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C'est ce que disait Clemenceau après la guerre de 14-18. C'est ce que pense Sarkozy. L'Allemagne n'a pas plus l'intention de payer aujourd'hui qu'hier. Comme dans les années 20. L'Allemagne hésite encore. A le choix entre deux mauvaises solutions. Sauver la zone euro ou la laisser exploser. Quand les Français avaient ressorti cette vieille idée de monnaie européenne, après la chute du mur de Berlin c'était pour "enlever à l'Allemagne sa bombe atomique" (Mitterrand). Habilement, les Allemands l'ont transformée en un euro-mark. Avec les avantages – pétrole à bas prix, inflation jugulée – sans les inconvénients : les industriels français et italiens ne peuvent plus dévaluer leur monnaie pour résister au rouleau compresseur made in Germany. Pour rendre encore plus attrayante la déjà remarquable machine industrielle germanique, le chancelier Schröder a conduit une stratégie de désinflation compétitive : salaires plafonnés, charges sociales réduites, hausse de la TVA. Pendant ce temps-là, les cigales méditerranéennes, enivrés par cette monnaie forte inaccoutumée, incapables de s'imposer le corset déflationniste de la fourmi du Nord, ont acheté de belles voitures allemandes. L'essentiel des énormes excédents commerciaux allemands est réalisé en Europe. Les vacances sont finies. Les Allemands sont prêts à virer les élèves grecs (et puis espagnols, portugais, etc.) de l'école s'ils ne font pas leurs devoirs. Mais les mauvais élèves sont aussi leurs meilleurs clients. La fin de l'euro rendrait le mark encore plus fort. Redonnerait de la compétitivité aux concurrents français et italiens moribonds. Depuis que Christine Lagarde leur a reproché de ne pas assez consommer, les Allemands savent que les Français ne sont pas dupes ; mais qu'ils sacrifient leur industrie au nom de leurs illusions européennes. Si romantiques, ces Français !

Paru dans Le Figaro Magazine, 30 avril 2010  

 

Publié dans Avec l'Europe
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La Belgique vient de voter à la quasi-unanimité l’interdiction du port de la burka, du voile intégral, couvrant le corps et le visage de la femme qui la porte, comme d’un linceul, et cela dans tout l’espace public belge. Autant dire que le Royaume constitutionnel de Belgique, pourtant au bord de la sécession et sans gouvernement stable, n'y est allé ni de main morte ni par quatre chemins. Ses responsables actuels ont décidé où se trouvait la défense d’un état démocratique en démontrant que cette défense là ne s’accommodait d’aucune demi-mesure, d’aucune équivoque. Le Parlement français va devoir bientôt se confronter à la même question qui affecte, au delà de ses motivations circonstancielles, la préservation de la nature même de la Vème république en précisant quels sont moyens les plus ajustés pour ne pas y faillir. A cet effet, le gouvernement Fillon, soutenu sinon aiguillé par la quasi totalité de l’UMP, prépare un projet de loi qu’il souhaite lui aussi sans ambiguïté, ne diffusant aucun message brouillé dont la mouvance hyper-islamiste saurait rapidement faire bon usage, comme le lui enseigne depuis des années un Tarik Ramadan. Cependant, l’ayant sollicité comme il se doit, le gouvernement doit également tenir compte d’un avis plutôt réservé du Conseil d’Etat. La haute assemblée se montre, elle aussi, soucieuse de la préservation des libertés publiques et, de ce fait, sur le fondement du droit existant , n’a pas cru devoir entièrement valider le mobile avancé par l’Exécutif : la protection de la dignité humaine. Outre que le projet de loi impliquait, à son sens, une interdiction par trop générale, un tel mobile ne correspondrait pas à l’acception dans la jurisprudence de l’éminente instance juridictionnelle de la notion de dignité. Un mobile tiré de la préservation de l’ordre public eût sans doute été plus pertinent. Est-ce sûr ? En droit français, la défense de l’ordre public doit aussi s’assujettir à des principes de limitation dans l’espace et dans le temps, s’agirait-il de l’article 16.
La controverse est donc importante et il apparaît utile d’y contribuer autant que possible sans préjugés, sans œillères, mais sans naïveté non plus.

Ce que le port de la burka signifie
Dans le monde actuel, tout fait signe. Plotin l’avait déjà affirmé pour son temps. Contrairement à un discours "sociologisant" le port de la burka ne saurait être relativisé au titre des coutumes ancestrales de ses adeptes. Contrairement au discours complémentaire "juridistique" il ne saurait traduire non plus la liberté individuelle de se vêtir comme on l’entend. Le port de la burka est un marqueur politique. Il exprime la vision d’un ordre social spécifique et promeut celle d’un Etat où l’intraitable et non discutable Shariâ se substituerait à la Constitution. Discerner ce caractère-là conduit les juristes attachés à la défense des libertés publiques à une redéfinition de l’aire juridique proprement dite. Celle-ci ne peut se limiter à  la seule jurisprudence d’un Conseil d’Etat qui se confinerait à "un arrêt sur arrêt" comme l’on parle d’"arrêt sur image" et qui n’honorerait plus la définition de la jurisprudence comme création continue. Car, tant qu’à filer la métaphore, il n’est pas impossible que le film en cause, avec des protagonistes bâchées de noir, ne fût pas une bluette.

Cependant, les adeptes du voile intégral justifient leur pratique par deux considérations, l’une qu’ils prétendent inhérente au message coranique, l’autre qui procède d’une critique de la société contemporaine. Selon leurs conceptions du monde et leur lecture du Coran, le corps de la femme, objet de regards concupiscents, rencontrant une certaine propension de la nature féminine à leur complaire, doit tout simplement être dérobé à un pareil champ de vicieuse vision. Puisque la pudeur n’est pas chose instinctive, on la dirigera. Il va de soi que l’ homme, lui, à commencer par l’époux de la femme voilée, n’est, en ce qui le concerne, sujet à aucune concupiscence de cet ordre, que son regard est pur, que son cœur est chaste, que ses pensées sont perpétuellement dirigées vers le Très haut. Cette posture se conforte d’une critique de la condition féminine actuelle dont la dignité est ostensiblement bafouée par les publicités exhibant des corps dénudés, par l’exploitation des films et DVD pornographiques, par la prostitution internationale, pour ne pas parler de la pédophilie. Ce discours "puritaniste" n’est pas sans portée sauf qu’il déroge au principe capital selon lequel ce n’est pas parce qu’autrui est dans son tort que j’ai raison. Nombre d’associations non islamistes militent déjà contre un tel avilissement et contre son exploitation publicitaire et elles s’opposent au port de la burka. La solution des problèmes posés par la société pornographique ne se trouve nullement dans la mise sous séquestre du corps féminin et dans le masquage du visage des femmes.

