Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Tulipes de Koons : financées par l’impôt, rentabilisées par la finance de l’art
 
L’actualité de cette semaine nous fournit un exemple du processus actuel de la création des cotes financières de l’art avec l’arrivée à Paris du monument kitsch, de 10 mètres de haut, pesant 33 tonnes de l’artiste américain Jeff Koons. Cette œuvre, dont seul le concept a été offert à Paris, a été conçue à New York, produite en usine en Allemagne grâce au mécénat défiscalisé, installé avec l’argent du contribuable parisien majoritairement hostile à cette œuvre.
 
La France au secours de l’artiste vivant "le plus cher côté du monde"
Mieux vaut éviter les incidents ! Les tulipes de Jeff Koons débarquent en catimini, en cette fin de vacances pour s’installer derrière le Petit Palais à équidistance de l’Assemblée nationale, de la Place de la Concorde et de l’Élysée. En effet, quelques mois plus tôt, l’installation autour du Rond-point des Champs Élysée, d’un autre monument très "lunapar", clignotant et lumineux la nuit, très circuit de plomberie urbain le jour, semblablement "financé et offert" par le Qatar, a été sévèrement chahuté par les gilets jaunes le jour de l’inauguration (1). La Mairie de Paris a connu récemment d’autres incidents de ce type (2) et tient à prévenir de futures protestations.
Le monument funéraire aux victimes du Bataclan a suscité des pétitions, réuni la grogne des artistes dissidents, mais aussi celle des officiels. Des notables bien-pensants fervents de l’Art contemporain se sont affichés avec courage. Ils ont dénoncé une installation décidée sans l’aval des commissions diverses et variées, en particulier celles de la protection du patrimoine. Ils ont même osé protester parce qu’aucun artiste vivant et travaillant à Paris ne bénéficie de tels avantages, et que d’ailleurs aucun d’entre eux ne figure au Top 500 mondial et pas du tout au Top 100 des artistes cotés. Ils expriment même leur étonnement de voir les institutions républicaines accorder cet espace si politique à un monument aussi colossal et dissonant.
 
La Mairie de Paris, suivant où précédant on ne sait, le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères, a accepté in fine ce geste politique américain témoignage de compassion pour les victimes d’un attentat terroriste dont il est difficile de formuler l’intérêt et le sens : l’Ambassade des États-Unis se fait le relai d’une offrande conceptuelle, d’un "cadeau gratuit" à la France qui en coûtera à la mairie la coûteuse production de l’œuvre ainsi que 3 millions pour son installation. La proposition effraya, les commentaires furent peu aimables et les collectionneurs de Koons acceptèrent alors de prendre en charge la "production". Devant la grogne populaire, les autorités responsables de cette décision se sont justifiées en invoquant l’incident diplomatique qu’entraînerait un tel refus (3).
 
Défense stratégique de la cote de l’Art international global kitsch
Le "geste" en réalité équivaut à un sauvetage des mauvaises performances du trader artiste Jeff Koons, emblématique de l’art global, dont le cours a connu des variations erratiques ces trois dernières années. Koons a eu la cote la plus haute du monde pour un artiste vivant entre 2015 et 2018 : 58 millions de dollars. Cette cote consacre le style international contemporain, l’exemple à suivre. Un artiste américain doit en être le porte-drapeau mondial. Sa formule consiste en une esthétique kitsch alliée à un modèle financier comprenant une œuvre gigantesque et sérielle, accompagnée de milliers d’objets-répliques numérotés en tous formats et matériaux, vendus à divers prix, auxquels il faut ajouter des produits dérivés, de la casquette au T-shirt à prix minimes. Art industriel donc, à la portée de toute bourse, divertissant pour tous !
 
En novembre 2018, le Dog de Koons à 58 millions de dollars a perdu sa suprématie, dépassée par une peinture, œuvre unique de David Hockney, œuvre culte sur le thème du genre, et cependant sans scandale, cotée 90,3 millions. À ce malheur il faut ajouter ses déboires financiers qui l’ont obligé à déménager son atelier, à licencier massivement du personnel. Il a connu des déboires judiciaires en raison de grands retards dans la production d’œuvres dont les concepts avaient été achetés et payés. Il a été condamné pour non-respect de la propriété intellectuelle à cause "d’emprunts et détournements" que la doxa de l’Art contemporain encourage, mais qui contreviennent encore aux lois sur la propriété. Par ailleurs, le succès financier de l’artiste contemporain d’aujourd’hui ne peut reposer seulement sur une cote géante assurant une visibilité médiatique. Il doit aussi vendre massivement toute une production moins spectaculaire. En cela Jeff Koons peine à suivre. Ainsi plusieurs artistes chinois ont depuis quelques années un chiffre annuel de ventes aux enchères plus importantes que lui.
 
Le krach de Koons
Enfin ce qui a provoqué "la chute du Koons" en salle des ventes est peut-être la suppression de la discrète niche fiscale 1031 en décembre 2017 aux USA… son usage stratégique par les collectionneurs américains consiste à acheter et revendre dans un délai de 180 jours, sans payer de taxes sur la plus-value. Ce fut un grand terrain de jeu pour une spéculation organisée en réseau. On pourrait se demander si dans les pratiques des collectionneurs de Koons, l’usage raisonné et stratégique de cette niche n’a pas, par sa disparition, complètement déséquilibré la machine de valorisation financière du Koons et de bien d’autres "valeurs". On peut le penser en observant les dates de ce que l’on pourrait appeler "le mini-krach de Koons" en 2018. Il fallait donc agir vite. Les acteurs du fonds Koons se sont mobilisés pour qu’aux ventes du printemps 2019 à New York le cours du Koons monte à 92 millions de dollars, juste au-dessus du David Hockney et ses 91,1 millions de novembre 2018.
 
La suprématie du global kitsch sériel est sauvée pour un temps. Reste à assoir ce triomphe par l’érection définitive du monument funèbre de Jeff Koons à Paris. Il présente certes un hommage floral aux martyrs du terrorisme, mais il a aussi une facette plus ironique et dérisoire : deux sex toys associés : le "fist", le poing tenant le fouet arc-en-ciel LGBT, idées et esthétique empruntées à une marchandise achetable par ailleurs en boutique où sur Internet à des prix très modestes. Selon sa doxa l’Art contemporain, pour être "orthodoxe" et conforme se doit d’être polysémique.
Paris revêt de son aura un art officiel international vieillissant et sur son déclin.
 
(1) L’incident qui s’est produit pendant la cérémonie officielle, en dehors des samedis consacrés à manifester, n’a pas été relaté par la presse.
(2) Le monument qui représente un cœur kitsch au bout d’un bâton de Joanna Vasconcelos dont l’insignifiance et le prix ont fâché les Parisiens.
(3) Ce don a été proposé par l’Ambassade Américaine sous la présidence d’Obama. Le refus, actuellement semble-il, ne provoquerait aucun incident.

Envoyé par l'auteur, paru dans www.revueconflits.com, 28 août 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Quand Charles Maurras inspire Emmanuel Macron
 
Il est né le divin enfant ! Les médias proclament la bonne nouvelle. Emmanuel Macron est consacré grand diplomate. Un mélange de Mazarin et de Talleyrand. En mieux. On souligne la manière habile avec laquelle il a circonvenu Trump - toujours présenté comme un éléphant un peu benêt dans un magasin de porcelaine. On exalte l’effet de surprise provoqué par la venue de l’Iranien à Biarritz. Sans oublier l’invitation à Poutine qui avait précédé le G7. C’est le triomphe de la France médiatrice, conciliatrice, faiseuse de paix. Une France indépendante, imaginative, transgressive. Bref, le retour de la France gaullienne. Peu importe le résultat concret de cette opération diplomatique. L’important est dans la manière.
Justement, arrêtons-nous sur la manière. Celle d’un président français qui fait des coups dans son coin. Où est le couple franco-allemand ? A quoi sert l’Europe ? Que faisait Donald Tusk, sinon tapisserie ? C’est la France et elle seule, appuyée sur sa tradition diplomatique, qui a joué un jeu classique. Avec des relations d’homme à homme, d’Etat à Etat, de nation à nation. Le G7 n’est pas l’ONU, l’Unesco ou les grandes conférences internationales. Ce n’est pas le droit qui y règne, mais la diplomatie traditionnelle bilatérale. Pas les grands principes, mais les rapports de force. On est plus près du chancelier Bismarck que d’Aristide Briand.
 
Le multilatéralisme tant vanté par Macron, défendu par les médias contre l’unilatéralisme de Trump ou de Poutine, ne lui a servi de rien. Au contraire. Dans une enceinte internationale, il aurait dû chipoter sur les termes d’un communiqué que personne ne lit. Si sa fameuse souveraineté européenne avait existé et s’était appliquée à la politique étrangère, il aurait été ligoté par les procédures et les divisions internes à l’Union.
Pour réussir ce coup-là, Macron a jeté par-dessus bord ce qu’il a défendu jusque-là. Bien sûr, des esprits subtils, tel Hubert Védrine, expliqueront que le Président joue de l’ambivalence habituelle de la France, qui se pare à la fois de la puissance économique de l’Europe et de sa politique d’indépendance nationale. Un concept qualifié de "gaullo-mitterrandisme". L’habillage fait illusion mais Védrine n’ignore pas que cette stratégie macronienne plonge bien plus profondément ses racines dans l’histoire politique de notre pays.
 
C’est Charles Maurras qui, dans Kiel et Tanger, écrit au début du XXe siècle, a expliqué que la France n’avait plus la taille des géants qui arrivaient mais était, par son unité et la force de son Etat, plus forte que la myriade de petites nations qui allaient éclore. Entre les deux, la place de la France était de prendre la tête des petits pour tenir la dragée haute aux gros et faire œuvre pacifique.
Ce texte de Maurras a inspiré de Gaulle, et Pompidou le citait encore au début des années 1970 devant les étudiants de Sciences Po. Ainsi Macron met-il en pratique des thèses défendues par le grand-père de tous ces souverainistes qu’il vomit à longueur de discours. Il faut vite le soigner.

Paru dans Le Figaro Magazine, 30 août 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Libérer la France de sa prison intellectuelle
 
CHRONIQUE - La faiblesse des élites tient à leur incapacité d’accepter les faits quand ils dérogent à leurs dogmes. Mais pour comprendre les mutations de notre pays, il faut côtoyer les gens et se saisir de la révolte des Oubliés.
 
Mais où sont les idées neuves ? Même Alain Minc, laudateur mal inspiré de la "mondialisation heureuse", avoue ne plus rien comprendre aux mécanismes économiques. Face au "désert intellectuel" qu’il constate à son tour, ce père Joseph des puissants espère un "aggiornamento de la pensée macroéconomique". Toutefois, il pourrait préalablement s’interroger sur la sotte arrogance de ceux qui disent savoir. Après le vote britannique approuvant le Brexit, en 2016, Minc avait commenté : "Ce référendum n’est pas la victoire d’un peuple sur les élites, mais celle des gens peu formés sur des gens éduqués." Bref, le sacre des crétins. Cet aplomb de la caste est au cœur de la crise de l’intelligence. La faiblesse des élites tient à leur incapacité d’accepter les faits quand ils dérogent à leurs dogmes. Elles préfèrent contourner les réalités obscènes. Cela est vrai en économie, et il faut reconnaître à Minc la sincérité de son désarroi. Cela l’est plus encore quand il s’agit de comprendre la vie ordinaire.
 
