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Tartuffe chez les bien-pensants
 
Il est toujours amusant de surprendre Monsieur le curé au bordel. Toujours réjouissant de révéler au grand jour l'hypocrisie de Tartuffe. Alors, quand on attrape la main dans le sac, ou plutôt la main dans le réseau, toute une bande de journalistes de Libération, des Inrocks, de Télérama, ou encore de Slate, et que l'on révèle leurs turpitudes sur le net au sein d'une stupide "Ligue du LOL" qui accumulait grivoiseries, blagues salaces, montages pornographiques, insultes, on ne peut s'empêcher d'en rire. Se moquer de ces donneurs de leçons de morale, de ceux qui hier encore dénonçaient sans se lasser les "dérapages" des méchants et des "porteurs de haine", des "réacs", des "homophobes", des "islamophobes", des "phallocrates", ou encore de "ceux qui faisaient le jeu du Front national". Ils avaient donc deux visages, nos censeurs, qui étaient aussi des adolescents vulgaires et paillards.
 
Philippe Muray avait dit en parlant d'eux qu'ils ne dérapaient jamais puisqu'ils étaient la glace. La glace a fondu et les a engloutis. On se souvient de
Mehdi Meklat, du Bondy Blog , encensé par tous les bien-pensants de France Inter avant qu'on découvre les réflexions antisémites qu'il proférait sous un pseudonyme. L'élu Vert Denis Baupin s'affichait, lui, avec du rouge à lèvres au nom du féminisme avant d'être dénoncé par ses collègues de parti pour "harcèlement sexuel".
 
Tartuffe est éternel. Tartuffe est plus que jamais notre contemporain. Les Tartuffe, au temps de Molière, se servaient des préceptes de la religion pour imposer leur pouvoir et assouvir leurs désirs. Raymond Aron nous a appris qu'il pouvait y avoir des religions séculières qui, tel le communisme, avaient la même logique et répondaient aux mêmes besoins psychologiques. Les anciens marxistes désillusionnés sont devenus antiracistes, féministes, adeptes sourcilleux de la théorie du genre. Une autre religion séculière, qui répond aux mêmes logiques totalitaires pour "changer l'homme" et l'imposer par la force.
Mais l'homme ne peut pas changer. L'homme a une face sombre et une face lumineuse. La virilité se construit par l'opposition au féminin, à la mère, et cette construction n'est pas toujours très distinguée. Il faut canaliser cette face sombre, la civiliser, l'encadrer. Mais si on veut l'éradiquer, elle explose ailleurs, avec d'autant plus de violence qu'elle a été niée. Au temps du communisme, en URSS, les Soviétiques se réunissaient à la cuisine, seul endroit où il n'y avait pas de micro, pour dire tout le mal qu'ils pensaient du régime. L'anonymat sur le net est la cuisine de notre régime totalitaire féministe et antiraciste. Les jeunes hommes peuvent retrouver une solidarité virile qui leur a été interdite dans leur adolescence, diabolisée qu'elle est par une société où règne la terreur féministe. Déjà, les milices LGBT se ruent sur les malfaisants de la "Ligue du LOL". Mis à pied par leurs journaux, ils sont vilipendés et cloués au pilori. Comme dans les procès de Moscou, les coupables s'accusent et battent leur coulpe, au nom des grands principes qu'ils ont bafoués. Les procureurs d'hier sont devenus des victimes. La révolution mange toujours ses enfants.

Paru dans Le Figaro Magazine, 15 février 2019
Publié dans Du côté des élites
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Les “gilets jaunes”, ces boucs émissaires

Révolution confisquée
Non, ce ne sont pas les "gilets jaunes" qui cassent, pillent, brûlent. Ils ne sont pas davantage antisémites. Ceux qui accablent ces Français qui redressent la tête s'épargnent d'avoir à dire, à la façon d'un people parlant peuple : "Moi, depuis le début, ils me font chier les black blocs." L'insolence de Berléand pourrait aussi se décliner, plus courageusement, en désignant les islamistes, tueurs de juifs et de mécréants. L'Allemagne, ouverte en 2015 à une massive immigration musulmane, découvre la "hausse effrayante" des actes antijuifs. En France, faut-il rappeler les tueries dans une école juive de Toulouse (2012) et un Hyper Cacher de Paris (2015), ou les assassinats de Sarah Halimi (2017) et de Mireille Knoll (2018), à Paris ? Faut-il évoquer l'épuration ethnique opérée dans les cités par la pression islamique, qui fait fuir les juifs et les chrétiens ? Faut-il rappeler les profanations des églises ? L'Église catholique et les Églises chrétiennes détiennent le record des atteintes aux lieux de culte : 878 sur 978 actes en 2017, soit deux actes par jour !
En réalité, les "gilets jaunes" paient leur manque d'organisation, de programmes, de leaders. Ils se font confisquer leur révolution, par la gauche et par le pouvoir. Cela fait quelques semaines que les premiers "gilets jaunes" ont cédé la place à un mouvement plus structuré, syndicalisé, politisé. C'est un militant de la CGT qui a enfoncé la porte du porte-parolat du gouvernement avec un transpalette, le 5 janvier. L'extrême gauche est identifiable dans les défilés, avec ses drapeaux, son savoir-faire, ses slogans illustrant la lutte des classes. Parallèlement, Macron a réussi lui aussi à s'approprier une partie de la révolte, en transformant en long monologue présidentiel le besoin d'expression de la société oubliée. Le pouvoir a du mal à cacher un sentiment de victoire. Pourtant, l'impuissance qu'a montrée Édouard Philippe face à des Français furieux, mercredi sur LCI, rappelle que le pays vit sur un volcan.

Paru dans Le Figaro, 15 février 2019

Résultat de recherche d'images pour "rioufol, macron"

Publié chez l'Artilleur, 2019





Publié dans En France
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Y a-t-il des guerres justes ? (3)  
 
Dans notre monde hyper-technique, avec des armes de plus en plus puissantes, la guerre frontale entre grandes puissances usant de tout leur arsenal est de moins en moins envisageable, sous peine de suicide collectif, mais la guerre existe toujours et prend d’autres formes.
 
La croissance des armements interdit de plus en plus les guerres entre grandes puissances
L’optimisme pourrait soutenir que les armes vont devenir tellement destructrices que personne ne se risquera plus à surenchérir et à faire la guerre. Quand la mise à prix est déraisonnable, on ne trouve plus d’acheteur. Cette idée a trouvé une certaine réalisation effective depuis l’invention de l’arme nucléaire et après son utilisation effective à Hiroshima et Nagasaki.
Les bombardements de Tokyo, Dresde ou Hambourg la même année avaient fait plus de morts, mais la bombe atomique a frappé infiniment plus les esprits et de façon indélébile. Avec elle, la notion d’"enchères sanglantes" est ébranlée. Aurait-on enfin trouvé le moyen de supprimer la guerre, paradoxalement, par la menace d’épouvantables crimes de guerre ? En un sens oui, du moins entre puissances nucléaires, et à condition qu’elles restent "rationnelles". Cela dit, l’arme nucléaire a été maintenant miniaturisée (bombes de 1 kilotonne), ce qui la rend utilisable sur le terrain sans produire l’"apocalypse". En Corée, récemment, nous ne sommes pas passés très loin de ce genre d’expérimentation… Certains soutiennent cependant que cette miniaturisation permet d’imaginer des réponses graduées et donne espoir de limiter la guerre nucléaire, si elle avait lieu un jour.
 
