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Barack H. Obama ? Trop indécis, trop prudent, trop distant. Au premier anniversaire de son mandat, cette semaine, l'homme providentiel déçoit jusque dans son camp. Est-ce pour corriger ces défauts qu'il a pleinement engagé son pays au secours d'Haïti ? Le président des États-Unis y fait preuve d'une détermination inédite et d'autant plus remarquable que demeure le souvenir de George W. Bush, inopérant en Louisiane, frappée en 2005 par l'ouragan Katrina. Mais ce spectaculaire et opportun déploiement de générosité ne peut cacher l'effondrement d'un mythe.
Le cauchemar vécu par les Haïtiens, qui ont vu leur propre État anéanti par le séisme, obligeait-il les Américains à se préoccuper si peu de la France dans sa volonté de soutenir ce pays francophone ? Samedi, Alain Joyandet, secrétaire d'État à la coopération, a dû protester auprès des États-Unis afin d'obtenir l'autorisation d'atterrir pour un avion. "Il s'agit d'aider Haïti, il ne s'agit pas d'occuper Haïti", a-t-il déclaré, avant que l'Élysée ne se félicite de la coopération entre les deux pays. Difficile pourtant de ne pas noter l'unilatéralisme d'Obama.
Ses thuriféraires retrouveront là, malgré tout, leur idole telle qu'ils l'ont construite, en exact contraire de Bush. "Quand nous ne montrons pas seulement notre puissance mais aussi notre compassion, le monde nous considère avec un mélange de respect et d'admiration. Cela renforce notre leadership", reconnaît d'ailleurs Obama. Politiquement, Haïti sera son épreuve de rattrapage. Mais sa première année vient de s'achever par une déroute, avec l'élection sénatoriale, mercredi, d'un obscur républicain, Scott Brown, dans la citadelle démocrate du Massachusetts.
 La mise en scène du sauvetage d'Haïti par le leader métis, qui prend le risque de reproduire à terme un paternalisme occidental sur la première république noire, ne mégotera pas sur les moyens censés illustrer ici le slogan creux du "Yes we can !". Pour autant, alors que le panurgisme médiatique attribuait tous les talents à l'habile démocrate, douze mois auront largement suffi pour percer la bulle - une de plus - de l'obamania, ce condensé très "gauche française" de bons sentiments et d'autocontentement. Obama est condamné à changer.

Sa victoire avait été présentée unanimement comme un coup d'arrêt aux néoconservateurs, que l'un d'eux, Irving Kristol, définissait comme "des hommes de gauche agressés par la réalité". Or ces derniers sortent déjà de leur purgatoire, portés par une politique internationale se rapprochant, par nécessité, de leurs analyses contestées. C'est bien le successeur de Bush qui n'a toujours pas fermé Guantanamo en dépit de ses promesses et qui est convenu récemment que les États-Unis étaient "en guerre", ce mot jusqu'alors proscrit par la novlangue démocrate. C'est bien lui qui a décidé de renforcer considérablement son armée en Afghanistan et a dit vouloir "anéantir" le terrorisme au Yémen, tout en respectant en Irak le calendrier de retrait fixé précédemment. Obama dans les pas de Bush ? L'image tient du blasphème pour ceux qui n'ont eu de cesse de dénoncer le bellicisme borné du républicain. Cependant, c'est bien ce chemin qu'il commence à suivre, après avoir cru benoîtement que la main tendue allait adoucir la Corée du Nord, l'Iran et même la Russie. En réalité, c'est une faiblesse que laisse voir désormais la première puissance militaire mondiale. Sa timidité face à l'aspiration à la liberté du peuple iranien est une déception pour ceux qui croient, à l'instar des néoconservateurs honnis, à la possible démocratisation du monde musulman. Il est trop tôt pour prédire un rapide retour des républicains. Mais le monde réel reste leur meilleur allié.

La chute brutale des illusionnistes ébranlera-t-elle la stupéfiante obamania française, cette caricature du politiquement correct qui a envahi le discours unique ? Celui-ci a réussi à persuader, jusqu'au sommet de l'État, de l'urgence d'une "République métissée" dont l'histoire serait désormais à écrire, au nom de la diversité et de la non-discrimination, par les populations issues de l'immigration récente. Faut-il le rappeler, à propos des défaillances d'Obama ? La couleur de la peau ne fait pas le talent. Or, nombreux sont encore les ambigus engouements de l'officielle pensée "antiraciste" pour l'homme noir ou métis. La France se prête à cet éloge en dépit de sa Constitution interdisant ces différences. Se réveillera-t-on enfin
?

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Il l'a expliqué vendredi : "Tout jeune Français, au moment où il bascule dans sa majorité à 18 ans et va recevoir sa carte d'électeur, pourrait se voir proposer de signer un serment, une charte, quelque chose qui l'attache à la République". Cette charte contiendrait "les principes à la fois moraux et politiques qui constitueraient un ensemble de règles et de droits". Il aurait été intéressant que ce sujet soit discuté entre lui et ses contradicteurs, la veille sur France 2. Mais son débat avec Marine Le Pen s'est mué en pugilat sans intérêt, dans lequel la responsable du FN n'a pas donné le sentiment de maîtriser son sujet. Quand à la ruse de Vincent Peillon, qui s'est décommandé in extremis dans le but de "faire un coup" se prévalant d'une prétendue éthique, elle a surtout révélé l'imposture des donneurs de leçons, incapables de respecter leur parole et d'avancer des idées nouvelles sur des sujets délicats. L'eurodéputé socialiste ne fera pas oublier si facilement sa douteuse méthode. Passons...
La suggestion de Besson de rédiger un document solennel rappelant les droits et les devoirs est une solution que j'avance dans La fracture identitaire (Fayard, 2007, page 181 et suivantes). En revanche, je ne vois pas l'intérêt de la proposer au bon vouloir de chaque jeune Français. Il me semblerait plus efficace d'en faire un code commun qui devrait être soumis à l'adhésion obligatoire des seuls nouveaux arrivants désireux d'entrer dans la communauté nationale. Voilà ce que j'écris: "Parler français, connaître l'histoire du pays et s'engager solennellement à en respecter les lois, les mœurs, le mode vie, la liberté de pensée et de critiquer - des règles qui refusent notamment la soumission, l'asservissement de la femme, les discriminations religieuses  et tout ce qu'autorise généralement la charia - devraient être les conditions minimales de cette sorte de charte universaliste (...) Ce document devrait inclure un engagement sur l'honneur à ne pas porter le voile islamique dans les lieux publics et dans la rue". La violation du serment vaudrait parjure, voire déchéance de la nationalité acquise.
Ces solutions sont symboliques, j'en ai bien conscience. Mais n'est-il pas temps pour tous les démocrates de se réveiller et de commencer par un bout ?
18 janvier 2010

