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Commerce international : une querelle dérisoire
 
Donald Trump a bousculé l’échiquier mondial au nom de son slogan "America First". Il l’applique en priorité à l’économie en vue de faire revenir aux Etats-Unis des emplois partis à l’étranger. C’est une mauvaise querelle qui repose sur une mécompréhension des faits.
 
Ceci dit, avant d’entamer notre propos, reconnaissons qu’il a raison au sujet de l’Allemagne. Sa politique est mercantile depuis la fin du 19ème siècle. Elle se conduit en passager clandestin en termes de défense ce qui bien sûr favorise son commerce extérieur. Avec l’euro, elle bénéficie d’un Deutsche mark dévalué d’environ 10%. Sa politique mercantile est en infraction des règles du Fonds monétaire internationale, de l’Organisation du commerce mondiale et de l’Union européenne. Elle a été condamnée par l’OCDE et le Trésor américain sans résultat. Voilà pourquoi Angela Merkel est si prudente dans sa réaction aux propos de Donald Trump.
 
Venons-en au débat proprement dit. En tant que gardien d’un système monétaire international qu’ils ont eux-mêmes élaboré à Bretton Woods (New Hampshire), en août 1944, les Américains étaient supposés s’astreindre à une politique économique prudente de manière à préserver la valeur du dollar, pilier du système. La coûteuse guerre du Vietnam les amena à faire abstraction de leurs obligations internationales pour privilégier la politique intérieure. Ainsi, en août 1971 Richard Nixon choisit-il la relance par la consommation pour assurer sa réélection, sans se soucier de son impact sur le système monétaire international. Le déficit de la balance commerciale américaine que Trump veut redresser pour rapatrier des emplois, a de nombreuses causes. La première est l’excès de consommation qu’autorise ce système dévoyé par la décision de Nixon, et non les importations d’acier ou d’aluminium. Donald Trump le sait-il ?
 
Le solde commercial d’une nation est égal à la somme de son solde budgétaire et de son épargne moins ses investissements. Cette relation a relativement bien fonctionné pour les Etats-Unis jusqu’au début des années 1980 quand Ronald Reagan lança la course aux armements avec la Guerre des étoiles. La dette américaine bondit, passant de 32% du produit intérieur brut en 1980 à 65% en 1995, donnant après coup raison à Jacques Rueff qui avait parlé de "déficits sans pleurs", en référence à cette possibilité que le système monétaire international, dit de Bretton Woods, accorde à la nation qui en est la gardienne, les Etats-Unis, de s’endetter sans limite. Valérie Giscard d’Estaing parlera plus tard du "privilège exorbitant du dollar". Inutile de préciser que les autres nations ne bénéficient pas d’une telle latitude. Si leur balance commerciale se détériore, leur monnaie se déprécie et ils doivent prendre des mesures d’austérité pour contrer la dégradation de leur économie.
 
De gardien, les Etats-Unis sont devenus les bénéficiaires, certains diraient les profiteurs, d’un système destiné à l’origine à écouler leurs surplus agricoles et industriels après la Second Guerre mondiale, tout en aidant les économies européennes à se relever. Alors que la raison demande qu’on amende le système, un évènement imprévu lui donna une nouvelle jeunesse. La crise asiatique de 1998 fit souffler un vent de panique sur des nations totalement impréparées. Craignant une nouvelle crise, leurs dirigeants accrurent leurs réserves en dollar, redonnant vigueur à un système moribond. Les économistes qualifièrent ce regain de vie de Bretton Woods II. Le dollar demeurait le pivot du système.
 
Suite aux attaques du 11 septembre, le budget américain de la défense doubla en dix ans, accroissant le déficit budgétaire ce qui, avec la crise de 2008, provoqua un recours accru à l’endettement qui passa de 55% en 2001 à 95% en 2011. A cet instant de leur histoire, les Etats-Unis entrèrent dans un nouvel environnement économique où la relation entre budget, commerce extérieur, épargne et investissement n’a plus cours. Ce monde éthéré dans lequel les lois de l’économie sont inopérantes, est un monde éphémère dont il faudra sortir un jour.
 
C’est le défi auquel Donald Trump est confronté. Les tarifs douaniers n’y changeront rien, ni les coups de menton à l’adresse des Chinois. C’est le système qu’il faut reformer. En tant que premier bénéficiaire, il est évident que les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à se lancer dans une refonte du système. A supposer qu’ils s’y risquent, la Chine et l’Allemagne, autres grands bénéficiaires du système, freineront des quatre fers…

Envoyé par l'auteur, 12 juin 2018
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La coalition introuvable face à la Chine
 
CHRONIQUE - Face à l'extraordinaire montée en puissance industrielle, commerciale et militaire chinoise, les Occidentaux se révèlent incapables de former une coalition.
 
Derrière la farce qu'a constitué, les 8 et 9 juin 2018, le sommet au Canada du G7 (club des principaux États industrialisés du camp occidental), se profile une tragédie, moins médiatisée, mais beaucoup plus lourde de conséquences réelles. Face à l'extraordinaire montée en puissance industrielle, commerciale et militaire chinoise, les Occidentaux se révèlent incapables de former une coalition. Dans l'histoire contemporaine des relations internationales, les coalitions ont toujours servi à contenir les prétentions hégémoniques d'un État qui devient aveuglé par la croissance exponentielle de sa puissance. Les Européens se sont par exemple coalisés contre une France napoléonienne qui prétendait imposer sa loi partout, de Madrid à Moscou.
Le fait marquant de la rencontre de la Malbaie (Québec) n'est ni l'inaptitude de Donald Trump à toute diplomatie multilatérale (on le savait déjà), ni le coup de communication peu courtois du jeune premier ministre canadien (qui critique publiquement les États-Unis après le départ de leur président), ni la colère froide de la chancelière d'Allemagne (dont le formidable excédent commercial risque d'être un peu raboté par les nouveaux droits de douane américains).
 
Le fait marquant de ce G7, c'est l'incapacité des dirigeants du camp occidental à raisonner stratégiquement. On se dispute sur des tonnes d'acier et des camions de lait, mais on se montre incapable de prendre à bras-le-corps les grandes urgences géopolitiques du moment (l'hostilité persistante Ukraine-Russie, l'irrédentisme kurde au Moyen-Orient, l'expansionnisme naval chinois en mer de Chine méridionale, le retour de la Perse dans l'arène des nations civilisées, l'impasse israélo-palestinienne, l'explosion démographique de l'Afrique noire, la police des Océans, etc.). Embourbés dans leurs petites querelles économiques, Européens et Américains du Nord semblent incapables d'élever leur réflexion aux grands sujets de guerre et de paix : qui compte encore sur eux pour diminuer la fréquence des conflits ethnico-religieux à travers la planète ? Tout se passe comme si ces Occidentaux, enfants de la société de consommation, étaient devenus trop riches, trop vieux, trop peureux pour regarder en face les questions vraiment importantes, qui sont toujours religieuses, sociales, culturelles et idéologiques.
 
Cette zizanie occidentale doit faire sourire Xi Jinping, qui s'est doté, sans le moindre murmure autour de lui, d'un statut de nouvel empereur de Chine. Lors du XIXe congrès du Parti communiste (octobre 2017), il a promis aux Chinois que leur pays allait devenir la première puissance du monde, vengeant ainsi l'humiliation subie, tout au long du XIXe siècle, face aux puissances étrangères. Il est vrai que, pour nourrir sa progression, la Chine dispose d'un solide socle idéologico-culturelle (révérence religieuse envers l'État ; prééminence de l'ethnie Han sur toutes les autres ; nationalisme exacerbé ; philosophie confucéenne, privilégiant le bien de la communauté par rapport aux droits individuels de la personne). Depuis que la Chine a renoncé à sa fantaisie maoïste, elle sait très exactement où sont ses intérêts et comment les atteindre. Le sommet de Singapour de ce mardi entre Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un sert en premier lieu les intérêts de la Chine, qui a toujours préconisé un dialogue direct entre États-Unis et Corée du Nord. Car si cette dernière est autorisée à réintégrer les circuits commerciaux mondiaux, ce sont les commerçants chinois qui en profiteront en premier.
 