Le port de la burka est bien le signe politique, l’on dira l’uniforme officiel d’une mouvance (le Tabligh, mais pas seulement) qui ne vise à rien d’autre qu’à convertir la société où elle agit à ses préconceptions de l’être humain et du message divin. Pour trancher dans le vif : cette mouvance-là entreprend rien de moins que la conquête du pouvoir partout où elle s’implante. Dans ce but, tous les moyens sont bons : le prêche, verbal et d’exemple, la présence "visible" dans l’espace public, l’investissement des groupes en déshérence, le retournement des principes et des moyens de la démocratie contre celle-ci, l’exploitation de ses difficultés en temps de crise. L’on ne saurait s’y tromper : c’est bien le régime démocratique qui est menacé dans son essence. En nombre de prêches dont les thèmes "chauds" se discernent parfois sous des formes plus conviviales dans des cercles intellectuels ou de "dialogue", est inculquée l’idée selon laquelle c’est l’Occident qui s’avère liberticide lorsqu’il prétend imposer le modèle démocratique au monde entier, y compris par la force comme il le fait et continue de le faire en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Par suite, l’islamisme devient une forme légitime de résistance à l’oppresseur, qualifié en général d’"américano-sioniste" ou de "croisé". La volonté forcenée d’imposer ce modèle ne serait qu’une entreprise de reconquête par l’Occident des territoires et des peuples arabo-musulmans redevenus indépendants contre sa volonté, et cela de l’Espagne à l’Afghanistan. La conquête militaire arabe de ces mêmes territoires au cours de l’expansion de l’Islam est scotomisée. Il va de soi que cette rhétorique n’est pas partagée par tous les musulmans, y compris en France. Néanmoins cette mouvance-là se fait fort de les ramener à une vue de l’Islam plus conforme aux fondamentaux présumés du Prophète. Tel apparaît l’un des enjeux décisifs d’une législation claire en ce domaine : ne pas laisser les citoyens français de confession musulmane, et plus largement les musulmans de France - surtout lorsqu’à l’instar de l’iman Shalgoumi de Drancy ils font l’objet de menaces constantes - douter de la détermination des Pouvoirs publics, honorant ainsi leur dénomination, à ne pas laisser une pareille entreprise se développer - le terme de "contagion" serait malvenu - par les moyens même de l’open society. Car l’on n’aura pas manqué d’observer à propos de l’autre imam, d’origine algérienne, ayant acquis la nationalité française par mariage et accusé de polygamie, que chacune de ses quatre "épouses" - toutes voilées de la tête au pieds - percevait l’allocation de femme seule, ce qui lui permettait de propager démographiquement l’hyper-islamisme et de contribuer par là même à miner la démocratie "impie" mais, si l’on peut dire, aux frais de celle-ci. C’est pourquoi le débat sur la burka doit quitter le domaine ambigu de l’identité où il se fourvoie parfois pour retrouver celui de la citoyenneté qui est bien celui des libertés individuelle et collective et celui du droit public, administratif et constitutionnel.

Identité et citoyenneté
L’idée d’identité est moins claire et plus difficile à manier qu’il ne le semble. Elle ouvre à des débats sans fin en philosophie, en épistémologie, en anthropologie, en psychanalyse. Si "avoir" une identité c’est finalement être identique, la question surgit : identique à quoi, à qui, où, quand ? Levinas a écrit quelque part que s’interroger sur son identité c’est déjà l’avoir perdue. La citoyenneté est un terrain plus stable. Il suffit de se reporter aux articles 1 et 2 de notre constitution. S’y trouve défini et configuré l’ensemble des critères qui qualifient expressément le régime politique de la France et qui permettent, si nécessaire, d’en rappeler les clauses à quiconque, individu, groupe, association, parti politique, qui imaginerait les tenir pour peu ou pour rien. Dès lors il appartient à la Loi, au sens parlementaire, de conférer leur effectivité à ces clauses-là dans les circonstances et les conditions de temps et de lieu que les Constituants de 1958 ne pouvaient évidemment prévoir.

Au regard de notre Constitution, laquelle ne se limite pas à prôner un "vivre ensemble" qui devrait aller de soi, la France est une République démocratique, laïque, sociale et décentralisée. Pour mettre en cause cette critériologie il faudrait procéder soit à une révision de la Constitution - et encore, en la matière il n’est pas sûr que cette révision serait conforme à la Constitution proprement dite - soit … à un coup d’ Etat. Conformément à cette disposition générique, les Pouvoirs Publics, au sens large, ne sauraient laisser prospérer des entreprises visant à transformer le régime politique de la France par exemple en théocratie - quelle que puisse être la théologie de référence, ou en société de castes ou raciale, déniant le principe d’égalité, ni non plus en société de pénurie. C’est précisément à ce "cahier des charges" que les adeptes de la burka n’adhèrent pas. Ils se proposent au contraire d’établir sur toute parcelle de terre où ils se trouvent, du seul fait qu’ils s’y trouvent, un régime théocratique régi par les principes de la Shariâ telle qu’ils l’entendent. Dans un régime de ce type il va de soi que le principe d’égalité, entre autres (mais songeons également à celui de neutralité), n’a pas sa place non seulement en raison du sort et de la condition juridique qui serait celle des non-musulmans mais aussi à cause du sort qui y serait réservé aux femmes car, à quitter même pour un très bref instant le domaine du droit pour celui de l’anthropologie, et en poussant la raisonnement jusqu’aux confins de l’absurde, dés lors qu’en matière matrimoniale le principe de la monogamie serait abrogé l’on ne voit pas pourquoi il serait permis à un hyper-musulman d’épouser plusieurs femmes et interdit à une hyper-musulmane d’avoir plusieurs époux. Selon le Code civil les conventions légalement formées forment la "loi" entre les parties. Néanmoins la Loi elle-même, au sens constitutionnel, ne résulte pas de conventions particulières traitées de gré à gré.

Si l’article 1 de notre constitution détermine les critères du modèle démocratique français, l’article 2 en détermine les modalités symboliques, avec les formes non pas d’identification - on s’en est expliqué - mais d’appartenance à quoi il engage les citoyens et les citoyennes. A ces modalités l’on ne saurait rien ajouter mais l’on ne doit rien retrancher non plus, à savoir : que les couleurs nationales, celles qui figurent sur les armoiries et les emblèmes de la France, sont le bleu, le blanc et le rouge en tant qu’elles attestent de la généalogie politique de la Nation ; que l’hymne national est la Marseillaise, ce qui n’exclut pas dans tout autre espace territorial aucun hymne local ou traditionnel mais ce qui interdit  par exemple de la siffler ; que la langue nationale, celle qui a cours dans l’espace commun et dans les service publics est la langue française, langue de l’unité nationale - et l’on relèvera au passage que ces trois modalités concernent étonnamment le sens de la vue, de l’ouie et de la parole ; enfin que la devise de la République est bien : Liberté, Egalité, Fraternité, ce qui commande une forme de régime républicain, démocratique et laïc, à laquelle l’on ne peut déroger : gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Le rappel de ces deux articles que l’on est vraiment fondé à qualifier de fondamentaux détermine en cas de besoin la marche à suivre du législateur dont la mission ne consiste pas à s’excepter du droit existant mais également à ne pas le considérer comme une réalité figée. Si la question portant sur les rapports entre la Loi et le Droit est classique et récurrente en Théorie juridique, il va de soi que ces deux termes, dans l’exercice de nos responsabilités civiques, ne doivent pas s’annuler l’un par l’autre. En ce sens une interdiction de caractère général, délibérée et votée conformément à notre droit public, comme on l’a fait parfois en matière de santé publique, n’est en rien attentatoire à la liberté dès lors qu’elle vise à préserver rien de moins que la forme du régime instauré par la Vème république, et cela sous contrôle juridictionnel. Une République cinquantenaire dont les fondateurs, au demeurant, n’ont jamais prétendu qu’elle était née d’elle même puisque son Préambule intègre celui de la Constitution de 1946 qui accorde une place essentielle à la dignité humaine - et pour cause - et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, droits de l’Homme et droits de la Femme, si l’on entend bien ne pas jouer sur les mots.

