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Depuis les premières révoltes ou jacqueries provoquées par la stupidité du Président Tombalbaye, les rivalités ethniques, les tentatives d'ingérences libyennes ou soudanaises, ont empêché le développement dans le calme de ce pays au coeur de l'Afrique. De plus, des Français ignorant des réalités locales - Madame Claustre, l'Arche de Zoé entre autres - n'ont en rien arrangé les difficiles relations de notre pays et du Tchad.
Avant la colonisation française, le Tchad n'existait pas comme Etat : il n'y avait que des clans, voire des fractions dirigés par des chefferies traditionnelles, du nord au sud, de l'est à l'ouest. Au nord, les Turcs tenaient les postes de Fada et de Faya (Largeau pour les militaires français). Ce morcellement est toujours vivace : les Toubous se sont partagés entre Hissen Habré et Goukouni Oueddeye, les Zaghawa entre Idriss Déby et Timan Erdimi. Pendant des siècles le Sud animiste fut le terrain de chasse des négriers africains. Rabah, le dernier, tenta de se tailler un royaume. Jusqu'à l'arrivée des troupes françaises en 1909, Abéché fut le principal centre de fabrication des eunuques destinés aux harems d'Arabie et de Turquie. Le dernier convoi d'esclaves fut intercepté par nos soldats en 1919.

La colonisation française fut mise à profit par les habitants du Sud pour s'instruire dans nos écoles, s'intégrer dans notre administration. Les Musulmans du Nord, tout en acceptant notre hégémonie, refusèrent notre système scolaire et participèrent rarement à notre administration. Lors de l'indépendance les cadres sudistes  prirent en main le nouvel Etat : la plupart étaient médiocres, en particulier Tombalbaye, ancien instituteur, qui élimina les quelques cadres musulmans qui existaient dans les années 1959-1965.
Le départ des troupes françaises en 1965 se traduisit par une multiplication des exactions par les fonctionnaires et militaires tchadiens, et des jacqueries d'abord dans le Guera. Rapidement, des intellectuels canalisèrent ces révoltes et déclenchèrent une véritable insurrection.
En 1968, Tombalbaye fit appel à de Gaulle. Sous réserve d'une réorganisation administrative et militaire, l'aide fut accordée par la France de 1969 à 1972. Pour de Gaulle, il ne fallait pas accepter un processus qui pût aboutir à l'éclatement du Tchad et donner de mauvaises idées au reste de l'Afrique. Rappelons que la monnaie libyenne avait cours en 1965 à Largeau et la monnaie soudanaise à Abéché. Dès cette époque, certains pays d'Afrique accueillent sans plus les mouvements rebelles tchadiens (Algérie, Nigeria, Egypte, Irak, Ghana), se contentant de les laisser ouvrir des bureaux de propagande. En revanche, le Soudan et la Libye, soutiennent plus activement les rebelles : ces deux Etats comptaient bien récupérer de grands lambeaux du Tchad ; Kadhafi avait envahi la bande d'Aouzou en 1982, avant d'en être chassé en 1987. A-t-il, ont-ils abandonné ces projets aujourd'hui ?

En dépit des efforts des Français, la mentalité des fonctionnaires et militaires tchadiens ne changea pas : dès le départ de notre mission de réorganisation, concussion et exactions reprirent envers les populations. Au fil des ans, Tombalbaye devenait paranoïaque, imposait une révolution culturelle, le retour aux rites animistes avant d'être assassiné en 1974.
Son successeur, le Général Maloum, demanda imprudemment le départ de nos troupes. Nous lui fîmes perdre la face lors de nos négociations pour la libération de Madame Claustre. En 1982, Hissen Habré prit le pouvoir et s'opposa aux activités libyennes avant de demander notre aide, accordée par le président Mitterrand en 1983. Sa victoire sur les troupes libyennes et la reconquête de la bande d'Aouzou ne compensèrent pas l'inefficacité de son administration et son autoritarisme. Il fut à son tour chassé par Idriss Deby, lui même en butte aux bandes d'un membre de son ethnie, Timan Erdimi. Il est clair que le Soudan a utilisé cette carte pour retarder ou torpiller le projet d'une force destinée à protéger les persécutés du Darfour. N'ayons pas d'illusion : tous les cinq ou six ans, ce manège recommencera, sans changement pour le peuple tchadien, constamment pressurés par l'administration et les bandes armées.

En 1964, lors d'une conversation avec un ami, j'avais dit que l'avenir du Tchad et de l'Afrique noire était évident. Il suffisait de regarder Haïti : la dictature, la corruption, les tontons macoutes, la misère. Comme je voudrais m'être trompé !
4 février 2008

Publié dans Devant l'histoire
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........................; Par-delà la vive polémique qu'il a suscitée, le discours du Latran inaugure une ère nouvelle dans les relations, historiquement méfiantes, entre l'Eglise et l'Etat.
Nous assistons à un changement hautement symbolique de la politique française dans ses rapports au fait religieux en général et au christianisme en particulier.

Celui-ci, avec les autres grandes traditions religieuses y compris l'islam - à condition qu'il procède à son propre aggiornamento - n'est plus exclu au nom de la déesse Raison et de la sacro-sainte spécificité française, mais accueillies au sein d'une laïcité positive capable de les absorber dans un vaste pacte républicain et de les impliquer dans un dessein à la hauteur de la France : une politique de civilisation.

