avec les loups anti-islamisques. Mieux vaut soutenir le principe d'une laïcité "ouverte" telle que Sarkozy l'a définie à Latran,et qui me paraît en phase avec le discours d'Obama en Égypte. Soyons circonspects et respectueux de la foi d'autrui, sous quelque dehors qu'elle croie devoir s'exprimer. Même si ça nous gêne aux entournures. Nous en serons d'autant plus à l'aise pour rappeler que l'islam, naturellement égal aux autres confessions devant la loi, ne l'est pas quant à la mémoire. Et pour réaffirmer cette évidence : il n'a pas de racines en France.

Paru dans Valeurs actuelles, 25 juin 2009

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La bonne fortune électorale de M. Cohn-Bendit aux élections européennes n'est pas une mauvaise nouvelle. Elle reflète la hantise croissante d'une mise à sac de la planète par la folie prométhéenne.
En bon catho de base, il me semble depuis longtemps que l'engeance humaine, en saccageant la Création, a dévoyé le sens du Verbe divin dans la Genèse. Ce fragment de cosmos dont Dieu nous a refilé les clés, nous l'avons tellement endommagé que notre progéniture est vouée à survivre dans une précarité nauséeuse. Déséquilibres des écosystèmes, diversité de la flore et de la faune en déclin permanent, pollution des sols, des fonds marins et de l'atmosphère : la beauté du monde, sa pérennité même sont menacées par la prédation sur laquelle repose la croissance, cette divinité équivoque.
Préfigurée par Hiroshima, et entretenue par Tchernobyl, la menace d'une calamité nucléaire nous taraude. Même si l'usage civil de l'énergie produite par la fission de l'atome présente des avantages énormes, et même s'il entre dans notre peur un millénarisme irrationnel. La prolifération de l'arsenal nucléaire, ajouté aux armes bactério-chimiques, accrédite dans nos subconscients l'hypothèse d'un "Meilleur des mondes" de Huxley géré par un Frankenstein ivre de nihilisme. Un monde à l'état de poubelle où des mortels aux abois pataugeraient dans des monceaux de déchets.
On n'en est pas là, mais on s'en rapproche. Les écolos nous alertent depuis belle lurette. J'ai voté pour eux jadis, quand leur souci était ou paraissait exempt de toute visée politicienne. Ayant lu Bernanos et Ellul, j'étais convaincu que l'essor de la technique recèle de graves dangers, et que notre soumission aveugle au mythe d'un "progrès" sans freins ni balises nous conduit tout droit au précipice. Il y a trente ou quarante ans, seuls les écolos osaient ce type de raisonnement et nul ne les prenait au sérieux.
Je me suis détourné d'eux lorsque l'écologie devint l'adjuvant mineur d'un gauchisme culturel hérité de mai 68. Le respect de la nature, la récusation du productivisme impliquent des vertus en contradiction totale avec le "jouir sans entraves" de l'égocentrisme soixante-huitard. Des vertus évangéliques pour tout dire.
Faute d'un idéal plus reluisant que le relativisme libertaire du bobo à bicyclette, l'écolo occidental patauge dans des contradictions insolubles. Elles finissent par se noyer dans l'insignifiance de combines au sein de la gauche, avec le risque que l'opinion identifie l'écologie à un clan partisan. Or, il serait salutaire qu'elle devint une aspiration commune. Encore faudrait-il définir le socle de ce "développement durable" dont on assaisonne désormais tous les discours, y compris à Washington.
Qu'il faille rompre avec un système qui dégrade, enlaidit et dilapide sans le moindre souci de l'avenir ; que l'on doive orienter les investissements vers le moyen ou le long terme en pénalisant la quête du profit immédiat et les atteintes subséquentes à l'environnement, çà tombe sous le sens.
Mais on ne changera pas en profondeur les us économiques sans changer tant soit peu les âmes. Inculquons à nos rejetons le sens de la mémoire, de la gratuité et du prochain, cessons de les intoxiquer avec l'hystérie compétitive et le culte du quantitatif : alors ils seront enclins, spontanément, à chérir la Création. Donc à la protéger au lieu de la saccager.

Autrement dit, toute politique écologique vraiment conséquente présuppose une réforme morale. Rien de moins. Sinon, nos gouvernants se borneront à des ravaudages superficiels, jusqu'au désastre final.
Paru dans Famille chrétienne, n° 1641, 27 juin 2009

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Sans doute les moralistes - qui sont toujours légion dès qu'il s'agit de l'Afrique - trouveront beaucoup à redire à l'évocation du président Bongo,le dernier des dinosaures africains de la mouvance française : une démocratie approximative, la disparition suspecte de quelques opposants et même d'un amant de sa première femme ! des frasques tarifées un peu voyantes, un enrichissement personnel fabuleux, d'autant plus facile que le Gabon s'avéra très vite regorger de pétrole, etc.

