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"Trop intelligent"
 
"Et une deuxième erreur a été faite : le fait d’avoir probablement été trop intelligent, trop subtil, trop technique dans les mesures de pouvoir d’achat."
Cette phrase a été prononcée avant-hier par l’un des principaux leaders de la majorité politique issue du "nouveau monde", LREM, qui dirige aujourd’hui la France, produisant une micro-polémique. Elle est issue d’un contexte tragique, après 5 semaines du conflit des gilets jaunes qui a fortement ébranlé l’économie et la société française, à l’origine de spectaculaires destructions et de 6 morts, et un nouvel attentat islamiste qui a ensanglanté le marché de Noël de Strasbourg.
 
Les paroles de ce chef de parti, journaliste et entrepreneur de profession, sont révélatrices de toute une mentalité, tout un climat qui pèse sur le pays. Elle exprime la pensée profonde de la France supposée d’en haut, prompte à toiser les "sans dents", les "Gaulois réfractaires" ou la lèpre populiste (mot dérivé de celui de peuple). Elle reflète la prétention d’une caste dirigeante, auto-proclamée intelligente, éclairée par les lumières de la science et de la raison, à dire et à faire le bien pour le compte d’un peuple soupçonné d’obscurantisme. Elle traduit à merveille la sensibilité dominante d’un milieu qui se pense supérieurement instruit et détenteur de la vérité suprême à aller de l’avant sans état d’âme et sans se poser de questions voire sans écouter personne ni réfléchir, guidé par la seule illusion de sa propre intelligence ou subtilité.
 
Ce mode de comportement et d’agissement n’a qu’une faiblesse : se croire intelligent, et pire, se déclarer intelligent, par le "je" ou par le "nous", a toujours été, de tout temps, le signe de plus patent, le plus radical de la bêtise. Ce genre de proclamation porte en lui-même une explication de la tragédie française : Comment un groupe de personnes, bien au-delà du quinquennat actuel qui n’est que la quintessence de cet état d’esprit, engoncé dans son instinct de supériorité, entraîne le pays à l’abîme avec un bandeau noir sur les yeux, le bandeau noir de la prétention, de la bêtise infatuée et du mépris des autres. La révolte des gilets jaunes fut, tout au moins au début, dirigée contre l’arrogance obtuse.
 
La IIIe, la IVe République avaient certes des défauts. Mais comme la Ve République à ses débuts, elles ont pourtant su produire des dirigeants politiques qui tenaient la rampe. Qui imagine les Clemenceau, Poincaré, Herriot, Tardieu, Blum, de Gaulle s’auto-proclamant : "Trop intelligent ?" Bien plus que les institutions, le drame contemporain de la France tient, depuis plusieurs décennies sans doute, à la médiocrité intellectuelle et morale de sa classe dirigeante.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 18 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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L’homme, la richesse et l’argent
 
Toute civilisation est fondée sur une approche personnelle du beau, du bien et du vrai. Il en découle sa notion de la justice, combinaison du bien et du vrai, sa notion de la clarté, réunion du vrai et du beau, et sa notion de la richesse, alliance du beau et du bien. Toutes les civilisations cherchent à harmoniser ces trois notions, à rendre vraie la richesse, à rendre belle la justice et à rendre bonne la clarté. Elles appellent toutes cela la prospérité du mot prosper qui veut dire en latin heureux.
 
Tout groupe, famille association oïkos, se fonde sur le donner-recevoir-rendre qui est, comme le disait Mauss, un "fait social total" juridique, économique, culturel, symbolique et religieux. Ce fait social est au service du groupe et le nourrit. L’échange se fait naturellement, la vérification ne se faisant que par la mémoire et la bonne volonté de tous. La mémoire permet de maîtriser la réalité de l’échange dans le temps et la bonne volonté garantit l’action de chacun.
Lorsque le groupe devient trop important, la mémoire devient inefficace et la bonne volonté incertaine. Le groupe devient société et invente la monnaie qui remplace le donner-recevoir-rendre en étant à son tour le "fait social total" de Marcel Mauss, juridique, économique, culturel, symbolique et religieux.
 
La monnaie (venant de moneo forme causative de la racine men de la mémoire) a l’immense avantage d’être un titre de créance sur le groupe, titre transmissible et reconnu par tous les membres du groupe mais elle a un immense inconvénient : étant un titre de créance elle doit avoir une raison d’être et cette raison d’être est laissée à l’appréciation des fabricants de la monnaie.
Quand ils sont honnêtes intellectuellement ils ne créent de la monnaie qu’après que des membres du groupe soient devenus créanciers du groupe par leur travail. Quand ils le sont moins ils créent la monnaie avant que quiconque ait travaillé pour le groupe et en soit créancier. Dans ce cas ils ne créent pas de la monnaie pour reconnaître une dette déjà existante mais ils inscrivent une nouvelle créance de même montant à récupérer plus tard.
 