Que penser de l’armement nucléaire ?
Son immoralité est indubitable, car sa crédibilité repose toute entière sur la ferme résolution d’user de représailles, ce qui (même si on prétend s’en tenir à des stratégies anti-forces) constitue de fait et malgré tout une prise d’otages massive de populations civiles par millions. 
Néanmoins, éviter la guerre mondiale est en soi un objectif moral. Or il est pratiquement certain que, sans l’existence des armes nucléaires, les grandes puissances se seraient affrontées de nouveau depuis 1945. Mais rien ne garantit que nous parviendrons toujours à éviter l’erreur tragique ou la décision du dirigeant fanatique et suicidaire, qui nous conduirait à Armagedon.
C’est pourquoi il est nécessaire de prévoir leur suppression. Elle est d'ailleurs prévue par le traité de non-prolifération. Mais si nous désirons supprimer ces armes, comme c’est très raisonnable, il faut aussi inventer une autre solution, susceptible de produire un effet comparable d’inhibition de la montée aux extrêmes. La réforme culturelle et la conversion spirituelle sont évidemment l’idéal et peut-être même la solution paradoxalement la plus réaliste. 
Mais il est souhaitable de coupler le progrès de l'âme avec des solutions plus pragmatiques et techniques. Car on n’a pas supprimé les causes profondes de la guerre : il faudrait changer l’homme et le faire passer de l’état de nature à l’état de grâce. Or cela, un pouvoir politique ne peut le faire et n’a d'ailleurs pas à le faire. Il ne peut pas non plus s’en remettre uniquement au spirituel. Il a quelque chose à faire dans son domaine pour éviter la grande guerre. Mais quoi ? C’est le problème, dont nous n’avons pas encore la solution. Il en va de l'armement nucléaire en notre temps comme de l'esclavage dans l'Antiquité. Nombre d'esprits réfléchis (sauf Aristote) admettent qu'il est contraire à la loi naturelle, mais personne de sait comment faire pour s'en passer.  
 
La guerre frontale n’étant plus possible, elle se déploie autrement
Aujourd’hui règne la stratégie indirecte (André Beaufre, Introduction à la stratégie). La guerre se déploie autrement : guerre économique, financière, d’information ou de désinformation, guerre psychologique, juridique, politique, indirecte, invisible, etc. On en vient à susciter des guerres avec des mercenaires, des sociétés de sécurité. La guerre se privatise, devient occulte, "hors limites" (Liang Qiao & Xiangsui Wang, La Guerre hors limites, Payot, 2006). Elle use et abuse des forces spéciales, des services de renseignement. Elle devient plus machiavélique. 
L’Homme a peut-être ainsi trouvé le moyen d’éviter le retour des grandes guerres ; mais, comme l’écrit André Beaufre, "le prix à payer sera différent de ce que l’homme escomptait : la lutte maintenue sur un mode mineur sera devenue permanente. La grande guerre et la vraie paix seront mortes ensemble. " (p.143)
L’évolution a conduit néanmoins à rendre apparemment impossible ou absurde toute guerre directe entre grandes puissances, et même toute guerre conventionnelle susceptible de dégénérer en nucléaire. Est-ce un bien ? Oui, sans doute ; mais, du coup, le terrorisme devient la forme normale de la guerre entre le faible et le fort. Il peut même y avoir des rapports occultes entre certains États et des terroristes. Aussi la question va-t-elle se poser (et pas seulement dans les films de James Bond ou dans le bluff politique) de terroristes disposant de moyens de destruction massive, de chantages à la bombe miniaturisée, etc.
Le problème de cette métamorphose de la guerre, c’est aussi qu’on ne sait plus avec certitude qui fait quoi. Les acteurs politiques peuvent s'accuser sans preuve et très peu de gens peuvent savoir la vérité. Il n’y a parfois plus d’acteurs rationnels identifiables. Il faut aussi une surveillance perpétuelle du monde entier (tâche impossible), par exemple pour y suivre à la trace le moindre gramme de plutonium. En un mot, le livre de l'Apocalypse, qui pendant des siècles a paru à beaucoup excessif et déraisonnablement imaginatif, devient presque banalement descriptif de la nouvelle condition de l'homme.

Paru sur www.henrihude.fr, 23 janvier 2019
Publié dans A tout un chacun
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Auto-entrepreneurs : attaquons-nous aux abus mais aussi au coût du travail !
 
Créer le régime de l'auto-entrepreneur, qui permettait de se "mettre à son compte", a fourni un formidable souffle de liberté qui correspond aujourd’hui à un vrai changement de mentalité et d'attitude par rapport à l’emploi. S'ils doivent être sanctionnés, les abus qui ont émergé autour de ce régime ne sauraient cacher le fléau du coût du travail pour les chefs d'entreprise.
Il y a dix ans, le 1er janvier 2009, le régime de l'auto-entrepreneur (désormais baptisé micro-entrepreneur) entre en vigueur grâce au secrétaire d’Etat en charge des PME, Hervé Novelli (dans le cadre de l'article 1 de la Loi de modernisation de l'économie). Il est destiné aux personnes physiques exerçant une activité d’agent commercial, de commerçant, d’artisan, d’artisan-commerçant ou une activité libérale en entreprise individuelle.
On peut considérer que c'est la réforme la plus importante de ces dix dernières années, permettant de se "mettre à son compte", une belle formule du passé qui indiquait que l'on prenait le risque de devenir entrepreneur. Un formidable souffle de liberté pour l’emploi qui s'avérait prémonitoire, car cela correspond aujourd’hui à un vrai changement de mentalité et d'attitude par rapport à l’emploi. Hervé Novelli peut être fier et il le dit: "Dix ans après, ce régime compte 1,3 million d'inscrits actifs. Ils ont en 2018 déclarés 10 milliards d’euros de chiffre d'affaires et fait rentrer 2 milliards d’euros dans la Caisse Primaire d’Assurance Maladie !"
45 % d'auto-entrepreneurs 
dans le total des entreprises créées au cours des 12 derniers mois... Mais attention à ne pas être victime du succès. Ce régime en effet permet de fuir toutes les contraintes d'un côté et de l'autre. Une forme de dévoiement était inévitable. On pense en particulier à des artisans ou à certaines PME qui, pour ne pas payer trop de charges patronales, demandent à leurs salariés d’utiliser cet outil. L’externalisation abusive des salariés est de plus en plus fréquente, elle permet à certains employeurs de se soustraire à leurs obligations salariales.

Salariat déguisé
Par ailleurs, de nouveaux services sous forme de plateformes indépendantes est apparue. L’ubérisation (du nom des premiers chauffeurs de VTC bravant le monopole des taxis) pullule au sein de notre économie, 
on parle de salariat déguisé (Deliveroo, Uber, Glovo, Frichti, Taxify, Kapten, etc.). Le contrat de travail classique suppose la subordination du salarié à son employeur dans la réalisation de ses objectifs. En opposition, le contrat de mission implique une indépendance et une autonomie complète dans la gestion du temps de travail.
Les anomalies commencent 
quand l’auto-entrepreneur se voit être contraint par des horaires. À partir de ce moment-là, le statut n’est plus le bon. Or, certaines entreprises en abusent
. Elles n’ont plus de charges à payer car ce ne sont pas leurs salariés... Rappelons que plus de 70 % des auto-entrepreneurs sont peu ou ne sont pas assurés.
"Dans un monde de services régi par le numérique, il nous faut un nouveau contrat de travail, hors cadre salarial, pour permettre à ces auto-entrepreneurs d’exercer demain leurs activités dans les entreprises, sans risque de requalification bien protégés socialement et en bonne intelligence avec des travailleurs salariés. C'est ce que j'appelle l'acte 2 de l'auto-entrepreneur", reconnaît Hervé Novelli.
 
Réduire le coût des charges patronales
La vérité, c'est que les chefs d'entreprise, malgré une bonne volonté affichée de lutter contre le chômage et d'inciter à la création d'emplois, sont toujours dans un carcan législatif et souffrent du coût du travail. Un salarié payé 2.500 euros brut, touche 1.950 euros net et cela coûte 3.400 euros à l’employeur. Une différence beaucoup trop importante. Dans l'acte 2 annoncé par Hervé Novelli, ne faudrait-il pas finalement que le coût de recrutement pour l’employeur soit à peu près équivalent aux charges liées à l'auto-entrepreneur ?
Ensuite, il faut réfléchir à des statuts totalement différents et adaptés au monde du travail vers lequel nous nous dirigeons. L'auto-entrepreneur et l'entrepreneur sont face à des plateformes de service qui cassent le marché, mais il faut comprendre la nécessité d’ouverture 24h/24, le besoin de saisonnalité de plus en plus fort avec une réactivité instantanée, etc. C'est un sujet qui ne figure pas dans la liste des grandes réformes. Ce n'est pas à l'Etat de se montrer créatif mais à ceux qui sont concernés. Cela mérite vraiment une concertation des employeurs, des auto-entrepreneurs, des indépendants, des artisans, etc.
Si l'on aligne et unifie ces systèmes, il faut bien sûr que ce soit vers le plus petit dénominateur commun en termes de charges et de cotisations ! On nous a plutôt habitués au contraire... L’enjeu est fondamental et les emplois de demain ainsi que la sécurité des travailleurs dépendent d’une meilleure compréhension du monde du travail et de ses besoins.
 