Il ne s'agit donc pas, comme cela a été écrit, d'une altération grave des principes fondateurs de la laïcité, encore moins d'une remise en question de la loi de 1905, ce "monument inviolable", selon Jacques Chirac. Il s'agit au contraire d'un retour aux sources authentiques de la morale laïque. A l'instar des laïcités anglo-saxonnes ou germaniques, qui ont entretenu des rapports confluents et non conflictuels avec le religieux, la laïcité française, "enfin parvenue à maturité", se normalise en se mettant au diapason des nouveaux défis du siècle : choc des civilisations, apothéose du matérialisme et de l'hédonisme, néant spirituel, métastase de l'intégrisme, mondialisation du terrorisme...
Ces défis ont frappé de caducité le laïcisme qui, au nom du postulat marxiste ("la religion est l'opium du peuple"), a juré la mort de Dieu et l'extinction de la religion. A l'origine, en effet, la laïcité n'entendait pas extirper du corps social toute survivance religieuse, mais limiter l'hégémonisme spirituel et temporel de l'Eglise. La séparation de l'Eglise et de l'Etat a été l'aboutissement d'un long processus de sécularisation qui a commencé au Moyen Age, s'est raffermi grâce aux Lumières, a trouvé sa première traduction politique dans le radicalisme révolutionnaire de 1789 pour rencontrer ensuite sa première phase libérale et républicaine dans le Concordat napoléonien de 1801.
Avec la loi de 1905, c'est l'idéal laïc qui est imposé en France comme norme juridique et paradigme absolu du rapport entre foi et loi. En restituant au politique et au religieux leur autonomie réciproque, la loi de 1905 a été une rupture refondatrice, une destruction constructive. Théoriquement, la laïcité ne devait donc pas s'opposer à la religion, mais lui aménager une sphère qui lui est propre. Que s'est il passé en pratique ? La religion chrétienne a été stigmatisée, culpabilisée, et progressivement rayée, pas seulement des controverses politiques ou intellectuelles, mais également du débat moral et éthique.
"Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi !", rugissait Gambetta. En fait, la lutte de la laïcité contre le cléricalisme a tourné au combat de l'athéisme contre le christianisme. Dans ce combat où la fille aînée de l'Eglise a perdu une partie de son âme, la laïcité a sacrifié un élément constitutif de sa philosophie : la tolérance. C'est ainsi que la France, terre du baptême de Clovis, est passée de la religion d'Etat, le gallicanisme, à l'athéisme d'Etat. Dopée par sa victoire sur le traditionalisme catholique, leurrée par le mythe rationaliste suivant lequel le religieux, le sacré même sont voués à la disparition, la laïcité française a baissé la garde en tombant dans un sommeil profond... jusqu'à l'irruption fracassante d'un islam conquérant et d'un islamisme guerroyant. L'eschatologie wébérienne du désenchantement du monde, reprise par Marcel Gauchet, a fait long feu.

C'est dans ce contexte nouveau qu'il convient de lire les discours présidentiels à Rome, symbole du catholicisme, et à Riyad, symbole de l'islam. La laïcité positive à laquelle il appelle est en rupture avec le laïcisme français dont la dernière manifestation politique fut l'opposition d'inclure, dans le préambule à la Constitution européenne, toute référence aux "racines chrétiennes de l'Europe". Changement de génération ou régénération de la laïcité française, Nicolas Sarkozy ose affirmer que "les racines de la France sont essentiellement chrétiennes".

Plutôt que d'y voir une trahison de la "laïcité républicaine", ne peut-on reconnaître dans la laïcité positive des symptômes plus profonds ? Peut-être les prémices de la politique de civilisation dont le président vient, à Riyad, de préciser le contenu : "C'est une politique qui se donne pour but de civiliser la globalisation (et) qui intègre la dimension intellectuelle, morale, spirituelle..." Peut-être la volonté de renouer avec cette philosophie d'essence thomiste qui a été longtemps marginalisée en France au profit exclusif du marxisme et de l'existentialisme. N'oublions pas que le personnalisme d'Emmanuel Mounier a été une réponse à l'existentialisme sartrien ; de même que l'humanisme intégral théorisé par Jacques Maritain fut une réaction à l'humanisme marxiste.
Par-delà ce ressourcement philosophique et ces premiers balbutiements d'une politique de civilisation, n'y a-t-il pas dans le repositionnement sarkozyen un retour au gaullisme ? De Gaulle, en effet, qui a gravé la laïcité de l'Etat dans la Constitution, ne déclarait-il pas, le 31 mai 1967 à Rome : "L'Eglise est éternelle et la France ne mourra pas. L'essentiel, pour elle, est qu'elle reste fidèle à ce qu'elle est et, par conséquent, fidèle à tous les liens qui l'unissent à notre Eglise." C'est encore lui qui affirmait, le 11 février 1950 : "Nous sommes un pays chrétien, c'est un fait. Nous le sommes depuis longtemps... Eh bien, nous n'avons pas besoin de nous méconnaître et cette flamme chrétienne, en ce qu'elle a d'humain, en ce qu'elle a de moral, elle est aussi la nôtre."

Article paru dans Le Monde du 24 01 08

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Islamisme et démocratie : lequel dissout l'autre ?

... qui viennent de hisser le mouvement islamiste Hamas a la tête a la tête d'un Etat a la fois réel et virtuel créent une situation inédite et des plus ubuesques : comment les Etats-Unis, l'Europe et Israël vont-ils collaborer avec un gouvernement dont la mouvance est, encore aujourd'hui, inscrite sur la liste des organisations terroristes ?
Et, par-delà ce dilemme local - probablement surmontable moyennant quelques déclarations de principe de la part du Hamas -, de quelle manière les néoconservateurs américains vont-ils sortir de cet autre dilemme majeur, charrié par leur projet de "Grand Moyen-Orient" : contraindre les Etats arabo-musulmans a se démocratiser tout en évitant qu'ils basculent dans l'univers cauchemardesque du totalitarisme vert ? En d'autres termes, le "fondamentalisme démocratique" - pour employer une expression déja présente chez Garcia Marquez - doit-il se poursuivre, maintenant que l'on sait qu'il profite exclusivement au fondamentalisme islamiste ?
Que ce soit en Iran, ou des élections, elles aussi "démocratiques", ont conduit Mahmoud Ahmadinejad a la présidence de la République, ou en Irak, en Egypte, au Pakistan, au Koweit, en Arabie saoudite, au Maroc, aujourd'hui en Palestine et, on a quelquefois tendance a l'oublier, en Turquie, on assiste en effet a un retour spectaculaire de l'islamisme. Cette vague de fond se confirme à chaque occasion électorale. Comme on a du mal à saisir ce phénomène il est vrai renversant, on a pris l'habitude de plaquer sur cette réalité complexe des concepts tirés de la sociologie politique occidentale : vote sanction, vote contestataire, islamisme centriste, islamistes modérés par opposition aux islamistes intégristes... Ce placage de concepts exogènes peut altérer l'analyse et dissimuler les véritables enjeux que recèle la déferlante islamiste.