Dans une société cohérente le groupe, par l’intermédiaire de l’État, introduit la monnaie en distribuant à chacun une même quantité de monnaie en reconnaissance de ce que chacun a déjà apporté au groupe. Ensuite il crée de la monnaie chaque fois qu’il reconnait qu’un individu lui a apporté quelque chose. Il crée donc de la monnaie pour payer ses fonctionnaires comme ses fournisseurs. S’il a trop de fonctionnaires ou s’il dépense trop, il crée trop de monnaie qui ne correspond plus à un vrai travail effectué. La monnaie se dévalorise et le groupe entier en pâtit. Si en revanche l’État limite ses fonctionnaires et ses dépenses au strict minimum et à la réalité de l’apport réel au groupe, la masse monétaire n’augmente que très progressivement et la monnaie peut même se revaloriser au bénéfice de tous. L’État est responsable devant son peuple de sa gestion.
 
Dans une société incohérente la monnaie n’est plus créée pour reconnaître une dette pour un travail utile déjà effectué mais elle est un prêt, donc accompagnée d’une créance de même montant sur celui à qui le groupe a fait ce prêt. On va inventer, pour justifier cette création monétaire non causée par un travail utile déjà effectué, l’idée de travail utile à effectuer. La création monétaire n’a plus de frein naturel puisqu’elle n’est plus qu’un prêt. On la justifie par les notions fumeuses de création de richesses et d’investissement et dans la réalité elle ne fait que dévaloriser la monnaie et entraîner une hausse permanente des prix. L’État se désengage de sa gestion, laisse aux banques la création de la monnaie et aux entreprises l’exclusivité de l’utilisation des énergies individuelles. Il ne sert plus à rien si ce n’est à faire le beau et à utiliser à mauvais escient la violence légitime qui lui a été confiée. Ainsi naissent les révolutions.
 
Dans l’attente de cette révolution et l’incohérence régnant, l’État va nier les races, les différentes civilisations, les différences entre l’homme et la femme avec leur complémentarité. Il va faire de la morale pour exister et se donner une raison d’être puisqu’il a abandonné la sienne. Il va à l’extérieur essayer de faire payer sa propre incurie aux autres civilisations en inventant et en sacralisant le commerce international et les causeries entre soi. Il va à l’intérieur tel Don Quichotte attaquer le tabac, l’alcool, la vitesse, la fessée et toutes les formes de violence sauf la sienne. Il va survaloriser les entreprises pour que, par leurs productions elles fassent circuler l’argent en distribuant l’argent de leurs clients à leurs fournisseurs, à leurs salariés, à leurs actionnaires et à l’État, tout en les accusant de laisser des gens au chômage comme si leurs rôles étaient celui de l’État de veiller à ce que chacun soit utile au groupe. Il va faire croire que dépenser de l’argent créé par les banques, c’est créer des richesses. Bref il va tout faire pour engendrer cette révolution qu’il redoute et qui naît de sa propre incohérence.
A propos sommes-nous plutôt dans une société cohérente ou incohérente ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 14 décembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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La politique n'est pas un conte de fées
 
"Malheur à la ville dont le prince est un enfant", a écrit Montherlant, adaptant une parole de l'Ecclésiaste : "Malheur à la ville dont le roi est un enfant." Voilà l'une de ces vérités qui traversent les millénaires et les cultures. Rien aujourd'hui ne saurait autant nous convenir.
Qu'est-ce que le malheur pour une société ? la dislocation de ses éléments, la séparation des groupes, la lutte des classes, les combats intérieurs. Scipion avait vu dans son rêve deux soleils dans le même ciel, disait Cicéron, mais le vrai scandale est de voir deux peuples dans la même république. Nous y voilà.
 
L'espèce de magie qui avait environné l'élection d'Emmanuel Macron tenait de l'enchantement et provoquait la fascination. Cela parce qu'un homme si jeune et si doué, porté si vite et aisément au siège le plus élevé que tant d'autres reluquent dans l'impuissance, ne pouvait manquer d'éblouir. Dans les contes de fées, le prince charmant ne captive que parce qu'il unit la grande jeunesse au grand pouvoir, alliance tellement séduisante qui suscite l'admiration.
Ainsi la presse a-t-elle pu dire au moment de l'intronisation de notre président qu'à ce moment-là il "marchait sur l'eau" - image bien parlante pour décrire le phénomène de séduction dont nous avons été témoins. La jeunesse habite l'avenir : un président si jeune ne pouvait que nous apporter la promesse et donc l'espoir, à nous vieille nation cacochyme. Sa désinvolture patricienne, son intelligence de mandarin surdoué, tout en lui brillait.
 
Pourtant, les Français ont senti très vite ce mépris même pas dissimulé, qui révélait la gloire de soi et le sentiment de toute-puissance, toutes choses qui ne sont pas des caractères d'adulte, ou bien d'un adulte resté enfant. Il croit que tout est possible, que sa parole suffit à créer la réalité. Il est narcissique, centré sur soi-même, voit le monde à ses pieds. La compréhension des limites vient avec la maturité. Qu'est-ce que la maturité en démocratie ? C'est la connaissance du peuple, et la complicité avec lui. Pour cela, rien de tel que le mandat local. Un président devrait toujours avoir été maire préalablement. Le nôtre n'a d'électeurs que les élites urbaines qui lui ressemblent. Il est tout à fait hors sol, en apesanteur.
 
