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L'indépendance de la pensée critique en France est désormais soumise à une discrimination éclatante en raison des actions en justice intentées de façon systématique par certaines associations - toujours les mêmes d'ailleurs - subventionnées par l'Etat (il s'agit notamment de la Ligue des Droits de l'homme, de la Licra, de SOS racisme entre autres). Ces actions sont intentées parfois à l'encontre d'autres associations, mais surtout de particuliers dont elles n'apprécient pas les propos ou les opinions pour une raison ou pour une autre. Au motif de défendre les droits des minorités injustement opprimées dans notre pays, ces associations organisent systématiquement des procès qui résultent dans une véritable discrimination entre les citoyens devant la justice et une atteinte manifeste à la liberté d'expression. Il est, en effet, évident, devant l'accumulation de cas de ce genre, que ces opérations punitives, montées en fonction d'une idéologie très orientée, ont évidemment pour objet principal d'exercer une dissuasion fort efficace sur certains thèmes ou certains sujets qu'il est désormais dangereux ou même interdit d'évoquer sous peine de sanctions financières fort lourdes.

En effet, ces associations sont la plupart du temps, largement soutenues par l'Etat dont elles reçoivent de généreuses subventions financées sur fonds publics. En conséquence, il ne leur coûte rien, bien au contraire, de multiplier les actions en justice sous les prétextes les plus divers, même les plus futiles. Ce qu'elles peuvent faire en toute impunité. Car,ou bien leur action est couronnées de succès grâce à un jugement favorable, ce qui est le cas la plupart du temps (du moins en première instance), auquel cas les indemnités perçues abondent leur fond de commerce. Ou leur accusation n'est pas retenue, mais l'argent reçu de l'Etat leur permet aisément de supporter allègrement les dépenses de frais de justice. Ces associations sont donc gagnantes à tous les coups.
Il en va tout autrement de la personne attaquée, laquelle ne bénéficie d'aucune protection particulière, notamment le plan financier. L'accusé doit se défendre en justice sur ses fonds propres. Qu'on en juge : tout procès coûte en honoraires d'avocats en première instance au moins 5 000 euros, souvent plus, (sans compter la TVA). Ceci sans prendre en compte les dépens et les indemnités réclamées par les dites associations si elles gagnent leur affaire. Ce qui est le cas le plus fréquent, compte tenu des orientations idéologiques très affirmées d'une bonne partie du corps de la magistrature dans sa culture judiciaire actuelle.
En appel, le procès en appel coûtera au moins autant. Si bien que le procès en cassation, si l'on parvient à ce stade, se soldera pour la personne attaquée par des frais, même s'il gagne en dernier ressort, de 20 000 à 40 000 euros. Que personne ne lui remboursera, même s'il gagne son affaire au final.
Passe encore s'il s'agit d'une personnalité protégée par un parti politique généreux ou une association aux ressources opulentes. Mais ce peut être une véritable catastrophe financière pour le particulier aux ressources modestes - fonctionnaire, retraité, commerçant - qui ne dispose pas d'un soutien financier quelconque. Lequel sera bien avisé à l'avenir de se garder d'aborder des sujets susceptibles de déclencher l'ire d'une ou plusieurs associations. La dissuasion financière opèrera ici à plein régime. Pour le plus grand dam de la liberté d'expression.
Ce qui est proposé ici afin de rétablir le droit à la liberté d'expression et à l'égalité des citoyens devant la justice - aujourd'hui fort malmené - est fort simple. II s'agit de prévoir un dispositif (de préférence financé sur le budget du ministère de la justice) prévoyant que les dépenses qu'un particulier doit consentir pour assurer sa défense lorsqu'il est traduit en justice pour un délit d'opinion par une association subventionnée par l'Etat soient prises en charge par la puissance publique (un peu comme le remboursement des frais résultant d'une campagne électorale).

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Le gouvernement se propose de reprendre, une fois les prochaines échéances électorales passées, le problème du financement des retraites qui n'a été que provisoirement résolu par les diverses dispositions adoptées par les gouvernements précédents. Différentes pistes qu'il faudra explorer sans en écarter aucune ont été évoquées (sauf, pour l'instant, celle de la diminution des retraites, qu'il sera bien pourtant nécessaire d'envisager un jour, sous une forme ou sous une autre). Mais il y en a une autre, (outre l'allongement de l'âge légal de la retraite que l'Espagne envisage de porter à 67 ans !), qui mériterait examen.

J'avais publié, voici près de 15 ans, un article sous le titre : "Faut-il ramener les retraités sur le marché du travail ?" qui reste d'une grande actualité.
L'idée est simple, presque banale. Puisque les progrès de la médecine se traduisent par 15 à 20 années supplémentaires de vie en bonne santé, et donc de la capacité de travailler, pourquoi ne pas en tirer les conséquences pour le financement des retraites ? Pourquoi ne pas inciter les "seniors", ceux qui ont bénéficié d'une "aubaine" conjoncturelle exceptionnelle, la possibilité de partir très tôt à la retraite, de revenir sur le marché du travail, tant qu'ils en ont la capacité physique et, bien entendu, s' ils en ont le désir ?
Ces derniers ont, en effet, bénéficié dans le passé de dispositions généreuses adoptées dans un climat d'euphorie économique et démographique tout différent de celui d'aujourd'hui. Il serait maintenant légitime, au nom de la solidarité nationale, de leur suggérer de reprendre une activité professionnelle, sous une forme et avec des modalités bien entendu adaptées, de façon à contribuer à financer eux-mêmes, ne serait-ce que partiellement, leur propre retraite.
Au demeurant, n'est-il pas un peu choquant de voir des personnes bénéficier d'une retraite pendant 20 ou 25 ans, soit une période d'une durée qui se rapproche de celle de leur vie active (encore davantage pour les agents de la SNCF, d'EDF et de l'Armée). Au surplus, il faut bien constater qu'à côté de nombre de retraités qui apprécient de rester inoccupés à un âge encore tendre, beaucoup de seniors, au contraire, ne savent pas quoi faire pour combattre l'ennui du désoeuvrement. Le bénévolat à lui seul ne suffit pas.
Les dispositions déjà existantes dans ce domaine devraient donc être précisées, complétées et renforcées de façon à encourager un nombre croissant de seniors déjà partis à la retraite à revenir sur le marché du travail. Le volume de la population active, et du PIB, s'en trouverait ainsi fortement augmenté et les charges du financement des retraites allégées d'autant.
Il ne faut pas écraser les juniors sous le poids des seniors.