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Les propriétaires des maisons dévastées par les flots en Vendée exigent que l’État les indemnise sans délai
Pour un peu, ils lui reprocheraient de n’avoir pu arraisonner les vagues.
Cependant, ils le vouent aux gémonies s’il leur interdit de reconstruire sur place et, souvent, les élus locaux relayent leurs récriminations. Quitte à protester hautement si on leur impute la responsabilité de constructions dans les zones à risques qu’il était de leur devoir de refuser. Bien pire que la rationalité glaciale des technos, le pouvoir dit "de proximité" est un puits sans fond de démagogie et d’inconséquence.
Ravis de dénoncer les affaires de pédophilie au sein du clergé catholique, certains médias sont embarrassés quand Govou, Ribéry et Benzema sont suspectés d’avoir assouvi leur libido avec une mineure moyennant rétribution. Et pour cause : à longueur d’année et avec une débauche de superlatifs, ils concélèbrent un polythéisme semblable à celui de l’empire romain en propageant le culte des stars du foot. Mais ce paganisme a du mal à tenir la route : ses divinités ne sont que des gosses capricieux, immatures, milliardaires certes, mais esclaves d’un système qui les manipule comme des pantins. Les dieux gréco-romains faisaient peur, ou faisaient rire ; nos tripoteurs de ballon rond, gorgés de bagnoles de luxe et camés aux jeux vidéo, ne sauraient rémunérer que des fantasmes primaires, entretenus par un mercantilisme grossier, pour ne pas dire vulgaire.
Les hooligans qui se défoncent à coups de batte, les Bleus qui s’éclatent dans des night-clubs louches sont les symptômes mineurs d’une dérive de l’Occident vers une barbarie peu conciliable avec ses valeurs fondatrices. Y compris celles des inventeurs du sport - la gentry victorienne, le baron de Coubertin. Jusqu’à quel niveau de délabrement psychique ce culte insane va-t-il prospérer ? Jusqu’à quand le "supporter", ayant supplanté le patriote, se laissera-t-il intoxiquer par des teléprédicateurs irresponsables ? Supporter d’un club, d’un joueur ou d’un cycliste, je le fus comme tant d’autres ; il y avait sur les murs de ma chambre d’enfant des posters de Kopa, de Boniface et d’Anquetil. Mais nos panthéons étaient anodins, ils régalaient nos imaginaires sans nous enrôler dans une gigue pulsionnelle. La presse, fût-elle spécialisée, racontait d’innocentes historiettes de champions, elle ne parlait jamais de leur fric. Son lyrisme invitait au rêve, pas à l’hystérie.

La métamorphose est récente ; elle coïncide avec l’essor de la presse people, de la telé-réalité et, curieusement, avec le discrédit qui affecte toutes les élites, notamment les politiques. Comme si on refilait aux masses des jeux du cirque pour conjurer les risques d’une sédition. Le moment viendra où l’overdose saturera des enthousiasmes collectifs somme toute artificiels.
Déjà, à trois mois d’un Mondial prémédiatisé jusqu’au délire, on sent poindre chez les plus crédules une sorte de nausée. Le Français, si cocardier pourtant, n’aime plus beaucoup les Bleus. Il tournera sa veste s’ils gagnent des matchs, mais il semble bien qu’un charme soit rompu, et les frasques sexuelles de nos dribbleurs cousus d’or militent pour une aggravation du désamour. Au fond, tant mieux : en prenant enfin de bons joueurs de foot pour ce qu’ils sont - des gamins pitoyables -, le peuple des travées renouera peut-être avec l’esprit de mesure. À terme, on s’apercevra que le paganisme prôné par Onfray et quelques autres est une voie sans issue et on cessera de vénérer des icônes de pacotille.

Avec un rien d’optimisme, on peut même espérer que le sport, libéré des charlatans et des négociants, redeviendra ce qu’il fut pendant un siècle et demi : l’école des plus hautes vertus. Avec davantage d’optimisme, on peut de plus imaginer que ces vertus finiront par imprégner l’espace public. Alors, nos élites cesseraient de se grimer en people aux ordres des thaumaturges du star system, elles inspireraient du respect en désertant les estrades médiatiques où elles se déconsidèrent. Pour l’heure, elles se comportent comme les dieux fantoches, éphémères et insipides du foot, avec le risque d’être emportées dans leur faillite.

Paru dans Valeurs actuelles, 29 avril 2010

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Si je devais retenir une phrase de cette semaine de vacances, ce serait celle de Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, à propos de l'affaire de Nantes : "J'ai décidé de ne rien céder au politiquement correct". Bien sûr, j'aurais préféré l'entendre dire: " J'ai décidé de ne PLUS rien céder (...)", tant cette idéologie (qui récuse les conflits et protège les seules minorités) reste présente dans les discours et les actes politiques. Le gouvernement, qui a deux ans pour tenter de se réconcilier avec la droite, devra aller plus loin s'il veut enfin s'émanciper de cette ridicule pensée unique qui empêche de désigner les problèmes dérangeants. J'observe d'ailleurs que le PS a pris cette semaine - mais est-ce une surprise ? - une direction opposée, en présentant un programme construit sur "la société du bien être et du soin" : encore une berceuse, donc. Elle s'annonce inopérante dans la gestion des grands défis (faillite de l'Etat-providence, échec de la société multiculturelle). La cheftaine que devient de plus en plus Martine Aubry lui donne certes un côté sympathique, mais dramatiquement à côté de la plaque.

S'affranchir vraiment du politiquement correct permettrait notamment de mieux comprendre la crise financière qui secoue l'Union européenne avec les déclassements, par des agences de notation, de la Grèce et du Portugal, en attendant sans doute l'Espagne, l'Italie, l'Irlande. En effet, ni les banquiers, ni les spéculateurs ne sont à l'origine de ces effondrements économiques, comme le soutient pourtant le discours certifié conforme. La responsabilité de ces faillites en revient aux endettements publics nés de politiques interventionnistes trop dépensières. La France, qui se dit à l'abri d'éventuels défauts de paiement, a tout de même une dette colossale de 1 500 milliards d'euros. Or il n'est pas besoin d'être économiste ou expert pour comprendre que ces systèmes fictifs, reposant sur de l'argent inexistant, ne peuvent durer très longtemps. Se dirige-t-on vers un éclatement de la zone euro ? Le politiquement correct assure que c'est impossible. Raison de plus pour s'y préparer, tant les faits, ici comme ailleurs, sont têtus...

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Etant moi-même né à Nantes et y ayant habité plus de trente ans, j'avoue ne rien reconnaître de familier chez mon compatriote et pays, Lies Hebbadj. "Je ne passerais pas mes vacances avec lui", a répété deux fois Julien Dray, mardi matin sur Europe 1, avant de défendre néanmoins la prudence du PS sur cette affaire de polygamie comme sur la burqa. Pour ma part, je me sens même totalement étranger à ce Français, installé dans la cité des Ducs de Bretagne et du Muscadet avec ses femmes voilées (ses "maîtresses", assure-t-il) et vivant selon les règles sexistes et violentes de la charia. Hebbadj a beau avoir une carte d'identité nationale, il n'est pas intégré et ne cherche d'évidence pas à l'être. Il est l'illustration extrême de la fracture identitaire souvent décrite ici mais que les politiques et les médias ont du mal à admettre. Oui, il existe en France une contre-société islamisée qui, bien qu'elle soit encore très minoritaire, défie dès à présent la République et ses lois.
Je rappelle que si cette affaire locale a pris une envergure nationale, c'est parce que l'épouse de Hebbadj, verbalisée pour avoir conduit avec un niqab, a choisi vendredi de tenir une conférence de presse pour dénoncer la contravention : un activisme qui s'est retourné contre la plaignante et son mari. Les médias ont alors décrit la vie de cet homme, boucher de profession et habitant une coquette habitation jouxtant celles de ses autres femmes, avec qui il serait lié par des mariages religieux mais non civils. Une pratique courante, que j'évoquais dans La fracture identitaire (Fayard, 2007, page 120) : " De plus en plus de jeunes musulmans, désireux de réfuter les lois d'une République de kouffar (non-musulmans) s'affranchissent du mariage civil pour lui préférer l'illégalité du seul mariage religieux". Nombre d'imams se prêtent à cette pratique interdite, la loi subordonnant le mariage religieux au préalable du mariage civil.