Alerté par un article publié le 15 août 2017 dans leNew York Times par Dennis Blair et Keith Alexander, deux ex-éminences du renseignement américain, Donald Trump a eu le mérite d'avoir été le premier président américain à fustiger haut et fort le vol de technologie occidentale auquel se livre la Chine depuis un quart de siècle. Ce pillage coûterait entre 200 et 600 milliards de dollars par an aux États-Unis. Le gouvernement américain a porté plainte auprès de l'OMC en mars 2018, aussitôt suivi par l'Union européenne, qui a été autant lésée par les Chinois. Mais le problème de Donald Trump est qu'il est incapable de suivre un dossier technique jusqu'à son règlement final. La concurrence déloyale de la Chine aurait dû être le grand sujet de ce G7 ; hélas, elle ne l'a pas été !
Avec un évident bon sens, États-Unis et Italie voulaient réintégrer la Russie dans ce club. Obsédés par la crise ukrainienne, les autres Européens n'ont pas voulu. Trump n'a pas insisté. Quel intérêt ont donc les Occidentaux à jeter les Russes dans les bras de la Chine, qui les recevait ce 9 juin dans le cadre du sommet de l'OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï)? C'est un mystère inexplicable. La division publique des Occidentaux a dû réjouir Poutine. Mais c'est à la Chine qu'à long terme elle profitera le plus.

Paru dans Le Figaro, 12 juin 2018
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Quand les Russes défient les néoconservateurs
 
Au vu de la politique américaine agressive qui refuse la multipolarité, la question se pose de savoir comment cela va-t-il finir ? Quatre options se présentent : 1) les nations se coalisent et forcent les Etats-Unis à reconnaître l’inévitable transformation du monde, 2) la Russie défie les Etats-Unis qui reculent devant l’abysse nucléaire, 3) les Juifs américains, majoritairement démocrates et libéraux, dénoncent la stratégie de l’AIPAC et forcent le gouvernement américain à changer de politique, et 4) les psychopathes de Washington DC, dans un geste suicidaire, optent pour Armageddon. De ces quatre options, la plus probable est la seconde.
 
Les élections de mi-mandat sont désormais la préoccupation première à Washington DC, non que le résultat ait une grande influence sur la politique étrangère américaine, mais les formes doivent être respectées. Les relations internationales vont donc connaître une accalmie suivie d’un regain de tension après les élections. A un moment T donné, les néoconservateurs confronteront les Russes qui leur barrent la route de l’hégémonie. Nous n’en sommes pas encore là. Reprenons les principaux points de l’actualité.
 
Les récentes décisions de Donald Trump (transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, dénonciation de l’Accord nucléaire uranien, veto à la résolution du Conseil de sécurité condamnant Israël pour les tués de Gaza, tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium) ont fait monter la tension internationale de plusieurs crans. Ses alliés européens les condamnent, au moins pour partie. Réagissant à la décision sur l’Accord nucléaire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, déclarent : "Avec des amis comme ça, on peut se passer d’ennemis". Même le très politique Jean-Claude Juncker y va de son couplet en demandant que l’on mette fin "au Russia bashing". Les Russes et les Chinois se sont montrés discrets, mais n’en passent pas moins. Ils continuent de tisser leur toile au travers de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation de coopération de Shanghai, de la Banque asiatique d’investissements pour l’infrastructure, etc. Ainsi, le Forum économique de Saint-Pétersbourg a-t-il été un succès avec quinze mille participants, et la présence remarquée de Shinzo Abe et Emmanuel Macron.
 
Iran : dans la vision néoconservatrice, la sortie de l’Accord nucléaire iranien doit être suivie de frappes israélo-américaines sur les sites nucléaires dénoncés par Benjamin Netanyahu le 30 avril. Calendrier électoral oblige, il n’y aura pas de frappes. Les Américains ne veulent pas de guerre. La Chambre des représentants en a pris acte en votant à l’unanimité le 22 mai un amendement rappelant au président qu’il n’avait pas autorité à lancer une attaque contre l’Iran. Le premier ministre israélien qui rencontre ses homologues britannique, allemand et français pour les convaincre de répudier l’accord iranien, devra prendre son mal en patience.
Notons au passage la contradiction des Européens qui souhaitent la coopération de Moscou dans l’affaire de l’Accord nucléaire, mais rejettent la proposition de Donald Trump de réintégrer la Russie dans le G7.
 
Corée du nord : ce sommet, voulu par Donald Trump, maître es négociation, se soldera par un échec. Ni les néoconservateurs, ni les Chinois ne veulent d’un accord.
 
Guerre commerciale sino-américaine : les Etats-Unis et la Chine parviendront à un accord avant les élections, ne serait-ce que pour calmer les agriculteurs américains qui craignent pour leurs exportations. Ils ont voté majoritairement pour Donald Trump en novembre 2016.
 
Après les élections, les choses reprendront leur cours normal. En premier lieu, l’Iran.
Pour justifier les frappes américaines, une attaque sous faux drapeau aura lieu dans une grande ville américaine (Boston, Chicago, San Francisco, etc.). L’émotion créée par le millier de morts, associée à la découverte d’un ou plusieurs passeports iraniens, suffira à convaincre le peuple Américain et ses représentants qu’une attaque est nécessaire pour laver l’affront. [Note : L’Opération Northwood, proposée par le chef d’état-major Lyman Lemnitzer en avril 1962, prévoyait de tuer un millier d’Américains par des actes terroristes attribués à des Cubains dans divers villes des Etats-Unis pour justifier l’invasion de Cuba.] (1) Rappelons aussi que les sénateurs Corker et Kaine ont proposé en avril un amendement qui, sous couvert de restreindre les pouvoirs du président, l’autorise en fait à déclarer la guerre sans l’accord du Congrès. Les frappes auront donc lieu, et seront peut-être suivies d’une invasion. Le monde entier protestera, Union européenne en tête, sans résultat. Seule la Russie peut s’opposer à cette nouvelle guerre ce qu’elle se gardera de faire, ne voulant pas sacrifier Moscou pour sauver Téhéran.
 
A ce point, le second objectif des néoconservateurs – créer le chaos au Moyen-Orient – aura été atteint. Viendra le temps de s’attaquer au premier : dominer le monde. Objectif : la Russie. Les combats reprendront dans le Donbass. La Russie devra prendre une décision : renoncer à défendre cette région, se soumettre et être pillée comme elle le fut au temps de Boris Eltsine ou réagir à cette nouvelle agression. La tension entre les deux nations sera à son comble, comme en octobre 1962 lors de la crise de Cuba. Fatigués des humiliations et des mensonges à répétition (Russiagate, Affaire Skripal, MH17, etc.) ainsi que des sanctions économiques injustifiées, l’Armée et le FSB (la CIA russe) prôneront une ligne dure quand Dmitri Medvedev et autres atlantistes se prononceront en faveur d’une solution négociée. Les premiers sortiront vainqueurs du débat et poseront l’index sur le bouton nucléaire en intimant aux néoconservateurs l’ordre de se retirer de l’Ukraine. Face à l’abysse nucléaire, trop attachés à leurs condominiums sur Park Avenue et à leur villa en Floride, les néoconservateurs se coucheront piteusement devant les Russes, révélant ce qu’ils sont réellement : des êtres minables, des assassins, et des imbéciles dangereux.
 
Débarrassé de ces monstres, le monde sera de nouveau en paix. 
 
(1) Le ressentiment des Américains à l’égard des Iraniens depuis l’affaire des otages de 1979 est profond, comme le démontre la récente décision d’un juge fédéral condamnant l’Iran à payer des milliards de dollars aux victimes du 11 septembre et à leurs familles.