À propos de corruption, l'anecdote suivante : les ambassadeurs de l'Union européenne ayant été mandatés pour faire collectivement des remontrances en la matière aux chefs d'État africains (en Afrique, quand l'Europe parle d'une seule voix, c'est pour faire la morale !), Bongo les reçut courtoisement mais leur répondit, ironique, que si le sujet les intéressait, il pouvait, lui, leur parler pendant des heures de la corruption en France. Après tout, à un autre stade de développement, Mazarin, Colbert, Louvois, s'étaient eux aussi considérablement enrichis aux affaires.
On dira que le pays n'a guère profité de la manne pétrolière pour se développer. Mais le développement, on le sait maintenant, est affaire de culture, pas d'argent ni de ressources naturelles. Il faut relire Céline et Simenon sur ce sujet : l'Afrique équatoriale sortait tout juste de la préhistoire à l'arrivée des colons français. Ne soyons pas trop pressés.
Les anticolonialistes dénonceront le vassal de l'ancienne puissance coloniale. Mais qui fut le vassal de qui ? À lire les livres de Pierre Péan sur les compromissions douteuses de la "Françafrique", on se demande qui manipulait qui : Paris Libreville ou bien plutôt Libreville Paris ? Avec des hommes comme Houphouët-Boigny et Bongo, l'Afrique était sans doute plus influente en France, notamment par le biais des financements électoraux occultes, que le France en Afrique. Preuve que les Français ne sont pas racistes. Cette relation inversée eut été impensable en Angleterre !

Examen réussi
Peut-être cette osmose équivoque valait-elle mieux en définitive pour les jeunes nations africaines que le ressentiment stérile de certaines autres. Les diplomates étrangers en visite au palais présidentiel étaient épatés que figure dans l'antichambre du président Bongo les portraits de tous les gouverneurs de la colonie qui avaient exercé le pouvoir avant lui. Il répondait à ceux qui s'en étonnaient qu'il lui paraissait normal de rendre hommage à des hommes qui avaient construit le pays.
Mais plus important que les anciens gouverneurs, il y avait la figure tutélaire du général de Gaulle. Quand le premier président du Gabon, Léon M"ba, se vit atteint d'une maladie incurable, le jeune Bongo fut envoyé à Paris. À sa grande surprise, il fut introduit par Foccart dans le bureau du Général : c'était ni plus ni moins qu'un examen de passage. L'examen fut apparemment positif puisque, peu de temps après, en 1967, Bongo était appelé à la tête de l'État.

Pourquoi Omar Bongo ? Arrivé au pouvoir sous le nom d'Albert Bongo, le président défunt se convertit très vite à l'islam. Pourquoi donc, dans un pays où il y a des communautés chrétiennes vivantes, des animistes et pratiquement pas de musulmans ? Il est vrai que Bongo n'était guère attaché au christianisme. Il différait en cela de Houphouët-Boigny qui, en construisant la basilique de Yamoussoukro, voulut, au soir de sa vie, poser un grand acte militant. Là où d'autres furent initiés à la culture européenne par les missionnaires, Bongo reconnaissait tout devoir à un de ces vieux fonctionnaires francs-maçons des contributions indirectes, qui, autant que nos marins, nos instituteurs ou nos prêtres, faisaient le charme de l'empire colonial français.
Plus que d'une crise mystique, cette conversion semble avoir résulté d'un calcul politique. Bongo comprit que les pays chrétiens ne lui en voudraient pas de devenir musulman mais que les pays musulmans, eux, lui en sauraient gré. Ils lui pardonneraient ainsi les liens maintenus avec la France. Surtout quand il eut fait le pèlerinage à La Mecque, el Hadj Omar put ouvrir sa diplomatie à tout le monde arabo-musulman et comme le Gabon, très peu peuplé (moins d'un million et demi d'habitants), ressemble fort à un émirat du Golfe persique, il put se rapprocher, grâce à l'islam, des pays de l'OPEP.
Cela n'empêcha pas le président du Gabon de prêter son avion personnel à Mgr Marcel Lefebvre quand ce dernier, déjà en dissidence, vint visiter le pays, non pas par amour du latin (il n'avait, ni près, la culture d'un Senghor) mais pour faire honneur à l'ancien archevêque de Dakar, métropolitain de l'AEF.

Un médiateur

Bongo n'était évidemment pas un saint, mais avoir maintenu sans drame majeur la paix civile dans un pays aussi fragile pendant trente-deux ans n'est-il pas déjà à soi seul une réussite ? Les esprits superficiels, qui mélangent tout dès qu'il est question des misères africaines, l'ignorent : les drames les plus graves - famines, épidémies et évidemment massacres de masse - accompagnent toujours la guerre civile, une guerre civile que tous les voisins du Gabon ont connue. Foin du développement : vivre en paix est déjà sous ces latitudes une bénédiction.
Bongo n'assura pas seulement la paix dans son pays : dès qu'il eut acquis une certaine autorité sur la scène africaine, ce qui n'était pas évident au départ avec un si petit pays, il proposa sa médiation dans presque tous les conflits de l'Afrique, de Tanger au Cap. Ce radical socialiste ne rompait avec personne. En bons termes avec la France, toujours proche de la monarchie marocaine et du monde arabe, ami des États-Unis, Bongo s'arrangea pour demeurer au centre de la diplomatie africaine et cela plutôt pour le meilleur que pour le pire.
On lui reprocha d'avoir gardé des liens avec Pretoria au temps de l'apartheid, mais il sut mettre ces liens à profit pour tenter de trouver une solution pacifique. Il joua aussi un rôle non négligeable dans la pacification du Congo-Brazzaville déchiré par une guerre civile atroce. Ce rôle de médiateur lui valut même au fil des ans les bonnes grâces du Vatican où il avait aussi ses entrées.
Il n'est pas sûr qu'il sera facilement remplacé dans ce rôle. Le Gabon sera déjà bien heureux de ne pas sombrer dans le chaos après lui.

