Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Judaïsme, Christianisme, Islam


(...)
qui domine le discours médiatique est à la fois fausse et dangereuse car si l'intention est initialement bonne, elle produit de la confusion et cache la vérité. En effet, ce n'est pas de la même façon que les trois religions comprennent l'unicité de Dieu, le rôle d'Abraham, la place de leur Livre sacré. Le rapport du christianisme au judaïsme n'a rien à voir avec le rapport du christianisme à l'Islam. Le christianisme a en commun avec le judaïsme un livre, celui que les chrétiens appellent l'Ancien Testament et l'histoire qu'il raconte. L'islam, en revanche, ne croit pas que l'Ancien et le Nouveau Testament , tels que les lisent aujourd'hui juifs et chrétiens, soient les textes authentiques qui ont été confiés à Moïse et à Jésus. Ils auraient été trafiqués, mais heureusement remplacés par le Coran, seul resté intact, et donc seul nécessaire.
Les deux religions bibliques, judaïsme et christianisme, ont en commun l'idée d'une alliance de Dieu avec l'homme : Dieu entre dans l'histoire pour le libérer; pour les chrétiens, il délivre l'humanité du péché dans une autre Pâque. La spécificité du christianisme est qu'il pousse l'idée d'alliance jusqu'à l'incarnation : dans une seule et même personne s'allient les deux natures, divine et humaine. L'islam ne reconnaît pas l'incarnation : pour lui, Jésus est un prophète, rien de plus. Mais c'est que, déjà, il ne connaît pas l'idée biblique d'alliance et d'histoire du salut.

Toutes ces distinctions doivent être sues et connues !
Si, en effet, on recherche un dialogue vrai qui suggère comme dans tout dialogue, respect, confiance, bonne volonté, … il faut une bonne connaissance mutuelle.
Avec le judaïsme, le dialogue est facilité par le fait qu'il existe des chrétiens qui connaissent bien le judaïsme, et des juifs qui connaissent bien le christianisme, au point d'en enseigner l'histoire.
Avec l'islam, il y a jusqu'à présent un déséquilibre : l'Occident a produit depuis le XVIème siècle des islamologues très compétents, juifs et chrétiens ; en revanche, les musulmans qui connaissent bien le christianisme sont encore peu nombreux.
La condition principale est de placer le débat sur le terrain où il peut être fécond.
Paradoxalement, ce n'est pas le terrain religieux. Celui-ci est piégé, car l'islam se comprend comme un post-judaïsme et un post-christianisme. Il se voit d'une part comme la religion primitive, la seule religion d'Abraham ; il se voit d'autre part comme la religion définitive, destinée à remplacer judaïsme et christianisme, tous deux périmés. Reste pour le dialogue le terrain de l'humanité commune, de la raison, de la civilisation.

Publié dans Au delà
Écrit par
En savoir plus... 0

(...)
une projection exceptionnelle du film d'Andrzej Wajda "Katyn", à l'Espace Cardin.
Au milieu de nombreux diplomates et attachés militaires, invités de l'ambassadeur de Pologne, on rencontrait aussi des professionnels du cinéma : c'est à eux que cette soirée était destinée en priorité. En effet, si étonnant que cela puisse paraître, la nouvelle oeuvre du réalisateur de "La terre de la grande promesse", "L'homme de fer", "L'homme de marbre", n'a pas encore trouvé de distributeur en France.

Pourtant, c'est la première fois que le cinéma évoque cet épisode terrible de la deuxième guerre mondiale, le massacre de vingt-deux mille Polonais, dont plus de quatre mille officiers, perpétré en 1940 par l'Armée rouge sur l'ordre de Staline. L'importance du sujet autant que la grandeur de l'oeuvre et la notoriété de son réalisateur auraient dû tout naturellement amener le film sur les écrans français.
"Katyn" suit le destin de plusieurs familles touchées par ce crime soviétique, d'abord ignoré, puis occulté, par une imposture qui tiendra jusqu'à la fin du régime communiste. Le film est une fiction, mais nourrie de faits authentiques, de lettres et de documents d'archives, mise en scène avec une profonde intelligence de l'histoire et des émotions humaines.
Fils d'un officier massacré à Katyn, Wajda voulait depuis longtemps traiter ce sujet tabou. Maintenant qu'il y est parvenu, à plus de quatre-vingts ans, il serait pour le moins dommage que l'indifférence et l'ignorance remplacent la censure. Ou alors, le cadavre de Staline bougerait-il encore ?

Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0

Le Président Sarkozy en Israël

(...)
le Président de la République, accompagné de son épouse, a déjeuné hier (23 juin 2008) au monastère d'Abou Gosh, en Israël. Nous supposons que cette halte discrète - car les journalistes n'y étaient pas conviés - et brièvement reposante, avait été choisie en raison des origines françaises de la communauté bénédictine. Abou Gosh est en effet une fondation de l'Abbaye du Bec Helloin en Normandie.
Les religieux chrétiens sont aujourd'hui en Israël le signe d'une espérance de réconciliation possible. Au vu du paradoxe historique permanent qui veut que Jérusalem s'affiche, par son seul nom, comme la cité de la Paix, et qu'en réalité la Paix n'y a jamais été effective, qu'elle est la cité de l'Alliance et que s'y vérifie, en même temps, chaque jour, les limites et les échecs des alliances humaines, au regard du dévoilement des vérités, vérités les plus misérables et vérités les plus hautes de l'homme, si criantes et si heurtées en cette ville, la présence des moines et des moniales indique une promesse réalisée seulement dans le coeur de Dieu et non sur la terre.

