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Quand la presse s'égare en politique
 
Trop de journalistes français entretiennent avec le pouvoir politique des proximités malsaines, inutiles, dévalorisantes pour la profession. L’indépendance de la presse ne sort pas grandie des connivences et courbettes qui s’observent dans le petit monde politico-médiatique. Celui-ci vient même d’officialiser son concubinage, puisque des ténors rejoignent ces jours-ci des éditorialistes sur des plateaux de radios ou de télévisions (je vais moi-même connaître ce cas de figure à RTL, où j'interviens à On refait le monde). C’est le cas d’Henri Guaino, Jean-Pierre Raffarin, Julien Dray, Aurélie Filippetti, Gaspard Gantzer, Raquel Garrido, Roselyne Bachelot, etc. Jean Messiha, qui représentait le FN, vient d’ailleurs d’être écarté par Europe 1 au prétexte, notamment, qu’il avait qualifié l’islam "d’incompatible avec la République". C’est bien dommage, car il n’y a aucune raison que le FN ne soit pas, dès lors, représenté tandis que l’est le parti de Jean-Luc Mélenchon. En réalité, il est à craindre que ces personnalités en quête de reconversion n’aggravent la pression du politiquement correct. En effet, elles n’ont jamais brillé, sinon Guaino, par leur résistance au conformisme de la pensée lisse. La nomination, mardi, de Bruno Roger-Petit, journaliste à Challenges, comme porte-parole de l’Elysée, est une autre illustration des liens qui existent entre les pouvoirs médiatique et politique. En juillet, c’est le directeur de la rédaction d’Europe 1, Nicolas Escoulan, qui avait rejoint le cabinet de Benjamin Griveaux, au ministère de l’Economie et des Finances.
 
Ces sortes de "outing" jettent la suspicion sur les informations jusqu’alors diffusées.
Les embrigadements médiatiques en faveur d'Emmanuel Macronconfirment ce que fut, durant la campagne présidentielle, la mobilisation de la presse pour l’enfant chéri. Pierre Bergé, actionnaire du Monde, avait félicité publiquement un de ses éditorialistes pour "son remarquable papier qui prédit la victoire de Macron". Dans un communiqué, la société des journalistes de Challenges, hebdomadaire économique, avait déjà dénoncé "la fréquence des articles de Bruno Roger-Petit et de Maurice Szafran (…) qui annihile totalement la tentative de rééquilibrage", qui avait consisté à embaucher des journalistes "de droite". La chaîne d’Info LCI avait préféré supprimer de son site le replay d’une émission (Médiasphère) jugée trop critique contre le leader d’En Marche ! A la veille de l’élection, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et 34 sociétés de journalistes, dont celles du Figaro, avaient pour leur part multiplié les mises en cause de Marine Le Pen, pour valoriser d’autant le jeune candidat. Pour ma part, je suis convaincu depuis toujours que les médias se fourvoient à vouloir mimer les politiques, au point de devenir parfois leurs obligés. Les filets d’eau tiède que produisent ces alliances pantouflardes n’apportent rien au journalisme. Ce dernier a tout à gagner à consolider sa distance avec un monde politique qui tourne en rond et est attiré par la facilité des idées toutes faites.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 30 août 2017
Publié dans Du côté des élites
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Les nouvelles nuisances de Monsieur Hulot
 
Monsieur Hulot a encore frappé.
Pour situer le problème de la production française de "gaz à effet de serre" il faut savoir qu’elle se limite à 1% de la production mondiale, tout ce qu’on tentera pour la diminuer aura un effet parfaitement négligeable ; la France, grâce à l’énergie nucléaire est d’ailleurs un bon élève, mais elle le sera moins quand, pour des raisons purement idéologiques, on aura arrêté, comme prévu, 17 réacteurs capables de fonctionner dix ou vingt ans de plus.
C’est à la production nationale d’hydrocarbures que s’en prend maintenant Monsieur Hulot. Un projet de loi vise à interdire tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation sur le territoire national ce qui arrêterait la production d’hydrocarbures nationaux en 2040. Il veut en finir "avec les énergies fossiles et s’engager dans la neutralité carbone". La loi prévoit également de bannir totalement la recherche d’hydrocarbures non conventionnels et ceci même si on invente une autre méthode d’extraction que la fracturation hydraulique.
Pour les pétroles conventionnels, s’il ne s’agissait que de la métropole, il n’y aurait que demi mal, les ressources étant fort limitées mais l’interdiction couvre également le plateau continental et les 11 millions de km2 de nos Zones exclusives. Actuellement des permis de recherches d’hydrocarbures conventionnels sont en cours en Guyane et dans le canal du Mozambique près de Juan de Nova, où on a de sérieux espoirs de trouvailles importantes.
Remarquons que la prospection et la production d’hydrocarbures n’ont rien à voir avec la consommation et que nous continuerons à enrichir le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Russie. Le Qatar pourra ainsi continuer à acheter nos clubs de football, nos palaces et construire n’importe quoi à Doha. Le Qatar et l’Arabie Saoudite pourront même continuer à financer le terrorisme qui nous frappe en France.
Quant aux pétroles non conventionnels dont on pense qu’ils sont abondants dans le sous-sol national, on préfère y renoncer a priori alors que les Etats Unis depuis qu’ils les exploitent sont excédentaires en hydrocarbures. Pour des raisons purement idéologiques on préfère continuer à dépenser bon an mal an 70 milliards d’euros, à peu près le montant de notre déficit commercial.
Pour éviter une dépense supplémentaire on compte réduire la consommation d’hydrocarbures de 30 % d’ici 2030, objectif qui semble inatteignable si on remplace dix sept réacteurs nucléaires par des milliers d’éoliennes qui nécessitent la mise en œuvre de centrales à gaz pendant les périodes où Eole refuse de souffler. La fin de la production de pétrole et de gaz est programmée pour 2040. Il est peu probable qu’à cette date on puisse se passer d’hydrocarbures qu’il faudra donc importer. Aberrant.
 