On peut souligner, à juste titre, que nous avons des centaines de milliers d'emplois disponibles pour des chômeurs désoccupés - mais c'est de la morgue inutile que de proposer au chômeur de juste "traverser la rue" pour aller chercher l'emploi disponible.
On peut penser, à juste titre, que les Français sont les citoyens les plus gâtés du monde en termes d'allocations, de vacances et du reste, et que quelques-uns peuvent en profiter pour nourrir leur paresse, mais c'est arrogance que d'aller déprécier les Français à l'étranger en ridiculisant leurs défauts typiques. Aucune position d'autorité (de parent, de professeur) ne donne le droit de rabaisser ceux qui sont en situation d'obéissance : le faire est signe de fatuité. Un président qui ridiculise ses citoyens en raison de leurs défauts (même réels) manifeste qu'il n'est pas capable de dominer la hauteur de la fonction, qu'il la regarde comme un jeu où se déploie, par le dédain, sa puissance. Lundi, le président a dit regretter ce dédain, et vouloir changer d'attitude - mais cela suffira-t-il à convaincre ?
 
Une partie de l'œuvre de Paul Ricœur développe l'idée de reconnaissance. Sans doute ne suffit-il pas d'avoir lu Ricœur pour l'avoir compris. Les peuples ont besoin de reconnaissance. Il ne suffit pas de leur jeter du pain, et il est contre-productif de leur jeter du pain en ricanant. Car chaque citoyen tient à son honneur. Et, il faudrait le préciser abondamment, ce n'est pas seulement une question de communication : chaque citoyen, fût-il le plus mal loti par la nature et le plus vulgaire, possède une dignité et un honneur auquel il tient à juste titre. Il possède aussi un bon sens qui le met au même niveau que le gouvernant pour décider du destin commun - la démocratie est fondée là-dessus, ou n'est pas.
Pour gouverner, il faut estimer le moindre citoyen, ce qui n'est pas donné à tout le monde - méprisants s'abstenir. Or notre président est un technocrate qui croit qu'il faut être sachant pour avoir les bonnes réponses - d'où cette manie de vouloir expliquer, comme si les citoyens étaient des élèves ou des enfants. Expression typique de notre mandarinat, incarnation désincarnée (si on peut oser cet oxymore) de notre élite à concours. Désincarnée, parce qu'à force de vivre dans ce même milieu où l'on trouve des repas à 200 euros, on finit par tisser des rêves, des images d'une société qui n'existe pas, et, au fond, des utopies. La grande fonction publique, dont notre président est l'un des fers de lance, prépare une cité radieuse où, à coups de taxes et d'interdictions coûteuses, des citoyens à la santé parfaite évolueront sur des nuages. Le peuple est rétif à ces utopies parce qu'il représente, lui, la pauvre réalité du monde. Une technocratie arrogante et omnisciente le ligote et le prive de son action à coups de normes envahissantes dictées par l'idéologie (principe de précaution, risque zéro), multipliant ainsi indéfiniment le prix de chaque chose, appauvrissant d'autant les couches sociales les plus défavorisées.
Ce qui manque au technocrate, c'est la réalité. Et c'est bien cette réalité qui est en train de leur éclater au visage.
 
Nous ne plaindrons pas le destin infortuné du prince adolescent, responsable de la disgrâce qui lui échoit. Mais quel dégât pour certaines réformes salutaires qu'il avait eu le mérite d'accomplir, et qui se trouvent dès lors menacées par sa condescendance ! On peut seulement espérer que cette circonstance funeste ne nous condamnera pas, encore une fois, à notre congénitale immobilité, dont nous avons tant besoin de sortir.

Paru dans Le Figaro, 14 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Quand Macron prend un tournant qui en rappelle étrangement un autre
 
C'était il y a trente-cinq ans, en 1983. Après dix-huit mois d'une politique de relance budgétaire échevelée, de mesures sociales en rafales et de dévaluations monétaires en cascade, François Mitterrand décidait un brusque changement de cap. On arrêtait la dérive des dépenses, on encourageait les entreprises, on réduisait la fiscalité, on libéralisait l'économie. On parlera de "virage" de 1983. Un virage dont la sortie s'appellera privatisations, grand marché européen, monnaie unique, mondialisation, financiarisation. La France s'alignait sur l'exemple donné dès 1980 en Angleterre et aux Etats-Unis par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Elle devait renoncer à faire cavalier seul. Après leur défaite idéologique de 1983, les socialistes connurent leur défaite politique de 1986.
 