La foi ne consent pas à la paralysie définitive des efforts de réconciliation. Quand la paix est vaincue, la foi s'attend encore à la Paix.
C'est l'inlassable témoignage des chrétiens, des juifs et des musulmans, sur la terre qu'ils osent appeler "sainte". Nicolas Sarkozy en a peut-être ressenti quelque chose quand, au sortir du monastère d'Abou Gosh, il a déclaré qu'il y avait, dans le jardin monastique, "juste un peu de vent, et pas un photographe", et il ajoutait : "c'était parfait ! ".
Au milieu des imbroglios de défaitismes, de violences, de diplomaties enthousiastes ou contrariées, du sang et des murs élevés trop hauts pour apercevoir le ciel de la Paix, n'était-ce pas comme le rappel de l'espérance divine dont les religieux sont ou devraient être les témoins ?
Une brise légère, le vent de Dieu, ténu et obstiné, qui tient bon contre les tempêtes des hommes ! En Israël, les prophètes modernes n'usent pas toujours de mots. Il y avait juste un peu de vent, dans le lieu symbolique où l'on veillera demain encore sur la Parole d'un Autre, Jésus qui disait jadis : "Je vous donne la Paix, mais ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne".

Il y avait juste un peu de vent, ce jour, en Israël.
Radio "Fréquence Protestante", chronique du Jour (24 juin 2008)

Publié dans Au delà
Écrit par
En savoir plus... 0
(...)
un pape théologien pour la gouverner.
Sans bruit et sans précipitation mais avec détermination, Benoît XVI accomplit un travail immense. 

On en a une petite idée, lorsqu'on lit régulièrement ses interventions publiques toujours riches d'enseignements. Le mois dernier, il a prononcé une homélie magnifique le dimanche de la Trinité à Gênes où, partant des relations d'amour entre les trois Personnes divines, il a expliqué que l'homme était appelé à la communion : "L'homme ne se réalise pas dans une autonomie absolue, en ayant l'illusion d'être Dieu, mais, au contraire, en se reconnaissant en tant que fils, créature ouverte, tendue vers Dieu et vers ses frères, dans le visage desquels il retrouve l'image du Père commun. On voit bien que cette conception de Dieu et de l'homme se trouve à la base d'un modèle correspondant de communauté humaine, et donc de société. C'est un modèle qui existe avant toute réglementation législative, juridique, institutionnelle, mais je dirais également avant les particularités culturelles. Un modèle de famille humaine commun à toutes les civilisations, que nous chrétiens avons l'habitude d'exprimer dès l'enfance en affirmant que les hommes sont tous des fils de Dieu et donc tous frères. Il s'agit d'une vérité qui se trouve dès le début derrière nous et, dans le même temps, qui est toujours devant nous, comme un projet auquel aspirer toujours dans chaque construction sociale. C'est une conception qui se fonde sur l'idée de Dieu Trinité, de l'homme comme personne - non comme pur individu - et de la société comme communauté - non comme pure collectivité" (1).
Passage d'une rare densité qui explicite la vision de Dieu et de l'homme enseignée par l'Église et dont les conséquences concrètes découlent aisément, particulièrement dans les domaines politique et social.
Fils du même Père céleste, les hommes sont tous frères et forment une famille humaine qui ne s'arrête pas à la juxtaposition d'êtres sans aucun rapport entre eux. C'est la conception individualiste de la modernité libérale qui est particulièrement visée par le pape : un homme autonome qui se construit lui-même et qui n' de compte à rendre à personne dès lors qu'il n'empiète pas sur la liberté d'autrui. Cette conception aboutit au relativisme et à une atomisation de toute société humaine, elle brise tous les liens naturels qui unissent les hommes les uns aux autres, depuis la famille jusqu'à la patrie, en passant par les corps intermédiaires : de tels individus n'ont plus rien en commun, sinon une liberté indéterminée, qui est incapable de créer un lien communautaire, bien au contraire, elle ne peut que le détruire. Ainsi, toute notion de Bien commun - qui est davantage que la somme des intérêts particuliers - disparaît-elle.

L'individualisme, en brisant le lien communautaire, rompt également l'esprit de solidarité sur lequel Benoît XVI a fortement insisté le mois dernier et qui est l'un des fondements de la doctrine sociale de l'Église (2).
Sans solidarité, a dit le pape, sans une juste vision de la dignité de la personne, sans "engagement irrévocable à construire le Bien commun", sans appliquer le principe de subsidiarité, il ne peut y avoir ni paix ni justice.
Il est choquant qu'une toute petite minorité détienne la majorité des richesses. Certes, une telle situation ne peut changer d'un coup de baguette magique, mais encore faut-il avoir la volonté de la modifier conformément à l'enseignement de l'Église sur la "destination universelle des biens" : les richesses de la terre sont pour tous les hommes - la propriété privée ne peut être en aucune façon un absolu, elle doit être au service du Bien commun - et les plus favorisés ont le devoir d'aider les plus pauvres. Or, on s'abrite trop souvent derrière des considérations économiques qui, conformément aux théories libérales, prétendent un peu facilement qu'aider les plus pauvres est inefficace, bref, il y a toujours un bon prétexte qui donne bonne conscience pour ne rien faire.
Bernanos, toujours aussi actuel, évoquait le travail inhumain des enfants dans les fabriques des capitalistes de Manchester qui "dormaient avec la Bible sous leur oreiller" : "Lorsqu'il leur arrivait de penser à ces milliers de misérables que la spéculation sur les salaires condamnait à une mort lente et sûre, ils se disaient qu'on ne peut rien contre les lois du déterminisme économique voulues par la Sainte Providence , et ils glorifiaient le Bon Dieu qui les faisait riches" (3).

Ne croyons pas que des excès si scandaleux n'appartiennent qu'au passé.
"Écologie contre économisme : l'affrontement de ces deux logiques est le véritable débat du XXIème  siècle", résume Patrice de Plunkett dans un livre revigorant (4). L'opposition gauche-droite est aujourd'hui vide de sens - la politique est largement imposée par Bruxelles -, l'enjeu est désormais entre une vision du monde matérialiste donnant le primat à l'économie, c'est le libéralisme planétaire, basé sur la concurrence, l'efficacité et la croissance érigées en fins ultimes, "qui voit le monde comme un simple chantier au service de la finance" (5) et celle qui donne la priorité au bien de la personne en mettant tout en oeuvre pour sauvegarder notre environnement et un art de vivre plus humain.