Il faut d'abord rappeler que le phénomène islamiste n'est pas récent, mais constant et graduel. Contrairement a un leitmotiv, l'islamisme n'est pas né en 1928, avec l'émergence des Frères musulmans en Egypte, qui entendaient ainsi catalyser le ressentiment des populations musulmanes après l'abolition (1924) du califat par Mustafa Kemal. Ses origines seraient plutôt en Arabie, berceau de l'islam... et de l'islamisme. Dans l'histoire moderne, le royaume saoudien est la première incarnation étatique de l'islamisme politique. C'est le premier modèle de théocratie sunnite qui va subjuguer Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans. Il faudrait attendre 1979, sous la conduite de l'imam Khomeiny, pour assister a la naissance de la seconde théocratie, cette fois-ci chiite. Depuis cette date, l'islamisme, principalement inspiré de la doctrine des Frères musulmans et alternativement financé par l'Arabie saoudite et par l'Iran, ne cesse de marquer des points contre les Etats nationalistes issus de la décolonisation, qu'il taxe d'apostasie.
C'est qu'il existe une opposition idéologique et politique fondamentale entre l'islamisme et le nationalisme arabe. Il faut rappeler que Saïd Qutb, le successeur d'Hassan Al-Banna a la tête des Frères musulmans, a été condamné a mort par Nasser et pendu le 26 août 1966. D'ou la haine que vouent les islamistes au panarabisme en général et au nassérisme en particulier. Les assassins d'Anouar El-Sadate, en octobre 1981, avoueront avoir voulu venger la mort de leur "premier martyr", Saïd Qutb. Ce qui rend encore plus tenace cette haine, c'est le sentiment d'avoir été trahis : avant 1952, Sadate avait été membre des Frères musulmans et Nasser en avait été un fervent sympathisant.

La compétition électorale qui vient de se dérouler en Palestine entre le Hamas et le Fatah s'inscrit dans la continuité de la vieille bataille politique et idéologique qui se joue entre panislamistes et panarabes. Mais le combat était inégal entre ceux qui sont devenus les "résistants" et ceux qui sont devenus les "collabos". Privés de leur chef charismatique, Yasser Arafat, n'ayant pratiquement rien obtenu de leurs partenaires israéliens, les responsables du Fatah ne pouvaient pas gagner ces élections. Outre le capital sympathie dont ils profitent a la suite du gros maillage social qu'ils ont pu tisser grâce aux capitaux saoudiens puis iraniens, les islamistes palestiniens bénéficient de la "légitimité coranique" et de la "légitimité martyrologique". Le crime a payé. Les nombreuses actions terroristes contre les civils israéliens n'ont pas été vaines. Et c'est la leçon que ne manqueront pas de retenir les activistes du Fatah !
On répète souvent que l'islamisme se nourrit de la misère économique et de l'exclusion politique. Certes, mais sa source intarissable reste cette culture "holistique" et hégémonique qui mélange Allah a toutes les sauces et réduit le Coran a un manifeste politique. Il suffit de revenir aux "sources", de suivre l'enseignement prophétique pour que le monde de l'islam retrouve son âge d'or perdu, enseignaient Ibn Abdelwahab (prédicateur fondamentaliste dans l'Arabie du XVIIIème siècle, inspirateur du wahhabisme), Hassan Al-Banna, Saïd Qutb et Khomeiny. C'est à partir de ce genre de mythes, majoritairement partagés par les musulmans, que les islamistes ont constitué leur idéologie messianique.

Dans une compétition démocratique, aucun discours politique, si humaniste, si progressiste et si émancipateur soit-il, ne peut rivaliser avec ce genre de rhétorique éculée mais extrêmement mobilisatrice. C'est sur le fumier de l'ignorance que prospère l'islamisme. Pour lui, la démocratie n'est point un système global de valeurs universelles et immuables. C'est un instrument, un moyen conjoncturel au service d'une fin conjecturée : l'instauration d'une théocratie moyenâgeuse. Dés lors, la question n'est pas de savoir si l'islamisme est soluble dans la démocratie ni si l'islam est compatible avec la laïcité. La question est de savoir si, dans le cas de sociétés profondément hétéronomiques et complètement envoutées par les zélotes du fondamentalisme religieux, la démocratie est un vaccin vivifiant ou un poison mortel.

Lorsqu'on est mûr pour l'islamisme, peut-on l'être pour la démocratie ? La réponse a son importance pour les néoconservateurs s'ils veulent résoudre ce grand dilemme : comment démocratiser le monde arabe en évitant qu'il chute dans l'escarcelle islamiste ?
Paru dans Le Monde, le 3 février 2006  

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.................... que par les totalitarismes qui ravagèrent le XXème siècle : communisme et nazisme institutionnalisèrent le crime de masse avec un mépris inégalé de la personne. Les points communs entre ces deux systèmes ne sont plus à démontrer. Il en est un, cependant, peu mis en avant : c'est leur même rejet et même haine de Dieu. Couper l'homme de Dieu, c'est inévitablement enlever toute limite à l'action humaine, cela conduit tôt ou tard à l'abolition de toute norme morale objective qui s'impose à tous : l'homme se faisant Dieu, croit ainsi être le maître de tout jusqu'à pouvoir par son génie procurer le "bonheur" à ses semblables. On a vu les résultats.…

Dans ce contexte, le concile Vatican II a particulièrement insisté sur la place centrale de l'homme dans la Création, "seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même" (1), et sur sa dignité ontologique en tant que seul être à avoir été créé "à l'image de Dieu" (Gn 1, 27), justifiant ainsi "le droit à la liberté religieuse [qui] a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même" (2). Il faut rendre grâce à Dieu pour cet enseignement de l'Église sur la personne humaine qui, plus que jamais, est aujourd'hui le seul rempart sérieux et cohérent à l'anthropologie archi-dominante qui ramène l'homme au rang de vulgaire animal. C'est en s'appuyant sur cette vérité que Jean-Paul II a contribué à renverser le communisme en Europe de l'Est , un communisme qui n'est cependant nullement éradiqué de nos horizons politiques.

La principale menace contre la dignité de la personne humaine provient aujourd'hui du relativisme et de l'anthropologie qui l'accompagne. Prenant prétexte de la "science" et notamment du néo-darwinisme, elle tend à estomper la différence fondamentale entre l'animal et l'homme, lequel serait né simplement au détour d'un heureux hasard. La personne est ainsi "chosifiée", ce qui banalise tous les attentats actuels contre la vie et la dignité de l'homme : avortement, euthanasie, recherche sur l'embryon humain, pornographie, publicité. Le paradoxe de la modernité est que cette vision dégradante de la personne se conjugue avec un appel incantatoire aux "droits de l'homme", à un individualisme forcené et même à un véritable nombrilisme, mais qui n'empêchent aucune de ces dérives, qui les favorisent même ne réclame-t-on pas que l'avortement soit un "droit de l'homme" ? tout simplement en raison d'une anthropologie fondamentalement erronée : une vision de l'homme, sans référence au péché originel ni même à la notion de péché, sans transcendance dans un univers sans Créateur et dénué de sens. Cela montre combien il est vain de prétendre défendre l'homme en le détachant de Dieu. Jean-Paul II nous a prévenu que le relativisme conduit la démocratie vers le totalitarisme : le danger d'un tel régime tient au fait qu’il exerce sa tyrannie sans violence apparente pour ceux qui n'en sont pas les victimes et, surtout, il connaît une adhésion réelle auprès de ceux qui croient encore qu'il défend la "liberté", "liberté" de faire ce qui nous plaît, sans référence à une loi morale normative qui est au-dessus de nous.