L'intervention d'Emmanuel Macron du 10 décembre est sans doute son virage de 1983. Un virage de 1983 à l'envers, bien sûr. Macron était, lui, lors de sa campagne, l'aboutissement de l'évolution entamée il y a trente-cinq ans. Il ne jurait que par l'Europe et par le monde ; "il n'y avait pas de culture française" ; la France devait devenir une "start-up nation" ; et tant pis pour ceux qui ne suivraient pas, ces "Gaulois réfractaires" qui "n'étaient rien" et n'avaient qu'à "traverser la rue pour trouver un emploi".
Ce Macron de 2017 s'est, comme Mitterrand en 1981, opposé à la vague "populiste" qui s'était levée un an plus tôt, en Angleterre avec le Brexit et aux Etats-Unis avec l'élection de Trump. Une vague protectionniste, sociale, conservatrice, qui rejette avec véhémence la mondialisation, qu'elle soit celle des capitaux, des marchandises ou des hommes.
Comme Mitterrand en 1983, le Macron de 2018 s'est aligné sur la vague anglo-saxonne qui a déferlé depuis en Italie, en Autriche ou au Brésil. Sur le quadrilatère magique des gouvernants contemporains, entre Europe et monde, libéralisme, social et nation, Macron ne jurait que par l'Europe et le libéralisme. Depuis lundi, il s'est rabattu, toute honte bue, sur le national et le social. C'est la grande victoire des "gilets jaunes" et de cette France périphérique qui avait été jusque-là sacrifiée à la mondialisation. C'est la grande défaite des élites qui avaient hissé Emmanuel Macron sur le pavois.
 
Bien sûr, ce n'est qu'un début. Ce n'est qu'un virage. Les mesures sociales annoncées par le Président ne sont pour certains que des "mesurettes". Les traités européens forment un corset qui sera vite serré pour rappeler la France à ses devoirs. Mais Macron a été obligé de parler d'immigration et de laïcité, alors qu'il vient de signer le pacte de Marrakech de l'ONU sur les migrations. Il a été obligé de baiser la babouche de ces "Gaulois réfractaires" qu'il méprisait et de jeter ses armes aux pieds de son vainqueur. Son quinquennat est fini. En tout cas celui qu'il avait débuté triomphalement en mai 2017.

Paru dans Le Figaro Magazine, 14 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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De la retenue, s’il vous plait

Monsieur Wauquiez s’est enhardi à dire, l’autre matin, après le joli coup perpétré par une "chance pour la France" au marché de Noël de Strasbourg : "Combien d’attentats commis par des fichés S devons-nous encore subir avant d’adapter notre droit à la lutte contre le terrorisme ?"
Cette incongruité lui a valu, de la part d’un imbécile dont le Dieu de miséricorde m’a fait la grâce de ne pas retenir le nom, une remarque rogue, rigoureuse, rectrice : monsieur Wauquiez aura manqué de retenue.
Ce mot me semble avoir une infinie portée symbolique. (On aime beaucoup les symboles dans notre France en pâmoison). Souhaiter que soient … mis hors d’état de nuire ? expulsés ? exécutés ? … des individus dont le plus cher désir est d’abattre du français de souche ("sous-chien"), du blanc, du juif, du chrétien ou du musulman non fanatisé, eh bien un tel souhait ne doit pas franchir la barrière de nos dents.

Manque de retenue ! Retenue est ici une litote pour : censure. La vérité, c’est qu’on ne censure pas assez en France. Que Cherif Chekatt ait mis à mal une douzaine de personnes, c’est un fâcheux incident, soit, mais il aurait mieux valu le taire. Au moins n'en pas faire d'histoires ! Voilà la vérité ! On en sait trop, toujours trop, et d’abord pourquoi avoir livré le nom de ce pieux massacreur ?
On me dira qu’il aurait pu, lui, d’abord, se retenir. Ah ! N’en demandez pas trop à un zélote d’Allah !
Manque de retenue : on a eu tort de divulguer les attentats de Toulouse, de Nice, de Paris. Ne serait-ce que pour éviter le risque de stigmatiser l’islam.
La retenue à la source, voilà la solution.

Le vrai problème n’est pas d’empêcher les attentats mais d’empêcher qu’on en parle, pas d’éliminer les "fichés S" mais d’éliminer toute incivilité à leur endroit. Madame Nyssen, dont le passage au ministère de la culture a été trop bref, allait dans ce sens : "changer les mentalités". Oui, c’est dégoûtant cette mentalité française obsessionnelle, ces réactions indignées, ce vœu itératif que le pays soit nettoyé de … Si proscrire absolument l’information est difficile, on devrait au moins la réduire, la replier sur les minima (je cite un grand écrivain).
Et puis (à cet exercice sont rompus nos gouvernants) pleurnicher, trémolos, mélismes compassionnels. Le don des armes, c’est pour les "fichés S" (quel jargon, grands dieux !), pour nous, "soumis", le don des larmes. Celles-ci, ne les retenons pas.