"Dans une société tendue entre la mondialisation et l'individualisme, l'Église est appelée à offrir le témoignage de la koinonia, de la communion", a dit Benoît XVI à Gênes.
Paru dans La Nef- juin 2008


(1) Homélie - dimanche de la Sainte Trinité à Gênes le 18 mai 2008 (Zenit du 18 mai 2008)
(2) Discours à l'Académie des Sciences sociales le 3 mai 2008 à Rome (Zenit du 4 mai)
(3) La France contre les robots (Le Livre de Poche, 1970, p. 18)
(4) L'écologie de la Bible à nos jours - Pour en finir avec les idées reçues (L'oeuvre, 2008, p. 18)
(5) P. de Plunkett, ibid.

Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0

(...)
c'est à dire un événement controversé propre à attirer la curiosité, la polémique dans les médias, et la foule au musée, il faut un préjugé à détruire. Le "concept" de l'exposition Les traces du sacré est que l'art "moderne" et "contemporain" n'est pas, comme on le croit communément, athée, matérialiste, révolutionnaire et rationnel mais spirituel, métaphysique et sacré.
Première salle : une gravure de Goya un mort revient à la vie et témoigne de ce qu'il a vu : Nada. Une toile tailladée de Lucio Fontana et son titre "La mort de Dieu", une phrase au néon de Brice Nauman : "le véritable artiste vient en aide au monde en révélant des réalités mystiques".
Le parti pris de l'exposition est énoncé : Dieu est mort, l'homme est libre enfin ! Il va se révéler ! Le sacré est sans doute spirituel et métaphysique mais n'a plus l'aura du transcendant et du divin. Il émane du cosmos et de l'homme. C'est la bonne nouvelle annoncée par les Commissaires dans le catalogue, les interviews et conférences et dossiers de presse.
Tout commence avec un tableau romantique daté de 1831 de Gaspard David Friedrich, une église gothique en ruines, en hiver. La notice commente "Ce monument était debout quand l'énergie païenne innervait encore la nouvelle foi". 

La sacralisation de l'ego
Les "Lumières", la Révolution française ont brisé le monopole du sacré que détenait jusque là l'Eglise en Europe. Il était canalisé par la liturgie, les rites et le dogme catholique. Une génération a suffi pour que le sacré, l'imaginaire lié à l'invisible et au métaphysique se débride et prenne mille formes contenues jusque-là. Le Romantisme est la première manifestation esthétique de ce défoulement : Le moi n'est plus haïssable. Désormais, subjectivité, épanchements intimes, affirmation de l'ego, sont à l'honneur. C'est le génie de l'homme qui intéresse et particulièrement de l'artiste. Alors que les derniers recoins de la planète sont découverts, commence l'exploration des profondeurs de l'inconscient humain. La "folle du logis" devient la muse des poètes, les formes académiques volent en éclats et libèrent des expressions nouvelles.
Les Commissaires Jean de Loisy et Angela Lampe nous entraînent, dans un parcours de 350 oeuvres et 200 artistes allant de 1830 à 2008, du sacré transcendant au sacré d'effroi éprouvé devant la mort irrémédiable, revisitant les sacrés païens antiques, archaïques et primitifs, puis abordant les sacré modernes et postmodernes : immanents, lumineux, new age, chimiques et convulsifs .... Ils veulent prouver au passage que le christianisme n'est plus qu'une forme morte servant de terreau à un nouveau sacré fondé sur la disparition de Dieu et l'affirmation de l'homme. L'art, la culture, deviennent le sanctuaire de ce nouveau culte.

L'exposition ne manque pas d'ambition : Elle se veut "historique", exhaustive et récapitulatrice des métamorphoses du sacré dans l'art tout en étant aussi thématique, philosophique, théologique, anthropologique et sociologique ... C'est une exposition à caractère "Total", comme aurait ironisé Ionesco dans la "Cantatrice Chauve". Ses finalités multiples et contradictoires lui donnent l'aspect d'un labyrinthe ... Il ne faut pas y voir le reflet de l'histoire de l'art mais une création "d'art contemporain" en soi où Jean de Loisy serait le chef d'orchestre dirigeant 200 artistes morts ou vifs. Avec cette matière picturale, Jean de Loisy crée une réalité symphonique, emportant le public de suites chronologiques en reprises thématiques, d'images en déclarations "duchampiennes", inscrites en bas à gauche des œuvres à extraire pieusement des ténèbres avec une lampe de poche.

La grande régression

L'exposition est du plus grand intérêt, car elle fait la preuve que l'art dépérit lorsque le sacré transcendant disparaît. Nous évoquerons surtout ici certains aspects de sa deuxième partie ...
Une guerre puis l'autre, la marche fatale des totalitarismes ont mis au coeur de l'Occident l'interrogation métaphysique. Dieu est déclaré définitivement mort. Le problème du mal reste entier, les utopies ne prennent pas chair, la croyance dans le progrès et le génie s'effondre. Le sacré jadis chatoyant devient noir. Le surhomme est impuissant, les dégâts collatéraux s'avèrent multiples ... Ainsi, la prédiction de Hegel se réalise : Dieu a entrainé l'art dans sa chute. La "modernité" aussi a une fin et la postmodernité est bien différente.
Duchamp entre en scène, suivi de Cage et de Wahrol. Le grand système de l'AC (1) s'enclenche : déclaratif et médiatique fonctionnant en réseau, créant ainsi sa valeur. L'art est mort vive l'AC ! L'art sera désormais la cote, reflet du réseau fondateur. L'arbitraire et le cynisme de ce nouveau système vont entraîner l'art vers la célébration des abîmes pour compenser sa vacuité et son asservissement mercantile absolu, il lui faut s'entourer de l'aura terrible du sacré.
En Amérique de 1960 à 1980 on expérimente le dernier sacré paradisiaque avec la "Beat Generation" et son utopie "Peace and Love". On croit une dernière fois aux "possibilités illimités de notre esprit" en communion avec le Cosmos. Un art psychédélique naîtra puisé aux sources du LSD apprécié pour les visions planantes et angéliques qu'il procure. La drogue devient le sésame de la création. L'artiste va chercher la dernière énergie dans le dérèglement chimique des sens et les états dépassés de la conscience artificiellement obtenus.
En Europe, au même moment, le sacré a déjà des formes plus sombres. L'art à partir des années soixante est marqué par l'image insurmontable du mal. Les oeuvres ressemblent à des monuments funèbres érigés à la mémoire du grand massacre. L'art est dénonciateur, critique et pénitentiel. L'artiste prend la place du Christ et s'offre en sacrifice pour renouveler le monde :
"L'ascèse de l'artiste est de parvenir à cette parole dépouillée de tout ce qui n'est pas lui", explique Jean de Loisy qui donne ainsi à l'ego la monumentalité du sacré. La foi en l'artiste est nécessaire précise-t-il, la confiance est la condition de "la transsubstantiation de l'oeuvre . (...) Le "regardeur" en communiant à l'oeuvre "accède à un monde nouveau". Il devient lui aussi, grâce à la médiation de l'artiste, vraiment "contemporain" : "Vous les amateurs d'art, vous êtes contemporains, c'est à dire témoins d'un monde élargi !" (2)
Voilà comment "l'art contemporain" devient l'art sacré d'aujourd'hui
En quelques mots Jean de Loisy a ainsi, au cours d'une conférence de carême déclamée sous les voûtes de Notre Dame quelques semaines avant l'ouverture de l'exposition, brossé le portrait de l'artiste "contemporain" en idole postmoderne Catherine Grenier (3), autre conservateur de Beaubourg, prononça elle aussi en chaire en 2007, un "sermon" analogue.

