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Com versus communication…
 
Dans ces temps difficiles où les médias font ou défont la société politique, il est difficile de définir ce qu’est la communication. La tâche est ardue et ancienne. Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, de nombreux chercheurs se sont penchés sur ce sujet : Shannon et Weaver avec leur modèle linéaire de transmission du message ; Lasswell avec son modèle de communication de masse ; Jakobson et ses recherches axées sur la linguistique ; Mac Luhan, Gerbner, Riley, le philosophe Habermas, etc.
 
A partir des années 70, le mot communication renvoie à plusieurs problématiques plus ou moins enchevêtrées : les médias de masse (presse, radio, TV), le développement parallèle de la communication publicitaire, du marketing politique et de la communication d’entreprise, les transformations de la communication interpersonnelle puis le début de ce qu’on appelle alors les Nouvelle technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’arrivée d’internet ont considérablement brouillé la signification et la compréhension du mot.
C’est la raison pour laquelle "les sciences de la communication, pluridisciplinaires par nature ne possèdent ni modèle ni champs de recherche unifié" (1). D’où la difficulté d’en cerner les contours et de leur trouver une identité propre.
 
C’est ainsi que l’on peut se demander ce que devraient apprendre les futurs professionnels de communication ?
De fait, pour une école qui a l’ambition de préparer des futurs professionnels la seule réalité qui compte est celle du marché. Il s’agit de préparer des collaborateurs fiables qui maitrisent à la fois les enjeux et les techniques de communication utilisées aujourd’hui dans les entreprises.
Ces enjeux et ces techniques peuvent se résumer en deux points : d’abord, il s’agit d’aider l’entreprise dans ses relations avec l’ensemble de ses publics externes. Cette communication vise principalement à informer, expliquer, faire comprendre, convaincre, vendre. On parle de communication commerciale, de communication  corporate ou institutionnelle. Ensuite, il faut aider l’entreprise à créer un climat social où chacun pourra trouver sa place, comprendre les enjeux, mesurer sa propre contribution à l’ensemble et s’épanouir ; cette communication vise là encore à informer, faire comprendre, faire adhérer à un projet, créer un sentiment d’appartenance et responsabiliser. C’est le champ de la communication interne.
Mais peut-on en rester là ?
 
Comme peut le laisser imaginer le simple énoncé de ces objectifs, la mise en œuvre d’une politique de communication est difficile et il existe de nombreux pièges auxquels les professionnels de communication se trouvent confrontés.
Par nature en effet, toute entreprise vise la performance économique. Cet objectif naturel peut souvent créer des tensions et place les décideurs dans des situations où les tentations sont nombreuses.
Dans toutes ces situations, la communication joue un rôle majeur. C’est souvent elle qui va penser les messages, créer les supports, préparer les discours, mettre les moyens techniques de son "art" au service des dirigeants, etc. D’où la tentation de la "com" dont parle Jean-Marie Charpentier, Vice-président de l’Association Française de Communication interne (AFCI) dans son livre "Refonder la communication" (2).
C’est ainsi que des professionnels non avertis ou peu scrupuleux peuvent facilement devenir des instruments au service de la désinformation, du mensonge voire de la manipulation. La fin justifie les moyens et tant pis s’il faut tordre le coup à quelques vérités
C’est pourquoi, les écoles qui souhaitent former des professionnels de la communication seraient bien avisées de revenir à quelques questions fondamentales. Rompus aux techniques de communication les étudiants qu’ils forment prennent-ils vraiment le temps de réfléchir à la finalité, aux méthodes et aux moyens de la communication.
Cette réflexion doit s’enraciner dans une double conviction :
 
La première est anthropologique.
Elle part du principe que pour s’épanouir et développer tous ses talents, toute personne humaine a besoin de communiquer. En communiquant, chaque homme marque progressivement son "territoire" personnel qui est à la fois emprunt aux autres et révélation de lui-même… ou plus encore, révélation de lui-même par l’échange et la confrontation avec les autres et avec le monde. De même, toute communication est médiatique au sens où elle nécessite l’utilisation d’un intermédiaire, d’un "média". Le corps, le langage et tous les outils de communication qui n’ont cessé de se développer ces dernières années sont autant de médias par lesquels nous pouvons créer cette communication. Ils sont indispensables comme des prothèses qui viennent palier nos infirmités mais ils ne sont pas la communication. La fascination qu’ils exercent aujourd’hui dans tous les domaines de notre vie ne doit jamais nous faire oublier que les moyens ne sont jamais une fin en soi et qu’on ne pourra jamais juger la qualité d’une communication aux moyens qui sont utilisés pour la mettre en œuvre.
 
La seconde est éthique.
Pour pouvoir servir la communauté la communication doit nécessairement se mettre au service du bien commun. Elle pose à chacun les questions du "bien agir", du "pour quoi agir ?", et de son rapport à la vérité : jusqu’où peut-on "enjoliver" les qualités d’un produit pour mieux le vendre ? Est-il légitime de dissimuler les faits lors d’une crise pour ne pas entamer le potentiel de l’entreprise ? Faut-il modifier la réalité pour se bâtir une image positive ? Peut-on instrumentaliser les personnes pour obtenir d’elles un meilleur un résultat ? Toutes ces questions doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie qui s’enracine dans une conviction : c’est en s’approchant de la vérité qui permet aux personnes mais aussi aux communautés de mieux connaître leurs forces et leurs fragilités que chacun pourra faire usage de sa liberté pour se mettre librement  au service d’un bien commun.
 
C’est en approfondissant ces deux convictions que les écoles permettront aux étudiants de se préparer pleinement à leur futur métier, de posséder une boussole sûre lorsqu’ils devront eux-mêmes discerner au milieu des nombreux aléas et tentations de leur vie professionnelle. Cette réflexion deviendra une "marque de fabrique", un "savoir-faire différenciateur" qui ne pourra qu’être apprécié des employeurs qui cherchent de plus en plus des professionnels engagés, compétents et avisés. 

(1) B. Ollivier – "Les Sciences de la communication. Théories et acquis", Armand Colin - 2007
(2) JM. Chrapentier et V. Brulois– "Refonder la communication en entreprise", Fyp Editions - 2013
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Des lenteurs de la justice
 
Chacun le sait et le déplore : l’institution judiciaire, engorgée, met beaucoup trop longtemps à rendre son verdict pans une grande proportion des causes qui lui sont soumises. En particulier, la répression de la petite et moyenne délinquance serait nettement plus efficace si la sanction survenait très rapidement : un adolescent, par exemple, qui n’est jugé et puni que plusieurs mois – et parfois des années – après la commission du ou des délits qu’il a commis conserve un sentiment d’impunité, alors qu’une sanction très rapide l’aurait conduit à comprendre la gravité de ses agissements.
Il en va de même, mutatis mutandis, pour les jugements relatifs aux infractions au droit du travail. Liaisons sociales quotidien du 21 mars rapporte le cas d’une affaire simplissime qui a démarré en avril 2011 et qui n’a été définitivement tranchée par la Cour de cassation que le 15 mars 2017, soit 6 ans plus tard. Ce cas mérite qu’on y réfléchisse.
 