Envoyé par l'auteur, 13 décembre 2018
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Macron à la recherche du peuple perdu
 
Emmanuel Macroncomprend-il ce qui lui arrive ? C’est ce lundi soir que le chef de l’Etat sortira de son silence. Son entourage promet un exercice d’humilité. Dès vendredi, devant des maires des Yvelines reçus à l’Elysée, il aurait reconnu quelques "conneries", comme l’application des 80 km/h ou la baisse de 5 euros des APL. Mais il suffit de lire les agacements de beaucoup de macroniens face aux Gilets jaunes, vus comme des sortes de ploucs décérébrés et fascisants, pour mesurer le parcours que Macron doit effectuer s’il veut retrouver ce peuple perdu. Alors que la préférence immigrée est un sujet qui explique en partie la révolte de la France oubliée, Macron a délégué un secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne, pour avaliser ce matin, à Marrakech (Maroc), le "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières". Ce texte, que le gouvernement présente comme non contraignant et préservant la souveraineté, incite à "promouvoir le respect mutuel des cultures, des traditions et des coutumes entre les communautés d’accueil et les migrants". Son plaidoyer pour les droits de l’homme et des "sociétés inclusives" reprend le vocabulaire des propagandistes du multiculturalisme, ce cheval de Troie de l’islam politique. Le pouvoir dénonce des "fake news" et l’ombre de l’extrême droite chez ceux qui mettent en alerte contre cet engagement moral léonin. Ce faisant, la macrocrature aux abois utilise les mêmes injures et intimidations également déversées, en vain, sur les Gilets jaunes. Macron saura-t-il cesser de prendre les Français pour des imbéciles ?
 
Si la République a su montrer sa force, samedi à Paris, en contenant des manifestants (mais pas les casseurs d’extrême gauche, ni les pilleurs des cités), le chef de l’Etat reste fragilisé. La haine qu’il suscite chez les Gilets jaunes, avec l’approbation d’une majorité de sondés, l’oblige à s’interroger sur lui-même. Ses soutiens les plus ardents ne lui rendent d’ailleurs pas service quand ils persistent à caricaturer un mouvement populaire qu’ils ne comprennent pas. Ceux qui assurent ne pas discerner les revendications ni les programmes des révoltés raisonnent selon les normes de leur ancien monde. Les prétendus bouseux bas de front, que moque une ridicule "élite" parisienne, sont en phase avec la révolution numérique et l’ubérisation des comportements politiques. Une intelligence collective foisonne sur les réseaux sociaux, là où s’écrivent les cahiers de doléance. "Le meilleur moyen d’avoir une bonne idée est d’en avoir beaucoup", expliquait Linus Pauling, prix Nobel de chimie. Nulle agence de communication n’a été utile pour choisir l’idée géniale du gilet jaune comme symbole d’une détresse collective et d’une exigence de visibilité. Le recours aux algorithmes peut parfaitement faire ressortir les lignes de force des revendications. Elles ne s’arrêtent pas au pouvoir d’achat que tentera de résoudre ce soir le chef de l’Etat. Elles posent aussi le problème de la protection culturelle des Français de France, et de leur place dans la vie politique. Pour Macron, c’est un changement de cap qui lui est demandé. Au risque de voir les Gilets jaunes, demain, bousculer le gouvernement.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 10 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Quelque chose qui ne marche plus…
 
Le président, hier soir, à la télévision : une fois de plus, quelque chose ne passait pas, comme inaudible, lointain, inaccessible. La rupture avec la France était comme actée, peut-être irrémédiable.
Mais le malaise est infiniment plus profond qu’un simple rejet de sa personne. Imagine-t-on un instant Mme le Pen ou M. Mélenchon, à sa place, faisant mieux, c’est-à-dire renouant le lien de sympathie et de confiance avec la Nation ? Ou n’importe qui d’autre d’ailleurs ? Inconcevable. C’est l’idée même d’un prince gestionnaire, inamovible et irresponsable, même électif, installé dans les palais de la République et s’adressant au peuple sur le petit écran comme à des sujets qui ne passe plus.
L’idée même d’un bon président de la République, choisi démocratiquement par le peuple, modeste, sans idée de réélection, indifférent à son propre sort et attaché au seul bien du pays et de ses habitants, assez subtil pour prendre du recul et déléguer le pouvoir à un Gouvernement sous le contrôle du Parlement, n’est même plus crédible, ni envisageable. Le régime tel qu’il est aujourd’hui, est par nature tourné sur l’egocentrisme au détriment du bien commun. Un symptôme de cette déchéance : le "je" répétitif, obsessionnel, maladif, absurde, comme un abîme où tout s’engouffre et se noie.

Dans le système tel qu’il est devenu, fondé sur l’exaltation de l’image présidentielle au détriment de toutes les sources d’autorité, seuls des personnages d’un ego démesuré au regard de leurs véritables capacités de caractère ou d’intelligence peuvent être intéressés par la fonction. Leur destin individuel et leur vanité, quels qu’ils soient, l’emporteront par définition sur l’intérêt général du pays.
Ensuite, dans un système privé de vrais partis politiques et annihilant le débat d’idées et de projet collectif, le parcours d’un présidentiable ne peut reposer que sur le cynisme et l’absence de scrupule : se faire coopter, donc agir en lèche-botte, avant de porter le coup fatal à son protecteur. Voilà ce que l’on retrouve un peu partout à la tête de l’Etat : fayotage, cynisme et médiocrité sont les voies royales de l’accession au plus haut niveau. N’importe quel être doué de raison et d’un minimum de dignité ne peut aujourd’hui que fuir un tel bourbier.