Le politiquement correct, qui continue de réciter : "C''est l'accès à la nationalité, l'emploi et le logement qui intègrent", voit-il dans cet exemple les limites de sa litanie ? Hebbadj-le-Nantais gagne sa vie (y compris grâce aux allocations familiales de ses femmes) et habite un endroit décrit comme agréable, ce qui ne l'empêche pas de refuser le "vivre-ensemble", en affichant ostensiblement son désir de se démarquer du pays qui l'a accueilli. Il se comporte avec l'arrogance et le mépris d'un nouveau colonisateur, soucieux de préserver son isolat. Son cas, caricatural, n'est pas celui de la majorité des musulmans, évidemment. Mais ce devrait être à eux de se désolidariser de ces islamistes qui attisent les ruptures. Or, je n'entends que des plaintes qui estiment que le gouvernement cherche, à travers cette affaire, à "stigmatiser " l'islam. Je trouve que la courageuse Fadela Amara, qui se bat contre la burqa, la polygamie et le détournement des lois, est bien seule dans son juste combat de musulmane républicaine
.

28 avril 2010

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Il n’y  pas que le volcan islandais au nom imprononçable : Eyjaföll. Un autre volcan gronde aux flancs de l’Euroland au risque de la faire exploser : la crise grecque.
Les chiffres dans leur aridité, révèlent l’ampleur de la crise et la très grande difficulté à la juguler sans de graves dommages collatéraux. Déficit public : 13,6 % du PNB (rappelons que les critères de Maastricht imposaient 3 %) - Dette publique : 273 milliards d’euros, soit 115 % du PNB - Intérêts de la dette (sur 5 ans) : 97 milliards d’euros - Prêts venant à échéance dans les 12 prochains mois : 40 milliards d’euros - Taux d’intérêt exigés par les marchés : près de 10 %(3,5 % pour l’Allemagne) - Cerise sur le gâteau, les engagements publics au titre des retraites représentent 9 fois le montant du PNB.
En face de ce bilan de faillite virtuelle, l’Europe et le FMI proposent une aide de 45 milliards d’euros dont 15 du FMI (dont 8,4 fournis par l’Allemagne, le plus gros et plus exigeant contributeur). Mais on se contentera d’observer que ce modique viatique suffirait à couvrir à peine les prêts venant à échéance dans l’année qui vient et la moitié des intérêts venant à courir dans les 5 prochaines années.
Et cela alors que les mesures de rigueur annoncées par le gouvernement grec n’ont fait qu’effleurer les besoins de financement du gouvernement dont personne ne prend trop au sérieux l’engagement de ramener à 9 % le déficit l’an prochain dans le cadre du programme d’assainissement négocié par le FMI et l’Europe. Il est vrai que le gouvernement grec est expert en falsifications de comptes (1) (avec le concours de la banque américaine Goldman Sachs il est vrai) (2).Tout cela n’a pas échappé aux "investisseurs" du marché.
Le rééchelonnement de la dette grecque apparaît donc de plus en plus comme une option détestable mais difficilement évitable. Rééchelonner constitue, en soi, un aveu de faillite virtuelle. Un gouvernement confesse son incapacité d’honorer ses engagements à échéance et réclame l’étalement des remboursements sur une longue période, en l’occurrence 20 à 25 ans, au même taux d’intérêt, bien entendu.
Pour les  investisseurs, c’est une "claque magistrale" (3). Car ils sont à peu près assurés de perdre au moins 50 % de leurs avoirs, si ce n’est davantage (4). Que seront les taux au cours des 20 prochaines années ? (5) C’est également une claque sonore pour l’Europe de l’Euroland qui démontre à la lumière de cet épisode : son incapacité à assurer la solidarité financière des pays membres de l’euro face à une crise grave, l’extraordinaire légèreté avec laquelle cet ensemble monétaire brinquebalant avait été mis en place au début de 1999 dans l’euphorie économique et l’enthousiasme idéologique de la fin du siècle (6).
Rappelons que l’euro a associé au 1er janvier 1999 11 Etats, et 16 aujourd’hui. La Grèce est entrée dans l’Euroland au 1erjanvier 2001.
Dans l’esprit de ses enthousiastes, l’euro devait entraîner l’emploi et la croissance. Il n’a assuré ni l’un ni l’autre. Il devait au moins autoriser la stabilité des monnaies. On constate aujourd’hui que la stabilité de l’euro est fortement mise en cause par la crise grecque, comme en témoigne la dégringolade de l’euro vis-à-vis du dollar et la chute des bourses européennes. Il s’agit bien d’un échec sur tous les plans (7). L’euro n’aura servi à rien et la Grande Bretagne s’en est fort bien passé.

Comment en est-on arrivé là ?
C’est fort simple. L’euro n’a pas agi comme un stimulant, comme on l’espérait un peu sottement, mais comme un anesthésiant (8). Les pays  membres, notamment plus fragiles et les moins bien gérés, se sont crus autorisés, protégés qu’ils étaient par le bouclier de l’Allemagne, de s’adonner sans retenue aux doux délices de la démagogie la plus classique : augmentation inconsidérée des traitements, des salaires et des retraites et du nombre des fonctionnaires, donc des dépenses publiques et des prix. Tout était bon pour gagner les prochaines élections. Et Bruxelles n’y a vu que du feu.
Le cocktail délétère est bien connu (on le retrouve d‘ailleurs au Portugal, en Italie et en Espagne, les pays du Club Med dans le jargon allemand, les prochains sur la liste des crises à venir). Notons au passage que le financement des Jeux Olympiques de l’été 2004 a coûté 9 milliards d’euros, deux fois le budget initial.  Les moutons broutent et les poules se perchent aujourd’hui sur les somptueuses installations olympiques inutilisées.
Avec l’euro, l’Europe a créé un véhicule doté d’un accélérateur (la dépense publique et l’endettement)  mais dépourvu de freins (le contrôle des déficits).

Comment sortir de ce pétrin ? Cela n’a rien d’évident. Car la situation de la Grèce sur le court comme le moyen terme est quasiment désespérée. Elle ne s’en sortira certainement pas toute seule. Une mise sous tutelle directe ou indirecte s’imposera-t-elle ?
Première solution, monter un programme de rééchelonnement à très long terme de la dette, associé à une aide massive à la Grèce allant bien au-delà des maigres 45 milliards promis. Combien ? Nul ne sait. Peut-être faudra-t-il aller jusqu’à 100 milliards d’euros ou même davantage.
D’autant plus que derrière la Grèce se profilent déjà les crises potentielles et dévastatrices de l’Irlande, déjà menacée, et du trio Portugal, Italie et Espagne. Et quid de la France dont les épaules ne sont guère plus solides ? Mais il est clair que l’Allemagne déclarera forfait bien avant.
Mais le rééchelonnement de la dette ne servira à rien sans d’autres mesures de redressement à caractère structurel, à savoir :
- la sortie (peut-être temporaire) de l’euro pour permettre à ces pays en crise de dévaluer leurs monnaies et de rétablir leur compétitivité
- cette sortie de l’euro sera nécessairement assortie d’un programme d’aide financière conjoncturelle et d’un plan de rigueur sévère (avec le cortège habituel de grèves et de manifestations (9).
- mais il faudra aussi accompagner cet effort d’une restructuration profonde de l’économie interne de ces pays, de toute façon inévitable pour les rendre compétitifs
Autre solution, abandonner l’euro et revenir à la "monnaie unique".
Ou alors, instaurer une véritable politique économique commune en Europe comportant non seulement la maîtrise de la politique monétaire, mais aussi et surtout une politique budgétaire, sinon commune, du moins étroitement concertée de façon à interdire les déficits budgétaires successifs et la fuite en avant dans un endettement croissant comme aujourd’hui (10).Ce qui a provoqué la crise actuelle.

