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Jamais deux sans trois, retour sur les élections européennes
 
J’ai lu avec un manque d’intérêt considérable, (comme Jules Renard, j’ai presque envie de dire "d’un derrière distrait "), nombre d’articles sur le résultat des élections européennes. La quasi-totalité de ces papiers semblaient se donner un mal de chien pour ne pas voir l’éléphant dans le corridor. Et cet éléphant, c’était bien sur la complète disparition de ce qu’il était convenu d’appeler autrefois les partis de gouvernement c’est à dire les socialistes et les gaullistes.
Revenons en arrière de quelques décennies…
Ces deux formations et leurs satellites (communistes pour les socialistes, centristes pour les autres), tout additionné, faisaient 80 % des voix. Les premiers étaient censés défendre le prolétariat, les seconds la France éternelle… Aujourd’hui en additionnant les voix de tous ces partis, on arrive péniblement à 20 % et encore…
Ce qui est bien normal : depuis trente ans, la gauche a trahi le Peuple tandis que la droite a trahi la Nation et donc leurs électorats les ont logiquement abandonnés. Et pourquoi toutes deux ont-elles trahi leur électorat ? Pour servir une idée de l’Europe censée être supérieure et aux peuples et aux nations, idée qui est en train de s’écrouler. Ils n’ont que ce qu’ils méritent et c’est une des beautés de la Démocratie que de pouvoir se débarrasser des incapables, ce qui s’est confirmé lors de ces dernières élections.
Le lecteur va se dire à ce moment du raisonnement : "et donc tout va bien, des forces nouvelles sont en train de naitre et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes"
Je n’en suis pas si sûr, en fait, je suis certain du contraire : rien de nouveau n’a émergé lors de ces élections.

Revenons à une analyse que j’ai souvent présentée par le passé et qui n’est guère originale : la France est un pays où la Démocratie a été capturée par une élite administrative autoproclamée. Ce groupe, n’a qu’un but, maintenir son contrôle sur le pays sans que des élections puissent remettre en cause leur pouvoir de "classe", pour parler comme un marxiste.
Notre démocratie est en fait un théâtre d’ombres où les électeurs avaient le choix entre Fabius et Rocard d’un côté et Giscard ou Chirac de l’autre, ce qui ne présentait guère de différences. En fait, il n’y avait aucune différence à l’intérieur de chaque parti et aucune différence non plus d’un parti à l’autre.  Quoi que l’on ait commandé, on avait toujours un big Mac. Car, si l’un des lecteurs voit la moindre différence entre Juppé et Fabius ou entre Giscard et Macron, ou entre Chirac et Rocard qu’il veuille bien m’écrire pour me libérer de mes erreurs. Et donc, la moitié de cette élite se disait de gauche, l’autre de droite et les élections ne changeaient jamais rien. Comme le disait Coluche, si les élections changeaient quelque chose, elles auraient été interdites depuis longtemps. 
Car cette classe sait mieux que quiconque que la Démocratie est chose difficile à contrôler tant les citoyens peuvent se montrer incompétents. Pour pouvoir rester au pouvoir, elle a donc suivi depuis des décennies le "projet" de Jean Monnet : Affaiblir la Nation et court-circuiter la Démocratie en transférant toutes les souverainetés à des technocrates non élus (c’est-à-dire à leur classe), pas au niveau national, ce qui aurait été trop visible, mais au niveau européen.  (Voir le dernier livre de Philippe de Villiers qui porte sur ce sujet).
Mais nos chères élites ont eu la peur de leur vie quand nous avons eu tour à tour les peuples en Grande-Bretagne votant pour le Brexit, et aux USA pour Trump. Panique à bord ! A donc été prise d’abord la décision de fusionner tous leurs partisans en un seul parti, détruisant de ce fait le mythe de l’opposition entre les deux partis des gouvernements, ce qui n’était guère difficile tant plus personne n’y croyait, à l’exception bien sur des journalistes payés pour maintenir cette croyance. Pour donner quelque crédibilité à ce tour de bonneteau, il leur fallait faire surgir un homme neuf, issu de leur caste, ce qui fût fait, Et c’est là où nous en sommes….