Depuis des décennies, les milieux intellectuels et universitaires tournent en rond. Ils se copient, s’applaudissent, se cooptent. Ils excluent les esprits originaux. Contre ces déviants, la meute est intarissable pour les faire taire ou les ridiculiser. Pas étonnant, après de tels désherbants, de ne trouver qu’un sol aride. Minc propose des pistes pour exploiter la matière grise : lancer des livres blancs, réunir des commissions, susciter des rapports, stimuler des débats. Bien, bien. Mais les armoires des ministères sont emplies de ces travaux. Ces esprits cadenassés doivent d’abord se libérer de leurs fausses croyances. Or cette émancipation est loin d’être gagnée, à en juger par la manière dont les Sachants ont été incapables de se saisir de la révolte des Oubliés. Pour comprendre la France en mutation, il faut côtoyer les gens. Le matérialisme économique, déboussolé, doit intégrer cette humanité qui lui échappe.
 
L’avenir d’une nation ne peut se réduire à des chiffres, des courbes, et des taux de CO2, comme s’en persuadent les tenants du tout économique et de l’homme planétaire. Emmanuel Macron se trompait dès 2017, quand il assurait : "La force de notre économie, quand nous l’aurons pleinement retrouvée, c’est le socle même de notre projet de société." Ce discours est de ceux que produisait le Gosplan soviétique. Il est d’ailleurs troublant de constater les similitudes entre la pauvreté intellectuelle produite en URSS par l’indépassable communisme et la glaciation imposée aux sociétés libérales, surtout en France, par les gardes-chiourmes du politiquement correct. Certes, l’expression y est plus libre, et les goulags n’existent pas. Mais quiconque ne récite pas les mérites de la diversité, de la non-discrimination, du "soi-mêmisme" ou de la contrition occidentale a droit au même statut de dissident. Le pays s’est habitué à vivre dans une prison intellectuelle. Un projet de société ne peut s’épanouir derrière des barreaux.
 
La place centrale prise par l’écologie dans le débat est le résultat du manque de réflexion des dirigeants. "J’ai changé, très profondément", a déclaré Macron l’autre jour, expliquant avoir été convaincu par les inquiétudes des jeunes sur le climat : une jeunesse embrigadée sous la bannière de Greta Thunberg, 16 ans. L’influence de l’adolescente robotisée a de quoi inquiéter sur la maturité du président, qui a ouvert aussi le procès convenu du capitalisme. Lorsqu’il tweete, à propos des incendies en Amazonie brésilienne : "Notre maison brûle, littéralement !", il reprend une expression employée par Jacques Chirac il y a dix-sept ans. Pour l’originalité, prière de repasser. Alors que la France reste inflammable, le président détourne les attentions pour justifier sa vision mondialiste. Avant de donner des leçons au monde, Macron ferait mieux de renouer avec son peuple inquiet. Or le sujet est visiblement un embarras qu’il veut s’éviter. Il est plus valorisant de vouloir "rendre ce monde plus habitable". Ça ne mange pas de pain.

Paru dans Le Figaro, 30 août 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La valeur sacrée de l’engagement
 
Nous évoluons dans des environnements qui oscillent entre le culte virtuel de l’héroïsme et la complainte médiatique de la victimisation permanente. Désormais il n’est plus de bon ton de prendre des risques et encore moins de reconnaître la valeur suprême de l’engagement alors que tout est subordonné au principe de précaution et soumis à l’omnipotence bureaucratique. Pourquoi aller au-delà pour soi-même et vis-à-vis des autres quand on vous garantit en permanence que vos actes quotidiens sont assurés en termes de bien-être et réassurés en termes de sécurité ... Il faut reconnaître que nos sociétés se recroquevillent de plus en plus sur des postures matérialistes, individualistes, hédonistes, indolentes avec des formes de communications qui sont devenues quasi tribales autour des réseaux sociaux. Alors pourquoi s’engager et avoir besoin de donner du sens à ce que l’on vit quand il suffit de se laisser porter par le bruit ambiant, l’argent facile et l’agitation du moment pour se considérer comme heureux…
 
S’engager signifie "choisir". C’est l’acte qui permet d’affirmer sa responsabilité mais aussi sa liberté face à soi-même et aux autres. C’est la décision suprême d’une vie lorsque nous sommes confrontés à des rendez-vous majeurs. Souvent c’est la seule qui a compté lorsque l’on fait le bilan de son propre cheminement. Cette notion d’engagement peut prendre de multiples formes au cours d’une existence.  C’est l’enfant qui rejoint les scouts et qui ne le devient vraiment que lorsqu’il fait sa "promesse". Il en est de même pour le combattant, résistant ou soldat de l’armée dite régulière, qui décide de défendre les valeurs de son pays contre l’adversité en "s’engageant volontairement au feu" alors qu’il n’est pas contraint de le faire. C’est la même démarche pour le médecin qui va "prêter serment" pour protéger la vie humaine. Il en est de même pour l’hospitalier qui va consacrer ses nuits à soigner les malades voire à les accompagner jusqu’à leur dernier souffle, pour l’humanitaire qui va œuvrer pour le "respect de la dignité humaine", pour le prêtre qui va "porter l’espérance" au travers de son sacerdoce. Nous pourrions ainsi multiplier les exemples en termes de formes d’engagement au sein de nos sociétés. Heureusement ils sont encore là, multiples, discrets et intemporels dans leurs expressions quotidiennes. Ils sont l’expression de notre humanité dans ce qu’elle a de plus louable.
 
Pour autant il nous faut nous battre plus que jamais pour resacraliser cette notion d’engagement à tous les niveaux. Nous assistons en effet depuis quelques décennies à un glissement des sémantiques du fait de l’emprise bureaucratique qui prévaut dans le fonctionnement de nos sociétés et dans la subordination de nos cerveaux. Il faut admettre que nos décideurs ont progressivement abandonné toute autorité face à leurs légistes et que nos populations, qui ont beaucoup perdu en discernement et en esprit critique, sont de plus en plus soumises à une multiplicité de processus juridiques et administratifs… Lorsque nous parlons "d’engagement" il nous est opposé désormais et quasiment systématiquement la notion de "professionnalisation" et de "contractualisation". L’engagement est réduit à un acte juridique entre des parties prenantes, à un ensemble d’obligations envers des tiers en contrepartie d’un paiement ou d’un salaire … Il n’y a plus sur la forme que des règles d’engagement et l’engagement ne fait plus sens sur le fond.
 
Un soldat qui s’engage volontairement pour défendre son pays et qui vit l’épreuve du feu sur des terres lointaines en opérations extérieures ne le fait désormais que parce qu’il "a signé un contrat pour servir en tout temps, en tout lieu et en toutes circonstances". Il n’est plus un valeureux "combattant volontaire" qui s’est engagé pour défendre de nobles causes mais juste un "professionnel" qui ne fait qu’exécuter un contrat en bonne et due forme. S’il meurt au combat ce ne sera que contractuellement et conformément aux "contraintes inhérentes à l’état militaire" mais désormais dans l’indifférence collective, excepté si le politique décide, pour alimenter une opportunité médiatique, d’en faire un héros pour quelques heures. Il en est de même si la société est touchée par un désastre naturel ou par un acte qualifié de terroriste, les victimes seront sublimées avec des milliers de bougies pendant 48h. Personne ne se pose honnêtement la question de savoir quel est vraiment le prix à payer et quels sont les véritables niveaux d’engagements individuels et collectifs qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre pour assurer normalement la sécurité de nos sociétés… D’autres pays le font ! Mais il est plus aisé pour toutes les parties de s’enfermer dans une sorte de schizophrénie collective en instrumentalisant l’émotion, en glorifiant la victimisation et en neutralisant ainsi toute capacité de résistance et de résilience des populations face aux aléas de la vie ou aux turbulences de l’histoire.  Après tout nous payons suffisamment d’impôts afin que nos "professionnels" assurent 24h sur 24h le "risque zéro" pour nos sociétés … Nous sommes dans la tragédie grecque par excellence !
 
Cette notion de "professionnalisation" et de contractualisation de la mission qui s’exprime d’abord sous un angle juridique avant de l’être en termes de sens et de valeur prévaut dans tous les domaines. Elle efface la notion de responsabilité, réduit les champs de liberté et détruit toute la sacralité inhérente à l’acte suprême qu’est fondamentalement l’engagement. L’humanitaire qui part dans un pays en guerre ou détruit par un désastre naturel doit d’abord être certifié et devra désormais respecter des process vérifiables et durables avant de penser à sa mission vis-à-vis des populations. Le médecin, et encore plus le chirurgien, devront avant d’envisager de sauver une vie humaine, s’assurer qu’ils sont bien protégés sur le plan juridique afin de pouvoir faire face à tout contentieux des patients. Même l’ecclésiastique aujourd’hui doit veiller à ce que son engagement spirituel soit d’abord conforme aux chartes édictées par ses autorités et imposées par les débats d’opinion avant de pouvoir prétendre porter un message d’espérance pour toute une communauté.
Nous marchons sur la tête et n’avons plus le sens de l’essentiel.
 
Nous confondons de plus en plus le fait d’être professionnel quels que soient nos domaines de compétence et la notion d’engagement qui est ce supplément d’être et cette force d’âme qui s’incarnent au travers des actions que nous pouvons porter au profit des autres. Pourtant l’histoire nous montre que la vie des sociétés, des peuples, des pays n’est au bout du compte qu’une somme d’engagements d’hommes et de femmes qui sont allés au-delà de ce que l’on pouvait attendre d’eux sur le plan juridique parce qu’ils avaient des convictions, des intuitions et la volonté de défendre des valeurs suprêmes. Ces valeurs sont la plupart du temps toujours les mêmes : celles de la dignité humaine, de la vie et de la liberté. S’engager c’est d’abord "promettre" que notre humanité sera toujours supérieure à la barbarie et à l’infamie et "porter cette espérance" sans laquelle notre vie n’aurait pas de sens. Cela vaut pour un couple qui s’engage pour fonder une famille jusqu’au soldat qui va jusqu’à donner sa vie pour défendre son pays et nos valeurs civilisationnelles.
 