Yves-Marie LAULAN
Ancien secrétaire national du RPR pour les Questions économiques,
Ancien professeur d'économie à l'université de Paris II
Ancien haut fonctionnaire international

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L'effondrement des marchés financiers à partir de septembre 2008 a affecté le marché de l'Art Contemporain qui lui est fonctionnellement lié. Après quelques mois de désarroi, ce marché offre aujourd'hui un spectacle presque rassurant grâce à un habile travail de communication et une stratégie de repli sur la place de Paris où l'Etat joue le rôle "d'animateur de marché".
Pourquoi Paris ? Les grands collectionneurs internationaux, assez riches pour ne pas vendre les oeuvres de leur collection en temps de crise, ne souhaitent pas "communiquer" sur ces signes de richesse fondés sur la spéculation, dans les lieux mêmes du scandale à New York et à Londres… les médias et l'opinion pourraient grincer des dents. La France, étant restée en dehors de ces pratiques, est un lieu neutre où l'on peut encore se montrer. Depuis toujours l'Art a ici une autre aura. De son coté, l'AC (1) est légitimé et sanctuarisé, par l'Eglise et l'Etat réunis, magnifié par son inclusion dans le patrimoine, et enfin intellectualisé par des théoriciens sans égaux. Quatre clergés contribuent à son culte : les inspecteurs de la création, des universitaires, des journalistes et des évêques. Paris est devenu le lieu où l'AC peut se montrer en "gloire" avec le soutien de l'Etat, des régions et des municipalités, sans créer de malaise.

L'année s'annonce pleine d'évènements valorisants : Le Monde du 5 septembre titre : "Les galeries parisiennes répondent à la crise par une rentrée très chargée". Le critique d'art le plus en vue,  Philippe Dagen, professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, y décrit de concert avec Harry Bellet, les réseaux, les collectionneurs, les prix sans qu'il ne soit plus question d'évoquer la valeur intrinsèque  des oeuvres. Harry Bellet dans Le Monde du 6 septembre titré "La recette de Xavier Veilhan pour occuper Versailles" nous informe sur son montage financier et, cerise sur le gâteau, annonce un achat de l'Etat… Ils font avec application ce qui ne se fait plus à New York : décrire un produit financier prometteur !
Les Nuits Blanches ont mis plus que jamais l'AC dans les monuments, églises, et grandes mosquées. Si le public baisse chaque année à la FIAC (2) et dans les lieux prévus à cet effet, l' "art urbain" se répand partout à Lyon, Nantes, Lille, Bordeaux, Toulouse… Les grandes municipalités font leur com' à grand frais et au détriment des musées et du patrimoine. L'AC bénéficie d'une légitimité populaire grâce à sa fonction d'amusement et d'animation des espaces publics. Cela donne une coloration "sociale" aux techniques de fabrication de la cote. Dans quelques mois l'ouverture de "Beaubourg Bis" à Metz apportera encore du brillant à l'image de la santé inaltérable de l'AC en France.
Pinault, garanti par l'Etat français, sacré par le monde anglo-saxon "pape et sauveur de l'AC" (3), ose pour la première fois intercaler dans les monstrations de sa collection, entre Hirst et Koons, l'oeuvre d'un Charles Matton, artiste qui vient de mourir et n'a cessé de  travailler en France. Il devenait urgent de faire un geste en direction du contribuable français ! La FIAC 2009 peut être alors la plus brillante de son histoire par l'afflux des collectionneurs étrangers et l'écho programmé dans les médias nationaux et internationaux. Le mot d'ordre "Venez à Paris" court partout ! La com' bât son plein ! L'AC est ressuscité !

Paris - New York… et retour ? 
New York a gagné le titre de capitale de l'art grâce à sa technique de fabrication financière de l'art en réseau. Ce procédé a remplacé la reconnaissance de la valeur artistique, "à la française", par un "milieu de l'art", ouvert, amateur et cultivé. En 1990 lors du précédent effondrement du marché de l'AC, l'activité n'a repris à New York que 7 ans plus tard, non sans avoir connu une contestation interne violente, dite "culturals wars", posant le problème de la valeur en soi. Elles ont été passées sous silence en France par nos grands quotidiens de référence. Une telle occultation serait aujourd'hui impossible avec Internet. L'effondrement de New York comme capitale de l'art n'avait pas été clairement perçu dans les années 90 mais aujourd'hui il n'en est plus de même… Les pays émergeants sont très conscients de la vacance du pouvoir et profitent activement de l'occasion pour se libérer d'un "soft power" offensif (4) subi et mal vécu. Le séduisant discours "multiculturaliste", ne les convainc pas beaucoup. Ces pays se tournent plus que jamais vers  l'UNESCO, et les Institutions Européennes, pour mener des jeux d'influence, mais cherchent aussi à créer des liens particuliers avec toutes les institutions, pays, cercles ayant une légitimité historique, une valeur artistique, une aura dans le domaine culturel. On perçoit dans ces démarches une recherche d'échanges d'une autre nature que financiers. Signe des temps : Une seule galerie chinoise à la FIAC cette année, de même pour l'Inde et le Brésil. Ils préfèrent avoir des galeries dans le 8ème arrondissement de Paris.