Dans une approche spirituelle, Benoît XVI a indirectement abordé ces questions dans sa magnifique encyclique Spe Salvi. Toute sa démonstration tient dans cette évidence déjà rappelée par saint Paul : 
"Un monde sans Dieu est un monde sans espérance" (n. 44). Contre l'idéologie du Progrès qui croit que la Science apportera le bonheur à l'humanité, le pape rappelle "qu'un progrès qui se peut additionné n'est possible que dans le domaine matériel". En effet, poursuit-il, "la condition droite des choses humaines, le bien-être moral du monde, ne peuvent jamais être garantis simplement par des structures, quelle que soit leur validité. […] Puisque l'homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n'existera jamais en ce monde"  (n. 24).

Dans un autre texte remarquable, le message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2008, Benoît XVI revient sur la nécessité d'une morale commune, la loi naturelle : "Pour qu'il y ait paix, il faut une loi commune, qui permette à la liberté d'être vraiment elle-même, et non pas un arbitraire aveugle, et qui protège le faible des abus du plus fort" (n. 11). Mais, entend-on, la loi naturelle étant devenue un concept incompréhensible pour nos contemporains, elle est inopérante. La belle affaire ! Ne faudrait-il donc se battre que pour ce qui est compris et accepté de tous ? Pourquoi donc alors dépenser de l'énergie contre l'avortement ou contre les unions homosexuelles ? "Il est indispensable, nous dit le pape, de revenir à cette loi fondamentale et de consacrer à cette recherche le meilleur de nos énergies intellectuelles, sans se laisser décourager par les équivoques ou les sous-entendus" (n. 13). Et s'il est un sujet accessible à la droite raison, c'est bien le concept de loi naturelle qui plonge ses racines dans l'Ancien Testament avec le Décalogue qui en est la première expression.


La loi naturelle n'est pas une option, rien ne peut la remplacer. Contre les dérives anthropologiques ici évoquées, elle est le principe minimum sur lequel les hommes doivent s'accorder pour conduire dignement leur vie en société. À temps et à contre-temps, il nous faut l'expliquer sans oublier la nécessité de l'évangélisation pour remettre Dieu à sa juste place, tant l'expérience nous montre, pour paraphraser Chesterton, que lorsque l'on chasse le surnaturel, c'est le naturel lui-même qui est vite attaqué.
www.lanef.net

(1) Gaudium et spes n. 24, 3.
(2) Dignitatis humanae n. 2.

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.................... subit un violent séisme suivi de centaines de répliques. Les morts se comptent en dizaines de milliers dans ces régions isolées du sous-continent indien. Les secours de l'armée pakistanaise sont insuffisants, d'autant que cette dernière n'aurait qu'une vingtaine de ces hélicoptères indispensables pour sauver les populations civiles. Mais le Pakistan, par ailleurs, dispose de l'arme nucléaire.… 
Suivant cet exemple, la liste des pays en développement serait longue. Les pays où les dépenses militaires, celles en faveur des "canons", semblent privilégiées par rapport à celles pour "le beurre", c'est-à-dire pour le développement humain. Et ce sont les populations civiles qui en font les frais, subissant des surmortalités et laissées à l'tat de pauvreté.
Certes, cette liste des pays qui empêchent le développement humain par des surinvestissements militaires ne peut être établi d'une façon parfaitement mathématique. En effet, les budgets militaires annoncés par de nombreux États sont d'une fiabilité douteuse. Il faudrait connaître la taille des armées, sans oublier les multiples milices dont le nom n'apparaît pas dans les documents officiels. On sait ainsi que l'Irak de Saddam Hussein comportait plusieurs dizaines de milices entretenues avec l'argent du pétrole et servant au dictateur pour quadriller son pouvoir.
Il faudrait connaître le type et la quantité des armements achetés, données sur lesquelles existent certaines informations disponibles, mais qui ne prennent pas en compte les achats d'armes maquillés sous d'autres noms.
Il faudrait enfin prendre en compte les dépenses en matière de recherche militaire ou d'extension des moyens militaires. Mais même de telles données resteraient insuffisantes pour montrer la capacité de nuire du surarmement. Par exemple, l'achat d’armes légères, qui a un coût relativement modeste, ne ressort pas bien dans les statistiques sur les dépenses militaires et alimente pourtant des guerres civiles ou des massacres d'une cruauté extrême, sans parler de l'horrible essaimage des mines antipersonnelles. Le nombre des victimes n'est donc pas dépendant du budget de l'armement indiqué.


Typologie de la préférence pour les canons
Néanmoins, une typologie des pays en développement accordant une forte priorité aux "canons" est possible.
Il y a d'abord des pays pauvres dirigés par des dictateurs qui usent et abusent de la violence pour conserver leur pouvoir. C'est ainsi que les dirigeants de la Corée du Nord, de la Birmanie ou de la Syrie semblent disposer de budgets illimités pour les "canons", sans guère de considération pour des investissements sanitaires, éducatifs ou matériels qui permettraient le développement humain.
Dans une deuxième catégorie figurent des pays où se déroulent des conflits civils. Le pouvoir politique, même lorsqu'il est tenu par des civils, considère qu'il lui faut armer son armée pour contribuer à maintenir l'ordre. C'est le cas, par exemple, en Ouganda ou en Afghanistan, même si la situation y est plus complexe.
Dans une troisième catégorie, le poids de l'armée dans les rapports de force internes au pays est très grand. L'armée est parfois à ce point un État dans l'État que les canons qu'elle demande sont presque toujours financés, d'autant que l'armée possède elle-même, directement ou indirectement, de nombreuses fonctions de nature économique. Une telle situation se présente en Algérie, en Turquie ou au Pakistan (1).
Dans d'autres pays, l'importance des canons est davantage à usage externe qu'interne, afin d'être considéré comme "grande puissance". C'est ainsi que la considérable rente pétrolière iranienne profite essentiellement aux "canons", comme l'atteste une économie encore en état de sous-développement.
Certes, il ne faut pas avoir la naïveté de penser qu'on pourrait supprimer d'un trait de plume les budgets militaires. Le monde est dangereux et, pour tous ceux qui aspirent à la paix, la devise "Si vis pacem, para bellum" (2) reste malheureusement appropriée. Lorsque cette préférence pour les canons va bien au-delà de la formule latine, dans des pays où le produit intérieur brut par habitant est particulièrement faible, cela n'exonère pas les pays développés, mais suscite de véritables interrogations sur les progrès démographiques dans notre planète. Pour réduire la mortalité infantile, pour diminuer la mortalité maternelle, pour augmenter les taux de scolarisation, il faut engager une vaste opération de pédagogie afin que le développement humain devienne partout une véritable priorité.