Pour retrouver cette humanité qui fait la force et la singularité de notre histoire occidentale, il faut resacraliser sans attendre la notion d’engagement et arrêter de l’enfermer dans ces réductionnismes juridiques et administratifs qui tirent vers le bas tout ce qu’il y a de plus noble et de plus beau dans l’expression d’une vie humaine et dans le fonctionnement de nos sociétés. C’est le message de Saint Exupéry dans Pilote de guerre, message que nous devrions méditer sans cesse : "Nous nous sommes trompés trop longtemps sur le rôle de l’intelligence. Nous avons négligé la substance de l’homme. Nous avons cru que la virtuosité des âmes basses pouvait aider au triomphe des causes nobles, que l’égoïsme habile pouvait exalter l’esprit de sacrifice, que la sécheresse du cœur pouvait par le vent des discours fonder la fraternité ou l’amour… Seul l’esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’homme".
Envoyé par l'auteur, 27 août 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Mesures américaines de rétorsion
 
Dans un article récent, Jeffrey D. Sachs, professeur à l’université de Columbia, New York, demande à l’Europe de s’opposer à Trump. En s’opposant à Trump et en défendant le droit international, écrit-il, les Européens renforceront "la paix internationale et l’amitié transatlantique". Voilà de bons sentiments qui ignorent une réalité. Est-il dans l’intérêt des Européens de s’opposer à Donald Trump ? La réponse est non.
 
Les mesures de rétorsion dont dispose les Etats-Unis pour imposer leur volonté au reste du monde sont suffisantes pour dissuader les Européens. Les voici :
- Le dollar. Il est à l’économie mondiale ce que le sang est au corps humain. La quasi-totalité des opérations de change sont libellées en dollar. Les deux-tiers des réserves des banques centrales sont libellées en dollar. La moitié des emprunts internationaux sont libellés en dollar. La bourse américaine est la première au monde. Elle est égale à près de la moitié du total mondial. La bourse chinoise est égale au cinquième de la bourse américaine, c’est-à-dire au dixième du total mondial. Aucune grande banque mondiale ne peut survivre sans être présente à New York. Washington le sait et n’hésite pas à utiliser l’arme du dollar pour parvenir à ses fins.
 
- SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) est une société de droit belge, contrôlée par les plus grosses banques mondiales. Créé en 1973, SWIFT remplace le Télex, jugé trop lent, et fournit des services de messagerie standardisée de transfert interbancaire. Son grand intérêt est de d’assurer la non-répudiation des échanges. Aucun tiers ne peut nier avoir effectué une transaction. Plus de 10.000 banques situées dans 200 pays effectuent chaque jour plus de 25 millions de transactions.
Bien qu’indépendant, SWFIT est dans les faits sous contrôle américain. Washington a menacé la Russie de l’exclure.
 
- Clause d’arbitration. L’Union européenne vient de signer avec le Canada le Comprehensive Economic and Trade Agreement ou CETA dont l’objet est d’abaisser les tarifs douaniers. Une clause d’arbitration autorise les entreprises à intenter une action en justice contre le gouvernement qui aurait promulgué une loi qui serait préjudiciable à leurs intérêts. Si elles obtiennent satisfaction, le gouvernement concerné devra leur payer le manque à gagner dû à cette loi. Un accord commercial similaire doit être signé avec les Etats-Unis. Quel usage en feront les entreprises américaines ?
 
- Sanctions économiques. C’est une arme dont l’efficacité est discutée. Elle n’en est pas moins redoutable par ses effets sur les populations, en particulier sur les personnes ou les familles les plus démunies. (1) Dix-neuf nations sont soumises à des sanctions à divers titres (politique, terrorisme, drogue, cybercriminalité, criminalité internationale, etc.).
 
- Interférences dans les campagnes électorales. Cambridge Analytica, société spécialisée dans ce genre d’opérations, a été mise en liquidation après avoir collecté et exploité des informations personnelles de Facebook dans la campagne présidentielle de 2016.
 
- Extra-territorialité des lois américaines. Avec un cynisme assumé, les Etats-Unis utilisent leurs lois, en particulier celles contre la corruption dans les grands contrats internationaux, pour pénaliser les entreprises étrangères tout en ignorant les entreprises américaines. Le total des amendes infligées au titre du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) s’élève à 8.872 millions de dollars dont 5.339 millions pour les entreprises européennes et 1.774 millions pour les entreprises américaines. (2)
Cette extra-territorialité s’applique aussi aux banques qui n’auraient pas respecté les sanctions économiques internationales décidées par les Etats-Unis. Le total des amendes infligées aux banques européennes depuis 2009 s’élève à 16.857 millions de dollars pour seulement 88 millions pour une seule banque américaine (JPMorgan Chase). (2) Il est difficile de ne pas y avoir une inégalité de traitement !
 
- Révolutions de couleur. Là où l’interférence électorale ne donne pas les résultats escomptés, les Etats-Unis provoquent des révolutions. La première et la plus connue est la révolution iranienne de 1953, fomentée par Kermit Roosevelt, petit-fils de Théodore Roosevelt, et membre de la CIA. Elle mit fin à la carrière politique de Mohammad Mossadegh, Premier ministre. Ces révolutions sont nombreuses : Tunisie, Egypte, Syrie, Libye, Ukraine, etc. Elles s’inspirent de la révolution cubaine de 1898 dans laquelle intervinrent les Etats-Unis au motif d’aider les insurgés et aussi de défendre leurs intérêts. Il s’agit donc d’un mode opératoire éprouvé et confirmé.
 
A ces moyens dissuasifs, il faut ajouter les Cinq Yeux ou Five Eyes (Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Australie, et Nouvelle Zélande) qui depuis la Guerre froide scrutent les cieux en permanence à la recherche d’informations, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui accumulent une quantité inimaginable de données personnelles et dont la frontière avec l’extérieur est poreuse (se reporter au scandale Cambridge Analytica). A cette liste, il faut ajouter la NSA, prise la main dans le sac il y a quelques années avec ses écoutes téléphoniques des dirigeants européens.
Si ces mesures ne suffisent pas, les Etats-Unis n’hésitent pas à prendre les personnes en otage. C’est ainsi que Frédéric Pierucci, cadre dirigeant d’Alstom, fut arrêté à l’aéroport Kennedy de New York le 14 avril 2013 pour faire pression sur la direction de l’entreprise – opération qui fut un succès du point de vue américain puisqu’elle aboutit à la reprise d’un fleuron de l’industrie française par General Electric. Mentionnons aussi l’arrestation illégale au Canada de Meng Wanzhou, fille du dirigeant de Huawei – entreprise qui aurait violé les sanctions anti-iraniennes instaurées par Washington.

La requête de Jeffrey Sachs est irrecevable. Elle est incongrue et dangereuse. C’est aux Américains de s’opposer à Donald Trump et non aux Européens. S’opposer à cet égocentrique aux réactions imprévisibles est risquée en raison des mesures de rétorsion auxquelles les Européens s’exposeraient. Ces mesures précèdent l’élection de Donald Trump. Aucune autre nation ne dispose d’un tel arsenal.
 
* Selon un
rapportde l’ONU, les sanctions imposées à l’Irak par le Conseil de sécurité en août 1990 auraient causé la mort de 576.000 enfants.
** Les chiffres sont ceux cités dans le livre de Frédéric Pierucci : Le piège américain.

Publié sur le site Iveris le 26 août 2019 - Envoyé par l'auteur, 26 août 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La science économique aurait-elle inventé la machine à remonter le temps ?

Le temps et l’espace sont deux décors infinis dont l’homme a besoin pour analyser sa liberté, pour tenter de comprendre ce qui se passe autour de lui. Il appelle espace ce qui est réversible, et temps ce qui ne l’est pas. Par définition le temps ne se remonte pas car s’il se remontait, on l’appellerait l’espace.
L’homme a toujours rêvé de remonter le temps et depuis un siècle, trois illusions lui sont proposées pour faire semblant d’y croire : le cinéma, une mauvaise interprétation d’Einstein et la science économique. Pour le cinéma l’expression populaire "faire du cinéma" donne bien ce côté illusoire. Pour Einstein l’allongement apparent par la vitesse de la durée d’une seconde dans une horloge atomique, ouvre les portes du rêve puisqu’une sinusoïde est plus longue qu’une ligne droite. Pour la science économique c’est mieux caché, c’est mieux habillé mais probablement plus pervers tellement tout est fait pour qu’on y croit.
 
Le principe de la science économique qui remonterait le temps est qu’une conséquence peut arriver avant que sa cause ne survienne, que l’eau d’un fleuve pourrait être à son estuaire avant d’être à sa source. C’est le principe même actuel de la monnaie et de la notion d’investissement.
Pour bien l’appréhender il faut d’abord se souvenir que la monnaie n’est que le substitut d’une richesse déjà constatée pour pouvoir, par une impression de troc que l’on appelle le prix, garder l’esprit du donner-recevoir-rendre, "fait social total" constitutif d’un groupe harmonieux et cohérent. Toute vraie monnaie est une richesse déjà constatée qui transporte avec elle une part de la vie passée du groupe. Dans l’histoire cela a été, entre autres, du sel, du bétail, des plumes rares, du cuivre, de l’argent ou de l’or. Même le papier monnaie a toujours été émis au départ avec garantie d’une richesse déjà reconnue. Ce fut les actions de la compagnie du Mississipi pour le système de Law, les biens confisqués de la noblesse et du clergé pour les assignats, et l’or pour le dollar, base du système de Bretton Woods de 1944.
 
C’est la dérive du système qu’il est intéressant d’étudier. Comment pouvons-nous croire qu’un bout de papier multiplié à l’infini peut garder une valeur énergétique constante ? C’est tellement facile d’imprimer du papier quand on en a le pouvoir, que systématiquement on en imprime beaucoup plus que leur équivalent en richesse déjà reconnue et le papier-monnaie ne vaut plus rien à échéance variable. Ce fut le cas pour Law qui finit exilé à Venise au bout de 5 ans quand le Régent a eu remboursé les dettes énormes de Louis XIV. Ce fut le cas pour les assignats quand la bourgeoisie a eu fini de récupérer en 7 ans les biens de la noblesse et du clergé. Pour le dollar la FED dès la fin de la guerre a imprimé infiniment plus de dollars qu’elle n’avait d’or à Fort Knox. Le plan Marshall comme la guerre du Vietnam n’ont été financés que par de la fausse monnaie. Et c’est parce que plusieurs pays ont imité la France de De Gaulle qui allait échanger ses dollars contre de l’or, que Nixon a été obligé, pour ne pas voir Fort Knox complètement vidé de son or, de dénoncer la convertibilité du dollar le 15 août 1971. Il y avait en effet à l’époque 53 milliards de dollars en circulation dans le monde et le trésor américain n’en possédait pas le cinquième en or. Depuis cette date, voilà bientôt un demi-siècle, le dollar comme toutes les monnaies qui lui étaient liées par les accords de Bretton Woods et leurs remplaçantes comme l’euro, sont des monnaies dite fiduciaires dont l’équivalent n’est plus une richesse reconnue mais la confiance que nous avons en Trump, en Bush père et fils, en Mitterrand, en Chirac, en Sarkozy, en Hollande, en Macron et en Christine Lagarde pour nous créer de la richesse.
Conseillés par la science économique, ces politiques unanimes ont inversé le temps en faisant une sorte de constat public d’existence de ce qui n’existait pourtant pas encore. Ils ont laissé constater par les banques centrales une richesse inexistante en imprimant des billets reconnus par la population comme une richesse, ils ont appelé leur utilisation, un investissement, et ils ont compté sur l’avenir pour apporter la preuve de la transformation miraculeuse du papier en richesse. C’est à l’avenir qu’ils ont confié la tâche difficile de montrer qu’Aristote avait mal cherché en ne trouvant pas les organes reproducteurs d’une pièce de monnaie.
Mais comme la confiance que nous avons dans les politiques est totalement inexistante bien qu’artificiellement gonflée par les médias appartenant à la finance, observons comment ils ont pu faire illusion un demi-siècle alors que le système de Law et les assignats n’ont tenu que quelques années.
Il a fallu pour cela, à la fois faire oublier ce qu’était la monnaie, faire croire à un système aberrant, et masquer la façon dont la réalité et le bon sens reprenaient le dessus et ridiculisaient le système.
 