La nouveauté de la FIAC 2009
La conception anglo-saxonne de l'art financier se voit de plus dans la présentation même de la FIAC : La marchandise la plus précieuse est sanctuarisée au Grand Palais, uniquement accessible à un public aisé (29 euros) ou invité. Sont présentes les puissantes galeries venant des pays anglo-saxons et de l'Europe de l'Ouest. Cette année il y très peu de Russes et pour ainsi dire pas de pays "émergeants". Le marché international s'est d'évidence fracturé, de nouvelles stratégies sont en cours... Cela reflète le fait que le dollar n'est déjà plus la seule monnaie d'échange internationale. L'AC par conséquent ne sera plus non plus la seule référence de la valeur de l'art.
Pour l'image et pour éviter les critiques d'ostracisme faites à l'égard des institutions, quelques galeries autrefois exclues ont fait leur retour. La galerie Claude Bernard par exemple, chassée au début des années 90 pour délit de peinture réapparaît pour présenter un peintre.
Par ailleurs la stratégie de Christie's et de Sotheby's élaborée depuis 2000 apparaît dans toute sa splendeur : Son présentés à la FIAC, mêlées, les oeuvres contemporaines et modernes, afin de prouver qu'elles sont vouées au même destin, l'immortalité que confère l'histoire, malgré leur différences de nature les unes conceptuelles et les autres picturales. Pour en faire la preuve, un "musée" est installé en majesté, en son centre montrant des oeuvres majeures du XXème siècle. Queue, gardiens, solennité du lieu, tout concourt à impressionner les futurs acheteurs d'oeuvres AC ou à les inciter à ne pas s'en débarrasser. A la Cour du Louvre les artistes "émergeants" sont aussi parqués et magnifiés, présélectionnés pour faire leur entrée dans les réseaux…
Autour gravitent les "off" officiels et officieux… C'est tout un monde hiérarchisé par la possession de l'argent qui apparaît pendant ce court temps de la FIAC… Les autres critères qui justifient la mise en gloire ou non des oeuvres restent obscurs et rarement formulés dans les textes critiques. Cet aspect très mercantile de la pratique de la collection d'art est celle d'une nouvelle classe, enrichie dans des activités financières, mais au demeurant inculte.
C'est très différent de la conception parisienne des salons depuis le 18ème siècle, accessibles à tous et fréquenté par l'ensemble de la société.

Profiter de cette stratégie passagère pour rendre à Paris sa place naturelle. 
C'est en cela que la France ferait mieux de penser à ses propres intérêts au lieu de servir le jeu anglo-saxon pourtant à l'origine d'une propagande menée contre elle et Paris de façon professionnelle et récurrente depuis 50 ans. (5) Paris n'a jamais cessé d'être  une capitale de l'art même si elle n'est pas une capitale financière. … elle reste la référence dans le domaine de la création et des échanges intellectuels au plus haut niveau, n'empruntant pas forcément  pour cela les circuits de la communication mercantile. Des artistes du monde entier viennent y vivre et y travailler même si le marché et leurs galeries sont ailleurs. Ici les collections sont secrètes et les travaux intellectuels ne sont pas forcément pris en compte par les médias les plus visibles.
Malheureusement, il n'y a en France qu'un seul réseau de consécration : celui de l'Etat qui travaille avec NY (6), envers et contre tout depuis 1984. Il absorbe tout l'espace médiatique, détourne l'argent du mécénat pour servir un système archaïque, qui consiste à diriger la création par l'entremise "d'inspecteurs de la création", dernière survivance d'un totalitarisme artistique dont le prototype, "les ingénieurs de l'âme en chef", crées par Staline en 1944 a disparu en 1993. Pour légitimer de tels comportements, des inspecteurs s'adonnent à des contorsions comiques pour faire passer l'AC pour un Service Public, un bienfait social… et faire oublier le produit financier en gestation fabriqué avec l'argent du contribuable. Par exemple la FIAC 2009 a prévu en son sein des colloques sur les thèmes suivants : "Art contemporain et développement durable", "Art et recyclage - Dépasser les contradictions". "Art et patrimoine - faire vivre la mémoire", "L'art contemporain comme facteur d'identité de la commune", etc.

Que faire pour pérenniser cette soudaine visibilité de Paris ?
Paris ne retrouvera sa suprématie que si elle garde son atmosphère particulière et son non conformisme. L'idéal pour cela serait de supprimer le principal obstacle à tout changement : le corps des inspecteurs de la création, ou du moins de les fondre dans un cadre plus large que celui de la direction de la création, ou de les initier à l'histoire de l'art pour atténuer, autant que faire se peut, leur bigotterie conceptuelle… Peut-on imaginer que toute la création de ce pays soit sous la férule de personnes qui sont les mêmes quarante ans durant, sans que rien ne puisse les mettre en question ? A-t-on jamais vu un tel immobilisme ? Peut-on imaginer le même rond de cuir "gérant" Delacroix, Monet et Cézanne au cours de sa carrière ?


 (1) AC : Acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins dans dans les "Mirages de l'Art contemporain", éditions de la Table Ronde, ce qui ne signifie pas tout l'art d'aujourd'hui mais une idéologie qui ne reconnaît comme actuel que son étroite partie conceptuelle
(2) Entrées à la FIAC : En 2006 :  85 000 visiteurs, 2007 72 000 visiteurs, en 2008 :  65 000 visiteurs

(3) La "Power list 2009" établie en grand secret  par "Art Review" sacre Pinault (n°6), Arnault (n¨49), un fonctionnaire Alfred Paquement (n°18), un galeriste pratiquant Emmanuel Perrotin (n°64) le New York Paris et une artiste vivant et travaillant à New York Louise Bourgeois (n°75). Un homme des médias Nicolas Bourriaud commissaire de la Triennale à Londres ((n° 68)
(4) Exemple : Les négociations musclées en Corée en 2008 pour ouvrir massivement ce pays aux films américains, condamnant ainsi une forte industrie du cinéma locale
(5) La dernière manifestation très visible étant l'article de commande paru dans l'édition internationale du "Time Magazine" de Donald Morrisson le 27 novembre 2007, 7 pages titrées "The Death of French Culture"
(6) Les inspecteurs de la création en dépensant pendant un quart de siècle 60% du budget alloué à l'achat d'oeuvres aux artistes "vivant et travaillant à New York", dans des galeries newyorkaises ont  liquidé ainsi la place de Paris