A ce sujet la construction de nouvelles éoliennes par milliers commence à rencontrer une sérieuse opposition. On leur reproche, ce qui est évident, d’atteindre aux paysages et aux monuments auprès desquels on les construit.
Dans le parc naturel régional du haut Languedoc il est prévu d’implanter trois cents éoliennes. Si on continue nos campagnes ne seront plus des campagnes et les paysages seront constellés de machines tournantes de 200m de haut. Il semble que pour les écologistes, ces considérations relatives à notre patrimoine sont de peu de poids par rapport à la nécessité de réduire les émissions de CO2,  Et pourtant la part actuelle de production d’électricité issue des énergies fossiles est très faible, de l’ordre de 4 % et l’arrêt idéologique de réacteurs nucléaires ne fera que l’augmenter. Les centrales nucléaires entrainent infiniment moins de perturbation de l’environnement que les éoliennes. Si on renonce à la prolongation de vie des centrales actuelles de dix à vingt ans cela coutera, en termes d’investissement 93 milliards d’euros. Il faudra en plus remanier entièrement le réseau de transport du courant pour desservir les 17 000 éoliennes nécessaires. Qui va payer ? le consommateur final. Ce n’est pas à la production qu’il faut s’en prendre mais à l’isolation des bâtiments, aux transports routiers.
Mais pour faire le choix de la meilleure solution il faut s’affranchir de l’idéologie actuelle qui nous amène à nous tirer une balle dans le pied. Il paraît qu’il s’agissait d’une promesse de Macron. On pourrait toutefois demander aux Français s’ils tiennent à payer l’électricité plus cher et à avoir un champ d’éoliennes dans leur fenêtre.

Envoyé par l'auteur, paru sur dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 29 août 2017
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La communication, remède souverain ?
 
Dès que les affaires vont mal, qu’une espèce est menacée, que la côte de popularité d’un dirigeant s’effondre, il n’y aurait qu’un remède : modifier, changer la communication. Prend-on vraiment les Français pour des sots ?
Ce qu’ils veulent est clair : du travail, pas du chômage ; de la sécurité, moins de délits, de crimes  et d’attentats ; moins d’impôts et en tous  cas, moins de gestion farfelue de leur argent ; des services publics à leur service.
Croit-on sérieusement qu’en qualifiant de "dommages collatéraux" la mort de civils lors de bombardement, le chagrin ou la volonté de vengeance des familles vont diminuer ? Croit-on qu’un visage maquillé, des vêtements bien coupés et des discours lénifiants d’un responsable  vont changer la perception qu’ont nos concitoyens de leur vie difficile ?
Pour une majorité d’entre nous, la communication, c’est la forme moderne et élaborée du mensonge. Quand nos dirigeants  s’en rendront-ils compte ?

Envoyé par l'auteur, 28 août 2017
      
Publié dans Du côté des élites
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Comment gérer nos ressources planétaires ?
 
Un sommet mondial de l’eau se tient actuellement à Stockholm, 45 ans après la conférence des Nations-Unies sur l’environnement de 1972, qui s’était également déroulée dans la capitale suédoise, et 25 ans après le "Sommet de la terre" réuni à Rio en 1992. Cet événement coïncide avec les ravages provoqués au Texas par l’ouragan Harvey ; il montre l’importance d’une véritable gestion des ressources dont dispose l’espèce humaine – et l’immensité du travail à réaliser pour porter la qualité de cette gestion au niveau nécessaire si l’on veut éviter des drames d’une ampleur comparable à ceux que provoquent les guerres.
Nous devons mieux gérer les ressources en eau douce souterraine, très sollicitées, qui diminuent de façon inquiétante ; nous devons nous adapter à la baisse des précipitations, qui deviennent insuffisantes en maints endroits ; et les perspectives de hausse du niveau des mers – hausse qui rendrait les régions côtières, particulièrement peuplées, de plus en plus vulnérables aux tempêtes – s’ajoutent à cela pour faire envisager des mouvements migratoires de grande ampleur.
Pour faire face à ces défis, l’humanité doit s’organiser. Comment ? La question ne saurait être résolue en quelques lignes, mais deux points ont une importance particulière : les droits de propriété qui portent sur des ressources naturelles, et les autorités mondiales requises pour organiser la gestion de ces ressources.
 
Quels droits de propriété et d’usage pour les ressources naturelles ?
Il y a quelques décennies, j’avais proposé que certaines ressources naturelles deviennent propriété de l’humanité dans son ensemble. Les gisements d’hydrocarbures, par exemple, génèrent une rente qui pourrait en bonne justice revenir pour une part importante à une autorité mondiale plutôt qu’aux États, charge à elle de financer les recherches requises pour préparer l’après-pétrole et l’après-gaz.
Certes, un tel "machin", pour reprendre l’expression que Charles de Gaulle employait volontiers quand il voulait attirer l’attention sur les défauts des organismes supranationaux, aurait fonctionné avec un rendement modeste, comme l’ONU et compagnie, mais son action aurait quand même été beaucoup plus utile au genre humain que celle de divers princes ou gouvernements qui gaspillent actuellement la rente pétrolière, certains d’entre eux allant même jusqu’à l’utiliser pour augmenter leur propre capacité de nuisance ou celle d’organisations terroristes.
Aller dans ce sens requiert de grands changements juridiques, particulièrement en ce qui concerne les droits de propriété. La propriété privée, familiale ou entrepreneuriale, a certes contribué puissamment au fantastique travail d’aménagement de vastes portions de notre planète auquel nos ancêtres se sont livrés, et que nous poursuivons : d’immenses étendues de terres ont été rendues arables, des millions d’hectares de marais ont été transformés de façon à pouvoir fournir de la nourriture plutôt que des moustiques et des miasmes, et le genre humain, qui avait déjà résisté depuis des dizaines de milliers d’années à de fortes variations climatiques et à de grandes modifications du niveau des mers, a pu passer grâce aux progrès techniques et organisationnels de quelques dizaines de millions d’individus à plusieurs milliards.
 