Il s’agit d’une étrangère dont l’autorisation de travail, expirée le 31 octobre 2010, n’a pas été renouvelée. Un premier retard à l’allumage est survenu au niveau de l’administration : l’employeur n’a été informé de ce refus que le 21 avril 2011, soit presque 6 mois après la cessation de la validité du titre de travail. Cela pose le problème de la lenteur administrative : si, trop souvent, l’administration s’avère incapable d’agir en temps réel, comment le pays en général et les entreprises en particulier n’en seraient-ils pas affectés ?
L’employeur a immédiatement appliqué les dispositions du Code du travail, c’est-à-dire convoquée cette employée à un entretien préalable au licenciement, puisque s’il avait continué à faire travailler cette personne, il se serait mis hors la loi. Une complication apparut alors : la salariée était enceinte, et notre droit du travail est à juste titre protecteur pour les situations de grossesse. Sauf impossibilité de maintenir le contrat de travail, ou faute grave, le licenciement d’une femme gravide est interdit. Dans ce cas, l’interdiction de travail notifiée par la préfecture entrainait-elle ou non une impossibilité de maintenir le contrat de travail, telle était la question.
La salariée s’étant prévalue des dispositions protectrices de la femme enceinte pour réclamer l’annulation de la rupture de son contrat, l’affaire suivit jusqu’en cassation le cheminement judiciaire classique. La Cour, par un arrêt du 15 mars 2017 qui devrait faire jurisprudence, jugea que l’employeur avait bien agi : les dispositions d’ordre public relatives à l’emploi des étrangers l’obligeaient bien à résilier le contrat de travail de son employée.
 
Au-delà de cet aspect juridique, en quelque sorte désincarné, intemporel, il y a les problèmes réels, humains et économiques, que l’auteur de l’article n’aborde pas, mais qui sont d’une importance cruciale pour les travailleurs, pour les employeurs, et pour le bon fonctionnement de notre économie et de nos rapports humains. Qu’il faille plus de 5 années pour dénouer une situation de ce genre est proprement ubuesque. Laisser tout ce temps dans l’incertitude sur ce qu’est la règle juridique à la fois une personne, une famille, et une entreprise, constitue à l’évidence une atteinte aux droits de l’homme. Les lenteurs de l’institution judiciaire peuvent être aussi graves, aussi contraires à la justice, que bien des infractions sévèrement réprimées par les tribunaux.
 
Un chef d’entreprise, parfois submergé par les problèmes à régler, doit toutes affaires cessantes s’occuper de diverses formalités administratives, sauf à encourir des sanctions, et l’institution judiciaire aurait l’éternité devant elle, quelques soient les angoisses et les préjudices qui peuvent résulter pour les justiciables de sa lenteur à dire le droit ? Il est grand temps de se pencher sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, pour la rendre plus efficace. Il ne suffit pas que les décisions prises par les magistrats soient in abstracto conformes aux règles juridiques ; la Nation a besoin que ces décisions répondent in concreto aux besoins de justiciables qui ne peuvent pas sans subir un grave préjudice attendre des mois ou des années le jugement nécessaire pour solutionner un problème délicat.
Nous n’avons hélas guère de travaux économiques consacrés aux dégâts provoqués par les lenteurs des tribunaux. Nous manquons également d’études précises sur les causes de ces lenteurs. Certes, l’insuffisance des crédits alloués à notre système judiciaire, carcéral et policier est un coupable que l’on a toujours sous la main, et dont on peut ad libitum répéter le procès, mais cette question budgétaire n’est pas seule en cause.
 
L’organisation et le fonctionnement de nos tribunaux laissent visiblement à désirer. Les règles de procédure sont à passer au peigne fin pour détecter tout ce qui joue inutilement en faveur d’un allongement des délais entre le début et la fin d’une action en justice. Cette question n’est pas seulement très importante pour les justiciables que les lenteurs de Thémis soumettent à une sorte de supplice, mais aussi pour tous ceux qui recherchent un emploi auprès d’entreprises dont les dirigeants, échaudés par des procès interminables, préfèrent modérer la croissance plutôt que d’accroître, avec le nombre de leurs salariés, le risque de nouveaux épisodes judiciaires hallucinants. 
Publié dans En France
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Ne pas sortir de l’euro : bonnes et mauvaises raisons
 
Disons-le tout de suite : je ne suis pas partisan de sortir de l’euro. Mais je suis agacé par l’empilement de mauvaises raisons auquel se livrent certains pour justifier cette position, dont je me réjouis qu’elle soit partagée par une majorité de Français.
Si l’on pouvait sortir de l’euro du jour au lendemain, en prenant un simple décret, le retour au franc ne serait peut-être pas une mauvaise chose. Les Français, en effet, sont un peu comme les Grecs : s’ils peuvent consommer plus qu’ils ne produisent, ils ne se gênent pas pour le faire, et le déficit commercial de la France ne les en empêche pas dès lors que notre pays peut s’endetter facilement et à bon compte, ce que permet l’euro.
Celui-ci constitue une bulle protectrice à l’intérieur de laquelle il est facile de faire distribuer de l’argent par l’État pour acheter des biens et services chinois et allemands sans avoir à produire et vendre l’équivalent à l’étranger. En revenant au franc, nous reviendrions à la dure mais stimulante réalité économique au lieu de nous endormir dans le confort douillet d’un cocon protecteur – jusqu’au jour où le cocon se cassera, par exemple parce que la dette publique sera devenue trop lourde.
Mais la sortie de l’euro nécessiterait des négociations interminables, qui absorberaient nos pouvoirs publics et les empêcheraient de se consacrer à l’énorme travail de réforme dont notre pays a besoin. Il faut, par exemple, sortir notre sécurité sociale du piège de l’État providence où l’ont enfermée une succession de dirigeants tous issus de la "droiche", comme disait Madelin avant que le Front National ne lance la formulation UMPS.
 
Il faut sortir notre administration de la léthargie où l’a plongée la possibilité pour ses cadres dirigeants et pour les ministres de faire bêtise sur bêtise – ou de ne rien faire – sans risquer la moindre sanction. Il faut rendre à la Nation l’armée, la police et la justice qui lui sont nécessaires pour ne pas subir la perte de son identité. Il faut donner à nos enfants l’éducation et la formation professionnelle dont ils sont sevrés. Il faut se débarrasser de la bureaucratisation européenne et de l’esprit gnangnan imposé par une conception caricaturale des droits de l’homme.
Bref, si nous faisons cela notre énergie réformatrice sera entièrement absorbée pour redonner à la France ce qui lui fait défaut depuis plusieurs décennies, ce que nous avons laissé en déshérence au profit de chimères à la mode. Comme nous ne pouvons pas tout faire à la fois, n’ajoutons pas au programme de redressement national déjà lourdement chargé une sortie de l’euro qui nous mettrait à dos tous nos voisins avant même que nous ayons commencé à négocier avec eux les choses importantes, comme par exemple l’endiguement des flux migratoires.
 
Ceci étant, le niveau des raisonnements concluant à la nécessité de rester dans l’euro est parfois consternant. Dans Les Echos du 22 mars, par exemple, une journaliste reprend le cas de la tannerie Gal, une petite entreprise qui fabrique de la sellerie de très haut de gamme, dirigée par une femme venue exposer son cas dans une émission consacrée à Marine Le Pen. Celle-ci n’avait pas su répondre à ce chef d’entreprise travaillant principalement à l’export et important la quasi-totalité de ses fournitures, et pourtant tout dans ce dossier donnait à penser que Nathalie Gal et ses 15 salariés n’avaient rien à craindre de ce changement en dehors de quelques frais inhérents aux opérations de change : payer les peaux scandinaves plus cher en francs, du fait de la baisse de cette devise, ne conduit en aucune manière à vendre les selles de luxe plus cher en euros ou en dollars, la préservation du tarif antérieur suffisant pour engranger davantage de francs.
Dans le même article, Sabine Delanglade s’inquiète pour les achats de machines importées d’Allemagne, d’Italie ou du Japon, renchéris par une baisse du cours du franc. Mais où est le problème ? Les ventes en euros, dollars, yens, et autres devises rapporteront davantage de francs, permettant de compenser la hausse (en francs, pas en devises !) du prix des produits exportés. Pour une bonne partie d’entre eux, les discours visant à noircir le tableau des conséquences probables d’une sortie de l’euro en matière de compétitivité internationale ne démontrent que la méconnaissance par leurs auteurs de mécanismes économiques pourtant assez simples.
La vérité est que la sortie de l’euro ne serait ni une catastrophe, ni une panacée (1). Ceux qui la prônent comme ceux qui la proscrivent sont trop souvent motivés par le désir de ne rien changer – voire de revenir en arrière, comme Marine Le Pen en matière de retraites. Or notre pays a surtout et terriblement besoin de réformes structurelles et managériales pour devenir plus efficace – seul moyen durable de devenir plus compétitif.
 