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Vingtième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Lequel, comme plusieurs dirigeants après 1989, était passé presque directement de la prison au Palais. Dans le film de Clint Eastwood, Invictus, que les Français ont apparemment plébiscité, Morgan Freeman joue merveilleusement le rôle de Mandela.
Mandela est admirable, c'est un héros et, plus encore, un seigneur. Voilà l'impression que retirent les observateurs de l'histoire, et que ce film traduit bien. Dans la salle, après le film, lorsque la lumière se rallume, les visages sont toujours expressifs : ici, c'est "chapeau bas !". Et pourquoi est-il un héros ? Parce qu'il appartient à l'une des catégories victimes, de ceux qui ont droit à notre admiration pour avoir été longtemps battus (les femmes, les homosexuels, les colonisés, et donc plus encore les Noirs qui ont souffert l'apartheid) ? Parce qu'il s'est comporté dans cette affaire comme un homme brave, sans s'apitoyer sur lui-même ? Certainement. Vingt-sept années de prison, prévues pour la perpétuité, sans espoir à l'horizon, au sein d'un pays mené par la haine, et toujours aux lèvres le poème de Henley :
"Aussi étroit soit le chemin
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin
Le capitaine de mon âme".
Il est une raison plus profonde pour laquelle on peut admirer Mandela : son attitude vis à vis des "vaincus", lorsque les rapports de force se sont retournés. Il pourrait alors, après tout, les traiter comme ceux-ci traitaient les Noirs. D'autant que ceux-ci sont largement majoritaires. Il pourrait, sans aller si loin, leur laisser sentir à quel point les acteurs de l'apartheid pouvaient être considérés comme méprisables. Au moins les éloigner des affaires, ne pas leur faire confiance. Au contraire, il avance vers eux la main tendue, et propose partout de travailler ensemble. C'est là le thème du film Invictus, c'est là l'expression concrète du poème de Henley.

Etre "capitaine de son âme", c'est agir comme on parle. Quelle affaire difficile !
Voilà le raisonnement de Mandela, comme celui des gouvernants de Pologne ou de Roumanie juste après la chute du Mur : ces gens à présent chassés du pouvoir nous ont fait tout le mal possible ; ils nous ont humiliés, emprisonnés, affamés, ont transformé notre vie en enfer, et ils nous haïssaient ; tout le long de ces interminables années nous avons récusé et détesté cette haine que des hommes peuvent avoir les uns pour les autres ; alors aujourd'hui qu'ils sont en position de faiblesse, allons-nous les haïr sans nous déjuger ? Ce que nous avons détesté, c'est bien la haine elle-même, et non pas la haine appliquée à nous…
Mais il y a plus que cette réflexion morale. Il y a la question politique, qui se pose parce que Mandela est un gouvernant. Et cette question est la suivante : dans un pays brisé par de longues années de haine entre groupes et d'humiliation permanente des uns par les autres, comment faire pour restaurer la concorde ?
Ici les Français et quelques autres peuples occidentaux ont fort à apprendre de Mandela. En France, nous avons une coutume bien établie depuis longtemps : lorsqu'un groupe chez nous se prend à détester les autres, à les humilier, à les envoyer à la mort, nous nous mettons en position de revanche. C'est à dire que lorsque les groupes humiliés et battus finissent par obtenir l'avantage, ils déchaînent aussitôt une vengeance exaspérée contre les anciens bourreaux, ils les pourchassent comme on le fait pour des démons, et les traquent partout. On se souvient de ce que fut la Libération dans nos contrées. Aujourd'hui même, plus de soixante ans après la guerre, si nous parvenons à trouver encore un collaborateur vivant, nous allons l'humilier dans la presse, le traîner au procès et lui cracher au visage autant que faire se peut.
Ni Mandela, ni les gouvernants d'Europe de l'Est après la chute du Mur n'ont agi de cette manière. "Quelques milliers de communistes ne représentent pas une autre espèce que nous", a dit aussitôt Havel. Mandela a réintégré ses adversaires et il a du se donner de la peine pour cela, face à ses propres amis : car l'attitude de la vengeance est la plus naturelle, la plus primitive, la moins civilisée, donc la plus courante. Le vrai civilisé, c'était lui, Mandela : quelle honte intime ont du ressentir les Blancs auparavant tout-puissants, en le voyant agir de la sorte !

L'attitude de Mandela est celle du pardon, qui n'est pas celle de la justice. Après un traumatisme terrible qui a brisé le tissu social, la finalité première n'est pas, comme nous le croyons souvent et comme le Tribunal Pénal International nous le laisse croire, de faire justice. La première finalité est de restaurer la concorde sociale. La justice est un moyen possible pour restaurer la concorde, mais il n'est qu'un moyen, parmi d'autres. Le pardon représente un autre moyen, qui fut utilisé par Mandela et plusieurs peuples du Centre-Est (la "politique du gros trait" polonaise, par exemple).

Grâce à ses grandes qualités morales, Mandela s'est conduit comme un seigneur quand il s'est agi de retrouver la paix civile. Utiliser le pardon ou utiliser la justice, est un choix qui dépend de chaque peuple, et dans une situation si tragique chaque société doit prendre elle-même les décisions qui s'imposent. On ne peut s'empêcher de penser que le pardon intelligent, réaliste, promu en Afrique du Sud en 1995 par la Commission Vérité et Réconciliation, traduit un esprit de grandeur et d'honneur dont aucune de nos revanches haineuses ne pourra jamais égaler l'humanisme. Certains de nos journalistes, toujours en train de courir après un Papon ou un autre, l'écume aux lèvres, ont-ils conscience de la leçon terrible, une leçon de civilisation, que leur inflige Mandela ?
Paru dans Le Figaro, 16 février 2010