Les auto-entrepreneurs les plus présents en 2018 par secteur 
33 % dans le transport et l’entreposage
22 % dans les activités immobilières
18 % dans les activités de soutien aux entreprises
15,9 % dans les services aux ménages et à la personne
13,8 % dans les activités de communication
5,1 % dans le bâtiment

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 14 février 2019
Publié dans En France
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"Parent 1" et "parent 2" à l'école : "Une mesure injuste pour la plupart des familles !"
 
FIGAROVOX/ENTRETIEN - Un amendement voté mardi prévoit de remplacer les mentions du "père" et de la "mère" sur les formulaires scolaires par "parent 1" et "parent 2". Une mesure qu'Aude Mirkovic juge idéologique, mais aussi injuste car elle oblige tous les couples à "entrer dans un concept de parenté hors sol"
.
 

Un amendement voté mardi à l'Assemblée prévoit de remplacer la mention "père et mère" sur les formulaires scolaires par celle de "parent 1 et parent 2". Est-ce réellement une "mesure d'égalité sociale", comme l'affirment les députés qui ont soutenu l'amendement ?
Il y a bien une inégalité entre les enfants, et ce n'est pas un formulaire qui en est la cause ni qui en sera le remède. La cause de cette inégalité est la loi de 2013 sur le mariage des personnes de même sexe qui a introduit en droit français l'adoption par deux parents de même sexe. Je m'explique. Les promoteurs de la parenté de même sexe prétendent que "cela ne change rien", ce qui est faux. La "parenté" de même sexe change tout, et on commence à la percevoir concrètement avec des mesures comme cet amendement qui remplace les mentions père et mère par celles de parent 1 et parent 2. Pour autant, pour être d'accord ou non avec ce changement, encore faut-il le réaliser. Alors qu'est-ce qui change ? La filiation découle de l'acte de naissance et indique à chacun de qui il est né, c'est-à-dire ses père et mère. La filiation ne se réduit certes pas à la réalité biologique et cette naissance à laquelle elle renvoie l'enfant, si elle est le plus souvent biologique, peut être aussi "seulement" symbolique: c'est le cas des enfants adoptés et encore de ceux qui ont été reconnus par un homme qui ne les a pas engendrés. Le droit n'exige donc pas la vérité biologique mais la vraisemblance. Avant leur rôle d'éducation qu'ils peuvent d'ailleurs partager et déléguer, les parents ont un rôle statutaire, celui d'indiquer à l'enfant son origine, au moins symbolique.
Comme un enfant ne peut pas être issu de deux femmes ou de deux hommes, la filiation qui relie un enfant à des parents de même sexe n'indique plus à l'enfant son origine, pas même son origine symbolique, en dépit du mot de "filiation" employé comme si de rien n'était. La filiation n'indique plus à l'enfant que ses responsables légaux. D'ailleurs, lors de la discussion à l'Assemblée hier, Madame Anne Brugnera a témoigné qu'à la ville de Lyon, dont elle a été l'adjointe à l'éducation pendant quelques années, les formulaires comportent depuis plusieurs années les mentions "responsable légal 1" et "responsable légal 2".
 
Mais, justement, les parents ne sont pas seulement des responsables légaux, au même titre qu'un tuteur ou un délégataire d'autorité parentale. Ils ont cette dimension constitutive d'indiquer à l'enfant son origine, et les mesures qui les réduisent à des responsables légaux privent les enfants comme les parents de cette filiation. On a discuté aussi de la mention des père et mère sur les actes de naissance, mais en réalité c'est le terme même d'acte de naissance qui ne convient plus.
Il y a bien une inégalité entre les enfants, entre ceux qui ont une filiation en mesure de leur indiquer leur origine, fût-elle symbolique, et ceux dont la filiation leur indique seulement des responsables légaux. Pour "camoufler" cette inégalité de fond, on tente d'effacer toutes les différences visibles mais secondaires qui découlent de cette inégalité première: on supprime les termes père et mère des formulaires scolaires, en privant au passage tous les autres enfants de cette dimension ontologique de la filiation qui les renvoie à leur origine.
 
Ce prétendu remède à une prétendue inégalité laisse d'ailleurs perplexe : qui se soucie donc de l'injustice de ces formulaires prévoyant un parent 1 et un parent 2 pour les enfants qui n'ont qu'un seul parent ? Cette double mention n'a-t-elle pas "comme conséquence de ne pas reconnaître la diversité familiale", en renvoyant chaque fois les familles monoparentales à leur différence ? Cette case "parent 2" ne risque-t-elle pas d'"être source d'interrogations de la part de l'enfant qui ne comprendrait pas que l'on remette en cause son modèle familial", pour reprendre les inquiétudes de l'exposé des motifs ? En réalité, l'enfant n'ignore pas le manque qui peut exister dans sa situation personnelle, et nier ce manque en faisant disparaître les cases prévues pour ce qui précisément manque ne rend pas service à l'enfant mais entretient plutôt autour de lui un contexte de déni qui n'a rien de constructif. À ce compte-là, pourquoi ne pas aussi supprimer le cross de l'école parce qu'un enfant en fauteuil roulant ne peut y participer ? N'est-il pas plus judicieux de lui trouver une manière de participer à cet événement plutôt que d'en priver tous les autres ?
 
Jean-Michel Blanquer n'y était pourtant pas favorable, arguant que ce n'est pas un domaine qui devrait relever du législatif…
En effet, et il n'est pas le seul. Plusieurs parlementaires pourtant favorables à cet amendement ont signalé qu'il relevait de la compétence réglementaire. Une loi qui intervient dans le domaine réservé au gouvernement encourt la censure du Conseil constitutionnel. D'ailleurs, cet amendement ne modifie aucune disposition législative, précisément car la loi ne dit rien des formulaires administratifs. Cet amendement ajoute de toutes pièces une précision à l'article L111-4 du Code de l'éducation qui concerne les parents d'élève en précisant que "chaque formulaire administratif qui leur est destiné fait mention d'un parent 1 et d'un parent 2". Pour autant, la même mesure prise par le pouvoir réglementaire n'en serait pas moins néfaste.
 
Est-ce seulement une modification symbolique ? Quelles en seront les répercussions ?
La modification est symbolique mais le symbole n'a rien de secondaire, il est essentiel. Cet effacement des père et mère s'inscrit dans une volonté de déconnecter définitivement la filiation de la référence à l'engendrement de l'enfant pour la fonder sur la seule volonté, le projet parental, le désir d'enfant. L'adoption par deux hommes ou deux femmes introduite par la loi de 2013 sur le mariage a déjà commencé ce travail, mais c'est une filiation adoptive et la filiation de droit commun demeure fondée sur la référence à l'engendrement de l'enfant : lorsqu'un juge tranche un conflit de paternité, il ne cherche pas lequel des deux hommes est le meilleur candidat au rôle de père, il cherche tout simplement qui est le père, comme le prévoit sobrement la loi. Cette volonté d'effacer les père et mère au profit de parents indifférenciés prépare le terrain pour la PMA sans père et s'inscrit dans l'objectif annoncé par le rapport Touraine, la procréation sans sexe pour tous, qui passe par la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, la procréation post mortem et le double don de gamètes.
Autrement dit, ce rapport souhaite permettre la conception légale d'enfants quelle que soit la filiation: avec ou sans père, avec une ou deux mères, avec des parents biologiques ou des donneurs, des parents vivants ou morts... Le tout, uniquement en fonction des désirs et des projets que ces enfants sont censés réaliser.
 