(1) Pour plus ample réflexion sur ce sujet, voir François de Lacoste Lareymondie, "Sortir de l’euro : est-ce la bonne question ?"La nouvelle Revue Universelle, n° 47, hiver 2017.
Publié dans Avec l'Europe
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L’élection présidentielle et l’euro
 
Plusieurs candidats ont fait de l’euro une question clé de la campagne présidentielle. Il convient donc de s’interroger à ce sujet. L’euro a-t-il tenu ses promesses ? Sinon, faut-il en sortir ? A la première question, la réponse est sans appel : non, l’euro n’a pas tenu ses promesses. A la seconde, la réponse est plus nuancée. L’euro n’a pas tenu ses promesses mais il ne s’ensuit pas qu’il faille en sortir. L’euro souffre de défauts congénitaux auxquels il est possible de porter remède.
 
Une monnaie unique ne fonctionne que si certaines conditions sont satisfaites. La première tient à la nature des économies des pays membres. Si elles sont structurellement semblables, aucun aménagement n’est nécessaire. Si elles sont dissemblables, des transferts inter-états doivent corriger les déséquilibres entre états membres. Aux Etats-Unis, la Californie et le Texas sont riches. L’Arkansas et l’Oklahoma sont pauvres. Des transferts fédéraux rétablissent l’équilibre entre les Etats. De tels transferts n’existent pas dans la zone euro.
La seconde condition tient à la politique économique. La politique américaine est définie à Washington. Dans la zone euro, la politique est définie par l’Allemagne. C’est une politique mercantile basée sur la compétitivité des entreprises. Celle de la France lui est opposée. Elle privilégie le pouvoir d’achat pour assurer la paix sociale. L’Allemagne jouit d’un solde commercial structurellement excédentaire, la France d’un solde structurellement déficitaire.
 
Cette situation se traduit par une créance de l’Allemagne sur les membres de la zone euro. Le chiffre était de 17,5 milliards euros en janvier 1999. Il est de 743 milliards en décembre 2016, soit 24 % du produit intérieur brut. A cette date, la France avait une dette 35 milliards d’euros. En valeur absolue, les dettes de l’Italie et de l’Espagne sont les plus élevées, 364 milliards et 333 milliards d’euros, respectivement. En valeur relative, c’est la Grèce qui arrive en tête (41 % du produit intérieur brut) devant le Portugal (39 %) et l’Espagne (30 %). La politique économique de la zone euro conduit donc à un déséquilibre croissant entre l’Allemagne et le reste de la zone euro.
 
Pour rester viable, la zone euro doit adopter des transferts inter-Etats et changer de politique économique. L’Allemagne est y opposée. L’euro ne peut survivre en l’état. Une solution consisterait à créer une zone, plus restreinte comprenant l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Finlande et l’Autriche. Précisons que la France ne pourrait y participer qu’à la condition de consentir aux réformes structurelles que l’évolution de l’économie mondiale exige. Dans ce schéma, la sortie des autres pays de la zone euro pose un problème quasi insoluble.
 
Cette solution n’est pas satisfaisante. Une autre solution serait de convaincre l’Allemagne d’abandonner ses dogmes économiques. Elle devrait y consentir car elle est en infraction des règles de l’euro. Son solde commercial qui s’élève à 9 % du produit intérieur brut, est 3 % au-dessus de la limite imposée par le Pacte pour l’euro. C’est aussi dans son intérêt. Si rien n’est fait, sa créance non seulement atteindra des sommets mais sera constituée de débiteurs peu solvables. Quand la zone euro s’effondrera sous le poids de la dette, elle sera face à une économie européenne en pleine crise qui l’entraînera dans sa chute. La raison devrait la convaincre de modifier sa politique. Si elle y consent, la zone euro tiendra ses promesses.
Publié dans Avec l'Europe
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Christine Angot, visage de la "gauche morale"
 
Non, Christine Angot ne regrette rien. "Moi agressive ?", s’étonne-t-elle ce lundi dans Libération, au rappel de sa prestation de vendredi sur France 2 face à François Fillon. Sous la Terreur, la justice expéditive des Comités de salut public devait probablement ressembler à ce procès bâclé et bavard auquel l’écrivain s’est prêtée, au nom du peuple français. Son intervention aurait pu être l’interpellation légitime d’une citoyenne s’adressant à un candidat donnant le sentiment de vivre dans un monde à part. Mais le dialogue est devenu une accusation sans preuves, motivée par la seule certitude de Mme Angot de représenter le peuple, la vertu, la vérité. La haine et l’hystérie ont crevé l’écran. "Je n’ai aucun sens de la répartie", concède la harengère, qui ne pousse pas plus loin son autocritique. Mme Angot, accueillie en héroïne sur deux pages du nouveau Père Duchesne, résume ce qu’est devenue la "gauche morale" : une violente imposture qui ne s’embarrasse pas du respect minimum dû à l’interlocuteur, condamné avant d’avoir été entendu. Le scandale Fillon, que la justice et les médias mettent en feuilleton en tirant le moindre bout de ficelle, pourrait devenir un scandale d’Etat, tant le poids de l’exécutif apparait de plus en plus dans la volonté de faire tomber le candidat des Républicains, au profit d’Emmanuel Macron.
 
Le problème n’est pas de savoir s’il y a, concrètement, un "cabinet noir" à l’Elysée. La gauche abuse de cet argument, improuvable en effet, pour contester la "machination" dont Fillon accuse François Hollande. Il existe plus sûrement des connivences informelles, des structures clandestines, qui lient entre eux, pour des motivations politiques, des élus, des policiers, des juges, des journalistes. Cette amicale des comploteurs n’est pas propre à ce quinquennat. Cependant, celle-ci est sacrément efficace. L’opération de déstabilisation de Fillon laisse voir une professionnelle maîtrise du temps et des dossiers. Dans ce contexte, les Républicains ont raison de saisir, ce lundi, le procureur de Paris et le procureur national financier, suite à des révélations apportées par le livre "Bienvenue Place Beauvau". Selon six responsables LR qui ont lancé la procédure, 17 passages du bouquin relèveraient des qualifications d’association de malfaiteurs, corruption, trafic d’influence, atteinte à la vie privée, abus d’autorité, violation du secret de l’enquête, du secret professionnel, etc. Rien n’est pire que les donneurs de leçons de morale qui ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres. La gauche est dans cette tartufferie. Le déchaînement de Mme Angot contre Fillon a symbolisé le visage, outrancier et injuste, du camp du Bien. Attention au retour de manivelle.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 mars 2017
Publié dans Du côté des élites
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Présidentielles : critères de discernement
 
Beaucoup ne sont guère satisfaits de cette campagne présidentielle, qui ne semble permettre aucun réel débat de fond. Notre pays si fragilisé aurait pourtant bien besoin de profiter de ces élections pour vivre un vrai temps de discernement.
Discernement sur les questions majeures que nous rencontrons, les solutions à apporter, celui ou celle qui pourra le mieux les porter, discernement enfin sur les fondements et les repères communs qu’il nous faut retrouver pour vivre ensemble et que nous aurons à transmettre aux générations qui viennent. Mais ce discernement si nécessaire est empêché. Le débat semble impossible, comme si certains n’avaient pas intérêt à laisser s’exprimer un vrai dialogue de fond. Certains candidats d’abord, sans doute plus à l’aise dans le slogan ou l’incantation. Certains médias sûrement, préférant chercher le buzz qui rapporte de l’audience facile ou s’enivrant à l’idée de "faire l’élection" en flinguant les uns et encensant les autres. Leur travail serait pourtant nécessaire pour servir humblement la réflexion des Français en leur offrant les moyens d’un choix apaisé. Nos évêques pointaient déjà cette responsabilité dans le document "Retrouver le sens du politique" (à consulter
ici) : "Les médias ont un pouvoir d’influence dans leur manière de présenter les choses, et une responsabilité dans la qualité́ du débat public quand ils préfèrent slogans, petites phrases, et a priori réducteurs, à l’analyse sérieuse et au débat respectueux."
 