Il faut être adoubé par le système médiatique. C’est lui et uniquement lui dans le monde moderne, qui choisit d’exposer telle ou telle personnalité, afin d’en faire une vedette, la populariser et l’ériger en candidat potentiel. La notoriété d’un homme ou d’une femme est exactement proportionnelle à son temps de passage sur les ondes…
Le système médiatique sélectionne donc soit des êtres qui lui ressemblent et partagent son idéologie narcissique et post-nationale, soit des épouvantails qui vont servir de tremplin au premier pour accéder ou conserver à la place dorée dans les palais du pouvoir. Une personnalité représentative de la Nation, simple, honnête, sans esbroufe, avec des idées mais sans idéologie, proche du peuple, et uniquement motivée par l’intérêt du pays n’a aucune chance de percer le barrage médiatique et de se faire connaître. Internet pourrait devenir un canal concurrent à celui des médias officiels mais nous n’en sommes pas encore là.

La France a connu de bons présidents, ou présidents convenables, mais à une autre époque. Il existait alors une vie politique, des débats d’idées, des partis susceptibles de faire émerger en leur sein des hommes ou femmes de qualité. Du néant politique actuel ne peut rien sortir de mieux que le spectacle médiocre auquel nous assistons aujourd’hui. La France a besoin d’une révolution (pacifique), de ses institutions et de sa culture politique.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 11 décembre 2018
Publié dans En France
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La bonne parole de l'ONU sur les migrants
 
Plutôt que de présenter un pacte sur les migrations aux contours critiquables, l'organisation devrait concentrer ses efforts sur les massacres et guerres qui croissent un peu partout en Afrique.
 
Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, était à l'honneur, lundi 10 décembre 2018, sous le soleil de Marrakech. Des délégations étaient venues de plus de 150 pays pour y approuver un texte non contraignant, mais hautement symbolique : le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies.
L'idée est de faire partager un même corpus de principes par les pays de départ des migrants, les pays de transit et les pays de destination. Il reprend des principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Certains objectifs du Pacte emportent avec eux un humanisme de bon aloi. Ainsi l'objectif 17 précise que les États s'engagent "à éliminer toutes les formes de discrimination et à condamner et combattre les expressions, les manifestations et les actes de racisme, de discrimination raciale, de violence et de xénophobie visant tous les migrants". On y trouve aussi une demi-dose de pragmatisme. Ainsi, le pacte appelle à la lutte contre les problèmes structurels qui poussent les migrants au départ, ainsi qu'à la facilitation du retour, de la réadmission et de la réintégration des migrants dans leur pays de départ.
 
L'ONU ne s'est pas trompée en choisissant la ville de Marrakech. La ville regorge d'hôtels confortables, mais, surtout, elle n'est pas très éloignée du Sahara. Or ce désert est redevenu une zone en or pour tous les trafiquants d'êtres humains. Autrefois, le Sahara était un espace de transit pour la traite des esclaves noirs, organisée par les Arabes et acheminée par les Touaregs, les Maures et les Toubous. La colonisation française et ses détachements de méharistes ont mis un terme à ces trafics.
Aujourd'hui, les passeurs sont redevenus les rois du Sahara. Pour les migrants, le prix à payer est élevé (3 000 euros en moyenne) et les risques sont importants : mort par la soif ou par le froid dans le désert, réduction à un esclavage temporaire dans les villes de transit, noyades dans la Méditerranée. En revanche, pour les passeurs, les gains sont élevés et les risques nuls. Car autant on a souvent vu des passeurs tuer leurs passagers clandestins, autant on n'a jamais vu un passeur se faire tuer par la police d'un pays de départ, de transit ou de destination. Les passeurs sont passés maîtres dans l'art de corrompre les autorités locales. Ils sont confiants dans l'avenir de leur business, tant la demande est forte.
 
Une enquête Gallup de 2016 a montré que l'Afrique noire était la région du monde où le désir d'immigrer était le plus fort, 42 % des jeunes de 15 à 24 ans affirmant sans ambages qu'ils souhaitaient partir. Parmi les diplômés du supérieur de l'Afrique subsaharienne, 32 % souhaitent aussi quitter la terre de leurs ancêtres, ce qui est dramatique pour les ambitions de développement de ces pays. Ce phénomène touche l'Afrique, qui ne parvient pas à consolider son développement, alors qu'il épargne les pays d'Asie du Sud-Est ayant réussi leur transition industrielle. Le phénomène migratoire africain est bien devenu le principal défi géopolitique de ce siècle.
 