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J'y ai certaines attaches familiales. C'est un pays dont le peuple recèle des trésors de créativité. Le moindre autobus bariolé à la diable avec la foi du charbonnier est un objet d'art. Naïf en l'occurrence, à l'instar du grand peintre Brasil qui donne l'impression de pressentir charnellement les joies paradisiaques. Pourtant Haïti est la proie d'une interminable malédiction. Depuis l'indépendance, dont les Haïtiens sont si fiers, le pays s'automartyrise cruellement sous les diktats incohérents d'un roi Christophe ou d'un Duvalier quelconque. Ou d'un Aristide, ce prêtre dévoyé qui trompa l'espérance des pauvres. Ou encore des ONG, dont les 4x4 éclaboussent les bidonvilles non sans arro­gance. Rien n'a changé depuis l'époque où Graham Greene écrivait les Comédiens, chacun a toujours peur de son ombre. On risque le racket ou le kidnapping à chaque carrefour et les misé-rables survivent au jour le jour, dans un dénuement effroyable, en déforestant le moindre arpent boisé. L'État n'a aucune consistance, la matière grise s'est exilée depuis belle lurette et la "communauté internationale" s'agite vai­nement. Les "projets" qu'elle lance s'enlisent à mesure, on ne voit pas la fin du chaos.
Voilà qu'à nouveau une calamité, naturelle celle-là, en­deuille cette moitié d'île francophone qui, vue de la mer, a des ressemblances avec l'Éden. L'autre moitié - la République dominicaine - se porte nettement moins mal. Tôt ou tard il faudra bien se demander pourquoi, et en tirer les conséquences. La solution ne saurait être que politique, inscrite dans le long terme, avec l'aval conjoint et armé des Nations unies, des États-Unis et de la France. Quitte à mettre provisoirement en berne cette indépendance dont les élites ont si mal usé. Et à admettre que la démocratie n'a aucun sens chez un peuple famélique. Il ne se reconstruira pas à coup de scrutins, de "conseillers" bidons et d'aides qui s'évaporent au soleil. Mais pour l'heure, la France ne doit pas mégoter : il faut secourir les Haïtiens. Ils ont encore de l'amour pour notre pays qui jadis se comporta fort mal avec Toussaint-Louverture ; nous serions impardonnables de les laisser tomber. C'est dans notre langue qu'a fleuri le beau lyrisme du poète René Depestre. Il vit à Lézignan-Corbières, il doit être accablé, je pense à lui avec émotion en écrivant ces lignes.
Paru dans Valeurs actuelles, 21 janvier 2010
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(...) (site endommagé en 2013)
... (1) se sont poursuivies à Londres et à Shangaï, elles viennent d'avoir lieu à Paris. Quel bilan ? Et une question : krach ou pas krach ? Si l'on en croit Tobias Mayer, commissaire priseur à Manhattan au "glamourous look and cosmopolitan aura", tout va bien : "Nous sommes très heureux de ce qui nous arrive". Il déclarait d'ailleurs à peu près la même chose en novembre dernier. Que veut-il dire ? La situation est la suivante : les professionnels et experts -qui sont souvent des "animateurs" du marché - font des évaluations de baisse de 20% à plus de 50%, avec un taux d'invendus d'environ 50%. Malgré l'incertitude que soulèvent ces grands écarts d'estimation, on peut seulement dire que le marché ne s'est pas effondré comme en 1990.
A la différence de 1990, l'effondrement n'a pas été immédiat et total... Les collectionneurs jouaient alors chacun pour soi, en empruntant aux banques pour payer à la galerie une oeuvre afin de la revendre quelques mois plus tard, sa valeur ayant doublée.  Au moment de la crise financière, ils ont été obligés de vendre pour rembourser les banques. Aussi quand le marché reprend quelques années après,  il n'est plus question de collectionner sans assurer ses arrières en entrant dans un réseau solidaire, où la règle est d'être propriétaire de l'oeuvre. "L'Art Contemporain" est alors devenu un produit financier sécurisé, un produit dérivé. La méthode de fabrication de la valeur en réseau évolue en passant d'un système horizontal d'entente à un système vertical de "trust". Les réseaux sont dominés par de grands collectionneurs qui possèdent maisons de vente, médias, fondations, galeries etc. Il devient alors possible de "gérer" les crises... et même de les utiliser à profit, ce qui s'est produit par exemple en 2002, lors de l'explosion de la bulle Internet. Pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui ?

Gérer la crise c'est d'abord maitriser la com'
Pour l'instant les stratégies de communication fonctionnent bien.
- Vendre moins d'oeuvres. Choisir des artistes aux réseaux solides, confirmés par les Institutions.
- Estimer bas pour faire apparaître des hausses ou minimiser les baisses.
- Jouer de la confusion entre "Art moderne" et "AC"en les mêlant dans les mêmes ventes sous le même label. Ainsi les prix élevés atteints en mai à NY par Calder et David Hockney ont permis de masquer les baisses enregistrées sur l'AC. A Paris lors des ventes du 27 Mai chez Christie's, sous l'appellation "Art contemporain" on trouve mélés : Mathieu, Atlan et Fautrier, avec Buren et Morellet… C'est le fond d'atelier des Lalannes qui assure le relatif succès de toute la vente !
- Occulter les mauvaises ventes. Ainsi le 17 mars 2009 chez Christie's, avenue Matignon, François Pinault organise afin de valoriser les cotes des artistes "les plus chers du monde" de sa collection,  une "vente de charité" au profit d'une association contre le cancer. Il prend la précaution de demander aux artistes de "donner" une oeuvre afin que l'on ne puisse pas dire que des collectionneurs s'en débarrassent.  Si l'évènement caritatif et mondain fut annoncé, personne ne commenta le résultat : baisse de 20% à 60% par rapport aux estimations basses et très peu d'oeuvres vendues un peu au dessus...

Le 'Financial Art' sanctuarisé en France
L'AC a perdu aujourd'hui probablement moins que les produits dérivés. Une baisse moyenne, supérieure ou égale, à 50 % ? "Aujourd'hui la valeur de ce produit artistique spéculatif est indexé sur les très grands collectionneurs médiatiques. Tant qu'ils ne vendent pas la valeur est conservée, elles deviennent des "capitaux non productifs", observe très justement François Derivery. Mais qu'en est-il de l'avenir plus lointain, sachant que ni le marché financier ni le marché de l'AC n'ont encore touché le fond ? Contrairement à l'art ancien ou moderne dont la valeur s'estime à la qualité intrinsèque de l'oeuvre, la valeur du "Financial Art", essentiellement conceptuelle n'est ni esthétique ni matérielle. La question se pose alors: quelle pourrait être la valeur au dessous de laquelle le 'Financial Art' ne pourrait descendre ? Une sorte de "ratio" bancaire ? Les grands collectionneurs, maîtres des musées et des institutions, jouant le rôle de la banque ? Ainsi on revient à cette valeur incompressible évoquée plus haut. L'objet controversé a acquis grâce à la garantie des institutions et des médias, une valeur  historique, symbolique et sacrée.. A combien s'établira plus tard cette valeur en termes de cote ? On peut imaginer une "valeur de vestige archéologique" tels que les assignats de la Révolution, les titres de Law ou les fonds russes...
Il est certain que la France à ce titre devient le pays de référence pour le 'Financial Art'. En effet grâce à son corps d'Inspecteurs de la Création, fondement de "l'exception culturelle française", celui-ci y est thésaurisé. En effet, ce corps d'exception pendant 30 ans a consacré 60% du budget destiné aux achats d'oeuvres d'artistes vivants, à effectuer des acquisitions auprès des galeries newyorkaises pour des "artistes demeurant et travaillant à New York". Ces oeuvres sont désormais inaliénables, à jamais inscrites dans notre patrimoine le plus prestigieux et les conservateurs ont le devoir de les exposer au milieu des collections anciennes. Le Louvre, Versailles, le Grand Palais, châteaux, églises et cathédrales du grand patrimoine leur servent d'écrin. L'Etat garantit leur pérennité. Pendant ce temps-là, les Musées américains privés, très menacés semblent ne plus pouvoir garder toutes leurs collections et même ouvrir leurs portes pour les montrer.
Les touristes américains pourront donc toujours venir contempler en France leur patrimoine merveilleusement présenté dans le nôtre. Une raison de plus de faire un traditionnel "Grand Tour" et de venir en France…