Mais dans la presse aux ordres, nul ne répond jamais à la question : pourquoi les anciens partis de gouvernement ont-ils échoué ? La réponse est bien sûre : parce qu’ils ont suivi une politique idiote.  Mais, si cette classe est restée au pouvoir (ce qui est le cas) et continue à suivre la même politique (ce qui est aussi le cas), il est à peu près certain que l’échec va être au rendez-vous à nouveau. Comme le disait Einstein, "la définition de la folie est de faire toujours la même chose en espérant à chaque fois un résultat diffèrent."
Et donc, il faut se poser la question : En quoi leur politique était idiote ? La réponse est simple : parce qu’ils méprisent les choix individuels qui n’existent que s’il y a des prix libres.
Dans un premier temps, ces grands esprits ont décidé de supprimer l’un des prix les plus importants, le taux de change, en créant l’Euro, pour que nous devenions tous des allemands. Ce qui a détruit les industrie française et Italiennes au bénéfice de l’Allemagne.
De 1975 à 2000, France et Allemagne ont le même taux de croissance de leurs productions industrielles. Comme la France est moins efficace que l’Allemagne, le DM double par rapport au Franc pendant cette période, ce qui permet de protéger les entreprises françaises contre les imbécillités des politiques, en laissant le taux de change s’ajuster.
Arrive l’Euro. L’Allemagne, qui ne souffre plus de la concurrence française voit sa production augmenter de 30 % tandis que la nôtre baisse de 5.1% … Les entrepreneurs n’étant plus protégés par le taux de change, leur rentabilité s’écroule et avec elle, la production industrielle. Mais comme la production industrielle s’est écroulée, il faut la remplacer par quelque chose qui ne souffrira pas de la concurrence allemande, c’est-à-dire les dépenses étatiques. Ce qui est fait.
De 1989 à 2000, production industrielle et dépenses étatiques montent de pair.
Depuis 2000, c’est à dire le début de l’Euro, la production industrielle française s’est écroulée tandis que les dépenses gouvernementales s’envolaient. Et comment ces dépenses ont-elles été financées ? Par une émission de dettes sans précédent en France pendant une période de paix, la dette brute passant de 70 % du PIB à 110 % aujourd’hui.
Mais si la France payait des taux de marché sur cette dette (environ 3 %) et comme cette dette est détenue à 70 % à l’étranger, cela voudrait dire qu’il nous faudrait payer une "rançon" d’environ 2 % du PIB chaque année. Et comme le PIB ne croit que de 1.5 %, cela impliquerait une baisse constante du pouvoir d’achat de chaque français d’environ 0.5 % à 1 % par an.
Qu’à cela ne tienne, la BCE arrive au secours et décide d’acheter des obligations des états membres, (dont la France) et de coller les taux d’intérêts à zéro. Du coup, servir les nouvelles dettes ne coute plus rien. Ce qui veut dire que la charge de financer le déficit retombe sur les épargnants et retraités français. D’où les gilets jaunes.
Mais cela veut dire surtout qu’il n’y a plus de prix de marché ni pour le taux de change ni pour les taux d’intérêts et que donc notre système de prix est complétement et irrémédiablement faussé.
Nous sommes de retour en Union Soviétique. La création destructrice ne peut plus avoir lieu. Et donc l’économie de la zone Euro va se casser la figure, ce que semble confirmer les indicateurs économiques avancés de l’OCDE. Et la situation apparait bien pire en Italie.
Monsieur Macron va se retrouver devant une récession européenne accompagnée sans aucun doute par une nouvelle crise de l’Euro (CF l’étude récente du FMI à ce sujet). Cette nouvelle crise va amener à une totale perte de légitimité de ceux qui ont soutenu ce projet débile depuis le début.
Et nul n’a plus soutenu ce projet contre nature en le qualifiant de "progressiste" que monsieur Macron. Dans les faits, le projet que porte monsieur Macron est à l’évidence de gouverner et contre le Peuple et contre la Nation, ce qui n’a jamais gêné les bourgeois. Mais, dès que ces bourgeois vont se rendre compte qu’ils perdent de l’argent avec monsieur Macron, ils vont tous quitter le navire, en même temps.
Et donc le prochain écroulement de la fusion des anciens partis de gouvernement qui porte le nom de LREM, et qui reste le seul porteur du désastreux projet européen en France, c’est à dire le parti du Président, est inévitable, et à mon avis, cela se passera avant les élections de 2022, surtout si les Italiens décident que la plaisanterie a assez duré.
Se maintenir au pouvoir quand on sert les intérêts de l’étranger et que l’on on est à la fois incompétent et illégitime a toujours été difficile dans notre pays.
Paru sur www.institutdeslibertes.org, 17 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Le maillon d’une chaîne
 
Depuis quelques jours, les 2000 premiers volontaires du service national universel ont revêtu un uniforme tricolore appelé à devenir familier de tous les jeunes Français de 15-16 ans. Le SNU intervient un quart de siècle après la suppression historique du service militaire. Vingt-cinq ans : une génération a été privée d’un creuset, sans qu’aucune initiative pour le remplacer ne soit vraiment mise en place.
La conscription d’hier, la levée en masse, la patrie en danger, et le SNU d’aujourd’hui, la comparaison entre les deux dispositifs est-elle opportune ? La première avait été conçue pour défendre nos frontières ou nos intérêts. C’était le but vers quoi tendaient tous les Français. Les vertus de ce système, la cohésion nationale, le patriotisme qui en résultaient n’étaient que sa conséquence.
Le SNU est d’une autre essence. La fonction de défense est aujourd’hui assurée par une armée de professionnels ; la guerre moderne est ainsi faite que la sécurité de la France ne tient plus seulement à la solidité de la ligne bleue des Vosges mais à la présence d’unités expérimentées au Mali ou en Irak.
Initiation au bien commun, incitation à l’engagement, découverte du goût de l’effort, le SNU a sa raison d’être, et peut-être aujourd’hui plus que jamais. On sait la place que tiennent dans la mentalité contemporaine l’individualisme, le communautarisme, le consumérisme, souvent encouragés par le discours dominant.
Il ne sera efficace que s’il est le maillon d’une chaîne d’éducation commencée en famille, et poursuivie dans l’Éducation nationale et dans les divers services socio-éducatifs. Il devra être leur prolongement sinon leur parachèvement. S’il restait isolé, ou s’il était critiqué, contredit par d’autres pôles d’éducation, le service national universel ne resterait qu’une sympathique démarche aux effets limités : "Une colonie de vacances de l’État", craignent déjà ses détracteurs.
Mais qu’il tienne ses promesses de réunir et de former une jeunesse fragmentée, marquée par l’inégalité, avant son entrée dans la vie active, alors il méritera pleinement son nom de SNU: service nécessaire et utile.

Paru dans Le Figaro, 24 juin 2019
Publié dans En France
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La vraie menace
 
La France est la seule à prendre au sérieux la menace climatique, elle s’est fixé un objectif intenable de "neutralité  carbone" en 2050, c’est à dire qu’à cette date on absorbera autant de CO2 qu’on en produira, ce qui revient à diviser par 6, les rejets de gaz carbonique. Objectif intenable mais qui revient à se noyer avec un pavé au cou, par les contraintes qu’il va falloir s’imposer, pour la production et la consommation d’énergie. Cela entrainera un changement de mode de vie qu’on se garde bien d’expliquer au bon peuple : plus de voitures au pétrole, plus de chauffage au fuel, obligation d’utiliser les transports en commun ou la bicyclette, limitation de l’utilisation des avions, transport routier sévèrement contrôlé, électricité hors de prix, sans parler des contraintes alimentaires, réduction drastique de la consommation de viande remplacée par des lentilles et les pois chiches.
Le pire est que la France est actuellement un des pays les plus vertueux du monde et que les gros producteurs de CO2, Les Etats Unis, l’Inde et tous les pays de l’Europe de l’Est, de l’Allemagne à la Pologne, ont renoncé aux objectifs du traité de Paris. Nous voilà donc avec des contraintes empêchant toute concurrence et nous mettant en situation d’infériorité.
 