La suppression des termes "père" et "mère" a-t-elle déjà été décidée dans d'autres documents administratifs ? Est-ce que cela tend à se généraliser ?

Les pratiques sont diverses et variées et il y a des mairies, ou des établissements, qui utilisent des formulaires indiquant "parent 1 et parent 2", ou "parent A et parent B" ou "responsable légal 1 et responsable 2"… La diversité des termes illustre comment les parents sont finalement considérés comme des "responsables légaux" parmi les autres, sans spécificité. Mais ces mesures sont idéologiques et injustes : pour éviter à certains de barrer une mention qui ne correspond pas à leur cas, on oblige tout le monde à entrer dans un concept de parenté hors sol : pour commencer, comment déterminer qui est le parent 1 et qui est le parent 2 ? Celui désigné comme parent 1 doit-il l'être systématiquement dans tous les formulaires, ou peut-on remplir tantôt dans un ordre et tantôt dans un autre ?
Madame Agnès Thill relevait hier lors du débat qu'ayant dû faire remplir des formulaires comportant les mentions "parent 1" et "parent 2", les couples père-mère lui demandaient alors que choisir : "qui est le parent 1 ? Moi, je ne suis pas plus important que l'autre et le parent 1 n'est pas plus important que le parent 2." On marche sur la tête !
 
Les députés qui planchent sur une "école de la confiance" ont également promu des mesures de lutte contre la transphobie. L'école devient-elle le nouveau cheval de bataille des lobbies LGBT ?
Ce n'est pas un nouveau cheval de bataille, c'est un vieux cheval de Troie. La bonne nouvelle est que les parents, aujourd'hui, sont bien plus attentifs à ce qui se passe à l'école. C'est malheureux, car cela signifie qu'ils ne peuvent plus faire confiance, en bloc, à l'école, mais c'est devenu nécessaire pour veiller à ce que leurs enfants, sous prétexte de bonnes intentions (la lutte contre la ceci ou la celaphobie) ne soient pas en réalité pris à partie et impliqués malgré eux dans problématiques que les parents préfèrent aborder en famille, en respectant le rythme et les attentes de chaque enfant.

Envoyé par l'auteur, paru sur Figarovox, 13 février 2019
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Conjuguer démographie politique et intelligence territoriale pour revivifier la démocratie locale
 
Vous prônez et promouvez une "démographie politique". Pouvez-vous nous en dire plus sur cette approche ? Serait-il correct de dire que la démographie politique est une géopolitique des populations et des processus démographiques ? En quoi peut-elle concerner les territoires et les entreprises ?
Vous avez raison. La démographie poli­tique est une géopolitique des popula­tions, même si elle n'est pas que cela. Elle concerne effectivement les territoires et les entreprises, puisqu'elle consiste à étu­dier les interactions entre les dynamiques politiques et les dynamiques démogra­phiques. Des politiques internes vont ainsi influer sur le nombre de consommateurs ou d'actifs qui résident sur un territoire, deux données-clés qui concernent direc­tement les entreprises. Comme l'a révélé une étude récente portant sur la ferme­ture d'écoles à Paris, la manière dont ont été orientées les politiques publiques en France ces dernières années ont eu pour conséquence une diminution de la nata­lité. Qui dit réduction du nombre de jeunes consommateurs dit marchés plus étroits.
 
Autre aspect à prendre en compte, toute politique migratoire est une politique pu­blique, avec des effets démographiques. Quand on constate qu'un certain nombre de "nationaux" ont une faible appétence pour différents métiers, le recours à l'im­migration apparaît alors comme néces­saire pour diverses entreprises si celles-ci veulent assurer la poursuite de leur activité. D'où ce paradoxe, assez net en France, où l'on a simultanément un taux de chômage élevé et une pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs.
 
Prenons un autre angle d'attaque sur cette question : quelles conséquences a eu en France la décision de supprimer neuf régions ? Cela a tout d'abord engendré une augmentation de l'économie pré­sentielle dans les nouvelles capitales au détriment de villes qui ne sont plus capi­tales. Une telle décision politique a donc très directement des conséquences sur la démographie et sur les besoins du terri­toire concerné. D'autant qu'il faut toujours rappeler que nous évoluons dans le cadre d'un pro­cessus de "glocalisation", qui implique de penser global et d'agir local. Toute entreprise se pose la question de savoir où dans le monde, elle va trouver ses meilleurs fournisseurs et ses meilleurs clients, et simultanément, de quelle manière elle va pouvoir satisfaire au mieux les aspirations des consommateurs en répondant à une demande locale conditionnée par des paramètres d'ordre culturel, social, bioclimatique, etc. Local et glo­bal sont donc étroitement imbriqués et exigent de penser leur articulation avec lucidité et agilité
 
Pour vous qui êtes l'initiateur et le porte-voix de cette discipline qu'est la démographie politique, quels sont les éléments saillants de la recherche en ce domaine ?
Dans le livre que je viens de publier en septembre, Géographie des populations – Concepts, dyna­miques, prospectives (Armand Colin), je mets en avant un paradoxe : nous avons trop souvent l'impression (fallacieuse) que le monde entier connaît les mêmes processus démographiques, avec une urbanisation croissante, des flux mi­gratoires à l'échelle planétaire, un vieillissement de la population... Ces processus existent, certes, mais compte tenu des différences de calendrier et d'intensité selon les territoires, ainsi que de la multi­plicité des facteurs qui les dynamisent dans un sens ou un autre, nous sommes en réalité confrontés à un monde de plus en plus fragmenté.
D'où, plus que jamais, la nécessité du recours à la géographie pour comprendre la nature profonde des territoires et prendre en compte leur diversité, démarche de bon sens, qui va cependant à l'encontre de la logique développée par la loi NOTRe de 2015 concernant l'organisation territoriale française.
 
En effet, cette loi NOTRe vise à unifier et à organiser de la même façon tous les territoires dans la réparti­tion de leurs compétences. A rebours de cette pos­ture rigide, il conviendrait au contraire d'introduire de la souplesse dans les rouages administratifs et politiques. Certes, il existe des intercommunalités anciennes, habituées à œuvrer ensemble, qui sont donc à même d'assumer des compétences com­plémentaires parce qu'elles sont concrètement rompues aux méthodes de travail en commun. Mais il faut prendre en compte les héritages géographiques, historiques, culturels… qui ont fait qu'au fil du temps, les collectivités territo­riales ont su tisser entre elles des liens particu­liers qui font qu'elles sont – ou pas – à même de travailler ensemble. Décider unilatéralement que telles et telles communes vont devoir du jour au lendemain travailler ensemble n'est pas – c'est le moins que l'on puisse dire – l'assurance d'une fusion réussie et efficace… Globalement, il me semble que si l'on veut favoriser des synergies territoriales et faire évoluer de manière sub­tile et efficace les périmètres envisagés, il convient d'envisager un sérieux assouplissement des lois 2014-2017, lesquelles privilégient par trop un rai­sonnement "spatialiste", selon un modèle centre-périphérie qui n'a - à mon sens - plus lieu d'être, et rigidifient l'action publique territoriale, alors que l'évolution du monde nécessite une grande faculté d'adaptation, notamment face à des dynamiques démographiques sans cesse mouvantes et à des configurations politiques, économiques et sociales en perpétuelle évolution.
 
Certains observateurs estiment que le processus par lequel se concrétise la globalisation passe par la montée en puissance de la métropolisation, avec tout ce que ça implique en termes de coûts économique, écologique, social et humain, avec à la clé des espaces très artificialisés et de plus en plus denses. Qu'en pensez-vous ?
Nous nous trouvons effectivement plongés là dans ce que j'appelle "l'idéologie de la métropolisation", c'est-à-dire l'idée que seuls les territoires extrême­ment peuplés seraient de nature à être compétitifs à l'échelle planétaire. D'où le vote de pas moins de trois lois qui favorisent à tout prix les métropoles. Ainsi, en France, l'Etat donne des dotations par ha­bitant qui sont deux fois plus fortes à Paris que pour une petite commune rurale. Il en va de même des métropoles, sous le prétexte qu'elles seraient plus compétitives. Est-ce logique ? Permettez-moi d'en douter. On se situe là dans une démarche fonda­mentalement idéologique, déconnectée de la réalité. Car, force est de constater qu'il existe des territoires peu peuplés, sans métropole sur leur territoire, qui pourtant se révèlent être très dynamiques économi­quement.
 