Entre ceux qui voulaient que la monnaie soit une marchandise, ceux qui voulaient qu’elle soit un symbole, ceux qui voulaient qu’elle soit une institution, il y a eu d’abord un accord tacite insolite pour refuser de voir que la monnaie est avant tout une énergie, une "force en action" fondée sur le "souvenir" comme le disent les étymologies grecques des deux mots énergie et monnaie (moneo forme causative latine de la racine grecque men de la mémoire). Quel pan de vie n’est-il pas en effet arrangé, stimulé ou dérangé par la force de l’argent ? Mais il était capital que cette énergie ne soit pas reconnue comme telle car il aurait fallu s’interroger sur sa source, se demander d’où elle venait.
C’est ensuite par la construction d’un système utilisant une énergie sans source que s’est érigée l’illusion actuelle qui pose tant de problèmes. Il n’est pas simple de faire croire que demain peut précéder hier, qu’un fleuve coule à contre-sens et que dépenser enrichit. C’est le rôle du PIB qu’il faut bien comprendre pour ne pas s’en laisser conter.
 
Le PIB (produit intérieur brut) n’est en aucun cas un produit. Il mesure une activité économique en la chiffrant de 3 manières comme on peut mesurer de trois manières l’activité d’un marché sur une place de village ; soit en chiffrant comme on le peut, ce qui y est vendu, soit en comptant ce qui y a été dépensé pour l’acheter, soit en additionnant toutes les ventes qui s’y sont faites. L’INSEE fait intervenir sans vergogne le commerce extérieur dans un seul de ses trois calculs, ce qui démontre mathématiquement qu’il n’a aucune influence sur le PIB car le PIB se moque tout autant de l’origine de ce qui est vendu (production, importation, récupération ou vol) que de l’origine de l’argent qui a permis de l’acheter (travail, emprunt, visiteur ou vol). Le PIB est la somme de tout ce qui est dépensé avec un argent sans distinction d’origine pour acheter des biens et des services sans origines différenciées.
L’idée géniale de la science économique est d’avoir appelé produit, cette somme de dépenses. D’un côté elle a rendu incompréhensible la définition du PIB par des définitions techniques absconses et mensongères puisque présentées comme le chiffrage d’une activité de production alors qu’il ne chiffre que des activités de négoce. De l’autre elle a fait miroiter tout ce que l’on pouvait théoriquement faire grâce à ce produit intérieur brut, après avoir astucieusement métamorphoser cette dépense en corne d’abondance. Elle a fabriqué à la pelle de jolies courbes montrant tout ce que l’on pouvait dépenser avec des pourcentages de PIB. Elle a réussi à nous faire croire que nous pouvons utiliser aujourd’hui ce qu’on nous prédit comme devant exister demain. Et c’est tellement agréable que nous nous sommes laissés bercer.
 
Aujourd’hui il suffit d’emprunter pour dépenser et augmenter d’autant le PIB, c’est technique et aucune personne honnête et compétente ne dira le contraire. La science économique nous laisse simplement croire, sans jamais prendre le risque de l’affirmer trop ouvertement, qu’ayant fait du PIB, nous nous sommes enrichis et que des pourcentages de ce PIB, de cet enrichissement collectif, sont à notre disposition. Fini le temps où il fallait gagner sa vie et donner de soi pour avoir de l’argent avant de le dépenser. Grâce à la science économique et au PIB, le temps est inversé : il suffit de dépenser pour s’enrichir et sur ce miracle nous allons construire demain avec l’argent d’après-demain. C’est très exactement ce que nous vivons actuellement en refusant d’en prendre conscience.
 
Si l’INSEE dit bien que le PIB ne mesure qu’une activité, on entend des économistes expliquer qu’emprunter ce n’est pas grave dès l’instant où la croissance est supérieure à l’augmentation de la dette. La croissance étant l’augmentation du PIB donc des dépenses, il n’est pas grave pour ces "experts" d’emprunter davantage puisque nous dépensons encore plus !
Le traité de Maastricht, voté mesquinement en France par 49 % des votants contre 47 %, énonce des critères : ne pas avoir un déficit supérieur à 3% du PIB et avoir une dette publique inférieure à 60 % de ce même PIB. Il est déjà intéressant d’observer la stupidité de lier l’autorisation de déficit et la capacité d’emprunt à la quantité d’argent dépensée (plus vous dépensez, plus vous avez le droit d’augmenter votre déficit et votre capacité d’emprunt !). Mais au moins les deux étaient liés et il a fallu que les médias n’éclairent plus que le critère de 3 % pour que nous oublions tous le critère de 60 % qui a volé en éclats en étant déjà aujourd’hui à 100% sans que nous en soyons dérangés.
 
Mais tout ce jeu malsain n’étant destiné qu’à faire croire à un sérieux inexistant, la réalité résiste bien évidemment et s’impose. Comme l’énergie sans source n’existe pas et qu’il faut donc bien une source à toute cette énergie dépensée, le système a mis en place de nouvelles ruses.
Il a d’abord choisi de faire payer les autres par le commerce extérieur qui est une première tentative de ressusciter l’esclavage dans l’espace. Après avoir fait capoter l’OIC qui prônait des commerces extérieurs équilibrés fondés sur la coopération, il a créé l’OMC fondé sur la concurrence, ce qui est intellectuellement aberrant. Aujourd’hui l’Allemagne prête des euros allemands pour que d’autres pays achète allemand. Avec quoi sera-t-elle remboursée ?
Comme cela ne suffisait évidemment pas et même aggravait le problème pour la France, le système a inventé pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’esclavage dans le temps, la dette qui s’envole à la fois chez les particuliers, dans les entreprises et dans les États. Sur ce point les courbes sont justes et terrifiantes. Demain paiera. Avec quoi ? Tais-toi et vote.
Comme cela ne suffisait encore pas, le système a officiellement choisi de ne surtout pas laisser monter les prix du quotidien, ce qui revient automatiquement à les laisser monter hors économie quotidienne, à la Bourse, dans l’immobilier et dans les œuvres d’art (ce qui fait de la croissance puisque la dépense augmente et fait croire que nous sommes plus riches). Il se refuse à voir que les prix du quotidien augmentent quand même mais surtout il a mis en place un nouveau mode de paiement par appauvrissement du peuple, ce qui lui fait entr’apercevoir l’esclavage dans le temps.
 
Le système bancaire est chargé de ce nouveau mode de paiement et remplit parfaitement son rôle en étant un Janus à deux têtes. Un seul Janus, la banque, deux têtes opposées, égales par définition mais gérées différemment, son actif et son passif.
Dans toute entreprise est inscrit au passif d’où vient l’argent et à l’actif où il est. Si l’actif est supérieur au passif on rééquilibre par le bénéfice et si c’est l’inverse le rééquilibrage se fait par la perte. Mais on peut écrire n’importe quoi et la vérification se fait par la trésorerie qui est le constat de la réalité de la rentrée des créances et de la sortie des dettes. Sans rentrer dans le détail qui est volontairement très compliqué, les banques dégagent toutes un bénéfice important sur leurs bilans, mais sont curieusement en permanence en difficultés de trésorerie alors qu’elles créent elles-mêmes l’argent et qu’elles poussent tout le monde à emprunter. C’est là où la banque centrale intervient et paye les créances douteuses (le quantitative easing) en les récupérant mais en les faisant garantir automatiquement par les États qui augmentent les impôts.
Comme tout cela n’est toujours pas suffisant pour rendre cohérent un système incohérent par nature et qui n’a tenu que par le double dégoût du fascisme et du communisme, on a complété la panoplie par l’esclavage "hic et nunc", ici et maintenant, par l’immigration que les entreprises ont demandé aux politiques pour contribuer à la baisse du niveau de vie.
La paupérisation des peuples entraîne inéluctablement la peur du lendemain, la baisse de la natalité et la montée effrénée de l’individualisme, la collectivité ayant perdu toute cohérence, toute crédibilité et se réfugiant dans la fuite en avant. Le libertarisme peut occuper les esprits, le libéralisme lui en a ouvert toutes les portes même s’il lui prépare des lendemains difficiles.
 
Il n’y a que par une prise de conscience collective que la civilisation occidentale pourra être sauvée et ne pas être submergée par une "migration de remplacement" telle que l’ONU l’envisage dans un dernier rapport.

Paru sur www.surlasociete.com, 24 août 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Hong Kong : Un silence assourdissant                    
 
Le plus stupéfiant est le silence obstiné de la Grande Bretagne, pourtant architecte des Traités de session et de protection jusqu'en 2047 du Statut particulier "Un pays – deux systèmes" destiné à assurer la solidité financière et sociale de ce lieu unique au monde, devenu, au fil des décennies, indispensable à l'équilibre mondial.
Hong Kong fait partie du 'quintette' des grandes places financières mondiales avec New York, Londres, Francfort, Singapour... Les banques britanniques, les compagnies d'assurances (la Lloyd et ses filiales), les sociétés de transit, d'affrètement en tous genres, ont des intérêts considérables à Hong Kong, qui reste un des sites majeurs de la prospérité britannique. Alors pourquoi ? Le tout récent gouvernement Johnson est-il si embourbé dans ses salades internes et le destin du Brexit ?
Peut-être la "diplomatie secrète" est-elle en marche, puisque le rutilant Trump met son gros grain de sel dans l'affaire ? Les vides juridiques, en l'état du conflit, sont sidérants : la République Populaire de Chine ne respecte pas son engagement international, le déclare "inexistant", affichant son mépris intense pour le système juridique de l'Occident.
En second lieu, l''ensemble occidental n'a pas réagi depuis les premiers coups d'épingle faits au Statut, et ne réagit toujours pas à la brutale attaque actuelle ; presque rien des Européens (à part de jolies paroles creuses), rien du Conseil de sécurité de l'ONU, rien du FMI pourtant gardien du fric mondial ni de la Banque Mondiale pour dire "cessons ce jeu mortifère".
Alors ?... Les Nations riveraines du Pacifique se mobilisent plus ou moins, notamment le Japon (avec prudence), les membres de l'ASEAN, l'Australie, le Canada... Ils ont tous beaucoup d'argent à Hong Kong : l'homme le plus riche de Vancouver est Hongkongais, celui de Darwin aussi, Melbourne s'agite, Djakarta trépigne, Singapour s'inquiète terriblement. Faudrait-il envoyer le Prince Charles (c'est lui qui, les larmes aux yeux, a recueilli le défunt drapeau de l'Union Jack en 1997) voir cette incolore Madame Lim, chef paravent de l'exécutif, et lui enjoindre de raisonner Monsieur Xi et ses collègues. (pure utopie!)
 