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Un regard d'aujourd'hui sur des réalités de toujours. Quand journaux, radios et télévision parlent d'un renouveau religieux qui agiterait l'opinion, les indifférents sont perplexes et les autres se demandent de quelle religion il s'agit tant se multiplient les familles spirituelles. L'auteur s'emploie à exposer ici, dans le langage familier, la réponse du christianisme. Pendant deux mille ans, tandis que ne cessaient d'évoluer nos connaissances, celui-ci a pu vérifier que le progrès n'ébranlait en rien le socle de sa foi mais pouvait au contraire être guidé par elle. Qu'il s'agisse de l'enfant qui dessine ou de l'ingénieur qui construit, l'homme est naturellement créateur. Il exprime ses idées dans les choses tandis qu'autour de lui, les secrets de l'univers disent la
pensée qui les a conçus. Curieuse rencontre entre créateur et création. Mais la voie s'ouvre pour la découverte d'une proximité insoupçonnée. Quelqu'un était là, tout près de moi, familier de mes entreprises, averti de mes limites, apte à pallier mes défaillances comme à partager ma peine et tellement heureux de fêter avec moi la victoire. Il était là, et je ne le savais pas ! (Gn 28,16) Il, c'est Dieu. Ces pages vous invitent à faire connaissance. C'est en agissant que vous le rejoignez. Sans cesse tiraillé entre la confiance et la méfiance, soucieux de voir si votre foi est une hypothèse qui fonctionne bien, vous n'avez rien à craindre des découvertes qui troubleraient votre tranquille
accoutumance.

Editions du Jubilé - le sarment

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Interrogé récemment par la rédaction de Marianne, Bernard-Henri Lévy tient des propos qui, à y bien réfléchir, sont étonnants. "Comment se manifeste le pétainisme aujourd'hui ?" dit Marianne. Réponse : "Dans le souverainisme par exemple". 
Et au cas où nous n'aurions pas bien compris, l'illustre publiciste précise : "Qui est souverainiste aujourd'hui ? Je veux dire au sens où je l'entends ? Et par la même occasion pétainiste ? Jean-Pierre Chevènement. Il en a tous les réflexes et l'armature intellectuelle".
Propos étonnants si l'on considère que le pétainisme fut voué à l'opprobre à l'issue de la seconde guerre mondiale parce qu'il s'était trop facilement accommodé de la perte de la souveraineté nationale. Les pétainistes furent condamnés, pour "intelligence avec l'ennemi" : non point parce qu'ils avaient défendu pied à pied le sol de la patrie mais parce qu'ils ne l'avaient pas fait. Pour défendre sa souveraineté, il faut combattre. Or que dit aux Français le vieux maréchal ? "Il faut cesser le combat". Ou alors le souverainisme qu'il attaque, chez Chevènement et sans doute d'autres, veut dire autre chose que l'attachement à la souveraineté nationale : on se demande alors ce qu'il pourrait être.
Philippe Séguin qui devint une figure nationale en refusant le traité de Maastricht en 1992 ne serait pas, selon lui, souverainiste. Et De Gaulle ?
Il est difficile, à moins de falsifier l'histoire, de dire que le général ne l'était pas. S'il est quelque chose de constant dans sa doctrine, c'est bien l'attachement à la souveraineté nationale. Il ne faisait pas de doute pour lui que les actes controversés des années soixante : refus de l'Europe supranationale, retrait de l'OTAN, dénonciation de l'hégémonie américaine, se situaient dans le rigoureux prolongement de son refus de l'occupation allemande en 1940 - et de l'AMGOT en 1944.
Si donc le souverainisme, c'est le pétainisme, il est dommage Bernard-Henri Lévy nous prive de sa conclusion : l'acte fondateur du pétainisme, ce fut l'appel du 18 juin 1940. Le pétainiste emblématique, ce fut De Gaulle.

Amalgame absurde
Absurde, dira-t-on ? Evidemment, mais telle est bien la conclusion à laquelle il faut se rendre si on suit sa démarche.
"La servitude, c'est la liberté", "La liberté, c'est l'esclavage" fait dire Orwell au terrible pouvoir qui règne sur son "1984".
Comme cet auteur l'a bien vu, un des premiers caractères des régimes totalitaires est d'adultérer le sens des mots, jusqu'à leur faire dire le contraire de ce qu'ils disent.
Il y a plus. Quand Lévy accuse les souverainistes - et pas seulement eux -, de "pétainisme", on aura compris que le mot ne désigne pas chez lui une option politique parmi d'autres, mais un parti chargé d'opprobre. Le discrédit qui frappe Vichy ne tient pas seulement à son asservissement à une puissance étrangère mais aussi - mais cette dimension n'apparut que plus tard - à sa contribution à la politique d'élimination raciale du régime nazi et donc à sa complicité avec un crime contre l'humanité. Les souverainistes sont des pétainistes et donc, au moins virtuellement, des complices de crimes contre l'humanité.
Nous repérons là chez le philosophe engagé un autre caractère de la démarche totalitaire : la diabolisation de l'adversaire. Lévy dit pétainiste, mais ne nous leurrons pas, il pense quelque chose comme "vipère lubrique". L'attachement à la souveraineté nationale n'est pas seulement pour lui blâmable, il est déshonorant.
Un troisième caractère de toute idéologie totalitaire, c'est l'internationalisme. On connaît celui de la IIIe Internationale (dite en abrégé Komintern). Ceux qui entre 1940 et 1944 soutenaient la collaboration ne disaient pas ouvertement aux Français "reconnaissons la supériorité allemande" mais "nous n'avons pas d'autre solution que de rejoindre le nouvel ordre européen". "Nouvel ordre européen" : un des leitmotivs de l'Europe hitlérienne.
Faut-il poursuivre ? Bernard-Henri Lévy rappelle avec justesse que "le totalitarisme est toujours réductible à une volonté de guérir, un médicalisme, une clinique" mais il ne semble pas se demander si sa volonté d'éradiquer à travers le monde toute trace de "pétainisme", en fait tout ce qui résiste à l'hégémonie américaine, ne relève pas de la même logique. D'autant qu'en assimilant le souverainisme au souci de "la persévérance de la nation dans son être", le philosophe s'est donné un vaste chantier. Persévérer dans son être, n'est-ce pas, selon Spinoza, la loi de la nature ? Réformer la nature, le rêve de tous les idéologues.