Paru dans Liberté politique, juin 2009

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L'Europe, c'est entendu, est un parangon de démocratie : c'est ainsi qu'elle se voit ; c'est à ce titre qu'elle se croit autorisée à exercer tout azimut un magistère sans réplique. Après et avant bien d'autres, c'est au tour de l'Iran des Ayatollahs d'en faire les frais. Reste à savoir si les performances démocratiques de l'Europe sont à la hauteur de ses prétentions. Comme il ne faut pas compter sur elle pour balayer devant sa porte, nous allons lui rendre le service d'un coup de balai ; l'élection de son parlement en fournit une bonne occasion.

L'Europe viole depuis toujours le grand principe de l'élection démocratique : un homme, une voix. Si vous êtes luxembourgeois, maltais, chypriote, vous valez dix de vos congénères européens pourvu qu'ils soient français, anglais ou allemands. Les petites nations, il est vrai, ont droit à des égards qui justifient cette entorse à la règle.
Mais que dire alors si l'exception bénéficie à une grande nation. L'Allemagne compte 99 députés pour 81 millions d'habitants et la France 72 députés pour 65 millions d'habitants. Il y a 1 député pour 800 000 habitants en Allemagne et pour 900 000 en France. Les 27 députés allemands supplémentaires qui correspondent à un différentiel de population de 16 millions d'habitants représentent même 1 député pour moins de 600 000 habitants. C'est à croire que les gouvernants français ne savent ni compter ni négocier ou bien qu'ils ne se soucient pas de défendre l'intérêt national. Et on ne sait s'il faut s'étonner davantage de leur incompétence ou de leur incurie.
Si l'on en juge par le taux d'abstention, la fibre démocratique européenne n'est pas des plus vigoureuses. Ce taux monte à chaque élection et, en France, il est devenu majoritaire en atteignant les 60%. Contrairement à ce qu'on voudrait croire, il ne doit rien au hasard. Les raisons en sont connues et les responsables n'en sont pas anonymes. Les études n'opinion montrent que les abstentionnistes sont à 80% les électeurs du non au référendum de 2005. Leur comportement loin d'être mystérieux, n'a rien que de logique. Ils ont vu le cas que M. Sarkozy a fait de leur bulletin de vote. Le traité constitutionnel qu'ils avaient jeté par la fenêtre est revenu par la petite porte d'un vote parlementaire. Ils ont donc compris qu'il était vain d'aller aux urnes et ils ont préféré ne pas participer à une farce dont ils étaient les dindons. D'ailleurs comme si la leçon n'était pas suffisante, l'Europe est en train d'en administrer une nouvelle dose. Les Irlandais, coupables d'avoir mal voté revoteront, et par la carotte ou le bâton, il faudra bien qu'ils finissent par voter comme il faut. 
Comme on n'est jamais trop prudent nos gouvernants estiment que plusieurs précautions valent mieux qu'une. Ils ont fait le nécessaire pour rendre le mode de scrutin aussi décourageant que possible. Ils ont partagé la France en 8 circonscriptions de sorte que l'électeur ne vote plus pour une liste nationale, ni pour une liste européenne, mais pour la liste d'une région sans cohérence, ni personnalité, et dans laquelle il n'a aucune raison de se reconnaître. Avantage supplémentaire, le système permet de faire servir l'électorat des petits partis à l'élection des députés des grands partis installés. Vous votez MPF, Debout La République, MoDem, voire FN et, ô merveille, vous avez la surprise d'avoir contribué à élire un UMP ou un socialiste supplémentaire ! 
Ce n'est pas tout. Pour plus de sûreté, gouvernement et opposition socialiste réunis, car ils s'entendent comme larrons en foire, ont fait en sorte d'escamoter la campagne électorale. Aucun débat, aucun en tout cas sur les problèmes européens. Pas un candidat n'a pris la peine de dire s'il voterait Barroso comme président de la Commission ou pour un autre. À vrai dire, on ne les avait pas attendus, les jeux étaient faits.
Bref, tout a était fait pour décourager la participation moyennant quoi on a abouti à ce miracle dont ces apprentis que sont les ayatollahs devraient prendre de la graine. Avec à peine un peu plus de 10% des électeurs inscrits l'UMP a obtenu 27% des votes exprimés et 40% des sièges, ce qui lui permet de proclamer une immense vitoire.
Vous pensez peut-être qu'une assemblée si chichement élue sera méprisée. Vous vous trompez : plus le peuple s'abstient, plus on donne de pouvoir à ceux qui sont censés le représenter. C'est une règle fondamentale de l'Europe dont il y a d'autres applications. La Commission est une photographie de plus en plus déformée de la réalité européenne : la France y compte pour moins de 4% tout comme la Lituanie ou la Slovénie. Eh bien, plus la Commission tourne à la caricature de l'Europe plus on lui ajoute de compétences. 
Il est de bon ton de déplorer que le peuple ne s'intéresse pas à l'Europe. La vérité est au contraire que l'Europe a si grande peur du peuple qu'elle n'accorde une pleine confiance à des institutions que pour autant qu'elles sont indemnes de toute souillure populaire. La Banque Européenne, ce chef d'oeuvre, en est la parfaite illustration. Elle est parfaitement souveraine et totalement irresponsable.