Editorial de la revue
Population & Avenir, n° 675 - novembre-décembre 2005

(1) "À travers leurs fondations, les activités des militaires vont de la fabrication de corn flakes à celle du ciment en passant par l'immobilier, l'éducation", Le Monde, 15 octobre 2005, p. 3.
La situation est semblable pour l'armée turque.
(2) "Si tu veux la paix, prépares la guerre".

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................ le plus vaste du monde et de ressources considérables, la Russie voudrait bien voir utiliser à son propos le terme de "grand" dont bénéficiait feu l'URSS. 
Mais sa population diminue fortement et son poids démographique relatif dans le monde baisse encore plus. La Russie a atteint un maximum de population en 1992 avec 148,3 millions d'habitants. Depuis, chaque année enregistre une population moindre par rapport à l'année précédente et la dernière évaluation (2006) donne moins de 143 millions d'habitants, soit une perte de plus de 5 millions en quatorze ans. Quelles sont les causes d'un tel dépeuplement ? Elles ne tiennent pas à une hémorragie migratoire puisque le solde migratoire de la Russie est positif depuis 1974. Notons néanmoins que cet apport migratoire est limité, 107 432 en 2005 et 128 316 en 2006 , ce qui signifie un taux d'accroissement migratoire beaucoup plus faible que celui de l'Union européenne ou des États-Unis.

1. Les naissances et les décès en Russie
La perte de population de la Russie provient donc du solde naturel, d'un excédent très élevé des décès sur les naissances depuis 1992, souvent supérieur de plusieurs centaines de milliers par an. Examinons seulement la dernière année connue, 2006 : elle compte 146 cercueils pour 100 berceaux. Quelles peuvent être les raisons de ce déficit naturel considérable, jamais vu en période de paix ?
- D'une part, la fécondité de la Russie est basse, inférieure à 1,5 enfant par femme depuis 1992 et les effectifs des générations en âge de procréer ne sont pas très élevés en raison de l'histoire démographique de la Russie.
- D'autre part, la Russie connaît une forte surmortalité, le taux de mortalité le plus élevé de l'ensemble de l'Europe, double de celui de la France ou des Pays-Bas. Cette surmortalité concerne tous les âges de la vie, avec déjà un taux de mortalité infantile plus du double de celui de l'Europe occidentale ou de l'Europe septentrionale.
- Cette surmortalité  est encore plus marquée pour le sexe masculin, puisque son espérance de vie à la naissance est de seulement 59 ans (76 ans au Royaume-Uni, 77 ans en France) et celui des femmes  de 72 ans (81 ans au Royaume-Uni, 83 ans en France).
Il importe enfin de noter que la dépopulation de la Russie ne semble pas devoir s'enrayer si l’on considère les projections puisque même celles réalisées selon des hypothèse hautes annoncent un recul à 131 millions en 2040 et, selon les hypothèses basses, à 102 millions.

2. La population de la Russie

Même si la Russie reste membre permanent du conseil de Sécurité de l'ONU, comment sa chute démographique pourrait-elle lui permettre de redevenir un des deux "grands", alors que son poids démographique dans le monde diminue et que ce pays va en outre souffrir d'un manque accru de main-d'oeuvre, à tous les niveaux de compétence, l'obligeant à des accords internationaux  ?
Paru dans
Population et Avenir  n° 684 - septembre-octobre 2007
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................... n'a rien d'étonnant. On semble avoir oublié dans quelles conditions est né cet État, en 1947, il y a tout juste 60 ans.
À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Britanniques ont compris que l'Inde voulait son indépendance. Mais dans quelles conditions ? Malgré toutes les difficultés que pouvait représenter la cohabitation dans l'Empire des Indes de 1857 (fin de la Guerre des Cipayes) à 1945, entre musulmans et hindouistes, la paix avait quasiment régné. Nombre de régions étaient toujours gérées par les souverains ancestraux et le vice-roi représentant la Couronne n'avait qu'un pouvoir limité. Il pouvait s'appuyer sur une administration remarquable, l'Indian Civil Service, dominé par les Britanniques mais ouvert aux Indiens, hindous et musulmans. Peu à peu se constitue une intelligentsia indienne formée au Royaume-Uni. C'est dans cette intelligentsia que va naître et se développer l'idée d'une autonomie puis de l'indépendance. Favorisés par les autorités britanniques, se constituent deux partis, le Parti du Congrès à dominante hindouiste (1885), puis en 1905 la Ligue musulmane. Les Anglais, tenant compte de la crise américaine de la fin du XVIIIe siècle, s'engagèrent dans une politique de libéralisation administrative, en même temps qu'ils favorisaient un développement économique incontestable entraînant la constitution d'une importante bourgeoisie, issue généralement des castes supérieures, anglophile et anglomane. Face à un Gandhi partisan d'une indépendance totale, la bourgeoisie indienne était, elle, favorable à la transformation de l'Inde en dominion, à l'image du Canada ou de l'Afrique du Sud. Cette bourgeoisie plus réaliste que Gandhi était consciente que l'indépendance verrait l'affrontement des communautés islamique et hindoue. Après l'engagement de l'indépendance pris par les Anglais en 1942 à la suite des défaites en Birmanie, s'affrontent les partisans d'une Inde unie et confédérée et les partisans de la création de deux États.
Les extrémistes musulmans (déjà) voulant accélérer le processus de la partition vont s'en prendre aux hindous et l'on assiste à Calcutta d'abord, dans une grande partie de l'Inde ensuite, à des massacres abominables. Dès lors, la partition est inévitable. Elle se fait en utilisant les données ethniques. Mais cela n'empêchera pas d'innombrables conflits en particulier au Bengale et au Pendjab, avec de véritables épurations ethniques dans bon nombre de régions : en tout entre 15 et 20 millions d'individus vont être obligés de déménager, non sans connaître de multiples vexations. Naturellement, les nouvelles frontières entraînent de nombreux incidents et conduisent à une première guerre indo-pakistanaise au Cachemire, où l'ONU obligera à un compromis qui perdure depuis 1949. Bien plus, les Bengalis musulmans se soulèvent contre l'autoritarisme d'Islamabad, et constituent en 1971 un nouvel État indépendant, le Bangladesh.