Mais le pire c’est que, obnubilé par le changement climatique, nous négligeons la vraie menace qui est la croissance démographique mondiale. En 2050 il y aura deux milliards de terriens de plus, dont il faudra assurer l’existence. Or justement les pays où la croissance démographique est la plus forte sont, pour la plupart, actuellement incapables d’assurer à leurs ressortissants un niveau de vie acceptable.
Les démographes considèrent qu’en 2050 la population mondiale atteindra 9,7 milliards, à la fin du siècle ce chiffre pourrait atteindre 11 milliards. Et pourtant on admet que le taux de fécondité actuellement de 2,5 par femme devrait tomber à 2,2 en 2050. Mais l’évolution du taux de natalité est très variée : actuellement il est de 4,6 en Afrique subsaharienne, parallèlement les naissances sont inférieures aux décès dans 55 pays situés dans le monde développé : pour la moitié d’entre eux, notamment le Japon, la Grèce ou le Portugal, la population doit diminuer de 10 % et même de 20 % dans les Pays Baltes et la Bulgarie. A l’inverse d’ici 2050 neuf pays devraient assurer la moitié de la croissance démographique mondiale : Inde, Nigeria, Pakistan, RDC, Ethiopie, Tanzanie, Egypte et Etats Unis. Parmi les pays dont la population augmente rapidement, 47 ont des indices de développement très faibles, notamment en Afrique subsaharienne. Un habitant de la planète sur six nait en Afrique, ce sera encore un sur quatre en 2050.
 
La croissance économique est dans nombre de pays africains inférieure à la croissance démographique si bien que le niveau de vie est en baisse. D’ici 2050 le continent noir verra sa population doubler et passer de 1,3 milliard à 2,5 milliards.
Il est donc certain que les flux migratoires, notamment vers les pays développés en décroissance démographique, ne sont pas près de se tarir et qu’il ne sera pas possible de les contrôler. Une grande partie de l’Afrique subsaharienne étant francophone, la France est directement menacée.
Dans ces conditions le réchauffement climatique et l’objectif de "neutralité carbone" sont des balivernes devant une menace qui est une quasi-certitude et est autrement mortelle.
Envoyé par l'auteur, 21 juin 2019
Publié dans De par le monde
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Le football féminin ou l’alliance de l’économie de marché et du progressisme sociétal
 
Un succès. Un immense succès. Un grandiose succès. Un incontestable succès. La Coupe du monde de football féminin est entrée à Paris sur un tapis de fleurs. Dans les triomphes romains, un esclave était attaché au char de l’empereur pour lui rappeler sa mortelle condition : "Souviens-toi que tu n’es qu’un homme." C’est la grande supériorité de notre époque sur celles qui l’ont précédée : aujourd’hui, celui qui oserait faire de même : "Souviens-toi que tu n’es qu’une femme", serait exécuté. Celui qui oserait émettre la moindre réserve sur le spectacle offert serait immédiatement cloué au pilori. Ringard, misogyne, macho, réac. Les plus aimables lui rappelleront que les "avancées" féminines ont toujours suscité ce mélange de sarcasme et de mépris. D’autres lui démontreront doctement que les footballeuses jouent aussi bien que les garçons avec plus d’élégance et moins de brutalité. Bref, en mieux. Que leur jeu est plus frais, plus aéré et moins roué. Le récalcitrant sera également prié de rééduquer sa grammaire et de dire une défenseuse et une ailière. Pourtant, on ne disait pas que les garçons faisaient un passe… Enfin, le pire serait d’avouer qu’on n’a pas envie de voir des filles en crampons, qu’on a une autre idée de la féminité, et on sera alors empaillé vivant dans le musée des horreurs.
Le moindre tir mal cadré suscitera des ovations. Le moindre envol de la gardienne de but - même si on a l’impression que certaines ont des mains trouées - provoquera des émois admiratifs. C’est enthousiasme obligatoire. Admiration obligatoire. Tout le monde y veille : le gouvernement français et surtout madame Schiappa ; les télévisions, les médias, les annonceurs publicitaires. Et les associations féministes surveillent les machos mauvais coucheurs qui doivent ravaler leur ironie patriarcale. C’est l’alliance du marché - il faut ouvrir de nouveaux espaces de consommation à de nouveaux publics - et du progressisme féministe : la lutte pour l’égalité ne s’arrête jamais. L’alliance des libéraux et des libertaires. Tout ce qu’ont écrit Christopher Lasch et Jean-Claude Michéa depuis des décennies se réalise autour de ce ballon rond pour les filles. Et Michéa, authentique connaisseur du ballon rond (mais uniquement de ce jeu de dinosaures joué par des garçons !) doit bien rire dans sa barbe d’indécrottable marxiste.
Le pire est que ça marche ! Le public vient nombreux, les audiences des télévisions sont au rendez-vous, les chaînes et les annonceurs se frottent les mains. Le bonheur consumériste est généreusement partagé. La machine de propagande qui réunit le marché et le progressisme sociétal a encore montré sa redoutable efficacité. La prochaine fois, il faudra organiser une Coupe du monde de football gay, comme il y a déjà les Gay Games. Comme une leçon de choses au service d’un totalitarisme doux. De quoi achever les ultimes espoirs de ceux qui voulaient croire encore à un libéralisme conservateur qui respecterait les traditions et les enracinements.

Paru dans Le Figaro Magazine, 21 juin 2019
Publié dans A tout un chacun
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Sur quelques "vacances" de la Culture...
 
Le clonage du Louvre à Abu Dhabi devait nous rapporter prestige et monceaux d’or. Que de couleuvres avalées pour cela : les conservateurs français mettant leur expertise au service du Louvre des sables, donc aux dépens du Louvre parisien ; puis, sur le chantier, le traitement réservé aux ouvriers qui montra que le pays des Droits de l’Homme était aux abonnés absents. Or, un an et demi après l’inauguration de ce Louvre bis par les époux Macron, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme (1). Non seulement les engagements initiaux n’ont pas été tenus mais ils ont été renégociés par le Louvre… en sa défaveur. De l’art de se tirer une balle dans le pied et d’être le dindon de la farce : question prestige, c’est mal parti. Il a fallu attendre onze ans pour que les 2 parties signent un accord définitif et là (surprise !) le taux minimum des royalties sur les produits dérivés de 8 % devient un taux maximal ! Génial non ? Ainsi un taux zéro est possible. De plus, les sous-licences qui devaient être exceptionnelles s’avèrent de règle maintenant avec, déjà, une compagnie aérienne locale qui exploite gratis le nom et le logo du Louvre ! Le gouvernement devrait dénoncer ce contrat léonin devant les tribunaux mais n’y a-t-il pas derrière d’autres négociations, plus politiques, dont le Louvre ferait les frais ? Auquel cas se vérifie le peu de cas que font du patrimoine nos politiques….
Autre exemple le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci, le tableau le plus cher au monde, acheté par le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, avait disparu des radars. Un achat de prestige problématique pour une monarchie islamique plutôt rigoureuse, d’autant que planent des doutes sur l’authenticité de l’oeuvre. La solution ? Le Messie de Léonard serait parti en croisière sur le yacht du prince. Voilà qui risque, avec les embruns, l’humidité ou les naufrages, de ne pas arranger cette peinture déjà très restaurée. Les conditions seraient-elles réunies pour faire disparaître une œuvre problématique ? Placer des œuvres dans des conditions épouvantables, et une fois le malheur arrivé, crier : "c’est la faute à pas de chance !" … cela ne vous rappelle rien ?
 