Idéologie contre droit des peuples
Le grand ennemi des régimes totalitaires, c'est la liberté. Quand il s'agit d'une collectivité, la souveraineté n'est qu'un autre nom de la liberté. La France souveraine, c'est ni plus ni moins que la France libre. Cette liberté, Lévy la définit indirectement en disant que Chevènement "pensait comme un souverainiste classique que "charbonnier est maître chez soi." On peut supposer que Bernard-Henri Lévy, qui, on l'aura compris, n'est pas souverainiste, pense, lui, que "charbonnier n'est pas maître chez lui". Qui donc est maître chez le charbonnier ? Pour les despotes de tous les temps, la réponse ne fait pas de doute : c'est eux.
Il est vrai que les charbonniers dont Lévy récuse explicitement la liberté s'appellent la Serbie et l'Irak, au temps où ils étaient sous la coupe de régimes tenus pour maudits. Etait-il pour autant légitime de les attaquer ? On n'en débattra pas ici. On se rappellera seulement que quand ils le furent l'un et l'autre, c'est, qui en doute aujourd'hui ? sur le fondement de mensonges : l'idée qu'il y avait un commencement de génocide au Kosovo, que l'Irak préparait un programme d'armes de destruction massive (ce dernier mensonge, ce n'est pas nous qui le dénonçons c'est le Parlement britannique - sans doute un autre haut lieu du pétainisme !). Le mensonge de masse, autre caractère du totalitarisme.
Le droit des charbonniers, c'est ce qu'on appelle aussi "le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", grande conquête de la Révolution française, fondement de l'ordre international. Autre nom de la souveraineté.
Si nous suivions la même méthode des amalgames infamants que le philosophe, nous dirions que sa pensée est totalitaire. On se contentera de dire, de manière plus nuancée, qu'elle a un caractère idéologique, au sens précis que Hannah Arendt, Kostas Papaioannou, Alain Besançon et d'autres ont donné à ce mot. Jusqu'à preuve du contraire, en effet, toute idéologie n'est pas totalitaire.
Mais toute idéologie est porteuse de guerre. Le droit des peuples ne se divise pas : pour De Gaulle, s'il s'appliquait à la France de 1940, il s'appliquait aussi bien à l'Algérie de 1962. Le vrai souverainisme, il vaut pour soi, il vaut aussi pour les autres, comme le reconnaît d'ailleurs Bernard-Henri Lévy avec ses fameux "droits du charbonnier". Au nom de la souveraineté, on peut et même on doit se défendre, on peut difficilement agresser (sauf les litiges frontaliers d'autrefois, en tout état de cause limités). Pour violer en grand les droits des nations, il faut plus, il faut une idéologie qui transcende celles-ci. Le problème des idéologues, c'est qu'ils ne font pas "la guerre en philosophie", ils font la guerre tout court. Chemise ouverte, comme Gérard Philippe dans Le Cid, toujours prêts à en découdre.
L'idéologie contre le droit des peuples, l'idéologie contre la paix, voilà bien le fond du problème. "La nation n'est pas source de conflits ; en revanche la négation de la nation est à l'origine de toutes les guerres" (Charles De Gaulle). "Cinquante ans après la fin de la seconde guerre mondiale, il importait de rappeler que ce confit a eu lieu à cause de la violation du droit des nations" (Jean Paul II).

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Qui peut imaginer le peuple satisfait ? Aux États-Unis, un mouvement protestataire se développe, hors des partis. Il est d'autant plus puissant que Barack H. Obama "a suscité des attentes immenses auxquelles il ne répond pas", explique l'historien Michael Kazi (Libération). Or une même frustration se consolide, en France, chez ceux qui estiment n'être pas entendus. "Nous avons voulu écouter ce que le peuple a à dire et en tirer les conséquences en matière d'action publique", a expliqué François Fillon, lundi, en clôturant vite fait la consultation sur l'identité nationale. Mais il est devenu risqué de claquer la porte au nez de l'opinion.
La gauche et ses médias jubilent de voir l'initiative gouvernemen­tale, lancée en octobre accoucher d'une souris. Le clergé de l'antiracisme aura tout fait pour tenter de rendre le débat inabordable. Il est vrai que les clercs avaient intérêt à taire leurs responsabilités dans l'ensauvagement de l'école, laissée sans autorité, la déculturation de la société, sommée d'oublier son passé, la fracture identitaire née des odes au différentialisme : des désastres que les grands inquisiteurs ont cherché à nier, insultant ceux qui les décrivaient. Mais la diabolisation de la parole populaire, trop lucide pour être polie, a montré l'isolement de la caste.
Il n'est pas meilleure explication de la rupture entre les citoyens et la nouvelle aristocratie autodésignée que ces dégoûts pour le "populisme". Une enquête (TNS Sofres) commandée par l'Etat montre que 76% des sondés estiment qu'il y a une "identité nationale française" qui, pour 65%, à tendance à "s'affaiblir" à cause de la perte des valeurs, de l'immigration, de raisons politiques, de la diversité culturelle et ethnique et de raisons religieuses. Pour un débat inutile et nauséabond, cela fait beaucoup de sujets évacués au nom des bonnes manières.
Le mur du politiquement correct est toujours debout. Ses bétonneurs, qui en appelaient hier à la démocratie participative, s'autocongratulent pour leur victoire contre la "haine". Mais les illusionnistes se montrent tels qu'ils sont, méprisants et falsificateurs. Exemple de leur désinformation : le taux élevé des mariages entre Français et étrangers illustrerait la réussite de l'intégration. En fait, ils représentent 27% des unions, dont 60% enregistrées hors de France. L'entre-soi reste la règle majoritaire. Pourquoi prétendre le contraire ? L'abus de confiance arrive à son terme.