Depuis 1971 le Pakistan n'est cependant pas devenu un État sécurisé. D'abord s'opposent nombre d'ethnies : Penjâbis dans la Haute Vallée de l'Inde, autour de Lahore et d'Islamabad, Scindes au sud autour de Karachi et d'Hyderabad, sans compter les Pachtounes qui habitent ce qu'on appelle les zones tribales où se réfugient les Talibans et les tenants du groupe Al Qaïda quand ils sont poursuivis en Afghanistan. Le Pakistan, outre les querelles ethniques que les Britanniques contrôlaient à peu près, connaît aussi des conflits entre Pakistanais de souche et populations venues de l'Inde plus développées et par conséquent plus aisées. Surtout le Pakistan, qui n'a pas su pacifier les zones tribales, se trouve face à une révolte à caractère national dans le Baloutchistan.
Allié des États-Unis depuis les années de la guerre froide, dans la mesure même où l'ennemi héréditaire, l'Inde, était proche de l'Union soviétique, le Pakistan dispose de l'arme nucléaire. Depuis de nombreuses années le pouvoir réel au Pakistan est entre les mains de l'armée ; or, cette armée, qui avait aidé les Afghans dans leur lutte contre les Soviétiques, est demeurée proche de ceux qui sont devenus les Talibans.

Pourtant le maréchal Musharaf, commandant en chef des armées, qui a pris le pouvoir conserve un prestige certain dans nombre de milieux militaires. Il est hostile aux islamistes qui constituent l'opposition la plus forte à son pouvoir, qui disposent de moyens matériels importants et du soutien de près de la majorité des masses populaires : qu'on le veuille ou non, Musharaf est le seul à tenir en mains les possibilités d'action contre l'islamisme radical. Mme Benazir Bhutto n'a guère de moyens d'agir sur l'armée : ce n'est pas, de surcroît, parce qu'elle est soutenue par l'intelligentsia et une partie de la bourgeoisie qu'elle pourra lutter contre l'islamisme radical. On doit admettre, que cela plaise ou non, que les prochaines élections législatives au Pakistan, si elles étaient vraiment libres, donneraient une majorité relative aux islamistes, comme en 1991 en Algérie avec la victoire du FIS : 40 à 45 % d'islamistes, 35 % de partisans de Musharaf et 25 % de partisans de Benazir Bhutto, voilà ce que risquent de donner les élections pakistanaises de janvier prochain. Dès lors, Benazir Bhutto serait obligée de s'allier soit avec les islamistes, soit avec le maréchal Musharaf ! La démocratie montre ici ses limites. Le problème est en définitive assez simple : au nom de la démocratie, doit-on laisser la possibilité du pouvoir à un mouvement islamiste radical qui disposerait de l'arme nucléaire et transformerait totalement la situation militaire en Afghanistan ? N'oublions pas que dès à présent les Talibans contrôlent la moitié du territoire afghan et sont en voie de transformer des régions relativement calmes en zones d'insécurité. Selon certains journalistes, la situation à Kaboul aujourd'hui serait assez proche de celle de Bagdad il y a six mois.
Il est vrai, ce que l'on omet généralement de dire ou d'écrire, que le Pakistan connaît une situation économique désastreuse. Ayant eu longtemps un niveau de vie supérieur à l'Inde, il n'a pas décollé comme cette dernière ainsi que le rappellent les statistiques. La décroissance est peut-être souhaitable dans les pays développés. La croissance est indispensable pour les pays en voie de développement : la misère, élément important de l'essor de l'islamisme croît au Pakistan, elle décroît en Inde. De 1990 à 2005, le pouvoir d'achat a augmenté de 26 % en Inde, de 12 % seulement au Pakistan.

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La grève a bien souvent en France un aspect "mythologique". En effet, héritiers d'une certaine vision de 1793, puis de la révolution bolchevique entretenue chez nous par la présence d'un fort parti communiste aujourd'hui exsangue mais relayé par l'extrême-gauche trotskiste, les meneurs grévistes continuent de vivre dans l'esprit du "grand soir" qui devait mettre à bas le système d'exploitation capitaliste. Résultat ? Les conflits sociaux ont souvent en France une dimension idéologique étrangère aux véritables enjeux et atteignent de ce fait parfois une violence sans rapport avec les revendications salariales.
Paradoxalement, la dureté des conflits résulte aussi de l'extrême faiblesse du syndicalisme français qui ne représente guère plus de 8 % des salariés lesquels ne se reconnaissent pas dans des centrales plus soucieuses de "révolution" politique que de défense réelle et concrète de leurs intérêts légitimes : la méthode forte a toujours été celle des petites minorités qui s'imposent aux majorités trop amorphes ou silencieuses. N'oublions pas non plus le privilège totalement obsolète octroyé aux quatre (puis cinq) syndicats dont les puissants du jour avaient décrété après-guerre qu'ils étaient seuls
"représentatifs" (CGT, FO, CFTC, CGC, CFDT) en raison de leur "attitude patriotique" durant l'Occupation leur conférant ainsi certains monopoles ou facilités, notamment au premier tour des élections professionnelles. Aucun gouvernement, depuis plus de 60 ans, n'a eu le courage d'abolir cette loi absurde qui a contribué à figer le monde syndical et à le rendre aussi peu attrayant que possible.