Ces œuvres dont le genre humain peut être fier n’auraient probablement pas été accomplies si des structures étatiques ne s’étaient pas mises en place pour coordonner les efforts. Que l’on se tourne vers la Mésopotamie, vers la vallée du Nil, ou vers la Chine, on voit bien que la domestication des cours d’eau en vue de l’irrigation, l’instauration de droits de propriété privée raisonnablement solides, la diffusion de langues parlées par tous les membres de vastes sociétés, et beaucoup d’autres facteurs de développement, résultent pour une bonne part de la constitution d’administrations efficaces disposant de pouvoirs assez étendus.
Les droits de propriété privée eux-mêmes requièrent des autorités publiques capables de faire prévaloir le droit sur la tromperie et la brutalité. Pendant des siècles, il a suffi pour cela de petits États. Mais le dicton small is beautiful ne signifie pas que tout doive être petit. Le principe de subsidiarité indique que les grandes autorités ne doivent pas chercher à intervenir dans les moindres détails : de minimis non curat praetor. Il ne signifie pas qu’il ne faut pas prendre des décisions concernant de vastes communautés, jusqu’à l’humanité toute entière, mais simplement que ceux qui ont la charge de prendre de telles décisions ne doivent pas se substituer aux échelons inférieurs pour gérer les questions d’importance locale.
 
Comment disposer d’autorités mondiales raisonnables ?
Le problème auquel nous sommes aujourd’hui confrontés est donc la création ou la consolidation d’autorités planétaires, en charge de ce qui concerne le genre humain tout entier. Une double difficulté doit être surmontée : ne pas mettre en place de simples ectoplasmes, à l’image de l’Organisation des Nations Unies, qui ne dispose pas de pouvoirs conséquents ; et ne pas créer des entités voulant s’ingérer dans les questions qui relèvent de niveaux d’autorité inférieurs.
À cet égard, nous disposons d’assez bons et d’assez mauvais exemples. Les États fédéraux allemand et américain, tout en ayant certes d’importants défauts, me paraissent constituer des réussites. Je ne me prononcerai pas sur l’Union indienne ni sur la République populaire de Chine, que je connais trop mal, laissant le soin à des personnes mieux informées de dire ce que nous enseigne la gouvernance des deux pays milliardaires en nombre de citoyens, qui à ce titre sont particulièrement intéressants à observer pour savoir comment mettre en place une autorité mondiale. En revanche, je prendrai le risque de dire que l’Union européenne nous apprend davantage ce qu’il ne faut pas faire que ce qu’il faut faire quand on passe de la gouvernance d’un pays à celle d’un ensemble de pays : il ne faut pas se consacrer à la réglementation de myriades de détails, faute d’être capable de s’occuper efficacement de ce qui relève vraiment du niveau fédéral.  
 
Une des leçons à tirer des erreurs de la construction européenne est qu’une instance supranationale doit disposer de ressources propres. S’il faut, par exemple, faire face à une élévation de plusieurs mètres du niveau des océans, ce n’est pas en faisant la quête auprès des États que l’organe de gouvernance mondiale disposera des ressources voulues. En revanche, si cet organe est propriétaire des gisements d’hydrocarbures et de métaux, il disposera des moyens indispensables pour aménager la planète. Que la République de Chine conserve la propriété de la Grande Muraille et la République français celle du château de Versailles ; que les autorités sanitaires Italiennes règlementent (d’une main légère !) la fabrication de la mozzarella et leurs homologues françaises celles du camembert ; mais qu’il soit mis fin par l’autorité mondiale au saccage des forêts primaires que tolèrent actuellement des gouvernements complaisants.
Il nous faut donc une autorité mondiale qui se substitue le moins possible aux autorités nationales, mais qui exerce une gouvernance véritable, incluant un pouvoir de commandement sur les États, dans les domaines d’intérêt planétaire.

Envoyé par l'auteur, 29 août 2017
Publié dans De par le monde
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Les effets pervers des lois de moralisation de la vie politique
 
Il n’est pas dans les habitudes de l’auteur de ces lignes de prendre la défense des centristes, surtout depuis qu’ils se sont ralliés avec armes et bagages à Macron. Mais enfin, le retrait du gouvernement de trois figures du Modem : Francois Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard a un motif bien léger. Ils sont accusés tous trois, comme Marine Le Pen d’ailleurs dont l’immunité parlementaire a été levée pour la même raison par le Parlement européen, d’avoir utilisé des collaborateurs parlementaires pour faire fonctionner leur parti politique. Mais quelle différence y a-t-il entre le cabinet d’un élu et le personnel d’un parti ? La vérité est qu’ils ont à peu près la même mission : aider les élus de leur parti à produire des idées, à proposer des textes ou à se positionner sur eux, éventuellement à faire des programmes, et de manière inséparable, faciliter leur réélection, conséquence naturelle d’un travail bien fait. Bien malin qui pourra tracer une ligne stricte entre les activités des uns et des autres en pratique parfaitement fongibles. Même un chauffeur peut conduire aussi bien un élu qu’un président de parti : il permet à l’homme politique, généralement surchargé de travail, de gagner du temps, et on suppose que ce dernier fera de ce temps bon usage.
 