Prenons le cas d'entreprises dont la direction géné­rale n'est pas dans une métropole et qui s'en tirent très bien, comme Mauviel en Normandie à Ville­dieu-les-poêles, Beneteau en Vendée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie ou toujours en Vendée, Fleury Michon à la Roche-sur-Yon, sans bien sûr oublier Michelin qui reste ancré au cœur de l'Auvergne à Clermont-Ferrand. Ce sont là des exemples emblématiques et je crois significatifs. Quand on parle de métropoli­sation, il faut aussi examiner les causes. Il est vrai que certaines villes connaissent des taux de crois­sance démographique importants. Mais il faut aussi prendre en compte des facteurs d'ordre politique, comme en Chine où la stratégie de développement était anti-urbaine jusqu'en 1979 (le taux d'urbanisa­tion ne bougeait pas) avant de devenir totalement pro-urbaine ! Ce qui a généré l'apparition d'un sous-prolétariat précaire de plusieurs centaines de millions de personnes. Facteurs politiques encore, liés à des guerres ou conflits civils, à l'exemple de la Colombie où les populations – plusieurs millions de personnes – se sont repliées sur les grands ensembles urbains pour échapper au conflit avec les FARC.
Aussi, contrairement à ce que d'aucuns prônent, l'urbanisation n'est pas la condition absolument né­cessaire – loin s'en faut ! – d'un développement local correct et équilibré, d'une capacité réelle de compé­titivité ou d'un niveau de vie de bonne qualité. Voyez ce qui s'est passé à Espelette, au Pays Basque, exemple parfait de combinaison d'innovation, de développement économique et de maintien d'un cadre de vie à taille humaine. Il existe donc bien des solutions viables et équilibrées pour des territoires où la densité de peuplement reste modeste et qui, cependant, sont présents dans la course mondiale. C'est là où, me semble-t-il, il est opportun d'exploi­ter avec finesse les ressources qu'offre l'intelligence économique appliquée aux territoires.
 
Justement, pourquoi selon vous nos décideurs n'ont-ils pas davantage recours aux ressources qu'offre l’intelligence économique territoriale ?
C'est là aussi que le bât blesse. Les lois territo­riales françaises qui sont sorties depuis une dizaine d'années donnent plutôt l'impression que l'Etat ne croit pas qu'il puisse exister une réelle intelligence territoriale. Pour l'Etat, les collectivités comme les décideurs territoriaux sont vus – pour employer un langage entrepreneurial – comme des centres de coûts. D'où cette tendance irrépressible à la centra­lisation que l'on observe nettement depuis une ving­taine d'années. Il y a là un problème de fond quant à la manière dont sont conduites en France les poli­tiques publiques, Paris considérant toujours qu'il est le mieux placé pour décider de ce que doivent faire les décideurs territoriaux. Ces derniers doivent donc, s'ils veulent affirmer leur fonction, mener un travail de fond pour convaincre l'échelon national qu'ils sont légitimes dans la conduite efficiente des politiques publiques. Si l'on garde à l'esprit que l'un des axes majeurs dévolus à l'intelligence territoriale consiste à fournir une information économique perti­nente aux acteurs de terrain et à bâtir des synergies au plan local en les mettant en réseau, on s'aperçoit que l'on est malheureusement loin du compte.
De fait, si l'intelligence territoriale n'a pu suffisamment jouer le rôle de levier qui aurait dû être le sien depuis deux décennies, c'est indéniablement par parti-pris idéologique. "Paris", sûr de lui, décide et impose ses décisions en faisant fi de la réalité du terrain, ses certitudes l'empêchant d'avoir une perception fine et une compréhension réelle des territoires.
 
N'observe-t-on pas des résistances à cette course folle à la métropolisation à outrance ? Comment faire pour penser autrement le développement harmonieux des territoires ?
Si, bien sûr, et c'est très clair. D'abord parce qu'une grande partie de la population la refuse. Il suffit de constater que le solde migratoire de l'Ile-de-France est négatif de 50.000 personnes par an. La dispa­rition des neuf régions va malheureusement, d'un point de vue strictement quantitatif, donner l'impres­sion de renforcer encore ce phénomène de métro­polisation, avec pour résultat final d'aggraver encore les inégalités territoriales au seul profit des 13 mé­tropoles administratives ainsi créées ou renforcées. Les modèles alternatifs ne sont pas sérieusement envisagés, quand ils ne sont pas simplement raillés.
 
Aussi, comme je l'ai écrit l'an passé dans un article montrant que le modèle "centre-périphérie" était désormais désuet (1), plutôt que de vouloir systéma­tiquement appliquer sur le terrain, comme la France le fait depuis les années 1990, un meccano insti­tutionnel imposé de Paris et obsolète avant même sa conception réglementaire, nous devons nous efforcer de penser et d'agir sur un autre mode. Ce qui impliquerait bien plu­tôt de laisser les territoires libres de choisir leurs liens réticulaires dans l’intérêt du bien commun des populations. Que nous le vou­lions ou non, nous évoluons de plus en plus dans un monde réticulaire qu'il nous appar­tient de nous approprier, ce qui implique de rompre avec l’idée jacobine d'agir, en matière d’aménagement du territoire, de façon systématiquement centralisée. C’est en effet une gageure que de vouloir fonder l’intercommunalité sur des compétences systématiquement transférées à un centre : le risque est finalement de niveler et de paralyser tous les territoires, sans prendre en compte leurs différences, les aspirations de leurs populations et en réduisant à néant les logiques de subsidiarité, lesquelles veulent que ne soit assumé à l’échelon supérieur que ce qui ne peut être mieux satisfait à un échelon inférieur.
 
Le mot de la fin...
Au bout du compte, ce qui m'inquiète le plus à travers ces lois récentes visant à imposer ce que j'appelle "l'idéologie de la métropolisation", c'est le risque de mort programmée de la démocratie locale… N'oublions pas que celle-ci reste la clé de voûte de notre système démocratique et le cadre de son expérience concrète. Si nous voulons éviter ce naufrage, il y a donc avant tout un travail péda­gogique à mener, de façon à susciter une prise de conscience. Plus que jamais, il est urgent de revenir à la défense de l'intérêt réel des populations.
 
1/ Territoires : le modèle "centre-périphérie" désuet, Outre-Terre, 2017/2 (n°51), p.64-79, disponible sur https://www.cairn.info/revue-outre-terre-2017-2-p-64.html
Le professeur Gérard-François Dumont dirige la revue Population & Avenir que l'on peut se procurer sur
https://www.cairn.info/revue-popula­tion-et-avenir.htm
Envoyé par l'auteur, janvier 2019, paru dans La lettre d'Intelligence Économique et Territoriale de l'EM Normandie, septembre 2018, Comprendre & Entreprendre
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L’inaliénabilité (du patrimoine), tabou ou sagesse ?
 
En 20 ans, à peine plus de 2 000 plaintes déposées, or la commission interministérielle en charge du dossier vient de révéler que 57 500 œuvres d’art sont manquantes dans les inventaires de l’Etat (1). Près de 10 % se sont évaporées dans les musées de France, 15 % dans les musées nationaux, 60 % à l’étranger. Si certaines ambassades ont pu pâtir de troubles locaux, que dire de ce millier de disparitions qui a eu lieu à l’Élysée ?
 
Or son actuel locataire vient d’aggraver l’hémorragie en décidant tout seul (sans vote à l’assemblée, ni référendum) de mettre fin à la loi d’inaliénabilité du patrimoine. C’est grâce à cette règle d’or que l’Etat ne se comporte pas comme un collectionneur vénal qui revend selon ses caprices ou les intérêts d’un lobby. C’est à l’inaliénabilité que la France doit la conservation d’une richesse culturelle particulière. Ainsi, un conservateur américain disait à un collègue français : "En Amérique nous avons des chefs-d’œuvre, mais vous, en France, vous avez les chefs-d’œuvre et leur contexte !"
 