Malgré tout, il va bien falloir voter. L’Eglise rappelle que c’est un devoir moral pour tout catholique (voir Catéchisme de l’Eglise Catholique § 2240) et pas seulement un droit. Il faudra donc choisir. Sur quels critères ? L’Eglise donne-t-elle des consignes de vote ? Bien sûr que non. Elle ne veut pas nous infantiliser. Elle en appelle au contraire à notre conscience, se mettant au service de notre liberté en éclairant notre discernement. Comme souvent, l’Eglise nous interpelle, nous éclaire, nous encourage à prendre en compte tel ou tel sujet… mais nous laisse ensuite libres. En cela, nous restons responsables de notre vote. C’est aussi ce qui explique qu’il peut y avoir un réel pluralisme chez les catholiques, comme nous allons le voir.
 
Je vous propose pour ma part trois étapes pour notre discernement. Il n’y a rien d’infaillible dans mes propos, mais ils peuvent peut-être aider certains d’entre vous.
Revenir au programme
Si nous critiquons l’absence de débat de fond, nous ne pouvons pas nous-mêmes en rester à la forme. Plutôt que de vouloir sonder les reins et les cœurs de nos candidats, sachons ce qu’ils veulent faire concrètement pour notre pays. Prenons le temps de lire ces programmes, pour ne pas dire demain : "nous ne savions pas… ".
Ces programmes, nous pouvons les lire à la lumière des deux textes que nos évêques nous proposent :
ici et ici. Le premier liste quelques sujets essentiels sur lesquels ils attirent notre attention : projet de société, respect de la vie, éducation, famille, précarité, écologie, travail, immigration, violence, moralisation de la vie publique… Le deuxième dresse un constat grave et sérieux de la société, pour discerner les enjeux de cette élection importante.
Ces deux textes sont donnés pour éclairer notre discernement. La question à nous poser n’est pas : "existe-t-il un programme idéal et parfaitement conforme ?" (je ne le crois d’ailleurs pas) mais plutôt : "quel programme semble le mieux prendre en compte, même de façon imparfaite, les enjeux les plus décisifs pour notre société, avec l’éclairage que notre foi peut leur donner ?".
Au fond, il s’agit de discerner quel candidat et quel programme permettront que le bien commun, qu’une vision juste et respectueuse de l’homme et de la femme et les repères fondamentaux de notre société auxquels nous sommes tant attachés, puissent être protégés et reconnus plus largement. Il n’existe pas de "programme catholique" ni de programme parfait. Il existe par contre des cadres plus ou moins porteurs pour le bien commun et c’est à cela que nous sommes attachés comme catholiques, soucieux de l’avenir de toute notre société. Si les catholiques sont unis sur la finalité (le bien commun), ils peuvent ne pas avoir le même discernement sur les moyens (les mesures proposées par les candidats) qui vont permettre de progresser vers cette finalité. Quel "mieux possible" permettra chaque candidat ? A chacun de nous de discerner.
 
Empêcher de nouvelles transgressions
Si aucun de ces programmes n’est parfait, si "tout est lié" comme le dit le pape François, et qu’on ne peut réduire un programme à telle ou telle mesure qu’on y trouve, il me semble que notre conscience chrétienne doit rester particulièrement sensible aux questions éthiques qui touchent aux fondements même de la société, c’est-à-dire à l’anthropologie (vision ou définition de l’homme) sur laquelle se construit une vision authentique du bien commun. Pourquoi ? Parce qu’on touche là, comme l’ont toujours affirmé les papes, à la racine de tous les autres droits. Tout ce qui abîmera encore le respect de toute vie, la filiation, la famille… abîmera encore un peu plus toute la société.
Celle-ci a déjà été très fragilisée par différentes lois sociétales du quinquennat qui s’achève. Le minimum qu’on puisse espérer, c’est qu’il n’y ait pas de nouvelles transgressions éthiques dans les cinq prochaines années. Promouvoir le suicide assisté ou la PMA sans père – c’est-à-dire un droit à l’enfant généralisé – comme "nouveau progrès à conquérir" en dit long sur l’idée qu’on se fait du progrès… Il est encore temps pour les candidats concernés d’y renoncer, car cela ne pourrait que les disqualifier aux yeux de nombreux catholiques.
Ce progressisme éthique – même souriant – est destructeur. Il n’est pas un réel progrès car il ne fait qu’augmenter la confusion sur les grands principes qui doivent structurer notre vie ensemble. Une société libertaire, dans laquelle le désir individuel devient tout-puissant simplement parce qu’il est sincère, au détriment de la recherche du vrai bien pour tous, est une société toujours plus fragilisée et fracturée, dont les plus petits seront les premières victimes.
Certes, on mettra du temps pour reconstruire, et sans doute il nous faudra compter sur une prochaine génération d’élus pour cela. Certes, on peut regretter que certains ne soient pas plus courageux pour se libérer de la pensée dominante et reconstruire sans complexe ce que d’autres ont détruit sans scrupule. Mais si on peut au moins stopper la spirale de destruction, ce sera un premier pas et un cadeau pour les générations qui viennent.
 
Quel candidat et quelle équipe ?
L’élection n’est pas une canonisation. Je n’attends pas le Messie (il est déjà venu !) et ne réclame pas des candidats une perfection qui n’est pas de ce monde. Nos candidats sont à l’image de la société sécularisée de laquelle ils ont émergé. Ils en portent les désirs, les aspirations, les blessures, les fragilités et les faiblesses.
Ce qu’il nous faut discerner, c’est la capacité à gouverner des uns et des autres, dans le contexte national et international que l’on connaît. Si on croit
au rayonnement de la France et à sa vocation universelle, il faut que la personne qui sera élue soit en mesure de l’incarner. Dans la situation de guerre contre l’islamisme radical, de tensions internationales, de désordre intérieur, il faut un président solide, capable de garder la tête froide et le sens de ce qu’il sert. Qui sache trouver les mots pour parler aux Français lors des heures difficiles que nous ne manquerons pas de connaître à nouveau. Qui puisse donner du sens aux efforts que les Français vont devoir faire pour relever notre pays, socialement, moralement, économiquement.
Ce chef ne sera pas seul à exercer le pouvoir. Il va arriver avec une équipe, il va nommer des ministres, des hauts-fonctionnaires… c’est toute la tête du pays qui va être ainsi remodelée, tous les leviers du pouvoir qui vont arriver dans de nouvelles mains (ou pas !). On ne peut pas ignorer cela.
C’est ainsi une autre question qu’on peut se poser : au-delà des qualités et des limites du candidat, fera-t-il émerger autour de lui des figures qui pourront porter l’idée du bien commun que nous nous faisons ? Quelle nouvelle génération d’élus nous donnera-t-il ? Avec qui voudra ou pourra-t-il gouverner ? Cet entourage n’est jamais d’un seul bloc, il y a une certaine diversité ; mais permettra-t-il au moins à une véritable vision du bien commun d’exister et d’infuser ?
 