Publié dans Avec l'Europe
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"... et quand nous serons las, nous vous égorgerons". Faudra-t-il aller jusqu'à sécuriser les écoles comme des aéroports ?
Peut-être à court terme faudra-t-il confisquer systématiquement ces petits canifs scouts auxquels les enfants tiennent tant ? Mais jusqu'à quand donnera-t-on exclusivement dans le court terme ?
Que signifie en effet, supprimer les armes blanches ? Cela signifie, faire donner la loi et la sanction purement extérieures, faire tomber la loi et la sanction de l'Etat parce qu'on est à court, parce qu'il n'y a pas d'autres solutions : le dernier recours. Chacun s'accorderait à penser qu'il vaudrait mieux pouvoir faire confiance à la loi intérieure : celle qui, inculquée aux enfants, leur souffle de ne pas tourner le couteau de poche contre le professeur. Autrement dit, tous nous préfèrerions qu'une éducation basique nous évite d'en venir à ces extrémités.
L'éducation, c'est la loi intériorisée : muni de temps et de patience, on explique à l'enfant, et on finit par le convaincre, que brandir un couteau ne fait pas de lui un civilisé. Finalement, il comprend, intériorise, et se donne à lui-même sa propre loi. Il devient autonome. Sans éducation, l'enfant se conduit comme un loup : la société en pâtit, bientôt il faut sévir, l'Etat intervient, l'enfant se retrouve sous une loi extérieure, qu'il lui faut subir sans la comprendre.
Une éducation soignée est absolument nécessaire dans un pays qui souhaite rester libre : car un peuple sans éducation requiert la police partout. Cela est aisé à comprendre. Et c'est pourquoi, au-delà des mesures drastiques discutables et discutées, il faudrait raisonner à plus long terme, et favoriser la loi intérieure, c'est à dire, l'éducation.
Puisque l'éducation se donne d'abord dans la famille, il faudrait déjà que les gouvernements successifs n'en sapent pas l'exercice. Tantôt par des lois scélérates, comme celle qui institue le PACS, contrat matérialiste qui ignore la responsabilité à l'égard des enfants. Tantôt par des méthodes de défiance, qui consistent à dessaisir les parents de leur autorité, soit en conférant l'influence aux assistantes sociales, soit en punissant les parents qui punissent…. On a parfois l'impression que l'Etat se voudrait seul responsable de l'éducation des enfants, craignant de la laisser aux familles incompétentes…
Mais une part d'éducation se fait à l'école, et là aussi, on dirait que les enseignants sont considérés comme incompétents : il est incongru, voire interdit, de sévir. Ici, un enseignant raconte qu'il a reçu une gifle d'un élève : "je ne me suis pas senti agressé", dit-il ingénument (Libération du 28 mai ; il vaut mieux qu'il joue le bravache, puisque de toutes façons il aurait eu toutes les peines du monde à punir, et l'on entend derrière sa phrase le texte de Kipllng : ça m'est égal, ça m'fait pas mal ). Là, un enseignant est en procès pour une parole un peu gaillarde visant à remettre un enfant à sa place sans faire de drame. On n'aperçoit pas que si l'on se refuse, par lâcheté, à sanctionner les fautes légères, celles-ci deviendront lourdes et alors on sera contraint d'utiliser les sanctions extérieures, qui n'éduquent pas, mais marginalisent. De cette façon, l'enfant ne deviendra pas un sujet autonome : d'abord abandonné au règne du désir tout-puissant (je puis gifler mon professeur sans susciter aucune réaction), puis réduit sans transition au couperet de la sanction d'Etat (je dois passer devant un portique pour entrer en classe), il n'aura jamais la possibilité d'intégrer patiemment la loi et de devenir ainsi un véritable citoyen adulte. Un gouvernement qui se comporte ainsi manifeste, même inconsciemment, des prétentions despotiques.