En d’autres termes, plus d’Europe ou moins d’Europe. Le choix est clair.

(1) En faisant passer des emprunts pour des cessions d’actifs. C’est ainsi que la Grèce avait réussi son examen d’entrée dans l’euro en 2001. Les Allemands n’ont guère apprécié cette facétie des "cueilleurs d’olives"
(2) Laquelle défraie la chronique outre Atlantique comme on sait.
(3) La dette grecque (banques comprises) envers la France est de 75 milliards d’euros  (excusez- moi du peu); de 64  milliards envers les banques suisses ; 43 milliards "seulement" envers l’Allemagne (dont 8 milliards d’euros pour une banque hypothécaire publique de Munich,Hypo Real).
(4) Le rééchelonnement de la dette argentine en 2005 avait réduit de 67 % la valeur des fonds prêtés.
(5) Un pays qui rééchelonne sa dette est exclu du marché pour longtemps.
(6) Jacques Chirac président et Lionel Jospin Premier ministre. La loi des 35 h de la célèbre Martine Aubry venait d’être votée.
(7) Faut-il préciser que l’auteur de ces lignes avait précisément prévu cela  lors de la négociation l’entrée en vigueur de l’euro. En 1996, j’avais,  en effet, préconisé devant Edouard Balladur, alors conseiller de Jacques Chirac, une monnaie commune (autorisant une dévaluation en cas de crise grave) et non une monnaie unique.
(8) Il est curieux que le "divin" Attali n’ait pas prévu cela, lui qui prévoit tout
(9) Il est clair que de toute façon l’Europe rentre dans un processus  d’instabilité politique accompagné de graves troubles sociaux
(10) Faut-il le rappeler, l’auteur de ces lignes a publié, voici  près  d’un demi- siècle, sa thèse de Doctorat d’Etat dont le titre prémonitoire était Pour une  politique conjoncturelle commune dans le Marché Commun. Mais Cassandre n’est jamais entendue

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La science politique ne peut être une science au sens habituel, celui des "sciences dures", parce que la vie politique est faite d’événements par nature imprévisibles qui déjugent toute opinion arrêtée, toute prédiction qui se voudrait intangible. C’est pourquoi évoquer à présent un possible échec de la politique de Barak Obama au Moyen Orient doit être pris, dans son intention exacte, comme  l’expression d’une profonde préoccupation au regard de l’écart qui sépare désormais, dans ce domaine, les intentions initiales du Président des Etats Unis élu en 2008 et la situation présente, qu’il a contribué non pas à créer de toutes pièces, bien sûr, mais sans doute à bloquer dangereusement dans cette région du monde.

Une nouvelle donne
En science politique, la psychologie ne peut être encore qu’une discipline d’éclairage mais il est des éclairages révélateurs. Durant ses campagnes électorales, d’abord pour la candidature au Parti démocrate puis pour la présidentielle, Barak Obama s’est présenté comme un homme politique de la "nouvelle génération" - celle, entre autres, de "Face  Book" -  et reflétant la nouvelle Amérique, diverse, multicolore, poly-ethnique. Au lieu d’être attentatoires à l’unité du pays, ces caractéristiques dont il promettait de réaliser la vivante synthèse permettrait d’affronter les nouveaux défis américains et, en tous cas, de réconcilier les Etats Unis avec cette considérable partie du monde dont on affirmait que son prédécesseur, l’"obtus néo-Con" George W. Bush s’était coupé, à commencer par le monde arabo-musulman, en raison d’un soutien systématique à l’Etat d’ Israël. Il en est résulté au printemps dernier ce discours inaugural à l’Université d’El Ahzar du Caire, discours mémorable, lancé par un non moins mémorable "Salam Âleikoum", durant lequel Barak Obama excipa de ses origine islamo-africaines pour tracer les grandes lignes de sa politique de réconciliation avec l’Islam et le monde arabe. A cette fin il préconisa, pour trouver une issue au conflit israélo-palestinien, la solution de deux Etats mitoyens, vivant en paix, avec un partage de Jérusalem. Cependant, malgré toutes les précautions oratoires prises par le nouveau Président américain, ce discours, encore atténué par ses allocutions en Allemagne puis sur les plages de Normandie, surprit - le mot est faible - le gouvernement israélien, lui aussi nouveau, dirigé désormais par Benjamin Netanyahou dont l’équation caractérielle personnelle n’est, dit –on, pas moins complexe que celle du président américain. Netanyahou peaufina sa réaction dans un autre discours, prononcé homothétiquement à l’université - religieuse - de Bar Ilan, où il exposa - pour ne pas dire qu’il les fixa - les conditions d’une réponse favorable à l’invite appuyée de Barak Obama : un Etat palestinien, sans doute, mais démilitarisé, cela dans des frontières à négocier ; un Etat démocratique, reconnaissant le caractère juif de l’Etat d’Israël, renonçant par conséquent au retour en masse des réfugiés et expatriés palestiniens (au regard notamment des réfugiés juifs en Israël originaire des pays arabes) ; enfin Jérusalem, interdite aux Juifs durant l’emprise jordanienne, ne pouvant faire l’objet d’une quelconque négociation qui aboutirait à sa partition. Relevons qu’alors les deux dirigeants sont au début seulement de leur mandat respectif. S’agissant du contenu du plan Obama, pour le nommer ainsi, en apparence, il ne faisait que reprendre les grandes lignes du plan Clinton, élaboré dans la suite des accords d’Oslo. Sauf que ce plan là, qu’en 2000 Clinton s’était, on s’en souvient, acharné à mettre en œuvre à Camp David entre Arafat et Ehoud Barak, alors Premier ministre d’Israël, ce plan avait échoué - et l’on glosera longtemps sur les causes de cet échec que dans ses "Mémoires" Clinton impute principalement au Président de l’OLP. L’on sait ce qu’il en est résulté : la seconde Intifada, sa répression, une vague sans précédents d’attentats anti-civils, et l’édification d’un mur entre les deux populations.

Après les deux mandats de George W. Bush marqués par la guerre en Irak, le renversement de Sadame Hussein et les troubles parfois chaotiques qui en résultèrent, lorsqu’ Obama est élu Président des Etats Unis, deux éléments nouveaux sont intervenus : la deuxième guerre du Liban en 2006 avec, la révélation de l’extrême vulnérabilité de la frontière Nord d’Israël, l’attitude belliqueuse du Hamas, au sud, à Gaza qui provoqua fin 2008 l’opération "Plomb durci", et surtout la confirmation que l’Iran poursuivait méthodiquement l’entreprise qui le doterait de l’arme atomique, un Iran dont les dirigeants, à commencer par son Président actuel, ne cessaient et ne cessent pas d’une part de nier la Shoah et d’autre part de vouer l’Etat d’Israël, membre de l’ONU, à la destruction. Or c’est à cet Etat-là que Barack Obama fit des ouvertures, mû sans doute par un pacifisme de campus, ce qui réarma un peu plus la méfiance de la partie israélienne.