Notre-Dame n’est pas tirée d’affaire : moins de 10 % des dons promis ont été versés. Les lubies architecturales nées de la légèreté gouvernementale ont tari l’enthousiasme des donateurs : donner oui, mais pas pour financer n’importe quoi. J’en connais prêts à trainer le gouvernement en justice (genre class action) si leur don est détourné et si la double identité de la cathédrale n’est pas respectée : gothique et romantique. La cathédrale est en effet aussi le dernier chef d’œuvre de l’architecture romantique française. A ce propos vous pouvez lire un article où Victor Hugo vient à la rescousse d’une reconstruction à l’identique qui privilégie le bois
cliquer. Ou signer une pétition en ligne demandant la prise en compte de l’acoustique dans la restauration (celle de Reims est mauvaise, or sa charpente fut reconstruite en béton) cliquer.
(1) "les royalties du Louvre se perdent dans les sables d’Abu Dhabi", Le Canard Enchaîné , 29 mai 2019, p.3
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 18 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Patrie, quotas : les faux-nez de la macronie
 
Patrie et quotas d’immigration: deux thèmes que la macronie va tenter de s'approprier ces prochaines semaines. Comme deux bouées de sauvetage ? Ce lundi sur RTL, Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, a louangé le Service national universel, lancé dimanche auprès de 2000 premiers jeunes. Il a vanté le "patriotisme" de ce nouveau rendez-vous des "brassages" et des "diversités". Il a rappelé ce qu’avaient été, ce matin, les premières heures des engagés volontaires : lever "6h30-7h", découverte de leur uniforme bleu, salut au drapeau, Marseillaise, etc. Attal a confié qu’Emmanuel Macron suivait "de très près" cette expérience. Elle devrait être généralisée, à l’horizon 2026, aux 800.000 jeunes Français.
De son côté le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, hier dans le JDD, s’est dit ouvert à un débat parlementaire annuel sur la question des quotas dans le cadre de l’immigration légale. Il s’est dit en revanche opposé à des quotas en matière d’asile, au nom "de nos engagements internationaux" et de son "éthique personnelle". Ainsi, après avoir fustigé les "populistes", accusés de penser petit dans leur défense de la nation abritée par des frontières, le gouvernement tente de récupérer une partie du combat identitaire qu’il a laissé à la droite. Toutefois, sa promotion du mondialisme et des "valeurs citoyennes", construites notamment sur la non-discrimination, sont en contradiction avec la protection de la France, fragilisée par une immigration de peuplement que rien ne vient tarir.
La mascarade est la vraie nature de la macronie. A vouloir attirer la gauche et "en même temps" la droite, le pouvoir s’oblige à jongler avec les faux-nez, les masques, les déguisements. Ses mots sont des bulles : vidés de leur contenu, ils sont lancés comme des appâts. C’est ainsi que le service national universel associe dans un même intitulé deux contradictions : le repliement national et l’ouverture universelle. Mais dans la vision des mondialistes, c’est la nation qui au bout du compte doit céder la place au profit d’un monde plat, sans mémoire, fonctionnel et interchangeable. De la même manière, les quotas d’immigrés ne veulent rien dire quand n’est pas définie ce qu’est une immigration. Pour l'Etat, elle ne serait pas celle des demandeurs d’asiles. Or les pouvoirs publics ne font plus de différence entre le demandeur d’asile politique - que la France se doit d’accueillir quand il fuit une oppression idéologique - et le demandeur d’asile économique ou, demain, climatique. Cette filière humanitariste, attirée par la générosité des prises en charge qu’offre la France en comparaison d’autres pays d’Europe, est en passe de devenir la principale source d’immigration. D’autant que les reconduites à la frontière restent marginales. Bref, quand la macronie parle de patrie et de quotas, elle use de termes que l’opinion aime entendre. Mais c’est le chemin inverse qu’elle a pris avec son "progressisme" sans audience.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 17 juin 2019
Publié dans Du côté des élites
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Le Service national universel, un stage de savoir-vivre en France !
 
On peut bien sûr critiquer : trop court, trop cher, inutile... Et n'est-ce-pas à l'Education Nationale d'inculquer le vivre ensemble ? Pourtant, le test d'un Service National qui vient d'être lancé est indispensable dans l’état actuel du pays et de la jeunesse. La cohésion nationale n'est plus qu'un vain mot que l'on confond avec les coalitions "contre" quelque chose, à l’exception des grandes tragédies qui rassemblent, et de moins en moins longtemps. L’autorité reste un stigmate de l'ancien monde, la "tenue" ne veut plus dire grand-chose comme le dit un célèbre fast-food en faisant un slogan spécial jeune: " venez comme vous êtes"! Un monde soi-disant sympathique de cool attitude habillée de jeans à trous. Nous avons choisi au nom d'une pseudo liberté fictive, de faire tomber un carcan social supposé des règles de la bienséance bourgeoise, cela a considérablement nui aux comportements individuels et collectifs citoyens. La fracture sociale est bien sûr une fracture sociétale et il faut recréer une structure civique qui sera un passage obligé.
Jacques Chirac a commis une faute en supprimant le service militaire mais il faut se replacer à cette époque où la lourdeur de ce service était devenue inutile et trop pesante dans la vie des jeunes ; il aurait fallu le modifier drastiquement en maintenant un minimum d'obligations militaires ou civiles pour garder ce creuset et ce brassage qui manque tant aujourd'hui.
Alors oui, les questions concernant le
 SNU (Service National Universel) sont préoccupantes. Le coût d'abord : a priori 1 milliard et demi par an. Les contraintes de logement, d'encadrement, etc. Mais, en réalité, il n'y a pas de prix pour recréer a minima une sensibilité au concept même de "service" au pays. 15 jours c'est peu, et peut-être insuffisant, mais des prolongements sont prévus et pour le moment il s'agit d'un test.
Ce qui est organisé pendant ces 15 jours est loin d'être anodin : ne serait-ce que de ne plus être accro à son portable ! (Il sera autorisé 1h le soir). Distribuer un pack d'uniforme sera pour quelques-uns pour le moins étrange : pantalon, manteau, chaussures noires (certains n'ont jamais porté autre chose que des baskets !), casquette bleue, badge du service national, pour certains jeunes qui attachent une importance énorme à leur look qui contribue à définir leur appartenance à une tribu, une bande, un quartier. Ils découvriront la cérémonie aux couleurs le matin et on l'espère l'émotion pour la première fois peut être, à la vue d'un drapeau que l'on hisse. Une initiation au code de la route, au parcours du combattant, à la formation aux premiers secours, le respect des horaires, la participation à l'entretien apporteront une ouverture sur l'extérieur, un autre esprit, une expérience, la découverte d'autres lieux, d'autres ambiances.
 