L'Etat despotique pose des barrières, le plus loin possible (c'est à dire au pire, quand l'enfant sort son couteau contre le professeur), mais jusque là il laisse tout faire par lâcheté, par dérision, par indifférence. Le laxisme jusqu'au couperet, ainsi Joseph de Maistre résumait-il plaisamment la maxime des gouvernements qui ignorent la liberté personnelle : "faites tout ce que vous voudrez, et lorsque nous serons las, nous vous égorgerons".
Paru dans Le Figaro, 11 juin 2009

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Victoire de l'UMP, des Verts, défaite du PS et du Modem, déconfiture des "souverainistes", au moins ceux de droite : voilà comment est présenté le résultat des dernières élections européennes. Tout cela est vrai puisque c'est ainsi que l'a perçu - ou qu'on l'a fait percevoir à l'opinion. En politique, la manière dont les choses sont perçues est une part de la vérité : esse est percipi

Et pourtant que d'illusions dans cette perception !
Défaite des "souverainistes" ? Certes, le déclin du Front national est confirmé, le MPF et DLR payent le prix de leur division suicidaire : seul Villiers survit - affaibli. Mais le fait massif de ces élections est tout de même le taux d'abstention : 59,2 % soit, en raccourci, le pourcentage d'électeurs qui répondent dans les sondages qu'ils voteraient aujourd'hui non à la constitution européenne. De 1979 à 2009, le taux de participation aux européennes n'a cessé de dégringoler de scrutin en scrutin pour perdre en trente ans près de 20%. Et que l'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas seulement là d'indifférence. Comment ne pas ressentir l'hostilité sourde à la machine européenne qui sous-tend ce retrait massif ? Comment ne pas y percevoir la crise profonde de la démocratie qu'induit le processus européen ? Et comment ne pas comprendre la désaffection des électeurs qui, en 2005, avaient voté non au traité constitutionnel à 55 %, quand ne sont invités à débattre sur les plateaux de télévision que des partisans du oui ou quand on nous dit que le libéral Barroso sera reconduit comme président de la commission que les élections en Europe soient gagnées par la droite ou par la gauche ?
Victoire de l'UMP ? Mais compte tenu des abstentions, c'est 11, 5 % du corps électoral seulement qui s'est déplacé pour donner un satisfecit au pouvoir en place, et encore ceux qui votent malgré tout quand l'abstention est forte sont les personnes âgées naturellement légitimistes. Les classes jeunes et actives se sont au contraire massivement abstenues. On frémit à entendre que le gouvernement disposerait dans un tel résultat d'un blanc seing pour "poursuivre la modernisation de la France" ! Victoire des Verts ? Peut-on encore le dire avec 6,4 % du corps électoral ? Succès tout de même, surtout dans les villes où les "bobos" ont voté vert pour sanctionner le parti socialiste, d'autant que ce vote était à peu près la seule manière de faire passer dans cette élection sans enjeu un message ayant quelque contenu, message dont la projection du film d'Artus-Bertrand a rappelé l'urgence. Une projection pas innocente bien entendu d'autant que Sarkozy et Cohn-Bendit se rencontrent. Victoire ambiguë tout de même: Cohn-Bendit et Bové, les deux figures emblématiques des Verts, ne sont à peu près d'accord sur rien s'agissant de l'Europe. Victoire éphémère sans doute, issue davantage d'une addition de circonstances que d'une véritable adhésion.
L'échec bien réel de Bayrou ne vient nullement, selon nous, de son antisarkozysme supposé primaire. Encore moins de sa riposte maladroite à l'agression odieuse de Cohn-Bendit, bien dans la ligne des méthodes de déstabilisation à la Vichinsky, à base de familiarité grossière et d'injure, dont il faisait un si efficace usage dans les amphis en mai 1968. Loin d'avoir trop déserté le terrain européen, François Bayrou n'a pu empêcher le gros de ses troupes, Marielle de Sarnez en tête, de quitter la posture "populiste du centre" qui lui avait si bien réussi en 2007, pour revenir à sa pente naturelle : une surenchère européenne qui n'était pas précisément ce que l'opinion attendait. Intrinsèquement, l'Europe n'était-elle d'ailleurs pas, pour le Modem, le plus mauvais terrain pour se démarquer de l' "UMPS" qu'il dénonce ?
Quant au parti socialiste, sa défaite est la sanction méritée de ses divisions, de son absence dramatique d'idées et de la grisaille technocratique qu'incarne si bien Martine Aubry, grisaille si judicieusement pointée du doigt par Emmanuel Todd dans un essai récent. Au demeurant comment le parti de Guesde et de Jaurès ne paierait-il pas le prix fort, en pleine crise économique internationale, d'être devenu celui de Strauss-Kahn et de Lamy, les deux papes du capitalisme mondialisé ?