Ce nouvel "art sacré" est décrit comme une liturgie inverse qui puise visibilité et puissance dans l'effet sidérant du blasphème et de la malédiction. Plusieurs formes ont cours : Une école minimaliste attachée à une pureté absolue, rejetant matière et forme, proclamant l'impeccabilité du vide, l'absolu du rien dont l'inconvénient est de programmer à court terme la disparition de l'art. Est-ce le dernier sacré ? Pas encore ... L'extrême fin du siècle et les début du millénaire voient apparaître une autre forme : Elle exprime l'étape qui suit la mort : Quand l'arbre est abattu, les organismes saprophytes se nourrissent du cadavre et le recyclent. La post-post modernité crée encore en coupant, collant et mixant tout les sacrés du monde et surtout le sacré catholique, ce sacré qui n'a pas que des sacramentels mais aussi des sacrements, pour en détourner la dernière énergie. En France, les fonctionnaires de l'art font une théorie sur ces formes de création convulsive et verbales, et s'adonnent fébrilement à l'élaboration d'une "théologie créative".

L'exclusion du sacré chrétien
Malgré la prétention exhaustive de l'exposition, une forme très spécifique du sacré n'y figure presque pas : L'art sacré chrétien qui a connu une exceptionnelle création depuis deux siècles.
Jean de Loisy s'explique : Il a délibérément exclu de son propos les artistes qui font de "l'art religieux" pour ne s'intéresser qu'aux artistes "spirituels" (4). L'énonciation de ces deux concepts aux contenus vagues et sans rigueur intellectuelle, l'autorise, selon lui, à ne pas tenir compte de l'art sacré chrétien. L'ambition historique de cette exposition en prend un coup.

La forme spécifiquement chrétienne de relation au sacré n'est jamais décrite tout au long de l'exposition, quoique partout détournée et déformée. Jamais il n'est évoqué la nécessité théologique et formelle d'exprimer un sacré transcendant et incarné. La conjonction de l'esprit et de la matière est le travail de l'artiste. Il doit assumer dans la forme la réalité du mal, de la souffrance et de la mort mais à leur place, c'est à dire vaincus. Il doit par le moyen de la forme laisser transparaître la dimension glorieuse de la matière et à la chair. Ce n'est pas une affaire de style, de forme établie ou même d'intention ou de foi de la part de l 'artiste, mais de correspondance mystérieuse entre le fond et la forme, défi toujours nouveau, tentative sans recette. Ce courant n'a jamais cessé d'exister dans de très grand chefs d'oeuvre du XIXème et du XXème siècle, il existe encore mais dans une expression intime et cachée, le domaine du monumental lui étant fermé. C'est la raison pour laquelle la distinction que fait Jean de Loisy entre "artiste spirituel" et "artiste religieux" est sans pertinence. L'Eglise n'a jamais exigé la foi, ni les bonnes intentions des artistes à qui elle passait commande, ni un style particulier, mais la réalisation d'un programme iconographique, laissant d'ailleurs une place à la subjectivité, au talent singulier. Ce qui explique le perpétuel renouvellement de l'art sacré tout au long de 2000 ans de création et ses expressions différentes dans chaque culture. Comme quantité d'artistes au XIXème et XXème siècle, un Delacroix incroyant a peint des chefs d'oeuvre profondément chrétiens. C'est un fait effacé dans cette exposition.

La mise en scène de l'abbé Couturier
Pour compenser la faiblesse de l'argument, Jean de Loisy met en scène dans son exposition le dominicain Alain Couturier et se réfugie derrière ses prises de positions pour éluder, à part quelques Matisse, Manessier, Richier, Rouault et un Maurice Denis de 10cm x15cm, tout l'art sacré du XXème siècle. Celui-ci, à partir de 1944, dans ses "Cahiers d'Art Sacré" avait condamné en bloc, sans faire de détail entre petits et grands talents, l'art pratiqué dans les "ateliers d'Art sacré". Il s'appuie pour cela sur une théorie : Si l'art est génial il est forcément sacré, s'il est médiocre il est une insulte à l'art et au sacré. Il faut donc faire appel "aux génies", figures magnifiées au XIXème siècle par le romantisme, qui a connu des fortunes diverses, dont certaines à l'origine de quelques totalitarismes du XXème siècle. L'Eglise avait résisté à ces idéologies mais comme il est fréquent, quand la chose est obsolète, ceux qui ont le plus résisté finissent par s'y rendre. Le moine prend avec cette idée simple le dernier wagon du dernier train. Il sera le dernier dans le siècle à magnifier le "génie". Cette condamnation historique et obscure, simplifiée à l'extrême, instrumentalisée de façon contestable, servira par la suite à condamner tous les artistes, croyants ou non, travaillant dans l'esprit d'un sacré chrétien. On dira simplement d'eux qu'ils ne sont pas des artistes et qu'ils ne sont pas modernes.