Envoyé par l'auteur, 9 juin 2018
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La mouche du coche

Ce matin 9 juin j’écoute en étalant une coulée de confiture de fraise sur une tartine de pain d’Aubrac un journaliste écolo dans la minute où (soumis à l’idéologie du GIEP) il taxe de fascisme ou de racisme les "climato-sceptiques". J’en suis, et ris de quel homérique rire !
Un puissant groupe de pression érige en vérité objective, incontestable, scientifiquement établie l’idée que nous sommes responsables du réchauffement de notre fragile planète. Ma crasse ignorance en la matière m’interdit de me prononcer, mais me fiant au bon sens dont cartésien d’honnête observance je ne crois pas manquer je prierais ce journaliste subrepticement fanatique de me dire comment se détermine en stricte exactitude la part des industries humaines dans un épisode tellurique d’hyperthermie.
Voilà un cas remarquable, dans la tapageuse actualité, où douceur et doute seraient le signe heureux d’un … tact scientifique. Mais si je suis fort ignorant, je le répète, en la matière, j’ai assez de nez pour flairer dans les déclarations comminatoires, dans les injonctions frénétiques du GIEP, de ses affidés, des politiciens et des journalistes à leur solde une louche affaire d’intérêts financiers ; ils ne seraient pas si impatients de convaincre et de mettre au pilori les sceptiques s’ils étaient sincèrement eux-mêmes convaincus. Les découvertes en astrophysique, en chimie organique, en cybernétique etc. ne provoquent pas un tel tam-tam de réquisitions et de réquisitoires. Les fans du GIEP et du G7, obsédés par leur conviction que c’est à nous qu’il revient de faire baisser la température parce que notre activité humaine serait la principale responsable de son élévation me font invinciblement penser à la fable de la mouche et du coche. Car l’activité solaire et le rayonnement cosmique sont peut-être en l’affaire (je dis peut-être, doux et humble dans mon énonciation) les facteurs déterminants. Tel est l’avis par exemple de l’israélien Nir Shaviv. Je tressaille de joie à la pensée que par un simple effort de réflexion je rejoins le point de vue d’un savant qui d’abord rallié à la doctrine officielle (celle de la Mouche, de la terrestre activité humaine) incline, réflexion faite, à mettre en cause principalement les "six forts chevaux", c’est-à-dire des phénomènes de bien plus vaste ampleur que nos émissions de CO2.
Ce fanatisme de "l’effet de serre" est d’un très grand intérêt parce qu’il est en voie de développement, se recommande d’une nuée de spécialistes, se pare ainsi d’une spécieuse apodicticité. Puis-je sans impudence citer la moralité de la fable ? "Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S’introduisent dans les affaires : ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés."

Envoyé par l'auteur, 9 juin 2018
Publié dans A tout un chacun
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Vers un ministère de la Propagande ?
 
Madame Françoise Nyssen, ministre de la Culture, vient d’annoncer son grand projet pour l’audiovisuel public. Au milieu d’un catalogue plutôt fade de vœux pieux et de demi-mesures, elle présente tout de même deux lignes directrices intéressantes : au nom de la diversité, elle veut bannir de l’audiovisuel tout ce qu’elle juge réactionnaire. Au nom de l’antiracisme, elle prône la discrimination de l’homme blanc.
 
Les plus optimistes diront que c’est une gesticulation sans lendemain, destinée à donner des gages à la frange bobo la plus à gauche de l’électorat macronien. La ministre s’était jusqu’alors signalée par une rare insipidité à un poste dont on se demandait s’il n’avait pas disparu dans les oubliettes du nouveau pouvoir. Sa dernière déclaration la porte brièvement sur le devant de la scène, mais laisse entendre qu’une étrange conception de son rôle va transformer le ministère de la Culture en un ministère de la Propagande, outil de guerre contre ceux qui ne pensent pas comme la transparente ministre : les réactionnaires et l’homme blanc. Vaste programme…
 
Passé le premier constat de l’incohérence de ces propos ministériels, apparaît donc une réelle inquiétude face à ce qui pourrait être l’annonce d’une emprise idéologique dictatoriale et raciste sur l’audiovisuel public. Il ne s’agit pas de procès d’intention ni d’interprétation tendancieuse de ma part. Si les mots ont un sens, la purge envisagée est clairement exprimée sur la base de critères idéologiques et raciaux sans équivoque. C’est grave, et c’est inacceptable.

Envoyé par l'auteur, 8 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Fake news et Fake Laws
 
Faut-il toujours dire la vérité ? Il existe des situations dans lesquelles s’abstenir de dire ce que l’on sait constitue un devoir : pensons par exemple au secret professionnel des médecins. Il y a même des tromperies bienfaisantes : faire croire que l’on va attaquer en A, alors que l’on a comme plan de bataille de porter son effort sur B, a permis plus d’une fois de gagner des batailles en sacrifiant moins de vies humaines.
Cela étant, les fake news, colportées jadis par le bouche à oreille, et aujourd’hui par les media sociaux, sont un fléau, comme les moustiques ou les tiques. L’accroissement du sens moral qui en réduirait la production serait le bienvenu, comme l’a été l’assèchement des marécages grâce auquel la population de certains insectes nuisibles a fortement diminué. Mais faut-il ajouter aux dispositifs légaux et réglementaires qui existent déjà en la matière ? Il me semblerait nettement plus productif de centrer l’action du législateur sur la purification de ce dont il est directement responsable, à savoir la loi elle-même.
 
Le fléau des Fake Laws
Il existe dans la loi des truquages, des mensonges, des atteintes à la vérité, qui sont d’une extrême gravité. La loi sert, dans un certain nombre de cas, à imposer une sorte de vérité officielle qui occulte la vérité réelle, celle qui tient à la nature des choses. Ces Fake Laws peuvent porter un tort considérable à la population qui leur est soumise.
Il existe probablement des mensonges législatifs dans bien des domaines ; les règles fiscales en comportent par exemple un que tout le monde connait : l’imposition des intérêts nominaux comme s’il s’agissait d’intérêts réels, qui a spolié de nombreux contribuables à l’époque où la hausse du niveau général des prix était assez forte. Mais je me limiterai dans ce qui suit à deux Fake Laws d’une grande importance, que mes recherches en économie m’ont amené à détecter et à dénoncer : le mode d’attribution des droits à pension dans les régimes en répartition, et la séparation des cotisations sociales entre cotisations salariales et cotisations patronales.
 
La Fake law des retraites par répartition
Dans l’état actuel des textes, la retraite du régime général est définie par des textes très alambiqués qui ne permettent pas de déceler facilement l’entourloupe, c’est-à-dire le fait que le droit d’obtenir une pension découle des cotisations versées au profit des personnes âgées. L’article L351-1 du code de la sécurité sociale (CSS) détermine en effet les principes généraux d’un mode de calcul de la pension du régime général en fonction du "salaire annuel de base" sans indiquer pourquoi. Quant aux principes généraux, définis dans le tout premier article du CSS (L.111-1), ils se bornent à une référence au "principe de solidarité nationale", formule incantatoire à laquelle on peut faire dire (et l’on fait dire) tout et n’importe quoi, et à dire que la sécurité sociale "assure le service (…) des allocations de vieillesse".
Les partenaires sociaux ne sont pas plus précis dans le corps même de la convention AGIRC 1947, que nous prenons évidemment ici dans sa version mise à jour du 1er janvier 2018. Mais les articles 1et 2 du titre 1 de l’annexe 1 précise que les "allocations" sont déterminées en multipliant le nombre de points acquis au prorata des cotisations versées selon les règles figurant dans le corps de la convention par la "valeur du point de retraite fixée annuellement par le CA de l’AGIRC". On a donc un modus operandi précis qui fixe une relation entre cotisations et pensions : le montant de ces dernières résulte directement des versements de cotisation effectués tout au long de la carrière.
C’est à cette règle que nous devons nous intéresser puisque le projet présidentiel adopte sans ambigüité le principe de droits à pension découlant des versements de cotisation vieillesse en respectant la règle selon laquelle un euro de cotisation doit procurer les mêmes droits quel que soit le cotisant.