Climat idéologique marxiste basé sur la lutte des classes, faible représentativité des syndicats, cela explique que le dialogue social fonctionne mal en France. La grève est trop souvent ici le procédé ordinaire pour s'opposer à des mesures quand elle devrait être l'ultime moyen. Pour abandonner cette logique d'affrontement et lui substituer une pratique du dialogue social, il faudrait des syndicats vraiment représentatifs et soucieux avant tout de l'intérêt des salariés et du bien commun.
"La grève, lit-on dans le Catéchisme de l'Église catholique, est moralement légitime quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun" (n. 2435). De ce point de vue, il est difficile de justifier les grèves de novembre qui, loin de viser à une quelconque égalité, revendiquent au contraire le maintien d'un privilège les régimes spéciaux de retraite d'une époque révolue qui n'a objectivement plus aucune raison d'être : ainsi, les syndicats apparaissent-ils comme les défenseurs d'intérêts particuliers minoritaires injustifiables, ce qui ne fait qu'accroître le ras-le-bol des Français, excédés d'être pris en otage par une toute petite minorité de privilégiés.
Cette grève repose une fois de plus la question d'une prestation minimum dans les services publics. En effet, il est intolérable qu'un pays entier soit plus ou moins paralysé ou subisse un tel désagrément en raison d'une grève qui ne le concerne nullement directement. Sans même parler des coûts d'un tel mouvement pour la collectivité, personne n'ose évoquer les dégâts humains qu'il occasionne. "On ne peut jamais oublier que, lorsqu'il s'agit des services essentiels à la vie de la société, ces derniers doivent être toujours assurés, y compris, si c'est nécessaire, par des mesures légales adéquates, enseignait Jean-Paul II. L'abus de la grève peut conduire à la paralysie de toute la vie socio-économique. Or cela est contraire aux exigences du bien commun de la société" (Laborem exercens, n. 20, § 7).
Remarquons qu'il n'y a d'ailleurs nulle "égalité" quant à l'"efficacité" du droit de grève : seuls ceux qui ont un grand pouvoir de nuisance peuvent peser à l'échelon politique, c'est-à-dire précisément tous ceux qui sont au service du public ou qui disposent de moyens pouvant le gêner (les camionneurs par exemple). La notion de bien commun ayant totalement disparu du langage politique, longtemps, quasiment personne parmi nos élites bien-pensantes ne s'est offusqué d'une telle situation. Nicolas Sarkozy avait promis de légiférer sur ce point, mais on n'en a guère entendu parler durant le conflit.
Une grève en appelant toujours une autre - c'est contagieux - les "étudiants", toujours généreux et solidaires des malheureux exploités, ont emboîté le pas pour dénoncer la réforme des universités. Je mets des guillemets, car il est assez clair que les étudiants sont manipulés par les groupuscules trotskistes qui se moquent pas mal de l'avenir des facs. Le vote de la grève à main levée lors
d'"assemblées" caricaturales, les grévistes qui empêchent la majorité de travailler, tout cela est le signe de l'extrême-gauche peu soucieuse de la liberté et la légalité. On attend que le grand nombre des étudiants opposés à cette grève ridicule se fasse entendre un peu plus fort et rejette les perturbateurs le plus souvent étrangers aux facultés : mais n'est-ce pas surtout aux pouvoirs publics de s'en occuper ?

Accrochés à des privilèges d'un autre temps, les syndicats français se sont battus contre des moulins à vent et ont totalement laissé passer le démantèlement de la plupart des services publics imposé par la philosophie néo-libérale de l'Europe. Un tel aveuglement laisse perplexe…
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Il me semble que l'on ne peut comprendre les problèmes libanais sans les situer dans leur contexte historique.
La première ébauche du Liban est née au XVI° siècle de notre ère par l'union des chrétiens et des druzes sous l'égide de l'émir Fahreddîn : les chrétiens comme les druzes n'ont pas toujours été fidèles à cette conception, gage de leur première autonomie ou indépendance.
Sous l'empire ottoman, la province de Syrie comportait la Syrie actuelle, le Liban, la Palestine et la Jordanie.
Dès 1920, les Syriens ont réclamé la reconstitution de la Syrie ottomane. Le clan alaouite, avec Hafez el Assad et son fils Bachar, est au pouvoir à Damas depuis 1974 : cette longévité politique est sans exemple à Damas depuis un millénaire. Les Alaouites sont un groupe issu du chiisme, sont aussi éloignés de l'orthodoxie sunnite que les Mormons du catholicisme. Pour se maintenir au pouvoir, dans un pays où la majorité est sunnite, les Alaouites ont joué sur l'union des Chiites, des Druzes, des Kurdes, des chrétiens. Pour cette politique, l'union avec le Liban est essentielle, car le poids des chiites et chrétiens libanais assurerait un majorité sans faille au pouvoir alaouite. Comme Lénine, Bachar El Assad a provisoirement accepté le repli de ses troupes du Liban, en laissant en place ses réseaux de renseignement et d'action.
L'influence du Hizbollah ne peut se comprendre sans revenir à la faillite de l'armée libanaise : de 1975 à 1999, elle ne sut se battre ni contre Israël, ni contre les Palestiniens. A bon compte, le Hizbollah incarna la résistance contre un occupant maladroit et le contraignit au repli. Le Hizbollah a plusieurs fois rappelé qu'il ne déposera les armes que lorsque les fermes de Chebaa auront été rendues au Liban : ce n'est toujours pas le cas.
Les chrétiens libanais ont été et restent divisés : le clan Frangié, près de Tripoli, a toujours été partisan d'une entente avec la Syrie, pays relativement laïque où la charia n'a pas cours. Aoun est devenu un politicien : il sait qu'il ne pourra être élu sans l'appui des Chiites et au moins la neutralité de la Syrie.
On ne peut comprendre l'assassinat de Rafic Hariri sans revenir à la stratégie alaouite : un Sunnite efficace à Beyrouth est inacceptable : il pourrait donner des idées aux Sunnites syriens. Et le soutien de la France au clan Hariri, comme les paroles maladroites de nos politiques envers le Hizbollah, ne peuvent que desservir notre diplomatie et notre influence au Liban et en Syrie. Le Hizbollah a commis des attentats contre nos représentants dans les années 80, lorsque nous soutenions l'Irak de Saddam Hussein. Les terroristes qui frappent les Occidentaux depuis 1990, ce sont des sunnites, issus d'Arabie saoudite, du Pakistan, d'Afghanistan ou d'Afrique du Nord. C'est l'intégrisme sunnite qu'il nous faut combattre. Nous devrions nous féliciter de la désunion entre Chiites et Sunnites !
Que notre diplomatie suive les Etats-Unis dans les affaires du Proche et du Moyen-Orient, c'est une catastrophe. On ne pourra reprendre une influence en Iran, en Syrie et au Liban sans une réflexion réaliste sur nos intérêts réels, qui ont peu de points communs avec ceux des Américains.