Si l'on reprend la formule bienvenue de François Heisbourg, la Chine démontre qu'elle est toujours "une Nation infréquentable" malgré les lénifiantes déclarations de son Président à vie. L'affaire n'est pas une nouveauté : un siècle et demi de tutelle britannique, oh combien fructueuse pour l'Empire du Milieu et l'Empire britannique, puis 1997 a vu le passage de témoin avec cette garantie de ne rien changer au système juridique libéral, financier occidentalisé, social confortable de la Cité dans son entier (l'ile et les territoires). Si "rien ne changea" au début, depuis une dizaine d'années, les décisions émanant de Pékin grignotent peu à peu l'espace "de droit britannique", les libertés individuelles, d'opinion et de la "différence". Les premières révoltes massives commencent en 2013/14 avec la fermeture de librairies et ces fameux rassemblements sous les parapluies. Le dernier décret tendant à déporter sur le continent les récalcitrants signifierait le glas du système civil de protection juridique.
 
Hong Kong est un lieu unique au monde : un mélange inimitable des manies et traditions britanniques pratiqué par une population profondément chinoise avec ses propres rituels, ses coutumes et ses usages. Le mariage des deux donne un univers de très grande liberté et de choix responsables : certes travailler à Hong Kong est dur, mais on y gagne très bien sa vie si on respecte le contrat d'efficacité ; le système scolaire et universitaire est excellent, la recherche avant-gardiste, le théâtre et le cinéma brillants, le métro impeccable à la japonaise, l'aéroport emmène dans le monde entier, le dollar original est stable, les paysages sont préservés, les collines fraîches, les plages amusantes, les magasins somptueux ou bien agréablement surabondants (à la chinoise), les pharmacies mystérieuses, la cuisine voluptueuse, les cimetières rassurants… Pourquoi gâcher tout cela ?
 
Inversons la focale : pourquoi Pékin s'acharne sur Hong Kong ? Parce que, sans doute "c'est un mauvais exemple" : la République Populaire, après une croissance et des progrès mirobolants pendant 20 ans, marque quelque peu le pas ; les projets pharaoniques ne marchent pas aussi bien que prévu, les marchés s'essoufflent, le ralentissement mondial de l'économie porte atteinte à ses attentes. Donc le repli est inévitable. De plus, le plus grand nombre de la population – malgré les interdits – est au courant de "comment c'est ailleurs, surtout à Hong Kong" dont il voudrait la même liberté. Bien des gens voués à être "déplacés" (pour le pas dire déportés) vers l'Asie centrale pour ré-équilibrer l'expansion chinoise, ne sont pas partants. Le système de "conformisme global" requis chez les citoyens se grippe, les minorités (musulmanes ou autres) se retrouvent plus ou moins persécutées.
Politiquement, si le président Xi a opté pour un rapprochement lent avec le système occidental, son aile dure ne l'entend pas de cette oreille : bien que cela ne soit pas clairement exprimé, il bataille sans doute pour garder sa ligne politique d'accommodation, alors que les plus radicaux veulent supprimer" cet abcès purulent qui gangrène la vraie Chine" (citation). Ne pas oublier que Hong Kong est englobée dans le réseau Macao (complètement sinisé) - Shenzhen la nouvelle star (à 30kms) – Shanghaï et ses tentaculaires banlieues.
 
A Hong Kong (Baie des parfums) tout le monde ne défend pas la démocratie à l'occidentale : s'il y a 2 millions de jeunes sympathisants dans la rue, il existe 2 autres millions pro-Pékin non moins virulents qui pensent que la République Populaire les "protège". Entre les deux, la masse muette qui essaie de continuer à travailler tant bien que mal, espérant que tout ce fatras ne mène pas à une funeste récession. Car, ce peut être aussi cela : provoquer une crise, permettant de mettre tout à fait la main sur l'économie Hongkongaise ; c'est à la faveur de la Crise de 2008 que les banques de Chine Populaire sont entrées dans la place financière de Singapour, transformant l'esprit, l'ambiance et la naturelle nonchalance de la ville-Etat.
 
Au plan international, le désordre à Hong Kong ajoute à la confusion planétaire. On craint pour le sort de Taïwan (la 22ème province) et de Singapour. Tout comme Hong Kong, la ville-Etat ne produit rien que des idées, des dollars et du béton : son eau potable, 80 % de sa nourriture viennent de l'extérieur (Malaysie), tout comme Hong Kong est alimentée en eau et nourriture par la Chine continentale. Les mettre en "état de siège" pour les faire céder serait assez facile. Mais définitivement destructeur. Peut-être d'ailleurs est-ce la raison pour laquelle les Hongkongais pratiquent-il les "hortillonages de toit" sur leurs buildings depuis une dizaine d'années ?
En 6 mois, l'économie de Hong Kong, sa rentabilité, ses réseaux bancaires, financiers, aériens, portuaires (ne jamais oublier que HKg est avant tout un port, en franchise douanière, un des 3 premiers de la planète), sont fragilisés. Un repli trop important entrainerait probablement une récession mondiale plus ou moins forte. Qu'est-ce que Pékin y gagnerait ? Même si le sîte lui est moins indispensable, il reste "la porte d'entrée" de la finance internationale. Les intérêts y sont tellement enchevêtrés ! Les USA seraient autant perdants que la Chine et... l'Europe, à commencer par la Grande Bretagne et le Commonwealth.
 
Tout cela semble complexe, mais ce ne l'est finalement pas tellement. Cette histoire "d'extradition pour punir" n'est-elle qu'un prétexte à l'entrisme, le souci de faire disparaître ce "mauvais exemple" occidentalisé, une manœuvre "pour faire peur" dans un contexte de ralentissement, un théâtre d'ombres pour impressionner ? Un peu tout cela sans doute. La paranoïa habituelle. Objectivement, s'il devait y avoir violence, ce serait déjà déclenché, et pour cette jeune génération hongkongaise révoltée qui n'a pas connu la tutelle britannique "la liberté ne s'achète pas". Mais elle aura tout de même 50 ans et plus en 2047 : statut précaire s'il en est. Dans la baie affairée, le tourisme va mal, mais la finance continue d'aller plutôt bien. Tout le monde est prudent, et se tait. Silence remarquable... Attendons la suite… La patience est une grande vertu.

Envoyé par l'auteur, 27 août 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Retraites : cacophonie à propos de la durée de cotisation ; passons aux choses sérieuses !
 
Le président Macron vient de relancer l’idée de faire des économies en matière de retraites en exigeant une durée de cotisation plus longue. Cette intervention vient comme un cheveu sur la soupe au moment où le rapport Delevoye indique les moyens à mettre en œuvre pour réaliser le programme présidentiel, à savoir une retraite dépendant seulement du nombre de points et de l’âge à la liquidation. Voilà qu’il faudrait "en même temps" continuer à prendre en compte la durée de cotisation, et donc probablement l’augmenter jusqu’à 43 ans comme prévu dans la dernière en date des "lois retraite". Le président de la République est donc en train de jouer au chien dans un jeu de quilles aux dépens de son Haut-commissaire à la réforme des retraites.
 
Nous revivons le procès de Galilée
Quand on a les yeux "grands fermés"" en matière de fonctionnement économique de la retraite par répartition, on dit n’importe quoi et on légifère n’importe comment. Or c’est malheureusement le cas de Macron et Delevoye : ils n’ont pas compris le message d’Alfred Sauvy, à savoir que "nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants". Il est très utile pour les retraités que les actifs paient des cotisations, car elles leur sont versées. Mais, de ce fait, elles ne sont pas investies pour servir aux futures pensions des cotisants. Il n’existe donc aucune raison pour calculer les pensions à partir des cotisations jadis versées par des personnes qui, ensuite, ont pris leur retraite. Le législateur peut certes imposer cette règle stupide, il peut recevoir en la matière le soutien de Paul, Pierre, Jacqueline et Ahmed, mais il n’est pas en son pouvoir de faire qu’elle ne soit pas stupide.
 
Un cas analogue s’est produit il y a quelques siècles, lorsque Copernic puis Galilée ont compris le fonctionnement réel du système solaire. Tout le monde ou presque pensait que le soleil gravitait autour de la terre, et voici que des scientifiques ont remis en question cette croyance et démontré que c’est notre planète qui, comme d’autres, tourne autour de son étoile. Galilée eut affaire à l’Inquisition, et pour ne pas finir sur un bûcher il dut dire qu’il s’était trompé. Certes, Alfred Sauvy, puis votre serviteur, n’ont pas été physiquement menacés, mais la chape de plomb du "politiquement correct" a suffi : le message du simple bon sens n’est pas entendu en haut lieu ; le législateur ne remet nullement en cause le lien mythique de cause à effet, dans les régimes par répartition, entre cotisations versées et droits à pension.
 
Autrement dit, la loi continue à imposer une règle de calcul des pensions en fonction des cotisations jadis versées, bien qu’elles aient été dépensées sitôt encaissées. Et ce n’est pas seulement le fait de la législation française : aux Etats-Unis, par exemple, où davantage d’économistes expliquent que la Social Security (la retraite par répartition de ce pays) est un système de Ponzi, le Sénat, la Chambre des Représentants et la Présidence font également la sourde oreille. Les mensonges d’Etat sont particulièrement résistants. Ils persistent par la force d’inertie des législateurs et des instances qui pourraient l’éclairer officiellement (en France, le Conseil d’Orientation des Retraites et, depuis bientôt deux ans, le Haut-commissariat à la réforme des retraites).

Le principe de base du report de revenu
L’économie des retraites est un cas particulier de celle du report de revenu d’une période à une autre. Comment utiliser une partie de nos revenus actuels pour les reporter vers le futur, pour pouvoir dépenser l’équivalent dans quelques mois, quelques années ou quelques décennies ? La réponse, dans son principe, est fort simple : il faut investir, dépenser ce revenu pour mettre en place des facteurs de production qui, dans l’avenir, fourniront le revenu attendu.
L’investissement peut s’effectuer soit en capital physique et technologique, soit en capital humain. En dépensant le revenu de ce mois pour construire des logements ou équiper des usines ou perfectionner notre pharmacopée, nous pouvons compter sur un revenu futur, un "retour sur investissement". Les fonds de pension utilisent cette méthode. Aux retraites par répartition reste donc l’autre grande catégorie de capital : les êtres humains. Il faut mettre en œuvre beaucoup de travail, d’intelligence et d’affection pour que, une vingtaine d’années plus tard, un ovule fécondé par un spermatozoïde soit devenu un producteur capable non seulement de subvenir à ses propres besoins, mais aussi de verser un confortable dividende – de fortes cotisations de retraite.
 