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Se résoudre à brader la culture française ? Et quoi encore ! Parce que la Conférence des grandes écoles s'oppose aux quotas de boursiers, elle a eu droit au sermon de Richard Descoings, le directeur de Sciences Po Paris, qui y a vu "la réaction antisociale dans toute sa franchise". Le choeur des indignés a embrayé, entraînant même Nicolas Sarkozy, lundi, à juger ces réticences "invraisemblables". Mais ce n'est pas la mixité sociale qui inquiète les dirigeants de ces établissements: ils disent craindre un abaissement du niveau des concours au nom d'une discrimination positive n'osant dire son nom. Ils ont raison.
Le débat sur l'identité nationale révèle, chez de nombreux hauts responsables, leur indifférence face au processus de déculturation qui gagne ce vieux pays littéraire. Éric Besson lui-même, ministre de l'Immigration, voit la France comme "un agrégat de peuples". Alors que la réponse attendue devrait être, au minimum minimorum, de réhabiliter les grands auteurs, le pouvoir enchaîne des décisions allégeant les exigences en lettres et en langues, pour les élèves comme pour les enseignants, au nom d'un utilitarisme ringardisant le passé.
Ce ne sont plus seulement les concours des agents administratifs qui sont revus à la baisse, délaissant la connaissance de La Princesse de Clèves au profit d'une évaluation personnelle et technique. Après la suppression de l'histoire en terminale S, Luc Chatel, ministre de l'Éducation, s'est dit favorable à une réflexion sur les concours dans le supérieur, afin d'éviter "une certaine discrimination" : un discours en direction des nouvelles minorités ethniques qui, s'estimant défavorisées dans l'accès à la culture générale, réclament l'abaissement des sélections. Qui freinera cette régression ?
À ce train, la diversité censée enrichir la France pourrait bien l'appauvrir rapidement. Aussi, tout en intimant aux grandes écoles de s'ouvrir davantage, le chef de l'État a eu raison de refuser néanmoins "l'instauration autoritaire de quotas de boursiers à l'entrée de chaque institution". Mais alors, comment faire pour relancer la nécessaire démocratisation des formations d'excellence, sans alléger leur contenu? "C'est un problème de vivier en amont", répond Pierre Tapie, le président des grandes écoles. Oui, c'est tout l'édifice qui est à revoir.
Entendre l'Unef, première organisation étudiante, surenchérir en voulant faire "voler en éclats" la "sacro-sainte sélection à l'entrée des grandes écoles" vient rappeler les désastres éducatifs déjà produits par l'idéologie égalitariste de la table rase. Il y a belle lurette que l'école publique, qui sut hisser Philippe Séguin (le "Petit Chose") à qui la République a rendu hommage lundi lors d'une messe aux Invalides, n'est plus l'ascenseur social. Des décennies de pédagogisme pédant et de différentialisme déroutant l'ont vidée de sa substance. Le bilan : 150 000 collégiens sortent chaque année sans savoir lire ni compter, tandis que des professeurs ou des élèves peuvent se faire poignarder en cours et, parfois, y trouver la mort comme Hakim, vendredi au Kremlin-Bicêtre.
Pourquoi le gouvernement n'écoute-t-il pas ces enseignants qui dénoncent les ravages du collège unique ? L'un d'eux, Michel Segal, professeur de mathématiques, le qualifie de "bête immonde de notre société contemporaine". Il l'accuse, dans une conférence récente, d'interdire à Mamadou, Madjid, Fatoumata et Mohammed, ses élèves d'un quartier de la périphérie parisienne, de s'émanciper de leur condition et de s'épanouir dans leurs talents. Jamais, dit ce témoin, les meilleurs éléments ne sauront s'extraire d'une classe tirée par le bas par les plus faibles. Là commence la déculturation, que les aides, tutorats, propédeutiques ne suffisent pas à conjurer.

Cette indifférence des autorités va à l'encontre des aspirations de ceux qui ont le sentiment, conforté par la tournure idéologique prise récemment par le débat après les déclarations de Besson, d'être moins considérés que les communautés issues de l'immigration extra-européennne. Une des associations qui disent les représenter, Les Indivisibles, s'apprête ainsi à lancer un appel, soutenu par cent personnalités, visant à "reconfigurer l'ensemble de la République" afin qu'elle devienne "multiculturelle et postraciale". Ces groupes de pression, qui font généralement valoir le caractère minoritaire du port de la burqa pour s'opposer à une loi l'interdisant, n'ont pas ce scrupule du nombre pour prétendre imposer leurs vues à un gouvernement où elles ont des entrées.
Or, la droite s'égarerait à flatter les exigences de ces structures "antiracistes" qui considèrent en fait la culture des "souchiens" comme un archaïsme et qui sont relayées par une intelligentsia prête à tous les abandons. Le philosophe Robert Redeker en connaît le poids : il vit depuis plus de trois ans sous haute protection policière et dans l'indifférence des défenseurs de la laïcité, pour avoir critiqué l'islam. Les référendums en Martinique et en Guyane, dont les belles âmes prédisaient qu'ils allaient, dimanche, accélérer le désir d'émancipation des populations, ont réaffirmé majoritairement (à 78,9 % et à 69,8 %) leur attachement à cette France critiquée par les minorités. Cette semaine, un sondage a dévoilé que 67
% des Français n'ont confiance ni en la gauche ni en la droite. Il serait temps d'arrêter de jouer avec la nation, son peuple, ses citoyens.