Pour un Service National en Entreprise
Sans parler bien sûr de l'autorité ! Une autorité à laquelle des parents qui ont peur d'une façon ou d’une autre de leurs enfants (82 % le reconnaissent) ont renoncé alors que cette autorité est revendiquée et souhaitée paradoxalement par 79 % des ados (sondage de l’APPEL).
On peut aussi prétexter que pour certains plus favorisés ce sera inutile, mais ceux-là connaîtront un brassage social nouveau et découvriront la réalité d'autres milieux, de comportements et de difficultés ignorées.
On pourrait, et on devrait élargir cette expérience au monde de l'entreprise, car tous ces jeunes sont amenés à y travailler du moins on l'espère, et le mini stage en classe de troisième n'est en quelque sorte qu'une sortie scolaire comme une autre. Il serait très bénéfique de leur faire appréhender cet autre brassage social professionnel. Les valeurs de l’entreprise sont un complément : montrer l'importance d'une sorte de collectif différent, d'une autre forme de hiérarchie, le respect d'une éthique, la notion de respect du client, l'importance des salariés, etc.
L'entreprise est un lieu idéal pour comprendre bien sûr les enjeux économiques mais plus simplement une autre forme de prise de risque. Ce type d’expérience s'est révélé efficace et apprécié par exemple pour les VSNE (Volontariat pour un Service National en Entreprise).
Les chefs d'entreprise sont demandeurs pour contribuer à cette mission d'intérêt général qu'est le SNU. Certes, la courte durée et les niveaux très basiques de certains nécessiteront une adaptation mais pourquoi pas ? Ce serait aussi une contribution bénévole et salutaire des entrepreneurs au pays. Après une demi-journée de découverte, donner par exemple pour simple mission au jeune de chercher par lui -même comment se rendre utile d'une façon ou d'une autre ?
Un chantier nécessaire et passionnant pour reconstruire notre société en misant sur l'avenir autrement qu'en tentant de satisfaire des revendications toujours croissantes.

Envoyé par l'auteur, paru Challenges, 20 juin 2019
Publié dans En France
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Hong Kong      
                      
Ce qui se passe à Hong Kong est préoccupant.
Pas seulement sur le plan politique, et pas seulement sur celui asiatique : la tentative est violente ; deux aspects sont en péril : le respect des engagements internationaux et les valeurs de la démocratie. Du moins dans sa conception occidentale. Cela dévoile assez brusquement la face cachée des ambitions de la République Populaire de Chine, ainsi que le mépris illimité qu'elle peut nourrir sur l'organisation des relations mondiales telles que concoctées par les Occidentaux.
 
Les Etats de l'Union Européenne, avec perspicacité, dans une période très offensive de "sinisation intelligente et pacifique" devraient peut-être mieux calibrer leurs réactions et leurs politiques extérieures, lesquelles, sans être agressives devraient être plus éclairées vis à vis des intrusions chinoises. L'obsédante balance commerciale n'est pas tout.
L'affaire n'est sans doute qu'à son début, et n'est pas nouvelle, même si le projet de texte prévoyant l'extradition en Chine des récalcitrants est "suspendu" et si Pékin (Beijing) et madame Lam (chef de l'exécutif HK) ont fait machine arrière. Respectant la fin de leur "bail emphytéotique de 100 années", les Britanniques ont cédé la place à la République Populaire en 1997. Abandon déchirant s'il en fût, mais amorti, au terme de laborieuses négociations par la garantie pour 50 ans – jusqu'en 2047 – du principe "Un pays (la Chine), deux systèmes", immuable, co-rédigé et signé. L'autonomie de la Cité (dans son intégralité), les libertés fondamentales des citoyens, les atouts commerciaux sont garantis et intouchables, pour encore un demi-siècle. Au début de l'arrangement, tout fut harmonieux et "rien n'était changé". Mais d'année en année, les craintes d'une reprise en main intrusive s'avèrent fondées : peu à peu l'empreinte de Pékin est plus lourde sur la liberté d'expression, de la presse, le contrôle des opinions, certains détails de la vie quotidienne ; l'étau autoritaire s'est infiltré et tend à se refermer.
Or, les Hong Kongais tiennent à leur statut particulier, à l'entretien de leur différence : cet inimitable mélange de mœurs britanniques et d'habitudes cantonaises. Déjà dès 2011, des protestations se sont élevées, puis en 2014 la révolte des parapluies secoua la Région autonome de manière durable. Et maintenant, cette tentative Faire peur, en menaçant d'extradition vers le continent tout opposant ou supposé tel. On connaît la tactique : on s'empare de l'intéressé, le tient au frais quelques temps, avec un éventuel simulacre de procès, et puis... pouf... plus rien, plus personne... Mais avec les étudiants et les cols blancs de Hong Kong, ça ne marche pas : ils connaissent leurs droits, leur particularité, l'Habeas Corpus et the Bill of Rights.
 