Mais on peut faire trois critiques de fond à ce nouveau pacte onusien. D'abord, il ne distingue pas entre les vrais réfugiés politiques et les migrants économiques, et il n'est pas équilibré. Il insiste beaucoup plus sur la qualité d'accueil requise des pays de destination, que sur les devoirs des pays de départ. Il se permet même de faire la leçon aux médias des pays d'accueil. L'ONU aurait-elle oublié qu'en Occident il y a encore la liberté d'expression ?
Ensuite, ce pacte reconnaît la souveraineté des États mais omet de poser la question fondamentale de la démocratie. Les peuples des pays d'accueil ont-ils ou non le droit de se prononcer librement sur la protection de leurs frontières ? Sont-ils ou non légitimes quand ils demandent que leurs lois soient respectées ? Sont-ils ou non fondés à choisir s'ils veulent rester comme ils sont, ou passer à une société multiculturelle nourrie par l'immigration ?
Enfin, on peut se demander si l'ONU n'avait pas mieux à faire qu'à prêcher la bonne parole aux pays riches qui la financent. Pourquoi ne concentre-t-elle pas ses efforts sur les guerres et les massacres au Sud-Soudan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Mali ? Où en est cet admirable projet agronomique de "Grande muraille verte", censée courir du Sénégal à Djibouti, afin d'arrêter l'avancée du désert du nord vers le sud ? Depuis 1945, l'ONU a beaucoup parlé et peu agi (souvenons-nous de sa catastrophique "mission" au Rwanda en 1994 !). Laisser un temps les grands discours pour des réalisations concrètes ne ferait aucun mal à la politique de M. Guterres envers l'Afrique.

Paru dans Le Figaro, 11 décembre 2018
Publié dans De par le monde
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Macron canard boiteux ? Ou alors quel Acte II ?
 
Qu’est-ce qui va maintenant se passer ? Et surtout : qu’est-ce qui vient après ? 
Désormais tout peut arriver, n'importe quoi devient possible, car il n’y a aucune solution solide et sérieuse pour remplacer le néolibéralisme, et trop de gens n'en veulent plus.
Il faudrait imaginer 1° une économie mondiale d’entreprise, plus solidaire mais non socialiste, 2° une culture mondiale de liberté au-delà de l’idéologie libérale, 3° une politique de paix organisant les nations sans les annuler, et enfin 4° une démocratie nationale plus effective mais qui ne tende pas au socialisme. 
 
Cette réforme est mentalement impossible dans le cadre de la pensée postmoderne. Celle-ci d'abord est trop complice du néolibéralisme par sa critique relativiste et libertaire de la raison, de la morale et de la métaphysique. Ensuite, elle empêche trop toute vision d’ensemble et grand récit. La réforme est impossible sans rationalité et normativité contestant l’arbitraire individuel. Nous avons besoin d’un nouvel humanisme synthétisant toute la tradition humaniste antique, moderne, chrétienne. 
A défaut, nous pouvons décider de simplement cesser d’évoluer et de revenir en arrière, auquel cas nous nous exposerions à un déclassement rapide et à une vrille de type vénézuélien, sauf que nous n’avons pas encore de Chavez. 
 
Où donc tout cela peut-il aller ? L’immense jacquerie actuelle ne mène à rien qu’à un immense gâchis, s’il n’y a pas d’élites pour la conduire, dotées d’une vision claire et fonctionnelle de l’avenir. La justice est une vertu, une valeur, une idée générale, pas un programme ni une méthode, surtout si la "justice" est affirmée sans morale ni raison fortes. Les partis d’opposition, modérés ou populistes, n’ont pas le début d’un projet sérieux de remplacement du néolibéralisme mondial technocratique. Le psychodrame protestataire devient ainsi une fin en soi et se déploie sans idée directrice ni vision. A lui seul, il ne peut que pourrir et retomber dans la morosité de la désespérance. Pourrait-il s’installer dans une sorte de guérilla nihiliste soft ?
Toutefois certains séditieux ne sont pas dépourvus de vision. Ils ne disparaitront pas. Ils pourront profiter du désordre endémique pour tenter de remettre à l’ordre du jour diverses formules totalitaires, néo-communistes, trotskystes ou islamistes. D’autres peuvent estimer que l’avenir consiste dans la démondialisation radicale : la réorganisation de chaque économie sur une base strictement nationale, autarcique ; le renfermement de chaque nation dans sa propre culture et sa propre population. Il est malheureusement très clair que ce choix ne peut à terme conduire qu’à des dictatures néo-fascistes ou néo-communistes, non pas comme dans le passé, mais sur le mode postmoderne. En l’absence de nouvelle vision sérieuse, telle ou telle de ces tentatives pourrait peut-être avoir quelque chance de réussite, si une main de l’étranger pouvait les pousser. Le recours à l’armée serait-il alors nécessaire ? Nous n’en sommes pas là.  
 
Une base politique beaucoup trop étroite
Le président de la République est en grande difficulté, car il aurait besoin des "conservateurs" (pas seulement des gens qui ont peur des casseurs), et il se les est aliénés par son image de progressiste dogmatique. De plus, le péché originel de sa présidence est le "coup d'Etat légal" qui a volé la présidence aux Républicains. Inutile d'y revenir, mais cela explique en partie sa solitude actuelle. Le président ne retrouvera une base politique minimale que s'il renonce définitivement à tout nouveau délire "sociétal" pour la durée de ses mandats et remet à plat sa politique européenne, pour la sauver. Sinon, beaucoup jugeront qu'il ne vaut pas la peine de l'empêcher de couler.
 