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Il n'aura eu qu'une carrière et les fonctions de prestige qu'il exerça ne lui ressemblaient pas. Il se sentit vite à l'étroit dans ses pompes de ministre et, à l'hôtel de Lassay, il se morfondit carrément. Sa préretraite dorée dans la robe de premier président de la Cour des comptes aurait gorgé d'orgueil un haut serviteur de l'État. Ce qu'il n'était pas, bien qu'énarque habile à démêler n'importe quel dossier. Dans les Vosges où il s'était implanté, il connut l'ennui, la province n'avait pas de séductions pour ce déraciné.
Les élections, pas davantage : tête de liste à des européennes quelconques, il déserta en rase cam­pagne et candidat à Paris, contre son propre camp il est vrai, il offrit la mairie à Delanoë au terme d'une campagne calamiteuse. Pourtant, il possédait ce qui manque aux politiciens ordinaires : un charisme physique ébahissant, des dons d'orateur servis par une voix de caïd, à la fois chaude et rauque, une intelligence des situations, la certitude de sa supériorité. Et jusqu'à l'élection de Chirac, la foi en son étoile. Autant d'atouts le promettaient à Matignon, avec vue sur l'Élysée. Voire à l'Élysée par la voie express, sans escale à Matignon, comme Giscard, comme Mitterrand, comme Sarkozy. Car dans la sphère politique, en France, en démocratie et en temps de paix, il n'est de destin que présidentiel. Séguin le savait. Le destin lui a posé un gros lapin. Pourquoi ?

On invoque son caractère, ses foucades, son inaptitude au bonheur. Mais de Gaulle était brutal, imprévisible, d'un pessimisme noir ; et Churchill, qui changeait de parti et de circonscription au fil de ses échecs, présentait tous les symptômes ou presque du déséquilibre mental. L'un et l'autre ont improvisé leur légende dans la géhenne de l'Histoire. Ce qui aura manqué à Séguin, c'est l'Histoire avec une majuscule, celle qui l'a privé de père. Il lui vouait un culte d'orphelin, ambigu et anachronique, idéalisant tantôt de Gaulle, tantôt Napoléon III, pour mieux vitupérer les trivialités de son époque. Ce gardiennage des ruines l'a isolé, bien davantage que son caractère. Plus exactement, il a mis sa rage au service forcément stérile d'une aversion pour la soupe partisane. Pour les réalités au jour le jour. Pour le monde ­moderne en somme. Sinon, son relatif isolement dans sa famille - le gaullisme, la droite - eût été un levier. Après tout, Mitterrand, dépourvu du moindre passé socialiste, s'est forgé un PS à sa main avec des soixante-huitards dont le style et les moeurs l'exaspéraient, pour concocter l'union de la gauche avec des communistes qu'il haïssait ouvertement. Chirac était hors la loi à l'UDR lorsqu'il s'en ­empara à la hussarde pour la métamorphoser en un RPR à sa botte. Sarkozy, tricard chez les chiraquiens, leur a filouté l'UMP sans vergogne. Ni l'un ni l'autre n'avait de sympathie pour les partis, ils en ont usé en galants astucieux d'une dame de petite vertu. Leur destin en herbe exi­geait ce prix que Séguin ne pou­vait pas payer. Au fond de lui, il ne le voulait pas, comme s'il avait eu la prescience que le jeu n'en vaut pas la chandelle.


Il préférait le foot, dont les enjeux sont plus clairs, et qui ne lésine pas sur la dramaturgie. Surtout, il préférait l'His­toire, cette courtisane de haut vol, si belle dans le miroir brisé de Chateaubriand, dans le lyrisme embrumé de Michelet. À défaut de l'avoir étreinte, il se com­plaisait dans sa relecture, lourd d'une mélancolie que l'on discernait entre deux rires faussement gargantuesques.
Comme tant d'autres, je me suis rapproché de lui, brièvement, séduit par son talent, fasciné par son côté ombreux et chimérique, espérant qu'il saurait prendre de l'altitude et embrayer sur une aventure un peu mousquetaire. Espoir fallacieux : quelque chose en lui d'invincible l'incitait à décevoir les naïfs qui misaient sur son aura. À quoi bon le lui reprocher ? Il avait rêvé de reluire en casaque tricolore au côté de Kopa, un triste fatum l'assignait à ramer sans gloire en milieu de tableau, ça le rasait, ça l'écoeurait. Très tôt, sans le savoir peut-être, Séguin a consommé son mal de vivre dans une sorte de renoncement peuplé de vains zigzags entre l'avant-scène et les coulisses. Dans les deux cas, il se sentait à côté de son rôle. De ses pompes. Dommage : ce double floué de l'Histoire incarnait superbement la France, sa grandeur déchue, ses nostalgies, ses incohérences aussi. Demi-solde éploré d'une chevauchée fantoche, et pour cause, il aura miroité, non sans douleur, ce qui nous rend à jamais inconsolables. D'où la juste émotion du peuple français, en apprenant qu'il s'évadait pour de bon. Adieu l'artiste, et merci pour tout, en dépit de tout.

Paru dans Valeurs actuelles, 14 janvier 2010

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(...) (site endommagé en 2913)
... Ce droit a été annoncé en 1783 par le pasteur Ezra Silves qui proclama que les États-Unis "seront une grande nation quand le Seigneur aura élevé son Israël annoncé et invité notre peuple à prendre en charge ceux qui sont incapables de se gouverner", "au besoin, dira un peu plus tard le pasteur Burgess, à composer une certaine forme d'organisation par tous les moyens appropriés."

La France avait engagé, presqu'au même moment, une politique analogue comme le montre la déclaration de guerre à l'Empire germanique au printemps 1792. Ce sera après 1797 la création des Républiques soeurs (Italie, Pays-Bas, Naples) qui deviendront des fiefs de l'Empire napoléonien "au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", complément important à la déclaration des droits de 1789.

Au nom de ces grands principes, on assiste tout au long du XIXe siècle à l'éclosion d'États nouveaux. La Grande Guerre va accélérer ce processus et l'on voit naître des États artificiels dont l'identité est inexistante. Pendant quatre siècles Lituanie et Pologne avaient été unies ; au lieu de faire renaître cette union on va reconnaître l'indépendance de la Lituanie et, afin de permettre à la Pologne d'avoir un accès à la mer, on met en place, au mépris des Allemands majoritaires dans la région, le fameux "couloir de Dantzig".

Les Quatorze points de Wilson, qui avait précédé son refus brutal à la tentative de paix du pape Benoît XV au motif qu'il ne voulait pas négocier avec une Allemagne autoritaire et non démocratique, ouvrent la voie à la création de deux États artificiels, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie en démembrant consciencieusement la Hongrie et l'Autriche. La politique du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes mènera à la mainmise économique du Reich sur toute l'Europe centrale et conduira à la Seconde Guerre mondiale.
Celle-ci verra se développer simultanément le refus de liberté aux peuples et l'affirmation de ce même droit. Outre la Shoah qui entraîne l'extermination de plus de 6 millions de personnes, on assiste au transfert vers l'ouest de plus de 12 millions d'Allemands installés en Europe orientale. En même temps, on insiste sur la nécessité de la décolonisation, on maintient la Yougoslavie en état de même que la Tchécoslovaquie et on admet sans broncher la mainmise de l'URSS sur l'Europe orientale.