Nouveau clergé, nouvelle censure, nouveau culte
La méthode d'exclusion pratiquée dans cette exposition est typique du fonctionnement du système de l'AC : "est de l'art tout ce qui est agrée comme tel par le "milieu de l'art", en l'occurrence le réseau fabriquant la valeur et les Institutions élaborant la théorie et la légitimation. Les commissaires ont décidé ici ce qui est de l'art sacré et ce qui ne l'est pas, comme ils décident tous les jours ce qui est de l'art et ce qui ne l'est pas. Depuis trente ans, toutes les grandes commandes d'art sacré sont décidées au Ministère de la Culture et ses annexes, selon les critères qui lui sont propres. Ils servent à nourrir une clientèle et à fabriquer des cotes. Tout le monde sait que l'Eglise ne prend plus la peine d'imposer un programme iconologique et d'en suivre la conformité théologique. De nouveaux clercs s'en chargent.


(1) Acronyme de "art contemporain" employé par Christine Sourgins dans les "Mirages de l'Art contemporain" (Ed. de la Table Ronde, 2005) pour distinguer ce genre particulier de l'ensemble de l'art d'aujourd'hui.
(2) Citations tirées de la conférence de Carême prononcée à Notre Dame de Paris, publiée aux Editions du Cerf, mai 08
(3) Catherine Grenier auteur de "L'Art contemporain est-il chrétien ?" (Ed. Jacqueline Chambon, 2005) ; ouvrage de référence pour comprendre la théorie officielle française de l'AC vu comme substitut de l'art sacré chrétien.

(4) Interview du Figaro de Jean de Loisy sur Les traces du sacré du 9 mai 2008

Publié dans Au delà
Écrit par
En savoir plus... 0

L'Europe passe aux aveux

C'est le peuple qui a dit non à l'Europe, à cette Europe-là. Il est vrai que, cette fois, le peuple était irlandais mais il y a trois ans, il était neerlandais ou français ; il aurait pu être anglais, polonais ou allemand si on lui avait donné la parole. La vérité est qu'il y a allergie mutuelle entre le peuple et l'Europe. L'Europe ne supporte pas le contact avec le peuple et réciproquement. C'est pourquoi tout referendum est pour l'Europe un supplice ; il la met à la torture ou, comme on disait, à la question. La preuve en est qu'elle passe aussitôt aux aveux.
Jugez-en.
L'Europe, volontiers, se proclame indifférente à la procédure de ratification que choisissent les Etats : c'est leur affaire. Mais, que l'Irlande recoure au referendum, et vous voyez la vérité sortir du puits. Le referendum est un mauvais système, trop simple pour des questions trop compliquées, trop vulgaire pour des enjeux trop élevés. A la rigueur, un referendum européen, où l'on serait sûr de noyer les non dans les oui, ou bien un referendum où il n'y aurait qu'une seule case à cocher, bref ! un referendum à résultats garantis ferait l'affaire. Le mieux, malgré tout, c'est pas de referendum.
L'Europe affecte le plus grand respect pour la souveraineté de ses Etats membres mais un referendum négatif suffit à lui faire changer de langage. L'Europe, entend-on, ne va tout de même pas arrêter son majestueux carosse sous prétexte qu'une nation de cinq millions d'habitants se met en travers. Une nation doit comprendre que sa souveraineté ne mérite d'être honorée que si elle a le bon goût de ne pas l'exprimer. L'Europe veut passer pour le modèle des démocraties et aime à croire qu'elle a la confiance des peuples. Mais si les peuples se mettent à trahir la confiance qu'on a la bonté de leur accorder, ils s'en rendent aussitôt indignes. Il faut que le peuple change ou qu'on change de peuple ; il faut que l'Irlande revote, et bien, ou qu'on se passe de son vote.
L'Europe se vante d'avoir substitué le règne du droit aux rapports de force. Un traité à 27 tombe s'il n'est pas ratifié à 27 : c'est le droit. Pas du tout, dit l'Europe, il nous suffit de décréter que le traité est bon s'il est ratifié à 26 ; l'Europe fait le droit, est le droit ; elle n'a pas à le raspecter ; c'est bon pour les autres, les gogos, les naïfs. L'Europe a l'habitude ; elle ouvre tout grands les bras à la Turquie qui vit depuis trente ans en violation ouverte du droit international ; elle-même trahit allègrement et sans état d'âme l'engagement qu'elle a pris de ne pas attenter à l'intégrité de la nation serbe.
L'Europe a levé le masque ; Le non irlandais l'a obligée à paraître ce qu'elle est et qu'en général elle dissimule : une machine de guerre contre les souverainetés nationales qui n'a que faire des maximes de la démocratie ni des règles du droit, de la voix des peuples ni de la foi des traités.
Peut-être serait-il temps pour les citoyens de déclarer à cette Europe qu'ils n'ont rien à faire d'elle et de lui signifier son congé. Les élections européennes en seraient une bonne occasion.

Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0

Le Tibet, la Chine et les Jeux

(...)
Profitant de la proximité des Jeux olympiques de Pékin de 2008, les Tibétains ont manifesté pour attirer l'attention du monde sur leurs problèmes liés à la politique chinoise au Tibet. Le monde occidental s'est alors souvenu tout d'n coup qu'ntre la Chine et l'Inde existait un territoire de hauts plateaux autour de 4000 mètres d'altitude, peuplé de moines et de paysans, contrôlé par la Chine qui, chaque année, renforce sa présence et ses prétentions. Les médias, puis, à leur suite, les politiques se sont engouffrés dans cette affaire, sans penser aux conséquences et ont émis un certain nombre d'affirmations qui ne sont pas toujours exactes.
On a, par exemple, oublié que le Tibet est, dès le Moyen Âge, sous contrôle chinois. Depuis 1241, les Mongols occupent la région que les Ming leur enlèvent au XVIème siècle ; depuis lors le Tibet est sous contrôle chinois. Bien plus : en 1907, les Britanniques qui ont tenté de s'y implanter doivent reconnaître la "suzeraineté " de la Chine sur le Tibet. De 1925 à 1950, au cours des conflits qui secouent la Chine, la région est plus ou moins livrée à elle-même mais dès 1950, le République populaire de Chine s'installe au Tibet, ce que confirme le traité de Pékin du 23 mai 1951, reconnaissant les droits de la Chine sur le Tibet.