Paru dans Le Figaro, 12 février 2010

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La diabolisation de Frêche par les socialistes, relayée inconsidérément par des membres du gouvernement, atteint les sommets du ridicule. On se hausse du col, on prend des airs de vierge offusquée par l'exhibitionnisme d'un pornographe, on dégaine les "valeurs", évidemment  "républicaines". Frêche a-t-il étranglé une vieille dame pour lui faucher ses économies ? Mis le feu à la Sep­ti­manie pour en exterminer la population ? Rien de tel. La vanne incriminée n'a probablement pas la moindre connotation antisémite.
Le vieux matamore a seulement exprimé l'opinion que Fabius n'a pas une tronche avenante, dans son langage peu châtié. Si j'étais languedocien, j'aurais presque envie de voter pour lui, nonobstant sa mégalomanie, pour faire la nique à cette moderne bigoterie qui excommunie à tous escients, par l'effet d'un délire savonarolesque. Après lui avoir ciré les godasses pendant vingt ans, le PS oppose à Frêche une dame patronnesse bien rose, bien clean, bien fade, qui serine des bons sen­timents dans le patois socialo. Si Frêche pouvait la devancer au premier tour du scrutin des régionales, ce serait une victoire de la bonne ­franquette sur l'ordre faussement moral des puritains.
Les mêmes puritains s'en prennent à nouveau au pape, réputé "homophobe" parce qu'il s'oppose à la banalisation de l'homosexualité dans les institutions catholiques anglaises, quant au recrutement des enseignants ou aux candidats à l'adoption. Tout un chacun est libre d'adhérer ou pas au credo de l'Église et à la morale édictée par sa hiérarchie. Tout fidèle est libre d'envoyer ou pas ses gosses dans une école catholique. Libre de plaquer l'Église si ça lui chante, du jour au lendemain. Aucune coercition n'oblige quiconque à prendre en compte les messages pontificaux. La vision catholique de la famille exclut l'homosexualité, c'est un fait, et le pape a le droit de le souligner, sauf à remettre en question la liberté d'expression. Parce qu'ils ont la même approche du sujet, les rabbins dans les synagogues et les imams dans les mosquées réprouvent pareillement le mariage homosexuel. Leur allergie est d'ailleurs nettement plus violente que celle du clergé catholique. Sont-ils passibles des lois prohibant l'"homophobie" ? Dans ce cas il faut fermer tous les lieux de culte, interdire la vente de la Bible, ainsi qu'un nombre élevé de chefs-d'oeuvre du patrimoine littéraire mondial. Si l'"homophobie" consiste à stigmatiser, mépriser et a fortiori persécuter les homos, comme c'est le cas dans tels pays musulmans, je n'en suis pas.

Chacun ses goûts et ses couleurs. Du temps de ma folle jeunesse, j'eusse aimé que les maris soient tous homos, ça aurait limité la concurrence. Mais en tant que catholique, je suis de mèche avec la position de l'Église, invariable depuis vingt siècles, c'est mon droit. À quoi s'ajoute une évidence : plus on terrorisera les gens avec le chiffon rouge de l'"homophobie", plus suinteront les "sales pédés" dans les moiteurs de l'inconscient, et les homos en feront les frais.
Paru dans Valeurs actuelles, 11 février 2010

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(...) (site endommagé en 2013)
Parce que le tonitruant président du conseil régional de Languedoc-Roussillon a dit de lui, le 22 décembre : il a "une tronche pas catholique", l'ancien premier ministre socialiste a estimé, lundi sur RTL, que ces propos avaient "évidemment un caractère antisémite" : une accusation rejoignant celles des ligues de vertu, PS en tête, qui auront mis plus d'un mois avant de réagir aux provocations du potentat. Or, l'instrumentalisation de l'antisémitisme, à travers de dérisoires réquisitoires, permet au virus de se répandre au nez des prétendus indignés.
Le grotesque est atteint, en effet, quand l'usage d'une expression anodine, dénuée de considération religieuse, devient une cause mobilisant les pavloviens. En l'occurrence, l'affaire a incité le PS à lâcher Frêche, mardi, pour tenter de s'allier aux Verts, voire à l'extrême gauche. Mais ces formations sont celles qui, en janvier 2009 à Paris et sous couvert d'antisionisme, avaient participé aux manifestations propalestiniennes au cours desquelles des drapeaux israéliens avaient été brûlés et où les propos antijuifs excitaient la foule. Comment, dès lors, prendre au sérieux cette pantalonnade ?
Les émois pharisiens étalent leurs excès. Les "discours stigmatisants" et "nauséabonds" sont désormais des expressions lâchées en boucle. Jean-Claude Gaudin, sénateur maire de Marseille, est accusé d'avoir tenu "des propos terrifiants" pour avoir évoqué "un déferlement de musulmans" venus fêter sur la Canebière, sous les couleurs algériennes, une victoire de l'Algérie en football. Le maire UMP de Franconville, Francis Delattre est étiqueté raciste pour avoir dit de son concurrent PS, Ali Soumaré, d'origine malienne : " Au début j'ai cru que c'était un joueur de l'équipe de réserve du PSG.3 S'il s'agit d'interdire la vulgarité en politique, la tâche s'annonce gigantesque...
Beaucoup de Français ne comprennent plus les précieux ridicules. Frêche a beau jeu de rappeler que plus les partis le victimisent, plus il gagne des voix. Qu'attendent les prêcheurs en dignité, à l'affût du gros mot, pour dénoncer le vocabulaire employé parfois par "la diversité" (c'est-à-dire la population d'origine immigrée) pour désigner ceux qui ne lui ressemblent pas ? Pourquoi taisent-ils la culture antijuive qui vaut à l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, qui tente un rapprochement avec la communauté juive, d'avoir dû quitter sa mosquée, vendredi, sous escorte policière ? Les distributeurs de bons points disent ne pas vouloir perdre leur âme. Pour eux, ni les mots ni les faits n'ont plus de sens.