La décolonisation, réclamée depuis 1918 par Wilson, confortée par les idées par le pape Pie XI, était nécessaire. Encore fallait-il la réussir. Ce sera, au moins partiellement, sauf dans l'Afrique noire ex-française, une série d'échecs dramatiques. L'indépendance de l'Inde et du Pakistan, ce sera deux à trois millions de morts dans les années qui suivent le 15 août 1947 et on compte encore au Cachemire quelques centaines de morts chaque année. La mainmise des Kmers rouges sur le Cambodge devenu indépendant entraîne la disparition de deux à trois millions de Cambodgiens.

C'est en Afrique que la décolonisation a eu les conséquences les plus dramatiques. De 19510 à 1960, au cours des années de domination européenne, la situation économique de l'Afrique ne cesse de s'améliorer et cela se prolonge de 1960 à 1970 dans la foulée des années précédentes. Depuis, la mauvaise gouvernance, la corruption ont fait de l'Afrique indépendante un continent où les conditions deviennent dramatiques.
Il est de bon ton de condamner la Francafrique. Elle a incontestablement d'innombrables défauts mais il est une chose importante que l'on oublie de souligner : les pertes humaines dues aux conflits locaux sont faibles : il apparaît qu'elles sont inférieures à 50 000 personnes. Le bâton militaire français a donc quelques avantages que ne connaissent pas d'autres pays africains où le nombre de morts se compte en millions.

En fait, au nom des grands principes on a décolonisé trop tôt et trop vite. Les Chinois l'ont bien compris. Faisant foin de tous les grands principes, ils investissent à tour de bras sans préoccupation idéologique, sans préjugés : ils recolonisent l'Afrique et sont en train de l'exploiter à leur seul profit comme aucun pays européen ne l'avait fait.

Dans les années 50, le "droit de l'homisme" n'a cessé de prendre de l'importance. Dans nombre de cas, il faut "imposer" la démocratie comme si cette évolution se faisait à coups de baguette magique. On n'a pas tenu compte des leçons des années 20 où tous les États mis en place n'ont pas mis cinq ans à se constituer en États autoritaires, États baltes, Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Autriche jusqu'en 1938 ; une seule exception, la Tchécoslovaquie. Au nom des grands principes, on a cassé la Yougoslavie au lieu de l'aider à adapter son système fédéral existant depuis 70 ans à une société réellement démocratique ; faire de la Bosnie, du Kosovo, de la Macédoine des États indépendants, séparer Croatie et Serbie a été une erreur dramatique qui a coûté la vie à 150 000 personnes.

Au nom du droit d'ingérence, on fait la guerre à l'Irak où le dictateur Saddam Hussein, soutenu depuis des années par les grandes puissances, avait, au prix de 50 000 victimes, c'est vrai, su établir un certain équilibre entre Arabes et Kurdes, musulmans et chrétiens, sunnites et chiites. Le résultat : un Irak à moitié détruit, paupérisé au prix de plus de 500 000 victimes et infiniment plus divisé qu'il ne l'avait jamais été. Les grands principes avaient couvert la soif d'hydrocarbures avec la complicité de tous en 1990 (la guerre du Golfe avait pour but d'empêcher l'Irak de récupérer son ancienne province, il est vrai, riche en pétrole qui risquait d'être nationalisé). La Seconde Guerre d'Irak fut certes condamnée par Paris et Berlin, mais ce furent seulement de belles paroles, car aucune sanction ne fut même envisagée.

Au nom encore du droit d'ingérence on guerroie en Afghanistan en invitant ce pays féodal, où les ethnies n'ont cessé de s'entretuer depuis deux millénaires, à se transformer en démocratie ou à admettre une transformation profonde des traditions ancestrales, telle la place de la femme. Et comme on ne veut pas prendre de vraies mesures qui impliquent la présence de plusieurs centaines de milliers d'hommes, on utilise avions et drones entraînant des dommages collatéraux dramatiques. La tentative de démocratisation de l'Afghanistan se fait depuis huit ans au prix de près de 100 000 morts afghans.
Ayons le courage de renoncer à certains grands principes et de renouer avec une vision des relations internationales où l'on cherche d'abord à protéger l'homme, à protéger la vie.

Paru dans La Nef n°211 de janvier 2010

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En pleine conférence de Copenhague sur le climat, Benoît XVI rendait public son traditionnel message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier au titre significatif : "Si tu veux construire la paix, protège la création". Ce texte est un petit bijou que chacun devrait lire, relire et méditer. Non seulement parce qu'il donne très clairement la position de l'Église en matière d'écologie, mais plus encore parce que les principes qui l'animent sont un modèle de bon sens et d'équilibre qui devraient rencontrer l'adhésion de tous. Or, si nombre de chrétiens se réfèrent à cet enseignement, c'est souvent pour en faire un tri. Et le débat sur ces questions écologiques n'est pas aisé, car les positions sont souvent extrêmement tranchées, voire manichéennes.

D'un côté, ceux que l'on appelle les "climats sceptiques" ne voient que manipulations dans tous les résultats "scientifiques" (type GIEC) qui vont dans le sens d'une responsabilité de l'homme dans le "réchauffement climatique" et se plaignent du rouleau compresseur médiatique qui impose sans débat des scénarios catastrophes pour pousser les pouvoirs publics à agir. Certes, il y a là parfois excès et idéologie, en ce sens, les critiques des "climats sceptiques" sont utiles et devraient alimenter un juste débat.
Mais leur refus de voir une quelconque influence de l'homme dans le "réchauffement climatique" conduit à une position intenable qui consiste à dire : continuons comme avant, ne remettons surtout pas en cause nos modes de vie, consommons toujours plus, qu'importe la pollution, cela n'a guère d'incidence sur l'environnement, etc. Bref, cela tend à déresponsabiliser l'homme face à des problèmes écologiques qui sont bien réels et qui dépassent la seule question du "réchauffement climatique".
D'un autre côté, les mauvais écologistes ont une conception totalement erronée de la nature et de la place de l'homme au sein de celle-ci. Ils idolâtrent une nature idéalisée et n'aiment guère l'homme qu'ils ne voient que comme un prédateur ; ils préfèrent la planète à l'humanité ! Ils ont tellement peur de l'homme qu'ils en arrivent à voir le développement démographique comme le plus grand danger qui guette la planète : c'est un malthusianisme pire encore que celui du XIXe siècle !