Allons-nous vers le "Bruxout" en mai 2019 ? 
Aucun de nos pays européens ne fait le poids dans le monde actuel sans la présence des autres, mais virtuellement la majorité d’entre eux ne veut plus du Bruxelles néolibéral. Alors que faire ? Une mise à plat est la seule façon d’éviter ce qu’il faut appeler le Bruxout : autrement dit, l’Europe votant significativement en mai pour sortir de Bruxelles, ou, ce qui revient au même, pour sortir Bruxelles de l’Europe. Et, à terme, le rejet du libéralisme signifiant peu à peu l’établissement de régimes dictatoriaux (version postmoderne). 
Le président doit bien se rendre compte que l’Allemagne ne sait pas davantage où elle va et n’est plus un partenaire fiable pour longtemps. Il n’a de toute façon plus aucune autorité ou marge de manœuvre désormais, tant qu’il n’a pas rétabli sa situation à la maison. 
Les Italiens ont compris qu’il fallait choisir entre le déficit et la révolution sociale. Dans une telle situation, il faut évidemment opter pour le déficit, mais l’utiliser pour investir massivement dans la création d’emploi, réelle, pas dans les "ateliers nationaux".  
 
Macron canard boiteux ? Ou alors quel Acte II ?
Chacun peut admettre de bonne foi que personne n’aurait fait ou vraiment mieux ou vraiment pire que Macron, en l’absence de pensée directrice suffisante pour l’avenir. La Constitution ne permet pas aujourd’hui le départ du Chef de l’État et son expulsion de fait inconstitutionnelle par la rue détruirait l’état de droit avec des conséquences incalculables. 
 
Mais si Macron ne fait pas ce qu’il faut, il est condamné à se survivre impuissant pendant encore trois ans et la France à ramer dans le marécage. Le rôle principal du président est d’organiser la recherche d’une pensée commune véritablement innovante, pour trouver les solutions et nous sortir tous du trou. 
Le second acte de sa présidence ne peut commencer que par un acte d’humilité. Il doit reconnaître ouvertement qu’il a trop valorisé le néolibéralisme, sous-estimé les difficultés et voulu forcer trop de gens à trop de choses détestées, sans perspective ni contrepartie. 
L’acte d’humilité ne suffira jamais sans un acte de conversion de la technocratie à l’humanité. Même s’il n’y a pas de politique sérieuse sans compétence technique, la technocratie est une idéologie désormais haïe, tant elle exclut la chaleur humaine, l’amitié et l’amour, la solidarité naturelle et cordiale vis-à-vis des gens qui ne s’en sortent plus, des familles qui s’endettent et des personnes âgées dans le besoin. Ce peuple a besoin de dirigeants capables d’être authentiquement chaleureux, sans singeries de "communicants". Qu'ils prennent sincèrement à cœur, comme si c’était les leurs propres, les soucis de pouvoir d’achat et de sécurité pour l’avenir.   
 
Seul un tel acte d’humilité du président et une telle conversion à l'humanité peuvent ouvrir sur un projet de refondation, dont la recherche redonnerait un but commun aux esprits, un sens à sa présidence et qui permettrait d’affronter le problème de fond de notre pays et de l’Europe. Selon certains, on peut redouter que sa présidence soit paralysée, ou même qu'il soit fini à brève échéance. Toutefois, en l’absence de concurrence vraiment crédible, de vision alternative rationnelle et non extrémiste, et surtout à défaut d’un goût soudain des Français pour l’aventure et la violence, ce mouvement risque plutôt de pourrir dans la désespérance. Mais si Emmanuel Macron veut faire plus que survivre en tapant dur, il doit briser son isolement. Il ne semble pas avoir pour cela trente-six solutions.

Paru sur www.henrihude.fr, 8 décembre 2018
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La violence nihiliste
 
Ce quatrième samedi de troubles marque un tournant. Le triste spectacle que donnent les avenues et quartiers prestigieux de la capitale est désormais sans lien avec le mouvement initial des gilets jaunes, comme chacun peut le constater au regard des images. Celui-ci a eu gain de cause au regard de ses demandes initiales à la fois concrètes et emblématiques, parfaitement légitimes et fondées, relatives à la taxation du carburant. Il faut souhaiter qu’il trouve maintenant son expression politique et démocratique, bien loin des partis extrémistes qui ont lamentablement cherché à le récupérer. Ce triste spectacle de ce samedi n’est pas non plus révolutionnaire : les affrontements sont le fait d’une poignée d’individus entraînés à détruire et non d’une dynamique populaire ; ils ne débouchent sur aucun projet, aucune volonté politique. Il est dans une logique nihiliste : il n’a pas d’autre raison d’être que de détruire, blesser, piller, répandre le mal et la violence comme des fins en soi. Les forces de l’ordre ne protègent d’ailleurs pas un parti, une équipe au pouvoir. Elles protègent l’Etat de droit, la liberté, l’intégrité du territoire, la sécurité des Français face à des voyous et des casseurs. Les politiciens qui veulent profiter de ces événements pour rajouter du chaos au chaos et se présenter en recours se révèlent dans toute leur irresponsabilité. Face au triste spectacle de la capitale, en ce samedi 8 décembre, une seule pensée me vient à l’esprit : solidarité avec les forces de l’ordre en lutte contre le chaos avec un dévouement et un professionnalisme qui doivent faire la fierté et l’honneur de la France dont l’image est en ce moment tellement saccagée.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 8 décembre 2018
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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