Qu’elles aillent à la CNAVTS, à l’ARRCO-AGIRC, ou à la caisse des médecins libéraux, les cotisations vieillesse sont toujours des dividendes versés par des entrepreneurs dotés d’un capital humain – des travailleurs – à un organisme chargé de les reverser sous forme de pensions aux investisseurs initiaux. Un législateur avisé, qui ne perdrait pas son temps à travailler sur des textes fleuve relevant normalement du décret ou de l’arrêté (2), étudierait cette réalité et tirerait de son savoir la ou les lois dont nous avons besoin en matière de retraites dites "par répartition". A savoir que les droits à pension découlent de l’investissement réalisé quelques décennies plus tôt dans le capital humain et doivent par conséquent être attribués à Mr X ou Mme Y en fonction de la contribution de X ou Y à la formation du capital humain.
 
Arrêtez de compter les boutons de guêtre !
Le ministre français de la défense, en 1870, aurait dit-on vanté l’état de préparation de nos armées en disant que, la guerre dût-elle durer 2 ans, il ne manquerait à nos soldats pas un seul bouton de guêtre. Certes, les détails ont leur importance, mais ils ne doivent pas passer avant l’essentiel. Or que se passe-t-il actuellement en matière de retraite ? Présidence, Gouvernement, ministère, Assemblées, Haut-commissariat et partenaires sociaux s’occupent des boutons de guêtre, délaissant la stratégie et l’armement. Que de temps perdu en vaines palabres entre personnes qui ne connaissent rien au fonctionnement économique des retraites par répartition ! Quand s’occupera-t-on en haut lieu de la réalité plutôt que de fantasmagories législatives et réglementaires ? La durée de cotisation, l’âge minimal requis pour liquider sa pension, le choix de l’âge pivot, ce sont les boutons de guêtre de la guerre des retraites – une guerre que nous allons perdre, comme celle de 1870, à cause des illusions dont se bercent nos dirigeants.

(1) Les yeux grands fermés est le titre d’un excellent ouvrage de la démographe Michèle Tribalat qui dénonce la scandaleuse mauvaise qualité des statistiques françaises relatives à l’immigration.
(2) Voir notre article La folie administrative bat son plein, Economie matin du 8 août 2019.

Envoyé par l'auteur,27 août 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
De l'endettement en 2019
 
Le présent article dresse un constat de la situation de l'endettement dans le monde après celui consigné en 1989 dans "l'endettement dans le monde, de l'euphorie à l'inquiétude" ouvrage à la Documentation Française en 1989 et préfacé par Raymond Barre.
Est-ce que l'euphorie est revenue et l’inquiétude subsiste-t-elle 30 ans plus tard ? .

Les remarques faites il y a 30 ans sont évidemment toujours d'actualité : l'endettement n’est pas un phénomène nouveau ; il convient de bien définir ce que l’on entend par endettement (public, privé, des ménages, à court terme, à long terme etc...); l'endettement, même important, est à lire en "dynamique" c’est à dire en comparant son niveau à la capacité de remboursement du "sujet" (Etat, entreprise, ménages etc...) qui elle-même est dépendante du dynamisme économique du dit sujet (taux de croissance ; par exemple un Etat ayant une dette publique faible mais un taux de croissance de son PIB faible ou négatif aura plus de mal à honorer ses créanciers qu'un pays ayant un niveau d'endettement élevé mais jouissant d’un taux de croissance substantiel de son PIB ; si l'endettement contracté l'est pour couvrir de la consommation, il sera plus compliqué de rembourser l'emprunt que si il l'avait été pour des investissements productifs. Enfin, il y a 30 ans, je faisais le constat que l'endettement international avait déjà amorcé sa généralisation à la quasi-totalité du monde et ce n’était pas un phénomène lié principalement aux pays du monde dit développé.
Depuis 1945, les Etats ont essayé d'encadrer les relations internationales (Nations Unies, organismes spécialisés des Nations Unies, Banque mondiale, Fonds monétaire International, … etc.) mais cela n'a pas été suffisant pour éviter les crises financières comme celle de 1989. Des réglementations supplémentaires ont alors été instaurées : plan Baker I puis II tandis que le monde s'apprêtait à vivre des changements importants aux conséquences politico-économiques non moins importantes (chute du mur de Berlin, réunification de l’Allemagne, guerre d’Irak de 1991, chute des dictatures liées à l'ex régime soviétique, Ethiopie, Somalie etc..., processus de paix au Moyen Orient dit de "Barcelone", création d'une monnaie européenne, l’EURO au début du 21ème siècle, élargissement de L'UE aux pays de l’Europe Centrale, entrée de la Chine dans le concert international, OMC etc... et émergence des BRICS  etc...  Il est indéniable que ces changements ont pu provoquer une "euphorie" politique non négligeable qui a pu trouver son pendant dans la finance avec, entre autre, la grave crise de 2008 suivie par des soubresauts, qui ont pu être jugulés non sans mal à Chypre tout d’abord puis en Grèce, ceci pour l’Europe, les autres continents (l’Amérique Latine et L’Asie du Sud-Est avec le grave crise de 1997 /1998 (cf L’ASEAN, Yves Gazzo, Asiatype  Manille, Philippines 2000) ayant eux aussi subi les contrecoups économiques et sociaux de réajustements financiers (spéculations, dévaluations etc…).  La présente mise à jour ne reviendra pas sur les mécanismes de l’endettement amplement décrits dans la première édition ; elle s’attachera à :
1)  établir un constat analytique sur l’évolution de la dette dans le Monde, son stock, sa composition, les débiteurs principaux etc...
2) mettre en exergue l’intervention parfois déterminante de certains dirigeants pour résoudre une crise.
3) illustrer à travers quelques exemples le rôle du géopolitique, des liens religieux dans l’approche de la dette.
4) de même que l’utilisation par certaines puissances (Chine, Etats-Unis) de leurs moyens de pression spécifique pour "obliger" leurs débiteurs quels qu’ils soient.
Et à partir de là, sans lire dans la boule de cristal, identifier ou non des motifs d’inquiétude pour le futur, le temps de l’euphorie étant pour le moment et pour quelque temps encore, en sommeil forcé.
 
1) un premier constat : le niveau de la dette n’a jamais été aussi élevé, 2 370 000 milliards de dollars fin 2017 selon le Institute for International Finance ; 164 000 milliards fin 2019 selon le FMI pour représenter 225% du PIB mondial (la différence entre les deux estimations s’explique par les dates 2017 contre 2016 mais aussi par des différences de méthodologie). A l'exception du pic au cours de la seconde guerre mondiale jamais un tel ratio d'endettement n’avait été atteint dans le passé.
Rien qu’en 2017, la dette a augmenté de 20 000 milliards par rapport au stock de fin 2016 ; tout cela en grande partie à cause de la part plus grande prise par l’endettement des pays émergents (augmentation de 45 % de leur dette par rapport à leur PIB de 2007 à 2017) tandis que celui des pays développés n’augmentait que de 5,7% au cours de la même période (graphe 2) alors que, toujours en terme de stock, la part des pays en voie de développement à faible revenu reste marginale même si, nous le verrons plus loin, ceci ne veut pas dire que ces pays soient à l’abri de crises graves du fait d’un endettement trop élevé et non soutenable par rapport à leur PIB et à leur capacité de remboursement.
Une analyse plus détaillée des pays et de leur endettement respectif fait apparaître des différences notoires entre "les poids lourds" d’un côté et les pays à bas revenus à l’autre. La Chine à elle seule est responsable d’un côté et les pays à bas revenus à l’autre extrême. Endettement : à eux trois ils cumulent jusqu’à 50 % des 164 000 milliards de dollars (estimation du FMI) de l’endettement mondial public et privé. La Chine à elle seule a été la cause à hauteur de 40 % du total de l’accroissement de l’endettement mondial enregistré depuis 2007 (et de 3/4 de l’accroissement du seul endettement privé au cours de la même période) sa dette est passée de 1700 milliards de dollars en 2001 à 25 500 milliards de dollars en 2016.

Les pays développés (hors Etats-Unis) ont été, en termes relatifs plus modérés, dans leur soif d’endettement et ce, pour plusieurs raisons y compris les règles de plafond souhaité (mais pas toujours respectées) d’endettement de la zone Euro ; la principale contrainte, étant donné leur taux de croissance faible du PIB, entre 0 et un peu plus de 2 %, se situe au niveau du maintien, coûte que coûte, de ce dernier car en cas de croissance proche de 0 % voire négative, le ratio endettement /PIB augmente tandis que la charge du service de la dette augmente ; (l’endettement continuant lui à augmenter de façon "autonome").

Du coté des pays à faibles revenus, leur surendettement est passé de 6 en 2015 à 11 en 2018. Pour l’ensemble des 33 pays classés à bas revenus (dont 27 en Afrique Sub-Saharienne (source : Banque Mondiale rapport sur l’économie planétaire du 8 janvier 2019) l’endettement moyen est passé de 30 %/PIB en 2015 à 50 % en 2018. Les pays les plus affectés sont sans surprise ceux en situation de conflits (Sahel, … etc.) dotés d’une gouvernance faible ou/et qui sont dépendants du cours des matières premières. La conjugaison de plusieurs facteurs (chute forte du cours de matières premières entre 2014 et 2016, capitaux étrangers appelés pour financer des investissements pas assez productifs, voire de la consommation, mauvaise gouvernance, fin de l’impact des annulations de dettes menées par le FMI au début du XXIème siècle et du bol d’air apporté par ces dernières a précipité ces pays au bord du défaut de paiement (cas du Mozambique pour le paiement de certains intérêts, … etc.).
Plusieurs Etats à bas revenus ont pris le risque de lever de l’argent sur les marchés attrayant, mais non sans risques, des capitaux ; ce fut le cas du Rwanda, de l’Ethiopie ou encore de la Tanzanie ou du Sénégal. Ce faisant, comme souligné par la Banque Mondiale, les pays à bas revenus ont augmenté leur dépendance aux sources non traditionnelles de financement (Groupe de la Banque Mondiale, Agences d’aides nationales au développement, AFD pour la France, GIZ pour l’Allemagne etc... NDLR). Parmi ces prêteurs non traditionnels figure la Chine, un créancier important des pays africains à faible revenus ; or la Chine n’est pas membre du "Club de Paris" (cf : pages 20 et 21 de la première édition du présent ouvrage) un Club habilité à ré-échelonner les dettes des pays les plus pauvres. Toutefois, comme le souligne la Banque Mondiale, les prêts octroyés par les prêteurs non traditionnels sont souvent assortis de "colatéralisation" avec des accords de troc, complexes et opaques où l’argent frais s’échange contre des matières premières ou des infrastructures (lorsque j’étais en poste en Ethiopie avec accréditation à Djibouti de 2001 à 2003, j’ai pu observer la tactique des entreprises publiques chinoises pour remporter de façon discutable des marchés de télécommunication ou d’infrastructures : ring d’Addis Abeba, chemin de fer Addis-Djibouti etc...).