Incontestablement, 1950 marque le début d'une nouvelle période. De 1720, installation de l'armée mandchoue à Lhassa, jusqu'en 1950, la suzeraineté chinoise est très lâche. Le pouvoir impérial est faible et le Tibet comme la plupart des provinces chinoises jouit d'une large autonomie. À partir de 1950, le pouvoir est centralisateur et le régime fondé sur le mao-marxisme est totalitaire : ce sera le temps de la Révolution culturelle, la lutte contre la religion et la destruction de nombreux temples et monastères. Dès lors, l'autonomie du Tibet disparaît et l'on assiste à une répression systématique des bouddhistes. Le Dalaï-Lama s'exile en Inde et, à Pékin, on considère comme " sécessionniste " l'action des moines bouddhistes. Simultanément débute le processus de "sinisation " du Tibet. Des centaines de milliers de chinois y sont installés par Pékin et ce processus s'accélère avec la mise en service de la voie ferrée reliant Pékin à Lhassa.
Le peuple tibétain se sent rejeté et exilé sur son propre territoire. Déjà en mars 1959, de violents combats avaient opposé les Tibétains et les Chinois. Ce soulèvement est réprimé avec une violence inouïe ; le Dalaï-Lama s'exile et le nord du Tibet est découpé administrativement entre le Yunnan, le Sichuan et le Xinjiang. Le Xinjiang, lui, demeure théoriquement autonome, mais la politique de sinisation limite peu à peu les degrés de l'autonomie et l'on assiste à une nouvelle série de manifestations en 1989 : on compte plus de 400 morts, le régime chinois est sans pitié.

Le Tibet présente un intérêt géopolitique évident. Stratégiquement, il peut faciliter l'expansion chinoise vers le Pakistan, l'Inde et la Birmanie. Que les Chinois refusent l'indépendance d'une région liée à eux depuis des siècles se comprend parfaitement. Géographiquement, le Tibet est un château d'eau. Prennent leur source au Tibet, l'Indus, le Gange, le Brahmapoutre, le Mékong, le Yang Tsé. En un temps où apparaissent les maxi-barrages, il est évident que le contrôle du château d'eau tibétain est essentiel.
Politiquement, on l'oublie un peu trop facilement, le régime chinois est un système totalitaire où l'économie se libéralise certes, mais, comme le IIIème Reich, c'est un État totalitaire. Il tolère donc mal les libertés qu'autorise un régime d'autonomie d'inspiration religieuse car cela pourrait servir de précédent aux Ouïgours (musulmans) du Xinjiang, d'autant que ces derniers risqueraient d'être soutenus par les républiques-soeurs, turcophones et musulmanes, d'Asie centrale. De surcroît, le mao-marxisme est antireligieux et admet difficilement le système tibétain où le pouvoir est partagé entre des "prêtres " et des moines. Le régime tibétain n'est pas une "démocratie" (dixit L'Express) mais une théocratie bouddhiste où le pouvoir appartient aux lamas, le Dalaï-Lama étant le chef suprême car il est l'Immensément sage.
Économiquement, le Tibet recèle nombre de potentialités minières, en particulier cuivre et uranium, dont les réserves sont importantes. De plus, les steppes d'altitude élevée peuvent devenir des régions à agriculture et élevage extensif et, par conséquent, une possibilité d'activités pour la Chine surpeuplée. Or le Tibet est à peine peuplé et il n'est pas développé : la région autonome fait deux fois la France pour une population estimée à 2,4 millions d'habitants. Ce que l'on appelle Tibet historique, partagé en trois régions chinoises, est occupé par 2,5 à 3 millions d'habitants. Il y a donc 5 millions de Tibétains.
Pour toutes ces raisons, on voit mal la Chine reconnaître une autonomie très large aux Tibétains. En face de toutes ces réalités matérielles, existe évidemment la réalité humaine et spirituelle. Il y a incontestablement une culture tibétaine fondée sur le bouddhisme lamaïque. C'est aux yeux des Occidentaux une religion qui, par la méditation, la lecture des écritures bouddhiques et la prière, veut allier la tradition et les techniques modernes et conduire à la paix, ce qui ne ressemble guère au bouddhisme tibétain tel que le rapportent les voyageurs ou les missionnaires européens jusqu'en 1950. Pour eux, les Tibétains sont un peuple "cruel et sanguinaire". Ce n'est qu'après 1959 que, à la suite de la mainmise chinoise, le Tibet est devenu "un pays gentil" !

En réalité, les manifestations actuelles sont bien davantage liées au totalitarisme chinois qu'à la situation du Tibet qui n'est qu'un prétexte, même si ce que subissent les Tibétains est réellement tragique. Dans une certaine mesure l'affaire tibétaine s'est substituée, dans les médias, aux problèmes du Darfour. De surcroît, comme au Kosovo d'ailleurs, on constate combien l'ethno-centrisme tient de place dans les réflexions actuelles de certains ; mais si on plaint Tibétains ou Kosovars, on se désintéresse des Noirs du Darfour, des Indiens des Andes ou des Moldaves victimes des ambitions roumaines, russes ou ukrainiennes.

Il ne fallait sans doute pas organiser les Jeux de 2008 à Pékin (mais il y avait eu Moscou en pleine Guerre froide et Berlin en 1936) ; toutefois, à partir du moment où cette décision était prise, boycotter n'aurait aucun sens.
Paru dans La Nef - juin 2008

Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0

Il n'y a pas de solution militaire à...