Or cette règle juridique est totalement en porte-à-faux avec la réalité économique. Celle-ci est un échange entre générations successives ; les membres de la génération A mettent au monde, éduquent et entretiennent leurs descendants de la génération B, sur lesquels ils acquièrent ainsi des droits, et ceux-ci, quelques décennies plus tard, s’acquittent de la dette ainsi contractée en versant des cotisations qui sont reversées, sous forme de pension, à leurs aînés retraités.
Le droit positif est donc dans une position de superbe ignorance vis-à-vis de la réalité économique. Dans le régime général, les dispositifs de rachat d’annuités montrent bien que, même si le législateur est resté plus vague que les partenaires sociaux, on est aussi dans une perspective du type "j’ai versé des cotisations vieillesse, donc j’ai droit à une pension". Or une telle formule n’est adaptée qu’aux retraites par capitalisation. Le droit positif de nos retraites par répartition est donc au mieux un "pieux mensonge" destiné à "ne pas désespérer Billancourt", comme disait Sartre dans L’enfer c’est les autres, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un aveuglement de certains des législateurs qui se sont succédé en France et d’un manque de courage des autres devant le caractère iconoclaste de la réforme à accomplir.
Quoi qu’il en soit, le résultat est que le droit positif de nos retraites par répartition, qu’il ait la forme de textes de loi ou de conventions collectives, est un magnifique exemple de Fake Law.
 
Les cotisations sociales
Il est difficile de trouver un texte parlant des cotisations sociales françaises qui ne comporte pas une jérémiade concernant le poids écrasant de ces cotisations et les conséquences désastreuses qui en résulteraient pour les entreprises, l’emploi, la compétitivité du pays, la balance commerciale, et tutti quanti. Les politiques d’allègements de charges sociales patronales constituent depuis une vingtaine d’année le leitmotiv des gouvernants comme des commentateurs. Or il s’agit là d’une erreur grossière, liée à une histoire qui remonte au XIXème siècle, à l’époque où certains patrons mirent en œuvre une technique de motivation de leur personnel consistant à donner des rémunérations supérieures à ce qu’ils auraient pu faire compte tenu de l’état du marché du travail.
Ces "sursalaires" avaient le triple avantage de fidéliser les ouvriers, de leur donner du cœur à l’ouvrage, et de positionner l’employeur comme un homme de bien, sensible aux difficultés des pauvres gens. Mais pour bien montrer qu’ils allaient au-delà du prix de marché du travail, et pour maximiser le rapport entre la dépense effectuée et l’utilité supplémentaire apportée aux salariés, ces patrons intelligents et raisonnablement altruistes donnèrent à ce supplément de rémunération la forme d’une cotisation à une société de secours mutuel remplissant les fonctions de sécurité sociale exercées, à l’époque médiévale, par les corporations. De plus, dans un souci éducatif, ils demandèrent à leurs salariés de verser eux aussi une petite cotisation.

Cette forme de protection sociale très paternaliste a pris une ampleur que n’auraient jamais imaginé ses créateurs, et elle a été prise en main par l’Etat, mais la cotisation patronale est restée en place, et les organisations patronales y sont très attachés, d’autant plus attachées qu’elle leur donne une bonne raison de se plaindre et d’obtenir des réductions sur ces "charges sociales" réputées renchérir le coût du travail. L’idée économiquement fausse selon laquelle les cotisations patronales renchériraient le coût du travail, constitueraient une sorte d’impôt sur les entreprises, est indéboulonnable puisqu’elle donne du grain à moudre aux syndicats patronaux.
Nonobstant le maquis de réductions évidemment mis en place par un complexe politico-administratif qui y trouve lui aussi une raison d’être et un moyen de paraître, il ne serait pas très compliqué de basculer la grosse majorité des cotisations patronales sur les cotisations salariales sans rien changer en ce qui concerne le salaire net, le coût du travail pour l’employeur et les recettes de la sécurité sociale. Seulement voilà : le système de Fake Laws qui organise la soi-disant mise à la charge de l’entreprise d’une grande partie du financement de la sécurité sociale est très apprécié, comme il vient d’être dit, d’un grand nombre de personnes et d’organismes qui trouvent leur avantage à s’en occuper. Quand un mensonge s’est enraciné dans des structures très complexes qui servent d’habitat préféré à beaucoup de beau monde, il est difficile de le remplacer par la simple vérité, à savoir que la vraie rémunération du salarié est le salaire super-brut, et qu’il paye en fait – économiquement - la totalité des cotisations sociales, aussi bien celles que l’on dit patronales que celles que l’on dit salariales.

Voici, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, ce qui pourrait utilement vous occuper : le gros canon que vous avez entre les mains est inopérant, du moins dans un pays épris de liberté, en ce qui concerne les Fake news, alors qu’il ferait des merveilles si vous le pointiez sur les Fake laws.

Envoyé par l'auteur, 8 juin 2018
Publié dans En France
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Les ciseaux vertueux
 
La maison de Pierre Loti est menacée d'être exclue des chefs-d'œuvre à restaurer à cause de propos peu amènes tenus il y a un siècle par son propriétaire. Notre époque s'installe imprudemment dans le "chrono-centrisme". Qu'est-ce que ce terme, aussi barbare que ce qu'il désigne ? Le promoteur du loto du patrimoine, Stéphane Bern, le définit, en mettant en garde : "Ne mettons pas notre regard d'aujourd'hui sur des personnages du XIXe siècle."
Après la polémique sur Hergé jugé raciste ou Bizet phallocrate, cet incident n'est que le nouvel épisode d'un mouvement de fond. Tel Javert poursuivant Valjean jusqu'à son dernier souffle, sans indulgence ni intelligence, la pratique se répand de porter des jugements anachroniques.
Le procureur Pinard peut être fier de sa postérité : celui qui poursuivit Flaubert et fit condamner Baudelaire au nom de la "morale publique" a une belle descendance. Dans des associations, et aux États-Unis dans des maisons d'édition, des esprits vétilleux travaillent à surveiller les arts et lettres. Leurs ciseaux vertueux n'ont rien à envier aux censeurs de jadis. Ils traquent les romans sans égard pour le génie de leur auteur, scrutent les toiles de maîtres, auditionnent les opéras avec l'oreille d'un juge d'instruction.
Comment en est-on arrivé là ?
La vision philosophique de l'homme fondée sur la liberté, sur quoi repose notre société, a depuis trente ans fait place à une défense des individus, de leur mémoire et de leurs droits particuliers. Pour protéger ceux-ci, le politiquement correct américain invente les contrôles "de sensibilité" - ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites ! Mais qui dresse la liste des "sensibilités" ? La loi ? Ou les militants politiques et les communautés ?
Un spectre se dresse devant nous : la littérature, fille de Don Juan et de Boule de Suif, élevée sans corset, tant bien que mal, perd de ses belles couleurs et de sa vitalité. Le traitement à la "moraline" que lui inflige notre époque ne lui vaut rien. Son teint blafard annonce un monde bien triste.

Paru dans Le Figaro, 9 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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L'Italie, problème ou solution de l'Europe ?
 
CHRONIQUE - La situation en Italie est révélatrice de tous les atermoiements de l'Union.
 