Face à cela, Benoît XVI prône la vraie écologie, celle dont nous devrions tous êtres des adeptes convaincus et que je résume très succinctement en trois points.
1. D'abord, à la différence des "climats sceptiques", le pape reconnaît sans ambages l'existence d'un drame écologique "qu'il serait irresponsable de ne pas prendre sérieusement en considération, écrit-il. Comment demeurer indifférents face aux problématiques qui découlent de phénomènes tels que les changements climatiques, la désertification, la dégradation et la perte de productivité de vastes surfaces agricoles, la pollution des fleuves et des nappes phréatiques, l'appauvrissement de la biodiversité, l'augmentation des phénomènes naturels extrêmes, le déboisement des zones équatoriales et tropicales ?" (n. 4). Et il prévient : "le rythme actuel d'exploitation met sérieusement en danger la disponibilité de certaines ressources naturelles non seulement pour la génération présente, mais surtout pour les générations futures" (n. 7). C'est pourquoi, il plaide pour "des accords internationaux contraignants" (1).
2. Ensuite, après Jean-Paul II, Benoît XVI évoque la "crise écologique" actuelle, celle-ci ayant "un caractère principalement éthique" (n. 4) et étant liée "au concept même de développement et à la vision de l'homme et de ses relations avec ses semblables et avec la création" (n. 5). Le pape situe donc la résolution du problème écologique à son juste niveau : celui de l'environnement et des ressources naturelles à sauvegarder, certes, mais aussi celui de la culture et de la morale : "L'humanité a besoin d'un profond renouvellement culturel ; elle a besoin de redécouvrir les valeurs qui constituent le fondement solide sur lequel bâtir un avenir meilleur pour tous. Les situations de crise qu'elle traverse actuellement - de nature économique, alimentaire, environnementale ou sociale - sont, au fond, aussi des crises morales liées les unes aux autres. Elles obligent à repenser le cheminement commun des hommes" (n. 5).
La conséquence pratique qu'en tire Benoît XVI est essentielle : à six reprises dans son message, il répète que nous devons remettre en cause "les comportements de chacun de nous, les styles de vie et les modèles de consommation et de production actuellement dominants" (n. 11). Ainsi prône-t-il "un changement effectif de mentalité qui pousse chacun à adopter de nouveaux styles de vie" (ibid.). Ces nouveaux "styles de vie" doivent nous conduire à plus de "sobriété", notamment pour nos besoins d'énergie, et de "solidarité", tout particulièrement avec les pays les plus pauvres (il insiste pour "que la sauvegarde de la propriété privée ne fasse pas obstacle à la destination universelle des biens", n. 8).
3. Enfin, Benoît XVI ne dissocie pas la défense de la nature de ce qu'il nomme "l'écologie humaine" (n. 12), à savoir le respect de la vie humaine depuis la conception jusqu'à la mort naturelle. Comment protéger la nature, si l'on est capable d'attenter à la vie humaine innocente ? "Les devoirs vis-à-vis de l'environnement découlent des devoirs vis-à-vis de la personne considérée en elle-même, et en relation avec les autres" (n. 12).
La vision écologique de Benoît XVI est seule complète et équilibrée, elle défend la nature en évitant de l'absolutiser et en rappelant qu'elle est moins importante que la personne humaine.

Paru dans La Nefn° 211 de janvier 2010

(1) Discours à huit ambassadeurs, le 17 décembre 2009.

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(...) (site endommagé)
avec son grand ouvrage de 1949, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, a composé un tableau grandiose de cette immensité marine, à la Gustave Courbet, en dégageant ses "réalités structurales". Son ambition était plus haute et ne s'est pas limitée à peindre une mare internum constituée de "plaines liquides", avec ses successions d'espaces marins bienveillants ou hostiles, encastrée entre des montagnes qui furent les premiers lieux habités. Sa théorie ternaire de la pluralité du temps social - l'histoire des événements au branle instantané, les séquences plus lentes des changements politiques et le long devenir des civilisations qui est presque immobile - le conduisait nécessairement, en privilégiant le temps géographique le plus ancien dans son aire historique la plus vaste, à éclairer le destin des sociétés les plus avancées et à s'interroger sur cette notion de "civilisation" qu'il voyait, dans sa continuité, comme "la première et la plus complexe des permanences" (1).
L'histoire est, certes, une aventure de l'esprit, mais aussi une odyssée de la culture qui cherche à regagner la terre ferme, et initiale, qui est la terre de l'origine. Ulysse ne recouvre son identité, à la fin de son périple méditerranéen, qu'en retrouvant Ithaque et en assurant sa filiation et sa paternité dans le temps immobile de l'anamnèse. C'est lui qui donne à l'homme qui n'était que "personne" son identité. Bien que Braudel ait échoué à imposer la réforme de l'histoire dont on l'avait chargé pour l'enseignement secondaire, ce qui témoigne assez des "agitations de surface" de l'époque quand elle se bornent aux cabinets ministériels, il avait l'ambition de mettre en perspective l'ensemble des grandes civilisations. Aucune n'était étrangère aux autres comme une île au milieu de l'océan, mais toutes formaient un archipel qui laissait deviner la permanence de la civilisation humaine.
Plus qu'un archipel, il faudrait dire une syntaxe, comme le montre la magistrale Grammaire des civilisations qu'il conçut en 1963 à l'usage des classes terminales des lycées. Elle met en évidence l'approche unitaire de la lecture braudélienne de l'histoire et, à travers elle, de chacune des civilisations envisagées. La Méditerranée de 1949, avec sa définition de la civilisation comme la forme humaine de la continuité, annonce la Grammaire des civilisations de 1963, la Civilisation matérielle de 1967 et les Écrits sur l'histoire de 1969-1990. Toutes ces oeuvres mettent en place une théorie historique fondée sur trois piliers : l'unité de chaque civilisation, la totalité de ses manifestations et la permanence de son identité qui ne fait qu'un avec la longue durée et, au-delà de la chaîne des civilisations, avec l'histoire elle-même. L'originalité de Braudel tient à l'utilisation d'un paradigme grammatical rehaussé par une série d'images solaires, à peine souligné dans ses analyses, mais apparent dans le titre de son ouvrage de 1963 qu'il destinait aux élèves et qui a eu le destin de toucher un plus large public.

Une grande civilisation est un cadre intelligible qui permet de s'orienter dans le flux des événements pour, en insistant sur la longue durée, appréhender la réalité du temps présent que l'histoire a pour effet de "brûler" (2). Il rappelle opportunément que, par rapport au mot et à la notion de "culture", la notion et le mot de "civilisation" sont tardifs : ils n'apparaissent qu'au XVIIIe siècle, avec Turgot, pour désigner le passage des hommes de l'état naturel à l'état civilisé et pour s'opposer, en écho à la distinction latine de la Romanitas et de la Barbaria, aux résurgences d'une barbarie toujours menaçante. Mais si la civilisation est la scène matérielle, la culture est le drame qui anime les acteurs sans qu'ils en connaissent jamais le dénouement, ce qui revient à dire que l'ère de la culture s'inscrit dans l'aire de la civilisation correspondante. Braudel reprend alors la métaphore qui présidait au siècle des Lumières. En tant que cadres intelligibles, les civilisations sont des espaces de clarté de sorte que l'on peut parler d'un "rayonnement de civilisation" à propos de l'emprise politique et intellectuelle de la France en Europe ; en contrepoint, les cultures sont les regards portés sur l'horizon lumineux qui est désormais offert aux hommes. Les premières relèvent de la géographie de l'esprit, les secondes de son histoire.
Braudel fait usage du terme de "grammaire", dans un article de 1983 du Corriere della Sera placé après sa mort en tête de sa Grammaire des civilisations, mais sans le définir par rapport à la science historique ni justifier son choix. Il note seulement que la linguistique moderne a bouleversé la grammaire "comme le groin d'un sanglier un champ de pommes de terre" pour l'habiller ensuite d'un "langage pédant, compliqué, incompréhensible", ce qui a conduit à négliger dans l'enseignement "grammaire et orthographe" (3). La grammaire va donc quitter son champ d'application, celui des règles qui régissent une langue, pour passer dans un nouveau champ, celui de la civilisation, tout en conservant son aspect normatif qui ne se contente pas, comme la linguistique, d'un aspect descriptif. Elle aura pour fonction, en rectifiant les erreurs pédagogiques que Braudel dénonçait dans les programmes modernes des mathématiques, de la grammaire et de l'histoire, c'est-à-dire l'excès de formalisme inapproprié à de jeunes esprits, de retrouver le lien continu des diverses civilisations qui sont autant de discours originaux sur la même trame d'existence. Aussi, et bien que Braudel n'ait jamais éclairé la métaphore de la "grammaire" dans sa Grammaire des civilisations, un terme qu'il utilise pour construire des énoncés historiquement corrects, on doit interpréter sa théorie de l'histoire sur le modèle traditionnel des parties du discours. Tout comme la syntaxe grammaticale ramène les différents éléments de la phrase à leur unité de fonction, pour en révéler le sens, la syntaxe historique ordonne les différents rythmes du temps à leur unité d'origine, pour en dévoiler la continuité.