Combien de fois n'ai je pas entendu cette expression, y compris dans dans la bouche de chefs militaires ! Alors que des régions entières sont sous la coupe réglée de chefs de guerre, petits potentats locaux qui ne puisent leur légitimité que dans la terreur qu'ils inspirent, les ministres et les diplomates occidentaux se relaient pour clamer que la solution est politique, encourageant les protagonistes à la retenue et à la recherche d'une solution négociée. Ces discours incantatoires paraissent bien illusoires, comme si la sagesse allait spontanément prévaloir alors que justement c'est la lourdeur du contentieux, les intérêts contradictoires et l'absence de dialogue qui sont à l'origine du déchaînement de violence.
Quand les affrontements font des morts par centaines, provoquent des exodes massives avec leur cortège d'atrocités et qu'il semble que rien ne puisse raisonner les belligérants enfermés dans des logiques guerrières et jusqu'au-boutistes, a t-on le droit d'affirmer "qu'il n'y a pas de solution militaire" ? Alors que justement seules les armes peuvent faire taire les armes et arrêter les massacres.
La lucidité et le courage politique consisteraient au contraire à recourir sans délai à l'action militaire. Pour que les armes se taisent, pour faire cesser les exactions, pour stopper le cycle de la violence, il faut "faire la guerre" aux prédateurs ou établir un rapport de force les contraignant à ne plus faire usage de leurs armes. C'est seulement à partir de ce moment que la solution devient… politique et la sortie de crise durable.
La solution n'est peut être pas que militaire, elle n'est sans doute jamais que militaire, mais aujourd'hui encore dans la plupart des conflits  intra-étatiques, notamment en Afrique, l'usage légitime de la force à l'encontre des milices, rebelles, bandes armées ou simples coupeurs de route est un préalable indispensable pour éviter l'enlisement qui conduit inexorablement au mieux à la crise humanitaire, au pire à la dérive génocidaire.
Alors, Chamberlain ou Churchill …?

Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0

 

J'étais très jeune, dix sept ans. Et j'ai fait 68. Oui, mais dans le camp adverse. On aurait pu croire par l'idéalisme échevelé de nos anciens que les fondements de leur agitation reposaient sur une volonté réelle de bâtir un monde plus généreux, plus héroïque, moins obsédé de construction et d'investissement. On aurait pu penser que des nouveaux saints ou des héros proposeraient à la jeunesse prétendument en soif d'absolu, des actes d'une radicale générosité. Or, leurs propositions de libération évoquaient des histoires de "touche pipi" pour des élèves de cinquième, des considérations grandiloquentes et ridicules dont le contenu révélait un vide effarant. C'était le culte du Rien. Que la génération de leurs parents embourgeoisés fût ennuyeuse, matérialiste, ayant honteusement refusé de relever avec courage les défis de son histoire, sans doute. L'Algérie avait été le révélateur de la perte du sens du sacrifice qui fait une nation forte. Le "lâchage" des harkis et des pieds noirs par une métropole engoncée dans la conquête effrénée du pouvoir d'achat aurait pu provoquer une légitime prise de conscience chez les jeunes.

Mais "les jeunes" (devenus vieux depuis) accusateurs avaient le profil de bonimenteurs et de représentants placiers dont la logorrhée était d'autant plus verbeuse que les produits étaient "pipotés". On aurait pu attendre de ceux ci un héroïsme qui prenne fait et cause dans des engagements radicaux, les causes ne manquaient pas. Il suffit de les voir aujourd'hui, anciens ou toujours ministres, inspecteurs généraux de l'éducation nationale, courant d'un festival de Cannes aux salons littéraires de Michel Onfray où le tout Paris s'admire et se congratule, pour comprendre le tour d'illusionniste qu'ils effectuaient alors. Gros, gras, bien fourrés, riches, très riches ayant menti aux autres et à eux mêmes depuis l'adolescence, le champ de ruine de leur existence est terrifiant. Vivant dans un éternel mensonge, la fin de leur vie personnelle les accable, l'ironie et l'imprécation leur servent de schéma intellectuel, stérile jusque dans leur descendance.
Mai 68, marché de dupes ? marché du crime !

" Ames mortes", ils ont interdit les mots de vie, comme celui d'aimer sa patrie, d'aimer sa culture, d'aimer fidèlement sa femme, d'aimer les enfants, d'aimer la Vie… d'aimer tout simplement. Il est tragique de voir combien ces hommes et ces femmes ont fait le lit des totalitarismes modernes, totalitarisme des camps de rééducation du communisme, de l'islamisme, et aujourd'hui du consumérisme qui écrase toute notion d'appartenance, de communauté, de famille, de valeur morale. Ils se sont construit des légendes sur des phantasmes qui occupaient leurs esprits malades, légendes dont personne n'est dupe parce que leur fin de vie est piteuse et goinfrée.
Mais le prix à solder pour cette génération suffisante et idiote est redoutable. Les suicides d'adolescents, c'est eux, le meurtre des enfants handicapés dans le ventre des mères, c'est eux, l'analphabétisme d'une part de plus en plus grande des élèves, c'est eux, l'avortement, c'est eux, la sélection naturelle, c'est eux, les dictatures installées partout dans le monde, c'est eux, l'Afrique désespérée, c'est eux, le capitalisme sans frontière qui appauvrit les pauvres et enrichit les très riches, c'est eux, la pornocratie et les crimes de celle-ci, c'est eux, la drogue presque libre, c'est eux, les orphelins de parents inexistants, c'est eux.

Terrifiant constat de ces intellectuels vides de toute substance. On n'oppose pas aux machines de fer des dictatures marxistes ou islamistes la négation de soi et les orgies d'une génération qui se bâfre. Le gigantesque chaos est là sous nos yeux. Sur les débris de celui-ci quelques héros tentent de reconstruire l'intelligence d'un peuple plus que millénaire, le coeur d'une nation qui fût si souvent héroïque, la foi qui donna au monde une civilisation fascinante pour les élites du monde, une science que tous les savants enviaient.
Mon propos scandalise, j'en ai conscience. Mes trente ans de Pologne, de Chine et d'Asie du sud est au service des martyrs de ceux qui cautionnèrent les plus grands génocides de l'Histoire m'y autorisent ! Les charniers vus, les témoignages des amis rescapés furent les produits de ces intellectuels de 68 ; dois-je les citer et avec eux les journaux qui leur ont ouvert avec gourmandise leurs colonnes ?