"Le bon temps pour les clandestins est fini ; préparez-vous à faire les valises." Le patron de la Ligue, Matteo Salvini, a le sens de la formule qui fait mouche. Ce n'est pas un hasard s'il a choisi le poste de ministre de l'Intérieur, laissant à ses alliés du mouvement M5S les ministères sociaux. À ce poste, on peut encore montrer qu'un État déterminé a les moyens d'agir. Encore faut-il qu'il le soit.
C'est toute la question posée par l'affaire italienne. Celle de la légitimité démocratique est derrière nous. Elle s'est réglée par un compromis à l'italienne : les vainqueurs des élections ont renoncé à "leur" ministre des Finances europhobe ; le président de la République italienne et les milieux européens de Bruxelles qui le soutenaient ont renoncé à empêcher une majorité "populiste" de gouverner.
Désormais, c'est à Salvini de jouer. D'abord parce que l'immigration fut le thème qui l'a porté au pouvoir. Ensuite parce qu'il doit montrer qu'il peut expulser massivement les clandestins (il a promis 500 000 renvois) et arrêter la déferlante migratoire sur les côtes italiennes. Salvini s'en est déjà pris aux ONG qui, sous couvert d'humanisme, sont les complices des passeurs. Il devra utiliser la marine italienne non pour sauver les migrants mais pour les arrêter, voire détruire leurs barques. Il devra enfin tenir tête aux juges européens qui ne manqueront pas de dénoncer des pratiques contraires aux "droits de l'homme". Osera-t-il ? Il devra aussi faire pression sur les pays de l'autre côté de la Méditerranée - Tunisie, Maroc et, au-delà, les autres pays d'Afrique pour qu'ils reprennent leurs ressortissants. Au temps de Ben Ali en Tunisie et de Kadhafi en Libye, ces pays bloquaient les migrants pour qu'ils ne se déversent pas sur l'Europe - preuve que c'est possible. L'Algérie n'hésite pas à renvoyer brutalement les migrants qui essayent de s'installer chez elle.

Paru dans Le Figaro Magazine, 8 juin 2018
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Le ralliement des droites, l'idée en marche
 
Alors qu'une vague conservatrice s'abat sur l'Europe, la France navigue à contre-courant. Il serait pourtant temps que tous ceux qui entendent résister à la lente dilution d'une Europe construite sur la diversité, le multiculturalisme et l'accommodement avec l'islam conquérant s'allient.
 
Un pas est franchi : évoquer un rapprochement des droites n'indigne plus les maîtres de ballet. Sur ce sujet comme sur d'autres, se vérifie la remarque de Schopenhauer : "Toute vérité franchit trois étapes : d'abord elle est ridiculisée. Ensuite elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence."
Votre serviteur, qui a enduré la première étape en décrivant la centralité de la crise identitaire, confirme le constat : les infamies se tarissent. Il est devenu banal d'évoquer la submersion migratoire, la perméabilité des frontières, la dangerosité de l'islam politique, le renoncement à protéger la nation. L'idée fixe est une opiniâtreté qui a permis à Ulysse de triompher des tempêtes et des pièges pour rejoindre son Ithaque, comme le rappelle brillamment Sylvain Tesson. Cet entêtement peut aussi devenir une vertu pour ceux qui refusent de se laisser distraire ou décourager. C'est ainsi que les interdits finissent par voler en éclats sous la force du bon sens.
 
Le ralliement des droites, embourbées dans leurs tranchées, fait partie de ces dénouements inévitables. L'Italie, maintenant dirigée par une coalition antisystème en dépit d'une tentative d'obstruction vite dénouée, offre un exemple à suivre de près. Si la défense de l'euro a servi de prétexte au président de la République, Sergio Mattarella, pour tenter de mettre au pas les deux alliés (la Ligue et le M5S), il n'a rien trouvé à redire au projet de Matteo Salvini (la Ligue) d'expulser 500.000 clandestins. "La planque, c'est fini. Les clandestins doivent faire leurs valises et partir dans le calme", a déclaré ce dernier, nommé ministre de l'Intérieur. En Italie comme ailleurs en Europe, le problème migratoire suffit à constituer des rassemblements souverainistes contre la globalisation. Les querelles économiques sur la place du libéralisme passent au second plan dans cette mobilisation pour la reconquête des cultures oubliées.
 
Le choix d'Emmanuel Macron pour le postnationalisme, la souveraineté européenne et l'ouverture à la mondialisation devrait être une raison suffisante pour obliger les droites à passer outre d'archaïques "lignes rouges" : celles-ci interdisent de consolider tout front commun, au bénéfice du pouvoir en place. Le clivage entre gauche et droite ne signifie plus grand-chose quand le débat se structure entre les partisans d'un monde ouvert et indifférencié et ceux d'un retour aux frontières et aux enracinements. Quatre leaders Républicains se sont faits, mardi dans Le Figaro , les avocats d'une Europe fière de ses racines et à l'écoute des peuples: leurs mots étaient ceux que tiennent également Marine Le Pen, Marion Maréchal, Nicolas Dupont-Aignan et tous ceux qui entendent résister à la lente dilution d'une Europe construite sur la diversité, le multiculturalisme et l'accommodement avec l'islam conquérant. Les Républicains, qui veulent faire bande à part, ne peuvent ignorer que l'union fait la force.
Le cordon sanitaire, que suggère encore Laurent Wauquiez (LR) quand il refuse tout contact avec le FN recentré, est à côté de la plaque. Même Marine Le Pen est descendue de son Aventin : elle se dit prête à des alliances, dans une recomposition de la vie politique. Elle vient d'ailleurs de rebaptiser son mouvement Rassemblement national, le week-end dernier. Sa nièce, Marion, jure pour sa part qu'elle ne fait pas "un retour politicien" en ouvrant cette année, à Lyon, un institut de formation politique (l'Issep) s'inscrivant dans le nouveau courant conservateur. Reste que la jeune femme de 28 ans a déjà rejoint le top 10 des politiques. Elle pourrait être bien placée, demain, pour représenter une seule et même droite libérale, conservatrice et sociale, si ses aînés s'entêtent dans les guéguerres du vieux monde. Il ne faut pas non plus exclure, après les Européennes et les municipales, la survenue d'un fédérateur inattendu.
Macron a prouvé qu'un jeune hussard sorti de l'ombre pouvait enlever une élection.
Paru dans Le Figaro, 8 juin 2018
Publié dans Du côté des élites
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Etats-Unis : le mythe de l’isolationnisme bienveillant
 
Il existe de nombreux mythes à l’égard des Etats-Unis. Dans la situation actuelle du monde, deux méritent que l’on s’y attarde. Ils seraient isolationnistes et bienveillants. Le premier remonte aux origines de la jeune république et à leur intervention tardive dans la Première Guerre mondial, le second au débarquement de juin 44, aux GIs et au chocolat qu’ils distribuaient aux enfants. C’est la vision qu’en ont les Européens. Les pays d’Amérique du sud qui vivent peu ou prou sous leur joug depuis deux cents ans, en ont une autre. La réalité diffère de cette image d’Épinal. 
 
Dès l’origine, l’élite américaine s’est considérée comme dotée d’une mission envers le monde. Cette vision sous-tend encore aujourd’hui la politique extérieure des États-Unis. Elle est présente dans de nombreux documents dont deux publiés récemment : le National Security Strategy et le National Defense Strategy. L’un et l’autre réitèrent l’ambition hégémonique des États-Unis ce qui, du même coup, place l’Europe sous leur tutelle et rend impossible toute paix négociée avec la Russie et la Chine, perçues comme concurrents. George W. Bush a parfaitement exprimé cette vision manichéenne du monde dans son discours du 21 septembre 2001: "vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous…". Le message est univoque. Cette vision est dangereuse par les décisions qu’elle engendre. En voici les origines et l’évolution au cours du temps. 
 
Les Pères fondateurs
Deux discours sont à l’origine du mythe isolationniste. Dans son discours d’adieu, George Washington a donné ce conseil à ses successeurs : "il est de notre intérêt de ne pas nouer d’alliances permanentes avec quelque région du monde que ce soit". Dans son discours inaugural, Thomas Jefferson déclara : "Paix et commerce, amitié loyale avec toutes les nations ; alliances enchevêtrées avec aucune". En fait, l’un et l’autre exprimaient publiquement une opinion qui avait cours dans la nouvelle république. Ainsi, Alexander Hamilton s’inquiétait-il de la rivalité entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne rivalité qui pourrait, par le jeu des alliances, entraîner les Etats-Unis dans le "pernicieux labyrinthe des guerres européennes". Il convient donc de se garder d’alliances enchevêtrées, et de s’équiper d’une marine puissante pour "être en mesure de dicter les conditions régissantes les relations entre le vieux et le nouveau monde". (1) Il y a dans cette déclaration les prémices d’une vision hégémonique qui se confirme avec la Doctrine de Monroe, la Destinée manifeste et "l’exceptionnalisme américain" auquel Barack Obama se référera dans l’un de ses discours à l’ONU. (2) Au plan stratégique, elle est théorisée par l’amiral Alfred Mahan qui préconise la construction d’une flotte de guerre. Ses sources sont les Pèlerins du Mayflower, partis fonder une nouvelle Jérusalem, et les philosophes du siècle des Lumières. Alliant spiritualité et matérialisme, cette vision est incohérente.
 