Braudel insiste dans toute son oeuvre sur la triplicité des temps historiques en utilisant la métaphore de la lumière qui revient de façon récurrente sous sa plume. La "dialectique" spécifique de l'histoire - et cette fois l'auteur emprunte à la philosophie sa méthode traditionnelle, de Platon à Hegel - impose un rythme à trois temps qui s'ancre sur son passé pour s'ouvrir à son avenir. En guise de thèse, un plan A, "le temps rapide des événements", qui est celui de l'actualité ; pour antithèse, un plan B, le "temps allongé des épisodes", qui occupe un espace plus vaste ; et pour une synthèse toujours ouverte, car le passé recueille à tout moment l'avenir, un plan C, le "temps ralenti, paresseux des civilisations" qui implique "des mouvements séculaires, ou pluriséculaires" (4). Le projet braudélien consiste à proposer une "explication historique globale" des civilisations, sur le fond d'un tableau général de la civilisation qui demeure présent à son esprit, en ramenant "ces multiples temps et images à l'unité, comme les couleurs du spectre solaire dûment mêlées restituent, obligatoirement, la lumière blanche" (5).

Comment intervient alors la grammaire dans un texte introduit explicitement par la dialectique ? Comme un jeu logique, sinon ontologique, qui va envisager "toutes les règles d'accord et de désaccord" que la première partie de l'ouvrage, "Grammaire des civilisations", en donnant son titre à l'ensemble, a étudiées avant de les "éclairer" et de les "simplifier" par les exemples des grandes aires civilisationnelles qui suivent cette ouverture théorique : les civilisations non européennes, c'est-à-dire l'Islam, le continent noir et l'Extrême-Orient, puis les civilisations européennes, l'Europe, l'Amérique et cette autre Europe qu'est la Russie, c'est-à-dire, à l'époque de Braudel, l'URSS. Or, toutes ces civilisations, dans leur diversité foisonnante qu'il paraît difficile de ramener à l'unité, obéissent à ce même rythme ternaire du temps immédiat de l'actualité, du temps ralenti des périodes historiques, et du temps presque immobile des civilisations elles-mêmes, dans leur aire la plus vaste où le temps prend son temps.

Mais ce rythme ternaire peut se retrouver, de façon analogique, dans les éléments de la phrase, ce que l'on appelle habituellement les "parties du discours" ou encore les "catégories grammaticales". Si nous négligeons cette écume de l'écriture que sont les articles, les pronoms, les prépositions, les conjonctions, les adverbes et les interjections, qui sont comme la décoration de la phrase sans en altérer l'architecture, nous verrons que ces catégories se ramènent à ces trois piliers que sont le nom, l'adjectif et le verbe. Le "verbe", qui marque une action, qu'elle soit située dans le présent, le passé ou le futur, est à l'évidence le moment le plus court d'un énoncé envisagé dans son actualité. Qu'il soit d’action ou d'état, il manifeste l'intrusion de la réalité dans le cours des événements que l'on rapporte et, à ce titre, la présence d'un acte qui, considéré dans sa singularité, apparaît comme contingent. L'"adjectif", qui qualifie le sujet de l'action, possède une plus grande durée puisqu'il peut s'adapter à toutes les situations sans tenir compte de leur temporalité. Quant au nom, c'est-à-dire au "substantif", il relève de la plus longue permanence dans la mesure où il incarne la substance même du discours.

Il suffit d'emprunter un exemple à Fernand Braudel pour reconnaître la légitimité de son analogie entre la grammaire et l'histoire. Considérons l'Europe et, dans l'Europe la France. L'événement de la Révolution française, que Braudel traite rapidement au chapitre II de la partie consacrée à l'Europe, est symbolisé par le 14 juillet 1789 et la prise de la Bastille. Il s'agit là d'une action momentanée qui s'exprime bien par un verbe : "le Peuple a pris ce jour-là la Bastille", et qui sera relayée par d'autres actions tout aussi fugaces exprimées semblablement par un verbe : "le 14 juillet 1790, le peuple a célébré la fête de la Fédération au champ de Mars". Mais le mouvement révolutionnaire qui envahira l'Europe, et qui aura des conséquences durables les décennies et même les siècles suivants, est beaucoup plus lent que les événements parisiens. Il relève de la qualification d'une nouvelle époque de l'histoire européenne et mondiale, et donc de 'adjectif. Nous ne sommes plus confrontés à un événement limité dans le temps, dans une action rapide, mais à une série d'épisodes de longue durée qui n'épuise pas pour autant l'histoire de la France, ni celle de l'Europe. Cette histoire au "mouvement séculaire", comme l'écrit Braudel, concerne la France et l'Europe, voire le monde, c'est-à-dire des réalités substantielles qui se trouvent logiquement exprimées, dans le discours, par des substantifs.