Pourtant, s'agissant du PS, ces résultats ne préjugent en rien de la suite : considérant que ni Cohn-Bendit ni Mélenchon et encore moins Besancenot ne représentent une alternative crédible à gauche, il est à ce scrutin une gagnante qu'on ne saurait négliger : Ségolène Royal qui voit Martine Aubry affaiblie en interne et François Bayrou en externe. Or on ne voit pas comment le président Sarkozy, la crise et l'usure du pouvoir aidant, pourrait reconquérir une part suffisante des 88,5 % d'électeurs qui n'ont pas daigné voter pour les listes UMP aux européennes. La présidente de Poitou-Charentes risque ainsi d'apparaître le moment venu, pour le meilleur et pour le pire, non seulement comme la candidate naturelle du PS, mais aussi, sauf fait nouveau à ce jour imprévisible, comme l'unique moyen pour les Français de sanctionner le président sortant, sachant qu'en démocratie - ce scrutin vient de le confirmer par le truchement des abstentions - on vote plus souvent contre que pour.
Paru dans Marianne2, juin 2009

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Croire en la paix

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a confirmé qu'il était possible d'être l'ami d'Israël, de se réjouir du rapprochement historique entre Juifs et chrétiens, et d'être cependant critique sur la politique des gouvernements israéliens dans leur approche du problème palestinien. Benoît XVI a plusieurs fois insisté sur l'aspect irrévocable de la "réconciliation authentique et durable entre les chrétiens et les Juifs". Il a également affirmé le droit d'Israël à l'existence et à la sécurité dans des frontières reconnues par la communauté internationale. Mais la "sécurité" ne justifie pas l'emploi de n'importe quel moyen : une paix durable ne peut régner sans la justice. Et celle-ci suppose de reconnaître la légitimité des revendications du peuple palestinien à un État souverain et indépendant, le pape l'a souligné fortement à deux reprises au moins.

Lorsque l'État d'Israël est proclamé en 1948, son territoire fait 14 000 km2 et exclut la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. Le nouvel État n'est pas reconnu par les pays arabes voisins qui lui font la guerre aussitôt. Le conflit tourne à l'avantage d'Israël qui en profite pour élargir son territoire (qui augmente de 6000 km2), ce qui provoque l'exode massif de 900 000 Palestiniens. La deuxième guerre israélo-arabe de 1967, dite des "six jours", est une nouvelle victoire écrasante pour Israël qui annexe le Sinaï (rendu à l'Égypte en 1978), le Golan syrien, la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. Certes, Israël n'a fait que se défendre lors de ces deux conflits, mais l'annexion des "territoires occupés" ne peut qu'exacerber le sentiment d'injustice et d'humiliation des Palestiniens qui occupaient la Terre Sainte bien avant l'arrivée des premiers colons juifs à la fin du XIXe siècle. L'ONU, par sa fameuse résolution 242 de 1967, exige alors le "retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés". En vain.
Depuis, les positions de part et d'autre - excepté quelques éclaircies comme les accords d'Oslo (1993) prévoyant l'autonomie palestinienne en Cisjordanie dans un délai de cinq ans, accords non appliqués -  n'ont quasiment jamais cessé de se raidir : du côté palestinien, l'OLP, créé en 1964, ne reconnaît pas le droit à l'existence d'Israël, basé sur des "décisions illégales" (1) en violation du droit à l'autodétermination du peuple occupant ce territoire et n'hésite pas à recourir au terrorisme. En 1988, sous l'égide de Yasser Arafat, l'OLP reconnaît enfin Israël, mais le Hamas, créé l'année précédente, reprend à son compte la position la plus extrême contre l'existence même d'Israël et mène des opérations terroristes meurtrières en Israël - le Hamas et la droite dure israélienne ont alors un intérêt commun à détruire l'Autorité palestinienne, que ne veulent ni les uns ni les autres. En suscitant le désespoir chez les Palestiniens, les "faucons" israéliens n'ont ainsi cessé de faire le lit du Hamas…
Du côté israélien, rien n'est fait pour apaiser l'adversaire vaincu et humilié : loin d'envisager de céder les territoires occupés, Israël entame en 1985 l'implantation de colonies juives en Cisjordanie et Gaza (elles seront retirées de Gaza en 2003 sur ordre de Sharon qui préfère favoriser la Cisjordanie). De 50 000 colons en 1985, on passe à 150 000 dix ans plus tard, ils sont près de 450 000 aujourd'hui. Comment envisager la solution de deux États quand elle est aujourd'hui rendue physiquement impossible par les centaines de milliers de colons juifs qui morcellent la Cisjordanie en zones étanches, rendant impossible toute communication entre des communautés palestiniennes voisines parfois de quelques kilomètres ? Et quand l'érection d'un mur de séparation entre colons juifs et Palestiniens complique encore les choses ? Dans le même esprit, le gouvernement israélien de M. Netanyahou officialise l'annexion de Jérusalem-Est en proclamant en 1998 la création du "Grand Jérusalem", faisant ainsi clairement comprendre que la partie arabe de la ville ne pourra être la capitale d'un futur État palestinien, comme l'ONU le prévoyait et comme le veulent les Palestiniens.
Depuis sa création, Israël n'a envisagé ses relations avec les Palestiniens que sous l'angle d'un rapport de force, notamment militaire, persuadé de la supériorité de son armée – Tsahal - et assuré du soutien quasi inconditionnel du puissant allié américain. Ses opérations militaires au sud Liban à l'été 2006 et son offensive contre la bande de Gaza à l'hiver 2008-2009 ont cependant montré les limites d'une supériorité militaire "classique" face à un adversaire qui se terre parmi la population : de telles opérations sont très meurtrières et ne résolvent rien ; elles contribuent à ternir la perception d'Israël, qui a toujours bénéficié d'une complaisance unique sur le plan international en raison de l'horreur de la Shoah et de la culpabilité qu'elle suscite en Occident.
Quand les gouvernements israéliens comprendront-ils que la force pure n'est pas la bonne méthode ? C'est en substance le message que Benoît XVI a essayé de faire passer en appelant à un changement des cœurs, pour entrer dans une démarche plus intérieure qui aboutit au pardon et qui seule peut ouvrir le chemin à une véritable paix. Dans cette nécessaire démarche, les chrétiens de Terre Sainte ont un rôle à jouer. Cela aussi, le pape l'a rappelé.