Très vite, elle se mue en ambitions territoriales. La guerre de 1812 est une guerre de conquête. A peine remis de la guerre d’Indépendance, alors même que les dettes contractées à cette occasion ne sont pas remboursées, les États-Unis se lancent à la conquête du Canada. Le général Andrew Jackson qui deviendra le septième président, exprime les ambitions de la jeune république lorsqu’il déclare que ses hommes sont animés d’une ambition égale à celle de Rome. Quelques années plus tard, les États-Unis déclarent la guerre au Mexique et s’approprient un tiers de son territoire pour former les états du Texas, de l’Arkansas et le sud de la Californie. En juillet 1853, le commodore Matthew Perry, à la tête d’une flottille de canonnières à vapeur, remit au gouvernement japonais une lettre du président Fillmore exigeant l’ouverture du Japon au commerce américain. N’ayant pas obtenu satisfaction, il revient sept mois plus tard accompagné de bâtiments britanniques, français et russes. Cette fois, le gouvernement japonais se plia aux exigences américaines et signa la convention de Kanagawa. En 1898, les Etats-Unis prennent prétexte d’une explosion à bord de l’USS Maine dans le port de la Havane – explosion qu’ils avaient eux-mêmes provoquée – pour déclarer la guerre à l’Espagne et s’emparer de Cuba et des Philippines. Cette même année, ils annexent la république d’Hawaï, dirigée par Stanford Dole de la Dole Food Company. Les États-Unis sont une puissance coloniale.
 
En cent ans, les Etats-Unis ont multiplié la surface de leur territoire par un facteur de dix et leur population par un facteur de 100. En 1913, ils sont la première puissance économique avec une production d’acier de 31,5 millions tonnes, devant l’Allemagne (19,3 millions) et la Grande-Bretagne (10,4 millions). Leur prétention à l’hégémonie s’exprime dès les premières heures de la République avec le Capitol, siège du Congrès, en référence à la Rome antique, ainsi que la Bibliothèque nationale et ses 162 millions d’ouvrages qui rappelle celle d’Alexandrie.
 
Première et deuxième guerres mondiales
A l’aube de la première guerre mondiale, ils en sont là. Ils sortent de la crise économique de 1907, et ne veulent pas être impliqués dans une guerre européenne. Pour assurer sa réélection, Woodrow Wilson a pris pour slogan "America First " ! Sur les champs de bataille, 1916 est une année meurtrière et indécise. Si les alliés gagnent, les Américains savent que ni la Grande-Bretagne ni la France ne constituent une menace à leurs ambitions dans le Pacifique. En revanche, si le Kaiser l’emporte, ils seront confrontés à une puissance transcontinentale au cœur de l’Europe qui, pour les raisons décrites par le géographe britannique Harold Mackinder, peut faire obstacle à leurs ambitions. Pour les dirigeants américains, conscients d’être à la tête de la première puissance économique et désireux d’en tirer profit, cette éventualité est inacceptable. La révélation, par les services secrets britanniques, du télégramme de Zimmerman, ministre des Affaires étrangères du Kaiser, à son ambassadeur à Mexico, proposant une alliance aux Mexicains pour récupérer les territoires perdus jadis, les convainc d’entrer en guerre.
 
Woodrow Wilson n’obtiendra pas la majorité des deux tiers au sénat pour ratifier le Traité de Versailles. Cet échec qui demeure un sujet de débat aux Etats-Unis, est dû principalement à des questions de politique interne, et non à un isolationnisme indéfini, comme il est souvent dit en Europe. La période de l’Entre-deux guerres se divise en deux phases. Pendant la première, les Etats-Unis sont très actifs sur la scène internationale en utilisant la diplomatie du dollar avec les Plans Dawes (1924) et Young (1929). Leur but est de garantir le repaiement des dettes de guerre de leurs alliés, tout en aidant l’Allemagne à se redresser. Dans la seconde, empêtrés dans une crise économique d’ampleur dont ils ne savent comment s’en sortir, ils adoptent une politique protectionniste avec le Smoot-Hawley Act (1930) qui aggrave les difficultés économiques de l’Europe. Puis, leurs grandes entreprises (General Electric, Standard Oil, Ford, ITT, etc.) facilitent par des accords avec des sociétés allemandes (I.G. Farben, Thyssen, etc.) la mainmise d’Hitler sur l’Allemagne. Le dictateur est alors perçu comme un rempart contre le communisme et l’URSS. Cette coopération ne se comprend que si l’on sait que dans le même temps Wall Street ourdissait un complot pour renverser Franklin Roosevelt, perçu comme un socialiste. Approché pour en prendre la direction, le général Smedley Butler refusa. Il écrira plus tard un pamphlet au titre évocateur : "War is a racket ".
 
C’est Hitler qui déclara la guerre aux États-Unis le 11 décembre 1941, et non l’inverse, comme on le croit souvent. Il espérait ainsi inciter les Japonais à déclarer la guerre à l’Union soviétique. Ceux-ci s’en gardèrent bien.
 
L’impérialisme américain
Sortis victorieux de la Seconde Guerre mondiale, grâce en partie aux sacrifices humains de l’armée soviétique, désireux de ne pas répéter les erreurs de l’Entre-Deux guerre, les Etats-Unis renoncent aux réparations de guerre et organisent une réunion à Bretton Woods dans le New Hampshire à l’été 1944 pour jeter les bases de l’architecture économique de l’après-guerre. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une action bénévole mais d’une initiative destinée à contrôler l’Europe et l’Asie du sud-est pour éviter une nouvelle guerre et assurer des débouchés à leur agriculture et à leur industrie, ce que le Plan Marshall fera superbement. Désorganisés, ruinés, conscients de ne pouvoir vivre en paix, les Européens se soumettent d’autant plus volontiers au diktat américain que la menace soviétique planait au-dessus d’eux. Le traité de l’Atlantique nord avec son bras armé l’Otan, signé en 1949, leur accordent la protection américaine qu’ils souhaitent. Les Japonais signent le traité de l’Asie du Sud-Est en 1954. (3)
 
En 1945, les Etats-Unis détiennent 72 % des réserves d’or. Leur économie est florissante et la première au monde (huit fois supérieure à l’économie britannique, la seconde au monde). Avec les accords de Bretton Woods, ils se convertissent au libre-échangisme qui désormais sert leurs intérêts. Traditionnellement, ils sont protectionnistes. (4) Derrière le conflit racial de la guerre de Sécession se cache une lutte de pouvoir entre un Nord industriel, protectionniste en pleine expansion, et un Sud agricole, libre-échangiste et sclérosé. Le Nord l’emportera et l’industrie américaine se développera à l’ombre des subventions et des tarifs douaniers. Les États-Unis suivent en cela l’exemple de la Grande-Bretagne qui devint libre-échangiste quand ses intérêts l’exigèrent, à la suite de la révolution industrielle et de la conquête de l’Inde.
 
Dans les années de l’immédiat après-guerre, la Grande-Bretagne représentait pour les États-Unis, avec la livre sterling et son empire, un concurrent potentiel sérieux qu’il convenait d’éliminer. Les États-Unis qui n’avaient pas demandé de réparations de guerre à l’Allemagne, exigèrent de la Grande-Bretagne qu’elle rembourse ses dettes de guerre en totalité et qu’elle maintienne la livre sterling à sa parité d’avant-guerre – cette surévaluation fit perdre à la livre son auréole vieille de cent cinquante ans et détruisit l’équilibre de la balance commerciale. Cela tua toute velléité impériale que Londres pouvait encore caresser. En 1947, l’Inde – le joyau de la couronne – devenait indépendante. Le démembrement de l’Empire britannique était inscrit en filigrane dans la charte de l’Atlantique d’août 1941. Les Britanniques payèrent au prix fort leur "relation spéciale " avec les États-Unis.
 