Juste retour de bâton 
Ces accusations n’en sont pas moins un juste retour de bâton pour une équipe qui n’est aujourd’hui au pouvoir que parce qu’elle a bénéficié du tout aussi injuste procès qui a été fait à François Fillon pour avoir employé son épouse comme attachée parlementaire, ce qui était pourtant parfaitement légal (plus d’une centaine de parlementaires le font !). L’emploi de proches dans ce genre de fonctions, que l’on veut proscrire, est tout aussi légitime, comme le rappelait Jacques Bichot (1), que l’emploi de sa femme ou de ses enfants par un agriculteur ou un artisan. C’est à tort qu’on assimile cette pratique au népotisme qui consiste, lui, à conférer de hautes responsabilités à des parents sans que rien, dans leurs aptitudes ou leur parcours, le justifie ; mais attaché parlementaire n’est pas une haute fonction et, quant à savoir si Mme Fillon a travaillé assez ou pas assez à ce titre, qui le dira ?
Certes, il y a peut-être d’autres raisons à ce retrait : s’agissant de Sylvie Goulard, on croit savoir que ses déclarations intempestives où elle se montrait prête à sacrifier sur l’autel de l’Europe nos industries stratégiques, voire une partie de nos moyens de défense, ont exaspéré les états-majors au point de rendre son maintien problématique. Le ministère des armées n’est assurément pas fait pour une idéologue d’Europe supranationale, surtout si elle semble oublier que même dans une fédération, telle l’Europe à laquelle elle aspire, chaque entité fédérée a le droit et le devoir de défendre âprement son intérêt, comme le font par exemple les grandes villes françaises au sein de la République une et indivisible. Quant à Bayrou, il évite par avance le déshonneur qu’il aurait essuyé à avaliser ce que Macron a promis de faire : conférer aux couples de lesbiennes le droit de recourir à la procréation artificielle, voire, à terme, reconnaître la gestation pour autrui. Cette démission collective ne fait ainsi que souligner ce qu’avait de contre-nature l’alliance de Bayrou avec Macron, des derniers représentants de la démocratie chrétienne avec les plus extrêmes des libertaires, déconstructeurs résolus de l’héritage occidental. Car s’ils ne sont plus vraiment démocrates (n’est-ce pas un des leurs Jean-Claude Juncker qui déclarait qu’ "Il ne saurait y avoir de choix démocratique contre les traités européens" (2) , on suppose que les centristes sont encore un petit peu chrétiens.
 
Nous épargnera-t-on une loi de moralisation de la vie politique ?
Un des grands bienfaits de cette démission aurait pu être de nous épargner une loi sur la moralisation de la vie politique qui ne pourra qu’être parfaitement contre-productive. Non seulement parce que, à l’heure de ce que le regretté Guy Debord appelait la "société du spectacle", dont le phénomène Macron constitue sans doute l’expression la plus achevée, la plupart des lois, devenues le plus souvent des moyens de communication, ont l’effet d’aggraver les maux auxquels elles prétendent porter remède (l’éducation nationale en offre un bel exemple) (3). Et pour ce qui est d’une loi de pure communication, en voilà bien une ! Mais aussi parce que, sur ce genre de sujet, on veut donner satisfaction à une opinion qui n’a qu’une compréhension très imparfaite des questions morales et politiques, biaisée par une justice et des médias eux-mêmes loin d’en avoir une perception exacte. Non que la morale et la politique n’aient rien à voir ensemble, mais parce que juger de leurs relations exige un sens casuistique que ni eux ni le grand public n’ont forcément. Selon la cible qu’ils veulent atteindre, les médias feront facilement passer pour très grave ce qui ne l’est pas et pour bénin ce qui est très grave. Allez faire des lois avec ça !
Il existe d’autres erreurs de jugement répandues dans le public. Par exemple le cumul des mandats passe pour immoral : on oublie que la loi limite les cumuls de rémunération, et que donc on ne saurait faire grief à quelqu’un de vaillant de faire au même prix le travail de deux ou trois personnes. On oublie aussi que le leadership, principe au centre de la vie politique, ne se divise pas : le disperser conduit à diluer les responsabilités. Le cumul des mandats évite bien des réunions de coordination et fait donc gagner du temps. Le cumul ne préjuge pas non plus du tout de la qualité du travail. La complexité croissante des procédures l’a certes rendu difficile mais pas au bénéfice de l’efficacité : ces procédures que les élus ont eu tort d’instaurer au fil des ans leur font perdre un temps précieux et les privent de cette capacité si nécessaire de décoller du guidon pour réfléchir à ce qu’ils font.
 
Une élection particulièrement immorale
Il serait au demeurant paradoxal qu’une loi de moralisation la vie publique émane d’un gouvernement issu d’une élection parmi les plus immorales qui aient été : tant l’instrumentalisation éhontée de la justice que la prise de parti à sens unique d’une presse, largement aux ordres des puissances financières, ont, seules, permis l’élection du nouveau président. Personne, ni juge, ni journaliste, ne s’est intéressé de près aux obscurités des déclarations de patrimoine de Macron ; le nouveau premier ministre lui-même a pu se dispenser impunément de l’obligation de transparence comme député. Et ceux-là voudraient faire une loi de moralisation !    
Tout est contre-productif dans le projet de loi annoncé : on veut interdire à un élu d’embaucher sa femme ou ses enfants, mais quid des maîtresses ou des compagnes ? Pourquoi défavoriser les gens mariés ? La multiplication des contraintes (fiscalisation des indemnités, limitation des activités annexes, interdiction de plus de trois mandats successifs, manière de reconnaître que ces sont des prébendes ou des privilèges dont il ne faudrait pas profiter trop longtemps, alors qu’en leur essence, il s’agit de fonctions utiles) et des contrôles de toutes sortes sur les élus éloignera un peu plus les gens de qualité des responsabilités politiques et, au contraire, y attirera davantage  les médiocres – et les aigrefins – (4). Selon un mot de Jean-Pierre Gérard (5), ce genre de lois a le même effet que les antibiotiques sur les bactéries : seules les plus résistantes, généralement les plus nocives, y survivent et prolifèrent.
Ces règles ne changeront pas la nature humaine et ce n’est pas en raison de tel ou tel abus ponctuel qu’il faut chaque fois chambouler la loi, généralement pour le pire. Renforcées, les règles n’en seront pas moins, n’en doutons pas, à leur tour, tournées. Français, encore un effort pour être vraiment libéraux, et cesser de vouloir tout réglementer au moindre écart !  Ne nous avait-on pas dit que Macron était un libéral !
Quant à l’obligation de produire un casier judiciaire vierge pour se présenter aux élections, c’est, comme la parité, une nouvelle atteinte à la démocratie : que ne se contente-t-on de le rendre public, laissant aux électeurs le soin d’en tirer ou non les conséquences ?
Si une seule loi de moralisation était nécessaire, ce serait pour compléter le dispositif qui, depuis 1789 interdit à la justice d’interférer avec le processus politique et administratif. Les lois des 16 et 24 août 1789, du 16 fructidor an III, du 31 mars 1914 (article 110 du Code électoral), du 2 mars 1982 (sur les Chambres régionales des comptes), dont l’esprit est pourtant clair, n’ont pas suffi à empêcher la malheureuse affaire Fillon. Si l’on veut encore préserver une certaine idée de la République, il est urgent de compléter ce dispositif. 
 