Le bras de fer n'est pas près de se terminer. Certes Pékin (Beijing), Monsieur Xi et son Parti ont reculé. Quelques tentatives de lois répressives ont déjà été annulées – ou du moins suspendues – plusieurs fois. Et puis, il ne faut pas chercher de noises en ce moment, car la situation intérieure n'est pas aussi idyllique qu'il y paraît : dans certains secteurs la mirobolante croissance patauge, certaines initiatives font des flops, et même à l'intérieur du Parti, des discordances existent peut-être.
Néanmoins, Hong Kong est dans le schéma de recouvrance des territoires et espaces périphériques : c'est clair et clairement annoncé ; il faut laver les vexations et démembrements infligés par l'Occident. Déjà, les Portugais ont rendu Macao depuis longtemps, et la RPP en a fait le plus grand casino du monde. Las Vegas est une cambuse à côté. Maintenant il s'agit de re-inclure Hong Kong dans le giron continental et juridique. Bientôt ce sera le tour de Taïwan toujours considérée comme la "22ème Province" et dont l'apparente indépendance reste fragile. Il y a aussi les littoraux, la mer de Chine, dont la définition territoriale est à revoir, avec des emprises de plus en plus importantes. Le Président Xi et son entourage comptent mener à bien tout cela pour le Centenaire de la République Populaire, soit en 2049, dont les grandioses commémorations sont déjà en préparation.
Si 2 millions de Hong Kongais et plus envahissent les rues, si la révolte de la jeunesse gronde sur Nathan Road, on fera le gros dos, on attendra... mais l'objectif d'intégration restera sans doute vivace.
L'infiltration économique et culturelle ayant été habilement menée à bien pendant 50, 60, 70 années, les Nouvelles Routes de la Soie ayant suffisamment contribué à siniser l'Europe, n'y a-t-il pas quelque risque à se laisser circonvenir sourire aux lèvres ? Le Majong remplaçant la belote et le bol de riz le cassoulet ?
A Hong Kong, en 1894, Alexandre Yersin isola le bacille de la peste : Yersinia pestis

Envoyé par l'auteur, 20 juin 2019
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Gilets jaunes : ce feu qui couve sous la cendre
 
Dans un premier papier le 7 décembre j’ai alerté sur l’importance et la sensibilité de la crise des Gilets jaunes (1). Dans un Live pour l’association APM le 20 décembre j’ai explicité pour les chefs d’entreprise mon diagnostic et j’ai essayé de formuler quelques voies pour traiter de façon concrète cette colère d’une partie de notre société (2). Six mois après, cette crise sociétale est toujours là, avec désormais une trentaine de samedis de manifestations, voire d’insurrections. Que dire de ce triste bilan qui interpelle sur l’état de notre société :
 
- Près de 50 000 manifestations et rassemblements recensés sur le territoire,
- 2 448 blessées parmi les manifestants (dont 23 éborgnés et 5 mains arrachées) , 1797 parmi les forces de l’ordre (chiffres communiqués mi-mai et publiés par le JDD (3)
- 11 personnes ont perdu la vie suite à des accidents de la route liés au mouvement (plus personne n’en parle… et ne veux en parler …)
- Des milliers de condamnation (12 107 interpellations, qui se sont soldées par 10 718 gardes à vue, selon les chiffres du gouvernement publiés début avril. Environ 2 000 condamnations ont été prononcées dont 40 % de prison ferme),
- Des chiffres hallucinants en termes de nombre de munitions utilisées par les forces de l’ordre (chiffres rendus publics par l’IGPN pour la période de 2018 : 19 000 balles de défense, 5 400 grenades de désencerclement soit une hausse de 200 % de munitions tirées… (4),
- Des images inconcevables diffusées mondialement avec la profanation de l’arc de triomphe,
- Des scènes inoubliables des champs Elysées et des centres villes dévastées (4 milliards de casse pour l’économie dont 200 millions pris en compte par les assureurs),
- Des slogans de haine contre l’exécutif et les élites du pays,
- 10 milliards puis 30 milliards de chèques faits par le gouvernement pour tenter de calmer les manifestants (pour rappel le coût des intérêts de la dette est chaque année d’environ 42 milliards d’euros, la dette de la SNCF est de 35 milliards, celle d’EDF est de 33,4 milliards,… etc.),
 
Pendant cette période la France, paralysée et suspendue à ces manifestations hebdomadaires, n’a plus engagé de réformes de fond tout en continuant à emprunter portant la dette totale, au sens du traité de Maastricht, à 2 315 milliards fin 2018 soit 98 % du PIB… Pour rappel la dette publique a quasiment doublé en une vingtaine d’années… Pour autant nos médias nous disent quotidiennement que la France va mieux… même si elle est régulièrement déclassée dans les tableaux de l’OCDE (désormais à la 7ème place) …
 
Voilà le triste bilan d’une gestion de crise qui s’avère préoccupante pour le pays ! Le pouvoir comme les médias ont sous-estimé l’intensité et la gravité des problématiques contenues dans ce mouvement des "gilets jaunes". Ils admettent désormais 7 mois après le fameux 17 novembre qu’ils ont été surpris. Ils n’ont vu dans ces manifestations qu’une énième jacquerie antifiscale et n’ont pas du tout perçu l’ampleur de la crise de modèle, voire la crise existentielle et le déficit démocratique qui prévalent dans nos sociétés occidentales, notamment en France. Ils ont cru qu’en quelques semaines le mouvement se diluerait et qu’avec un chèque, puis un second les esprits se calmeraient. Ce fut l’inverse. L’indifférence du pouvoir, qui a tout misé sur l’essoufflement du mouvement, n’a fait qu’aggraver la dynamique de la contestation qui a muté au fil des semaines en se radicalisant. Par ailleurs la stratégie sécuritaire qui a été adoptée pour gagner du temps afin de sauver les élections européennes, seule obsession stratégique de l’exécutif pendant 6 mois, s’avère être une erreur majeure, même si elle aboutit sur cet essoufflement recherché et attendu sur le plan politique. Entre temps le pays est profondément divisé sur le plan interne et s’est marginalisé au niveau international.
 
Il eût mieux valu sauver la France que de vouloir sauver une échéance électorale… qui s’est avérée peu satisfaisante au vu des scores obtenus. Il faut en effet diviser par deux les résultats pour avoir une véritable idée de la réalité de la décomposition en cours du système politique français. Dans les faits les deux partis qui se sont appropriés médiatiquement 45 % des suffrages exprimés ne représentent en réalité que 22 % de l’électorat français en droit de voter… Entre l’abstention qui reste à des niveaux préoccupants et les suffrages exprimés sur d’autres listes cela signifie que près de 80 % de la population ne se reconnait pas dans le résultat de cette consultation. Celle-ci fut transformée tactiquement par l’exécutif en joute avec les "populistes" et en quasi-référendum national par les médias … Pendant ce temps le feu couve sous les cendres des samedis de contestation et la colère ne s’est pas dissipée.
 