Paru dans La Nef n°205, juin 2009

(1) Article 17 de la charte de l'OLP de 1964.

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Nouvelle diplomatie US ?

(...) (site endommagé en 2013)
devait entraîner une profonde révision de la diplomatie américaine. Est-ce vraiment le cas ?
Le charisme du nouveau président a incontestablement porté des fruits. Le G20 a montré un président sympathique et ouvert, et on a le sentiment, après la conférence des États américains à La Trinidad, que des voies nouvelles ont été ouvertes. Il semble que l'on aille peu à peu vers la levée de l'embargo à l'encontre de Cuba et que les rapports avec le Venezuela de Chavez se soient détendus. Mais cela implique-t-il un réel changement d'attitude face à ce qui se passe au sud du Rio Grande ? Depuis deux siècles, l'Amérique latine est un fief américain : la classe politique, les milieux économiques à Washington et New York se gardent bien de l'oublier. Manière forte ou méthodes plus modérées, Obama, comme Bush et ses prédécesseurs, ne pourra pas tolérer les nationalisations des sociétés d'hydrocarburants ou de compagnies minières ou d'ensembles agricoles. Pensons au poids des intérêts américains dans l'agriculture de l'Amérique Centrale. Enfin, comment Obama réagira-t-il devant les poussées revendicatives des populations amérindiennes dans les États andins ? Face à l'Europe, il n'est pas certain que la politique américaine ait beaucoup changé : on a applaudi Barack Obama mais l'on n'a pas davantage entendu l'Europe que du temps de G.W. Bush. Au reste, l'Union européenne et l'Otan ont parfaitement accepté que demeure la prééminence américaine à laquelle Obama n'avait naturellement pas l'intention de renoncer. Le président des États-Unis a proclamé son intention de modifier ses relations avec Moscou. Est-ce une volonté réelle ou de simples bonnes paroles ?
C'est évidemment avec l'accord de Washington que l'UE a organisé à Prague une réunion dans le but d'aider des États de l'ex-URSS pour lesquels on n'envisage pas d'adhésion à l'Union. Les six États invités (Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) font partie de l'espace russe depuis deux ou trois siècles, et ils sont d'autant plus liés à Moscou que quatre d'entre eux appartiennent à la mouvance orthodoxe. Se méfiant de la Russie considérée comme aussi dangereuse que l'ex-URSS, les États-Unis ont poussé certains de ces pays à adhérer à l'OTAN. L'opposition de Moscou et l'hostilité de Paris et Berlin à cette idée ont conduit les États-Unis à profiter de la présidence tchèque pour organiser ce partenariat qui n'a d'intérêt que si Moscou l'approuve. Chacun sait qu'il n'en est pas question. Pour la Russie, l'initiative tchèque est une provocation, favorisée par Washington ; cela souligne combien, en matière diplomatique, sont importantes les forces profondes.
On attendait le président Obama sur le Moyen-Orient : jusqu'à présent la situation globale n'a pas changé. Les États-Unis ne sont pas véritablement intervenus pour forcer Israël à modérer ses ambitions et à modifier sa politique. Quelle portée aura réellement la déclaration du Vice-président Joe Biden qui, le 5 mai dernier, a invité Israël, devant le lobby pro-israélien des États-Unis, à travailler à une solution à deux États ?
Obama avait annoncé pendant sa campagne un retrait progressif des forces américaines en Irak. En réalité l'hostilité américaine à l'égard de l'Irak, fondée officiellement sur la défense des droits de l'homme et la démocratie était et demeure en réalité la défense des intérêts pétroliers des États-Unis : le conflit irako-américain avait débuté en 1990 et on voit mal le dernier GI quitter l'Irak en 2011.
Pour Obama, le point essentiel dans ce Moyen-Orient élargi, c'est l'Afghanistan. Depuis plusieurs mois, les Talibans ont vu leur implantation s'étendre dangereusement. Cette montée en puissance est liée pour une bonne part à l'opposition faite par l'Occident aux droits afghans de la femme. Ce peuple demeure très attaché à ses traditions. Dans ce cadre, la femme afghane ne connaît d'existence que soumise à son père puis à son mari. Le féminisme occidental n'attache aucune importance à cet élément culturel et a mis en avant toutes les violations faites au droit de la femme tel qu'il est conçu en Europe de l'Ouest ou aux États-Unis. Rétablir la paix en Afghanistan implique un solide quadrillage du pays. Cela demande des hommes à même de défendre un village mais aussi de favoriser le développement de ces communautés, ce qu'avaient parfaitement compris en Algérie le général Challe et Paul Delouvrier quand ils mettaient en place de nouveaux villages et des SAS. Le commandant David Galula, dans Contre-Insurrection, Théorie et pratique (Economica), préfacé par le général d'armée US D.H. Petraeus, l'a bien montré. Mais ni au Pentagone ni à Paris, on ne prend ce livre au sérieux. Or, à le lire, on constate qu'il faudrait plus de 500 postes afghano-otaniens. Une telle organisation demande entre 300 et 500 000 hommes dont 50 % de forces otano-onusiennes et 50 % de forces afghanes. On en est loin. De surcroît, l'Afghanistan a à sa tête un président sans autorité et accusé de corruption ; et un voisin, le Pakistan, qui abrite talibans et intégristes et dont l'armée porte les revendications frontalières de son pays. Obama, qui a annoncé vouloir régler le problème afghan, s'est beaucoup avancé. Il apparaît que le président n'a pas les moyens de ses ambitions.