La grammaire braudelienne de l'histoire obéit ainsi à un double modèle théorique et logique. Théorique, dans la mesure où les civilisations sont envisagées à partir d'un regard de reconnaissance, en grec theoria. Et ce regard, pour citer Lévi-Strauss, est le plus possible éloigné vers le temps le plus long et le plus durable (6). Cette théorisation justifie ainsi les images explicites de l'éclairage, des tesselles de la mosaïque regardée de loin (7), ou de la "lumière blanche", selon un jeu constant de métaphores solaires. Logique, dans la mesure où Braudel utilise implicitement les catégories grammaticales pour évoquer les trois temps de la marche de l'histoire. Au temps bref, nous l'avons vu, la catégorie du verbe, à l'action immédiate : la bataille d'Hernani s'est tenue le 25 février 1830 ; au temps lent, la catégorie de l'adjectif, à la qualification plus soutenue : l'art roman, l'art gothique, l'art baroque ; au temps long et immobile, selon l'échelle humaine, la catégorie du substantif qui appelle la substance permanente de la civilisation, ce qui conduisait Braudel à s'engager pour "un humanisme qui a [ses] préférences" et à se réclamer des "humanismes vivants" (8).
Or, ces différentes formes de l'humanisme ont été progressivement mises en place par la civilisation européenne, celle qui s'est donnée au XVIIIe siècle comme la civilisation, ce creuset de l'humanité où l'universel a pris conscience de soi. On comprend que Braudel, dans le même ouvrage, utilise la notion d'"unités brillantes" qu'il accorde à l'Europe, au chapitre IV de la partie qui lui est consacrée, et à l'Europe seulement. Il mentionne aussi, certes, les "unités nationales" qui correspondant aux différents États, les "unités aléatoires" où se concentrent les choix politiques, les "unités solides" qui constituent les centres économiques, et même les "unités violentes", engendrées par les guerres qui ont ensanglanté l'Europe. Mais ce sont les "unités brillantes", celles de l'art et de l'esprit, qui définissent souverainement la culture originale de l'Europe.
"Nous entendrons par unités brillantes, les rencontres, les unissons qui donnent à la civilisation européenne, sur le plan le plus élevé de la culture, du goût et de l'esprit, une allure fraternelle, presque uniforme, comme si elle était envahie par une seule et même lumière" (9).

Cette définition met en évidence le second modèle braudelien, le modèle théorique de la lumière dont les unités éclairent la civilisation européenne, et par là même l'humanité. Les unités brillantes - temples, églises, peintures, sculptures, mais aussi poésies, musiques, romans, drames ou textes philosophiques - inscrivent leur éclat dans la chair meurtrie de l'histoire qu'elles éclairent tout au long de son cours. Elles assurent la continuité des entreprises humaines en lui donnant ses repères historiques aussi bien que géographiques. De toute l'histoire, pensée comme le confluent de l'ensemble des civilisations, monte alors l'unisson de ces unités qui éclairent la marche du temps. Par cette ascension, l'homme est arraché à sa déréliction et trouve un sens à sa présence sur terre, comme le navigateur, en pleine mer, qui se rapporte aux étoiles qui le guident. Ces unités stellaires qui l'emportent sur les autres unités planétaires qui ne font qu'en refléter l'éclat, nous les retrouvons dans le platonisme reconnu de la civilisation européenne, de Pythagore à Copernic, et de Platon à Kant, Nietzsche ou Heidegger (10). Elles montrent le chemin - le long chemin - des hommes vers leur commune humanité.

La conjonction des unités brillantes - les oeuvres saillantes qui attirent le regard - et des unités catégoriales - les temps distincts qui scandent l'histoire - est la conjonction proprement européenne de la theoria et du logos dans un même idéal d'universalité. Aussi la grammaire des civilisations, dans le sens de la grammaire générative envisagée par Chomsky, est-elle bien une grammaire de la civilisation, c'est-à-dire une grammaire universelle, à ce titre normative, comme en témoigne la remarque sur "l'Europe, idéal culturel à promouvoir" (11). Elle permet en effet, par le double jeu des unités brillantes, d'ordre sémantique, et des unités catégoriales, d'ordre syntaxique, d'approcher formellement et substantiellement le sens de l'aventure humaine. Il réside dans la permanence d'une substance unique et idéale que déclinent ses multiples manifestations réelles à travers la triple syntaxe - brève, moyenne et longue - de l'histoire. Elle dit à chaque reprise la continuité d'un sens toujours à accueillir et à constituer. Car les oeuvres de l'esprit, quand elles sont éclairées par une même lumière, ne parlent que d'une seule voix.

(1) F. Braudel, Grammaire des civilisations (1963), Paris, Arthaud, 1987 ; Flammarion, 1993, p. 17.
(2) F. Braudel, " L'identité française", Le Monde du 24-25 mars 1985, repris dans Le Monde du 17 mars 2007.
(3) F. Braudel, Grammaire des civilisations, op. cit, p. 22.
(4) Grammaire des civilisations, op. cit., p. 30 et p. 67. Le mot dialectique est souligné par Braudel.
(5) Grammaire des civilisations, op. cit., p. 30. Le mot globale est de nouveau souligné dans ce passage.
(6) Pour la notion typiquement européenne de " regard" ou de "théorie", je renvoie à mon ouvrage Le Regard vide. Essai sur l'épuisement de l'Europe, Paris, Flammarion, 2007
(7) Grammaire des civilisations, op. cit., p. 437.
(8) Grammaire des civilisations, op. cit., p. 23 et p. 461.
(9) Grammaire des civilisations, op. cit, p. 438. Je souligne l'unité de la lumière qui se pose sur les unités brillantes.
(10) Pour l'image récurrente de l'étoile dans la pensée européenne, je renvoie à mon ouvrage L'Énigme de la pensée, Nice-Paris, Ovadia, 2006.
(11) Grammaire des civilisations, op. cit., p. 460.

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Qui pourrait aujourd'hui contester le naufrage de notre système éducatif ? Dans un article paru dans le Figaro du 7 janvier, Luc Ferry, ancien titulaire de ce ministère, déplore les 160 000 adolescents quittant l'enseignement sans diplôme ! Encore ne fait-il pas état de tous les diplômés dont le diplôme ne vaut pas grand'chose.
On peut penser, avec lui, à une réforme radicale de la malheureuse utopie du collège unique. Mais le remède qu'il propose paraît bien difficile à mettre en oeuvre. Il pense que les enseignants y sont prêts. Mais le monde professionnel peut-il se laisser envahir par les enfants qui viendraient compenser chez lui les déficiences de leur formation ? En effet, le mal vient de plus loin, du défaut de maîtrise des mécanismes élémentaires de la pensée, des mécanismes qu'on ne peut connaître qu'en les appliquant.
Quand sombre ainsi le paquebot, qui pourrait en vouloir à ceux qui lancent des canots de sauvetage ? Et comment en vouloir à l'Eglise ? Elle fut la première à comprendre que l'instruction est, pour chacun, la clef de l'avenir. Ses initiatives ont ainsi fait d'elle, entre autres, la première ONG du développement durable de la jeunesse. On objecte qu'elle isole ainsi ceux qui montent à son bord. Mais elle ne force personne et ne refuse que ceux qui la feraient couler.
Et d'ailleurs, quel bénéfice y a-t-il aujourd'hui à se noyer dans la masse ? Rousseau disait "l'homme naît bon ; la société le déprave". On peut douter de l'innocence native. On ne peut plus douter de la nuisance sociale. C'est aux plus grands que l'enfant emprunte la grossièreté du langage, le laisser aller de la tenue et la dégradation des moeurs.
Du moins le moment est-il venu de "surfer" comme on dit, sur la vague de générosité qui se gonfle en ces temps difficiles. Elles mobiliseront les bonnes volontés dans de nouvelles ONG qui n'auront pas besoin d'aller loin pour bien faire. Le chantier est ouvert du développement durable de leurs jeunes camarades ;
Elles ont "leurs croisades à domicile" et peuvent reprendre ce qui fut le slogan de la "croisade des enfants" ; "ce que nos pères n'ont pas fait ; nous le ferons ! "

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