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(...) (site endommagé en 2013)
avec un PIB désormais supérieur à celui du Japon. Au XXe siècle avant notre ère jusqu'à 1840, la Chine a été une grande puissance. La Chine d'aujourd'hui s'appuie sur un empire au passé millénaire, à la civilisation brillante, sur des mentalités religieuses demeurées solidement ancrées. Le déclin de la dernière dynastie va faire éclater la Chine. Entre 1840 (guerre de l'Opium) et 1880, elle est quasiment partagée entre la France, la Grande-Bretagne, le Japon et les États-Unis. La première République chinoise sera impuissante devant cet état de fait qui ne disparaîtra qu'après la capitulation du Japon en août 1945. La révolution maoïste en 1949 mettra en place un État marxiste totalitaire, mais la mentalité chinoise ne sera pas aussi bousculée que l'aurait voulu Mao par la révolution culturelle. Le confucianisme se maintiendra, continuant à inspirer le droit chinois. La tradition repose sur trois éléments : le système mandarinal, l'existence d'un consensus selon lequel il ne faut pas chercher à sauver l'homme mais à protéger l'harmonie sociale. Au reste, on ne doit rien à l'inconnu : ce qui compte, ce sont les liens forts avec la famille, la communauté villageoise, la communauté d'entreprise.
Le maintien du principe mandarinal, c'est que les fonctionnaires, les dirigeants sont toujours nommés d'après le mérite même quand ils sont élus. Au fond, la Chine d'aujourd'hui reste attachée au principe impérial, l'empereur étant remplacé par le Secrétaire Général du Parti communiste. La victoire des successeurs de Mao a été de maintenir le système autoritaire en libéralisant l'économie. Les chinois ont réussi là où Andropov et Gorbatchev ont échoué.

Au fond, la Chine est un État à trois vitesses : une zone côtière riche et développée, un centre qui cherche à rattraper son retard, et la troisième Chine essentiellement rurale qui groupe vraisemblablement la moitié de la population qui reste pauvre, parfois même très misérable. Quels que soient les espoirs d'une intelligentsia occidentalisée et des défenseurs des droits de l'homme occidentaux, la Chine a toutes les chances de demeurer encore un certain temps un État totalitaire dans lequel le Parti détruit dans l'oeuf toute velléité d'association, et où les médias sont soumis à l'autocensure.
La Chine d'aujourd'hui dispose de plusieurs atouts. Le peuple chinois est un peuple intelligent et 1,3 milliard d'hommes, cela compte. Cette population, c'est tout autant de clients : même si l'on ne compte que les Chinois des classes moyennes et supérieures, c'est 400 millions de personnes, soit autant que l'Union européenne tout entière.

Mais la Chine est fragile. Elle est trop peuplée, malgré les tentatives gouvernementales de réduire le nombre de naissances. D'autre part, elle a des besoins de toutes sortes. La moitié de ses sources d'énergie viennent de l'extérieur, Moyen-Orient (essentiellement l'Iran), Afrique (Angola, Nigeria, Soudan), Communauté des États indépendants (Russie, Kazakhstan, Turkestan). Elle manque des minerais nécessaires à l'industrie, ce qui explique l'intérêt qu'elle porte aux États africains, qu'elle n'hésite pas à exploiter dans tous les sens du terme.
Tout cela pose le problème du néo-impérialisme chinois. Il existe depuis des siècles. Dès le XIIIe siècle, Tibet et Vietnam du Nord, Sibérie Orientale (Vladivostok) sont des territoires chinois tout comme Taïwan. Tout cela a amené la Chine à développer sa puissance militaire, et à se doter de forces armées disposant de fusées et de missiles à longue portée. L'armée chinoise est la plus importante au monde, mais elle dépense, dit-on, infiniment moins que les États-Unis pour sa défense. De plus, la Chine d'aujourd'hui veut contrôler l'évolution politique de l'ensemble de l'Asie. Elle domine le système de Shangaï. Au nord, la Sibérie riche de ressources et sous-habitée (5 habitants au km2) est un territoire tentant. Comment la Russie dont la population diminue de 200 000 habitants par an fera-t-elle pour empêcher la sinisation lente mais incontestable de la Sibérie ? Dans une trentaine d'années il y aura en Sibérie plus de Chinois que de Russes. L'invasion sera-t-elle pacifique ou conflictuelle ? Dès lors, que fera l'Europe ?
La Chine surveille aussi la République indienne. Elle ne la souhaite pas trop forte, alors que celle-ci monte en puissance et que d'aucuns songent à l'utiliser pour liquider les intégristes musulmans du Pakistan et du Bangladesh, ce à quoi la Chine se refuse évidemment. Par ailleurs, Pékin voudrait réintégrer Taïwan (très lié aux États-Unis depuis 1949) à la République populaire, ce qui lui permettrait de contrôler ainsi la mer de Chine et ses ressources potentielles en pétrole. De toute manière, en engageant des travaux gigantesques pour détourner vers le nord une part importante des débits des fleuves Brahmapoutre et Mékong, la Chine fait sentir tout son poids sur l'Asie du Sud-Est, du Bengale (Inde) à l'ensemble indochinois. Dès à présent, elle joue un rôle important en Indochine, protégeant la junte qui gouverne la Birmanie, surveillant de près l'évolution de la Thaïlande, du Vietnam, du Laos et du Cambodge.

La puissance chinoise est peut-être avant tout financière. Elle possède les deux-tiers des bons du Trésor émis par le gouvernement américain. Si elle mettait demain sur le marché le quart des moyens dont elle dispose, elle entraînerait le monde dans une crise économique dramatique. Cela demeure un moyen de pression sur les États-Unis et l'ensemble de l'Occident.
Mais le problème fondamental de la Chine d'aujourd'hui est le problème de la coexistence de deux communautés totalement différentes : un milliard de Chinois vivant avec 250 euros par mois et, en face d'eux, 250 millions bénéficiant de la croissance. Tout cela peut contribuer à rendre la Chine tout à fait instable malgré la pression du parti, mais pour l'instant les grands succès internationaux - Jeux olympiques de Pékin, Foire universelle de Shangaï en 2010 - constituent des éléments de propagande considérable.

Enfin apparaît un élément qui n'est peut-être pas négligeable : la montée du christianisme, plus du fait des évangéliques que des catholiques. Cela peut contribuer à modifier dans les villes un certain nombre de comportements. Mais on ne négligera pas non plus la montée des sectes en milieu rural. Ne l'oublions pas, la Chine est avant tout une très grande puissance contrôlée par un État autoritaire. Il y a vingt ans, la Chine était prête à faire des concessions pour obtenir des avantages. Soyons conscients que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Elle est une puissance dominatrice et sûre d'elle.

Paru dans La Nef, février 2010

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