La construction européenne qui naît d’un désir de paix des Européens, est encouragée par Washington, voire téléguidée. Les Etats-Unis veillent en effet à leurs intérêts. Le traité de l’Elysée, né de la volonté du général de Gaulle de rapprocher l’Allemagne et la France, est vidé de son contenu par le préambule ajouté à la version allemande.
 
De la Guerre froide à la mondialisation
Deux documents rendent compte de la politique des Etats-Unis pendant la Guerre froide : le Long télégramme de George Kennan de juillet 1947 et le NSC68 d’avril 1950. Le premier préconise de contenir l’Union soviétique qui, profitant de ses gains militaires pendant la Seconde Guerre mondiale, a agrandi sa sphère d’influence jusqu’à Berlin. Dans le second, les Etats-Unis se présentent comme le défendeur du monde libre et des valeurs universelles inscrites dans la charte des Nations unies, et proposent un programme politique, économique et militaire destiné à renforcer la démocratie en Europe, à accroître le bien-être des populations et à prévenir toute agression soviétique à l’ouest. Au plan politique, il se traduit dans les faits par des opérations clandestines d’une brutalité peu commune. La plus connue – Gladio – sera responsable de l’assassinat de l’ancien président du conseil italien Aldo Moro qui avait conclu un "compromis historique" avec le secrétaire du Parti communiste italien, Enrico Berlinguer. (5) Au plan économique, il est à l’origine du "Miracle allemand" et des Trente glorieuses. Au plan militaire, il donne lieu à une course à l’armement qui sera fatale à l’Union soviétique.
 
Trois évènements mettent fin à la guerre froide et ouvrent la voie à une nouvelle ère : la mondialisation. Ce sont la chute du mur de Berlin en novembre 1989, l’effondrement de l’Union soviétique en décembre 1991 et le ralliement de la Chineà l’économie socialiste de marché lors du 14ème congrès du Parti communiste chinois. On assiste alors à un décollage du commerce mondial suivi d’une croissance quasi exponentielle de l’économie chinoise. (6) Le monde se révèle sous un nouveau jour : le rééquilibrage entre l’est et l’ouest. Cette évolution est perçue différemment à Pékin et à Washington. Les Chinois y voient l’avènement d’un monde multipolaire, alors que les américains y voient la confirmation de la supériorité de leur modèle. Deux documents l’attestent : la doctrine de Wolfowitz, du nom du Secrétaire adjoint à la Défense, et le Projet pour un nouveau siècle américain de William Kristol et Robert Kagan. (7) La doctrine est d’une simplicité biblique dans son énoncé : "Notre objectif premier est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs qui pose une menace du même ordre que celle posée par l’Union soviétique". Le Projet pose pour principe que ce qui est bon pour l’Amérique l’est aussi pour le monde. C’est une réaffirmation des "valeurs morales" et de la vision impériale des Etats-Unis. Dans les faits, cette vision se traduit par des guerres à la périphérie de l’empire. (8) Lors d’un discours au Commonwealth Club de Californie le 3 octobre 2007, le général Wesley Clark, ancien commandant en chef de l’Otan, affirme que dix jours après le 11 septembre, le Pentagone a pour objectif de détruire l’Iraq, la Syrie, la Lybie, la Somalie, le Soudan et l’Iran. Notant que ce plan n’a fait l’objet d’aucun débat public, Wesley Clark le qualifie de coup d’état politique. A la suite du 11 septembre, la guerre "contre la terreur" et "l’axe du mal" de George W. Bush fait suite à celle de Ronald Reagan contre "l’Empire du mal", toujours au nom des valeurs américaines.
 
Donald Trump, l’apostat enchaîné
Donald Trump estime l’architecture géopolitique mise en place à la fin de la guerre obsolète, lourde et coûteuse. Il l’assimile aux alliances enchevêtrées de Jefferson et souhaite la remplacer par des traités bilatéraux qui seront nécessairement profitables aux États-Unis en raison de leur puissance politique, économique et militaire. Il se retire donc du Partenariat transpacifique, refuse de réaffirmer l’adhésion des États-Unis à l’article V de l’Otan qui lie les signataires en cas d’agression, se désengage de l’accord de Paris sur le climat et reconnaît Jérusalem comme capital d’Israël. Si l’on exclue cette dernière décision qui s’inscrit dans un cadre particulier, sa politique remet en cause l’architecture de l’après-guerre et ses institutions internationales. En 2016, pendant sa campagne électorale, il dénonce l’invasion de l’Irak et la destruction de la Libye. Sa décision de taxer les importations d’acier et d’aluminium, suivi de celle d’imposer un tarif douanier sur les importations chinoises signale un retour au protectionnisme, potentiellement désastreux pour l’économie mondiale. Pour les néoconservateurs, cette remise en cause est une apostasie (hors sa position sur l’Iran et Jérusalem), apostasie d’autant plus grande qu’elle s’accompagne d’un désir de normaliser les relations avec l’ancien ennemi, la Russie afin de s’opposer à la puissance chinoise. Or, le complexe militaro-industriel a besoin de cet ennemi traditionnel pour justifier les budgets de la défense, d’où la diabolisation constante de Vladimir Poutine.
 
Donald Trump atteindra-t-il ses objectifs ? Il est permis d’en douter. C’est un homme seul, sans organisation politique, ni expérience washingtonienne. Il a été choisi par défaut et non par adhésion. Il doit son succès électoral aux milliardaires Robert Mercer et Sheldon Adelson tout autant qu’aux "petits blancs" du Midwest ou des Appalaches. Il est narcissique, versatile et incohérent. Les leviers de pouvoir sont aux mains des néoconservateurs. La nomination de Mike Pompeo au ministère des affaires étrangères, et celle de John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale le confirment, sans parler de Nikki Haley, ambassadrice aux Nations unies, qui n’hésite pas à s’opposer frontalement à la Maison Blanche, déclarant que "la Russie n’est pas et ne sera pas notre ami".
 
L’Europe se trouve en porte-à-faux face à cette nouvelle orientation que Donald Trump donne à la politique étrangère américaine. C’est le message d’Emmanuel Macron lors de son discours au Congrès. La décision du président américain de sortir de l’accord nucléaire iranien lézarde un peu plus une relation transatlantique fragilisée.
 
Réaffirmation de la stratégie militaire
La publication du National Security Strategy en décembre 2017 et du National Defense Strategy en février 2018 réaffirment la politique traditionnelle du Pentagone. La Russie et la Chine sont des puissances "révisionnistes", accusées de vouloir imposer leur modèle autoritaire au reste du monde. L’Iran et la Corée du Nord sont des états voyous. Les deux documents centrent la stratégie de défense sur les "concurrents" russe et chinois. Le second, rédigé par le Pentagone, admet tacitement que les guerres de ces quinze dernières années au Moyen-Orient n’ont pas donné les résultats attendus ce qui est un euphémisme. En dépit de cet échec, les dirigeants n’hésitent pas à menacer leurs "concurrents". Dans un discours à la Johns Hopkins University, le ministre de la défense, le général James N. Mattis, déclare à leur adresse : "si vous nous défiez, ce sera votre jour le plus long et le plus triste".
 
Dans un troisième document, la Nuclear Posture Review, le Pentagone élargit la définition des "circonstances extrêmes" qui justifient l’utilisation préventive de l’arme nucléaire en réponse à une attaque conventionnelle. Il y inclut les attaques cybernétiques, sans les mentionner nommément. A cette politique inquiétante qui multiplie les raisons de recourir à l’arme nucléaire, s’ajoute leur miniaturisation qui en facilite l’usage, en effaçant la différence de nature qui les sépare des armes conventionnelles. Dans un sophisme propre aux penseurs du Pentagone, le document soutient que loin d’abaisser le seuil d’utilisation de l’arme nucléaire, cette extension de l’utilisation de l’arme nucléaire la relève en dissuadant quiconque d’attaquer les États-Unis avec des armes conventionnelles.
 