Voilà quelques idées, qui mériteraient certainement d’être développées. Des hommes et des femmes se soumettent à notre vote. Ne laissons personne décider pour nous. Ayons cette liberté intérieure qui nous fait discerner avec maturité et gravité celui ou celle que nous reconnaîtrons comme notre autorité légitime pour les cinq années qui viennent. Ce n’est pas d’abord un choix affectif. C’est d’abord un choix de la raison. Il ne nous est pas toujours donné de pouvoir admirer nos chefs, ou d’être enthousiasmés. Mais passant au-dessus de toute amertume ou rêverie, il nous faut les choisir et avec eux, les idées qui demain arriveront au pouvoir. Que chacun discerne, choisisse et agisse aussi : c’est en parlant, en échangeant, en faisant vivre ce dialogue de fond, que votre choix et celui de ceux qui vous entourent pourront converger vers le bien commun ! Le pape François nous le disait
aux JMJ de Cracovie
: ne laissez pas l’histoire se faire sans vous !
Paru sur www.padreblog.fr, 21 mars 2017
Publié dans A tout un chacun
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Il  parle d’or, mais pas d’argent…
 
Le 18 mars au matin, Monsieur Macron, un favori des médias pour la prochaine élection présidentielle, annonçait son programme en matière de défense. Comme aurait dit mon grand-père : "il parle d’or mais pas d’argent".
Monsieur Macron entend assumer ses responsabilités, avec un langage martial, citant Foch et de Gaulle : "Ma vision de la France, c’est celle d’une nation… qui a une vocation mondiale. Je refuse la tentation du repli sur le territoire et même sur le continent européen... J’assumerai pleinement mon rôle de chef des armées… et de responsable de la dissuasion". Il entend donc rester dans l’OTAN, maintenir nos liens avec nos alliés, rétablir les conseils de défense franco-allemand, au niveau du président et de la chancelière, conseils tombés hélas en désuétude.
Pour lui, la situation géopolitique mondiale doit tenir compte du caractère imprévisible de l’actuelle administration américaine, d’une Russie agressive, d’une Chine qui veut être respectée en Asie, d’un Moyen-Orient chaotique et d’un terrorisme militarisé. Cela dit, Monsieur Macron n’évoque pas ses fins et buts politiques ou stratégiques au Proche et au Moyen-Orient ou en Afrique. Pourquoi  y engager nos forces ?
Certes, Monsieur Macron veut une défense forte, modernisée, où la dissuasion nucléaire joue une partition clé. Il entend conserver une force opérationnelle de 77  000 hommes. Il serait conscient de l’usure de nos armées : "Elles sont utilisées aux maximum de leurs capacités, nos forces n’ont plus le temps de se reposer ni de s’entraîner… Nous ferons décroître progressivement l’opération Sentinelle en fonction de l’évolution de la menace terroriste." 
Cerise sur le gâteau, Monsieur Macron propose le rétablissement d’un service militaire universel, court, d’un mois, dès que les jeunes Français auront atteint l’âge de 18 ans "pour qu’ils aient l’occasion, même brève, de connaître la vie militaire… pour refonder le lien–nation".
Il convient de rappeler qu’une classe d’âge est de 700 à 800 000 jeunes gens. Il faudrait donc en incorporer 20 000 environ chaque mois : ce serait possible dans des conditions rustiques dans nos camps militaires. Le hic, c’est l’encadrement, au minimum un officier et trois sous-officiers pour 30 recrues. Il conviendrait donc de recruter de 600 à 700 officiers et autour de 2000 à 2200 sous-officiers. Le Monde du 21 mars dernier évoque un coût de 15 milliards d’euros pour la mise en place et de 2 ou 3 milliards annuels pour le fonctionnement. Où trouver cet argent, alors que Monsieur Macron envisage de ne porter le budget de la défense à 2  % du PIB qu’en 2025 ?
Monsieur Macron est-il conscient de l’état de nos forces ? Le général Desportes rappelait récemment que notre défense s’écroule : 40 % des hélicoptères sont indisponibles, les munitions manquent, les immeubles sont mal entretenus, l’entraînement est insuffisant,… etc.
Nos armées n’ont pas besoin de discours, mais d’une thérapie budgétaire de choc.  Comme je l’écrivais il y a trente ans : "les véritables choix stratégiques, c’est dans les budgets militaires qu’ils sont inscrits."
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Quelques réflexions sur les migrations
 

Intervention présentée à l'occasion de l'Assemblée générale des anciens fonctionnaires de l'UE lundi 27 mars

De nos jours nous avons tendance, en Europe, en France, simples citoyens ou responsables politiques, à commenter, à disserter, à s'opposer, sur le thème des migrations humaines : danger ou apport pour nos sociétés post industrielles et vieillissantes, mais qui restent attractives pour ceux et celles qui sont à la recherche d'un El Dorado, d'un monde simplement meilleur ; au risque de nous faire oublier que les migrations sont multiples, qu'elles concernent des domaines variés avant tout et qu'elles sont évolutives, dans l'espace et dans le temps même si certaines constantes sont à souligner ici ou là et que les déclarations intempestives de responsables politiques sur ce sujet relèvent plutôt de la posture que de la possibilité réelle de contrôler les flux migratoires.

La diversité des types de migrations
Il existe des types très variés de migrations : celles animales bien connues avec les longs déplacements des oiseaux, des animaux en liberté, des occupants des mers ; qui d'entre nous n'a pas admiré la beauté des flamands roses ou des gnous en Afrique de l'est, des oies du Canada aux Etats-Unis, des requins baleine dans le goubet de Djibouti ? Mais souvent certains virus émergent, voyagent aussi et représentent des dangers réels pour les habitants de cette planète. Migrations de l'information, des œuvres d'art, des systèmes politiques, des finances (envois d'argent des émigrés vers leur pays d'origine),… etc.
Ces thèmes variés, avec le phénomène migratoire en commun feront l'objet de différentes communications au sein de l'Académie des sciences d'outre-mer dont j'assure la présidence, sans oublier les migrations humaines, sujet dont je souhaite vous entretenir aujourd'hui.
 
Les migrations humaines aujourd'hui : un mouvement fort et qui n'est pas près de s'arrêter
Entre 2000 et 2015 le nombre de migrants a bondi pour atteindre un total de 244 millions de personnes vivant en dehors de leur pays d'origine dans le monde selon les sources des Nations Unies. Parmi elles, 60 millions sont des migrants et des réfugiés hors de leur pays d'origine et environ 6 millions sont "coincés" dans un pays ou une zone de transit ; 1 personne sur 112 est, soit un réfugié soit un demandeur d'asile soit un déplacé intérieur. La gestion hasardeuse de ces populations a aussi contribué à la création de camps de réfugiés de "longue durée". On compte aujourd’hui 32 camps de réfugiés installés depuis plus de 25 ans et ces colonies temporaires sont destinées à devenir des villes permanentes, privées toutefois d'infrastructures et d'activités économiques dignes de ce nom.
ll est intéressant de noter que malgré l'augmentation forte du nombre de migrants en valeur absolue, la proportion de migrants internationaux reste stable depuis 60 ans et s'établit autour de 3 % de la population mondiale. L'une des raisons de cette stabilité étant le coût élevé du voyage pour le candidat au départ ; une famille économise souvent pendant 10 ans pour financer un départ ; depuis 2000 il est estimé que le coût de ces voyages s'élève à 15 milliards d'euros, montant qui a principalement bénéficié aux passeurs. 
 