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Benoît XVI a parlé à plusieurs reprises en septembre d'écologie, sujet qui n'a pas bonne presse dans les milieux conservateurs, qu'ils soient politiques ou religieux. On l'assimile un peu vite au parti politique des Verts qui ne fait que ressasser la bonne vieille vulgate marxiste revisitée à la mode écologique. Mais au prétexte que les partis écologistes sont aujourd'hui de gauche ou d'extrême gauche, que l'idéologie qui sous-tend une grande partie de leur discours est marxisante, mondialiste et anti-nationale, faut-il en conclure que les problèmes qu'ils soulèvent ne sont que des manipulations ou des fantasmes ? Ou le fait que les Verts apportent de mauvaises solutions (pas toujours) supprime-t-il la réalité des dangers qu'ils dénoncent ?

Derrière ce débat se pose la question de la responsabilité de l'homme dans la détérioration de son environnement : pollution, pénurie de certaines ressources énergétiques, agriculture hyperintensive (les OGM, par ex.), destruction des milieux naturels (déforestation, industrialisation irréfléchie…), ... etc. Qui peut sérieusement nier que l'homme est responsable de ces dérives ? C'est en effet le point central car si l'homme n'est en rien responsable de cette dégradation ou si on la nie tout simplement, alors il n'y a sans doute pas grand-chose à faire pour inverser le mouvement. Et l'on peut en toute bonne conscience continuer à épuiser et enlaidir notre pauvre planète en évitant de remettre en cause nos modes de vie consuméristes, comme si l'augmentation sans fin de la consommation était un but en elle-même.
Depuis le déclin du communisme, aussi peu respectueux de l'environnement que de la dignité humaine, en effet, n'est-ce pas le système libéral planétaire qui est largement à l'origine des problèmes écologiques ? On le voit bien dans des pays comme les États-Unis et la Chine, premiers pollueurs mondiaux, les intérêts industriels s'accordent mal avec les contraintes financières qu'imposerait une approche écologique du développement. Au nom de son idéologie de la "Liberté" celles "sacro-sainte" du Marché, de l'entreprise, du droit de propriété  (toutes choses bonnes en soi si on ne les absolutise pas), le libéralisme est par nature hostile à toute intervention étatique pour imposer un plus grand respect de l'environnement. Mais si un tel respect n'est financièrement pas rentable et il ne peut l'être à court terme, comment espérer que les multinationales s'y engagent spontanément ?

Je conçois que ces questions puissent déranger ou agacer. Aucun catholique, cependant, ne peut les rejeter, car elles font partie intégrante du Magistère de l'Église. Et que l'on ne nous dise pas que lorsque les papes parlent d'environnement, ils n'évoquent que l' "écologie humaine", c'est-à-dire la lutte contre l'avortement, la contraception ou les manipulations génétiques (toutes choses en effet anti-naturelles que les écologistes se gardent bien de dénoncer) ; certes, cela est exact, mais leurs propos vont explicitement au-delà.
Voici deux extraits de textes de Jean-Paul II :
"Principalement durant ce dernier siècle, l'homme a fait des réalités terrestres un usage qui dans beaucoup de cas s'est révélé irresponsable : nombreuses sont les voix désormais qui dénoncent la "crise écologique" qui menace aujourd'hui l'humanité. Il faut apprendre à regarder la nature avec des yeux nouveaux. […] La domination accordée par le Créateur à l'homme n'est pas un pouvoir absolu, et l'on ne peut parler de liberté "d'user et d'abuser", ou de disposer des choses comme on l'entend" (1).
" L'engagement écologique n'est pas seulement une question d'intérêt pour les êtres de la nature et pour l'atmosphère autour d'eux. C'est une question de moralité et, en outre, de responsabilité pour l'homme à l'intérieur des desseins de Dieu" (2).

Benoît XVI, de son côté, a consacré une partie de son remarquable discours à Lorette, le 2 septembre, à l'écologie : " L'un des domaines dans lequel il apparaît urgent d'oeuvrer est sans aucun doute la sauvegarde de la création. L'avenir de la planète, qui présente les signes évidents d'un développement qui n'a pas toujours su protéger les équilibres délicats de la nature, est confié aux nouvelles générations. Avant qu'il ne soit trop tard, il faut faire des choix courageux, qui sachent recréer une solide alliance entre l'homme et la terre. Un oui ferme est nécessaire pour la sauvegarde de la création, ainsi qu'un engagement puissant pour inverser les tendances qui risquent de conduire à des situations de dégradation irréversible".
Et il a insisté à nouveau, les 5 et 17 septembre, sur "l'attention au climat" et pour que se fortifie "l'alliance entre l'humanité et la nature, qui doit être le miroir de l'amour créateur de Dieu, d'où nous venons et vers qui nous allons" .
Enfin, lors de l'Angelus du 23 septembre, il a été plus loin encore : "Le capitalisme ne doit pas être considéré comme l'unique modèle valide d'organisation économique. L'urgence de la faim et l'urgence écologique dénoncent avec une évidence croissante la logique du profit qui, lorsqu'elle prévaut, augmente la disproportion entre riches et pauvres et la ruineuse exploitation de la planète. Lorsque, au contraire, prévaut la logique du partage et de la solidarité, il est possible de corriger la route et de l'orienter vers un développement équitable et durable ".

Benoît XVI, pas plus que Jean-Paul II avant lui, ne succombe à une quelconque mode écologique. Sa défense ardente de l'environnement s'élève jusqu'à une vision philosophique, théologique et mystique de la Création, dans laquelle l'homme doit voir la main de Dieu. Il nous faut certes maîtriser la nature - c'est l'ordre divin de la Genèse, mais aussi la respecter, l'aimer et nous émerveiller de ses beautés. Elle est un chemin qui mène à Dieu.
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(1) Encyclique Sollicitudo Rei socialis du 30 décembre 1987, extrait cité dans Les gémissements de la création. Vingt textes sur l'écologie de Jean-Paul II, présentés par Jean Bastaire et préfacés par le cardinal Barbarin, Parole et Silence, 2006, 128 pages, 14 e, p. 41-42. Excellente introduction à l' "écologie chrétienne".
(2) Discours à l'Académie pontificale des Sciences du 18 mai 1990, cité dans Ibid., p. 60.

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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