A priori, M. Macron serait animé de généreuses intentions : restituer des œuvres africaines pillées du temps des colonies. Ce sujet délicat mériterait d’être approfondi mais quelques réflexions montreront le terrain glissant où notre président nous entraîne. Car "Restitution", ce mot au parfum d’équité, cache de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Par exemple, certaines ethnies ont migré à l’intérieur du continent africain : faut-il restituer à leur pays d’origine ou à leur pays d’arrivée ? D’autres sont établies à cheval sur le Burkina et la Côte d’Ivoire, contenter les uns risquera de mécontenter les autres.  Mieux, comme nombre de musées africains, celui de Dakar possède des objets Bambara du Mali, des pièces de la Guinée, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Benin… dont l’obtention initiale peut être sujette à caution : va-t-il restituer à ses voisins ? De par le monde, chaque pays a été tour à tour, envahisseur puis occupé, pillard puis pillé. Le précédent créé par M. Macron risque d’entraîner une cascade de demandes réveillant rancœurs et antagonismes, tout en flattant le nationalisme le plus étroit ; les objets africains, aux africains ; aux chinois, les objets chinois etc. Voilà qui sonnerait le glas du musée "universel" et obligerait à vider le couteux quai Branly, payé par le contribuable (autre forme de restitution dont on ne parle jamais : les occidentaux ont aimé, protégé, étudié, réparé, exposé aux yeux de tous, ces objets).
 
Monsieur Macron vient d’ouvrir une boite de Pandore car tout objet d’art, aujourd’hui en dehors de son pays d’origine, n’a pas forcément été  pillé  ou volé. Mais comment prouver un don ou un achat loyal, des siècles après ? Les preuves risquent d’avoir disparues. La sagesse voudrait qu’on s’inspire de la législation appliquée aux individus : passé un certain délai, il y a prescription ce qui participe à la paix civile. Il faudrait réfléchir à un délai pendant lequel les contestations seraient recevables (un siècle au moins) parce qu’on pourrait raisonnablement investiguer. Mais cela suppose une réflexion collective mondiale et non de décider sur un coin de bureau jupitérien. Pourquoi une telle précipitation ? Selon Didier Ryckner, de la Tribune de l’art, les 26 restitutions du 23 novembre 2018 masqueraient un vulgaire copinage : "l’une des personnes les plus actives pour demander ces "restitutions" est Marie-Cécile Zinsou, fille de Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin. Or, Lionel Zinsou et Emmanuel Macron se connaissent bien"  pour avoir travaillé ensemble à la banque Rothschild. Mieux, Lionel Zinsou"a été l’un de ses soutiens de M. Macron durant la campagne présidentielle" au point que  La Tribune Afrique le compte comme un des "hommes du Président". Comme Marie-Cécile Zinsou ne fait pas mystère de l’état déplorable des musées béninois, de là à penser que les restitutions macroniennes atterrissent "sans tarder" à la Fondation Zinsou, il n’y a qu’un pas… (2)
 
Rebaptisé "tabou" voir "fétiche" par ses détracteurs, le verrou de l’inaliénabilité a donc sauté. Ce qui ouvre des perspectives aux ambitieux marchands ou amateurs d’art : vendre la Joconde, et plus si affinité, devient possible pour combler, tant soit peu, notre dette vertigineuse. Sothby’s et Christie’s seraient ravies, les grands collectionneurs aux anges. Les tabous et fétiches ont parfois du bon, les Africains ne diraient pas le contraire : ceux de l’inaliénabilité seront-ils restitués au peuple français ?

(1) Toutes époques confondues, soit, sur un total de 467 000 oeuvres, près de 12%.
(2) plus d’infos sur cette affaire et sur la « méthode » utilisée : un rapport demandé à deux universitaires qui ne sont spécialistes ni de l’art africain ni des musées !
https://www.latribunedelart.com/inalienabilite-et-alienabilite
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 12 février 2019
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Du porno dans les stades

Dans un communiqué du 7 février 2019, l’Union sportive de Carcassonne a annoncé que le site "Jacquie & Michel", site de porno en ligne, serait sponsor de l’USC pour le match du 1er mars prochain où les carcassonnais recevront le Biarritz Olympique.
Si le club annonce une communication "fun et décalée" et un "moyen insolite de faire du buzz", ce "moyen insolite" consiste à inviter le public à se rendre sur ce site pornographique.
 
Cette publicité en faveur d’un site pornographique est irresponsable en direction du jeune public du rugby, alors que les sondages indiquent clairement une augmentation des fréquentations des sites pornographiques par les jeunes (enquête de l'Ifop publiée  20 mars 2017), et que les professionnels de santé ne cessent d’alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de ce phénomène de société
(https://www.francetvinfo.fr/sante/enfant-ado/le-cri-dalarme-de-medecins-contre-l-exposition-precoce-a-la-pornographie_2803479.html). Le gouvernement s’est d’ailleurs emparé du sujet et Marlène Schiappa a récemment annoncé sa volonté très ferme de limiter l’accès aux sites et vidéos pornographiques aux mineurs (https://www.aufeminin.com/news-societe/marlene-schiappa-limite-acces-pornographie-enfants-s2893900.html)
Le club de Carcassonne a précisé dans sa communication que "ce parrainage répond à une charte très cadrée avec le souhait pour le club de préserver ses valeurs" : aucune des valeurs du rugby n’est compatible avec la promotion du porno auprès des jeunes.
 
Nous avons écrit au club pour demander l’abandon de ce sponsor et rappeler l’existence de l’article 227-24 du code pénal aux termes duquel : "Le fait … de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent, … pornographique, … est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur".
Nous souhaitons avant tout contribuer à la fin de ce projet de sponsoring mais Juristes pour l’enfance agira en justice pour la défense des mineurs si la publicité pour ce site devait malheureusement figurer sur les maillots des joueurs lors du match annoncé le 1er mars.
 
Nous saluons la réaction sur son compte twitter de Louis-Vincent Gave, président du club Biarritz Olympique adversaire le 1er mars prochain de l’US Carcassonne : "Donc, en France, on ne peut faire de pub pour le tabac ou l’alcool… mais l’exploitation de la femme, voir même la promotion du porno dans un stade rempli de mineurs, alors là, pas de problèmes ? Triste que le BOPB se retrouve engagé malgré nous dans ce coup de pub sordide". Ces propos sont de nature à redonner au rugby la place qu’il convient dans le cœur des familles !
 
Vous pouvez, si vous le souhaitez, écrire aux dirigeants du club de Carcassonne ainsi qu’à Bernard Laporte, président de la fédération française de rugby, pour demander l’abandon de ce sponsoring afin que le rugby demeure ce qu’il est, une aventure familiale tant les matchs réunissent les familles dans le public ainsi que très souvent des pères et leurs fils sur le terrain.
Le fait qu’aucune image pornographique ne figure sur les maillots eux-mêmes ne préserve en rien les enfants du danger car le but de cet affichage est précisément que le public aille ensuite visiter le site.
 
Soyez assurés, chers amis, de notre dévouement au service de l’enfance
Aude MIRKOVIC, Porte-parole de l'association
Juristes pour l'enfance
 
Écrire ou téléphoner à
madame Christine Menardeau-Planchenault, directrice générale, et à monsieur Frédéric Calamel, président de l’Union sportive Carcassonnaise :

http://www.uscarcassonne.com/contact/
Union sportive carcassonnaise
32 rue Antoine Marty
11 000 Carcassonne
04 68 47 18 52
 
Monsieur Bernard Laporte, président de la Fédération Française de Rugby
Fédération Française de Rugby 3-5 rue Jean de Montaigu 91463 MARCOUSSIS Cedex
01 69 63 65 90

Envoyé par l'auteur, paru sur juristespourlenfance.com, 10 février 2019
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La zone franc, le Franc CFA, forces et faiblesses au-delà des polémiques politiciennes et des postures idéologiques
 
Le Franc CFA et son impact sur les sociétés africaines en particulier sont revenus sous le flash des projecteurs à l'occasion d'une “sortie“ tonitruante et peu diplomatique d'un jeune ministre italien. La présente note a pour objectif de rappeler ce que sont la zone Franc et le Franc CFA, leur évolution, leur utilité ou leur frein au développement économique et à la stabilité monétaire des pays de ladite Zone.
 