Des caractéristiques diverses des flux migratoires
          * les flux migratoires sont organisés
L'émigration d'une cinquantaine de millions d'européens vers les États-Unis à la fin du XIXème et au début du XXème siècle illustre bien cette organisation car les candidats au départ utilisaient des circuits structurés ; les courants actuels le confirment (émigration de Kayes au Mali etc...) d'où l'utilisation de "routes" par les passeurs. Il en va de même en ce qui concerne l'origine géographique des migrants : après l'année "syrienne" au sens large (les Afghans etc...), il semble que l'on assiste à une (des) année(s) africaine(s) qui utilise la voie de la Méditerranée, centrale de préférence (en 2016, 93 % des migrants arrivés en Italie sont africains) suite à la fermeture de la route des Balkans et grâce notamment à la coopération intéressée des autorités turques qui ont monnayé leur rôle de "garde-frontière" ; les chiffres indiquent que toujours en 2016 c'est l'Italie qui a reçu ces migrants qui ont transité par la Libye (181 000) devançant ceux passant par la mer Egée (175 000 migrants) 56 000 syriens se retrouvant bloqués dans des camps en Grèce. 
 
         * les nationalités des migrants évoluent
Parmi les nationalités des migrants arrivés en Italie, 9 des 10 principales nationalités sont africaines (les bangladais faisant exception). Les nigérians représentent le contingent d'africains le plus élevé ; la raison de cet afflux est lié à la situation économique au Nigeria et là, on distingue ceux des migrants qui peuvent se prévaloir du droit d'asile (érythréens, soudanais, éthiopiens) et ceux qui sont poussés à l'émigration pour des raisons économiques (nigérians, guinéens et ivoiriens en particulier).
 
          * la difficulté à opérer une distinction claire entre asile et réfugié économique, demain" climatique "
Si la Convention de Genève propose une définition stricte du droit d'asile (elle individualise les persécutions, c'est à dire qu'il ne suffit pas d'appartenir à une ethnie, à une catégorie y compris religieuse, menacée, il faut que la personne apporte la preuve qu'elle est persécutée ; les autres demandeurs entrent dans la catégorie des migrants économiques. Mais comment prouver que l'on est demandeur d'asile si sa maison, sa ville a été détruite sans pour autant entrer dans la définition de la Convention de Genève sur le droit d'asile ? De ce fait les migrations d'aujourd'hui sont "mixtes", elles sont un mélange de persécution et de la recherche d'un mieux-être économique et social.
 
          * Migrations et démographie : le cas de l'Afrique et du Sahel en particulier
En 2015, les migrants en provenance des pays au sud du Sahara ne représentaient que 10 % des migrants et la plupart de ces 32 millions de déplacés se trouvaient dans des pays voisins en Afrique tandis qu'une minorité, 9 millions selon l'OIM a réussi à venir dans l'un des pays de l'Union Européenne. Cependant ces chiffres, ces pourcentages pourraient changer rapidement étant donné l'explosion démographique constatée dans les pays du Sahel en particulier. Si les tendances actuelles se maintiennent, l'Afrique sub-saharienne devrait passer de 1,2 milliards d'habitants à 2, 5 milliards en 2050 soit l'équivalent du quart de la population mondiale et les pays sahéliens devraient passer de 89 millions d'habitants en 2015 à 240 en 2050 et à 540 en 2100. Le seul Niger pourrait compter 200 millions d'habitants contre 40 aujourd’hui ; si rien ne change, le Sahel devrait contribuer au tiers de l'accroissement démographique mondial en 2050. Ces tendances ne prennent pas en compte évidemment les éléments accompagnateurs de toute surpopulation à savoir guerres, épidémies, pandémies, famines, départs.
Il y a également d'autres moyens de mieux contrôler les naissances via un planning familial bien compris. Si en on prête à Houari Boumedienne la phrase qu'il aurait prononcée en 1967 "aucune bombe atomique ne saurait arrêter les masses affamées du sud attirées par les riches pâturages du nord " (introduction à mon cours sur le monde arabe contemporain Sciences Po, Paris, 3ème cycle) et un peu plus tard, en 1974 à la Conférence des pays non alignés à Bucarest "la meilleure pilule c'est le développement". Les dirigeants algériens sont revenus entre temps sur le sujet et ont mis en place un système de planning familial.
 
Par ailleurs et d'après des études menées  sur la jeunesse en Afrique par le professeur Hugon, il existe en Afrique la recherche, par une bonne partie de la classe moyenne (considérée comme telle dès que le revenu journalier dépasse les deux euros par jour !) une tendance à sortir du cycle infernal pauvreté/famille nombreuse /dépendance du clan familial comme vivre dans des résidences séparées du centre ville, avoir deux à trois enfants par famille, opter pour la monogamie, travail pour les deux époux etc...) . Mais cette tendance reste embryonnaire et de nouveau, si tout continue en l'état, les 3 à 4 millions de sahéliens qui ont émigré vers l'Europe depuis les indépendances passeront à 40 millions d'ici la fin du siècle. Des études récentes indiquent que si à court terme le développement d'un pays donné permet dans un premier temps d'élargir la base de personnes de plus de moyens, ces moyens sont utilisés pour financer le projet migratoire ; ce n'est que dans un second temps que le désir d'émigration baisse ; tout ceci à condition que démocratie et croissance économique soient au rendez-vous et que la démographie galopante perde en intensité (Maryline Baumand "migrations africaines : le défi de demain, the Youth and Leaders Summit, 2017 à Sciences Po) Face à ces défis que font les pays d'accueil ?

          *Les actions de l'Union Européenne
Sans entrer dans le détail des programmes en cours et au-delà des divisions des querelles entre Etats Membres sur le sujet, l'Union Européenne a mis en place des mesures complémentaires les unes aux autres sans garantie sur leur effet durable et positif : sécurité des frontières maritimes avec FRONTEX , Sophia, EURNAVFOR etc... mise à disposition d'un Trust Fund de 1,8 milliards d'euros disponibles pour financer des actions de développement durable (emploi pour les jeunes, formation, bonne gouvernance, programmes pour recycler et décourager les passeurs dans les pays de transit, Agades au Niger, etc...) avec de surcroît des accords avec les pays en première ligne (Afrique du nord, Libye, etc...) afin que ces pays bloquent ou à tout le moins, aident à la régulation des flux migratoires vers l'Union Européenne, etc... Ceci tout en sachant les risques de chantage de la part des pays "associés" (comme par exemple, la Turquie d'Erdogan). D'aucuns se plaindront des montants trop faibles du Trust Fund, de son saupoudrage (28 pays éligibles !) ou encore l'absence de programmes de planning familial, certes toujours délicat à faire admettre lorsqu'ils ne sont pas "internalisés" par le pays concerné avec en sus, le facteur religieux qui n'est pas à négliger
 