Les voies d’un probable échec si …
Une chose en effet est d’ouvrir une voie de paix à un Etat démocratique qui la désire, une autre de le faire avec une dictature dont les dirigeants n’ayant cure de leur opinion publique, ni de son sort matériel, n’ont de cesse que d’atteindre, coûte que coûte, par menaces si nécessaire, par concessions verbales lorsqu’il le faut, leur politique aux objectifs inchangés. Pour Israël mais aussi pour certaines diplomaties occidentales, sans parler des Etats arabes directement menacés par le programme iranien (la bombe atomique couplée au  terrorisme - kamikaze) et qui n’en pensent pas moins, cette "ouverture" louable dans ses intentions les exposait à une menace qu’on l’on ne saurait qualifier autrement que d’existentielle. Le plan Obama-Clinton, outre sa caducité strictement chronologique, s’avérait d’autant plus dangereux que Barak Obama, au cours des navettes de George Mitchell puis des réceptions - si l’on ose dire - de Benjamin Netanyahou à Washington, se faisait pressant et parfois comminatoire, exigeant par exemple l’arrêt de toutes les constructions à Jérusalem-Est, stigmatisées sous le label de "colonisation". Cette attitude motivée par la volonté présidentielle de mettre un terme aux atermoiements réel ou supposés de l’administration Bush (à condition de passer sous silence la rencontre méritoire d’Annapolis), assombrit considérablement l’horizon des relations israélo-américaines dont c’est peu de dire qu’elles se braquèrent fortement, mais cela de part et d’autre. D’autant que la partie palestinienne, considérant à tort ou à raison que le Président Obama avait pris son parti, renâclait et même refusait de reprendre les négociations avec le gouvernement Netanyahou  tant que celui-ci n’aurait pas fait droit aux injonctions américaines,  lesquelles rappelaient pour une grande partie de l’opinion publique israélienne (favorable à la candidature d’Obama durant la campagne des primaires) le même amer tête à queue que celui accompli par De Gaulle en 1967.
Entre temps près de dix-huit mois d’un temps diplomatique précieux - le mandat présidentiel américain est de quatre ans - ont coulé en pure perte. En dépit de proclamation de surface, les relations ne cessent  de se détériorer entre l’administration Obama, l’Etat d’Israël mais aussi - fait nouveau - entre Obama et une partie de plus en plus significative de l’électorat juif américain qui avait voté d’enthousiasme pour lui. Pourquoi ? Pour faire pièce à l’action de l’ AIPAC, du Lobby (au sens américain) pro-israélien devant lequel Netanyahou s’était triomphalement présenté en avril et où se retrouvent Démocrates et Républicains, Obama, sans doute mal conseillé, a commis une erreur supplémentaire : celle de vouloir diviser les organisations juives américaines par la création de toutes pièces d’un autre lobby "juif", partisan, lui, de sa politique, un "contre-AIPAC" qui serait principalement relayé en Israël et en Europe notamment par le mouvement "Shalom Archav" pourtant en chute libre dans l’opinion publique depuis l’échec des accords d’Oslo et de la négociation de Camp David (le parti Travailliste israélien - du fait également de ses divisions internes - ne comptant plus que 5 députes à la Knesset où l’extrême gauche est pratiquement inexistante). Il semble bien que c’est cette dernière initiative - probablement accompagnée par le financement, direct ou sinueux, d’organisation ou d’associations juives "oppositionnelles" aux Etats Unis et en Israël - ait vraiment mis le feu aux poudres de manière irréversible, si l’on en juge cette fois par les déclaration du Président du Congrès juif mondial ou du maire – démocrate - de New- York.

Quel avenir alors se dessine t-il ?
Aucune politique, qu’elles qu’en soient les intentionnalités, ne peut réussir si elle engendre de part et d’autre non plus seulement de l’étonnement mais de la méfiance puis de la défiance. Dans l’exercice de ses fonctions le président américain ne s’est toujours pas rendu en Israël. A supposer qu’il s’en acquitte à présent, cette visite lui sera imputée à électoralisme. Les élections au Congrès doivent se dérouler en novembre. Déjà ! Autant dire que la campagne électorale - pour ne pas dire la bataille à "mi- mandat" ne va pas tarder à s’engager. Sauf volonté suicidaire de sa part, dont le Parti Démocrate  aurait à se souvenir en 2012, Obama ne pourra pas maintenir cette ligne dure et comminatoire à l’encontre d’Israël. Ce qui alors lui vaudra le probable désenchantement de la partie palestinienne. Entre temps l’Iran, ayant jugé qu’Obama était bel et bien le maillon faible du monde occidental, et se moquant de sa politique de "sanctions" à laquelle il s’est longuement préparé, n’en aura pas moins continué à poursuivre ses objectifs, en narguant les Etats Unis, dans l’inquiétude à peine masquée de la France et de la Grande Bretagne, et surtout au grand dam du parti Républicain dont les protestations deviennent véhémentes et de l’Establishment militaire américain si l’on en juge par les derniers vagues à l’âme de Robert Gates. 

Barak Obama aura t-il le temps et la possibilité de redresser cette course à l’échec ? On l’a dit d’emblée, la science politique n’est pas oraculaire et très souvent elle se contente de commenter après coup ce qu’elle n’a su prévoir et parfois même imaginer. Il faut espérer que le frustrant d’avoir à commenter le pire, le proche avenir aboutisse à des avancées de paix véritables dans la région, à commencer par le désarmement nucléaire de l’ Iran et de ses satellites, le Hezbollah et le Hamas, lequel poursuit ses efforts pour prendre le pouvoir en Cisjordanie comme il  y a réussi, sans trop de résistance, à Gaza. Le président actuel de l’Autorité Palestinienne a été invité à se rendre à Washington. Y subira t-il des "pressions amicales" analogues à celles que Netanyahou avant lui absorba ? On en jugera le moment venu.

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Alors que le procès des réseaux Ergenekon bat son plein, les analystes continuent à s’interroger sur la nature réelle de leur matrice commune : l’Etat profond.

Phalange de l’ordre noir, armée du crime, généraux ultra de la laïcité, tout a été dit. En raison du caractère opaque de ces réseaux, la tentation est grande pour le parti islamiste au pouvoir d’élargir à l’infini l’acte d’accusation.
"
Les traîtres sont au Parlement ! Les patriotes sont en prison !" scandent les manifestants nationalistes rassemblés une fois par semaine devant la prison de Silvri, près d’Istanbul. Au total quelques 150 personnes ont été arrêtées dans cette affaire de complot visant à semer le chaos et à chasser du pouvoir le parti islamiste de Tayip Erdogan. Outre des militaires de hauts rangs, figurent parmi les accusés des journalistes, des magistrats, des universitaires, des hommes d’affaires. Loin de se laisser désarçonner par la gravité des charges pesant contre eux, les prévenus dénoncent un procès politique destiné à museler l’opposition laïque.

La vallée aux loups
Au sud de la forêt sibérienne, les monts désolés de l’Altai abritent le berceau originel des premiers turcs. Ces lieux occupent une place particulière dans l’imaginaire national. Ils sont indissociables de la légende de l’Ergenekon. Une louve au pelage gris-bleu aurait recueilli et nourri deux enfants, les derniers survivants d’une tribu turque disparue. Le symbole a été par la suite repris par la droite radicale et l’Etat turc lui-même. Il figure sur les armes de la "République turque de Chypre". Depuis le milieu des années quatre vingt dix, le terme d’Ergenekon est associé à l’Etat profond.