Je tiens par ces lignes sorties de mon coeur dire mon dégoût pour cet anniversaire grotesque et dire combien le cinquantenaire que je suis, n'a jamais regretté d'avoir été l'adolescent qui s'était dressé contre eux. J'ignorais alors que leurs dégâts auraient été aussi considérables.

Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Les textes sur MAI-68 vont fleurir en ce quarantième anniversaire. 
J'ai eu l'occasion, récemment, de rencontrer des auteurs de plusieurs ouvrages au cours de quelques émissions. 
C'étaient des anciens soixante-huitards et qui l'étaient restés, dans un immobilisme étonnant, ressassant la lutte des classes et toutes sortes d'idées marxisantes inaudibles. Face à ces "soixante-huités", deux jeunes trentenaires publient, toujours dans le sillage de l'anniversaire, un état des lieux après la libération sexuelle. Pourquoi le Nouvel Ordre amoureux (1) ? Parce que depuis quarante ans, l'émancipation des moeurs sacre et légitime le désordre amoureux. On dirait bien que le bonheur a été sacrifié au nom d'une idéologie.
Ce n'est pas là le discours de deux hommes jeunes mais déjà blasés du genre la-chair-est-triste-et-j'ai-lu-tous-les-livres, ni celui de deux victoriens qui se seraient trompés de siècle. C'est justement parce qu'ils aiment la vie qu'ils refusent de la réduire à une affaire d'organes : le plaisir ne suffit pas au bonheur.
Rafraîchissante commémoration ! On est bien loin des bacchanales qui fêtent l'invention de la contraception facile et garantie. L'amour a-t-il encore un avenir quand on tente de le réduire au sexe, au jeu, au rendement ?
Les auteurs les plus lointains, les plus riches et parfois les plus inédits sont convoqués pour rappeler pourquoi le mot amour est si polysémique. On rencontre ici Augustin et Marc-Aurèle, jusqu'à Chesterton en passant par l'amour courtois. L'influence de Denis de Rougemont, de son Amour et l'Occident , prédomine.
Etrange d'entendre deux hommes de cette génération remettre en ordre (et pas forcément en cause) les attendus de leurs parents. Etrange parce qu'au lieu de juger la génération précédente trop sévère, ils la jugent trop laxiste ; au lieu de réclamer une libération supplémentaire, ils affirment que la liberté ne se déploie que dans la responsabilité ; au lieu de se saisir des émancipations apportées par leurs pères et de s'enfuir avec elles sans demander leur reste, ils posent la question des limites et se demandent si les transgressions parfois ne sont pas devenues des profanations, et pourquoi.
Ils plaident pour la pudeur, car s'il n'y a rien à cacher, l'humain s'anéantit. Ils plaident pour la fidélité, parce que l'amour se vide de substance sans inscription dans le temps. L'amour est lié au temps, si l'on veut bien admettre que nous humanisons tout ce qui nous concerne, et que nous partageons pourtant avec l'animal.
En d'autres termes, ils défendent la civilisation. Le sexe seul nous laisse à l'état animal, ou plutôt, fait de nous des animaux tristes. Il s'agit donc de la maîtriser, de le canaliser, d'en faire un bel ornement de l'amour. Le sexe seul, sans limite, sans autre finalité que soi, aboutit au sadisme, à Sodome ou à Salo, c'est-à-dire à la barbarie. Tout cela peut paraître évident, et mon lecteur va dire : enfin, ces jeunes gens réinventent l'eau chaude ! Pourtant, rappelons-nous que depuis la génération de 68, non, çà n'est plus évident : la prétendue libération consiste dans la prise en compte du sexe comme finalité dernière, il suffit de voir le succès de Catherine Millet racontant ses partouzes. L'eau chaude est donc à réinventer, justement. Ou plus exactement, à relégitimer. Finalement, nos deux auteurs clament que le roi est nu : la plupart d'entre nous savent bien que l'amour humain sublime la saillie animale, faute de tomber dans des pièges honteux et même dans des cynismes fascistes. Mais une petite élite issue de 68, reine des médias, fait de la déconstruction un divertissement mondain, et parvient à reléguer dans la ringardise les quelques timides qui voudraient énoncer des évidences manifestes.


Ce n'est pas seulement le sexe comme finalité qui déchoit l'amour de son rang. Mais aussi un idéalisme malvenu, laissant croire qu'en amour tout serait facile, transparent, angélique : un "romantisme crétin". L'amour est difficile, parce qu'il unit les différences sans les anéantir. Il ne s'obtient pas, il se conquiert. Il ne se garantit pas, il s'entretient. Il se nourrit de courage ! Voilà une ancienne nouveauté. D'où une critique du constructivisme ("on ne naît pas femme, on le devient", de Simone de Beauvoir) pour le remplacer par une anthropologie ancrée dans la culture occidentale : "la femme est égale à l'homme mais pas identique ; elle n'est pas différente du seul point de vue biologique, mais aussi psychologique". D'où une apologie de la différence assumée entre les sexes et ce qu'on appelle aujourd'hui les genres. D'où une apologie du mariage, même si être deux, c'est déjà un risque : "Quand j'ose aujourd'hui me constituer en famille, où les rôles sont un tant soit peu définis, où il y a de l'homme et de la femme, où il y a de la tension, où il y a de la résolution, où il y a du courage, de l'effort, où il y a un but qui modèle les comportements ( ) dès lors, je résiste au monde contemporain." Discours à la fois si simple, si naturel, et si difficile à prononcer.
Ce petit livre est sans prétention. Il pourra à certains paraître naïf. Mais son innocence même rejoint quelques grandeurs qui font le sel de notre vie. Il veille une espérance qu'on a voulu nous confisquer : il signifie , en ce domaine tout au moins, qu'il n'est pas besoin de "liquider" Mai-68 : l'évènement avec ce qu'il suggère, est tout simplement dépassé.


(1) par Jacques de Guillebon et Falk Van Gaver (Editions de l'Oeuvre)

 
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version