Mais derrière les chiffres de la dette, chiffres étourdissants et qui n’arrêtent pas de grimper il y a les hommes, les décideurs avec parfois leur "vista" ou leur passivité coupable qui peuvent modifier ou non le cours des choses.

2) Intervenir à bon escient ou pas : y aller ou pas ?
A plusieurs reprises dans l’histoire récente des crises du surendettement des hommes "providentiels" ou à tout le moins déterminés ont pu prendre les bonnes décisions (ce fut le cas du secrétaire d’Etat, américain James Baker, plan Baker I de 1982 suivi du plan Baker II ; on pourra saluer également la création du "Club de Paris" mentionné plus haut et de son correspondant pour les dettes du secteur privé, le Club de Londres.
Plus près de nous, il y eût la crise de 2008. En ma qualité de chef de représentation de la Commission Européenne en France, j’accompagnais le Président de la Commission, Monsieur José Manuel Barroso aux différentes réunions impliquant les autorités Françaises. Nous étions sous la présidence Française, une présidence menée tambour battant par le Président français Nicolas Sarkozy qui avait à plusieurs reprises fait montre de sa détermination.
En janvier 2007, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur nous convie à un déjeuner de travail Place Beauvau, nous étions six : outre le ministre Nicolas Sarkozy flanqué de François Fillon et de Monsieur Martinon respectivement conseiller et porte- parole du ministre, le Président Barroso, JC Thebaut son chef de Cabinet adjoint et moi- même étions assis autour d’une petite table ; grande fut notre surprise de l’entendre annoncer à Monsieur Barroso qu’il serait élu Président de la République, qu’il ferait tout pour avoir une majorité parlementaire à l’occasion des élections prévues pour mai de la même année, qu’il irait ensuite à Bruxelles et non à Berlin comme de coutume afin de faire passer un Traité qui remplacerait le projet de Constitution européenne coulé par le référendum français (et confirmé par l’autre non des néerlandais) et qu’il se faisait fort, grâce à l’appui de son "ami" le premier ministre britannique, Tony Blair, de rallier les 6 pays d’Europe Centrale hostiles au projet ; ce déjeuner se tenait le jour de la réunion à Madrid, sous la présidence allemande, des 18 chefs d’Etat et de gouvernement qui soutenaient le projet de Constitution. Dans la voiture qui nous ramenait à mon bureau, nous étions interloqués par tant d’audace, d’assurance frôlant l’inconscience ; or tout ce qu’avait énoncé le ministre Sarkozy se réalisa ; les Portugais avaient pris le relais des allemands et il y eu un nombre important de stabilos qui furent utilisés pour à partir du texte de la Constitution avortée et arriver au Traité de Lisbonne de 2008, ratifié en 2009 ; il y eu aussi la gestation de la création de L’Union pour la Méditerranée, un succès en demi- teinte toutefois, et l’épisode de la visite à Moscou afin d’essayer de mettre un terme à l’intervention russe en Géorgie ; le président Barroso rentra  dans le même avion que celui du Président Sarkozy ; il était 05 h du matin lorsqu’ils  foulèrent le tarmac de Villacoublay ; il y avait plus de 6 h de retard sur l’ heure d’arrivée prévue mais le président français avait réussi à dégeler la situation en faisant rire Vladimir Poutine, en faisant référence au triste sort de feu le président irakien Saddam Hussein. A cette occasion, l’heure était grave, les chefs de gouvernement de la zone euro étaient là ainsi que JC Trichet le gouverneur de la BCE ; il y avait des conciliabules dans une petite pièce du rez-de-chaussée de l’Elysée avec JM Barroso, N. Sarkozy, JC Trichet entre autres ; à un certain moment Gordon Brown, chancelier britannique de l’échiquier fit son apparition et proposa son plan de sauvetage ; il ressortit de la pièce où entrèrent les représentants les plus importants de la zone Euro, à laquelle le Royaume Uni n’appartient pas rappelons- le, puis, en séance plénière de la zone Euro, le dit plan fut adopté.

"Plus d’endettement pour ne pas tuer la croissance" :  la politique menée par les banques centrales est- elle judicieuse ?
A l’inverse des hommes politiques "volontaires", les banquiers centraux ont-ils, par trop, laissé filer la dette mondiale afin de ne pas casser la croissance ce qui en retour réduirait la capacité de remboursement des Etats, des entreprises et freinerait la consommation : cercle vertueux espéré ou cercle vicieux ?
Ce qui est certain, c’est que les taux d‘intérêt très bas, les taux directeurs des banques centrales (BCE, FED) ont permis, entre autres, de soutenir des niveaux d’accumulation de dettes très élevés et sans précédent. Le tour de passe-passe entre les Etats Membres de la Zone Euro peuvent aussi inquiéter : le capital plus les réserves de la BCE s’élèvent à 105 milliards d’ euros, or, son bilan s’élève lui à 4700 milliards d’euros dont 40 % sont des prêts aux Etats Membres soit une valeur nette de la BCE de 2 % (lorsque j’étais à la Banque Mondiale, 1979/1988, on nous faisait remarquer que le capital plus les réserves devaient être équivalents ou supérieurs au total des engagements à moyen et long terme (c’est à dire les encours de prêts) de façon à pouvoir faire face à tout défaut important de remboursement de nos débiteurs. Les Etats, ainsi "soulagés" artificiellement par la BCE peuvent ainsi continuer à faire illusion tant que la croissance est au rendez-vous.
La situation n’est pas plus brillante si l’on se penche sur le bilan des banques, ne serait-ce qu’en Europe. Le cas de la Deutsche Bank et de sa fragilité est souvent évoqué (créances irrécouvrables qui pourraient la mettre en faillite) ou encore les 45 000 milliards d’euros en produits dérivés qui sont équivalents à plusieurs fois le PIB allemand et qui faute d’acheteurs pourraient passer par pertes et profits mais ce n’est pas le seul : les banques italiennes ne sont pas au mieux de leur forme (Monte dei Paschi di Siena, les banques régionales) idem de plusieurs banques françaises et espagnoles. Pour faire le pendant à la multiplication par trois de la dette mondiale passée de 80.000 milliards de dollars au début de ce siècle à 250 000 milliards (estimation IFF). Les banques centrales ont créé du crédit d’un montant équivalent (170.000 milliards) en imprimant de la monnaie ou en abaissant les taux directeurs tout près de 0 %. Il y a d’autres secteurs non capitalisés (systèmes de sécurité sociale) ou capitalisés (entreprises) ou encore celui des ménages, des secteurs souvent aussi lourdement endettés et qui se rajoutent, entièrement ou en partie, à la montagne des dettes de ce monde. A titre d’exemple, la dette privée en France était équivalente à 138,3 % du PIB en 2018 (74,1 % pour les entreprises et 59,2 % pour les ménages ; la moyenne européenne de la dette privée étant de 118,6%). Les taux bas ont favorisé l’explosion des prêts bancaires (depuis le pic de 2009, la part globale de la dette publique a baissé de quelques points par rapport au PIB mondial, baisse de 2.5 % en 2017). Les banques prises parfois à leur propre jeu ou à leur irresponsabilité ont souvent été à la source des crises financières récentes ; qu’en est- il de l‘interférence, ici ou là, de la géopolitique des Etat, du religieux dans la gestion des crises financières ?
 
3) Géopolitique et religions dans la gestion des crises
Ce ne sont certes pas des facteurs globalement déterminants mais ils y vont de leur importance de façon ponctuelle. Prenons le cas de la Chine qui avec son gigantesque projet OBOR (One Belt One Road) avec pour objectif de "ceinturer" économiquement (et par ricochet, politiquement le monde) fait son "marché" ici et là en achetant ports et aéroports, en installant 10 000 de ses soldats sur une base créée par eux à Djibouti et de là, la Chine sera en mesure de "protéger" ses intérêts en Afrique voire de se projeter plus loin. La Chine à Djibouti se place également comme (l’un des) chien de garde du très emprunté et convoité golfe arabo-persique mais nombre de ces investissements chinois ont été effectués à partir d’un fort endettement qui s’est reflété dans l’envolée de l’endettement mondial depuis une bonne dizaine d’années ; mais par ailleurs, la même Chine tient les pays africains sous sa coupe à travers les dettes des pays africains envers la Chine qui n’hésite pas à utiliser le troc pour se faire rembourser. Cette pratique n’est pas nouvelle et a souvent été un instrument d’échange des pays totalitaires. Du temps de l’URSS, cette dernière échangeait des avions MIG et de la formation de pilotes maliens en l’occurrence contre de l’or extrait des mines de pays africains (au Mali où  j’étais en poste de 1988 à 1990) mais aussi en Guinée Conakry et bien d’autre. Dans la suite de la décomposition de l’empire soviétique, plusieurs dictatures sont tombées notamment l’Ethiopie de Mengistu et la Somalie de Siad Barre et il s’agissait de faire repartir l’économie exsangue de ces pays. J’étais à cette époque en charge du dossier Ethiopie pour la Commission Européenne et l’Ethiopie avait alors un fardeau de dettes diverses y compris envers l’URSS mais aussi envers la Banque Africaine de Développement, l’Italie, l’Allemagne de l’Est, la France ; au bout d’une année d’efforts et avec l’aide du CERDI de Clermont Ferrand nous avons réussi : 
a) d’une part à convaincre la masse éclectique des créanciers de transformer leurs créances respectives en Birr éthiopien (monnaie locale) et à allouer les sommes ainsi converties au budget de l’état ; certains (BAD, Banque Mondiale) acceptant de ne pas lier les fonds à des projets particuliers, d’autres comme l’UE souhaitant les affecter à des secteurs précis, santé et éducation puis enfin, d’autres comme l’Italie etc... souhaitant les affecter à des projets spécifiques mais inscrits au budget de l’Etat, le tout étant consigné dans un MOU (Memorandum of Understanding) et,
b) d’autre part à préparer un programme d‘ajustement structurel de 82 millions d’Ecus (prédécesseur de l’EURO) ; ce programme, le plus important à l’époque, devait permettre aux nombreuses PME dans l’incapacité jusque-là d’importer des pièces détachées, d’acheter des devises mises aux enchères ; ce faisant l’économie productive allait pouvoir redémarrer tandis que les Birrs récoltés permettaient d’assécher le marché monétaire en excès de Birrs et de les réinjecter dans le budget de l’Etat.