(1) Causeur, 13 février 2007 : Vive le travail en famille !
(2) Déclaration faite à la suite de la victoire de Syriza aux élections de Grèce, 16 janvier 2015
(3) Cf. Roland Hureaux, La grande démolition, la France cassée par les réformes , Buchet-Chastel 2012.
(4) Ce que l’on croit savoir de la nouvelle vague d’élus – et du filtrage qui a été opéré dans les vieux partis, pourrait en apporter une confirmation.
(5) Président du G21

Paru sur roland.hureaux.over-blog.com, août 2017  
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Le double défi que doit relever l'Occident
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Les grands pays occidentaux souffrent à la fois d'un défaut de cohésion interne et d'une accumulation d'incohérences en politique étrangère.
 
D'un point de vue occidental, les attentats islamistes en Europe (Espagne et Finlande) et la résurgence de la question raciale aux États-Unis auront marqué de noir ce mois d'août 2017. Les événements sanglants de Barcelone, de Turku et de Charlottesville nous rappellent brutalement que l'Occident a face à lui, depuis une génération, un double défi à relever.
Car les grands pays occidentaux souffrent à la fois d'un défaut de cohésion interne et d'une accumulation d'incohérences en politique étrangère.
 
Sur le plan interne, le modèle d'intégration par les États européens de leurs immigrés a fonctionné correctement tout au long du XXe siècle avec des populations d'origines très différentes. Mais il y a une exception de taille : ce modèle semble impuissant à bien intégrer les populations de confession musulmane. Comment l'expliquer ? Par l'absence de séparation du politique et du religieux en islam ? Par le rejet, depuis le XIIe siècle dans le sunnisme, de tout effort d'interprétation critique de ses textes sacrés, dont la conséquence est l'application à la lettre de préceptes ayant régulé la vie des Bédouins de la péninsule arabique au VIIe siècle ? Par d'autres raisons ? L'existence d'un fossé culturel initial à franchir par l'immigré n'est pas une explication satisfaisante. Les Juifs de l'Empire russe qui ont immigré en France ou aux États-Unis dès la fin du XIXe siècle avaient grandi dans une civilisation totalement différente : ils se sont néanmoins parfaitement intégrés dans les sociétés française et américaine.
Comme on estime, à juste titre, que c'est à l'immigré de s'adapter aux sociétés dans lesquelles il pénètre et non aux sociétés de s'adapter à lui, on oublie souvent de considérer la situation des pays d'accueil. Il faut reconnaître que nos sociétés européennes contemporaines ont de la peine à séduire nombre de jeunes musulmans. Les Européens d'un certain âge et le patrimoine témoignent d'une civilisation chrétienne qui a été florissante. Mais elle est aujourd'hui désertée par les jeunes générations, plongées dans un consumérisme échevelé. Si vous êtes un jeune musulman et que vous ne vous sentiez pas à l'aise dans le monde des grandes surfaces, de Disney World, de la téléréalité et du fast-food, et que vous vous cherchiez un idéal, quelles options avez-vous ? Le communisme ? Il a fait faillite. Le christianisme ? La majorité des Européens l'ont abandonné. Reste, pour des esprits certes peu cultivés, l'islam fantasmé des premiers califes. Le jeune immigré musulman vient à penser, comme le proclament les Frères musulmans, que "l'islam est la solution". La solution à tous ses propres problèmes, comme à tous ceux de la société qui l'entoure. La charia devient la seule voie possible au bon gouvernement des hommes. Il faut à tout prix revenir aux mœurs de nos pieux ancêtres (les "salafs"). La machine infernale est lancée : un djihadiste est un salafiste qui a décidé d'aller jusqu'au bout de son engagement. Comment expliquer autrement la haine qu'ont montrée à Barcelone les jeunes terroristes marocains que la Catalogne avait si généreusement accueillis ?
 
La société américaine manque également de cohésion. Elle n'a jamais été aussi divisée. Les petits Blancs sont en rébellion ouverte contre le culte des minorités et l'économie mondialisée que tentent de leur imposer les élites universitaires et médiatiques. Ils ne supportent plus d'être méprisés pour ce qu'ils sont et culpabilisés pour ce que furent leurs grands-parents. Ils forment un socle électoral tellement solide derrière Trump que personne ne peut jurer que le président ne sera pas réélu en 2020.
Les régimes autoritaires de la planète sont passés de l'indifférence au mépris à l'égard du système politique démocratique occidental. S'il y a une pensée commune aux présidents Xi Jinping, Poutine et Erdogan, c'est que l'Occident est faible, qu'il ne croit plus à rien et qu'il peut à tout moment s'effondrer comme un château de cartes. À Pékin, Moscou et Ankara, les dirigeants pensent que la cohésion européenne ne résistera pas longtemps à la poussée migratoire et que la question raciale affaiblit irrévocablement la société américaine. Leur mépris - certainement injustifié eu égard à leurs propres faiblesses - se nourrit, de surcroît, des incohérences des politiques extérieures occidentales.
 