Paru dans La Nef  n° 205, juin 2009

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Dîner chez Éric Besson avec Ferry et Slama, deux esprits qui tournent rond, et vite. Au menu : immigration, intégration et identité nationale, …ces trois notions composant l'intitulé du ministère dont Besson vient d'hériter. Comme Hortefeux précédemment, il craint que le versant répressif de sa mission nuise à son "image".Toujours, chez tous les politiques, ce souci de l'image. Pourtant, il faut maîtriser les flux migratoires, refouler les clandestins et verrouiller les frontières de Schengen sous peine de tragédies futures.
Tous les gouvernants européens en sont convaincus, qu'ils soient de droite ou de gauche. En France seulement, dans une fraction des élites, prévaut l'idée d'une vocation nationale à récupérer le tout-venant pour fabriquer de la citoyenneté avec du cosmopolitisme. C'est méconnaître l'histoire-géo de la France.
Aussi ai-je suggéré à Besson, puisqu'il est en charge de "l'identité nationale", de la définir dans sa triple dimension : une damasserie de terroirs, une longue mémoire, la fierté afférente. La France n'est pas le point focal d'une abstraction décrétée universaliste sur la rive gauche de la Seine. Elle a de la chair, de la tripe, de la bouteille. Bien sûr, elle tolère tous les métissages ethniques, mais pas forcément tous les melting-pots culturels. C'est un maelström complexe de paysages burinés de longue date, de lieux patrimoniaux très singuliers, de figures mythologiques et de tours d'esprit. On ne saurait invoquer son identité en occultant les reliefs ambivalents de notre imaginaire collectif. Bref, la France n'est pas les États-Unis et sa politique d'immigration doit se pénétrer de cette évidence. Slama n'aime pas qu'on use de ces mots - identité nationale - parce qu'historiquement, leur accolement a laissé de fâcheux souvenirs. Il a raison sur le fond et, s'agissant de mon propre patriotisme, je ne me réfère jamais à l'identité, à la nation, à l'État ou à la République. Seulement à la France. Mais, dans un monde où les repères s'effacent, le mot "identité" incarne désormais l'aspiration à un ancrage, autant se l'approprier pour le laver de ses scories.
Quant à l'intégration, on s'en gargarise trop. S'est-on soucié d'intégrer les innombrables Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais et autres "Yougos" qui, depuis la première révolution industrielle, ont posé leurs pénates dans nos banlieues ou nos provinces ? Ils se sont intégrés tous seuls, à la longue, et ça n'a pas été facile. Nulle part, fût ce aux États-Unis ou au Brésil, le dernier en date des immigrés n'est bien accueilli… par ses prédécesseurs immédiats. L'argument selon lequel les "ritals" ou les "Polacks", en qualité de chrétiens, étaient plus faciles à intégrer ne tient pas vraiment la route. À Paris, comme à Marseille, les Arabes musulmans, jadis, se fondaient sans trop de heurts dans le creuset national. Plus on incite à l'expression publique des "diversités", plus on les cultive en les victimisant ou en les diabolisant, moins on les rend aptes à accéder au sentiment de la pleine appartenance. Cessons de "démagogiser". Réfléchissons plutôt au projet que Ferry vient de soumettre à Sarkozy : un "service civique " qui suppléerait en quelque sorte au service militaire. Son rapport fourmille de suggestions utiles, il y a là matière à un débat de fond.

Paru dans Valeurs actuelles, le 4 juin 2009

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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