          *Le facteur religieux
Les pays sahéliens sont à majorité musulmane et par expérience vécue (Tchad, de 1969 à 1971, Niger, de 1973 à 1974, Mali, de 1988 à 1990) il n'est pas toujours facile d'aborder le problème démographique de façon sereine et franche sans que des arrières pensées ne soient prêtées à son interlocuteur. On retrouve des comportements similaires dans des pays à tradition catholique conservatrice (Rwanda avant le génocide) etc..; car la religion est souvent utilisée ou bien détournée à des fins politiques, de pouvoir, de domination voire d'exclusion.
Dans un autre registre je citerais l'appui à l'Ethiopie demandé par le Patriarche de l'église orthodoxe russe lors de la visite officielle du PM Meles en 2001, sous prétexte que les deux églises sont proches (l'éthiopienne et la russe) mais également parce que Pouchkine est un quarteron d'éthiopien. Cette "proximité" a joué son rôle dans le soutien apporté par les Russes aux Ethiopiens dans le cadre de la lutte du gouvernement éthiopien contre les islamistes somaliens. Les "supplétifs" serbes de l'empire Austro-hongrois, déçus par la promesse non tenue de les intégrer dans l'armée régulière, les Austro-hongrois émigrèrent vers le pays de "la douce orthodoxie", la Russie ; migrations de Jankevitch où les liens forts entre la Russie et la Serbie qui perdurent jusqu'à nos jours ; dans la même veine lorsque Chypre dut passer par les fourches caudines du plan ajustement du FMI et de l'Union Européenne, ce dernier a été accepté par les Chypriotes forcés pour éviter que les Russes ne mettent les 10 milliards d'euros nécessaires car là aussi, il s'agissait de renvoyer l'ascenseur aux Chypriotes : pendant le communisme en ex URSS c'est l'église orthodoxe chypriote qui a aidé l'église russe à survivre  etc.. 
Ce facteur culturel-religieux n'est pas à négliger ; si les migrants sahéliens ont des raisons de migrer massivement vers l'Union Européenne, comme les Européens  au XIXème et au début du XXème siècle (famine en Irlande, crises économiques dans les pays scandinaves, dans le nord italien etc...) les populations de départ et d'arrivée étaient de même culture et souvent de même région. Les Amériques avaient besoin de main d'œuvre à l'instar de l'Union Européenne ou de certains de ses États Membres (dans une étude que j'ai consacrée à un siècle d'émigration vers les États-Unis de 1860 à 1960, j'ai pu constater que pendant la crise de 1929 le solde migratoire est devenu négatif : plus d'émigrés repartaient vers leur pays d'origine ou vers un autre pays qu'il n'en entrait, de même il y a eu, toutes années confondues, un nombre important de migrants qui ne restaient pas dans leur nouveau pays d'accueil). Le danger est que cet obstacle qui s'ajoute à d'autres concernant l'intégration de tout migrant dans sa société d'accueil devienne un repoussoir de principe au détriment d'une politique raisonnée et dépassionnée d’immigration.
 
Et la France dans tout cela ? Pays d'immigration plutôt qu'un pays d'asile
La France n'est pas une terre "d'asile" mais plus celle qui accueille légalement des migrants au titre de conventions internationales signées avec la France (200 000 ressortissants non européens obtiennent chaque année un titre de séjour) À l'inverse, le taux d'acceptation des demandeurs d'asile est très faible (moins de 20 % et plutôt proche des 15 %). La France a privilégié l'arrivée massive de main d'œuvre (Jusqu’à la seconde guerre mondiale la France va accueillir des populations qui vont renforcer sa force de travail dominée par la Grande guerre avec notamment de forts contingents d'Italiens du nord qui s’installeront surtout en Savoie et dans le sud-ouest ou des Polonais dans les bassins miniers du nord de la France. Après la Seconde guerre priorité sera donnée à une immigration souhaitée d’une façon ou d’une autre par les dirigeants Français 1946 : début de la venue de travailleurs algériens en nombre, dans les années 60 l'immigration espagnole, marocaine, tunisienne et de certains pays d'Afrique sub-saharienne est en forte hausse suite aux accords signés avec les pays de départ. Cependant en 1974, les flux migratoires commencent à être contrôlés et en 1976, Valery Giscard d'Estaing décrète le droit au regroupement familial et entre 1997 et 1999, 100 000 sans-papiers sont régularisés. Les vannes de l'asile s'ouvrirent cependant lors de différentes crises mondiales (1956 accueils de 10 000 réfugiés politiques hongrois puis ce sont entre 10 000 et 15 000 Chiliens qui vont obtenir l'asile en France après le coup d'état de Pinochet puis entre 1975 et 1985 ce sont 110 000 réfugiés en provenance du sud-est asiatique qui seront accueillis. Si la France reste un grand pays d'immigration de longue date, elle n'est pas malgré tout un pays d'asile. Ceci a pour conséquence que, un peu moins d'un quart des personnes qui vivent en France soit un immigré soit enfant d'au moins un immigré (source INSEE, INED). La France est un pays "d'infusion durable", et non " d'invasion massive",de populations étrangères caractérisée également par l'impuissance radicale des politiques à réguler les flux migratoires.
 
Propos d'étape
Les migrations ont existé de tout temps ; elles peuvent prendre des formes diverses (migrations temporaires - soldats en guerre - religieuses - Israël - de peuplement, forcées - déplacement de populations  et pour des motifs variés (famine, desseins politiques, etc...) Elles sont traumatisantes tant pour les sociétés d'accueil que pour les sociétés de départ (indiens d'Amérique, Aborigènes, colonisations diverses etc...)
Pour les sociétés de départ, c'est souvent les vider d'une partie de leurs forces vives et au plan économique et social des modifications de leur mode de vie : de nombreux villages en Algérie, au Maroc et dans d'autre pays vivent sous "perfusion financière" grâce aux chèques des migrants ; c'est le cas des migrants économiques philippins, sri lankais, etc ...);  et au mieux  elles sont dérangeantes : Francois Héran cite un extrait des verbatim des discussions entre le Général de Gaulle et Alain Peyrefitte ; on explique à de Gaulle qu'il faudra accueillir quelques milliers de pieds noirs, ce dernier se récrie " jamais nous n'arriverons à accueillir 10 000 personnes ; au total ce fut 100 fois plus (plus d'un million de personnes qui s'intégrèrent rapidement, tant bien que mal, il est vrai que, dans un pays en croissance économique encore soutenue, le partage d'une culture commune facilite le tout ! "Nous sommes un grand pays d'immigration pas un pays d'asile" voir le Journal, le un, numéro 73. C'est dans cette région qu’au début du 20ème siècle il y eu des émeutes à Aigues mortes entre autres qui firent une dizaine de morts parmi les ouvriers italiens accusés de "voler le pain des Français "!
 
Ces immigrations sont perturbantes et donc elles peuvent être un vecteur de destruction, de domination, de perversion (l' "exportation" du système mafieux par les Italiens du sud migrants majoritaires aux Etats-Unis ; ceux du nord de l’Italie, en général mieux formés professionnellement préférèrent émigrer vers l’Europe, France et Royaume-uni ou vers l'Argentine) mais elles sont fréquemment un facteur d'enrichissement, de diversité pour les sociétés d'accueil. C'est pour cela que la construction de murs, de barrières pour empêcher des migrants de venir s'installer sur un territoire donné est la pire des solutions car sur un plan très terre à terre ce type de mesure qui peut entraîner l'économie du pays d'accueil à la récession et la priver de main d'œuvre pour la faire fonctionner. La tentation peut sembler forte parmi certains dirigeants européens d'imiter cette tendance, celle d'un repli sur soi car l'Europe devrait rester en première ligne de déplacements de population du fait de l'instabilité politique, économique et sociale qui continuera à régner dans sa périphérie. L'Europe continuera à avoir besoin de main d'œuvre pour épauler une population vieillissante tout en essayant de mieux maîtriser les flux migratoires même si la tâche s'annonce ardue car une évolution est en cours : les migrants "forcés" vont, dans les prochaines années, dépasser celui des migrants volontaires à cause des changements climatiques. Et à l’exception de déclarations ici ou là, la plupart des dirigeant européens n'ont, ni tiré les leçons du passé ni se sont préparés aux bouleversements sociétaux à venir.
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Les limites du procès moral fait à Fillon
 