Cela fait bientôt seize ans que les Occidentaux ont envoyé leurs soldats en Afghanistan, afin de le "reconstruire" et le "démocratiser". En vain. Dans son discours du 21 août 2017, le président Trump a reconnu l'échec de cette tentative de "nation building". À raison, il a fustigé un Pakistan qui prend d'une main l'aide américaine et qui offre de l'autre un sanctuaire aux talibans. Mais, sans doute par respect pour tous les sacrifices déjà consentis par l'Occident dans sa guerre au Royaume de l'Insolence, il n'a rien dit sur l'absurdité de voir les Américains guerroyer sans fin contre les Pachtounes afghans.
Les Occidentaux se sont lancés dans des guerres coûteuses dans les déserts de l'Hindu Kush, de la Mésopotamie et du Sahel. Des guerres qu'ils ne gagneront jamais, faute d'être prêts à recourir à la cruauté des expéditions coloniales du XIXe siècle. Depuis le début du nouveau millénaire, l'Occident s'est trompé de combat. Il a oublié de défendre ses propres populations contre des agressions extérieures rampantes et dissimulées, pour se lancer dans des expéditions militaires lointaines tonitruantes à la Jules Ferry, qui vantait la "mission civilisatrice de la colonisation".
Défendre ses populations : qu'est-ce à dire ? Deux exemples. Commercialement, les Occidentaux se sont montrés incapables de contrer le pillage technologique chinois. Les petits pays de l'Union européenne viennent de bloquer le projet Merkel-Macron d'un contrôle accru de l'UE sur les investissements de Pékin dans les entreprises à haute technologie. Culturellement, ils n'ont pas été capables de bloquer la pénétration en Europe d'une idéologie aussi dangereuse que l'islamisme.
La grande faute de l'Occident en ce nouveau millénaire a été de croire qu'il n'y aurait pas de violence à ce qu'il accueille chez lui toutes les cultures de la planète, et à ce que toute la planète adopte ses principes politiques, par lui jugés "universels".  

Paru sur Figarovox, 22 août 2017
Publié dans De par le monde
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Le rêve évanoui d'un État-nation kurde
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Aujourd'hui, les Occidentaux ne peuvent aider à la création d'un État kurde. Ils n'ont plus ni la volonté ni le pouvoir de tracer les cartes de l'Orient compliqué.
 
Au mois de juin 2017, Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan (zone montagneuse de 42.000 km2 au nord-est de l'Irak), a annoncé qu'il tiendrait chez lui, le 25 septembre 2017, un référendum d'indépendance. À mesure qu'approche la date de cette consultation - où le oui à l'indépendance l'emporterait haut la main chez les trois millions et demi d'électeurs convoqués -, les pressions internationales s'accentuent pour que Barzani reporte ou renonce à son projet. Même les grandes puissances les plus amicales à l'égard des Kurdes, comme l'Amérique ou la France, n'y sont pas favorables. "Notre objectif aujourd'hui est de rester concentré comme un rayon laser sur la défaite de Daech, sans que rien d'autre puisse nous distraire", a expliqué, le 22 août, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis. Les forces fédérales de Bagdad et les unités de pechmergas du gouvernement autonome d'Erbil - équipées les unes comme les autres par les Occidentaux - coopèrent efficacement dans la réduction des dernières poches tenues par l'État islamique. Washington n'aurait pas d'opposition de principe à ce que devienne indépendante une région qui s'administre fort bien toute seule depuis 1991, qui a toujours coopéré avec le camp occidental et rejeté le fondamentalisme islamique. Mais le problème est beaucoup plus vaste que cela.
Car les 35 millions de Kurdes (tribus nomades très anciennes des confins de la Mésopotamie et de la Perse, dont le personnage historique le plus célèbre est Saladin) qui vivent au Moyen-Orient sont aujourd'hui dispersés sur les territoires de la Turquie (15 millions), de l'Iran (9 millions), de l'Irak (7 millions) et de la Syrie (3 millions). Et les dirigeants de ces quatre pays sont prêts à utiliser tous les moyens, y compris militaires, pour empêcher la tenue d'un référendum, dangereux précédent à leurs yeux.
 
La question kurde n'est pas nouvelle. Consacré au dépeçage de l'Empire ottoman, défait durant la Première Guerre mondiale, le traité de Sèvres (1920) promet la création d'un État kurde indépendant. On est à l'époque en plein wilsonisme ; le droit des peuples à l'autodétermination est sacré. Mais les victoires militaires d'Atatürk vont bientôt changer la donne. Au traité de Lausanne (1923), qui consacre internationalement la nouvelle Turquie kémaliste, la promesse faite aux Kurdes disparaît.
L'affaiblissement de l'Irak, consécutif à son aventure ratée au Koweït (1990) et à l'invasion anglo-saxonne de 2003, et celui de la Syrie, consécutif aux printemps arabes (2011), ont permis aux Kurdes de ces deux pays de prendre leur destin en main. Dans le nord de la Syrie, les Kurdes progressistes du PYD (Parti de l'Union démocratique) administrent toute une bande de terrain longeant la frontière turque, qu'ils appellent Rojava (l' "ouest" en langue kurde), d'où ils combattent l'État islamique, avec l'aide de conseillers militaires américains.
Mais la Turquie a juré la perte de ces Kurdes, idéologiquement très proches du PKK, le parti kurde autonomiste de Turquie, qu'Ankara qualifie de terroriste. Le président turc Erdogan avait signé une trêve avec le PKK en 2013. Mais, pour des raisons principalement électorales, il l'a rompue en 2015 et a entrepris une politique de terre brûlée dans les bourgades de l'opposition kurde dans l'est de l'Anatolie. C'est à nouveau la guerre à mort entre Ankara et le PKK. Et la Turquie redoute que le Rojava devienne un sanctuaire permanent pour les militants du PKK. Erdogan a envoyé son armée pour enfoncer un coin dans le Rojava, mais il a été aussitôt bloqué par la détermination des Kurdes, diplomatiquement soutenus à la fois par les Américains et… les Russes. Les seuls Kurdes à entretenir de bonnes relations avec Erdogan sont ceux d'Irak, car le gros de leur commerce passe par le territoire turc.
Dans l'ouest de l'Iran, le PKK entretient également un mouvement frère, le Pajak. La Turquie et l'Iran, qui ont soutenu des camps opposés dans la guerre civile syrienne, viennent de faire une alliance militaire, dirigée contre toute velléité d'indépendantisme kurde.
En 2014, après la prise de Mossoul par Daech, les Kurdes connurent la débandade. Mais ils se sont rapidement repris, pour combattre en première ligne les guerriers fanatisés du calife Ibrahim, comme lors du siège de Kobané (septembre 2014-juin 2015).
Recevront-ils, de la part de l'Occident, la récompense d'un État-nation ? Non. Pour trois raisons : les Occidentaux n'ont plus ni la volonté ni le pouvoir de tracer les cartes de l'Orient compliqué, comme du temps de Lloyd George et de Clemenceau ; la Turquie et l'Iran sont des puissances dont on ne peut plus mépriser l'avis ; les Kurdes, très divisés entre eux, n'ont jamais retrouvé un leader à la Saladin, capable de leur ouvrir la voie vers un État-nation…