Zone Franc et Franc CFA. Un rappel
Mis en place par décret de la République Française le 25 décembre 1945, le Franc CFA allait évoluer notamment avec le processus de décolonisation des années 60, la création de la zone Franc, la dévaluation du Franc CFA en 1994 et la mise en place de l’Euro.
La Zone Franc inclut les anciennes colonies françaises d’Afrique Sub-Saharienne auxquelles il convient d’ajouter le Cameroun et le Togo (anciennement sous mandat) ainsi que la Guinée Equatoriale depuis 1985 et la Guinée Bissau depuis 1997.
C’est une Zone de 19 États ou entités administrées et qui comprend quatre ensembles :
- 8 États de l’Afrique de l’Ouest font partie de l’UMOA (l’Union Monétaire Ouest Africaine) et sa Banque Centrale, la BCEAO.
- 6 États de l’Afrique Centrale appartiennent à la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) avec leur Banque Centrale, la BEAC.
- l’Union des Comores et son Franc Comorien.
- les 3 collectivités françaises du Pacifique (Nouvelle Calédonie, Polynésie Française, Wallis et Futuna) et son Franc Pacifique.
La Zone a connu une non-adhésion de l’une de ses anciennes colonies (la Guinée Conakry qui a un Franc Guinéen mais lié ou garanti par aucune devise ou ensemble monétaire), un départ (Madagascar et son Franc Malgache). Le Mali en est sorti puis il a réintégré la Zone en 1985 et deux arrivées (Guinée Equatoriale, hispanique et Guinée Bissau, lusophone). Djibouti utilise le Franc Djiboutien qui est lié au Dollar US.
 
Le Fonctionnement de la Zone
C’est une Zone qui jouit de système de change commun avec une parité fixe tout d’abord avec le Franc Français puis avec l’Euro depuis le début du 21ème siècle.
La valeur du Franc CFA est garantie par le Trésor Français (inscrit dans le Traité de Maastricht) qui tient un compte d’opération au nom des trois Banques Centrales de la Zone Franc. Ces dernières gèrent leur Zone Monétaire respective et s’adressent au Trésor Français en dernier recours, crédit provisoire qui peut aller jusqu’à 20 % des recettes budgétaires de l’État demandeur.
La convertibilité (partielle) est aussi une garantie importante offerte par la Zone ; en contrepartie, une partie des recettes en devises (50 %) de la Zone est déposée au Trésor Français et correspond à environ 3% de la masse monétaire de l’Euro.
En pratique, les Banques Centrales de la Zone Franc ont des soldes nets assez réduits car elles peuvent jouer sur les demandes de crédit variables selon les mois de l’année (et les besoins variables de crédit qui vont avec, par exemple, le remboursement des crédits accordés aux producteurs de coton après la récolte va servir à financer les demandes de crédit des producteurs d’arachide avant la récolte etc…).
 
Les avantages et les faiblesses de la Zone Franc
Les avantages sont connus :
Un taux de change fixe, la convertibilité, la garantie par le Trésor Français, le lien avec l’Euro, l’existence d’une vaste zone géographique sont autant d’avantages et de facteurs positifs pour des investisseurs. Au cours des années 80, lors des grandes phases d’ajustement économique et social initiées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, les pays de la Zone Franc s’en sont relativement mieux sortis que les autres pays africains et ce, jusqu’en 1987/88.
La Zone a également favorisé une certaine rigueur budgétaire, un contrôle de l’inflation (1); après la dévaluation de 1994 du Franc CFA (justifiée par JC. Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale à l’époque, par la différence trop importante des taux d’intérêt entre la France et la Zone Franc), la Zone a logiquement et mécaniquement glissé du Franc Français à l’Euro, le commerce Europe/Zone Franc ayant supplanté l’ancien monopole commercial France/Zone Franc.
 
Les inconvénients sont divers :
Au plan régional et au sein de la Zone, celle-ci n’a pas été un facteur d’intégration économique même si, répétons-le, elle a été un facteur de rigueur budgétaire appréciable.
Avec les pays africains Hors Zone, le Franc CFA s’est souvent trouvé dans une situation de sur-évaluation (du fait de son rattachement à l’Euro dont il suit l’évolution sur le marché des changes sans pouvoir y jouer un rôle  actif) par rapport à des devises plus faibles (naira Nigerianne, etc..). Cette situation a pu favoriser l’importation de produits de consommation parfois au détriment des producteurs locaux. (Un haut fonctionnaire de la zone CFA achètera une Peugeot montée au Nigéria avec un “gain“ substantiel du fait du taux de change avantageux Franc CFA/Naira)
 
Avec le reste du monde, les situations varient selon les situations : pour les produits dont les pays disposent d’une position forte (cacao pour la Côte d’Ivoire par exemple), la Zone Franc constitue un avantage de stabilité et de facilité (le cacao est coté en Livres Sterling, l’Euro permet aux exportateurs Ivoiriens de se préoccuper uniquement du taux de change Livre sterling /Euro FCFA, idem pour le Gabon avec le pétrole coté en dollars). Du fait de son lien avec la Zone Euro (mise à part la fluctuation du change Euro/autres devises, US etc…), un Franc CFA fort a pu être un handicap pour les producteurs locaux de produits agricoles et d’élevage  par exemple par rapport à d’autres producteurs hors zone (riz asiatique, blé, viande sud-américaine etc..); toutefois  il convient de ne pas négliger d’autres facteurs indépendants du taux de change (réseaux de communications, capacités de stockage à améliorer, petite taille des exploitations agricoles etc…) qui peuvent freiner le développement économique et social de ces pays.  
 
Les critiques existent et sont parfois justifiées
La Zone privilégierait la stabilité monétaire au détriment de la croissance économique (le ratio de crédit à l’économie, le PNB est de 100 % en Europe contre seulement 23 % en Zone Franc) et le Trésor Français jouerait un rôle trop proéminent. Les performances de la Zone sont cependant bonnes dans l’ensemble et la Zone est restée bien stable depuis sa création ce qui tendrait à démontrer l’utilité de la Zone même si elle n’est pas parfaite et si elle devra évoluer ; le fait que  l’Afrique commerce désormais avec tous les continents (y compris avec la Chine) devrait inciter les différents décideurs à faire preuve d’imagination pour que le Franc CFA soit rattaché dans le futur à un panier de devises comprenant l’Euro mais aussi les devises des pays avec lesquels le commerce est florissant. Et là plusieurs scenarios sont possibles y compris un détachement du lien Euro /F CFA mais au risque de faire imploser la zone et de laisser les pays les plus pauvres (Sahel) se retrouver dans une situation financière mais aussi sécuritaire beaucoup plus délicate ce qui ne serait pas sans impact sur l’Europe à terme plus ou moins rapproché (augmentation massive de l’émigration).
 
Au sujet de l’appauvrissement supposé des habitants de la Zone Franc, par exemple émigrations massives, il convient de souligner que les migrations en Afrique sont principalement des migrations intra-africaines et qu’elles s’effectuent autour de "bassins d’emplois réels ou potentiels" régionaux : ainsi l’Afrique du Sud vient en tête, attirant principalement des populations des pays voisins, vient ensuite la Côte d’Ivoire (elle-même un pays phare de la Zone Franc) puis l’Ethiopie et enfin le Kenya. Ce sont les Nigerians et les Erythréens qui constituent les “contingents“ les plus importants de migrants africains vers l’Europe ; or ces deux pays, Nigeria et Erythrée ne font pas partie de la zone Franc.
 