La réalité est désormais ailleurs et elle constitue un véritable baril de poudre. Il faut l’évaluer au travers de cette masse critique silencieuse qui s’est détachée du bruit ambiant et dont une grande partie a soutenu implicitement le mouvement des gilets jaunes depuis le début. Quelques analystes arrivent à en percevoir la nature et la dangerosité comme le géographe Christophe Guilly sur le plan de la crise des territoires ou la philosophe Chantal Delsol en termes de crise de la représentation démocratique. La chance de l’exécutif tient finalement, à l’instar des autres mouvements spontanés issus de la société civile depuis une dizaine d’année, tels les bonnets rouges, les indignés etc. , à l’absence de véritable projet politique des gilets jaunes (cf. mon analyse en 2013 sur la crise des bonnets rouges (5). Ils sont restés dans la générosité et la spontanéité, pensant que les réseaux sociaux porteraient leurs messages, dans la doléance classique antifiscale et antisystème pour finalement dériver avec le temps dans la contestation contre l’exécutif, mais sans un véritable leadership. L’expérience montre que ce type de mouvement ne peut que déboucher sur une impasse en termes de crédibilité et légitimité s’il n’a pas une véritable consistance sur le plan des contenus politiques. Pour cela il faut observer ce qu’ont fait entre autres les mouvements indépendantistes écossais et catalans qui sont arrivés à un autre niveau de maturité avec l’écriture de livres blancs, l’émergence de leaders politiques pour tenir le champ de l’affrontement face aux Etats.
 
Au cours de l’entretien pour APM le 20 décembre j’avais alerté sur le fait que ce mouvement allait durer, qu’il allait s’enkyster et qu’il ne pouvait que se radicaliser, que l’option sécuritaire ne pouvait déboucher que sur une impasse, même si elle s’avérait indispensable vue les niveaux de violences, et qu’il fallait au plus vite traiter cette crise sur le fond et au plus près du terrain. C’est l’inverse qui a été fait avec de faux débats médiatisés par un Président transformé en "Truman show", des médias qui n’ont pas couvert objectivement les manifestations et des experts qui n’étaient absolument pas crédibles pour expliquer honnêtement le contexte. Qu’est-il resté de ce "grand débat" qui a mobilisé une énergie incontestable, voire brillante, et j’ajouterai honnête du Président et des élus ? Est-ce que les français savent exactement quel est désormais leur ligne d’horizon et quels sont les axes d’efforts indispensables pour sortir de cette crise après ces 7 mois de convulsions ? 
 
Quellesque soient les évolutions dans les semaines ou mois à venir ce mouvement singulier et unique dans l’histoire de France va laisser des traces profondes et va vraisemblablement ouvrir une période que je qualifie toujours de "révolutionnaire" sur le plan de l’évolution de nos institutions et de la gouvernance. Ce mouvement signe la fin d’un temps, celui des 30 dernières années dont nos édiles au pouvoir sont les derniers représentants. Ils ne sont pas les symboles du futur mais bien les derniers vestiges d’une certaine idée d’un Etat, non plus stratège mais par défaut spoliateur, qu’il faut sauver d’une faillite en cours contre la nation qui a une autre intuition de son avenir. La résolution de cette crise doit se jouer au plus près du terrain et des populations comme ce fut le cas dans d’autres pays, notamment au Canada dans les années 90. Tout ce qui est mis en œuvre actuellement est fait pour sauver cette idée de l’Etat et ne fait qu’engendrer malheureusement fractures, divisions et désordres.
 
Le management par le chaos est souvent d’actualité en ce moment dans nos démocraties déboussolées et désenchantées… Il l’est aussi de l’autre côté de la Méditerranée en Algérie avec un contexte politique instable, émaillé depuis des semaines par des manifestations antisystèmes de la société civile qui interpellent en termes de similitudes avec la situation française. Là aussi c’est le signe de la fin d’un temps et d’un type d’Etat… Et que dire du Brexit dur qui se profile comme je l’ai annoncé depuis deux ans, et du durcissement nationaliste qui s’installe partout en Europe centrale et orientale. Les convulsions françaises ne sont pas isolées, elles s’intègrent dans un mouvement de fond de décrochage et de fin de cycle.
 
L’implosion de la gouvernance de l’Union européenne est en cours et ce ne sont pas les jeux de coalition à Bruxelles qui vont changer quoi que ce soit au processus de dislocation et de fragmentation qui s’est installé sur le plan politique depuis quelques années. Les questions de souveraineté et de régulation migratoire sont par ailleurs devenues centrales face aux convulsions géopolitiques qui sont en train de redéfinir les jeux de puissance au niveau mondial entre américains, chinois et russes. Ces dernières s’expriment actuellement au travers de la guerre commerciale entre USA et Chine pour le leadership mondial avec en arrière-plan des coups de mentons sécuritaires de haute intensité sur la Corée du Nord et l’Iran.
 
Face à ces jeux de puissants, l’Europe, comme l’Asie du sud-est, sont devenus deux espace-temps "faibles et consommables". A la moindre crise financière et sécuritaire ces deux espaces de libre-échange marchands et spéculatifs, dépourvus de véritable souveraineté, seront les premiers à disparaitre des écrans radars et à entrer dans des convulsions sociétales majeures. La crise des gilets jaunes ne peut pas être perçue comme un simple signal faible dans un maelstrom de signaux plus préoccupants au niveau mondial. C’est un véritable signal d’alerte issu d’une grande partie de la population qui sent bien, sans pouvoir l’expliciter intellectuellement, que son destin est en train de lui échapper. Le problème c’est que les intellectuels, qui auraient dû alerter sur ce niveau d’inquiétude et de désespérance de notre société, sont pour beaucoup d’entre eux dans un autre monde de certitudes et de confort. Ils sont dans l’incapacité de comprendre cette alerte salutaire souvent exprimée de façon maladroite ou anarchique avec les mots de Gavroche par les gilets jaunes.
 
Parmi ces évènements majeurs, une nouvelle crise financière et bancaire, qui serait imminente selon certains experts, de l’ordre de 20 à 30 fois plus importante que celle de 2008, avec une dette mondiale de 254 000 milliards de $, de nombreuses bulles spéculatives hors contrôle et le "shadow banking" (qui représente le 1/3 de la finance mondiale, non soumis à la réglementation bancaire…), ne pourrait que mettre le pays définitivement à genou. Elle donnerait à cette crise des gilets jaunes une autre dimension encore plus préoccupante sur le plan sociétal compte tenu du niveau de colère exprimé sur le terrain au fil des mois et l’importance du ressentiment contenu au sein d’une grande partie de la population contre la façon de diriger le pays depuis plusieurs décennies.  
 