Les liens religieux peuvent aussi jouer leur rôle ici ou là. Si les trois monothéismes ont édicté des règles de comportement par rapport à l’argent que ce soit dans la Tora, la Bible ou le Coran (cf:  Yves Gazzo "le devenir des banques arabes : l´impact des turbulences économiques, des influences extérieures et de l’Islam"  Ed. du CNRS, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXV, 1986) c’est dans les luttes d’influence entre les grands ensembles actuels que l’on peut trouver ici la trace d’une quelconque influence religieuse ; lorsque j’étais ambassadeur en République de Chypre (2012/ 2015) j’ai pu suivre la crise financière que subissait ce pays et son dénouement ; en 2010, la république de Chypre traverse une grave crise financière avec un système bancaire en déconfiture ; elle a besoin de 10 milliards d’euros pour renflouer ses caisses mais elle possède des champs de gaz offshore importants et à exploiter ; c’est à ce moment que le patriarche de Russie rappelle opportunément à Vladimir Poutine que pendant les purges sanglantes opérées par les communistes à l’encontre de l’Eglise orthodoxe russe que ce fut l’Eglise orthodoxe autocéphale de Chypre qui vint en aide à sa grande sœur russe, or la Russie ne souhaitant pas que l’Europe ouvre une voie méridionale d’importation de gaz qui briserait le quasi-monopole russe qui exporte son gaz, via l’Ukraine. Le président Poutine propose alors 10 milliards d’euros à Chypre à condition de "geler" ses champs de gaz offshore. Les dirigeants chypriotes qui ont besoin de dégager des liquidités pour leur économie déclinent l’offre et acceptent celle conjointe FMI/UE qui propose les 10 milliards d’euros en laissant les chypriotes libres d’exploiter leur gaz mais le tout assorti de mesures d’économie et de coupes budgétaires drastiques ; parmi ces mesures figurent une diminution de 50 % des retraites et aussi le "haircut" des dépôts bancaires supérieurs à 100 000 euros (cette mesure visant in fine à toucher au portefeuille d’une partie des 25 000 résidents russes qui possèdent des comptes bancaires bien garnis et aux origines incertaines). Cette mesure ne portera pas ces fruits car si les détenteurs de comptes bancaires ont reçu des actions de leur banque en faillite pour les montants dépassant les 100 000 euros, les 10 milliards de prêts ont servi entre autres à renflouer les banques ; une fois remises à flot il y eu des élections au "board" de ces banques et ce furent les détenteurs des actions ou titres de ces banques (Russes en particulier) qui se sont retrouvés aux rennes de ces mêmes banques !

Lors de la crise grecque et là, les besoins étaient autres : 100 milliards d’euros, le président Poutine fut à 48 heures de réussir son pari : le Premier Ministre grec Aléxis Tsipras, qui avait fait campagne pour un non référendaire à la question de savoir si le peuple grec était d‘accord pour appliquer le plan FMI/UE, fit une volte- face pour accepter ce plan, 48 h après le résultat du non, lorsque le président Poutine qui avait obtenu d’autres garanties des occidentaux retira son offre d’aide à la Grèce.
Plus en amont lorsque, pendant mon autre séjour en Ethiopie en qualité d’Ambassadeur (2001/2003), le Premier Ministre éthiopien, Meles Zenawi se rendit en Russie, le patriarche de Russie Cyrille souffla dans l’oreille de Vladimir Poutine qu’il devait aider les "cousins orthodoxes" (pour mémoire, le poète Pouchkine est un quarteron éthiopien et il fait l’objet d’une grande vénération en Abyssinie). Vladimir Poutine envoya de l’équipement militaire conséquent (hélicoptères pilotés par des pilotes ukrainiens) qui fut utile pour aider les troupes éthiopiennes à repousser les islamistes somaliens.
L’influence de facteurs "non techniques" dans l’endettement, sa distribution ou pas, se trouve renforcée de nos jours par l’affaiblissement du multilatéralisme et par ricochet la montée du bilatéralisme.
 
4) La montée du bilatéralisme face à un multilatéralisme : un risque supplémentaire
Depuis la fin du second conflit mondial, le multilatéralisme a gagné en influence relative comme cadre des relations internationales. Ceci a permis une expansion remarquable du commerce international et en parallèle, celle des liquidités internationales et de l’endettement ; la chute de l’empire soviétique a permis d’élargir un peu plus le champ du multilatéralisme tandis qu’un nouveau venu, la Chine, a commencé à peser d’un poids de plus en plus important avec une approche spécifique par laquelle le multilatéralisme est acceptable, s'il ne va pas à l’encontre de son projet d’impérialisme économique. La Chine rejoint en cela la position américaine. En effet, voici un pays qui grâce à sa devise, le dollar, vit à crédit depuis plusieurs décennies sur le dos du reste du monde et qui pourra plus librement contraindre tel ou tel partenaire récalcitrant à baisser la garde dans des relations bilatérales : ce pays peut dévaluer ou surévaluer sa monnaie, jouer sur les taux d’intérêt de la FED, des changements qui affectent directement les partenaires commerciaux des Etat-Unis.

Or, voilà que la Chine n’entend pas laisser le monopole de cette politique aux Etat-Unis. Si, globalement, la Chine est, avec le japon et les Etats-Unis sur le podium des pays les plus endettés au monde, la Chine, avec son système financier opaque, constitue un risque majeur de stabilité comme le souligne le FMI, auquel se rajoutent les pratiques chinoises d’octroi de prêts dans plusieurs pays africains qui sont, peu ou pas, compatibles avec la situation économique de ces pays d’où une menace de crise financière dans ces pays.
Il apparaît donc évident que, si, non plus un, mais deux pays très lourdement endettés, Chine et Etats-Unis, entrent dans une compétition agressive pour le leadership mondial les crises de 1982, de 1985 en Amérique du Sud, de 1998 en Asie, de 2008,  voire plus récemment celle de la Grèce  n’auront rien à voir avec la déflagration déclenchée par la perte de confiance du public, des acteurs économiques ; sachant ceci, et répétons-le, il faut s’attendre à ce que, dans les pays développés un ralentissement marqué de la croissance économique gonflerait mécaniquement le ratio de la dette par rapport au PIB dans un premier temps et dans un second temps, les taux prêteurs augmentant parce que le risque "pays" aura augmenté, les pays concernés entreraient dans une récession de plus en plus forte ouvrant la porte à l’hyper inflation et à une implosion du système financier.

Nous n’en sommes pas là mais 30 ans après les constats dressés dans la première édition de cet ouvrage, les optimistes invétérés pourraient souligner que certes, quelques crises financières ont donné le frisson aux décideurs politico-économiques mais elles ont été jugulées (mais à quel prix ! ) et après tout, ceci fait partie des cycles du capitalisme et des ajustements nécessaires de temps à autre, cependant, force est de constater que l’endettement dans le monde touche pratiquement tous les pays avec une percée remarquable des pays émergents ce qui augmente arithmétiquement le risque de défaut de remboursement, que le montant global de la dette a atteint des montants inégalés, que le retour du bilatéralisme dans les relations internationales n’est pas une bonne nouvelle sur le fond de la concurrence pour le leadership mondial, que le ralentissement de l’économie mondiale est une ombre au tableau supplémentaire, … etc. Tout cela milite pour une attention plus grande à porter à l’endettement et comme le souligne le FMI "il est urgent de réduire le fardeau de la dette" pour améliorer la résilience de l’économie mondiale et fournir une meilleure capacité de lutte contre les incendies si les choses tournaient mal ; la relance budgétaire n’est plus "la priorité".
Ou bien, après nous le déluge ? L’avenir nous le dira.

Envoyé par l'auteur, 28 août 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Le désir de déminer, le risque d’embrouiller (La question de la réforme des retraites)
 
CONTRE-POINT - Emmanuel Macron a annoncé qu’il préférait la durée de cotisation pour le calcul du départ à la retraite. Un geste d’ouverture qui se pose en contradiction avec ses précédentes déclarations.
 
Réformer sans bloquer. Déminer sans embrouiller. Par son ouverture surprise sur la question des retraites, Emmanuel Macron a illustré une nouvelle fois les difficultés de l’art de gouverner.
L’intention présidentielle est double : faire aboutir sa réforme "systémique" - le passage à un régime universel par points - et mettre en œuvre le changement de méthode voulu au lendemain de la crise des "gilets jaunes". Après l’action décidée d’en haut et menée au pas de charge, place au dialogue et à l’élaboration partagée. Mieux vaut aboutir en prenant son temps que partir sabre au clair avant d’être contraint de renoncer. L’axiome relève de l’évidence, surtout sur la réforme explosive entre toutes, celle des retraites. Plus généralement, il tient lieu de mantra pour tous les chantiers de la rentrée : l’école, la santé…
Face à un pays toujours fragile, un pouvoir encore convalescent ne peut plus "passer en force sur rien", comme l’a reconnu Bruno Le Maire. À la veille de l’ouverture de la concertation à Matignon avec les partenaires sociaux, l’annonce macronienne, lundi soir sur France 2, est donc un geste à la fois d’ouverture et d’apaisement.
Mais, in fine, ce n’est pas uniquement l’hostilité des syndicats qu’il faut désarmer, c’est aussi l’opinion qu’il faut rassurer. Par définition, une réforme des retraites, surtout de cette ampleur, est anxiogène. Or tout ce qui donne le sentiment d’un revirement ou d’un changement de pied est de nature à renforcer les inquiétudes.
Durée de cotisation ou âge de départ ? L’alternative est déjà complexe. L’éventuel renoncement à "l’âge d’équilibre" brouillerait plus encore la compréhension du projet. Certes, le chef de l’État a pris soin de distinguer les propositions du rapport Delevoye de ce que sera la copie finale de l’exécutif. Mais il est difficile de faire porter au seul haut-commissaire la responsabilité de la mesure ; au moment même où l’idée est envisagée de le faire entrer au gouvernement pour mettre la réforme en musique. D’autant que c’est Édouard Philippe qui s’était engagé sur ce point dans son discours de politique générale de juin.
Pour éviter de trop charger la barque, Emmanuel Macron avait fait retirer l’idée d’une accélération de la mise en œuvre de la réforme Touraine consistant, précisément, à allonger la durée de cotisation. La disposition retirée avant l’été remise à l’honneur à l’automne ? Et la mesure phare alors mise en avant aujourd’hui sacrifiée ? Il y a un risque de brouillage préjudiciable à l’acceptation de la réforme.
Et le premier ministre ayant fait la promotion de l’âge d’équilibre, y a-t-il le risque d’un autre brouillage, plus politique, entre l’Élysée et Matignon ? "Le chef de l’État est d’abord attaché à l’inventivité de sa réforme ; le chef du gouvernement est avant tout soucieux de l’équilibre financier du régime", résume un haut responsable de la majorité. Comme Nicolas Sarkozy et François Fillon en 2010, d’une certaine manière.

Paru dans Le Figaro, 28 août 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version