Ces trois documents annoncent un retour à la politique d’endiguement de jadis, centrée cette fois sur la Russie et la Chine qui auraient profité de la guerre contre le terrorisme pour avancer leurs pions sur l’échiquier mondial. Ils annoncent également un investissement important dans du matériel militaire lourd (tanks, avions, navires, missiles, etc.). Les déclarations récentes des officiers supérieurs responsables des "Central Commands" d’Europe, d’Asie et du Moyen Orient le confirment. (9)
 
Pour autant, les États-Unis veulent-ils la guerre ? Non, ils souhaitent la soumission et non la destruction de leurs concurrents qui serait aussi sans doute la leur. Pour y parvenir, ils emploient la menace, le bluff et le mensonge. Les propos de James Mattis font allusion à Hiroshima et à Nagasaki, et sont un rappel du traitement infligé à la nation qui osa s’en prendre aux États-Unis. Ronald Reagan fut probablement le seul à croire à la Guerre des étoiles qui n’était qu’un formidable bluff pour entraîner l’Union soviétique dans une course à l’armement, mais elle eut l’effet attendu. Cette course détruisit l’économie soviétique et précipita sa chute. La promesse de James Baker, ministre des affaires étrangères de George Bush père, que l’Otan n’avancerait pas d’un pouce à l’Est après la réunification de l’Allemagne, est un mensonge que Mikaël Gorbatchev eut la faiblesse de croire.
 
Une vision dangereuse du monde
Toutes les nations ont leurs mythes. La France a les siens, la Grande-Bretagne aussi. Les Etats-Unis ont les leurs. L’isolationnisme en est un, la bienveillance en est un autre. Mais, ils ne sont ni isolationnismes, ni bienveillants. Ils sont impérialistes et prédateurs, comme l’autorise leur puissance. Mais, cette puissance ne leur donne pas le droit d’imposer leur vision au reste du monde. Cette vision telle qu’exprimée dans les documents cités ci-dessus, exclue tout compromis et oblige donc l’ennemi ou le concurrent à se soumettre. Elle est hors du temps et des évènements. Elle va à l’encontre des souhaits du peuple américain qui est pacifique et généreux. Elle est dangereuse.
 
Elle ignore la montée en puissance de la Chine, deuxième puissance économique avec des ambitions régionales et mondiales assumées. La nouvelle "route de la soie" que construit Xi Jimping, est la concrétisation des craintes exprimées par Harold Mackinder en 1904. Potentiellement, elle isole les Amériques de l’Eurasie, premier continent par sa superficie, sa population et son économie. La vision américaine ignore aussi les ambitions russes. Le 1er mars, Vladimir Poutine a annoncé la mise au point de nouveaux missiles hypersoniques qui rendent obsolète le système de défense américain. Ils sont la réponse de la Russie à la décision unilatérale de George W. Bush de se retirer du traité anti-missile. Dans son discours, Poutine a pris soin de préciser que les nouveaux missiles n’avaient qu’un rôle défensif et a invité les Occidentaux à négocier un traité de paix. Les Européens se sont tus. Les médias américains ont dénoncé des propos agressifs et mensongers. Mieux informé, le chef du Strategic Air Command, le général John Hyten, a déclaré devant une commission sénatoriale qu’il n’était pas en mesure de répondre à une telle attaque.
 
Cet accroissement de la tension entre les deux premières puissances nucléaires comporte un risque apocalyptique. Dans une atmosphère tendue, les risques qu’une erreur humaine déclenche une guerre nucléaire sont très grands. Dans un rapport d’avril 2014, intitulé "Too close for comfort", Chatham House relève qu’en treize occasions pendant la guerre froide, il s’en est fallu de peu qu’une guerre nucléaire ne soit déclenchée en raison d’une défaillance technique ou d’une erreur humaine. En 2015, William Perry, ancien ministre de la défense des États-Unis, publie un livre intitulé "My journey at the nuclear brink " dans lequel il fait part de ses inquiétudes sur les risques que l’arme nucléaire fait courir à l’humanité. La dangerosité des temps actuels est soulignée par la décision du Science and Security Board of the Bulletin of Atomic Scientists qui compte quinze prix Nobel, de régler l’horloge du jugement dernier, "Doomsday clock", à deux minutes de minuit le 25 janvier de cette année, la rapprochant de trente secondes de l’heure fatidique. Elle n’a jamais été aussi près de minuit sauf en 1953, suite à l’explosion de la première bombe thermonucléaire.
 
Les temps actuels font penser à la crise de Cuba de 1962. Tout au long de sa carrière, John Kennedy fut du côté des faucons. Il rejoint le camp des colombes après avoir mesuré la profondeur de l’abysse nucléaire en compagnie de Nikita Khrouchtchev. Il expliquera la voie qu’il entend suivre à l’avenir dans son discours du 10 juin 1963. Sa mort prématurée ne lui en donna pas l’occasion mais l’avenir lui donna raison. La détente était la seule voie raisonnable. Cela est toujours vrai aujourd’hui. S’il n’existe pas de paix durable en raison de la dynamique des nations et de la nature humaine, les chefs d’Etat et de gouvernement doivent se consacrer sans relâche à son avènement, comme Sisyphe roulant sa pierre.
 
(1) Federalist Paper No. 7 - The Same Subject Continued Concerning Dangers from Dissensions Between the States. For the Independent Journal. Alexandre Hamilton
(2) Ce mythe de l’exceptionnalisme sera renforcé par la vision de Cécile Rhodes qui à la fin du 19ème siècle rêvait d’un monde sous l’égide de l’Empire britannique, de ses lois, de sa culture et de son mode de vie supérieur à tous les autres. Après une mort prématurée, le Milner Group poursuivit son œuvre et créa le Royal Institute of International Affairs, plus connu sous le nom de Chatham House, pour diffuser sa pensée. Le Council of Foreign Relations, voix quasi officielle de la politique étrangère américaine, est une émanation du Royal Institute. Consciente de sa puissance potentielle, l’élite américaine choisira de créer son propre empire.
(3) Le Pacte de Quincy. Le 14 février 1945, de retour de la conférence de Yalta, Franklin Roosevelt conclue un pacte avec Ibn Saoud. Les Etats-Unis accordent leur protection à la monarchie en échange du libre accès au pétrole saoudien. La centralité du Moyen Orient dans la politique étrangère américaine sera réaffirmée par la Doctrine de Carter, énoncée par son conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brezinski, "Notre position est très claire : toute attaque par des forces extérieures pour obtenir le contrôle du Golfe Persique sera tenue pour une attaque contre les intérêts vitaux des Etats-Unis, et sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris militaires".
(4) Alexandre Hamilton se prononce pour la protection des "industries naissantes" dans son "Report on the subject of manufactures", 5 décembre 1791.
(5) Dans l’histoire officielle, Aldo Moro est assassiné par les Brigades rouges.
(6) La Chine adhère à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001.
(7) La nomination de Jeane Kirkpatrick au poste d’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies par Ronald Reagan, annonce un retour à la politique traditionnelle des Etats-Unis après l’intermède de Jimmy Carter. Dans un article intitulé "Dictature et double standard", publié le 1er novembre 1979 dans la revue Commentary, déplorant la chute du Shah et de Somoza, elle se fait l’avocate d’une politique "moralement acceptable" en faveur des dictateurs "modérés" qui soutiennent la politique étrangère américaine, même si occasionnellement ces dictateurs ont recours à la loi martiale, l’emprisonnement et la torture. Cette vision rappelle la réponse de Franklin Roosevelt à son secrétaire d’état, Summer Welles qui lui faisait remarquer que Somoza était un "salaud". Oui, lui répondit le président, mais c’est "notre salaud".
(8) Entre-temps, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski auront réaffirmé par leurs écrits la vocation naturelle des Etats-Unis à diriger le monde.
(9) "Could the Cold War return with a vengeance ?", Michael T. Klare, 3 avril 2018.

Envoyé par l'auteur, 8 juin 2018
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