Nous ne pouvons pas dire que la France ait dans cette perspective amélioré sa résilience pour se préparer à faire face à des évènements de très grande ampleur… Cette crise a été sous-estimée une première fois fin 2018 par toutes nos élites, il ne faut pas la sous-estimer collectivement une seconde fois… Il est encore temps de la traiter avec des véritables transformations de fond attendues depuis plus d’une décennie. Il faut engager une véritable transformation de notre Etat, une réduction drastique de son train de vie et du déficit public, une baisse de notre dette nationale et une mutation complète de notre société afin qu’elle soit plus compétitive et juste. Cela ne peut pas s’envisager uniquement avec quelques réformes cosmétiques en vue des prochaines échéances électorales…
 
Certes "les chiens aboient, la caravane passe ! ". Beaucoup pense à cet adage populaire en voyant avec un certain dédain les gilets jaunes sur les carrefours ou les images quasi insurrectionnelles qui émaillent chaque samedi la fin des manifestations. Ils s’imaginent que ce n’est qu’une crise passagère et que la colère populaire finira par se diluer avec le temps… Certains pensent de façon cynique que quelques dizaines de milliards constituent finalement le prix à payer pour retrouver de nouveau une pseudo paix sociale et pouvoir continuer à profiter des petits privilèges permis par des décennies de petits arrangements corporatistes…
 
Attention, les compteurs sont contre nous et le vent de l’histoire n’épargnera ni les faibles, ni les irresponsables.
Dans le contexte actuel nous devrions méditer cette phrase de Winston Churchill : "l’Histoire me sera indulgente, car j’ai l’intention de l’écrire ! ".


(1) Vous vouliez une "transition", vous avez une "révolution" ! - http://www.xavierguilhou.com/Clients/Guilhou/site_xavier.nsf/Libs/PDF.img/$FILE/Transition.pdf
(2) Gilets Jaunes, ce qui se joue et quel rôle pour le dirigeant ?" - https://www.youtube.com/watch?v=BFaxKZGRXkA
(3)  https://www.lejdd.fr/Societe/gilets-jaunes-quel-bilan-chiffre-6-mois-apres-lacte-1-3899090) 
(4)
http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/gilets-jaunes-pas-de-violences-policieres-selon-l-igpn-20190614
(5) Dossier crise des bonnets rouges sur le site www.xavierguilhou.com dans la rubrique Edito :
"Ici Quimper ! Les Bretons parlent aux Français" :

Envoyé par l'auteur, 16 juin 2019

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A quoi sert la puissance ?
 
Le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’Ecole de guerre et professeur de stratégie à Science-Po et à HEC a dit au Figaro le 24 mai :
Je pense au grand affrontement déjà en cours entre les États-Unis et la Chine, qui s’affirme comme la nouvelle puissance impériale. Dans les années qui viennent, les relations internationales seront basées sur la puissance ; l’Europe doit se doter de ses attributs pour faire rempart à la Chine et faire part égale avec son ancien allié. Elle doit absolument reconstruire sa puissance, condition de son autonomie.
Douze jours avant Nicolas Baverez confiait au même Figaro à propos de l’Union européenne :
L’Union se trouve en porte-à-faux face aux grandes mutations du XXIe siècle. Son marché de 500 millions de consommateurs, ouvert et régulé par le droit de la concurrence, est devenu la variable d’ajustement de la grande confrontation entre les États-Unis et la Chine. Elle se découvre isolée et désarmée face aux ambitions des nouveaux empires qui rivalisent pour dominer le monde. Or loin de montrer son unité et sa force face à ces défis, l’Union affiche sa faiblesse et ses divisions.
Les défenseurs de l’Union européenne ont comme principal argument que chaque nation prise isolément n’est pas assez forte, trop désarmée, pas assez puissante "face" aux Etats-Unis, à la Russie et à la Chine, et que l’Union doit se montrer forte et puissante. Mais ne nous trompons-nous pas d’époque ?
 
Aujourd’hui tout a changé et les prétendus nouveaux empires ne cherchent nullement à faire payer les autres en leur prenant leurs richesses par la force. Ils veulent au contraire que les autres leur achètent et consomment ce qu’ils produisent.
L’idée de faire payer les autres est vieille comme le monde et depuis des millénaires les guerres ont été là pour qu’un peuple en fasse payer d’autres. Partout les peuples produisaient, consommaient peu et se nourrissaient ainsi que ceux qui priaient ou combattaient pour eux. Chaque région était auto-suffisante et la possession par la force de nouveaux territoires permettait d’aspirer une partie de la richesse produite en ces lieux soit en pillant, soit en réduisant ses habitants en esclavage soit en leur faisant payer un tribut. La force était alors évidemment nécessaire et il était indispensable d’être puissant pour vaincre ou ne pas être vaincu.
 
Mais aujourd’hui l’autosuffisance des régions n’existe plus et la puissance consiste à faire consommer sa production après l’avoir vendue en laissant les peuples conquis se débrouiller pour savoir avec quoi payer. On rentre dans un monde de ruse et de puissance intellectuelle et non de puissance physique. On est dans le "faire croire" et les vendeurs comme les acheteurs se contentent d’une régularisation future par la dette que l’on soldera officiellement par la création de richesses par le PIB et réellement sans le dire par l’esclavage de nos enfants. Chacun sait que la création de richesses est un mythe car la richesse n’est qu’un regard et chacun se réjouit que l’esclavage n’existe plus. A part ceux qui n’ont pas envie d’ouvrir les yeux, tout le monde sait bien que nous vivons dans un pays de cocagne imaginaire et provisoire où toute production est réputée richesse car achetable avec de la monnaie sans origine énergétique.
 
Dans ce monde imbécile qui ne s’en sortira qu’en repartant de l’autosuffisance et d’une monnaie qui redevienne le véhicule du donner-recevoir-rendre, une armée ne sert qu’à se défendre mais qui attaque ? Le système et ses affidés créent bien des terroristes en voulant imposer à toute l’humanité une civilisation malade et une seule notion du beau, du bien et du vrai, ce qui génère naturellement des réactions violentes. Ils cherchent bien à détruire les nations en poussant l’Europe à ne pas faire d’enfants pour la repeupler avec l’Afrique en espérant des guerres civiles. Mais comme le système ne peut pas tenir puisqu’il ne tient que par la fuite en avant, qui attaquera militairement pour faire consommer de force ?
Si la réponse existe, elle devrait en intéresser plus d’un.

Envoyé par l'auteur,paru sur www.surlasociete.com, 15 juin 2019
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