Paru dans Le Figaro, 29 août 2017
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Vaincre le terrorisme
 
L’Espagne vient de connaître un enchaînement d’évènements qui est familier à tous les peuples d’Europe. Des musulmans extrémistes attaquent à l’improviste une foule paisible et insouciante. Les morts et les blessés jonchent le sol. Ce massacre d’innocents soulève l’indignation populaire. Des manifestations rassemblent toutes les classes sociales, tous les partis politiques, toutes les confessions religieuses. Le gouvernement suit le mouvement. Il dénonce une agression ignoble et prend des mesures d’urgence : traque des complices survivants, démantèlement des filières qui les aident, patrouilles militaires dans les rues, surveillance accrue des mosquées salafistes, renforcement des services de renseignement. L’attentat de Barcelone a répété la séquence qui avait suivi les attentats de Paris, Nice, Manchester et Berlin.

C’est aux Etats-Unis, il y a seize ans, que tout a commencé. L’attaque du Centre du commerce mondial et ses trois mille morts avaient suscité une émotion immense. Le Président américain avait, le premier, "déclaré la guerre au terrorisme" et déployé, pour la gagner, toute la force de son pays. Les Etats d’Europe s’y sont associés les uns après les autres. Il faut malheureusement reconnaître que cette vaste coalition n’a pas encore réussi à vaincre son ennemi. Les attentats sont, d’année en année, plus nombreux, leurs auteurs plus divers, leurs cibles plus variées et leur cruauté plus aveugle.
Ce qui nous trouble le plus, c’est le caractère insaisissable de ce terrorisme. Pourquoi ces attaques et pourquoi leur barbarie ? Nous pratiquons chez nous et notamment vis à vis de nos immigrés musulmans, une politique qui met au-dessus de tout la liberté individuelle, la tolérance et l’égalité. Et nous recevons en retour la haine et la violence. Des sociologues, des psychiatres, des juges et des policiers essaient depuis quinze ans de percer ce mystère. Ils analysent les mécanismes mentaux par lesquels de jeunes hommes, souvent nés en Occident, éduqués selon nos valeurs, intégrés dans notre société, se retournent soudain contre elle, tuent au hasard et se suicident ensuite. Différentes écoles s’opposent sur le cheminement de leur pensée mais toutes s’accordent à reconnaître le caractère nihiliste de son aboutissement. Les terroristes islamistes n’ont apparemment pas d’autre ressort que l’exécration de notre liberté ni d’autre but que semer la mort. La bonne réponse, répétée inlassablement par nos dirigeants politiques, c’est de leur montrer que notre attachement aux droits de l’homme est plus fort que leur volonté de les détruire. Nous finirons par décourager leur fanatisme.
 
Je crains que cette méthode ait peu de chances de mettre un terme au terrorisme islamiste parce qu’elle se fonde sur une explication inexacte de ses causes.  Si nous voulons comprendre les raisons qui animent les auteurs de presque tous les attentats, il nous faut franchir les limites de l’Europe et examiner ce qui se passe chez les peuples arabes. Ce n’est pas seulement moi qui le suggère. C’est ce que demandent les terroristes eux-mêmes, à commencer par le plus célèbre d’entre eux : Oussama Ben Laden. A l’origine de leur haine de l’Occident, on trouve un sursaut de révolte contre la manière dont nos gouvernements piétinent les droits de l’homme en Orient tout en proclamant les servir.
Donnons quelques exemples. C’est au nom des droits de l’homme que Bush et Blair ont envahi l’Irak, occupé le pays, dissous son armée, changé son gouvernement, incarcéré et torturé des milliers d’individus et réprimé brutalement les révoltes populaires. C’est encore au nom des droits de l’homme que Sarkozy, suivi par Cameron et Obama, a bombardé la Libye, armé des milices et renversé le régime par la force. C’est au nom des droits de l’homme enfin que Hollande a alimenté la guerre civile en Syrie, en s’alliant aux gouvernements les plus obscurantistes du voisinage. Nos dirigeants ont envoyé des chars et des bombardiers semer la démocratie chez les peuples arabes. A leur grande surprise, ils ont récolté le djihadisme. Et ce djihadisme déborde maintenant chez nous.
Le tableau que j’esquisse serait incomplet si je passais la Palestine sous silence. Depuis un demi-siècle, les droits les plus élémentaires de la population arabe y sont piétinés au vu et au su du monde entier. Les gouvernements occidentaux n’en portent pas la responsabilité directe mais leur timidité à dénoncer le coupable, leur refus de le gêner de quelque façon que ce soit contrastent singulièrement avec la sévérité des punitions qu’ils infligent aux dirigeants arabes accusés des mêmes abus. Il n’est pas étonnant que les opinions publiques, en Orient, voient en nous des intrus d’une partialité insupportable.