En juin 2007, la police d’Istanbul découvre à Ümraniye, une cache d’armes et d’explosifs. Au fil de l’enquête et des écoutes téléphoniques quatre individus sont interpellés : Un capitaine, Muzaffer Tekin, un général à la retraite, Veli Küçük, un avocat nationaliste, Kemal Kerinçsiz, le leader du Parti Ouvrier (gauche radical) Dogu Perinçek. L’épine dorsale de l’acte d’accusation s’appuie sur le témoignage de Tüncay Güney, un ex -agent du MIT (Milliyet Istibarat Tesikali - Service de renseignement national) chargé d’infiltrer le service de contre guérilla de la gendarmerie JITEM (Jandarma  Istihbarat ve Terörle Mücadele - Organisation de lutte contre la terreur et de renseignement de la gendarmerie) dirigé par Veli Küçük. Appliquant la stratégie de la tension les accusés auraient manipulé l’assassin du Président du conseil d’Etat en 2006, pour imputer le crime aux islamistes et renforcer la polarisation de la scène politique afin de justifier une intervention militaire.

En 2008, la police poursuit ses investigations. Quatre généraux à la retraite sont mis sous les verrous parmi eux Sener Eruygur Président de "l’Association pour la pensée d’Atatürk", grand organisateur des marches laïques en 2007. L’année suivante la troisième vague d’arrestation vise les cercles de la société civile proches du camp républicain. Le recteur de l’université privée de Baskent, Mehemt Haberal, directeur de la chaîne de télévision kémaliste "Kanal B" et l’ancien président du YÖK (Yüksek Ögrenim Kurulu-Conseil de l’enseignement supérieur) Kemal Guruz figurent sur la liste. La police s’en prend aussi à l’Association de soutien à la vie contemporaine (Cagdas Yasam Destekleme Dernegi). Le fait que cette association active dans l’aide aux jeunes filles de milieux modestes se soit heurtée par le passé au prosélytisme de la confrérie de Fethullah Gülen n’est sans doute pas étranger à ses actuels déboires judiciaires.

L’empire invisible
L’Etat profond renvoie à l’existence d’un groupe formé de hauts fonctionnaires, de militaires, de membres des différents services de sécurité, agissant en marge du gouvernement pour œuvrer à la protection des intérêts nationaux, y compris par des moyens illégaux. L’organisation d’armées occultes remonte à l’époque Ottomane. Au XVIII siècle, le Sultan Selim III, crée une force armée clandestine sans avertir le grand vizir. Au XX siècle des sociétés occultes liées à l’armée (en particulier la maçonnerie) sont impliquées dans le renversement du Sultan Abdullamid II. Mustapha Kemal utilise  ces réseaux au cours de la guerre d’indépendance. En 1950 ces groupes sont organisés sous l’appellation d’Unité de guerre spéciale (Özel Harp Dairesi) (1). Mission leur est confiée dans l’hypothèse d’une invasion soviétique, d’organiser la résistance derrière les lignes ennemies. Après l’effondrement de l’Union soviétique, l’activité de ces réseaux se déplace vers le Sud-Est du pays. Ils assurent l’élimination des membres du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et la collecte des renseignements. Le recrutement inclut d’anciens repentis du PKK, les Itirafci, et des militants de la droite radicale, proche des Loups Gris. Cependant, les activités des différentes cellules n’ont jamais été contrôlées de manière centralisée ou coordonnée. Les autorités laissent faire sans intervenir. A la fin des années quatre vingt dix, les succès contre le PKK mettent en sommeil une partie des réseaux de contre guérilla.  D’autres basculent vers le banditisme pur et simple. Si certains sont restés en relation avec les membres de l’appareil de sécurité, il s’agit avant tout de contacts personnels. Mais ces unités de contre guérilla ne sont pas à proprement parler l’Etat profond, tout au plus ses exécutants ponctuels. Dans son extension large l’Etat profond ne désigne pas autre chose que l’armée. "L’Etat profond, c’est l’Etat lui-même. L’Etat profond c’est l’armée. La République est une émanation de l’armée qui a toujours craint l’effondrement de celle-ci. Le pays a besoin de l’Etat profond, sans lui il est désorienté, il y est soudé" analyse l’ancien Premier Ministre Süleyman Demirel (2). Il existe donc deux Etats. L’Etat "veilleur de nuit" qui expédie les affaires courantes, et en retrait, l’Etat véritable. En cas de difficultés ou de crises "l’Etat civil sort, et l’Etat profond entre. Il est l’Etat véritable… A l’original il faut un Etat de rechange, A l’Etat de rechange, il faut l’Etat original" (3). La crainte majeure de l’Etat profond est de voir passer l’Etat civil sous l’emprise d’organisations partisanes étrangères à son corpus de valeurs. C’est aujourd’hui le cas avec l’AKP. Cette situation débouche sur une confusion entre société et Etat. Lorsque l’Etat se laisse envahir par les demandes de la société, alors qu’il a justement été construit à son corps défendant, c’est tout le système kémaliste qui est en péril. L’Etat soumis aux sollicitations de la société perd sa souveraineté. Ce nouveau pacte social dissout les liens d’obéissance unissant l’Etat et le citoyen. L’armée souhaite conserver le monopole du politique par l’Etat. Défendre l’Etat c’est bloquer l’accès des corps intermédiaires (partis, confréries religieuses) à la formation de la volonté politique.


Un procès politique ?
L’ouverture du procès en octobre 2008 a aggravé la confusion. Les 2 445 pages d’accusation présentées au tribunal n’ont apporté aucune preuve concrète de la participation des prévenus à des actes de violence directe. Beaucoup d’accusés n’ont pas le profil d’activistes. En revanche tous occupent ou ont occupé des postes clefs au sein de l’establishment laïc. Kemal Guruz, l’ancien président du YÖK a été un adversaire acharné du port du voile dans l’université. Trois des quatre généraux interpellés ont joué un rôle majeur dans la chute du Refah en 1997 (5). Sabih Kanadoglu, juriste à l’origine d’une plainte visant à interdire l’AKP en 2002 a également été inquiété (6). Cerner un fil conducteur dans ce maquis relève de la gageure, tant le dossier est bourré de contradictions et d’approximations. Les accusés appartiennent à l’ensemble du spectre politique de l’extrême gauche à l’extrême droite. Leur seul point d’entente est une commune aversion pour le parti au pouvoir. Plus probablement l’Ergenekon recouvre une myriade de petits groupuscules et d’individualités sans coordination réelle tout en disposant de contacts épars avec l’appareil d’Etat. Sur le plan idéologique, la confusion est totale. L’Ergenekon serait d’après la presse islamiste à la fois proche des milieux eurasiatiques et en même temps lié aux néo-conservateurs américains les plus radicaux (7). Toujours selon les pièces de l’enquête divulguées dans les médias, Ergenekon aurait constamment manipulé les groupes armés islamistes, nationalistes ou gauchistes. Le PKK n’aurait été qu’un appendice de l’organisation (8). En réalité, même si des éléments incontestables prouvent l’existence de réseaux clandestins, plus ou moins liés à l’appareil d’Etat, Ergenekon est le terme générique qui permet à l’AKP de lier dans la même nasse l’ensemble de l’opposition. Il est significatif que l’accélération de l’enquête ait correspondu au début de l’ouverture du procès en dissolution de l’AKP en 2008. Des membres du gouvernement l’ont eux-mêmes publiquement admis (9).