Donc, pour les médias, l’affaire est entendue : le second tour de la présidentielle se jouera entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les sondages appuient le scénario : ils placent François Fillon aux alentours de 17 %, loin derrière les deux premiers. A écouter le refrain repris par de nombreux commentateurs, le leader d’En Marche ! aurait même consolidé son assise, à l’issue du premier débat organisé, lundi soir, sur TF1 (trois heures et demi, près de 10 millions de téléspectateurs).
Je veux bien admettre que mon impression, tweetée lundi soir, d’un Fillon dominant calmement puisse être contestée par ceux qui ont vu dans son attitude une forme d’absence. J’observe néanmoins que cette stratégie de l’expérience tranquille a été gagnante pour celui qui n’était pas initialement le favori dans la primaire de la droite. En revanche, je ne comprends pas les dithyrambes convenus sur Macron, alors que sa prestation a été scolaire, surjouée, bavarde, consensuelle, vide de sens et d’idées. Pour une fois, je rejoins l’analyse de Laurent Joffrin (Libération de ce mercredi) quand il pointe "un flou volontaire" et un "penchant pour les phrases sonores et un peu creuses". Marine Le Pen a trouvé le bon angle d’attaque contre son adversaire désigné : "Vous avez un talent fou ! Vous arrivez à parler sept minutes, je suis incapable de résumer votre pensée, vous n’avez rien dit. C’est le vide sidéral".
Je persiste à émettre de sérieux doutes sur l’envergure prêtée à ce faux-nez du hollandisme, ostensiblement soutenu par une majorité de médias et de sondeurs.
Je crois Fillon encore capable de remonter la pente. Alors que Le Pen a confirmé, lundi, sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon sur le rejet du libéralisme et l’indifférence portée au surendettement du pays, le candidat LR est le seul à proposer les réformes pour débloquer l’emploi et la croissance. Son approche de la question identitaire, et singulièrement de la place de l’islam dans la société, offre a contrario de nombreux points communs avec la candidate du FN. Ces atouts le place en compétiteur autrement plus sérieux que Macron, cheval de Troie du progressisme en déroute. C’est pourquoi la machine à scandales joue avec le feu à vouloir déstabiliser le candidat de la droite au profit d’un ambitieux visiblement pas au niveau d’un bras de fer avec Le Pen. Cette fois, Le Canard Enchaîné et Le Monde accusent successivement Fillon d’avoir servi d’intermédiaire dans un marché international à travers sa société 2F Conseil, et d’être soupçonné d’"escroquerie aggravée, faux et usage de faux", selon un réquisitoire supplétif du parquet national financier opportunément rendu public en violation du secret de l‘instruction. La première accusation n’est pas illégale. La seconde n’est pas prouvée. L’objectif de la gauche est de jeter la suspicion sur la moralité de Fillon. Pour Le Pen, cette stratégie ne fonctionne pas. Mais est-il moral de vouloir entraver un processus démocratique, en violant notamment la présomption d’innocence ? Les électeurs, las d'être dupés, pourraient bien estimer que non…
blog.lefigaro.fr/rioufol, 22 mars 2017
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Débat de la présidentielle : exercice démocratique ou grand show de téléréalité ?
 
Oui, le débat d'hier soir, sur TF1, était de qualité, comme on le dirait d'une émission de divertissement ou de téléréalité. Il fallait de la patience pour y parvenir, tenir jusqu'au bout de l'enfilade des spots publicitaires jusqu'à 21 heures. Audimat record : combien ce beau spectacle a-t-il rapporté à TF1?
Nous vivions un grand moment de politique spectacle. L'ouverture en fut dominée par une belle séquence d'hypocrisie : les cinq candidats, choisis arbitrairement par TF1 sur la base des sondages, déploraient l'absence des six autres qualifiés pour l'élection présidentielle, considérés comme des candidats de seconde zone. Le scandale démocratique est évident. Mais pourquoi ne pas l'avoir dénoncé avant ?
Le débat fut sans surprise. Chaque comédien était dans son rôle. M. Macron éclaboussait la scène de son talent : jeune, mince, le regard lumineux, le sourire avenant, drôle, plein de répartie. Au centre de la comédie, il était l'objet de toutes les agressions de ces adversaires, et retournait les attaques personnelles à son avantage. Face à lui, M. Hamon faisait pâle figure avec son aspect d'idéologue militant. M. Mélenchon se présentait en tribun magnifique, révolté, double de Georges Marchais. Mme le Pen était égale à elle-même, cultivant son caractère "antisystème" dans l'affrontement et l'agressivité. M. Fillon, le seul des cinq à disposer d'une expérience approfondie de l'Etat, tablait sur une image de sagesse et de modération.
 
Le débat tournait à bien des égards à l'exercice de mystification. M. Macron se présentait, sans soulever de protestation, comme "le candidat de la véritable alternance" après avoir été conseiller et ministre de M. François Hollande pendant cinq ans... Réussir à faire oublier sa qualité d'homme clé du quinquennat qui s'achève relève d'un véritable tour de force.
De fait, le spectacle consistait avant tout à vendre une image, une apparence, un produit politique. Le fond des discussions importait peu. Les échanges sur l'école, la sécurité, l'immigration, n'apportaient rien de nouveau, d'une singulière médiocrité. Les vieilles discussions ressortaient. Les mots sont usés jusqu'à la corde : "collège unique", "quotas", "garde-frontières", "police de proximité". Depuis combien de décennies la politique française tourne-t-elle autour des mêmes slogans ?
Certaines propositions des candidats semblent fuir tout sens des réalités. L'un d'eux veut réunir une "Constituante" pour créer une VIe république. Pourquoi, comment, dans quel but ? Quelle importance ? Une autre promet tout simplement "d'arrêter l'immigration", comme s'il suffisait de claquer les doigts… Les vieilles polémiques ne cessaient de resurgir, à l'image de la querelle du burkini, donnant lieu à de vifs affrontements sans queue ni tête.
 
Les sujets de niveau présidentiel, une fois de plus, brillaient par leur absence : la réforme de l'Union européenne, la compétitivité industrielle de la France, la crise de l'autorité et de l'éducation nationale, le drame des cités sensibles, le chômage de masse et l'exclusion des jeunes. Bien sûr les slogans abondaient, mais à aucun moment la question des moyens et des méthodes pour atteindre des objectifs n'était évoquée.
Le seul moment réellement constructif du débat portait sur les institutions : M. François Fillon a eu raison de dénoncer les dérives mortifères de "l'hyperprésidence", depuis le début des années 2000, qui aggrave la paralysie du fonctionnement de l'Etat et dévaste la vie politique française. Il a bien fait de préconiser un retour aux fondements de la Ve République, autour d'un président qui se limite à fixer le cap et d'un gouvernement qui gouverne la France sous le contrôle du Parlement. Enfin !
 
Pourtant, le débat présidentiel du 20 mars semble de bien mauvais augure à cet égard. Mettant l'accent sur le grand spectacle donné par des comédiens, il ne fait qu'accentuer la personnalisation démentielle de la politique française au détriment des enjeux de fond et de l'intérêt public. Les futures législatives, d'où est censée sortir une nouvelle majorité chargée de définir la politique française pendant cinq ans, ont été totalement passées sous silence. Le spectacle n'en finit pas de tuer la politique, au sens noble du terme. La France médiatique s'apprête à désigner sa nouvelle idole élyséenne en foulant aux pieds les sujets de fond qui conditionnent l'avenir du pays. Mais qu'est-ce qu'un président de la République aujourd'hui ? Avant tout le bouc émissaire des souffrances et des angoisses de la Nation. Après le temps de l'idolâtrie électorale, viendra celui de la disgrâce, quel que soit l'élu, puis le lynchage national du futur président, d'autant plus violent que son ascension aura été soudaine et artificielle. Dès lors, la France reprendra sa chute dans la crise de confiance et l'impuissance politique. Comment sortir de cette logique infernale ? En arrachant la politique au culte des personnalités et au spectacle pour la ramener au seul débat d'idées et au bien commun : tout le contraire du grand débat d'hier soir…
Paru sur Figarovox, 23 mars 2017
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