Je suis convaincu que le terrorisme dont nos peuples sont les victimes, serait coupé de sa principale racine, si nos gouvernements, dans un sursaut de lucidité et de courage, mettaient leurs actes en accord avec leurs principes. La défense des droits de l’homme en Orient ne nécessite de notre part aucune intervention armée, aucune alliance inavouable avec un Etat oppresseur. Elle se limite à un appel actif au respect de la liberté des personnes et des peuples. Pratiquée par nous sans hypocrisie ni réserve, elle porterait un coup décisif à l’argumentation des djihadistes. Il est vrai que les passions sont devenues trop vives, les problèmes trop embrouillés, pour que l’effet en soit immédiat. Les erreurs de nos dirigeants passés pèsent sur nous. Mais si nous ne changeons pas notre politique, le terrorisme va s’étendre encore en Occident. Si nos partenaires américains et anglais sont incapables de le comprendre, que la France le fasse seule. Elle y gagnerait, chez elle plus de calme et en Orient une audience qu’elle a perdue depuis dix ans au moins.

Envoyé par l'auteur, 25 août 2017            
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Le désarmant irréalisme du pape François
 
CHRONIQUE - En prônant l'accueil pour tous, le Pape se désintéresse du désarroi des peuples européens confrontés à la montée en puissance d'une immigration du tiers-monde et d'une culture islamique offensive.
 
À faire l'ange, le Pape met l'Europe en danger. En dépit de la pression démographique de l'Afrique et des tensions identitaires que connaissent les pays ouverts aux arrivées de populations musulmanes, François prêche l'accueil pour tous, clandestins compris. Lundi, il a rappelé que la "sécurité nationale" devait passer après la "sécurité personnelle". Il demande des "visas temporaires spéciaux" pour les personnes qui fuient les conflits. Il s'oppose aux "expulsions collectives et arbitraires de migrants et de réfugiés". Il réclame le "regroupement familial, y compris des grands-parents, des frères et sœurs et des petits enfants, sans jamais le soumettre à des capacités économiques". Il dénonce la détention de "ceux qui entrent sur le territoire national sans autorisation". Le Pape estime en outre que les étrangers doivent avoir accès aux soins et "aux systèmes de pension". Il s'oppose à l'assimilation, qui "conduit à supprimer ou oublier sa propre identité culturelle".
Cette irréaliste générosité dévoile un égoïsme. Le Pape se désintéresse, en effet, du désarroi des peuples européens confrontés à la montée en puissance d'une immigration du tiers-monde et d'une culture islamique offensive. Jean-Paul II était plus lucide quand, en juin 2003, il invitait à avoir "un juste rapport avec l'islam" et à "être conscient, entre autres, de la divergence notable entre la culture européenne, qui a de profondes racines chrétiennes, et la pensée musulmane". Cette prudence n'est pas celle de François. Sa défense d'une Europe multiculturelle est même suicidaire : elle permet à une civilisation historiquement opposée à l'Occident de s'y enraciner, y compris par l'intimidation ou la force (1). Abdelwahab Meddeb, intellectuel français, avait pourtant prévenu :
"Le Coran porte dans sa lettre la violence, l'appel à la guerre. La recommandation de tuer les ennemis et les récalcitrants n'est pas une invention malveillante, elle est dans le texte même du Coran."
François ne peut ignorer ces alertes des musulmans éclairés.

(1) Annie Laurent,L'Islam, Éditions Artège

Paru dans Le Figaro, 25 août 2017
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La politique et les valeurs
 
La droite française semble vouloir se reconstruire sur la question des valeurs traditionnelles, d’où cette tribune collective publiée par le Figaro Vox qui en appelle à M. Laurent Wauquiez en ce sens. Etrangement, au prétexte d’un choix supposé aller dans le sens du conservatisme, les cent auteurs de ce texte mettent en avant un mot, celui de valeurs, largement galvaudé par le parti socialiste, qui se définissait comme celui des "valeurs" humanistes et libertaires. Quand la droite parle des valeurs, elle songe à autre chose : la nation, la famille, la religion, les traditions, le travail. Il me semble que cette vision de la reconquête n’est pas la bonne.
 
La politique consiste à faire des choix relatifs à la marche de l’Etat. Or, l’Etat est et doit rester un outil de gouvernement des réalités et non pas de promotion des valeurs, définition de ce qui vaut ou ne vaut pas. Ce n’est pas à lui de définir les valeurs, une notion personnelle qui concerne chacun et la société civile. La politique et l’Etat ont des missions précises : assurer la sécurité des biens et de personnes, le contrôle des frontières, la maîtrise de l’immigration, la liberté d’entreprendre, l’indivisibilité du territoire, la lutte contre le terrorisme, la qualité de l’éducation nationale pour que tous les citoyens soient en mesure d’acquérir le bagage intellectuel, en fonction des capacités de chacun, qui lui permettront de vivre, de travailler et de participer à la vie de la cité en "honnête homme". Que demander de plus à l’Etat ? Aujourd’hui, il est à mille lieues d’accomplir ces missions fondamentales. Bien au contraire, il y a renoncé. Le discours sur les valeurs est une forme de fuite des réalités. Le but de l’alternance à venir doit être de réhabiliter l’autorité et les moyens de l’Etat pour assumer ces missions, d’un point de vue concret, réaliste, pragmatique. Le discours sur les valeurs divise, déchire, favorise la polémique et in fine, l’échec électoral. La politique doit être pour l’essentiel une question de volonté et d’action en faveur de l’intérêt général et les valeurs laissées à la vie privée.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 24 août 2017
Publié dans A tout un chacun
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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