Par conséquent, si certains pays de la Zone Franc sont en difficulté (pays du Sahel), c’est en grande partie dû à des facteurs d’insécurité, de mauvaise gouvernance voire d’une démographie galopante et incontrôlée qu’à l’existence de la Zone Franc ou au "pompage" des ressources de ces pays sachant que, répétons-le, des adaptations sont et seront nécessaires, ceci en dehors de considérations politiques ou polémiques (néocolonialisme ou non, etc…)
 
(1) En mars 1986 j’étais chargé de mener une mission de reconstruction au Tchad ravagé par la guerre civile  avec son secteur cotonnier, l’un des poumons économiques de ce pays exsangue ; les besoins financiers pour replacer la filière cotonnière étaient importants (une dizaine de milliards de FCFA) ; je me suis rendu à Yaoundé (Cameroun) siège de la banque centrale de ces pays de l’Afrique centrale la BCEAC, pour obtenir de cette dernière qu’elle consente une aide exceptionnelle au Tchad ce qui fut obtenu après d’après négociations.

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019
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Chrétiens : s’imposer ou se taire ?
 
Qui se souvient de ces célèbres slogans de mai 68 : "Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner" ; "Soyez réalistes, demandez l’impossible" ? Hélas… cinquante ans après, nous ne voyons pas vraiment ce qu’on nous promettait : la plage sous les pavés, son sable fin et son soleil. Notre pays semble toujours plus s’enfoncer dans la grisaille et la sinistrose. Et si les chrétiens, ceux dont les valeurs ont irrigué la culture et l’histoire de ce pays, étaient les véritables porteurs d’espérance ? Les vrais contestataires d’une société qui confond réussir sa vie et réussir dans la vie ? On les accuse d’être du vieux monde ; mais ne sont-ils pas, depuis toujours, d’authentiques révolutionnaires, porteurs d’un idéal qui les dépasse ?
Bien sûr, notre espérance et notre désir d’éclairer ce pays par notre Foi sont mises à rude épreuve. Les chiffres sont même alarmants. En termes d’effectifs, les catholiques pratiquants ne représentent plus grand chose : à peine 5 % de la population. C’est-à-dire si peu que les sondeurs et les analystes peinent à les prendre en compte tellement ils passent sous le balayage radar des statistiques. Pourtant, il y a deux mille ans, douze hommes devaient partager le même constat, en pire. Comment Pierre, Jacques, Jean, André… les douze apôtres, sont-ils parvenus, en à peine deux cents ans (une paille !) à christianiser l’intégralité du monde connu ? Par une simple mais exigeante recette : espérer contre toute espérance, fuir les idoles, être prêts au martyre.
 
Espérer contre toute espérance
Le bateau va probablement couler ? Beaucoup attendent hélas que ce soit vraiment le cas. Après tout, nous ne sommes ni capitaine ni membres d’équipage ! Attendre que tout s’effondre… Cette politique a un nom : la politique du pire. Elle a souvent un scénario terrible : la guerre civile. Et toujours les mêmes victimes : les petits et les faibles. Faite de résignation, elle consiste à être spectateurs du monde, à vivre dans une sorte d’exil qui est une fuite et une désertion. Telle ne fut pas la démarche des douze apôtres. Le monde romain était païen ? Qu’à cela ne tienne : ils ont évangélisé l’empire. L’empire s’effondre ? Leurs disciples ont évangélisé les barbares.
Ce que nous apprend ce bref rappel historique, c’est que l’évangélisation n’est jamais acquise : au fil des siècles, tout est à faire et à refaire, sans se résigner. Comme Abraham jadis, les chrétiens espèrent contre toute espérance. Ils se savent attendus par le Seigneur ici, dans ce monde et dans cette époque. En bref, "ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient".
Parfois, des chrétiens se fourvoient : ils attendent encore le Messie ou croient l’avoir reconnu en (faites votre choix) Nicolas, Marion, Jean-Luc, Emmanuel, Marine, François, Alain, … la liste n’est bien sûr pas exhaustive. Mais certains pensent naïvement que ces hommes ou ces femmes sont les personnalités providentielles dont la France a besoin.
Il faut enfin avertir les adeptes du "rebondissement", ceux qui croient qu’une fois que nous aurons "touché le fond" nous rebondirons. C’est une grosse erreur : car le fond du trou n’existe pas. On peut ne jamais finir de sombrer ou de dégringoler. La déchéance est une notion sans limites
La bonne nouvelle, c’est que l’inverse est vrai : le vrai, le bien, le beau sont infinis. Mais il faut pour cela des hommes et des femmes qui s’insurgent et qui résistent. Des contestataires ou, mieux, des attestataires. Des personnes qui rappellent sereinement, avec intelligence et créativité, par leur témoignage de vie bien plus que par leurs discours, que leur message est d’une éternelle nouveauté et une source incroyable de bonheur parce qu’il répond aux aspirations les plus intimes du coeur de l’homme.
 
Fuir les idoles
Paris, 13 septembre 2008, esplanade des Invalides : Benoît XVI s’adresse à la foule, au cours de ce qui est – pour le moment – le dernier voyage d’un pape en France. Le pape allemand commente un appel que saint Paul lance aux Corinthiens : "Fuyez le culte des idoles !" (1 Co 10, 14). Et il ajoute : "Frères et sœurs, cet appel à fuir les idoles reste pertinent aujourd’hui. Le monde contemporain ne s’est-il pas créé ses propres idoles ? N’a-t-il pas imité, peut-être à son insu, les païens de l’Antiquité, en détournant l’homme de sa fin véritable, du bonheur de vivre éternellement avec Dieu ? C’est là une question que tout homme, honnête avec lui-même, ne peut que se poser. Qu’est-ce qui est important dans ma vie ? Qu’est-ce que je mets à la première place ?".
Au cœur du 7ème arrondissement de Paris, celui où le prix du mètre carré est d’en moyenne 11 000 euros, le pape continue : "L’argent, la soif de l’avoir, du pouvoir et même du savoir n’ont-ils pas détourné l’homme de sa fin véritable, de sa propre vérité ? (…) Demandons donc à Dieu de nous aider à nous purifier de toutes nos idoles, pour accéder à la vérité de notre être, pour accéder à la vérité de son être infini !".
A la suite de ces propos, ne devons-nous pas effectuer un examen de conscience : les catholiques de France n’ont-ils pas trop mis leurs espoirs dans ce monde ? Les premiers chrétiens, eux, refusaient de sacrifier aux idoles, et même de faire semblant. La nouvelle évangélisation de ce troisième millénaire ne passe-t-elle pas d’abord par un véritable sursaut culturel, politique et spirituel contre la dictature du relativisme ? Par une appropriation du temps long, par une transmission de nos valeurs, par la contestation de cette triste horizontalité qui ne comble pas : sexe, argent, pouvoir ?
A force de courber la tête, soit à cause des persécutions soit à cause de nos propres péchés, nous sommes peut-être aussi devenus craintifs. Peut-être avons-nous à recevoir du témoignage de certaines paroisses outre-Atlantique qui ont tellement peu de complexes et de réticences. On y paie la dîme sans réserve, se donnant les moyens pour agir. On y assume aussi fièrement son identité chrétienne, en concentrant les efforts et en évitant la dispersion, on y accueille la vie avec générosité par de nombreux enfants et on en accepte les conséquences financières, on crée des écoles libres pour transmettre nos valeurs aux générations suivantes, … Dans ces communautés qui ne sont pas des ghettos, il fait bon s’y retrouver pour repartir ensuite dans le monde, toute initiative et tout charisme ne sont pas vécus comme un problème à gérer mais une grâce à recevoir.
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Addendum : quelques lectures pour aller plus loin !
Martin Steffens, Rien que l’amour, repères pour le martyr qui vient, Salvator, 2016
Georges Bernanos, La liberté pour quoi faire ? Folio, 2017
Fabrice Hadjadj, L’aubaine d’être né en ce temps, Emmanuel, 2015
Abbé P-H. Grosjean, Catholiques : engageons-nous ! Artège, 2016
Adrien Candiard, Veilleur, où en est la nuit ? Le Cerf, 2016
Georges Bernanos, La France contre les robots, Le castor Astral, 2017
Charles Péguy, Notre jeunesse, FB éditions, 2015
Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, 2017
Alexandre Soljénitsyne, Le déclin du courage, Les belles lettres, 2014

Paru sur www.padreblog.fr, 26 janvier 2019
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