(1) Cüneyt Arcayürek, Derin Devlet, [L’Etat profond],  Detay yayinlari, Istanbul, 2007.

(2) Radikal, 18 avril 2004, Nur Balur, Murat Yetkin, Fikret Bila, "Demirel : Derin devlet askerdir", [Demirel : L’Etat profond, c’est l’armée]

(3) NTV-MSNBC, 16 novembre 2005, "Süleyman Demirel : Iki devlet var", [Süleyman Demirel : Il y’a deux Etats], www.ntvmsnbc.com/news/349780.asp.

(5) Le Refah Partisi (Parti de la Prospérité) est sous une forme plus radicale l’ancêtre de l’AKP. Un grand nombre de cadres de l’AKP en ont été des dirigeants actifs. Le parti a été interdit suite au coup d’Etat militaire de 1997.

(6) Gareth Jenkins, "Turkey : Deep state conspiracy", in www.isn.ethz.ch/.

(7) Sunday’s Zaman, 1 juin 2008, Kerim Balci, "Turkish neo-nationalists and global ultra-nationalists form an axis of evil".

(8) Zaman, 22 septembre 2009, "Istihbaratçidan sok iddia: Apo Ergeneko üyesidir",[ L’accusation choc du Renseignement: Apo est membre d’Ergenekon].

(9) www.tempodergisi.com.tr/toplum _politika/15660/.

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J’avais fait vœu de silence jusqu’au 31 juillet 2010.
Une double actualité me conduit à le rompre.
D’un côté, celle des soldats français tombés au champ d’honneur en Afghanistan et ramenés dans les plis du drapeau français, de l’autre, celle d’une photo primée par la FNAC, montrant un français, du moins je le crois, se "torchant" dans les plis du même drapeau.
Comment s’étonner de la crise de valeurs que traverse notre pays quand ses enfants meurent dans un silence assourdissant et une indifférence quasi générale, quand on prime l’ignominie et l’abjection ?
Dans d’autres pays, le peuple accompagne ses soldats tués au combat dans leur dernier voyage, il les applaudit dans les aérogares. Que fait-il en France ? Nos concitoyens sont-ils si différents des autres ? Non, ils ont simplement et seulement perdu, oublié ou jamais appris ce qui donne du "sens" à nos vies, à toutes nos actions !
Face à ce vide de "sens", donc d’éducation, la poignante dignité des familles, la solidarité des frères d’armes, le cérémonial de l’au revoir et du merci démontrent, s’il en est besoin, combien cette quête de "sens" est indispensable à un peuple.

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Ce fut une erreur, ce principe de précaution inscrit dans la Constitution en 2005. Depuis, l'État-mamma ne cesse de se rendre ridicule et insupportable, en s'effrayant de l'aléa et en multipliant les interdits. Les excès de prudence sur la grippe A coûteront une fortune en vaccins inutiles. Les automobilistes, eux, sont devenus des délinquants en puissance tandis que la vraie criminalité prospère. Cette idéologie d'un monde aseptisé a conduit à décréter, après la tempête Xynthia sur les côtes atlantiques, des destructions de maisons suscitant la fronde des sinistrés contre le gouvernement. La France ankylosée n'avait pas besoin de cette nouvelle tyrannie.
L'irruption, il y a une semaine, du volcan islandais Eyjafjöll n'obligeait pas non plus à la paralysie aérienne, qui a pris au piège des milliers de voyageurs. Il y a bien eu un affolement irraisonné puisque des vols ont repris, mardi, tandis que les nuages de cendres étaient encore là. Certes, il fut réjouissant de voir la modernité conquérante s'effrayer des frasques d'une nature polluante. D'autres aimèrent retrouver la lenteur et les distances humaines. Pour autant, le risque zéro généralisé en Europe a vite démontré ses tares, en figeant un mode de transport construit sur le risque raisonnable.
Ce monde craintif, encouragé par un pouvoir qui se donne à bon compte un rôle de protecteur, est une régression. Comment concevoir progrès et innovations, ces caractéristiques de la société occidentale, dans ce climat anxiogène où tout est fait pour surprotéger, infantiliser, abrutir ? Ce totalitarisme soft, qui met des libres choix sous contrôle au nom de la sécurité, est d'autant plus inopérant qu'il ne sait répondre aux réels problèmes qui fragilisent la société.
Par ses excès émotifs, le principe de précaution pourrait bien devenir détestable, tout comme le conformisme moderne dont il est le produit. La révolte des Vendéens et des Charentais contre le gouvernement, accusé de brutalité et d'aveuglement dans sa volonté de détruire 1 510 maisons situées en "zones noires" après la mortelle tempête du 28 février, prend valeur de symbole. Au-delà du seul contentieux, il est loisible de voir dans cette chouannerie un refus de l'envahissant Etat infirmier, directif, dénué de bon sens. D'ailleurs, il suffit de l'entendre arguer désormais d'un "malentendu" pour mesurer la faiblesse de ses convictions qui visent, en réalité, à le dispenser de gérer les imprévus. A quand l'Etat audacieux et responsable ?

Il faut dire que le conformisme pantouflard, angélique et "sympa" de la pensée dominante reste une réalité bien ancrée : elle consolide et dépasse le seul principe de précaution. Exemple, lundi, avec le cinquième anniversaire de l'élection de Benoît XVI. La plupart des commentateurs se sont crus obligés d'accabler, une nouvelle fois, l'Eglise catholique "déconnectée du monde", ne comprenant rien à l'homme moderne et à ses vertus. A écouter les nouveaux apôtres du "bougisme", la plus vieille institution occidentale, témoin vivant de deux mille ans d'histoire, devrait s'ouvrir au relativisme du temps et casser ses structures, son autorité, ses règles, préalables à une meilleure compréhension d'un message devant lui-même faire des concessions à la mode, à ses mœurs, à ses gourous. Mais qui veut suivre ces superficiels donneurs de leçons ?
Que le Vatican doive faire de sérieux efforts en communication, c'est une évidence. Alors que Benoît XVI a été à l'origine de la dénonciation des prêtres pédophiles, il passe pour celui qui veut étouffer ces crimes : un renversement qui dit bien l'acharnement de ses accusateurs, dont certains réclament sa démission. Deux militants britanniques de l'athéisme espèrent même que le Pape sera arrêté lors de son voyage en Grande Bretagne, en septembre, pour "crimes contre l'humanité". Parce que l'Eglise blessée ose tenir tête au terrorisme intellectuel et résister aux sommations, la meute ne cessera pas. Cependant, l'attitude du Pape, malgré ses maladresses, est probablement mieux comprise que les commentateurs ne l'assurent.
Ce que dit Benoît XVI vient, en effet, en écho d'une lassitude chez ceux qui ne supportent plus l'inquisitoriale culture médiatique – elle dit désormais le Bien et le Mal – et ses prétentions à représenter les bons sentiments. "Il existe des formes subtiles de dictature" a-t-il expliqué l'autre jour dans une homélie. "Le conformisme oblige à penser comme tous les autres, à agir comme tous les autres." Une réalité qui conduit à "une agression subtile – ou moins subtile – contre l'Eglise". Ces propos, religion mise à part, ne sont guère éloignés de ceux qui dénoncent la mainmise du politiquement correct sur le discours obligé. L'exaspération sourde de l'Eglise ne ressemble-t-elle pas, un peu, à celle de la France rebelle ?

Paru dans Le Figaro, 23 avril 2010

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